Yoma 12a -- Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? De l'impureté des synagogues et des nega'im à la carte du Temple (Yehouda / Binyamin) et à la bande de l'autel, puis le 'hinoukh du Cohen Gadol de remplacement à Yom Kippour.

Yoma 12a

Sougya : Ce daf achève d'abord la sougya sur l'impureté des synagogues. La contradiction entre les baraitot se résout par kerakim (grandes villes, bien public -- pas d'impureté) contre kefarim (villages, statut de maison d'associés -- impurs).

Une objection tirée des nega'im (la lèpre des maisons) ouvre la question centrale du haut du daf : Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? Le premier tanna tient que non (elle est à tout Israël, donc sans propriété privée et exempte de nega'im), R.

Yehouda que oui (entre Yehouda et Binyamin, seul le lieu sacré -- corrigé de 'lieu du Sanctuaire' -- étant excepté, ce qui englobe synagogues et maisons d'étude). Une baraita géographique appuie R.

Yehouda : elle répartit le Temple entre Yehouda (Mont du Temple, chambres, parvis) et Binyamin (Oulam, Heikhal, Saint des Saints), avec une bande de Yehouda portant l'autel que Binyamin le juste désire 'engloutir' -- d'où son mérite de devenir l'hôte (ouchpizkhan) de la Chekhina ; le Ben Yehoyada explique le sens de 'engloutir' (le lieu de l'autel du Beit Olamim se replie et vient chez Binyamin) et la nature de sa récompense (le Saint des Saints lui reste au Second comme au Troisième Temple). L'avis 'non partagée' s'appuie sur une autre baraita : on ne loue ni maison ni lit à Jérusalem, et les hôtes prennent 'de force' les peaux des offrandes -- d'où la règle d'ora'h ar'a d'Abaye.

Le verset 'celui à qui est la maison' montre enfin que le village, indivis, échappe lui aussi aux nega'im. La seconde moitié revient à la Michna : comment intronier ('hinoukh) le Cohen Gadol de remplacement ?

Avant le tamid du matin, par les huit vêtements ; après, la question se pose (le service du jour est en quatre vêtements de lin). Rav Ada bar Ahava répond : par l'avnet (de lin à Yom Kippour), mais cela dépend d'une mahloket sur la ceinture du Cohen Gadol l'année durant ; Abaye répond : il revêt les huit vêtements et retourne un membre à la fourche (un service selon Rav Houna).

La sougya se poursuit en 12b avec Rav Papa.

Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? (seg 1-2, 5-7) Toute la sougya du haut du daf tourne autour de ce seul point. 1er tanna : NON partagée Jérusalem est à tout Israël. Nega'im (lèpre) : "a'houzatkhem" = propriété privée. Sans titre privé -> Jérusalem exemptée. Location : on ne loue ni maison ni (R. Elazar) même un lit -- ce n'est pas à eux. Peaux des offrandes : l'hôte les prend "de force" (nul titre ne les lui donne). Appui : baraita des locations (seg 5). R. Yehouda : partagée Entre Yehouda et Binyamin. Nega'im (lèpre) : Jérusalem contracte la lèpre comme toute ville. Seule exception : "le lieu sacré" (corrigé de "lieu du Sanctuaire") -- car David acheta l'aire d'Aravna avec l'argent prélevé sur chaque tribu. Inclut : synagogues, maisons d'étude. Appui : baraita Yehouda/Binyamin (seg 3-4). Village : indivis comme la ville -> "celui à qui est la maison" exclut le bien commun (seg 6-7).
Le coeur du daf : Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? Les deux avis et leurs conséquences (impureté des nega'im, location des maisons, peaux des offrandes).
Le Temple partagé entre deux tribus (baraita, seg 3-4) Preuve que Jérusalem FUT partagée (avis de R. Yehouda). Orientation : Est à droite, Ouest à gauche. Portion de BINYAMIN (ouest) Saint des Saints Heikhal Oulam Portion de YEHOUDA (est) Parvis (azarot) + chambres (lechakhot) Mont du Temple (Har ha-Bayit) Autel (mizbeah) bande de Yehouda qui entre chez Binyamin Binyamin le juste désire "engloutir" cette bande pour que l'autel lui revienne aussi. Récompense : "il réside entre ses épaules" -- le Saint des Saints (l'Arche) est chez lui. Le Ben Yehoyada : l'emplacement de l'autel, replié, vient chez Binyamin ; d'où "engloutir".
La géographie du Temple selon la baraita : portion de Yehouda (Mont du Temple, chambres, parvis) et de Binyamin (Oulam, Heikhal, Saint des Saints), avec la bande de l'autel que Binyamin désire engloutir.
Intronier (me'hanekh) le Cohen Gadol de remplacement (seg 8-10) Une invalidation frappe le Cohen Gadol à Yom Kippour. Comment marquer l'élévation du suppléant ? Quand survient l'invalidation ? par rapport au tamid du matin AVANT le tamid du matin Le suppléant fait le tamid du matin dans les HUIT vêtements. -> intronise (évident). seg 8 APRÈS le tamid du matin Le service du jour est en QUATRE vêtements de lin = comme un simple Cohen. Par quoi l'intronier ? seg 8 Rav Ada b. Ahava : par l'AVNET Ceinture de boutz (lin) à Yom Kippour, alors qu'il servait en kilayim l'année. Marche seulement si avnet du CG = avnet du simple Cohen. Sinon : ? (seg 9) Abaye : HUIT vêtements + fourche Il revêt les 8 et retourne un membre du tamid a la tsinora (il hâte la combustion). C'est un service (Rav Houna : un zar qui le fait est passible de mort). (seg 10)
Seconde moitié du daf : comment intronier le Cohen Gadol de remplacement selon le moment de l'invalidation -- avant le tamid (huit vêtements) ou après (avnet, ou huit vêtements + fourche selon Abaye).
1
וְהָא — דִּכְרַכִּים, וְהָא — דִּכְפָרִים.

Et celle-ci [la baraita qui enseigne qu'une synagogue ne contracte pas l'impureté] parle des grandes villes (kerakim), et celle-là [qui enseigne qu'elle la contracte] parle des villages (kefarim).

📜 Rachi (2)
דִּכְרַכִּים שֶׁהוּא מְקוֹם שְׁווָקִים וּמִתְקַבְּצִים שָׁם מִמְּקוֹמוֹת הַרְבֵּה וְהִיא עֲשׂוּיָה לְכָל הַבָּא לְהִתְפַּלֵּל וְאֵין לָהּ בְּעָלִים מְיֻוחָדִים:
Des grandes villes : c'est un lieu de marchés où l'on se rassemble de nombreux endroits ; elle est faite pour quiconque vient prier et n'a pas de propriétaires attitrés.
דִּכְפָרִים כָּל בְּעָלָיו נִיכָּרִים וַהֲרֵי הוּא כְּבֵית הַשֻּׁותָּפִין:
Des villages : tous ses propriétaires sont identifiables ; elle a donc le statut d'une maison d'associés.
🗂️ Tossefot (1)
הָא דִּכְרַכִּים הָא דִּכְפָרִים לִכְאוֹרָה תַּרְוַייְהוּ כְּרַבָּנָן מוֹקֵי לְהוּ דְּאִי אִידִי וְאִידִי כְּרַבִּי מֵאִיר אִם כֵּן כֵּיוָן דְּאִיבָּעֵית אֵימָא קַמָּא אִידִי וְאִידִי כְּרַבָּנָן מוֹקֵי לְהוּ וְהַשְׁתָּא מוּקֵי תַּרְוַיְיהוּ כְּר' מֵאִיר הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וְאִי בָּעֵית אֵימָא אִידֵּי וְאִידֵּי כר"מ וְעוֹד כִּי פָּרֵיךְ לְקַמָּן וְדִכְפָרִים מִי מִטַּמֵּא בִּנְגָעִים וְהָתַנְיָא לַאֲחֻוזָּה וְכוּ' לֵימָא הַהִיא רַבָּנָן הִיא וְתֵימַהּ לִי א"כ פְּלֻוגְתַּייְהוּ דְּרַבִּי מֵאִיר וְרַבָּנָן בְּדִכְרַכִּים וּמַאי פָּרִיךְ תּוּ מֵרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי אֶלָּא מְקוֹם מִקְדָּשׁ דִּילְמָא כר"מ סְבִירָא לֵיהּ וְעוֹד קָשֶׁה לִי דְּעַל כָּרְחֲךָ מִתַּרְוַיְיהוּ פָּרִיךְ דְּמִמִּילְּתָא דת"ק נָמֵי דִּייֵּק יְרוּשָׁלַיִם דַּוְקָא אֵינָהּ מְטַמֵּא' הָא בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת מְטַמְּאִים וְאִם כֵּן כִּי מְשַׁנֵּי אֵימָא מָקוֹם מְקֻודָּשׁ בִּלְבַד אַכַּתִּי מָתָ"ק תִּיקְשֵׁי אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ מִשּׁוּם הָכִי לָא פָּרֵיךְ מָתָ"ק דְּמָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי דִּכְרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לֵיהּ א"כ דְּרַבִּי יְהוּדָה נַמֵּי לִישַׁנֵּי הָכִי מִיהוּ הָא לָא קַשְׁיָא דְּמָתָ"ק לֵיכָּא לְמֵידַק מִידֵּי הָא בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת מְטַמְּאִים דְּדִילְמָא נְקַט יְרוּשָׁלַיִם אע"ג דְּלָא קַדִּישָׁא כֻּולֵּי הַאי כְּמוֹ בָּתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת לְכַמָּה עִנְיָנִים וכ"ש בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּמִדְרָשׁוֹת מִיהוּ הָא קַשְׁיָא וּמַאי פָּרֵיךְ מֵרַבִּי יְהוּדָה וְי"ל כֵּיוָן דְּלָא הֻוזְכְּרוּ שׁוּם תַּנָּאִים דִּפְלִיגִי בְּהָא מִילְּתָא כִּי אִם רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה מִסְּתָמָא בַּר פְּלוּגְתָּא דְּרַבִּי מֵאִיר הוּא ר' יְהוּדָה וְהַיְינוּ רַבָּנָן דְּבָרַייְתָא דִּלְעֵיל וּבַר פְּלֻוגְתֵּיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה הוּא ר"מ:
A priori, la Guemara établit les deux baraitot selon les Sages (Rabanan). Car si elle les établissait toutes deux selon Rabbi Meir, alors -- puisque la première réponse ("si tu veux, dis") les établissait déjà toutes deux selon les Sages -- ici, en les établissant toutes deux selon Rabbi Meir, elle aurait dû dire "et si tu veux, dis : celle-ci comme celle-là selon R. Meir". De plus, lorsqu'elle objecte plus bas "et celles des villages contractent-elles la lèpre ? Or on a enseigné 'la'a'houza'...", elle aurait pu répondre que cette baraita-là suit les Sages. Et cela m'étonne : car s'il en était ainsi, la controverse de R. Meir et des Sages porterait sur les grandes villes -- et alors quelle difficulté tire-t-on encore de R. Yehouda qui dit "je n'ai entendu que le lieu du Sanctuaire" ? Peut-être pense-t-il comme R. Meir ! Autre difficulté : de force, c'est des deux baraitot que l'on objecte, car du propos même du premier tanna on déduit aussi que Jérusalem seule ne devient pas impure -- mais les synagogues et maisons d'étude, elles, deviennent impures ; et alors, quand on corrige "dis : le lieu sacré uniquement", la difficulté du premier tanna subsiste ! Il faut donc dire que si l'on n'objecte pas du premier tanna, c'est qu'il pourrait répondre qu'il pense comme R. Meir -- mais alors R. Yehouda aussi pourrait répondre ainsi. Cela dit, cette difficulté-là n'en est pas une : du premier tanna on ne peut rien déduire quant aux synagogues et maisons d'étude qui deviendraient impures, car peut-être a-t-il mentionné Jérusalem bien qu'elle ne soit pas aussi sacrée [que le Sanctuaire], comme les synagogues et maisons d'étude le sont à divers égards -- et à plus forte raison celles-ci. Reste la difficulté : que tire-t-on de R. Yehouda ? On peut répondre : puisqu'on n'a mentionné aucun tanna en désaccord sur ce point sinon R. Meir et R. Yehouda, le contradicteur de R. Meir est vraisemblablement R. Yehouda -- et c'est lui les "Sages" de la baraita ci-dessus ; et le contradicteur de R. Yehouda est R. Meir.
💡 Explication

La Guemara clôt la contradiction entre deux baraitot sur la toum'a (impureté) d'une synagogue. La distinction tient au propriétaire : dans un kerakh (grande ville de marché), la synagogue accueille des gens venus de partout, n'a pas de propriétaires attitrés et appartient au public -- comme un lieu sans maître, elle ne devient pas impure. Dans un kefar (village), elle n'appartient qu'aux habitants, avec un statut de beit ha-choutafin (maison d'associés) -- elle devient impure.

2
וְדִכְרַכִּים אֵין מִטַּמֵּא בִּנְגָעִים? וְהַתַּנְיָא: ״אֲחֻוזַּתְכֶם״, אֲחֻוזַּתְכֶם מְטַמְּאָה בִּנְגָעִים, וְאֵין יְרוּשָׁלָיִם מִטַּמְּאָה בִּנְגָעִים. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי אֶלָּא מְקוֹם מִקְדָּשׁ בִּלְבַד. הָא בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת מִטַּמְּאִין בִּנְגָעִים, וְאַף עַל גַּב דִּכְרָכִים נִינְהוּ! אֵימָא: אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי אֶלָּא מְקוֹם מְקֻודָּשׁ בִּלְבַד.

Et celles des grandes villes ne contractent-elles pas la lèpre ? Mais on a enseigné : "('à'houzatkhem' -- votre propriété) : votre propriété contracte la lèpre, mais Jérusalem ne contracte pas la lèpre".

Rabbi Yehouda dit : "Je n'ai entendu [exclure] que le lieu du Sanctuaire seul." [On en déduirait donc] que les synagogues et les maisons d'étude contractent la lèpre -- et ce, bien qu'elles soient dans de grandes villes ! [La Guemara corrige :] Dis plutôt : Rabbi Yehouda dit : "Je n'ai entendu [exclure] que le lieu sacré uniquement" [ce qui inclut aussi les synagogues et les maisons d'étude].

📜 Rachi (3)
וְאֵין יְרוּשָׁלָיִם מִטַּמְּאָה בִּנְגָעִים שֶׁאֵין אֲחֻוזָּה לָהֶם קָסָבַר לֹא נִתְחַלְּקָה לְשֵׁבֶט יְהוּדָה וּבִנְיָמִין אֶלָּא כָּל הַשְּׁבָטִים שָׁוִין בָּהּ:
Et Jérusalem ne contracte pas la lèpre : car ils n'y ont pas de propriété [privée]. [Ce tanna] tient que [Jérusalem] ne fut pas partagée entre les tribus de Yehouda et Binyamin, mais que toutes les tribus y sont à égalité.
אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי קָסָבַר נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים:
Je n'ai entendu : il tient que [Jérusalem] fut partagée entre les tribus.
אֶלָּא מְקוֹם מִקְדָּשׁ בִּלְבַד שֶׁכְּשֶׁקָּנָה דָּוִד אֶת גֹּורֶן מֵאֲרַוְנָה הַיְבֻוסִי גָּבָה הַכָּסֶף מִכָּל שֵׁבֶט וְשֵׁבֶט כִּדְאָמְרִינַן בְּסִפְרֵי וּבִשְׁחִיטַת קָדָשִׁים [זְבָחִים קטז:]:
Que le lieu du Sanctuaire seul : car lorsque David acheta l'aire d'Aravna le Yévousite, il préleva l'argent sur chaque tribu, comme il est dit dans le Sifri et dans Zé'vahim (116b).
🗂️ Tossefot (1)
יְרוּשָׁלַיִם לֹא נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף נג:) אָמְרִינַן דְּקֶרֶן דְּרוֹמִית מִזְרָחִית לֹא הָיָה לוֹ יְסוֹד לְפִי שֶׁלֹּא הָיָה בְּחֶלְקוֹ שֶׁל טוֹרֵף וא"כ לָמֶ"ד לֹא נִתְחַלְּקָה מַאי שְׁנָא דִּשְׁאָר מְקוֹמוֹת שֶׁל הַמִּזְבֵּחַ הָיָה לָהֶם יְסוֹד וּמִזְרָחִית דְּרוֹמִית לֹא הָיָה לָהּ יְסוֹד וְאֵין לְתָרֵץ דִּלְדִידֵיהּ הָיָה לָהֶם יְסוֹד מִכָּל צְדָדָיו דְּאִם כֵּן אֶל יְסוֹד מִזְבַּח הָעֹולָה מַאי עֲבִיד לֵיהּ דְּמַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ לִיתֵּן אוֹתוֹ בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ לוֹ מִכְּלָל דְּאִיכָּא דֻּוכְתָּא דְּלָא הָיָה לוֹ יְסוֹד וי"ל הָכִי גְּמִירִי שֶׁלֹּא לַעֲשׂוֹת יְסוֹד לְמִזְרָחִית דְּרוֹמִית כְּדִכְתִיב [דְּהֵ"א כח] הַכֹּל בִּכְתָב:
Jérusalem ne fut pas partagée entre les tribus : cela étonne, car au chapitre "Eizehou mekoman" (Zé'vahim 53b) on dit que l'angle sud-est [de l'autel] n'avait pas de yesod (soubassement) parce qu'il ne se trouvait pas dans la portion du "rapace" [Binyamin, comparé à un loup qui déchire]. Or, selon l'avis qui tient que [Jérusalem] ne fut pas partagée, pourquoi les autres côtés de l'autel auraient-ils un yesod, et non l'angle sud-est ? On ne peut répondre que, selon lui, l'autel avait un yesod de tous ses côtés, car alors que ferait-on du verset "au yesod de l'autel de l'holocauste" (Vayikra 4), qui implique qu'on verse [le sang] là où il y a [un yesod] -- signe qu'il existe un endroit qui en est dépourvu ? On peut répondre : ainsi l'ont-ils reçu par tradition, qu'on ne fait pas de yesod à l'angle sud-est, comme il est écrit (I Chroniques 28) "le tout par écrit [de la main de l'Éternel]".
💡 Explication

Objection : si la synagogue de ville échappe à l'impureté parce qu'elle appartient au public, elle devrait aussi échapper aux nega'im (plaies de lèpre des maisons). Or la baraita, tirée de a'houzatkhem ("votre propriété"), n'exempte que Jérusalem -- signe que les synagogues, elles, y sont susceptibles. R. Yehouda restreint l'exemption au seul lieu du Sanctuaire. La Guemara corrige sa formule en "lieu sacré" (mekoudach) pour y englober synagogues et maisons d'étude, ce qui les exempte à leur tour et résout l'objection.

3
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? תַּנָּא קַמָּא סָבַר יְרוּשָׁלַיִם לֹא נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים, וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר יְרוּשָׁלַיִם נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים.

Sur quoi portent-ils leur désaccord ? Le premier tanna tient que Jérusalem ne fut pas partagée entre les tribus, et Rabbi Yehouda tient que Jérusalem fut partagée entre les tribus.

📜 Rachi (1)
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי ר' יְהוּדָה וְרַבָּנָן:
Sur quoi portent-ils leur désaccord : R. Yehouda et les Sages.
🗂️ Tossefot (1)
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי בִּשְׁלָמָא מֵעִיקָּרָא כִּי הֲוָה ס"ד דְּר' יְהוּדָה מְקוֹם מִקְדָּשׁ דַּוְקָא קָאָמַר אִיכָּא לְמֵימַר דִּפְלִיגִי בְּהָא ת"ק סָבַר כָּל יְרוּשָׁלַיִם אֵין מְטַמֵּא בִּנְגָעִים מִשּׁוּם דְּקַדִּישָׁא לַאֲכִילַת קָדָשִׁים קַלִּים וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי וְכֵיוָן דִּמְיֻוחֶדֶת לְקָדְשֵׁי גָּבוֹהַּ לָא חֲשִׁיבָא לֵיהּ אֲחֻוזַּתְכֶם וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר דַּווְקָא מְקוֹם מִקְדָּשׁ שֶׁהוּא מַחֲנֵה שְׁכִינָה לַאֲכִילַת קָדְשֵׁי קָדָשִׁים אֲבָל יְרוּשָׁלַיִם מְטַמְּאָה וְכָל שֶׁכֵּן בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּמִדְרָשׁוֹת אֲבָל הַשְׁתָּא דְּאָמְרִינַן דְּרַבִּי יְהוּדָה אָמַר אֲנִי לֹא שָׁמַעְתִּי אֶלָּא מְקוֹם מְקֻודָּשׁ בִּלְבַד וּבִכְלַל זֶה יֵשׁ כְּמוֹ כֵן בָּתֵּי כְּנֵסִיּוֹת וּמִדְרָשׁוֹת אִם אִיתָא דְּטַעֲמָא דת"ק הָוֵי מִשּׁוּם דִּירוּשָׁלַיִם קְדוֹשָׁה לַאֲכִילַת קָדָשִׁים קַלִּים וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי לָא הָוֵי לֵיהּ לְר' יְהוּדָה לְמֵימַר הַאי לִישָּׁנָא אֶלָּא מָקוֹם מְקֻודָּשׁ כֵּיוָן דְּטַעֲמָא דת"ק נָמֵי הָוֵי מִשּׁוּם דִּירוּשָׁלַיִם מָקוֹם מְקֻודָּשׁ הִיא לְהָכִי אִיצְטְרִיךְ לְמֵימַר דִּפְלִיגִי בְּמִילְּתָא אַחֲרִיתִי:
Sur quoi portent-ils leur désaccord : à la rigueur, tant qu'on pensait que R. Yehouda visait le lieu du Sanctuaire uniquement, on pouvait dire qu'ils divergeaient ainsi : le premier tanna tient que tout Jérusalem ne contracte pas la lèpre parce qu'elle est sacrée pour la consommation des kodachim kalim (offrandes de moindre sainteté) et du maasser cheni ; étant réservée aux besoins consacrés, elle ne compte pas comme "votre propriété". Et R. Yehouda tient que seul le lieu du Sanctuaire -- le camp de la Chekhina, pour la consommation des kodchei kodachim -- [est excepté], mais que Jérusalem contracte la lèpre, et à plus forte raison les synagogues et maisons d'étude. Mais à présent qu'on dit que R. Yehouda a dit "je n'ai entendu que le lieu sacré uniquement", ce qui inclut de même les synagogues et maisons d'étude : s'il était vrai que la raison du premier tanna tenait à ce que Jérusalem est sacrée pour la consommation des kodachim kalim et du maasser cheni, R. Yehouda n'aurait pas dû employer cette formule "le lieu sacré uniquement" -- puisque la raison du premier tanna tient elle aussi à ce que Jérusalem est un lieu sacré. Il faut donc dire qu'ils divergent sur autre chose [le partage de Jérusalem].
💡 Explication

Le nerf de la controverse : Jérusalem fut-elle partagée entre les tribus ? Pour le premier tanna, non -- elle appartient à tout Israël, donc, sans "propriété" privée, elle échappe aux nega'im. Pour R. Yehouda, elle fut partagée entre Yehouda et Binyamin -- elle a donc le même statut d'impureté que toute autre ville, seul le lieu sacré étant excepté.

4
וּבִפְלוּגְתָּא דְּהָנֵי תַּנָּאֵי. דְּתַנְיָא: מֶה הָיָה בְּחֶלְקוֹ שֶׁל יְהוּדָה — הַר הַבַּיִת, הַלְּשָׁכוֹת וְהָעֲזָרוֹת. וּמֶה הָיָה בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין — אוּלָם וְהֵיכָל וּבֵית קָדְשֵׁי הַקֳּדָשִׁים, וּרְצוּעָה הָיְתָה יוֹצְאָה מֵחֶלְקוֹ שֶׁל יְהוּדָה וְנִכְנֶסֶת לְחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין, וּבָהּ הָיָה מִזְבֵּחַ בָּנוּי, וּבִנְיָמִין הַצַּדִּיק הָיָה מִצְטַעֵר עָלֶיהָ לְבָלְעָהּ בְּכָל יוֹם,

Et [ce désaccord correspond] à la controverse de ces tannaim. Car on a enseigné : Qu'y avait-il dans la portion de Yehouda ?

Le Mont du Temple (Har ha-Bayit), les chambres (léchakhot) et les parvis (azarot). Et qu'y avait-il dans la portion de Binyamin ?

Le vestibule (Oulam), le Sanctuaire (Heikhal) et le Saint des Saints (Beit Kodech ha-Kodachim). Et une bande [de terrain] sortait de la portion de Yehouda et pénétrait dans la portion de Binyamin, et sur elle était bâti l'autel ; et Binyamin le juste s'affligeait à son sujet, [désirant] l'engloutir chaque jour,

📜 Rachi (1)
הַר הַבַּיִת וְהַלְּשָׁכוֹת וְהָעֲזָרוֹת צַד הַמִּזְרָחִי רֹוחַב הַר הַבַּיִת עֶזְרַת נָשִׁים כֻּולָּהּ וְעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל כֻּולָּהּ י"א אַמָּה שֶׁל מְקוֹם רַגְלֵי דְּרִיסַת הַכֹּהֲנִים לְהַלָּן מֵרַגְלֵי יִשְׂרָאֵל וְשָׁם הַמִּזְבֵּחַ מַתְחִיל מִשָּׁם וּלְמַעֲרָב בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין אֶלָּא שֶׁבִּמְקוֹם מוֹשַׁב הַמִּזְבֵּחַ יוֹצְאָהּ רְצוּעָה מֵחֶלְקוֹ שֶׁל יְהוּדָה וְנִכְנְסָה לְקֶרֶן מִזְרָחִית דְּרוֹמִית:
Le Mont du Temple, les chambres et les parvis : le côté oriental -- la largeur du Mont du Temple, tout le parvis des femmes, tout le parvis d'Israël, et les onze coudées où se tenaient les pieds des Cohanim, au-delà des pieds des Israélites [du parvis d'Israël] ; et là commence l'autel : de là vers l'ouest, c'est dans la portion de Binyamin, sauf qu'à l'emplacement de l'assise de l'autel une bande sort de la portion de Yehouda et pénètre dans l'angle sud-est.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבִנְיָמִין הַצַּדִּיק הָיָה מִצְטַעֵר עָלֶיהָ לְבָלְעָהּ בְּכָל יוֹם. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְשׁוֹן בְּלִיעָה לֹא שַׁייָּךְ בָּזֶה? וְנִרְאֶה לִי עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב 'וַיְלַקֵּט יוֹסֵף' בְּשֵׁם הָרַב נ"ב זַ"ל כָּל מָקוֹם שֶׁהֶעֱמִידוּ יִשְׂרָאֵל מִזְבֵּחַ לְהַקְרִיב עָלָיו לָהּ' כְּגוֹן שִׁילֹה וְגִבְעוֹן נִתְקַפֵּל מִזְבֵּחַ שֶׁל בֵּית עוֹלָמִים וּבָא לְשָׁם תַּחַת הַמִּזְבֵּחַ שֶׁהֶעֱמִידוֹ כְּדֵי לִהְיוֹת מַקְרִיבִין עַל מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ אֲשֶׁר שָׁם הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ קֹודֶם בְּרִיאַת הָעוֹלָם, וְאַל תִּתְמַהּ שֶׁהֲרֵי בְּאֵרָהּ שֶׁל מִרְיָם נִתְגַּלְגֵּל עִם יִשְׂרָאֵל מִמָּקוֹם לְמָקוֹם וְאִם לְמַאֲכָלָם כֵּן לְקָרְבָּן עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ עַיֵּין שָׁם. וְאִיתָא בִּזְבָחִים (זְבָחִים קיח:) בְּאַרְבָּעָה מְקוֹמוֹת שָׁרְתָה לָהֶם שְׁכִינָה לְיִשְׂרָאֵל בְּשִׁילֹה בְּנוֹב בְּגִבְעוֹן בְּבֵית עוֹלָמִים וּבְכֻולָּן לֹא שָׁרְתָה אֶלָּא בְּחֵלֶק בִּנְיָמִין שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים לג, יב) 'חָפַף עָלָיו כָּל הַיּוֹם' כָּל חֲפִיפוֹת יִהְיוּ בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין. וּלְפִי זֶה מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ שֶׁל בֵּית עוֹלָמִים שֶׁהוּא רְצוּעָה שֶׁל יְהוּדָה נִתְקַפֵּל וּבָא בְּחֶלְקוֹ שֶׁל בִּנְיָמִין וְעַל זֶה נָקֵיט 'לְבָלְעָהּ' שֶׁהָיָה רוֹצֶה לִבְלֹועַ אוֹתוֹ מָקוֹם שֶׁנִּתְקַפֵּל וּבָא בְּחֶלְקוֹ שֶׁיִּשָּׁאֵר אֶצְלוֹ.
"Et Binyamin le juste s'affligeait à son sujet, désirant l'engloutir chaque jour." On peut objecter : le terme "engloutir" (belia) ne convient pas ici ! Il me semble [l'expliquer] d'après ce qu'écrit le 'Vayilket Yossef' au nom du Rav N.B. z"l : partout où Israël dressa un autel pour offrir à l'Éternel -- comme à Chilo et à Guiv'on -- l'autel du Beit Olamim (la Demeure éternelle, le Temple) se repliait et venait là, sous l'autel qu'ils avaient dressé, afin qu'ils offrent sur l'emplacement de l'autel où reposait déjà le Nom béni avant la création du monde. Ne t'en étonne pas, car le puits de Miriam roulait avec Israël d'un lieu à l'autre ; et si [ce miracle eut lieu] pour leur nourriture, à plus forte raison pour les offrandes -- fin de citation, vois-y. Et il est enseigné dans Zé'vahim (118b) qu'en quatre lieux la Chekhina reposa sur Israël : à Chilo, à Nov, à Guiv'on et au Beit Olamim, et dans tous elle ne reposa que dans la portion de Binyamin, comme il est dit (Deut. 33,12) "il l'abrite tout le jour" -- que tous les abris (chafifot) soient dans la portion de Binyamin. Selon cela, l'emplacement de l'autel du Beit Olamim, qui est une bande de Yehouda, se repliait et venait dans la portion de Binyamin ; et c'est pourquoi [la baraita] emploie "l'engloutir" -- il voulait engloutir ce lieu qui se repliait et venait dans sa portion, afin qu'il lui demeure.
💡 Explication

La baraita ancre la controverse dans la géographie du Temple. Portion de Yehouda : le Mont du Temple, les chambres, les parvis. Portion de Binyamin : Oulam, Heikhal, Saint des Saints. Une bande appartenant à Yehouda s'avance dans Binyamin, portant l'autel ; d'où le désir de Binyamin de l'"engloutir" pour la rattacher à sa part. Cette baraita suppose que Jérusalem fut partagée -- elle appuie donc R. Yehouda.

5
שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֹופֵף עָלָיו כָּל הַיּוֹם״. לְפִיכָךְ זָכָה בִּנְיָמִין הַצַּדִּיק וְנַעֲשָׂה אֻושְׁפִּיזְכָן לִגְבוּרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבֵין כְּתֵפָיו שֶׁכֵּן״.

comme il est dit : "Il l'abrite tout le jour". C'est pourquoi Binyamin le juste eut le mérite de devenir l'hôte (ouchpizkhan) de la Puissance [divine], comme il est dit : "et il réside entre ses épaules".

📜 Rachi (2)
חוֹפֵף כְּאָדָם הַמִּתְחַכֵּךְ מֵחֲמַת שֶׁאֵינוֹ מַשִּׂיג תַּאֲוָתוֹ לְשׁוֹן נָזִיר (לֹא יִחוּף רֹאשׁוֹ) (נָזִיר דַּף מב.):
'Hofef : comme l'homme qui se frotte parce qu'il n'atteint pas son désir ; c'est le sens [du verbe] dans [le traité] Nazir ("il ne se frottera pas la tête", Nazir 42a).
אֻושְׁפִּיזְכָן שֶׁהָיָה הָאָרוֹן נָתוּן בְּחֶלְקוֹ:
Ouchpizkhan (hôte) : car l'Arche était placée dans sa portion.
🪔 Ben Yehoyada (1)
לְפִיכָךְ זָכָה בִּנְיָמִין הַצַּדִּיק וְנַעֲשָׂה אֻושְׁפִּיזְכָן לִגְבוּרָה. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'זֶה הָיָה שְׂכָרוֹ שֶׁהָיָה הָאָרוֹן נָתוּן בְּחֶלְקוֹ' וְקָשֶׁה וַהֲלֹא כְּבָר צָפָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁבְּחֶלְקוֹ יִהְיֶה קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים וְהֵיכָל וְרַק הָיָה מִצְטַעֵר עַל אוֹתָהּ רְצוּעָה שֶׁל מִזְרָח וְכֵיוָן דְּמִקְדַּם קַדְמְתָא הָיָה בֵּית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים אֶצְלוֹ וְהָאָרוֹן הוּא בְּבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים אִם כֵּן מַה שָׂכָר נָטַל עַל זֶה הַצַּעַר שֶׁהָיָה מִצְטַעֵר עַל מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ שֶׁיִּהְיֶה אֶצְלוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַה שֶׁאָמְרוּ נַעֲשָׂה אֻושְׁפִּיזְכָן הַייְנוּ כִּי בֵּית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים שֶׁשָּׁם הָאָרוֹן וְהַשְׁרָאַת שְׁכִינָה הָיְתָה בְּחֶלְקוֹ גַּם בְּבַיִת שֵׁנִי וְגַם בְּבַיִת שְׁלִישִׁי כִּי מִן הָרָאוּי אַחַר שֶׁהֶעֱמִידוּ צֶלֶם בַּהֵיכָל בְּבַיִת רִאשׁוֹן צָרִיךְ לְשַׁנּוֹת מְקוֹם הַהֵיכָל וּבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים בְּבַיִת שֵׁנִי וְעִם כָּל זֶה נִשְׁאַר אֶצְלוֹ בִּשְׂכָרוֹ שֶׁהָיָה מִצְטַעֵר עַל מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ.
"C'est pourquoi Binyamin le juste eut le mérite de devenir l'hôte de la Puissance." Rachi explique : "telle fut sa récompense : que l'Arche fût placée dans sa portion". Difficulté : mais il voyait déjà par l'esprit saint que le Saint des Saints et le Heikhal seraient dans sa portion, et il ne s'affligeait que de cette bande orientale [de l'autel] ! Or, puisque depuis toujours le Saint des Saints était chez lui et que l'Arche s'y trouve, quelle récompense reçut-il pour l'affliction qu'il éprouvait au sujet de l'emplacement de l'autel, [désirant] qu'il soit chez lui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que "il devint l'hôte" signifie ceci : le Saint des Saints, où reposent l'Arche et la résidence de la Chekhina, fut dans sa portion aussi au Second Temple et au Troisième Temple. Car en toute logique, après qu'on eut dressé une idole dans le Heikhal au Premier Temple, l'emplacement du Heikhal et du Saint des Saints aurait dû changer au Second Temple -- et malgré cela il lui resta, en récompense de l'affliction qu'il éprouvait au sujet de l'emplacement de l'autel.
💡 Explication

Le verset "il l'abrite ('hofef) tout le jour" est lu comme le frottement de celui qui n'atteint pas son désir -- image de l'affliction de Binyamin pour la bande de l'autel. Sa récompense : devenir l'ouchpizkhan (l'hôte) de la Chekhina, car le Saint des Saints (et l'Arche) était dans sa portion -- "il réside entre ses épaules". C'est, pour cette baraita, la preuve que Jérusalem fut partagée entre les tribus.

6
וְהָאִי תַּנָּא סָבַר יְרוּשָׁלַיִם לֹא נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים, דְּתַנְיָא: אֵין מַשְׂכִּירִין בָּתִּים בִּירוּשָׁלַיִם לְפִי שֶׁאֵינָהּ שֶׁלָּהֶן. רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר (צָדוֹק) אוֹמֵר: אַף לֹא מִטּוֹת. לְפִיכָךְ, עוֹרוֹת קָדָשִׁים — בַּעֲלֵי אֻושְׁפִּיזְכָנִין נוֹטְלִין אוֹתָן בִּזְרוֹעַ. אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינָּה, אֹורַח אַרְעָא לְמִישְׁבַּק אִינִישׁ גֻּולְפָּא וּמַשְׁכָּא לְאֻושְׁפִּיזֵיהּ.

Et ce tanna tient que Jérusalem ne fut pas partagée entre les tribus, car on a enseigné : On ne loue pas de maisons à Jérusalem, parce qu'elles ne leur appartiennent pas. Rabbi Elazar bar (Tsadok) dit : Pas même des lits.

C'est pourquoi les peaux des offrandes -- les propriétaires-hôtes (ba'alei ouchpizkhanin) les prennent de force. Abaye dit : Apprends-en que l'usage convenable (ora'h ar'a) veut qu'on laisse sa cruche et sa peau à son hôte.

📜 Rachi (4)
וְהַאי תַּנָּא דִּלְקַמָּן סָבַר לֹא נִתְחַלְּקָה וְהַיְינוּ תַּנָּאֵי:
Et ce tanna : celui [cité] plus bas, qui tient que [Jérusalem] ne fut pas partagée ; ce sont [les deux avis de] ces tannaim.
עוֹרוֹת קָדָשִׁים שֶׁל שַׁלְמֵי חֲגִיגָה וְשִׂמְחָה שֶׁעוֹלֵי רְגָלִים שׁוֹחֲטִין וְאוֹכְלִין שָׁם:
Les peaux des offrandes : des chelamim de 'haguiga et de simha que les pèlerins abattent et consomment là.
גֻּולְפָּא קַנְקַן שֶׁל חֶרֶס:
Goulfa : une cruche de terre cuite.
וּמַשְׁכָּא עוֹר בְּהֵמָה שֶׁהוּא שׁוֹחֵט וְאוֹכֵל בְּבֵית בַּעַל הַבַּיִת:
Ou-machka : la peau de la bête qu'il abat et consomme dans la maison de son hôte.
💡 Explication

Baraita étayant l'avis "Jérusalem ne fut pas partagée" : les maisons n'y appartenant à personne, on ne peut ni les louer, ni (selon R. Elazar b. Tsadok) louer même un lit. Corollaire : les peaux des offrandes (chelamim de 'haguiga) que le pèlerin abandonne, ses hôtes se les approprient "de force" faute de titre. Abaye en tire une règle d'ora'h ar'a (savoir-vivre) : l'hôte laisse à son logeur la cruche (goulfa) et la peau (machka).

7
וְדִכְפָרִים מִי מִטַּמֵּא בִּנְגָעִים? וְהַתַּנְיָא: ״לַאֲחֻוזָּה״, עַד שֶׁיִּכְבְּשׁוּ אוֹתָהּ. כָּבְשׁוּ אוֹתָהּ וְלֹא חִלְּקוּהָ לִשְׁבָטִים, חִלְּקוּ לִשְׁבָטִים וְלֹא חִלְּקוּ לְבֵית אָבוֹת, חִלְּקוּ לְבֵית אָבוֹת וְאֵין כָּל אֶחָד מַכִּיר אֶת שֶׁלּוֹ, מִנַּיִין?

Et celles des villages contractent-elles la lèpre ? Mais on a enseigné : "(la'a'houza -- pour propriété)" -- jusqu'à ce que vous la conquériez.

[Si] ils la conquirent mais ne la partagèrent pas entre les tribus ; [s'ils] la partagèrent entre les tribus mais ne la partagèrent pas entre les maisons paternelles ; [s'ils] la partagèrent entre les maisons paternelles mais que chacun ne reconnaisse pas la sienne -- d'où [sait-on qu'elle ne contracte pas la lèpre] ?

📜 Rachi (3)
לָאֲחֻוזָּה גַּבֵּי נְגָעִים כְּתִיב (וַיִּקְרָא י״ד:ל״ד) אֲשֶׁר אֲנִי נֹותֵן לָכֶם לַאֲחֻוזָּה לְבֵית אֲחֻוזָּה:
La'a'houza : à propos des nega'im il est écrit (Vayikra 14,34) "que je vous donne pour propriété" -- pour une maison de propriété.
לְבֵית אָבוֹת לְמִשְׁפָּחוֹת:
Aux maisons paternelles : aux familles.
וְאֵין כָּל אֶחָד וְאֶחָד שֶׁלֹּא חָלְקוּ אֲחֻוזַּת הַמִּשְׁפָּחָה לִגְבָרִים:
Et [si] chacun [ne reconnaît pas la sienne] : qu'ils n'ont pas partagé la propriété de la famille entre les [différents] hommes.
💡 Explication

Retour aux villages : contractent-ils la lèpre ? Une baraita dégage du mot la'a'houza ("pour propriété") une exigence de titre individuel et identifie. Tant que la terre n'est pas conquise, ni partagée entre tribus, entre maisons paternelles (beit avot), ou tant que chacun ne reconnaît pas sa part, il manque la propriété privée requise pour les nega'im.

8
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּבָא אֲשֶׁר לוֹ הַבַּיִת״, מִי שֶׁמְּיֻוחָד לוֹ, יָצָא אֵלּוּ שֶׁאֵין מְיֻוחָדִין לוֹ. אֶלָּא מְחַוַּורְתָּא כִּדְשַׁנִּין מֵעִיקָּרָא.

L'Écriture enseigne : "et celui à qui est la maison viendra" -- celui à qui elle est réservée ; sont exclus ceux-ci qui ne lui sont pas réservés. [Ainsi la synagogue de village, propriété indivise, ne contracte pas la lèpre.] Il apparaît donc clairement [qu'il n'y a pas de distinction ville/village à ce sujet], et [pour la contradiction initiale] c'est clair comme nous l'avons résolu au départ.

📜 Rachi (1)
כִּדְשַׁנִּין מֵעִיקָּרָא דְּאִית בֵּיהּ דִּירָה:
Comme nous l'avons résolu au départ : [la synagogue devient impure quand] elle comporte un logement (dira).
💡 Explication

Le verset "celui à qui est la maison viendra" exige une maison réservée à une personne : la synagogue de village, indivise, en est exclue -- elle ne contracte donc pas la lèpre. Il n'y a pas lieu de distinguer ville et village pour les nega'im. La contradiction entre les baraitot demeure résolue par les réponses initiales (kerakhim / kefarim, ou R. Meir / Sages).

9
וּמַתְקִינִין לוֹ כֹּהֵן אַחֵר. פְּשִׁיטָא אֵירַע בּוֹ פְּסוּל קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר — מְחַנְּכִין אוֹתוֹ בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר. אֶלָּא אֵירַע בּוֹ פְּסוּל אַחַר תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר, בַּמֶּה מְחַנְּכִין אוֹתוֹ?

[La Michna enseigne :] "Et l'on prépare pour lui un autre Cohen [Gadol]". [La Guemara :] C'est évident : si une invalidation le frappe avant le tamid du matin, on l'initie (me'hankhin) par le tamid du matin.

Mais si une invalidation le frappe après le tamid du matin, par quoi l'initie-t-on ?

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא אֵירַע בְּכֹהֵן גָּדוֹל פָּסוּל ביוה"כ קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר מְחַנְּכִין אוֹתוֹ לְזֶה הַמְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר שֶׁיַּעֲשֶׂה הוּא תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר בִּשְׁמוֹנָה בְּגָדִים וִיהֵא מְחֻונָּךְ לִכְהֻונָּה גְּדוֹלָה קֹודֶם שֶׁיַּגִּיעַ עֲבוֹדַת יוֹם הַכִּפּוּרִים:
C'est évident : si une invalidation frappe le Cohen Gadol à Yom Kippour avant le tamid du matin, on initie celui qui le remplace par le tamid du matin -- qu'il fasse ce tamid dans les huit vêtements et soit ainsi initié à la grande prêtrise avant que n'arrive le service de Yom Kippour.
בַּמֶּה מְחַנְּכִין אוֹתוֹ הֲרֵי עֲבוֹדַת יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאַחַר הַתָּמִיד בְּאַרְבָּעָה בְּגָדִים הִיא וּבַמֶּה הוּא נִיכָּר שֶׁהוּא כֹּהֵן גָּדוֹל מֵעוֹלָם וְהֵיכָן יָצָא מֵהֶדְיוֹטוֹת שֶׁתְּהֵא עֲבוֹדַת הַיּוֹם נַעֲשֵׂית בְּכֹהֵן גָּדוֹל:
Par quoi l'initie-t-on : or le service de Yom Kippour qui suit le tamid se fait dans quatre vêtements ; par quoi reconnaît-on qu'il est un Cohen Gadol à part entière, et où est-il sorti du rang de simple Cohen, pour que le service du jour soit accompli par un Cohen Gadol ?
💡 Explication

La Michna prévoit un Cohen Gadol de remplacement pour Yom Kippour. Question sur son 'hinoukh (intronisation, litt. "inauguration"). Si l'invalidation du titulaire survient avant le tamid du matin, le suppléant fait ce tamid dans les huit vêtements -- il est ainsi intronisé. Mais si elle survient après, le service de Yom Kippour se fait dans les quatre vêtements de lin, identiques à ceux du simple Cohen : comment, alors, marquer son élévation ?

10
אָמַר רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: בְּאַבְנֵט. הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל, זֶה הוּא אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל לֹא זֶהוּ אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Rav Ada bar Ahava dit : par la ceinture (avnet). Cela va bien selon celui qui dit : la ceinture du Cohen Gadol [le reste de l'année] est identique à la ceinture du simple Cohen [et à Yom Kippour elle est de lin].

Mais selon celui qui dit : la ceinture du Cohen Gadol n'est pas identique à la ceinture du simple Cohen -- que peut-on dire ?

📜 Rachi (4)
בְּאַבְנֵט בְּאוֹתָן ד' בְּגָדִים עַצְמָן יֵשׁ הֶיכֵּר לִכְהֻונָּה גְּדוֹלָה שֶׁאַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל בַּעֲבוֹדַת יוה"כ שֶׁל בּוּץ הוּא כִּדְכָתֵי' (וַיִּקְרָא טו) וּבְאַבְנֵט בַּד יַחְגֹּור וְזֶה עַד עַכְשָׁיו הָיָה רָגִיל לַעֲבֹוד בְּשֶׁל כִּלְאַיִם:
Par la ceinture : dans ces quatre vêtements mêmes il existe un signe de la grande prêtrise, car la ceinture du Cohen Gadol lors du service de Yom Kippour est de boutz (lin), comme il est écrit (Vayikra 16) "et d'une ceinture de lin il se ceindra" ; or celui-ci, jusqu'à présent, avait coutume de servir avec [une ceinture] de kilayim.
הָנִיחָא לְמ"ד אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁל כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה הָיָה שֶׁל כִּלְאַיִם כְּדִכְתִיב וְאֶת הָאַבְנֵט שֵׁשׁ מָשְׁזָר וּתְכֵלֶת:
Cela va bien selon celui qui dit que la ceinture du Cohen Gadol de toute l'année était de kilayim, comme il est écrit "et la ceinture de fin lin retors, et de pourpre".
זֶהוּ אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט שֶׁאֵין חִילּוּק בְּאַבְנֵטֵיהֶם אִיכָּא הֶיכֵּירָא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים בְּאַבְנֵט לְפִי שֶׁאַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל מִשְׁתַּנֶּה בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים לִהְיוֹת שֶׁל בּוּץ:
[Identique à] la ceinture du simple Cohen : n'y ayant pas de différence entre leurs ceintures [le reste de l'année], il y a un signe distinctif à Yom Kippour par la ceinture, puisque celle du Cohen Gadol se transforme à Yom Kippour pour être de boutz.
אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר לְקַמָּן אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל בְּכָל הַשָּׁנָה לֹא זֶהוּ שֶׁל הֶדְיוֹט שֶׁהַהֶדְיוֹט שֶׁל בּוּץ נִמְצְאוּ אַבְנֵטֵיהֶם שָׁוִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וּמַאי הֶיכֵּירָא כְּהֻונָּה גְּדוֹלָה אִיכָּא לְהַאי:
Mais selon celui qui dit [plus bas] que la ceinture du Cohen Gadol, toute l'année, n'est pas identique à celle du simple Cohen -- car celle du simple Cohen est de boutz -- leurs ceintures se trouvent identiques à Yom Kippour, et quel signe de grande prêtrise y a-t-il pour celui-ci ?
💡 Explication

Rav Ada bar Ahava : le signe distinctif est l'avnet (ceinture). À Yom Kippour, la ceinture du Cohen Gadol est de boutz (lin), alors qu'il servait le reste de l'année avec une ceinture de kilayim (mélange laine-lin). Ce changement le distingue -- si l'on tient que, l'année durant, sa ceinture égale celle du simple Cohen. Mais pour l'avis inverse (la ceinture du simple Cohen est déjà de lin toute l'année), à Yom Kippour les deux ceintures se ressemblent : plus de signe distinctif. Question laissée ouverte.

11
אָמַר אַבַּיֵּי: לוֹבֵשׁ שְׁמוֹנָה, וּמְהַפֵּךְ בְּצִינּוֹרָא, וְכִדְרַב הוּנָא. דְּאָמַר רַב הוּנָא: זָר שֶׁהָפַךְ בְּצִינּוֹרָא — חַייָּב מִיתָה. וְרַב פָּפָּא אָמַר:

Abaye dit : il revêt huit [vêtements] et retourne [un membre de l'offrande] avec la fourche (tsinora) -- et cela selon Rav Houna ; car Rav Houna a dit : un profane (zar) qui retourne avec la fourche est passible de mort. Et Rav Papa dit : [la suite en 12b]

📜 Rachi (3)
אָמַר אַבָּיֵי קֹודֶם שֶׁיַּתְחִיל עֲבוֹדַת הַיּוֹם שֶׁהוּא בִּבְגָדִים הַשָּׁוִין בְּהֶדְיוֹט לוֹבֵשׁ שְׁמוֹנָה בְּגָדִים וְיַהֲפֹוךְ בַּמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן אֶחָד מֵאֵיבְרֵי הַתָּמִיד בְּמַזְלֵג שֶׁל בַּרְזֶל דְּקֵירוּב עֲבוֹדָה הִיא שֶׁמְּמַהֵר לְהִתְעַכֵּל מֵחֲמַת הֲפִיכָה זוֹ וַעֲבוֹדָה הִיא כִּדְרַב הוּנָא וְנִמְצָא שֶׁנִּתְחַנֵּךְ לִכְהֻונָּה גְּדוֹלָה קֹודֶם לָכֵן:
Abaye dit : avant de commencer le service du jour, qui se fait dans des vêtements identiques à ceux du simple Cohen, il revêt huit vêtements et retourne sur l'autel extérieur l'un des membres du tamid avec une fourche de fer -- c'est un rapprochement de service (kirouv avoda), car il hâte la consomption par ce retournement, et c'est un service selon Rav Houna ; il se trouve ainsi initié à la grande prêtrise auparavant.
בְּצִינּוֹרָא בְּמַזְלֵג:
Bé-tsinora : avec une fourche.
חַייָּב מִיתָה מִשּׁוּם וְהַזָּר הַקָּרֵב יוּמָת (בַּמִּדְבָּר י״ח:ז׳) אַלְמָא קְרוֹבֵי עֲבוֹדָה הָוֵי עֲבוֹדָה:
Passible de mort : en raison de "et le profane qui s'approche mourra" (Bamidbar 18,7) -- signe que le rapprochement de service constitue un service.
💡 Explication

Abaye résout : avant le service de Yom Kippour (en quatre vêtements, identiques au simple Cohen), le suppléant revêt les huit vêtements et retourne à la fourche un membre du tamid sur l'autel extérieur. Cet acte, qui hâte la combustion, est un kirouv avoda (service, car il rapproche la consomption) -- comme l'enseigne Rav Houna : un zar (non-Cohen) qui retourne à la fourche est passible de mort. En l'accomplissant en huit vêtements, le suppléant est intronisé Cohen Gadol.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).