Taanit 28a — La lecture de la parasha du maamad, le korban etsim, et les familles qui ont bravé le décret

Taanit 28a

Sougya : Le folio commence par fermer la sougya de 27b : si la baraita d'une paracha de cinq versets n'a besoin ni du procédé de Rav ni de celui de Chmouel, c'est qu'elle dispose d'une marge, ce que le maamad du premier jour n'a pas. La Guemara demande ensuite comment découper la Michna sur la lecture du maamad : jusqu'à quelle prière lit-on dans le rouleau, à partir de quand par cœur ?

Une baraita tranche, et Rabbi Yossi corrige la manière de le faire. Vient la Michna du korban etsim : pourquoi il ne repousse que la néila alors que le moussaf repousse la minha, puis l'origine des neuf dates du bois et le serment des prophètes du retour.

Deux récits racontent comment, sous le décret qui fermait les routes de Jérusalem, des familles ont fait passer les bikourim sous des figues sèches et le bois sous la forme d'échelles. Le folio s'achève sur l'identité des familles Pahat Moav et Adin et sur la question de savoir quel tanna enseigne notre Michna.

La paracha du maamad : dans le rouleau ou par cœur ? La Michna : paracha grande à deux, à chaharit et à moussaf ; et à minha on lit par cœur, comme on récite le Chema. Première lecture Chaharit : dans le rouleau Moussaf : dans le rouleau Minha : par cœur Seconde lecture Chaharit : dans le rouleau Moussaf : par cœur Minha : par cœur La baraita tranche pour la première lecture À chaharit et à moussaf on entre à la synagogue et on lit comme toute l'année ; à minha seulement, par cœur. La correction de Rabbi Yossi Un particulier ne dit pas un texte écrit de mémoire devant le public : tous récitent ensemble, comme le Chema.
Les deux découpages possibles de la Michna, la baraita qui tranche, et la manière de lire par coeur.
Deux familles sous le décret : ce que cachait le chargement Le décret de la royauté impie Ni bois pour la maarakha, ni bikourim à Jérusalem. Des gardes (prozdaot) tiennent les routes, comme au temps de Yerovam. Les voleurs de pilon Ce qu'ils portent : des paniers de bikourim recouverts de figues sèches, un pilon sur l'épaule. Ce qu'ils disent : nous allons faire deux galettes de figues au mortier, là devant. Nom garde : bnei gonvei eli Les fils de Salmai le Netofati Ce qu'ils portent : leurs bûches montées en échelles, posées sur l'épaule. Ce qu'ils disent : nous allons prendre des pigeonneaux au colombier, là devant. Nom garde : Salmai, de soulam, échelle Une fois les gardes passés Les paniers sont dégagés et montent à Jérusalem ; les échelles sont démontées et deviennent du bois pour l'autel. Le souvenir du juste est en bénédiction — et le nom des impies pourrira.
Les deux stratagèmes qui ont sauvé les bikourim et le bois, et les deux noms de famille qui en sont restés.
Qui enseigne notre Michna ? Le problème des trois identifications Dans la Michna : 20 Tamouz, bnei David ben Yehouda. 20 Av, bnei Pahat Moav. 20 Eloul, bnei Adin. 1er Tevet, les bnei Paroch reviennent une seconde fois — la Michna sait donc dire quand une famille revient. Rabbi Meir Pahat Moav = David Il fallait donc lire au 20 Av : bnei David sont revenus une seconde fois. Rabbi Yehouda Adin = David Il fallait donc lire au 20 Eloul : bnei David sont revenus une seconde fois. Rabbi Yossi Pahat Moav = Adin = Yoav Il fallait donc lire au 20 Eloul : bnei Yoav sont revenus une seconde fois. Réponse : c'est bien Rabbi Yossi, mais deux tanaim rapportent son avis Chacun des deux n'identifie qu'une seule des deux familles à Yoav ; l'autre reste une famille distincte. Premier tanna Pahat Moav = Yoav ; Adin est une autre famille. Second tanna Adin = Yoav ; Pahat Moav est une autre famille.
Pourquoi la Michna ne colle à aucune des trois identifications, et comment le dédoublement de Rabbi Yossi la sauve.
1
דְּאִית לֵיהּ רַוְוחָא.

[Il en va autrement là-bas,] parce qu'il y a de la marge.

📜 Rachi (1)
דְּאִית לֵיהּ רַוְוחָא שֶׁיָּכוֹל לִקְרוֹת מִפָּרָשָׁה אַחֶרֶת אֲבָל הָכָא לֵית לֵיהּ רַווְחָא דְּהָא לָא מָצֵי לְמִיקְרֵי אֶלָּא בְּרֵאשִׁית וַיְהִי רָקִיעַ:
Il peut lire dans une autre paracha ; mais ici il n'y a pas de marge, puisqu'il ne peut lire que Berechit et Yehi rakia.
💡 Explication

Cette ligne ferme la sougya ouverte à la page précédente. Une baraita enseignait qu'une paracha de cinq versets se lit par un seul, et que si le premier en lit trois, le second lit les deux qui restent plus un verset de la paracha suivante. Cette baraita se passe donc du dolègue de Rav, ou le second lecteur reprend le dernier verset du premier, comme du possek de Chmouel, ou l'on coupe un verset en deux.

La réponse tient en un mot : rewaha, la marge. À la synagogue, le second lecteur a devant lui la suite du rouleau et peut y prendre le verset qui lui manque. Au maamad du premier jour, la lecture est bornée à Berechit et à Yehi rakia : il n'y a rien au-delà où aller chercher un verset, et il faut bien recourir à l'un des deux procédés.

🖼️ Schéma
Pourquoi la baraita n'a besoin ni du dolègue ni du possek À la synagogue : il y a de la marge Le premier lit trois versets, le second lit les deux qui restent et poursuit dans la suite. Au maamad : pas de marge La lecture du premier jour se limite à Berechit et Yehi rakia. Rien après. D'où la mahloket de la page précédente reste entière Rav : dolègue, le second reprend le dernier verset du premier. Chmouel : possek, on coupe le verset médian.
La marge disponible explique que la baraita n'ait recours à aucun des deux procédés.
2
פָּרָשָׁה גְּדוֹלָה קוֹרִין אוֹתָהּ בִּשְׁנַיִם בַּשַּׁחֲרִית וּבַמּוּסָף. וּבַמִּנְחָה קוֹרִין עַל פִּיהֶן כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: הֵיכִי קָאָמַר? בַּשַּׁחֲרִית וּבַמּוּסָף קוֹרִין אוֹתָהּ בַּסֵּפֶר, וּבַמִּנְחָה קוֹרִין אוֹתָהּ עַל פֶּה כְּקוֹרִין אֶת שְׁמַע, אוֹ דִלְמָא הָכִי קָתָנֵי: בַּשַּׁחֲרִית קוֹרִין אוֹתָהּ בַּסֵּפֶר, וּבַמּוּסָף וּבַמִּנְחָה קוֹרִין אוֹתָהּ עַל פֶּה כְּקוֹרִין אֶת שְׁמַע?

« Une grande paracha, on la lit à deux, à chaharit et à moussaf ; et à minha on la lit par cœur, etc. » On a posé la question : comment faut-il entendre [la Michna] ? À chaharit et à moussaf on la lit dans le rouleau, et à minha on la lit par cœur comme on récite le Chema ; ou bien enseigne-t-elle plutôt ceci : à chaharit on la lit dans le rouleau, et à moussaf comme à minha on la lit par cœur comme on récite le Chema ?

💡 Explication

Le maamad comporte trois lectures dans la journée : chaharit, moussaf, minha. La Michna dit que la grande paracha se lit à deux « à chaharit et à moussaf », puis que « à minha on lit par cœur ». La question porte sur le point où passe la coupure : la mention du moussaf appartient-elle à la première proposition, celle de la lecture dans le rouleau, ou faut-il l'attacher à la seconde, celle de la lecture de mémoire ?

L'enjeu est concret. Lire ba-sefer, dans le rouleau, suppose qu'on le sorte et qu'on réunisse la communauté ; lire al pe, par cœur, est une simple récitation. Selon la réponse, le moussaf du maamad est une lecture publique de la Torah ou un récitatif du même ordre que la minha.

3
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: בַּשַּׁחֲרִית וּבַמּוּסָף נִכְנָסִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְקוֹרִין כְּדֶרֶךְ שֶׁקּוֹרִין כָּל הַשָּׁנָה, וּבַמִּנְחָה יָחִיד קוֹרֵא אוֹתָהּ עַל פֶּה. אָמַר רַבִּי יוֹסֵי: וְכִי יָחִיד יָכוֹל לִקְרוֹת דִּבְרֵי תוֹרָה עַל פֶּה בְּצִיבּוּר? אֶלָּא כֻּולָּן נִכְנָסִין וְקוֹרִין אוֹתָהּ עַל פֶּה כְּקוֹרִין אֶת שְׁמַע.

Viens et écoute, car il a été enseigné dans une baraita : à chaharit et à moussaf, ils entrent à la synagogue et lisent comme on lit toute l'année ; et à minha, un particulier la lit par cœur. Rabbi Yossi a dit : un particulier peut-il donc dire des paroles de Torah par cœur devant le public ?

Plutôt, tous entrent et la lisent par cœur, comme on récite le Chema.

💡 Explication

La baraita répond à la question posée : elle range chaharit et moussaf du même côté, avec une lecture ordinaire dans le rouleau, et réserve à la seule minha la lecture de mémoire. La première des deux façons de lire la Michna est donc la bonne.

Rabbi Yossi corrige ensuite un détail interne à la baraita. Un texte écrit se dit dans le rouleau, selon la règle devarim chebikhtav i ata rachai leomran al pe : on n'a pas le droit de dire de mémoire, pour autrui, ce qui est écrit. Il déplace donc l'acte : tous récitent ensemble, chacun pour soi, et l'on retrouve exactement la situation du Chema, que chacun dit par cœur sans lire pour personne.

4
כָּל יוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ הַלֵּל אֵין בּוֹ מַעֲמָד כּוּ׳. מָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה? הַלָּלוּ דִבְרֵי תוֹרָה, וְהַלָּלוּ דִּבְרֵי סוֹפְרִים.

« Tout jour où il y a le Hallel n'a pas de maamad [à chaharit ; un korban moussaf, pas de maamad à minha ; un korban etsim, pas de maamad à néila,] etc. » Quelle différence y a-t-il entre ceci et cela ? Les uns sont paroles de Torah, et les autres paroles des sofrim.

📜 Rachi (2)
מָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה מַאי שְׁנָא דְּקָרְבָּן עֵצִים דָּחֵי מַעֲמָד דִּנְעִילָה וּמַעֲמָד דְּמִנְחָה לָא דָּחֵי:
En quoi le korban etsim diffère-t-il, pour repousser le maamad de la néila sans repousser celui de la minha ?
הַלָּלוּ דִבְרֵי תוֹרָה מִנְחָה כִּדְאָמְרִי' בִּבְרָכוֹת (דַּף כו.) יִצְחָק אָבִינוּ תִּיקֵּן תְּפִלַּת מִנְחָה שֶׁנֶּאֱמַר וַיֵּצֵא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה לִפְנוֹת עָרֶב וְדִנְעִילָה מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים. וּצְרִיכִין חִיזּוּק לָא גָּרְסִינַן הָכָא:
La minha, comme nous le disons dans Berakhot (26a) : Yitshak notre père a institué la prière de minha, ainsi qu'il est dit « Et Yitshak sortit méditer dans le champ vers le soir » ; et la néila relève des paroles des sofrim. On ne lit pas ici : « et elles demandent un renforcement ».
🗂️ Tossefot (2)
מָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה. כְּלוֹמַר מָה הֶפְרֵשׁ בֵּין קָרְבַּן מוּסָף לְקָרְבַּן עֵצִים דְּקָרְבָּן מוּסָף דּוֹחֶה מִנְחָה וְקָרְבַּן עֵצִים לָא דָּחֵי מִנְחָה:
C'est-à-dire : quelle différence y a-t-il entre le korban moussaf et le korban etsim, puisque le korban moussaf repousse la minha et que le korban etsim ne repousse pas la minha ?
הַלָּלוּ דִבְרֵי תוֹרָה. מוּסָף וּלְהָכִי קָדָחֵי מִנְחָה דְּהָוֵי מִדִּבְרֵי תּוֹרָה אֲבָל קָרְבַּן עֵצִים דְּהָוֵי מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְהִלְכָּךְ לָא דָּחֲיָא אֶלָּא נְעִילָה דְּהָוְיָא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים אֲבָל לָא דָּחֲיָא מִנְחָה דְּהָוְיָא מִדִּבְרֵי תּוֹרָה:
Le moussaf : il repousse la minha parce qu'il relève des paroles de la Torah. Mais le korban etsim, qui relève des paroles des sofrim, ne repousse donc que la néila, qui relève des paroles des sofrim, sans repousser la minha, qui relève des paroles de la Torah.
💡 Explication

La Michna gradue les jours où l'on retranche un maamad. Le Hallel supprime celui de chaharit, le korban moussaf celui de la minha, le korban etsim celui de la néila. La Guemara demande la raison de cette dernière différence : pourquoi le bois se contente-t-il de la néila alors que le moussaf va jusqu'à la minha ?

La réponse pose deux niveaux, divrei Torah et divrei sofrim, et les fait correspondre. Rachi rapporte les deux termes aux prières : la minha a un ancrage dans la Torah, puisque Yitshak l'a instituée à partir d'un verset, tandis que la néila relève des Sages. Tossefot rapporte les deux termes aux offrandes : le moussaf est une obligation de la Torah, le korban etsim une institution des Sages.

Les deux lectures aboutissent au même classement : une cause de rang rabbinique repousse une prière de rang rabbinique, une cause de rang toraique repousse une prière ancrée dans la Torah. Rachi note au passage qu'il ne faut pas lire ici la formule « et elles demandent un renforcement », qui figure dans certaines versions.

🖼️ Schéma
Deux niveaux mis en correspondance : la cause et la prière repoussée Korban moussaf — paroles de Torah Il repousse le maamad de la minha, prière ancrée dans la Torah. Korban etsim — paroles des sofrim Il repousse le maamad de la néila, prière instituée par les Sages. Rachi Les deux niveaux désignent les prières. Minha : Yitshak l'a instituée, d'après un verset. Neila : paroles des sofrim. Version à écarter : et elles demandent un renforcement. Tossefot Les deux niveaux désignent les offrandes. Moussaf : obligation de la Torah. Korban etsim : institution des Sages. Même résultat pratique dans les deux lectures.
La graduation de la Michna, et les deux façons de rapporter les mots divrei Torah et divrei sofrim.
5
זְמַן עֲצֵי כֹהֲנִים וְהָעָם כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: לָמָּה הֻוצְרְכוּ לוֹמַר זְמַן עֲצֵי כֹהֲנִים וְהָעָם? אָמְרוּ: כְּשֶׁעָלוּ בְּנֵי הַגּוֹלָה לֹא מָצְאוּ עֵצִים בַּלִּשְׁכָּה, וְעָמְדוּ אֵלּוּ וְהִתְנַדְּבוּ מִשֶּׁלָּהֶם.

« Le temps du bois des cohanim et du peuple, etc. » Nos maîtres ont enseigné : pourquoi a-t-il fallu énoncer le temps du bois des cohanim et du peuple ? Ils ont dit : quand les fils de l'exil sont montés, ils n'ont pas trouvé de bois dans la chambre, et ceux-ci se sont levés et en ont fait don du leur.

📜 Rachi (1)
עָמְדוּ אֵלּוּ זְמַן דְּקָתָנֵי בְּמָתְנֵי' אַהָכִי הֻוצְרְכוּ לִמְנוֹת מִשּׁוּם הַהִיא תַּקָּנָה דַּעֲבוּד לְהוּ הָנָךְ נְבִיאִים כִּי הֵיכִי דְּלָא לִידְחִינְהוּ מֵאַתְרַיְיהוּ:
Le temps qu'enseigne la Michna : s'il a fallu en dresser la liste, c'est à cause de l'institution que ces prophètes ont établie pour eux, afin qu'on ne les évince pas de leur place.
💡 Explication

La Michna donne neuf dates où telle ou telle famille apporte le bois de l'autel. La question de la baraita porte sur l'utilité de cette liste : pourquoi fixer par écrit le jour de chaque famille ?

La réponse est historique. Au retour de Babylonie, la lichka, la chambre du bois du Temple, était vide, et ces familles ont fourni le bois sur leurs propres réserves. La liste consacre leur privilège. Rachi le dit clairement : elle existe pour qu'on ne puisse pas les déloger de leur date une fois que le Temple ne manquerait plus de bois.

6
וְכָךְ הִתְנוּ נְבִיאִים שֶׁבֵּינֵיהֶן: שֶׁאֲפִילּוּ לִשְׁכָּה מְלֵאָה עֵצִים יִהְיוּ אֵלּוּ מִתְנַדְּבִין מִשֶּׁלָּהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהַגּוֹרָלוֹת הִפַּלְנוּ עַל קֻרְבַּן הָעֵצִים הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם וְהָעָם לְהָבִיא לְבֵית אֱ-לֹהֵינוּ לְבֵית אֲבֹותֵינוּ לְעִתִּים מְזֻמָּנִים שָׁנָה בְשָׁנָה לְבַעֵר עַל מִזְבַּח ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ כַּכָּתוּב בַּתּוֹרָה״.

Et voici ce qu'ont stipulé les prophètes qui se trouvaient parmi eux : même si la chambre est pleine de bois, ceux-ci feront don du leur, ainsi qu'il est dit : « Et nous avons tiré les sorts, les cohanim, les leviim et le peuple, pour l'offrande du bois, afin de l'apporter à la maison de notre D.ieu, selon nos maisons paternelles, aux temps fixés, année après année, pour brûler sur l'autel de Hachem notre D.ieu, comme il est écrit dans la Torah. »

💡 Explication

Le don de ces familles aurait pu s'éteindre avec la pénurie qui l'avait rendu nécessaire. Les prophètes du retour lui donnent au contraire un statut permanent : la date reste due même quand le Temple regorge de bois.

Le verset de Nehemie (10, 35) sert d'appui. Il mentionne le tirage au sort, les trois groupes, les maisons paternelles et surtout les temps fixés, année après année : le bois y est déjà une obligation calendaire attachée à des familles, et pas seulement un dépannage.

🖼️ Schéma
Du dépannage à l'institution Au retour de l'exil La chambre du bois est vide. Réponse immédiate Neuf familles donnent leur propre bois. Stipulation des prophètes : c'est pour toujours. Le contenu de la stipulation Même chambre pleine, ces familles apportent du leur a leur date. Appui : Nehemie 10, 35 — les sorts, les maisons paternelles, et des temps fixés année après année.
Le passage d'un don de circonstance à une date fixe protégée par les prophètes.
7
וְעִמָּהֶם כֹּהֲנִים וּלְוִיִּם וְכָל מִי כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מֶה הָיוּ בְּנֵי גּוֹנְבֵי עֱלִי וּבְנֵי קוֹצְעֵי קְצִיעוֹת?

« Et avec eux des cohanim, des leviim et tous ceux [qui s'étaient trompés sur leur tribu], etc. » Nos maîtres ont enseigné : qu'étaient les fils des voleurs de pilon et les fils de ceux qui découpaient les figues sèches ?

💡 Explication

La Michna, en énumérant ceux qui accompagnaient les fils de Zatou le quinze Av, cite deux groupes désignés par des surnoms opaques : les bnei gonvei eli, les fils des voleurs de pilon, et les bnei kotsei ketsiot, les fils de ceux qui découpaient les figues sèches.

La question de la baraita est une question de nom : d'où viennent ces appellations ? La réponse sera un récit, et l'on verra que les deux surnoms désignent en réalité un seul et même épisode, où le pilon et les figues servaient à masquer un chargement de bikourim.

8
אָמְרוּ: פַּעַם אַחַת גָּזְרָה מַלְכוּת הָרְשָׁעָה שְׁמָד עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא יָבִיאוּ עֵצִים לַמַּעֲרָכָה, וְשֶׁלֹּא יָבִיאוּ בִּכּוּרִים לִירוּשָׁלַיִם, וְהוֹשִׁיבוּ פְּרוֹזְדָאוֹת עַל הַדְּרָכִים כְּדֶרֶךְ שֶׁהוֹשִׁיב יָרָבְעָם בֶּן נְבָט, שֶׁלֹּא יַעֲלוּ יִשְׂרָאֵל לָרֶגֶל.

Ils ont dit : une fois, la royauté impie a décrété contre Israël un décret d'apostasie (chemad) : qu'on n'apporte pas de bois pour la maarakha et qu'on n'apporte pas de bikourim à Jérusalem. Et ils ont placé des gardes (prozdaot) sur les routes, à la manière dont Yerovam ben Nevat en avait placé, pour qu'Israël ne monte pas au pèlerinage.

📜 Rachi (2)
בִּכּוּרִים אָדָם נִכְנָס לְתוֹךְ שָׂדֵהוּ וְרוֹאֶה אֶשְׁכּוֹל שֶׁבִּיכֵּר תְּאֵנָה שֶׁבִּיכְּרָה קוֹשֵׁר עָלֶיהָ גֶּמִי וְעוֹשֶׂה אוֹתָהּ בִּכּוּרִים:
Un homme entre dans son champ, voit une grappe arrivée à maturité, une figue arrivée à maturité : il noue autour un brin de jonc et en fait des bikourim.
פְּרוֹזְדָאוֹת שׁוֹמְרִים:
Des gardes.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּדֶרֶךְ שֶׁהוֹשִׁיב יָרָבְעָם בֶּן נְבָט. הֻוצְרַךְ לְהָבִיא דִּמְיוֹן לְדָבָר זֶה לְלַמֶּדְךָ מְהָרְסַיִךְ וּמַחֲרִבַיִךְ מִמֵּךְ יֵצֵאוּ (יְשַׁעְיָהוּ מט, יז) , כִּי לוּלֵי שֶׁקָּדַם יָרָבְעָם שֶׁהָיָה מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת דָּבָר רַע כָּזֶה לֹא הָיוּ מַלְכֵי הָאֻומּוֹת יְכוֹלִין לִגְזֹור גְּזֵירוֹת בְּבִיטּוּל הַמִּצְוֹת. עַל כֵּן אַל תִּתְמַהּ לָמָּה לֹא הַגִּין זְכוּת הַמִּצְוָה שֶׁלֹּא יִגְזְרוּ דָּבָר עַל בִּיטּוּלָהּ?
« À la manière dont Yerovam ben Nevat en avait placé. » Il a fallu apporter ici une comparaison pour t'enseigner : « ceux qui te détruisent et ceux qui te ruinent sortiront de toi » (Yechaya 49, 17). Car si Yerovam, qui était roi d'Israël, n'avait pas commencé par commettre une chose aussi mauvaise, les rois des nations n'auraient pas eu le pouvoir de décréter des décrets annulant les mitsvot. Cesse donc de t'étonner que le mérite de la mitsva n'ait pas protégé contre un décret visant à l'annuler.
💡 Explication

Le décret vise deux montées à Jérusalem : le bois de la maarakha, le bûcher de l'autel, et les bikourim, les premiers fruits. Il ne se contente pas d'un interdit : des gardes tiennent les routes, ce qui rend la fraude nécessaire.

La comparaison avec Yerovam est précise. Lui aussi avait posté des hommes sur les routes pour empêcher les montées à Jérusalem, afin que le peuple du royaume du nord ne revienne pas vers la maison de David. Le Ben Yehoyada s'arrête sur ce rapprochement : la Guemara le pose pour indiquer d'où vient le pouvoir de nuire d'un décret étranger.

9
מֶה עָשׂוּ כְּשֵׁרִין וְיִרְאֵי חֵטְא שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר? הֵבִיאוּ סַלֵּי בִּכּוּרִים וְחִיפּוּם בִּקְצִיעוֹת וּנְטָלוּם, וְעָלַי עַל כִּתְפֵיהֶן. וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעוּ אֵצֶל פְּרוֹזְדָאוֹת, אָמְרוּ לָהֶם: לְהֵיכָן אַתֶּם הוֹלְכִין? אוֹמְרִין לָהֶם: לַעֲשׂוֹת שְׁנֵי עִגּוּלֵי דְבֵילָה בַּמַּכְתֶּשֶׁת שֶׁלְּפָנֵינוּ, וּבַעֲלֵי שֶׁעַל כְּתֵפֵינוּ. כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ מֵהֶן — עִיטְּרוּם בַּסַּלִּים, וֶהֱבִיאוּם לִירוּשָׁלַיִם.

Qu'ont fait les hommes intègres et craignant la faute de cette génération-là ? Ils ont apporté des paniers de bikourim, les ont recouverts de figues sèches et les ont pris, avec un pilon sur leurs épaules.

Une fois arrivés auprès des gardes, ceux-ci leur ont dit : où allez-vous ? Ils leur disent : faire deux galettes de figues pressées dans le mortier qui se trouve devant nous, avec le pilon qui est sur nos épaules.

Une fois qu'ils les eurent dépassés, ils les ornèrent avec les paniers et les apportèrent à Jérusalem.

📜 Rachi (3)
בִּקְצִיעוֹת תְּאֵנִים יְבֵשִׁים כּוֹתְשִׁין אוֹתָן וְעוֹשִׂין מֵהֶן עֲגֻולִּין:
Des figues sèches : on les pile et on en fait des galettes rondes.
ה"ג וְהָעֱלִי עַל כִּתְפֵיהֶן (בּוּכְיָא):
Telle est la leçon à retenir : « et le pilon sur leurs épaules » — (bokhya, le pilon en langue vernaculaire).
בְּמַכְתֶּשֶׁת שֶׁלְּפָנֵינוּ שֶׁהוּא בְּמָקוֹם אַחֵר לִפְנֵי בְּסָמוּךְ וְזֶהוּ גּוֹנְבֵי עָלַי עַל שֵׁם שֶׁמִּתְגַּנְּבִין מִן הַפְּרוֹזְדָאוֹת עַל עִסְקֵי עָלַי:
Qui se trouve ailleurs, un peu plus loin devant nous. Et voilà les gonvei eli, les voleurs de pilon : ils sont ainsi nommés parce qu'ils se dérobaient aux gardes à la faveur d'un pilon.
💡 Explication

Le stratagème repose sur une scène ordinaire. Un homme qui porte un pilon vers un mortier voisin pour y piler des figues n'attire aucun soupçon ; les figues sèches versées par-dessus les paniers achèvent le tableau. Les deux surnoms de la Michna viennent de là : le pilon d'un côté, les figues de l'autre.

Une fois la ligne de gardes franchie, la marchandise reprend sa forme : les paniers, qui servaient de fond dissimulé, redeviennent la parure des bikourim, que l'on montait à Jérusalem avec apparat. Le mot iterum, ils les ornèrent, marque ce retour à la présentation normale de l'offrande.

10
תְּנָא: הֵן הֵן בְּנֵי סַלְמַאי הַנְּתוֹפָתִי. תָּנוּ רַבָּנַן: מָה הֵן בְּנֵי סַלְמַאי הַנְּתוֹפָתִי? אָמְרוּ: פַּעַם אַחַת גָּזְרָה מַלְכוּת הָרְשָׁעָה שְׁמָד עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא יָבִיאוּ עֵצִים לַמַּעֲרָכָה, וְהוֹשִׁיבוּ פְּרוֹזְדָאוֹת עַל הַדְּרָכִים כְּדֶרֶךְ שֶׁהוֹשִׁיב יָרָבְעָם בֶּן נְבָט עַל הַדְּרָכִים, שֶׁלֹּא יַעֲלוּ יִשְׂרָאֵל לָרֶגֶל.

On a enseigné : ce sont eux, les fils de Salmai le Netofati. Nos maîtres ont enseigné : que sont les fils de Salmai le Netofati ?

Ils ont dit : une fois, la royauté impie a décrété contre Israël un décret d'apostasie : qu'on n'apporte pas de bois pour la maarakha. Et ils ont placé des gardes sur les routes, à la manière dont Yerovam ben Nevat en avait placé sur les routes, pour qu'Israël ne monte pas au pèlerinage.

📜 Rachi (1)
הֵן הֵן בְּנֵי סַלְמַאי הַנְּתוֹפָתִי כְּעֵין מַעֲשֶׂה זֶה עָשׂוּ:
Ils ont accompli quelque chose du même genre que ce récit.
💡 Explication

Le second récit répond à la même question de nom, pour une autre famille de la Michna. Le décret est ici plus restreint : il porte sur le bois de la maarakha, sans mention des bikourim.

Rachi souligne le lien entre les deux récits : la formule « ce sont eux » signale que les fils de Salmai ont agi selon le même principe, en faisant passer l'objet interdit sous l'apparence d'un usage banal.

11
מֶה עָשׂוּ יִרְאֵי חֵטְא שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר? הֵבִיאוּ גְּזִירֵיהֶן וְעָשׂוּ סֻולָּמוֹת, וְהִנִּיחוּ עַל כִּתְפֵיהֶם וְהָלְכוּ לָהֶם. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעוּ אֶצְלָן, אָמְרוּ לָהֶם: לְהֵיכָן אַתֶּם הוֹלְכִין? אָמְרוּ לָהֶם: לְהָבִיא גּוֹזָלוֹת מִשּׁוֹבָךְ שֶׁלְּפָנֵינוּ וּבַסֻּולָּמוֹת שֶׁעַל כְּתֵפֵינוּ. כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ מֵהֶן פֵּירְקוּם וֶהֱבִיאוּם וְהֶעֱלוּם לִירוּשָׁלַיִם.

Qu'ont fait les hommes craignant la faute de cette génération-là ? Ils ont apporté leurs bûches et en ont fait des échelles, les ont posées sur leurs épaules et sont partis.

Une fois arrivés auprès d'eux, ceux-ci leur ont dit : où allez-vous ? Ils leur ont dit : prendre des pigeonneaux dans le colombier qui se trouve devant nous, avec les échelles qui sont sur nos épaules.

Une fois qu'ils les eurent dépassés, ils les démontèrent, les apportèrent et les montèrent à Jérusalem.

💡 Explication

Le procédé est le même que dans le premier récit, avec un déplacement : le bois lui-même prend une forme licite. Assemblées en échelles, les bûches deviennent l'outil de celui qui va chercher des pigeonneaux au colombier, et le garde laisse passer.

Le nom de la famille en garde la trace : Salmaï renvoie à soulam, l'échelle. Une fois les gardes passés, on démonte l'échelle et l'on retrouve les bûches destinées à l'autel.

12
וַעֲלֵיהֶם וְעַל כַּיּוֹצֵא בָּהֶם הוּא אוֹמֵר: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, וְעַל יָרָבְעָם בֶּן נְבָט וַחֲבֵרָיו נֶאֱמַר: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״.

Et d'eux et de leurs semblables il est dit : « Le souvenir du juste est en bénédiction » ; et de Yerovam ben Nevat et de ses compagnons il est dit : « Et le nom des impies pourrira. »

💡 Explication

Le verset de Michlei (10, 7) contient les deux moitiés que la Guemara distribue ici. La première revient à ces familles, dont le nom est fixé dans la Michna avec leur date ; la seconde revient à Yerovam, dont l'initiative de bloquer les routes a fourni le modèle du décret.

La conclusion referme le passage sur la question de départ, celle des surnoms : ces noms étranges conservés par la Michna sont précisément le zekher, le souvenir en bénédiction que le verset promet.

13
בְּעֶשְׂרִים בּוֹ בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב בֶּן יְהוּדָה. תַּנָּא: בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב בֶּן יְהוּדָה — הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הֵן הֵן בְּנֵי יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה.

« Le vingt de ce mois, les fils de Pahat Moav ben Yehouda. » On a enseigné : les fils de Pahat Moav ben Yehouda, ce sont les fils de David ben Yehouda — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : ce sont les fils de Yoav ben Tserouya.

📜 Rachi (2)
הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל וְאַהָכִי קָרוּ לֵיהּ פַּחַת מוֹאָב שֶׁבָּא מֵרוּת הַמּוֹאֲבִיָּה:
David roi d'Israël ; et on l'appelle Pahat Moav parce qu'il descend de Ruth la Moabite.
יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה שֶׁבָּא מֵרוּת הַמּוֹאֲבִיָּה כִּי צְרוּיָה אִם יוֹאָב אֲחוֹת דָּוִד הָיְתָה שֶׁנֶּאֱמַר (דִּבְרֵי הַיָּמִים א ב׳:ט״ז) וְאַחְיוֹתֵיהֶם צְרוּיָה וַאֲבִיגַיִל:
Qui descend lui aussi de Ruth la Moabite, car Tserouya, mère de Yoav, était la sœur de David, ainsi qu'il est dit (Divrei Hayamim I, 2, 16) : « et leurs sœurs, Tserouya et Avigail ».
🗂️ Tossefot (2)
בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב וְכוּ' הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד. וּלְכָךְ נִקְרְאוּ בְּנֵי פַּחַת שֶׁבָּאוּ מֵרוּת הַמּוֹאֲבִיָּה:
Et c'est pourquoi ils sont appelés fils de Pahat, parce qu'ils descendent de Ruth la Moabite.
הֵן הֵן בְּנֵי יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה. פֵּירוּשׁ דִּצְרוּיָה הָיְתָה אֲחוֹת דָּוִד כְּדִכְתִיב (דִּבְרֵי הַיָּמִים א ב׳:ט״ז) וְאַחְיוֹתֵיהֶם צְרוּיָה וְהֵם בָּאִים מִזֶּרַע רוּת הַמּוֹאֲבִיָּה:
C'est-à-dire que Tserouya était la sœur de David, comme il est écrit (Divrei Hayamim I, 2, 16) : « et leurs sœurs, Tserouya » ; et ils descendent donc eux aussi de la lignée de Ruth la Moabite.
💡 Explication

La Michna appelle une famille Pahat Moav ben Yehouda. Le nom intrigue : une famille de la tribu de Yehouda porte l'étiquette de Moav. Les deux réponses passent par Ruth la Moabite, arrière-grand-mère de David.

Pour Rabbi Meir, il s'agit de la maison de David elle-même. Pour Rabbi Yossi, il s'agit de la maison de Yoav, qui remonte à la même souche par un autre chemin : Tserouya, mère de Yoav, était la sœur de David, donc descendante de Ruth. Cette identification aura une conséquence plus loin, quand la Guemara comparera la liste des dates.

14
בְּעֶשְׂרִים בֶּאֱלוּל בְּנֵי עָדִין בֶּן יְהוּדָה וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: בְּנֵי עָדִין בֶּן יְהוּדָה — הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: הֵן הֵן בְּנֵי יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה.

« Le vingt d'Eloul, les fils de Adin ben Yehouda, etc. » Nos maîtres ont enseigné : les fils de Adin ben Yehouda, ce sont les fils de David ben Yehouda — paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : ce sont les fils de Yoav ben Tserouya.

📜 Rachi (2)
בְּנֵי עָדִין הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד לְהָכִי קָרֵי לֵיהּ בְּסֵפֶר שְׁמוּאֵל (ב כג) עֲדִינוֹ הָעֶצְנִי שֶׁבְּשָׁעָה שֶׁעוֹסֵק בַּתּוֹרָה מְעַדֵּן עַצְמוֹ כְּתוֹלַעַת וּכְשֶׁיּוֹצֵא לַמִּלְחָמָה מִתְקַשֶּׁה כְּעֵץ:
C'est pour cela qu'il est appelé dans le livre de Chmouel (II, 23) « Adino haEtsni » : lorsqu'il s'occupait de Torah, il s'adoucissait comme un ver, et lorsqu'il sortait à la guerre, il se durcissait comme du bois.
הֵן הֵן בְּנֵי יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה פְּלֻוגְתָּא הִיא (בְּמַס' חֲגִיגָה) חַד אָמַר עֲדִינוֹ הָעֶצְנִי זֶה דָּוִד וְחַד אָמַר זֶה יוֹאָב:
C'est une mahloket (dans le traité Haguiga) : l'un dit que Adino haEtsni, c'est David, et l'autre dit que c'est Yoav.
💡 Explication

Même opération sur un second nom de la liste : Adin ben Yehouda. Rabbi Yehouda y voit la maison de David, Rabbi Yossi la maison de Yoav.

Rachi rattache le nom au surnom « Adino haEtsni » du livre de Chmouel, lu comme un jeu sur deux racines : adin, la douceur, et ets, le bois. Il signale aussi que la question de savoir à qui ce surnom se rapporte fait déjà l'objet d'une mahloket ailleurs, ce qui explique le désaccord répété ici.

15
בְּאֶחָד בְּטֵבֵת שָׁבוּ בְּנֵי פַרְעוֹשׁ שְׁנִיָּה כּוּ׳. מַנִּי מַתְנִיתִין? לֹא רַבִּי מֵאִיר, וְלֹא רַבִּי יְהוּדָה, וְלֹא רַבִּי יוֹסִי. אִי רַבִּי מֵאִיר, לִיתְנֵי: שָׁבוּ בְּנֵי דָּוִד בֶּן יְהוּדָה שְׁנִיָּה!

« Le premier de Tevet, les fils de Paroch sont revenus une seconde fois, etc. » De qui est notre Michna ? Ni de Rabbi Meir, ni de Rabbi Yehouda, ni de Rabbi Yossi.

Si c'est Rabbi Meir, qu'elle enseigne : les fils de David ben Yehouda sont revenus une seconde fois !

📜 Rachi (1)
לִיתְנֵי שָׁבוּ בְּנֵי דָוִד שְׁנִיָּה דְּהָא קָאָמַר ר' מֵאִיר פַּחַת מוֹאָב הַיְינוּ דָּוִד:
Puisque Rabbi Meir dit que Pahat Moav, c'est David.
🗂️ Tossefot (1)
אִי ר"מ. דְּקָאָמַר בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב בֶּן יְהוּדָה הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה לִיתְנֵי בְּמַתְנִיתִין כִּי קָאָמַר בְּעֶשְׂרִים כו' בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב בֶּן יְהוּדָה הָיָה ה"ל לְמִיתְנֵי בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה שֶׁבּוֹ שְׁנִיָּה כְּמוֹ שֶׁאוֹמֵר שָׁבוּ בְּנֵי פַרְעוֹשׁ שְׁנִיָּה אִי ר' יְהוּדָה דְּקָאָמַר בְּנֵי עָדִין בֶּן יְהוּדָה הֵן הֵן בְּנֵי דָוִד בֶּן יְהוּדָה לִיתְנֵי שָׁבוּ בְּנֵי דָּוִד בֶּן יְהוּדָה שְׁנִיָּה אִי ר' יוֹסֵי לִיתְנֵי שָׁבוּ בְּנֵי יוֹאָב שְׁנִיָּה וּמְשַׁנֵּי תְּרֵי תַּנָּאֵי וְאַלִּיבָּא דְּר' יוֹסֵי וְקַשְׁיָא אַמַּאי לָא מוּקֵי אַלִּיבָּא דר"מ וּתְרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דר"מ שֶׁהֲרֵי טְפֵי יֵשׁ לָן לְאוֹקְמָא כר"מ דִּסְתָמָא דְּמַתְנִי' כְּר' מֵאִיר וְנִרְאֶה לִי דִּלְהָכִי מוֹקֵי לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי מִשּׁוּם דְּרַבִּי יוֹסֵי נִימּוּקוֹ עִמּוֹ וּמִסְתַּבְּרָא כְּוָותֵיהּ בְּכָל מָקוֹם וַאֲפִילּוּ מֵחֲבֵירָיו:
Si c'est Rabbi Meir, qui dit que les fils de Pahat Moav ben Yehouda sont les fils de David ben Yehouda, la Michna aurait dû enseigner, la où elle dit « le vingt, etc., les fils de Pahat Moav ben Yehouda » : les fils de David ben Yehouda sont revenus une seconde fois, comme elle dit « les fils de Paroch sont revenus une seconde fois ». Si c'est Rabbi Yehouda, qui dit que les fils de Adin ben Yehouda sont les fils de David ben Yehouda, qu'elle enseigne : les fils de David ben Yehouda sont revenus une seconde fois. Si c'est Rabbi Yossi, qu'elle enseigne : les fils de Yoav sont revenus une seconde fois. Et la Guemara répond : deux tanaim selon l'avis de Rabbi Yossi. Il y a là une difficulté : pourquoi n'établit-elle pas la Michna selon Rabbi Meir, avec deux tanaim selon Rabbi Meir ? Car nous aurions plutôt dû l'établir comme Rabbi Meir, une Michna anonyme suivant Rabbi Meir. Il me semble qu'elle l'établit comme Rabbi Yossi parce que Rabbi Yossi a sa raison avec lui (nimouko imo) et que son avis est le plus fondé en tout endroit, même contre ses collègues.
💡 Explication

La Michna sait signaler qu'une famille revient : au premier de Tevet, elle écrit que les fils de Paroch « sont revenus une seconde fois », parce qu'ils avaient déjà apporté le bois le cinq Av. Ce vocabulaire devient un instrument de contrôle.

Or la liste mentionne les fils de David ben Yehouda au vingt Tamouz. Pour Rabbi Meir, qui identifie Pahat Moav à David, la Michna aurait donc dû écrire au vingt Av que les fils de David reviennent une seconde fois. Elle ne le fait pas, et la même objection va valoir contre les deux autres avis.

Tossefot pose la question inverse : puisqu'une Michna anonyme suit d'ordinaire Rabbi Meir, pourquoi la Guemara dédouble-t-elle Rabbi Yossi plutôt que Rabbi Meir ? La réponse tient à la règle « Rabbi Yossi a sa raison avec lui » : son avis est retenu, et c'est celui que la Guemara cherche à préserver.

🖼️ Schéma
Le test employé par la Guemara : la formule sont revenus une seconde fois Cas de référence : les fils de Paroch 5 Av, première fois. 1er Tevet, la Michna écrit expressément : ils sont revenus une seconde fois. Règle tirée de la Quand une même famille revient, la Michna le dit. Son silence signifie donc une famille nouvelle. Conséquence Toute identification qui ferait de Pahat Moav ou de Adin une famille déjà citée bute sur ce silence.
La formule employée pour les fils de Paroch sert de critère à toute la discussion qui suit.
16
אִי רַבִּי יְהוּדָה, לִיתְנֵי: שָׁבוּ בְּנֵי דָּוִד בֶּן יְהוּדָה שְׁנִיָּה! אִי רַבִּי יוֹסֵי, לִיתְנֵי: שָׁבוּ בְּנֵי יוֹאָב בֶּן צְרוּיָה שְׁנִיָּה!

Si c'est Rabbi Yehouda, qu'elle enseigne : les fils de David ben Yehouda sont revenus une seconde fois ! Si c'est Rabbi Yossi, qu'elle enseigne : les fils de Yoav ben Tserouya sont revenus une seconde fois !

📜 Rachi (2)
וְלֵר' יְהוּדָה בְּנֵי עָדִין הַייְנוּ דָּוִד וּבְמַתְנִיתִין קָתָנֵי בְּהֶדְיָא בְּנֵי דָּוִד וַהֲדַר קָתָנֵי בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב דלר"מ ול' יְהוּדָה בְּנֵי עָדִין הַיְינוּ דָּוִד שֶׁבּוֹ שְׁנִיָּה מִיבְּעֵי לֵיהּ:
Les fils de Adin, c'est David. Or la Michna enseigne explicitement « les fils de David », puis elle enseigne « les fils de Pahat Moav » : pour Rabbi Meir comme pour Rabbi Yehouda, chez qui les fils de Adin sont David, il aurait fallu dire « sont revenus une seconde fois ».
וְלֵר' יוֹסֵי דְּאָמַר פַּחַת מוֹאָב וַעֲדַיִן הַיְינוּ יוֹאָב שֶׁבּוֹ שְׁנִיָּה מִיבְּעֵי לֵיהּ:
Qui dit que Pahat Moav et Adin sont Yoav : il aurait fallu dire « sont revenus une seconde fois ».
💡 Explication

La même objection se poursuit sur les deux autres avis. Rabbi Yehouda identifie Adin à David : la Michna aurait donc dû marquer le vingt Eloul comme un retour, puisque les fils de David figurent déjà au vingt Tamouz.

Le cas de Rabbi Yossi est plus lourd encore. Il identifie à Yoav les deux familles, Pahat Moav et Adin : la seconde des deux dates aurait dû porter la mention du retour. Aucun des trois avis ne rend donc compte du texte tel qu'il est.

17
לְעוֹלָם רַבִּי יוֹסֵי, וּתְרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יוֹסֵי.

En vérité, c'est Rabbi Yossi, et il y a deux tanaim selon l'avis de Rabbi Yossi.

📜 Rachi (1)
לְעוֹלָם ר' יוֹסֵי וּתְרֵי תַנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּר' יוֹסֵי דְּמַאן דְּאָמַר בְּנֵי עָדִין בֶּן יְהוּדָה הַייְנוּ בְּנֵי יוֹאָב לֹא סָבַר לָהּ דִּבְנֵי פַּחַת מוֹאָב הַייְנוּ יוֹאָב וּלְהָכֵי לָא קָתָנֵי שֶׁבּוֹ בְּנֵי יוֹאָב שְׁנִיָּה וְלָא סְבִירָא לֵיהּ נָמֵי דְּהֵן הֵן בְּנֵי דָוִד דְּאִם כֵּן שָׁבוּ בְּנֵי דָּוִד שְׁנִיָּה מִיבְּעֵי לֵיהּ לְמִיתְנֵי אֶלָּא מִשְׁפָּחָה אַחֶרֶת הֵן וּמַאן דְּאָמַר בְּנֵי פַּחַת מוֹאָב הַיְינוּ בְּנֵי יוֹאָב לָא סְבִירָא לֵיהּ דִּבְנֵי עֲדַיִן הַייְנוּ יוֹאָב אֶלָּא מִשְׁפָּחָה אַחֶרֶת הֵן:
Celui qui dit que les fils de Adin ben Yehouda sont les fils de Yoav ne tient pas que les fils de Pahat Moav soient Yoav, et c'est pourquoi il n'enseigne pas « les fils de Yoav sont revenus une seconde fois ». Il ne tient pas davantage qu'ils soient les fils de David, car il aurait alors fallu enseigner « les fils de David sont revenus une seconde fois » : ils forment donc une autre famille. Et celui qui dit que les fils de Pahat Moav sont les fils de Yoav ne tient pas que les fils de Adin soient Yoav : ils forment une autre famille.
💡 Explication

La solution garde Rabbi Yossi et dédouble la tradition qui le rapporte. Un premier tanna lui attribue la seule identification de Pahat Moav à Yoav ; un second, la seule identification de Adin à Yoav. Dans chaque version, une seule famille est celle de Yoav, et l'autre reste une famille distincte de la tribu de Yehouda.

Rachi ferme les deux issues possibles pour la famille restante : elle n'est ni Yoav, puisque la Michna aurait signalé un retour, ni David, pour la même raison. Le silence de la Michna oblige donc à en faire une maison à part, et la liste redevient cohérente.

🖼️ Schéma
Le dédoublement de Rabbi Yossi, lu par Rachi Version A 20 Av, Pahat Moav = maison de Yoav. 20 Eloul, Adin = famille distincte, ni Yoav ni David. Version B 20 Eloul, Adin = maison de Yoav. 20 Av, Pahat Moav = famille distincte, ni Yoav ni David. Le raisonnement commun aux deux versions La famille restante n'est ni Yoav ni David, car la Michna aurait alors écrit qu'elle revient une seconde fois.
Les deux versions de l'avis de Rabbi Yossi, et l'argument qui isole la famille restante.
18
בְּאֶחָד בְּטֵבֵת לֹא הָיָה בּוֹ מַעֲמָד כּוּ׳. אֲמַר לֵיהּ מָר קַשִּׁישָׁא בְּרֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא לְרַב אָשֵׁי:

« Le premier de Tevet il n'y avait pas de maamad, etc. » Mar Kachicha, fils de Rav Hisda, dit à Rav Achi :

💡 Explication

Retour à la Michna du maamad. Le premier de Tevet cumule trois causes de suppression : il tombe en 'Hanouka, donc avec le Hallel ; c'est un roch hodech, donc avec un korban moussaf ; et c'est une date du korban étsim. Aucun maamad n'y subsiste.

Mar Kachicha ouvre ici la question que la page suivante développera : le Hallel supprime le maamad de sa propre prière, chaharit, tandis que le moussaf laisse subsister celui de sa propre prière et supprime ceux qui suivent. Le folio s'interrompt sur cette entrée en matière.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).