Sougya : Le daf s'ouvre en achevant la sougya du demai : pourquoi les boulangers de la chambre des Parhedrin sont-ils dispensés de prélever sur le blé acheté à un am ha-aretz ? Part par part — terouma gedola (déjà prélevée par l'am ha-aretz), maaser rishon et maaser ani (biens monétaires : ha-motzi me-havero alav ha-raaya), et enfin maaser sheni, dont Oulla explique l'exemption : les officiers royaux (Parhedrin) harcèlent les boulangers toute l'année en exigeant des prix bas, aussi les Sages ne les ont-ils pas surchargés.
La guemara bascule alors dans l'aggada avec Rabbi Yo'hanan lisant Michle 10:27 sur les deux Temples : "la crainte de l'Éternel prolonge les jours" vise le Premier Temple (410 ans, seulement 18 Cohanim Gedolim, longs mandats de justes) ; "les années des méchants seront abrégées" vise le Second Temple (420 ans, plus de 300 CG). Le calcul, après avoir retiré les quatre justes à longs mandats (Chimon le Juste, Yo'hanan CG, Yishmael ben Pavi, R.
Elazar ben Harsom), montre que chacun des autres n'a pas même achevé son année : selon le Ben Yehoyada, parce que la grande prêtrise était alors achetée à prix d'argent. Le daf s'achève en amorçant l'enseignement de Rabbi Yo'hanan ben Torta sur la ruine de Chilo, due à deux fautes — la débauche (gilouy arayot) et le mépris des choses saintes (bizayon kodashim) — la discussion se poursuivant au verso.
[Yo'hanan le Cohen Gadol dispensa les boulangers] parce qu'il avait envoyé [des émissaires] dans tous les territoires d'Israël, et avait vu que l'on ne prélevait rien d'autre que la terouma gedola seule.
La sougya achève la discussion sur le demai (produit dont on doute qu'il ait été dîme). Yo'hanan le Cohen Gadol avait décrété que celui qui achète des fruits à un am ha-aretz (personne peu rigoureuse sur les dîmes) doit s'en inquiéter et prélever lui-même les dîmes.
Mais il avait constaté en enquêtant que l'am ha-aretz prélève déjà la terouma gedola (la part offerte au kohen). Voilà pourquoi les boulangers qui lui achètent du blé n'ont pas à s'en soucier : ce prélèvement-là, on peut le tenir pour fait.
Le maaser rishon (première dîme) et le maaser ani (dîme du pauvre) non plus [ne sont pas exigés du boulanger], car ha-motzi me-havero alav ha-raaya (la charge de la preuve incombe à celui qui réclame à autrui). Mais le maaser sheni (seconde dîme) ?
Qu'ils le prélèvent, qu'ils le montent et qu'on le mange à Yerushalayim !
La guemara passe en revue les autres prélèvements. Le maaser rishon (au Levi) et le maaser ani (au pauvre) sont des biens monétaires, non sacrés : sur un simple doute, le Levi ou le pauvre ne peut rien exiger, car ha-motzi me-havero alav ha-raaya — c'est au demandeur de prouver son droit. Le boulanger est donc dispensé.
Reste le maaser sheni, qui est sacré : logiquement il faudrait le prélever, le monter à Yerushalayim et l'y consommer — d'autant que le boulanger n'y perd rien puisqu'il le mange lui-même. Pourquoi alors l'en exempter ? La question reste ouverte jusqu'à la réponse de Oulla.
Oulla dit : du fait que ces Parhedrin les frappent [les pressent] tout au long des douze mois en leur disant : Vendez bon marché ! Vendez bon marché ! — les Sages ne les ont pas chargés [d'un fardeau supplémentaire].
Qu'est-ce que les Parhedrin ? Des poursei (officiers du roi).
Réponse de Oulla pour le maaser sheni. Les Parhedrin — officiers royaux renouvelés chaque année — harcèlent les boulangers douze mois durant en leur imposant de vendre à bas prix. S'ils devaient en plus prélever le maaser sheni et le monter à Yerushalayim, ils ne pourraient pas répercuter cette charge sur leurs prix.
Comme le statut présumé (hazaka) du blé est qu'il a été dîme, et que dîmer le demai n'est qu'une rigueur, les Sages n'ont pas voulu surcharger (lo atrehounhou) les boulangers. La guemara glose ensuite le mot étranger Parhedrin = poursei, officiers du roi.
Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : que signifie ce qui est écrit — "La crainte de l'Éternel prolonge les jours, mais les années des méchants seront abrégées" (Michle 10:27) ? "La crainte de l'Éternel prolonge les jours" : c'est le Premier Temple, qui a tenu quatre cent dix ans, et dans lequel n'ont servi que dix-huit Cohanim Gedolim ;
Nouvelle sougya aggadique, amenée par le thème des Cohanim Gedolim souvent remplacés. Rabbi Yo'hanan lit le verset de Michle 10:27 comme une clé historique : la longévité du service au Temple mesure la crainte de Dieu.
Premier volet : "la crainte de l'Éternel prolonge les jours" = le Premier Temple, 410 ans, seulement 18 Cohanim Gedolim — donc de longs mandats, signe de leur droiture. Tossefot va discuter en détail ce chiffre de 18.
"Mais les années des méchants seront abrégées" : c'est le Second Temple, qui a tenu quatre cent vingt ans et dans lequel ont servi plus de trois cents Cohanim Gedolim. Retires-en les quarante ans qu'a servis Chimon le Juste, les quatre-vingts qu'a servis Yo'hanan le Cohen Gadol, les dix qu'a servis Yishmael ben Pavi — et certains disent les onze qu'a servis Rabbi Elazar ben Harsom — à partir de là, sors et calcule : chacun d'entre eux n'a pas achevé son année [de service].
Second volet du verset : "les années des méchants seront abrégées" = le Second Temple, 420 ans, mais plus de 300 Cohanim Gedolim.
Le calcul est saisissant : on retire les quatre justes à longs mandats (40 + 80 + 10, ou 11) ; les ~280 années restantes doivent se partager entre ~296 kohanim. Conclusion : chacun n'a même pas terminé une seule année de service. La brièveté devient la preuve visible d'une prêtrise dévoyée — acquise, selon le Ben Yehoyada, à prix d'argent.
Rabbi Yo'hanan ben Torta dit : pour quelle raison Chilo fut-elle détruite ? Parce qu'il s'y trouvait deux choses : la débauche (gilouy arayot) et le mépris des choses saintes (bizayon kodashim).
La débauche, comme il est écrit : "Or Eli était très âgé, et il entendit tout ce que ses fils faisaient à tout Israël, et qu'ils couchaient avec les femmes qui s'assemblaient à l'entrée de la tente d'assignation" (I Samuel 2:22-23). Et bien que Rabbi Chmouel bar Nahmani ait dit au nom de Rabbi Yo'hanan : quiconque dit que les fils d'Eli ont péché n'est que dans l'erreur — du fait que
Nouvelle sougya (aggada) sur les fautes qui détruisent le sanctuaire. Rabbi Yo'hanan ben Torta enseigne que Chilo (le sanctuaire d'avant Yerushalayim) fut détruite pour deux fautes : la gilouy arayot (débauche) et le bizayon kodashim (mépris des offrandes saintes).
Pour la débauche, le verset des fils d'Eli. La guemara anticipe aussitôt une objection : Rabbi Yo'hanan (via R. Chmouel bar Nahmani) enseigne ailleurs que "dire que les fils d'Eli ont péché [charnellement] est une erreur" — leur faute réelle étant d'avoir tardé à offrir les sacrifices des femmes. Le passage s'interrompt ici et se poursuit au verso (9b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).