Yoma 9a — fin du demai des boulangers (exemption des Parhedrin, réponse de Oulla), puis Michle 10:27 sur les deux Temples (18 CG vs plus de 300, la prêtrise achetée à prix d'argent), et le début de la ruine de Chilo (débauche et mépris des kodashim)

Yoma 9a

Sougya : Le daf s'ouvre en achevant la sougya du demai : pourquoi les boulangers de la chambre des Parhedrin sont-ils dispensés de prélever sur le blé acheté à un am ha-aretz ? Part par part — terouma gedola (déjà prélevée par l'am ha-aretz), maaser rishon et maaser ani (biens monétaires : ha-motzi me-havero alav ha-raaya), et enfin maaser sheni, dont Oulla explique l'exemption : les officiers royaux (Parhedrin) harcèlent les boulangers toute l'année en exigeant des prix bas, aussi les Sages ne les ont-ils pas surchargés.

La guemara bascule alors dans l'aggada avec Rabbi Yo'hanan lisant Michle 10:27 sur les deux Temples : "la crainte de l'Éternel prolonge les jours" vise le Premier Temple (410 ans, seulement 18 Cohanim Gedolim, longs mandats de justes) ; "les années des méchants seront abrégées" vise le Second Temple (420 ans, plus de 300 CG). Le calcul, après avoir retiré les quatre justes à longs mandats (Chimon le Juste, Yo'hanan CG, Yishmael ben Pavi, R.

Elazar ben Harsom), montre que chacun des autres n'a pas même achevé son année : selon le Ben Yehoyada, parce que la grande prêtrise était alors achetée à prix d'argent. Le daf s'achève en amorçant l'enseignement de Rabbi Yo'hanan ben Torta sur la ruine de Chilo, due à deux fautes — la débauche (gilouy arayot) et le mépris des choses saintes (bizayon kodashim) — la discussion se poursuivant au verso.

Demai : pourquoi les boulangers sont-ils dispensés ? Blé acheté à un am ha-aretz : de quoi doit-on douter, et pourquoi exempte-t-on le boulanger de chaque part ? Terouma gedola (au kohen) Aucun souci : Yo'hanan a envoyé des émissaires dans tout Israël et a vu que l'am ha-aretz prélève DEJÀ la terouma gedola. Le boulanger n'a rien à faire. Maaser rishon (au Levi) + Maaser ani (au pauvre) Ce sont des biens MONÉTAIRES, non sacrés. Sur un doute, celui qui réclame doit prouver : ha-motzi me-havero alav ha-raaya (la charge de la preuve incombe au demandeur). Le Levi / le pauvre ne peut rien exiger. Exempt. Maaser sheni (mangé à Yerushalayim) — le vrai problème Il est sacré : logiquement il faudrait le prélever, le monter et le manger à Yerushalayim (le boulanger n'y perd rien, il le mange lui-même). Pourquoi l'en dispense-t-on ? -> réponse de Oulla ci-dessous. Oulla : les Parhedrin (officiers royaux) les harcèlent 12 mois durant -- "vendez bon marché !" Les Sages ne les ont donc pas chargés, s'appuyant sur le fait que la plupart des amei ha-aretz prélèvent la dîme.
Demai des boulangers de la chambre des Parhedrin : prélèvement par prélèvement, pourquoi chaque part est-elle exemptée (climax de la sougya halakhique).
Deux Temples, deux versets (Michle 10:27) yirat H tosif yamim ve-shnot reshaim tikatzarna -- la crainte de Dieu prolonge les jours, les années des méchants sont abrégées. yirat H tosif yamim = Premier Temple (Mikdash Rishon) 410 ans 18 Cohanim Gedolim Mandats longs = tsadikim. Moyenne : ~23 ans par kohen. La crainte de Dieu prolonge la durée du service. ve-shnot reshaim tikatzarna = Second Temple (Mikdash Sheni) 420 ans plus de 300 CG Mandats très courts. Moyenne : moins d'un an chacun. Cause (Ben Yehoyada) : la grande prêtrise était achetée à prix d'argent.
Michle 10:27 lu sur les deux Temples : la longévité des Cohanim Gedolim mesure la crainte de Dieu.
Second Temple : le calcul (seg. 4) 420 ans, plus de 300 Cohanim Gedolim. On soustrait les quatre justes à longs mandats, puis on compte le reste. Total : 420 ans / > 300 kohanim Chimon ha-Tsadik : 40 ans Yo'hanan Cohen Gadol : 80 ans Yishmael ben Pavi : 10 ans (autre version) R. Elazar ben Harsom : 11 ans Sous-total retiré : 130 ans (ou 141 avec la variante) Reste : ~280 ans pour ~296 kohanim -> chacun (kol ehad ve-ehad) n'a pas achevé son année de service : shnot reshaim tikatzarna.
Le décompte arithmétique du Second Temple : retirer les quatre justes, constater l'écrasement des mandats restants.
1
לְפִי שֶׁשָּׁלַח בְּכָל גְּבוּלֵי יִשְׂרָאֵל, וְרָאָה שֶׁאֵין מַפְרִישִׁין אֶלָּא תְּרוּמָה גְּדוֹלָה בִּלְבַד.

[Yo'hanan le Cohen Gadol dispensa les boulangers] parce qu'il avait envoyé [des émissaires] dans tous les territoires d'Israël, et avait vu que l'on ne prélevait rien d'autre que la terouma gedola seule.

📜 Rachi (1)
לְפִי שֶׁשָּׁלַח יוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁגָּזַר עַל הַדְּמַאי בְּסוֹטָה בְּפֶרֶק עֶגְלָה עֲרוּפָה (סוֹטָה דַּף מח.):
Yo'hanan le Cohen Gadol, celui qui a décrété au sujet du demai, dans [le traité] Sota, au chapitre Egla Aroufa (Sota 48a).
💡 Explication

La sougya achève la discussion sur le demai (produit dont on doute qu'il ait été dîme). Yo'hanan le Cohen Gadol avait décrété que celui qui achète des fruits à un am ha-aretz (personne peu rigoureuse sur les dîmes) doit s'en inquiéter et prélever lui-même les dîmes.

Mais il avait constaté en enquêtant que l'am ha-aretz prélève déjà la terouma gedola (la part offerte au kohen). Voilà pourquoi les boulangers qui lui achètent du blé n'ont pas à s'en soucier : ce prélèvement-là, on peut le tenir pour fait.

🖼️ Schéma
Demai : pourquoi les boulangers sont-ils dispensés ? Blé acheté à un am ha-aretz : de quoi doit-on douter, et pourquoi exempte-t-on le boulanger de chaque part ? Terouma gedola (au kohen) Aucun souci : Yo'hanan a envoyé des émissaires dans tout Israël et a vu que l'am ha-aretz prélève DEJÀ la terouma gedola. Le boulanger n'a rien à faire. Maaser rishon (au Levi) + Maaser ani (au pauvre) Ce sont des biens MONÉTAIRES, non sacrés. Sur un doute, celui qui réclame doit prouver : ha-motzi me-havero alav ha-raaya (la charge de la preuve incombe au demandeur). Le Levi / le pauvre ne peut rien exiger. Exempt. Maaser sheni (mangé à Yerushalayim) — le vrai problème Il est sacré : logiquement il faudrait le prélever, le monter et le manger à Yerushalayim (le boulanger n'y perd rien, il le mange lui-même). Pourquoi l'en dispense-t-on ? -> réponse de Oulla ci-dessous. Oulla : les Parhedrin (officiers royaux) les harcèlent 12 mois durant -- "vendez bon marché !" Les Sages ne les ont donc pas chargés, s'appuyant sur le fait que la plupart des amei ha-aretz prélèvent la dîme.
Vue d'ensemble de l'exemption des boulangers, part par part.
2
מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעְשַׂר עָנִי נָמֵי לָא, הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה. אֶלָּא מַעֲשֵׂר שֵׁנִי, נַפְרְשׁוּ וְנַסְּקוּ וְנֵיכְלוּהּ בִּירוּשָׁלַיִם?

Le maaser rishon (première dîme) et le maaser ani (dîme du pauvre) non plus [ne sont pas exigés du boulanger], car ha-motzi me-havero alav ha-raaya (la charge de la preuve incombe à celui qui réclame à autrui). Mais le maaser sheni (seconde dîme) ?

Qu'ils le prélèvent, qu'ils le montent et qu'on le mange à Yerushalayim !

📜 Rachi (2)
הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָיה מִכִּי אַפְרְשֵׁיהּ וְאַפִּקְעֵיהּ מִשּׁוּם טֶבֶל אֵין בּוֹ אֶלָּא סָפֵק גֶּזֶל לְוִיִּים וַעֲנִיִּים חוּץ מִתְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁבְּתוֹךְ מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן אוֹתָהּ יִתֵּן לַכֹּהֵן שֶׁיֵּשׁ אִיסּוּר וַעֲוֹן מִיתָה בַּאֲכִילָתָהּ וְלַלֵּוִי וְעָנִי יֹאמַר הָבִיאוּ רְאָיָה שֶׁלֹּא עִישֵּׂר עַם הָאָרֶץ שֶׁלָּקַחְתִּי מִמֶּנּוּ:
Dès lors qu'on l'a prélevé et qu'on l'a dégagé de son statut de tevel, il n'y a plus là qu'un doute de spoliation (gezel) des Leviim et des pauvres — à l'exception de la teroumat maaser contenue dans le maaser rishon : celle-là, il la donne au kohen, car il y a interdit et faute passible de mort à la consommer. Au Levi et au pauvre, il dira : apportez la preuve que l'am ha-aretz chez qui j'ai acheté n'a pas dîme.
נִפְרְשׁוּ וְנַסְּקוּ שֶׁהֲרֵי יֵשׁ בּוֹ אִיסּוּר לֹא תוּכַל לֶאֱכֹול בִּשְׁעָרֶיךָ יַפְרִישׁוּ כְּדֵי לְתַקֵּן טִבְלוֹ הוֹאִיל וְלָא פָּסְדִי בֵּיהּ מִידִי דְּהָא אִינְהוּ נַפְשַׁייְהוּ הֲדַר קָא אָכְלִי לֵיהּ בִּירוּשָׁלַיִם:
[Qu'ils le prélèvent et le montent] : puisqu'il y a là l'interdit de "tu ne pourras pas [le] manger dans tes portes", qu'ils le prélèvent afin de réparer leur tevel — d'autant qu'ils n'y perdent rien, car ce sont eux-mêmes qui, en définitive, le mangent à Yerushalayim.
🗂️ Tossefot (1)
מַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעְשַׂר עָנִי נָמֵי לָא הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וְלָאו דַּווְקָא נַחְתּוֹם אֶלָּא אֲפִילּוּ כָּל אָדָם נָמֵי מַפְרִישָׁן וְהֵן שֶׁלּוֹ כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת סוֹטָה (דַּף מח.) עָמַד וְהִתְקִין לָהֶם הַלּוֹקֵחַ פֵּירוֹת מֵעַם הָאָרֶץ מַפְרִישׁ מֵהֶן תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְנוֹתְנָהּ לְכֹהֵן וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי עוֹלֶה וְאוֹכְלוֹ בִּירוּשָׁלַיִם וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעְשַׂר עָנִי הַמּוֹצִיא מֵחֲבֵירוֹ עָלָיו הָרְאָיָה וְהָא דְּלָא אָמְרִינַן נָמֵי בִּתְרוּמַת מַעֲשֵׂר מַפְרִישָׁהּ וְהִיא שֶׁלּוֹ וְיִמְכְּרֶנָּה לַכֹּהֲנִים וְיִטֹּול דָּמֶיהָ י"ל כֵּיוָן דְּדָבָר מוּעָט הוּא שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא חֵלֶק אֶחָד מַק' וְעוֹד דָּמֶיהָ מוּעָטִין שֶׁהוּא צָרִיךְ לְמָוכְרָהּ בְּזוֹל שֶׁאֵין לָהּ אוֹכְלִין מְרֻובִּין תַּקִּינוּ רַבָּנָן שֶׁיִּתְּנֶנָּה לַכֹּהֲנִים:
Et ce n'est pas propre au boulanger : tout homme aussi les prélève, et ils sont à lui, comme il est dit à la fin du traité Sota (48a) : [Yo'hanan] se leva et institua pour eux que celui qui achète des fruits à un am ha-aretz prélève la teroumat maaser et la donne au kohen ; le maaser sheni, il le monte et le mange à Yerushalayim ; et le maaser rishon et le maaser ani, ha-motzi me-havero alav ha-raaya. Et si l'on n'a pas dit de même pour la teroumat maaser — qu'il la prélève, qu'elle soit à lui, qu'il la vende aux kohanim et en prenne l'argent — on peut répondre : puisque c'est une chose minime (un centième seulement), et que son prix est faible (car il doit la vendre à bas prix, faute de nombreux consommateurs), les Sages ont institué qu'il la donne aux kohanim.
💡 Explication

La guemara passe en revue les autres prélèvements. Le maaser rishon (au Levi) et le maaser ani (au pauvre) sont des biens monétaires, non sacrés : sur un simple doute, le Levi ou le pauvre ne peut rien exiger, car ha-motzi me-havero alav ha-raaya — c'est au demandeur de prouver son droit. Le boulanger est donc dispensé.

Reste le maaser sheni, qui est sacré : logiquement il faudrait le prélever, le monter à Yerushalayim et l'y consommer — d'autant que le boulanger n'y perd rien puisqu'il le mange lui-même. Pourquoi alors l'en exempter ? La question reste ouverte jusqu'à la réponse de Oulla.

3
אָמַר עֻולָּא: מִתּוֹךְ שֶׁפַּרְהֶדְרִין הַלָּלוּ חוֹבְטִין אוֹתָן כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ, וְאוֹמְרִים לָהֶן: מְכָרוֹ בְּזוֹל! מְכָרוֹ בְּזוֹל! לָא אַטְרְחוּנְהוּ רַבָּנָן. מַאי פַּרְהֶדְרִין? פֻּורְסֵי.

Oulla dit : du fait que ces Parhedrin les frappent [les pressent] tout au long des douze mois en leur disant : Vendez bon marché ! Vendez bon marché ! — les Sages ne les ont pas chargés [d'un fardeau supplémentaire].

Qu'est-ce que les Parhedrin ? Des poursei (officiers du roi).

📜 Rachi (3)
חוֹבְטִין אוֹתָן (מִן) הַנַּחְתּוֹמִין כָּל י"ב חֹודֶשׁ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה הַמְמֻונִּים מִתְחַדְּשִׁין וּמַכְבִּידִין לִמְצוֹא עֲלִילוֹת לִגְבּוֹת מָמוֹן כְּשֶׁהֵן מִתְחַדְּשִׁין:
[Ils] frappent [pressent] les boulangers tout au long des douze mois ; d'année en année les officiers sont renouvelés, et ils s'alourdissent pour trouver des prétextes afin de leur soutirer de l'argent lorsqu'ils entrent en charge.
לָא אַטְרְחוּנְהוּ וְסָמְכוּ לוֹמַר שֶׁרֹוב עַמֵּי הָאָרֶץ מְעַשְּׂרִין הֵן:
Ils ne les ont pas chargés — et ils se sont appuyés pour dire que la plupart des amei ha-aretz prélèvent bel et bien la dîme.
פֻּורְסֵי פְּקִידֵי הַמֶּלֶךְ:
Poursei — les fonctionnaires du roi.
💡 Explication

Réponse de Oulla pour le maaser sheni. Les Parhedrin — officiers royaux renouvelés chaque année — harcèlent les boulangers douze mois durant en leur imposant de vendre à bas prix. S'ils devaient en plus prélever le maaser sheni et le monter à Yerushalayim, ils ne pourraient pas répercuter cette charge sur leurs prix.

Comme le statut présumé (hazaka) du blé est qu'il a été dîme, et que dîmer le demai n'est qu'une rigueur, les Sages n'ont pas voulu surcharger (lo atrehounhou) les boulangers. La guemara glose ensuite le mot étranger Parhedrin = poursei, officiers du roi.

4
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, מַאי דִכְתִיב: ״יִרְאַת ה׳ תּוֹסִיף יָמִים וּשְׁנוֹת רְשָׁעִים תִּקְצֹרְנָה״, ״יִרְאַת ה׳ תּוֹסִיף יָמִים״ זֶה מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן שֶׁעָמַד אַרְבַּע מֵאוֹת וְעֶשֶׂר שָׁנִים, וְלֹא שִׁמְּשׁוּ בּוֹ אֶלָּא שְׁמוֹנָה עָשָׂר כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים,

Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit — "La crainte de l'Éternel prolonge les jours, mais les années des méchants seront abrégées" (Michle 10:27) ? "La crainte de l'Éternel prolonge les jours" : c'est le Premier Temple, qui a tenu quatre cent dix ans, et dans lequel n'ont servi que dix-huit Cohanim Gedolim ;

🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא שִׁמְּשׁוּ בּוֹ אֶלָּא י"ח כֹּהֲנִים רִיבָ"א גָּרֵיס שְׁמֹנָה כֹּהֲנִים כְּדִכְתִיב בְּהֶדְיָא בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (א ה) עֲזַרְיָה אֲשֶׁר כִּהֵן בַּבַּיִת אֲשֶׁר בָּנָה שְׁלֹמֹה אֲמָרֶיהָ אֲחִיטוּב צָדוֹק שָׁלוֹם חִלְקִיָּה עֲזַרְיָה שְׁרִיָּה וִיהוֹצָדָק וְהוּא הָלַךְ בְּהַגְלוֹת ה' אֶת יְהוּדָה אָמְנָם בְּכָל הַסְּפָרִים וּבְסִפְרֵי (פָּרָשַׁת פִּנְחָס) וּבִירוּשַׁלְמִי גָּרְסִינַן י"ח כֹּהֲנִים ונ"ל לְקַיֵּים גִּירְסַת הַסְּפָרִים וְט' כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים הָיוּ עַד יְהוֹצָדָק וְכוּ' וּסְגָנֵי כְּהֻונָּה שֶׁמַּתְקִינִין לְכָל אֶחָד סְגָן תַּחְתָּיו הֲרֵי י"ח כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּסוֹף מְלָכִים דְּקָא חֲשִׁיב לְכֹהֵן גָּדוֹל וּסְגָן שֶׁלּוֹ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי דִּכְתִיב וַיִּקַּח רַב טַבָּחִים אֶת שְׂרָיָה כֹּהֵן הָרֹאשׁ וּמִשְׁנֵהוּ צְפַנְיָהוּ וא"ת א"כ בְּבַיִת שֵׁנִי נִיחְשׁוֹב נָמֵי סְגָנֵי כְּהֻונָּה א"כ הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קָרוֹב לְשֵׁשׁ מֵאוֹת כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים שֶׁשִּׁימְּשׁוּ בּוֹ י"ל הָא לָא קַשְׁיָא דִּבְבַיִת רִאשׁוֹן נְקַט שַׁפִּיר י"ח הֵן וְסִגְנֵיהוֹן לְרַוְוחָא דְּמִילְּתָא דַּאֲפִילּוּ את"ל אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יֶאֱרַע אֹונֶס לכ"ג ביוה"כ אֶחָד מִכָּל הַשָּׁנִים הַלָּלוּ שֶׁהוּא מְשַׁמֵּשׁ בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה וְנִמְצָא סְגָן מְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו אעפ"כ לָא הָווּ הַלָּלוּ אֶלָּא י"ח וכ"ש דְּאִי אָמְרִינַן דְּלָא אֵירַע פְּסוּל לכ"ג דְּבָצְרִי לָהֶן אֲבָל בְּבַיִת שֵׁנִי כֵּיוָן דְּכָל אֶחָד לֹא הוֹצִיא שְׁנָתוֹ נְקַט ג' מֵאוֹת לְרַוְוחָא דְּמִילְּתָא דַּאֲפִילּוּ את"ל דְּמִסְּתָמָא לֹא שִׁימֵּשׁ הַסְּגָן תַּחְתָּיו כֵּיוָן שֶׁלֹּא הָיָה כ"ג אֶלָּא יוה"כ אֶחָד מִילְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא הוּא שֶׁבּוֹ בַּיּוֹם אֵירְעוֹ אֹונֶס וְשִׁימֵּשׁ סְגָן תַּחְתָּיו אֲפִילּוּ הָכֵי לְכָל הַפָּחוֹת קָרוֹב לֹג' מֵאוֹת הָיוּ אִי נָמֵי נ"ל די"ח כֹּהֲנִים דְּקָאָמַר הַיְינוּ מִפִּנְחָס וְאֵילָךְ שֶׁנִּיתְּנָה לוֹ וּלְזַרְעוֹ אַחֲרָיו וְכֵן מַשְׁמַע בְּסִפְרֵי לָכֵן אֱמֹור הִנְנִי נֹותֵן לוֹ וְגוֹ' מְלַמֵּד שֶׁעָמְדוּ מִמֶּנּוּ בְּבִנְיָן רִאשׁוֹן י"ח כֹּהֲנִים נְבִיאִים וּבְבִנְיָן שֵׁנִי פ' כֹּהֲנִים וְכוּ' וּבִנְיָן רִאשׁוֹן קָרֵי מִמִּשְׁכָּן וְאֵילָךְ עַד גָּלוּת הָאָרֶץ וְכֵן יֵשׁ בַּיְּרוּשַׁלְמִי בָּרִאשׁוֹנָה שֶׁהָיוּ מְשַׁמְּשִׁין הוּא וּבְנוֹ וּבֶן בְּנוֹ שִׁימְּשׁוּ י"ח כֹּהֲנִים וְהָא דְּקָאָמַר הָכָא בִּשְׁמַעְתָּא זֶה מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן שֶׁעָמַד ד' מֵאוֹת וְעֶשֶׂר וְלֹא שִׁימְּשׁוּ בּוֹ אֶלָּא י"ח מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמֵימַר מִקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁעָמַד ד' מֵאוֹת וְעֶשְׂרִים וְשִׁימְּשׁוּ בּוֹ קָרוֹב לֹג' מֵאוֹת נְקַט נָמֵי מִנְיַן בַּיִת רִאשׁוֹן וּמִיהוּ אוֹתָם י"ח כֹּהֲנִים לֹא שִׁימְּשׁוּ כֻּולָּם בְּבַיִת רִאשׁוֹן וה"פ וְשִׁימְּשׁוּ בּוֹ י"ח כְּלוֹמַר שִׁימְּשׁוּ בּוֹ כֹּהֲנִים כָּל כָּךְ עַד שֶׁהִשְׁלִימוּ לְחֶשְׁבּוֹן י"ח עִם אוֹתָם שֶׁשִּׁימְּשׁוּ מֵעִיקָּרָא וְכֵן מָצָאתִי בְּדִבְרֵי הַיָּמִים אֶלְעָזָר פִּנְחָס אֲבִישׁוּעַ בָּקִי עֻזִּי זְרַחְיָה מְרָיוֹת אֲמָרֶיהָ אֲחִיטוּב צָדוֹק אֲחִימַעַץ עֲזַרְיָה יוֹחָנָן עֲזַרְיָה אֲמָרֶיהָ אֲחִיטוּב צָדוֹק שָׁלוֹם חִלְקִיָּה עֲזַרְיָה שְׁרִיָּה יְהוֹצָדָק הֲרֵי מֵאֲבִישׁוּעַ בֶּן פִּנְחָס עַד שְׁרִיָּה יֵשׁ י"ח כֹּהֲנִים וְלֹא שְׁרִיָּה בִּכְלָל לְפִי שֶׁשְּׂרָיָה גָּלָה בְּגָלוּת יְכָנְיָה וְלָא קָחֲשִׁיב בְּאוֹתָם י"ח כֹּהֲנִים אֶלָּא אוֹתָם שֶׁשִּׁימְּשׁוּ כָּל יְמֵיהֶם אֲבָל שְׁרִיָּה שֶׁגָּלָה בְּגָלוּת יְכָנְיָה כִּדְאִיתָא בְּסוֹף מְלָכִים וִיהוֹצָדָק שֶׁגָּלָה בַּגָּלוּת צִדְקִיָּה לָא קָא חֲשִׁיב והר"ר יַעֲקֹב בש"ה אָמַר לָנוּ בש"ר יְקוּתִיאֵל הַלֵּוִי מורמיש"א דַּעֲזַרְיָה לֹא הָיָה בִּימֵי שְׁלֹמֹה אֶלָּא הַיְינוּ עֲזַרְיָה שֶׁהָיָה בִּימֵי עֻוזִּיָּהוּ וּלְפִי שֶׁמָּסַר נַפְשׁוֹ עַל עֲבוֹדַת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ כְּשֶׁבָּא עֻוזִּיָּהוּ לְשָׁרֵת וְחֵירֵף אוֹתוֹ כְּדִכְתִיב בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (ב כו) לְכָךְ נִקְרָא עַל שְׁמוֹ וְיִישַׁר לְפָנָיו וְשׁוּב מָצָאתִי כֵּן בְּפִי' דִּבְרֵי הַיָּמִים שֶׁפֵּירְשׁוּ תַּלְמִידֵי רַב סְעַדְיָה זצ"ל וְהָא דִּבְסִפְרֵי אִיכָּא שֶׁבְּבַיִת שֵׁנִי הָיוּ שְׁמוֹנִים כֹּהֲנִים וּבִירוּשַׁלְמִי אִיכָּא נָמֵי הָכִי וְאָמְרִי לָהּ פ"א וְאָמְרִי לָהּ פ"ב וְאָמְרִי לָהּ פ"ג וּבִשְׁמַעְתָּא אָמְרִי ג' מֵאוֹת יֵשׁ לוֹמַר הָתָם לָא קָחֲשִׁיב אֶלָּא כֹּהֲנִים שֶׁיָּצְאוּ מִפִּנְחָס:
"Et il n'y a servi que 18 kohanim" — le Riva lit "huit kohanim", comme il est écrit explicitement dans Divrei ha-Yamim (I Ch 5) : Azaria qui exerça la prêtrise dans la Maison que bâtit Chelomo — Amaria, Ahitouv, Tzadok, Chaloum, Hilkia, Azaria, Seraya et Yehotzadak, celui-là partit lorsque l'Éternel exila Yehouda. Toutefois dans tous les livres, dans le Sifri (parachat Pin'has) et dans le Yerushalmi on lit "18 kohanim". Et il me semble que l'on peut maintenir la version des livres : il y eut neuf Cohanim Gedolim jusqu'à Yehotzadak, et [autant] d'adjoints (seganim) que l'on institué, un adjoint sous chacun — ce qui fait 18, comme on le trouve à la fin de [II] Melakhim, où l'on compte ensemble le kohen gadol et son adjoint : "le chef des gardes prit Seraya, le kohen en chef, et Tsephania, le second [kohen]" (II R 25:18). Et si tu objectes : alors, pour le Second Temple aussi, comptons les adjoints ! il aurait alors fallu dire "près de six cents Cohanim Gedolim y ont servi" — on peut répondre : ce n'est pas une difficulté, car pour le Premier Temple il compte à juste titre 18, eux et leurs adjoints, par surcroît (le-revaha de-milta) : car même si tu disais qu'il est impossible qu'un empêchement ne soit pas survenu au kohen gadol un Yom Kippour parmi toutes ces années de service, de sorte qu'un adjoint aurait servi à sa place, malgré cela ils ne furent que 18 ; et à plus forte raison, si l'on dit qu'aucun empêchement ne survint au kohen gadol, leur nombre serait moindre encore. Mais pour le Second Temple, puisque chacun n'a même pas achevé son année, il compte 300 par surcroît : car même si tu disais que vraisemblablement l'adjoint n'a pas servi à sa place — puisqu'un tel ne fut kohen gadol qu'un seul Yom Kippour, et qu'il est rare qu'un empêchement lui survienne ce jour-là et qu'un adjoint serve à sa place — malgré cela ils furent au moins près de 300. Autre réponse : il me semble que les 18 kohanim dont il parle, c'est à partir de Pin'has et au-delà, [la prêtrise] lui ayant été donnée à lui et à sa descendance après lui ; ainsi le laisse entendre le Sifri : "c'est pourquoi dis : voici, je lui donne [mon alliance de paix]" — cela enseigne qu'issus de lui se levèrent, dans la première construction, 18 kohanim prophètes, et dans la seconde construction 80 kohanim. Et "première construction" désigne [la période] depuis le Michkan et au-delà, jusqu'à l'exil du pays. De même il y a dans le Yerushalmi : "au début, quand servaient lui, son fils et le fils de son fils, servirent 18 kohanim". Et ce que l'on dit ici dans notre sougya : "c'est le Premier Temple qui tint 410 ans et n'y servirent que 18", c'est parce qu'il veut dire "le Second Temple qui tint 420 ans et y servirent près de 300" ; il retient donc aussi le compte du Premier Temple. Toutefois ces 18 kohanim n'ont pas tous servi durant le Premier Temple, et voici le sens : "y servirent 18", c'est-à-dire que des kohanim y servirent au point de compléter le total de 18 avec ceux qui avaient servi auparavant. Et de même j'ai trouvé dans Divrei ha-Yamim : Elazar, Pin'has, Avichoua, Bouki, Ouzi, Zerahia, Merayot, Amaria, Ahitouv, Tzadok, Ahimaatz, Azaria, Yo'hanan, Azaria, Amaria, Ahitouv, Tzadok, Chaloum, Hilkia, Azaria, Seraya, Yehotzadak — soit, d'Avichoua fils de Pin'has jusqu'à Seraya, 18 kohanim, Seraya non compris (car Seraya fut exilé lors de l'exil de Yekhonia et n'est pas compté parmi ces 18) — on ne compte que ceux qui servirent toute leur vie ; mais Seraya, exilé avec Yekhonia comme il est dit à la fin de Melakhim, et Yehotzadak, exilé avec Tzidkiyahou, ne sont pas comptés. Et Rabbi Yaakov de [...] nous dit au nom de R. Yekoutiel ha-Levi de Worms que cet Azaria n'était pas du temps de Chelomo, mais que c'est l'Azaria du temps de Ouziyahou : parce qu'il donna sa vie pour le service du Temple quand Ouziya vint y officier et l'invectiva, comme il est écrit dans Divrei ha-Yamim (II Ch 26), il fut appelé de son nom [en tête] — cela lui convient. Et j'ai retrouvé ainsi dans le commentaire de Divrei ha-Yamim qu'ont expliqué les disciples de Rav Saadia, de mémoire bénie. Quant à ce que le Sifri affirme qu'au Second Temple il y eut 80 kohanim — et le Yerushalmi le dit aussi, l'un disant 81, l'autre 82, l'autre 83 — tandis que dans notre sougya on dit 300, on peut répondre : là-bas on ne compte que les kohanim issus de Pin'has.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי דִכְתִיב : (מִשְׁלֵי י, כז) " יִרְאַת ה' תּוֹסִיף יָמִים וּשְׁנוֹת רְשָׁעִים תִּקְצֹרְנָה ". הַקֻּושְׁיָא שֶׁל מַאי דִכְתִיב פְּשׁוּטָה כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרִי"ף זַ"ל דְּפָתַח בַּיָּמִים וְסִיֵּים בִּשְׁנַיִם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה כִּי כֹּהֵן גָּדוֹל עִיקַּר מַעֲלָתוֹ וּמֶמְשַׁלְתּוֹ הוּא יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה שֶׁהוּא יוֹם הַכִּיפּוּרִים דְּאֵין הָעֲבוֹדָה כְּשֵׁרָה אֶלָּא בּוֹ בִּלְבַד, אֲבָל בִּשְׁאָר הַשָּׁנָה הָעֲבוֹדָה כְּשֵׁרָה בּוֹ וּבְכָל הַכֹּהֲנִים בְּשָׁוֶה, וְלָכֵן כְּדֵי לְהוֹדִיעֵנוּ שֶׁהוּא מְדַבֵּר בְּכֹהֲנִים גְּדוֹלִים נָקֵיט יָמִים וְלָא נָקֵיט שְׁנַיִם כִּי מֶמְשֶׁלֶת כֹּהֲנִים הִיא לְמִסְפַּר יָמִים שֶׁהֵם שֶׁל יְמוֹת הַכִּיפּוּרִים שֶׁבְּכָל הַשָּׁנִים, וּבְבַיִת רִאשׁוֹן לִהְיוֹתָם צַדִּיקִים גְּמוּרִים הָיוּ מוֹסִיפִים יָמִים דְּהַיְינוּ יֵצֵא בְּשָׁלוֹם בְּיוֹם כִּיפּוּר זֶה בִּצְדָקוֹת וּכְשֵׁרוֹת יִזְכֶּה לְיוֹם כִּיפּוּר שֶׁל שָׁנָה הַבָּאָה וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ. אַךְ שְׁנוֹת רְשָׁעִים תְּקַצֵּרְנָה כִּי בְּבַיִת שֵׁנִי שֶׁעָמַד אַרְבַּע מֵאוֹת וְעֶשְׂרִים שָׁנָה תּוֹצִיא מֵהֶם קמ"א שָׁנִים לְאַרְבָּעָה כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים [שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק 40+יוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל 80+יִשְׁמָעֵאל בֶּן פִּיאָבִי 10 אוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן חַרְסוֹם 11=441] נִשְׁאַר רנ"ט שָׁנִים לְשָׁלֹשׁ מֵאוֹת כֹּהֲנִים אִם כֵּן נִזְדַּמֵּן שֶׁבְּשָׁנָה אַחַת נִתְמַנּוּ בָּהּ שְׁלֹשָׁה וְאַרְבָּעָה כֹּהֲנִים, זֶה נִתְמַנָּה שְׁנֵי חֳדָשִׁים וּמֵת וּמִינּוּ אַחֲרָיו וְגַם זֶה מֵת אַחַר חֹודֶשׁ אוֹ שְׁנֵי חֳדָשִׁים, וְכֵן הַשְּׁאָר, נִמְצָא יֵשׁ שֶׁאֲפִילּוּ לִכְלַל שָׁנָה שְׁלֵימָה לֹא הִגִּיעוּ! וְזֶהוּ שְׁנוֹת רְשָׁעִים תִּקְצֹרְנָה. וְשָׁאַל וְכָל כָּךְ לָמָּה? פֵּירוּשׁ לָמָּה פָּגְעָה בָּהֶם מִדַּת הַדִּין כָּל כָּךְ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם שֶׁלֹּא נִשְׁאֲרוּ בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה אֲפִילּוּ חֲצִי שָׁנָה, וְכִי הֲיִתָּכֵן שֶׁהָיוּ כָּל כָּךְ רְשָׁעִים? וּמְשַׁנֵּי לְפִי שֶׁהָיוּ לוֹקְחִים אוֹתָהּ בְּדָמִים רוֹצֶה לוֹמַר אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה לָהֶם יִרְאַת שָׁמַיִם עִם כָּל זֶה כֵּיוָן דְּלוֹקְחִים אוֹתָהּ בְּדָמִים לֹא הָיְתָה מְסֻומֶּנֶת בְּיָדָם וְלֹא הִצְלִיחוֹ בָּהּ שֶׁהָיוּ נֶעֱנָשִׁים בַּעֲבוּר זֹאת שֶׁחִלְּלוּ קְדֻושַּׁת כְּהֻונָּה גְּדוֹלָה לִקְנוֹתָהּ בְּדָמִים!
Que signifie ce qui est écrit (Michle 10:27) : "La crainte de l'Éternel prolonge les jours, mais les années des méchants seront abrégées". La question du "que signifie ce qui est écrit" est simple, comme l'écrit le Rif : le verset ouvre par "les jours" et conclut par "les années" [pourquoi ce changement] ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens est le suivant : le kohen gadol tient sa dignité et son pouvoir essentiels d'un seul jour dans l'année, Yom Kippour, car le service [de ce jour] n'est valide que par lui seul ; mais le reste de l'année, le service est valide par lui et par tous les kohanim indistinctement. C'est pourquoi, pour nous signifier qu'il parle des Cohanim Gedolim, [le verset] retient "les jours" et non "les années" : car le pouvoir des kohanim [gedolim] se compte au nombre des jours, ceux des Yom Kippour de toutes les années. Au Premier Temple, étant de parfaits justes, ils "ajoutaient des jours" : celui qui sortait en paix de ce Yom Kippour, avec droiture et validité, méritait le Yom Kippour de l'année suivante, et ainsi de suite. Mais "les années des méchants seront abrégées" : au Second Temple, qui tint 420 ans, retires-en 141 années pour quatre Cohanim Gedolim [Chimon le Juste 40 + Yo'hanan Cohen Gadol 80 + Yishmael ben Piabi 10 ou Rabbi Elazar ben Harsom 11], il reste 259 années pour trois cents kohanim ! Il se trouve donc que, une même année, on en institua trois et quatre : celui-ci nommé deux mois puis mort, on nomme après lui, et celui-là aussi mort après un mois ou deux, et ainsi de suite — au point que certains n'ont même pas atteint une année entière ! C'est cela "les années des méchants seront abrégées". Et [la guemara] demande : pourquoi donc tout cela ? c'est-à-dire, pourquoi la mesure de la justice (midat ha-din) les a-t-elle frappés à ce point, certains ne restant même pas une demi-année dans la grande prêtrise ? Étaient-ils vraiment si méchants ? Et elle répond : parce qu'ils l'acquéraient à prix d'argent (be-damim) — c'est-à-dire, même s'ils avaient la crainte du Ciel, du fait qu'ils l'achetaient à prix d'argent elle ne leur était pas assurée et ils n'y réussissaient pas, étant punis d'avoir profane la sainteté de la grande prêtrise en l'achetant à prix d'argent !
💡 Explication

Nouvelle sougya aggadique, amenée par le thème des Cohanim Gedolim souvent remplacés. Rabbi Yo'hanan lit le verset de Michle 10:27 comme une clé historique : la longévité du service au Temple mesure la crainte de Dieu.

Premier volet : "la crainte de l'Éternel prolonge les jours" = le Premier Temple, 410 ans, seulement 18 Cohanim Gedolim — donc de longs mandats, signe de leur droiture. Tossefot va discuter en détail ce chiffre de 18.

🖼️ Schéma
Deux Temples, deux versets (Michle 10:27) yirat H tosif yamim ve-shnot reshaim tikatzarna -- la crainte de Dieu prolonge les jours, les années des méchants sont abrégées. yirat H tosif yamim = Premier Temple (Mikdash Rishon) 410 ans 18 Cohanim Gedolim Mandats longs = tsadikim. Moyenne : ~23 ans par kohen. La crainte de Dieu prolonge la durée du service. ve-shnot reshaim tikatzarna = Second Temple (Mikdash Sheni) 420 ans plus de 300 CG Mandats très courts. Moyenne : moins d'un an chacun. Cause (Ben Yehoyada) : la grande prêtrise était achetée à prix d'argent.
Les deux Temples opposés par le verset : longévité contre brièveté des mandats.
5
״וּשְׁנוֹת רְשָׁעִים תְּקַצֵּרְנָה״ זֶה מִקְדָּשׁ שֵׁנִי, שֶׁעָמַד אַרְבַּע מֵאוֹת וְעֶשְׂרִים שָׁנָה וְשִׁמְּשׁוּ בּוֹ יוֹתֵר מִשְּׁלֹשׁ מֵאוֹת כֹּהֲנִים. צֵא מֵהֶם אַרְבָּעִים שָׁנָה שֶׁשִּׁמֵּשׁ שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק, וּשְׁמוֹנִים שֶׁשִּׁמֵּשׁ יוֹחָנָן כֹּהֵן גָּדוֹל, עֶשֶׂר שֶׁשִּׁמֵּשׁ יִשְׁמָעֵאל בֶּן פִּאָבִי, וְאָמְרִי לַהּ אַחַת עֶשְׂרֵה שֶׁשִּׁמֵּשׁ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן חַרְסוֹם, מִכָּאן וְאֵילָךְ צֵא וַחֲשֹׁוב: כָּל אֶחָד וְאֶחָד לֹא הוֹצִיא שְׁנָתוֹ.

"Mais les années des méchants seront abrégées" : c'est le Second Temple, qui a tenu quatre cent vingt ans et dans lequel ont servi plus de trois cents Cohanim Gedolim. Retires-en les quarante ans qu'a servis Chimon le Juste, les quatre-vingts qu'a servis Yo'hanan le Cohen Gadol, les dix qu'a servis Yishmael ben Pavi — et certains disent les onze qu'a servis Rabbi Elazar ben Harsom — à partir de là, sors et calcule : chacun d'entre eux n'a pas achevé son année [de service].

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ עָלָיו עַל רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן קִמְחִית , שֶׁהָיָה חוֹפֵן אַרְבַּעַת קַבִּין בִּמְלוֹא חָפְנָיו. פֵּירֵשׁ מָהַרְשָׁ"א זֶה הוּא רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן פִּאָבִי הַנִּזְכָּר לְעֵיל בְּפֶרֶק קַמָּא (דַּף ט.) בְּכֹהֲנִים שֶׁשִּׁמְּשׁוּ בְּבַיִת שֵׁנִי אַךְ לְעֵיל קָרְאוּ אוֹתוֹ עַל שֵׁם אָבִיו וְכָאן עַל שֵׁם אִמּוֹ מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְאַסּוֹקֵי מִלְּתָא דְּאִמּוֹ זָכְתָה לְכָךְ לְשִׁבְעָה בָּנִים כֹּהֲנִים גְּדוֹלִים עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לְדִבְרֵי מָהַרְשָׁ"א זַ"ל כִּי תְּחִילָּה כַּאֲשֶׁר מִינּוּ אוֹתוֹ קָרְאוּ אוֹתוֹ עַל שֵׁם אָבִיו כַּנָּהוּג דַּעֲדַייִן לֹא יָדְעוּ זְכוּת אִמּוֹ שֶׁגָּרַם לוֹ גְּדוֹלָה זוֹ אַךְ אַחַר שֶׁחָקְרוּ וְדָרְשׁוּ מֵאִמּוֹ עַל בָּנֶיהָ יָדְעוּ שֶׁזְּכוּת אִמּוֹ גָּרַם לְכָךְ הָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ תָּמִיד עַל שֵׁם אִמּוֹ.
On a dit de lui, de Rabbi Yishmael ben Kimhit, qu'il pouvait prendre quatre kavin dans le creux de ses mains jointes. Le Maharcha explique : c'est le Rabbi Yishmael ben Pavi mentionné plus haut dans le premier chapitre (fol. 9a) parmi les kohanim qui servirent au Second Temple ; mais plus haut on l'a appelé du nom de son père, et ici du nom de sa mère, parce qu'[ici la guemara] veut conclure à propos de sa mère, qui mérita d'avoir sept fils Cohanim Gedolim — vois-y. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, une raison aux propos du Maharcha : au début, lorsqu'on le nomma, on l'appela du nom de son père selon l'usage, car on ne connaissait pas encore le mérite de sa mère qui lui valut cette grandeur ; mais après qu'on eut enquête et interrogé la mère sur ses fils, et que l'on sut que c'était le mérite de sa mère qui l'avait valu, on l'appelait toujours du nom de sa mère.
💡 Explication

Second volet du verset : "les années des méchants seront abrégées" = le Second Temple, 420 ans, mais plus de 300 Cohanim Gedolim.

Le calcul est saisissant : on retire les quatre justes à longs mandats (40 + 80 + 10, ou 11) ; les ~280 années restantes doivent se partager entre ~296 kohanim. Conclusion : chacun n'a même pas terminé une seule année de service. La brièveté devient la preuve visible d'une prêtrise dévoyée — acquise, selon le Ben Yehoyada, à prix d'argent.

🖼️ Schéma
Second Temple : le calcul (seg. 4) 420 ans, plus de 300 Cohanim Gedolim. On soustrait les quatre justes à longs mandats, puis on compte le reste. Total : 420 ans / > 300 kohanim Chimon ha-Tsadik : 40 ans Yo'hanan Cohen Gadol : 80 ans Yishmael ben Pavi : 10 ans (autre version) R. Elazar ben Harsom : 11 ans Sous-total retiré : 130 ans (ou 141 avec la variante) Reste : ~280 ans pour ~296 kohanim -> chacun (kol ehad ve-ehad) n'a pas achevé son année de service : shnot reshaim tikatzarna.
Le calcul détaillé : soustraire les quatre justes, mesurer l'écrasement du reste.
6
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן תּוֹרְתָּא: מִפְּנֵי מֶה חָרְבָה שִׁילֹה — מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ בָּהּ שְׁנֵי דְבָרִים: גִּלּוּי עֲרָיוֹת, וּבִזָּיוֹן קָדָשִׁים. גִּלּוּי עֲרָיוֹת דִּכְתִיב: ״וְעֵלִי זָקֵן מְאֹד וְשָׁמַע אֵת כָּל אֲשֶׁר יַעֲשׂוּן בָּנָיו לְכָל יִשְׂרָאֵל וְאֵת אֲשֶׁר יִשְׁכְּבוּן אֶת הַנָּשִׁים הַצֹּובְאוֹת פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד״. וְאַף עַל גַּב דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כָּל הָאוֹמֵר בְּנֵי עֵלִי חָטְאוּ אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה, מִתּוֹךְ

Rabbi Yo'hanan ben Torta dit : pour quelle raison Chilo fut-elle détruite ? Parce qu'il s'y trouvait deux choses : la débauche (gilouy arayot) et le mépris des choses saintes (bizayon kodashim).

La débauche, comme il est écrit : "Or Eli était très âgé, et il entendit tout ce que ses fils faisaient à tout Israël, et qu'ils couchaient avec les femmes qui s'assemblaient à l'entrée de la tente d'assignation" (I Samuel 2:22-23). Et bien que Rabbi Chmouel bar Nahmani ait dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque dit que les fils d'Eli ont péché n'est que dans l'erreur — du fait que

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ שָׁם שְׁנֵי דְּבָרִים, גִּלּוּי עֲרָיוֹת וּבִזּוּי קָדָשִׁים. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁסִּיבְּבוּ ב' דְּבָרִים אֵלּוּ חֻרְבָּן לְשִׁילֹה כִּי חֶלְקוֹ שֶׁל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה שֶׁהוּא צַדִּיק יְסוֹד עוֹלָם וְגֶדֶר עַצְמוֹ מִן הָעֶרְוָה בְּיוֹתֵר וְלָכֵן חֵטְא זֶה שֶׁל גִּילּוּי עֲרָיוֹת גָּרַם חֻרְבָּן לַמָּקוֹם הַהוּא. גַּם אוֹתוֹ מָקוֹם זָכָה לַאֲכִילַת קָדָשִׁים מַה שֶׁלֹּא זָכָה שׁוּם מָקוֹם בָּזֹאת אֲפִילּוּ הַר הַמּוֹרִיָּה שֶׁהָיוּ אוֹכְלִין שָׁם קָדָשִׁים בְּכָל הָרוֹאֶה וְזֶה הָיָה גַּם כֵּן בִּזְכוּת יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה וְאַחַר כִּי הקב"ה כִּיבֵּד אֶת הַמָּקוֹם שֶׁל שִׁילֹה בַּאֲכִילַת קָדָשִׁים יוֹתֵר מִשְּׁאָר מְקוֹמוֹת וְהֵם חֲלָלוֹ הַקֳּדָשִׁים בּוֹ לְכָךְ נֶחֱרַב.
Parce qu'il y avait là deux choses, la débauche (gilouy arayot) et le mépris des choses saintes (bizouy kodashim). Il me semble, avec l'aide du Ciel, une raison pour laquelle ces deux choses précisément causèrent la ruine de Chilo : parce que la part de Yosef ha-Tsadik — lui qui est le juste, fondement du monde (yesod olam), et qui s'est gardé de la débauche plus que tout autre — [s'y trouvait] ; c'est pourquoi cette faute de gilouy arayot causa la destruction de ce lieu. De même, ce lieu mérita la consommation des kodashim comme aucun autre lieu ne le mérita — pas même le mont Moriah — car on y mangeait les kodashim "partout d'où on l'aperçoit" (be-khôl ha-roeh) ; et cela aussi par le mérite de Yosef ha-Tsadik. Et puisque le Saint béni soit-Il honora le lieu de Chilo par la consommation des kodashim plus que les autres lieux, et qu'ils y profanèrent les kodashim, c'est pour cela qu'elle fut détruite.
💡 Explication

Nouvelle sougya (aggada) sur les fautes qui détruisent le sanctuaire. Rabbi Yo'hanan ben Torta enseigne que Chilo (le sanctuaire d'avant Yerushalayim) fut détruite pour deux fautes : la gilouy arayot (débauche) et le bizayon kodashim (mépris des offrandes saintes).

Pour la débauche, le verset des fils d'Eli. La guemara anticipe aussitôt une objection : Rabbi Yo'hanan (via R. Chmouel bar Nahmani) enseigne ailleurs que "dire que les fils d'Eli ont péché [charnellement] est une erreur" — leur faute réelle étant d'avoir tardé à offrir les sacrifices des femmes. Le passage s'interrompt ici et se poursuit au verso (9b).

🖼️ Schéma
Pourquoi Chilo fut-elle détruite ? (R. Yo'hanan ben Torta) Deux fautes présentes à Chilo Gilouy arayot (débauche) Verset des fils d'Eli (I Samuel 2:22) objection R. Yo'hanan -> 9b Bizayon kodashim (mépris des choses saintes) Chilo mangeait les kodashim plus que tout autre lieu. Ben Yehoyada : Chilo est dans la part de Yosef ha-Tsadik, qui se garda de la débauche et mérita l'abondance des kodashim ; profaner ces deux dons entraîna sa destruction.
Les deux fautes de Chilo, et leur lien (Ben Yehoyada) avec la part de Yosef ha-Tsadik.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).