Sougya : Le folio démontre, date par date, que chacun des malheurs énumérés par la Michna est tombé un 9 Av. La guemara reconstitue d'abord le calendrier de la deuxième année au désert, depuis le dressage du Michkan jusqu'au retour des explorateurs, et aboutit à un compte de trente-neuf jours : Abaye corrige en posant que le mois de Tamouz de cette année-là fut plein.
La nuit des pleurs devient alors la nuit du 9 Av, et Hachem répond : « Vous avez pleuré un pleur gratuit, Je fixe pour vous un pleur pour les générations. » Vient ensuite la contradiction entre Melakhim (le 7 du cinquième mois) et Yirmeyahou (le 10) : une baraita répartit les événements sur quatre jours et Rabbi Yo'hanan aurait fixé le jeûne au 10, les Sages préférant le début du malheur. Le folio établit la même date pour le second Temple, rapporte la destruction de Beitar et le labourage de la ville, l'épisode de Rabban Gamliel sauvé par un officier romain, puis les jeunes cohanim jetant les clés du Sanctuaire vers le Ciel.
Il s'achève sur la Michna suivante : comme on diminue la joie à l'entrée d'Av, on l'augmente à l'entrée d'Adar.
« Toi, tu voulais détruire la Maison — ta main la lui a livrée. »
Ce segment achève le récit ouvert au folio précédent : dans le Heikhal ravagé, on trouve deux idoles, l'une tombée sur l'autre et la main tranchée, avec cette phrase gravée. Rachi donne deux lectures du mot achlimat : « elle t'a payé » (vengeance) ou « tu me l'as prêtée » (complicité).
La guemara passe ensuite à la démonstration systématique de la Michna : chacun des cinq malheurs énumérés est-il bien tombé un 9 Av ?
« Le 9 Av, il fut décrété sur nos pères qu'ils n'entreraient pas dans le Pays. » D'où le savons-nous ? De ce qu'il est écrit : « Et ce fut, au premier mois de la seconde année, le premier du mois, que le Michkan fut dressé. » Et le Maître a dit : la première année, Moche fabriqua le Michkan ; la seconde, Moche dressa le Michkan et envoya les explorateurs.
Et il est écrit : « Et ce fut, la seconde année, au deuxième mois, le vingtième du mois, que la nuée s'éleva de dessus le Michkan du Témoignage. »
La démonstration est purement calendaire : la guemara veut faire coïncider, jour pour jour, le retour des explorateurs et la nuit des pleurs avec le 9 Av. Elle pose donc deux bornes fermes tirées de versets : le 1 Nissan de la deuxième année (dressage du Michkan) et le 20 Iyar (levée de la nuée, donc départ du Sinaï).
Le mot manalan (d'où le tenons-nous ?) introduit ici une demande de source pour une clause de la Michna, non une objection.
Et il est écrit : « Et ils partirent de la montagne de Hachem, chemin de trois jours. » Rabbi Hama bar Hanina a dit : ce jour-là, ils se sont détournés de derrière Hachem. Et il est écrit : « Et la populace qui était au milieu d'eux fut prise de convoitise, et les enfants d'Israël aussi se remirent à pleurer, etc. » ; et il est écrit : « jusqu'à un mois de jours, etc. » — cela leur fait le 22 Sivan,
Rabbi Hama bar Hanina lit « ils partirent de la montagne de Hachem » comme « ils se hatterent de s'éloigner de derrière Hachem » : le départ lui-même porte déjà la faute. C'est ce jeu sur la racine que Rachi signale en rapprochant mehar de maher.
Pour le calcul, tiens la chaîne : départ le 20 Iyar, trois jours de marche, puis le mois de viande de vingt-neuf jours (Iyar étant un mois déficient), ce qui tombe le 22 Sivan. Tossefot refait le compte par une autre voie et retrouve la même date.
et il est écrit : « Et Myriam fut enfermée sept jours » — cela leur fait le 29 Sivan ; et il est écrit : « Envoie pour toi des hommes »,
Le verset précise que « le peuple ne partit pas jusqu'à ce que Myriam fut réintégrée » : les sept jours de son enfermement hors du camp immobilisent tout le camp, ils entrent donc dans le compte. Du 23 au 29 Sivan.
Le verset « Envoie pour toi des hommes » suit immédiatement dans la Torah : la guemara en tire que l'envoi des explorateurs se place juste après, au 29 Sivan.
et il a été enseigné : le 29 Sivan, Moche envoya les explorateurs. Et il est écrit : « Et ils revinrent d'explorer le pays au bout de quarante jours. » Or ces quarante jours-là sont quarante moins un !
La baraita confirme la date obtenue par le calcul. Reste la vérification du terme : si les explorateurs partent le 29 Sivan et reviennent « au bout de quarante jours », leur retour doit tomber le 9 Av pour que la nuit des pleurs soit la nuit du 9 Av.
Rachi fait le compte : 29 et 30 Sivan (deux jours), Tamouz supposé déficient (vingt-neuf jours), puis huit jours d'Av. Total trente-neuf. Il manque un jour, et toute la démonstration tient à ce jour manquant.
Abaye a dit : le Tamouz de cette année-là, on l'a rendu plein, ainsi qu'il est écrit : « Il a convoqué contre moi un temps fixé pour briser mes jeunes gens. »
Un mois hébraïque compte vingt-neuf ou trente jours : on le dit hasser (déficient) ou mâle (plein). Abaye répond que Tamouz fut plein cette année-là, ce qui ajoute exactement le jour manquant et porte le compte à quarante.
L'appui scripturaire joue sur le mot moed : le verset de Ekha parle d'un « temps fixé convoqué contre moi ». Un jour supplémentaire a été convoqué au calendrier pour que le malheur tombe précisément le 9 Av.
Et il est écrit : « Et toute l'assemblée éleva la voix, ils donnèrent de la voix, et le peuple pleura cette nuit-là. » Rabba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : cette nuit-là était la nuit du 9 Av. Le Saint, béni soit-Il, leur dit : vous avez pleuré un pleur gratuit — et Moi, Je fixe pour vous un pleur pour les générations.
La démonstration s'achève ici : les explorateurs rentrent le 9 Av, le peuple pleure la nuit qui suit, donc la nuit du 9 Av. La Michna est justifiée.
La formule « bekhia chel hinam » (un pleur gratuit) désigne des larmes versées sans objet réel, puisque le rapport des explorateurs était faux. La mesure est exacte : une nuit de larmes sans cause devient la nuit où les larmes auront causé, pour toutes les générations.
« La Maison fut détruite la première fois » : ainsi qu'il est écrit : « Et au cinquième mois, le sept du mois, c'était la dix-neuvième année du roi Nevoukhadnetsar roi de Bavel, Nevouzaradan chef des gardes, serviteur du roi de Bavel, vint à Yerouchalayim et brûla la maison de Hachem, etc. » ; et il est écrit : « Et au cinquième mois, le dix du mois, c'était la dix-neuvième année du roi Nevoukhadnetsar roi de Bavel, Nevouzaradan chef des gardes, qui se tenait devant le roi de Bavel, vint à Yerouchalayim, etc. »
La guemara passe à la deuxième clause de la Michna et bute aussitôt sur une contradiction : Melakhim II date l'événement du sept du cinquième mois, Yirmeyahou du dix. Ni l'une ni l'autre de ces dates n'est le 9 Av.
Le cinquième mois compte depuis Nissan : c'est le mois d'Av.
Et il a été enseigné : il est impossible de dire « le sept », car il est déjà dit « le dix » ; et il est impossible de dire « le dix », car il est déjà dit « le sept ». Comment donc ?
Le sept, les nations entrèrent dans le Heikhal, y mangèrent et le profanèrent, le septième et le huitième ;
La baraita applique la règle ordinaire de résolution : deux versets qui se contredisent décrivent en réalité deux moments distincts d'un même processus. Le verbe « vint » de chaque verset ne porte donc pas sur le même acte.
Kilkelou (ils corrompirent) est le terme technique de la profanation du lieu ; Rachi et les commentateurs y lisent des actes de débauche commis dans le Sanctuaire même.
et le neuvième, vers la tombée de la nuit, ils y mirent le feu, et il alla brûlant tout le jour entier, ainsi qu'il est dit : « Malheur à nous, car le jour a décliné, car les ombres du soir s'allongent. » Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : si j'avais été de cette génération-là, je ne l'aurais fixé qu'au dixième, parce que c'est ce jour-là que la majeure partie du Heikhal a brûlé. Et les Sages : le commencement du malheur est préférable.
Le feu est mis à la fin du 9 et brûlé tout le 10 : les deux versets sont donc vrais, et la Michna retient le 9. Rabbi Yo'hanan conteste le choix, sans le modifier : il aurait fixé le jeûne au jour où le Heikhal a effectivement brûlé.
La réponse des Sages tient en trois mots : athalta de-pouranouta adifa, le commencement du malheur l'emporte. Le jeûne commémore le moment où la chose est devenue irréversible, plutôt que celui de son plus grand volume.
Et la seconde fois, d'où le savons-nous ? De ce qu'il a été enseigné : on fait rouler un mérite vers un jour méritant, et une charge vers un jour chargé.
Pour le second Temple, la guemara ne dispose d'aucun verset : elle recourt à un principe général de la conduite du monde. Megalgelin (on fait rouler) décrit une orientation des événements vers le jour qui leur correspond déjà.
Rachi note une variante de texte : la baraita porterait « par l'intermédiaire d'un homme méritant » plutôt que « vers un jour méritant ». Les deux lectures coexistent dans les manuscrits.
Ils ont dit : lorsque le Temple fut détruit la première fois, ce jour-là était un 9 Av, et c'était une issue de Chabbat, et c'était une issue d'année chémitique, et c'était la garde de Yehoyariv. Et les Leviim disaient le chant, debout sur leur estrade.
Et quel chant disaient-ils ? « Il fera retomber sur eux leur iniquité, et par leur propre mal Il les anéantira » ; et ils n'eurent pas le temps de dire « Il les anéantira, Hachem notre D.ieu », que les nations vinrent et les soumirent.
Et de même la seconde fois.
Le passage aligne cinq coïncidences du jour de la destruction : la date, le jour de la semaine, la position dans le cycle chémitique, la garde sacerdotale de service, et le verset que les Leviim étaient en train de chanter. Le même faisceau vaut pour la seconde destruction, ce qui établit la date demandée.
La difficulté relevée par Rachi et Tossefot : le verset chanté appartient au psaume du mercredi, alors que le jour était un dimanche. Réponse : ce ne fut pas le chant réglementaire du jour, mais une complainte (ilya) venue spontanément.
« Beitar fut prise » — c'est une tradition.
Le mot guemara désigne ici une tradition orale reçue, sans appui de verset ni de baraita. La guemara le dit sans embarras : sur ce point, la date se transmet et ne se démontre pas.
« La ville fut labourée » — il a été enseigné : lorsque Tournousroufous le mécréant laboura le Heikhal, un décret de mise à mort fut prononcé contre Rabban Gamliel. Un certain officier vint et se tint dans la maison d'étude, et dit : l'homme au nez est demandé, l'homme au nez est demandé.
Rabban Gamliel entendit, s'en alla et se cacha d'eux.
Le labourage du Heikhal est l'accomplissement de la prophétie de Mikha ; il s'accompagne d'une répression des chefs d'Israël, dont Rabban Gamliel, le nassi.
L'officier — le mot hégmon désigne un haut fonctionnaire romain — ne prononce pas le nom : il donne un signalement codé, compréhensible des élèves de la maison d'étude et opaque pour les agents du roi. Rachi retient deux lectures de baal ha-hotem : la prestance physique, ou le rang de premier de la génération.
Il alla vers lui en secret et lui dit : si je te sauve, m'amèneras-tu au monde à venir ? Il lui dit : oui.
Il lui dit : prête-m'en serment. Il le lui jura.
Il monta sur le toit, tomba et mourut. Or ils avaient pour tradition que, lorsqu'ils décrétaient un décret et que l'un d'eux mourait, ils annulaient leur décret.
Une voix céleste sortit et dit : cet officier est convié à la vie du monde à venir.
L'officier troque sa vie contre une part au monde à venir et se tue pour provoquer l'annulation du décret, en s'appuyant sur une superstition romaine que la baraita rapporte telle quelle.
La bat kol confirme que l'engagement a tenu. Le Ben Yehoyada relève l'expression exacte, mezouman (convié), qui marque un degré supérieur à ben olam haba, et cherche comment un tel degré s'acquiert en un seul acte.
Nos maîtres ont enseigné : lorsque la Maison fut détruite la première fois, des groupes et des groupes de jeunes cohanim se rassemblèrent, les clés du Heikhal en main ; ils montèrent sur le toit du Heikhal et dirent devant Lui : Maître du monde ! Puisque nous n'avons pas mérité d'être des trésoriers fidèles, que les clés Te soient remises.
Et ils les jetèrent vers le haut. Il sortit comme une paume de main qui les reçut d'eux.
Et eux sautèrent et tombèrent dans le feu.
Pirhei kehouna désigne les jeunes cohanim, ceux qui entraient en service. Le terme guizbarin (trésoriers) est le titre technique des responsables des biens du Temple : ils rendent leur charge avec les clés.
Le geste de rendre les clés au Ciel et celui de se jeter dans le feu forment un seul acte : ils ne survivent pas à la fonction qu'ils remettent.
Et sur eux Yechayahou le prophète a fait cette complainte : « Oracle sur la vallée de la vision. Qu'as-tu donc, que tu sois montée tout entière sur les toits ?
Pleine de clameurs, ville tumultueuse, cité joyeuse : tes victimes ne sont pas victimes de l'épée ni mortes à la guerre. » Du Saint, béni soit-Il, également il est dit : « clamant <i>kir</i> et criant vers la montagne ».
Le verset s'applique littéralement aux jeunes cohanim : ils sont « montés sur les toits » et leurs morts ne sont ni des morts par l'épée ni des morts au combat.
La dernière phrase franchit un pas : le même vocabulaire de cri est rapporté au Saint, béni soit-Il. Rachi lit mekarker comme un terme de gémissement, ce qui fait du verset la description d'un deuil du Ciel sur la destruction.
« Dès qu'entre Av, on diminue la joie », etc. Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : de même que dès qu'entre Av on diminue la joie, ainsi dès qu'entre Adar on augmente la joie.
Le folio quitte la démonstration des dates et ouvre la clause suivante de la Michna. Rav établit une symétrie entre les deux mois : la diminution de joie en Av a pour contrepartie une augmentation en Adar.
Le Roch prolonge la sougya du côté pratique : quelles restrictions valent durant la semaine où tombe le 9 Av (lessive, coupe de cheveux), et que se passe-t-il quand le 9 Av tombe un Chabbat. Sur ce dernier point il rapporte la position stricte du Maharam de Rothenburg, expose ses propres objections tirées des différences entre le deuil et le 9 Av, puis conclut que l'usage suit la Tossefta.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).