Taanit 27a — Fin du double hekech de la birkat cohanim, puis l'institution des maamadot et l'histoire des vingt-quatre michmarot

Taanit 27a

Sougya : Le folio achève la sougya de 26b sur la birkat cohanim, apprise à la fois du cohen qui officie au Temple et du nazir : on tente d'étendre le rapprochement au baal moum, on le repousse, puis on demande pourquoi choisir chaque fois le sens indulgent — parce que ces versets ne sont que des asmakhtot sur une règle rabbinique. La Guemara passe ensuite à la Michna des maamadot : la difficulté de sa formulation, puis la raison de l'institution.

Le tamid étant l'offrande de tout Israël et nul ne pouvant assister à l'offrande de tous, les premiers prophètes ont établi vingt-quatre michmarot avec, pour chacune, un maamad de cohanim, de leviim et d'Israélites ; douze d'entre elles se partageaient entre Jérusalem et Jericho pour ravitailler leurs frères. Rav Yehouda au nom de Chmouel et Rabbi Chimon ben Elazar divergent sur qui est indispensable à l'offrande, ce qui revient à la question de savoir si l'essentiel de la chira est à la bouche ou à l'instrument.

Le reste du folio est consacré à l'histoire du nombre des michmarot : huit instituées par Moche selon Rav Hama bar Gouria, seize selon une autre baraita, jusqu'aux vingt-quatre de David et de Chmouel ; et enfin les quatre seules michmarot revenues de l'exil de Babylonie.

Le cohen qui bénit, tire de deux côtés à la fois Le cohen qui dit la birkat cohanim Deux textes le rapprochent d'un autre statut. Le mecharet le cohen qui officie au Temple Il a le droit de consommer le hartsan (pépin de raisin). S'il est baal moum (atteint d'une tare), il n'officie pas. Le nazir rapproché par le mot bircat Le hartsan lui est interdit. Une tare ne le disqualifie en rien. Ce que la Guemara retient de chacun Du mecharet : le hartsan est permis à celui qui bénit. Du nazir : le baal moum bénit malgré sa tare. Pourquoi toujours du côté indulgent ? Parce que ces versets sont des asmakhtot : l'interdit de fond est rabbinique, et le doute s'y tranche à la lénience.
Le double rapprochement : on prend du mecharet ce qui allège et du nazir ce qui allège, parce que la règle est rabbinique.
Pourquoi les premiers prophètes ont institué les maamadot Le verset : Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon offrande, mon pain, pour Mes feux (Bamidbar 28, 2) Le tamid est commandé à tout Israël : il appartient à chacun, pas à un donateur particulier. Règle admise Un homme se tient auprès de son offrande pendant qu'elle est offerte. Difficulté Tout Israël ne peut pas se tenir chaque jour dans la cour du Temple. Solution : vingt-quatre michmarot, et pour chaque michmar un maamad à Jérusalem Une délégation permanente tient la place de tout Israël auprès du tamid. Cohanim Ils montent et font le service. Leviim Ils montent et disent la chira. Israélites Ils représentent les propriétaires.
Du verset au maamad : la délégation qui permet à chaque juif d'être présent à son offrande.
Combien de michmarot au départ ? Les deux reconstitutions Rav Hama bar Gouria au nom de Rav Moche : 8 4 Elazar + 4 Itamar Chmouel : 16 il double le nombre David : 24 la quarantième année de son règne La seconde baraita Moche : 16 8 Elazar + 8 Itamar Elazar se multiplie ses huit deviennent seize Total : 24 16 Elazar + 8 Itamar Le verset ahoz ahoz le-Itamar montre qu'Itamar n'a rien gagné : il en avait bien huit dès l'origine, ce qui réfute Rav Hama. Sa réponse : c'est une mahloket de tanaim.
Les deux histoires du nombre des michmarot, et le verset qui tranche contre Rav Hama bar Gouria.
1
אִי מַה מְשָׁרֵת — בַּעַל מוּם לֹא, אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ — בַּעַל מוּם לֹא! הָא אִיתַּקַּשׁ לְנָזִיר.

Si [l'on apprend du mecharet], alors : de même que le mecharet (le cohen qui officie au Temple) — s'il est baal moum (atteint d'une tare), non ; de même le cohen qui bénit — s'il est baal moum, non ! [Réponse :] Or il a été rapproché (hekech) du nazir.

🗂️ Tossefot (1)
אִי מַה מְשָׁרֵת בַּעַל מוּם לָא אַף מְבָרֵךְ בַּעַל מוּם לָא. פִּי' כֵּיוָן דְּיָלְפִינַן ג"ש מִמְּשָׁרֵת נֵימָא כְּמוֹ מְשָׁרֵת דִּמְשָׁרֵת בַּעַל מוּם לֹא אַף מְבָרֵךְ וְכוּ' וּמְשַׁנֵּי הָא אִיתַּקַּשׁ לְנָזִיר וְכוּ' מִכָּאן נִרְאֶה דְּבַעַל מוּם מְבָרֵךְ בִּרְכַּת כֹּהֲנִים מִדְּקָא חָזֵינַן דְּהַשַּׁ"ס רוֹצֶה לִלְמֹוד מְבָרֵךְ מִמְּשָׁרֵת וּלְבַעַל מוּם וְדָחֵינַן לֵיהּ אִם כֵּן נִרְאֶה דִּלְעִנְיַן נְשִׂיאַת כַּפַּיִם כֹּהֵן בַּעַל מוּם נוֹשֵׂא כַּפָּיו וּמִכָּאן יֵשׁ לְהוֹכִיחַ דְּכֹהֵן שֶׁהֵמִיר דָּתוֹ נוֹשֵׂא כַּפָּיו וְכָשֵׁר לִישָּׂא כַּפָּיו וְלִקְרוֹת בַּתּוֹרָה כְּמוֹ שֶׁלֹּא הֵמִיר וּרְאָיָה מֵהָא דְּכֹהֲנִים שֶׁשִּׁימְּשׁוּ בְּבֵית חוֹנְיוֹ לֹא יְשַׁמְּשׁוּ בַּמִּקְדָּשׁ אֲבָל נוֹטְלִים חֵלֶק עִם אֲחֵיהֶם כְּמוֹ בַּעֲלֵי מוּמִין מִדְּקָאָמַר שֶׁהֵם כְּבַעֲלֵי מוּמִין מַשְׁמַע דְּכָל עֲבוֹדָה שֶׁבַּעַל מוּם רָאוּי לַעֲשׂוֹת יַעֲשׂוּ וְכֹהֵן בַּעַל מוּם נוֹשֵׂא כַּפָּיו:
Explication : puisque nous apprenons par guezera chava à partir du mecharet, disons que, de même que le mecharet, s'il est baal moum, n'officie pas, de même celui qui bénit, etc. Et l'on répond : il a été rapproché du nazir, etc. De là il apparaît qu'un baal moum dit la birkat cohanim, puisque nous voyons que le Chass a voulu apprendre celui qui bénit à partir du mecharet jusque pour le baal moum, et que nous avons repoussé cette déduction. S'il en est ainsi, il apparaît que, pour la nessiat kapayim (l'élévation des mains), un cohen baal moum lève bien les mains. Et de là on peut prouver qu'un cohen qui a changé de religion lève les mains, et qu'il reste apte à lever les mains et à lire dans la Torah comme s'il n'avait pas changé. La preuve vient de ce qui est dit : les cohanim qui ont officié dans la maison de Honyo n'officieront pas au Temple, mais ils prennent une part avec leurs frères comme les baalei moumin ; puisqu'il dit qu'ils sont comme des baalei moumin, cela implique que tout service qu'un baal moum est apte à faire, ils le feront — et un cohen baal moum lève les mains.
💡 Explication

La sougya est engagée depuis 26b : la birkat cohanim est apprise à la fois du mecharet, le cohen qui officie au Temple, et du nazir. Deux modèles pour un même homme, donc deux jeux de conséquences possibles. Ici la Guemara teste le modèle du mecharet jusqu'au bout : puisqu'un baal moum (cohen atteint d'une tare corporelle) n'officie pas, il ne devrait pas bénir non plus.

La réponse tient en trois mots : sur ce point précis, c'est le nazir qui sert de modèle, et une tare ne disqualifie pas un nazir. Le baal moum bénit donc.

Tossefot tire de ce passage une conséquence pratique de large portée : la nessiat kapayim n'exige pas l'aptitude au service du Temple, et un cohen dont la conduite l'a écarté du service garde lui aussi son droit de bénir.

2
וּמַאי חָזֵית דְּמַקְּשַׁתְּ לְקֻולָּא? אַקֵּישׁ לְחוּמְרָא! אַסְמַכְתָּא נִינְהוּ מִדְּרַבָּנָן, וּלְקֻולָּא.

Et qu'as-tu vu pour faire le hekech dans le sens de la lénience ? Fais-le donc dans le sens de la rigueur !

[Réponse :] Ce sont des asmakhtot (appuis scripturaires) sur une règle qui relève des paroles des Sages — et l'on incline donc vers la lénience.

🗂️ Tossefot (1)
וּמַאי חָזֵית דְּאָקְשַׁתְּ לְקֻולָּא אַקֵּישׁ לְחוּמְרָא. פִּי' מַאי חֲזֵית דְּמַקְשַׁת כֹּהֵן לְנָזִיר לְהָקֵל וְלוֹמַר כְּמוֹ שֶׁנָּזִיר הָוֵי בַּעַל מוּם כְּמוֹ כֵן כֹּהֵן בַּעַל מוּם כָּשֵׁר וְאַקַּשָּׁת לִמְשָׁרֵת מַה מְשָׁרֵת מֻותָּר בְּחַרְצָן אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ מֻותָּר בְּחַרְצָן אַקְשֶׁה לְחוּמְרָא פֵּירוּשׁ וְנֵימָא דִּכְמוֹ שֶׁנָּזִיר אָסוּר בְּחַרְצָן אַף כֹּהֵן אָסוּר בְּחַרְצָן וּכְמוֹ כֹּהֵן מְשָׁרֵת אָסוּר בַּעַל מוּם אַף כֹּהֵן מְבָרֵךְ בַּעַל מוּם אָסוּר וּמְשַׁנֵּי אַסְמַכְתָּא וְכוּ':
Explication : qu'as-tu vu pour rapprocher le cohen du nazir dans le sens de la lénience, en disant que, de même qu'un nazir peut être baal moum, de même un cohen baal moum est apte, et pour le rapprocher du mecharet en disant que, de même que le mecharet a le droit de consommer le hartsan (pépin de raisin), de même le cohen qui bénit en a le droit ? Rapproche-les plutôt dans le sens de la rigueur — c'est-à-dire : disons que, de même que le nazir a interdiction du hartsan, de même le cohen en a interdiction ; et de même que le cohen qui officie est écarté s'il est baal moum, de même le cohen qui bénit est écarté s'il est baal moum. Et l'on répond : ce sont des asmakhtot, etc.
💡 Explication

L'objection porte sur la méthode, non sur le détail : la Guemara a pris du mecharet ce qui allège (le hartsan permis) et du nazir ce qui allège (la tare sans effet). Choisir chaque fois le côté indulgent demande une justification.

Elle vient du statut des versets : ce sont des asmakhtot, des appuis scripturaires posés après coup sur une règle dont la substance est rabbinique. Un doute sur une règle rabbinique se tranche dans le sens de la lénience, et le choix des deux rapprochements suit cette règle.

3
אֵלּוּ הֵן מַעֲמָדוֹת. לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״צַו אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כו׳״. מַאי קָאָמַר? הָכִי קָאָמַר: אֵלּוּ הֵן מַעֲמָדוֹת. וּמַה טַעַם תִּיקְּנוּ מַעֲמָדוֹת, לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר: ״צַו אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם אֶת קָרְבָּנִי לַחְמִי לְאִשַּׁי״.

« Voici les maamadot. Puisqu'il est dit : Ordonne aux enfants d'Israël, etc. » — Que veut dire [la Michna] ?

Voici ce qu'elle dit : voici les maamadot ; et pour quelle raison a-t-on institué les maamadot ? Puisqu'il est dit : « Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon offrande, mon pain, pour Mes feux » (Bamidbar 28, 2).

📜 Rachi (2)
מַאי קָאָמַר דְּקָא בָּעֵי מַאי נִיהוּ מַעֲמָדוֹת וּמַייְתִי קְרָא אֶת קָרְבָּנִי לַחְמִי לְאִשַּׁי וְגוֹ':
[La difficulté :] la Michna demande ce que sont les maamadot, et elle apporte le verset « mon offrande, mon pain, pour Mes feux », etc.
הָכִי קָאָמַר אֵלּוּ הֵן מַעֲמָדוֹת דִּלְקַמָּן וְטַעְמָא מַאי תִּקּוּן מַעֲמָדוֹת לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר צַו אֶת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵיהֶם אֶת קָרְבָּנִי לַחְמִי לְאִשַּׁי וְגוֹ':
Les maamadot dont il sera question plus bas. Et quelle est la raison pour laquelle on a institué les maamadot ? Puisqu'il est dit : « Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon offrande, mon pain, pour Mes feux », etc.
💡 Explication

La Michna de 26a annoncé « voici les maamadot » et enchaîne aussitôt sur un verset, sans que le lien soit dit. La Guemara demande donc mai kaamar : que veut dire cette suite de mots ?

Elle répond en séparant deux propositions que la Michna avait collées. « Voici les maamadot » ouvre une définition qui viendra plus loin ; le verset, lui, ne définit rien, il donne le motif de l'institution. La lecture correcte est donc : voici les maamadot — et voici pourquoi on les a institués.

4
וְהֵיאַךְ קָרְבָּנוֹ שֶׁל אָדָם קָרֵב וְהוּא אֵינוֹ עוֹמֵד עַל גַּבָּיו? הִתְקִינוּ נְבִיאִים הָרִאשׁוֹנִים עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה מִשְׁמָרוֹת. עַל כָּל מִשְׁמָר וּמִשְׁמָר הָיָה מַעֲמָד בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁל כֹּהֲנִים וְשֶׁל לְוִיִּם וְשֶׁל יִשְׂרְאֵלִים. הִגִּיעַ זְמַן מִשְׁמָר לַעֲלוֹת, כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם עוֹלִין לִירוּשָׁלַיִם.

« Et comment l'offrande d'un homme pourrait-elle être offerte alors qu'il ne se tient pas auprès d'elle ? Les premiers prophètes ont institué vingt-quatre michmarot (tours de service).

Pour chaque michmar il y avait un maamad à Jérusalem, composé de cohanim, de leviim et d'Israélites. Quand venait le temps pour le michmar de monter, les cohanim et les leviim montaient à Jérusalem. »

💡 Explication

Le raisonnement de la Michna se déploie ici. Le tamid est commandé à tout Israël : il appartient à chacun. Or un homme doit se tenir auprès de son offrande pendant qu'on l'offre, et il est matériellement impossible que tout Israël se tienne chaque jour dans la cour du Temple.

D'où l'institution : vingt-quatre michmarot de cohanim se relaient au service, et pour chacune un maamad — une délégation de cohanim, de leviim et d'Israélites — tient à Jérusalem la place de tout le peuple. Les Israélites du maamad sont la pièce décisive : ce sont eux qui représentent les propriétaires de l'offrande.

5
תָּנוּ רַבָּנַן: עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה מִשְׁמָרוֹת בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל, וּשְׁתַּיִם עֶשְׂרֵה בִּירִיחוֹ. שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה בִּירִיחוֹ?! נְפִישָׁן לְהוּ טוּבָא! אֶלָּא: שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה מֵהֶן בִּירִיחוֹ. הִגִּיעַ זְמַן הַמִּשְׁמָר לַעֲלוֹת, חֲצִי הַמִּשְׁמָר הָיָה עוֹלֶה מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לִירוּשָׁלַיִם, וַחֲצִי הַמִּשְׁמָר הָיָה עוֹלֶה מִירִיחוֹ, כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם.

Nos maîtres ont enseigné : vingt-quatre michmarot en terre d'Israël, et douze à Jericho. Douze à Jericho ?!

Cela en fait beaucoup trop ! Lis plutôt : douze d'entre elles à Jericho.

Quand venait le temps pour le michmar de monter, la moitié du michmar montait de la terre d'Israël à Jérusalem, et la moitié du michmar montait de Jericho, afin de fournir eau et nourriture à leurs frères de Jérusalem.

📜 Rachi (2)
ה"ג תָּנוּ רַבָּנַן כ"ד מִשְׁמָרוֹת הָיוּ בא"י וי"ב בִּירִיחוֹ י"ב בִּירִיחוֹ בִּתְמִיהַּ נְפִישִׁי לְהוּ טוּבָא אֶלָּא אֵימָא וי"ב מֵהֶן בִּירִיחוֹ בְּרֵישָׁא מַשְׁמַע לְבַד הכ"ד שֶׁבָּעֲייָרוֹת א"י הָיוּ י"ב בִּירִיחוֹ דְּהָווּ לְהוּ ל"ו וי"ב מֵהֶן מַשְׁמַע שֶׁמֵּאוֹתָן הכ"ד הָיוּ י"ב בִּירִיחוֹ:
Dans la première formulation, on comprend qu'en plus des vingt-quatre qui se trouvaient dans les villes de la terre d'Israël il y en avait douze à Jericho, ce qui ferait trente-six ; tandis que « et douze d'entre elles » implique que, sur ces vingt-quatre, douze étaient à Jericho.
ה"ג הִגִּיעַ זְמַן הַמִּשְׁמָר חֲצִי הַמִּשְׁמָר עוֹלֶה לִירוּשָׁלַיִם וַחֲצִי הַמִּשְׁמָר עוֹלֶה לִירִיחוֹ כְּדֵי שֶׁיְּסַפְּקוּ מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם כְּלוֹמַר כֵּיצַד הָיוּ י"ב בִּירִיחוֹ כְּשֶׁהִגִּיעַ זְמַן הַמִּשְׁמָר לַעֲלוֹת לִירוּשָׁלַיִם בַּשַּׁבָּת מִתְחַלְּקִים אַנְשֵׁי הַמִּשְׁמָר חֶצְיָין הוֹלְכִין לִירוּשָׁלַיִם לַעֲבוֹדָה וְחֶצְייָן הוֹלְכִין לִירִיחוֹ הַסְּמוּכָה לִירוּשָׁלַיִם וּמְתַקְּנִין שָׁם מַיִם וּמָזוֹן לַאֲחֵיהֶם וְכָךְ עוֹשִׂין כָּל הכ"ד מִשְׁמָרוֹת נִמְצָא י"ב בִּירִיחוֹ לָשׁוֹן אַחֵר נְהִירָא לִי:
C'est-à-dire : comment y en avait-il douze à Jericho ? Quand venait pour le michmar le temps de monter à Jérusalem pour la semaine, les hommes du michmar se partageaient : la moitié allait à Jérusalem pour le service, et la moitié allait à Jericho, qui est proche de Jérusalem, et y préparait eau et nourriture pour leurs frères. Ainsi faisaient les vingt-quatre michmarot : il se trouve donc douze à Jericho. Une autre leçon [du texte] me paraît juste.
💡 Explication

La baraita, lue naïvement, additionne vingt-quatre et douze et donne trente-six michmarot, ce qui contredit la Michna. La Guemara corrige la lecture d'un seul mot : douze d'entre elles, et non douze en plus.

Le partage se fait alors à l'intérieur de chaque michmar. La moitié des hommes monte à Jérusalem pour le service, l'autre moitié s'arrête à Jericho, tout près, et assure le ravitaillement en eau et en nourriture. Jericho est le grenier naturel de la région, et le détour reste compatible avec la semaine de service.

🖼️ Schéma
Comment douze michmarot se trouvent à Jericho sans en ajouter aucune Lecture rejetée : 24 en terre d'Israël + 12 à Jericho = 36 michmarot Impossible : la Michna n'en connaît que vingt-quatre. Lecture retenue : 24 au total, dont 12 partagées avec Jericho Un michmar en semaine Ses hommes se partagent en deux moitiés. Moitié : Jérusalem elle assure le service du Temple. Moitié : Jericho elle prépare eau et nourriture. Sur 24 michmarot douze se trouvent ainsi du côté de Jericho.
Le partage interne de chaque michmar, qui explique les douze de Jericho sans dépasser vingt-quatre.
6
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים מְעַכְּבִין אֶת הַקָּרְבָּן. בְּמַתְנִיתָא תָּנָא רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר: כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וּכְלֵי שִׁיר מְעַכְּבִין אֶת הַקָּרְבָּן. בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מַר סָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה, וּמַר סָבַר: עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : les cohanim, les leviim et les Israélites sont indispensables (meakvin) à l'offrande. Dans une baraita, Rabbi Chimon ben Elazar a enseigné : les cohanim, les leviim et les instruments de musique sont indispensables à l'offrande.

Sur quoi divergent-ils ? L'un tient que l'essentiel de la chira (le chant) est à la bouche, et l'autre tient que l'essentiel de la chira est à l'instrument.

📜 Rachi (4)
מְעַכְּבִין אֶת הַקָּרְבָּן אִם אֵין מַעֲמָד מִכֻּולָּן בִּירוּשָׁלַיִם כְּדִתְנַן (לְעֵיל תַּעֲנִית דַּף כו.) עַל כָּל מִשְׁמָר הָיָה מַעֲמָד בִּירוּשָׁלַיִם שֶׁל כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים כֵּיוָן דְּכֻולְּהוּ בְּעָלִים בָּעֵינַן דְּלֶיהֱוֵי כָּמוֹהוּ עַל גַּבֵּי עֲבוֹדָה:
S'il n'y a pas à Jérusalem un maamad comportant tous [ces groupes], comme nous l'avons appris (plus haut, Taanit 26a) : pour chaque michmar il y avait à Jérusalem un maamad de cohanim, de leviim et d'Israélites — puisque nous avons besoin de tous les propriétaires de l'offrande, pour qu'il y ait quelqu'un en leur nom auprès du service.
וּכְלֵי שִׁיר מְעַכְּבִין אֶת הַקָּרְבָּן פְּלֻוגְתָּא בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף נ:) וּבַעֲרָכִין (דַּף יא.) מְפֹורֶשֶׁת:
Cette mahloket est exposée à la fin du traité Souca (50b) et dans Arakhin (11a).
עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה וּכְלִי לִבְסוּמֵי קָלָא בְּעָלְמָא וְכֵיוָן דְּאִיכָּא לְוִיִּם לֹא מְעַכֵּב מִשּׁוּם כְּלֵי שִׁיר:
Et l'instrument ne sert qu'à adoucir la voix ; dès lors qu'il y a des leviim, l'absence d'instruments de musique n'empêche rien.
עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי אַבּוּב וְכֵן בְּפֶרֶק הֶחָלִיל (שָׁם):
L'abouv (la flûte), comme au chapitre HeHalil (là-bas).
🗂️ Tossefot (1)
מָר סָבַר עִיקַּר שִׁירָה בַּפֶּה. וּלְכָךְ הַכֹּל כְּשֵׁרִים אֲפִילּוּ פְּסוּלִים אֲפִילּוּ מַמְזֵרִים לוֹמַר שִׁירָה דְּלָא הָוֵי אֶלָּא בַּפֶּה וּלְמַאן דְּאָמַר עִיקַּר שִׁירָה בִּכְלִי אִם כֵּן צָרִיךְ שֶׁיְּהוּ כֹּהֲנִים אוֹ לְוִיִּם דְּהָא הַכְּלֵי זֶמֶר הָיָה קָדוֹשׁ:
Et c'est pourquoi tous sont aptes à dire la chira, même ceux qui sont écartés du service, même des mamzerim, puisqu'elle n'est qu'à la bouche. Et selon celui qui dit que l'essentiel de la chira est à l'instrument, il faut alors que ce soient des cohanim ou des leviim, car l'instrument de musique était consacré.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל לֹא שָׁנוּ אֶלָּא מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה. אֲבָל מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַטָּה מֻותָּר. וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בִּסְעוּדָה הַמַּפְסִיק בָּהּ. אֲבָל בִּסְעוּדָה שֶׁאֵינוֹ מַפְסִיק בָּהּ מֻותָּר וְתַרְוַיְיהוּ לְקֻולָּא. וּצְרִיכָא דְּאִי אַשְׁמְעִינַן בִּסְעוּדָה הַמַּפְסִיק בָּהּ הֲוָה אָמֵינָא אֲפִילּוּ מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַטָּה קָא מַשְׁמַע לַן מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה. וְאִי אַשְׁמְעִינַן מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה הֲוָה אָמֵינָא אֲפִילּוּ בִּסְעוּדָה שֶׁאֵין מַפְסִיק בָּהּ קָא מַשְׁמַע לַן בִּסְעוּדָה הַמַּפְסִיק בָּהּ. תַּנְיָא כְּלִישָּׁנָא קַמָּא עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב לֹא יֹאכַל אָדָם שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין לֹא יֹאכַל בָּשָׂר וְלֹא יִשְׁתֶּה יַיִן רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר יְשַׁנֶּה. כֵּיצַד יְשַׁנֶּה אָמַר ר' יְהוּדָה הָיָה רָגִיל לֶאֱכֹול שְׁנֵי מִינֵי תַּבְשִׁילִין אוֹכֵל מִין אֶחָד הָיָה רָגִיל לִסְעֹוד בִּי' בְּנֵי אָדָם סוֹעֵד בַּחֲמִשָּׁה הָיָה רָגִיל לִשְׁתּוֹת בַּעֲשָׂרָה כּוֹסוֹת שׁוֹתֶה בָּהּ'. בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַעְלָה. אֲבָל מִשֵּׁשׁ שָׁעוֹת וּלְמַטָּה מֻותָּר. תַּנְיָא כְּלִישָּׁנָא בָּתְרָא הַסּוֹעֵד עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב אִם עָתִיד לִסְעֹוד סְעוּדָה אַחֶרֶת מֻותָּר לֶאֱכֹול בָּשָׂר וְלִשְׁתּוֹת יַיִן. וְאִם לָאו אָסוּר לֶאֱכֹול בָּשָׂר וְלִשְׁתּוֹת יַיִן. כָּתַב רַב הַאיי גָּאוֹן שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין שֶׁאָמְרוּ כְּגוֹן אֹורֶז וַעֲדָשִׁים שֶׁהֵן שְׁנֵי מִינִים. וה"ר יִצְחָק בֶּן גֵּיאוּת זַ"ל כָּתַב כָּל שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין הֵן דֶּרֶךְ כָּבוֹד וְאָסְרוּ חֲכָמִים אַפֵּי' מִמִּין אֶחָד שֶׁל קִטְנִית אוֹ מִין שֶׁל יָרָק וְאֵין צָרִיךְ לוֹמַר שֵׁנִי מִינִין. וּבְצָרְפַת מְקִילִּין לָתֵת כַּמָּה מִינִין בִּקְדֵירָה אַחַת דְּכֵיוָן שֶׁמְּבַשְּׁלָן יַחַד אָמְרִי הָוֵי תַּבְשִׁיל אַחֵר. וּבְאַשְׁכְּנַז מַחְמִירִין. וְיֵשׁ אוֹמְרִים דַּוְקָא שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין שֶׁל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי אֲבָל דָּבָר שֶׁהוּא נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי כְּגוֹן חָלָב וּגְבִינָה וְדָג מָלִיחַ יָבֵשׁ לָא מִיקְּרֵי שְׁנֵי תַּבְשִׁילִין וַאֲפִילּוּ אֶחָד אֵינוֹ נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי וְהַשֵּׁנִי נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי. וְהָרָאָבָ"ד זַ"ל כָּתַב דְּאַפֵּי' גְּבִינָה קָרֵי תַּבְשִׁיל וְכֵן מִסְתַּבֵּר דְּלָא שַׁיָּיךְ לְחַלֵּק הָכָא בֵּין נֶאֱכָל כְּשֶׁהוּא חַי בֵּין אֵינוֹ נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי. כְּלוּם הוּא הַטַּעַם אֶלָּא דִּבְרִיבּוּי תַּבְשִׁילִין יֵשׁ כָּבוֹד וְתַעֲנוּג וְכֵן עוֹשִׂין תַּבְשִׁילִין טוֹבִים מִדָּבָר שֶׁנֶּאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי כְּמוֹ מִדָּבָר שֶׁאֵין נֶאֱכָל כְּמוֹ שֶׁהוּא חַי. וְנָהֲגוּ בְּאַשְׁכְּנַז לֶאֱכֹול בֵּיצָה כְּמוֹ שֶׁנָּהֲגוּ בִּסְעוּדַת הַבְרָאָה וּלְכָךְ אֵין אוֹכְלִין שׁוּם תַּבְשִׁיל אַחֵר בִּסְעוּדָה הַמַּפְסֶקֶת: תָּנוּ רַבָּנַן כָּל מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל נוֹהֲגוֹת בְּתִשְׁעָה בְּאָב אָסוּר בָּרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וְאָסוּר לִקְרוֹת בַּתּוֹרָה בַּנְּבִיאִים וּבַכְּתוּבִים וְלִשְׁנוֹת בַּמִּשְׁנָה וּבַשַּׁ"ס וּבַהֲלָכוֹת וּבְאַגָּדוֹת. אֲבָל קוֹרֵא הוּא בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ. רָגִיל לִקְרוֹת וְשׁוֹנֶה בִּמְקוֹם שֶׁאֵין רָגִיל לִשְׁנוֹת וְקוֹרֵא בְּקִינוֹת וּבְאִיּוֹב וּבִדְבָרִים הָרָעִים שֶׁבְּיִרְמְיָה. וְתִינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן אֵינָן בְּטֵלִים בּוֹ דִּבְרֵי ר' מֵאִיר. וְר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף אֵינוֹ קוֹרֵא בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לִקְרוֹת וְאֵינוֹ שׁוֹנֶה בִּמְקוֹם שֶׁאֵינוֹ רָגִיל לִשְׁנוֹת אֲבָל קוֹרֵא הוּא בַּקִּינוֹת וּבְאִיּוֹב וּבִדְבָרִים הָרָעִים שֶׁבְּיִרְמְיָה וְתִינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן בְּטֵילִין בּוֹ מִשּׁוּם פִּקּוּדֵי ה' יְשָׁרִים מְשַׂמְּחֵי לֵב . יְרוּשַׁלְמִי (בְּרָכוֹת פ"ד ה"ג) יָחִיד בט"ב צָרִיךְ לְהַזְכִּיר מֵעֵין הַמְאֹורָע. מַאי נִיהוּ נַחֵם ה' אֱ-לֹהֵינוּ אֲבֵילֵי צִיּוֹן וְכוּ' וְהֵיכָן אוֹמְרָהּ. אָמַר ר' יִרְמְיָה כָּל דָּבָר שֶׁהוּא לְהַבָּא אוֹמֵר בַּעֲבוֹדָה וְכָל דָּבָר שֶׁהוּא לְשֶׁעָבַר אוֹמֵר בְּהוֹדָאָה. כְּדִתְנַן (בְּרָכוֹת דַּף נד.) וְנוֹתֵן הוֹדָאָה לְשֶׁעָבַר וְצוֹעֵק לֶעָתִיד לָבֹא. וְנָהֲגוּ עַמָּא לְמֵימַר בְּבוֹנֵה יְרוּשָׁלַיִם וְסָמְכוּ אַהָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב (ע"ז דַּף ח.) אע"פ שֶׁאָמְרוּ שׁוֹאֵל אָדָם צְרָכָיו בְּשׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה אִם בָּא לוֹמַר בְּסוֹף כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה מֵעֵין כָּל בְּרָכָה וּבְרָכָה אוֹמֵר: כָּל יָמַי תָּמַהְתִּי לָמָּה נָהֲגוּ שֶׁאֵין אוֹמְרִים נַחֵם אֶלָּא בִּתְפִלַּת הַמִּנְחָה כֵּיוָן דְּקָאָמַר יָחִיד בְּתִשְׁעָה בְּאָב צָרִיךְ לְהַזְכִּיר מֵעֵין הַמְאֹורָע מִסְּתָמָא בְּכָל הַתְּפִלּוֹת קָאָמַר עַרְבִית וְשַׁחֲרִית וּמִנְחָה כְּמוֹ רֹאשׁ חֹדֶשׁ פּוּרִים וְתַעֲנִית.גָּרְסִינַן בְּפֶרֶק מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ (פְּסָחִים דַּף נד:) אֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא ט' בְּאָב בִּלְבַד. דָּרֵשׁ רָבָא עֻובָּרוֹת וּמְנִיקוֹת מִתְעַנּוֹת וּמַשְׁלִימוֹת כְּדֶרֶךְ שֶׁמִּתְעַנּוֹת וּמַשְׁלִימוֹת ביוה"כ:
Guemara. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on n'a enseigné cela qu'à partir de la sixième heure et au-delà ; mais avant la sixième heure, c'est permis. Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : on n'a enseigné cela que pour le repas où l'on s'interrompt (la seouda hamafseket) ; mais pour un repas après lequel on mangera encore, c'est permis. Et les deux enseignements vont dans le sens de la lénience. Et les deux étaient nécessaires : car s'il ne nous avait enseigné que le repas où l'on s'interrompt, j'aurais dit que c'est interdit même avant la sixième heure — il nous apprend donc « à partir de la sixième heure et au-delà » ; et s'il ne nous avait enseigné que « à partir de la sixième heure et au-delà », j'aurais dit que c'est interdit même pour un repas après lequel on mangera encore — il nous apprend donc « pour le repas où l'on s'interrompt ». Il a été enseigné conformément à la première version : la veille du neuf av, un homme ne mangera pas deux plats cuisinés, il ne mangera pas de viande et ne boira pas de vin. Rabban Chimon ben Gamliel dit : qu'il change ses habitudes. Comment change-t-il ? Rabbi Yehouda a dit : s'il avait coutume de manger deux sortes de plats, il n'en mange qu'une ; s'il avait coutume de prendre son repas avec dix personnes, il le prend avec cinq ; s'il avait coutume de boire dix coupes, il en boit cinq. De quoi parle-t-on ? À partir de la sixième heure et au-delà ; mais avant la sixième heure, c'est permis. Il a été enseigné conformément à la seconde version : celui qui prend un repas la veille du neuf av, s'il doit encore prendre un autre repas, il lui est permis de manger de la viande et de boire du vin ; sinon, il lui est interdit de manger de la viande et de boire du vin. Rav Haï Gaon a écrit : les deux plats dont ils ont parlé, ce sont par exemple le riz et les lentilles, qui font deux espèces. Et Rabbenou Its'hak ben Guiat, de mémoire bénie, a écrit : deux plats, quels qu'ils soient, sont une marque d'honneur, et les Sages l'ont interdit même avec une seule espèce de légumineuse ou une seule espèce de légume, et à plus forte raison avec deux espèces. En France on est indulgent et l'on met plusieurs espèces dans une même marmite, car dès lors qu'on les cuit ensemble on dit que cela fait un seul plat ; en Achkenaz on est rigoureux. Et certains disent : il ne s'agit de deux plats que pour une chose qui ne se mange pas telle quelle crue ; mais une chose qui se mange telle quelle crue, comme le lait, le fromage et le poisson salé sec, ne s'appelle pas deux plats — et même si l'un ne se mange pas cru et que l'autre se mange cru. Et le Raavad, de mémoire bénie, a écrit que même le fromage s'appelle un plat ; et cela est logique, car il n'y a pas lieu de distinguer ici entre ce qui se mange cru et ce qui ne se mange pas cru. Quelle est la raison, sinon que la multiplication des plats est marque d'honneur et de plaisir ? Or on fait de bons plats avec ce qui se mange cru comme avec ce qui ne se mange pas cru. Et l'usage en Achkenaz est de manger un œuf, comme on en a l'usage pour le repas de consolation (seoudat havraa) ; c'est pourquoi on ne mange aucun autre plat au repas où l'on s'interrompt. Nos maîtres ont enseigné : toutes les obligations en vigueur pour l'endeuillé sont en vigueur le neuf av : il est interdit de se laver, de s'oindre, de chausser la sandale et d'avoir des relations conjugales ; et il est interdit de lire dans la Torah, dans les Prophètes et dans les Écrits, et d'étudier la Michna, le Talmud, les halakhot et les aggadot. Mais il peut lire dans un passage qu'il n'a pas coutume de lire, et étudier dans un passage qu'il n'a pas coutume d'étudier ; et il lit les Kinot, le livre de Job et les passages de malheur qui sont dans Jérémie. Et les enfants de la maison du maître ne chomment pas ce jour-là — paroles de Rabbi Meir. Et Rabbi Yehouda dit : il ne lit pas davantage dans un passage qu'il n'a pas coutume de lire, et n'étudie pas dans un passage qu'il n'a pas coutume d'étudier ; mais il lit les Kinot, le livre de Job et les passages de malheur qui sont dans Jérémie, et les enfants de la maison du maître chomment ce jour-là, en raison de « les ordonnances de ה' sont droites, elles réjouissent le cœur » (Tehilim 19, 9). Talmud de Jérusalem (Berakhot 4, 3) : l'individu, le neuf av, doit mentionner une formule en rapport avec l'événement. Laquelle ? « Console, ה' notre D.ieu, les endeuillés de Sion », etc. Et où la dit-il ? Rabbi Yirmeya a dit : tout ce qui concerne l'avenir, on le dit dans la bénédiction Avoda, et tout ce qui concerne le passé, on le dit dans la bénédiction Hodaa — comme nous l'avons appris (Berakhot 54a) : « il rend grâce pour le passé et crie pour l'avenir ». Et l'usage du peuple est de la dire dans Boné Yeroushalayim ; on s'est appuyé sur ce qu'a dit Rav Yehouda fils de Rav Chmouel bar Chilat au nom de Rav (Avoda Zara 8a) : bien qu'ils aient dit qu'un homme demande ses besoins dans Chomea Tefila, s'il vient à dire à la fin de chaque bénédiction une formule en rapport avec cette bénédiction, il la dit. Tous mes jours je me suis étonné que l'on ait pris l'usage de ne dire Nahem qu'à la prière de minha : puisqu'il est dit que l'individu, le neuf av, doit mentionner une formule en rapport avec l'événement, il parle vraisemblablement de toutes les prières — arvit, chaharit et minha — comme pour roch hodech, Pourim et les jeûnes. Nous avons appris au chapitre Makom chenahagou (Pessahim 54b) : il n'y a pas de jeûne public en Babylonie, sinon le neuf av seulement. Rava a enseigné : les femmes enceintes et celles qui allaitent jeûnent et vont jusqu'au bout du jeûne, de la même manière qu'elles jeûnent et vont jusqu'au bout à Yom Kippour.
💡 Explication

La Michna disait que le maamad comprend trois groupes. Rav Yehouda au nom de Chmouel en tire une règle de fond : les trois sont meakvin, indispensables, et l'absence de l'un d'eux fait obstacle à l'offrande. Rabbi Chimon ben Elazar remplace le troisième terme : ce sont les instruments de musique qui sont indispensables.

La Guemara ramène cet écart à une question connue : l'essentiel de la chira des leviim est-il vocal ou instrumental ? Si le chant est à la bouche, les leviim présents suffisent et l'instrument n'est qu'un ornement sonore ; si le chant est à l'instrument, l'instrument devient une pièce du service au même titre que ceux qui le tiennent.

Tossefot en tire la retombée pratique : selon la première position, n'importe qui peut joindre sa voix au chant, puisque la voix n'est pas un ustensile consacré.

🖼️ Schéma
Qui est indispensable à l'offrande : la chira est-elle à la bouche ou à l'instrument ? Rav Yehouda au nom de Chmouel Meakvin : cohanim, leviim, Israélites. Raison L'essentiel de la chira est à la bouche. L'instrument ne fait qu'adoucir la voix, donc son absence n'empêche pas. Rabbi Chimon ben Elazar Meakvin : cohanim, leviim, instruments. Raison L'essentiel de la chira est à l'instrument. L'instrument fait partie du service, donc son absence empêche. Nafka mina relevée par Tossefot Si la chira est à la bouche, tout homme peut chanter ; si elle est à l'instrument, il faut un cohen ou un levi, l'instrument étant consacré.
Les deux listes de ce qui est indispensable, et la question de fond qui les sépare.
7
אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שְׁמוֹנָה מִשְׁמָרוֹת, אַרְבָּעָה מֵאֶלְעָזָר וְאַרְבָּעָה מֵאִיתָמָר. בָּא שְׁמוּאֵל וְהֶעֱמִידָן עַל שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה, בָּא דָּוִד וְהֶעֱמִידָן עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בִּשְׁנַת הָאַרְבָּעִים לְמַלְכוּת דָּוִיד נִדְרָשׁוּ וַיִּמָּצֵא בָהֶם גִּבּוֹרֵי חַיִל בְּיַעְזֵיר גִּלְעָד״.

Rav Hama bar Gouria a dit au nom de Rav : Moche a institué pour Israël huit michmarot, quatre issues d'Elazar et quatre d'Itamar. Chmouel vint et les porta à seize ; David vint et les porta à vingt-quatre, comme il est dit : « La quarantième année du règne de David, on fit des recherches, et l'on trouva parmi eux des hommes vaillants à Yazer de Galaad » (Divrei Hayamim I 26, 31).

📜 Rachi (1)
אַרְבָּעָה מֵאֶלְעָזָר מִבָּנָיו שֶׁל אֶלְעָזָר שֶׁעָשָׂה מֵהֶן ד' מִשְׁמָרוֹת וּגְמָרָא גָּמַר לָהּ:
Parmi les fils d'Elazar, dont il fit quatre michmarot ; et il le tient par tradition (guemara).
💡 Explication

Le folio change de sujet : après avoir expliqué pourquoi il y a des maamadot, la Guemara retrace l'histoire du nombre des michmarot. Rav Hama bar Gouria décrit trois étapes, chacune doublant la précédente : huit sous Moche, seize sous Chmouel, vingt-quatre sous David.

Les huit de Moche se répartissent entre les deux lignées sacerdotales issues d'Aharon, Elazar et Itamar, quatre de chaque côté. Rachi précise que ce chiffre initial ne vient d'aucun verset : c'est une tradition orale.

8
מֵיתִיבִי: מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שְׁמוֹנָה מִשְׁמָרוֹת, אַרְבָּעָה מֵאֶלְעָזָר וְאַרְבָּעָה מֵאִיתָמָר, וּבָא דָּוִד וּשְׁמוּאֵל וְהֶעֱמִידָן עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵמָּה יִסַּד דָּוִיד וּשְׁמוּאֵל הָרֹאֶה בֶּאֱמוּנָתָם״! הָכִי קָאָמַר: מִיִּסּוּדוֹ שֶׁל דָּוִד וּשְׁמוּאֵל הָרָמָתִי הֶעֱמִידוּם עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע.

On objecte : Moche a institué pour Israël huit michmarot, quatre d'Elazar et quatre d'Itamar, et David et Chmouel vinrent et les portèrent à vingt-quatre, comme il est dit : « Ce sont eux que David et Chmouel le voyant établirent dans leur charge » (Divrei Hayamim I 9, 22) ! [Réponse :] Voici ce que dit la baraita : c'est à partir du fondement posé par David et par Chmouel de Rama qu'on les a portées à vingt-quatre.

📜 Rachi (2)
הֵמָּה יָסַד דָּוִד וּשְׁמוּאֵל הָרוֹאֶה בֶּאֱמוּנָתָם וּתְיוּבְתָּא דְּרַב חֲמָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל הֶעֱמִידָם עַל י"ו וְדָוִד הֶעֱמִידָן עַל כ"ד דְּהָא שָׁמְעִי' מִינָּהּ דְּתַרְוַייְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי תְּקַנִּינְהוּ:
C'est une réfutation de Rav Hama, qui a dit que Chmouel les a portées à seize et David à vingt-quatre ; car nous entendons de ce verset que tous deux les ont instituées ensemble.
מִיְּסוֹדוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל הָרָמָתִי שֶׁהֶעֱמִידָן עַל י"ו בָּא דָּוִד וְהֶעֱמִידָן עַל כ"ד אִית סְפָרִים שֶׁכָּתוּב בָּהֶן מִיְּסוֹדוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל וְדָוִד הֶעֱמִידוּם עַל כ"ד כְּלוֹמַר שְׁנֵיהֶם הוֹעִילוּ בַּדָּבָר וּשְׁמוּאֵל הֶעֱמִידָם עַל י"ו וְדָוִד עַל כ"ד:
Qui les a portées à seize, puis David vint et les porta à vingt-quatre. Il y a des livres où il est écrit : « du fondement de Chmouel, et David les porta à vingt-quatre » — c'est-à-dire que tous deux ont contribué à la chose : Chmouel les a portées à seize et David à vingt-quatre.
💡 Explication

L'objection est fine : le verset des Chroniques nomme David et Chmouel ensemble comme auteurs de la même institution. Rav Hama, lui, leur attribue deux étapes distinctes, seize puis vingt-quatre.

La réponse redistribue les rôles sans toucher aux chiffres : le verset ne dit pas que les deux ont agi au même moment, il dit que le résultat final de vingt-quatre repose sur le fondement posé par l'un puis par l'autre. Rachi signale d'ailleurs une variante textuelle qui rend cette lecture explicite.

9
תַּנְיָא אִידָךְ: מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה מִשְׁמָרוֹת, שְׁמוֹנָה מֵאֶלְעָזָר וּשְׁמוֹנָה מֵאִיתָמָר. וּכְשֶׁרַבּוּ בְּנֵי אֶלְעָזָר עַל בְּנֵי אִיתָמָר, חִלְּקוּם וְהֶעֱמִידוּם עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּמָּצְאוּ בְנֵי אֶלְעָזָר רַבִּים לְרָאשֵׁי הַגְּבָרִים מִן בְּנֵי אִיתָמָר וַיַּחְלְקוּם לִבְנֵי אֶלְעָזָר רָאשִׁים לְבֵית אָבוֹת שִׁשָּׁה עָשָׂר וְלִבְנֵי אִיתָמָר לְבֵית אֲבוֹתָם שְׁמוֹנָה״, וְאוֹמֵר: ״בֵּית אָב אֶחָד אָחֻז לְאֶלְעָזָר וְאָחֻז אָחֻז לְאִיתָמָר״.

Il a été enseigné dans une autre baraita : Moche a institué pour Israël seize michmarot, huit d'Elazar et huit d'Itamar. Et quand les fils d'Elazar devinrent plus nombreux que les fils d'Itamar, on les partagea et on les porta à vingt-quatre, comme il est dit : « Il se trouva parmi les fils d'Elazar plus de chefs d'hommes que parmi les fils d'Itamar, et on les répartit ainsi : pour les fils d'Elazar, seize chefs de maisons paternelles, et pour les fils d'Itamar, selon leurs maisons paternelles, huit » (Divrei Hayamim I 24, 4) ; et il est dit : « une maison paternelle était prise pour Elazar, et prise, prise pour Itamar » (ibid.

24, 6).

📜 Rachi (2)
וַיִּמָּצְאוּ בְנֵי אֶלְעָזָר רַבִּים לְרָאשֵׁי הַגְּבָרִים מִבְּנֵי אִיתָמָר וַיַּחְלְקוּ בְּנֵי אֶלְעָזָר רָאשִׁים לְבֵית אֲבוֹתָם שִׁשָּׁה עָשָׂר וְלִבְנֵי אִיתָמָר רָאשִׁים לְבֵית אֲבוֹתָם שְׁמוֹנָה וְאוֹמֵר בֵּית אָב אֶחָד אָחֻוז לְאֶלְעָזָר וְאָחֻוז אָחֻוז לְאִיתָמָר וַיִּמָּצְאוּ בְנֵי אֶלְעָזָר רַבִּים לְרָאשֵׁי הַגְּבָרִים כְּלוֹמַר רָאשֵׁי הַגְּבָרִים שֶׁל בְּנֵי אֶלְעָזָר הָיוּ רַבִּים מֵאִיתָמָר וְהַאי וַיִּמָּצְאוּ מַשְׁמַע דְּקֹודֶם לָכֵן הָיוּ קְבוּעִים וְעַכְשָׁיו הוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶן וַיַּחְלְקוּם לי"ו בֵּית אָב אֶחָד אָחֻוז שֶׁהָיָה מִתְּחִילָּה לְאֶלְעָזָר דְּהַייְנוּ ח' אָחוּז אֶחָד בְּגוֹרָל דְּהַיְינוּ נָמֵי ח' וְהָווּ לְהוּ י"ו:
« Il se trouva parmi les fils d'Elazar plus de chefs d'hommes que parmi les fils d'Itamar » — c'est-à-dire que les chefs d'hommes des fils d'Elazar étaient plus nombreux que ceux d'Itamar. Et ce « il se trouva » implique qu'auparavant ils étaient déjà fixés, et que l'on y a ajouté maintenant, et qu'on les a répartis en seize. « Une maison paternelle prise » : celle qui appartenait dès l'origine à Elazar, soit huit ; « prise » : une prise par tirage au sort, soit huit également — ce qui fait seize.
וְאָחוּז אָחוּז לְאִיתָמָר מַה שֶׁהָיָה מִתְּחִילָּה אָחוּז לְאִיתָמָר אֲחוּזִים עַתָּה כְּבַתְּחִילָּה שֶׁלֹּא הִרְבּוּ עֲלֵיהֶם שׁוּם בֵּית אָב:
Ce qui était dès l'origine pris pour Itamar demeure pris maintenant comme au début, car on ne leur a ajouté aucune maison paternelle.
💡 Explication

Une seconde baraita raconte une autre histoire : Moche a institué d'emblée seize michmarot, huit par lignée. Le passage à vingt-quatre ne vient pas d'un décret nouveau mais d'un fait démographique : les fils d'Elazar sont devenus plus nombreux, et leurs huit maisons paternelles ont été dédoublées en seize.

Le total se lit alors dans le verset lui-même : seize pour Elazar et huit pour Itamar. Le second verset, cité par « et il est dit », servira au segment suivant à montrer qu'Itamar, lui, n'a rien reçu de plus.

10
מַאי ״וְאוֹמֵר״? וְכִי תֵּימָא: כִּי הֵיכִי דִּנְפִישִׁי בְּנֵי אֶלְעָזָר, הָכָא נָמֵי דִּנְפִישִׁי בְּנֵי אִיתָמָר — שְׁמוֹנָה, מֵעִיקָּרָא אַרְבָּעָה הָווּ, תָּא שְׁמַע: ״בֵּית אָב אֶחָד אָחֻז לְאֶלְעָזָר וְאָחֻז אָחֻז לְאִיתָמָר״. תְּיוּבְתָּא דְּרַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא!

Que vient faire le « et il est dit » ? Et si tu disais : de même que les fils d'Elazar se sont multipliés, de même les fils d'Itamar se sont multipliés — ces huit-là étaient au départ quatre —, viens et entends : « une maison paternelle était prise pour Elazar, et prise pour Itamar ».

C'est une réfutation de Rav Hama bar Gouria !

📜 Rachi (3)
מַאי וְאוֹמֵר וְכִי תֵּימָא מֵעִיקָּרָא הָווּ ד' לְאֶלְעָזָר וְד' לְאִיתָמָר:
Et si tu disais : au départ il y en avait quatre pour Elazar et quatre pour Itamar.
וְכִי הֵיכִי דִּנְפִישִׁי בְּנֵי אֶלְעָזָר הָכִי נָמֵי נְפִישִׁי בְּנֵי אִיתְּמַר וּמִיהוּ בְּנֵי אֶלְעָזָר נְפִישִׁי טְפֵי דְּהָא לְאִיתָמָר לָא אוֹקְמִינְהוּ אֶלָּא עַל ח' וּדְאֶלְעָזָר עַל י"ו:
Toutefois les fils d'Elazar se sont multipliés davantage, puisqu'on n'a porte Itamar qu'à huit, et Elazar à seize.
תָּא שְׁמַע וְאָחוּז אֱחֹוז לְאִיתָמָר אַלְמָא כִּדְקָיְימִי קָייְמִי וּשְׁמַע מִינָּהּ דְּמֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם י"ו ח' מִזֶּה וְח' מִזֶּה וְקַשְׁיָא לְרַב חֲמָא דְּאָמַר ד' וְד' וְהָא דְּכָתַב לְעֵיל וּבִשְׁנַת הָאַרְבָּעִים וְגוֹ' הֵמָּה יָסַד בְּמַה שֶׁהוֹסִיפוּ עֲלֵיהֶן עַד כ"ד מִשְׁתַּעֵי [אֲבָל] מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶם י"ו מִשְׁמָרוֹת:
Cela montre qu'ils sont restés tels qu'ils étaient, et l'on en déduit que Moche leur a institué seize michmarot, huit de l'un et huit de l'autre — ce qui fait difficulté à Rav Hama, qui a dit quatre et quatre. Quant à ce qui est écrit plus haut, « la quarantième année, etc. — ce sont eux que David fonda », cela parle de ce que l'on y a ajouté jusqu'à vingt-quatre ; mais Moche leur a bien institué seize michmarot.
⚖️ Rosh (1)
לֹא יֹאכַל בָּשָׂר וְלֹא יִשְׁתֶּה יַיִן תָּנָא אֲבָל אוֹכֵל הוּא בָּשָׂר מָלִיחַ וְשׁוֹתֶה יַיִן מִגִּתּוֹ. וּבָשָׂר מָלִיחַ עַד כַּמָּה. אָמַר ר' חַיָּיא (בְּרֵיהּ דְּרַב חַיָּיא) בְּרֵיהּ דְּרַב כָּהֲנָא אָמַר שְׁמוּאֵל כ"ז שֶׁהוּא כִּשְׁלָמִים. יַיִן מִגִּתּוֹ עַד כַּמָּה כָּל זְמַן שֶׁהוּא תּוֹסֵס תַּנְיָא יַיִן תּוֹסֵס אֵין בּוֹ מִשּׁוּם גִּילּוּי. וְכַמָּה תְּסַיְּסוּ שְׁלֹשָׁה יָמִים. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב כָּךְ הָיָה מִנְהָגוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה בַּר אִילְעַי עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב מְבִיאִין לוֹ פַּת חֲרֵיבָה בְּמֶלַח וְשׁוֹרָהּ אוֹתָהּ בְּמַיִם וְיוֹשֵׁב בֵּין תַּנּוּר וְכִירַיִם וְאוֹכְלָם וְשׁוֹתֶה עָלֶיהָ קִיתוֹן שֶׁל מַיִם.וְדוֹמֶה כְּמִי שֶׁמֵּתוֹ מֻוטָּל לְפָנָיו :
« Il ne mangera pas de viande et ne boira pas de vin » — il a été enseigné : mais il peut manger de la viande salée et boire du vin de sa cuve. Et la viande salée, jusqu'à quand ? Rabbi Hiya fils de Rav Kahana a dit au nom de Chmouel : tant qu'elle est comme la viande des chelamim. Le vin de sa cuve, jusqu'à quand ? Tant qu'il est en fermentation. Il a été enseigné : le vin en fermentation n'est pas concerné par l'interdit de guilouy (le récipient laissé découvert). Et combien de temps dure sa fermentation ? Trois jours. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : telle était la coutume de Rabbi Yehouda bar Ilai — la veille du neuf av on lui apportait du pain sec avec du sel, il le trempait dans l'eau, s'asseyait entre le four et les fourneaux, le mangeait, et buvait là-dessus une cruche d'eau ; et il ressemblait à celui dont le mort est étendu devant lui.
💡 Explication

La Guemara demande pourquoi la baraita ajoute un second verset : le premier suffisait à établir la répartition seize-huit. La réponse montre que le premier verset laissait passer une lecture qui sauvait Rav Hama — on pourrait dire que les deux lignées se sont multipliées, Elazar de huit à seize et Itamar de quatre à huit.

Le second verset ferme cette issue : Itamar reste pris comme il était pris, sans ajout. Ses huit maisons sont donc d'origine, et Moche en avait bien institué seize. La conclusion est une teyouvta, une réfutation en forme contre Rav Hama bar Gouria.

11
אָמַר לְךָ רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא: תַּנָּאֵי הִיא, וַאֲנָא דַּאֲמַרִי כִּי הַאי תַּנָּא דְּאָמַר שְׁמוֹנָה.

Rav Hama bar Gouria peut te répondre : c'est une mahloket de tanaim, et moi j'ai parlé selon ce tana qui dit huit.

📜 Rachi (1)
תַּנָּאֵי הִיא דְּהָא אִיכָּא תַּנָּא דִּלְעֵיל דְּקָתָנֵי מֹשֶׁה תִּיקֵּן לָהֶן ח' מִשְׁמָרוֹת מִשְּׁנֵיהֶן וַאֲנָא קָאֵימְנָא כְּוָותֵיהּ:
Car il y a le tana cité plus haut, qui enseigne que Moche leur institua huit michmarot prises des deux lignées ; et moi je me tiens comme lui.
💡 Explication

La réfutation du segment précédent s'appuyait sur une baraita ; or le folio en a cité une autre, en 27a même, qui parle de huit michmarot instituées par Moche. Rav Hama n'a donc pas à céder : il se range derrière ce tana, et le désaccord remonte d'un cran, des amoraim aux tanaim.

Cette réponse, tanaï hi, est une forme courante de sortie : une opinion amoraïque reste tenable dès lors qu'elle s'appuie sur une source tannaitique, même contredite par une autre.

12
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעָה מִשְׁמָרוֹת עָלוּ מִן הַגּוֹלָה, וְאֵלּוּ הֵן: יְדַעְיָה, חָרִים, פַּשְׁחוּר, וְאֵימַר. עָמְדוּ נְבִיאִים שֶׁבֵּינֵיהֶם,

Nos maîtres ont enseigné : quatre michmarot sont montées de l'exil, et les voici : Yedaya, Harim, Pachhour et Immer. Les prophètes qui se trouvaient parmi eux se levèrent,

📜 Rachi (2)
עָלוּ מִן הַגּוֹלָה בְּבַיִת שֵׁנִי וְהַשְּׁאָר לֹא עָלוּ שֶׁהַרְבֵּה מִיִּשְׂרָאֵל נִשְׁתַּיְּירוּ וְלֹא רָצוּ לַעֲלוֹת:
Au second Temple ; les autres ne sont pas montées, car beaucoup en Israël sont restés et n'ont pas voulu monter.
פַּשְׁחוּר וְאֵימַר וּמִבַּעְיָא לִי דְּפַשְׁחוּר לָא כְּתִיב גַּבֵּי כ"ד מִשְׁמָרוֹת (דִּבְרֵי הַיָּמִים א כד):
Et cela me pose question, car Pachhour n'est pas mentionné parmi les vingt-quatre michmarot (Divrei Hayamim I 24).
💡 Explication

Le folio se termine sur le sort des michmarot après la destruction du premier Temple. Sur les vingt-quatre, quatre seulement sont remontées de Babylonie : Yedaya, Harim, Pachhour et Immer. Rachi rappelle la raison, connue du livre d'Ezra : une grande partie du peuple a choisi de rester en exil.

La suite, en 27b, racontera comment les prophètes présents parmi ces rapatriés ont redivisé ces quatre michmarot pour reconstituer les vingt-quatre. Rachi laisse en suspens une difficulté qu'il ne résout pas : le nom de Pachhour ne figure pas dans la liste des vingt-quatre michmarot des Chroniques.

🖼️ Schéma
Ce qui remonte de l'exil de Babylonie Premier Temple Vingt-quatre michmarot. Retour de Babylonie : quatre michmarot seulement Yedaya — Harim — Pachhour — Immer Pourquoi quatre Une grande partie du peuple est restée en exil et n'a pas voulu monter. Les prophètes vont les rediviser en 24. La question de Rachi Pachhour ne figure pas dans la liste des vingt-quatre michmarot de Divrei Hayamim I, chapitre 24.
Les quatre michmarot du retour, et la difficulté que Rachi laisse ouverte sur Pachhour.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).