Sougya : Le folio achève le récit du retour de Babylone : quatre familles de cohanim seulement sont remontées, on les a divisées en vingt-quatre michmarot par tirage dans une urne, et les prophètes ont stipulé que Yedaya garderait la première place même si Yehoyariv revenait. La guemara demande ensuite pourquoi les gens du maamad lisent le récit de la Création : Rav Assi répond par le dialogue d'Avraham et de Hachem sur le « par quoi saurai-je » de Berechit 15, où les sacrifices assurent la subsistance du monde, et la lecture de leur ordre en tient lieu quand le Temple ne tient plus debout.
Une braita détaille alors les quatre jeûnes du maamad, du lundi au jeudi, chacun accordé à l'œuvre du jour correspondant de la Création, et explique l'exemption du vendredi, du Chabbat et du dimanche, avec trois raisons pour ce dernier. La fin du folio ouvre une sougya de lecture publique : « Berechit » compte cinq versets pour deux lecteurs, et il faut trois versets par lecteur ; Rav répond par le doleg, Chmuel par le possek, et chacun doit rendre compte de son refus de la solution de l'autre.
et ils les divisèrent et les établirent au nombre de vingt-quatre ; ils les mélangèrent et les mirent dans une urne (kalpi). Yedaya vint et prit sa part et la part de ses compagnons : six.
Harim vint et prit sa part et la part de ses compagnons : six. Et de même Pachhour, et de même Immer.
Les michmarot sont les vingt-quatre équipes de cohanim qui se relaient au service du Temple, une semaine chacune. Du premier Temple, quatre familles seulement sont remontées de Babylone : pour retrouver le nombre ancien, on subdivise chacune en six et l'on écrit les noms sur des parchemins.
La kalpi est l'urne dont on tire les sorts. Le tirage fixe deux choses à la fois : quelles michmarot appartiennent à quelle famille, et dans quel ordre elles serviront au long de l'année.
Et ainsi les prophètes qui se trouvaient parmi eux posèrent cette condition : même si Yehoyariv, chef de michmar, remonte, il ne déplacera pas Yedaya de sa place. Yedaya demeure le principal, et Yehoyariv lui est adjoint.
Yehoyariv ouvrait la liste des vingt-quatre michmarot au premier Temple. Les prophètes de la génération du retour stipulent que le rang acquis par Yedaya au moment du retour tiendra, même si Yehoyariv revient plus tard.
Rachi précise la conséquence arithmétique : Yehoyariv, en revenant, prend la place d'un des michmarot issus de Yedaya, qui passe alors de six à cinq. Le total reste vingt-quatre.
« Et les Israélites de ce michmar se rassemblaient dans leurs villes et lisaient le récit de la Création. » D'où cela vient-il ? Rabbi Yaakov bar Aha a dit au nom de Rav Assi : sans les maamadot, le ciel et la terre ne subsisteraient pas, comme il est dit : « Il dit : Hachem D.ieu, par quoi saurai-je que je la posséderai ? »
Le maamad est la délégation d'Israélites qui accompagne le michmar des cohanim : une partie monte au Temple, le reste se rassemble dans les villes. La guemara demande la source de leur lecture du récit de la Création.
Rav Assi lie le service des sacrifices à la subsistance du monde. La lecture du récit de la Création par les gens du maamad marque ce lien : le monde créé tient par ce qui s'offre sur l'autel.
Avraham dit : Maître du monde ! Peut-être Israël péchera-t-il devant Toi : leur feras-Tu comme à la génération du déluge et comme à la génération de la dispersion ?
Il lui dit : Non. Il dit devant Lui : Maître du monde !
Fais-moi savoir par quoi je la posséderai. Il lui dit : « Prends pour Moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, etc. »
La guemara lit la question d'Avraham comme une inquiétude sur la durée : la possession du pays dépend de la conduite de ses descendants, et deux générations antérieures ont déjà été effacées.
La réponse vient sous forme d'ordre : prendre les animaux du brit ben habetarim. Ces animaux sont ceux des sacrifices, et la réponse tient donc dans le service de l'autel.
Il dit devant Lui : Maître du monde ! Cela va bien au temps où le Temple est debout ; au temps où le Temple n'est pas debout, qu'adviendra-t-il d'eux ?
Il lui dit : J'ai déjà institué pour eux l'ordre des sacrifices ; lorsqu'ils les lisent devant Moi, Je le leur compte comme s'ils les avaient offerts devant Moi, et Je leur pardonne toutes leurs fautes.
La question d'Avraham porte sur l'après : un moyen qui dépend du Temple disparaît avec lui. La réponse déplace le moyen vers la parole, par la lecture du seder korbanot, l'ordre des sacrifices.
Cette réponse fonde la pratique des gens du maamad, qui restent dans leurs villes et lisent, ainsi que l'usage ultérieur de réciter les passages des sacrifices dans la prière quotidienne.
Nos maîtres ont enseigné : les gens du michmar priaient sur le sacrifice de leurs frères, qu'il soit agréé avec faveur. Et les gens du maamad se rassemblaient à la synagogue et observaient quatre jeûnes : le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi.
Le lundi, pour ceux qui descendent en mer ; le mardi, pour ceux qui vont dans les déserts.
La braita sépare deux tâches. Les anchei michmar, les cohanim de service, prient pour l'agrément du tamid, le sacrifice quotidien. Les anchei maamad, les Israélites de la même semaine, jeûnent quatre jours à la synagogue.
Le principe des jeûnes se lit dans Rachi : chaque jour de la semaine correspond à une œuvre de la Création, et l'on prie ce jour-là sur ce qui dépend de cette œuvre. Le lundi sépare les eaux, d'où la prière pour les navigateurs ; le mardi fait apparaître la terre ferme, d'où la prière pour ceux qui traversent le désert.
Le mercredi, pour que l'askara (angine mortelle) ne tombe pas sur les petits enfants. Le jeudi, pour les femmes enceintes et pour celles qui allaitent : les enceintes, qu'elles n'avortent pas ; celles qui allaitent, qu'elles allaitent leurs enfants.
Et la veille de Chabbat ils ne jeûnaient pas, par égard pour le Chabbat ; à plus forte raison le Chabbat lui-même.
L'askara désigne une maladie de la gorge qui étouffe, redoutée chez les enfants. Rachi la rattache au quatrième jour par l'orthographe du verset : meorot, les luminaires, s'écrit sans vav et se lit alors comme meerot, les malédictions.
Le cinquième jour voit apparaître les êtres vivants, d'où la prière pour la grossesse et l'allaitement. Le vendredi est écarté par égard pour le Chabbat, qui demande des forces pour ses repas, et le Chabbat lui-même par un kal va-homer, raisonnement à plus forte raison.
Le dimanche, quelle est la raison de ne pas jeûner ? Rabbi Yo'hanan a dit : à cause des notsrim.
Rabbi Chmuel bar Nahmani a dit : parce que c'est le troisième jour depuis la formation de l'homme.
La guemara cherche pourquoi la série des jeûnes s'arrête à quatre jours. Le dimanche reçoit successivement trois explications, ici les deux premières.
Rabbi Yo'hanan invoque un motif extérieur, le jour chômé par les notsrim. Rabbi Chmuel bar Nahmani invoque un motif physique : l'homme ayant été formé le sixième jour, le dimanche est le troisième jour de cette formation, et le troisième jour est celui où la faiblesse se fait le plus sentir.
Rech Lakich a dit : à cause de la nechama yetera (âme supplémentaire). Car Rech Lakich a dit : une nechama yetera est donnée à l'homme la veille de Chabbat, et à l'issue du Chabbat on la lui retire, comme il est dit : « Il a chômé et s'est reposé (vayinafach) » : puisqu'il a chômé, vay, l'âme est perdue.
La nechama yetera est le supplément d'âme reçu pour le Chabbat. Rech Lakich l'appuie sur le mot vayinafach du verset, lu en notarikon, c'est-à-dire comme un mot décomposé en deux : vay nefech.
Le dimanche est donc le jour où ce supplément vient de partir, et l'homme s'y trouve diminué. Rachi ajoute que ce supplément se manifestait par l'appétit et l'aisance du Chabbat, ce qui rend la perte sensible.
« Le premier jour : Berechit et Yehi rakia. » Il a été enseigné : « Berechit » par deux, « Yehi rakia » par un. Passe encore « Yehi rakia » par un : ce sont trois versets.
Mais « Berechit » par deux, quelle en est la raison ? Ce sont cinq versets, et il a été enseigné : celui qui lit dans la Torah ne lira pas moins de trois versets !
La michna assignait à chaque jour du maamad des passages du récit de la Création. La braita précise combien de lecteurs montent pour chacun : deux pour « Berechit », un pour « Yehi rakia ».
La difficulté est arithmétique. « Yehi rakia » compte trois versets, ce qui convient exactement à un lecteur. « Berechit » en compte cinq, et deux lecteurs exigeraient six versets, puisque nul ne lit moins de trois.
Rav a dit : il reprend (doleg). Et Chmuel a dit : il coupe (possek).
Et Rav, qui dit qu'il reprend, quelle raison lui fait ne pas dire qu'il coupe ? Il tient que tout verset que Moche n'a pas coupé, nous ne le coupons pas.
Deux solutions au verset manquant. Le doleg fait reprendre au second lecteur le troisième verset, déjà lu par le premier : chacun lit alors trois versets, dont un en commun. Le possek coupe le troisième verset en deux moitiés, une pour chaque lecteur.
Rav écarte le possek par un principe de transmission : le découpage des versets remonte à Moche, et nul ne le refait. La guemara demandera ensuite à Chmuel pourquoi il écarte le doleg.
Et Chmuel a dit : il coupe. Or coupe-t-on ?
Mais Rabbi Hanina Kara a dit : j'ai eu grande peine auprès de Rabbi Hanina le Grand, et il ne m'a permis de couper que pour les enfants de la maison du maître, puisque cela se fait pour leur apprentissage. Et Chmuel : là-bas, quelle en est la raison ?
Parce que cela est impossible autrement. Ici aussi, cela est impossible autrement.
L'objection vient d'un témoignage précis. Rabbi Hanina Kara, le maître de Mikra, a obtenu de Rabbi Hanina le Grand une permission étroite : couper un verset pour les enfants qui apprennent à lire.
Chmuel retourne le témoignage. La permission accordée aux enfants vient de l'impossibilité de faire autrement ; le même motif vaut ici, où cinq versets doivent se partager entre deux lecteurs.
Et Chmuel a dit : il coupe ; quelle raison lui fait ne pas dire qu'il reprend ? Un décret à cause de ceux qui entrent et un décret à cause de ceux qui sortent.
Chmuel écarte le doleg par une gezera, un décret préventif fondé sur ce que croira un public qui n'a vu qu'une partie de la lecture.
Les deux figures sont symétriques : l'entrant juge le premier lecteur sur ce qu'il entend du second, le sortant juge le second sur ce qu'il a vu du premier. Dans les deux cas, la règle des trois versets paraîtrait violée.
On objecte : une parachah de six versets, on la lit à deux ; et celle de cinq, à un seul. Et si le premier en a lu trois, le second lit les deux versets de cette parachah et un d'une autre parachah.
Et certains disent : trois, parce qu'on ne commence pas une parachah pour moins de trois versets.
La braita traite du cas général d'une parachah courte. Elle prévoit que le second lecteur complète son compte en prenant des versets de la parachah suivante, sans recourir au doleg ni au possek.
L'avis de yech omrim, « certains disent », exige trois versets de la parachah suivante plutôt qu'un seul, en vertu de la règle selon laquelle on ne commence pas une parachah pour moins de trois versets.
Pour celui qui dit qu'il reprend, qu'il reprenne ; et pour celui qui dit qu'il coupe, qu'il coupe ! Là-bas, c'est différent,
L'objection met la braita en face des deux maîtres. Si le doleg ou le possek résolvent le cas de « Berechit », ils devraient résoudre aussi celui de la parachah de cinq versets, ce qui dispenserait d'emprunter des versets à la parachah suivante.
La réponse s'amorce par « là-bas, c'est différent » et se poursuit au folio suivant : la distinction portera sur ce qui sépare le cas du maamad des lectures ordinaires.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).