Yoma 10a — les nations de Berechit 10 (Tiras = Perse, les Perses descendent de Yefet), la double prophétie Rome/Perse et le décret des neuf mois, puis la mezouza de la lichkat Parhedrin : obligation de fond ou simple décret ?

Yoma 10a

Sougya : Le daf achève d'abord l'aggada ouverte en 9b : bien que les Perses (descendants de Yefet) aient aidé à bâtir le second Temple, la Chekhina ne réside que dans les tentes de Chem. La Guemara le fonde sur la table des nations (Berechit 10), identifiant chaque nom biblique (les fils de Yefet, dont Tiras = Perse selon Rav Yossef ; les villes d'Achour ; les géants enfants du Anak).

Vient ensuite la double prophétie sur l'ordre final des empires : R. Yehochoua ben Levi (au nom de Rabbi) puis R.

Yo'hanan (par kal va-homer) annoncent que Rome tombera aux mains de la Perse ; Rav soutient l'inverse (la Perse tombera aux mains de Rome), objecte que les Perses aussi détruisent des synagogues et invoque le décret du Roi — appuyé par la baraita du décret des neuf mois (Rome dominera le monde entier neuf mois avant la venue du Machiah, Mikha 5,2). La sougya revient enfin à la halakha : seule la chambre des Parhedrin, résidence du Cohen Gadol, porte une mezouza.

Est-ce une obligation de fond (Tana Kama : c'est un lieu d'habitation) ou un décret (R. Yehouda : de peur qu'on ne croie le Cohen Gadol emprisonné) ?

Rava fonde R. Yehouda sur le principe qu'une maison non habitée été ET hiver n'est pas un 'bayit' ; Abaye l'attaque par deux versets — la maison d'hiver / d'été (Amos) et la souka de R.

Yehouda, assujettie au erouv, à la mezouza et surtout au maaser, qui est de la Tora.

Les nations de Berechit 10 identifiées par la Guemara Enjeu de la sougya : montrer que les Perses descendent de Yefet (donc leur aide au 2e Temple n'y fait pas résider la Chekhina). Les 7 fils de Yefet (Berechit 10,2) Gomer= la Germamia Magog= la Kandia Madai= la Macédoine Yavan= la Grèce (sens littéral) Touval= Beit Ounyaki Mechekh= la Mousia Tiras= Beit Tiryaki OU la Perse Tiras : R. Simai (ou R. Simon) vs les Sages - un Sage dit : Tiras = Beit Tiryaki - un Sage dit : Tiras = Perse Rav Yossef tranche : Tiras = Perse (Tiras est le DERNIER des fils = le plus jeune : cf. seg 8) Les géants, enfants du Anak (Bamidbar 13,22) Ahimanle plus habile (meyouman) des frères Cheshairend le sol en fosses (chehitot) par ses pas Talmairend le sol en sillons (telamim) par ses pas Autre lecture : villes bâties Ahiman -> Anat, Cheshai -> Alouch, Talmai -> Talbouch (chacun y glisse une lettre de son nom : cf. Ben Yehoyada). "Enfants du Anak" (ha-anak = collier) si grands que le soleil semblait pendre à leur cou comme un collier (maanikin). Autres versets glosses : Savta/Savtekha = Sakistan intérieur et extérieur ; Ashour = Silek ; Ninve = la grande ville (Yona 3,3). Erekh = Orikhout, Akkad = Baskar, Kalne = Nofer Ninefi, Resen = Akteisfon.
Généalogie des nations de Berechit 10 telle que la lit la Guemara : les 7 fils de Yefet (dont Tiras = Perse) et les géants enfants du Anak.
Rome et la Perse : deux prophecies opposées Deux traditions sur l'ordre final des empires. Elles ne se contredisent pas : la Perse tombe d'abord aux mains de Rome, puis Rome tombe. ROME tombera aux mains de la PERSE R. Yehochoua b. Levi au nom de Rabbi Yirmeyahou 49,20 : "les plus petits du troupeau (tzeirei ha-tzon) les traîneront". Objection de Rabba b. Oulla : le "troupeau" pourrait être Yavan (bouc, Daniel 8,21) ! Réponse : "tzeirei" = le plus jeune des frères = Tiras = Perse (Rav Yossef). R. Yo'hanan (kal va-homer) 1er Temple : bâti par Chem, détruit par les Kasdim -> les Kasdim tombent aux Perses. 2e Temple : bâti par les Perses, détruit par Rome -> à fortiori Rome tombe aux Perses. La PERSE tombera aux mains de ROME Rav Objection de Rav Kahana et Rav Assi : les bâtisseurs (du 2e Temple) aux mains des destructeurs ?! Deux raisons (baraita) : 1. Les Perses aussi détruisent des synagogues (ils ne valent pas mieux). 2. Décret du Roi (guezerat melekh) : les bâtisseurs tombent aux destructeurs. Ben Yehoyada : la Perse doit tomber à Rome pour accomplir le décret des 9 mois -> global. Le décret des neuf mois (Rav Yehouda au nom de Rav) Le fils de David (Machiah) ne viendra que lorsque la royauté impie de Rome se sera étendue sur le monde entier durant NEUF mois (Mikha 5,2 : "jusqu'au temps où celle qui enfante aura enfanté"). La durée de la domination universelle = celle d'une grossesse. Ben Yehoyada : 9 mois = les 9 mois d'Essav dans le ventre.
Les deux prophecies sur Rome et la Perse et le décret des neuf mois qui les articule.
La mezouza de la chambre des Parhedrin : obligation ou décret ? Seule la chambre où réside le Cohen Gadol les 7 jours avant Kippour a une mezouza. Pourquoi elle seule ? Tana Kama Obligation de FOND (deoraita). La mezouza y est due parce que c'est un lieu d'habitation (beit dira) : on y dort. Tossefot : la lichkat beit even (Cohen de la para) ne compte pas -- hors enceinte sainte, et non annuelle. Rabbi Yehouda Pas d'obligation de fond : c'est un DÉCRET. Plusieurs chambres-logements (gardiens) n'avaient pas de mezouza : la résidence ne suffit donc pas. Guezera : de peur qu'on ne dise que le Cohen Gadol est enfermé en prison. Raison de R. Yehouda selon Rava Toute maison qui n'est pas faite pour être habitée À LA FOIS l'été ET la saison des pluies n'est pas une "maison" (bayit) au sens de la mezouza -- d'où : la lichka, saisonnière, n'oblige que par décret. Deux objections d'Abaye contre Rava 1. "maison d'hiver / maison d'été" Amos 3,15 : une résidence saisonnière est bien appelée "maison" ! Réponse de Rava : "maison d'hiver / d'été" oui, mais non "maison" absolument. -> objection écartée. 2. La souka de R. Yehouda R. Yehouda l'assujettit au erouv, à la mezouza ET au maaser -- habitat de 7 jours. Le maaser est de la Tora : on ne peut le dire "rabbinique". La souka est donc un vrai "bayit" -> réfute le principe de Rava.
Pourquoi seule la chambre des Parhedrin porte une mezouza : Tana Kama (obligation de fond) vs R. Yehouda (décret), le principe de Rava et les deux objections d'Abaye.
1
אַף עַל גַּב דְּ״יְפַת אֱ-לֹהִים לְיֶפֶת״ — אֵין הַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה אֶלָּא בְּאָהֳלֵי שֵׁם.

Bien que [le verset dise] 'Que Dieu élargisse Yefet' (Berechit 9,27) — allusion aux Perses, descendants de Yefet, qui aidèrent à bâtir le second Temple —, la Chekhina (Présence divine) ne réside que dans les tentes de Chem, c'est-à-dire dans le premier Temple, bâti par le roi Chelomo, issu de la descendance de Chem.

📜 Rachi (1)
אעפ"י שִׁיפַת אֱ-לֹהִים לְיֶפֶת שֶׁזָּכוּ פַּרְסִיִּים לִבְנוֹת בַּיִת שֵׁנִי אֵין שְׁכִינָה שׁוֹרָה אֶלָּא בְּמִקְדָשׁ רִאשׁוֹן שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה שֶׁבָּא מִזַּרְעוֹ שֶׁל שֵׁם:
'Bien que Dieu élargisse Yefet' — c'est-à-dire que les Perses eurent le mérite de bâtir le second Temple —, la Chekhina ne réside que dans le premier Temple, bâti par Chelomo, issu de la descendance de Chem.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הַשְּׁכִינָה שׁוֹרָה אֶלָּא בְּאָהֳלֵי שֵׁם. פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י 'בְּמִקְדָשׁ רִאשׁוֹן שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה שֶׁהָיָה מִזַּרְעוֹ שֶׁל שָׁם' וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה נָקֵיט אָהֳלֵי לְשׁוֹן רַבִּים כֵּיוָן דְּהַמָּקוֹם אֶחָד הוּא? וְנִרְאֶה לִי כִּי בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן הָיָה שְׁנֵי מְקוֹמוֹת שֶׁשָּׁרְתָה בָּהֶם שְׁכִינָה הָאֶחָד בְּבֵית קָדְשֵׁי קָדָשִׁים עַל הָאָרוֹן, וְהַשֵּׁנִי עַל הַמִּזְבֵּחַ שֶׁיָּרְדָה עָלָיו אֵשׁ שְׁכִינָה מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁגַּם זֶה נִקְרָא בְּשֵׁם אֵשׁ שְׁכִינָה בַּגְּמָרָא, וְלָכֵן נָקֵיט אָהֳלֵי לְשׁוֹן רַבִּים וּשְׁנֵיהֶם חָסְרוּ בְּבַיִת שֵׁנִי. וְנִרְאֶה לִי פְּרָס גֵּימַטְרְיָא שֵׁם [340] לִרְמֹוז דִּמְקוֹם הַמִּקְדָּשׁ שֶׁנִּבְנָה עַל יְדֵי זַרְעוֹ שֶׁל שֵׁם יִבָּנֶה עוֹד עַל יְדֵי פְּרָס שֶׁהֵם מִסְפַּר שֵׁם.
'La Chekhina ne réside que dans les tentes (ohalei) de Chem'. Rachi explique : 'dans le premier Temple, bâti par Chelomo, issu de Chem'. Il faut comprendre pourquoi le verset emploie 'tentes' au pluriel (ohalei), alors qu'il s'agit d'un seul lieu ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans le premier Temple il y avait deux endroits où reposait la Chekhina : l'un dans le Saint des Saints, sur l'Arche (Aron) ; l'autre sur l'autel (mizbeach), sur lequel descendait un feu de Chekhina venu du Ciel — feu que la Guemara appelle également 'feu de la Chekhina'. C'est pourquoi le verset dit 'tentes' au pluriel, et ces deux présences manquèrent dans le second Temple. Il me semble encore que 'Paras' (Perse) a la valeur numérique (guematria) de 'Chem' [340], pour faire allusion au fait que le lieu du Temple, bâti par la descendance de Chem, sera de nouveau reconstruit par Paras, dont le nombre égale celui de Chem.
💡 Explication

La Guemara achève ici l'idée ouverte en 9b : les Perses, descendants de Yefet, ont beau avoir contribué à la construction du second Temple, cela ne suffit pas à y faire résider la Chekhina. Le verset 'Que Dieu élargisse Yefet, mais qu'Il réside dans les tentes de Chem' (Berechit 9,27) est lu comme un partage : à Yefet l'agrandissement politique, à Chem (ancêtre d'Israël) la Présence divine.

C'est pourquoi la Chekhina n'a reposé que dans le premier Temple, bâti par Chelomo sans le patronage d'une puissance étrangère.

2
וּפָרְסָאֵי מְנָא לַן דְּמִיֶּפֶת קָאָתוּ, דִּכְתִיב: ״בְּנֵי יֶפֶת גֹּומֶר וּמָגוֹג וּמָדַי וְיָוָן וְתֻובָל וּמֶשֶׁךְ וְתִירָס״. גּוֹמֵר — זֶה גֶּרְמַמְיָא, מִגּוֹג — זוֹ קָנָדְיָא, מִדֵּי — זוֹ מִקְדּוֹנְיָא, יָוָן — כְּמִשְׁמָעוֹ, תּוּבַל — זֶה בֵּית אוּנְיָיקֵי, מֶשֶׁךְ — זוֹ מוּסָיָא, תִּירָס, פְּלִיגִי בַּהּ רַבִּי סִימַאי וְרַבָּנַן, וְאָמְרִי לַהּ רַבִּי סִימוֹן וְרַבָּנַן, חַד אָמַר: זוֹ בֵּית תְּרַיְּיקִי, וְחַד אָמַר: זוֹ פְּרָס. תָּנֵי רַב יוֹסֵף: תִּירָס — זוֹ פְּרָס.

Et les Perses, d'où savons-nous qu'ils descendent de Yefet ? Car il est écrit : 'Les fils de Yefet : Gomer, Magog, Madai, Yavan, Touval, Mechekh et Tiras' (Berechit 10,2).

Gomer, c'est la Germamia ; Magog, c'est la Kandia ; Madai, c'est la Macédoine ; Yavan, selon son sens littéral (la Grèce) ; Touval, c'est Beit Ounyaki ; Mechekh, c'est la Mousia. Quant à Tiras, Rabbi Simai et les Sages divergent — d'autres rapportent la controverse entre Rabbi Simon et les Sages : l'un dit que c'est Beit Tiryaki, et l'autre dit que c'est la Perse.

Rav Yossef a enseigné : Tiras, c'est la Perse.

💡 Explication

La Guemara fonde l'affirmation précédente sur la table des nations (Berechit 10) : chaque nom biblique est identifié à un peuple ou une région de l'époque talmudique. Le point décisif est Tiras : selon l'opinion — que Rav Yossef confirme — Tiras est la Perse, qui figure donc bien parmi les descendants de Yefet.

3
״סִבָּתָהּ וְרַעֲמָה וְסַבְתְּכָא״, תָּנֵי רַב יוֹסֵף: סַקִּיסְתָּן גַּוָּיְיתָא וְסַקִּיסְתָּן בָּרַייְתָא, בֵּין חֲדָא לַחֲדָא מְאָה פַּרְסֵי, וְהֶיקֵּפָהּ אַלְפָא פַּרְסֵי.

'Savta, Raama et Savtekha' (Berechit 10,7). Rav Yossef a enseigné : c'est le Sakistan intérieur et le Sakistan extérieur ; de l'un à l'autre, cent parasanges (parsi), et son pourtour, mille parasanges.

📜 Rachi (1)
סַקִּיסְתָּן גַּוָּוייְתָא וְסַקִּיסְתָּן בָּרַיְיתָא אַסִּבָּתָהּ וְסַבְתְּכָא קָאֵי שֶׁשֶּׁמֶן שָׁוָה וְהֵם מָחוֹז מֻוקָּף הָרִים וְהַחִיצוֹנָה מַקֶּפֶת אֶת הַפְּנִימִית וּרְחוֹקָה פְּנִימִית חוּץ מִן הֶיקֵּף חִיצוֹנָה לְכָל צַד מֵאָה פַּרְסֵי וְהֶיקֵּף הַחִיצוֹנָה אַלְפָא פַּרְסֵי:
'Le Sakistan intérieur et le Sakistan extérieur' — cela se rapporte à Savta et Savtekha, dont les noms sont semblables. Ce sont des districts entourés de montagnes : l'extérieur enserre l'intérieur, et l'intérieur est distant, au-delà du pourtour extérieur, de cent parasanges de chaque côté ; le pourtour de l'extérieur mesure mille parasanges.
4
״וַתְּהִי רֵאשִׁית מַמְלַכְתּוֹ בָּבֶל וְאֶרֶךְ וְאַכַּד וְכַלְנֵה״, בָּבֶל — כְּמִשְׁמָעָהּ, אָרֹךְ — זֶה אֻורְיָכוֹת, וְאַכַּד — זֶה בְּשָׂכָר, כֻּלָּנָה — זֶה נוּפָר נִינְפֵּי.

'Le commencement de son royaume fut Bavel, Erekh, Akkad et Kalne' (Berechit 10,10). Bavel selon son sens littéral (Babylone) ; Erekh, c'est Orikhout ; Akkad, c'est Baskar ; Kalne, c'est Nofer Ninefi.

5
״מִן הָאָרֶץ הָהִיא יָצָא אַשּׁוּר״, תָּנֵי רַב יוֹסֵף: אַשּׁוּר — זֶה סִילֵּק. ״וַיִּבֶן אֶת נִינְוֵה וְאֶת רְחֹובֹות עִיר וְאֶת כָּלַח״, נִינְוֵה — כְּמִשְׁמָעוֹ, רְחוֹבוֹת עִיר — זוֹ פְּרָת דְּמֵישָׁן, כָּלַח — זוֹ פְּרָת דְּבוּרְסִיף. ״וְאֶת רֶסֶן בֵּין נִינְוֵה וּבֵין כָּלַח הִיא הָעִיר הַגְּדוֹלָה״, רֶסֶן — זֶה אַקְטֵיסְפוֹן. ״הִיא הָעִיר הַגְּדוֹלָה״ — אֵינִי יוֹדֵעַ אִם נִינְוֵה הָעִיר הַגְּדוֹלָה, אִם רֶסֶן הָעִיר הַגְּדוֹלָה. כְּשֶׁהוּא אוֹמֵר ״וְנִינְוֵה הָיְתָה עִיר גְּדוֹלָה לֵא-לֹהִים מַהֲלַךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים״, הֱוֵי אוֹמֵר: נִינְוֵה הִיא הָעִיר הַגְּדוֹלָה.

'De ce pays sortit Achour' (Berechit 10,11). Rav Yossef a enseigné : Achour, c'est Silek. 'Et il bâtit Ninve, Rehovot-Ir et Kelah' (ibid.).

Ninve selon son sens littéral ; Rehovot-Ir, c'est le Perat de Mechan ; Kelah, c'est le Perat de Boursif. 'Et Resen, entre Ninve et Kelah — c'est la grande ville' (Berechit 10,12). Resen, c'est Akteisfon. 'C'est la grande ville' : je ne sais si c'est Ninve qui est la grande ville, ou si c'est Resen.

Mais lorsqu'il est dit : 'Or Ninve était une ville immense devant Dieu, de trois journées de marche' (Yona 3,3), tu dois conclure que c'est Ninve qui est la grande ville.

📜 Rachi (1)
מִן הָאָרֶץ הָהִיא יָצָא שֶׁלֹּא לִהְיוֹת בַּעֲצַת דּוֹר הַפְּלַגָּה:
'De ce pays il sortit' — [Achour] en sortit pour ne pas prendre part au projet de la génération de la dispersion (dor haflaga, la tour de Bavel).
🗂️ Tossefot (1)
אֵינִי יוֹדֵעַ אִם נִינְוֵה הָעִיר הַגְּדוֹלָה וְכוּ' וְתֵימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר נָמֵי אֵינִי יוֹדֵעַ אִם כָּלַח הָעִיר הַגְּדוֹלָה כֵּיוָן דִּמְסַפְּקָא לֵיהּ בְּרֶסֶן וְנִינְוֵה שֶׁלִּפְנֵי פָּנָיו אִם הָעִיר הַגְּדוֹלָה עֲלַייְהוּ קָאֵי כ"ש דְּאִיכָּא לְסַפּוֹקֵי בְּכָלַח דְּמִינָהּ קָא סָלֵיק וי"ל אַדְּרַבָּה מִשּׁוּם דְּמִינָהּ קָא סָלֵיק אִם אִיתָא דַּעֲלֵהּ קָאֵי לָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר הִיא הָעִיר הַגְּדוֹלָה אֶלָּא הָעִיר הַגְּדוֹלָה:
'Je ne sais si c'est Ninve la grande ville, etc.' — Cela m'étonne : pourquoi ne dit-on pas aussi 'je ne sais si c'est Kelah la grande ville' ? Puisqu'on hésite sur Resen et Ninve, qui la précèdent [dans le verset], à plus forte raison pourrait-on hésiter sur Kelah, qui est le dernier nom cité [avant 'la grande ville'] ! On peut répondre : au contraire, c'est précisément parce que [le verset] vient d'en partir : s'il se rapportait à elle (Kelah), il n'aurait pas eu à dire 'c'est LA grande ville' (hi ha-ir ha-guedola, avec le pronom), mais simplement 'la grande ville'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵינִי יוֹדֵעַ אִם ' נִינְוֵה ' " הָעִיר הַגְּדוֹלָה ", אוֹ ' רֶסֶן ' הִיא " הָעִיר הַגְּדוֹלָה " ?. הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת זַ"ל דַּהֲוָה לֵיהּ לְאִסְתַּפּוֹקֵי בְּכֶלַח, וְכָל שֶׁכֵּן הוּא כֵּיוָן דְּמִינָהּ קָא סָלֵיק? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם קָאֵי עַל כָּלַח מֻוכְרָח לוֹמַר דְּמַה שֶׁאָמְרוּ גְּדוֹלָה הַיְינוּ עַל מִידָּתָהּ וּבִנְייָנָהּ וְאִם כֵּן קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמִנְקַט זֶה בְּהִזְכִּירוּ בִּנְייָנָהּ שֶׁל כָּלַח דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית י, יא) 'וַיִּבֶן אֶת נִינְוֵה וְאֶת רְחֹבֹת אֶת כָּלַח' וְיֹאמַר כָּאן 'הוּא הָעִיר הַגְּדֵלָה' (שָׁם פָּסוּק יב), וְלָכֵן לֹא נִסְתַּפֵּק בְּכֶלַח אֲבָל בְּנִינְוֵה נִסְתַּפֵּק מִשּׁוּם דִּכְתִיב בָּהּ (יוֹנָה ג, ג) 'וְנִינְוֵה הָיְתָה עִיר גְּדוֹלָה אֱלֹקִים' וְהִקְשׁוּ מַאי קָא מַשְׁמַע לַן בְּאוֹמְרוֹ 'גְּדוֹלָה אֱלֹקִים'? וּפֵירְשׁוּ דְּמַה שֶׁאָמְרוּ 'גְּדוֹלָה' לָאו עַל כַּמּוּת הָעִיר קָא מַשְׁמָע לַן אֶלָּא עַל רִבּוּי אֻכְלוּסִין שֶׁהָיוּ בָּהּ בְּנֵי אָדָם הַרְבֵּה, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (יוֹנָה ד, יא) 'אֲשֶׁר יֶשׁ בָּהּ הַרְבֵּה מִשְׁתֵּים עֶשְׂרֵה רִבּוֹ אָדָם אֲשֶׁר לֹא יָדַע בֵּין יְמִינוֹ לִשְׂמֹאלוֹ' מַשְׁמַע דְּמַה שֶׁאָמְרוּ גְּדוֹלָה הַיְינוּ עַל רִבּוּי אִכְלוּסִים שֶׁהָיָה בָּהּ, וּלְהָכִי אָמַר גְּדוֹלָה לֶאֱלֹקִים כִּי אֲנָשֶׁיהָ הָרַבִּים הָאֵלֶּה הָיוּ מִתְּחִילָּה עוֹבְדֵי אֱלֹקִים וּבְאוֹתוֹ זְמַן שֶׁשָּׁלַח לָהֶם אֶת יוֹנָה הַנָּבִיא ע"ה קִלְקְלוּ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים וְעַייֵּן בְּאֶבֶן עֶזְרָא זַ"ל. וּלְפִי זֶה יֵשׁ לוֹמַר דְּמַה שֶׁנֶּאֱמַר בַּתּוֹרָה 'הוּא הָעִיר הַגְּדֵלָה' קָאֵי עַל נִינְוֵה וְלָאו עַל גֹּודֶל כְּמוֹתָהּ וּבִנְייָנָהּ קָאָמַר דְּאֶפְשָׁר שֶׁלֹּא הָיְתָה גְּדוֹלָה בְּכַמּוּת וּבִנְיָן יוֹתֵר מִן רֶסֶן וְכָלַח וּשְׁאָר מְקוֹמוֹת אֶלָּא בָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁעֲתִידָה לִהְיוֹת גְּדוֹלָה בְּאֻכְלוּסִין שֶׁלֹּא נִמְצָא רִבּוּי בְּנֵי אָדָם בְּאוֹתָם הָעֲיָירוֹת כְּמוֹ שֶׁנִּמְצָא בְּנִינְוֵה וְלָזֶה אָמַר הִיא הָעִיר שֶׁעֲתִידָה לִהְיוֹת גְּדוֹלָה בְּאֻכְלוּסִין לְאַחֲרֵי זֶה וַעֲתִידָה לְהִקָּרֵא גְּדֻולָּה לֶאֱלֹקִים בַּעֲבוּר זֶה. וְהַשְׁתָּא מוּבָן הַטַּעַם שֶׁלֹּא הִזְכִּיר הַכָּתוּב 'הוּא הָעִיר הַגְּדֵלָה' בְּמָקוֹם שֶׁמַּזְכִּיר אֶת נִינְוֵה בְּבִנְיָן דְּאִם הָיָה נָקֵיט הַגְּדֵלָה בְּהַאי קְרָא דְּמִשְׁתַּעֵי בְּבִנְייָנָהּ הָיִינוּ מְפָרְשִׁים דְּמַה שֶׁנֶּאֱמַר גְּדוֹלָה הַייְנוּ עַל כְּמוֹתָהּ וּבִנְיָנָהּ, וּבֶאֱמֶת לֹא הָיְתָה גְּדוֹלָה בִּכְמוֹתָהּ עַל שְׁאָר עֲייָרוֹת רֶסֶן וְכָלַח, וּלְכָךְ הִזְכִּיר 'הוּא הָעִיר הַגְּדֵלָה' בַּפָּסוּק הַשֵּׁנִי. וְהִנֵּה פָּסוּק א' אוֹמֵר (בְּרֵאשִׁית י, יא) 'וַיִּבֶן אֶת נִינְוֵה וְאֶת רְחֹבֹת עִיר וְאֶת כָּלַח' מַשְׁמַע רְחוֹבוֹת הִיא בֵּין נִינְוֵה וּבֵין כָּלַח, וּפָסוּק ב' אוֹמֵר (שָׁם פָּסוּק יב) 'רֶסֶן בֵּין נִינְוֵה וּבֵין כָּלַח'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי 'רַחֲבַת עִיר' לֹא הָיְתָה בֵּינֵיהֶם בְּשׁוּרָה אַחַת אֶלָּא הָיְתָה כְּמוֹ נְקֻודָּה אַחֲרוֹנָה שֶׁל סגו"ל וְאַחַר כָּךְ בָּנָה 'אֶת רֶסֶן בֵּין נִינְוֵה וּבֵין כָּלַח' בְּשׁוּרָה אַחַת לְמַעְלָה מִן רְחוֹבוֹת.
'Je ne sais si c'est Ninve la grande ville, ou si c'est Resen la grande ville ?' Les Tossafot, de mémoire bénie, ont objecté qu'on aurait dû hésiter aussi sur Kelah, à plus forte raison [puisque le verset vient d'en partir] ; vois là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si [le mot 'grande'] se rapportait à Kelah, on serait forcé de dire que 'grande' se rapporte à sa taille et à sa construction ; or, dans ce cas, il aurait fallu le mentionner la où l'on évoque la construction de Kelah, là où il est écrit (Berechit 10,11) 'et il bâtit Ninve, Rehovot et Kelah', et dire alors 'c'est la grande ville' (verset 12). C'est pourquoi on n'a pas hésité sur Kelah. Mais on a hésité sur Ninve, parce qu'il est écrit à son sujet (Yona 3,3) 'Or Ninve était une ville immense devant Dieu' ; et [les Sages] ont demandé : que veut nous apprendre l'expression 'grande devant Dieu' ? Ils ont expliqué que 'grande' ne désigne pas la dimension de la ville, mais la multitude de ses habitants, car il s'y trouvait de très nombreux hommes, comme il est dit (Yona 4,11) 'où il y a plus de douze myriades d'hommes qui ne savent distinguer leur droite de leur gauche' — ce qui montre que 'grande' se rapporte à la multitude de sa population. Et c'est pourquoi il dit 'grande devant Dieu', car ces nombreux habitants étaient au début des serviteurs de Dieu, et à l'époque où Il leur envoya le prophète Yona, la paix sur lui, ils s'étaient corrompus — comme l'expliquent les commentateurs ; vois le Ibn Ezra, de mémoire bénie. Selon cela, on peut dire que ce qui est écrit dans la Tora, 'c'est la grande ville', se rapporte à Ninve, et non à la grandeur de sa taille ou de sa construction ; car il se peut qu'elle n'ait pas été plus grande en taille et en construction que Resen, Kelah et les autres lieux, mais [le verset] vient nous enseigner qu'elle était destinée à devenir grande par sa population, une multitude d'hommes telle qu'on n'en trouvait dans aucune de ces autres villes autant qu'à Ninve. C'est pourquoi il dit : c'est la ville destinée à devenir grande par sa population par la suite, et destinée pour cela à être appelée 'grande devant Dieu'. On comprend alors pourquoi le verset n'a pas dit 'c'est la grande ville' à l'endroit où il mentionne Ninve dans le contexte de sa construction : car s'il avait employé 'grande' dans le verset qui parle de sa construction, nous aurions compris que 'grande' se rapporte à sa taille et à sa construction — or, en vérité, elle n'était pas plus grande en taille que les autres villes, Resen et Kelah. C'est pourquoi il n'a mentionné 'c'est la grande ville' que dans le second verset. Enfin, le premier verset dit (Berechit 10,11) 'et il bâtit Ninve, Rehovot-Ir et Kelah', ce qui laisse entendre que Rehovot se situe entre Ninve et Kelah ; et le second verset dit (verset 12) 'Resen, entre Ninve et Kelah' ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que 'Rehovot-Ir' n'était pas entre elles sur une même ligne, mais se trouvait comme le point inférieur d'un segol (la voyelle à trois points) ; ensuite il bâtit 'Resen entre Ninve et Kelah' sur une même ligne, au-dessus de Rehovot.
💡 Explication

La Guemara poursuit l'identification des villes fondées par Achour. Un doute exégétique surgit sur l'expression 'c'est la grande ville' (Berechit 10,12) : se rapporte-t-elle à Ninve ou à Resen, toutes deux citées juste avant ? On le tranche par un autre verset (Yona 3,3) qui qualifie explicitement Ninve de grande ville.

6
״וְשָׁם אֲחִימַן שֵׁשַׁי וְתַלְמַי יְלִידֵי הָעֲנָק״, תְּנָא: אֲחִימָן — מְיֻומָּן שֶׁבָּאַחִים, שִׁשִּׁי — שֶׁמֵּשִׂים אֶת הָאָרֶץ כִּשְׁחִיתוֹת, תַּלְמֵי — שֶׁמֵּשִׂים אֶת הָאָרֶץ תְּלָמִים תְּלָמִים. דָּבָר אַחֵר: אֲחִימָן בָּנָה עֲנָת, שִׁשִּׁי בָּנָה אָלוּשׁ, תַּלְמֵי בָּנָה תִּלְבּוֹשׁ. ״יְלִידֵי הַעֲנֵק״ — שֶׁמַּעֲנִיקִין הַחַמָּה בְּקוֹמָתָן.

'Et là se trouvaient Ahiman, Cheshai et Talmai, enfants du Anak (le géant)' (Bamidbar 13,22). On a enseigné : Ahiman — le plus habile (meyouman) des frères ; Cheshai — celui qui rend le sol comme des fosses (chehitot) [par ses pas] ; Talmai — celui qui rend le sol tout en sillons (telamim telamim).

Autre explication : Ahiman bâtit Anat, Cheshai bâtit Alouch, Talmai bâtit Talbouch. 'Enfants du Anak' — parce qu'ils faisaient au soleil (ha-hama) comme un collier (maanikin) par leur haute taille [le soleil semblait pendre à leur cou].

📜 Rachi (6)
וְשָׁם אֲחִימָן וְגוֹ' אַיְּידֵי דְּדָרֵישׁ שְׁמָהָתָא נְקַט נָמֵי לְהַאי:
'Et là se trouvaient Ahiman, etc.' — puisqu'on interprétait [précédemment] des noms, on cite aussi celui-ci.
שֶׁמֵּשִׂים אֶת הָאָרֶץ כִּשְׁחִיתוֹת בִּפְסִיעוֹתָיו:
'Qui rend le sol comme des fosses' — par ses enjambées.
וְשִׁשִּׁי לְשׁוֹן הַשְּׂאֵת וְהַשֶּׁבֶר (אֵיכָה ג׳:מ״ז) וְהַשִּׁי"ן אֶחָד לְבַדּוֹ שֹׁורֶשׁ בַּתֵּיבָה:
'Et Cheshai' — de la même racine que 'ravage et ruine' (Eikha 3,47, 'ha-cheit ve-ha-chever') ; un seul chin y est radical du mot.
תְּלָמִים כְּשׁוּרוֹת הַמַּחֲרִישָׁה:
'Sillons' (telamim) — comme les rangées tracées par la charrue.
דָּבָר אַחֵר לָא גָּרְסִינַן:
'Autre explication' (davar acher) — nous ne le lisons pas [dans notre version du texte].
מַעֲנִיקִין אֶת הַחַמָּה דּוֹמֶה שֶׁצַּוָּארוֹ נוֹקֵב וְעוֹלֶה בְּחַלּוֹן הָרָקִיעַ:
'Ils font au soleil comme un collier' — il semblait que leur cou perçait et montait jusqu'à la fenêtre du firmament [tant ils étaient grands].
🪔 Ben Yehoyada (1)
דָּבָר אַחֵר : ' אֲחִימָן ' בָּנָה עֲנָת וְכוּ'. קָשֶׁה מַה שַׁיָּיךְ לוֹמַר דָּבָר אַחֵר עַל זֶה דְּמִקֹּודֶם הֲוָה דְּרֵישׁ בִּשְׁמוֹתָם וְכָאן מַזְכִּיר מְקוֹמוֹת אֲשֶׁר בָּנוּ, וְאֵין שַׁייָּכוּת לִמְקוֹמוֹת אֵלּוּ בִּשְׁמוֹתָם כְּדֵי שֶׁיֹּאמַר 'דָּבָר אַחֵר'? וְנִרְאֶה לִי דְּבָא לוֹמַר שֶׁכָּל אֶחָד קָרָא שֵׁם לַמָּקוֹם שֶׁבָּנָה וְהִנִּיחַ בּוֹ אוֹת אֶחָד מִשְּׁמוֹ וְהוּא אחימ ן קָרָא לַמָּקוֹם שֶׁבָּנָה בְּשֵׁם עֲנָת שֶׁיֵּשׁ בְּאֶמְצַע ע נ ת אוֹת נוּן שֶׁהוּא אוֹת אַחֲרוֹן שֶׁבִּשְּׂמוֹ וְשִׁשִּׁי קָרָא מָקוֹם שֶׁבָּנָה בְּשֵׁם אָלוּשׁ שֶׁהִנִּיחַ אוֹת אֶמְצָעִי שֶׁבִּשְּׂמוֹ בְּסוֹף שֵׁם מָקוֹם זֶה שֶׁקָּרְאוּ אֵלּוּ ש , וְהוּא עָשָׂה הֵפֶךְ מִן אֲחִימָן זֶה הִנִּיחַ אוֹת אַחֲרוֹן שֶׁבִּשְּׂמוֹ בְּאֶמְצַע שֵׁם הָעִיר וְזֶה הִנִּיחַ אֶמְצַע שְׁמוֹ וְאוֹת אַחֲרוֹן שֶׁל הָעִיר, ו ת לְמִי עָשָׂה שִׁינּוּי אַחֵר שֶׁהִנִּיחַ אוֹת רִאשׁוֹן שֶׁבִּשְּׂמוֹ שֶׁהוּא אוֹת תָּי"ו לְאוֹת רִאשׁוֹן שֶׁל שֵׁם הָעִיר שֶׁקְּרָאָהּ ת לְבוּשׁ וְכֵיוָן דְּשֵׁמוֹת הֶעָרִים הָאֵלֶּה הֵם כִּנּוּיִים בְּרֶמֶז עַל שְׁמוֹתָם לְכָךְ נָקֵיט כָּאן לְשׁוֹן דָּבָר אַחֵר.
'Autre explication : Ahiman bâtit Anat, etc.' Difficulté : que vient faire l'expression 'autre explication' (davar acher) ici ? La première interprétation portait sur leurs noms, tandis qu'ici on mentionne les lieux qu'ils ont bâtis ; or ces lieux n'ont apparemment aucun rapport avec leurs noms, pour qu'on dise 'autre explication' ! Il me semble que [le midrach] vient nous dire que chacun donna au lieu qu'il bâtit un nom où il inscrivit une lettre de son propre nom : Ahiman (aleph-het-yod-mem-noun) appela le lieu qu'il bâtit 'Anat' (ayin-noun-tav), au milieu duquel se trouve la lettre noun, qui est la dernière lettre de son nom. Cheshai (chin-chin-yod) appela le lieu qu'il bâtit 'Alouch' (aleph-lamed-vav-chin), plaçant la lettre médiane de son nom (le chin) à la fin de ce nom de lieu, Alou-ch — il fit l'inverse d'Ahiman : celui-ci plaça la dernière lettre de son nom au milieu du nom de la ville, tandis que lui plaça la lettre médiane de son nom à la fin de la ville. Et Talmai (tav-lamed-mem-yod) fit un autre changement : il plaça la première lettre de son nom, le tav, comme première lettre du nom de la ville qu'il appela 'Talbouch' (tav-lamed-beit-vav-chin). Et puisque ces noms de villes sont des allusions voilées à leurs noms, [le midrach] emploie ici l'expression 'autre explication'.
💡 Explication

Toujours dans le fil des interprétations de noms, la Guemara glose les trois géants de Hevron rencontrés par les explorateurs (Bamidbar 13,22). Chaque nom est lu comme un trait : force, démarche qui laboure la terre, taille démesurée. Le mot ha-anak (le géant) est rattaché à anak = collier : leur cou montait si haut que le soleil semblait y pendre.

7
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר רַבִּי: עֲתִידָה רוֹמִי שֶׁתִּפֹּול בְּיַד פָּרַס, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן שִׁמְעוּ עֲצַת ה׳ אֲשֶׁר יָעַץ (עַל) אֱדוֹם וּמַחְשְׁבוֹתָיו אֲשֶׁר חָשַׁב (עַל) יֹושְׁבֵי תֵימָן אִם לֹא יִסְחָבוּם צְעִירֵי הַצֹּאן אִם לֹא יַשִּׁים עֲלֵיהֶם נְוֵהֶם״.

Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Rabbi : Rome est destinée à tomber aux mains de la Perse, ainsi qu'il est dit : 'C'est pourquoi écoutez le dessein que l'Éternel a formé contre Edom, et les pensées qu'Il a conçues contre les habitants de Teiman : oui, les plus petits du troupeau (tzeirei ha-tzon) les traîneront, oui, leur pâture sera dévastée à cause d'eux' (Yirmeyahou 49,20).

📜 Rachi (1)
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר רַבִּי גָּרְסִינַן:
'Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Rabbi' — telle est notre version (garsinan).
💡 Explication

À propos de l'opinion Tiras = Perse, la Guemara ouvre une série de traditions sur l'ordre final des empires. Edom désigne Rome ; le prophète annonce qu'elle sera traînée par 'les plus petits du troupeau' — expression que la sougya va rattacher à la Perse.

8
מַתְקִיף לַהּ רַבָּה בַּר עֻולָּא: מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״צְעִירֵי הַצֹּאן״ פְּרָס הוּא — דִּכְתִיב: ״הָאַיִל אֲשֶׁר רָאִיתָ בַּעַל הַקְּרָנָיִם (הוּא) מַלְכֵי מָדַי וּפָרָס״. וְאֵימָא יָוָן, דִּכְתִיב: ״וְהַצָּפִיר הַשָּׂעִיר מֶלֶךְ יָוָן״!

Rabba bar Oulla objecta : d'où déduit-on que cette expression 'les plus petits du troupeau' désigne la Perse ? De ce qu'il est écrit : 'Le bélier que tu as vu, muni de deux cornes, ce sont les rois de Madai et de Paras (Médie et Perse)' (Daniel 8,20) — le bélier fait partie du troupeau.

Mais [pourquoi la Perse ?] dis plutôt que ce sont les Grecs (Yavan), car il est écrit : 'Le bouc velu, c'est le roi de Yavan (Grèce)' (Daniel 8,21) — le bouc aussi appartient au troupeau !

💡 Explication

Rabba bar Oulla conteste l'identification : rien n'impose que 'les plus petits du troupeau' soient la Perse plutôt que Yavan (la Grèce), elle aussi comparée à un animal de troupeau (un bouc) dans Daniel 8. L'objection sera renversée au segment suivant.

9
כִּי סְלֵיק רַב חֲבִיבָא בַּר סוּרְמַקֵּי, אַמְרַהּ קַמֵּיהּ דְּהָהוּא מֵרַבָּנַן, אֲמַר לֵיהּ: מַאן דְּלָא יָדַע פָּרוֹשֵׁי קְרָאֵי מוֹתֵיב תְּיוּבְתָּא לְרַבִּי?! מַאי ״צְעִירֵי הַצֹּאן״ — זוּטְרָא דַּאֲחוֹהִי. דְּתָנֵי רַב יוֹסֵף: תִּירָס — זֶה פְּרָס.

Lorsque Rav Haviva bar Sourmakei monta [en Terre d'Israël], il rapporta [cette objection] devant l'un des Sages. Celui-ci lui dit : celui qui ne sait pas interpréter les versets ose soulever une objection contre Rabbi ?!

Que signifie 'les plus petits du troupeau' (tzeirei ha-tzon) ? 'Le plus jeune de ses frères' (zoutra de-achouhi) — car Rav Yossef a enseigné : Tiras, c'est la Perse [et Tiras est le dernier, donc le plus jeune, des fils de Yefet cités dans le verset].

📜 Rachi (1)
אָמְרָה קַמֵּיהּ הַהוּא מֵרַבָּנָן לְהָא אַתְקָפְתָּא דְּרַבָּה בַּר עֻולָּא:
'Il la rapporta devant l'un des Sages' — [il rapporta] cette objection de Rabba bar Oulla.
💡 Explication

La réponse déplace le sens de tzeirei : non pas 'petits' au sens du troupeau (ce qui vaudrait aussi pour Yavan), mais 'le plus jeune des frères'. Or, dans la liste des fils de Yefet, Tiras — identifié à la Perse par Rav Yossef — est cité en dernier. L'expression vise donc bien la Perse, et l'objection de Rabba bar Oulla tombe.

10
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בְּרַבִּי אִלְעַאי: עֲתִידָה רוֹמִי שֶׁתִּפֹּול בְּיַד פָּרַס, קַל וָחֹומֶר: וּמַה מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן שֶׁבְּנָאוּהוּ בְּנֵי שֵׁם וְהֶחְרִיבוּהוּ כַּשְׂדִּיִּים — נָפְלוּ כַּשְׂדִּיִּים בְּיַד פָּרְסִיִּים. מִקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁבְּנָאוּהוּ פָּרְסִיִּים וְהֶחְרִיבוּהוּ רוֹמִיִּים — אֵינוֹ דִּין שֶׁיִּפְּלוּ רוֹמִיִּים בְּיַד פָּרְסִיִּים?

Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yehouda be-Rabbi Ilai : Rome est destinée à tomber aux mains de la Perse. [On le déduit] par un raisonnement à fortiori (kal va-homer) : si le premier Temple, que les descendants de Chem ont bâti et que les Kasdim (Chaldéens) ont détruit, [a entraîné] que les Kasdim tombent aux mains des Perses — le second Temple, que les Perses ont bâti et que les Romains ont détruit, n'est-il pas juste (eino din) que les Romains tombent aux mains des Perses ?

📜 Rachi (1)
נָפְלוּ כַּשְׂדִּיִּים בְּיַד פָּרְסִיִּים בֵּלְשַׁאצַּר בְּיַד דָּרְיָוֶשׁ הַמָּדִי וְכוֹרֶשׁ הַפַּרְסִי חֲתָנוֹ:
'Les Kasdim tombèrent aux mains des Perses' — Belchatsar [tomba] aux mains de Dariavech le Mède et de Koresch (Cyrus) le Perse, son gendre.
💡 Explication

Même conclusion (Rome tombera aux mains de la Perse), mais par un kal va-homer historique. Le précédent : le bâtisseur du premier Temple (Chem) a vu son destructeur (les Kasdim) tomber devant la Perse. À fortiori pour le second Temple, bâti par la Perse elle-même et détruit par Rome : Rome doit tomber devant la Perse.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de R. Yo'hanan Cas connu (1er Temple) Bâti par Chem Détruit par les Kasdim donc les Kasdim tombent aux mains des Perses (Belchatsar par Dariavech et Koresch) À fortiori (2e Temple) Bâti par les Perses Détruit par Rome n'est-il pas juste que Rome tombe aux mains des Perses ? Le bâtisseur précédent (Chem/Kasdim) a fini par tomber devant la Perse ; à plus forte raison Rome, qui a détruit le Temple bâti par la Perse.
Le à fortiori de R. Yo'hanan : du sort du premier Temple on déduit celui de Rome.
11
אָמַר רַב: עֲתִידָה פָּרַס שֶׁתִּפֹּול בְּיַד רוֹמִי. אֲמַרוּ לֵיהּ רַב כָּהֲנָא וְרַב אַסִּי לְרַב: בְּנוֹיֵי בְּיַד סָתוֹרֵי?! אֲמַר לְהוּ: אִין, גְּזֵירַת מֶלֶךְ הִיא. אִיכָּא דְאָמְרִי, אֲמַר (לֵיהּ): אִינְהוּ נָמֵי הָא קָא סָתְרִי בֵּי כְנִישְׁתָּא.

Rav a dit : la Perse est destinée à tomber aux mains de Rome. Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : les bâtisseurs [du second Temple tomberaient] aux mains des destructeurs ?!

Il leur répondit : oui — c'est un décret du Roi (guezerat melekh, décret divin). D'autres rapportent qu'il leur dit : eux aussi (les Perses) détruisent des synagogues [ils ne valent donc pas mieux].

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לְהוּ : אִין , גְּזֵרַת מֶלֶךְ הִיא. פֵּירוּשׁ גְּזֵרַת מֶלֶךְ שֶׁתִּתְפַּשֵּׁט מַלְכוּת רוֹמִי תִּשְׁעָה חֳדָשִׁים בְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ כִּדְאָמַר רַב אַחֲרֵי זֶה וְאִם כֵּן מֻוכְרָח שֶׁגַּם פָּרַס יִפְּלוּ בְּיָדָם לְקַייֵּם גְּזֵרָה זוֹ. וְהַשְׁתָּא אֵין לְהַקְשׁוֹת בַּנַּאי בְּיַד סָתוֹרַאי? דְּזֶה דּוֹמֶה לְנִשְׁבַּע שֶׁלֹּא יֹאכַל מַצָּה בִּסְתָם דְּאַיְּידֵי דְּחָיֵיל אַשְּׁאָר יָמִים חָייֵל גַּם עַל לֵיל פֶּסַח, וְאַף עַל גַּב דְּאִם הָיָה נִשְׁבָּע עַל לֵיל פֶּסַח בְּפֵירוּשׁ לָא הֲוָה חָייְלָה שְׁבוּעָתוֹ עִם כָּל זֶה בְּכוֹלֵל חָייְלָה. וְרָאִיתִי לְהַגָּאוֹן מוהרי"ש [יוֹסֵף שָׁאוּל נָתַנְזוֹן] זַ"ל בְּדִבְרֵי שָׁאוּל שֶׁפֵּירֵשׁ מַה שֶׁזֶּה סָתַר וְזֶה בָּנָה לֹא הָיָה מֵעַצְמוֹ אֶלָּא 'גְּזֵרַת מֶלֶךְ הִיא' וְלָכֵן יְכוֹלִים לִשְׁלֹוט סָתוֹרַאי בְּבַנַּאי עַייֵּן שָׁם. וּדְבָרָיו קָשִׁים דְּאַף עַל פִּי שֶׁהַחֻרְבָּן גְּזוּר מֵאִיתּוֹ יִתְבָּרֵךְ אַךְ לֹא צִוָּה לְאֵלּוּ לְהֶחֱרִיבוּ! וּבֶאֱמֶת בַּעֲבוּר זֶה נִטְרַד עֵשָׂו וְלֹא הוֹעִילָה לוֹ תְּפִלַּת יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה בְּאוֹמְרוֹ 'יֻחַן' עֵשָׂו (יְשַׁעְיָהוּ כו, י) וְהֵשִׁיב לוֹ הקב"ה (שָׁם) בָּאָרֶץ נָכְחוּת יְעַוֵּל וְכוּ', עָתִיד לְהַחֲרִיב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לְכָךְ אֵין לוֹ תַּקָּנָה וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא (מְגִילָּה ו.) וְאִם כֵּן חַייָּבִין וַאֲשֵׁמִים הֵם בְּחֻרְבָּן וְכֵן הַבַּנַּאי אַף עַל פִּי שֶׁגָּזַר הקב"ה בְּבִנְיָינוֹ יֵשׁ לָהֶם זְכוּת בָּזֶה שֶׁעָשׂוּ רְצוֹן הקב"ה בְּבִנְיָינוֹ, וְאִם כֵּן עֲדַיִין תִּיקְשֵׁי בַּנַּאי בְּיַד סָתוֹרַאי, אַךְ כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ בס"ד יָבֹא נָכוֹן.
'Il leur répondit : oui, c'est un décret du Roi.' Explication : le décret du Roi est que la royauté de Rome s'étendra sur le monde entier durant neuf mois, comme le dira Rav ci-après ; si tel est le cas, il est nécessaire que la Perse aussi tombe entre leurs mains, pour accomplir ce décret. Dès lors, il n'y a plus lieu d'objecter 'les bâtisseurs aux mains des destructeurs ?' : cela ressemble à celui qui jure de ne pas manger de matsa sans préciser — puisque [le serment] prend effet sur tous les autres jours, il prend effet aussi sur la nuit de Pessa'h, et bien que, s'il avait juré expressément sur la nuit de Pessa'h [seule], son serment n'aurait pas pris effet [car il est déjà tenu d'en manger], néanmoins, dans un serment global (be-kolel), il prend effet [aussi sur cette nuit]. J'ai vu que le Gaon Maharich [Rabbi Yossef Chaoul Nathanson], de mémoire bénie, dans son 'Divrei Chaoul', explique que le fait que celui-ci détruise et que celui-là bâtisse ne venait pas d'eux-mêmes, mais que 'c'est un décret du Roi', et c'est pourquoi les destructeurs peuvent dominer les bâtisseurs ; vois là-bas. Mais ses propos sont difficiles : car même si la destruction est décrétée par Lui, béni soit-Il, Il n'a pas ordonné à ceux-là de la détruire ! Et en vérité, c'est pour cela qu'Essav fut repoussé et que la prière de notre père Its'hak, la paix sur lui, ne lui servit pas — lorsqu'il dit 'que ruisselle la grâce (you'han) sur Essav' (Yechayahou 26,10), le Saint béni soit-Il lui répondit (ibid.) 'au pays de la droiture il agit avec fourberie, etc.' : il est destiné à détruire le Temple, c'est pourquoi il n'a pas de réparation — comme il est rapporté dans la Guemara (Meguila 6a). Si donc [ils détruisent], ils sont coupables et fautifs dans la destruction ; de même le bâtisseur, bien que le Saint béni soit-Il ait décrété sa construction, ils ont un mérite en cela, d'avoir accompli la volonté du Saint béni soit-Il en bâtissant. Dès lors l'objection subsiste : les bâtisseurs aux mains des destructeurs ? Mais comme nous l'avons dit, avec l'aide du Ciel [par le serment global], la difficulté se résout bien.
💡 Explication

Rav soutient la thèse inverse : la Perse tombera devant Rome. Ses élèves objectent l'injustice apparente (les bâtisseurs livrés aux destructeurs). Rav répond de deux manières : soit c'est un décret du Roi (insondable), soit les Perses ne valent pas mieux, car eux aussi détruisent des synagogues.

12
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: עֲתִידָה פָּרַס שֶׁתִּפֹּול בְּיַד רוֹמִי, חֲדָא — דְּסָתְרִי בֵּי כְנִישְׁתָּא, וְעוֹד: גְּזֵירַת מֶלֶךְ הוּא שֶׁיִּפְּלוּ בּוֹנִין בְּיַד סוֹתְרִין. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: אֵין בֶּן דָּוִד בָּא עַד שֶׁתִּפְשֹׁוט מַלְכוּת רוֹמִי הָרְשָׁעָה בְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ תִּשְׁעָה חֳדָשִׁים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן יִתְּנֵם עַד עֵת יוֹלֵדָה יָלָדָה וְיֶתֶר אֶחָיו יְשׁוּבוּן עַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״.

Cela a aussi été enseigné dans une baraita : la Perse est destinée à tomber aux mains de Rome — d'une part parce qu'ils détruisent des synagogues, d'autre part parce que c'est un décret du Roi que les bâtisseurs tombent aux mains des destructeurs. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : le fils de David (le Machiah) ne viendra que lorsque la royauté impie de Rome se sera étendue sur le monde entier durant neuf mois, ainsi qu'il est dit : 'C'est pourquoi Il les livrera jusqu'au temps où celle qui doit enfanter aura enfanté, et le reste de ses frères reviendra avec les enfants d'Israël' (Mikha 5,2) [la durée de la domination universelle égale celle d'une grossesse : neuf mois].

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין בֶּן דָּוִד בָּא , עַד שֶׁתִּפְשֹׁט מַלְכוּת רוֹמִי תִּשְׁעָה חֳדָשִׁים בְּכָל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ. הִנֵּה נוֹדַע שֶׁמְּכַנֶּה אֶת אֱדוֹם בְּשֵׁם אֲרָם וְצָרִיךְ לְהָבִין עַל מַה וְעַל מַה זוֹכִין אֱדוֹם לְכָל הַכָּבוֹד הַזֶּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (אֵלִיָּהוּ זוּטָא יט) יַעֲקֹב וְעָשׂוּ בִּהְיוֹתָם בְּבֶטֶן רִבְקָה אִמֵּנוּ ע"ה חִלֵּק הַמַּזָּלוֹת שֶׁלָּהֶם אֶת הָעוֹלָמוֹת וְעָשׂוּ לָקַח עוֹלָם הַזֶּה שֶׁיִּשְׁלֹוט בְּכֻולָּהּ אַךְ לֹא מָצִינוּ שֶׁמָּלַךְ בָּעוֹלָם הַזֶּה בַּכֹּל? וְכָתְבוּ הַטַּעַם אִיהוּ דְּאֵירַע אַנַּפְשֵׁיהּ בְּרִשְׁעָתוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה אַחַר לֵידָתוֹ וְלָכֵן לֹא שָׁלַט בַּכֹּל! וְנִרְאֶה כְּדֵי לְקַיֵּים הַחֲלֻוקָּה שֶׁחָלַק בִּימֵי הָעִיבּוּר בְּמִקְצָת זְמַן נִיתַּן לֶאֱדוֹם שֶׁהֵם בְּנֵי עֵשָׂו שְׁלִיטָה בְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ תִּשְׁעָה חֳדָשִׁים כְּנֶגֶד תִּשְׁעָה חֳודָשִׁים שֶׁהָיָה בַּבֶּטֶן כִּי רִבְקָה אִמֵּנוּ ע"ה יְלָדָתַם אַחַר תִּשְׁעָה חֳודָשִׁים דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כה, כד) 'וִימַלְּאוּ יָמֶיהָ לָלֶדֶת'. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קג, טז- יז) 'כִּי רוּחַ עָבְרָה בּוֹ וְאֵינֶנּוּ וְלֹא יַכִּירֶנּוּ עוֹד מְקוֹמוֹ וְחֶסֶד ה' מֵעוֹלָם וְעַד עוֹלָם עַל יְרֵאָיו וְצִדְקָתוֹ לִבְנֵי בָּנִים' וְהַיְינוּ כִּי רוּחַ זוֹ מֶמְשֶׁלֶת עֵשָׂו עָבְרָה בּוֹ עָבְרָה לְשׁוֹן עִיבּוּר רוֹצֶה לוֹמַר תֹּוקֶף שֶׁלּוֹ יִהְיֶה כְּנֶגֶד חָדְשֵׁי הָעִיבּוּר וְאַחַר כָּךְ וְאֵינֶנּוּ יְבֻולַּע מִן הָעוֹלָם דִּכְתִיב (עוֹבַדְיָה א, יח) 'וְהָיָה בֵית יַעֲקֹב אֵשׁ וּבֵית יוֹסֵף לֶהָבָה וּבֵית עֵשָׂו לְקַשׁ וְדָלְקוּ בָהֶם וַאֲכָלוּם' וְחֶסֶד הַ ' מֵעוֹלָם וְעַד עוֹלָם עַל יְרֵאָיו הֵם מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד דְּאָתֵי מְלֵאָה שֶׁנִּקְרֵאת עוֹלָם וּמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף דְּאָתֵי מֵרָחֵל שֶׁנִּקְרֵאת עוֹלָם בְּסוֹד (תְּהִלִּים צ, ב) 'וּמֵעוֹלָם עַד עוֹלָם אַתָּה אֵל' וְצִדְקָתוֹ לִבְנֵי בָּנִים אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל בְּנֵי בָּנִים שֶׁל הָאָבוֹת שֶׁאָז יִשְׁלְטוּ הֵם בָּעוֹלָם. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (תְּהִלִּים קמד, ד) ' אָדָם לַהֶבֶל דָּמָה יָמָיו כְּצֵל עוֹבֵר ' אַל תִּקְרֵי אָדָם אֶלָּא אֱדוֹם אִם תַּנִּיחַ חוֹלָם וְאַל תִּקְרֵי עוֹבֵר בְּצֵירֵי אֶלָּא עָבַר בְּפַתָּח תַּחַת בֵּי"ת. וּבָזֶה יוּבַן הַכָּתוּב בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי כב, ח-ט) 'זוֹרֵעַ עַוְלָה יִקְצֹור [יְקַצֵּר] אָוֶן וְשֵׁבֶט עֶבְרָתוֹ יִכְלֶה טוֹב עַיִן הוּא יְבֹרָךְ כִּי נָתַן מִלַּחְמוֹ לַדַּל' רוֹצֶה לוֹמַר זוֹרֵעַ עַוְלָה זֶה עֵשָׂו אֲבִי אֱדוֹם יִקְצָר אָוֶן וְשֵׁבֶט עֶבְרָתוֹ לְשׁוֹן עִיבּוּר וְשֵׁבֶט רוֹצֶה לוֹמַר מַלְכוּת שֶׁלּוֹ שֶׁתִּהְיֶה בְּתוֹקְפָהּ כְּנֶגֶד זְמַן הָעִיבּוּר יִכְלֶה וְאַחַר שֶׁיִּכְלֶה זְמַן זֶה אָז טוֹב עַיִן הוּא יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה שֶׁחַי קמ"ז שָׁנִים כְּמִנְיַן 'טוֹב עַיִן' [147] הוּא יְבָרֵךְ שֶׁיְּקַבֵּל אָז הַבְּרָכוֹת שֶׁבֵּרְכוּ יִצְחָק אָבִינוּ ע"ה שֶׁאֵלּוּ זְמַן לְקִיחָתָם הוּא לֶעָתִיד לָבוֹא כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ יַעַן כִּי נָתַן מִלַּחְמוֹ זוֹ הַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת לֶחֶם לַדַּל לַמַּלְכוּת שֶׁנִּקְרֵאת בְּשֵׁם דַּל כִּי קוֹל יַעֲקֹב בַּתּוֹרָה גּוֹבֵר עַל עֵשָׂו. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁתִּמְשֹׁול תִּשְׁעָה חֳודָשִׁים כְּנֶגֶד תִּשְׁעָה יַרְחֵי לֵידָה מִפְּנֵי כִּי עֵשָׂו דָּר בַּבֶּטֶן תִּשְׁעָה חֳודָשִׁים עִם יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וְלֹא הִזִּיקוֹ וְלָכֵן יִטֹּול שְׂכָרוֹ בָּזֶה הַשְּׁלִיטָה, וְלָזֶה אָמַר (מִיכָה ה, ב) 'עַד עֵת יוֹלֵדָה יָלְדָה' רוֹצֶה לוֹמַר יוֹלֵדָה רִבְקָה אִמֵּנוּ ע"ה יָלְדָה כִּי יָלְדָה אַחַר תִּשְׁעָה חֳודָשִׁים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי תִּשְׁעָה חֳודָשִׁים אֵלּוּ שֶׁיִּשְׁלְטוּ בָּהֶם הֵמָּה ר"ע יוֹם, וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (תְּהִלִּים ז, י) יִגְמֹר נָא ' רַע ' רְשָׁעִים וְאָז וְתִכּוֹנֵן צַדִּיק הוּא מֶלֶךְ הַמָּשִׁיחַ אוֹ צַדִּיק רֶמֶז לְאוֹת צָדִ"י דְּמִנ צ פ"ך שֶׁמִּמֶּנּוּ תִּצְמַח הַגְּאֻולָּה. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד (יְשַׁעְיָה ט, ב) הָרִבִּית הַגּוֹי לֹא [ לוֹ ] הַגְדָּלַת הַשִּׂמְחָה כְּתִיב לֹא בְּאָלֶ"ף וְקָרֵינַן לוֹ בְּוָא"ו וְדָרְשִׁינַן לְתַרְוַוייְהוּ כְּאִלּוּ כְּתִיב לֹא לוֹ הִגְדַּלְתָּ הַשִּׂמְחָה אֶלָּא לָנוּ כִּי בְּרֵאוֹתֵינוּ שֶׁנִּגְדַּל כָּל כָּךְ שֶׁשָּׁלַט בְּכָל הָעוֹלָם אֲנַחְנוּ יוֹדְעִים וְשַׁוְעָתֵינוּ קְרוֹבָה וּכְמוֹ שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים ד, ח) 'נָתַתָּה שִׂמְחָה בְלִבִּי מֵעֵת דְּגָנָם וְתִירוֹשָׁם רַבּוֹ'.
'Le fils de David ne viendra que lorsque la royauté de Rome se sera étendue neuf mois sur le monde entier.' On sait que [nos Sages] surnomment Edom du nom d'Aram, et il faut comprendre pour quel mérite Edom obtient tout cet honneur. Il me semble, avec l'aide du Ciel : nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Eliahou Zouta 19) que Yaakov et Essav, lorsqu'ils étaient dans le ventre de notre mère Rivka, la paix sur elle, se partagèrent les mondes ; Essav prit ce monde-ci (olam ha-ze), afin d'y régner tout entier — mais nous ne trouvons pas qu'il ait régné sur le monde entier ! On en a donné la raison : c'est lui qui se nuisit à lui-même par la méchanceté qu'il commit après sa naissance, et c'est pourquoi il ne domina pas sur tout. Il me semble donc que, afin d'accomplir le partage effectué durant les mois de la gestation, une part de temps est donnée à Edom, les fils d'Essav — la domination sur le monde entier durant neuf mois, correspondant aux neuf mois qu'[Essav] passa dans le ventre ; car notre mère Rivka les enfanta après neuf mois, ainsi qu'il est écrit (Berechit 25,24) 'ses jours pour enfanter s'accomplirent'. Par là, j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Tehilim 103,16-17) 'car un souffle (roua'h) a passé sur lui et il n'est plus, et son lieu ne le reconnaît plus ; mais la grâce de l'Éternel est d'éternité en éternité sur ceux qui Le craignent, et Sa justice pour les fils des fils' : ce 'souffle' est la domination d'Essav ; 'avra' (a passé) est de la même racine que 'ibbour' (gestation), c'est-à-dire que sa puissance sera à la mesure des mois de la gestation ; et ensuite 'il n'est plus', il sera anéanti du monde, comme il est écrit (Ovadia 1,18) 'la maison de Yaakov sera un feu, la maison de Yossef une flamme, et la maison d'Essav du chaume ; ils les embraseront et les dévoreront' ; 'mais la grâce de l'Éternel d'éternité en éternité sur ceux qui Le craignent', ce sont le Machiah fils de David, qui vient de Léa appelée 'olam' (monde), et le Machiah fils de Yossef, qui vient de Rahel appelée 'olam', selon le secret (Tehilim 90,2) 'et d'éternité en éternité (me-olam ad olam) Tu es Dieu' ; 'et Sa justice pour les fils des fils', ce sont Israël, les fils des fils des Patriarches, car alors ils domineront le monde. Par là se comprend aussi (Tehilim 144,4) 'l'homme (adam) ressemble à un souffle, ses jours sont comme une ombre qui passe (over)' : ne lis pas 'adam' mais 'Edom' (en plaçant un holam), et ne lis pas 'over' avec un tséiré mais 'avar' avec un pata'h sous le beit. Par là se comprend le verset des Michle (22,8-9) 'qui sème l'injustice récoltera le malheur (aven), et le bâton de son courroux (evrato) prendra fin ; l'homme au bon œil (tov ayin) sera béni, car il donne de son pain au pauvre' : 'qui sème l'injustice', c'est Essav père d'Edom, 'récoltera le malheur et le bâton de son courroux' — 'evrato', de la racine 'ibbour' (gestation), et 'chevet' (bâton) signifie sa royauté, qui sera dans sa force le temps de la gestation — 'prendra fin' ; et après que ce temps aura pris fin, alors 'l'homme au bon œil', c'est notre père Yaakov, qui vécut 147 ans, comme la valeur numérique de 'tov ayin' [147], 'sera béni' : il recevra alors les bénédictions dont l'a béni notre père Its'hak, la paix sur lui, dont le temps de la prise d'effet est pour le monde à venir, comme il est rapporté dans le saint Zohar — 'car il donne de son pain', c'est la Tora appelée 'pain', 'au pauvre (dal)', à la royauté [d'Israël] appelée 'pauvre', car la voix de Yaakov, dans la Tora, l'emporte sur Essav. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle [Edom] dominera neuf mois, correspondant aux neuf mois de la naissance, est qu'Essav demeura neuf mois dans le ventre avec notre père Yaakov, la paix sur lui, sans lui nuire ; c'est pourquoi il recevra sa récompense par cette domination. C'est en ce sens qu'il est dit (Mikha 5,2) 'jusqu'au temps où celle qui enfante aura enfanté', c'est-à-dire que notre mère Rivka enfanta après neuf mois. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que ces neuf mois de leur domination font 270 (ra, resh-ayin) jours ; par là se comprend (Tehilim 7,10) 'que prenne fin, de grâce, le mal (ra) des méchants, et que s'affermisse le juste (tsadik)', ce juste étant le roi Machiah ; ou bien 'tsadik' fait allusion à la lettre tsadi de [la séquence] mem-noun-tsadi-pe-khaf [finales], dont [le tsadi] fera germer la délivrance. Par là se comprend enfin (Yechayahou 9,2) 'Tu as multiplié la nation, tu n'as pas (lo) accru la joie' — 'lo' est écrit avec un aleph [signifiant 'ne pas'] mais se lit 'lo' avec un vav [signifiant 'à lui / pour lui'], et l'on interprète les deux comme s'il était écrit : Tu n'as pas accru la joie [d'Edom], mais [Tu l'as accrue] pour nous ; car en voyant qu'il s'est tant agrandi jusqu'à dominer le monde entier, nous savons que notre salut est proche, comme l'a dit le roi David, la paix sur lui (Tehilim 4,8) 'Tu as mis la joie dans mon cœur, depuis le temps où leur blé et leur vin ont abondé'.
💡 Explication

Une baraita confirme Rav et fournit le fondement du 'décret du Roi' : avant la venue du Machiah ben David, Rome dominera le monde entier durant neuf mois — durée lue dans Mikha 5,2 (l'image de l'enfantement). Pour que Rome domine tout, la Perse elle-même doit d'abord lui tomber entre les mains.

13
תָּנוּ רַבָּנַן: כָּל הַלְּשָׁכוֹת שֶׁהָיוּ בְּמִקְדָּשׁ לֹא הָיוּ לָהֶן מְזוּזָה, חוּץ מִלִּשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין, שֶׁהָיָה בָּהּ בֵּית דִּירָה לְכֹהֵן גָּדוֹל.

Nos maîtres ont enseigné : toutes les chambres (léchakhot) qui se trouvaient dans le Temple n'avaient pas de mezouza, à l'exception de la chambre des Parhedrin (lichkat Parhedrin), où se trouvait un lieu d'habitation (beit dira) pour le Cohen Gadol [seule une chambre où l'on dort requiert une mezouza].

🗂️ Tossefot (1)
חוּץ מִלִּשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין שֶׁבָּהּ הָיְתָה דִּירָה וְאִם תֹּאמַר לִיחְשׁוֹב נָמֵי לִשְׁכַּת בֵּית אֶבֶן שֶׁבָּהּ הָיְתָה דִּירָה לְכֹהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה י"ל לָא חֲשִׁיב אֶלָּא לְשָׁכוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ שֶׁבְּנוּיוֹת בַּקֹּודֶשׁ אֲבָל לִשְׁכַּת בֵּית אֶבֶן בְּהַר הַבַּיִת הֲוָה א"נ כֵּיוָן דְּלָא הֲוָה בְּכָל שַׁתָּא אֶלָּא אַחַת לְכַמָּה שָׁנִים לָא חֲשִׁיב דִּירָה:
'À l'exception de la chambre des Parhedrin, où se trouvait une habitation' — Si tu demandes : qu'on compte aussi la 'chambre de la maison de pierre' (lichkat beit even), où se trouvait une habitation pour le Cohen qui brûle la para (aduma, la vache rousse) ! On peut répondre : on ne compte ici que les chambres du Temple bâties dans l'enceinte sainte (ba-kodech), tandis que la chambre de la maison de pierre se trouvait dans le Har ha-Bayit (le mont du Temple, hors de l'enceinte sainte). Ou bien : puisque [cette résidence] n'avait pas lieu chaque année, mais une fois toutes les plusieurs années, elle n'est pas considérée comme une habitation.
💡 Explication

La Guemara revient à la michna : le Cohen Gadol est installé sept jours avant Kippour dans la chambre des Parhedrin. Une baraita précise que, de toutes les chambres du Temple, elle seule porte une mezouza — parce qu'elle sert de résidence (on y dort), condition de l'obligation.

14
אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: וַהֲלֹא כַּמָּה לְשָׁכוֹת הָיוּ בְּמִקְדָּשׁ שֶׁהָיָה לָהֶן בֵּית דִּירָה, וְלֹא הָיָה לָהֶן מְזוּזָה? אֶלָּא לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין גְּזֵירָה הָיְתָה.

Rabbi Yehouda dit : mais n'y avait-il pas dans le Temple plusieurs chambres qui possédaient un lieu d'habitation et qui pourtant n'avaient pas de mezouza ? [La raison n'est donc pas la résidence.] Plutôt, la mezouza de la chambre des Parhedrin résultait d'un décret (guezera).

📜 Rachi (2)
וַהֲלֹא כַּמָּה לְשָׁכוֹת הָיוּ שָׁם לְשׁוֹמְרֵי הַבַּיִת:
'Mais n'y avait-il pas là plusieurs chambres' — [servant de logement] aux gardiens du Temple.
גְּזֵירָה הָיְתָה לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאמְרוּ כֹּהֵן גָּדוֹל בְּבֵית הָאֲסוּרִים הוּא חָבוּשׁ:
'C'était un décret' — [la Guemara] explique plus loin ce décret : de peur qu'on ne dise que le Cohen Gadol est enfermé dans une prison (beit ha-assourim). [Pour montrer qu'il y demeure librement comme dans sa maison, on y fixa une mezouza.]
💡 Explication

Rabbi Yehouda réfute la raison de la baraita : d'autres chambres servaient de logement (aux gardiens) sans mezouza. Donc la mezouza de la lichkat Parhedrin n'est pas une obligation de fond, mais un décret — dont la Guemara donnera plus loin le motif : éviter que l'on croie le Cohen Gadol emprisonné.

15
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? אָמַר (רָבָא): קָסָבַר רַבִּי יְהוּדָה: כָּל בַּיִת שֶׁאֵינוֹ עָשׂוּי לִימוֹת הַחַמָּה וְלִימוֹת הַגְּשָׁמִים — אֵינוֹ בַּיִת. אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי, וְהָכְתִיב: ״וְהִכֵּיתִי (אֶת) בֵית הַחֹורֶף עַל בֵּית הַקָּיִץ״! אֲמַר לֵיהּ: ״בֵּית חֹורֶף״ ו״בֵּית קַיִץ״ אִיקְּרִי, ״בַּיִת״ סְתָמָא לָא אִיקְּרִי.

Quelle est la raison de Rabbi Yehouda [qui affirme qu'il n'y a pas d'obligation de fond mais un décret] ? Rava dit : Rabbi Yehouda estime que toute maison qui n'est pas faite [pour être habitée] à la fois pendant la saison chaude et pendant la saison des pluies n'est pas une maison [au sens de la mezouza].

Abaye lui objecta : mais n'est-il pas écrit 'Je frapperai la maison d'hiver avec la maison d'été' (Amos 3,15) [donc une résidence saisonnière est bien une maison] ! Il lui répondit : elle est appelée 'maison d'hiver' et 'maison d'été', mais elle n'est pas appelée 'maison' de manière absolue (beit setama).

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ בֵּית וְגַבֵּי מְזוּזָה בָּעֵינַן בַּיִת חָשׁוּב:
'N'est pas une maison' — or, pour la mezouza, il faut une maison de plein statut (bayit chachouv).
💡 Explication

Rava fonde l'avis de R. Yehouda : n'est une maison (au regard de la mezouza) que ce qui est habité toute l'année, été comme hiver. La chambre des Parhedrin, occupée sept jours par an, n'en est donc pas une de plein droit. Abaye objecte : le verset parle de 'maison d'hiver' et 'maison d'été' (Amos 3,15) — donc une résidence saisonnière est une maison. Rava distingue : le verset ajoute un qualificatif ; il ne l'appelle jamais 'maison' tout court.

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אֵיתִיבֵיהּ אַבַּיֵּי: סֻוכַּת הֶחָג בֶּחָג, רַבִּי יְהוּדָה מְחַייֵּב וַחֲכָמִים פּוֹטְרִין. וְתָנֵי עֲלָהּ: רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב בְּעֵירוּב וּבִמְזוּזָה וּבְמַעֲשֵׂר!

Abaye [lui] objecta [d'un autre enseignement] : la souka [dans laquelle on rentre du produit] pendant la fête de Souccot, Rabbi Yehouda [en] rend [le produit] assujetti [au maaser] et les Sages [l']en dispensent. Et l'on a enseigné à ce sujet : Rabbi Yehouda [la] rend assujettie au erouv, à la mezouza et au maaser !

[Il considère donc la souka — habitation de sept jours seulement — comme une maison pour la mezouza, contre le principe de Rava.]

📜 Rachi (3)
רַבִּי יְהוּדָה מְחַיֵּיב לְעִנְיַן מַעֲשֵׂר דְּקַייְמָא לָן אֵין הַטֶּבֶל מִתְחַיֵּיב בְּמַעֲשֵׂר מִלֶּאֱכֹול מִמֶּנּוּ אֲכִילַת עֲרַאי עַד שֶׁיִּרְאֶה פְּנֵי הַבַּיִת שֶׁנֶּאֱמַר בִּעַרְתִּי הַקֹּודֶשׁ מִן הַבַּיִת:
'Rabbi Yehouda rend assujetti' — quant au maaser : nous tenons pour règle que le tevel (produit non encore dîme) n'est assujetti au maaser — au point d'en interdire même une consommation de passage (akhilat arai) — que lorsqu'il a 'vu la face de la maison' (qu'il est entré dans la maison), ainsi qu'il est dit 'j'ai enlevé les choses saintes de la maison' (Devarim 26,13). [Puisque R. Yehouda l'assujettit dès lors qu'on le fait entrer dans la souka, il tient la souka pour une maison.]
בְּעֵירוּב אִם פְּתוּחָה לְחָצֵר שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁאָר דִּירוֹת אוֹסֶרֶת עַל (בְּנֵי) כֻּולָּם אִם לֹא עֵירְבָה עִמָּהֶן:
'Au erouv' — si [la souka] ouvre sur une cour où se trouvent d'autres habitations, elle interdit [le transport] à tous [les habitants de la cour] tant qu'elle n'a pas participé au erouv avec eux [preuve qu'on la tient pour une habitation].
וּבִמְזוּזָה ואע"ג דְּאֵינָהּ עֲשׂוּיָה לִימוֹת הַחַמָּה וְלִימוֹת הַגְּשָׁמִים:
'Et à la mezouza' — et ce, bien qu'elle ne soit pas faite [pour être habitée] à la fois pendant la saison chaude et pendant la saison des pluies [ce qui réfute le principe de Rava].
💡 Explication

Seconde objection : dans une michna, R. Yehouda tient la souka (occupée sept jours) pour une maison à part entière — il l'assujettit au erouv, à la mezouza et au maaser. Cela contredit le principe que Rava lui a prêté (maison = habitée toute l'année).

17
וְכִי תֵּימָא מִדְּרַבָּנָן, בִּשְׁלָמָא עֵירוּב וּמְזוּזָה אִיכָּא לְמֵימַר מִדְּרַבָּנַן, אֶלָּא מַעֲשֵׂר, מִי אִיכָּא לְמֵימַר מִדְּרַבָּנַן?

Et si tu dis que [Rabbi Yehouda l'assujettit seulement] par ordre rabbinique (mi-derabbanan) [et que, selon la Tora, il rejoindrait Rava] : concernant le erouv et la mezouza, soit, on peut dire que c'est rabbinique ; mais le maaser [de la souka], peut-on dire qu'il est [seulement] rabbinique ? [Or ce maaser est de la Tora — donc R.

Yehouda tient bien la souka pour une vraie maison de plein droit, ce qui réfute Rava.]

🗂️ Tossefot (1)
וְכִי תֵּימָא מִדְּרַבָּנָן וא"ת מ"מ אַכַּתִּי תִּיקְשֵׁי לְעֵיל נָמֵי גַּבֵּי לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין לִיגְזְרוּ מֵהַאי טַעְמָא וּמַאי אִיצְטְרִיךְ לְפָרוּשֵׁי טַעְמָא מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ כֹּהֵן גָּדוֹל חָבוּשׁ בְּבֵית הָאֲסוּרִים י"ל דִּלְמַאי דְּס"ד הַשְׁתָּא לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין נָמֵי מִחַיַּיב ר' יְהוּדָה מֵהַאי טַעְמָא וְלָא מִטַּעְמָא דְּשָׁלָא יֹאמְרוּ כ"ג חָבוּשׁ אֲבָל תֵּימַהּ לִי מַאי קָאָמַר וְכִי תֵּימָא מִדְּרַבָּנָן מִכָּל מָקוֹם תִּיקְשֵׁי אַכַּתִּי דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן מכ"ש דְּהָכָא פָּטְרִי אֲפִילּוּ מִדְּרַבָּנָן וּלְעֵיל מֵחַיָּיבֵי אַפֵּי' מִדְּאוֹרַייְתָּא וי"ל דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן לֹא קָשֶׁה דְּשָׁאנֵי סֻוכָּה דְּדִירַת עֲרַאי הִיא דִּבְקַל יָכוֹל לִהְיוֹת שֶׁהוּא יוֹצֵא מִמֶּנָּה כְּגוֹן אִם הוּא מִצְטַעֵר אוֹ יָרְדוּ גְּשָׁמִים וְכָהֵנָּה רַבּוֹת אֲבָל לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין שֶׁהָיָה בְּתוֹכָהּ בִּקְבִיעוֹ' מְחַיְּיבִי:
'Et si tu dis : par ordre rabbinique' — Si tu demandes : de toute façon on pourrait encore objecter en amont, à propos de la chambre des Parhedrin — qu'on décrète [la mezouza] pour cette même raison [qu'elle est une résidence de sept jours, comme la souka], et pourquoi a-t-il fallu expliquer que la raison est 'de peur qu'on ne dise que le Cohen Gadol est enfermé dans une prison' ? On peut répondre : selon ce que l'on pense à présent, Rabbi Yehouda assujettirait aussi la chambre des Parhedrin pour cette [même] raison, et non pour la raison qu'on ne dise pas que le Cohen Gadol est enfermé. Mais ce qui m'étonne, c'est : que veut dire 'et si tu dis : par ordre rabbinique' ? De toute manière, il subsistera une contradiction entre deux énoncés rabbiniques (derabbanan à-derabbanan), à plus forte raison : ici [pour la souka] ils [les Sages] exemptent même par ordre rabbinique, tandis qu'en amont [pour Parhedrin] ils [les mêmes] assujettissent même selon la Tora ! On peut répondre : une contradiction derabbanan à-derabbanan n'est pas une difficulté, car la souka est différente : c'est une habitation temporaire (dirat arai), dont il peut aisément sortir — par exemple s'il souffre [de l'inconfort], ou s'il pleut, et bien d'autres cas ; tandis que la chambre des Parhedrin, où il demeurait à poste fixe (bi-kviout), ils l'assujettissent.
💡 Explication

On pourrait sauver Rava en disant que R. Yehouda n'assujettit la souka que par décret rabbinique. Cela vaut pour le erouv et la mezouza — mais pas pour le maaser, qui est ici une obligation de la Tora. Preuve que R. Yehouda tient la souka pour une vraie maison : le principe attribué à Rava est réfuté.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).