Taanit 26b — La fin du mois d'Av, le quinze Av, et la nessiat kapayim aux quatre prières du jour de jeûne

Taanit 26b

Sougya : Le folio achève la michna du quatrième chapitre puis ouvre la guemara sur la bénédiction des cohanim. La michna énumère d'abord les cinq événements du dix-sept Tamouz et les cinq du neuf Av, puis gradue le deuil du mois d'Av : diminution de la joie dès l'entrée du mois, interdits de coupe de cheveux et de lessive dans la semaine du neuf Av, restrictions du dernier repas, avec les avis de Rabban Chimon ben Gamliel et de Rabbi Yehouda.

Elle se retourne ensuite vers la joie avec le quinze Av et le jour de Kippour, les vêtements blancs empruntés et la parole des filles de Yerouchalayim aux jeunes hommes. La guemara reprend alors la première michna du chapitre : les jeûnes et les maamadot ne comportent pas de moussaf, donc la michna est incomplète et doit être relue.

S'ouvre la mahloket de Rabbi Meir, Rabbi Yehouda et Rabbi Yossi sur les prières qui comportent la nessiat kapayim, toute entière commandée par la crainte de l'ivresse ; la halakha suit Rabbi Yossi, et l'usage du jeûne s'explique par l'heure tardive de la minha. Le folio finit sur la source du lien entre le cohen qui bénit et le nazir, et sur la limite de ce lien.

Plan du folio Taanit 26b 1. Les jours de malheur (segments 0-1) Fin de la liste du dix-sept Tamouz : Tables brisées, tamid aboli, brèche dans la ville, Torah brûlée, idole. Puis les cinq du neuf Av : le décret sur la génération du désert, les deux destructions du Temple, la prise de Beitar, la ville labourée. Rachi rattache chaque item à son verset ou son récit. 2. Le deuil gradué du mois d'Av (segment 2) Dès l'entrée d'Av, on diminue la joie. Dans la semaine du neuf Av : ni coupe de cheveux, ni lessive ; le jeudi reste permis pour le Chabbat. Au dernier repas : un seul plat cuit, ni viande ni vin. Rabban Chimon ben Gamliel demande un changement, Rabbi Yehouda le lit renversé, sans l'accord des Sages. 3. Le retournement : quinze Av et Kippour (3-5) Rabban Chimon ben Gamliel : pas de jours aussi bons pour Israël que le quinze Av et le jour de Kippour. Vêtements blancs empruntés, pour que celle qui n'en a pas ne soit pas mise à la honte ; tous exigent la tevila. Les filles dansent dans les vignes et disent au jeune homme de regarder la famille plutôt que la beauté. Le verset de Chir HaChirim conclut sur le Temple. 4. Guemara : la nessiat kapayim (6-16) Question : les jeûnes et les maamadot n'ont pas de moussaf, donc la michna est incomplète et se relit. Mahloket Rabbi Meir / Rabbi Yehouda / Rabbi Yossi sur les prières qui portent la bénédiction des cohanim. Trois formules de décision : halakha, minhag, nahagou. Halakha comme Rabbi Yossi ; l'usage du jeûne tient à l'heure tardive. Source : le nazir et le cohen qui bénit.
Les quatre moments du folio : la liste des malheurs, le deuil du mois d'Av, le retournement du quinze Av, puis la sougya de la bénédiction des cohanim.
À quelles prières les cohanim élèvent-ils les mains le jour du jeûne ? Avis Chaharit Moussaf Minha Neila Raison de fond Rabbi Meir oui oui oui oui L'interdit vient de l'ivresse ; un jour de jeûne n'en a pas. Rabbi Yehouda oui oui non non On décrète sur le jeûne à cause des jours ordinaires. Rabbi Yossi oui oui non oui Le décret ne porte que sur une prière de chaque jour. Tranchage : Rav Nahman dit halakha comme Rabbi Yossi, et la guemara le confirme. Rav dit halakha comme Rabbi Meir, Rabbi Yo'hanan dit nahagou comme lui, Rava dit minhag comme lui. Pourquoi les cohanim bénissent-ils aujourd'hui à la minha du jeûne ? Parce qu'on la retarde jusqu'aux abords du coucher du soleil : elle vaut alors comme la néila, que Rabbi Yossi autorise.
La mahloket des trois Tanaim, sa raison commune (la crainte de l'ivresse), le tranchage et l'usage effectif.
Le mois d'Av selon la michna : la descente, puis le retournement Roch Hodech Av On diminue la joie. La semaine du neuf Ni coupe de cheveux ni lessive ; le jeudi est rendu pour le Chabbat. Érev ticha beAv Un seul plat cuit, ni viande ni vin. Neuf Av Le jeûne. Quinze Av Vêtements blancs empruntés, danses dans les vignes. Le principe de la descente Plus on approche du neuf, plus le cercle des interdits se resserre : le mois, puis la semaine, puis le repas. Le principe du retournement Le même mois porte le jour le plus dur et l'un des deux jours les plus joyeux, que la michna met côte à côte.
Du Roch Hodech au quinze Av : le resserrement progressif des interdits, puis le jour de joie placé par la michna dans le même mois.
1
נִשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת, וּבָטַל הַתָּמִיד, וְהֻובְקְעָה הָעִיר, וְשָׂרַף אַפּוֹסְטְמוֹס אֶת הַתּוֹרָה, וְהֶעֱמִיד צֶלֶם בַּהֵיכָל.

les Tables furent brisées, le tamid (sacrifice quotidien) fut aboli, une brèche fut ouverte dans la ville, Apostomos brûla la Torah, et il dressa une idole dans le Heikhal.

📜 Rachi (3)
נִשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת בַּגְּמ' מְפָרֵשׁ:
La guemara l'explique.
וּבָטַל הַתָּמִיד לְפִי שֶׁגָּזְרָה הַמַּלְכוּת גָּזְרָה מִלְּהַקְרִיב עוֹד:
Parce que le pouvoir avait décrété un décret interdisant d'offrir davantage.
וְהֻועֲמַד צֶלֶם בַּהֵיכָל שֶׁהֶעֱמִידוֹ מְנַשֶּׁה כְּדִמְפֹורָשׁ בְּתַרְגּוּם יְרוּשַׁלְמִי בְּפָרָשַׁת הַשָּׁמַיִם כִּסְאִי וְגוֹ' (יְשַׁעְיָהוּ סו):
C'est Menaché qui l'a dressée, comme l'explique le Targoum Yerouchalmi sur le passage « Le ciel est Mon trône, etc. » (Yechaya 66).
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin de la michna qui énumère les cinq événements du dix-sept Tamouz. La liste va du plus ancien au plus récent : les Tables brisées au pied du Sinaï, puis des faits de la fin du second Temple.

Deux termes techniques : le tamid est le sacrifice offert chaque matin et chaque après-midi, dont l'arrêt marque la rupture du service régulier ; le Heikhal est le corps du Temple, où l'idole dressée constitue la profanation la plus grave.

2
בְּתִשְׁעָה בְּאָב נִגְזַר עַל אֲבוֹתֵינוּ שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לָאָרֶץ, וְחָרַב הַבַּיִת בָּרִאשׁוֹנָה וּבַשְּׁנִיָּה, וְנִלְכְּדָה בֵּיתָר, וְנֶחְרְשָׁה הָעִיר.

Le neuf Av, il fut décrété sur nos pères qu'ils n'entreraient pas dans le pays ; le Temple fut détruit la première fois et la seconde ; Beitar fut prise ; et la ville fut labourée.

📜 Rachi (2)
עַל אֲבוֹתֵינוּ דּוֹר הַמִּדְבָּר אִם יִרְאֶה אִישׁ בָּאֲנָשִׁים הָאֵלֶּה הַדּוֹר הָרָע הַזֶּה אֵת הָאָרֶץ וְגוֹ' (דְּבָרִים א׳:ל״ה):
La génération du désert, selon « Aucun de ces hommes, de cette génération mauvaise, ne verra le pays, etc. » (Devarim 1, 35).
בְּיֶתֶר עִיר גְּדוֹלָה וְהָיוּ יִשְׂרָאֵל דָּרִין בָּהּ בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין פֶּרֶק הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף נז.) אַשָּׁקָא דְּרִיסְפַּק חֶרֶב בְּיָתֵר:
Une grande ville, où Israël habitait. Au traité Guitin, chapitre HaNizakin (Guitin 57a) : à cause de l'essieu d'une voiture, Beitar fut détruite.
💡 Explication

Cinq événements également pour le neuf Av. Le premier est le décret qui suit la faute des explorateurs ; les deux suivants sont les deux destructions du Temple ; les deux derniers appartiennent à la répression romaine après la révolte de Bar Kokhba.

« La ville fut labourée » désigne le passage de la charrue sur l'emplacement de Yerouchalayim, geste qui signifie qu'elle ne sera plus rebâtie.

3
מִשֶּׁנִּכְנַס אָב מְמַעֲטִין בְּשִׂמְחָה. שַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּתוֹכָהּ אָסוּר מִלְּסַפֵּר וּמִלְּכַבֵּס, וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב לֹא יֹאכַל אָדָם שְׁנֵי תַבְשִׁילִין, לֹא יֹאכַל בָּשָׂר וְלֹא יִשְׁתֶּה יַיִן. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: יְשָׁנָה. רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה, וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים.

Dès l'entrée du mois d'Av, on diminue la joie. La semaine dans laquelle tombe le neuf Av, il est interdit de se couper les cheveux et de faire la lessive ; le jeudi, cela est permis en l'honneur du Chabbat.

La veille du neuf Av, on ne mangera pas deux plats cuits, on ne mangera pas de viande et on ne boira pas de vin. Rabban Chimon ben Gamliel dit : qu'il change.

Rabbi Yehouda oblige à renverser le lit, et les Sages ne lui ont pas donné raison.

📜 Rachi (5)
שַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב כו' שָׁבוּעַ:
Le mot chabbat désigne ici la semaine.
בַּחֲמִישִׁי מֻותָּרִין אִם חָל תִּשְׁעָה בְּאָב בְּעֶרֶב שַׁבָּת מֻותָּרִין לְכַבֵּס בַּחֲמִישִׁי וּכְשֶׁחָל ט' בְּאָב בַּד' בְּשַׁבָּת לָא אִיצְטְרִיךְ לְמִיתְנֵי דְּמֻותָּרִין כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְפָנָיו כו':
Si le neuf Av tombe un vendredi, la lessive est permise le jeudi. Et lorsque le neuf Av tombe un mercredi, il n'était pas nécessaire d'enseigner qu'elle est permise le jeudi, puisque la guemara dira : on n'a enseigné l'interdit que pour les jours qui précèdent le neuf Av, etc.
שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין בָּשָׂר וְדָגִים אוֹ בָּשָׂר וּבֵיצִים שֶׁעָלָיו אוֹ דָּג וּבֵיצָה שֶׁעָלָיו כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק עַרְבֵי פְּסָחִים (פְּסָחִים דַּף קיד:):
De la viande et du poisson, ou de la viande avec un œuf dessus, ou du poisson avec un œuf dessus, comme il est dit au chapitre Arvei Pessahim (Pessahim 114b).
יְשָׁנָה בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ:
La guemara l'explique.
כְּפִייַּת הַמִּטָּה עַל פָּנֶיהָ וְלֹא יִישַׁן עָלֶיהָ:
On le retourne face contre terre et l'on ne dort pas dessus.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב לֹא יֹאכַל אָדָם שְׁנֵי תַבְשִׁילִין וְלֹא יֹאכַל בָּשָׂר וְלֹא יִשְׁתֶּה יַיִן. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר יְשַׁנֶּה. ר' יְהוּדָה מְחַיֵּיב בִּכְפִייַּת הַמִּטָּה וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים:
Michna. La veille du neuf Av, on ne mangera pas deux plats cuits, on ne mangera pas de viande et on ne boira pas de vin. Rabban Chimon ben Gamliel dit : qu'il change. Rabbi Yehouda oblige à renverser le lit, et les Sages ne lui ont pas donné raison.
💡 Explication

La michna gradue le deuil selon trois cercles de temps : le mois, où l'on diminue la joie ; la semaine du neuf Av, où s'ajoutent les interdits de coupe de cheveux et de lessive ; la veille du jeûne, où le repas lui-même est restreint.

L'exception du jeudi tient à la préparation du Chabbat : le linge lavé ce jour-là sert à l'honneur du jour qui vient. Ichne, le mot de Rabban Chimon ben Gamliel, demande un changement dans la manière de manger, dont la guemara précisera le contenu. La kefiyat hamita de Rabbi Yehouda est une pratique de deuil, que les Sages refusent d'étendre au deuil public.

4
אָמַר רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל: לֹא הָיוּ יָמִים טוֹבִים לְיִשְׂרָאֵל כַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר בְּאָב וּכְיוֹם הַכִּפּוּרִים, שֶׁבָּהֶן בְּנוֹת יְרוּשָׁלַיִם יוֹצְאוֹת בִּכְלֵי לָבָן שְׁאוּלִין — שֶׁלֹּא לְבַיֵּישׁ אֶת מִי שֶׁאֵין לוֹ. כָּל הַכֵּלִים טְעוּנִין טְבִילָה.

Rabban Chimon ben Gamliel a dit : Israël n'a pas connu de jours aussi bons que le quinze Av et le jour de Kippour, car en ces jours les filles de Yerouchalayim sortaient en vêtements blancs empruntés, afin de ne pas mettre à la honte celle qui n'en a pas. Tous ces vêtements requièrent la tevila (immersion).

📜 Rachi (2)
שְׁאוּלִין שֶׁכֻּולָּן שׁוֹאֲלוֹת זוֹ מִזּוֹ אֲפִילּוּ עֲשִׁירוּת כְּדֵי שֶׁלֹּא לְבַיֵּישׁ כו':
Toutes empruntent l'une à l'autre, même les riches, afin de ne pas mettre à la honte, etc.
טְעוּנִין טְבִילָה קֹודֶם שֶׁיִּלְבָּשׁוּם לְפִי שֶׁאֵין כָּל אַחַת בְּקִיאָה בַּחֲבֶרְתָּהּ שֶׁמָּא נִדָּה הָיְתָה:
Avant de les revêtir, parce qu'aucune ne connaît avec certitude l'état de sa compagne : elle était peut-être nida.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לא היו ימים טובים לישראל כחמשה־עשר באב וכיום הכפורים. קשה הוה ליה למימר יום הכיפורים קודם ט"ו באב שזה בראשית השנה וזה בסוף? ונראה לי דאפשר מנהג זה התחיל בישראל בט"ו באב קודם יום הכיפורים שאחר כמה שנים נהגו בו גם ביום הכיפורים. אי נמי על הרוב יהיה התחלה בט"ו באב בראיה ראשונה שרואה הבחור את הבתולה ונוטה לבו אליה ובא הענין לידי גמר טוב בראיה השנית שרואה אותה ביום הכיפורים כי הימים שביניהם מועטים אך לא יזדמן שיהיה התחלת הענין ביום הכיפורים וגמר הדבר בט"ו באב דרב המרחק ביניהם ונשכח מהם. ונראה לי דכרמים אלו היו בתוך העיר דאין יוצאים ביום הכיפורים חוץ לחומת העיר ואף על גב דעל פי השכל אין ראוי לעשות עסק זה ביום הכיפורים, עם כל זה לא ביטלו חכמים מנהג זה ביום הכיפורים משום חבוב מצות הנישואין וגם להודיע כמה גדולה ויקרה היא דאפילו ביום קדוש כזה פונים לדבר זה להתעסק בו.
« Israël n'a pas connu de jours aussi bons que le quinze Av et le jour de Kippour. » Difficulté : il aurait fallu nommer le jour de Kippour avant le quinze Av, puisque l'un est au début de l'année et l'autre à sa fin. Il me semble qu'il est possible que cet usage ait commencé en Israël le quinze Av, avant le jour de Kippour, et qu'après quelques années on l'ait pratiqué aussi le jour de Kippour. Ou bien : le plus souvent, le commencement a lieu le quinze Av, à la première vue où le jeune homme voit la jeune fille et où son cœur penche vers elle, et l'affaire vient à son bon terme à la seconde vue, le jour de Kippour, car les jours qui les séparent sont peu nombreux ; mais il n'arriverait pas que l'affaire commence le jour de Kippour et s'achève le quinze Av, car la distance entre eux est grande et la chose serait oubliée. Il me semble aussi que ces vignes se trouvaient à l'intérieur de la ville, puisqu'on ne sort pas le jour de Kippour hors du rempart. Et bien que la raison n'inclinât pas à mener cette affaire le jour de Kippour, les Sages n'ont pas pour autant aboli cet usage ce jour-là, par amour de la mitsva du mariage, et aussi pour faire savoir combien elle est grande et précieuse, puisque même en un jour aussi saint on se tourne vers elle pour s'en occuper.
💡 Explication

La michna passe du deuil à la joie. Deux jours sont mis au même rang : le quinze Av et le jour de Kippour, où se tenait une rencontre organisée en vue des mariages.

Deux détails portent la halakha. L'emprunt général des vêtements blancs, même par les riches, efface la différence de moyens et protège celle qui n'a rien de sa propre honte. La tevila exigée de tous les vêtements tient au doute sur l'état de pureté de celle qui les a portés avant.

5
וּבְנוֹת יְרוּשָׁלַיִם יוֹצְאוֹת וְחוֹלוֹת בַּכְּרָמִים. וּמֶה הָיוּ אוֹמְרוֹת: בָּחוּר, שָׂא נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה מָה אַתָּה בּוֹרֵר לָךְ. אַל תִּתֵּן עֵינֶיךָ בַּנּוֹי, תֵּן עֵינֶיךָ בַּמִּשְׁפָּחָה. ״שֶׁקֶר הַחֵן וְהֶבֶל הַיֹּפִי אִשָּׁה יִרְאַת ה׳ הִיא תִתְהַלָּל״, וְאוֹמֵר: ״תְּנוּ לָהּ מִפְּרִי יָדֶיהָ וִיהַלְלוּהָ בַשְּׁעָרִים מַעֲשֶׂיהָ״.

Et les filles de Yerouchalayim sortaient et dansaient dans les vignes. Et que disaient-elles ?

Jeune homme, lève donc les yeux et vois ce que tu te choisis. Ne mets pas tes yeux sur la beauté, mets tes yeux sur la famille.

« Trompeuse est la grâce et vaine la beauté ; une femme qui craint Hachem, c'est elle qui sera louée » (Michle 31, 30), et il est dit : « Donnez-lui du fruit de ses mains, et que ses œuvres la louent aux portes » (Michle 31, 31).

📜 Rachi (1)
וְחוֹלוֹת כְּמוֹ לָחוּל בִּמְחוֹלוֹת (שׁוֹפְטִים כא):
Comme dans « danser des danses » (Choftim 21).
🪔 Ben Yehoyada (3)
ובנות ירושלים יוצאות וחולות בכרמים. פירש עטרת ראשי הרב אדוני אבי זלה"ה [זכרונו לחיי העולם הבא] בספרו מדרש אליהו (דף צז) וזה לשונו: בנות הם המלכיות בנות של ישראל סבא יוצאות וחולות בכרמים 'כר־ם י־ם' והיינו כרם [260] גימטריא עשרה הויו־ת רמז לאבא ים רמז לבינה כלומר מושכין האורות ומוחין מן אחד ואחד ואומרים בחור הזעיר אנפין אל תתן עיניך ב ' נוי ' [66] בגימטריא אדנ־י עם הכולל [66] שהיא המלכות, רוצה לומר אל תבט במלכות כשהיא בבחינת דינים וגבורות תן עיניך במשפחה הם מדרגות הקודמים לה שימשך לה מהם חסדים ואפיק לשם אדנ־י באותיות נוי לומר ששם אדנ־י הוא נוי לה, עד כאן דבריו זלה"ה [זכרונו לחיי העולם הבא] , ודפח"ח [ודברי פי חכם חן] . ודע כי עטרת ראשי אדוני אבי ז"ל תפס גרסת הגמרא דגריס 'בנות ישראל' אך במשנה כתוב 'בנות ירושלים' וגם לפי זו הגרסא יבא נכון ביאור שכתבנו שהם גם כן נקראים 'בנות הבינה' שנקראת ירושלים של מעלה כנודע.
« Et les filles de Yerouchalayim sortaient et dansaient dans les vignes. » La couronne de ma tête, mon maître et père, sa mémoire pour la vie du monde à venir, à expliqué dans son livre Midrach Eliyahou (page 97), et voici ses paroles : les « filles » sont les malkhouyot, les filles d'Israël Saba ; elles sortent et dansent dans les kramim, soit kerem et yam ; or kerem vaut 260, gematria de dix Havayot, allusion à Abba, et yam est une allusion à Bina. Autrement dit, elles attirent les lumières et les mohin de chacun des deux, et elles disent : jeune homme, c'est-à-dire Zeir Anpin, ne mets pas tes yeux sur noi, dont la valeur 66 est celle du Nom Adnout avec le kolel, qui désigne Malkhout ; c'est-à-dire : ne regarde pas Malkhout lorsqu'elle se tient du côté des dinim et des guevourot. Mets tes yeux sur la famille, ce sont les degrés qui la précèdent, afin que les hassadim lui soient attirés depuis eux, et que le Nom Adnout sorte avec les lettres de noi, pour dire que le Nom Adnout est sa beauté. Fin de ses paroles, et ce sont des paroles de sagesse pleines de grâce. Et sache que la couronne de ma tête, mon maître et père, sa mémoire pour la bénédiction, a retenu la version de la guemara qui porte « filles d'Israël », alors que la michna écrit « filles de Yerouchalayim » ; selon cette version aussi l'explication que nous avons écrite se tient, car elles sont également appelées « filles de Bina », qui est nommée la Yerouchalayim d'en haut, comme on le sait.
יוֹצְאוֹת וְחוֹלוֹת בַּכְּרָמִים. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּחוֹלוֹת בַּכְּרָמִים שֶׁהֵם גְּפָנִים עַל דֶּרֶךְ מַה שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קכח, ג) אֶשְׁתְּךָ כְּגֶפֶן פֹּרִיָּה בְּיַרְכְּתֵי בֵיתֶךָ, כַּגֶּפֶן דְּלָא מְקַבֵּל נְטִיעָה אַחֶרֶת וּלְכָךְ חוֹלוֹת בֵּין הַגְּפָנִים לִרְמֹוז לְבַחוּרִים תְּנוּ עֵינֵיכֶם בְּאִשָּׁה כְּשֵׁרָה שֶׁאֵינָהּ מְזַנָּה כְּגֶפֶן שֶׁאֵינָהּ מְקַבֶּלֶת נְטִיעָה אַחֶרֶת וְעַל יְדֵי כָּךְ הַבָּנִים יִהְיוּ דּוֹמִין לִפְרִי הַגֶּפֶן שֶׁיֵּשׁ בּוֹ אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה כֵּן הֵם שְׁלֵמִים בַּתּוֹרָה וְיִרְאַת שָׁמַיִם.
« Elles sortaient et dansaient dans les vignes. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de la danse dans les vignes, qui sont des ceps, suit ce qui est dit : « ton épouse est comme une vigne fructueuse au fond de ta maison » (Tehilim 128, 3). La vigne ne reçoit pas d'autre plant, et l'on danse donc entre les ceps pour faire signe aux jeunes hommes : mettez vos yeux sur une femme droite qui ne se dévoie pas, comme la vigne qui ne reçoit pas d'autre plant. Par là, les enfants ressembleront au fruit de la vigne, dont on tire à la fois nourriture et boisson : ils seront complets en Torah et en crainte du Ciel.
שָׂא נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה. נִרְאֶה לִי בס"ד שָׂא עֵינֶיךָ הוּא עֵין הַשֵּׂכֶל לַשָּׁמַיִם כְּלוֹמַר תִּקַּח אִשָּׁה לְשֵׁם שָׁמַיִם, וְלֹא בִּשְׁבִיל עֹונֶג הַגּוּף. אוֹ יוּבָן שָׂא עֵינֶיךָ בַּאֲבוֹתֶיהָ וְאִמּוֹתֶיהָ וְאַחֶיהָ שֶׁיִּהְיוּ כְּשֵׁרִים. אוֹ יוּבָן לְמַעְלָה מֵאוֹתִיּוֹת עַיִן בְּגֹודֶל הַמִּסְפָּר יֵשׁ אוֹתִיּוֹת כֶּסֶף וְרָמְזוּ לוֹ בַּעֲלֵי הַמָּמוֹן שֶׁיַּבִּיט בְּמָמוֹן הוּא הַכֶּסֶף שֶׁתָּבִיא לוֹ בַּנְּדוּנְיָיא, וְדֶרֶךְ הֲלָצָה הוּא זֶה. גַּם אוֹמְרִים שָׂא נָא דָּיְיקִי בְּתֵיבַת נָא לוֹמַר אֵין לְךָ רְשׁוּת לְהִסְתַּכֵּל בִּבְתוּלוֹת אֶלָּא רַק נָא בְּעוֹדְךָ בָּחוּר אֲבָל אַחַר שֶׁתִּשָּׂא אִשָּׁה אָסוּר לְךָ הַדָּבָר וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (אִיּוֹב לֹא, א) וּמָה אֶתְבּוֹנֵן עַל בְּתוּלָה.
« Lève donc les yeux et vois. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « lève les yeux » vise l'œil de l'intelligence tourné vers le Ciel, c'est-à-dire : prends une femme pour le Ciel, et non pour l'agrément du corps. On peut aussi comprendre : lève les yeux vers ses pères, ses mères et ses frères, afin qu'ils soient droits. On peut encore comprendre ainsi : au-dessus des lettres de ayin (ayin, youd, noun) dans l'ordre des valeurs se trouvent les lettres de kessef (argent) ; les gens de fortune y ont vu une allusion à l'argent qu'elle lui apportera en dot, et cela se dit par manière de plaisanterie. On dit aussi que « sa na » est précis dans le mot na : tu n'as la permission de regarder les jeunes filles que na, tant que tu es célibataire, mais après avoir épouse une femme la chose t'est interdite, ainsi qu'il est dit : « comment fixerais-je mon regard sur une vierge » (Iyov 31, 1).
💡 Explication

La parole adressée au jeune homme déplace le critère du choix : la beauté passe, et la michpaha, la famille, indique ce que seront les enfants. Les deux versets cités clôturent le chapitre de la echet hayil et fondent ce déplacement sur la crainte du Ciel et sur les actes.

Le Ben Yehoyada lit la scène sur deux plans : un plan de sod, où les figures du verset renvoient aux degrés supérieurs, et un plan pratique, où la vigne sert d'image à la fidélité.

6
וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״צְאֶינָה וּרְאֶינָה בְּנוֹת צִיּוֹן בַּמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה בָּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה לּוֹ אִמּוֹ בְּיוֹם חֲתֻנָּתוֹ וּבְיוֹם שִׂמְחַת לִבּוֹ״. ״בְּיוֹם חֲתֻנָּתוֹ״ — זֶה מַתַּן תּוֹרָה, ״וּבְיוֹם שִׂמְחַת לִבּוֹ״ — זֶה בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, שֶׁיִּבָּנֶה בִּמְהֵרָה בְּיָמֵינוּ.

Et de même il est dit : « Sortez et voyez, filles de Tsion, le roi Chelomo, la couronne dont sa mère l'a couronné au jour de ses noces et au jour de la joie de son cœur » (Chir HaChirim 3, 11). « Au jour de ses noces », c'est le don de la Torah ; « et au jour de la joie de son cœur », c'est la construction du Temple, qu'il soit rebâti bientôt et de nos jours.

📜 Rachi (3)
בְּמֶלֶךְ שְׁלֹמֹה בַּמֶּלֶךְ שֶׁהַשָּׁלוֹם שֶׁלּוֹ:
Le roi à qui appartient la paix.
אִמּוֹ כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל:
L'assemblée d'Israël.
זֶה מַתַּן תּוֹרָה יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁנִּיתְּנוּ בּוֹ לוּחוֹת הָאַחֲרוֹנוֹת:
Le jour de Kippour, où furent données les dernières Tables.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְכֵן הוּא אוֹמֵר: (שִׁיר הַשִּׁירִים ג, יא) צְאֶינָה וּרְאֶינָה בְּנוֹת צִיּוֹן בַּמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה, בָּעֲטָרָה שֶׁעִטְּרָה לּוֹ אִמּוֹ. דְּרֵישׁ זֶה עַל יוֹם הַכִּיפּוּרִים עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ פָּרָשַׁת אֱמֹור בְּסוֹד הַפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כ, יב) וְגַם אָמְנָה אֲחֹתִי בַת אָבִי הִוא אַךְ לֹא בַת אִמִּי וַתְּהִי לִי לְאִשָּׁה, דִּבְיוֹם הַכִּיפּוּרִים מִבֵּי אִימָּא נַטְלָא וְלָא מִבֵּי אַבָּא, עַיֵּין שָׁם וְדוֹק.
« Et de même il est dit : Sortez et voyez, filles de Tsion, le roi Chelomo, la couronne dont sa mère l'a couronné » (Chir HaChirim 3, 11). Il expose ce verset sur le jour de Kippour, d'après ce qui est dit dans le saint Zohar, parachat Emor, sur le sod du verset « et de plus, elle est vraiment ma sœur, fille de mon père mais non fille de ma mère, et elle est devenue ma femme » (Berechit 20, 12) : le jour de Kippour, on prend de la maison de Ima et non de la maison d'Abba. Vois-y et examine.
'בְּיוֹם חֲתֻנָּתוֹ', זוֹ מַתַּן תּוֹרָה, 'וּבְיוֹם שִׂמְחַת לִבּוֹ', זֶה בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַסֶּמֶךְ שֶׁיֵּשׁ לָזֶה עִם זֶה, עַל פִּי הַמִּדְרָשׁ בְּפָרָשַׁת תְּרוּמָה, מָשָׁל לְמֶלֶךְ שֶׁהִשִּׂיא אֶת בִּתּוֹ וְכוּ' וְאָמַר לָהֶם בְּבַקָּשָׁה מִכֶּם עֲשׂוּ לִי קִיטוֹן אֶחָד שֶׁאֶדֹּור בּוֹ עִמָּכֶם עַייֵּן שָׁם, נִמְצָא עַל יְדֵי הַתּוֹרָה זָכִינוּ לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ לְכָךְ סְמָכָם זֶה בָּזֶה.
« Au jour de ses noces, c'est le don de la Torah ; et au jour de la joie de son cœur, c'est la construction du Temple. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que leur rapprochement s'éclaire par le midrach de parachat Terouma : une parabole d'un roi qui maria sa fille, etc., et il leur dit : de grâce, faites-moi une petite chambre où je demeurerai avec vous ; vois-y. Il se trouve que c'est par la Torah que nous avons mérité le Temple, et c'est pourquoi il a rapproché l'un de l'autre.
💡 Explication

Le verset de Chir HaChirim est lu comme une allusion à deux journées. Le roi Chelomo est compris selon la racine du mot paix, et la mère désigne l'assemblée d'Israël.

« Le jour de ses noces » vise le don de la Torah, rattaché au jour de Kippour par les secondes Tables, ce qui explique pourquoi la michna venait de nommer ce jour. « Le jour de la joie de son cœur » vise la construction du Temple, sur laquelle le traité se clôturera.

7
גְּמָ׳ בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים בַּשָּׁנָה כֹּהֲנִים נוֹשְׂאִין אֶת כַּפֵּיהֶם כּוּ׳. תַּעֲנִיּוֹת וּמַעֲמָדוֹת מִי אִיכָּא מוּסָף? חַסּוּרֵי מִיחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים כֹּהֲנִים נוֹשְׂאִין אֶת כַּפֵּיהֶן כָּל זְמַן שֶׁמִּתְפַּלְּלִין, וְיֵשׁ מֵהֶן אַרְבָּעָה פְּעָמִים בַּיּוֹם — שַׁחֲרִית וּמוּסָף מִנְחָה וּנְעִילַת שְׁעָרִים, וְאֵלּוּ הֵן שְׁלֹשָׁה פְּרָקִים: תַּעֲנִיּוֹת, וּמַעֲמָדוֹת, וְיוֹם הַכִּפּוּרִים.

Guemara. « À trois époques de l'année les cohanim élèvent leurs mains, etc. » Les jeûnes et les maamadot comportent-ils un moussaf ?

La michna est incomplète, et voici ce qu'elle enseigne : à trois époques les cohanim élèvent leurs mains chaque fois que l'on prie, et parmi ces époques il en est où cela a lieu quatre fois dans la journée — chaharit, moussaf, minha et néilat cheârim ; et voici les trois époques : les jeûnes, les maamadot et le jour de Kippour.

📜 Rachi (2)
גְּמ' כָּל זְמַן שֶׁמִּתְפַּלְּלִין דְּהַייְנוּ שַׁחֲרִית וּמִנְחָה וּנְעִילָה:
C'est-à-dire chaharit, minha et néila.
יֵשׁ מֵהֶן אַרְבָּעָה פְּעָמִים בַּיּוֹם יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף:
Le jour de Kippour, qui comporte un moussaf.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' תַּעֲנִיּוֹת וּמַעֲמָדוֹת מִי אִית בְּהוּ מוּסָף. חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי בִּשְׁלֹשָׁה פְּרָקִים נוֹשְׂאִין אֶת כַּפֵּיהֶם כָּל זְמַן שֶׁמִּתְפַּלְּלִין וְיֵשׁ מֵהֶן אַרְבָּעָה פְּעָמִים בַּיּוֹם בְּשַׁחֲרִית בַּמּוּסָף בְּמִנְחָה וּבִנְעִילָה וְאֵלּוּ הֵן שְׁלֹשָׁה פְּרָקִים בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים. תַּנְיָא שַׁחֲרִית וּמוּסָף וּמִנְחָה וּנְעִילָה יֵשׁ בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם דִּבְרֵי ר"מ. ר' יְהוּדָה אוֹמֵר בְּמִנְחָה וּבִנְעִילָה אֵין בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם. ר' יוֹסֵי אוֹמֵר מִנְחָה אֵין בָּהּ נְשִׂיאַת כַּפַּיִם. נְעִילָה יֵשׁ בָּהּ נְשִׂיאַת כַּפַּיִם בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי ר' מֵאִיר סָבַר כָּל יוֹמָא מַאי טַעְמָא לָא מִשּׁוּם שִׁכְרוּת הָאִידָּנָא לֵיכָּא שִׁכְרוּת. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר שַׁחֲרִית וּמוּסָף דְּכָל יוֹמָא לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת לָא גָּזְרִינַן מִנְחָה וּנְעִילָה דְּכָל יוֹמָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת גָּזְרִינַן. וְרַבִּי יוֹסֵי סָבַר מִנְחָה דְּאִיתָא כָּל יוֹמָא גָּזְרִינַן נְעִילָה דְּלֵיתָא כָּל יוֹמָא לָא גָּזְרִינַן אָמַר רַב נַחְמָן הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי. וְאִילּוּ הָאִידָּנָא מַאי טַעְמָא פָּרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמִנְחָה בְּתַעֲנִית כֵּיוָן דְּסָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה פָּרְסוּ יְדַיְיהוּ כִּתְפִלַּת נְעִילָה דָּמֵי. כָּתַב רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל שָׁמְעִינַן מִדְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין אָדָם רַשַּׁאי לֶאֱכֹול אֶלָּא אַחַר תְּפִלַּת מוּסָף הִלְכָּךְ לָא שְׁכִיחָא בֵּיהּ שִׁכְרוּת. כָּתַב בַּעַל הַהֲלָכוֹת דְּפָרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמִנְחָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים דְּהָוֵי כְּמִנְחָה שֶׁל שְׁאָר תַּעֲנִית שֶׁהִיא סְמוּכָה לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה הָכִי נָמֵי כֵּיוָן דְּמַפְּשִׁי בֵּיהּ רַחֲמִים מִמַּשְׁכָא עַד שְׁקִיעַת הַחַמָּה וּבְאַשְׁכְּנַז לֹא נָהֲגוּ כֵּן. דכ"ע מִיהָא שִׁיכּוֹר אָסוּר בִּנְשִׂיאַת כַּפַּיִם מְנָא הָנֵי מִילֵּי. אָמַר ר"ש בֶּן פַּזִּי א"ר יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא לָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת כֹּהֵן מְבָרֵךְ לְפָרָשַׁת נָזִיר. לוֹמַר לָךְ מַה נָזִיר אָסוּר בְּיַיִן אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ אָסוּר בְּיַיִן:
Guemara. Les jeûnes et les maamadot comportent-ils un moussaf ? La michna est incomplète, et voici ce qu'elle enseigne : à trois époques ils élèvent leurs mains chaque fois que l'on prie, et parmi ces époques il en est où cela a lieu quatre fois dans la journée : à chaharit, à moussaf, à minha et à néila ; et voici les trois époques : les jeûnes, les maamadot et le jour de Kippour. Il a été enseigné : chaharit, moussaf, minha et néila comportent la nessiat kapayim (élévation des mains) — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : minha et néila ne comportent pas de nessiat kapayim. Rabbi Yossi dit : minha n'en comporte pas, néila en comporte. Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Meir tient : tous les jours, quelle est la raison pour laquelle on ne l'accomplit pas à minha ? À cause de l'ivresse ; or aujourd'hui, le jour du jeûne, il n'y a pas d'ivresse. Rabbi Yehouda tient : à chaharit et à moussaf, où l'ivresse n'est pas fréquente les jours ordinaires, nous ne décrétons pas ; à minha et à néila, où l'ivresse est fréquente les jours ordinaires, nous décrétons. Rabbi Yossi tient : minha, qui existe tous les jours, nous décrétons à son sujet ; néila, qui n'existe pas tous les jours, nous ne décrétons pas. Rav Nahman a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Et aujourd'hui, pour quelle raison les cohanim étendent-ils les mains à la minha du jeûne ? Puisqu'ils les étendent aux abords du coucher du soleil, cela vaut comme la prière de néila. Rabbenou Hananel a écrit : nous apprenons de Rabbi Yehouda qu'un homme n'a le droit de manger qu'après la prière de moussaf, et c'est pourquoi l'ivresse n'y est pas fréquente. L'auteur des Halakhot a écrit que les cohanim étendent les mains à la minha du jour de Kippour, car elle est comme la minha des autres jeûnes, proche du coucher du soleil : ici aussi, puisqu'on y multiplie les supplications, elle se prolonge jusqu'au coucher du soleil ; mais en Achkenaz on n'a pas suivi cet usage. En tout état de cause, tous s'accordent qu'un homme ivre ne peut accomplir la nessiat kapayim. D'où cela est-il tire ? Rabbi Chimon ben Pazi a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, au nom de Bar Kappara : pourquoi la section du cohen qui bénit a-t-elle été placée à côté de la section du nazir ? Pour te dire : de même que le nazir a interdiction du vin, de même le cohen qui bénit a interdiction du vin.
💡 Explication

La guemara ouvre par une objection de comptage. La michna annonçait quatre bénédictions dans la journée aux trois époques, or les jeûnes et les maamadot comportent trois prières seulement.

Hissourei mihasra est le procédé par lequel la guemara déclare la formulation de la michna incomplète et la réécrit. La règle devient : aux trois époques, on bénit à chaque prière ; et pour l'une d'elles, le jour de Kippour, cela fait quatre fois.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna doit être relue (hissourei mihasra) La difficulté La michna parle de quatre bénédictions par jour, mais les jeûnes et les maamadot n'ont pas de moussaf. Jeûnes et maamadot : 3 prières chaharit, minha, néila Jour de Kippour : 4 prières chaharit, moussaf, minha, néila La relecture Aux trois époques, on bénit chaque fois que l'on prie ; et parmi elles, il en est une où cela fait quatre fois.
La correction apportée à la michna : le chiffre quatre ne vaut que pour le jour de Kippour.
8
אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ: זוֹ דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. אֲבָל חֲכָמִים אוֹמְרִים: שַׁחֲרִית וּמוּסָף — יֵשׁ בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם, מִנְחָה וּנְעִילָה — אֵין בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם.

Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouh : cela, ce sont les paroles de Rabbi Meir ; mais les Sages disent : chaharit et moussaf comportent la nessiat kapayim, minha et néila n'en comportent pas.

💡 Explication

La michna ainsi relue attribue la bénédiction à toutes les prières du jour de jeûne, néila comprise. Rav Nahman la range dans l'avis de Rabbi Meir et signale qu'un autre avis la restreint aux deux prières du matin.

9
מַאן חֲכָמִים — רַבִּי יְהוּדָה הִיא. דְּתַנְיָא: שַׁחֲרִית וּמוּסָף מִנְחָה וּנְעִילָה כֻּולָּן יֵשׁ בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שַׁחֲרִית וּמוּסָף — יֵשׁ בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם, מִנְחָה וּנְעִילָה — אֵין בָּהֶן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: נְעִילָה — יֵשׁ בָּהּ נְשִׂיאַת כַּפַּיִם, מִנְחָה — אֵין בָּהּ נְשִׂיאַת כַּפַּיִם.

Qui sont ces Sages ? C'est Rabbi Yehouda, ainsi qu'il a été enseigné : chaharit, moussaf, minha et néila comportent tous la nessiat kapayim — paroles de Rabbi Meir.

Rabbi Yehouda dit : chaharit et moussaf comportent la nessiat kapayim, minha et néila n'en comportent pas. Rabbi Yossi dit : néila comporte la nessiat kapayim, minha n'en comporte pas.

💡 Explication

La baraita donne les trois avis complets. Rabbi Meir retient les quatre prières, Rabbi Yehouda les deux premières, Rabbi Yossi les deux premières plus la néila.

Le désaccord porte sur une seule question : jusqu'où s'étend le décret qui, les jours ordinaires, retire la bénédiction aux prières de l'après-midi.

10
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? רַבִּי מֵאִיר סָבַר: כָּל יוֹמָא טַעְמָא מַאי לָא פָּרְשִׂי כָּהֲנֵי יְדַיְיהוּ בְּמִנְחֲתָא — מִשּׁוּם שִׁכְרוּת, הָאִידָּנָא לֵיכָּא שִׁכְרוּת.

Sur quoi divergent-ils ? Rabbi Meir tient : tous les jours, quelle est la raison pour laquelle les cohanim n'étendent pas leurs mains à minha ?

À cause de l'ivresse ; or aujourd'hui, le jour du jeûne, il n'y a pas d'ivresse.

📜 Rachi (2)
כָּל יוֹמָא מַאי טַעְמָא לָא פָּרְשִׂי כָּהֲנֵי יְדַיְיהוּ בְּמִנְחָה דְּכָל יוֹמָא שְׁכִיחָא בֵּיהּ שִׁכְרוּת שֶׁכְּבָר סָעַד וְזִימְנִין דְּמָשְׁכָא סְעוֹדְתֵּיהּ וּמִשְׂתַּכֵּר וּפָרֵישׁ יָדֶיהָ בַּהֲדֵי חַמְרֵיהּ וְכֹהֵן שָׁתוּי יַיִן אָסוּר לִישָּׂא אֶת כַּפָּיו שֶׁנֶּאֱמַר יַיִן וְשֵׁכָר אַל תֵּשְׁתְּ בְּבוֹאֲכֶם וְגוֹ' (וַיִּקְרָא י׳:ט׳) וּנְשִׂיאַת כַּפַּיִם מֵעֵין עֲבוֹדָה כְּדִלְקַמָּן:
Car tous les jours l'ivresse s'y rencontre : il a déjà pris son repas, et il arrive que son repas se prolonge, qu'il s'enivre et qu'il étende les mains sous l'effet du vin. Or un cohen qui a bu du vin ne peut élever ses mains, ainsi qu'il est dit : « Tu ne boiras ni vin ni boisson enivrante lorsque vous entrerez, etc. » (Vayikra 10, 9) ; et la nessiat kapayim relève du service, comme il sera dit plus loin.
הָאִידָּנָא בְּתַעֲנִיּוֹת וּבְמַעֲמָדוֹת לָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת וּבְמַעֲמָדוֹת נָמֵי מִתְעַנִּין כְּדִלְקַמָּן (תַּעֲנִית דַּף כז:):
Les jours de jeûne et de maamadot, l'ivresse ne se rencontre pas ; et aux maamadot aussi on jeûne, comme il sera dit plus loin (Taanit 27b).
💡 Explication

La raison de fond apparaît ici : l'interdit fait au cohen ivre de bénir. Rachi la rattache au verset qui écarte du service le cohen qui a bu, et précise que la nessiat kapayim relève du service.

Le raisonnement de Rabbi Meir est direct : la mesure vise l'ivresse du repas de midi ; un jour de jeûne, la cause manque, donc la mesure ne s'applique pas.

11
רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: שַׁחֲרִית וּמוּסָף דְּכָל יוֹמָא לָא שְׁכִיחַ שִׁכְרוּת — לָא גָּזְרוּ בְּהוּ רַבָּנָן, מִנְחָה וּנְעִילָה דְּכָל יוֹמָא שְׁכִיחָא שִׁכְרוּת — גָּזְרוּ בְּהוּ רַבָּנָן.

Rabbi Yehouda tient : chaharit et moussaf, où l'ivresse ne se rencontre pas les jours ordinaires, les Sages n'ont pas décrété à leur sujet ; minha et néila, où l'ivresse se rencontre les jours ordinaires, les Sages ont décrété à leur sujet.

📜 Rachi (1)
גָּזְרִינַן תַּעֲנִית אַטּוּ שְׁאָר יָמִים:
On décrète sur le jeûne à cause des autres jours.
🗂️ Tossefot (1)
מִנְחָה וּנְעִילָה דְּכָל יוֹמָא שְׁכִיחֵי בְּהוּ שִׁכְרוּת גָּזְרוּ רַבָּנָן. אֲפִילּוּ בְּיוֹמָא דְּתַעֲנִית דְּלֵית בְּהוּ שִׁכְרוּת וְקַשְׁיָא דְּהָכָא מַשְׁמַע דִּבְמִנְחָה שַׁיְיכָא שִׁכְרוּת ובפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף י. וְשָׁם) קָאָמַר בְּהֶדְיָא דִּבְמִנְחָה לָא שַׁיְיכָא שִׁכְרוּת וְי"ל דְּהָא דְקָאָמַר הָתָם דִּבְמִנְחָה לָא שַׁייְכָא שִׁכְרוּת ר"ל לְגַבֵּי עַרְבִית שִׁכְרוּת דְּמִנְחָה לָאו כְּלוּם (לְגַבֵּי שַׁבָּת) דְּיוֹתֵר שְׁכִיחַ שִׁכְרוּת בְּעַרְבִית (יוֹתֵר) מִבְּמִנְחָה אֲבָל לְעוֹלָם בְּמִנְחָה שַׁיָּיךְ שִׁכְרוּת לְגַבֵּי שַׁחֲרִית וּמוּסָף:
« Minha et néila, où l'ivresse se rencontre les jours ordinaires, les Sages ont décrété à leur sujet » : même le jour du jeûne, où l'ivresse est absente. Et il y a une difficulté, car ici il ressort qu'à minha l'ivresse est en cause, alors qu'au premier chapitre de Chabbat (10a) il est dit explicitement qu'à minha l'ivresse n'est pas en cause. On peut répondre : ce qui est dit là-bas, qu'à minha l'ivresse n'est pas en cause, se dit par rapport à arvit, où l'ivresse se rencontre davantage, de sorte que celle de minha ne compte pas à côté ; mais par rapport à chaharit et à moussaf, l'ivresse est bien en cause à minha.
💡 Explication

Rabbi Yehouda raisonne par gezera, un décret d'extension : le jour de jeûne est aligné sur les jours ordinaires pour éviter la confusion, même si la cause y manque.

Les Tossefot résolvent une contradiction avec Chabbat 10a en montrant que l'expression « l'ivresse n'est pas en cause à minha » y est relative à arvit, et non absolue.

12
רַבִּי יוֹסֵי סָבַר: מִנְחָה דְּאִיתַהּ בְּכָל יוֹמָא — גָּזְרוּ בָּהּ רַבָּנָן, נְעִילָה דְּלֵיתַהּ בְּכָל יוֹמָא — לָא גָּזְרוּ בָּהּ רַבָּנָן.

Rabbi Yossi tient : minha, qui existe tous les jours, les Sages ont décrété à son sujet ; néila, qui n'existe pas tous les jours, les Sages n'ont pas décrété à son sujet.

📜 Rachi (1)
נְעִילָה דְּלֵיתַהּ בְּכָל יוֹמָא אֶלָּא בְּיוֹם הַתַּעֲנִית:
Elle n'a lieu qu'au jour du jeûne.
💡 Explication

Rabbi Yossi resserre le décret sur son objet exact. Une prière qui revient chaque jour peut être confondue avec celle d'un jour ordinaire, donc elle tombe sous la mesure ; la néila, propre aux jours de jeûne, ne peut prêter à cette confusion.

13
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: נָהֲגוּ הָעָם כְּרַבִּי מֵאִיר. וְרָבָא אָמַר: מִנְהָג כְּרַבִּי מֵאִיר.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : la halakha est comme Rabbi Meir. Rabbi Yo'hanan a dit : le peuple a pris l'usage de faire comme Rabbi Meir.

Et Rava a dit : l'usage est comme Rabbi Meir.

💡 Explication

Trois formules distinctes désignent le même avis. Leur différence porte sur la force qu'on lui reconnaît : halakha, minhag et nahagou forment une échelle que le segment suivant va détailler.

14
מַאן דְּאָמַר הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר — דָּרְשִׁינַן לָהּ בְּפִירְקָא. מַאן דְּאָמַר מִנְהָג — מִידְרַשׁ לָא דָּרְשִׁינַן, אוֹרוֹיֵי מוֹרִינַן. וּמַאן דְּאָמַר נָהֲגוּ — אוֹרוֹיֵי לָא מוֹרִינַן, וְאִי עֲבִיד — עֲבִיד, וְלָא מְהַדְּרִינַן לֵיהּ.

Celui qui dit « la halakha est comme Rabbi Meir » : on l'expose publiquement au cours (pirka). Celui qui dit « c'est un minhag » : on ne l'expose pas publiquement, mais on le tranche pour qui vient demander.

Et celui qui dit « le peuple a pris l'usage » : on ne le tranche même pas, et s'il a agi ainsi, il a agi, et on ne le fait pas recommencer.

📜 Rachi (2)
דְּדָרְשִׁינַן בְּפִירְקָא הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר דְּבָעֵינַן דְּלֵיקוּם כְּוָותֵיהּ עָלְמָא:
On expose publiquement que la halakha est comme Rabbi Meir, car on veut que tout le monde se tienne selon lui.
אוֹרוֹיֵי אוֹרִינַן כְּרַבִּי מֵאִיר אִי אָתוּ לְקַמָּן אֲבָל בְּפִירְקָא לָא דָּרְשִׁינַן דְּלָא פְּשִׁיטָא לֵיהּ כֻּולֵּי הַאי דְּתֶיהֱוֵי הֲלָכָה כְּר"מ ומ"ד נָהֲגוּ מַשְׁמַע הֵן נָהֲגוּ מֵאֲלֵיהֶן אֲבָל אֵינוֹ עִיקָּר וּמִנְהָג מַשְׁמַע תּוֹרַת מִנְהָג יֵשׁ בַּדָּבָר וּמִנְהָג כָּשֵׁר הוּא:
On tranche comme Rabbi Meir pour ceux qui viennent devant nous ; mais au cours public on ne l'expose pas, car il ne lui est pas assez évident que la halakha soit comme Rabbi Meir. Et « nahagou » veut dire : ils ont pris cet usage d'eux-mêmes, sans que ce soit le fond de la chose ; tandis que « minhag » indique qu'il y a là une force d'usage, et que cet usage est valable.
🗂️ Tossefot (1)
וּמַאן דְּאָמַר נָהֲגוּ אוֹרוֹיֵי נָמֵי לָא מוֹרִינַן. פֵּירַשְׁנוּ בפ"ק דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף טו: ד"ה וְכִי):
« Et celui qui dit nahagou, on ne le tranche même pas » : nous l'avons expliqué au premier chapitre de Roch Hachana (15b, dibour hamatchil « Vekhi »).
💡 Explication

La guemara transforme trois expressions en trois régimes pratiques. Le critère est le degré d'engagement du maître : exposer au pirka, la leçon publique, engage le plus ; trancher en réponse à une question engage moins ; laisser faire n'engage presque rien.

Rachi ajoute la nuance entre les deux dernières formules : nahagou décrit un usage venu du peuple lui-même, tandis que minhag reconnaît à cet usage une valeur propre.

🖼️ Schéma
Trois degrés de force normative pour un même avis Halakha ke-Rabbi Meir (Rav) On l'expose en public, au cours : le but est que tout le monde s'y tienne. Minhag ke-Rabbi Meir (Rava) On ne l'expose pas en public ; on le tranche pour celui qui vient poser la question. Nahagou ke-Rabbi Meir (Rabbi Yo'hanan) On ne le tranche même pas pour qui demande ; mais celui qui a agi ainsi a fait une chose valable, et on ne le fait pas recommencer. force décroissante
Ce que chaque formule autorise à faire : enseigner en public, trancher en privé, ou seulement laisser faire.
15
וְרַב נַחְמָן אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. וְהָאִידָּנָא מַאי טַעְמָא פָּרְשִׂי כָּהֲנֵי יְדַיְיהוּ בְּמִנְחֲתָא דְתַעֲנִיתָא? כֵּיוָן דִּבְסָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה קָא פָּרְשִׂי — כִּתְפִילַּת נְעִילָה דָּמְיָא.

Et Rav Nahman a dit : la halakha est comme Rabbi Yossi. Et la halakha est bien comme Rabbi Yossi.

Et aujourd'hui, pour quelle raison les cohanim étendent-ils leurs mains à la minha du jeûne ? Puisqu'ils les étendent aux abords du coucher du soleil, cela vaut comme la prière de néila.

📜 Rachi (3)
וְרַב נַחְמָן אָמַר הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי וַהֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי גְּמָרָא קָא פָּסֵיק וּמַהְדַּר סְתָמָא וּמוּקֵי לָהּ הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי וְאַהָכִי קָא פָּרֵיךְ וְאֶלָּא הָאִידָּנָא כו':
C'est la guemara elle-même qui tranche et qui répond de manière anonyme, établissant que la halakha est comme Rabbi Yossi ; et c'est pourquoi elle objecte : « mais aujourd'hui, etc. »
כֵּיוָן דְּסָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה וְכוּ' שֶׁמְּאַחֲרִין עַד שְׁקִיעַת הַחַמָּה וּמִתְפַּלְּלִין כָּל שָׁעָה וְאֵינָן הוֹלְכִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּמֶחֱצָה וּלְמַעְלָה כְּמוֹ שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין לְאוֹתָן הַיָּמִים:
Car on retarde jusqu'au coucher du soleil et l'on prie à toute heure, et l'on ne se rend plus à la synagogue des six heures et demie passées, comme on le faisait en ce temps-là.
כִּתְפִלַּת נְעִילָה דָּמְיָא דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא לְמִיגְזַר מִשּׁוּם מִנְחָה דְּכָל יוֹמָא דְּמִנְחֲתָא כִּי הָא לֵיתָא בְּכָל יוֹמָא:
Car alors il n'y a plus lieu de décréter à cause de la minha de tous les jours, puisqu'une minha comme celle-ci n'existe pas tous les jours.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאִידָּנָא נָהוּג עָלְמָא דְּפָרְסִי כָּהֲנֵי יְדַייְהוּ בְּמִנְחָה סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה. וּלְכָךְ לֹא נָהֲגוּ הָעָם לוֹמַר נְשִׂיאַת כַּפַּיִם בְּמִנְחָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים לְפִי שֶׁמִּתְפַּלְּלִין מִנְחָה בְּעוֹד הַיּוֹם גָּדוֹל אֲבָל בְּמִנְחָה בִּשְׁאָר תַּעֲנִיּוֹת יֵשׁ נְשִׂיאַת כַּפַּיִם אֲבָל מִכָּל מָקוֹם בִּנְעִילָה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יֵשׁ נְשִׂיאַת כַּפַּיִם:
« Et aujourd'hui l'usage général est que les cohanim étendent leurs mains à minha, aux abords du coucher du soleil. » C'est pourquoi le peuple n'a pas pris l'usage d'accomplir la nessiat kapayim à la minha du jour de Kippour, puisqu'on y prie minha alors qu'il fait encore grand jour ; à la minha des autres jeûnes, en revanche, il y a nessiat kapayim. En tout état de cause, à la néila du jour de Kippour il y a nessiat kapayim.
💡 Explication

La guemara tranche comme Rabbi Yossi, qui exclut la minha. Une objection surgit alors de la pratique observée : les cohanim bénissent bien à la minha du jeûne.

La réponse tient à l'heure. Cette minha se dit aux abords du coucher du soleil, donc elle occupe la place de la néila et échappe au décret. Les Tossefot en tirent la conséquence pour le jour de Kippour, dont la minha se dit plus tôt.

16
דְּכֻולֵּי עָלְמָא מִיהַת שִׁכּוֹר אָסוּר בִּנְשִׂיאַת כַּפַּיִם. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי מִשּׁוּם בַּר קַפָּרָא: לָמָּה נִסְמְכָה פָּרָשַׁת כֹּהֵן מְבָרֵךְ לְפָרָשַׁת נָזִיר? לוֹמַר: מַה נָזִיר אָסוּר בְּיַיִן, אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ אָסוּר בְּיַיִן.

En tout état de cause, tous s'accordent qu'un homme ivre ne peut accomplir la nessiat kapayim. D'où cela est-il tire ?

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Bar Kappara : pourquoi la section du cohen qui bénit a-t-elle été placée à côté de la section du nazir ? Pour dire : de même que le nazir a interdiction du vin, de même le cohen qui bénit a interdiction du vin.

📜 Rachi (2)
שִׁכּוֹר מִיהָא אָסוּר בִּנְשִׂיאַת כַּפַּיִם דַּאֲפִילּוּ ר"מ לָא קָאָמַר אֶלָּא מִשּׁוּם דְּהָאִידָּנָא לָאו שִׁכְרוּת הוּא:
Car même Rabbi Meir ne s'est prononcé que parce qu'aujourd'hui, le jour du jeûne, il n'y a pas d'ivresse.
פָּרָשַׁת כֹּהֵן מְבָרֵךְ כֹּה תְבָרֲכוּ אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אָמוֹר לָהֶם (בַּמִּדְבָּר ו׳:כ״ג):
« Ainsi vous bénirez les enfants d'Israël, dites-leur » (Bamidbar 6, 23).
💡 Explication

Toute la mahloket reposait sur un point que personne ne discute : le cohen ivre ne bénit pas. La guemara en cherche maintenant la source.

Elle l'obtient par la semikhout, la juxtaposition de deux sections dans le texte de la Torah : la section du nazir précède immédiatement celle de la bénédiction des cohanim, et le vin interdit au premier est lu comme interdit au second.

17
מַתְקֵיף לַהּ אֲבוּהּ דְּרַבִּי זֵירָא, וְאָמְרִי לַהּ אוֹשַׁעְיָא בַּר זַבְדָּא: אִי מַה נָזִיר אָסוּר בְּחַרְצָן — אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ אָסוּר בְּחַרְצָן! אָמַר רַבִּי יִצְחָק, אֲמַר קְרָא: ״לְשָׁרְתוֹ וּלְבָרֵךְ בִּשְׁמוֹ״, מַה מְשָׁרֵת מֻותָּר בְּחַרְצָן — אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ מֻותָּר בְּחַרְצָן.

Le père de Rabbi Zera objecte — et certains disent que c'est Ochaya bar Zavda : si l'on compare ainsi, de même que le nazir a interdiction du pépin de raisin, le cohen qui bénit devrait avoir interdiction du pépin de raisin ! Rabbi Yits'hak a dit : le verset dit « pour Le servir et pour bénir en Son nom » (Devarim 10, 8) — de même que celui qui sert à permission du pépin de raisin, de même le cohen qui bénit a permission du pépin de raisin.

📜 Rachi (1)
מַה מְשָׁרֵת כו' עוֹבֵד עֲבוֹדָה דְּלָא מִיתְּסַר אֶלָּא שְׁתוּיֵי יַיִן מַמָּשׁ דִּכְתִיב יַיִן וְשֵׁכָר אַל תֵּשְׁתְּ וְגוֹ' הָא בְּחַרְצָן מֻותָּר:
Celui qui accomplit le service : seule lui est interdite la boisson de vin proprement dite, ainsi qu'il est écrit « Tu ne boiras ni vin ni boisson enivrante, etc. » ; quant au pépin de raisin, il lui est permis.
💡 Explication

L'objection teste la portée du rapprochement. Le nazir a interdiction de tout produit de la vigne, hartsan compris, alors que l'interdit du cohen qui bénit porte sur la seule ivresse.

Rabbi Yits'hak fournit un verset qui associe la bénédiction au service : « pour Le servir et pour bénir en Son nom ». La mesure applicable est donc celle du cohen en service, pour lequel seul le vin est écarté. Le rapprochement avec le nazir sert à établir l'interdit, le verset en fixe l'étendue.

🖼️ Schéma
Le rapprochement nazir - cohen qui bénit, et sa limite Nazir Interdit : le vin. Interdit aussi : tout produit de la vigne, pépins (hartsan) et peaux compris. Cohen qui bénit Interdit : le vin, par la juxtaposition des deux sections de la Torah. Permis : le pépin de raisin. Objection du père de Rabbi Zera : si le rapprochement vaut, il devrait valoir aussi pour le pépin de raisin. La limite posée par Rabbi Yits'hak Le verset lechareto oulevarekh bichmo place le cohen qui bénit au même rang que le cohen qui sert. Le cohen qui sert n'a interdiction que du vin ; la bénédiction suit exactement cette mesure.
L'objection étend le rapprochement, le verset le borne : la mesure du cohen qui bénit est celle du cohen qui sert.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).