Sougya : Ce daf s'ouvre en refermant le à fortiori tzitz -> tefillin (ne pas détourner sa pensée, hessekh ha-da'at), puis oppose R. Yehuda et R.
Shimon sur la lecture des mots du verset du tzitz : lequel dérive de 'al mitzcho', de 've-nassa' et de la nuance 'metzach/metzacho' l'emplacement du tzitz, son pouvoir d'agréer en permanence, et l'exclusion du tzitz brisé. Le cœur du daf est une démarche par élimination : la guemara cherche où loger le désaccord entre R.
Meir (on asperge les eaux de para les sept jours de mise à l'écart) et R. Yossi (seulement le troisième et le septième).
Trois axes sont testés : (1) la tum'a est-elle hutra ou dehuya dans le tzibbur — réfuté, car tous la tiennent pour dehuya ; (2) 'l'immersion en son temps est-elle une mitsva' (tevila bi-zmana mitsva) — réfuté par la baraita du Nom écrit sur la chair, qui montre que R. Yossi tient le principe ; (3) 'compare-t-on l'aspersion à l'immersion' — c'est là le vrai clivage, retenu.
Reste la troisième voix, R. Hanina l'adjoint des kohanim, qui distingue para et Yom Kippour : il n'assimile pas l'aspersion à l'immersion, et les sept jours de la para ne sont qu'une ma'ala (surcroît de rigueur).
Le daf s'achève en amorçant, vers 8b, une baraita 'ein bein... ela' comparant le kohen de la para et le Cohen Gadol de Yom Kippour.
Et de même que le tzitz (la lame frontale du Cohen Gadol), qui ne porte qu'une seule mention [du Nom divin], la Tora a dit : « sur son front, en permanence (tamid) » — [pour enseigner] qu'il n'en détourne pas sa pensée (hessekh ha-da'at) : les tefillin, qui portent de nombreuses mentions [du Nom], à plus forte raison (al ahat kama ve-khama).
Clôture du kal va-homer (raisonnement à fortiori) ouvert au bas de 7b. Le tzitz ne contient qu'un seul Nom divin, et pourtant la Tora exige qu'il soit « toujours sur son front » — compris comme l'interdit d'en détourner la pensée (hessekh ha-da'at).
Or les tefillin contiennent bien davantage de mentions du Nom : à plus forte raison faut-il ne pas s'en distraire. Tossefot met en garde : ce à fortiori n'est pas parfait, car dans le tzitz le Nom est apparent (à découvert) alors que dans les tefillin il est recouvert de cuir — la déduction est donc d'ordre rabbinique.
Et selon R. Shimon, qui dit que [le tzitz], « en permanence (tamid) », agrée (meratze) [même lorsqu'il n'est pas porté sur le front] — mais il est écrit « sur son front... et il portera (ve-nassa) » [ce qui semble impliquer : seulement lorsqu'il est sur le front] !
Ce [verset]-là ne vient que pour lui fixer un emplacement (likboa lo makom).
R. Shimon soutient (traite ailleurs) que le tzitz agrée l'impureté même lorsque le Cohen Gadol ne le porte pas — le mot « tamid » (en permanence) signifiant que son pouvoir d'agréer est continu. Objection : le verset « sur son front... et il portera » suggère que l'action ne vaut que lorsqu'il est sur le front.
Réponse : ce verset n'enseigne pas la condition d'être porté, mais sert seulement à fixer l'emplacement (likboa makom) du tzitz sur le front.
Et R. Yehuda, d'où tient-il [la règle] de fixer l'emplacement ?
Il la tire de « sur son front (al mitzcho) ». Et R.
Shimon aussi, qu'il la tire de « sur son front » ! Oui, il en est bien ainsi (in hakhi nami).
Symétrie du raisonnement. Puisque R. Shimon utilise « ve-nassa » pour dire que le tzitz agrée en permanence, d'où tire-t-il l'emplacement ? De « al mitzcho ». Et R. Yehuda, qui n'a pas cette thèse, tire lui aussi l'emplacement de « al mitzcho ». La guemara le confirme : oui, c'est bien la source de R. Shimon pour l'emplacement.
Mais alors, « sur son front... et il portera », qu'en fait-il [R. Shimon] ?
Il pourrait te dire : [le tzitz] apte au front agrée ; celui qui n'est pas apte au front n'agrée pas. Cela vient exclure le cas où le tzitz s'est brisé (nichbar), qui n'agrée pas.
Si R. Shimon dérive l'emplacement de « al mitzcho », que fait-il alors de « ve-nassa » ? Il l'emploie pour enseigner que seul un tzitz apte à être posé sur le front agrée.
Conséquence : un tzitz brisé (nichbar), inapte au front, n'agrée plus l'impureté. Le mot « ve-nassa » sert ainsi de source à cette exclusion.
Et selon R. Yehuda, [le cas du] tzitz brisé, d'où le tire-t-il ?
Il le tire de [la différence entre] « metzach » (front) et « metzacho » (son front). Et R.
Shimon ne déduit rien de [la différence] « metzach »/« metzacho ».
R. Yehuda, lui, a déjà utilisé « ve-nassa » pour l'emplacement. D'où tire-t-il alors l'exclusion du tzitz brisé ? D'une nuance textuelle : la Tora écrit « metzacho » (son front) et non « metzach » (front) — donc le tzitz doit être apte au front du Cohen Gadol.
R. Shimon, lui, ne dérive rien de cette nuance ; il n'en a pas besoin, ayant tiré l'exclusion de « ve-nassa ». Ceci referme la première partie du daf.
Disons que ces tannaïm [R. Yehuda et R.
Shimon] [correspondent au désaccord] de ces [autres] tannaïm. Car il a été enseigné (de-tanya) : Tant celui-ci que celui-là [le Cohen Gadol avant Yom Kippour et le kohen qui brûle la para adouma], on asperge sur lui, pendant les sept jours [de sa mise à l'écart], [les eaux mêlées] de toutes les hataot (offrandes purificatrices, c.-à-d. les cendres de para) qui étaient là — paroles de R.
Meir. R.
Yossi dit : on n'asperge sur lui que le troisième et le septième [jour] seulement. R.
Hanina, l'adjoint des kohanim (segan ha-kohanim), dit : le kohen qui brûle la para, on asperge sur lui les sept jours ; le Cohen Gadol à Yom Kippour, on n'asperge sur lui que le troisième et le septième.
La guemara propose de rattacher le désaccord R. Yehuda / R. Shimon (sur la tum'a dans le tzibbur) à une baraita à trois voix, sur l'aspersion (haza'a) des eaux de para durant les 7 jours où l'on met le Cohen Gadol (avant Yom Kippour) et le kohen (avant de brûler la para) à l'écart.
R. Meir : on asperge chaque jour des 7 (par crainte du doute sur le 3e/7e). R. Yossi : seulement le 3e et le 7e. R. Hanina segan distingue : para = 7 jours, Cohen Gadol à YK = 3e + 7e.
N'est-ce pas sur ce point qu'ils divergent : R. Meir tient que la tum'a (impureté) est repoussée (dehuya) dans le public (tzibbur) — [donc on exige une pureté parfaite et l'on asperge chaque jour par doute] — et R.
Yossi tient que la tum'a est permise (hutra) dans le public [donc 3e et 7e suffisent] ?
Première lecture du désaccord (axe 1). La guemara propose : R. Meir tiendrait que la tum'a est seulement dehuya (repoussée par nécessité) dans le tzibbur — d'où l'exigence d'une pureté parfaite et d'asperger tous les jours par doute ; R. Yossi tiendrait qu'elle est hutra (totalement permise) — d'où il suffit d'asperger le 3e et le 7e, à titre de simple surcroît de perfection (ma'ala).
Et le comprends-tu ainsi (ve-tisbera) ? Si R.
Yossi tenait que [la tum'a] est permise (hutra) dans le public — pourquoi me faudrait-il une aspersion du tout ? Plutôt, tous [ces tannaïm] tiennent que la tum'a est repoussée (dehuya) dans le public.
Réfutation de l'axe 1. Si R. Yossi tenait vraiment la tum'a pour hutra, il n'y aurait aucune raison d'asperger, même le 3e et le 7e — l'impureté ne serait plus un défaut du tout. Le fait qu'il maintienne une aspersion prouve qu'il tient, lui aussi, la tum'a pour dehuya.
Conclusion : tous les tannaïm de la baraita tiennent que la tum'a est dehuya dans le tzibbur. Le désaccord doit donc être cherché ailleurs.
Et ici, c'est sur ceci qu'ils divergent : R. Meir tient que nous disons « l'immersion en son temps est une mitsva » (tevila bi-zmana mitsva), et R.
Yossi tient que nous ne disons pas « l'immersion en son temps est une mitsva ».
Deuxième lecture (axe 2). Puisque tous tiennent dehuya, le clivage serait : le principe tevila bi-zmana mitsva — l'immersion (et par assimilation l'aspersion) doit s'accomplir dès que possible, en son temps.
R. Meir : oui, c'est une mitsva — donc on asperge chaque jour, car ce pourrait être le 3e jour de l'impureté. R. Yossi : non — donc le 3e et le 7e de la mise à l'écart suffisent.
Et R. Yossi tient-il [vraiment] que nous ne disons pas « l'immersion en son temps est une mitsva » ?
Mais n'a-t-il pas été enseigné (ve-ha-tanya) : Celui qui avait un Nom [divin] écrit sur sa chair — celui-là ne se baignera pas, ne s'enduira pas [d'huile] et ne se tiendra pas dans un lieu de saleté (tinofet). [Si] une immersion de mitsva se présente à lui — il enroule dessus un roseau (gémi) et s'immerge.
R. Yossi dit : il descend et s'immerge à son habitude, pourvu qu'il ne frotte pas (che-lo yechafchef) [le Nom].
Objection contre l'axe 2. Une baraita traite de celui qui a un Nom divin écrit sur sa peau : il doit éviter de l'effacer. Le tanna kama exige qu'il enroule un roseau protecteur avant de s'immerger — quitte à différer. R. Yossi, lui, dit qu'il s'immerge immédiatement, à son habitude, sans différer, pourvu de ne pas frotter.
Cela montre que R. Yossi refuse tout délai à l'immersion : donc il tient bien tevila bi-zmana mitsva — contredisant la lecture de l'axe 2.
Or il nous est établi (ve-kayma lan) que c'est bien sur [le principe] « l'immersion en son temps est une mitsva » qu'ils [le tanna kama et R. Yossi] divergent : le tanna kama tient que nous ne disons pas « l'immersion en son temps est une mitsva », et R.
Yossi tient que nous disons « l'immersion en son temps est une mitsva ». Plutôt, tous [conviennent que], selon ces tannaïm [R.
Meir et R. Yossi de la baraita du 3e/7e], nous disons « l'immersion en son temps est une mitsva ».
La guemara établit (d'après Chabbat 120b) que dans la baraita du Nom sur la chair, le clivage est justement tevila bi-zmana mitsva : tanna kama = non, R. Yossi = oui. R. Yossi tient donc positivement le principe.
Conséquence pour notre baraita : l'axe 2 s'effondre. Tous (R. Meir comme R. Yossi) conviennent que tevila bi-zmana mitsva. Le désaccord doit encore être cherché ailleurs — ce sera l'axe 3.
Et ici, c'est sur ceci qu'ils divergent : R. Meir tient que nous comparons (makichinan) l'aspersion à l'immersion [donc l'aspersion en son temps est aussi une mitsva], et R.
Yossi tient que nous ne comparons pas (lo makichinan) l'aspersion à l'immersion.
Troisième lecture (axe 3) — celle qui tient. Tous conviennent que tevila bi-zmana mitsva ; le vrai clivage porte sur l'assimilation de l'aspersion (haza'a) à l'immersion (tevila).
R. Meir : on compare — donc l'aspersion aussi doit se faire dès que possible, chaque jour. R. Yossi : on ne compare pas — l'aspersion en son temps n'est pas une mitsva, il suffit de respecter l'intervalle du 3e au 7e.
Et R. Hanina, l'adjoint des kohanim ?
S'il compare l'aspersion à l'immersion — [alors] même le kohen à Yom Kippour aussi [devrait être aspergé sept jours] ; s'il ne compare pas l'aspersion à l'immersion — [alors] même le kohen qui brûle la para aussi ne [devrait] pas [l'être sept jours] !
Difficulté sur la troisième voix, R. Hanina segan, qui distingue les deux cas (para = 7 jours ; CG à YK = 3e + 7e). Or l'axe 3 est binaire : ou bien on assimile l'aspersion à l'immersion (et alors les deux devraient être 7 jours), ou bien on ne l'assimile pas (et alors aucun ne le devrait). Comment justifier son traitement différencié ?
En vérité, il ne compare pas [l'aspersion à l'immersion] ; et [pour] le kohen qui brûle la para, c'est un simple surcroît de rigueur (ma'ala be-alma).
Réponse. R. Hanina segan n'assimile pas l'aspersion à l'immersion — donc, de droit strict (min ha-din), 3e et 7e suffiraient dans les deux cas.
Les 7 jours d'aspersion pour le kohen de la para ne sont pas une exigence de fond, mais une ma'ala be-alma : une des nombreuses rigueurs que les Sages ont ajoutées autour de la para adouma, pour souligner qu'elle doit être accomplie dans une pureté éclatante.
Selon qui va ce qu'ont enseigné nos Maîtres (tanou rabbanan) : Il n'y a entre le kohen qui brûle la para et le Cohen Gadol à Yom Kippour que —
Charnière vers 8b. La guemara introduit une nouvelle baraita du type « ein bein... ela » (il n'y a de différence entre X et Y que...) comparant le kohen de la para et le Cohen Gadol de Yom Kippour, et demande à quelle opinion (parmi les tannaïm précédents) elle correspond. Le contenu de la différence se poursuit au verso.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).