Sougya : Le folio s'ouvre sur la question de Mar Kachicha fils de Rav Hisda à Rav Achi : pourquoi le hallél écarte-t-il le maamad qui lui correspond, celui de chaharit, alors que le moussaf écarte celui de néila et non le sien ? La guemara trouve chez Rabbi Yossi un appui à cette lecture et conclut que chaque office écarte le maamad qui lui correspond.
De l'absence du premier nissan dans la liste de la michna, Rava déduit que le hallél de roch hodech n'est pas d'ordre toraique : suit la liste des dix-huit jours où l'individu achève le hallél, vingt et un en diaspora, puis le récit de Rav arrivant à Babylonie et reconnaissant une coutume aux passages sautés. La seconde moitié du folio revient à la michna des cinq malheurs du dix-sept tamouz : bris des Tables établi par le calcul des quarante jours, cessation du tamid et incendie de la Torah par Apostémos reçus par tradition, brèche de la ville distinguée entre premier et second Temple, et idole dressée dans le Sanctuaire, que Rava dénombre à deux.
Qu'y a-t-il de particulier au hallél, qui écarte le maamad qui lui correspond, et de particulier au moussaf, qui n'écarte pas le maamad qui lui correspond ?
La question poursuit celle de Mar Kachicha, fils de Rav Hisda, à Rav Achi, ouverte à la fin du folio précédent. Les gens du maamad, la délégation d'Israël qui assiste au service par la prière, se réunissent quatre fois le jour : chaharit, moussaf, minha et néila.
La michna enseigne qu'un office solennel écarte, dohé, l'un de ces rassemblements. Le hallél écarte celui de chaharit, l'heure même où on le récite : il écarte donc « le sien ». L'offrande de moussaf écarte le maamad de néila et laisse subsister celui de moussaf : elle écarte donc ce qui n'est pas le sien.
Rav Achi lui dit : maintenant qu'il écarte le maamad qui ne lui correspond pas, celui qui lui correspond, à plus forte raison ! Il lui répondit : voici ce que je te dis : qu'il n'écarte rien d'autre que le maamad qui lui correspond !
Rav Achi comprend d'abord la question à l'envers, comme un kal va-homer, un raisonnement à plus forte raison : si le moussaf a la force d'écarter le maamad de néila, qui ne lui correspond pas, il devrait à plus forte raison écarter le sien.
Mar Kachicha précise que sa difficulté porte sur l'autre versant : le moussaf devrait écarter uniquement le maamad qui accompagne son propre office, et laisser intact celui de néila.
Il lui dit : il y a Rabbi Yossi qui se tient de ton côté. Car on a enseigné : Rabbi Yossi dit : tout jour qui comporte un moussaf comporte un maamad.
Le maamad de quoi ? Si l'on dit le maamad de chaharit, le premier tana dit déjà la même chose !
Faut-il dire alors le maamad de moussaf — ainsi il n'écarterait même pas celui qui lui correspond ?!
Rav Achi cherche dans une braita, un enseignement tanaitique extérieur à la michna, un maître qui tienne la position de son interlocuteur. Rabbi Yossi maintient un maamad les jours de moussaf, contre le premier tana.
La guemara doit alors identifier de quel maamad il parle. Deux lectures sont écartées d'emblée : celle de chaharit ne dirait rien de neuf, et celle de moussaf reviendrait à dire que l'offrande n'écarte aucun maamad, pas même le sien.
Dira-t-on celui de minha ? L'offrande de bois l'écarte déjà !
Il faut donc bien qu'il s'agisse de celui de néila. Apprends-en que le moussaf écarte le maamad qui lui correspond, et n'écarte pas celui qui ne lui correspond pas.
Apprends-en effectivement ainsi.
Le raisonnement procède par élimination. Le maamad de minha est déjà écarté par l'offrande de bois, le korban étsim : le maintenir serait sans objet. Reste celui de néila.
Rabbi Yossi enseigne donc que le maamad de néila subsiste malgré le moussaf. Le moussaf n'écarte que le maamad de son propre office, et la guemara conclut : chaque office écarte le maamad qui lui correspond, et lui seul.
Que la michna enseigne aussi : le premier nissan, il n'y avait pas de maamad, parce qu'il comporte le hallél, une offrande de moussaf et une offrande de bois ! Rava dit : cela revient à dire que le hallél de roch hodech n'est pas d'ordre toraique.
La michna a enseigné que le premier tévet ne comportait aucun maamad, parce que trois motifs s'y rencontrent : hallel de 'Hanouka, offrande de moussaf de roch hodech et offrande de bois. Le premier nissan réunit les mêmes trois éléments, et pourtant la michna ne le mentionne pas.
Rava en tire la conclusion : le hallel du premier nissan, qui est celui de roch hodech seul, n'a pas la force d'écarter le maamad de chaharit. Il n'est donc pas d'oraita, d'ordre toraique, mais un minhag, une coutume. Le hallel du premier tévet, lui, est celui de 'Hanouka, institué par les prophètes.
Car Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : dix-huit jours dans l'année, l'individu achève le hallel, et les voici : les huit jours de la fête de Souccot, les huit jours de 'Hanouka, le premier jour de fête de Pessa'h et le jour de fête d'Atseret. Et en diaspora, vingt et un jours, et les voici : les neuf jours de la fête, les huit jours de 'Hanouka, les deux premiers jours de Pessa'h et les deux jours de fête d'Atseret.
Cette liste vient appuyer la conclusion de Rava. Elle énumère les jours où l'on achève le hallel, gomer, c'est-à-dire où on le récite en entier, et roch hodech n'y figure pas.
Rachi renvoie au traité Arakhin pour la raison du contraste entre Souccot et Pessa'h : les offrandes de Souccot changent chaque jour, ce qui fait de chaque jour une fête distincte, alors que les jours de Pessa'h sont identiques entre eux.
Rav arriva à Babylonie ; il les vit réciter le hallel à roch hodech et songea à les interrompre. Dès qu'il vit qu'ils sautaient des passages, il dit : apprends-en que c'est la coutume de leurs pères qu'ils tiennent en main.
On a enseigné : un individu ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève.
Rav, venu de terre d'Israël, ne connaissait pas cet usage et le prit pour une récitation sans fondement. Les passages omis lui montrent que le public sait lui-même qu'il ne s'agit pas d'une obligation : une lecture incomplète signale une coutume des pères.
La braita finale tire la conséquence pratique : personne n'est tenu d'entamer le hallel de roch hodech ; celui qui l'a entamé le mène à son terme, parce qu'on n'abandonne pas une récitation commencée.
Tossefot en fait le point de départ d'une discussion célèbre : bénit-on sur une coutume ? Rabbenou Tam répond par l'affirmative, en s'appuyant précisément sur le fait que Rav ait eu besoin des passages sautés pour trancher.
« Cinq choses sont arrivées à nos pères le dix-sept tamouz », etc. Que les Tables aient été brisées, d'où le savons-nous ?
Car on a enseigné : le six du mois, les dix commandements furent donnés à Israël ; Rabbi Yossi dit : le sept du mois. Pour celui qui dit qu'ils furent donnés le six : ils furent donnés le six, et le sept Moche monta.
La guemara passe à la michna des cinq malheurs du dix-sept tamouz et demande la source de chacun. Pour le bris des Tables, la date se déduit d'un calcul plutôt que d'un verset explicite.
Le point de départ est une divergence sur la date du don de la Torah, six ou sept sivan. Rachi souligne que la divergence ne porte pas sur la montée de Moche : dans les deux avis, elle a lieu le sept sivan, et c'est ce point commun qui rend le calcul possible.
Pour celui qui dit le sept : ils furent donnés le sept, et le sept Moche monta, ainsi qu'il est écrit : « Il appela Moche le septième jour », et il est écrit : « Moche entra au milieu de la nuée, il monta sur la montagne, et Moche fut sur la montagne quarante jours et quarante nuits ». Vingt-quatre jours de sivan et seize de tamouz : cela fait quarante.
Le compte est exact : sivan compte trente jours, un mois plein, de sorte qu'il en reste vingt-quatre après le sept ; en ajoutant les seize premiers jours de tamouz, on obtient les quarante jours du verset.
Le quarantième jour ainsi achevé, la descente tombe sur le dix-sept tamouz.
Le dix-sept tamouz il descendit, vint et brisa les Tables, ainsi qu'il est écrit : « Et il advint, lorsqu'il approcha du camp et vit le veau, qu'il jeta les Tables de ses mains et les brisa au pied de la montagne ».
Le verset fournit l'événement, le calcul fournit la date : les deux réunis établissent l'enseignement de la michna.
« Le tamid a cessé » : c'est une tradition reçue.
Le mot guemara désigne ici une tradition orale transmise, sans appui scripturaire. L'interruption du sacrifice quotidien pendant le siège est un fait conservé par la mémoire des maîtres.
« La ville fut ouverte par une brèche. » Le dix-sept ? Mais il est écrit : « Au quatrième mois, le neuf du mois, la famine devint forte dans la ville », et il est écrit ensuite : « et la ville fut ouverte par une brèche, etc. » !
Le quatrième mois compte depuis nissan : il s'agit de tamouz. Le verset de Yirmeya place donc la brèche autour du neuf tamouz, contre la michna qui la place le dix-sept.
Rava dit : ce n'est pas une difficulté : ici, lors du premier Temple ; là, lors du second. Car on a enseigné : lors du premier, la ville fut ouverte le neuf tamouz ; lors du second, le dix-sept.
La réponse de Rava est une distinction de cas, classique dans la guemara : deux sources vraies portent sur deux réalités distinctes.
La michna, qui fonde le jeûne, retient la date du second Temple, plus proche des maîtres qui l'ont enseignée. La braita confirme la distinction et lui donne un appui tanaitique.
« Apostemos brûla la Torah » : c'est une tradition reçue.
Comme pour la cessation du tamid, la date tient à la transmission et non à un verset. Apostemos est un officier étranger dont l'acte est conservé par la mémoire des maîtres.
« Il dressa une idole dans le Sanctuaire », d'où le savons-nous ? Car il est écrit : « et depuis le temps où le tamid sera ôté et où sera placée l'abomination dévastatrice ».
Le verset de Daniel relie les deux événements dans une seule phrase. Puisque la cessation du tamid est tenue par tradition pour avoir eu lieu le dix-sept tamouz, l'idole a été dressée le même jour.
Le raisonnement transfère donc une date connue d'un fait à l'autre par la solidarité que le verset établit entre eux.
Et n'y en avait-il qu'une ? Mais il est écrit : « et sur l'aile des abominations, un dévastateur » !
Rava dit : il y en avait deux ; l'une tomba sur l'autre et lui brisa la main, et l'on trouva écrit :
L'objection repose sur le pluriel chikoutsim, « abominations », dans Daniel 9, alors que la michna et le verset de Daniel 12 parlent d'une seule idole.
Rava concilie les deux : deux idoles furent dressées, mais l'une fut mutilée et cessa d'être comptée. Le folio s'interrompt sur le début de l'inscription trouvée, dont le texte araméen et le sens sont donnés au folio suivant ; Tossefot en propose deux lectures, selon qu'elle figurait sur la main tranchée ou sur l'idole entière.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).