Sougya : Le daf poursuit la comparaison, ouverte en 8a, entre deux Cohanim mis à l'écart sept jours : le Cohen Gadol avant Yom Kippour (perisha pour la kedusha, ses collègues peuvent le toucher) et le Cohen qui brûle la para aduma (perisha pour la tahara, nul ne le touche). La baraita ne pouvant être que de R.
Meir ou R. Yossi (car R.
Chanina segan ajoutait la différence d'aspersion), R. Yossi b'R.
Chanina analyse alors l'aspersion (haza'a) du Cohen de la para tous les sept jours : chaque jour couvre un doute (3e ou 7e de la tum'a), mais le 4e jour est structurellement vain — ni 3e ni 7e efficace. La Guemara répond que l'aspersion, étant un chevout, ne se fait de toute façon jamais le Chabbat ; d'où la solution de Rava : pour le Cohen de la para (dont la date dépend de nous), on le retire un mercredi afin que son 4e jour vain coïncide avec le Chabbat et qu'on ne perde qu'un seul jour, contrairement au Cohen Gadol dont la date (3 Tichri) est fixée par le calendrier.
La sougya passe ensuite au nom de la chambre : R. Yehouda explique que la lishkat Balvatei (nom honorifique du temps de Chimon HaTzaddik) devint lishkat Parhedrin quand la Kehouna Guedola, monnayée, changeait de titulaire chaque année.
Un enchaînement associatif amène enfin la michna du demai : les boulangers (nachtomin) ne prélèvent que la teroumat ma'asser et la halla, la longue Tossefot déployant tout le débat du Yerouchalmi (tahara/tum'a, mida daka/gassa, Beit Chammai, mei perot) sur ce statut allégé.
...car la mise à l'écart de celui-ci (le Cohen Gadol) est pour la sainteté (kedusha), et ses frères les Cohanim peuvent le toucher ; tandis que la mise à l'écart de celui-là (le Cohen qui brûle la para) est pour la pureté (tahara), et ses frères les Cohanim ne peuvent pas le toucher. De qui [relève cette baraita] ?
Ou bien de Rabbi Meir, ou bien de Rabbi Yossi. Car si c'était de Rabbi Chanina, l'adjoint des Cohanim (segan ha-kohanim), il y aurait aussi ceci [une autre différence].
La michna (7b) a énoncé que le Cohen Gadol, avant Yom Kippour, est retiré sept jours à la lishkat Parhedrin. Une baraita compare ce reclus à un autre : le Cohen qui brûle la vache rousse (para aduma). Les deux sont isolés sept jours, mais pour des motifs opposés.
Pour le Cohen Gadol, la perisha vise la kedusha : le préparer à entrer au Saint des Saints, l'esprit grave. Ses collègues peuvent donc le toucher. Pour le Cohen de la para, elle vise la tahara : on l'entoure d'une pureté extrême, au point que nul ne le touche.
La Guemara demande de qui est cette baraita, qui ne cite que ces différences. Ce doit être R. Meir ou R. Yossi (chacun n'a retenu qu'une différence). Car si c'était R. Chanina segan ha-kohanim, il faudrait citer aussi la différence d'aspersion.
Rabbi Yossi fils de Rabbi Chanina objecte fortement (matkif) : Soit ! le premier [jour], peut-être est-il le troisième [de sa tum'a] ; le deuxième, peut-être est-il le troisième ; le troisième, peut-être est-il le troisième ; le cinquième, peut-être est-il le septième ; le sixième, peut-être est-il le septième ; le septième, peut-être est-il le septième.
On a dit que sur le Cohen de la para on asperge les eaux de purification les sept jours de sa perisha. R. Yossi b'R. Chanina analyse ce compte. L'aspersion (haza'a) des eaux mêlées aux cendres de la para se fait au 3e et au 7e jour de l'impurite par un cadavre.
Comme on ignore quand il fut rendu impur, on asperge chaque jour pour couvrir toutes les possibilités. Chaque jour de J1 à J3 peut être son 3e jour de tum'a (selon qu'il fut impur deux jours avant la perisha, un jour avant, ou juste avant). Chaque jour de J5 à J7 peut être son 7e jour. La question du 4e viendra au segment suivant.
Mais le quatrième [jour], pourquoi ai-je besoin d'une aspersion du tout ? Il n'y a pas lieu de douter [qu'il soit] le troisième, ni lieu de douter [qu'il soit] le septième !
R. Yossi b'R. Chanina resserre son objection sur le 4e jour. Il ne peut être le 3e de la tum'a : depuis sa perisha, le Cohen est gardé et ne s'est plus rendu impur, donc son 3e jour est déjà passé (au plus tard J3). Il ne peut non plus être le 7e utile : si J4 était le 7e de sa tum'a, alors la veille de sa perisha aurait été son 3e jour — or on n'a pas aspergé ce 3e-là, et une aspersion du 7e sans celle du 3e ne vaut rien.
Le 4e jour est donc structurellement vain : ni doute de 3e, ni doute de 7e efficace. Cette aporie appelle la réponse de Rava (segment 4).
Et selon ton raisonnement, y a-t-il [vraiment] aspersion tous les sept jours ? Mais nous tenons pour établi que l'aspersion est un chevout (interdit rabbinique de repos) et qu'elle ne repousse pas le Chabbat !
Plutôt, que dois-tu dire ? Sept [jours] hormis le Chabbat ; ici aussi — sept [jours] hormis le quatrième.
La Guemara retourne l'objection. Même sans le problème du 4e jour, l'aspersion ne se fait jamais réellement les sept jours d'affilée : la haza'a est un chevout (un interdit rabbinique lié au repos), et un chevout ne repousse pas le Chabbat. Il y a donc toujours au moins un jour où l'on n'asperge pas.
Donc "sept jours" a toujours été une façon de parler : cela signifie sept jours sauf le Chabbat. De la même manière, on lira ici "sept jours sauf le quatrième" — le jour vain ne discrédite pas le principe. Cela prépare la solution de Rava, qui va faire coïncider ces deux exceptions.
Rava dit : Par conséquent, le Cohen Gadol à Yom Kippour, dont l'affaire ne dépend pas de nous mais dépend de la fixation du mois (kevi'a de-yarcha), doit être mis à l'écart le 3 Tichri ; et chaque fois que tombe le 3 Tichri, on le met à l'écart. Mais le Cohen qui brûle la para, dont l'affaire dépend de nous, on le met à l'écart le quatrième jour de la semaine (mercredi), afin que son quatrième [jour] tombe un Chabbat.
Rava tire la conclusion pratique. Puisque de toute façon un jour d'aspersion saute (le 4e vain, et le Chabbat où l'on n'asperge pas), autant les fusionner pour ne perdre qu'un seul jour au lieu de deux.
Pour le Cohen Gadol, impossible : la date est fixée par le calendrier (le 3 Tichri, sept jours avant Yom Kippour), quel que soit le jour de la semaine. Le 4e jour vain et le Chabbat restent deux pertes distinctes.
Pour le Cohen de la para, la date dépend de nous (rien ne la fixe). On le retire donc un mercredi, afin que son 4e jour de perisha tombe précisément un Chabbat : le jour où l'aspersion serait de toute façon vaine coïncide avec le jour où elle est de toute façon interdite. Une seule aspersion perdue.
"À la lishkat Parhedrin." Il est enseigné (tanya), Rabbi Yehouda : Était-ce donc la lishkat Parhedrin ? N'était-ce pas la lishkat Balvatei !
La Guemara revient au terme de la michna : le Cohen Gadol est retiré à la lishkat Parhedrin (chambre des Parhedrin). Une baraita rapporte l'étonnement de R. Yehouda : ce nom est déplacé. La chambre s'appelait à l'origine lishkat Balvatei — la chambre des dignitaires, un nom honorifique.
"Parhedrin" désigne au contraire des fonctionnaires royaux révocables, remplacés chaque année. Pourquoi ce nom dégradant ? La réponse suit au segment 6.
Plutôt : au début on l'appelait lishkat Balvatei ; mais parce qu'on donnait de l'argent pour [obtenir] la Kehouna [Guedola], et qu'on la (la charge) remplaçait tous les douze mois, comme ces parhedrin que l'on remplace tous les douze mois, c'est pourquoi on l'appela lishkat Parhedrin.
Réponse : le nom a changé. Du temps de Chimon HaTzaddik, homme juste qui vécut longtemps, la charge de Cohen Gadol était stable et la chambre portait un nom honorifique, Balvatei (les dignitaires).
Sous le Second Temple, la Kehouna Guedola se monnayait auprès du pouvoir (les rois hasmonéens). Des hommes indignes l'obtenaient à prix d'argent ; par leur méfait, ils ne survivaient pas à l'année et étaient remplacés tous les douze mois — exactement comme les parhedrin, ces fonctionnaires royaux annuels. Le nom devint donc, par dérision, lishkat Parhedrin.
Nous avons appris là-bas (tenan hatam) : Les boulangers (nachtomin) — les Sages ne les ont obligés à prélever que la teroumat ma'asser et la halla.
À propos de la lishka, la Guemara enchaîne sur une michna du traité Demai (produit acheté à un am ha'aretz dont on ignore s'il a prélevé les dîmes). En règle générale, on doit prélever sur le demai toutes les dîmes incertaines.
Mais pour les boulangers (nachtomin) qui achètent du blé à l'am ha'aretz pour vendre du pain, les Sages ont allégé l'obligation : ils ne prélèvent que la teroumat ma'asser (un centième, donné au Cohen) et la halla. Ils sont dispensés de monter le ma'asser cheni à Jérusalem, car c'est trop pénible pour un commerçant qui vend sans cesse. On parle d'un boulanger haver, sur qui l'on est indulgent parce qu'il vend en continu.
Soit ! la terouma guedola, non [on ne la prélèvent pas sur le demai], car il est enseigné (de-tanya) :
La Guemara ouvre l'examen des exemptions du demai énoncées dans la michna des nachtomin. Elle concède d'abord la terouma guedola (environ un cinquantième, donnée au Cohen) : il est normal qu'on ne l'exige pas sur le demai — la raison est fournie par une baraita citée juste après (elle continue en 9a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).