Yoma 8b — deux Cohanim retirés sept jours (kedusha vs tahara), le calendrier des aspersions et le 4e jour vain (la parade de Rava), puis Balvatei vs Parhedrin et le demai des boulangers

Yoma 8b

Sougya : Le daf poursuit la comparaison, ouverte en 8a, entre deux Cohanim mis à l'écart sept jours : le Cohen Gadol avant Yom Kippour (perisha pour la kedusha, ses collègues peuvent le toucher) et le Cohen qui brûle la para aduma (perisha pour la tahara, nul ne le touche). La baraita ne pouvant être que de R.

Meir ou R. Yossi (car R.

Chanina segan ajoutait la différence d'aspersion), R. Yossi b'R.

Chanina analyse alors l'aspersion (haza'a) du Cohen de la para tous les sept jours : chaque jour couvre un doute (3e ou 7e de la tum'a), mais le 4e jour est structurellement vain — ni 3e ni 7e efficace. La Guemara répond que l'aspersion, étant un chevout, ne se fait de toute façon jamais le Chabbat ; d'où la solution de Rava : pour le Cohen de la para (dont la date dépend de nous), on le retire un mercredi afin que son 4e jour vain coïncide avec le Chabbat et qu'on ne perde qu'un seul jour, contrairement au Cohen Gadol dont la date (3 Tichri) est fixée par le calendrier.

La sougya passe ensuite au nom de la chambre : R. Yehouda explique que la lishkat Balvatei (nom honorifique du temps de Chimon HaTzaddik) devint lishkat Parhedrin quand la Kehouna Guedola, monnayée, changeait de titulaire chaque année.

Un enchaînement associatif amène enfin la michna du demai : les boulangers (nachtomin) ne prélèvent que la teroumat ma'asser et la halla, la longue Tossefot déployant tout le débat du Yerouchalmi (tahara/tum'a, mida daka/gassa, Beit Chammai, mei perot) sur ce statut allégé.

Deux Cohanim mis à l'écart (perisha) : pourquoi et en quoi diffèrent-ils ? Les deux sont retirés sept jours. La baraita n'énumère que les différences qui marquent une supériorité (ma'ala). COHEN GADOL (Yom Kippour) COHEN qui brûle la PARA ADUMA But de la perisha Kedusha (sainteté) Entrer au camp de la Chekhina, l'esprit grave, l'awe qui vient de l'isolement. Tahara (pureté) Le rendre stringent : on le rend impur le jour même (contre les Tzedukim). Contact des Cohanim Ils PEUVENT le toucher Ils NE peuvent PAS le toucher Aspersion (haza'a) 3e et 7e jour seulement Tous les sept jours (différence citée par R. Chanina segan) (par doute sur le jour de tum'a) De qui est cette baraita ? R. Meir OU R. Yossi. Car si c'était R. Chanina segan hakohanim, il y aurait AUSSI la différence d'aspersion (haza'a) — or il ne l'énumère pas ; il ne retient que kedusha/tahara et le contact. Donc : R. Meir ou R. Yossi.
Les deux Cohanim retirés sept jours : buts opposés (kedusha vs tahara), contact, aspersion, et de qui relève la baraita.
Les sept aspersions du Cohen de la para : le 4e jour est vain L'aspersion des eaux de purification se fait au 3e et au 7e jour de la tum'a. On ignore quand il fut rendu impur : on couvre tous les cas. Jour 1peut être 3e Jour 2peut être 3e Jour 3peut être 3e Jour 4ni 3e ni 7eVAIN Jour 5peut être 7e Jour 6peut être 7e Jour 7peut être 7e Le 3e jour de tum'a ne peut tomber que J1-J3 (impur au plus tôt juste avant la perisha). Le 7e jour de tum'a ne peut tomber que J5-J7. J4 : trop tard pour un 3e, trop tôt pour un 7e (et un 7e sans 3e ne vaut rien). Objection : y a-t-il vraiment aspersion les 7 jours ? L'aspersion est un chevout ! L'aspersion (haza'a) ne repousse pas le Chabbat (interdit rabbinique de repos). Donc de toute façon un jour saute. Réponse : on dit "sept jours SAUF le Chabbat" ; de même ici "sept jours SAUF le 4e". La clé de Rava : faire coïncider le jour vain (le 4e) avec le Chabbat, pour ne perdre qu'UN jour. Cohen de la para : ça dépend de nous Cohen Gadol : ça ne dépend pas de nous Sa date n'est pas fixe : on le retire un MERCREDI (4e jour de la semaine) pour que son 4e jour tombe un Chabbat. Le jour vain et le Chabbat fusionnent : une seule aspersion perdue au lieu de deux. Sa date dépend de la néoménie (kevi'a de-yarcha) : perisha le 3 Tichri, quel que soit le jour de la semaine. On ne peut rien arranger : le 4e vain et le Chabbat restent deux pertes distinctes.
Le calendrier des sept aspersions : le 4e jour est structurellement vain ; la parade de Rava le fait coïncider avec le Chabbat.
Pourquoi "lishkat Parhedrin" et non "lishkat Balvatei" ? (R. Yehouda) À l'origine : lishkat BALVATEI "Balvatei" = les grands, les dignitaires. Du temps de Chimon HaTzaddik, qui vécut longtemps : nom honorifique, digne. Un Cohen Gadol stable, honoré. Ensuite : lishkat PARHEDRIN "Parhedrin" = fonctionnaires du roi, remplacés chaque année. On achetait la Kehouna à prix d'argent ; indignes, ils ne passaient pas l'an, remplacés tous les 12 mois, comme ces parhedrin. Glissement : de la lishka au demai (les nachtomin) À propos de cette lishka, la Guemara enchaîne sur une michna du traité Demai : les boulangers (nachtomin) qui achètent le blé d'un am ha'aretz pour vendre du pain ne sont tenus de prélever QUE la teroumat ma'asser (1/100) et la halla — non le ma'asser cheni (trop pénible à monter à Jérusalem). La suite discute ce statut allégé.
Balvatei -> Parhedrin : la dégradation du nom de la chambre, puis le passage à la sougya du demai (les boulangers).
1
שֶׁזֶּה פְּרִישָׁתוֹ לִקְדֻושָּׁה וְאֶחָיו הַכֹּהֲנִים נוֹגְעִין בּוֹ, וְזֶה פְּרִישָׁתוֹ לְטָהֳרָה וְאֵין אֶחָיו הַכֹּהֲנִים נוֹגְעִין בּוֹ. כְּמַאן — אוֹ רַבִּי מֵאִיר אוֹ רַבִּי יוֹסֵי. דְּאִי רַבִּי חֲנִינָא סְגַן הַכֹּהֲנִים — הָא אִיכָּא נָמֵי הָא.

...car la mise à l'écart de celui-ci (le Cohen Gadol) est pour la sainteté (kedusha), et ses frères les Cohanim peuvent le toucher ; tandis que la mise à l'écart de celui-là (le Cohen qui brûle la para) est pour la pureté (tahara), et ses frères les Cohanim ne peuvent pas le toucher. De qui [relève cette baraita] ?

Ou bien de Rabbi Meir, ou bien de Rabbi Yossi. Car si c'était de Rabbi Chanina, l'adjoint des Cohanim (segan ha-kohanim), il y aurait aussi ceci [une autre différence].

📜 Rachi (3)
שֶׁזֶּה פְּרִישָׁתוֹ לִקְדֻושָּׁה לִיכָּנֵס לְמַחֲנֵה שְׁכִינָה וְלֹא יְהֵא לִבּוֹ זָחָה עָלָיו וִיהֵא נִבְדָּל מִכָּל קַלּוּת רֹאשׁ שֶׁחָלָה עָלָיו אֵימָה בְּהַבְדָּלָתוֹ מִן הַבְּרִיּוֹת:
Que la mise à l'écart de celui-ci est pour la sainteté — pour entrer dans le camp de la Chekhina, que son cœur ne s'enorgueillisse pas sur lui, et qu'il soit séparé de toute légèreté d'esprit (kalout roch), l'awe (eima) le saisissant du fait de sa séparation d'avec les gens.
וְזֶה פְּרִישָׁתוֹ לְטָהֳרָה לְהַחְמִיר בְּטָהֳרָתוֹ מִפְּנֵי קַל שֶׁעוֹשִׂין בּוֹ לְטַמְּאוֹ בּוֹ בַּיּוֹם לְהַטְבִּילוֹ לְהוֹצִיא מִלִּבָּן שֶׁל צַדּוּקִים לָכֵן הֶחְמִירוּ בְּטָהֳרָתוֹ שֶׁלֹּא יְהֵא אָדָם נוֹגֵעַ בּוֹ:
Et que la mise à l'écart de celui-là est pour la pureté — pour être stringent dans sa pureté, à cause de la légèreté (kal) que l'on pratique à son égard : le rendre impur ce jour-là même pour l'immerger, afin de réfuter l'opinion des Tzedukim (Sadducéens) ; c'est pourquoi ils furent stringents dans sa pureté, que nul homme ne le touche.
הָא אִיכָּא נַמֵּי הַאי שֶׁזֶּה מַזִּין עָלָיו כָּל שִׁבְעָה וְזֶה אֵין מַזִּין עָלָיו כָּל שִׁבְעָה:
Il y a aussi celui-ci — [à savoir] que sur celui-là on asperge tous les sept jours et sur celui-ci on n'asperge pas tous les sept jours.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִי ר' חֲנִינָא סְגַן הַכֹּהֲנִים הָא אִיכָּא נָמֵי הָא תֵּימַהּ לִי אַכַּתִּי אִיכָּא נָמֵי שֶׁזֶּה פּוֹרֵשׁ לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין וְזֶה פּוֹרֵשׁ לַלִּשְׁכָּה שֶׁעַל פְּנֵי הַבִּירָה י"ל דְּלָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא מִילְּתָא דַּחֲשִׁיבוּתָא שֶׁיֵּשׁ מַעֲלָה בָּזֶה מְבַזֶּה אֲבָל מַה שֶׁזֶּה פּוֹרֵשׁ לַלִּשְׁכָּה זוֹ וְזֶה פּוֹרֵשׁ לַלִּשְׁכָּה זוֹ לָאו מִילְּתָא דַּחֲשִׁיבוּתָא הוּא בְּהַאי טְפֵי מִבְּהַאי אִי נָמֵי נ"ל לְפָרֵשׁ דִּתְרֵי מִילֵּי קָחֲשִׁיב שֶׁזֶּה פְּרִישָׁתוֹ לִקְדֻושָּׁה דְּהַייְנוּ לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין שֶׁהָיְתָה בְּנוּיָה בַּקֹּודֶשׁ וַאֲפִילּוּ את"ל שֶׁהָיְתָה פְּתוּחָה לְחוֹל וא"כ הֲוָה תּוֹכָהּ חוֹל דְּאִי לָאו הָכִי הָא אֵין יְשִׁיבָה בָּעֲזָרָה וכ"ש שֶׁאֵין יְשֵׁנִים בָּהּ וא"כ לָא הָוֵי פְּרִישָׁתוֹ לִקְדֻושָּׁה יֵשׁ לוֹמַר אַפֵּ"ה כֵּיוָן דְּהָיְתָה בְּנוּיָה בַּקֹּדֶשׁ בְּסָמוּךְ לָעֲזָרָה קָרֵי לֵיהּ שַׁפִּיר פְּרִישָׁה לִקְדֻושָּׁה וְזֶה פְּרִישָׁתוֹ לְטָהֳרָה לַלִּשְׁכָּה שֶׁעַל פְּנֵי הַבִּירָה הָעוֹמֶדֶת בְּהַר הַבַּיִת שֶׁאֵין בּוֹ קְדֻושָּׁה יוֹתֵר מִירוּשָׁלַיִם אֶלָּא טָהוֹר יוֹתֵר שֶׁהַזָּב וּבַעַל קֶרִי וְכָל מִי שֶׁטֻּומְאָה יוֹצְאָהּ מִגּוּפוֹ אֵין נִכְנָסִין לוֹ וְיֵשׁ מְפָרְשִׁין דְּלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין הָיְתָה פְּתוּחָה לַקֹּודֶשׁ ואע"ג דא"כ קֹדֶשׁ הֲוַאי וְאֵין יְשֵׁינִין בָּהּ יֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁבְּנוּיָה בְּחֹול וּפְתוּחָה לַקֹּדֶשׁ וּנְהִי דְּתוֹכָהּ קֹדֶשׁ לְעִנְיַן אֲכִילַת קָדְשֵׁי קָדָשִׁים כִּדְמַשְׁמַע בְּאֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נו.) מִיהוּ מֻותָּר לֵישֵׁב בָּהּ וְלִישֹׁן בָּהּ דְּלָא קִדְּשָׁה לְגַמְרֵי כִּקְדֻושַּׁת עֲזָרָה דְּהָא אָמַר בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (שָׁם) דְּאֵין חַיָּיבִין עֲלֵיהֶן כָּרֵת טְמֵאִים הַנִּכְנָסִין שָׁם וְהָכִי נָמֵי מֻותָּר לֵישֵׁב וְלִישֹׁן בָּהֶם וְעוֹד אִיכָּא בֵינַיְיהוּ מִילְּתָא אַחֲרִיתִי שֶׁזֶּה אֶחָיו הַכֹּהֲנִים נוֹגְעִין בּוֹ וְזֶה אֵין אֶחָיו הַכֹּהֲנִים נוֹגְעִין בּוֹ וְלָא נְהִירָא כִּדְמַשְׁמַע לְקַמָּן בְּשִׁילְהֵי פ"ב [יוֹמָא דַּף כֹּה. וְשָׁם] גַּבֵּי זָקָן יוֹשֵׁב בְּמַעֲרָבָהּ דְּאֵין יְשִׁיבָה בַּלְּשָׁכוֹת הַבְּנוּיוֹת בַּחֹול וּפְתוּחוֹת לַקֹּדֶשׁ:
Car si c'était R. Chanina segan ha-kohanim, il y a aussi ceci — Cela m'est difficile : il y a encore aussi [une autre différence], que celui-ci (le Cohen Gadol) se retire à la lishkat Parhedrin, et celui-là (le Cohen de la para) se retire à la chambre située en face de la Bira (le mont du Temple). On peut dire que [la baraita] ne compte qu'une chose d'importance (milta de-chachivouta), là où il y a une supériorité (ma'ala) de l'un sur l'autre ; mais le fait que celui-ci se retire à telle chambre et celui-là à telle autre n'est pas une chose d'importance de l'un plus que de l'autre. Alternativement, il me semble expliquer que [la baraita] compte deux choses : "la mise à l'écart de celui-ci est pour la kedusha" — à savoir à la lishkat Parhedrin, qui était bâtie dans le kodech (le domaine sacré) ; et même si tu dis qu'elle ouvrait sur le hol (le domaine profane) — auquel cas son intérieur serait hol, car sinon [si son intérieur était kodech] "il n'y a pas de position assise dans l'azara", et à fortiori on n'y dort pas, de sorte que sa mise à l'écart ne serait pas "pour la kedusha" — on peut dire : même ainsi, puisqu'elle était bâtie dans le kodech, contiguë à l'azara, on l'appelle à juste titre "mise à l'écart pour la kedusha". Et "la mise à l'écart de celui-là est pour la tahara" : à la chambre située en face de la Bira, qui se dresse sur le mont du Temple, laquelle n'a pas plus de kedusha que Jérusalem, mais est plus pure, car un zav, un ba'al keri, et quiconque a une impureté qui sort de son corps n'y entrent pas. Et certains expliquent que la lishkat Parhedrin ouvrait sur le kodech ; et bien que, s'il en est ainsi, elle serait kodech et l'on n'y dormirait pas, on peut dire : puisqu'elle est bâtie dans le hol et ouvre sur le kodech — et certes son intérieur est kodech quant à la consommation des kodchei kodachim, comme il ressort dans [Zevahim, chapitre] "Eizehou mekoman" (56a) — néanmoins il est permis de s'y asseoir et d'y dormir, car elle n'a pas été pleinement sanctifiée comme la sancteté de l'azara ; car il est dit dans "Eizehou mekoman" que des impurs qui y entrent ne sont pas passibles de karet ; et de même il est permis de s'y asseoir et d'y dormir. Et il y a encore entre eux une autre différence : que celui-ci, ses frères les Cohanim le touchent, et celui-là, ses frères les Cohanim ne le touchent pas. Mais cela n'est pas correct, comme il ressort plus loin, à la fin du deuxième chapitre (Yoma 25a), à propos de "un ancien siège à l'ouest", qu'il n'y a pas de position assise dans les chambres bâties dans le hol et ouvrant sur le kodech.
💡 Explication

La michna (7b) a énoncé que le Cohen Gadol, avant Yom Kippour, est retiré sept jours à la lishkat Parhedrin. Une baraita compare ce reclus à un autre : le Cohen qui brûle la vache rousse (para aduma). Les deux sont isolés sept jours, mais pour des motifs opposés.

Pour le Cohen Gadol, la perisha vise la kedusha : le préparer à entrer au Saint des Saints, l'esprit grave. Ses collègues peuvent donc le toucher. Pour le Cohen de la para, elle vise la tahara : on l'entoure d'une pureté extrême, au point que nul ne le touche.

La Guemara demande de qui est cette baraita, qui ne cite que ces différences. Ce doit être R. Meir ou R. Yossi (chacun n'a retenu qu'une différence). Car si c'était R. Chanina segan ha-kohanim, il faudrait citer aussi la différence d'aspersion.

🖼️ Schéma
De qui est la baraita ? (kelal : on n'énumère que les différences pertinentes) R. Meir R. Yossi R. Chanina segan Cite kedusha/tahara et le contact. Cite kedusha/tahara et le contact. Ajoute la différence d'ASPERSION (7 j.). Compatible Compatible Exclu (l'aspersion manque dans la baraita)
La baraita n'énumère pas l'aspersion : elle ne peut donc être de R. Chanina, qui la comptait.
2
מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: בִּשְׁלָמָא רִאשׁוֹן — שֶׁמָּא שְׁלִישִׁי. שֵׁנִי — שֶׁמָּא שְׁלִישִׁי. שְׁלִישִׁי — שֶׁמָּא שְׁלִישִׁי. חֲמִישִׁי — שֶׁמָּא שְׁבִיעִי. שִׁשִּׁי — שֶׁמָּא שְׁבִיעִי. שְׁבִיעִי — שֶׁמָּא שְׁבִיעִי.

Rabbi Yossi fils de Rabbi Chanina objecte fortement (matkif) : Soit ! le premier [jour], peut-être est-il le troisième [de sa tum'a] ; le deuxième, peut-être est-il le troisième ; le troisième, peut-être est-il le troisième ; le cinquième, peut-être est-il le septième ; le sixième, peut-être est-il le septième ; le septième, peut-être est-il le septième.

📜 Rachi (2)
בִּשְׁלָמָא יוֹם רִאשׁוֹן מַזִּין עָלָיו שֶׁמָּא הַיּוֹם יוֹם שְׁלִישִׁי לְטֻומְאָתוֹ וְכֵן שֵׁנִי וְכֵן שְׁלִישִׁי שֶׁמָּא שָׁעָה אַחַת קֹודֶם פְּרִישָׁתוֹ נִטְמָא:
Soit ! — le premier jour on asperge sur lui, peut-être est-ce aujourd'hui le troisième jour de sa tum'a ; et de même le deuxième et de même le troisième, peut-être est-ce une heure avant sa mise à l'écart qu'il a été rendu impur.
חֲמִישִׁי שֶׁמָּא שְׁבִיעִי שֶׁאִם הָיָה הָרִאשׁוֹן לִפְרִישָׁה שְׁלִישִׁי לְטֻומְאָה נִמְצָא הַחֲמִישִׁי שְׁבִיעִי וְכֵן שִׁשִּׁי וְכֵן שְׁבִיעִי:
Le cinquième, peut-être est-il le septième — car si le premier [jour] de la mise à l'écart était le troisième de la tum'a, il se trouve que le cinquième est le septième ; et de même le sixième et de même le septième.
💡 Explication

On a dit que sur le Cohen de la para on asperge les eaux de purification les sept jours de sa perisha. R. Yossi b'R. Chanina analyse ce compte. L'aspersion (haza'a) des eaux mêlées aux cendres de la para se fait au 3e et au 7e jour de l'impurite par un cadavre.

Comme on ignore quand il fut rendu impur, on asperge chaque jour pour couvrir toutes les possibilités. Chaque jour de J1 à J3 peut être son 3e jour de tum'a (selon qu'il fut impur deux jours avant la perisha, un jour avant, ou juste avant). Chaque jour de J5 à J7 peut être son 7e jour. La question du 4e viendra au segment suivant.

3
אֶלָּא רְבִיעִי לָמָּה לִי הַזָּאָה כְּלָל? לָא בִּשְׁלִישִׁי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי, וְלֹא בִּשְׁבִיעִי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי?

Mais le quatrième [jour], pourquoi ai-je besoin d'une aspersion du tout ? Il n'y a pas lieu de douter [qu'il soit] le troisième, ni lieu de douter [qu'il soit] le septième !

📜 Rachi (1)
אֶלָּא רְבִיעִי אַמַּאי מְזַיְּנָן עָלֶיהָ לָא בִּשְׁלִישִׁי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי דְּהָא מִשֶּׁפֵּירֵשׁ לֹא נִטְמָא בְּמֵת וְלֹא בִּשְׁבִיעִי אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי שֶׁאִם הָיָה שְׁבִיעִי לְטֻומְאָתוֹ הֲרֵי יוֹם אֶחָד לִפְנֵי פְּרִישָׁתוֹ שְׁלִישִׁי לְטֻומְאָה נִמְצָא שֶׁלֹּא הִזָּה בַּשְּׁלִישִׁי וְהַזָּאַת שְׁבִיעִי בְּלֹא שְׁלִישִׁי אֵינוֹ כְּלוּם:
Mais le quatrième — pourquoi asperge-t-on sur lui ? On ne peut douter [qu'il soit] le troisième, car depuis qu'il s'est mis à l'écart il ne s'est pas rendu impur par un cadavre ; et on ne peut douter [qu'il soit] le septième, car s'il était le septième de sa tum'a, alors un jour avant sa mise à l'écart était le troisième de la tum'a — il se trouve qu'il n'a pas aspergé au troisième, et une aspersion du septième sans [celle du] troisième n'est rien.
💡 Explication

R. Yossi b'R. Chanina resserre son objection sur le 4e jour. Il ne peut être le 3e de la tum'a : depuis sa perisha, le Cohen est gardé et ne s'est plus rendu impur, donc son 3e jour est déjà passé (au plus tard J3). Il ne peut non plus être le 7e utile : si J4 était le 7e de sa tum'a, alors la veille de sa perisha aurait été son 3e jour — or on n'a pas aspergé ce 3e-là, et une aspersion du 7e sans celle du 3e ne vaut rien.

Le 4e jour est donc structurellement vain : ni doute de 3e, ni doute de 7e efficace. Cette aporie appelle la réponse de Rava (segment 4).

4
וּלְטַעְמִיךְ, הַזָּאָה כָּל שִׁבְעָה מִי אִיכָּא? וְהָא קַייְמָא לַן דְּהַזָּאָה שְׁבוּת וְאֵינָהּ דּוֹחָה אֶת הַשַּׁבָּת! אֶלָּא מַאי אִית לָךְ לְמֵימַר — שִׁבְעָה לְבַר מִשַּׁבָּת, הָכָא נָמֵי — שִׁבְעָה לְבַר מֵרְבִיעִי.

Et selon ton raisonnement, y a-t-il [vraiment] aspersion tous les sept jours ? Mais nous tenons pour établi que l'aspersion est un chevout (interdit rabbinique de repos) et qu'elle ne repousse pas le Chabbat !

Plutôt, que dois-tu dire ? Sept [jours] hormis le Chabbat ; ici aussi — sept [jours] hormis le quatrième.

💡 Explication

La Guemara retourne l'objection. Même sans le problème du 4e jour, l'aspersion ne se fait jamais réellement les sept jours d'affilée : la haza'a est un chevout (un interdit rabbinique lié au repos), et un chevout ne repousse pas le Chabbat. Il y a donc toujours au moins un jour où l'on n'asperge pas.

Donc "sept jours" a toujours été une façon de parler : cela signifie sept jours sauf le Chabbat. De la même manière, on lira ici "sept jours sauf le quatrième" — le jour vain ne discrédite pas le principe. Cela prépare la solution de Rava, qui va faire coïncider ces deux exceptions.

5
אָמַר רָבָא: הִלְכָּךְ כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, דְּלָא בְּדִידַן תַּלְיָא מִילְּתָא, אֶלָּא בִּקְבִיעָא דְיַרְחָא תַּלְיָא מִילְּתָא — בִּתְלָתָא בְּתִשְׁרִי בָּעֵי לְאַפְרוֹשֵׁי, וְכָל אֵימַת דְּמִתְרְמֵי תְּלָתָא בְּתִשְׁרִי מַפְרְשִׁינַן לֵיהּ. אֲבָל כֹּהֵן הַשּׂוֹרֵף אֶת הַפָּרָה, דִּבְדִידַן תַּלְיָא מִילְּתָא — מַפְרְשִׁינַן לֵיהּ בִּרְבִיעִי בְּשַׁבָּת, כִּי הֵיכִי דְּנִיתְרְמֵי רְבִיעִי שֶׁלּוֹ בְּשַׁבָּת.

Rava dit : Par conséquent, le Cohen Gadol à Yom Kippour, dont l'affaire ne dépend pas de nous mais dépend de la fixation du mois (kevi'a de-yarcha), doit être mis à l'écart le 3 Tichri ; et chaque fois que tombe le 3 Tichri, on le met à l'écart. Mais le Cohen qui brûle la para, dont l'affaire dépend de nous, on le met à l'écart le quatrième jour de la semaine (mercredi), afin que son quatrième [jour] tombe un Chabbat.

📜 Rachi (3)
וְכָל אֵימַת דְּמִתְרַמֵּי מְפָרְשִׁינַן לֵיהּ וְאע"ג דְּלָא הָוֵי רְבִיעִי שֶׁלּוֹ בְּשַׁבָּת וְנִמְצֵאת הַזָּאָתוֹ בְּטֵלָה שְׁנֵי יָמִים:
Et chaque fois que [le 3 Tichri] tombe, on le met à l'écart — et cela bien que son quatrième [jour] ne tombe pas un Chabbat, de sorte que son aspersion se trouve annulée deux jours.
דִּבְדִידַן תַּלְיָא מִילְּתָא שֶׁאֵין זְמַנָּהּ קָבוּעַ:
Dont l'affaire dépend de nous — car son temps n'est pas fixé.
דְּנִיתְרְמֵי רְבִיעִי שֶׁלּוֹ בְּשַׁבָּת וְלֹא יִפְסְקוּ הַזָּיוֹתָיו אֶלָּא יוֹם אֶחָד:
Afin que son quatrième [jour] tombe un Chabbat — pour que ses aspersions ne soient interrompues qu'un seul jour.
💡 Explication

Rava tire la conclusion pratique. Puisque de toute façon un jour d'aspersion saute (le 4e vain, et le Chabbat où l'on n'asperge pas), autant les fusionner pour ne perdre qu'un seul jour au lieu de deux.

Pour le Cohen Gadol, impossible : la date est fixée par le calendrier (le 3 Tichri, sept jours avant Yom Kippour), quel que soit le jour de la semaine. Le 4e jour vain et le Chabbat restent deux pertes distinctes.

Pour le Cohen de la para, la date dépend de nous (rien ne la fixe). On le retire donc un mercredi, afin que son 4e jour de perisha tombe précisément un Chabbat : le jour où l'aspersion serait de toute façon vaine coïncide avec le jour où elle est de toute façon interdite. Une seule aspersion perdue.

6
לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין. תַּנְיָא רַבִּי יְהוּדָה: וְכִי לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין הָיְתָה? וַהֲלֹא לִשְׁכַּת בָּלְוָוטֵי הָיְתָה!

"À la lishkat Parhedrin." Il est enseigné (tanya), Rabbi Yehouda : Était-ce donc la lishkat Parhedrin ? N'était-ce pas la lishkat Balvatei !

📜 Rachi (2)
פַּרְהֶדְרִין פְּקִידֵי הַמֶּלֶךְ:
Parhedrin — les officiers du roi.
לִשְׁכַּת בִּלְוָוטֵי לְשׁוֹן שָׂרִים כָּךְ הָיְתָה נִקְרֵאת לִשְׁכַּת שָׂרִים:
Lishkat Balvatei — un terme signifiant les dignitaires (sarim) ; ainsi était-elle appelée : la chambre des dignitaires.
💡 Explication

La Guemara revient au terme de la michna : le Cohen Gadol est retiré à la lishkat Parhedrin (chambre des Parhedrin). Une baraita rapporte l'étonnement de R. Yehouda : ce nom est déplacé. La chambre s'appelait à l'origine lishkat Balvatei — la chambre des dignitaires, un nom honorifique.

"Parhedrin" désigne au contraire des fonctionnaires royaux révocables, remplacés chaque année. Pourquoi ce nom dégradant ? La réponse suit au segment 6.

7
אֶלָּא, בַּתְּחִלָּה הָיוּ קוֹרִין אוֹתָהּ לִשְׁכַּת בָּלְוָוטֵי. וּמִתּוֹךְ שֶׁנּוֹתְנִין עָלָיו מָמוֹן לַכְּהֻונָּה, וּמַחֲלִיפִין אוֹתָהּ כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹודֶשׁ כְּפַרְהֶדְרִין הַלָּלוּ שֶׁמַּחְלִיפִין אוֹתָם כָּל שְׁנֵים עָשָׂר חֹודֶשׁ, לְפִיכָךְ הָיוּ קוֹרְאִין אוֹתָהּ לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין.

Plutôt : au début on l'appelait lishkat Balvatei ; mais parce qu'on donnait de l'argent pour [obtenir] la Kehouna [Guedola], et qu'on la (la charge) remplaçait tous les douze mois, comme ces parhedrin que l'on remplace tous les douze mois, c'est pourquoi on l'appela lishkat Parhedrin.

📜 Rachi (4)
בַּתְּחִלָּה כָּל יְמֵי שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק שֶׁהֶאֱרִיךְ יָמִים הָיוּ קוֹרְאִין אוֹתָהּ לִשְׁכַּת בִּלְוָוטִי:
Au début — durant tous les jours de Chimon HaTzaddik, qui vécut longtemps, on l'appelait lishkat Balvatei.
מִתּוֹךְ שֶׁנּוֹתְנִין מָמוֹן לִכְהֻונָּה מִתּוֹךְ שֶׁכֹּהֲנֵי בַּיִת שֵׁנִי הָיוּ עוֹמְדִין ע"י מָמוֹן שֶׁנּוֹתְנִין עַל כְּהֻונָּה גְּדוֹלָה לְמַלְכֵי בֵּית חַשְׁמוֹנַאי:
Parce qu'on donne de l'argent pour la Kehouna — car les Cohanim du Second Temple accédaient [à la charge] grâce à l'argent qu'ils donnaient pour la Kehouna Guedola aux rois de la maison hasmonéenne.
מַחֲלִיפִין אוֹתָהּ כָּל י"ב חֹדֶשׁ כְּלוֹמַר שֶׁרְשָׁעִים הָיוּ וְלֹא הָיוּ מוֹצִיאִין שֶׁנָּתַן וּמַעֲמִידִים אַחֵר תַּחְתָּיו וְכָל כֹּהֵן הַמִּתְחַדֵּשׁ בָּהּ סוֹתֵר אוֹתָהּ וּבוֹנֶה בִּנְיָן נָאֶה מִן הָרִאשׁוֹן שֶׁתְּהֵא קְרוּיָה עַל שְׁמוֹ וְנִמְצָא מִתְחַלֶּפֶת כָּל שָׁנָה וְשָׁנָה:
On la remplace tous les douze mois — c'est-à-dire qu'ils étaient des mécréants et ne terminaient pas leur année, et l'on en établissait un autre à sa place ; et chaque Cohen nouvellement en place la (la chambre) démolissait et bâtissait un édifice plus beau que le premier, pour qu'elle soit appelée de son nom — il se trouve donc qu'elle était remplacée (rénovée) chaque année.
כְּפַרְהֶדְרִין הַלָּלוּ שֶׁהַמֶּלֶךְ מְחַלְּפָן בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה חָזְרוּ לִקְרוֹת לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין:
Comme ces parhedrin — que le roi remplace chaque année ; on se remit à l'appeler lishkat Parhedrin.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְפִיכָךְ הָיוּ קוֹרִין אוֹתָהּ " לִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין ". נִרְאֶה לִי בס"ד חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וּקְרֵי בָּהּ 'פַּר הַדָּרִין' וְהַיְינוּ נֻוטְרְקוֹן שֶׁל ' פַּר וְטֶה שֶׁהוּא ה מָמוֹן וָהּ דָּרִין ' רוֹצֶה לוֹמַר מְחַזְּרִין עַל הַמָּמוֹן וְאֵין שָׂמִים לֵב עַל כַּשְׁרוּת וְיִרְאַת שָׁמַיִם. אוֹ הַדָּרִין לְשׁוֹן הִידּוּר שֶׁמְּהַדְּרִין הַפְּרוּטוֹת וְאֵין מְהַדְּרִין יִרְאַת שָׁמַיִם.
"C'est pourquoi on l'appelait 'lishkat Parhedrin'." Il me semble, avec l'aide du Ciel, de scinder le mot en deux et de lire "par hadrin" — ce qui est un notarikon (acronyme) de "perouta" (la pièce de monnaie, l'argent) et de "hadrin", c'est-à-dire qu'ils tournent (mehazrin) après l'argent et ne prêtent pas attention à la kachrout ni à la crainte du Ciel. Ou bien "hadrin" au sens de hidour (embellissement) : ils embellissent (mehadrin) les pièces de monnaie et n'embellissent pas la crainte du Ciel.
💡 Explication

Réponse : le nom a changé. Du temps de Chimon HaTzaddik, homme juste qui vécut longtemps, la charge de Cohen Gadol était stable et la chambre portait un nom honorifique, Balvatei (les dignitaires).

Sous le Second Temple, la Kehouna Guedola se monnayait auprès du pouvoir (les rois hasmonéens). Des hommes indignes l'obtenaient à prix d'argent ; par leur méfait, ils ne survivaient pas à l'année et étaient remplacés tous les douze mois — exactement comme les parhedrin, ces fonctionnaires royaux annuels. Le nom devint donc, par dérision, lishkat Parhedrin.

8
תְּנַן הָתָם: הַנַּחְתּוֹמִין — לֹא חִייְּבוּ אוֹתָן חֲכָמִים לְהַפְרִישׁ אֶלָּא תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְחַלָּה.

Nous avons appris là-bas (tenan hatam) : Les boulangers (nachtomin) — les Sages ne les ont obligés à prélever que la teroumat ma'asser et la halla.

📜 Rachi (1)
הַנַּחְתּוֹמִין הַלּוֹקְחִין תְּבוּאָה מֵעַם הָאָרֶץ לִמְכֹּור פַּת לַשּׁוּק לֹא חִייְּבוּ עֲלֵיהֶן לְהַעֲלוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁל דְּמַאי לִירוּשָׁלַיִם אֶלָּא תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר שֶׁהוּא אֶחָד מִמֵּאָה וְחַלָּה יִתֵּן לַכֹּהֵן אֲבָל שְׁאָר כָּל אָדָם הֵטִילוּ עָלָיו לְהַעֲלוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁל דְּמַאי לִירוּשָׁלַיִם וּמַעֲשֵׂר רִאשׁוֹן וּמַעְשַׂר עָנִי מַפְרִישִׁין אוֹתָן וְאֵין נוֹתְנִים וּבְנַחְתּוֹם חָבֵר עָסְקִינַן וּמִתּוֹךְ שֶׁהוּא רָגִיל לִמְכֹּור כָּל שָׁעָה הֵקֵילּוּ עָלָיו שֶׁאֵינוֹ צָרִיךְ לְהַפְרִישׁ עָלָיו מַעֲשֵׂר שֵׁנִי שֶׁל דְּמַאי לַעֲלוֹת לִירוּשָׁלַיִם לִפְדּוֹת:
Les boulangers — ceux qui achètent du blé à l'am ha'aretz pour vendre du pain au marché : on ne les a pas obligés à monter le ma'asser cheni du demai à Jérusalem, mais seulement [à prélever] la teroumat ma'asser, qui est un centième, et la halla qu'il donne au Cohen ; en revanche, tout autre homme, on lui a imposé de monter le ma'asser cheni du demai à Jérusalem, et le ma'asser richon et le ma'asser ani, il les sépare mais ne les donne pas [au Levi / au pauvre, faute de preuve qu'ils sont dus]. Et il s'agit ici d'un boulanger haver ; et parce qu'il est habitué à vendre à toute heure, on l'a allégé : il n'a pas besoin de prélever [et monter] le ma'asser cheni du demai à Jérusalem pour le racheter.
🗂️ Tossefot (1)
תְּנַן הָתָם הַנַּחְתּוֹמִין לֹא חִייְּבוּ אוֹתָם לְהַפְרִישׁ אֶלָּא תְּרוּמַת מַעֲשֵׂר וְחַלָּה בפ"ב דְּמַסֶּכֶת דְּמַאי פָּרֵיךְ בַּיְּרוּשַׁלְמִי תַּמָּן [פ"ה] תָּנֵינַן הַלּוֹקֵחַ מִנַּחְתּוֹם כֵּיצַד מַעֲשֵׂר נוֹטֵל כְּדֵי תְרוּמַת מַעֲשֵׂר וְחַלָּה וְכוּ' הָכָא אַתְּ אָמַר הַלּוֹקֵחַ מַפְרִישׁ וְכָה אַתְּ אָמַר נַחְתּוֹם מַפְרִישׁ ר' יוֹנָה אָמַר אִיתְפַּלְּגוּן ר' יוֹחָנָן ור"א חַד אָמַר כָּאן בְּעוֹשֶׂה בְּטָהֳרָה כָּאן בְּעוֹשֶׂה בְּטֻומְאָה נִרְאֶה לְפָרֵשׁ מַתְנֵי' דְּהָכָא בְּנַחְתּוֹם עַם הָאָרֶץ הָעוֹשֶׂה בְּטָהֳרָה שֶׁשּׂוֹכֵר גַּבָּל חָבֵר לַעֲשׂוֹת לוֹ חַלָּתוֹ בְּטָהֳרָה הִלְכָּךְ כֵּיוָן דְּטָרַח כֻּולֵּי הַאי סָמְכִינַן עֲלֵיהּ נָמֵי דְּוַדַּאי תַּקָּנָה וְאֵין צָרִיךְ הַלּוֹקֵחַ מִמֶּנּוּ לְהַפְרִישׁ וְהַהִיא מַתְנֵי' דִּמְחַיְּיבָא לַלּוֹקֵחַ לְהַפְרִישׁ מַייְרֵי בְּנַחְתּוֹם עַם הָאָרֶץ דְּלָא מַפְרִישׁ וְחַד אָמַר כָּאן בְּמִדָּה דַּקָּה כָּאן בְּמִדָּה גַּסָּה וְלָא יָדְעִין מַאן אָמַר דָּא וּמַאן אָמַר דָּא וְכוּ' וּמְפָרֵשׁ הָתָם אַמַּתְנִיתִין אַחֲרִיתִי טַעְמָא דְּחִילּוּקָא דְּבֵין גַּסָּה לְדַקָּה מִשּׁוּם תִּינוֹקוֹת שֶׁלֹּא יֹאכְלוּ טֶבֶל בְּשֵׁם רַבִּי יוֹחָנָן מִדָּה דַּקָּה הוֹאִיל וְהַמּוֹכֵר מִשְׂתַּכֵּר הוּא מַפְרִישׁ מִדָּה גַּסָּה לוֹקֵחַ מִשְׂתַּכֵּר לוֹקֵחַ מַפְרִישׁ וּפָרִיךְ הָתָם וְקַשְׁיָא עַל דְּרַבִּי יוֹחָנָן אִם בְּעוֹשֶׂה בְּטָהֳרָה יַפְרִישׁ עַל הַכֹּל פִּי' אֲפִילּוּ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְנַסְּקוּהָ לִירוּשָׁלַיִם וּמְשַׁנֵּי בְּדִין הוּא שֶׁלֹּא יַפְרִישׁ כְּלוּם שֶׁאֵין מוֹסְרִין וַדַּאי לְעַם הָאָרֶץ כְּלוֹמַר דַּאֲפִילּוּ וַדַּאי דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּעַם הָאָרֶץ יְעַשְּׂרֶנּוּ אֲפִי' הָכִי לָא סָמְכִינַן עֲלֵיהּ דְּחָייְשִׁינַן דִּילְמָא לָא מְתַקֵּן לֵיהּ וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר אֵין מוֹסְרִין אַפֵּי' וַדַּאי לְעַם הָאָרֶץ דַּוְקָא אֲבָל לְחָבֵר שָׁרִי וּמַתְנִיתִין בְּנַחְתּוֹם חָבֵר שֶׁמּוֹכֵר לְחָבֵר עָסְקִינַן וא"כ בְּדִין הוּא דְּהַנַּחְתּוֹם לֹא יַפְרִישׁ לְכָל הַפָּחוֹת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מִשּׁוּם דִּטְרִיחָא מִילְּתָא טוּבָא לְאַסּוֹקֵיהּ לִירוּשָׁלַיִם פְּטוּרִים הַנַּחְתּוֹמִין מִלְּהַפְרִישׁ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי מִשּׁוּם דִּטְרִיחָא מִילְּתָא וּמִתּוֹךְ שֶׁהַפַּרְהֶדְרִין הַלָּלוּ חוֹבְטִין אוֹתָן וְכוּ' מִיהוּ חָבֵר הַלּוֹקֵחַ מֵהֶם מַפְרִישׁ מַעֲשֵׂר שֵׁנִי וּמַעֲלֵהוּ וְאוֹכְלוֹ בִּירוּשָׁלִַם וְאֵין לְפָרֵשׁ שֶׁאֵין מוֹסְרִין וַדַּאי לְעַם הָאָרֶץ אֲבָל דְּמַאי מוֹסְרִין דְּהָא לֵיתָא דִּבְעֵירוּבִין בְּפָ' בְּכָל מְעָרְבִין (עֵירוּבִין דַּף לז:) מוּכָח דְּאֵין מוֹסְרִין דְּמַאי לְעַם הָאָרֶץ גַּבֵּי עַם הָאָרֶץ שֶׁאָמַר לְחָבֵר קַח לִי אֲגֻודָּה שֶׁל יָרָק וּבְפֶ' הַמּוֹכֵר אֶת הַסְּפִינָה (ב"ב דַּף פח.) גַּבֵּי הַלּוֹקֵחַ יָרָק מִן הַשּׁוּק וְכוּ' ובפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף ו.) הַנּוֹתֵן לַחֲמוֹתוֹ מְעַשֵּׂר אֶת שֶׁהוּא נוֹתֵן לָהּ וְאֶת שֶׁהוּא נוֹטֵל הֵימֶנָּה וּמַקְשֶׁה נָמֵי עַל דְּרַבִּי אֶלְעָזָר אִם בְּמִדָּה דַּקָּה יַפְרִישׁ עַל הַכֹּל וְלָא מְשַׁנֵּי מִידִי לְפִי שֶׁכְּבָר תֵּירֵץ לְר' יוֹחָנָן וְהוּא הַדִּין לֵר' אֶלְעָזָר וּבֵירוּשׁ' דְּמַאי פ"ה פָּרִיךְ וְחַלָּה חַייֶּבֶת בִּדְמַאי בִּתְמִיהַּ וְהִתְנָן (פ"א) חַלַּת עַם הָאָרֶץ וְהַמְדֻמָּע פָּטוּר מִן הַדְּמַאי וַהֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי הָתָם בְּחַלָּה שֶׁהִפְרִישָׁהּ עַם הָאָרֶץ גּוּפֵיהּ שֶׁתִּיקֵּן לוֹ גַּבָּל חָבֵר בְּטָהֳרָה וּכְדִמְפָרֵשׁ עֲלָהּ הָתָם מִשּׁוּם דְּאֵימַת קָדָשִׁים עָלָיו וְאֵינוֹ נוֹתֵן לַכֹּהֵן דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְתֻוקָּן וְהָא דְּהָכָא מַייְרֵי בְּהִפְרִישָׁהּ חָבֵר אֶלָּא ר' אוֹשַׁעְיָא הוּא דִּמְפַלֵּיג הָתָם הָכִי אֲבָל סֻוגְיָא דִּירוּשַׁלְמִי דְּפֵ"ה כַּר' יוֹחָנָן דְּלָא מְפַלֵּיג דִּפְלִיג עַל רַבִּי אוֹשַׁעְיָא וְאָמַר הִיא הָדָא הִיא הֲדָא וּמְשַׁנֵּי בְּשֵׁם ר' יוֹסֵי בְּר' חֲנִינָא ב"ש הִיא וְתָנֵי כֵּן ר"ש בֶּן יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם ר"ש חַלָּה ב"ש מְחַיְּיבִין ב"ה פּוֹטְרִים וּפָרִיךְ כְּלוּם אָמַר ב"ש אֶלָּא דָּבָר שֶׁהוּא לִזְרִיעָה אִילּוּ הַלּוֹקֵחַ לְזֶרַע לִבְהֵמָה קֶמַח לְעוֹרוֹת שֶׁמֶן לְנֵר שֶׁמָּא אֵינוֹ פָּטוּר פִּי' כָּל הָנֵי דִּתְנַן לְהוּ הָתָם לִפְטוּרָא בִּדְמַאי בפ"ק [מִשְׁנָה ג] וּלְהָכִי קָשֶׁה לֵיהּ כְּלוּם אָמְרוּ ב"ש לְחַיֵּיב לְהַפְרִישׁ דְּמַאי בְּחַלָּה אא"כ יַחְמִירוּ נָמֵי בְּכָל הָנֵי לְהַפְרִישׁ דְּמַאי וּמִדִּנְקַט מַתְנִיתִין רַק חַלָּה וְלָא נְקַט כָּל הָנֵי לְחִיּוּבָא ש"מ לָאו ב"ש הִיא וּמְשַׁנֵּי אֶלָּא בִּמְגַבֵּל עִיסָּתוֹ בְּמֵי פֵּירוֹת פֵּירוּשׁ הָא דְּפָטְרָה מַתְנִיתִין בפ"ק בְּטֹורַח לְגַבֵּל בְּמֵי פֵּירוֹת דְּלָא הֻוכְשְׁרָה כְּדֵי שֶׁלֹּא תְּקַבֵּל טֻומְאָה וְכֵיוָן דְּטָרַח כֻּולֵּי הַאי מִסְּתָמָא תִּקּוּנֵי נָמֵי תַּקָּנָה וּפָרִיךְ וְלֹא כֵּן א"ר יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא דָּר' אֶלְעָזָר אִישׁ בַּרְתּוֹתָא הִיא הָא כְּרַבָּנָן לֹא פֵּירֵשׁ רַבִּי אֶלְעָזָר אִישׁ בַּרְתּוֹתָא הוּא דְּפָטַר בִּדְמַאי הֵיכָא דְּגַבְּלָהּ בְּמֵי פֵּירוֹת אֲבָל רַבָּנָן פְּלִיגִי עָלֶיהָ וְאִם כֵּן לֵית לָן לְאוֹקְמָא מַתְנִיתִין כִּיחִידָאָה וּמְשַׁנֵּי אֶלָּא כַּר' יוֹחָנָן כָּאן בְּעוֹשֶׂה בְּטֻומְאָה כָּאן בְּעוֹשֶׂה בְּטָהֳרָה מַתְנִיתִין דפ"ק שֶׁטָּרַח לְהָבִיא גַּבָּל שֶׁעוֹשֶׂה בְּטָהֳרָה דְּמִסְּתָמָא וַדַּאי תַּקֵּין וַהֲדַר קָאָמַר אֶלָּא כְּר' אֶלְעָזָר פֵּירוּשׁ אִי נָמֵי אִיכָּא לְשַׁנּוּיֵי כְּר' אֶלְעָזָר כָּאן וְכָאן בְּעוֹשֶׂה בְּטָהֳרָה אֶלָּא בְּמִתְאָרֵחַ אֶצְלוֹ אֲבָל בְּרַבִּים אֵינוֹ נֶאֱמָן עַד שֶׁיְּקַבֵּל עָלָיו בְּרַבִּים וְכֹה בְּרַבִּים אֲנַן קָיְימִין כְּלוֹמַר מַתְנִיתִין דפ"ק דְּמִתְאָרֵחַ אֶצְלוֹ דְּאַקִּילוּ רַבָּנָן גַּבֵּיהּ וְכִדְתַנְיָא פֶּרֶק קַמָּא דְּחַלָּה בַּתּוֹסֶפְתָּא הַלּוֹקֵחַ מִן הַנַּחְתּוֹם וּמִן הָאִשָּׁה שֶׁעוֹשֶׂה לִמְכֹּור בַּשּׁוּק צָרִיךְ לְהַפְרִישׁ חַלַּת דְּמַאי מִבַּעַל הַבַּיִת וּמִתְאָרֵחַ אֶצְלוֹ אֵין צָרִיךְ לְהַפְרִישׁ חַלַּת דְּמַאי אֲבָל חַלָּה שֶׁל וַדַּאי טֶבֶל צָרִיךְ תִּיקּוּן כִּדְתַנְיָא בַּיְּרוּשַׁלְמִי הָעוֹשֶׂה עִיסָּה מִטֶּבֶל בֵּין שֶׁהִקְדִּים חַלָּה לַתְּרוּמָה בֵּין שֶׁהִקְדִּים תְּרוּמָה לַחַלָּה מַה שֶּׁעָשָׂה עָשׂוּי וְחָלָה לֹא תֵּאָכֵל עַד שֶׁיּוֹצִיא עָלֶיהָ תְּרוּמָה וּתְרוּמָה לֹא תֹּאכַל עַד שֶׁיַּפְרִישׁ חַלָּה:
Nous avons appris là-bas : "Les boulangers, on ne les a obligés à prélever que la teroumat ma'asser et la halla" — [C'est] au chapitre 2 du traité Demai. Le Yerouchalmi là-bas (ch. 5) objecte : là nous avons appris "celui qui achète à un boulanger, comment prend-il la dîme ? Il prend de quoi [couvrir] la teroumat ma'asser et la halla, etc." — [donc c'est l'acheteur qui prélève] ; ici tu dis que l'acheteur prélève, et là tu dis que le boulanger prélève ! R. Yona dit : R. Yo'hanan et R. Elazar ont divergé. L'un dit : ici [il s'agit] de celui qui fait [le pain] en pureté (tahara), là de celui qui le fait en impureté (tum'a). On peut expliquer : notre michna ici [traite] d'un boulanger am ha'aretz qui fait en tahara, qui loue un pétrisseur haver (gabbal) pour lui faire sa halla en tahara ; dès lors, puisqu'il se donne tout ce mal, on se fie à lui qu'il a certainement fait le prélèvement (tikoun), et l'acheteur chez lui n'a pas besoin de prélever ; et cette [autre] michna qui oblige l'acheteur à prélever traite d'un boulanger am ha'aretz qui ne prélèvent pas. Et l'[autre] dit : ici [il s'agit] d'une petite quantité (mida daka), là d'une grande quantité (mida gassa)... et l'on ne sait qui a dit ceci et qui a dit cela, etc. Et il explique là-bas, sur une autre michna, la raison de la distinction entre grande et petite [quantité] : à cause des enfants, qu'ils ne mangent pas de tevel — au nom de R. Yo'hanan : petite quantité, puisque le vendeur en tire profit, c'est lui qui prélèvent ; grande quantité, c'est l'acheteur qui en tire profit, c'est l'acheteur qui prélèvent. Et il objecte là-bas : et c'est difficile selon R. Yo'hanan — si [on parle] de celui qui fait en tahara, qu'il prélèvent sur tout (même le ma'asser cheni) et qu'on le monte à Jérusalem ! Et il répond : de droit il ne devrait rien prélever, car on ne confie pas du vadai (produit assurément non dîme) à un am ha'aretz — c'est-à-dire même le vadai, ou l'on pourrait dire que l'am ha'aretz le dîmera, même ainsi on ne se fie pas à lui, car on craint qu'il ne le fasse pas ; et c'est ce qu'il dit : "on ne confie pas même du vadai à un am ha'aretz" spécifiquement, mais à un haver c'est permis ; et la michna traite d'un boulanger haver qui vend à un haver. Et s'il en est ainsi, de droit le boulanger ne devrait pas prélever au moins le ma'asser cheni, parce qu'il est très pénible de le monter à Jérusalem — les boulangers sont dispensés de prélever le ma'asser cheni parce que c'est pénible ; et parce que ces parhedrin les frappent [pressent], etc. Toutefois, un haver qui achète chez eux prélèvent le ma'asser cheni, le monte et le mange à Jérusalem. Et il ne faut pas expliquer que "on ne confie pas du vadai à un am ha'aretz, mais du demai on lui en confie", car cela n'est pas [exact], comme il est prouvé dans Erouvin (chapitre "Bekhol me'arvin", 37b) qu'on ne confie pas du demai à un am ha'aretz, à propos de l'am ha'aretz qui dit à un haver "achète-moi une botte de légumes" ; et dans "HaMokher et haSefina" (Bava Batra 88a) à propos de celui qui achète des légumes au marché, etc. ; et au premier chapitre de Houlin (6a) "celui qui donne à sa belle-mère [des produits à cuire] dîme ce qu'il lui donne et ce qu'il reprend d'elle". Et il objecte aussi sur R. Elazar : si [on parle] d'une petite quantité, qu'il prélèvent sur tout — et il ne répond rien, puisqu'il a déjà répondu pour R. Yo'hanan, et il en va de même pour R. Elazar. Et dans le Yerouchalmi Demai ch. 5 il objecte : "et la halla est-elle assujettie au demai ?!", avec étonnement — "mais n'avons-nous pas appris (ch. 1) que la halla de l'am ha'aretz et le medoumma sont exempts du demai !" Et il aurait pu répondre : là [il s'agit] d'une halla que l'am ha'aretz lui-même a prélevée, pour qui un gabbal haver a fait le [pétrissage] en tahara, et comme on l'explique là-bas, parce que la crainte des choses consacrées est sur lui et qu'il ne donne pas au Cohen une chose non prélevée ; et [la michna] d'ici traite [d'une halla] qu'un haver a prélevée. Mais c'est R. Ochaya qui distingue là-bas ainsi. Or la sougya du Yerouchalmi (ch. 5) suit R. Yo'hanan qui ne distingue pas, qui diverge de R. Ochaya et dit "c'est la même chose, c'est la même chose" ; et il répond au nom de R. Yossi b'R. Chanina : c'est Beit Chammai, et ainsi a-t-on enseigné : R. Chimon ben Yehouda dit au nom de R. Chimon : la halla — Beit Chammai obligent et Beit Hillel dispensent. Et il objecte : Beit Chammai ont-ils dit [d'obliger] sinon pour une chose destinée au semis ? [Ainsi] celui qui achète pour semer, pour [nourrir] le bétail, de la farine pour les peaux, de l'huile pour la lampe — n'est-ce pas exempt ? C'est-à-dire tous ces cas que nous avons appris là-bas (ch. 1, michna 3) comme exempts de demai ; et c'est pourquoi cela lui est difficile : Beit Chammai ont-ils dit d'obliger à prélever le demai sur la halla, à moins qu'ils ne soient stringents aussi pour tous ces cas à prélever le demai ? Et puisque la michna ne prend que la halla et non tous ces cas pour obliger — il faut en déduire que ce n'est pas Beit Chammai. Et il répond : plutôt [il s'agit] de celui qui pétrit sa pâte avec du jus de fruits (mei perot) — c'est-à-dire que la michna du ch. 1 exempte [à cause] de la peine de pétrir au jus de fruits, qui ne rend pas [la pâte] susceptible [à l'impureté] (lo hukhchera) pour qu'elle ne reçoive pas la tum'a ; et puisqu'il se donne tout ce mal, vraisemblablement il a aussi fait le prélèvement. Et il objecte : mais R. Yossi b'R. Chanina n'a-t-il pas dit que c'est R. Elazar ich Bartota, [et] non comme les Rabbanan ? — R. Elazar ich Bartota exempte du demai là où il a pétri au jus de fruits, mais les Rabbanan divergent de lui, et s'il en est ainsi nous ne devrions pas établir la michna comme [l'opinion] d'un individu. Et il répond : plutôt comme R. Yo'hanan — ici [il s'agit] de celui qui fait en tum'a, là de celui qui fait en tahara : la michna du ch. 1 [traite] de celui qui s'est donné la peine d'amener un gabbal qui fait en tahara, qui vraisemblablement a certainement fait le prélèvement. Et ensuite il dit : plutôt comme R. Elazar — c'est-à-dire, on peut aussi répondre comme R. Elazar : ici et là [il s'agit] de celui qui fait en tahara, mais [la différence est] entre celui qui loge chez lui [et] parmi le public : mais en public il n'est pas cru tant qu'il n'a pas accepté sur lui [le statut de haver] en public, et ici nous traitons "en public" — c'est-à-dire que la michna du ch. 1 [traite] de celui qui loge chez lui, envers qui les Rabbanan furent indulgents, comme on l'a enseigné au premier chapitre de Halla, dans la Tossefta : celui qui achète à un boulanger, ou à une femme qui fabrique pour vendre au marché, doit prélever la halla du demai ; [mais achetant] à un maître de maison (ba'al ha-bayit) chez qui il loge, il n'a pas besoin de prélever la halla du demai. Mais la halla d'un tevel avéré requiert un prélèvement (tikoun), comme on l'a enseigné dans le Yerouchalmi : celui qui fait une pâte à partir de tevel, qu'il ait fait précéder la halla à la terouma ou la terouma à la halla, ce qu'il a fait est fait, mais la halla ne sera pas mangée tant qu'il n'aura pas prélevé la terouma sur elle, et la terouma ne sera pas mangée tant qu'il n'aura pas séparé la halla.
💡 Explication

À propos de la lishka, la Guemara enchaîne sur une michna du traité Demai (produit acheté à un am ha'aretz dont on ignore s'il a prélevé les dîmes). En règle générale, on doit prélever sur le demai toutes les dîmes incertaines.

Mais pour les boulangers (nachtomin) qui achètent du blé à l'am ha'aretz pour vendre du pain, les Sages ont allégé l'obligation : ils ne prélèvent que la teroumat ma'asser (un centième, donné au Cohen) et la halla. Ils sont dispensés de monter le ma'asser cheni à Jérusalem, car c'est trop pénible pour un commerçant qui vend sans cesse. On parle d'un boulanger haver, sur qui l'on est indulgent parce qu'il vend en continu.

9
בִּשְׁלָמָא תְּרוּמָה גְּדוֹלָה לָא, דְּתַנְיָא:

Soit ! la terouma guedola, non [on ne la prélèvent pas sur le demai], car il est enseigné (de-tanya) :

💡 Explication

La Guemara ouvre l'examen des exemptions du demai énoncées dans la michna des nachtomin. Elle concède d'abord la terouma guedola (environ un cinquantième, donnée au Cohen) : il est normal qu'on ne l'exige pas sur le demai — la raison est fournie par une baraita citée juste après (elle continue en 9a).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).