Sougya : Ce daf clôt le grand débat houtra/dehouya en le renvoyant à une controverse de Tannaim (tannai hi), sauvant ainsi la lecture de 7a (le tzitz agrée la tum'a) sans réfuter Rav Chechet. Une baraita de Rabbi Chimon ouvre une nouvelle mahloket : le tzitz agrée-t-il la tum'a de l'offrande UNIQUEMENT tant qu'il est sur le front du Cohen Gadol (R.
Yehouda) ou TOUJOURS, même retiré (R. Chimon) ?
R. Chimon en veut pour preuve Yom Kippour, où le tzitz (en or) n'est pas porté pendant le service intérieur et agrée pourtant ; R.
Yehouda répond que là, la tum'a est houtra car tout est korban tzibbur — d'où l'on infère que R. Chimon tient la tum'a pour dehouya.
Abaye recentre : si le tzitz est cassé, tous conviennent qu'il n'agrée pas ; la divergence ne porte que sur le tzitz intact mais suspendu à un clou (tali be-sikta). Les deux camps s'appuient sur un fragment d'Ex 28:38 — R.
Yehouda sur 'al metzah... ve-nasa' (il faut le front), R. Chimon sur 'tamid le-ratzon' (il agrée en permanence).
Comme tamid ne peut signifier un port physiquement continu (toilettes, sommeil), R. Yehouda le lit comme l'interdit de détourner son esprit du tzitz (heset ha-da'at), d'où le kal va-homer de Rabba bar Rav Houna : tâter ses téfilines à toute heure.
Voici donc (ha) : désormais [le tzitz] ne porte que la faute de tum'a, qui a été permise depuis sa règle générale dans le public (she-houtra mikllah be-tzibbur). Or c'est une difficulté pour Rav Chechet !
[Réponse :] c'est [l'objet d']une controverse de Tannaim (tannai hi). Car il a été enseigné (baraita) : le tzitz, qu'il soit sur son front ou qu'il ne soit pas sur son front — il agrée (meratze), paroles de Rabbi Chimon.
Aboutissement de l'exégèse de 7a : par élimination du piggul et du notar, la seule faute que le tzitz (la lame frontale) fasse agréer est celle de tum'a. Mais si le tzitz doit l'agréer, c'est que la tum'a reste un défaut — donc dehouya (repoussée), et non houtra (permise). Cela contredit Rav Chechet, qui tenait la tum'a pour houtra dans le public.
La Guemara dénoue : tannai hi — c'est une controverse ancienne entre Tannaim. Une baraita rapporte l'avis de Rabbi Chimon : le tzitz agrée qu'il soit ou non sur le front du Cohen Gadol. Cette baraita (et le débat qui suit avec R. Yehouda) va servir à montrer qu'au moins un Tanna tient la tum'a pour dehouya — sauvant ainsi la lecture de 7a sans réfuter Rav Chechet.
Rabbi Yehouda dit : tant qu'il est encore (odehou) sur son front — il agrée ; s'il n'est plus sur son front — il n'agrée pas. Rabbi Chimon lui dit : le Cohen Gadol à Yom Kippour le prouvera (yokhiah), lui dont [le tzitz] n'est plus sur son front — et pourtant il agrée !
La mahloket est posée. Pour R. Yehouda, le tzitz n'agrée que tant qu'il est sur le front (odehou al mitzho) ; retiré, il cesse d'agréer. Pour R. Chimon, il agrée même hors du front.
R. Chimon apporte une preuve (yokhiah) : à Yom Kippour, pendant le service intérieur, le Cohen Gadol porte les quatre vêtements blancs et n'entre pas dans le Saint des Saints en vêtements d'or — donc le tzitz (en or) n'est pas sur son front. Et pourtant l'agreement opère. Signe que le port sur le front n'est pas requis.
Rabbi Yehouda lui dit : laisse [de côté] le Cohen Gadol à Yom Kippour, car pour lui la tum'a a été permise (houtra) dans le public. [Réponse de la Guemara :] par inférence (mikllal), Rabbi Chimon tient que la tum'a est repoussée (dehouya) dans le public.
R. Yehouda désamorce la preuve : à Yom Kippour, tout le service est korban tzibbur, donc la tum'a y est houtra (totalement permise) — l'agreement du tzitz est superflu. Yom Kippour ne prouve donc rien sur le port du tzitz.
La Guemara en tire l'essentiel (mikllal) : si R. Chimon a cru bon d'invoquer le tzitz à Yom Kippour, c'est qu'il tient la tum'a du public pour dehouya (repoussée, non levée) — et que c'est précisément le tzitz qui l'agrée. Voilà le Tanna cherché : la difficulté de 7a contre Rav Chechet se résout en controverse tannaitique (R. Chimon : dehouya ; d'autres : houtra).
Abaye dit : lorsque le tzitz s'est brisé (nichbar), tout le monde s'accorde qu'il n'agrée pas. Ce sur quoi ils divergent, c'est [le cas où] il est suspendu à un clou (tali be-sikta) : Rabbi Yehouda tient [le verset] 'sur le front... et il portera' [il faut qu'il soit sur le front pour porter],
Abaye recentre le débat (mila be-afi nafcha) et délimite trois états du tzitz. S'il est brisé (nichbar), tous conviennent qu'il n'agrée plus : il n'est plus un tzitz. S'il est sur le front, tous conviennent qu'il agrée.
La divergence porte uniquement sur le cas intermédiaire : le tzitz est intact mais suspendu à un clou (tali be-sikta, sur son yated), non porté. R. Yehouda s'appuie sur 've-haya al metzah Aharon... ve-nasa' (Ex 28:37-38) : il faut qu'il soit sur le front pour qu'Aharon 'porte' la faute — donc suspendu, il n'agrée pas.
Et Rabbi Chimon tient [l'appui sur] 'tamid le-ratzon lifnei Hachem' (en permanence, pour agrément, devant l'Éternel). Que signifie 'tamid' ?
Si tu dis : toujours (tamid) sur son front — le trouves-tu [jamais] ?! Ne lui faut-il pas entrer aux toilettes (bet ha-kisse), et ne lui faut-il pas dormir ?!
Plutôt : 'tamid', il agrée en permanence.
R. Chimon s'appuie sur la fin du verset : 'tamid le-ratzon lifnei Hachem' (Ex 28:38) — 'en permanence, pour agrément'. Il en tire que le tzitz agrée toujours, même hors du front.
La Guemara teste le sens de tamid. Ce ne peut être 'toujours sur le front' au sens physique : c'est irréalisable — le Cohen Gadol doit aller aux toilettes (où il retire la lame portant le Nom) et doit dormir (il ôte alors les vêtements). Un port ininterrompu n'existe pas. Donc tamid ne qualifie pas le port mais l'agreement : le tzitz agrée en permanence.
Et selon Rabbi Yehouda aussi, n'est-il pas écrit 'tamid' ! [Réponse :] ce 'tamid'-là [enseigne] qu'il ne détourne pas son esprit de lui (chelo yasi'ah da'ato mimeno), comme [l'enseignement] de Rabba bar Rav Houna.
Car Rabba bar Rav Houna a dit : un homme est tenu de tâter (le-machmech) ses téfilines à chaque heure, [par] un kal va-homer depuis le tzitz.
Objection à R. Yehouda : le mot tamid figure bien dans le verset — comment l'explique-t-il, puisque pour lui le tzitz n'agrée pas hors du front ?
Réponse : pour R. Yehouda, tamid n'enseigne rien sur l'agreement, mais sur l'attention : le Cohen Gadol ne doit pas détourner son esprit (heset ha-da'at) du tzitz tant qu'il le porte. La Guemara rattache cela à Rabba bar Rav Houna : on doit tâter ses téfilines à toute heure, pour ne pas les oublier. Cette obligation se déduit par kal va-homer depuis le tzitz — à fortiori pour les téfilines, qui contiennent de nombreuses mentions du Nom.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).