Sougya : Le folio commence par fermer la sougya de 27b : si la baraita d'une paracha de cinq versets n'a besoin ni du procédé de Rav ni de celui de Chmouel, c'est qu'elle dispose d'une marge, ce que le maamad du premier jour n'a pas. La Guemara demande ensuite comment découper la Michna sur la lecture du maamad : jusqu'à quelle prière lit-on dans le rouleau, à partir de quand par cœur ?
Une baraita tranche, et Rabbi Yossi corrige la manière de le faire. Vient la Michna du korban etsim : pourquoi il ne repousse que la néila alors que le moussaf repousse la minha, puis l'origine des neuf dates du bois et le serment des prophètes du retour.
Deux récits racontent comment, sous le décret qui fermait les routes de Jérusalem, des familles ont fait passer les bikourim sous des figues sèches et le bois sous la forme d'échelles. Le folio s'achève sur l'identité des familles Pahat Moav et Adin et sur la question de savoir quel tanna enseigne notre Michna.
[Il en va autrement là-bas,] parce qu'il y a de la marge.
Cette ligne ferme la sougya ouverte à la page précédente. Une baraita enseignait qu'une paracha de cinq versets se lit par un seul, et que si le premier en lit trois, le second lit les deux qui restent plus un verset de la paracha suivante. Cette baraita se passe donc du dolègue de Rav, ou le second lecteur reprend le dernier verset du premier, comme du possek de Chmouel, ou l'on coupe un verset en deux.
La réponse tient en un mot : rewaha, la marge. À la synagogue, le second lecteur a devant lui la suite du rouleau et peut y prendre le verset qui lui manque. Au maamad du premier jour, la lecture est bornée à Berechit et à Yehi rakia : il n'y a rien au-delà où aller chercher un verset, et il faut bien recourir à l'un des deux procédés.
« Une grande paracha, on la lit à deux, à chaharit et à moussaf ; et à minha on la lit par cœur, etc. » On a posé la question : comment faut-il entendre [la Michna] ? À chaharit et à moussaf on la lit dans le rouleau, et à minha on la lit par cœur comme on récite le Chema ; ou bien enseigne-t-elle plutôt ceci : à chaharit on la lit dans le rouleau, et à moussaf comme à minha on la lit par cœur comme on récite le Chema ?
Le maamad comporte trois lectures dans la journée : chaharit, moussaf, minha. La Michna dit que la grande paracha se lit à deux « à chaharit et à moussaf », puis que « à minha on lit par cœur ». La question porte sur le point où passe la coupure : la mention du moussaf appartient-elle à la première proposition, celle de la lecture dans le rouleau, ou faut-il l'attacher à la seconde, celle de la lecture de mémoire ?
L'enjeu est concret. Lire ba-sefer, dans le rouleau, suppose qu'on le sorte et qu'on réunisse la communauté ; lire al pe, par cœur, est une simple récitation. Selon la réponse, le moussaf du maamad est une lecture publique de la Torah ou un récitatif du même ordre que la minha.
Viens et écoute, car il a été enseigné dans une baraita : à chaharit et à moussaf, ils entrent à la synagogue et lisent comme on lit toute l'année ; et à minha, un particulier la lit par cœur. Rabbi Yossi a dit : un particulier peut-il donc dire des paroles de Torah par cœur devant le public ?
Plutôt, tous entrent et la lisent par cœur, comme on récite le Chema.
La baraita répond à la question posée : elle range chaharit et moussaf du même côté, avec une lecture ordinaire dans le rouleau, et réserve à la seule minha la lecture de mémoire. La première des deux façons de lire la Michna est donc la bonne.
Rabbi Yossi corrige ensuite un détail interne à la baraita. Un texte écrit se dit dans le rouleau, selon la règle devarim chebikhtav i ata rachai leomran al pe : on n'a pas le droit de dire de mémoire, pour autrui, ce qui est écrit. Il déplace donc l'acte : tous récitent ensemble, chacun pour soi, et l'on retrouve exactement la situation du Chema, que chacun dit par cœur sans lire pour personne.
« Tout jour où il y a le Hallel n'a pas de maamad [à chaharit ; un korban moussaf, pas de maamad à minha ; un korban etsim, pas de maamad à néila,] etc. » Quelle différence y a-t-il entre ceci et cela ? Les uns sont paroles de Torah, et les autres paroles des sofrim.
La Michna gradue les jours où l'on retranche un maamad. Le Hallel supprime celui de chaharit, le korban moussaf celui de la minha, le korban etsim celui de la néila. La Guemara demande la raison de cette dernière différence : pourquoi le bois se contente-t-il de la néila alors que le moussaf va jusqu'à la minha ?
La réponse pose deux niveaux, divrei Torah et divrei sofrim, et les fait correspondre. Rachi rapporte les deux termes aux prières : la minha a un ancrage dans la Torah, puisque Yitshak l'a instituée à partir d'un verset, tandis que la néila relève des Sages. Tossefot rapporte les deux termes aux offrandes : le moussaf est une obligation de la Torah, le korban etsim une institution des Sages.
Les deux lectures aboutissent au même classement : une cause de rang rabbinique repousse une prière de rang rabbinique, une cause de rang toraique repousse une prière ancrée dans la Torah. Rachi note au passage qu'il ne faut pas lire ici la formule « et elles demandent un renforcement », qui figure dans certaines versions.
« Le temps du bois des cohanim et du peuple, etc. » Nos maîtres ont enseigné : pourquoi a-t-il fallu énoncer le temps du bois des cohanim et du peuple ? Ils ont dit : quand les fils de l'exil sont montés, ils n'ont pas trouvé de bois dans la chambre, et ceux-ci se sont levés et en ont fait don du leur.
La Michna donne neuf dates où telle ou telle famille apporte le bois de l'autel. La question de la baraita porte sur l'utilité de cette liste : pourquoi fixer par écrit le jour de chaque famille ?
La réponse est historique. Au retour de Babylonie, la lichka, la chambre du bois du Temple, était vide, et ces familles ont fourni le bois sur leurs propres réserves. La liste consacre leur privilège. Rachi le dit clairement : elle existe pour qu'on ne puisse pas les déloger de leur date une fois que le Temple ne manquerait plus de bois.
Et voici ce qu'ont stipulé les prophètes qui se trouvaient parmi eux : même si la chambre est pleine de bois, ceux-ci feront don du leur, ainsi qu'il est dit : « Et nous avons tiré les sorts, les cohanim, les leviim et le peuple, pour l'offrande du bois, afin de l'apporter à la maison de notre D.ieu, selon nos maisons paternelles, aux temps fixés, année après année, pour brûler sur l'autel de Hachem notre D.ieu, comme il est écrit dans la Torah. »
Le don de ces familles aurait pu s'éteindre avec la pénurie qui l'avait rendu nécessaire. Les prophètes du retour lui donnent au contraire un statut permanent : la date reste due même quand le Temple regorge de bois.
Le verset de Nehemie (10, 35) sert d'appui. Il mentionne le tirage au sort, les trois groupes, les maisons paternelles et surtout les temps fixés, année après année : le bois y est déjà une obligation calendaire attachée à des familles, et pas seulement un dépannage.
« Et avec eux des cohanim, des leviim et tous ceux [qui s'étaient trompés sur leur tribu], etc. » Nos maîtres ont enseigné : qu'étaient les fils des voleurs de pilon et les fils de ceux qui découpaient les figues sèches ?
La Michna, en énumérant ceux qui accompagnaient les fils de Zatou le quinze Av, cite deux groupes désignés par des surnoms opaques : les bnei gonvei eli, les fils des voleurs de pilon, et les bnei kotsei ketsiot, les fils de ceux qui découpaient les figues sèches.
La question de la baraita est une question de nom : d'où viennent ces appellations ? La réponse sera un récit, et l'on verra que les deux surnoms désignent en réalité un seul et même épisode, où le pilon et les figues servaient à masquer un chargement de bikourim.
Ils ont dit : une fois, la royauté impie a décrété contre Israël un décret d'apostasie (chemad) : qu'on n'apporte pas de bois pour la maarakha et qu'on n'apporte pas de bikourim à Jérusalem. Et ils ont placé des gardes (prozdaot) sur les routes, à la manière dont Yerovam ben Nevat en avait placé, pour qu'Israël ne monte pas au pèlerinage.
Le décret vise deux montées à Jérusalem : le bois de la maarakha, le bûcher de l'autel, et les bikourim, les premiers fruits. Il ne se contente pas d'un interdit : des gardes tiennent les routes, ce qui rend la fraude nécessaire.
La comparaison avec Yerovam est précise. Lui aussi avait posté des hommes sur les routes pour empêcher les montées à Jérusalem, afin que le peuple du royaume du nord ne revienne pas vers la maison de David. Le Ben Yehoyada s'arrête sur ce rapprochement : la Guemara le pose pour indiquer d'où vient le pouvoir de nuire d'un décret étranger.
Qu'ont fait les hommes intègres et craignant la faute de cette génération-là ? Ils ont apporté des paniers de bikourim, les ont recouverts de figues sèches et les ont pris, avec un pilon sur leurs épaules.
Une fois arrivés auprès des gardes, ceux-ci leur ont dit : où allez-vous ? Ils leur disent : faire deux galettes de figues pressées dans le mortier qui se trouve devant nous, avec le pilon qui est sur nos épaules.
Une fois qu'ils les eurent dépassés, ils les ornèrent avec les paniers et les apportèrent à Jérusalem.
Le stratagème repose sur une scène ordinaire. Un homme qui porte un pilon vers un mortier voisin pour y piler des figues n'attire aucun soupçon ; les figues sèches versées par-dessus les paniers achèvent le tableau. Les deux surnoms de la Michna viennent de là : le pilon d'un côté, les figues de l'autre.
Une fois la ligne de gardes franchie, la marchandise reprend sa forme : les paniers, qui servaient de fond dissimulé, redeviennent la parure des bikourim, que l'on montait à Jérusalem avec apparat. Le mot iterum, ils les ornèrent, marque ce retour à la présentation normale de l'offrande.
On a enseigné : ce sont eux, les fils de Salmai le Netofati. Nos maîtres ont enseigné : que sont les fils de Salmai le Netofati ?
Ils ont dit : une fois, la royauté impie a décrété contre Israël un décret d'apostasie : qu'on n'apporte pas de bois pour la maarakha. Et ils ont placé des gardes sur les routes, à la manière dont Yerovam ben Nevat en avait placé sur les routes, pour qu'Israël ne monte pas au pèlerinage.
Le second récit répond à la même question de nom, pour une autre famille de la Michna. Le décret est ici plus restreint : il porte sur le bois de la maarakha, sans mention des bikourim.
Rachi souligne le lien entre les deux récits : la formule « ce sont eux » signale que les fils de Salmai ont agi selon le même principe, en faisant passer l'objet interdit sous l'apparence d'un usage banal.
Qu'ont fait les hommes craignant la faute de cette génération-là ? Ils ont apporté leurs bûches et en ont fait des échelles, les ont posées sur leurs épaules et sont partis.
Une fois arrivés auprès d'eux, ceux-ci leur ont dit : où allez-vous ? Ils leur ont dit : prendre des pigeonneaux dans le colombier qui se trouve devant nous, avec les échelles qui sont sur nos épaules.
Une fois qu'ils les eurent dépassés, ils les démontèrent, les apportèrent et les montèrent à Jérusalem.
Le procédé est le même que dans le premier récit, avec un déplacement : le bois lui-même prend une forme licite. Assemblées en échelles, les bûches deviennent l'outil de celui qui va chercher des pigeonneaux au colombier, et le garde laisse passer.
Le nom de la famille en garde la trace : Salmaï renvoie à soulam, l'échelle. Une fois les gardes passés, on démonte l'échelle et l'on retrouve les bûches destinées à l'autel.
Et d'eux et de leurs semblables il est dit : « Le souvenir du juste est en bénédiction » ; et de Yerovam ben Nevat et de ses compagnons il est dit : « Et le nom des impies pourrira. »
Le verset de Michlei (10, 7) contient les deux moitiés que la Guemara distribue ici. La première revient à ces familles, dont le nom est fixé dans la Michna avec leur date ; la seconde revient à Yerovam, dont l'initiative de bloquer les routes a fourni le modèle du décret.
La conclusion referme le passage sur la question de départ, celle des surnoms : ces noms étranges conservés par la Michna sont précisément le zekher, le souvenir en bénédiction que le verset promet.
« Le vingt de ce mois, les fils de Pahat Moav ben Yehouda. » On a enseigné : les fils de Pahat Moav ben Yehouda, ce sont les fils de David ben Yehouda — paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yossi dit : ce sont les fils de Yoav ben Tserouya.
La Michna appelle une famille Pahat Moav ben Yehouda. Le nom intrigue : une famille de la tribu de Yehouda porte l'étiquette de Moav. Les deux réponses passent par Ruth la Moabite, arrière-grand-mère de David.
Pour Rabbi Meir, il s'agit de la maison de David elle-même. Pour Rabbi Yossi, il s'agit de la maison de Yoav, qui remonte à la même souche par un autre chemin : Tserouya, mère de Yoav, était la sœur de David, donc descendante de Ruth. Cette identification aura une conséquence plus loin, quand la Guemara comparera la liste des dates.
« Le vingt d'Eloul, les fils de Adin ben Yehouda, etc. » Nos maîtres ont enseigné : les fils de Adin ben Yehouda, ce sont les fils de David ben Yehouda — paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : ce sont les fils de Yoav ben Tserouya.
Même opération sur un second nom de la liste : Adin ben Yehouda. Rabbi Yehouda y voit la maison de David, Rabbi Yossi la maison de Yoav.
Rachi rattache le nom au surnom « Adino haEtsni » du livre de Chmouel, lu comme un jeu sur deux racines : adin, la douceur, et ets, le bois. Il signale aussi que la question de savoir à qui ce surnom se rapporte fait déjà l'objet d'une mahloket ailleurs, ce qui explique le désaccord répété ici.
« Le premier de Tevet, les fils de Paroch sont revenus une seconde fois, etc. » De qui est notre Michna ? Ni de Rabbi Meir, ni de Rabbi Yehouda, ni de Rabbi Yossi.
Si c'est Rabbi Meir, qu'elle enseigne : les fils de David ben Yehouda sont revenus une seconde fois !
La Michna sait signaler qu'une famille revient : au premier de Tevet, elle écrit que les fils de Paroch « sont revenus une seconde fois », parce qu'ils avaient déjà apporté le bois le cinq Av. Ce vocabulaire devient un instrument de contrôle.
Or la liste mentionne les fils de David ben Yehouda au vingt Tamouz. Pour Rabbi Meir, qui identifie Pahat Moav à David, la Michna aurait donc dû écrire au vingt Av que les fils de David reviennent une seconde fois. Elle ne le fait pas, et la même objection va valoir contre les deux autres avis.
Tossefot pose la question inverse : puisqu'une Michna anonyme suit d'ordinaire Rabbi Meir, pourquoi la Guemara dédouble-t-elle Rabbi Yossi plutôt que Rabbi Meir ? La réponse tient à la règle « Rabbi Yossi a sa raison avec lui » : son avis est retenu, et c'est celui que la Guemara cherche à préserver.
Si c'est Rabbi Yehouda, qu'elle enseigne : les fils de David ben Yehouda sont revenus une seconde fois ! Si c'est Rabbi Yossi, qu'elle enseigne : les fils de Yoav ben Tserouya sont revenus une seconde fois !
La même objection se poursuit sur les deux autres avis. Rabbi Yehouda identifie Adin à David : la Michna aurait donc dû marquer le vingt Eloul comme un retour, puisque les fils de David figurent déjà au vingt Tamouz.
Le cas de Rabbi Yossi est plus lourd encore. Il identifie à Yoav les deux familles, Pahat Moav et Adin : la seconde des deux dates aurait dû porter la mention du retour. Aucun des trois avis ne rend donc compte du texte tel qu'il est.
En vérité, c'est Rabbi Yossi, et il y a deux tanaim selon l'avis de Rabbi Yossi.
La solution garde Rabbi Yossi et dédouble la tradition qui le rapporte. Un premier tanna lui attribue la seule identification de Pahat Moav à Yoav ; un second, la seule identification de Adin à Yoav. Dans chaque version, une seule famille est celle de Yoav, et l'autre reste une famille distincte de la tribu de Yehouda.
Rachi ferme les deux issues possibles pour la famille restante : elle n'est ni Yoav, puisque la Michna aurait signalé un retour, ni David, pour la même raison. Le silence de la Michna oblige donc à en faire une maison à part, et la liste redevient cohérente.
« Le premier de Tevet il n'y avait pas de maamad, etc. » Mar Kachicha, fils de Rav Hisda, dit à Rav Achi :
Retour à la Michna du maamad. Le premier de Tevet cumule trois causes de suppression : il tombe en 'Hanouka, donc avec le Hallel ; c'est un roch hodech, donc avec un korban moussaf ; et c'est une date du korban étsim. Aucun maamad n'y subsiste.
Mar Kachicha ouvre ici la question que la page suivante développera : le Hallel supprime le maamad de sa propre prière, chaharit, tandis que le moussaf laisse subsister celui de sa propre prière et supprime ceux qui suivent. Le folio s'interrompt sur cette entrée en matière.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).