Yoma 9b — pourquoi les deux Temples furent détruits : les trois fautes du premier (idolâtrie, débauche, meurtre) contre la haine gratuite du second, tenue pour leur égale ; puis le débat Rabbi Yohanan / Rech Lakich sur les premières et dernières générations, le mur et la porte, et le sasmagor devenu bat kol

Yoma 9b

Sougya : Après la fin du reproche aux fils d'Eli (kinim retardées, mépris des offrandes), le daf déploie la grande Tossefta sur la ruine des Temples. Le premier fut détruit pour trois fautes cardinales — idolâtrie (le « lit trop court » où Chekhina et idole ne cohabitent pas), débauche (les filles de Sion) et meurtre (Menache) ; le second, malgré Torah, mitsvot et bonté, le fut pour la seule sinat hinam, tenue pour l'égale des trois.

La faute visible des premiers valut un terme révélé (soixante-dix ans) ; la faute cachée des derniers, un terme occulté. Suit le célèbre échange Rabbi Yo'hanan / Rech Lakich (l'ongle des premiers vaut mieux que le ventre des derniers ; mais les derniers étudient sous l'oppression) tranché par la preuve du Temple, revenu aux seuls premiers.

Rech Lakich, dans le Jourdain, reproche aux Babyloniens de n'être pas tous montés en Ezra : montée en mur (argent, sans pourriture) contre montée en portes (cèdre rongé par le ver sasmagor = la bat kol restante). Enfin, sur l'invraisemblance que Rech Lakich ait parlé à Rabba bar bar Hana, Rav Papa intercale un tiers, et Rabbi Yo'hanan conclut que la Chekhina n'aurait de toute façon pas résidé au second Temple.

Pourquoi chaque Temple fut-il détruit ? La Tossefta compare les générations : la faute visible du premier Temple, la faute cachée du second. PREMIER TEMPLE faute au grand jour -> châtiment court, terme révélé (70 ans) SECOND TEMPLE on s'adonnait Torah, mitsvot, guemilout hassadim Idolâtrie (avoda zara) lit trop court : Chekhina + idole ne cohabitent pas Débauche (guiloui arayot) filles de Sion hautaines (Isaie 3, 16) Meurtre (chefikhout damim) Menache remplit Jérusalem de sang (II Rois 21, 16) Haine gratuite (sinat hinam) faute cachée -> terme non révélé L'enseignement du daf La sinat hinam à elle seule pèse autant que les TROIS transgressions réunies du premier Temple. (seul un exil, non une extermination : ils gardaient confiance en Dieu — leur cœur penchait vers le Ciel)
Les causes de la destruction : trois fautes visibles (premier Temple) contre la haine gratuite cachée (second Temple), tenue pour leur égale.
Premiers ou derniers : quelle génération est la plus grande ? RABBI YO'HANAN RECH LAKICH Les PREMIERS sont supérieurs Les DERNIERS sont supérieurs L'ongle des premiers vaut mieux que le ventre des derniers. Malgré l'asservissement aux royaumes (chi'boud malkhouyot), ils s'adonnent à la Torah : mérite d'autant plus grand. Preuve : le Temple (bira) Il est REVENU aux premiers (second Temple bâti après l'exil), il n'est PAS revenu aux derniers. Même réponse à R. Elazar : "votre témoin, c'est le Temple". Métaphore du mur et de la porte : montés en MUR (tous) = argent, sans pourriture montés en PORTES (à moitié) = cèdre, rongé le "ver" du cèdre (sasmagor) = la bat kol, seul reste de la Chekhina au second Temple. Conclusion de Rabbi Yo'hanan (dernier mot) Ce n'est pas [le manque d'aliyah] la vraie raison : même si tous étaient montés au temps d'Ezra, la Chekhina n'aurait pas résidé au second Temple — "que Dieu élargisse Yefet... dans les tentes de Chem" (Gn 9, 27).
Rabbi Yohanan contre Rech Lakich : les premières ou les dernières générations ? La preuve par le Temple, revenu aux premiers seulement.
La révélation qui décroît : du mur d'argent au ver du cèdre MUR (chôma) tous montent en Ezra = ARGENT nulle pourriture PORTES (delet) montée à moitié = CÈDRE la pourriture (rakav) règne SASMAGOR le ver qui ronge le cèdre = BAT KOL le peu qui reste La chaîne du degré le plus bas de présence divine À la mort des derniers prophètes — Aggée, Zacharie, Malachie — l'esprit saint (roua'h hakodech) se retira d'Israël ; il ne restait plus que la bat kol (voix céleste), comme un cèdre presque entièrement dévoré par le ver : un ultime filet de révélation, image de la Chekhina diminuée. Rachi : "une part de la vision de la Chekhina fut là, mais non sa totalité."
La révélation qui décroît : mur/argent -> porte/cèdre -> sasmagor/bat kol, image du retrait progressif de la Chekhina.
1
שֶׁשָּׁהוּ אֶת קִינֵּיהֶן, מִיהָא מַעֲלֶה עֲלֵיהֶן הַכָּתוּב כְּאִילּוּ שְׁכָבוּם.

[Le reproche fait aux fils d'Eli est] qu'ils retardèrent [l'offrande de] leurs nids d'oiseaux (kinim) — [ceux des femmes après l'accouchement] ; néanmoins, l'Écriture le leur impute comme s'ils avaient couché avec elles.

📜 Rachi (1)
שֶׁשָּׁהוּ אֶת קִינֵּיהֶן שֶׁהָיוּ מְבִיאוֹת בִּמְלֹאות יְמֵי לֵידָתָן לִיטָּהֵר לֶאֱכֹול בַּקֳּדָשִׁים וְהֵם הָיוּ בַּעֲלֵי גֵּיאוּת וְהָיוּ מִתְרַשְּׁלִין בְּהַקְרָבָתָן וְהַנָּשִׁים מַמְתִּינוֹת שָׁם עַד שֶׁיַּקְרִיבוּם וּמִשְׁתַּהוֹת מִלַּחֲזֹור לִמְקוֹמָן אֵצֶל בַּעֲלֵיהֶן וּמְבַטְּלִין אֶת הַנָּשִׁים מִפְּרִיָּה וּרְבִיָּה:
Qu'ils retardèrent leurs nids d'oiseaux — les [femmes] les apportaient à l'accomplissement des jours de leur enfantement, pour se purifier et manger des choses saintes ; or eux (les fils d'Eli) étaient pleins d'orgueil et négligeaient de les offrir, si bien que les femmes attendaient là sur place jusqu'à ce qu'on les offre, tardant à rentrer auprès de leurs maris — et [les fils d'Eli] empêchaient ainsi les femmes de [l'accomplissement de] la fécondité et de la multiplication (pirya ve-rivya).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִתּוֹךְ שֶׁשָּׁהוּ אֶת קִנֵּיהֶם , מַעֲלֶה עֲלֵיהֶם הַכָּתוּב כְּאִלּוּ שְׁכָבוּם. קָשֶׁה וְכִי מִשּׁוּם ד'מַעֲלֶה עֲלֵיהֶם הַכָּתוּב כְּאִלּוּ שְׁכָבוּם' תֶּחֱרַב שִׁילֹה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֵירוּבִין מא. וְרָאָה סוֹטָה מה:) בָּתַר רֵישָׁא אָזֵיל גּוּפָא וְכֵיוָן דְּהָרָאשִׁים הָיָה לָהֶם חֵטְא זֶה דְּנֶחְשָׁב כְּאִלּוּ חָטְאוּ בְּגִילּוּי עֲרָיוֹת לָכֵן הֲמוֹן הָעָם הָיָה בְּיָדָם חֵטְא זֶה שֶׁל גִּילּוּי עֲרָיוֹת מַמָּשׁ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא ד, ג) אֲשֶׁר נָשִׂיא יֶחֱטָא לְאַשְׁמַת הָעָם וּבַעֲבוּר חֵטְא גִּילּוּי עֲרָיוֹת מַמָּשׁ חָרְבָה.
« Parce qu'ils retardèrent leurs nids d'oiseaux, l'Écriture le leur impute comme s'ils avaient couché avec elles. » Difficulté : est-ce donc parce que « l'Écriture le leur impute comme s'ils avaient couché avec elles » que Chilo devait être détruite ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos Maîtres de mémoire bénie ont dit (Erouvin 41a, cf. Sota 45b) : « le corps suit la tête » (batar richa azil goufa). Puisque les chefs — les têtes — avaient cette faute, tenue pour équivalente à une faute de débauche (guiloui arayot), le peuple en son ensemble eut lui aussi entre ses mains cette faute de débauche réelle — comme il est écrit (Lévitique 4, 3) « lorsqu'un prince pèche, [c'est] pour la culpabilité du peuple ». Et c'est à cause de la faute de débauche réelle que [Chilo] fut détruite.
💡 Explication

Fin de la sougya ouverte en 9a sur les fils d'Eli (bnei Eli), à Chilo. Selon cet avis, ils n'ont pas commis de débauche réelle : ils retardèrent l'offrande des kinim (nids de tourterelles ou pigeons) que les femmes devaient apporter après l'accouchement pour se purifier et retrouver leurs maris.

Par cette négligence, ils empêchaient ces femmes de rentrer chez elles ; aussi l'Écriture leur impute-t-elle la faute comme s'ils avaient couché avec elles — mesure de la gravité d'un tel abus de fonction.

2
בִּזְיוֹן קָדָשִׁים, דִּכְתִיב: ״גַּם בְּטֶרֶם יַקְטִרוּן אֶת הַחֵלֶב וּבָא נַעַר הַכֹּהֵן וְאָמַר לָאִישׁ הַזֹּובֵחַ תְּנָה בָשָׂר לִצְלוֹת לַכֹּהֵן וְלֹא יִקַּח מִמְּךָ בָּשָׂר מְבֻושָּׁל כִּי אִם חָי. וַיֹּאמֶר אֵלָיו הָאִישׁ קַטֵּר יַקְטִירוּן כַּיּוֹם הַחֵלֶב וְקַח לְךָ כַּאֲשֶׁר תְּאַוֶּה נַפְשֶׁךָ וְאָמַר לוֹ כִּי עַתָּה תִתֵּן וְאִם לֹא לָקַחְתִּי בְחָזְקָה. וַתְּהִי חַטַּאת הַנְּעָרִים גְּדוֹלָה מְאֹד אֶת פְּנֵי ה׳ כִּי נִאֲצוּ הָאֲנָשִׁים אֵת מִנְחַת ה׳״.

[Autre faute des fils d'Eli :] le mépris des choses saintes (bizyon kodachim), comme il est écrit : « Avant même qu'on eût fait fumer la graisse, le serviteur du Cohen venait et disait à l'homme qui sacrifiait : Donne de la viande à rôtir pour le Cohen ; il n'acceptera pas de toi de la viande cuite, mais [seulement] crue. Et si l'homme lui disait : Qu'on fasse d'abord fumer la graisse, puis prends-en autant que tu désires — il répondait : Non, donne maintenant, sinon je [la] prends de force.

Le péché des jeunes gens fut très grand devant l'Éternel, car les hommes méprisaient l'offrande de l'Éternel » (I Samuel 2, 15-17).

💡 Explication

Second grief contre les fils d'Eli : le mépris des offrandes. Leur serviteur exigeait la part du Cohen avant que la graisse ne soit brûlée sur l'autel (renversant l'ordre du service), refusait la viande cuite et menaçait de prendre de force. Le verset conclut que « le péché des jeunes gens fut très grand », car ils traitaient l'offrande divine avec dédain.

3
מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן מִפְּנֵי מֶה חָרַב — מִפְּנֵי שְׁלֹשָׁה דְּבָרִים שֶׁהָיוּ בּוֹ: עֲבוֹדָה זָרָה, וְגִלּוּי עֲרָיוֹת, וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. עֲבוֹדָה זָרָה, דִּכְתִיב: ״כִּי קָצַר הַמַּצָּע מֵהִשְׂתָּרֵעַ״.

Le premier Temple, pourquoi fut-il détruit ? À cause de trois choses qui s'y trouvaient : l'idolâtrie (avoda zara), la débauche (guiloui arayot) et le meurtre (chefikhout damim).

L'idolâtrie, comme il est écrit : « Car le lit est trop court pour s'y étendre (me-hichtarea) » (Isaie 28, 20).

📜 Rachi (1)
מֵהִשְׂתָּרֵעַ דְּרֵישׁ בְּנוֹטָרִיקוֹן מֵהִשְׂתָּרֵר רִיעַ אֶחָד:
Me-hichtarea — [le mot] est interprété par notarikon (décomposition en acronyme) : me-hichtarer (se rendre maître) [et] reia (un compagnon).
💡 Explication

La Tossefta expose la doctrine centrale du daf : les trois fautes cardinales — idolâtrie, débauche, meurtre — causèrent la ruine du premier Temple. Chacune est appuyée sur un verset. Pour l'idolâtrie, le prophète est lu par notarikon (décomposition du mot en acronyme) : voir le segment suivant.

4
מַאי ״קָצַר הַמַּצָּע מֵהִשְׂתָּרֵעַ״? אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: קָצַר מַצָּע זֶה מֵהִשְׂתָּרֵר עָלָיו שְׁנֵי רֵעִים כְּאֶחָד.

Que signifie « le lit est trop court pour s'y étendre » ? Rabbi Yonatan dit : ce lit est trop court pour que deux compagnons (reim) s'y rendent maîtres ensemble.

📜 Rachi (1)
שְׁנֵי רֵיעִים צֶלֶם שֶׁהֶעֱמִיד מְנַשֶּׁה בְּהֵיכַל צָרָה לְשׁוֹן רֵיעוּת כִּשְׁתֵּי נָשִׁים לְאִישׁ אֶחָד וְכִעֲסַתָּה צָרָתָהּ (שְׁמוּאֵל א א׳:ו׳) וְאִשָּׁה אֶל אֲחֹותָהּ לֹא תִקָּח לִצְרֹור (וַיִּקְרָא י״ח:י״ח):
Deux compagnons — [allusion à] l'idole (tselem) que Menache dressa dans le Sanctuaire (Hekhal). « Compagne » (tsara) est un terme de rivalité, comme deux femmes pour un seul homme : « sa rivale la vexait » (I Samuel 1, 6), et « tu ne prendras pas une femme en plus de sa sœur pour [la] rendre rivale (li-tsror) » (Lévitique 18, 18).
🪔 Ben Yehoyada (1)
קָצַר מַצָּע זֶה מֵהִשְׂתָּרֵר עָלָיו שְׁנֵי רֵעִים כְּאֶחָד. קָשֶׁה אֵיךְ קוֹרֵא לִכְבוֹד הַשְּׁכִינָה וּלְצֶלֶם בְּשֵׁם 'רָעִים'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרֵיעִים קָאֵי עַל הַכֹּהֲנִים כִּי כַּאֲשֶׁר הֶעֱמִיד הַצֶּלֶם בַּהֵיכָל וַדַּאי הֶעֱמִיד לוֹ כֹּהֵן בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְנִמְצָא מַצָּע זֶה שֶׁהוּא הַהֵיכָל מִשְׂתָּרְרִים בּוֹ שְׁנֵי רָעִים שֶׁהוּא כֹּהֵן גָּדוֹל לַשָּׁמַיִם וְכֹהֵן שֶׁל הַצֶּלֶם.
« Ce lit est trop court pour que deux compagnons s'y rendent maîtres ensemble. » Difficulté : comment [l'Écriture] peut-elle appeler du même nom de « compagnons » la gloire de la Chekhina et l'idole ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « reim » (compagnons) se rapporte aux cohanim : car lorsque [Menache] dressa l'idole dans le Hekhal, il lui établit assurément un prêtre à part ; il se trouve donc que sur ce « lit » — le Hekhal — se rendaient maîtres deux compagnons : un Cohen Gadol pour le Ciel et un prêtre de l'idole.
💡 Explication

Rabbi Yonatan dérive l'idolâtrie du verset : le « lit » est le Sanctuaire, trop étroit pour que deux rivaux y règnent de concert. La Chekhina et l'idole que Menache dressa dans le Hekhal ne peuvent cohabiter — d'où la ruine.

5
״וְהַמַּסֵּכָה צָרָה כְּהִתְכַּנֵּס״, אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי: כִּי מָטֵי רַבִּי יוֹנָתָן לְהַאי קְרָא בָּכֵי, אָמַר: מַאן דִּכְתִיב בֵּיהּ ״כֹּונֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם״, נַעֲשֵׂית לוֹ מַסֵּכָה צָרָה?

« Et la couverture (masekha) est trop étroite pour s'y ramasser (ke-hitkanes) » — Rabbi Chmouel bar Nahmani dit : lorsque Rabbi Yonatan parvenait à ce verset, il pleurait et disait : Celui dont il est écrit « Il ramasse comme une digue les eaux de la mer » (Psaumes 33, 7), une idole (masekha) Lui est-elle devenue une rivale (tsara) ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאן דִּכְתִיב בֵּיהּ: "כֹּנֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם", תֵּעָשֶׂה לוֹ מַסֵּכָה צָרָה. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל לָמָּה זָכַר שֶׁבַח זֶה וְלֹא אָמַר 'הַבּוֹרֵא שָׁמַיִם וָאָרֶץ'? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אָמַר 'כֹּנֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם' לְהוֹדִיעַ בָּזֶה דְּהַשְּׁכִינָה לֹא נִסְתַּלְּקָה מִשָּׁם בְּעֵת שֶׁבָּאָה הַמַּסֵּכָה שָׁם אֶלָּא נִשְׁאַר הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה שָׁם, וְנִמְצָא דְּעָשׂוּ אֶת הַמַּסֵּכָה צָרָה. וְהָעִנְיָן הוּא כְּשֶׁהִבְדִּיל הקב"ה בְּיוֹם שֵׁנִי דִּימֵי בְּרֵאשִׁית בֵּין מַיִם לַמַּיִם וְגָזַר עַל מַיִם הַתַּחְתּוֹנִים שֶׁיִּהְיוּ יוֹרְדִים וְנִקְוִים בְּתוֹךְ הַיָּם דְּעַל זֶה קָאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים לג, ז) 'כֹּנֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם' נִתְרַעֲמוּ מַיִם הַתַּחְתּוֹנִים עַל אֲשֶׁר נִתְרַחֲקוּ מֵאוֹר הַשְּׁכִינָה שֶׁלְּמַעְלָה וְגָזַר הקב"ה שֶׁיִּהְיֶה חֵלֶק מֵאוֹר הַשְּׁכִינָה שׁוֹכֵן לְמַטָּה בְּהַר הַמּוֹרִיָּה בִּמְקוֹם בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וּבָזֶה יִהְיוּ מַיִם הַתַּחְתּוֹנִים קְרוֹבִים, וְלָכֵן כְּשֶׁבָּא אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה לְהַקְרִיב אֶת יִצְחָק רָאָה 'הַמָּקוֹם מְרַחַק' (בְּרֵאשִׁית כב, ד) כִּי נִגְלֶה לְעֵינָיו אוֹר הַשְּׁכִינָה הַשּׁוֹכֵן שָׁם וְיָדַע שֶׁאוֹתוֹ מָקוֹם מְקֻודָּשׁ לְהַקְרִיב בּוֹ. וְכֵן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה קֹודֶם שֶׁנִּכְנְסוּ יִשְׂרָאֵל קָרְאוּ (דְּבָרִים ג, כה) 'הָהָר הַטּוֹב הַזֶּה וְהַלְּבָנוֹן' יַעַן כִּי בֶּאֱמֶת הָיָה שׁוֹכֵן שָׁם חֵלֶק מֵאוֹר הַשְּׁכִינָה מִשֵּׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית לְפַייֵּס אֶת מַיִם הַתַּחְתּוֹנִים וְאֵין הָכִי נָמֵי אַחַר שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה אֶת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שָׁם נַעֲשָׂה שָׁם אוֹר הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה בְּמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה יוֹתֵר וְעַל זֶה גִּילּוּי הַנּוֹסָף אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה לא.) 'גָּלְתָה שְׁכִינָה מֵהֵיכָל וְקֹודֶשׁ קָדָשִׁים' אֲבָל אוֹתוֹ הַחֵלֶק שֶׁשִּׁכֵּן בְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית לֹא זָז מִשָּׁם לָעוֹלָם שֶׁבָּזֶה נִתְפַּייְּסוּ מַיִם הַתַּחְתּוֹנִים. וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ הָכָא אַל תֹּאמַר אֵין כָּאן מַסֵּכָה צָרָה מִפְּנֵי דְּאוֹר הַשְּׁכִינָה נִסְתַּלֵּק מִשָּׁם קֹודֶם שֶׁתָּבֹא הַמַּסֵּכָה לָזֶה אָמַר הַכָּתוּב בּוֹ 'כֹּנֵס כַּנֵּד מֵי הַיָּם' שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ בְּאוֹתוֹ זְמַן פִּייֵּס אֶת מַיִם הַתַּחְתּוֹנִים בְּהַשְׁרָאַת חֵלֶק אוֹר הַשְּׁכִינָה שֶׁהִשְׁרָה שָׁם שֶׁלֹּא יָזוּז מִשָּׁם לְעוֹלָם תֵּעָשֶׂה לוֹ מַסֵּכָה צָרָה כִּי מֵחֲמַת כְּנִיסַת הַמַּיִם מֻוכְרָח דְּאוֹר הַשְּׁכִינָה לֹא יָזוּז מִשָּׁם לְעוֹלָם וְנִמְצָא הָיְתָה הַמַּסֵּכָה צָרָה.
« Celui dont il est écrit 'Il ramasse comme une digue les eaux de la mer', une idole Lui deviendrait-elle une rivale ? » Le Rif, de mémoire bénie, a demandé : pourquoi mentionner cette louange-là, et ne pas dire « le Créateur du ciel et de la terre » ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel : il dit « Il ramasse comme une digue les eaux de la mer » pour faire savoir par là que la Chekhina ne s'était pas retirée de ce lieu au moment où l'idole y vint, mais que la résidence de la Chekhina y demeurait — de sorte que l'on fit bien de l'idole une rivale. Voici l'affaire : lorsque le Saint béni soit-Il sépara, au deuxième jour de la Création, les eaux d'avec les eaux, et décréta sur les eaux inférieures qu'elles descendent et se rassemblent dans la mer — ce dont parle le verset (Psaumes 33, 7) « Il ramasse comme une digue les eaux de la mer » — les eaux inférieures se plaignirent d'avoir été éloignées de la lumière de la Chekhina d'en haut. Le Saint béni soit-Il décréta alors qu'une part de la lumière de la Chekhina résiderait en bas, sur le mont Moria, à l'emplacement du Temple, et par là les eaux inférieures se trouveraient proches. C'est pourquoi, quand notre père Abraham, la paix sur lui, vint offrir Its'hak, il vit « le lieu de loin » (Genèse 22, 4), car la lumière de la Chekhina qui résidait là se révéla à ses yeux et il sut que ce lieu était consacré pour y offrir. De même Moché notre maître, la paix sur lui, avant l'entrée des enfants d'Israël, appela [ce lieu] « cette bonne montagne et le Liban » (Deutéronome 3, 25), car en vérité une part de la lumière de la Chekhina y résidait depuis les six jours de la Création, pour apaiser les eaux inférieures. Et de fait, après que le roi Salomon, la paix sur lui, eut bâti le Temple, une résidence de la Chekhina d'un degré bien plus grand s'y manifesta ; c'est de ce surcroît de révélation que nos Maîtres de mémoire bénie ont dit (Roch Hachana 31a) « la Chekhina se retira du Hekhal et du Saint des saints ». Mais cette part qui résidait depuis les six jours de la Création ne bougea jamais de là, et par elle les eaux inférieures furent apaisées. Voilà ce qu'on dit ici : ne dis pas qu'il n'y a pas d'idole rivale parce que la lumière de la Chekhina se serait retirée avant la venue de l'idole ; c'est pourquoi l'Écriture dit à son sujet « Il ramasse comme une digue les eaux de la mer » — car par là, en ce temps-là, Il apaisa les eaux inférieures en y faisant résider une part de la lumière de la Chekhina qui ne bougera jamais de là. [Donc] « une idole Lui devint une rivale », puisque du fait du rassemblement des eaux il est nécessaire que la lumière de la Chekhina ne bouge jamais de là — et il se trouve que l'idole fut bien une rivale.
💡 Explication

Même lecture homilétique pour la seconde moitié du verset : masekha (couverture) est lu « idole coulée », et tsara (étroite) « rivale ». Rabbi Yonatan pleure devant l'affront : Celui qui maîtrise les eaux de la mer se voit opposé une idole comme une co-épouse jalouse dans Sa propre demeure.

6
גִּלּוּי עֲרָיוֹת, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ יַעַן כִּי גָבְהוּ בְּנוֹת צִיּוֹן וַתֵּלַכְנָה נְטוּיוֹת גָּרוֹן וּמְשַׂקְּרוֹת עֵינָיִם הָלוֹךְ וְטָפֹוף תֵּלַכְנָה וּבְרַגְלֵיהֶן תְּעַכַּסְנָה״. ״יַעַן כִּי גָבְהוּ בְּנוֹת צִיּוֹן״ — שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת אֲרֻוכָּה בְּצַד קְצָרָה. ״וַתֵּלַכְנָה נְטוּיוֹת גָּרוֹן״ — שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת בְּקוֹמָה זְקוּפָה. ״וּמְשַׂקְּרוֹת עֵינַיִם״ — דַּהֲווֹ מָלְיָין כֻּוחְלָא עֵינֵיהֶן. ״הָלוֹךְ וְטָפוּף תֵּלַכְנָה״ — שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת עָקֵב בְּצַד גּוּדָל. ״וּבְרַגְלֵיהֶן תְּעַכֵּסְנָה״ — אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שֶׁהָיוּ מְבִיאוֹת מֹור וַאֲפַרְסְמוֹן וּמַנִּיחוֹת בְּמִנְעֲלֵיהֶן, וּכְשֶׁמַּגִּיעוֹת אֵצֶל בַּחוּרֵי יִשְׂרָאֵל בּוֹעֲטוֹת וּמַתִּיזוֹת עֲלֵיהֶן, וּמַכְנִיסִין בָּהֶן יֵצֶר הָרָע כְּאֶרֶס בְּכָעוּס.

La débauche (guiloui arayot), comme il est écrit : « L'Éternel dit : Parce que les filles de Sion sont hautaines, qu'elles marchent le cou tendu et les yeux provocants, qu'elles vont à petits pas et font sonner [des grelots] à leurs pieds » (Isaie 3, 16). « Parce que les filles de Sion sont hautaines » — elles marchaient une [femme] grande à côté d'une petite [pour se faire remarquer].

« Elles marchent le cou tendu » — elles marchaient la taille dressée. « Les yeux provocants (mechakrot) » — elles se fardaient les yeux de kohl [bleu].

« Elles vont à petits pas (halokh ve-tafof) » — elles marchaient talon contre orteil. « Et de leurs pieds elles font sonner (te'akasna) » — Rabbi Yitshak dit : elles apportaient de la myrrhe et du baume (mor ve-afarsemon) et les plaçaient dans leurs souliers ; parvenues auprès des jeunes gens d'Israël, elles [tapaient du pied et] en faisaient jaillir [le parfum] sur eux, insufflant en eux le mauvais penchant (yetser hara) comme le venin (ères) d'une vipère en colère.

📜 Rachi (1)
וַעֲלֵיהֶם אַמִּקְדָּשׁ רִאשׁוֹן קָאֵי:
Et à leur sujet (ve-aleihem) — cela se rapporte au premier Temple.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יְשַׁעְיָהוּ ג, טז) "וַתֵּלַכְנָה נְטוּיוֹת גָּרוֹן", שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת בְּקוֹמָה זְקוּפָה. קָשֶׁה וַהֲלֹא הַכָּתוּב אוֹמֵר 'נְטוּיוֹת גָּרוֹן' אִם כֵּן אֵין כָּאן 'קוֹמָה זְקוּפָה'? וְנִרְאֶה לִי כִּי מֵחֲמַת שֶׁהָיוּ מְהַלְּכִים תָּמִיד בְּקוֹמָה זְקוּפָה לָכֵן בְּאֶמְצַע הִילּוּכָם הוֹלְכִים קְצָת נְטוּיוֹת גָּרוֹן מֵרֹוב הַטֹּורַח שֶׁהָיָה נַעֲשֶׂה עַל צַוָּארָם בַּהֲלִיכָתָם בְּקוֹמָה זְקוּפָה דְּאִם לֹא כֵן לָמָּה יֵלְכוּ נְטוּיוֹת גָּרוֹן, וְכִי שְׁפָלִים הֵם כְּדֵי שֶׁיָּכוֹפּוּ כְּאַגְמוֹן רֹאשָׁם? וּמַה שֶׁאָמְרוּ 'שֶׁהָיוּ מְהַלְּכוֹת אֲרֻכָּה בְּצַד קְצָרָה' מַפִּיק לָהּ מִן (יְשַׁעְיָהוּ ג, טז) 'גָּבְהוֹ' דְּמַשְׁמַע שֶׁהֵם הָיוּ עוֹשִׂין הַגֹּובַהּ לְעַצְמָן.
« 'Elles marchent le cou tendu', c'est qu'elles marchaient la taille dressée. » Difficulté : le verset dit pourtant « le cou tendu (nefouye garon) » — il n'y a donc pas là de « taille dressée » ? Il me semble que, précisément parce qu'elles marchaient toujours la taille droite, au milieu de leur marche elles inclinaient un peu le cou, sous l'effet de la grande fatigue qui s'exerçait sur leur cou du fait de marcher la taille dressée. Car sinon, pourquoi marcheraient-elles le cou incliné ? Sont-elles donc humbles, pour courber la tête comme un jonc ? Et ce qu'on a dit — « elles marchaient une grande à côté d'une petite » — se déduit du mot « gavhu » (elles se sont haussées), qui indique qu'elles se donnaient à elles-mêmes de la hauteur.
💡 Explication

La débauche est lue à travers le portrait des filles de Sion d'Isaie 3, 16, décrypté mot à mot : démarche arrogante, fards, petits pas aguicheurs, et surtout le stratagème du parfum dans les souliers, projeté sur les jeunes gens pour éveiller en eux le yetser hara « comme le venin d'une vipère ». Le vice n'est pas seulement individuel : il est mis en scène publiquement.

7
שְׁפִיכוּת דָּמִים, דִּכְתִיב: ״וְגַם דָּם נָקִי שָׁפַךְ מְנַשֶּׁה [הַרְבֵּה מְאֹד] עַד אֲשֶׁר מִלֵּא אֶת יְרוּשָׁלִַם פֶּה לָפֶה״.

Le meurtre (chefikhout damim), comme il est écrit : « Et Menache répandit aussi du sang innocent en très grande quantité, jusqu'à en remplir Jérusalem d'un bout à l'autre » (II Rois 21, 16).

8
אֲבָל מִקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁהָיוּ עוֹסְקִין בְּתוֹרָה וּבְמִצְוֹת וּגְמִילוּת חֲסָדִים, מִפְּנֵי מֶה חָרַב? מִפְּנֵי שֶׁהָיְתָה בּוֹ שִׂנְאַת חִנָּם. לְלַמֶּדְךָ שֶׁשְּׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת: עֲבוֹדָה זָרָה, גִּלּוּי עֲרָיוֹת, וּשְׁפִיכוּת דָּמִים.

Mais le second Temple, où l'on s'adonnait à la Torah, aux mitsvot et aux actes de bonté (guemilout hassadim) — pourquoi fut-il détruit ? À cause de la haine gratuite (sinat hinam) qui s'y trouvait.

Cela t'enseigne que la haine gratuite pèse autant que les trois transgressions [réunies] : l'idolâtrie, la débauche et le meurtre.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ : הֵי מִנַּיְהוּ חֲמִירָא? שְׁפִיכוּת דָּמִים הוּא דְּזִילָא , וּדְכֵלִים כִּדְקַיְמָא. קָשֶׁה מַאי נָפְקָא לָן מִזֶּה מַה דַּהֲוָה הֲוָה? וּכְהַאי גַּוְנָא פָּרֵיךְ לְעֵיל (דַּף ה:) 'כֵּיצַד הִלְבִּישָׁן' מַאי דַהֲוָה הֲוָה! וּמְשַׁנֵּי לְמִסְבַּר קְרָאֵי. וְכָאן לֹא שַׁיָּיךְ תֵּירוּץ זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לְעֵיל (דַּף ט:) מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן חָרֵב בִּשְׁבִיל עֲבוֹדָה זָרָה גִּלּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים אֲבָל מִקְדָּשׁ שֵׁנִי חָרֵב בִּשְׁבִיל 'שִׂנְאַת חִנָּם' לְלַמֶּדְךָ, שֶׁשְּׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת: עֲבוֹדָה זָרָה וְגִלּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. וְהִנֵּה זֶה הַלִּימּוּד תָּלוּי בְּהַאי בַּעְיָא דְּאִם תֹּאמַר שְׁפִיכוּת דָּמִים הֲווָת זִילָא בַּמִּקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁהָיְתָה כְּמוֹ מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן דִּכְתִיב בֵּיהּ (מְלָכִים ב' כא, טז) 'וְגַם דָּם נָקִי שָׁפַךְ מְנַשֶּׁה' אִם כֵּן לֵיכָּא לְמֵימַר שֶׁחָרַב בִּשְׁבִיל שִׂנְאַת חִנָּם אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּחֶרֶב בִּשְׁבִיל שְׁפִיכוּת דָּמִים וּמִמֵּילָא לֵיכָּא לִלְמֹוד דִּשְׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד ג' עֲבֵירוֹת, וְאִי אָמְרִינַן שְׁפִיכוּת דָּמִים לָא זִילָא בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי אִם כֵּן לֹא נֶחֱרַב אֶלָּא בִּשְׁבִיל שִׂנְאַת חִנָּם וּמִמֵּילָא אַתָּה לָמֵד דַּחֲמִירָא שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד ג' עֲבֵירוֹת. מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲשֶׁרֶת [כו.] קָשֶׁה מַה בְּכָךְ וְכִי צָרָה עֵינֵיהֶם ח"ו בְּכֹהֲנִים שֶׁיִּהְיוּ עֲשִׁירִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִצְוַת הַהַקְטָרָה הִיא יְקָרָה וּגְדוֹלָה מִכָּל מִצְוֹת שֶׁל עֲבוֹדָה מִפְּנֵי שֶׁהִיא בִּפְנִים בַּהֵיכָל וְעוֹד תִּיקּוּן שֶׁלָּהּ גְּדוֹלָה גָּדוֹל כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ וְאִם יִתְעַשְּׁרוּ בָּהּ אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשׂוּ מִצְוָה יְקָרָה זוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. אוֹ יוּבַן אִם יִתְעַשְּׁרוּ אָז אוֹתָם הַמִּתְעַשְּׂרִים לֹא יָבֹאוּ לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה, וּכְהַאי גַּווְנָא מָצִינוּ דְּאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה הִתְפַּלְּלוּ עַל כּוֹתְבֵי סת"ם [סְפָרִים, תְּפִילִּין, מְזוּזוֹת] שֶׁלֹּא יִתְעַשְּׁרוּ כְּדֵי שֶׁיִּכְתְּבוּ. וּמַה שֶׁאָמְרוּ הָא שְׁכִיחָא וְהָא לָא שְׁכִיחָא , נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ לְדַקְדֵּק זֶה מִן הַכָּתוּב דִּכְתִיב (דְּבָרִים לג, יא) 'בָּרֵךְ ה' חֵילוֹ וּפֹעַל יָדָיו תִּרְצֶה' וְקָשֶׁה כֵּיוָן דִּיבָרֵךְ חֵילוֹ בְּוַדַּאי פֹּעַל יָדָיו יִרְצֶה וּלְמַאי הֻוצְרַךְ לוֹמַר 'וּפָעַל יָדָיו תִּרְצֶה' אֶלָּא וַדַּאי 'בֵּרֵךְ ה' חֵילוֹ' קָאֵי עַל יָשִׂימוּ קְטוּרָה דְּלָא שְׁכִיחָה וְגַם שֶׁהִיא עֲבוֹדָה בִּפְנִים, 'וּפָעַל יָדָיו תִּרְצֶה' קָאֵי עַל וְכָלִיל עַל מִזְבַּחֲךָ שֶׁהִיא עֲבוֹדַת הַקְרָבַת קָרְבָּנוֹת.
« Il fut demandé : laquelle des deux est la plus grave ? Le meurtre, [dira-t-on,] était avilissant, et [le second Temple était] comme [le premier]... » Difficulté : quelle importance pratique en tirons-nous, « ce qui fut, fut » (mai de-hava hava) ? La Guemara objecte de même plus haut (5b) à propos de « comment les a-t-il revêtus » — « ce qui fut, fut ! » — et répond : « pour donner sens aux versets » (le-misbar krai) ; or ici cette réponse ne convient pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel : on a dit plus haut que le premier Temple fut détruit à cause de l'idolâtrie, de la débauche et du meurtre, mais que le second le fut à cause de la « haine gratuite », pour t'enseigner que la sinat hinam pèse autant que les trois transgressions. Or cet enseignement dépend de cette question même : si tu dis que le meurtre était présent (« avilissant ») au second Temple comme au premier — dont il est écrit (II Rois 21, 16) « et Menache répandit du sang innocent » — alors on ne peut plus dire qu'il fut détruit à cause de la sinat hinam, mais bien à cause du meurtre, et l'on ne peut plus apprendre que la sinat hinam égale les trois transgressions. En revanche, si l'on dit que le meurtre n'était pas présent au second Temple, alors il ne fut détruit qu'à cause de la sinat hinam, et tu apprends bien que la haine gratuite égale à elle seule les trois transgressions. — « Parce que [le service de l'encens] enrichit » [Yoma 26a] : difficulté, qu'importe ? Aurait-on, a Dieu ne plaise, un mauvais œil sur les cohanim au point de ne pas vouloir qu'ils s'enrichissent ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la mitsva de faire fumer l'encens (ketoret) est plus précieuse et plus grande que toutes les [autres] mitsvot du service, parce qu'elle s'accomplit à l'intérieur, dans le Hekhal, et que sa vertu (tikoun) est immense, comme il est mentionné dans le saint Zohar. Or s'ils s'enrichissaient par elle, il serait possible qu'ils accomplissent cette mitsva précieuse non pour elle-même (chelo lichma). Ou bien on peut le comprendre ainsi : s'ils s'enrichissaient, ceux qui se seraient enrichis ne viendraient plus au service ; de même trouvons-nous que les Hommes de la Grande Assemblée prièrent au sujet des scribes de sifrei Torah, téfilines et mezouzot (STaM) pour qu'ils ne s'enrichissent pas, afin qu'ils continuent d'écrire. Et ce qu'on a dit — « celle-ci est fréquente, celle-là n'est pas fréquente » — il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on le déduit du verset (Deutéronome 33, 11) « Bénis, Éternel, sa force, et agrée l'œuvre de ses mains ». Difficulté : des lors qu'Il bénit sa force, assurément l'œuvre de ses mains sera agréée ; pourquoi ajouter « et agrée l'œuvre de ses mains » ? En vérité, « Bénis, Éternel, sa force » se rapporte à « ils placeront l'encens » (l'offrande intérieure, non fréquente), et « agrée l'œuvre de ses mains » se rapporte à « et l'holocauste sur Ton autel » (le service, fréquent, de l'offrande des sacrifices).
💡 Explication

Le retournement décisif du daf. Les hommes du second Temple étaient vertueux — Torah, mitsvot, bonté. Pourtant il fut détruit, à cause de la seule sinat hinam. D'où l'enseignement fondateur : la haine gratuite équivaut aux trois fautes cardinales réunies. C'est une échelle de gravité qui place une faute « sociale », souvent minimisée, au niveau des interdits pour lesquels on doit mourir plutôt que transgresser.

9
רְשָׁעִים הָיוּ, אֶלָּא שֶׁתָּלוּ בִּטְחוֹנָם בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. אֲתַאן לְמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, דִּכְתִיב: ״רָאשֶׁיהָ בְּשֹׁוחַד יִשְׁפֹּוטוּ וְכֹהֲנֶיהָ בִּמְחִיר יוֹרוּ וּנְבִיאֶיהָ בְּכֶסֶף יִקְסֹומוּ וְעַל ה׳ יִשָּׁעֵנוּ לֵאמֹר הֲלֹא ה׳ בְּקִרְבֵּנוּ לֹא תָבוֹא עָלֵינוּ רָעָה״. לְפִיכָךְ הֵבִיא עֲלֵיהֶן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׁלֹשׁ גְּזֵרוֹת כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת שֶׁבְּיָדָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן בִּגְלַלְכֶם צִיּוֹן שָׂדֶה תֵחָרֵשׁ וִירוּשָׁלִַים עִיִּין תִּהְיֶה וְהַר הַבַּיִת לְבָמוֹת יָעַר״.

Ils étaient méchants, mais ils plaçaient leur confiance dans le Saint béni soit-Il. — Nous en venons [ici] au premier Temple, dont il est écrit : « Ses chefs jugent pour des pots-de-vin, ses cohanim enseignent contre salaire, ses prophètes devinent pour de l'argent ; et [pourtant] ils s'appuient sur l'Éternel en disant : L'Éternel n'est-il pas au milieu de nous ? Le malheur ne nous atteindra pas » (Michee 3, 11).

C'est pourquoi le Saint béni soit-Il fit venir sur eux trois décrets (guezerot), correspondant aux trois transgressions qu'ils avaient en main, comme il est dit : « C'est pourquoi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ, Jérusalem deviendra des ruines, et la montagne du Temple des hauteurs boisées » (Michee 3, 12).

📜 Rachi (2)
רָאשֶׁיהָ בְּשֹׁוחַד יִשְׁפּוּטוּ סֵיפָה דִּקְרָא וְעַל ה' יִשָּׁעֵנוּ לֵאמֹר הֲלֹא ה' בְּקִרְבֵּנוּ וְגוֹ':
Ses chefs jugent pour des pots-de-vin — la fin du verset [est] « et [pourtant] ils s'appuient sur l'Éternel en disant : l'Éternel n'est-il pas au milieu de nous, etc. » [c'est ce reste de foi qui leur valut clémence].
וְשָׁלֹשׁ גְּזֵירוֹת שָׂדֶה עַייֵּן וּבְמוֹת יָעַר וְעַיֵּין חֻורְבָּא בְּמַטְאֲטֵא הַשְׁמֵד (יְשַׁעְיָהוּ ד) כְּמוֹ וְיָעָה בָרָד מַחְסֵה כָזָב (שָׁם כח):
Et trois décrets — « champ (sadeh) », « ruines (iyin) » et « hauteurs boisées (bamot ya'ar) ». Et « iyin » [signifie] destruction (hurba), comme dans « Je [la] balaierai du balai de la destruction » (Isaie 14, 23), [le verbe étant] comme « et la grêle balaiera (ve-ya'a) l'abri du mensonge » (Isaie 28, 17).
🪔 Ben Yehoyada (1)
רְשָׁעִים הֵם, אֶלָּא שֶׁתָּלוּ בִּטְחוֹנָם בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. כְּלוֹמַר מַה שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה בָּהֶם כְּלָיָה אֶלָּא שָׁפַךְ חַמָּתוֹ עַל עֵצִים וַאֲבָנִים מִפְּנֵי שֶׁתָּלוּ בִּטְחוֹנָם בְּהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא דְּאַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ עוֹבְדִים עֲבוֹדָה זָרָה לֹא הָיְתָה עֲבוֹדָתָם בְּלֵב שָׁלֵם אֶלָּא הָיָה נוֹטֶה לִבָּם לַשָּׁמַיִם. וְנִרְאֶה לִי שְׁלֹשָׁה גְּזֵרוֹת ש דֶּה ו ע יַיִן ו ב מוֹת יַעַר רָאשֵׁי תֵּיבוֹת עֵשֶׂב , וּבְנֵי אָדָם נִמְשְׁלוּ לְעִשְׂבֵי הַשָּׂדֶה וְאַף עַל פִּי שֶׁקִּילְקְלוּ שֶׁדִּינָם רָאוּי לִהְיוֹת לָהֶם כְּלָיָה וּכְרִיתָה כִּכְרִיתָה שֶׁל עֵשֶׂב, עָשָׂה עִמָּהֶם רַחֲמָנוּת שֶׁנִּתְקַיְּימוּ בָּהֶם ג' גְּזֵירוֹת אֵלּוּ בִּמְקוֹם כְּלָיָה וּכְרִיתָה.
« Ils étaient méchants, mais ils plaçaient leur confiance dans le Saint béni soit-Il. » C'est-à-dire : si l'on ne fit pas d'eux une extermination [totale], mais qu'Il déversa Sa colère sur le bois et les pierres, c'est parce qu'ils plaçaient leur confiance dans le Saint béni soit-Il — car bien qu'ils servissent l'idolâtrie, leur culte n'était pas d'un cœur entier, mais leur cœur penchait [encore] vers le Ciel. Et il me semble : les trois décrets — Sadeh (champ), Iyin (ruines), Bamot [ya'ar] (hauteurs) — ont pour initiales (rachei tevot) ÉSeV (herbe) ; or les hommes sont comparés à l'herbe des champs. Bien qu'ils se fussent corrompus, au point que leur sentence méritait d'être une extermination et un retranchement — comme on retranche l'herbe — Il usa envers eux de miséricorde, en accomplissant sur eux ces trois décrets à la place de l'extermination et du retranchement.
💡 Explication

Malgré leurs fautes, les gens du premier Temple gardaient une confiance en Dieu — leur cœur penchait encore vers le Ciel. Aussi ne furent-ils pas exterminés : Dieu déversa Sa colère « sur le bois et les pierres », par trois décrets (champ labouré, ruines, hauteurs boisées) répondant terme à terme aux trois fautes.

10
וּבְמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן לָא הֲוָה בֵּיהּ שִׂנְאַת חִנָּם? וְהָכְתִיב: ״מְגוּרֵי אֶל חֶרֶב הָיוּ אֶת עַמִּי לָכֵן סְפֹוק אֶל יָרֵךְ״, וְאָמַר רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר): אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין זֶה עִם זֶה וְדוֹקְרִין זֶה אֶת זֶה בַּחֲרָבוֹת שֶׁבִּלְשׁוֹנָם.

Et au premier Temple n'y avait-il donc pas de haine gratuite ? Mais il est écrit : « Ils seront livrés à l'épée avec mon peuple ; c'est pourquoi frappe sur [ta] cuisse » (Ezechiel 21, 17), et Rabbi Eliezer a dit : ce sont des gens qui mangent et boivent l'un avec l'autre et se transpercent l'un l'autre des épées de leur langue (charavot she-bilchonam).

💡 Explication

Objection : la sinat hinam existait aussi au premier Temple. Rabbi Eliezer décrit des convives qui partagent la table et se poignardent des épées de leur langue — image saisissante de l'hypocrisie sociale. Si oui, pourquoi distinguer les deux Temples ? La réponse suit.

11
הַהִיא בִּנְשִׂיאֵי יִשְׂרָאֵל הֲוַאי, דִּכְתִיב: ״זְעַק וְהֵילֵל בֶּן אָדָם כִּי הִיא הָיְתָה בְעַמִּי״, וְתַנְיָא: ״זְעַק וְהֵילֵל בֶּן אָדָם״, יָכוֹל לַכֹּל? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הִיא בְּכָל נְשִׂיאֵי יִשְׂרָאֵל״.

Cela [ne] se trouvait [que] parmi les princes d'Israël, comme il est écrit : « Crie et gémis, fils de l'homme, car cela advint à mon peuple » ; et il est enseigné (tania) : « Crie et gémis, fils de l'homme » — pourrait-on croire [que ce mal fût] chez tous ? L'enseignement dit (talmoud lomar) : « cela [fut] chez tous les princes d'Israël » (Ezechiel 21, 17).

💡 Explication

Réponse : au premier Temple, la haine gratuite ne régnait que chez les chefs (nessiei Israël), non dans le peuple ; au second Temple, elle était généralisée. La distinction est préservée : la faute du second Temple était d'une tout autre ampleur.

12
רַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי אֶלְעָזָר דְּאָמְרִי תַּרְוַוייְהוּ: רִאשׁוֹנִים שֶׁנִּתְגַּלָּה עֲוֹנָם — נִתְגַּלָּה קִצָּם. אַחֲרוֹנִים שֶׁלֹּא נִתְגַּלָּה עֲוֹנָם — לֹא נִתְגַּלָּה קִצָּם.

Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar disaient tous deux : Les premiers (rishonim), dont la faute fut dévoilée, leur terme (kets) fut dévoilé [aussi] ; les derniers (aharonim), dont la faute ne fut pas dévoilée, leur terme ne fut pas dévoilé.

📜 Rachi (3)
שֶׁנִּתְגַּלָּה עֲוֹנָם לֹא הָיוּ מְכַסִּין פִּשְׁעֵיהֶם:
Dont la faute fut dévoilée — ils ne dissimulaient pas leurs péchés.
נִתְגַּלָּה קִצָּם לְפִי מְלֵאוֹת לְבָבֶל שִׁבְעִים שָׁנָה אֶפְקֹוד אֶתְכֶם (יִרְמְיָהוּ כ״ט:י׳):
Leur terme fut dévoilé — « Lorsque seront accomplis pour Babylone soixante-dix ans, Je vous visiterai » (Jérémie 29, 10).
אַחֲרוֹנִים לֹא נִתְגַּלָּה עֲוֹנָם בְּנֵי מִקְדָּשׁ שֵׁנִי רְשָׁעִים הָיוּ בַּסֵּתֶר:
Les derniers, leur faute ne fut pas dévoilée — les gens du second Temple étaient méchants en secret.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רִאשׁוֹנִים שֶׁנִּתְגַּלָּה עֲוֹנָם, נִתְגַּלָּה קִצָּם. אַחֲרוֹנִים שֶׁלֹּא נִתְגַּלָּה עֲוֹנָם, לֹא נִתְגַּלָּה קִצָּם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י וּמָהַרְשָׁ"א הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר נִתְקַצֵּר קִיצָּם וְנִתְאָרֵךְ קִיצָּם? וְעוֹד יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֲלֹא הַמַּאֲמָר עַצְמוֹ קָאָמַר 'שְׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת' וְאֵיךְ כָּאן שִׁבְעִים שָׁנָה וְכָאן יוֹתֵר מֵעֶשְׂרִים פְּעָמִים שִׁבְעִים וְלֹא נִגְאֲלוּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקַלּוּת הָעֹונֶשׁ תָּלוּי בִּתְשׁוּבָה וְעִיקַּר הַתְּשׁוּבָה תְּלוּיָה בַּחֲרָטָה וְלָכֵן בְּבַיִת רִאשׁוֹן שֶׁחָטְאוּ בְּשָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת חֲמוּרוֹת מְאֹד וַדַּאי אַחַר כָּךְ נִתְחָרְטוּ חֲרָטָה גְּמוּרָה וּשְׁלֵימָה וְהָוֵי תְּשׁוּבָה מְעַלְּיָיא לְהָקֵל הָעֹונֶשׁ מֵעֲלֵיהֶם וְהִסְפִּיק לָהֶם שִׁבְעִים שָׁנָה, וּמֵאַחַר דְּהַגָּלוּת הָיָה קָצָר שֶׁהוּא שִׁבְעִים לָכֵן נִתְגַּלָּה הַקֵּץ שֶׁאִם לֹא הָיָה מְגַלֵּהוּ הֵם הָיוּ חוֹשְׁבִים שֶׁהוּא אָרֹוךְ הַרְבֵּה שְׁנֵי אֲלָפִים אוֹ יוֹתֵר וְעַל יְדֵי כָּךְ הָיוּ מֵתִים מֵרֹוב דְּאָגָה וְצַעַר שֶׁהָיוּ מִתְייָאֲשִׁים הֵם וְזַרְעָם וְזֶרַע זַרְעָם אַךְ עַתָּה גִּילָּהוּ שֶׁהוּא שִׁבְעִים כָּל אֶחָד יְצַפֶּה לִרְאוֹת בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. אֲבָל אַחֲרוֹנִים בְּבַיִת שֵׁנִי שֶׁהָיָה עֲוֹנָם שִׂנְאַת חִנָּם שֶׁהוּא קַל בְּעֵינַי הָאָדָם אֵין אָדָם חוֹשְׁבוֹ לַעֲוֹן פְּלִילִי כְּדֵי שֶׁיִּתְחָרֵט עָלָיו הַרְבֵּה, וְכֵיוָן דְּהַחֲרָטָה חֲלוּשָׁה וְרַכָּה לְכָךְ נִתְאָרֵךְ הַגָּלוּת הַרְבֵּה לְצַעֲרָם! וּמֵאַחַר שֶׁנִּתְאָרֵךְ אִם הָיָה מַזְכִּיר מִקֹּודֶם כַּמָּה הוּא הָיוּ מֵתִים מֵרֹוב דַּאֲגוֹת וְצַעַר בִּרְאוֹתָם אֹורֶךְ הַגָּלוּת הָמֵר! נִמְצָא קַלּוּת הֶעָוֹן גָּרַם הִתְעַלְּמוּת הַקֵּץ וְחֹומֶר הֶעָוֹן גָּרַם הִתְגַּלּוּת הַקֵּץ.
« Les premiers, dont la faute fut dévoilée, leur terme fut dévoilé ; les derniers, dont la faute ne fut pas dévoilée, leur terme ne fut pas dévoilé. » On peut objecter, selon l'explication de Rachi et du Maharcha : il aurait fallu dire « leur terme fut raccourci » et « leur terme fut allongé » [plutôt que « révélé » et « non révélé »] ? De plus, l'énoncé lui-même dit « la sinat hinam pèse autant que les trois transgressions » — et comment se fait-il qu'ici [ce soit] soixante-dix ans, et là plus de vingt fois soixante-dix ans sans qu'ils soient délivrés ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la légèreté du châtiment dépend de la techouva, et que l'essentiel de la techouva dépend du regret (harata). Aussi, au premier Temple, où l'on avait péché par trois transgressions très graves, assurément se repentit-on ensuite d'un regret complet et entier — techouva parfaite pour alléger le châtiment — de sorte que soixante-dix ans suffirent. Et puisque l'exil était court (soixante-dix ans), le terme fut révélé ; car s'Il ne l'avait pas révélé, ils auraient cru qu'il serait très long — deux mille ans ou davantage — et en seraient morts de trop d'inquiétude et de peine, se désespérant, eux, leur descendance et la descendance de leur descendance. Mais maintenant qu'Il l'a révélé — soixante-dix ans — chacun attendait de voir la reconstruction du Temple. Les derniers, en revanche, au second Temple, dont la faute était la sinat hinam — légère aux yeux de l'homme, que nul ne tient pour une iniquité criminelle au point de s'en repentir beaucoup — et comme le regret [en] est faible et ténu, l'exil s'allongea beaucoup, pour les affliger ! Et puisqu'il s'allongeait, s'Il avait mentionné d'avance sa durée, ils en seraient morts de trop d'inquiétude et de peine en voyant la longueur du amer exil. Il se trouve donc que la légèreté de la faute causa l'occultation du terme, et la gravité de la faute causa la révélation du terme.
💡 Explication

Un principe de mesure pour mesure : les gens du premier Temple ne cachaient pas leurs fautes, aussi le terme de leur exil fut-il annonce (soixante-dix ans, Jérémie 29, 10). Ceux du second Temple péchaient en secret (sinat hinam dissimulée), aussi le terme de leur exil demeure-t-il caché à ce jour.

13
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: טוֹבָה צִפָּורְנָן שֶׁל רִאשׁוֹנִים, מִכְּרֵיסוֹ שֶׁל אַחֲרוֹנִים. אֲמַר לֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ: אַדְּרַבָּה אַחֲרוֹנִים עֲדִיפֵי, אַף עַל גַּב דְּאִיכָּא שִׁעְבּוּד מַלְכִיּוֹת — קָא עִסְקֵי בַּתּוֹרָה. אֲמַר לֵיהּ: בִּירָה תּוֹכִיחַ, שֶׁחָזְרָה לָרִאשׁוֹנִים וְלֹא חָזְרָה לָאַחֲרוֹנִים.

Rabbi Yo'hanan dit : l'ongle des premiers vaut mieux que le ventre des derniers. Rech Lakich lui dit : au contraire, les derniers sont supérieurs — car bien qu'il y ait l'asservissement aux royaumes (chi'boud malkhouyot), ils s'adonnent à la Torah.

[Rabbi Yo'hanan] lui répondit : le Temple (bira) le prouvera — il est revenu aux premiers et n'est pas revenu aux derniers.

📜 Rachi (1)
בִּירָה תּוֹכִיחַ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ:
Bira le prouvera — [bira désigne] le Temple.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אֲמַר לֵיהּ: בְּאֵר תּוֹכִיחַ, שֶׁחָזְרָה לְמֹשֶׁה וְלֹא חָזְרָה לִיהוֹשֻׁעַ! כֵּן הַגִּירְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב וּמַקְשִׁים מַאי הוֹכָחָה זוֹ לְדִבְרֵי רֵישׁ לָקִישׁ שֶׁהוּא אַחֲרוֹנִים עֲדִיפֵי שֶׁיֵּשׁ לָהֶם שִׁעְבּוּד מַלְכֻיּוֹת וְעִם כָּל זֹאת עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה וַהֲלֹא בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ לָא הֲוָה טִירָדָה דְּשִׁעְבּוּד מַלְכֻיוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּהֲוָה לֵיהּ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ טִירָדָה יוֹתֵר שֶׁהִיא שֶׁל מִלְחֶמֶת ל"א מַלְכֵי כְּנַעַן וְעִם כָּל זֶה הָיוּ עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה בַּלַּיְלָה, וְכַאֲשֶׁר מָצִינוּ שֶׁבָּא הַמַּלְאָךְ לְהוֹכִיחָם בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ עַל שֶׁבִּיטְּלוּ לַיְלָה אַחַת מֵעֵסֶק הַתּוֹרָה וְטִרְדַּת הַמִּלְחָמָה קָשֶׁה יוֹתֵר וְעִם כָּל זֶה הָיוּ עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה. בְּרַם קָשֶׁה אַמַּאי נָקֵיט 'בְּאֵר' וְלֹא אָמַר עַנְנֵי כָּבוֹד שֶׁפָּסְקוּ בִּפְטִירַת אַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה וְחָזְרוּ בִּזְכוּת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה דְּהָא וַדַּאי הָיוּ צְרִיכִים בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ לְעַנְנֵי כָּבוֹד וּבִפְרָט בְּעֵת הַמִּלְחָמָה? וְנִרְאֶה לִי מִשּׁוּם דַּחֲזָרַת הַבְּאֵר הָיְתָה קֹודֶם לְהָכִי נַקְּטָהּ. אִי נָמֵי גַּבֵּי 'בְּאֵר' אִיכָּא רְבוּתָא טְפֵי דְּבֶאֱמֶת אוֹתוֹ הַסֶּלַע שֶׁהָיָה נוֹתֵן לָהֶם מַיִם נִכְנָס עִמָּהֶם לְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהֻונַּח בַּיָּם שֶׁל טְבֶרְיָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ ]רְאֵה שַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים בְּהַקְדָּמָה לז: בְּלֶכְתְּךָ דֶּרֶךְ יָם טְבֶרְיָה אֶל חַמֵּי טְבֶרְיָה, בְּאֶמְצַע הַדֶּרֶךְ מַמָּשׁ, בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ דְּקָלִים רַבִּים בִּשְׂפַת הַיָּם הַהוּא, מְכֻווָּן כְּנֶגֶד מִגְדָּל אֶחָד אֲשֶׁר בְּרֹאשׁ הָהָר, שָׁם הוּא בְּאֵרָהּ שֶׁל מִרְיָם [ וְעִם כָּל זֶה לֹא זָכוּ שֶׁיִּתֵּן לָהֶם מַיִם. אִי נָמֵי בַּבְּאֵר אִיכָּא רְבוּתָא טְפֵי כִּי הַבְּאֵר הָיָה בְּסוֹד הַמַּלְכוּת וְלָכֵן הָיָה בִּזְכוּת מִרְיָם שֶׁהִיא בְּסוֹד הַמַּלְכוּת וְחָזְרָה הַבְּאֵר לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהָיָה בִּבְחִינָה גְּבוֹהָה יוֹתֵר וְלֹא חָזְרָה לִיהוֹשֻׁעַ שֶׁהָיָה הוּא גַּם כֵּן בְּסוֹד הַמַּלְכוּת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (בָּבָא בָּתְרָא עה.) פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ כִּפְנֵי לְבָנָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ עַל מַה שֶּׁאָמְרוּ פִּינְחָס וְכָלֵב לְרֹחַב כַּאֲשֶׁר בַּקָּשָׁה מֵהֶם 'סִימָנָא דְּמֹשֶׁה רַבֵּנוּ' ע"ה.
« Il lui dit : le puits (be'er) le prouvera — il est revenu à Moché et n'est pas revenu à Josue ! » Telle est la version du Ein Yaakov, et l'on objecte : en quoi cela prouve-t-il les propos de Rech Lakich, [à savoir] que les derniers sont supérieurs parce qu'ils ont l'asservissement aux royaumes et s'adonnent tout de même à la Torah — alors qu'aux jours de Josue il n'y avait pas le trouble de l'asservissement aux royaumes ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'aux jours de Josue il y avait un trouble plus grand encore : celui de la guerre des trente et un rois de Canaan, et malgré cela ils s'adonnaient à la Torah la nuit — comme nous trouvons que l'ange vint les réprimander aux jours de Josue pour avoir négligé une nuit l'étude de la Torah ; et le trouble de la guerre est plus dur, et pourtant ils s'adonnaient à la Torah. Mais on peut objecter : pourquoi prendre « le puits » et ne pas parler des nuées de gloire, qui cessèrent à la mort d'Aaron le Cohen, la paix sur lui, et revinrent par le mérite de Moché notre maître, la paix sur lui — car assurément ils avaient besoin, aux jours de Josue, des nuées de gloire, en particulier au temps de la guerre ? Il me semble que c'est parce que le retour du puits fut antérieur qu'on le prend. Ou bien, à propos du « puits » il y a une singularité plus grande : en vérité ce rocher même qui leur donnait de l'eau entra avec eux en terre d'Israël et fut déposé dans la mer de Tibériade, comme l'ont dit nos Maîtres de mémoire bénie (cf. Chaar HaGuilgoulim, introduction 37 : en allant par la mer de Tibériade vers les eaux chaudes de Tibériade, au milieu même du chemin, là où il y a de nombreux palmiers au bord de cette mer, face à une tour au sommet de la montagne, là se trouve le puits de Miriam) — et malgré cela ils ne méritèrent pas qu'il leur donnât de l'eau. Ou bien, à propos du puits il y a une singularité plus grande, car le puits relevait du secret de la Malkhout, et venait donc par le mérite de Miriam qui relève du secret de la Malkhout ; et le puits revint à Moché notre maître, la paix sur lui, qui était d'un degré plus élevé, et ne revint pas à Josue, qui lui aussi relevait du secret de la Malkhout — comme l'ont dit nos Maîtres de mémoire bénie (Baba Batra 75a) « le visage de Josue était comme la face de la lune », et comme il est dit dans le saint Zohar au sujet de ce que Pinhas et Caleb dirent à Rahav, lorsqu'elle leur demanda « le signe de Moché notre maître », la paix sur lui.
אֲמַר לֵיהּ: בִּירָה תּוֹכִיחַ, שֶׁחָזְרָה לָרִאשׁוֹנִים וְלֹא חָזְרָה לָאַחֲרוֹנִים. הִקְשָׁה פֶּתַח עֵינַיִם וַהֲלֹא בְּרֵישׁ מַכֻלְתִּין רַבִּי יוֹחָנָן סָבַר מָקוֹם יֵשׁ בְּהַר הַבַּיִת שְׁמוֹ בִּירָה עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי רַבִּי יוֹחָנָן מוֹדֶה שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ נִקְרָא 'בִּירָה' דְּהָא מִקְרָא מְפֹורָשׁ הוּא 'הַבִּירָה אֲשֶׁר הֲכִינוֹתִי' (דִּבְרֵי הַיָּמִים א' כט, יט) וְרַק לְדִבְרֵי הַתַּנָּא לָא נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ בְּהָכִי דְּקָאֵי עַל זֶה, וְכָאן שֶׁהוּא מְדַבֵּר עִם רֵישׁ לָקִישׁ עַצְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ דִּבְרֵי הַתַּנָּא נָמֵי עַל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לְכָךְ גַּם הוּא קָרָא לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ בְּשֵׁם 'בִּירָה' כְּמוֹ שֶׁקְּרָאוֹ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה.
« Il lui dit : le Temple (bira) le prouvera — il est revenu aux premiers et n'est pas revenu aux derniers. » Le Petah Einayim a objecté : au début de notre traité, Rabbi Yo'hanan tient qu'il y a un endroit sur le mont du Temple dont le nom est « Bira » (vois-y). Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'assurément Rabbi Yo'hanan admet que le Temple s'appelle « bira » — car c'est un verset explicite, « la bira que j'ai préparée » (I Chroniques 29, 19) — seulement, pour les propos du Tana, il ne lui plaisait pas d'expliquer [le mot] ainsi, [comme se rapportant] à cela ; et ici, où il parle avec Rech Lakich lui-même, qui a expliqué les propos du Tana comme se rapportant au Temple, lui aussi appela le Temple du nom de « bira », comme l'appela le roi David, la paix sur lui.
טוֹבָה צִפָּרְנָן שֶׁל רִאשׁוֹנִים מִכַּרְסָן שֶׁל אַחֲרוֹנִים. נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט הַדִּמְיוֹן בְּצִפֹּורֶן וְכָרֵס כִּי הָאָדָם כְּשֶׁאוֹכֵל בְּיָדוֹ כָּל הַמַּאֲכָל יוֹרֵד לַכָּרֵס אַךְ יִשָּׁאֵר מְעַט תַּחַת הַצִּפֹּורֶן לָזֶה אָמַר 'טוֹבָה צִפָּרְנָן שֶׁל רִאשׁוֹנִים מִכַּרְסָן שֶׁל אַחֲרוֹנִים' רוֹצֶה לוֹמַר לֹא יָבֹא שִׁיעוּר חָכְמָה שֶׁל אַחֲרוֹנִים אֲפִילּוּ כְּשִׁיעוּר מְעַט הַמַּאֲכָל הַטָּמוּן תַּחַת הַצִּפֹּורֶן לְגַבֵּי מַאֲכָל שֶׁיֵּשׁ בְּכָרֵס.
« L'ongle des premiers vaut mieux que le ventre des derniers. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il prend la comparaison de l'ongle et du ventre parce que, lorsque l'homme mange de sa main, toute la nourriture descend au ventre, mais qu'il en reste un peu sous l'ongle ; c'est pourquoi il dit « l'ongle des premiers vaut mieux que le ventre des derniers » — voulant dire que la mesure de sagesse des derniers n'atteindra pas même la mesure du peu de nourriture logée sous l'ongle, comparée à la nourriture qui est dans le ventre.
💡 Explication

Débat célèbre. Pour Rabbi Yo'hanan, même le détail infime (« l'ongle ») des anciens surpasse le meilleur (« le ventre ») des modernes. Rech Lakich objecte : les derniers étudient la Torah malgré l'oppression des empires — mérite supérieur. Rabbi Yo'hanan tranche par une preuve historique : le Temple est revenu aux premiers (reconstruit après l'exil), non aux derniers.

14
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר: רִאשׁוֹנִים גְּדוֹלִים, אוֹ אַחֲרוֹנִים גְּדוֹלִים? אָמַר לָהֶם: תְּנוּ עֵינֵיכֶם בַּבִּירָה. אִיכָּא דְאָמְרִי, אָמַר לָהֶם: עֵידֵיכֶם בִּירָה,

On demanda à Rabbi Elazar : les premiers sont-ils [plus] grands, ou les derniers ? Il leur dit : posez vos yeux sur le Temple (bira).

Certains disent qu'il leur dit : votre témoin, [c'est] le Temple (eidkhem bira),

📜 Rachi (1)
עֵידֵיכֶם בִּירָה בִּנְיַן הַבַּיִת עֵד לָכֶם בְּדָבָר שֶׁלֹּא חָזַר לָנוּ וְחָזַר לָרִאשׁוֹנִים:
Votre témoin [c'est] le Temple — la construction du Temple vous est témoin en ceci qu'il ne nous est pas revenu et qu'il est revenu aux premiers.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׁאֲלוּ אֶת רַבִּי אֶלְעָזָר : רִאשׁוֹנִים גְּדוֹלִים , אוֹ אַחֲרוֹנִים?. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי נָפְקָא לְהוּ בִּשְׁאֵלָה זוֹ וְכִי הַמַּעֲמֵךְ יְשַׁלְּמֶנָּה? וְנִרְאֶה לִי שֶׁשָּׁאֲלוּ כָּךְ אַחַר שֶׁשָּׁמְעוּ הַמַּשָּׂא וּמַתָּן שֶׁהָיָה בֵּין רַבִּי יוֹחָנָן וּבֵין רֵישׁ לָקִישׁ בְּדָבָר זֶה וְרָצוּ לָדַעַת אִם עָמְדוּ דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן בִּמְקוֹמָם אוֹ שֶׁמָּא חָזַר רֵישׁ לָקִישׁ? וְהֵשִׁיב עַל דִּבְרֵי רַבִּי יוֹחָנָן וְכָל מְגַמָּתָם בָּזֶה לָדַעַת אִם נִשְׁאַר סַנְגּוּרְיָיא עַל הָאַחֲרוֹנִים כְּמוֹ שֶׁעָשָׂה רֵישׁ לָקִישׁ כְּדֵי שֶׁהָאָדָם יַזְכִּיר תָּמִיד בְּפִיו סַנְגּוֹרְיָיא זוֹ לְטוֹבַת הַדּוֹר.
« On demanda à Rabbi Elazar : les premiers sont-ils grands, ou les derniers ? » On peut objecter : quelle importance pratique y a-t-il dans cette question — vas-tu donc payer pour cela ? Il me semble qu'ils demandèrent ainsi après avoir entendu le débat qui eut lieu entre Rabbi Yo'hanan et Rech Lakich à ce sujet, et qu'ils voulaient savoir si les propos de Rabbi Yo'hanan tenaient toujours, ou si peut-être Rech Lakich s'était rétracté. Et il répondit conformément aux propos de Rabbi Yo'hanan. Tout leur but, en cela, était de savoir s'il restait un plaidoyer (senegoria) en faveur des derniers, comme l'avait fait Rech Lakich, afin que l'on mentionne toujours de sa bouche ce plaidoyer pour le bien de la génération.
💡 Explication

La même question est posée à Rabbi Elazar, qui donne la même réponse que Rabbi Yo'hanan : le Temple en est le juge. Selon une variante, il dit « votre témoin, c'est le Temple » — car sa reconstruction pour les premiers, et non pour les derniers, tranche la question.

15
רֵישׁ לָקִישׁ הֲוֵי סָחֵי בְּיַרְדְּנָא אֲתָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה יְהַב לֵיהּ יְדָא. אֲמַר לֵיהּ: אֱלָהָא! סָנֵינָא לְכוּ — דִּכְתִיב: ״אִם חוֹמָה הִיא נִבְנֶה עָלֶיהָ טִירַת כָּסֶף וְאִם דֶּלֶת הִיא נָצוּר עָלֶיהָ לוּחַ אָרֶז״. אִם עֲשִׂיתֶם עַצְמְכֶם כְּחוֹמָה וַעֲלִיתֶם כֻּולְּכֶם בִּימֵי עֶזְרָא — נִמְשַׁלְתֶּם כְּכֶסֶף שֶׁאֵין רָקָב שׁוֹלֵט בּוֹ, עַכְשָׁיו שֶׁעֲלִיתֶם כִּדְלָתוֹת — נִמְשַׁלְתֶּם כְּאֶרֶז שֶׁהָרָקָב שׁוֹלֵט בּוֹ.

Rech Lakich se baignait dans le Jourdain. Vint Rabba bar bar Hana, qui lui tendit la main.

Il lui dit : Mon Dieu ! Je vous hais (sanina lekhou) — car il est écrit : « Si elle est un mur, nous bâtirons sur elle une tourelle d'argent ; si elle est une porte, nous l'entourerons de planches de cèdre » (Cantique 8, 9).

Si vous vous étiez faits comme un mur et étiez tous montés au temps d'Ezra, vous auriez été comparés à l'argent, que la pourriture (rakav) n'atteint pas ; maintenant que vous êtes montés comme des portes [à moitié], vous êtes comparés au cèdre, que la pourriture atteint.

📜 Rachi (4)
סָנֵינָא לְכוּ לְכָל בְּנֵי בָּבֶל שֶׁלֹּא עָלוּ בִּימֵי עֶזְרָא וּמָנְעוּ שְׁכִינָה מִלָּבוֹא מִלָּשׁוּב לִשְׁרוֹת בְּבַיִת שֵׁנִי:
Je vous hais — [je hais] tous les Babyloniens qui ne montèrent pas au temps d'Ezra et empêchèrent la Chekhina de venir, de revenir résider dans le second Temple.
נִמְשַׁלְתֶּם כְּכֶסֶף שֶׁאֵינוֹ נִרְקָב כָּךְ לֹא הֱיִיתֶם חֲסֵרִים שְׁכִינָה:
Vous auriez été comparés à l'argent — qui ne pourrit pas ; ainsi vous n'auriez pas été privés de la Chekhina.
כִּדְלָתוֹת שַׁעַר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁנֵי דְּלָתוֹת פּוֹתֵחַ אֶחָד וַחֲבֵירוֹ סוֹגֵר כָּךְ עֲלִיתֶם לַחֲצָאִין:
Comme des portes — une porte à deux battants : l'un s'ouvre, l'autre se ferme ; ainsi êtes-vous montés à moitié.
שֶׁהָרָקָב שׁוֹלֵט בּוֹ מִקְצָתוֹ תּוֹלַעַת אוֹכַלְתּוֹ מִתּוֹכוֹ וּמִקְצָתוֹ קַייָּם כָּךְ קְצָת חֲזוֹן שְׁכִינָה הָיָה שָׁם וְכֻלּוֹ לֹא הָיָה:
Que la pourriture atteint — une partie [en est] mangée par le ver de l'intérieur, et une partie subsiste ; ainsi une part de la vision de la Chekhina fut là, mais non sa totalité.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲתָא רַבָּה בַּר בַּר חָנָה, יָהֵיב לֵיהּ יְדָא. דְּיָדוּעַ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר לָקִישׁ הָיָה לוֹ כֶּרֶס גְּדוֹלָה וְלָכֵן הֲוָה אָמַר כְּרֵיסִי כִּירֵי וְעַל כֵּן קָשֶׁה עָלָיו הָעֲלִיָּה מִן הַנָּהָר לַיַּבָּשָׁה וּלְכָךְ נִיגַּשׁ רַבָּה בַּר בַּר חָנָה וְיָהֵיב לֵיהּ יְדָא לְעָזְרוֹ בַּעֲלִייָּתוֹ. וּמַה שֶׁאָמַר לוֹ ' סָנֵינָא לְכוּ ' אֵינוֹ שִׂנְאָה מַמָּשׁ וְגַם אֵין כַּוָּנָתוֹ עַל עַצְמוֹ שֶׁל רַבָּה בַּר בַּר חָנָה דַּאֲבוֹתָם גָּרְמוּ וְהֵם מֶה עָשׂוּ אַךְ דִּיבֵּר כִּלְשׁוֹן בְּנֵי אָדָם שֶׁכֵּן דֶּרֶךְ בְּנֵי אָדָם עַל כְּלָלוּת הַמִּשְׁפָּחָה אוֹ עַל כְּלָלוּת אַנְשֵׁי הָעִיר עִם אָדָם אֶחָד פְּרָטִי שֶׁהוּא מֵהֶם אוֹ מִבְּנֵיהֶם, וְרוֹצֶה לוֹמַר אַתָּה מִבְּנֵי בָּבֶל שֶׁבָּאתָ לְכַבְּדֵנִי עַתָּה שֶׁאֲנִי מִבְּנֵי אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל לִכְבוֹד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הַלְוַאי שֶׁהֱיִיתֶם חוֹשְׁשִׁין לִכְבוֹד אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מִתְּחִילָּה בְּעֵת עֲלִיַּית עֶזְרָא.
« Vint Rabba bar bar Hana, qui lui tendit la main. » Il est connu que Rabbi Chimon ben Lakich avait un gros ventre — c'est pourquoi il disait « mon ventre [est comme] des kavim » — et de ce fait la remontée du fleuve vers la terre ferme lui était pénible ; aussi Rabba bar bar Hana s'approcha-t-il et lui tendit la main pour l'aider à remonter. Et ce qu'il lui dit — « je vous hais (sanina lekhou) » — n'est pas une haine réelle, et son intention ne vise pas Rabba bar bar Hana lui-même, car ce sont leurs pères qui furent la cause, et eux, qu'ont-ils fait ? Mais il parla à la manière des hommes, comme il est d'usage de parler de toute une famille, ou de tous les habitants d'une ville, en s'adressant à un individu particulier qui en est issu, ou de leurs descendants. Il veut dire : toi qui es des Babyloniens, tu es venu me faire honneur, à moi qui suis des gens de la terre d'Israël, pour l'honneur de la terre d'Israël — plût au Ciel que vous vous fussiez souciés de l'honneur de la terre d'Israël dès le début, au temps de la montée d'Ezra.
💡 Explication

Rech Lakich reproche aux Babyloniens de ne pas être tous montés en terre d'Israël au temps d'Ezra. La métaphore du Cantique : montée en mur (unis, tous) = argent, que la pourriture n'atteint pas (Chekhina pleine) ; montée en portes (partielle, à demi) = cèdre, que le ver ronge (Chekhina diminuée). Le manque d'aliyah collective a limité le retour de la Présence divine au second Temple.

🖼️ Schéma
« Si elle est un mur... si elle est une porte » (Cantique 8, 9) MUR (chôma) PORTE (delet) ouvert ferme Tous montent (unis) en Ezra = ARGENT (kesef) nulle pourriture — Chekhina pleine Montée à moitié = CÈDRE (erez) le ver le ronge — Chekhina diminuée Le reproche de Rech Lakich aux Babyloniens : ne pas être tous montés au temps d'Ezra.
Mur (argent, sans pourriture) contre porte à demi ouverte (cèdre rongé) : deux modes d'aliyah, deux degrés de Présence divine.
16
מַאי אֶרֶז? אָמַר עֻולָּא: סַסְמָגוֹר. מַאי סַסְמָגוֹר? אָמַר רַבִּי אַבָּא: בַּת קוֹל. כִּדְתַנְיָא: מִשֶּׁמֵּתוּ נְבִיאִים הָאַחֲרוֹנִים חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי נִסְתַּלְּקָה רוּחַ הַקֹּדֶשׁ מִיִּשְׂרָאֵל, וַעֲדַיִין הָיוּ מִשְׁתַּמְּשִׁין בְּבַת קוֹל.

Qu'est-ce que le « cèdre » [de la comparaison] ? Oula dit : le sasmagor.

Qu'est-ce que le sasmagor ? Rabbi Abba dit : la voix céleste (bat kol).

Comme il est enseigné : lorsque moururent les derniers prophètes — Aggée, Zacharie et Malachie — l'esprit saint (roua'h hakodech) se retira d'Israël ; et ils se servaient encore de la bat kol.

📜 Rachi (4)
מַאי אֶרֶז מַאי נִמְשַׁלְתֶּם לְאֶרֶז דְּקָאָמַר:
Qu'est-ce que « cèdre » — que signifie « vous êtes comparés au cèdre » qu'il a dit ?
אָמַר עֻולָּא סַסְמָגוֹר מְכַתְּתוֹ וּמְגָרְרוֹ מִבִּפְנִים סַסְמָגוֹר שֵׁם תּוֹלַעַת:
Oula dit : sasmagor — [un ver] qui le broie et le racle de l'intérieur ; sasmagor est le nom d'un ver.
מַאי סַסְמָגוֹר כְּלוֹמַר לָמָּה נִמְשְׁלוּ בְּבַיִת שֵׁנִי לְסַסְמָגוֹר לְעִנְיַן שְׁרִיַּית שְׁכִינָה:
Qu'est-ce que sasmagor — c'est-à-dire : pourquoi, au second Temple, furent-ils comparés au sasmagor quant à la résidence de la Chekhina ?
א"ר אַבָּא בַּת קוֹל נִשְׁתַּייֵּר לְהוּ כַּאֲשֶׁר נִשְׁאַר מִן הָאֶרֶז מִקְצָת מוּעָט:
Rabbi Abba dit : bat kol — il leur resta [la bat kol], comme il reste du cèdre une petite part.
💡 Explication

On précise l'image du cèdre rongé : le sasmagor est un ver qui le dévore de l'intérieur. Rabbi Abba l'applique à la bat kol — l'ultime forme de communication divine restée après la disparition de la prophétie. À la mort des derniers prophètes, le roua'h hakodech se retira ; seule subsista la voix céleste, tel le peu de cèdre épargné par le ver.

17
וְרֵישׁ לָקִישׁ, מִי מִשְׁתַּעֵי בַּהֲדֵי רַבָּה בַּר בַּר חָנָה? וּמֶה רַבִּי (אֱלִיעֶזֶר), דְּמָרָא דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל הֲוָה, וְלָא הֲוָה מִשְׁתַּעֵי רֵישׁ לָקִישׁ בַּהֲדֵיהּ, דְּמַאן דְּמִשְׁתַּעֵי רֵישׁ לָקִישׁ בַּהֲדֵיהּ בְּשׁוּקָא, יָהֲבוּ לֵיהּ עִיסְקָא בְּלָא סָהֲדֵי — בַּהֲדֵי רַבָּה בַּר בַּר חָנָה מִשְׁתַּעֵי?!

Or Rech Lakich parlait-il [donc] avec Rabba bar bar Hana ? Alors que Rabbi Elazar, qui était le maître de la terre d'Israël (mara de-ar'a de-Israël), Rech Lakich ne parlait même pas avec lui — [au point que] celui à qui Rech Lakich parlait sur la place publique (choka), on lui confiait une affaire (isska) sans témoins — parlerait-il avec Rabba bar bar Hana ?!

🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי אֶלְעָזָר דְּמָרָא דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל הֲוָה לָא הֲוָה מִשְׁתַּעֵי רשב"ל בַּהֲדֵיהּ פִּי' לֹא הָיָה מַתְחִיל לְדַבֵּר עִמּוֹ אֲבָל כשר"א הָיָה מַתְחִיל לְדַבֵּר עִם רֵישׁ לָקִישׁ הָיָה מֵשִׁיב לוֹ כִּדְאַשְׁכְּחַן בפ"ק דִּזְבָחִים (דַּף ה.) גַּבֵּי רָמֵי ר"ל עַל מְעוֹהִי וּמַקְשֵׁי אִם כְּשֵׁרִים הֵן לִירַצּוּ כו' שֶׁהֵשִׁיב לוֹ ר"א וְגַם הוּא חָזַר וְהֵשִׁיב לוֹ:
Rabbi Elazar, qui était le maître de la terre d'Israël — Rech Lakich ne parlait pas avec lui : cela signifie qu'il ne commençait pas à parler avec lui ; mais lorsque Rabbi Elazar commençait à parler avec Rech Lakich, celui-ci lui répondait — comme on le trouve au premier chapitre de Zevahim (5a), à propos de [l'enseignement où] Rech Lakich s'interrogeait, allongé sur le ventre, objectant « si elles sont valides, qu'elles soient agréées, etc. », où Rabbi Elazar lui répondit et [Rech Lakich] à son tour lui répondit.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמֶה רַבִּי אֶלְעָזָר, דְּמָרָא דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל הֲוָה, וְלָא הֲוָה מִשְׁתַּעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר לָקִישׁ בַּהֲדֵיהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא רַבִּי אֶלְעָזָר מֶלֶךְ אַחַר שֶׁנִּפְטַר רַבִּי יוֹחָנָן כִּדְאִיתָא בַּגְּמָרָא דִּמְצִיעָא [בָּבָא מְצִיעָא פד.] וּמְפֹורָשׁ שָׁם דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ נִפְטַר קֹודֶם רַבִּי יוֹחָנָן כִּי הוּא הֶעֱנִישׁוּ? וְנִרְאֶה לִי הָכִי קָאָמַר דְּרַבִּי אֶלְעָזָר שֶׁסּוֹפוֹ הָיָה מָרָא דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל שֶׁמָּלַךְ אַחַר רַבִּי יוֹחָנָן הִנֵּה בְּוַדַּאי בִּזְמַן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ הֲוָה גַּבְרָא רַבָּא דְּלָא אִשְׁתְּכַח כְּוָותֵיהּ וְעִם כָּל זֶה לָא הֲוָה מִשְׁתַּעֵי רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ בַּהֲדֵיהּ. וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר דִּבְרֵי שָׁאוּל לְהַגָּאוֹן מֵהָרֵי"שׁ [יוֹסֵף שָׁאוּל נָתַנְזוֹן] זַ"ל שֶׁבָּא לְיָדִי עַתָּה שֶׁתָּמַהּ דְּבִזְבָחִים דַּף ה' מָצִינוּ דְּמִשְׁתַּעֵי בַּהֲדֵי וּמְפַלְפֵּל עִמּוֹ! וְעוֹד גּוּף הַדָּבָר הַזֶּה תָּמוּהַּ אַטּוּ רַבִּי אֶלְעָזָר לֹא הָיָה רָאוּי שֶׁיִּתְּנוּ לוֹ עִסְקָא בְּלָא סָהֲדֵי?! וְעוֹד אַטּוּ זְעֵירִי הֲוָה חָשׁוּב יוֹתֵר מֵרַבִּי אֶלְעָזָר? אֶתְמְהָא! עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְלִי אֲנָא עַבְדָּא נִרְאֶה דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִשְׁתַּעֵי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ אוֹ בְּבֵיתוֹ עִם כָּל אָדָם וַאֲפִילּוּ עִם תַּלְמִיד קָטָן אַךְ בַּשּׁוּק נָהַג שֶׁלֹּא יְדַבֵּר אֲפִילּוּ עִם הַחֲכָמִים הַגְּדוֹלִים וְצַדִּיקִים גְּמוּרִים מִפְּנֵי כִּי בִּתְחִילָּתוֹ הָיָה עִסְקוֹ עִם הַבִּרְיוֹנִים הַגַּנָּבִים וְהַלִּסְטִים וְהַחַמְסָנִים וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁחָזַר בּוֹ נִתְרַחֵק מֵהֶם לְגַמְרֵי וְדָבַק בְּתוֹרַת ה' וּבַעֲבוֹדָתוֹ יָמִים וְלֵילוֹת דָּבוּק עָצוּם וְנוֹרָא, וּבָזֶה נִתְכַּבֵּד בְּעֵינֵי הֲמוֹן הָעָם כָּבוֹד גָּדוֹל וְהֻוחְזַק בְּעֵינֵיהֶם לְצַדִּיק נֶאֱמָן עַד מְאֹד, וּבִרְאוֹתָם שֶׁהוּא נִתְרַחֵק מֵאוֹתָם הַגַּנָּבִים וְהַגַּזְלָנִים הַרְחָקָה עֲצוּמָה בְּתַכְלִית לָכֵן כָּל אָדָם שֶׁהָיָה מְדַבֵּר עִמּוֹ רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ בַּשּׁוּק הָיָה אוֹתוֹ אָדָם מֻוחְזָק לְאִישׁ נֶאֱמָן דְּאוֹמְרִים רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מַכִּיר בִּבְנֵי אָדָם שֶׁאֵינָם מְהֻוגָּנִים וְאִם לֹא הָיָה זֶה הָאָדָם נֶאֱמָן לֹא הָיָה רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר לָקִישׁ מְדַבֵּר עִמּוֹ. וְהִנֵּה מִן הָרָאוּי הוּא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ יְדַבֵּר עִם הַחֲכָמִים וְהַצַּדִּיקִים הַיְּדוּעִים לוֹ אַךְ מֵאַחַר שֶׁיֵּשׁ בְּנֵי אָדָם שֶׁהֵם חֲכָמִים שֶׁאֵינָם יְדוּעִים לוֹ לָכֵן אִם יְדַבֵּר עִם הַחֲכָמִים הָאֲחֵרִים וְלֹא יְדַבֵּר עִם אֵלּוּ יָצָא לָהֶם זִילוּתָא כִּי יֹאמְרוּ מַה שֶׁאֵינוֹ מְדַבֵּר עִמָּהֶם בִּשְׁבִיל שֶׁהוּא מַכִּירָם שֶׁאֵינָם הֲגוּנִים עַל כֵּן הֻוכְרַח לַעֲשׂוֹת גָּדֵר לְעַצְמוֹ שֶׁלֹּא יְדַבֵּר גַּם עִם חֲכָמִים הַמֻּוחְזָקִים בְּיִרְאַת שָׁמַיִם כְּדֵי שֶׁלֹּא יָצָא לַעַז וְזִילוּתָא עַל אוֹתָם שֶׁאֵינוֹ מַכִּירָם, וְרַק עִם זְעֵירִי הָיָה מְדַבֵּר מִפְּנֵי שֶׁזְּעֵירִי הָיָה מֻוחְזָק מֵעַצְמוֹ אֵצֶל הֲמוֹן הָעָם וְאֵצֶל הַגּוֹיִים גַּם כֵּן לְאָדָם צַדִּיק וְגָדוֹל וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דַּאֲפִילּוּ בְּאֻכְסְדַּרְיָיא הָיָה מֻוחְזָק לְאָדָם גָּדוֹל דְּאָמְרוּ לוֹ אִלְמָלֵא זְעֵירִי אַתְּ לֹא הָיִינוּ מַחֲזִירִים לָךְ דְּמֵי הַחֲמוֹר עַל כֵּן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ מִשְׁתַּעֵי עִמֵּיהּ בְּשׁוּקָא מִפְּנֵי שֶׁגַּם הוּא מֻוחְזָק בְּעֵינֵי הֶהָמוֹן וַאֲפִילּוּ בְּעֵינֵי הַגּוֹיִם לְאָדָם גָּדוֹל וְכָשֵׁר וְנֶאֱמָן כָּמוֹהוּ וְאֶפְשָׁר לִהְיוֹת יוֹתֵר. וְהִנֵּה הַגָּאוֹן מוהרי"ש זַ"ל יָצָא לְתָרֵץ קֻושְׁייָתוֹ בִּדְבָרִים תְּמוּהִים מְאֹד שֶׁכָּתַב דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ הָיָה שׂוֹנֵא לְהַמִּתְמַנֶּה רַב עַל הַצִּיבּוּר לְפִי שֶׁנֶּהֱנֶה מִכִּתְרָהּ שֶׁל תּוֹרָה בְּהַסְפָּקָה שֶׁנּוֹתְנִים לוֹ בַּעֲבוּר הָרַבָּנוּת, וּלְכָךְ עִם רַבִּי אֶלְעָזָר שֶׁהָיָה רַב וְרֹאשׁ לֹא הָיָה מִשְׁתַּעֵי אֲבָל עִם זְעֵירִי מִשְׁתַּעֵי מִשּׁוּם דְּלָא נִסְמַךְ וְלֹא נִקְרָא עֲדַיִין בְּשֵׁם רַבִּי וְכוּ' עַייֵּן שָׁם. וּדְבָרָיו אֵלּוּ קָשִׁים מְאֹד דְּאֵיךְ יַחְשֹׁוב עַל רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ שֶׁשּׂוֹנֵא אֶת רַב הַנֶּהֱנֶה מִן הַצִּיבּוּר?! וְעוֹד מִי הִגִּיד לוֹ דְּרַבִּי אֶלְעָזָר הָיָה נֶהֱנֶה וְלוֹקֵחַ הַסְפָּקָה מִצַּד הָרַבָּנוּת? דְּאַדְּרַבָּה נִרְאֶה לְהֵפֶךְ דְּהָא פַּרְנָסָתוֹ הָיְתָה בְּתַכְלִית הַדֹּוחַק כִּי הוּא הָיָה רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן פְּדָת אֲשֶׁר אֵירַע לוֹ שֶׁהִקִּיז וְלֹא הָיָה לוֹ מָעוֹת לִיקַּח סְעוּדָה אַחַר הַקָּזָה וְנִתְעַלֵּף וְנִגְלָה אֵלָיו אוֹר שְׁכִינָה וְדָבָר עִמּוֹ עַל עֲנִיּוּתוֹ וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא (תַּעֲנִית כה.) , וְאִם הָיָה מְקַבֵּל פְּרָס מִן הַצִּיבּוּר וַדַּאי הָיוּ נוֹתְנִים לוֹ כְּדֵי סִיפּוּקוֹ בְּרִיוַּח וְלֹא בְּצִמְצוּם! וְעוֹד שָׁגָה בִּמְחִילַת כְּבוֹדוֹ שֶׁחָשַׁב שֶׁהָיָה רַבִּי אֶלְעָזָר מָרֵיהּ דְּאַרְעָא דְּיִשְׂרָאֵל בִּזְמַן רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ, וְזֶה אֵינוֹ כַּאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי לְעֵיל! וְעוֹד מִי הִגִּיד לוֹ שֶׁכָּל הַנִּסְמָךְ וְנִקְרָא בְּשֵׁם רַבִּי מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁנִּתְמַנָּה עַל הַצִּיבּוּר וְאָסוּר לוֹ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה, וַהֲלֹא כָּל הַחֲכָמִים שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הַתַּנָּאִים וְהָאָמוֹרָאִים כֻּולָּם הָיוּ נִסְמָכִים וְנִקְרָאִים בְּשֵׁם 'רַבִּי' וְכִי הֲיִתָּכֵן שֶׁכֻּולָּם הָיוּ מְמֻונִּים עַל הַצִּיבּוּר? וְעוֹד בֶּאֱמֶת הַמִּתְמַנֶּה עַל הַצִּיבּוּר מֻותָּר לוֹ לַעֲשׂוֹת מְלָאכָה לְהִתְפַּרְנֵס בָּהּ וְרַק בִּפְנֵי שְׁלֹשָׁה אָסוּר, צֵא וּלְמַד מֵרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן חֲנַנְיָה שֶׁהָיָה מְמֻונֶּה אַב ב"ד וְהָיָה בַּעַל מְלָאכָה בְּבֵיתוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר לוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל פַּחְמִי אַתָּה (עֲבוֹדָה זָרָה טז:) , בְּאֹופֶן שֶׁכָּל דְּבָרָיו קָשִׁים מִתְּחִילָּה וְעַד סוֹף, וְלֹא יָדַעְתִּי מַה מָצָא בִּדְבָרִים אֵלּוּ טַעַם שֶׁסִּיֵּים וְכָתַב עֲלֵיהֶם שֶׁהֵם עִנְיָן נִפְלָא.
« Alors même que Rabbi Elazar était le maître de la terre d'Israël, Rabbi Chimon ben Lakich ne parlait pas avec lui. » On peut objecter : Rabbi Elazar ne régna-t-il pas [comme autorité] après le décès de Rabbi Yo'hanan, comme il est rapporté dans la Guemara de Metsia (Baba Metsia 84a) — où il est explicite que Rabbi Chimon ben Lakich mourut avant Rabbi Yo'hanan, car c'est [Rabbi Yo'hanan] qui le châtia ? Il me semble que voici ce qu'on veut dire : Rabbi Elazar, qui a la fin fut le maître de la terre d'Israël — régnant après Rabbi Yo'hanan — était assurément, déjà du temps de Rabbi Chimon ben Lakich, un homme si grand qu'on ne lui trouvait pas d'égal ; et malgré cela Rabbi Chimon ben Lakich ne parlait pas avec lui. Et j'ai vu dans le livre Divrei Chaoul du Gaon Maharich [Yossef Chaoul Nathanson], de mémoire bénie, qui m'est parvenu récemment, qu'il s'étonne : dans Zevahim, page 5, nous trouvons que [Rech Lakich] parle avec lui et argumente avec lui ! Et de plus, la chose même est étonnante : Rabbi Elazar n'aurait-il pas été digne qu'on lui confiât une affaire sans témoins ?! Et encore : Zeeri était-il donc plus important que Rabbi Elazar ? Cela étonne ! Fin de ses propos. Quant à moi, le serviteur, il me semble que Rabbi Chimon ben Lakich parlait, dans la maison d'étude ou chez lui, avec tout homme, même avec un petit élève ; mais au marché il avait pour usage de ne parler même pas avec les grands sages et les justes accomplis — parce qu'à ses débuts il frayait avec les brigands, les voleurs, les détrousseurs et les extorqueurs, puis, lorsqu'il se repentit, il s'en éloigna entièrement et s'attacha à la Torah de Dieu et à Son service, jour et nuit, d'un attachement immense et redoutable. Par là il fut tenu en grand honneur aux yeux du peuple et réputé à leurs yeux comme un juste très fidèle ; et les voyant s'être éloigné de ces voleurs et brigands d'un éloignement radical et total, tout homme à qui Rabbi Chimon ben Lakich parlait au marché était tenu pour un homme fiable — car l'on disait : Rabbi Chimon ben Lakich reconnaît les hommes qui ne sont pas honnêtes, et si cet homme n'était pas fiable, il ne lui parlerait pas. Or il eût été convenable que Rabbi Chimon ben Lakich parlât avec les sages et les justes qu'il connaissait ; mais puisqu'il y a des hommes sages qu'il ne connaissait pas, s'il parlait avec les uns et non avec ceux-là, il en sortirait pour ces derniers un discrédit (zilouta), car on dirait : s'il ne parle pas avec eux, c'est qu'il les reconnaît comme malhonnêtes. C'est pourquoi il dut s'imposer une barrière : ne parler même pas avec les sages tenus pour craignant le Ciel, afin qu'aucune médisance ni discrédit ne retombât sur ceux qu'il ne connaissait pas. Et il ne parlait qu'avec Zeeri, parce que Zeeri était de lui-même réputé, auprès du peuple comme auprès des non-Juifs, homme juste et grand — comme on l'a dit dans la Guemara, que même dans le portique (akhsadraya) il était tenu pour un grand homme, [les non-Juifs] lui ayant dit « sans toi, Zeeri, nous ne t'aurions pas rendu le prix de l'âne ». Aussi Rabbi Chimon ben Lakich parlait-il avec lui au marché, parce que lui aussi était tenu, aux yeux du peuple et même aux yeux des non-Juifs, pour un homme grand, digne et fiable comme lui, et peut-être davantage. Le Gaon Maharich, de mémoire bénie, s'en est venu résoudre sa difficulté par des propos fort étonnants : il a écrit que Rabbi Chimon ben Lakich haïssait celui qui se faisait nommer rav sur le public, parce qu'il jouissait de la couronne de la Torah par le subside qu'on lui donne pour le rabbinat ; c'est pourquoi avec Rabbi Elazar, qui était rav et chef, il ne parlait pas, mais avec Zeeri il parlait parce qu'il n'avait pas été ordonné (nismakh) et n'était pas encore appelé du titre de « Rabbi », etc. Vois-y. Or ses propos sont très difficiles : comment penser de Rabbi Chimon ben Lakich qu'il haïssait un rav qui jouit [d'un subside] du public ?! De plus, qui lui a dit que Rabbi Elazar jouissait et prenait un subside au titre du rabbinat ? Au contraire, il apparaît l'inverse : sa subsistance était dans une extrême détresse, car c'est lui, Rabbi Elazar ben Pedat, à qui il advint de se faire saigner sans avoir de quoi s'acheter un repas après la saignée, qui s'évanouit, et à qui se révéla la lumière de la Chekhina qui s'entretint avec lui de sa pauvreté — comme il est mentionné dans la Guemara (Taanit 25a). Et s'il recevait une allocation du public, assurément on la lui aurait donnée suffisante et large, non à l'étroit ! De plus il s'est trompé, avec le respect qui lui est dû, en pensant que Rabbi Elazar était le maître de la terre d'Israël du temps de Rabbi Chimon ben Lakich — ce qui n'est pas, comme je l'ai écrit plus haut ! Et encore, qui lui a dit que quiconque est ordonné et appelé du titre de « Rabbi » doit nécessairement avoir été nommé sur le public et avoir interdiction de travailler ? Tous les sages de la terre d'Israël, tanaim et amoraim, étaient ordonnés et appelés « Rabbi » : est-il concevable qu'ils fussent tous nommés sur le public ? De plus, en vérité, celui qui est nommé sur le public a le droit de travailler pour subvenir à ses besoins — seulement devant trois [personnes] cela lui est interdit ; va apprendre de Rabbi Yehochoua ben Hanania, qui était nommé av beit din et était artisan chez lui, comme le lui dit Rabban Gamliel « tu es un charbonnier » (Avoda Zara 16b). De sorte que tous ses propos sont difficiles du début à la fin, et je ne sais quel goût il a trouvé à ces propos, pour conclure et écrire à leur sujet qu'ils sont chose admirable.
💡 Explication

La Guemara conteste l'anecdote : Rech Lakich était si avare de ses fréquentations publiques qu'il ne parlait même pas en public avec Rabbi Elazar, sommité de la terre d'Israël. Sa parole au marché valait caution : à qui il parlait, on prêtait sans témoins. Comment aurait-il donc conversé avec Rabba bar bar Hana ? La résolution vient au segment suivant (Rav Papa).

18
אָמַר רַב פָּפָּא, שָׁדֵי גַּבְרָא בֵּינַיְיהוּ: אוֹ רֵישׁ לָקִישׁ הֲוָה וּזְעֵירִי, אוֹ רַבָּה בַּר בַּר חָנָה הֲוָה וְרַבִּי אֶלְעָזָר. כִּי אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן, אֲמַר לֵיהּ: לָאו הַיְינוּ טַעְמָא, אִי נָמֵי סְלִיקוּ כֻּולְּהוּ בִּימֵי עֶזְרָא לָא הֲוָה שָׁרְיָא שְׁכִינָה בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי, דִּכְתִיב: ״יַפְתְּ אֱ-לֹהִים לְיֶפֶת וְיִשְׁכֹּן בְּאָהֳלֵי שֵׁם״,

Rav Papa dit : place un homme entre eux [pour écarter la difficulté] — ou bien c'était Rech Lakich et Zeeri, ou bien c'était Rabba bar bar Hana et Rabbi Elazar. Lorsque [le sage] vint devant Rabbi Yo'hanan [et lui rapporta le propos], il lui dit : ce n'est pas là la raison ; même s'ils étaient tous montés au temps d'Ezra, la Chekhina n'aurait pas résidé dans le second Temple, car il est écrit : « Que Dieu élargisse Yefet, et Il résidera dans les tentes de Chem » (Genèse 9, 27),

📜 Rachi (2)
שְׁדִי גַּבְרָא בֵּינַיְיהוּ אוֹ הָרוֹחֵץ תַּחֲלִיף אוֹ הַפּוֹשֵׁט הַיָּד אִי ר"ש בֶּן לָקִישׁ הֲוָה הָרוֹחֵץ זְעֵירִי פָּשַׁט לוֹ הַיָּד אוֹ רַבָּה בַּר בַּר חָנָה פָּשַׁט לוֹ הַיָּד ור"א הָיָה הָרוֹחֵץ:
Place un homme entre eux — remplace soit celui qui se baigne, soit celui qui tend la main : si c'était Rabbi Chimon ben Lakich qui se baignait, [alors] Zeeri lui tendit la main ; ou bien [c'est] Rabba bar bar Hana [qui] lui tendit la main, et Rabbi Elazar était celui qui se baignait.
כִּי אֲתָא ר"ש בֶּן לָקִישׁ לְקַמֵּיהּ דְּר' יוֹחָנָן וְסִיפֵּר לוֹ כָּךְ אָמַרְתִּי לוֹ לִפְלוֹנִי:
Lorsqu'il vint — Rabbi Chimon ben Lakich, devant Rabbi Yo'hanan, et lui raconta : ainsi ai-je dit à untel.
💡 Explication

Rav Papa résout la contradiction : il y avait un intermédiaire — soit Rech Lakich et Zeeri, soit Rabba bar bar Hana et Rabbi Elazar. Puis Rabbi Yo'hanan corrige le fond : ce n'est pas le défaut d'aliyah qui a privé le second Temple de la Chekhina. Même une montée complète n'y aurait rien changé, car il était décrété que la pleine Présence divine ne résiderait pas au second Temple (le verset de Genèse 9, 27 est exposé en 10a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).