Sougya : Le folio achève la discussion de 25b sur le Hallel HaGadol : on ne le dit que sur une âme rassasiée, d'où l'objection tirée de Rav Papa à Mehoza, résolue par le fait que l'ivresse y était courante. Le chapitre se clôt, et le quatrième perek s'ouvre sur la Michna : à trois époques de l'année — les jeûnes publics, les maamadot et Yom Kippour — les cohanim bénissent quatre fois dans la journée.
La Michna explique ensuite ce que sont les maamadot : le tamid étant l'offrande de tout Israël, et tout Israël ne pouvant se tenir auprès d'elle, les premiers prophètes ont institué vingt-quatre michmarot avec, pour chacune, un maamad de cohanim, de leviim et d'Israélites. Suivent le calendrier de leurs jeûnes, leurs lectures du récit de la Création, la mahloket de Rabbi Akiva et de Ben Azzai sur la prière que l'offrande du jour écarte, la liste des neuf temps du don du bois, et l'ouverture de la Michna des cinq malheurs du dix-sept tamouz et du neuf av.
... que sur une âme rassasiée et un ventre plein. Est-ce ainsi ?
Or Rav Papa se trouva à la synagogue d'Abi Gover et décréta un jeûne, et la pluie tomba pour eux avant hatsot (midi) ; il leur dit : dites le Hallel — et ce n'est qu'ensuite qu'ils mangèrent et burent ! [Réponse :] les gens de Mehoza sont un cas à part, car l'ivresse est courante chez eux.
Le folio s'ouvre sur la fin d'une règle énoncée en 25b : le Hallel HaGadol (Tehilim 136) ne se dit que sur une nefech seveah, une âme rassasiée, et un ventre plein. La raison est donnée par Rachi : ce chapitre contient le verset « Il donne du pain à toute chair », et de tels mots se disent après avoir mangé. La conséquence pratique est que l'on rentre chez soi manger avant de le réciter.
L'objection vient d'un fait rapporté : Rav Papa avait décrété un jeûne, la pluie est tombée avant hatsot, et il a fait dire le Hallel immédiatement, le repas venant après. La réponse ne conteste pas la règle : elle isole le cas. À Mehoza, ville où l'on buvait beaucoup, envoyer les gens manger d'abord risquait de les rendre incapables de prier.
Hadran alakh — nous reviendrons vers toi, chapitre « Seder taaniot elou » (l'ordre de ces jeûnes).
Formule de clôture du troisième chapitre. Le quatrième perek, qui commence au segment suivant, quitte les jeûnes décrétés pour la pluie et traite des trois époques où la bénédiction des cohanim est dite quatre fois dans la journée.
MICHNA. À trois époques de l'année, les cohanim élèvent leurs mains quatre fois dans la journée : à chaharit, à moussaf, à minha et à la néilat chearim (fermeture des portes) — lors des jeûnes, lors des maamadot, et le jour de Kippour.
« Élever les mains » désigne la birkat cohanim. La Michna ne dit pas que ces jours comportent quatre prières et donc quatre bénédictions par accident : elle les groupe parce qu'ils ont en commun le jeûne, qui ajoute la néila aux trois prières ordinaires.
Le sens de néilat chearim est déjà discuté chez les Amoraim de Terre d'Israël, que Rachi cite : les portes fermées sont celles du Temple pour les uns, celles du Ciel pour les autres. La Guemara du folio suivant demandera si la bénédiction a vraiment lieu à moussaf et à la néila.
Voici ce que sont les maamadot. Puisqu'il est dit : « Ordonne aux enfants d'Israël... mon offrande, mon pain » (Bamidbar 28, 2) — or comment l'offrande d'un homme peut-elle être offerte alors qu'il ne se tient pas auprès d'elle ?
Le mot maamad vient de amad, se tenir debout. La Michna part d'un raisonnement : le verset appelle le tamid « mon offrande », adressée à l'ensemble des enfants d'Israël, et le sacrifice est financé par les chekalim de tous. Chacun en est donc propriétaire.
De là la difficulté : le propriétaire d'une offrande se tient auprès d'elle quand elle est offerte, et le peuple entier ne peut se trouver à Jérusalem chaque jour. L'institution des maamadot est la réponse à cette difficulté : des représentants se tiennent pour tous, sur place et dans les villes.
Les premiers prophètes instituèrent vingt-quatre michmarot (tours de service) ; pour chaque michmar il y avait à Jérusalem un maamad de cohanim, de leviim et d'Israélites.
Le système comporte deux étages. Les michmarot sont les tours de service des cohanim, au nombre de vingt-quatre, chacun servant environ une semaine. En face de chaque michmar, un maamad : un groupe de représentants du peuple, composé de cohanim, de leviim et d'Israélites.
Rachi ajoute une précision importante : le maamad existe à deux endroits en même temps. Une partie se tient physiquement à Jérusalem auprès de l'offrande, le reste se rassemble dans les villes. C'est cette seconde partie dont la Michna décrira ensuite les jeûnes et les lectures.
Quand venait pour le michmar le temps de monter, les cohanim et les leviim montaient à Jérusalem, et les Israélites de ce michmar se rassemblaient dans leurs villes et lisaient le récit de la Création. Et les hommes du maamad jeûnaient quatre jours dans la semaine, du lundi au jeudi.
Ils ne jeûnaient pas la veille de Chabbat — par égard pour le Chabbat — ni le dimanche, pour ne pas passer du repos et du délice à la fatigue et au jeûne, et en mourir.
Le calendrier du maamad est bâti par deux exclusions. La veille de Chabbat est écartée par égard pour le Chabbat : on ne veut pas entrer dans le Chabbat en état de jeûne. Le dimanche est écarté pour une raison d'ordre physique — le passage immédiat du repos et de la nourriture du Chabbat au jeûne est présenté comme un danger de mort.
Restent lundi, mardi, mercredi et jeudi, quatre jours. Le Chabbat lui-même n'entre évidemment pas en ligne de compte.
Le premier jour : Berechit et Yehi rakia. Le deuxième : Yehi rakia et Yikavou hamayim.
Le troisième : Yikavou hamayim et Yehi méorot. Le quatrième : Yehi méorot et Yichretsou hamayim.
Le cinquième : Yichretsou hamayim et Totsé haarets. Le sixième : Totsé haarets et Vayekhoulou hachamayim.
Chaque jour, on lit deux parachiyot du récit de la Création, et la seconde du jour redevient la première du lendemain : les lectures se chevauchent. La raison donnée par Rachi est arithmétique — il faut au moins neuf versets pour les trois montées (cohen, levi, Israélite), et aucune parachiya n'en compte assez à elle seule.
Le sixième jour fait exception au chevauchement : on termine par Vayekhoulou, qui n'appartient pas au jour suivant, parce que Totsé haarets ne compte que huit versets.
Une grande parachiya, on la lit à deux ; une petite, un seul homme. À chaharit et à moussaf.
Et à minha, ils entrent et lisent de mémoire, comme on récite le Chema. La veille de Chabbat à minha, ils n'entraient pas — par égard pour le Chabbat.
Trois règles se superposent. Le nombre de lecteurs dépend de la longueur de la parachiya. Le mode de lecture dépend de la prière : sur le sefer Torah a chaharit et à moussaf, de mémoire à minha. Et la veille de Chabbat, la réunion de minha est supprimée.
Rachi signale que la Guemara relèvera une tension dans la Michna : une parachiya lue par deux hommes suppose un sefer Torah, alors que la suite parle d'une lecture de mémoire. Le compte des versets rapporté ici par Rachi est d'ailleurs difficile à suivre à la lettre, et les éditions en discutent.
Tout jour où il y a le Hallel — il n'y a pas de maamad à chaharit ; une offrande de moussaf — il n'y en a pas à la néila ; une offrande de bois — il n'y en a pas à minha. Telles sont les paroles de Rabbi Akiva.
La règle est toujours la même : ce qui occupe les hommes du maamad écarte la réunion du maamad à la prière correspondante. Trois événements sont envisagés — le Hallel, l'offrande de moussaf, l'offrande de bois — et chacun annule une prière.
Tossefot précise le premier cas : un jour avec Hallel mais sans moussaf, c'est 'Hanouka. Les fêtes, elles, comportent toujours un moussaf, et tomberaient donc sous la deuxième règle.
Ben Azzai lui dit : voici comment Rabbi Yehochoua enseignait — une offrande de moussaf, il n'y a pas de maamad à minha ; une offrande de bois, il n'y en a pas à la néila. Rabbi Akiva revint enseigner comme Ben Azzai.
Ben Azzai ne discute pas par raisonnement : il rapporte une tradition au nom de Rabbi Yehochoua, le maître de Rabbi Akiva. Les deux conséquences sont échangées, et la logique devient celle de la proximité dans le temps : le service du moussaf se prolonge jusqu'à minha, l'offrande de bois se fait plus tard dans la journée et atteint la néila.
La Michna note la rétractation de Rabbi Akiva. La formule hazar lichnot (il revint enseigner) indique un changement d'enseignement public, et non une simple concession dans la discussion.
Les temps du bois des cohanim et du peuple sont neuf : le premier nissan, les fils d'Arah ben Yehouda ; le vingt tamouz, les fils de David ben Yehouda ; le cinq av, les fils de Paroch ben Yehouda ; le sept du même mois, les fils de Yonadav ben Rekhav ; le dix du même mois, les fils de Senaa ben Binyamin ; le quinze du même mois, les fils de Zatou ben Yehouda.
Le bûcher de l'autel devait être alimenté en permanence. Certaines familles avaient un jour fixé où elles apportaient le bois à leurs frais, ce qui faisait de ce jour une fête pour elles. La Michna en compte neuf, dont six sont énumérées ici et trois dans le segment 12.
Rachi explique l'ordre : les premiers à donner, le premier nissan, furent ceux qui remontèrent de l'exil, et leur bois a tenu jusqu'au don suivant. Les noms renvoient aux familles des listes du retour de Babylone.
Et avec eux des cohanim, des leviim, quiconque s'était trompé sur sa tribu, les fils des voleurs de pilon (bnei gonvei eli) et les fils des coupeurs de figues sèches (bnei kotsei ketsiot).
Le quinze av accueille des groupes qui n'ont pas de jour propre : des cohanim, des leviim, et ceux qui ignoraient de quelle tribu ils venaient. Les deux derniers noms sont des surnoms, et la Guemara racontera plus loin l'épisode qui les explique — des hommes qui, sous un décret interdisant d'apporter du bois et des premiers fruits, ont fait passer leur offrande sous une autre apparence.
Le vingt du même mois, les fils de Pahat Moav ben Yehouda ; le vingt éloul, les fils d'Adin ben Yehouda ; le premier tévet, les fils de Paroch revinrent une seconde fois. Le premier tévet, il n'y avait pas de maamad, car il y avait le Hallel, une offrande de moussaf et une offrande de bois.
Le premier tévet réunit les trois causes énumérées plus haut : c'est 'Hanouka, donc Hallel ; c'est roch hodech, donc moussaf ; et c'est le second tour des fils de Paroch, donc offrande de bois. Les trois prières du maamad sont ainsi écartées, et il ne reste plus de maamad du tout ce jour-là.
Ce cas fonctionne comme la vérification des règles du segment 8 : une seule date de l'année les fait jouer toutes ensemble.
Cinq choses sont arrivées à nos pères le dix-sept tamouz, et cinq le neuf av. Le dix-sept tamouz :
Le folio se termine sur l'ouverture de la Michna des cinq malheurs du dix-sept tamouz et des cinq du neuf av. La liste elle-même se lit en 26b : les Tables brisées, l'interruption du tamid, la brèche dans la ville, l'autodafé d'Apostomos et l'idole placée dans le Sanctuaire.
Le Ben Yehoyada explique la symétrie des deux séries de cinq par les dix paroles des Tables, cinq d'un côté et cinq de l'autre.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).