Taanit 29a — Pourquoi le 9 Av : le calcul des quarante jours des explorateurs, les quatre jours de l'incendie du Temple, et les clés rendues au Ciel

Taanit 29a

Sougya : Le folio démontre, date par date, que chacun des malheurs énumérés par la Michna est tombé un 9 Av. La guemara reconstitue d'abord le calendrier de la deuxième année au désert, depuis le dressage du Michkan jusqu'au retour des explorateurs, et aboutit à un compte de trente-neuf jours : Abaye corrige en posant que le mois de Tamouz de cette année-là fut plein.

La nuit des pleurs devient alors la nuit du 9 Av, et Hachem répond : « Vous avez pleuré un pleur gratuit, Je fixe pour vous un pleur pour les générations. » Vient ensuite la contradiction entre Melakhim (le 7 du cinquième mois) et Yirmeyahou (le 10) : une baraita répartit les événements sur quatre jours et Rabbi Yo'hanan aurait fixé le jeûne au 10, les Sages préférant le début du malheur. Le folio établit la même date pour le second Temple, rapporte la destruction de Beitar et le labourage de la ville, l'épisode de Rabban Gamliel sauvé par un officier romain, puis les jeunes cohanim jetant les clés du Sanctuaire vers le Ciel.

Il s'achève sur la Michna suivante : comme on diminue la joie à l'entrée d'Av, on l'augmente à l'entrée d'Adar.

De la nuée qui se lève à la nuit des pleurs : le calendrier de la deuxième année 1 Nissan, an 2 Le Michkan est dressé (Chemot 40,17). Première année : Moche le fabrique. 20 Iyar La nuée s'élève de dessus le Michkan du Témoignage (Bamidbar 10,11). Départ. 3 jours de marche (20 à 22 Iyar) R. Hama bar Hanina : ce jour-là ils se sont détournés de derrière Hachem. 29 jours de viande (23 Iyar à 22 Sivan) Jusqu'à un mois de jours : le mois des convoitises s'achève le 22 Sivan. 7 jours de Myriam (23 à 29 Sivan) Le camp ne repart pas tant qu'elle est enfermée hors du camp. 29 Sivan : envoi des explorateurs Puis 40 jours de tournée : 1 de Sivan + 30 de Tamouz (mois plein) + 9 d'Av. Nuit du 9 Av : "toute l'assemblée éleva la voix" Pleur gratuit cette nuit-là, pleur fixé pour les générations.
Le calcul complet de la guemara : chaque étape est tirée d'un verset, et la somme tombe sur la nuit du 9 Av.
La contradiction 7 / 10 Av et sa résolution par la baraita Melakhim II 25,8 : le SEPT du cinquième mois, Nevouzaradan vint et brûla la Maison. Yirmeyahou 52,12 : le DIX du cinquième mois, Nevouzaradan vint et brûla la Maison. Baraita : les deux versets décrivent quatre journées distinctes 7 Av Les nations entrent dans le Heikhal 8 Av Elles y mangent et le profanent 9 Av Vers la tombée du soir, elles y mettent le feu 10 Av Le feu brûle tout le jour : la majeure partie brûle R. Yo'hanan : j'aurais fixé le 10 Sages : le début du malheur prime
Deux versets, quatre journées : d'où la mahloket sur la date du jeûne, le début ou le gros de l'incendie.
Les cinq malheurs du 9 Av et la preuve apportée pour chacun Décret sur les pères : pas d'entrée Calcul de dates tiré de versets, corrigé par Abaye (Tamouz plein) Destruction du premier Temple Deux versets contradictoires harmonisés par une baraita Destruction du second Temple Principe : on fait rouler le malheur vers le jour déjà chargé Prise de Beitar Guemara : tradition reçue, sans verset ni baraita La ville labourée Baraita : Tournousroufous laboure le Heikhal ; Rabban Gamliel visé Le folio démontre chaque ligne de la Michna dans son ordre, puis passe à la Michna suivante : Av et Adar.
Le plan du folio : la Michna est reprise clause par clause, chacune recevant son mode de preuve propre.
1
אַנְתְּ צָבֵית ל[א]חָרוּבֵי בֵּיתָא — יָדְךָ אַשְׁלֵימְתְּ לֵיהּ.

« Toi, tu voulais détruire la Maison — ta main la lui a livrée. »

📜 Rachi (1)
אַנְתְּ צָבֵית לְאַחְרוֹבֵי בֵּיתֵיהּ וִידָךְ אַשְׁלֵימְתְּ לֵיהּ הַצֶּלֶם אוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ אַתָּה רָצִיתָ לְהַחֲרִיב בֵּיתוֹ שֶׁל מָקוֹם שֶׁהִטֵּיתָ יִשְׂרָאֵל אַחֲרֶיךָ וַאֲנִי עָשִׂיתִי בָּךְ נְקָמָה וְשִׁילַּמְתִּי לְךָ יָדִי ל"א אַנְתְּ צְבֵית לְאַחְרוֹבֵי בֵּיתָא וִידָךְ [אוֹשֵׁלִית] לִי לְשׁוֹן שְׁאִילַת [כֵּלִים] כְּלוֹמַר וְעָלָה בְּיָדִי:
L'idole dit à sa compagne : toi, tu as voulu détruire la Maison de Celui qui est le Lieu du monde, puisque tu as dévoyé Israël à ta suite ; et moi, j'ai tiré vengeance de toi et je t'ai payé — « ma main ». Autre version : « Toi, tu voulais détruire la Maison, et ta main, tu me l'as prêtée » — au sens du prêt d'objets ; c'est-à-dire : et l'affaire a réussi entre mes mains.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תְּרֵי הָווּ, וּנְפַל חַד עַל חַבְרֵיהּ וְקַטְעֵיהּ לִידֵיהּ, וְאַשְׁכַּחוּ דִּכְתִיב עִילָּוֵיהּ: אַנְתְּ צָבֵית לְאַחְרוֹבֵי בֵּיתָא, וִידָךְ אַשְׁלֵימְתְּ לֵיהּ. נִרְאֶה כְּתִיבָה שֶׁמָּצְאוּ כָּתוּב עַל הַסֶּמֶל הָיְתָה עַל יְדֵי כּוֹחוֹת הַסִּטְרָא אַחֲרָא לְהוֹדִיעַ לְיִשְׂרָאֵל שְׁכוּחוֹת הַסִּטְרָא אַחֲרָא נִלְחֲמוּ הֵם בָּהֶם עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁאָמַר הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָהוּ יט, ב) וְסִכְסַכְתִּי מִצְרַיִם בְּמִצְרַיִם, וּמֵחֲמַת כֵּן הָיָה לְיִשְׂרָאֵל הַצָּלָה פּוּרְתָּא מִן הַכְּלָיָה. וּמַה שֶׁנַּעֲשֵׂית הַנְּקָמָה בְּסֶמֶל בִּקְטִיעַת יָדוֹ וְלֹא בְּאֵבֶר אַחֵר, נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי הַסּוֹד שֶׁל תְּפִילַּת מוּסָף שֶׁאוֹמְרִים וְאֵין אֲנַחְנוּ יְכוֹלִים לַעֲלוֹת וְלִרְאוֹת וּלְהִשְׁתַּחֲוֹת לְפָנֶיךָ בְּבֵית בְּחִירָתָךְ בִּנְוֵה הֲדָרָךְ בַּבַּיִת הַגָּדוֹל וְהַקָּדוֹשׁ שֶׁנִּקְרָא שִׁמְךָ עָלָיו מִפְּנֵי הַיָּד שֶׁנִּשְׁתַּלְּחָה בְּמִקְדָּשָׁךְ, וְכָתוּב בְּכַוָּנוֹת שֶׁבַּסִּידּוּרִים שֶׁצָּרִיךְ לְכַוֵּין בְּתֵיבַת הַיָּד שֶׁהוּא הַחַלּוֹן זִהֲרָא דְּסִטְרָא אַחֲרָא שֶׁבּוֹ צוּרַת יָד וּבְעֵת הַחֻרְבָּן שָׁלַט עַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לְהֶחֱרִיבוּ וְשָׁלַח בּוֹ יָד וְזֶהוּ מִפְּנֵי הַיָּד שֶׁנִּשְׁתַּלְּחָה בְּמִקְדָּשָׁךְ, וְכַנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ עַייֵּן שָׁם. וּלְפִי זֶה מוּבָן הַטַּעַם מַה שֶׁמָּצְאוּ כָּתוּב שֶׁאָמַר הַסֶּמֶל לַחֲבֵירוֹ אַתָּה רָצִיתָ לְהַחֲרִיב בֵּיתוֹ שֶׁל מָקוֹם שֶׁהִטְעֵיתָ אֶת יִשְׂרָאֵל אַחֲרֶיךָ אֲנִי עָשִׂיתִי בְּךָ נְקָמָה זוֹ בְּיַד שֶׁנִּקְטְעָה מִפְּנֵי כִּי אַחֲרֵי זֶה הַחֻרְבָּן שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁגָּרַם הַפֶּסֶל יִהְיֶה עַל יְדֵי שְׁלִיטַת הַחַלּוֹן שֶׁבּוֹ צוּרַת יָד דְּעַל כֵּן אוֹמְרִים מִפְּנֵי הַיָּד שֶׁנִּשְׁתַּלְּחָה בְּמִקְדָּשָׁךְ. וְהִנֵּה עַל עִנְיָן זֶה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּסָמֶל שֶׁהָיָה עוֹמֵד בַּהֵיכָל וְנִקְטְעָה יָדוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (מִשְׁלֵי ל, כח) שְׂמָמִית בְּיָדַיִם תְּתַפֵּשׂ וְהִיא בְּהֵיכְלֵי מֶלֶךְ, וְהַיְינוּ שֶׁמֵּמִית קָאֵי עַל הַסֶּמֶל וְקָרֵי לֵיהּ שֶׁמֵּמִית שֵׁם מֵמִית, בְּיָדַיִם תִּתְפַּשׂ שֶׁתִּתְקַטַּע יָדוֹ וְהִיא בַּעֲוֹנֹותֵינוּ הָרַבִּים בְּהֵיכְלֵי מֶלֶךְ הֵיכַל מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם שֶׁהוּא הֵיכַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי הַטַּעַם שֶׁנִּקְטְעָה יָדוֹ שֶׁל הַסֶּמֶל, בִּזְכוּת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁמְּסַפֵּר שְׁמוֹ י"ד [14] שֶׁבִּזְכוּתוֹ יִהְיֶה פְּלֵיטָה בַּכֹּותֶל הַמַּעֲרָבִי וְלָזֶה אָמַר לְקַמָּן יָצְאָה כְּעֵין פִּסַּת יָד וְכוּ'.
« Ils étaient deux, et l'un tomba sur l'autre et lui trancha la main, et l'on trouva écrit sur lui : toi, tu voulais détruire la Maison, et ta main la lui a livrée. » Il apparaît que l'inscription trouvée sur l'idole fut l'œuvre des forces de la sitra a'hra (le côté autre), pour faire savoir à Israël que ces forces se combattaient entre elles, à la manière de ce que dit le verset (Yechayahou 19,2) : « J'exciterai l'Égypte contre l'Égypte » ; et par là, Israël obtint une petite délivrance hors de l'extermination. Quant à la raison pour laquelle la vengeance fut exercée sur l'idole par le tranchement de sa main plutôt que d'un autre membre, il me semble avec l'aide du Ciel qu'elle tient au sod (sens caché) de la prière de Moussaf, où nous disons : « et nous ne pouvons monter, paraître et nous prosterner devant Toi dans Ta maison d'élection, dans la demeure de Ta splendeur, dans la maison grande et sainte sur laquelle Ton Nom a été appelé, à cause de la main qui a été envoyée contre Ton Sanctuaire. » Il est écrit dans les kavanot (intentions) des sidourim qu'il faut avoir à l'esprit, au mot « la main », qu'il s'agit du halon (la fenêtre), l'éclat de la sitra a'hra où se trouve la forme d'une main, laquelle domina le Temple au moment de la destruction pour le détruire et y envoya une main : c'est le sens de « à cause de la main qui a été envoyée contre Ton Sanctuaire », comme il est rapporté dans le saint Zohar, vois-y. Selon cela, on comprend le motif de ce qui fut trouvé écrit, que l'idole dit à sa compagne : toi, tu as voulu détruire la Maison de Celui qui est le Lieu du monde, puisque tu as égaré Israël à ta suite ; moi, j'ai tiré de toi cette vengeance par la main qui fut tranchée — car après cela, la destruction du Temple causée par l'idole devait passer par la domination du halon où se trouve la forme d'une main, et c'est pourquoi nous disons : « à cause de la main qui a été envoyée contre Ton Sanctuaire ». Et sur ce fait, survenu à l'idole dressée dans le Heikhal dont la main fut tranchée, il me semble avec l'aide du Ciel qu'il y a une allusion dans le verset (Michle 30,28) : « la semamit, on la saisit aux mains, et elle est dans les palais du roi » — semamit désigne l'idole, ainsi nommée car c'est chem memit, un nom qui fait mourir ; « on la saisit aux mains », que sa main soit tranchée ; « et elle est » — par nos nombreuses fautes — « dans les palais du roi », le palais du Roi du monde, le Temple. Et il me semble encore que sa main fut tranchée par le mérite du roi David, la paix sur lui, dont le nom vaut quatorze — yad, la main —, par le mérite duquel subsistera un reste dans le mur occidental ; c'est pourquoi il est dit plus loin : « il sortit comme une paume de main », etc.
💡 Explication

Ce segment achève le récit ouvert au folio précédent : dans le Heikhal ravagé, on trouve deux idoles, l'une tombée sur l'autre et la main tranchée, avec cette phrase gravée. Rachi donne deux lectures du mot achlimat : « elle t'a payé » (vengeance) ou « tu me l'as prêtée » (complicité).

La guemara passe ensuite à la démonstration systématique de la Michna : chacun des cinq malheurs énumérés est-il bien tombé un 9 Av ?

2
בְּתִשְׁעָה בְּאָב נִגְזַר עַל אֲבוֹתֵינוּ שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ לָאָרֶץ, מִנָּלַן — דִּכְתִיב: ״וַיְהִי בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית בְּאֶחָד לַחֹדֶשׁ הוּקַם הַמִּשְׁכָּן״. וְאָמַר מַר: שָׁנָה רִאשׁוֹנָה עָשָׂה מֹשֶׁה אֶת הַמִּשְׁכָּן, שְׁנִיָּה הֵקִים מֹשֶׁה אֶת הַמִּשְׁכָּן, וְשָׁלַח מְרַגְּלִים. וּכְתִיב: ״וַיְהִי בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית בַּחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי בְּעֶשְׂרִים בַּחֹדֶשׁ נַעֲלָה הֶעָנָן מֵעַל מִשְׁכַּן הָעֵדֻת״.

« Le 9 Av, il fut décrété sur nos pères qu'ils n'entreraient pas dans le Pays. » D'où le savons-nous ? De ce qu'il est écrit : « Et ce fut, au premier mois de la seconde année, le premier du mois, que le Michkan fut dressé. » Et le Maître a dit : la première année, Moche fabriqua le Michkan ; la seconde, Moche dressa le Michkan et envoya les explorateurs.

Et il est écrit : « Et ce fut, la seconde année, au deuxième mois, le vingtième du mois, que la nuée s'éleva de dessus le Michkan du Témoignage. »

💡 Explication

La démonstration est purement calendaire : la guemara veut faire coïncider, jour pour jour, le retour des explorateurs et la nuit des pleurs avec le 9 Av. Elle pose donc deux bornes fermes tirées de versets : le 1 Nissan de la deuxième année (dressage du Michkan) et le 20 Iyar (levée de la nuée, donc départ du Sinaï).

Le mot manalan (d'où le tenons-nous ?) introduit ici une demande de source pour une clause de la Michna, non une objection.

3
וּכְתִיב: ״וַיִּסְעוּ מֵהַר ה׳ דֶּרֶךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים״. אָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא: אוֹתוֹ הַיּוֹם סָרוּ מֵאַחֲרֵי ה׳. וּכְתִיב: ״וְהָאסַפְסֻף אֲשֶׁר בְּקִרְבּוֹ הִתְאַוּוּ תַּאֲוָה וַיָּשֻׁבוּ וַיִּבְכּוּ גַּם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״עַד חֹדֶשׁ יָמִים וְגוֹ׳״ — דְּהָווּ לְהוּ עֶשְׂרִין וְתַרְתֵּין בְּסִיוָן,

Et il est écrit : « Et ils partirent de la montagne de Hachem, chemin de trois jours. » Rabbi Hama bar Hanina a dit : ce jour-là, ils se sont détournés de derrière Hachem. Et il est écrit : « Et la populace qui était au milieu d'eux fut prise de convoitise, et les enfants d'Israël aussi se remirent à pleurer, etc. » ; et il est écrit : « jusqu'à un mois de jours, etc. » — cela leur fait le 22 Sivan,

📜 Rachi (1)
וְאָמַר רַבִּי חָמָא בַּר חֲנִינָא אוֹתוֹ הַיּוֹם וְכוּ' מַהֵר לְשׁוֹן מַהֵר עַכְשָׁיו כְּשֶׁתִּטּוֹל י"ט יָמִים מֵחֹדֶשׁ אִיָּיר קֹודֶם עֲלִייַּת הֶעָנָן פָּשׁוּ לְהוּ י' וְהָנְהוּ י' הָיוּ בֵּין דֶּרֶךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים וְז' דְּהַסְגָּרַת מִרְיָם וְחֹדֶשׁ שֶׁל כ"ט יָמִים שֶׁאָכְלוּ בָּשָׂר הֲוָה ל"ט וְהָשְׁתָּא אִשְׁתְּכַח דְּמֹשֶׁה שָׁלַח מְרַגְּלִים בכ"ט דְּסִיוָן:
« Et Rabbi Hama bar Hanina a dit : ce jour-là, etc. » — <i>mehar</i> a le sens de <i>maher</i> (se hâter). À présent : lorsque tu retranches les dix-neuf jours du mois d'Iyar qui précèdent la levée de la nuée, il leur en reste dix ; et ces dix se répartissent entre le chemin de trois jours et les sept de l'enfermement de Myriam ; avec le mois de vingt-neuf jours durant lequel ils mangèrent de la viande, cela fait trente-neuf. Il se trouve alors que Moche envoya les explorateurs le 29 Sivan.
🗂️ Tossefot (1)
דִּכְתִיב עַד חֹדֶשׁ יָמִים הָווּ לְהוּ כ"ב בְּסִיוָן. פִּי' חָשׁוּב מֵעֶשְׂרִים יָמִים שֶׁל ר"ח אִייָּר עַד סוֹפוֹ תִּמְצָא ט' יָמִים נִמְצָא בְּכ' בְּסִיוָן כ"ט וְעַד חֹדֶשׁ יָמִים הָוֵי שְׁלֹשִׁים יָמִים אִם כֵּן לְפִי זֶה תִּמְצָא מֵעֶשְׂרִים וּשְׁנַיִם לַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי דְּזֶה אִיָּיר חֹדֶשׁ שָׁלֵם עַד כ"ב דְּסִיוָן וְג' יָמִים שֶׁנָּסְעוּ מֵהַר ה' הֲרֵי ל"ג דַּל מִינַּייְהוּ ב' יָמִים דִּבְעֶשְׂרִים בַּחֹדֶשׁ נַעֲלָה הֶעָנָן וְאִייַּתַּר לְהוּ שְׁנֵי יָמִים פָּשׁוּ כ"ג דַּל יוֹמָא מִן שְׁלֹשָׁה שֶׁהָאֶחָד מִן הַג' יָמִים הָיָה בִּכְלַל הַחֹדֶשׁ שֶׁאִיָּיר חָסֵר פָּשׁ לְהוּ כ"ב.:
« De ce qu'il est écrit : jusqu'à un mois de jours — cela leur fait le 22 Sivan. » Explication : compte depuis les vingt jours écoulés du Roch Hodech Iyar jusqu'à la fin du mois, tu trouves neuf jours ; il se trouve qu'au 20 Sivan on a vingt-neuf, et « jusqu'à un mois de jours » fait trente jours. Selon cela, tu trouves donc : depuis le vingt-deuxième jour du deuxième mois, qui est Iyar, un mois entier jusqu'au 22 Sivan ; et les trois jours durant lesquels ils partirent de la montagne de Hachem, cela fait trente-trois. Retranches-en deux jours, puisque c'est le vingtième du mois que la nuée s'est levée, et il leur reste deux jours en trop : il reste vingt-trois. Retranche encore un jour sur les trois, car l'un des trois jours était compris dans le mois — Iyar étant déficient — : il leur reste vingt-deux.
💡 Explication

Rabbi Hama bar Hanina lit « ils partirent de la montagne de Hachem » comme « ils se hatterent de s'éloigner de derrière Hachem » : le départ lui-même porte déjà la faute. C'est ce jeu sur la racine que Rachi signale en rapprochant mehar de maher.

Pour le calcul, tiens la chaîne : départ le 20 Iyar, trois jours de marche, puis le mois de viande de vingt-neuf jours (Iyar étant un mois déficient), ce qui tombe le 22 Sivan. Tossefot refait le compte par une autre voie et retrouve la même date.

4
וּכְתִיב: ״וַתִּסָּגֵר מִרְיָם שִׁבְעַת יָמִים״ — דְּהָווּ לְהוּ עֶשְׂרִין וְתִשְׁעָה בְּסִיוָן, וּכְתִיב: ״שְׁלַח לְךָ אֲנָשִׁים״,

et il est écrit : « Et Myriam fut enfermée sept jours » — cela leur fait le 29 Sivan ; et il est écrit : « Envoie pour toi des hommes »,

💡 Explication

Le verset précise que « le peuple ne partit pas jusqu'à ce que Myriam fut réintégrée » : les sept jours de son enfermement hors du camp immobilisent tout le camp, ils entrent donc dans le compte. Du 23 au 29 Sivan.

Le verset « Envoie pour toi des hommes » suit immédiatement dans la Torah : la guemara en tire que l'envoi des explorateurs se place juste après, au 29 Sivan.

5
וְתַנְיָא: בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה בְּסִיוָן שָׁלַח מֹשֶׁה מְרַגְּלִים, וּכְתִיב: ״וַיָּשֻׁבוּ מִתּוּר הָאָרֶץ מִקֵּץ אַרְבָּעִים יוֹם״. הָנֵי אַרְבָּעִים יוֹם נְכֵי חַד הָווּ!

et il a été enseigné : le 29 Sivan, Moche envoya les explorateurs. Et il est écrit : « Et ils revinrent d'explorer le pays au bout de quarante jours. » Or ces quarante jours-là sont quarante moins un !

📜 Rachi (1)
הָנֵי אַרְבָּעִים נְכֵי חַד ב' מִסִּיוָן וכ"ט מִתַּמּוּז הֲוָה ל"א וְח' מֵאָב הֲוָה ל"ט:
« Ces quarante moins un » — deux jours de Sivan et vingt-neuf de Tamouz font trente et un ; avec huit d'Av, cela fait trente-neuf.
💡 Explication

La baraita confirme la date obtenue par le calcul. Reste la vérification du terme : si les explorateurs partent le 29 Sivan et reviennent « au bout de quarante jours », leur retour doit tomber le 9 Av pour que la nuit des pleurs soit la nuit du 9 Av.

Rachi fait le compte : 29 et 30 Sivan (deux jours), Tamouz supposé déficient (vingt-neuf jours), puis huit jours d'Av. Total trente-neuf. Il manque un jour, et toute la démonstration tient à ce jour manquant.

6
אָמַר אַבַּיֵּי: תַּמּוּז דְּהַהִיא שַׁתָּא מַלּוֹיֵי מַלְּיוּהּ, דִּכְתִיב: ״קָרָא עָלַי מוֹעֵד לִשְׁבֹּר בַּחוּרָי״.

Abaye a dit : le Tamouz de cette année-là, on l'a rendu plein, ainsi qu'il est écrit : « Il a convoqué contre moi un temps fixé pour briser mes jeunes gens. »

🗂️ Tossefot (1)
אָמַר אַבָּיֵי תַּמּוּז דְּהַהִיא שַׁתָּא מַלּוֹיֵי מַלְּיוּהּ. וְעָשׂוּ אוֹתוֹ מִשְּׁלֹשִׁים יָמִים כְּדֵי שֶׁיִּכְלוּ הַמ' יָמִים בְּתִשְׁעָה בְּאָב שְׁלֹשִׁים יוֹם דְּתַמּוּז וְאֶחָד דְּסִיוָן דבכ"ט שָׁלַח הַמְרַגְּלִים וְתִשְׁעָה בְּאָב הֲרֵי אַרְבָּעִים יָמִים וּבְיוֹם תִּשְׁעָה בְּאָב שָׁבוּ הַמְרַגְּלִים מִתּוּר הָאָרֶץ:
« Abaye a dit : le Tamouz de cette année-là, on l'a rendu plein. » On l'a fait de trente jours afin que les quarante jours s'achèvent le 9 Av : trente jours de Tamouz, et un de Sivan — puisque c'est le 29 qu'il envoya les explorateurs — et neuf d'Av : voilà quarante jours. Et c'est le jour du 9 Av que les explorateurs revinrent d'explorer le pays.
💡 Explication

Un mois hébraïque compte vingt-neuf ou trente jours : on le dit hasser (déficient) ou mâle (plein). Abaye répond que Tamouz fut plein cette année-là, ce qui ajoute exactement le jour manquant et porte le compte à quarante.

L'appui scripturaire joue sur le mot moed : le verset de Ekha parle d'un « temps fixé convoqué contre moi ». Un jour supplémentaire a été convoqué au calendrier pour que le malheur tombe précisément le 9 Av.

🖼️ Schéma
Le jour manquant : trente-neuf contre quarante Compte ordinaire (Tamouz déficient) Sivan 2 jours Tamouz 29 jours Av 8 jours total 39 Correction d'Abaye (Tamouz plein) Sivan 2 jours Tamouz 30 jours Av 8 jours total 40 retour le 9 Av Appui : "Il a convoqué contre moi un temps fixé" - un jour de plus à été convoqué au calendrier.
Le jour ajouté à Tamouz fait tomber le retour des explorateurs sur le 9 Av.
7
וּכְתִיב: ״וַתִּשָּׂא כָּל הָעֵדָה וַיִּתְּנוּ אֶת קוֹלָם וַיִּבְכּוּ הָעָם בַּלַּיְלָה הַהוּא״, אָמַר רַבָּה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אוֹתוֹ לַיְלָה לֵיל תִּשְׁעָה בְּאָב הָיָה. אָמַר לָהֶם הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אַתֶּם בְּכִיתֶם בְּכִיָּה שֶׁל חִנָּם — וַאֲנִי קוֹבֵעַ לָכֶם בְּכִיָּה לְדוֹרוֹת.

Et il est écrit : « Et toute l'assemblée éleva la voix, ils donnèrent de la voix, et le peuple pleura cette nuit-là. » Rabba a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : cette nuit-là était la nuit du 9 Av. Le Saint, béni soit-Il, leur dit : vous avez pleuré un pleur gratuit — et Moi, Je fixe pour vous un pleur pour les générations.

💡 Explication

La démonstration s'achève ici : les explorateurs rentrent le 9 Av, le peuple pleure la nuit qui suit, donc la nuit du 9 Av. La Michna est justifiée.

La formule « bekhia chel hinam » (un pleur gratuit) désigne des larmes versées sans objet réel, puisque le rapport des explorateurs était faux. La mesure est exacte : une nuit de larmes sans cause devient la nuit où les larmes auront causé, pour toutes les générations.

8
חָרַב הַבַּיִת בָּרִאשׁוֹנָה, דִּכְתִיב: ״וּבַחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי בְּשִׁבְעָה לַחֹדֶשׁ הִיא שְׁנַת תְּשַׁע עֶשְׂרֵה שָׁנָה לַמֶּלֶךְ נְבֻכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל בָּא נְבוּזַרְאֲדָן רַב טַבָּחִים עֶבֶד מֶלֶךְ בָּבֶל יְרוּשָׁלִָם וַיִּשְׂרֹף אֶת בֵּית ה׳ וְגוֹ׳״, וּכְתִיב: ״וּבַחֹדֶשׁ הַחֲמִישִׁי בֶּעָשׂוֹר לַחֹדֶשׁ הִיא שְׁנַת תְּשַׁע עֶשְׂרֵה שָׁנָה לַמֶּלֶךְ נְבֻוכַדְנֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל בָּא נְבוּזַרְאֲדָן רַב טַבָּחִים עָמַד לִפְנֵי מֶלֶךְ בָּבֶל בִּירוּשָׁלִָם וְגוֹ׳״.

« La Maison fut détruite la première fois » : ainsi qu'il est écrit : « Et au cinquième mois, le sept du mois, c'était la dix-neuvième année du roi Nevoukhadnetsar roi de Bavel, Nevouzaradan chef des gardes, serviteur du roi de Bavel, vint à Yerouchalayim et brûla la maison de Hachem, etc. » ; et il est écrit : « Et au cinquième mois, le dix du mois, c'était la dix-neuvième année du roi Nevoukhadnetsar roi de Bavel, Nevouzaradan chef des gardes, qui se tenait devant le roi de Bavel, vint à Yerouchalayim, etc. »

💡 Explication

La guemara passe à la deuxième clause de la Michna et bute aussitôt sur une contradiction : Melakhim II date l'événement du sept du cinquième mois, Yirmeyahou du dix. Ni l'une ni l'autre de ces dates n'est le 9 Av.

Le cinquième mois compte depuis Nissan : c'est le mois d'Av.

9
וְתַנְיָא: אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר בְּשִׁבְעָה, שֶׁהֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר ״בֶּעָשׂוֹר״. וְאִי אֶפְשָׁר לוֹמַר בֶּעָשׂוֹר, שֶׁהֲרֵי כְּבָר נֶאֱמַר ״בְּשִׁבְעָה״, הָא כֵיצַד? בְּשִׁבְעָה נִכְנְסוּ נָכְרִים לַהֵיכָל, וְאָכְלוּ וְקִלְקְלוּ בּוֹ שְׁבִיעִי שְׁמִינִי.

Et il a été enseigné : il est impossible de dire « le sept », car il est déjà dit « le dix » ; et il est impossible de dire « le dix », car il est déjà dit « le sept ». Comment donc ?

Le sept, les nations entrèrent dans le Heikhal, y mangèrent et le profanèrent, le septième et le huitième ;

💡 Explication

La baraita applique la règle ordinaire de résolution : deux versets qui se contredisent décrivent en réalité deux moments distincts d'un même processus. Le verbe « vint » de chaque verset ne porte donc pas sur le même acte.

Kilkelou (ils corrompirent) est le terme technique de la profanation du lieu ; Rachi et les commentateurs y lisent des actes de débauche commis dans le Sanctuaire même.

10
וּתְשִׁיעִי סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה הֵצִיתוּ בּוֹ אֶת הָאוּר, וְהָיָה דּוֹלֵק וְהוֹלֵךְ כָּל הַיּוֹם כֻּולּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אוֹי לָנוּ כִּי פָנָה הַיּוֹם כִּי יִנָּטוּ צִלְלֵי עָרֶב״. וְהַייְנוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִלְמָלֵי הָיִיתִי בְּאוֹתוֹ הַדּוֹר לֹא קְבַעְתִּיו אֶלָּא בָּעֲשִׂירִי, מִפְּנֵי שֶׁרֻובּוֹ שֶׁל הֵיכָל בּוֹ נִשְׂרַף. וְרַבָּנָן — אַתְחַלְתָּא דְּפֻורְעָנוּתָא עֲדִיפָא.

et le neuvième, vers la tombée de la nuit, ils y mirent le feu, et il alla brûlant tout le jour entier, ainsi qu'il est dit : « Malheur à nous, car le jour a décliné, car les ombres du soir s'allongent. » Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : si j'avais été de cette génération-là, je ne l'aurais fixé qu'au dixième, parce que c'est ce jour-là que la majeure partie du Heikhal a brûlé. Et les Sages : le commencement du malheur est préférable.

💡 Explication

Le feu est mis à la fin du 9 et brûlé tout le 10 : les deux versets sont donc vrais, et la Michna retient le 9. Rabbi Yo'hanan conteste le choix, sans le modifier : il aurait fixé le jeûne au jour où le Heikhal a effectivement brûlé.

La réponse des Sages tient en trois mots : athalta de-pouranouta adifa, le commencement du malheur l'emporte. Le jeûne commémore le moment où la chose est devenue irréversible, plutôt que celui de son plus grand volume.

11
וּבַשְּׁנִיָּה מִנָּלַן, דְּתַנְיָא: מְגַלְגְּלִין זְכוּת לְיוֹם זַכַּאי, וְחוֹבָה לְיוֹם חַיָּיב.

Et la seconde fois, d'où le savons-nous ? De ce qu'il a été enseigné : on fait rouler un mérite vers un jour méritant, et une charge vers un jour chargé.

📜 Rachi (2)
ה"ג מְגַלְגְּלִין זְכוּת עַל יְדֵי זַכַּאי:
Telle est la leçon : « on fait rouler un mérite par l'intermédiaire d'un homme méritant ».
וְחוֹבָה עַל יְדֵי חַיָּיב הַייְנוּ תִּשְׁעָה בְּאָב דִּרְגִילִין לִהְיוֹת בּוֹ רָעוֹת:
« Et une charge par l'intermédiaire d'un homme chargé » — il s'agit du 9 Av, où les malheurs ont coutume de survenir.
💡 Explication

Pour le second Temple, la guemara ne dispose d'aucun verset : elle recourt à un principe général de la conduite du monde. Megalgelin (on fait rouler) décrit une orientation des événements vers le jour qui leur correspond déjà.

Rachi note une variante de texte : la baraita porterait « par l'intermédiaire d'un homme méritant » plutôt que « vers un jour méritant ». Les deux lectures coexistent dans les manuscrits.

12
אָמְרוּ: כְּשֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בָּרִאשׁוֹנָה, אוֹתוֹ הַיּוֹם תִּשְׁעָה בְּאָב הָיָה, וּמוֹצָאֵי שַׁבָּת הָיָה, וּמוֹצָאֵי שְׁבִיעִית הָיְתָה, וּמִשְׁמַרְתָּהּ שֶׁל יְהוֹיָרִיב הָיְתָה. וְהַלְּוִיִּם הָיוּ אוֹמְרִים שִׁירָה, וְעוֹמְדִין עַל דּוּכָנָם. וּמַה שִׁירָה הָיוּ אוֹמְרִים? ״וַיָּשֶׁב עֲלֵיהֶם אֶת אוֹנָם וּבְרָעָתָם יַצְמִיתֵם״, וְלֹא הִסְפִּיקוּ לוֹמַר ״יַצְמִיתֵם ה׳ אֱ-לֹהֵינוּ״, עַד שֶׁבָּאוּ נָכְרִים וּכְבָשׁוּם. וְכֵן בַּשְּׁנִיָּה.

Ils ont dit : lorsque le Temple fut détruit la première fois, ce jour-là était un 9 Av, et c'était une issue de Chabbat, et c'était une issue d'année chémitique, et c'était la garde de Yehoyariv. Et les Leviim disaient le chant, debout sur leur estrade.

Et quel chant disaient-ils ? « Il fera retomber sur eux leur iniquité, et par leur propre mal Il les anéantira » ; et ils n'eurent pas le temps de dire « Il les anéantira, Hachem notre D.ieu », que les nations vinrent et les soumirent.

Et de même la seconde fois.

📜 Rachi (4)
מוֹצָאֵי שַׁבָּת יוֹם רִאשׁוֹן:
« Issue de Chabbat » — le dimanche.
מוֹצָאֵי שְׁבִיעִית שְׁמִינִית:
« Issue de chemita » — la huitième année.
דּוּכָן מָקוֹם עָשׂוּי כְּעֵין אִיצְטַבָּא וְעָלָיו לְוִיִּם עוֹמְדִין לְשׁוֹרֵר:
« Doukhan » — un emplacement aménagé en forme d'estrade, sur lequel les Leviim se tiennent debout pour chanter.
וַיָּשֶׁב עֲלֵיהֶם אֶת אוֹנָם וּבְרָעָתָם יַצְמִיתֵם יַצְמִיתֵם ה' אֱ-לֹהֵינוּ בְּמִזְמוֹר אֵל נְקָמוֹת ה' וְהוּא שִׁיר שֶׁל יוֹם רְבִיעִי וְהַאי דְּאָמְרִי לֵיהּ בְּיוֹם רִאשׁוֹן אִילְייָא בְּעָלְמָא הֲוָה דְּנָפַל בְּפֻומַּייְהוּ כִּדְאָמְרִינַן בַּעֲרָכִין (דַּף יב.) פִּי' אִילְייָא קִינָה שֶׁכֵּן תַּרְגּוּם יוֹנָתָן בֶּן עֻוזִּיאֵל שָׂא קִינָה (יְחֶזְקֵאל כ״ח:י״ב) טֹול אִילְייָא וּכְמוֹ אֱלִי כִּבְתוּלָה חֲגֻורַת שַׂק עַל בַּעַל נְעוּרֶיהָ (יוֹאֵל א׳:ח׳) שֶׁפֵּירוּשׁוֹ קוֹנְנִי וּבְכִי:
« Il fera retomber sur eux leur iniquité et par leur propre mal Il les anéantira ; Il les anéantira, Hachem notre D.ieu » — dans le psaume « El nekamot Hachem », qui est le chant du quatrième jour. Et s'ils le disaient un dimanche, c'était une simple complainte tombée dans leur bouche, comme nous le disons dans Arakhin 12a. Explication : <i>ilya</i> signifie complainte, car ainsi le Targoum de Yonatan ben Ouziel rend « élève une complainte » (Ye'hezkel 28,12) par « prends une <i>ilya</i> » ; et de même « lamente-toi comme une vierge ceinte de sac sur l'époux de sa jeunesse » (Yoël 1,8), dont le sens est : plains-toi et pleure.
🗂️ Tossefot (1)
וַיָּשֶׁב עֲלֵיהֶם אֶת אוֹנָם וּבְרָעָתָם יַצְמִיתֵם וְלֹא הִסְפִּיקוּ לוֹמַר יַצְמִיתֵם ה' אֱ-לֹהֵינוּ עַד שֶׁבָּאוּ הָאוֹיְבִים וְכוּ'. פִּי' בְּאוֹתוֹ פָּסוּק יֵשׁ ב' פְּעָמִים יַצְמִיתֵם וְלֹא הִסְפִּיקוּ לוֹמַר הַשֵּׁנִי עַד שֶׁבָּאוּ וּכְבָשׁוּם וְאוֹמֵר ר"י אע"ג דְּאֵין אוֹתוֹ פָּסוּק כְּלָל בְּמִזְמוֹר שִׁיר שֶׁל מוֹצַ"שׁ אֵירַע לָהֶם כָּךְ שֶׁאָמְרוּ אוֹתוֹ פָּסוּק וּבִירֻושַּׁל' מְפָרֵשׁ אִילְייָא נְקַט פֵּירוּשׁ אִילְייָא הָוֵי כְּמוֹ אֵלִי כַּבְּתוּלָה דְּהָוֵי לְשׁוֹן קִינָה כְּמוֹ שֶׁקּוֹרִין הָעוֹלָם ריאוני"א בְּלַעַ"ז:
« Il fera retomber sur eux leur iniquité et par leur propre mal Il les anéantira — et ils n'eurent pas le temps de dire : Il les anéantira, Hachem notre D.ieu, que les ennemis vinrent, etc. » Explication : dans ce verset, <i>yatsmitem</i> figure deux fois, et ils n'eurent pas le temps de dire le second avant que les ennemis ne vinssent et ne les soumissent. Et le Ri dit : bien que ce verset ne figure aucunement dans le psaume qui est le chant de l'issue de Chabbat, il leur advint qu'ils dirent ce verset. Et dans le Yerouchalmi, on explique qu'il prit une <i>ilya</i> : le sens est qu'<i>ilya</i> est comme « lamente-toi comme une vierge », qui est un terme de complainte, ainsi qu'on l'appelle couramment <i>reonia</i> en langue vulgaire.
💡 Explication

Le passage aligne cinq coïncidences du jour de la destruction : la date, le jour de la semaine, la position dans le cycle chémitique, la garde sacerdotale de service, et le verset que les Leviim étaient en train de chanter. Le même faisceau vaut pour la seconde destruction, ce qui établit la date demandée.

La difficulté relevée par Rachi et Tossefot : le verset chanté appartient au psaume du mercredi, alors que le jour était un dimanche. Réponse : ce ne fut pas le chant réglementaire du jour, mais une complainte (ilya) venue spontanément.

🖼️ Schéma
Les cinq coïncidences du jour de la destruction Le jour de la destruction 9 Av Issue de Chabbat (dimanche) Issue de chemita (8e année) Garde de Yehoyariv Les Leviim chantent sur le doukhan
Cinq repères indépendants convergent sur la même journée, et le même faisceau se répète au second Temple.
13
נִלְכְּדָה בֵּיתָר — גְּמָרָא.

« Beitar fut prise » — c'est une tradition.

💡 Explication

Le mot guemara désigne ici une tradition orale reçue, sans appui de verset ni de baraita. La guemara le dit sans embarras : sur ce point, la date se transmet et ne se démontre pas.

14
נֶחֶרְשָׁה הָעִיר — תַּנְיָא: כְּשֶׁחָרַשׁ טוֹרָנוּסְרוּפוּס הָרָשָׁע אֶת הַהֵיכָל, נִגְזְרָה גְּזֵרָה עַל רַבָּן גַּמְלִיאֵל לַהֲרִיגָה. בָּא אוֹתוֹ הֶגְמוֹן וְעָמַד בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ, וְאָמַר: בַּעַל הַחֹוטֶם מִתְבַּקֵּשׁ, בַּעַל הַחֹוטֶם מִתְבַּקֵּשׁ. שְׁמַע רַבָּן גַּמְלִיאֵל, אֲזַל טְשָׁא מִינַּייְהוּ.

« La ville fut labourée » — il a été enseigné : lorsque Tournousroufous le mécréant laboura le Heikhal, un décret de mise à mort fut prononcé contre Rabban Gamliel. Un certain officier vint et se tint dans la maison d'étude, et dit : l'homme au nez est demandé, l'homme au nez est demandé.

Rabban Gamliel entendit, s'en alla et se cacha d'eux.

📜 Rachi (4)
נֶחֶרְשָׁה הָעִיר כְּדִכְתִיב (מִיכָה ג׳:י״ב) צִיּוֹן שָׂדֶה תֵּחָרֵשׁ שֶׁנֶּחְרְשָׁה כֻּולָּהּ וְנַעֲשֵׂית כְּשָׂדֶה חֲרוּשָׁה:
« La ville fut labourée » — comme il est écrit (Mikha 3,12) : « Tsion sera labouré comme un champ » : elle fut labourée tout entière et devint comme un champ labouré.
בַּעַל הַחֹוטֶם בַּעַל קוֹמָה וְצוּרָה ל"א גְּדוֹל הַדּוֹר:
« L'homme au nez » — un homme de haute taille et de belle prestance. Autre version : le grand de la génération.
מִתְבַּקֵּשׁ לֵיהָרֵג בְּרֶמֶז אֲמַר לֵיהּ שֶׁלֹּא יַכִּירוּ בּוֹ אַנְשֵׁי הַמֶּלֶךְ:
« Est demandé » — pour être mis à mort. Il le lui dit par allusion, afin que les hommes du roi ne le reconnaissent pas.
טְשָׁא נֶחְבָּא כְּמוֹ טָשׁוּ בִּמְעָרְתָּא (שַׁבָּת דַּף לג:):
« <i>Tacha</i> » — il se cacha, comme dans « ils se cachèrent dans la grotte » (Chabbat 33b).
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּא אוֹתוֹ הֶגְמוֹן לְבֵית הַמִּדְרָשׁ וְאָמַר: 'בַּעַל הַחֹטֶם מִתְבַּקֵּשׁ' , 'בַּעַל הַחֹטֶם מִתְבַּקֵּשׁ'. הָא דְּקָרְאוּ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בַּעַל הַחֹוטֶם, רָמַז לָהֶם אַף עַל פִּי שֶׁהַגְּזֵרָה נִגְזְרָה עַתָּה עַל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּלְבַד אֵין זוֹ צָרַת יָחִיד אֶלָּא וַדַּאי אַחֲרָיו יִכָּנְסוּ לַהֲרִיגָה עוֹד כַּמָּה וְכַמָּה מִן חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּשְׁבִיל שֶׁהוּא הַגָּדוֹל נִכְנָס תְּחִלָּה כְּדֶרֶךְ הַחֹוטֶם שֶׁנִּכְנָס אוֹ יוֹצֵא תְּחִלָּה קֹודֶם שְׁאָר הַגּוּף מִפְּנֵי שֶׁהוּא בּוֹלֵט וְיוֹצֵא מִן הַגּוּף. אוֹ יוּבָן קָרְאוּ בַּעַל הַחֹוטֶם שֶׁבּוֹ יִהְיֶה נִיכָּר צוּרַת הַגּוּף יוֹתֵר וְכֵן בְּנָשִׂיא נִיכָּר כְּבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. אוֹ יוּבָן כִּי בַּחֹוטֶם תָּלוּי חַיּוֹת הָאָדָם כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּיוֹמָא (יוֹמָא פה.) לְעִנְיַן פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ אֲפִילּוּ אַבָּא שָׁאוּל מוֹדֶה דְּעִיקַּר חַיּוּתָא בְּאַפֵּיהּ הוּא דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית ז, כב) כֹּל אֲשֶׁר נִשְׁמַת רוּחַ חַיִּים בְּאַפָּיו, לָכֵן הַנָּשִׂיא שֶׁהוּא גְּדוֹל הַדּוֹר שְׁחִיּוֹת יִשְׂרָאֵל תָּלוּי בּוֹ קָרְאוּ בְּשֵׁם חֹוטֶם. אוֹ יוּבָן קָרְאוּ בַּעַל הַחֹוטֶם דִּמְזוֹן הָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה בַּאֲכִילָה שֶׁבַּפֶּה וּמָזוֹן הָאָדָם בְּגַן עֵדֶן הוּא בְּרֵיחַ שֶׁבַּחֹוטֶם וְרָמַז לָהֶם כִּי עַתָּה בָּא קִיצּוֹ שֶׁיִּפָּטֵר מִן עוֹלָם הַזֶּה וְיִהְיֶה נִיזּוֹן בְּגַן עֵדֶן בַּחֹוטֶם. וּלְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר קָצִין בְּדוֹרוֹ לְכָךְ כָּפַל דְּבָרָיו לוֹמַר הוּא קָצִין מִצַּד כְּבוֹד עַצְמוֹ וְקָצִין מִצַּד כְּבוֹד אֲבוֹתָיו. אוֹ בַּעַל הַחֹוטֶם כַּחֲכָמִים בַּעֲלֵי תּוֹרָה וּבַעַל הַחֹוטֶם כְּצַדִּיקִים בַּעֲלֵי מִצְוֹת.
« Un certain officier vint à la maison d'étude et dit : l'homme au nez est demandé, l'homme au nez est demandé. » S'ils ont appelé Rabban Gamliel « l'homme au nez », c'est qu'il leur faisait entendre ceci : bien que le décret ne soit pour l'heure prononcé que contre Rabban Gamliel, ce n'est pas là une détresse individuelle ; à coup sur, après lui, bien d'autres sages d'Israël seront livrés à la mort, et Rabban Gamliel, étant le plus grand, entre le premier, à la manière du nez qui entre ou sort avant le reste du corps parce qu'il fait saillie hors de lui. On peut aussi comprendre qu'ils l'ont appelé « l'homme au nez » parce que c'est par lui que la forme du visage se reconnaît le mieux ; de même, par le nassi se reconnaît l'honneur d'Israël. On peut encore comprendre que la vitalité de l'homme dépend du nez, comme il est dit dans Yoma 85a à propos du sauvetage d'une vie : même Abba Chaoul reconnaît que la vitalité essentielle est dans les narines, ainsi qu'il est écrit (Berechit 7,22) : « tout ce qui avait souffle d'esprit de vie dans ses narines » ; c'est pourquoi le nassi, le grand de la génération, dont dépend la vitalité d'Israël, est appelé du nom de « nez ». On peut encore comprendre qu'ils l'ont appelé « l'homme au nez » parce que la nourriture de l'homme en ce monde passe par la bouche, tandis que sa nourriture au Gan Éden est dans l'odeur perçue par le nez : ils lui faisaient ainsi entendre que sa fin était venue, qu'il quitterait ce monde et serait nourri au Gan Éden par le nez. Et selon l'explication de Rachi, qui veut dire « le prince de sa génération », il a redoublé ses paroles pour dire : il est prince par son honneur propre et prince par l'honneur de ses pères. Ou encore : « l'homme au nez » comme les sages maîtres de Torah, et « l'homme au nez » comme les justes maîtres de mitsvot.
💡 Explication

Le labourage du Heikhal est l'accomplissement de la prophétie de Mikha ; il s'accompagne d'une répression des chefs d'Israël, dont Rabban Gamliel, le nassi.

L'officier — le mot hégmon désigne un haut fonctionnaire romain — ne prononce pas le nom : il donne un signalement codé, compréhensible des élèves de la maison d'étude et opaque pour les agents du roi. Rachi retient deux lectures de baal ha-hotem : la prestance physique, ou le rang de premier de la génération.

15
אֲזַל לְגַבֵּיהּ בְּצִנְעָא אֲמַר לֵיהּ: אִי מַצֵּילְנָא לָךְ מַיְיתֵית לִי לְעָלְמָא דְּאָתֵי? אֲמַר לֵיהּ: הֵן. אֲמַר לֵיהּ: אִשְׁתְּבַע לִי. אִשְׁתְּבַע לֵיהּ. סְלֵיק לְאִיגָּרָא נָפֵיל וּמִית. וּגְמִירִי, דְּכִי גָּזְרִי גְּזֵירְתָּא וּמִית חַד מִינַּייְהוּ מְבַטְּלִי לִגְזֵרְתַּייְהוּ. יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה: אוֹתוֹ הֶגְמוֹן מְזֻומָּן לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא.

Il alla vers lui en secret et lui dit : si je te sauve, m'amèneras-tu au monde à venir ? Il lui dit : oui.

Il lui dit : prête-m'en serment. Il le lui jura.

Il monta sur le toit, tomba et mourut. Or ils avaient pour tradition que, lorsqu'ils décrétaient un décret et que l'un d'eux mourait, ils annulaient leur décret.

Une voix céleste sortit et dit : cet officier est convié à la vie du monde à venir.

📜 Rachi (2)
אֲזַל הָאָדוֹן אֵצֶל רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּצִנְעָא:
« Il alla » — le maître alla trouver Rabban Gamliel en secret.
וּמִית חַד מִינַּייְהוּ מִן הַיּוֹעֲצִין וּכְסִבּוּרִין שֶׁאֵירַע לָהֶן עַל שֶׁהֵרֵעוּ לִגְזֹור:
« Et que l'un d'eux mourait » — parmi les conseillers ; et ils tenaient que cela leur advenait parce qu'ils avaient mal agi en décrétant.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אוֹתוֹ הֶגְמוֹן מְזַמֵּן לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא. הַדָּבָר יִפָּלֵא דִּלְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל 'מְזֻמָּן לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא' הוּא גָּדוֹל מִ'בֶּן עוֹלָם הַבָּא' וּבְמַה זָכָה אוֹתוֹ הֶגְמוֹן כָּל כָּךְ בְּפַעַם אַחַת בְּלִי הַדְרָגוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִין הָכִי נָמֵי יָבֹא בְּגִלְגּוּל וְיַעֲשֶׂה מִצְוֹת וּמַעֲשִׂים טוֹבִים שֶׁיִּהְיֶה רָאוּי עַל יָדָם לִהְיוֹת מְזֻמָּן לְחַיֵּי הָעוֹלָם הַבָּא. אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה שֶׁיִּהְיֶה נִתְלֶה בְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל בַּעֲלִיָּה שֶׁיַּעֲלֶה עִמּוֹ כִּסְפִינָה שֶׁל אֵשׁ שֶׁמּוֹשֶׁכֶת עִמָּהּ סְפִינָה פְּשׁוּטָה וְהוֹלֶכֶת כָּמוֹהָ עִמָּהּ בְּיַחַד מַמָּשׁ.
« Cet officier est convié à la vie du monde à venir. » La chose étonne : selon les paroles de notre maître le Ari, de mémoire bénie, « convié à la vie du monde à venir » est plus élevé que « fils du monde à venir » ; par quel mérite cet officier a-t-il atteint un tel degré en une seule fois, sans progression ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en effet il reviendra par guilgoul (transmigration) et accomplira des mitsvot et de bonnes actions par lesquelles il sera digne d'être convié à la vie du monde à venir. Ou l'on peut comprendre qu'il sera rattaché à Rabban Gamliel dans la montée, et montera avec lui à la manière d'un navire de feu qui entraîne avec lui un navire ordinaire, lequel avance comme lui, avec lui, exactement.
💡 Explication

L'officier troque sa vie contre une part au monde à venir et se tue pour provoquer l'annulation du décret, en s'appuyant sur une superstition romaine que la baraita rapporte telle quelle.

La bat kol confirme que l'engagement a tenu. Le Ben Yehoyada relève l'expression exacte, mezouman (convié), qui marque un degré supérieur à ben olam haba, et cherche comment un tel degré s'acquiert en un seul acte.

16
תָּנוּ רַבָּנַן: מִשֶּׁחָרַב הַבַּיִת בָּרִאשׁוֹנָה, נִתְקַבְּצוּ כִּיתּוֹת כִּיתּוֹת שֶׁל פִּרְחֵי כְּהֻונָּה וּמַפְתְּחוֹת הַהֵיכָל בְּיָדָן, וְעָלוּ לְגַג הַהֵיכָל, וְאָמְרוּ לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! הוֹאִיל וְלָא זָכִינוּ לִהְיוֹת גִּזְבָּרִין נֶאֱמָנִים — יִהְיוּ מַפְתְּחוֹת מְסוּרוֹת לָךְ. וּזְרָקוּם כְּלַפֵּי מַעְלָה. וְיָצְתָה כְּעֵין פִּיסַּת יָד וְקִיבְּלָתַן מֵהֶם. וְהֵם קָפְצוּ וְנָפְלוּ לְתוֹךְ הָאוּר.

Nos maîtres ont enseigné : lorsque la Maison fut détruite la première fois, des groupes et des groupes de jeunes cohanim se rassemblèrent, les clés du Heikhal en main ; ils montèrent sur le toit du Heikhal et dirent devant Lui : Maître du monde ! Puisque nous n'avons pas mérité d'être des trésoriers fidèles, que les clés Te soient remises.

Et ils les jetèrent vers le haut. Il sortit comme une paume de main qui les reçut d'eux.

Et eux sautèrent et tombèrent dans le feu.

💡 Explication

Pirhei kehouna désigne les jeunes cohanim, ceux qui entraient en service. Le terme guizbarin (trésoriers) est le titre technique des responsables des biens du Temple : ils rendent leur charge avec les clés.

Le geste de rendre les clés au Ciel et celui de se jeter dans le feu forment un seul acte : ils ne survivent pas à la fonction qu'ils remettent.

17
וַעֲלֵיהֶן קוֹנֵן יְשַׁעְיָהוּ הַנָּבִיא: ״מַשָּׂא גֵּיא חִזָּיוֹן מַה לָּךְ אֵפוֹא כִּי עָלִית כֻּלָּךְ לַגַּגּוֹת. תְּשֻׁאוֹת מְלֵאָה עִיר הוֹמִיָּה קִרְיָה עַלִּיזָה חֲלָלַיִךְ לֹא חַלְלֵי חֶרֶב וְלֹא מֵתֵי מִלְחָמָה״. אַף בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא נֶאֱמַר: ״מְקַרְקַר קִר וְשׁוֹעַ אֶל הָהָר״.

Et sur eux Yechayahou le prophète a fait cette complainte : « Oracle sur la vallée de la vision. Qu'as-tu donc, que tu sois montée tout entière sur les toits ?

Pleine de clameurs, ville tumultueuse, cité joyeuse : tes victimes ne sont pas victimes de l'épée ni mortes à la guerre. » Du Saint, béni soit-Il, également il est dit : « clamant <i>kir</i> et criant vers la montagne ».

📜 Rachi (4)
גֵּיא חִזָּיוֹן יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהַכֹּל מִסְתַּכְּלִין שָׁם:
« La vallée de la vision » — Yerouchalayim, où tous portent leur regard.
מְקַרְקֵר לְשׁוֹן יְלָלָה:
« <i>Mekarker</i> » — un terme de gémissement.
קִיר וְשׁוֹעַ מְקוֹנֵן וְזוֹעֵק לְשׁוֹן הִנֵּה קוֹל שַׁוְעַת בַּת עַמִּי (יִרְמְיָהוּ ח) קִיר כְּמוֹ קִירִי דְּבִשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף קלט:):
« <i>Kir ve-choa</i> » — il se lamente et crie ; du même registre que « voici la voix du cri de la fille de mon peuple » (Yirmeyahou 8). <i>Kir</i> est comme <i>kiri</i> dans le traité Houlin 139b.
אֶל הָהָר בִּשְׁבִיל הַר צִיּוֹן שֶׁשָּׁמֵם:
« Vers la montagne » — à cause du mont Tsion devenu désolé.
💡 Explication

Le verset s'applique littéralement aux jeunes cohanim : ils sont « montés sur les toits » et leurs morts ne sont ni des morts par l'épée ni des morts au combat.

La dernière phrase franchit un pas : le même vocabulaire de cri est rapporté au Saint, béni soit-Il. Rachi lit mekarker comme un terme de gémissement, ce qui fait du verset la description d'un deuil du Ciel sur la destruction.

18
מִשֶּׁנִּכְנַס אָב מְמַעֲטִין בְּשִׂמְחָה וְכוּ׳. אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: כְּשֵׁם שֶׁמִּשֶּׁנִּכְנַס אָב מְמַעֲטִין בְּשִׂמְחָה — כָּךְ מִשֶּׁנִּכְנַס אֲדָר מַרְבִּין בְּשִׂמְחָה.

« Dès qu'entre Av, on diminue la joie », etc. Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : de même que dès qu'entre Av on diminue la joie, ainsi dès qu'entre Adar on augmente la joie.

📜 Rachi (1)
מִשֶּׁנִּכְנַס אֲדָר יְמֵי נִסִּים הָיוּ לְיִשְׂרָאֵל פּוּרִים וּפֶסַח:
« Dès qu'entre Adar » — ce furent des jours de miracles pour Israël : Pourim et Pessa'h.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּךְ מִשֶּׁנִּכְנַס אֲדָר מַרְבִּים בְּשִׂמְחָה. נִרְאֶה לִי בס"ד מִסְפַּר אֲדָר [205] יָתֵר עַל מִסְפַּר אָב [3] כְּמִנְיַן רַב [202] לִרְמֹוז בְּאָב מְמַעֲטִין וּבַאֲדָר מַרְבִּין. גַּם בְּאָב הָיָה חֲמֵשֶׁת דְּבָרִים שֶׁל פֻּרְעָנוּת לְכָךְ מְמַעֲטִין ב שִׂמְחָה הֵפֶךְ אַתָּוָון חֲמִשָּׁה וּבַאֲדָר נַעֲשָׂה נֵס בַּחֲמִשָּׁה שֶׁגָּזַר הֲרִיגָה עַל אֲנָשִׁים וְנָשִׁים וּבָנִים וּבָנוֹת הֲרֵי אַרְבַּע גְּזֵירוֹת מִיתָה וְגַם שְׁלָלָם לָבֹוז וְעָשָׂה הקב"ה וְנִיצּוּלוֹ כֻּולָּם, לָכֵן מַרְבִּין בְּשִׂמְחָה שֶׁהִיא אוֹתִיּוֹת חֲמִשָּׁה וּלְכָךְ תִּיקְּנוּ בִּבְרָכָה חֲמִשָּׁה לְשׁוֹנוֹת שֶׁל גְּאֻולָּה.
« Ainsi dès qu'entre Adar on augmente la joie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nombre d'Adar (205) dépasse le nombre d'Av (3) de la valeur de <i>rav</i> (202), pour faire allusion à ceci : en Av on diminue, en Adar on augmente. De plus, en Av il y eut cinq malheurs, et c'est pourquoi on diminue la <i>simha</i> (joie), dont les lettres sont celles de <i>hamicha</i> (cinq) ; et en Adar un miracle fut accompli sur cinq points, car il fut décrété la mise à mort des hommes, des femmes, des fils et des filles — voilà quatre décrets de mort — et en outre leur butin livré au pillage ; et le Saint, béni soit-Il, agit et tous furent sauvés. C'est pourquoi on augmente la <i>simha</i>, qui a les lettres de <i>hamicha</i> ; et c'est pourquoi on a institué cinq expressions de délivrance dans la bénédiction.
⚖️ Rosh (1)
מִשֶּׁנִּכְנַס אָב מְמַעֲטִין בְּשִׂמְחָה. שַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּתוֹכָהּ אֲסוּרִין מִלְּסַפֵּר וּמִלְּכַבֵּס וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּרִים מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב כְּשֵׁם שֶׁמִּשֶּׁנִּכְנַס אָב מְמַעֲטִין בְּשִׂמְחָה כָּךְ מִשֶּׁנִּכְנַס אֲדָר מַרְבִּין בְּשִׂמְחָה אָמַר רַב פָּפָּא הִלְכָּךְ הַאי בַּר יִשְׂרָאֵל דְּאִית לֵיהּ דִּינָא בַּהֲדֵי עוֹבֵד כּוֹכָבִים בְּאָב לִישְׁתְּמִיט לֵיהּ דְּרִיעַ לֵיהּ מַזָּלֵיהּ. וּבַאֲדָר נֵיזַל בַּהֲדֵיהּ דְּתַקִּיף מַזָּלֵיהּ. אֲסוּרִין לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס אָמַר רַב נַחְמָן. לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לְכַבֵּס וְלִלְבֹּושׁ אֲבָל לְכַבֵּס וּלְהַנִּיחַ מֻותָּר. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אַפֵּי' לְכַבֵּס וּלְהַנִּיחַ אָסוּר. וְקַיְימָא לַן הִלְכְתָא כְּרַב שֵׁשֶׁת בְּאִיסּוּרֵי וְעוֹד דְּלִישָּׁנָא דְּמַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי וּמִלְּכַבֵּס מוּכָח כֵּן דלר"נ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אָסוּר לִלְבֹּושׁ כֵּלִים מְכֻובָּסִין. וְלֹא מִסְתַּבֵּר לְמֵימַר דְּרַב נַחְמָן שָׁרִי לְמִלְבָּשׁ כֵּלִים שֶׁנִּתְכַּבְּסוּ קֹודֶם לָכֵן וְלֹא אָסַר לִלְבֹּושׁ אֶלָּא כֵּלִים שֶׁנִּתְכַּבְּסוּ וּבְאוֹתָהּ שַׁבָּת דְּמִילְּתָא בְּלֹא טַעְמָא הִיא. וְעוֹד דְּתַנְיָא כְּוָותֵיהּ אָסוּר לְכַבֵּס לִפְנֵי ט' בְּאָב אַפֵּי' לְכַבֵּס וּלְהַנִּיחַ אַחַר תִּשְׁעָה בְּאָב. וְגִיהוּץ שֶׁלָּנוּ הֲרֵי הוּא כְּכִיבּוּס שֶׁלָּהֶם וּמֻותָּר. וּכְלֵי פִּשְׁתָּן אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גִּיהוּץ וְהַטַּעַם לְפִי שֶׁאֵין חוֹשְׁשִׁין לְגִיהוּץ יָפֶה לְפִי שֶׁקְּרוֹבִים לְבָשָׂר וּמִתְלַכְלְכִים מִיָּד מִפְּנֵי הַזֵּיעָה. שָׁלַח רַב חִסְדָּא בַּר יַעֲקֹב בַּר גִּיּוֹרֵי מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב נַחְמָן אע"פ שֶׁאָמְרוּ כְּלֵי פִשְׁתָּן אֵין בָּהֶם מִשּׁוּם גִּיהוּץ אָסוּר לְלָבְשָׁן בְּשַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּתוֹכָהּ. יְרוּשַׁלְמִי (הֵל' ז) רַבִּי בָּא בַּר כֹּהֵן אָמַר קַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹסֵי בְּשֵׁם רַבִּי אָבָהוּ (אָמַר) תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת שְׁנֵי שַׁבָּתוֹת מֻותָּרִין. כֵּיוָן שֶׁנִּדְחָה הַתַּעֲנִית עַד יוֹם רִאשׁוֹן לָא הָוֵי שַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּתוֹכָהּ. תּוֹסֶפְתָּא (פ"ג דְּתַעֲנִית) חָל לִהְיוֹת ט"ב בְּשַׁבָּת אוֹכֵל אָדָם כָּל צָרְכּוֹ וּמַעֲלֶה עַל שֻׁלְחָנוֹ אַפֵּי' כִּסְעוּדַת שְׁלֹמה בְּשַׁעְתּוֹ וְאֵינוֹ מוֹנֵעַ מֵעַצְמוֹ כְּלוּם. כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ נִמְנָע מֵרְחִיצָה וְסִיכָה וְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה וְאֵין צָרִיךְ לִנְהֹוג דְּבָרִים שֶׁל צִנְעָא. וְרַבֵּינוּ מֵאִיר זַ"ל כָּתַב בְּהִלְכוֹת אֲבֵלוּת שֶׁלּוֹ כָּתַב ה"ר יִצְחָק מוינ"א דְּתִשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת אע"פ שֶׁאָנוּ דּוֹחִין אוֹתוֹ עַד לְמָחָר אוֹתוֹ הַיּוֹם אָסוּר בְּתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה. מִידֵּי דְּהָוֵי אַקּוֹבֵר מֵתוֹ בָּרֶגֶל שֶׁאָנוּ דּוֹחִין אֲבֵלוּת עַד אַחַר הָרֶגֶל וַאֲפִילּוּ הָכֵי נוֹהֵג דְּבָרִים שֶׁבְּצִנְעָא בָּרֶגֶל אִם כֵּן הָכָא נָמֵי גַּבֵּי שַׁבָּת זוֹ גַּבֵּי תִּשְׁעָה בְּאָב הוּא כְּרֶגֶל וְאָסוּר בְּתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה. וְתִשְׁעָה בְּאָב וְאָבֵל שָׁיְיכִי אַהֲדָדֵי כִּדְאָמַר רַב חִסְדָּא בְּפֶרֶק קַמָּא דְּתַעֲנִית (דַּף יג. ) עכ"ל מוֹרִי. הַדָּבָר יָצָא מִפִּי מוֹרִי הַקָּדוֹשׁ וְכָל עֲדַת יִשְׂרָאֵל יַעֲשׂוּ אֹותוֹ כְּדַי הוּא בֵּית אֱ-לֹהֵינוּ לְאַבֵּד עָלָיו עוֹנָה אַחַת בַּשָּׁנָה. אע"פ שֶׁיֵּשׁ לִי לְהָשִׁיב דְּתִשְׁעָה בְּאָב וַאֲבֵלוּת חֲלוּקִים בְּכַמָּה דְּבָרִים כִּדְאָמְרִי' בְּפֶרֶק הַחוֹלֵץ (יְבָמוֹת דַּף מג.) דְּשַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּתוֹכָהּ אָסוּר לְכַבֵּס וּמֻותָּר לְאָרֵס וְקֹודֶם הַזְּמַן הַזֶּה מֻותָּר לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס וְאָסוּר לִישָּׂא וְלִיתֵּן וְכָל הָעָם מְמַעֲטִין בַּעֲסָקִים: וְגַבֵּי אֲבֵילוּת אָמְרִינַן אִיפְּכָא ר' יוֹסֵי אוֹמֵר כָּל הַנָּשִׁים יִתְאָרְסוּ חוּץ מִן הָאַלְמָנָה מִפְּנֵי הָאִיבּוּל וְכַמָּה אִיבּוּל שְׁלֹשִׁים יוֹם וּמְשַׁנֵּי רַב אַשִּׁי הָתָם שָׁאנֵי בֵּין אֲבֵילוּת חֲדָשָׁה לַאֲבֵילוּת יְשָׁנָה בֵּין אֲבֵילוּת דְּרַבִּים בֵּין אֲבֵילוּת דְּיָחִיד.וּמְפָרֵשׁ רַבֵּינוּ תָּם שָׁאנֵי בֵּין אֲבֵילוּת חֲדָשָׁה שֶׁאָסוּר לְאָרֵס מַה שֶׁאֵין כֵּן בַּאֲבֵילוּת יְשָׁנָה.דִּבְמִילֵּי דְּיָחִיד הֵקֵילּוּ טְפֵי בַּאֲבֵילוּת יְשָׁנָה. אֲבָל לְעִנְיַן מַשָּׂא וּמַתָּן שָׁאנֵי בֵּין אֲבֵילוּת דְּיָחִיד שֶׁהִתִּירוּ בְּמַשָּׂא וּמַתָּן בַּאֲבֵילוּת דְּיָחִיד וּבַאֲבֵילוּת דְּרַבִּים אָסְרוּ כָּל דָּבָר שֶׁהָרַבִּים מִתְעַסְּקִים בּוֹ כְּגוֹן מַשָּׂא וּמַתָּן דְּאִיכָּא פִּירְסוּם וִיהֵא נִרְאֶה כְּאֵינָם חוֹשְׁשִׁין לְהִתְאַבֵּל עַל יְרוּשָׁלַיִם אַלְמָא דִּבְמִילֵּי דְּצִנְעָא וּבְיָחִיד יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁאָנוּ מַחְמִירִין בַּאֲבֵילוּת טְפֵי מִתִּשְׁעָה בְּאָב. וְהָא דְּאָמְרִי' בְּפֶרֶק. (קַמָּא) בפ"ד דְּתַעֲנִית (דַּף ל. ) כָּל מִצְוֹת הַנּוֹהֲגוֹת בְּאָבֵל נוֹהֲגוֹת בְּתִשְׁעָה בְּאָב הַיְינוּ בְּיוֹם תַּעֲנִית תִּשְׁעָה בְּאָב וְעוֹד קֻולָּא אַחַרְיַנָא אִיכָּא תִּשְׁעָה בְּאָב מָקוֹם שֶׁנָּהֲגוּ שֶׁאָסוּר לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס כְּגוֹן שַׁבָּת שֶׁחָל תִּשְׁעָה בְּאָב לִהְיוֹת בְּתוֹכָהּ קָתָנֵי הָתָם וּבַחֲמִישִׁי מֻותָּר מִפְּנֵי כְּבוֹד שַׁבָּת וּבַאֲבֵילוּת מָקוֹם שֶׁאָסוּר לְסַפֵּר וּלְכַבֵּס לֹא הִתִּירוּ מִפְּנֵי כְּבוֹד שַׁבָּת. וּמִיהוּ נָכוֹן לְהַחְמִיר כְּדִבְרֵי מוֹרִי אַפֵּי' הוּא מֵקֵיל וַאֲנִי מַחְמִיר הָיָה לָנוּ לַעֲשׂוֹת כִּדְבָרָיו וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁהוּא מַחְמִיר וַאֲנִי מֵקֵיל עכ"ל רַבֵּינוּ מֵאִיר זַ"ל. וּמִיהוּ לְשׁוֹן הַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע שֶׁאֵין נִמְנָע וְכֵן עַמָּא דְּבַר. תַּנְיָא תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת וְכֵן עֶרֶב תִּשְׁעָה בְּאָב שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת אוֹכֵל וְשׁוֹתֶה כָּל צָרְכּוֹ וּמַעֲלֶה עַל שֻׁולְחָנוֹ כִּסְעוּדַת שְׁלֹמה בְּשַׁעְתּוֹ:
« Dès qu'entre Av, on diminue la joie. » La semaine dans laquelle tombe le 9 Av, il est interdit de se couper les cheveux et de faire la lessive ; le jeudi, cela est permis en l'honneur du Chabbat. Rav Yehouda fils de Rav Chemouel bar Chilat a dit au nom de Rav : de même que dès qu'entre Av on diminue la joie, ainsi dès qu'entre Adar on augmente la joie. Rav Papa a dit : dès lors, un Juif qui a un procès avec un idolâtre, qu'il s'y dérobe en Av, car son mazal (astre) y est mauvais, et qu'il s'y engage en Adar, car son mazal y est fort. « Il est interdit de se couper les cheveux et de faire la lessive » : Rav Nahman a dit, on n'a enseigné cela que pour laver et porter, mais laver et mettre de côté est permis. Et Rav Chechet dit : même laver et mettre de côté est interdit. Et nous tenons la halakha comme Rav Chechet en matière d'interdits ; de plus, la formulation de la Michna, qui enseigne « et de faire la lessive », le prouve, car selon Rav Nahman elle aurait dû dire : il est interdit de porter des vêtements lavés. Et il n'est pas raisonnable de dire que Rav Nahman permet de porter des vêtements lavés auparavant et n'interdit que ceux lavés durant cette semaine même, car ce serait une règle sans raison. De plus, une baraita l'appuie : il est interdit de laver avant le 9 Av, même pour laver et mettre de côté pour après le 9 Av. Et notre gihoutz (lustrage) équivaut à leur lessive, et il est permis. Et les vêtements de lin ne relèvent pas du gihoutz ; la raison en est qu'on n'est pas attentif à un beau gihoutz pour eux, puisqu'ils sont proches de la chair et se salissent aussitôt par la sueur. Rav Hisda bar Yaakov bar Guiyori a mandé au nom de Rav Nahman : bien qu'ils aient dit que les vêtements de lin ne relèvent pas du gihoutz, il est interdit de les porter durant la semaine dans laquelle tombe le 9 Av. Yerouchalmi (halakha 7) : Rabbi Ba bar Kohen dit devant Rabbi Yossi au nom de Rabbi Abahou : un 9 Av qui tombe un Chabbat, les deux semaines sont permises — puisque le jeûne est repoussé au dimanche, ce n'est plus « la semaine dans laquelle tombe le 9 Av ». Tossefta (Taanit ch. 3) : si le 9 Av tombe un Chabbat, l'homme mange tout ce dont il a besoin et sert sur sa table même comme au festin de Chelomo en son temps, et ne se prive de rien. C'est-à-dire qu'il ne s'abstient ni du bain, ni de l'onction, ni des relations conjugales, et qu'il n'a pas à observer les choses relevant de l'intimité. Et notre maître Rabbi Meir, de mémoire bénie, a écrit dans ses lois de deuil : Rabbi Yits'hak de Vienne à écrit qu'un 9 Av tombant un Chabbat, bien que nous le repoussions au lendemain, ce jour-là demeure interdit dans les relations conjugales — comme il en va de celui qui enterre son mort durant la fête, où nous repoussons le deuil jusqu'après la fête et où pourtant il observe durant la fête les choses relevant de l'intimité ; ainsi donc ici aussi, ce Chabbat-là à l'égard du 9 Av est comme une fête, et les relations conjugales y sont interdites. Et le 9 Av et le deuil se tiennent l'un l'autre, comme l'a dit Rav Hisda au premier chapitre de Taanit (13a). Fin des paroles de mon maître. La chose est sortie de la bouche de mon saint maître, et toute l'assemblée d'Israël la mettra en pratique : la Maison de notre D.ieu mérite bien qu'on perde pour elle une seule période dans l'année. Bien que j'aie de quoi répliquer, car le 9 Av et le deuil diffèrent sur plusieurs points, comme nous le disons au chapitre Ha-holets (Yevamot 43a) : durant la semaine dans laquelle tombe le 9 Av il est interdit de laver mais permis de fiancer, et avant cette période il est permis de se couper les cheveux et de laver mais interdit de faire négoce, et tout le peuple diminue ses affaires ; alors qu'à propos du deuil nous disons l'inverse : Rabbi Yossi dit, toutes les femmes peuvent être fiancées hormis la veuve, à cause du deuil — et quelle durée de deuil ? Trente jours. Et Rav Achi a résolu : là-bas c'est différent, entre un deuil récent et un deuil ancien, entre un deuil de la collectivité et un deuil de l'individu. Et Rabbenou Tam explique : la différence est entre un deuil récent, où il est interdit de fiancer, et un deuil ancien, où cela ne l'est pas, car dans les affaires de l'individu on a été plus indulgent pour le deuil ancien. Mais pour le négoce, la différence est entre le deuil de l'individu, où ils ont permis le négoce, et le deuil de la collectivité, où ils ont interdit toute chose que le public pratique en commun, tel le négoce qui comporte de la publicité et donnerait à croire qu'on ne se soucie pas de porter le deuil de Yerouchalayim. Il ressort donc que, dans les choses relevant de l'intimité et pour l'individu, il se peut que nous soyons plus stricts pour le deuil que pour le 9 Av. Et ce que nous disons au quatrième chapitre de Taanit (30a), que toutes les règles en vigueur pour le endeuillé sont en vigueur le 9 Av, vise le jour même du jeûne du 9 Av. Il y a encore une autre indulgence : pour le 9 Av, la où l'usage interdit de se couper les cheveux et de laver — soit la semaine dans laquelle tombe le 9 Av —, on enseigne là-bas que le jeudi cela est permis en l'honneur du Chabbat ; tandis que pour le deuil, la où il est interdit de se couper les cheveux et de laver, ils ne l'ont pas permis en l'honneur du Chabbat. Néanmoins il convient d'être strict selon les paroles de mon maître : même s'il était indulgent et moi strict, nous devrions faire selon ses paroles, à plus forte raison quand c'est lui qui est strict et moi indulgent. Fin des paroles de notre maître Rabbi Meir, de mémoire bénie. Toutefois, la formulation de la Tossefta indique qu'on ne s'abstient pas, et tel est l'usage du peuple. Il a été enseigné : un 9 Av qui tombe un Chabbat, et de même une veille de 9 Av qui tombe un Chabbat, l'homme mange et boit tout ce dont il a besoin et sert sur sa table comme au festin de Chelomo en son temps.
💡 Explication

Le folio quitte la démonstration des dates et ouvre la clause suivante de la Michna. Rav établit une symétrie entre les deux mois : la diminution de joie en Av a pour contrepartie une augmentation en Adar.

Le Roch prolonge la sougya du côté pratique : quelles restrictions valent durant la semaine où tombe le 9 Av (lessive, coupe de cheveux), et que se passe-t-il quand le 9 Av tombe un Chabbat. Sur ce dernier point il rapporte la position stricte du Maharam de Rothenburg, expose ses propres objections tirées des différences entre le deuil et le 9 Av, puis conclut que l'usage suit la Tossefta.

🖼️ Schéma
La symétrie Av / Adar selon Rav, et son application par Rav Papa Dès qu'entre Av on diminue la joie Dès qu'entre Adar on augmente la joie Procès avec un non-Juif : s'y dérober (mazal affaibli) Procès avec un non-Juif : s'y engager (mazal fort) Application halakhique rapportée par le Roch au nom de Rav Papa.
La règle de Rav et la conséquence pratique que Rav Papa en tire pour les procès.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).