Sougya : Le folio achève la sougya de 26b sur la birkat cohanim, apprise à la fois du cohen qui officie au Temple et du nazir : on tente d'étendre le rapprochement au baal moum, on le repousse, puis on demande pourquoi choisir chaque fois le sens indulgent — parce que ces versets ne sont que des asmakhtot sur une règle rabbinique. La Guemara passe ensuite à la Michna des maamadot : la difficulté de sa formulation, puis la raison de l'institution.
Le tamid étant l'offrande de tout Israël et nul ne pouvant assister à l'offrande de tous, les premiers prophètes ont établi vingt-quatre michmarot avec, pour chacune, un maamad de cohanim, de leviim et d'Israélites ; douze d'entre elles se partageaient entre Jérusalem et Jericho pour ravitailler leurs frères. Rav Yehouda au nom de Chmouel et Rabbi Chimon ben Elazar divergent sur qui est indispensable à l'offrande, ce qui revient à la question de savoir si l'essentiel de la chira est à la bouche ou à l'instrument.
Le reste du folio est consacré à l'histoire du nombre des michmarot : huit instituées par Moche selon Rav Hama bar Gouria, seize selon une autre baraita, jusqu'aux vingt-quatre de David et de Chmouel ; et enfin les quatre seules michmarot revenues de l'exil de Babylonie.
Si [l'on apprend du mecharet], alors : de même que le mecharet (le cohen qui officie au Temple) — s'il est baal moum (atteint d'une tare), non ; de même le cohen qui bénit — s'il est baal moum, non ! [Réponse :] Or il a été rapproché (hekech) du nazir.
La sougya est engagée depuis 26b : la birkat cohanim est apprise à la fois du mecharet, le cohen qui officie au Temple, et du nazir. Deux modèles pour un même homme, donc deux jeux de conséquences possibles. Ici la Guemara teste le modèle du mecharet jusqu'au bout : puisqu'un baal moum (cohen atteint d'une tare corporelle) n'officie pas, il ne devrait pas bénir non plus.
La réponse tient en trois mots : sur ce point précis, c'est le nazir qui sert de modèle, et une tare ne disqualifie pas un nazir. Le baal moum bénit donc.
Tossefot tire de ce passage une conséquence pratique de large portée : la nessiat kapayim n'exige pas l'aptitude au service du Temple, et un cohen dont la conduite l'a écarté du service garde lui aussi son droit de bénir.
Et qu'as-tu vu pour faire le hekech dans le sens de la lénience ? Fais-le donc dans le sens de la rigueur !
[Réponse :] Ce sont des asmakhtot (appuis scripturaires) sur une règle qui relève des paroles des Sages — et l'on incline donc vers la lénience.
L'objection porte sur la méthode, non sur le détail : la Guemara a pris du mecharet ce qui allège (le hartsan permis) et du nazir ce qui allège (la tare sans effet). Choisir chaque fois le côté indulgent demande une justification.
Elle vient du statut des versets : ce sont des asmakhtot, des appuis scripturaires posés après coup sur une règle dont la substance est rabbinique. Un doute sur une règle rabbinique se tranche dans le sens de la lénience, et le choix des deux rapprochements suit cette règle.
« Voici les maamadot. Puisqu'il est dit : Ordonne aux enfants d'Israël, etc. » — Que veut dire [la Michna] ?
Voici ce qu'elle dit : voici les maamadot ; et pour quelle raison a-t-on institué les maamadot ? Puisqu'il est dit : « Ordonne aux enfants d'Israël et dis-leur : mon offrande, mon pain, pour Mes feux » (Bamidbar 28, 2).
La Michna de 26a annoncé « voici les maamadot » et enchaîne aussitôt sur un verset, sans que le lien soit dit. La Guemara demande donc mai kaamar : que veut dire cette suite de mots ?
Elle répond en séparant deux propositions que la Michna avait collées. « Voici les maamadot » ouvre une définition qui viendra plus loin ; le verset, lui, ne définit rien, il donne le motif de l'institution. La lecture correcte est donc : voici les maamadot — et voici pourquoi on les a institués.
« Et comment l'offrande d'un homme pourrait-elle être offerte alors qu'il ne se tient pas auprès d'elle ? Les premiers prophètes ont institué vingt-quatre michmarot (tours de service).
Pour chaque michmar il y avait un maamad à Jérusalem, composé de cohanim, de leviim et d'Israélites. Quand venait le temps pour le michmar de monter, les cohanim et les leviim montaient à Jérusalem. »
Le raisonnement de la Michna se déploie ici. Le tamid est commandé à tout Israël : il appartient à chacun. Or un homme doit se tenir auprès de son offrande pendant qu'on l'offre, et il est matériellement impossible que tout Israël se tienne chaque jour dans la cour du Temple.
D'où l'institution : vingt-quatre michmarot de cohanim se relaient au service, et pour chacune un maamad — une délégation de cohanim, de leviim et d'Israélites — tient à Jérusalem la place de tout le peuple. Les Israélites du maamad sont la pièce décisive : ce sont eux qui représentent les propriétaires de l'offrande.
Nos maîtres ont enseigné : vingt-quatre michmarot en terre d'Israël, et douze à Jericho. Douze à Jericho ?!
Cela en fait beaucoup trop ! Lis plutôt : douze d'entre elles à Jericho.
Quand venait le temps pour le michmar de monter, la moitié du michmar montait de la terre d'Israël à Jérusalem, et la moitié du michmar montait de Jericho, afin de fournir eau et nourriture à leurs frères de Jérusalem.
La baraita, lue naïvement, additionne vingt-quatre et douze et donne trente-six michmarot, ce qui contredit la Michna. La Guemara corrige la lecture d'un seul mot : douze d'entre elles, et non douze en plus.
Le partage se fait alors à l'intérieur de chaque michmar. La moitié des hommes monte à Jérusalem pour le service, l'autre moitié s'arrête à Jericho, tout près, et assure le ravitaillement en eau et en nourriture. Jericho est le grenier naturel de la région, et le détour reste compatible avec la semaine de service.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : les cohanim, les leviim et les Israélites sont indispensables (meakvin) à l'offrande. Dans une baraita, Rabbi Chimon ben Elazar a enseigné : les cohanim, les leviim et les instruments de musique sont indispensables à l'offrande.
Sur quoi divergent-ils ? L'un tient que l'essentiel de la chira (le chant) est à la bouche, et l'autre tient que l'essentiel de la chira est à l'instrument.
La Michna disait que le maamad comprend trois groupes. Rav Yehouda au nom de Chmouel en tire une règle de fond : les trois sont meakvin, indispensables, et l'absence de l'un d'eux fait obstacle à l'offrande. Rabbi Chimon ben Elazar remplace le troisième terme : ce sont les instruments de musique qui sont indispensables.
La Guemara ramène cet écart à une question connue : l'essentiel de la chira des leviim est-il vocal ou instrumental ? Si le chant est à la bouche, les leviim présents suffisent et l'instrument n'est qu'un ornement sonore ; si le chant est à l'instrument, l'instrument devient une pièce du service au même titre que ceux qui le tiennent.
Tossefot en tire la retombée pratique : selon la première position, n'importe qui peut joindre sa voix au chant, puisque la voix n'est pas un ustensile consacré.
Rav Hama bar Gouria a dit au nom de Rav : Moche a institué pour Israël huit michmarot, quatre issues d'Elazar et quatre d'Itamar. Chmouel vint et les porta à seize ; David vint et les porta à vingt-quatre, comme il est dit : « La quarantième année du règne de David, on fit des recherches, et l'on trouva parmi eux des hommes vaillants à Yazer de Galaad » (Divrei Hayamim I 26, 31).
Le folio change de sujet : après avoir expliqué pourquoi il y a des maamadot, la Guemara retrace l'histoire du nombre des michmarot. Rav Hama bar Gouria décrit trois étapes, chacune doublant la précédente : huit sous Moche, seize sous Chmouel, vingt-quatre sous David.
Les huit de Moche se répartissent entre les deux lignées sacerdotales issues d'Aharon, Elazar et Itamar, quatre de chaque côté. Rachi précise que ce chiffre initial ne vient d'aucun verset : c'est une tradition orale.
On objecte : Moche a institué pour Israël huit michmarot, quatre d'Elazar et quatre d'Itamar, et David et Chmouel vinrent et les portèrent à vingt-quatre, comme il est dit : « Ce sont eux que David et Chmouel le voyant établirent dans leur charge » (Divrei Hayamim I 9, 22) ! [Réponse :] Voici ce que dit la baraita : c'est à partir du fondement posé par David et par Chmouel de Rama qu'on les a portées à vingt-quatre.
L'objection est fine : le verset des Chroniques nomme David et Chmouel ensemble comme auteurs de la même institution. Rav Hama, lui, leur attribue deux étapes distinctes, seize puis vingt-quatre.
La réponse redistribue les rôles sans toucher aux chiffres : le verset ne dit pas que les deux ont agi au même moment, il dit que le résultat final de vingt-quatre repose sur le fondement posé par l'un puis par l'autre. Rachi signale d'ailleurs une variante textuelle qui rend cette lecture explicite.
Il a été enseigné dans une autre baraita : Moche a institué pour Israël seize michmarot, huit d'Elazar et huit d'Itamar. Et quand les fils d'Elazar devinrent plus nombreux que les fils d'Itamar, on les partagea et on les porta à vingt-quatre, comme il est dit : « Il se trouva parmi les fils d'Elazar plus de chefs d'hommes que parmi les fils d'Itamar, et on les répartit ainsi : pour les fils d'Elazar, seize chefs de maisons paternelles, et pour les fils d'Itamar, selon leurs maisons paternelles, huit » (Divrei Hayamim I 24, 4) ; et il est dit : « une maison paternelle était prise pour Elazar, et prise, prise pour Itamar » (ibid.
24, 6).
Une seconde baraita raconte une autre histoire : Moche a institué d'emblée seize michmarot, huit par lignée. Le passage à vingt-quatre ne vient pas d'un décret nouveau mais d'un fait démographique : les fils d'Elazar sont devenus plus nombreux, et leurs huit maisons paternelles ont été dédoublées en seize.
Le total se lit alors dans le verset lui-même : seize pour Elazar et huit pour Itamar. Le second verset, cité par « et il est dit », servira au segment suivant à montrer qu'Itamar, lui, n'a rien reçu de plus.
Que vient faire le « et il est dit » ? Et si tu disais : de même que les fils d'Elazar se sont multipliés, de même les fils d'Itamar se sont multipliés — ces huit-là étaient au départ quatre —, viens et entends : « une maison paternelle était prise pour Elazar, et prise pour Itamar ».
C'est une réfutation de Rav Hama bar Gouria !
La Guemara demande pourquoi la baraita ajoute un second verset : le premier suffisait à établir la répartition seize-huit. La réponse montre que le premier verset laissait passer une lecture qui sauvait Rav Hama — on pourrait dire que les deux lignées se sont multipliées, Elazar de huit à seize et Itamar de quatre à huit.
Le second verset ferme cette issue : Itamar reste pris comme il était pris, sans ajout. Ses huit maisons sont donc d'origine, et Moche en avait bien institué seize. La conclusion est une teyouvta, une réfutation en forme contre Rav Hama bar Gouria.
Rav Hama bar Gouria peut te répondre : c'est une mahloket de tanaim, et moi j'ai parlé selon ce tana qui dit huit.
La réfutation du segment précédent s'appuyait sur une baraita ; or le folio en a cité une autre, en 27a même, qui parle de huit michmarot instituées par Moche. Rav Hama n'a donc pas à céder : il se range derrière ce tana, et le désaccord remonte d'un cran, des amoraim aux tanaim.
Cette réponse, tanaï hi, est une forme courante de sortie : une opinion amoraïque reste tenable dès lors qu'elle s'appuie sur une source tannaitique, même contredite par une autre.
Nos maîtres ont enseigné : quatre michmarot sont montées de l'exil, et les voici : Yedaya, Harim, Pachhour et Immer. Les prophètes qui se trouvaient parmi eux se levèrent,
Le folio se termine sur le sort des michmarot après la destruction du premier Temple. Sur les vingt-quatre, quatre seulement sont remontées de Babylonie : Yedaya, Harim, Pachhour et Immer. Rachi rappelle la raison, connue du livre d'Ezra : une grande partie du peuple a choisi de rester en exil.
La suite, en 27b, racontera comment les prophètes présents parmi ces rapatriés ont redivisé ces quatre michmarot pour reconstituer les vingt-quatre. Rachi laisse en suspens une difficulté qu'il ne résout pas : le nom de Pachhour ne figure pas dans la liste des vingt-quatre michmarot des Chroniques.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).