Taanit 28b — Quel office le moussaf écarte-t-il, le hallél de roch hodech comme coutume, et les cinq malheurs du dix-sept tamouz

Taanit 28b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la question de Mar Kachicha fils de Rav Hisda à Rav Achi : pourquoi le hallél écarte-t-il le maamad qui lui correspond, celui de chaharit, alors que le moussaf écarte celui de néila et non le sien ? La guemara trouve chez Rabbi Yossi un appui à cette lecture et conclut que chaque office écarte le maamad qui lui correspond.

De l'absence du premier nissan dans la liste de la michna, Rava déduit que le hallél de roch hodech n'est pas d'ordre toraique : suit la liste des dix-huit jours où l'individu achève le hallél, vingt et un en diaspora, puis le récit de Rav arrivant à Babylonie et reconnaissant une coutume aux passages sautés. La seconde moitié du folio revient à la michna des cinq malheurs du dix-sept tamouz : bris des Tables établi par le calcul des quarante jours, cessation du tamid et incendie de la Torah par Apostémos reçus par tradition, brèche de la ville distinguée entre premier et second Temple, et idole dressée dans le Sanctuaire, que Rava dénombre à deux.

Plan du folio Taanit 28b 1. Quel maamad chaque office écarte-t-il (segments 0-3) Mar Kachicha : le hallél écarte le maamad de chaharit, le sien ; le moussaf écarte celui de néila, qui n'est pas le sien. Pourquoi cette différence ? Rav Achi lit un kal va-homer ; Mar Kachicha corrige : que le moussaf n'écarte que le sien. Appui de Rabbi Yossi, puis conclusion. 2. Le hallél de roch hodech (segments 4-6) La michna omet le premier nissan, qui réunit pourtant hallél, moussaf et offrande de bois. Rava : le hallél de roch hodech est une coutume. Dix-huit jours d'achèvement, vingt et un en diaspora. Rav à Babylonie : les passages sautés révèlent l'usage. 3. Les Tables brisées (segments 7-9) Braita : les dix commandements ont été donnés le six sivan ; Rabbi Yossi dit le sept. Dans les deux avis, Moche monte le sept sivan. Vingt-quatre jours de sivan plus seize de tamouz font les quarante jours du verset. Il descend le dix-sept tamouz, voit le veau et brise les Tables. 4. Les quatre autres malheurs (segments 10-15) Cessation du tamid : tradition reçue. Brèche de la ville : le verset de Yirmeya dit le neuf, la michna le dix-sept. Rava distingue le premier Temple du second. Apostémos brûlant la Torah : tradition reçue. Idole dans le Sanctuaire : tirée du verset de Daniel. Rava : elles étaient deux, l'une a brisé la main de l'autre.
Les quatre moments du folio : la répartition des maamadot entre les offices, le statut du hallél de roch hodech, la date du bris des Tables, puis les quatre autres malheurs du dix-sept tamouz.
Les quatre maamadot du jour et ce qui les écarte Les gens du maamad prient quatre fois : chaharit, moussaf, minha, néila. Un office solennel écarte un maamad. Ce qui survient ce jour-là Maamad écarte selon la michna Le maamad écarte est-il le sien ? Hallel Celui de chaharit Oui : le hallél se dit à chaharit Offrande moussaf Celui de néila Non : d'où la question du folio Offrande de bois Celui de minha Oui : elle était apportée l'après-midi Premier tana Un jour qui comporte un moussaf n'a pas de maamad à néila. Le maamad de moussaf, lui, subsiste. Le moussaf écarte donc un maamad qui n'est pas le sien et laisse le sien en place. C'est cette dissymétrie que Mar Kachicha conteste. Rabbi Yossi Tout jour qui comporte un moussaf comporte un maamad : celui de néila, qui n'est pas écarté. Le moussaf écarte alors le maamad de moussaf, le sien, et rien d'autre. Règle retenue : chacun écarte le sien, pas celui d'autrui.
La michna fait écarter par le moussaf le maamad de néila ; Rabbi Yossi le fait écarter le maamad de moussaf. La conclusion du folio retient que chaque office n'écarte que le maamad qui lui correspond.
Du don de la Torah au dix-sept tamouz : le compte des quarante jours 6 sivan Don des dix commandements selon le premier avis 7 sivan Don selon Rabbi Yossi, et montée de Moche dans les deux avis 17 tamouz Descente, veau d'or, bris des Tables 40 jours sur la montagne : 24 de sivan + 16 de tamouz Les cinq malheurs du dix-sept tamouz et leur source 1. Les Tables brisées Calcul des quarante jours à partir du sept sivan. 2. La cessation du tamid Tradition reçue des pères, sans verset. 3. La brèche de la ville Yirmeya 52 dit le neuf : premier Temple ; la michna dit le dix-sept : second Temple. 4. La Torah brûlée par Apostémos Tradition reçue des pères, sans verset. 5. L'idole dans le Sanctuaire Daniel 12 : le tamid ôté et l'abomination placée le même jour.
La frise fixe la date du bris des Tables par le compte des quarante jours ; le tableau donne, pour chacun des cinq malheurs de la michna, la source dont la guemara le tire.
1
מַאי שְׁנָא הַלֵּל דְּדָחֵי דִּידֵיהּ, וּמַאי שְׁנָא מוּסָף דְּלָא דָּחֵי דִּידֵיהּ?

Qu'y a-t-il de particulier au hallél, qui écarte le maamad qui lui correspond, et de particulier au moussaf, qui n'écarte pas le maamad qui lui correspond ?

📜 Rachi (2)
מַאי שְׁנָא הַלֵּל דְּדָחֵי דִּידֵיהּ מַעֲמָד דְּשַׁחֲרִית:
Le maamad de chaharit.
וּמַאי שְׁנָא מוּסָף דְּלָא דָּחֵי דִּידֵיהּ דְּקָתָנֵי יוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף אֵין בּוֹ מִנְחָה וְלָא קָתָנֵי אֵין בּוֹ מוּסָף דְּלָא דָּחֵי דִּידֵיהּ אֶלָּא דְּמִנְחָה:
Puisque la michna enseigne : un jour qui comporte un moussaf n'a pas de maamad de minha, et elle n'enseigne pas qu'il n'a pas de maamad de moussaf. Il n'écarte donc pas celui qui lui correspond, mais celui de minha.
💡 Explication

La question poursuit celle de Mar Kachicha, fils de Rav Hisda, à Rav Achi, ouverte à la fin du folio précédent. Les gens du maamad, la délégation d'Israël qui assiste au service par la prière, se réunissent quatre fois le jour : chaharit, moussaf, minha et néila.

La michna enseigne qu'un office solennel écarte, dohé, l'un de ces rassemblements. Le hallél écarte celui de chaharit, l'heure même où on le récite : il écarte donc « le sien ». L'offrande de moussaf écarte le maamad de néila et laisse subsister celui de moussaf : elle écarte donc ce qui n'est pas le sien.

2
אָמַר לֵיהּ רַב אַשִּׁי: הַשְׁתָּא דְּלָאו דִּידֵיהּ דָּחֵי — דִּידֵיהּ לָא כָּל שֶׁכֵּן? אֲמַר לֵיהּ, הָכִי קָאָמֵינָא לָךְ: לָא לִידְחֵי אֶלָּא דִּידֵיהּ!

Rav Achi lui dit : maintenant qu'il écarte le maamad qui ne lui correspond pas, celui qui lui correspond, à plus forte raison ! Il lui répondit : voici ce que je te dis : qu'il n'écarte rien d'autre que le maamad qui lui correspond !

📜 Rachi (2)
הָכִי קָאָמֵינָא הָכִי קָא בָּעֵינָא לְמֵימַר:
Voici ce que je voulais dire.
אֶלָּא דִּידֵיהּ דְּמוּסָף:
Celui du moussaf.
💡 Explication

Rav Achi comprend d'abord la question à l'envers, comme un kal va-homer, un raisonnement à plus forte raison : si le moussaf a la force d'écarter le maamad de néila, qui ne lui correspond pas, il devrait à plus forte raison écarter le sien.

Mar Kachicha précise que sa difficulté porte sur l'autre versant : le moussaf devrait écarter uniquement le maamad qui accompagne son propre office, et laisser intact celui de néila.

3
אֲמַר לֵיהּ: אִיכָּא רַבִּי יוֹסֵי דְּקָאֵי כְּווָתָךְ. דְּתַנְיָא, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כָּל יוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף יֵשׁ בּוֹ מַעֲמָד. מַעֲמָד דְּמַאי? אִילֵּימָא מַעֲמָד דְּשַׁחֲרִית, הָא תַּנָּא קַמָּא נָמֵי הָכִי קָאָמַר! אֶלָּא מַעֲמָד דְּמוּסָף — דִּידֵיהּ נָמֵי לָא דָּחֵי?!

Il lui dit : il y a Rabbi Yossi qui se tient de ton côté. Car on a enseigné : Rabbi Yossi dit : tout jour qui comporte un moussaf comporte un maamad.

Le maamad de quoi ? Si l'on dit le maamad de chaharit, le premier tana dit déjà la même chose !

Faut-il dire alors le maamad de moussaf — ainsi il n'écarterait même pas celui qui lui correspond ?!

📜 Rachi (1)
ה"ג רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל יוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף יֵשׁ בּוֹ מַעֲמָד וְאַתַּנָּא קַמָּא פְּלִיג דְּאָמַר יוֹם שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף אֵין בּוֹ נְעִילָה וַאֲתָא ר' יוֹסֵי לְמֵימַר דְּיֵשׁ בּוֹ מַעֲמָד אע"פ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מוּסָף:
Telle est notre version : « Rabbi Yossi dit : tout jour qui comporte un moussaf comporte un maamad ». Et il est en désaccord avec le premier tana, qui dit qu'un jour comportant un moussaf n'a pas de maamad de néila ; Rabbi Yossi vient dire qu'il y a un maamad bien qu'il y ait un moussaf.
💡 Explication

Rav Achi cherche dans une braita, un enseignement tanaitique extérieur à la michna, un maître qui tienne la position de son interlocuteur. Rabbi Yossi maintient un maamad les jours de moussaf, contre le premier tana.

La guemara doit alors identifier de quel maamad il parle. Deux lectures sont écartées d'emblée : celle de chaharit ne dirait rien de neuf, et celle de moussaf reviendrait à dire que l'offrande n'écarte aucun maamad, pas même le sien.

4
אֶלָּא דְּמִנְחָה — קָרְבַּן עֵצִים דָּחֵי! אֶלָּא לָאו, דִּנְעִילָה. שְׁמַע מִינָּה: דִּידֵיהּ דָּחֵי, דְּלָאו דִּידֵיהּ — לָא דָּחֵי. שְׁמַע מִינָּה.

Dira-t-on celui de minha ? L'offrande de bois l'écarte déjà !

Il faut donc bien qu'il s'agisse de celui de néila. Apprends-en que le moussaf écarte le maamad qui lui correspond, et n'écarte pas celui qui ne lui correspond pas.

Apprends-en effectivement ainsi.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא לָאו דִּנְעִילָה הוּא דְּאָמַר ר' יוֹסֵי דְּיֵשׁ בּוֹ מַעֲמָד וְאֵין מוּסָף דּוֹחֶה אוֹתוֹ:
Car Rabbi Yossi dit qu'il y a un maamad et que le moussaf ne l'écarte pas.
💡 Explication

Le raisonnement procède par élimination. Le maamad de minha est déjà écarté par l'offrande de bois, le korban étsim : le maintenir serait sans objet. Reste celui de néila.

Rabbi Yossi enseigne donc que le maamad de néila subsiste malgré le moussaf. Le moussaf n'écarte que le maamad de son propre office, et la guemara conclut : chaque office écarte le maamad qui lui correspond, et lui seul.

5
וְלִיתְנֵי נָמֵי: בְּאֶחָד בְּנִיסָן לֹא הָיָה בּוֹ מַעֲמָד מִפְּנֵי שֶׁיֵּשׁ בּוֹ הַלֵּל וְקָרְבַּן מוּסַף וְקָרְבַּן עֵצִים! אָמַר רָבָא: זֹאת אוֹמֶרֶת הַלֵּילָא דִּבְרֵישׁ יַרְחָא לָאו דְּאוֹרָיְיתָא.

Que la michna enseigne aussi : le premier nissan, il n'y avait pas de maamad, parce qu'il comporte le hallél, une offrande de moussaf et une offrande de bois ! Rava dit : cela revient à dire que le hallél de roch hodech n'est pas d'ordre toraique.

📜 Rachi (3)
בְּאֶחָד בְּנִיסָן דְּאִית בֵּיהּ הַלֵּל דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ:
Car il comporte le hallél de roch hodech.
קָרְבַּן עֵצִים (קָרְבַּן מוּסָף) דִּבְנֵי אָרַח בֶּן יְהוּדָה:
(offrande de moussaf) celle des fils d'Arah ben Yehouda.
זֹאת אוֹמֶרֶת מִדְּלָא קָתָנֵי נָמֵי בְּאֶחָד בְּנִיסָן אַלְמָא הַלֵּל דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ לָא דָּחֵי לֵיהּ לְמַעֲמָד שְׁמַע מִינָּה דְּלָאו דְּאוֹרָייְתָא הֲוָה אֶלָּא מִנְהָגָא כְּדִלְקַמָּן:
Puisque la michna n'enseigne pas non plus le premier nissan, il apparaît que le hallél de roch hodech n'écarte pas le maamad ; apprends-en qu'il n'est pas d'ordre toraique, mais une coutume, comme plus loin.
💡 Explication

La michna a enseigné que le premier tévet ne comportait aucun maamad, parce que trois motifs s'y rencontrent : hallel de 'Hanouka, offrande de moussaf de roch hodech et offrande de bois. Le premier nissan réunit les mêmes trois éléments, et pourtant la michna ne le mentionne pas.

Rava en tire la conclusion : le hallel du premier nissan, qui est celui de roch hodech seul, n'a pas la force d'écarter le maamad de chaharit. Il n'est donc pas d'oraita, d'ordre toraique, mais un minhag, une coutume. Le hallel du premier tévet, lui, est celui de 'Hanouka, institué par les prophètes.

6
דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: שְׁמוֹנָה עָשָׂר יוֹם בַּשָּׁנָה יָחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל, וְאֵלּוּ הֵן: שְׁמוֹנַת יְמֵי הֶחָג, וּשְׁמוֹנַת יְמֵי חֲנֻוכָּה, וְיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח, וְיוֹם טוֹב שֶׁל עֲצֶרֶת. וּבַגּוֹלָה, עֶשְׂרִים וְאֶחָד יוֹם, וְאֵלּוּ הֵן: תִּשְׁעַת יְמֵי הֶחָג, וּשְׁמוֹנַת יְמֵי חֲנֻוכָּה, וּשְׁנֵי יָמִים הָרִאשׁוֹנִים שֶׁל פֶּסַח, וּשְׁנֵי יָמִים טוֹבִים שֶׁל עֲצֶרֶת.

Car Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadak : dix-huit jours dans l'année, l'individu achève le hallel, et les voici : les huit jours de la fête de Souccot, les huit jours de 'Hanouka, le premier jour de fête de Pessa'h et le jour de fête d'Atseret. Et en diaspora, vingt et un jours, et les voici : les neuf jours de la fête, les huit jours de 'Hanouka, les deux premiers jours de Pessa'h et les deux jours de fête d'Atseret.

📜 Rachi (2)
יָחִיד כְּלוֹמַר אַפֵּי' יָחִיד גּוֹמֵר בָּהֶן אֶת הַהַלֵּל שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד חַיָּיב לִגְמֹור בּוֹ אֶת הַהַלֵּל בְּמַסֶּכֶת עֲרָכִין מְפֹורָשׁ מַאי שְׁנָא דְּגוֹמֵר כָּל יְמֵי הֶחָג וּבְפֶסַח לֹא גּוֹמֵר אֶלָּא יוֹם רִאשׁוֹן מִשּׁוּם דְּחַג הַסֻּוכּוֹת חָלוּק בְּקָרְבְּנוֹתָיו וְכָל אֶחָד וְאֶחָד כְּחַג בִּפְנֵי עַצְמוֹ דָּמֵי:
C'est-à-dire : même un individu achève le hallel ces jours-là, car chacun est tenu de l'achever. Dans le traité Arakhin il est expliqué pourquoi on l'achève tous les jours de la fête de Souccot alors qu'à Pessa'h on ne l'achève que le premier jour : parce que la fête de Souccot se distingue par ses offrandes, et que chaque jour y est comme une fête à part entière.
וּבַגּוֹלָה שֶׁעוֹשִׂין שְׁנֵי יָמִים טוֹבִים מִשּׁוּם סְפֵיקָא:
Où l'on fait deux jours de fête à cause du doute sur la date.
🗂️ Tossefot (1)
וְיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח. הוּא גּוֹמֵר הַלֵּל אֲבָל שְׁמוֹנָה יְמֵי פֶּסַח לֹא מִשּׁוּם דְּלָא דָּמֵי לַחֲנֻוכָּה וְסֻוכּוֹת דַּחֲנֻוכָּה דִּינָא הוּא לִגְמֹור הַלֵּל דְּכָל הַח' יָמִים הָיָה הַנֵּס מִתְגַּדֵּל וְהָיָה כָּל חַד וְחַד יוֹם טוֹב וְכֵן בְּסֻוכּוֹת כָּל יוֹמָא וְיוֹמָא הָוֵי י"ט לְעַצְמוֹ לְפִי שֶׁפְּרִי הֶחָג מִתְמַעֲטִין וְהוֹלְכִין אֲבָל פֶּסַח אֵינוֹ מִשְׁתַּנֶּה לֹא מִקָּרְבָּנוֹת וְלֹא מִיּוֹם טוֹב לְכָךְ אֵין גּוֹמְרִים בּוֹ הַהַלֵּל אֶלָּא יוֹם הָרִאשׁוֹן וְהָאִידָּנָא דְּגוֹמְרִין תְּרֵי יוֹמֵי מִשּׁוּם דְּעָבְדִינַן אוֹתוֹ מִסָּפֵק הָוֵי חַד יוֹמָא לְעִנְיַן קְרִיאַת הַלֵּל וְכֵן בְּיוֹם שֵׁנִי שֶׁל עֲצֶרֶת וְכֵן יוֹם שֶׁל שִׂמְחַת תּוֹרָה ומש"ה יֵשׁ לָנוּ כ"א יוֹם לִגְמֹור הַלֵּל:
On y achève le hallel, mais non les huit jours de Pessa'h, car cela ne ressemble ni à 'Hanouka ni à Souccot. À 'Hanouka, il est normal d'achever le hallel, car durant les huit jours le miracle allait croissant et chaque jour était une fête. De même à Souccot, chaque jour est une fête à part, puisque les taureaux de la fête vont en diminuant. Pessa'h, lui, ne change ni par ses offrandes ni par son statut de fête ; c'est pourquoi on n'y achève le hallel que le premier jour. Et aujourd'hui, où nous l'achevons deux jours, c'est parce que nous faisons le second par doute : pour la récitation du hallel, les deux ne comptent que comme un seul jour. De même pour le second jour d'Atseret et pour le jour de Simhat Torah. C'est ainsi que nous avons vingt et un jours où l'on achève le hallel.
💡 Explication

Cette liste vient appuyer la conclusion de Rava. Elle énumère les jours où l'on achève le hallel, gomer, c'est-à-dire où on le récite en entier, et roch hodech n'y figure pas.

Rachi renvoie au traité Arakhin pour la raison du contraste entre Souccot et Pessa'h : les offrandes de Souccot changent chaque jour, ce qui fait de chaque jour une fête distincte, alors que les jours de Pessa'h sont identiques entre eux.

🖼️ Schéma
Les jours où l'individu achève le hallel Fête En terre d'Israël En diaspora Souccot, Chemini Atseret inclus 8 jours 9 jours, avec Simhat Torah 'Hanouka 8 jours 8 jours Pessa'h 1 jour, le premier 2 jours, les deux premiers Atseret, c'est-à-dire Chavouot 1 jour 2 jours Total 18 jours 21 jours Roch hodech ne figure pas dans la liste : le hallel qu'on y dit est une coutume, et on le récite en sautant des passages. Tossefot : les jours ajoutés en diaspora ne comptent pas pour eux-mêmes, ils doublent un jour unique tenu par doute.
Dix-huit jours d'achèvement du hallel en terre d'Israël, vingt et un en diaspora ; roch hodech en est absent.
7
רַב אִיקְּלַע לְבָבֶל, חֲזָנְהוּ דְּקָא קָרוּ הַלֵּילָא בְּרֵישׁ יַרְחָא, סָבַר לְאַפְסוֹקִינְהוּ. כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּקָא מְדַלְּגִי דַּלּוֹגֵי, אָמַר: שְׁמַע מִינַּהּ מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם. תְּנָא: יָחִיד לֹא יַתְחִיל, וְאִם הִתְחִיל גּוֹמֵר.

Rav arriva à Babylonie ; il les vit réciter le hallel à roch hodech et songea à les interrompre. Dès qu'il vit qu'ils sautaient des passages, il dit : apprends-en que c'est la coutume de leurs pères qu'ils tiennent en main.

On a enseigné : un individu ne commencera pas, et s'il a commencé, il achève.

📜 Rachi (3)
דִּמְדַלְּגִי דְּלֻוגֵּי כְּגוֹן אֲנַן דִּמְדַלְּגִין לֹא לָנוּ ה' לֹא לָנוּ וְנַתְחִיל מִן ה' זָכְרֵנוּ יְבָרֵךְ:
Comme nous, qui sautons « Non pas à nous, Hachem, non pas à nous » et commençons à « Hachem s'est souvenu de nous, Il bénira ».
מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶן אֲבָל הַלֵּל דַּחֲנֻוכָּה כְּגוֹן בְּאֶחָד בְּטֵבֵת וַדַּאי דָּחֵי דְּכֵיוָן דִּנְבִיאִים תִּיקְּנוּהוּ שֶׁיְּהוּ אוֹמְרִים אוֹתוֹ עַל כָּל פֶּרֶק וּפֶרֶק וְעַל כָּל צָרָה שֶׁלֹּא תָבֹא עֲלֵיהֶן כְּשֶׁנִּגְאָלִין יְהוּ אוֹמְרִין אוֹתוֹ עַל גְּאֻולָּתָן כִּדְאוֹרָיְיתָא דָּמֵי:
Mais le hallel de 'Hanouka, par exemple le premier tévet, écarte certainement le maamad. Puisque les prophètes l'ont institué pour qu'on le récite à chaque époque et pour chaque détresse qui pourrait survenir, et que les délivrés le récitent sur leur délivrance, il a valeur de loi toraique.
לֹא יַתְחִיל אֵינוֹ צָרִיךְ לְהַתְחִיל בְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ:
Il n'a pas besoin de commencer à roch hodech.
🗂️ Tossefot (1)
אֲמַר שְׁמַע מִינַּהּ מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם. י"מ דְּאַמִּנְהָג לָא מִבָּרְכִינַן מֵהָכָא וְכֵן מַשְׁמַע בְּסֻוכָּה בְּפֶרֶק לוּלָב וַעֲרָבָה (סֻוכָּה דַּף מד:) דְּקָאָמַר אָמַר אַבָּיֵי הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דְּר' יִצְחָק וְאַייְּתִי הַהִיא עֲרָבָה לְקַמֵּיהּ שָׁקֵל חַבֵּיט חַבֵּיט וְלָא בָּרֵיךְ קָסָבַר עֲרָבָה מִנְהַג נְבִיאִים הִיא אַלְמָא אַמִּנְהָג לָא מִבָּרְכִינַן אֲבָל רַבֵּינוּ תָּם פָּסַק דִּמְבָרְכִינַן דְּאִי אִיתָא דְּלָא מְבָרְכִינַן אִם כֵּן מַאי קָאָמַר בַּגְּמָרָא כֵּיוָן דְּשַׁמְעִינְהוּ דִּמְדַלְּגִי וְאָזְלִי שְׁמַע מִינַּהּ מִנְהַג אֲבוֹתֵיהֶם בִּידֵיהֶם וְכִי לֹא הָיָה לוֹ לְהַכִּיר אִי מִשּׁוּם מִנְהָג קָרוּ לֵיהּ לָא מְבָרְכִי אִי אִיתָא דְּאַמִּנְהָג לָא מְבָרְכִינַן וְאִי מְבָרְכִי לֹא מִנְהָג הוּא וְכִי תֵּימָא דְּלָא בָּא בִּתְחִילַּת קְרִיאַת הַלֵּל הָא לָא מָצֵי אָמְרַתְּ דְּהָא רַב אִיקְּלַע לְבָבֶל קָאָמַר דְּאִי אִיתָא דִּבְאֶמְצַע תְּפִלָּה בָּא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אִיקְּלַע לְבֵי כְּנִישְׁתָּא וּמִדְּלָא אָמַר מִדְּלָא בָּרְכִי מִנְהָג הוּא שְׁמַע מִינָּה דְּאַמִּנְהָגָא נָמֵי מְבָרְכִינַן וְהַהִיא דְּסֻוכָּה דְּמַשְׁמַע דְּאַמִּנְהָגָא לָא מְבָרְכִינַן הַיְינוּ דַּווְקָא אַמִּנְהָג דַּעֲרָבָה דְּלָא הָוֵי אֶלָּא מִנְהַג טִלְטוּל בְּעָלְמָא וְאַמִּנְהָג דְּטִלְטוּל לָא מְבָרְכִינַן אֲבָל בִּשְׁאָר מִנְהָג כְּמוֹ קְרִיאַת הַלֵּל וְאַחֲרִינִי כְּמוֹ אוֹתוֹ מִנְהָג וַדַּאי מְבָרְכִינַן וְכֵן הֲלָכָה לְמַעֲשֶׂה וּלְפִי זֶה יֵשׁ לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא לְדַבֵּר בְּאֶמְצַע הַהַלֵּל כֵּיוָן שֶׁבֵּירֵךְ דְּאִם כֵּן הָוֵי מַפְסִיק וְנִרְאֶה דְּאֵין יָחִיד מְחֻויָּב לִקְרֹוא הַהַלֵּל אָכֵן אִם רוֹצֶה לְחַיֵּיב עַצְמוֹ הָרְשׁוּת בְּיָדוֹ:
Certains expliquent, à partir de ce passage, qu'on ne récite pas de bénédiction sur une coutume. C'est aussi ce qui ressort du traité Souccah, au chapitre Loulav vaArava (Souccah 44b), où il est dit : Abaye a rapporté : je me tenais devant Rabbi Yits'hak ; on lui apporta une arava, il la prit et la battit à plusieurs reprises sans réciter de bénédiction, car il tenait que l'arava est une coutume des prophètes. Il en ressort qu'on ne bénit pas sur une coutume. Mais Rabbenou Tam a tranché qu'on bénit. En effet, si l'on ne bénissait pas, que signifierait le propos de la guemara : « dès qu'il les vit sauter des passages, il en conclut que c'est la coutume de leurs pères » ? Il aurait pu le reconnaître autrement : s'ils le lisaient au titre d'une coutume, ils ne béniraient pas, s'il est vrai qu'on ne bénit pas sur une coutume ; et s'ils bénissaient, ce ne serait pas une coutume. Et si tu objectes qu'il n'est pas arrivé au début de la récitation du hallel, cela ne tient pas : il est dit « Rav arriva à Babylonie » ; s'il était arrivé au milieu de la prière, il aurait fallu dire « il arriva à la synagogue ». Puisqu'il ne dit pas qu'il l'a su de ce qu'ils ne bénissaient pas, apprends-en qu'on bénit aussi sur une coutume. Et le passage de Souccah, dont il ressort qu'on ne bénit pas sur une coutume, vise précisément la coutume de l'arava, qui n'est qu'une coutume de simple manipulation ; sur une coutume de manipulation on ne bénit pas, mais sur les autres coutumes, comme la récitation du hallel et celles qui lui ressemblent, on bénit certainement. Telle est la halakha en pratique. Selon cela, il faut prendre garde de ne pas parler au milieu du hallel, puisqu'on a béni : ce serait une interruption. Et il apparaît qu'un individu n'est pas tenu de lire le hallel ; mais s'il veut s'y obliger, il en a le droit.
💡 Explication

Rav, venu de terre d'Israël, ne connaissait pas cet usage et le prit pour une récitation sans fondement. Les passages omis lui montrent que le public sait lui-même qu'il ne s'agit pas d'une obligation : une lecture incomplète signale une coutume des pères.

La braita finale tire la conséquence pratique : personne n'est tenu d'entamer le hallel de roch hodech ; celui qui l'a entamé le mène à son terme, parce qu'on n'abandonne pas une récitation commencée.

Tossefot en fait le point de départ d'une discussion célèbre : bénit-on sur une coutume ? Rabbenou Tam répond par l'affirmative, en s'appuyant précisément sur le fait que Rav ait eu besoin des passages sautés pour trancher.

8
חֲמִשָּׁה דְּבָרִים אֵירְעוּ אֶת אֲבוֹתֵינוּ בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בְּתַמּוּז וְכוּ׳. נִשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת, מִנָּלַן? דְּתַנְיָא: בְּשִׁשָּׁה לַחֹדֶשׁ נִיתְּנוּ עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת לְיִשְׂרָאֵל, רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה בּוֹ. מַאן דְּאָמַר בְּשִׁשָּׁה נִיתְּנוּ — בְּשִׁשָּׁה נִיתְּנוּ, וּבְשִׁבְעָה עָלָה מֹשֶׁה.

« Cinq choses sont arrivées à nos pères le dix-sept tamouz », etc. Que les Tables aient été brisées, d'où le savons-nous ?

Car on a enseigné : le six du mois, les dix commandements furent donnés à Israël ; Rabbi Yossi dit : le sept du mois. Pour celui qui dit qu'ils furent donnés le six : ils furent donnés le six, et le sept Moche monta.

📜 Rachi (2)
ר' יוֹסֵי אוֹמֵר בְּשִׁבְעָה וְטַעְמַייְהוּ מִקְּרָא בְּמַסֶּכֶת שַׁבָּת בְּפֶרֶק ר"ע:
Leurs raisons, tirées d'un verset, se trouvent dans le traité Chabbat, au chapitre de Rabbi Akiva.
בְּשִׁבְעָה עָלָה מֹשֶׁה לְקַבֵּל הַלּוּחוֹת כְּלוֹמַר וַדַּאי לֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג עֲלָהּ דְּמַתְנִי' דְּקָתָנֵי דבי"ז בְּתַמּוּז נִשְׁתַּבְּרוּ הַלּוּחוֹת מִכְּלָל דְּכוּלְּהוּ סְבִירָא לְהוּ דִּבְשִׁבְעָה עֲלָהּ וְלָאו מִקְּרָא נָפְקָא לָן דִּבְשִׁבְעָה עָלָה דְּהַאי דִּכְתִיב וַיִּשְׁכֹּון כְּבוֹד ה' עַל הַר סִינַי וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן שֵׁשֶׁת יָמִים וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי אִיכָּא מַאן דְּדָרֵישׁ לֵיהּ בְּמַסֶּכֶת יוֹמָא כִּי אַחַר מַתַּן תּוֹרָה הֲוָה מִשִּׁבְעָה בְּסִיוָן עַד י"ז בְּתַמּוּז אִיכָּא מ' יוֹם כ"ד דְּסִיוָן שֶׁהוּא מָלֵא וָי"ו דְּתַמּוּז הֲרֵי מ' יוֹם שֶׁעָמַד מֹשֶׁה בָּהָר:
Pour recevoir les Tables. Autrement dit : assurément personne ne conteste la michna qui enseigne que les Tables furent brisées le dix-sept tamouz ; il en ressort que tous tiennent que Moche est monté le sept. Ce n'est pas d'un verset que nous tirons qu'il est monté le sept : le verset « la gloire de Hachem demeura sur le mont Sinaï et la nuée le couvrit six jours, et Il appela Moche le septième jour », certains l'interprètent dans le traité Yoma comme portant sur ce qui suivit le don de la Torah. Du sept sivan au dix-sept tamouz il y a quarante jours : vingt-quatre de sivan, qui est un mois plein, et seize de tamouz ; voilà les quarante jours pendant lesquels Moche se tint sur la montagne.
💡 Explication

La guemara passe à la michna des cinq malheurs du dix-sept tamouz et demande la source de chacun. Pour le bris des Tables, la date se déduit d'un calcul plutôt que d'un verset explicite.

Le point de départ est une divergence sur la date du don de la Torah, six ou sept sivan. Rachi souligne que la divergence ne porte pas sur la montée de Moche : dans les deux avis, elle a lieu le sept sivan, et c'est ce point commun qui rend le calcul possible.

9
מַאן דְּאָמַר בְּשִׁבְעָה — בְּשִׁבְעָה נִיתְּנוּ, וּבְשִׁבְעָה עָלָה מֹשֶׁה, דִּכְתִיב: ״וַיִּקְרָא אֶל מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי״, וּכְתִיב: ״וַיָּבֹא מֹשֶׁה בְּתוֹךְ הֶעָנָן וַיַּעַל אֶל הָהָר וַיְהִי מֹשֶׁה בָּהָר אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לָיְלָה״. עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה דְּסִיוָן, וְשִׁיתְסַר דְּתַמּוּז, מָלוּ לְהוּ אַרְבְּעִין.

Pour celui qui dit le sept : ils furent donnés le sept, et le sept Moche monta, ainsi qu'il est écrit : « Il appela Moche le septième jour », et il est écrit : « Moche entra au milieu de la nuée, il monta sur la montagne, et Moche fut sur la montagne quarante jours et quarante nuits ». Vingt-quatre jours de sivan et seize de tamouz : cela fait quarante.

💡 Explication

Le compte est exact : sivan compte trente jours, un mois plein, de sorte qu'il en reste vingt-quatre après le sept ; en ajoutant les seize premiers jours de tamouz, on obtient les quarante jours du verset.

Le quarantième jour ainsi achevé, la descente tombe sur le dix-sept tamouz.

10
בְּשִׁיבְסַר בְּתַמּוּז נְחִית, אֲתָא וְתִבְרִינְהוּ לְלוּחוֹת, וּכְתִיב: ״וַיְהִי כַּאֲשֶׁר קָרַב אֶל הַמַּחֲנֶה וַיַּרְא אֶת הָעֵגֶל וַיַּשְׁלֵךְ מִיָּדָיו אֶת הַלֻּחֹות וַיְשַׁבֵּר אֹתָם תַּחַת הָהָר״.

Le dix-sept tamouz il descendit, vint et brisa les Tables, ainsi qu'il est écrit : « Et il advint, lorsqu'il approcha du camp et vit le veau, qu'il jeta les Tables de ses mains et les brisa au pied de la montagne ».

💡 Explication

Le verset fournit l'événement, le calcul fournit la date : les deux réunis établissent l'enseignement de la michna.

11
בָּטַל הַתָּמִיד — גְּמָרָא.

« Le tamid a cessé » : c'est une tradition reçue.

📜 Rachi (1)
גְּמָרָא כָּךְ קִיבַּלְנוּ מֵאֲבוֹתֵינוּ:
Ainsi l'avons-nous reçu de nos pères.
💡 Explication

Le mot guemara désigne ici une tradition orale transmise, sans appui scripturaire. L'interruption du sacrifice quotidien pendant le siège est un fait conservé par la mémoire des maîtres.

12
הֻובְקְעָה הָעִיר. בְּשִׁבְעָה עָשָׂר? וְהָכְתִיב: ״בַּחֹדֶשׁ הָרְבִיעִי בְּתִשְׁעָה לַחֹדֶשׁ וַיֶּחֱזַק הָרָעָב בָּעִיר״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַתִּבָּקַע הָעִיר וְגוֹ׳״!

« La ville fut ouverte par une brèche. » Le dix-sept ? Mais il est écrit : « Au quatrième mois, le neuf du mois, la famine devint forte dans la ville », et il est écrit ensuite : « et la ville fut ouverte par une brèche, etc. » !

💡 Explication

Le quatrième mois compte depuis nissan : il s'agit de tamouz. Le verset de Yirmeya place donc la brèche autour du neuf tamouz, contre la michna qui la place le dix-sept.

13
אָמַר רָבָא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן — בָּרִאשׁוֹנָה, כָּאן — בַּשְּׁנִיָּה. דְּתַנְיָא: בָּרִאשׁוֹנָה הֻובְקְעָה הָעִיר בְּתִשְׁעָה בְּתַמּוּז, בַּשְּׁנִיָּה בְּשִׁבְעָה עָשָׂר בּוֹ.

Rava dit : ce n'est pas une difficulté : ici, lors du premier Temple ; là, lors du second. Car on a enseigné : lors du premier, la ville fut ouverte le neuf tamouz ; lors du second, le dix-sept.

💡 Explication

La réponse de Rava est une distinction de cas, classique dans la guemara : deux sources vraies portent sur deux réalités distinctes.

La michna, qui fonde le jeûne, retient la date du second Temple, plus proche des maîtres qui l'ont enseignée. La braita confirme la distinction et lui donne un appui tanaitique.

🖼️ Schéma
Deux dates pour la brèche de Jérusalem Premier Temple Brèche le 9 tamouz Source : Yirmeya 52, la famine forte le neuf du quatrième mois, puis la brèche. C'est le verset invoqué par l'objection. Second Temple Brèche le 17 tamouz Source : la michna de notre traité, confirmée par une braita. C'est cette date que le jeûne commémore.
Rava résout la contradiction en attribuant chaque date à une destruction différente.
14
שָׂרַף אַפּוֹסְטְמוֹס אֶת הַתּוֹרָה — גְּמָרָא.

« Apostemos brûla la Torah » : c'est une tradition reçue.

💡 Explication

Comme pour la cessation du tamid, la date tient à la transmission et non à un verset. Apostemos est un officier étranger dont l'acte est conservé par la mémoire des maîtres.

15
הֶעֱמִיד צֶלֶם בַּהֵיכָל, מִנָּלַן? דִּכְתִיב: ״וּמֵעֵת הוּסַר הַתָּמִיד וְלָתֵת שִׁקּוּץ שֹׁמֵם״.

« Il dressa une idole dans le Sanctuaire », d'où le savons-nous ? Car il est écrit : « et depuis le temps où le tamid sera ôté et où sera placée l'abomination dévastatrice ».

📜 Rachi (1)
וּמֵעֵת הוּסַר הַתָּמִיד לָתֵת שִׁקּוּץ שׁוֹמֵם וְגוֹ' דִּבְעֵת שֶׁהוּסַר וְנִתְבַּטֵּל הַתָּמִיד בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם נָתַן שִׁקּוּץ שׁוֹמֵם דְּהַיְינוּ הָועֳמַד צֶלֶם בַּהֵיכָל:
Car au moment où le tamid fut ôté et annulé, ce jour-là même fut placée l'abomination dévastatrice, c'est-à-dire qu'une idole fut dressée dans le Sanctuaire.
💡 Explication

Le verset de Daniel relie les deux événements dans une seule phrase. Puisque la cessation du tamid est tenue par tradition pour avoir eu lieu le dix-sept tamouz, l'idole a été dressée le même jour.

Le raisonnement transfère donc une date connue d'un fait à l'autre par la solidarité que le verset établit entre eux.

16
וְחַד הֲוָה? וְהָכְתִיב: ״וְעַל כְּנַף שִׁקּוּצִים מְשֹׁמֵם״! אָמַר רָבָא: תְּרֵי הָווּ, וּנְפַל חַד עַל חַבְרֵיהּ וְתַבְרֵיהּ (לֵיהּ) לִידֵיהּ, וְאִשְׁתְּכַח דַּהֲוָה כְּתִיב:

Et n'y en avait-il qu'une ? Mais il est écrit : « et sur l'aile des abominations, un dévastateur » !

Rava dit : il y en avait deux ; l'une tomba sur l'autre et lui brisa la main, et l'on trouva écrit :

📜 Rachi (4)
ה"ג וְהָא כְּתִיב עַל כְּנַף שִׁקּוּצִים כְּלוֹמַר הָא כְתִיב קְרָא אַחֲרִינָא דִּכְתִיב בֵּיהּ שִׁקּוּצִים דְּמַשְׁמַע תְּרֵי:
Telle est notre version. C'est-à-dire : voici qu'un autre verset est écrit, où figure le mot « abominations », au pluriel, ce qui laisse entendre qu'il y en avait deux.
תְּרֵי הָווּ שֶׁהֶעֱמִידָן מְנַשֶּׁה בַּהֵיכָל:
Que Menaché dressa dans le Sanctuaire.
וּנְפַל חַד עַל חַבְרֵיהּ וְקַטְעֵיהּ לִידֵיהּ וְהַנִּקְטָע לָא קָא חֲשִׁיב וְהַיְינוּ דִּכְתִיב שִׁקּוּץ אֶחָד:
Celle dont la main fut tranchée n'est pas comptée, et c'est pourquoi le verset écrit « une abomination », au singulier.
אִשְׁתְּכַח דִּכְתִיב עַל הַהוּא צֶלֶם הָכִי:
Sur cette idole, voici ce qui était écrit.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִשְׁתְּכַח דִּכְתִיב עִילָּוֵיהּ עַל אוֹתוֹ יָד פֵּירוּשׁ מָצְאוּ כָּתוּב עַל הַיָּד שֶׁנֶּחְתְּכָה מִן הַצֶּלֶם אַנְתְּ צְבִי לְאַחְרוֹבֵי בֵּיתֵיהּ כְּלוֹמַר בֵּיתוֹ שֶׁל הקב"ה אַשְׁלַמְתְּ לֵיהּ כְּלוֹמַר וְכֹחֲךָ נָתַתָּ לוֹ וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים דְּהַכְּתִיבָה הֲוָה עַל הַצֶּלֶם הַשָּׁלֵם וה"ק אַשְׁכַּחִי' עָלֶיהָ עַל הַצֶּלֶם הַשָּׁלֵם אַנְתְּ צְבִי לְאַיחֲרוּבֵי בֵּיתֵיהּ כְּלוֹמַר אַתָּה רָצִיתָ לְהַחֲרִיב בֵּיתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא וִידָךְ אַשְׁלַמְתְּ לֵיהּ לְכָךְ שִׁלַּמְתִּי אֶת יָדְךָ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁחָתַכְתִּי:
Sur cette main : cela signifie qu'on trouva écrit sur la main tranchée de l'idole « toi, tu as voulu détruire Sa maison », c'est-à-dire la maison du Saint béni soit-Il, « tu la lui as livrée », c'est-à-dire : tu lui as donné ta force. Et certains expliquent que l'inscription se trouvait sur l'idole restée entière, et voici le sens : on trouva écrit sur elle, sur l'idole entière, « toi, tu as voulu détruire Sa maison », c'est-à-dire tu as voulu détruire la maison du Saint béni soit-Il, « et ta main, tu la lui as livrée », autrement dit : c'est pourquoi j'ai livré ta main au Saint béni soit-Il, en la tranchant.
💡 Explication

L'objection repose sur le pluriel chikoutsim, « abominations », dans Daniel 9, alors que la michna et le verset de Daniel 12 parlent d'une seule idole.

Rava concilie les deux : deux idoles furent dressées, mais l'une fut mutilée et cessa d'être comptée. Le folio s'interrompt sur le début de l'inscription trouvée, dont le texte araméen et le sens sont donnés au folio suivant ; Tossefot en propose deux lectures, selon qu'elle figurait sur la main tranchée ou sur l'idole entière.

🖼️ Schéma
Une idole ou deux : la réponse de Rava La michna Une idole dressée dans le Sanctuaire, au singulier. Le verset de Daniel 9 "Sur l'aile des abominations" au pluriel : donc deux au moins. Rava Deux au départ ; l'une tombe sur l'autre et lui brisé la main. Pourquoi la michna n'en compte qu'une Rachi : celle dont la main a été tranchée n'entre plus dans le compte ; seule l'idole intacte est mentionnée. Une inscription araméenne fut trouvée sur elle ; la suite du texte se lit au folio suivant.
Le pluriel du verset et le singulier de la michna se concilient par le récit de l'idole mutilée.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).