Taanit 27b — Le tirage des vingt-quatre michmarot, le mérite des maamadot, les quatre jeûnes de la semaine et le partage des cinq versets de Berechit

Taanit 27b

Sougya : Le folio achève le récit du retour de Babylone : quatre familles de cohanim seulement sont remontées, on les a divisées en vingt-quatre michmarot par tirage dans une urne, et les prophètes ont stipulé que Yedaya garderait la première place même si Yehoyariv revenait. La guemara demande ensuite pourquoi les gens du maamad lisent le récit de la Création : Rav Assi répond par le dialogue d'Avraham et de Hachem sur le « par quoi saurai-je » de Berechit 15, où les sacrifices assurent la subsistance du monde, et la lecture de leur ordre en tient lieu quand le Temple ne tient plus debout.

Une braita détaille alors les quatre jeûnes du maamad, du lundi au jeudi, chacun accordé à l'œuvre du jour correspondant de la Création, et explique l'exemption du vendredi, du Chabbat et du dimanche, avec trois raisons pour ce dernier. La fin du folio ouvre une sougya de lecture publique : « Berechit » compte cinq versets pour deux lecteurs, et il faut trois versets par lecteur ; Rav répond par le doleg, Chmuel par le possek, et chacun doit rendre compte de son refus de la solution de l'autre.

Plan du folio Taanit 27b 1. Les vingt-quatre michmarot (segments 0-1) Quatre familles seulement sont remontées de l'exil. On les divise en vingt-quatre, on écrit les noms sur des morceaux de parchemin et on tire à l'urne. Chaque famille en tire six : l'ordre de sortie fixé l'ordre des semaines de service. Condition des prophètes : Yedaya reste le premier. 2. Pourquoi lire la Création (segments 2-4) Rav Assi : sans les maamadot, ciel et terre ne subsisteraient pas. Preuve : le "par quoi saurai-je" d'Avraham, auquel il est répondu par les sacrifices. Objection d'Avraham : et sans Temple ? Réponse : l'ordre des sacrifices est déjà institué ; le lire vaut comme l'offrir, et vaut pardon. 3. Les quatre jeûnes du maamad (segments 5-8) Les gens du michmar prient pour le tamid de leurs frères ; les gens du maamad jeûnent du lundi au jeudi. Chaque jeûne répond à l'œuvre du jour de la Création : la mer, le désert, l'askara, les femmes enceintes. Vendredi : par égard pour le Chabbat ; Chabbat : à plus forte raison. Dimanche : trois raisons, des notsrim au troisième jour de la formation et à la nechama yetera. 4. Cinq versets pour deux lecteurs (segments 9-14) "Berechit" se lit à deux, "Yehi rakia" à un seul. Or cinq versets pour deux lecteurs contredit la règle des trois versets minimum par lecteur. Rav : doleg, le second reprend le troisième verset. Chmuel : possek, on coupe le verset du milieu. Chacun refuse la solution de l'autre : Rav par le découpage de Moche, Chmuel par entrants et sortants.
Les quatre moments du folio : le tirage des michmarot, la justification de la lecture de la Création, les quatre jeûnes du maamad, puis la sougya du partage des versets.
Les quatre jeûnes des gens du maamad, accordés à l'œuvre de chaque jour Jour du jeûne Œuvre du jour dans la Création Objet de la prière Lundi Un firmament au milieu des eaux, séparation des eaux (Berechit 1,6) Ceux qui descendent en mer Mardi Que le sec apparaisse, la terre ferme (Berechit 1,9) Ceux qui vont dans les déserts, que les bêtes ne les blessent pas Mercredi Les luminaires, meorot, écrit meerot, malédictions (Berechit 1,14) Que l'askara ne tombe pas sur les enfants Jeudi Que les eaux grouillent d'une âme vivante (Berechit 1,20) Les femmes enceintes, qu'elles n'avortent pas ; celles qui allaitent, qu'elles allaitent Les trois jours sans jeûne Vendredi : par égard pour le Chabbat. Chabbat : à plus forte raison, kal va-homer. Dimanche : trois raisons, voir le cadre de droite. Pourquoi pas le dimanche Rabbi Yo'hanan : à cause des notsrim, qui en font fête. Rabbi Chmuel bar Nahmani : troisième jour depuis la formation de l'homme. Rech Lakich : nechama yetera.
Chacun des quatre jeûnes du maamad répond à l'oeuvre du jour correspondant de la Création ; les trois jours restants sont écartés pour trois motifs distincts.
Cinq versets, deux lecteurs, trois versets chacun : doleg ou possek "Berechit" (Berechit 1,1-5) se lit à deux, et nul ne lit moins de trois versets. Il manque un verset. Rav : doleg — le second revient sur le verset déjà lu verset 1 verset 2 verset 3 verset 4 verset 5 Premier lecteur : versets 1 à 3 Second lecteur : reprend le verset 3, puis 4 et 5 Chmuel : possek — on coupe le verset du milieu en deux verset 1 verset 2 v.3 (1re) v.3 (2de) verset 4 verset 5 Premier lecteur : deux versets et demi Second lecteur : la seconde moitié du verset 3, puis 4 et 5 Pourquoi Rav refuse le possek Tout verset que Moche n'a pas coupé, nous ne le coupons pas. Rabbi Hanina le Grand ne l'a permis que pour les enfants qui apprennent à lire. Pourquoi Chmuel refuse le doleg Décret à cause de ceux qui entrent, qui croiront que le premier n'a lu que deux versets ; décret à cause de ceux qui sortent, qui en croiront autant du second.
Les deux partages du passage de cinq versets, et la raison pour laquelle chaque maître écarte la solution de l'autre.
1
וְחִלְּקוּם וְהֶעֱמִידוּם עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה, בְּלָלוּם וּנְתָנוּם בַּקַּלְפִּי. בָּא יְדַעְיָה וְנָטַל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵרָיו שֵׁשׁ, בָּא חָרִים וְנָטַל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵרָיו שֵׁשׁ, וְכֵן פַּשְׁחוּר, וְכֵן אֵימַר.

et ils les divisèrent et les établirent au nombre de vingt-quatre ; ils les mélangèrent et les mirent dans une urne (kalpi). Yedaya vint et prit sa part et la part de ses compagnons : six.

Harim vint et prit sa part et la part de ses compagnons : six. Et de même Pachhour, et de même Immer.

📜 Rachi (3)
וְחִלְּקוּם לכ"ד וְכָתְבוּ כִּנּוּי שֶׁל כָּל אֶחָד וְאֶחָד בַּחֵלֶק:
En vingt-quatre, et ils écrivirent le nom de chacune d'elles sur une part.
בְּלָלוּם וּנְתָנוּם בַּקַּלְפִּי כָּתְבוּ עַל כ"ד חֲתִיכוֹת קְלָף רָאשֵׁי מִשְׁמָרוֹת שֶׁחָלְקוּ מֵאוֹתָן ד':
Ils écrivirent sur vingt-quatre morceaux de parchemin les têtes des michmarot qu'ils avaient formées à partir de ces quatre-là.
בָּא יְדַעְיָה מִשְׁמָרָה שֶׁל יְדַעְיָה בָּא אֶחָד מֵהֶן וְנוֹטֵל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק ה' חֲתִיכוֹת קְלָף דְּהָווּ לְהוּ שֵׁשׁ וּמִי שֶׁהָיָה עוֹלֶה בְּיָדוֹ רִאשׁוֹן הָיָה לְשַׁבָּת רִאשׁוֹנָה שֶׁבַּסֵּדֶר שֶׁהָיוּ עוֹלִין בְּיָדוֹ זוֹ אַחַר זוֹ כָּךְ הָיוּ עוֹבְדִין בְּשַׁבְּתוֹתֵיהֶן זוֹ אַחַר זוֹ:
Pour le michmar de Yedaya, l'un d'eux vint et prit sa part et la part de cinq morceaux de parchemin, ce qui leur fit six. Celui qui sortait le premier dans sa main servait la première semaine de l'ordre, et selon l'ordre dans lequel ils sortaient dans sa main, l'un après l'autre, ainsi servaient-ils leurs semaines, l'une après l'autre.
💡 Explication

Les michmarot sont les vingt-quatre équipes de cohanim qui se relaient au service du Temple, une semaine chacune. Du premier Temple, quatre familles seulement sont remontées de Babylone : pour retrouver le nombre ancien, on subdivise chacune en six et l'on écrit les noms sur des parchemins.

La kalpi est l'urne dont on tire les sorts. Le tirage fixe deux choses à la fois : quelles michmarot appartiennent à quelle famille, et dans quel ordre elles serviront au long de l'année.

🖼️ Schéma
Quatre familles remontées, vingt-quatre michmarot tirées au sort Urne (kalpi) 24 parchemins mélangés Yedaya Harim Pachhour Immer Chaque famille tire six lots : six michmarot par famille, vingt-quatre en tout. Ce que fixe le tirage L'ordre de sortie des parchemins fixe l'ordre des semaines de service, l'une après l'autre.
Les quatre familles de cohanim revenues de l'exil tirent chacune six lots dans l'urne : le nombre ancien de vingt-quatre michmarot est rétabli.
2
וְכֵן הִתְנוּ נְבִיאִים שֶׁבֵּינֵיהֶם: שֶׁאֲפִילּוּ יְהוֹיָרִיב רֹאשׁ מִשְׁמֶרֶת עוֹלֶה — לֹא יִדָּחֶה יְדַעְיָה מִמְּקוֹמוֹ. אֶלָּא יְדַעְיָה עִיקָּר, וִיהוֹיָרִיב טָפֵל לוֹ.

Et ainsi les prophètes qui se trouvaient parmi eux posèrent cette condition : même si Yehoyariv, chef de michmar, remonte, il ne déplacera pas Yedaya de sa place. Yedaya demeure le principal, et Yehoyariv lui est adjoint.

📜 Rachi (2)
וְכָךְ הִתְנוּ שָׁאפֵי' יְהוֹיָרִיב שֶׁהָיָה בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן רִאשׁוֹן לְמִשְׁמְרוֹת עוֹלֶה מִן הַגּוֹלָה:
Même si Yehoyariv, qui était le premier des michmarot au premier Temple, remonte de l'exil.
לֹא יִדְחֶה יְדַעְיָה הוֹאִיל וּמִתְּחִלָּה לֹא עָלָה יְהוֹיָרִיב אֶלָּא כָּל מִשְׁמָרוֹת הַנַּעֲשׂוֹת מֵידָעֶיהָ קוֹדְמוֹת לַעֲבוֹדָה לִיהוֹיָרִיב וִיהוֹיָרִיב בָּא וְעוֹבֵד אַחֲרֵיהֶן בִּמְקוֹם מִשְׁמָר אַחֵר וְשִׁשָּׁה דִּידַעְיָה עוֹשִׂין אוֹתָן ה' שֶׁלֹּא לְהַרְבּוֹת בְּמִשְׁמָרוֹת:
Puisque Yehoyariv n'est pas remonté dès le début, toutes les michmarot formées à partir de Yedaya le précèdent pour le service ; Yehoyariv vient servir après elles, à la place d'un autre michmar, et les six de Yedaya n'en font plus que cinq, pour ne pas multiplier les michmarot.
💡 Explication

Yehoyariv ouvrait la liste des vingt-quatre michmarot au premier Temple. Les prophètes de la génération du retour stipulent que le rang acquis par Yedaya au moment du retour tiendra, même si Yehoyariv revient plus tard.

Rachi précise la conséquence arithmétique : Yehoyariv, en revenant, prend la place d'un des michmarot issus de Yedaya, qui passe alors de six à cinq. Le total reste vingt-quatre.

3
וְיִשְׂרָאֵל שֶׁבְּאוֹתוֹ מִשְׁמָר מִתְכַּנְּסִין בְּעָרֵיהֶן וְקוֹרִין בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא אָמַר רַב אַסִּי: אִלְמָלֵא מַעֲמָדוֹת לֹא נִתְקַיְּימוּ שָׁמַיִם וָאָרֶץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֱ-לֹהִים בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה״,

« Et les Israélites de ce michmar se rassemblaient dans leurs villes et lisaient le récit de la Création. » D'où cela vient-il ? Rabbi Yaakov bar Aha a dit au nom de Rav Assi : sans les maamadot, le ciel et la terre ne subsisteraient pas, comme il est dit : « Il dit : Hachem D.ieu, par quoi saurai-je que je la posséderai ? »

📜 Rachi (1)
א"ר אַסִּי לְפִי שֶׁאִלְמָלֵא מַעֲמָדוֹת עִיסְקֵי קָרְבָּנוֹת שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין הֵן הָיוּ כָּלִים בְּחֶטְאָן וּמִשֶּׁהֵן כָּלִין שָׁמַיִם וָאָרֶץ הָעוֹמְדִים בִּזְכוּתָן אֵין מִתְקַיְּימִין כו':
Il s'agit des affaires de sacrifices qu'Israël accomplit : sans elles, ils auraient été anéantis par leur faute, et dès lors qu'ils sont anéantis, le ciel et la terre, qui tiennent par leur mérite, ne subsistent pas, etc.
💡 Explication

Le maamad est la délégation d'Israélites qui accompagne le michmar des cohanim : une partie monte au Temple, le reste se rassemble dans les villes. La guemara demande la source de leur lecture du récit de la Création.

Rav Assi lie le service des sacrifices à la subsistance du monde. La lecture du récit de la Création par les gens du maamad marque ce lien : le monde créé tient par ce qui s'offre sur l'autel.

4
אָמַר אַבְרָהָם: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! שֶׁמָּא יִשְׂרָאֵל חוֹטְאִין לְפָנֶיךָ, אַתָּה עוֹשֶׂה לָהֶם כְּדוֹר הַמַּבּוּל וּכְדוֹר הַפְּלַגָּה? אֲמַר לֵיהּ: לָאו. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! הוֹדִיעֵנִי בַּמֶּה אֲיָרְשֶׁנָּה? אֲמַר לֵיהּ: ״קְחָה לִי עֶגְלָה מְשֻׁלֶּשֶׁת וְעֵז מְשֻׁלֶּשֶׁת וְגוֹ׳״.

Avraham dit : Maître du monde ! Peut-être Israël péchera-t-il devant Toi : leur feras-Tu comme à la génération du déluge et comme à la génération de la dispersion ?

Il lui dit : Non. Il dit devant Lui : Maître du monde !

Fais-moi savoir par quoi je la posséderai. Il lui dit : « Prends pour Moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, etc. »

📜 Rachi (1)
כְּאַנְשֵׁי דּוֹר הַמַּבּוּל שֶׁמֵּאַחַר שֶׁהֵן כָּלִין אֵין הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים וְהוֹאִיל שֶׁעַל עִיסְקֵי קָרְבָּן הָעוֹלָם עוֹמֵד לְכָךְ קוֹרִין אַנְשֵׁי מַעֲמָד בְּעָרֵיהֶן בְּמַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית:
Puisqu'ils sont anéantis, le monde ne subsiste pas ; et puisque le monde tient par l'affaire des sacrifices, c'est pour cela que les gens du maamad lisent dans leurs villes le récit de la Création.
💡 Explication

La guemara lit la question d'Avraham comme une inquiétude sur la durée : la possession du pays dépend de la conduite de ses descendants, et deux générations antérieures ont déjà été effacées.

La réponse vient sous forme d'ordre : prendre les animaux du brit ben habetarim. Ces animaux sont ceux des sacrifices, et la réponse tient donc dans le service de l'autel.

5
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! תִּינַח בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים. בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם מַה תְּהֵא עֲלֵיהֶם? אָמַר לוֹ: כְּבָר תִּקַּנְתִּי לָהֶם סֵדֶר קָרְבָּנוֹת, בִּזְמַן שֶׁקּוֹרְאִין בָּהֶן לְפָנַי — מַעֲלֶה אֲנִי עֲלֵיהֶם כְּאִילּוּ הִקְרִיבוּם לְפָנַי וַאֲנִי מוֹחֵל לָהֶם עַל כָּל עֲוֹנוֹתֵיהֶם.

Il dit devant Lui : Maître du monde ! Cela va bien au temps où le Temple est debout ; au temps où le Temple n'est pas debout, qu'adviendra-t-il d'eux ?

Il lui dit : J'ai déjà institué pour eux l'ordre des sacrifices ; lorsqu'ils les lisent devant Moi, Je le leur compte comme s'ils les avaient offerts devant Moi, et Je leur pardonne toutes leurs fautes.

📜 Rachi (1)
כְּבָר תִּקַּנְתִּי לָהֶם כו' כָּל זְמַן שֶׁקּוֹרִין בָּהֶן כוּ' מֵהֵיכָא יָלֵיף לָהּ לְהַאי גִּמְגּוּם:
« Chaque fois qu'ils les lisent, etc. » : d'où ce propos hésitant est-il tire ?
💡 Explication

La question d'Avraham porte sur l'après : un moyen qui dépend du Temple disparaît avec lui. La réponse déplace le moyen vers la parole, par la lecture du seder korbanot, l'ordre des sacrifices.

Cette réponse fonde la pratique des gens du maamad, qui restent dans leurs villes et lisent, ainsi que l'usage ultérieur de réciter les passages des sacrifices dans la prière quotidienne.

🖼️ Schéma
Le dialogue d'Avraham : par quoi le monde tient-il Question 1 Et s'ils pèchent, seront-ils effacés comme le déluge ? Réponse 1 Non. Par quoi donc ? Par les sacrifices. Question 2 Et quand le Temple n'est plus debout ? Réponse 2 : l'ordre des sacrifices est déjà institué Le lire compte comme l'offrir, et vaut pardon de toutes les fautes. D'où la lecture des gens du maamad dans leurs villes : elle tient lieu du service.
Deux questions, deux réponses : le monde tient par les sacrifices, et leur lecture en tient lieu quand le Temple manque.
6
תָּנוּ רַבָּנַן: אַנְשֵׁי מִשְׁמָר הָיוּ מִתְפַּלְּלִין עַל קָרְבַּן אֲחֵיהֶם שֶׁיִּתְקַבֵּל בְּרָצוֹן. וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד מִתְכַּנְּסִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וְיוֹשְׁבִין אַרְבַּע תַּעֲנִיּוֹת: בִּשְׁנֵי בַּשַּׁבָּת, בַּשְּׁלִישִׁי, בָּרְבִיעִי, וּבַחֲמִישִׁי. בַּשֵּׁנִי — עַל יוֹרְדֵי הַיָּם. בַּשְּׁלִישִׁי — עַל הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת.

Nos maîtres ont enseigné : les gens du michmar priaient sur le sacrifice de leurs frères, qu'il soit agréé avec faveur. Et les gens du maamad se rassemblaient à la synagogue et observaient quatre jeûnes : le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi.

Le lundi, pour ceux qui descendent en mer ; le mardi, pour ceux qui vont dans les déserts.

📜 Rachi (4)
ת"ר אַנְשֵׁי מִשְׁמָר מִתְפַּלְּלִין עַל קָרְבַּן אֲחֵיהֶן תְּמִידִים שֶׁבְּכָל יוֹם:
Il s'agit des temidim de chaque jour.
אַנְשֵׁי מִשְׁמָר אוֹתָן כ"ד שֶׁהָיוּ בְּעָרֵיהֶן:
Ce sont ces vingt-quatre qui se trouvaient dans leurs villes.
בַּשֵּׁנִי עַל יוֹרְדֵי הַיָּם דִּכְתִיב בַּשֵּׁנִי (בְּרֵאשִׁית א׳:ו׳) יְהִי רָקִיעַ בְּתוֹךְ הַמָּיִם וְצָרִיךְ לְהַזְכִּיר וּלְרַצּוֹת עַל הַדָּבָר:
Car il est écrit au deuxième jour : « Qu'il y ait un firmament au milieu des eaux » (Berechit 1, 6) ; il faut mentionner la chose et demander faveur à son sujet.
בַּשְּׁלִישִׁי עַל הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת דִּכְתִיב וְתַרְאֶה הַיַּבָּשָׁה תְּהִי רְאוּיָה יְבֵשָׁה לְהוֹלְכֶיהָ שֶׁלֹּא יִזּוֹקוּ מִפְּנֵי חַיּוֹת רָעוֹת:
Car il est écrit : « Que le sec apparaisse » — que le sec soit propre à ceux qui y marchent, qu'ils ne subissent pas de dommage du fait des bêtes sauvages.
💡 Explication

La braita sépare deux tâches. Les anchei michmar, les cohanim de service, prient pour l'agrément du tamid, le sacrifice quotidien. Les anchei maamad, les Israélites de la même semaine, jeûnent quatre jours à la synagogue.

Le principe des jeûnes se lit dans Rachi : chaque jour de la semaine correspond à une œuvre de la Création, et l'on prie ce jour-là sur ce qui dépend de cette œuvre. Le lundi sépare les eaux, d'où la prière pour les navigateurs ; le mardi fait apparaître la terre ferme, d'où la prière pour ceux qui traversent le désert.

7
בָּרְבִיעִי — עַל אַסְכָּרָא שֶׁלֹּא תִּיפּוֹל עַל הַתִּינוֹקוֹת. בַּחֲמִישִׁי — עַל עוֹבְרוֹת וּמֵינִיקוֹת. עֻובָּרוֹת — שֶׁלֹּא יַפִּילוּ, מֵינִיקוֹת — שֶׁיָּנִיקוּ אֶת בְּנֵיהֶם. וּבָעֶרֶב שַׁבָּת לֹא הָיוּ מִתְעַנִּין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת, קַל וָחֹומֶר בַּשַּׁבָּת עַצְמָהּ.

Le mercredi, pour que l'askara (angine mortelle) ne tombe pas sur les petits enfants. Le jeudi, pour les femmes enceintes et pour celles qui allaitent : les enceintes, qu'elles n'avortent pas ; celles qui allaitent, qu'elles allaitent leurs enfants.

Et la veille de Chabbat ils ne jeûnaient pas, par égard pour le Chabbat ; à plus forte raison le Chabbat lui-même.

📜 Rachi (2)
בָּרְבִיעִי עַל הָאַסְכָּרָא שֶׁבּוֹ נִתְלוּ הַמְּאוֹרוֹת וּכְתִיב בֵּיהּ (שָׁם) יְהִי מְאוֹרוֹת מְאֵרַת כְּתִיב:
Car ce jour-là furent suspendus les luminaires, et il y est écrit « Qu'il y ait des luminaires » (meorot), le mot étant écrit meerot, malédictions.
וְעַל עוֹבְרוֹת כּוּ' דִּכְתִיב בֵּיהּ (שָׁם) יִשְׁרְצוּ הַמַּיִם שֶׁרֶץ נֶפֶשׁ חַיָּה:
Car il y est écrit : « Que les eaux grouillent d'un grouillement d'âme vivante ».
💡 Explication

L'askara désigne une maladie de la gorge qui étouffe, redoutée chez les enfants. Rachi la rattache au quatrième jour par l'orthographe du verset : meorot, les luminaires, s'écrit sans vav et se lit alors comme meerot, les malédictions.

Le cinquième jour voit apparaître les êtres vivants, d'où la prière pour la grossesse et l'allaitement. Le vendredi est écarté par égard pour le Chabbat, qui demande des forces pour ses repas, et le Chabbat lui-même par un kal va-homer, raisonnement à plus forte raison.

8
בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת מַאי טַעְמָא לָא? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי הַנּוֹצְרִים. רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁהוּא שְׁלִישִׁי לַיְצִירָה.

Le dimanche, quelle est la raison de ne pas jeûner ? Rabbi Yo'hanan a dit : à cause des notsrim.

Rabbi Chmuel bar Nahmani a dit : parce que c'est le troisième jour depuis la formation de l'homme.

📜 Rachi (2)
מִפְּנֵי הַנּוֹצְרִים שֶׁעוֹשִׂים אוֹתוֹ יוֹם טוֹב שֶׁלָּהֶם:
Parce qu'ils en font leur jour de fête.
שְׁלִישִׁי לִיצִירָה דְּאָדָם נִבְרָא בְּיוֹם שִׁשִּׁי וּבְכָל יוֹם שְׁלִישִׁי הָוֵי חָלוּשׁ כְּדִכְתִיב (שָׁם לד) וַיְהִי בַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בִּהְיוֹתָם כֹּואֲבִים:
Car l'homme fut créé le sixième jour, et le troisième jour on se trouve affaibli, comme il est écrit : « Et il advint, au troisième jour, alors qu'ils souffraient » (Berechit 34).
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּרִאשׁוֹן בְּשַׁבָּת מַאי טַעְמָא לָא? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי הַגּוֹיִים. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י מִשּׁוּם סַכָּנָה. וְהִקְשָׁה מָהַרְשָׁ״א בְּחִדּוּשִׁין, וַהֲלֹא זֶה נִתְקַן בִּימֵי דָּוִד וּשְׁלֹמֹה שֶׁיַּד יִשְׂרָאֵל תַּקִּיפָה? עַיֵּין שָׁם. וְאֵין זוֹ קוּשְׁיָא דְּצָפוּ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ דְּגַם בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם יִזְדַּמֵּן שֶׁיִּהְיוּ מַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם שׁוֹלְטִים בָּהֶם וְלָכֵן חָשׁוּ בַּעֲבוּר זֶה וְלֹא תִּקְּנוּ תַּעֲנִית בְּיוֹם רִאשׁוֹן. וּמִלְּבַד פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל יֵשׁ לְפָרֵשׁ הַכַּוָּנָה מִפְּנֵי הָעַכּוּ"ם שֶׁעוֹשִׂים בּוֹ חַג וְאִם יִשְׂרָאֵל יִתְעַנּוּ בּוֹ אָזְלִי וּמוֹדוֹ בְּבֵית הָעַכּוּ"ם בִּשְׁבִיל שֶׁרוֹאִין שֶׁיֵּשׁ צַעַר בְּיִשְׂרָאֵל בְּאוֹתוֹ יוֹם וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֲבוֹדָה זָרָה ב.) בְּיוֹם אֵידָם לֹא יִמְכֹּור לָהֶם וְלֹא יִקְנֶה מֵהֶם וְלֹא יִפְרַע לָהֶם וְלֹא יִפְרַע מֵהֶם וְכָל זֶה הוּא מִשּׁוּם דַּאֲזַלוּ וּמוֹדוֹ בְּבֵית עֲבוֹדָה זָרָה.
« Le dimanche, quelle est la raison de ne pas jeûner ? Rabbi Yo'hanan a dit : à cause des goyim. » Rachi explique : à cause du danger. Le Maharcha, dans ses Hidouchim, objecte : cela fut pourtant institué aux jours de David et de Chelomo, lorsque la main d'Israël était forte ; voir là-bas. Cette objection ne tient pas, car ils ont vu par la <b>roua'h hakodech</b> (esprit de sainteté) que, même au temps où le Temple est debout, il arriverait que les rois des nations dominent sur eux ; ils s'en sont donc souciés et n'ont pas institué de jeûne le dimanche. Outre l'explication de Rachi, on peut entendre ainsi : à cause des idolâtres qui en font leur fête ; si Israël y jeûnait, ils iraient rendre grâce dans le temple de leur idolâtrie, parce qu'ils verraient qu'il y a de la peine en Israël ce jour-là, comme l'ont dit nos maîtres (Avoda Zara 2a) : le jour de leur fête, on ne leur vend pas, on ne leur achète pas, on ne les paie pas et on ne se fait pas payer par eux — tout cela parce qu'ils vont rendre grâce dans le temple de l'idolâtrie.
💡 Explication

La guemara cherche pourquoi la série des jeûnes s'arrête à quatre jours. Le dimanche reçoit successivement trois explications, ici les deux premières.

Rabbi Yo'hanan invoque un motif extérieur, le jour chômé par les notsrim. Rabbi Chmuel bar Nahmani invoque un motif physique : l'homme ayant été formé le sixième jour, le dimanche est le troisième jour de cette formation, et le troisième jour est celui où la faiblesse se fait le plus sentir.

9
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: מִפְּנֵי נְשָׁמָה יְתֵירָה, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: נְשָׁמָה יְתֵירָה נִיתְּנָה בּוֹ בָּאָדָם בְּעֶרֶב שַׁבָּת, בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת נוֹטְלִין אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שַׁבָּת וְיִנָּפֵשׁ״. כֵּיוָן שֶׁשַּׁבָּת — וִי אָבְדָה נֶפֶשׁ.

Rech Lakich a dit : à cause de la nechama yetera (âme supplémentaire). Car Rech Lakich a dit : une nechama yetera est donnée à l'homme la veille de Chabbat, et à l'issue du Chabbat on la lui retire, comme il est dit : « Il a chômé et s'est reposé (vayinafach) » : puisqu'il a chômé, vay, l'âme est perdue.

📜 Rachi (4)
נְשָׁמָה יְתֵירָה שֶׁנּוֹטְלִין אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ וְהָוֵי חַלָּשׁ:
Puisqu'on la lui retire, il se trouve affaibli.
נְשָׁמָה יְתֵירָה שֶׁמַּרְחִיבִים דַּעְתּוֹ לַאֲכִילָה וּשְׁתִיָּה:
Elle élargit son esprit pour manger et pour boire.
כֵּיוָן שֶׁשַּׁבָּת שֶׁנָּח וְשָׁמַר אֶת הַשַּׁבָּת:
Il s'est reposé et a garde le Chabbat.
ווַי אָבְדָה נֶפֶשׁ וְיִנָּפֵשׁ דּוֹרֵשׁ בְּנוֹטָרִיקוֹן וַוי נֶפֶשׁ:
Il interprète vayinafach en notarikon : vay nefech, malheur, l'âme est perdue.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: מִשּׁוּם נְשָׁמָה יְתֵרָה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י מִשּׁוּם צַעַר פְּרִידָתָהּ עַייֵּן שָׁם, מִיהוּ לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת הוּא מִשּׁוּם דִּבְיוֹם א' יִשָּׁאֵר תּוֹסֶפֶת מִכָּל הנר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] וּבַשֵּׁנִי יִשָּׁאֵר מֵרוּחַ וְנֶפֶשׁ וּבַשְּׁלִישִׁי מִנֶּפֶשׁ בִּלְבַד וְלָכֵן מִשּׁוּם דְּאִיכָּא בְּיוֹם א' תּוֹסֶפֶת גַּם מֵחֵלֶק הַנְּשָׁמָה לָכֵן לִכְבוֹד זֶה לֹא יִתְעַנּוּ.
« Rech Lakich a dit : à cause de la nechama yetera. » Rachi explique : à cause de la peine de sa séparation ; voir là-bas. Toutefois, selon les paroles de notre maître le Ari zal dans Chaar HaKavanot, la raison tient à ceci : le dimanche il subsiste un supplément de chacun des trois niveaux <b>nefech, roua'h, nechama</b> ; le lundi il subsiste un supplément du roua'h et du nefech ; le mardi, du nefech seul. Et puisque le dimanche il subsiste un supplément provenant aussi de la part de la nechama, on ne jeûne pas, en l'honneur de cela.
💡 Explication

La nechama yetera est le supplément d'âme reçu pour le Chabbat. Rech Lakich l'appuie sur le mot vayinafach du verset, lu en notarikon, c'est-à-dire comme un mot décomposé en deux : vay nefech.

Le dimanche est donc le jour où ce supplément vient de partir, et l'homme s'y trouve diminué. Rachi ajoute que ce supplément se manifestait par l'appétit et l'aisance du Chabbat, ce qui rend la perte sensible.

🖼️ Schéma
Trois raisons de ne pas jeûner le dimanche Rabbi Yo'hanan À cause des notsrim, qui font de ce jour leur fête. Motif extérieur Il porte sur le regard d'autrui. R. Chmuel bar Nahmani Troisième jour depuis la formation de l'homme. Motif physique Le troisième jour est le plus dur. Rech Lakich Départ de la nechama yetera à la sortie du Chabbat. Motif intérieur La perte affaiblit tout le jour. Les trois raisons visent le même résultat : le maamad jeûne du lundi au jeudi, et pas davantage.
Les trois motifs avancés pour le dimanche : un motif extérieur, un motif physique, un motif intérieur.
10
בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן ״בְּרֵאשִׁית״ וְ״יְהִי רָקִיעַ״. תַּנָּא: ״בְּרֵאשִׁית״ בִּשְׁנַיִם, ״יְהִי רָקִיעַ״ בְּאֶחָד. בִּשְׁלָמָא ״יְהִי רָקִיעַ״ בְּאֶחָד — תְּלָתָא פְּסוּקֵי הָווּ. אֶלָּא ״בְּרֵאשִׁית״ בִּשְׁנַיִם, מַאי טַעְמָא? חֲמִשָּׁה פְּסוּקֵי הָוְיָין, וְתַנְיָא: הַקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה — אַל יִפְחֹות מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים!

« Le premier jour : Berechit et Yehi rakia. » Il a été enseigné : « Berechit » par deux, « Yehi rakia » par un. Passe encore « Yehi rakia » par un : ce sont trois versets.

Mais « Berechit » par deux, quelle en est la raison ? Ce sont cinq versets, et il a été enseigné : celui qui lit dans la Torah ne lira pas moins de trois versets !

📜 Rachi (2)
בְּרֵאשִׁית בִּשְׁנַיִם כֹּהֵן וְלֵוִי קוֹרִין בְּיוֹם תַּעֲנִית בְּרֵאשִׁית:
Le cohen et le levi lisent « Berechit » le jour du jeûne.
תְּלָתָא פְּסוּקֵי הֱוִוי וְסַגִּיא בְּהוּ לְחַד גַּבְרָא:
Et cela suffit pour un seul homme.
💡 Explication

La michna assignait à chaque jour du maamad des passages du récit de la Création. La braita précise combien de lecteurs montent pour chacun : deux pour « Berechit », un pour « Yehi rakia ».

La difficulté est arithmétique. « Yehi rakia » compte trois versets, ce qui convient exactement à un lecteur. « Berechit » en compte cinq, et deux lecteurs exigeraient six versets, puisque nul ne lit moins de trois.

11
רַב אָמַר: דּוֹלֵג. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: פּוֹסֵק. וְרַב דְּאָמַר דּוֹלֵג, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר פּוֹסֵק? קָסָבַר: כָּל פְּסוּקָא דְּלָא פַּסְקֵיהּ מֹשֶׁה — אֲנַן לָא פָּסְקִינַן לֵיהּ.

Rav a dit : il reprend (doleg). Et Chmuel a dit : il coupe (possek).

Et Rav, qui dit qu'il reprend, quelle raison lui fait ne pas dire qu'il coupe ? Il tient que tout verset que Moche n'a pas coupé, nous ne le coupons pas.

📜 Rachi (2)
רַב אָמַר דּוֹלֵג הָרִאשׁוֹן קוֹרֵא שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים וְהַשֵּׁנִי מַתְחִיל בַּפָּסוּק שֶׁסִּיֵּים בּוֹ הָרִאשׁוֹן וְהַשְּׁנַיִם עִמּוֹ הֲרֵי שְׁלֹשָׁה וּמִשּׁוּם אֵין מְשַׁייְּרִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים לֵיכָּא מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר:
Le premier lit trois versets, et le second commence par le verset sur lequel le premier a fini, avec les deux qui le suivent : cela lui fait trois. Quant à la règle selon laquelle on ne laisse pas dans une parachah moins de trois versets, elle ne s'applique pas ici, parce que cela est impossible.
פּוֹסֵק מַפְסִיק הַפָּסוּק לִשְׁנַיִם רִאשׁוֹן קוֹרֵא שְׁנֵי פְּסוּקִים וַחֲצִי וְלֵוִי מַשְׁלִים חֲצִי אוֹתוֹ הַפָּסוּק שֶׁקָּרָא הַכֹּהֵן עִם שְׁנַיִם הַנּוֹתָרִים:
Il coupe le verset en deux : le premier lit deux versets et demi, et le levi complète la moitié de ce verset que le cohen a lu, avec les deux versets restants.
🗂️ Tossefot (1)
רַב אָמַר דּוֹלֵג. פִּי' הָרִאשׁוֹן קוֹרֵא מֵרֹאשׁ הַפָּרָשָׁה ג' פְּסוּקִים וְהַשֵּׁנִי שֶׁאֵין לוֹ כִּי אִם שְׁנֵי פְּסוּקִים מְדַלֵּג פָּסוּק אֶחָד וְקוֹרֵא מִמַּה שֶׁקָּרָא הָרִאשׁוֹן וְכֵן נָמֵי בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים מְדַלְּגִין וְהִקְשָׁה ה"ר יְהוּדָה בַּר נָתָן וְאַמַּאי מְדַלְּגִין אַמַּאי אֵינוֹ קוֹרֵא לְמַעְלָה בַּפָּרָשָׁה דְּהָא בְּשַׁבָּת בחוש"מ קוֹרֵא הוּא מַרְאֶה אַתָּה אוֹמֵר אֵלַי (שְׁמוֹת ל״ג:י״ב) אע"פ שֶׁעִיקַּר הַפָּרָשָׁה אֵינָהּ מַתְחֶלֶת כִּי אִם מִפָּסֵל לְךָ (שָׁם לד) וי"ל דמ"ה הוּא קוֹרֵא רָאָה בַּפָּרָשָׁה שֶׁל מַעְלָה לְפִי שֶׁכָּל אוֹתָהּ הַפָּרָשָׁה מִשְׁתַּעֵי בְּחַד עִנְיָינָא אֲבָל פָּרָשָׁה דר"ח לְעֵיל מִינָּהּ לָא מִשְׁתַּעֵי כְּלָל מֵחַד עִנְייָנָא וּלְכָךְ אֵינוֹ קוֹרֵא בַּפָּרָשָׁה שֶׁל מַעְלָה אֶלָּא דּוֹלֵג וּמִזֶּה רְאָיָה לְמִנְהָגֵנוּ אַהָא דְּלָא קָרֵינַן בְּכָל שַׁבָּת וְשַׁבָּת פָּרָשָׁה שֶׁל שַׁבָּת כְּמוֹ שֶׁאָנוּ עוֹשִׂין בי"ט שֶׁאָנוּ קוֹרִין פָּרָשִׁיּוֹת לְפִי הַמְאֹורָע לְפִי שֶׁאֵין בַּפָּרָשָׁה שֶׁל שַׁבָּת שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים דְּאֵין לוֹמַר שֶׁנְּדַלֵּג לְעֵיל דְּלָא הָוֵי מֵחַד עִנְיָינָא:
« Rav a dit : il reprend. » Explication : le premier lit trois versets depuis le début de la parachah, et le second, qui n'en a plus que deux, revient d'un verset en arrière et lit une part de ce qu'a lu le premier ; de même aux Roch Hodech, on revient en arrière. Le Rav Yehouda bar Natan a objecté : pourquoi revenir en arrière, et ne pas lire plus haut dans la parachah ? Car le Chabbat de Hol HaMoed on lit « Vois, Tu me dis » (Chemot 33, 12), bien que la parachah ne commence proprement qu'à « Taille-toi » (Chemot 34). On peut répondre : s'il lit « Vois » dans ce qui précède, c'est parce que toute cette parachah traite d'un seul sujet, tandis que ce qui précède la parachah de Roch Hodech ne traite nullement du même sujet ; c'est pourquoi il ne lit pas dans ce qui précède et revient plutôt en arrière. De là une preuve pour notre usage de ne pas lire chaque Chabbat la parachah propre au Chabbat, comme nous faisons les jours de fête où nous lisons les parachiot selon l'événement : parce que la parachah du Chabbat ne comporte pas trois versets, et l'on ne peut pas dire qu'on remonte plus haut, puisque cela ne traite pas du même sujet.
💡 Explication

Deux solutions au verset manquant. Le doleg fait reprendre au second lecteur le troisième verset, déjà lu par le premier : chacun lit alors trois versets, dont un en commun. Le possek coupe le troisième verset en deux moitiés, une pour chaque lecteur.

Rav écarte le possek par un principe de transmission : le découpage des versets remonte à Moche, et nul ne le refait. La guemara demandera ensuite à Chmuel pourquoi il écarte le doleg.

12
וּשְׁמוּאֵל אָמַר פּוֹסֵק, וּמִי פָּסְקִינַן? וְהָאָמַר רַבִּי חֲנִינָא קָרָא: צַעַר גָּדוֹל הָיָה לִי אֵצֶל רַבִּי חֲנִינָא הַגָּדוֹל וְלֹא הִתִּיר לִי לִפְסֹוק אֶלָּא לְתִינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, הוֹאִיל וּלְהִתְלַמֵּד עִשּׂוּיַן. וּשְׁמוּאֵל — הָתָם טַעְמָא מַאי? מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר. הָכָא נָמֵי לָא אֶפְשָׁר.

Et Chmuel a dit : il coupe. Or coupe-t-on ?

Mais Rabbi Hanina Kara a dit : j'ai eu grande peine auprès de Rabbi Hanina le Grand, et il ne m'a permis de couper que pour les enfants de la maison du maître, puisque cela se fait pour leur apprentissage. Et Chmuel : là-bas, quelle en est la raison ?

Parce que cela est impossible autrement. Ici aussi, cela est impossible autrement.

📜 Rachi (3)
ר' חֲנִינָא קְרָא שֶׁהָיָה בַּעַל מִקְרָא וְיוֹדְעָהּ בְּגִירְסָא וּבָקִי בִּטְעָמֶיהָ:
Il était maître du Mikra, le sachant par cœur et expert en ses teamim (signes de cantillation).
צַעַר גָּדוֹל הַרְבֵּה טָרַחְתִּי וְחָזַרְתִּי עָלָיו שֶׁיַּתִּיר לִי לִפְסֹוק הַפָּסוּק לִשְׁנַיִם לְצֹורֶךְ תִּינוֹקוֹת שֶׁלּוֹמְדִים לְפָנַי שֶׁאֵינָן יְכוֹלִין לִקְרֹוא פָּסוּק כֻּולּוֹ:
Je me suis donné beaucoup de peine et je suis revenu vers lui à plusieurs reprises pour qu'il me permette de couper le verset en deux pour les besoins des enfants qui étudient devant moi et qui ne peuvent pas lire un verset entier.
הָכִי נָמֵי לֹא אֶפְשָׁר גַּבֵּי ס"ת וּבְדִילּוּג אִי אֶפְשָׁר מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וְהַיּוֹצְאִין אִם שֵׁנִי דּוֹלֵג וּמַתְחִיל בַּפָּסוּק שֶׁסִּייֵּם בּוֹ הָרִאשׁוֹן בְּנֵי אָדָם הַנִּכְנָסִין שֶׁלֹּא שָׁמְעוּ קְרִיאַת הָרִאשׁוֹן סִבּוּרִין לוֹמַר שֶׁלֹּא קָרָא הָרִאשׁוֹן אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים וְנָפֵיק מִינֵּיהּ חֻורְבָּא וּכְשֶׁהָרִאשׁוֹן קוֹרֵא ג' פְּסוּקִים וְאֵינוֹ מְשַׁייֵּר אֶלָּא שְׁנַיִם אִיכָּא גְּזֵרַת יוֹצְאִין דְּסָבְרִי הַאי שֵׁנִי דְּסַגִּיא לֵיהּ בִּשְׁנֵי פְּסוּקִים:
Pour le sefer Torah : par la reprise, cela est impossible, à cause de ceux qui entrent et de ceux qui sortent. Si le second reprend et commence par le verset sur lequel le premier a fini, ceux qui entrent et n'ont pas entendu la lecture du premier penseront que le premier n'a lu que deux versets, et il en sortirait un dommage. Et quand le premier lit trois versets et n'en laisse que deux, il y a le décret à cause de ceux qui sortent, qui pensent que ce second s'est contenté de deux versets.
💡 Explication

L'objection vient d'un témoignage précis. Rabbi Hanina Kara, le maître de Mikra, a obtenu de Rabbi Hanina le Grand une permission étroite : couper un verset pour les enfants qui apprennent à lire.

Chmuel retourne le témoignage. La permission accordée aux enfants vient de l'impossibilité de faire autrement ; le même motif vaut ici, où cinq versets doivent se partager entre deux lecteurs.

13
וּשְׁמוּאֵל אָמַר פּוֹסֵק, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר דּוֹלֵג? גְּזֵירָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וּגְזֵרָה מִשּׁוּם הַיּוֹצְאִין.

Et Chmuel a dit : il coupe ; quelle raison lui fait ne pas dire qu'il reprend ? Un décret à cause de ceux qui entrent et un décret à cause de ceux qui sortent.

🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵרָה מִשּׁוּם הַנִּכְנָסִין וְהַיּוֹצְאִין. פִּי' שֶׁהַנִּכְנָסִין שֶׁלֹּא רָאוּ הָרִאשׁוֹנִים שֶׁקָּרָא ג' פְּסוּקִים וְיִרְאוּ הַשֵּׁנִי שֶׁקּוֹרֵא פָּסוּק אֶחָד מִלְמַעְלָה יֹאמְרוּ שֶׁהָרִאשׁוֹן לֹא קָרָא אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים וְהַיּוֹצְאִין כְּשֶׁהָרִאשׁוֹן קוֹרֵא שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִים וְאֵינוֹ מְשַׁיֵּיר אֶלָּא שְׁנֵי פְּסוּקִים אִיכָּא גְּזֵירַת יוֹצְאִין דְּסָבְרִי הַאי שֵׁנִי סַגִּיא לֵיהּ בִּשְׁנֵי פְּסוּקִים:
« Décret à cause de ceux qui entrent et de ceux qui sortent. » Explication : ceux qui entrent, n'ayant pas vu que le premier a lu trois versets, verront le second lire un verset pris plus haut et diront que le premier n'en a lu que deux. Et ceux qui sortent : quand le premier lit trois versets et n'en laisse que deux, il y a le décret à cause de ceux qui sortent, qui pensent que ce second s'est contenté de deux versets.
💡 Explication

Chmuel écarte le doleg par une gezera, un décret préventif fondé sur ce que croira un public qui n'a vu qu'une partie de la lecture.

Les deux figures sont symétriques : l'entrant juge le premier lecteur sur ce qu'il entend du second, le sortant juge le second sur ce qu'il a vu du premier. Dans les deux cas, la règle des trois versets paraîtrait violée.

🖼️ Schéma
Les deux décrets qui écartent le doleg Ceux qui entrent Ils arrivent après la lecture du premier. Ils entendent le second commencer par un verset déjà lu. Conclusion fausse : le premier n'aurait lu que deux versets. Ceux qui sortent Ils partent après la lecture du premier. Ils ont vu qu'il ne reste que deux versets pour le second. Conclusion fausse : le second se contenterait de deux versets. Dans les deux cas, le public retiendrait qu'on peut lire moins de trois versets.
Le doleg est écarté par le risque d'erreur du public, selon qu'il entre ou sort au milieu de la lecture.
14
מֵיתִיבִי: פָּרָשָׁה שֶׁל שִׁשָּׁה פְּסוּקִים — קוֹרִין אוֹתָהּ בִּשְׁנַיִם, וְשֶׁל חֲמִשָּׁה — בְּיָחִיד. וְאִם הָרִאשׁוֹן קוֹרֵא שְׁלֹשָׁה, הַשֵּׁנִי קוֹרֵא שְׁנַיִם מִפָּרָשָׁה זוֹ וְאֶחָד מִפָּרָשָׁה אַחֶרֶת. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: שְׁלֹשָׁה, לְפִי שֶׁאֵין מַתְחִילִין בַּפָּרָשָׁה פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִין.

On objecte : une parachah de six versets, on la lit à deux ; et celle de cinq, à un seul. Et si le premier en a lu trois, le second lit les deux versets de cette parachah et un d'une autre parachah.

Et certains disent : trois, parce qu'on ne commence pas une parachah pour moins de trois versets.

📜 Rachi (2)
מֵיתִיבִי פָּרָשָׁה שֶׁל שִׁשָּׁה פְּסוּקִים אַשְּׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה קָאֵי:
Cela se rapporte aux autres jours de l'année.
וְיֵשׁ אוֹמְרִים שְׁלֹשָׁה מִפָּרָשָׁה אַחֲרִיתִי:
D'une autre parachah.
💡 Explication

La braita traite du cas général d'une parachah courte. Elle prévoit que le second lecteur complète son compte en prenant des versets de la parachah suivante, sans recourir au doleg ni au possek.

L'avis de yech omrim, « certains disent », exige trois versets de la parachah suivante plutôt qu'un seul, en vertu de la règle selon laquelle on ne commence pas une parachah pour moins de trois versets.

15
לְמָאֵן דְּאָמַר דּוֹלֵג — לִידְלֹוג, וּלְמַאן דְּאָמַר פּוֹסֵק — לִיפְסֹוק! שָׁאנֵי הָתָם,

Pour celui qui dit qu'il reprend, qu'il reprenne ; et pour celui qui dit qu'il coupe, qu'il coupe ! Là-bas, c'est différent,

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן לְמַאן דְּאָמַר דּוֹלֵג לִידְלוֹג לָמֶ"ד פּוֹסֵק לִיפְסֹוק כְּלוֹמַר פָּרָשָׁה שֶׁל חֲמִשָּׁה פְּסוּקִין אַמַּאי קוֹרֵא שֵׁנִי שְׁלֹשָׁה פְּסוּקִין בְּפָרָשָׁה אַחֶרֶת לִידְלֹוג אוֹ לִיפְסֹוק:
Telle est notre version : « pour celui qui dit doleg, qu'il reprenne ; pour celui qui dit possek, qu'il coupe ». C'est-à-dire : dans une parachah de cinq versets, pourquoi le second lit-il trois versets d'une autre parachah ? Qu'il reprenne un verset, ou qu'il coupe !
💡 Explication

L'objection met la braita en face des deux maîtres. Si le doleg ou le possek résolvent le cas de « Berechit », ils devraient résoudre aussi celui de la parachah de cinq versets, ce qui dispenserait d'emprunter des versets à la parachah suivante.

La réponse s'amorce par « là-bas, c'est différent » et se poursuit au folio suivant : la distinction portera sur ce qui sépare le cas du maamad des lectures ordinaires.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).