Sougya : Le daf achève d'abord l'aggada ouverte en 9b : bien que les Perses (descendants de Yefet) aient aidé à bâtir le second Temple, la Chekhina ne réside que dans les tentes de Chem. La Guemara le fonde sur la table des nations (Berechit 10), identifiant chaque nom biblique (les fils de Yefet, dont Tiras = Perse selon Rav Yossef ; les villes d'Achour ; les géants enfants du Anak).
Vient ensuite la double prophétie sur l'ordre final des empires : R. Yehochoua ben Levi (au nom de Rabbi) puis R.
Yo'hanan (par kal va-homer) annoncent que Rome tombera aux mains de la Perse ; Rav soutient l'inverse (la Perse tombera aux mains de Rome), objecte que les Perses aussi détruisent des synagogues et invoque le décret du Roi — appuyé par la baraita du décret des neuf mois (Rome dominera le monde entier neuf mois avant la venue du Machiah, Mikha 5,2). La sougya revient enfin à la halakha : seule la chambre des Parhedrin, résidence du Cohen Gadol, porte une mezouza.
Est-ce une obligation de fond (Tana Kama : c'est un lieu d'habitation) ou un décret (R. Yehouda : de peur qu'on ne croie le Cohen Gadol emprisonné) ?
Rava fonde R. Yehouda sur le principe qu'une maison non habitée été ET hiver n'est pas un 'bayit' ; Abaye l'attaque par deux versets — la maison d'hiver / d'été (Amos) et la souka de R.
Yehouda, assujettie au erouv, à la mezouza et surtout au maaser, qui est de la Tora.
Bien que [le verset dise] 'Que Dieu élargisse Yefet' (Berechit 9,27) — allusion aux Perses, descendants de Yefet, qui aidèrent à bâtir le second Temple —, la Chekhina (Présence divine) ne réside que dans les tentes de Chem, c'est-à-dire dans le premier Temple, bâti par le roi Chelomo, issu de la descendance de Chem.
La Guemara achève ici l'idée ouverte en 9b : les Perses, descendants de Yefet, ont beau avoir contribué à la construction du second Temple, cela ne suffit pas à y faire résider la Chekhina. Le verset 'Que Dieu élargisse Yefet, mais qu'Il réside dans les tentes de Chem' (Berechit 9,27) est lu comme un partage : à Yefet l'agrandissement politique, à Chem (ancêtre d'Israël) la Présence divine.
C'est pourquoi la Chekhina n'a reposé que dans le premier Temple, bâti par Chelomo sans le patronage d'une puissance étrangère.
Et les Perses, d'où savons-nous qu'ils descendent de Yefet ? Car il est écrit : 'Les fils de Yefet : Gomer, Magog, Madai, Yavan, Touval, Mechekh et Tiras' (Berechit 10,2).
Gomer, c'est la Germamia ; Magog, c'est la Kandia ; Madai, c'est la Macédoine ; Yavan, selon son sens littéral (la Grèce) ; Touval, c'est Beit Ounyaki ; Mechekh, c'est la Mousia. Quant à Tiras, Rabbi Simai et les Sages divergent — d'autres rapportent la controverse entre Rabbi Simon et les Sages : l'un dit que c'est Beit Tiryaki, et l'autre dit que c'est la Perse.
Rav Yossef a enseigné : Tiras, c'est la Perse.
La Guemara fonde l'affirmation précédente sur la table des nations (Berechit 10) : chaque nom biblique est identifié à un peuple ou une région de l'époque talmudique. Le point décisif est Tiras : selon l'opinion — que Rav Yossef confirme — Tiras est la Perse, qui figure donc bien parmi les descendants de Yefet.
'Savta, Raama et Savtekha' (Berechit 10,7). Rav Yossef a enseigné : c'est le Sakistan intérieur et le Sakistan extérieur ; de l'un à l'autre, cent parasanges (parsi), et son pourtour, mille parasanges.
'Le commencement de son royaume fut Bavel, Erekh, Akkad et Kalne' (Berechit 10,10). Bavel selon son sens littéral (Babylone) ; Erekh, c'est Orikhout ; Akkad, c'est Baskar ; Kalne, c'est Nofer Ninefi.
'De ce pays sortit Achour' (Berechit 10,11). Rav Yossef a enseigné : Achour, c'est Silek. 'Et il bâtit Ninve, Rehovot-Ir et Kelah' (ibid.).
Ninve selon son sens littéral ; Rehovot-Ir, c'est le Perat de Mechan ; Kelah, c'est le Perat de Boursif. 'Et Resen, entre Ninve et Kelah — c'est la grande ville' (Berechit 10,12). Resen, c'est Akteisfon. 'C'est la grande ville' : je ne sais si c'est Ninve qui est la grande ville, ou si c'est Resen.
Mais lorsqu'il est dit : 'Or Ninve était une ville immense devant Dieu, de trois journées de marche' (Yona 3,3), tu dois conclure que c'est Ninve qui est la grande ville.
La Guemara poursuit l'identification des villes fondées par Achour. Un doute exégétique surgit sur l'expression 'c'est la grande ville' (Berechit 10,12) : se rapporte-t-elle à Ninve ou à Resen, toutes deux citées juste avant ? On le tranche par un autre verset (Yona 3,3) qui qualifie explicitement Ninve de grande ville.
'Et là se trouvaient Ahiman, Cheshai et Talmai, enfants du Anak (le géant)' (Bamidbar 13,22). On a enseigné : Ahiman — le plus habile (meyouman) des frères ; Cheshai — celui qui rend le sol comme des fosses (chehitot) [par ses pas] ; Talmai — celui qui rend le sol tout en sillons (telamim telamim).
Autre explication : Ahiman bâtit Anat, Cheshai bâtit Alouch, Talmai bâtit Talbouch. 'Enfants du Anak' — parce qu'ils faisaient au soleil (ha-hama) comme un collier (maanikin) par leur haute taille [le soleil semblait pendre à leur cou].
Toujours dans le fil des interprétations de noms, la Guemara glose les trois géants de Hevron rencontrés par les explorateurs (Bamidbar 13,22). Chaque nom est lu comme un trait : force, démarche qui laboure la terre, taille démesurée. Le mot ha-anak (le géant) est rattaché à anak = collier : leur cou montait si haut que le soleil semblait y pendre.
Rabbi Yehochoua ben Levi a dit au nom de Rabbi : Rome est destinée à tomber aux mains de la Perse, ainsi qu'il est dit : 'C'est pourquoi écoutez le dessein que l'Éternel a formé contre Edom, et les pensées qu'Il a conçues contre les habitants de Teiman : oui, les plus petits du troupeau (tzeirei ha-tzon) les traîneront, oui, leur pâture sera dévastée à cause d'eux' (Yirmeyahou 49,20).
À propos de l'opinion Tiras = Perse, la Guemara ouvre une série de traditions sur l'ordre final des empires. Edom désigne Rome ; le prophète annonce qu'elle sera traînée par 'les plus petits du troupeau' — expression que la sougya va rattacher à la Perse.
Rabba bar Oulla objecta : d'où déduit-on que cette expression 'les plus petits du troupeau' désigne la Perse ? De ce qu'il est écrit : 'Le bélier que tu as vu, muni de deux cornes, ce sont les rois de Madai et de Paras (Médie et Perse)' (Daniel 8,20) — le bélier fait partie du troupeau.
Mais [pourquoi la Perse ?] dis plutôt que ce sont les Grecs (Yavan), car il est écrit : 'Le bouc velu, c'est le roi de Yavan (Grèce)' (Daniel 8,21) — le bouc aussi appartient au troupeau !
Rabba bar Oulla conteste l'identification : rien n'impose que 'les plus petits du troupeau' soient la Perse plutôt que Yavan (la Grèce), elle aussi comparée à un animal de troupeau (un bouc) dans Daniel 8. L'objection sera renversée au segment suivant.
Lorsque Rav Haviva bar Sourmakei monta [en Terre d'Israël], il rapporta [cette objection] devant l'un des Sages. Celui-ci lui dit : celui qui ne sait pas interpréter les versets ose soulever une objection contre Rabbi ?!
Que signifie 'les plus petits du troupeau' (tzeirei ha-tzon) ? 'Le plus jeune de ses frères' (zoutra de-achouhi) — car Rav Yossef a enseigné : Tiras, c'est la Perse [et Tiras est le dernier, donc le plus jeune, des fils de Yefet cités dans le verset].
La réponse déplace le sens de tzeirei : non pas 'petits' au sens du troupeau (ce qui vaudrait aussi pour Yavan), mais 'le plus jeune des frères'. Or, dans la liste des fils de Yefet, Tiras — identifié à la Perse par Rav Yossef — est cité en dernier. L'expression vise donc bien la Perse, et l'objection de Rabba bar Oulla tombe.
Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Yehouda be-Rabbi Ilai : Rome est destinée à tomber aux mains de la Perse. [On le déduit] par un raisonnement à fortiori (kal va-homer) : si le premier Temple, que les descendants de Chem ont bâti et que les Kasdim (Chaldéens) ont détruit, [a entraîné] que les Kasdim tombent aux mains des Perses — le second Temple, que les Perses ont bâti et que les Romains ont détruit, n'est-il pas juste (eino din) que les Romains tombent aux mains des Perses ?
Même conclusion (Rome tombera aux mains de la Perse), mais par un kal va-homer historique. Le précédent : le bâtisseur du premier Temple (Chem) a vu son destructeur (les Kasdim) tomber devant la Perse. À fortiori pour le second Temple, bâti par la Perse elle-même et détruit par Rome : Rome doit tomber devant la Perse.
Rav a dit : la Perse est destinée à tomber aux mains de Rome. Rav Kahana et Rav Assi dirent à Rav : les bâtisseurs [du second Temple tomberaient] aux mains des destructeurs ?!
Il leur répondit : oui — c'est un décret du Roi (guezerat melekh, décret divin). D'autres rapportent qu'il leur dit : eux aussi (les Perses) détruisent des synagogues [ils ne valent donc pas mieux].
Rav soutient la thèse inverse : la Perse tombera devant Rome. Ses élèves objectent l'injustice apparente (les bâtisseurs livrés aux destructeurs). Rav répond de deux manières : soit c'est un décret du Roi (insondable), soit les Perses ne valent pas mieux, car eux aussi détruisent des synagogues.
Cela a aussi été enseigné dans une baraita : la Perse est destinée à tomber aux mains de Rome — d'une part parce qu'ils détruisent des synagogues, d'autre part parce que c'est un décret du Roi que les bâtisseurs tombent aux mains des destructeurs. Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : le fils de David (le Machiah) ne viendra que lorsque la royauté impie de Rome se sera étendue sur le monde entier durant neuf mois, ainsi qu'il est dit : 'C'est pourquoi Il les livrera jusqu'au temps où celle qui doit enfanter aura enfanté, et le reste de ses frères reviendra avec les enfants d'Israël' (Mikha 5,2) [la durée de la domination universelle égale celle d'une grossesse : neuf mois].
Une baraita confirme Rav et fournit le fondement du 'décret du Roi' : avant la venue du Machiah ben David, Rome dominera le monde entier durant neuf mois — durée lue dans Mikha 5,2 (l'image de l'enfantement). Pour que Rome domine tout, la Perse elle-même doit d'abord lui tomber entre les mains.
Nos maîtres ont enseigné : toutes les chambres (léchakhot) qui se trouvaient dans le Temple n'avaient pas de mezouza, à l'exception de la chambre des Parhedrin (lichkat Parhedrin), où se trouvait un lieu d'habitation (beit dira) pour le Cohen Gadol [seule une chambre où l'on dort requiert une mezouza].
La Guemara revient à la michna : le Cohen Gadol est installé sept jours avant Kippour dans la chambre des Parhedrin. Une baraita précise que, de toutes les chambres du Temple, elle seule porte une mezouza — parce qu'elle sert de résidence (on y dort), condition de l'obligation.
Rabbi Yehouda dit : mais n'y avait-il pas dans le Temple plusieurs chambres qui possédaient un lieu d'habitation et qui pourtant n'avaient pas de mezouza ? [La raison n'est donc pas la résidence.] Plutôt, la mezouza de la chambre des Parhedrin résultait d'un décret (guezera).
Rabbi Yehouda réfute la raison de la baraita : d'autres chambres servaient de logement (aux gardiens) sans mezouza. Donc la mezouza de la lichkat Parhedrin n'est pas une obligation de fond, mais un décret — dont la Guemara donnera plus loin le motif : éviter que l'on croie le Cohen Gadol emprisonné.
Quelle est la raison de Rabbi Yehouda [qui affirme qu'il n'y a pas d'obligation de fond mais un décret] ? Rava dit : Rabbi Yehouda estime que toute maison qui n'est pas faite [pour être habitée] à la fois pendant la saison chaude et pendant la saison des pluies n'est pas une maison [au sens de la mezouza].
Abaye lui objecta : mais n'est-il pas écrit 'Je frapperai la maison d'hiver avec la maison d'été' (Amos 3,15) [donc une résidence saisonnière est bien une maison] ! Il lui répondit : elle est appelée 'maison d'hiver' et 'maison d'été', mais elle n'est pas appelée 'maison' de manière absolue (beit setama).
Rava fonde l'avis de R. Yehouda : n'est une maison (au regard de la mezouza) que ce qui est habité toute l'année, été comme hiver. La chambre des Parhedrin, occupée sept jours par an, n'en est donc pas une de plein droit. Abaye objecte : le verset parle de 'maison d'hiver' et 'maison d'été' (Amos 3,15) — donc une résidence saisonnière est une maison. Rava distingue : le verset ajoute un qualificatif ; il ne l'appelle jamais 'maison' tout court.
Abaye [lui] objecta [d'un autre enseignement] : la souka [dans laquelle on rentre du produit] pendant la fête de Souccot, Rabbi Yehouda [en] rend [le produit] assujetti [au maaser] et les Sages [l']en dispensent. Et l'on a enseigné à ce sujet : Rabbi Yehouda [la] rend assujettie au erouv, à la mezouza et au maaser !
[Il considère donc la souka — habitation de sept jours seulement — comme une maison pour la mezouza, contre le principe de Rava.]
Seconde objection : dans une michna, R. Yehouda tient la souka (occupée sept jours) pour une maison à part entière — il l'assujettit au erouv, à la mezouza et au maaser. Cela contredit le principe que Rava lui a prêté (maison = habitée toute l'année).
Et si tu dis que [Rabbi Yehouda l'assujettit seulement] par ordre rabbinique (mi-derabbanan) [et que, selon la Tora, il rejoindrait Rava] : concernant le erouv et la mezouza, soit, on peut dire que c'est rabbinique ; mais le maaser [de la souka], peut-on dire qu'il est [seulement] rabbinique ? [Or ce maaser est de la Tora — donc R.
Yehouda tient bien la souka pour une vraie maison de plein droit, ce qui réfute Rava.]
On pourrait sauver Rava en disant que R. Yehouda n'assujettit la souka que par décret rabbinique. Cela vaut pour le erouv et la mezouza — mais pas pour le maaser, qui est ici une obligation de la Tora. Preuve que R. Yehouda tient la souka pour une vraie maison : le principe attribué à Rava est réfuté.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).