Sougya : Ce daf se partage en deux sougyot. (1) La ceinture (avnet) : quel tissu pour la ceinture du prêtre ordinaire ?
Rav Dimi rapporte la mahloket Rabbi / R. Elazar b.
R. Chimon (kilayim ou lin) sans l'attribuer ; une baraita ('la seule différence KG/hediot, c'est l'avnet') est examinée puis Rabin livre la matrice claire : le KG porte du lin à Kippour et du kilayim le reste de l'année (unanime), et le seul désaccord porte sur l'avnet du prêtre ordinaire.
R. Nahman bar Yitzhak confirme via la deracha du mot superflu 'ilbach' (Lev 6,3) : R.
Yehouda (mitre + avnet pour la teroumat ha-dechen), R. Dossa (les habits du KG à Kippour valides pour un hediot), et la double réfutation de Rabbi qui aboutit à inclure les habits usés (chehakin).
(2) Le remplaçant : quand une invalidité frappe le KG à Kippour et qu'on nomme un second, le premier revient ; R. Meir maintient le second pleinement KG, R.
Yossi l'écarte de tout -- KG par eiva (haine), hediot par 'on élève en sainteté, on ne rabaisse pas' -- preuve à l'appui par le cas de Yossef ben Elem à Tzippori. Le daf se clôt sur l'ouverture d'un enseignement de Rabba bar bar Hana au nom de R.
Yo'hanan.
[Ce geste d'inauguration est superflu :] c'est son service qui l'inaugure. N'a-t-on pas enseigné : Tous les ustensiles que Moché fabriqua -- leur onction (mechiha) les consacre ; à partir de là [dans les générations suivantes] -- c'est leur mise en service qui les inaugure.
Ici de même -- c'est son service qui l'inaugure.
La sougya cherche comment inaugurer (consacrer à la grande prêtrise) le Kohen Gadol remplaçant désigné à Yom Kippour. Réponse : nul rite préalable n'est requis -- avodato mechankhato, son service l'inaugure. Comme le service de Kippour n'est valide que fait par un grand prêtre, le seul fait de l'accomplir le constitue grand prêtre.
Preuve par analogie : les ustensiles fabriqués par Moché ont été consacrés par l'onction (mechiha), mais les ustensiles neufs des générations suivantes n'ont jamais été oints -- c'est leur premier usage (avoda) qui les consacre. De même pour le prêtre : l'usage tient lieu d'inauguration.
Quand Rav Dimi vint [d'Erets Israël à Babylone], il dit : Au sujet de la ceinture (avnet) du prêtre ordinaire (kohen hediot), Rabbi et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon [sont en désaccord] : l'un dit [qu'elle est] de kilayim (mélange laine-lin), et l'autre dit [qu'elle est] de butz (lin).
À propos de la ceinture, la guemara rapporte le désaccord en entier. La ceinture (avnet) du grand prêtre est faite de kilayim (chaatnez, mélange laine et lin) -- autorisé par exception dans les habits sacerdotaux. La question : de quoi est faite celle du prêtre ordinaire ? Rabbi et R. Elazar b. R. Chimon divergent : de kilayim (comme le KG) ou de butz (lin pur, comme le reste de ses habits) ? Rav Dimi rapporte l'avis sans préciser qui dit quoi.
Concluons que c'est Rabbi qui dit [qu'elle est] de kilayim. Car on a enseigné : La seule différence entre un grand prêtre et un prêtre ordinaire, c'est la ceinture -- paroles de Rabbi.
Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit : Pas même la ceinture. Quand [ce désaccord se situe-t-il] ?
Si l'on dit : le reste des jours de l'année -- il y a bien d'autres [différences] : le grand prêtre officie en huit [vêtements] et l'ordinaire en quatre !
La guemara tente de trancher : c'est Rabbi qui tient l'avnet du hediot pour du kilayim. Appui : une baraita où Rabbi dit que la seule différence KG/hediot est l'avnet. Mais quand ? Si l'on parle du reste de l'année, l'affirmation est fausse : le KG sert en huit vêtements, l'ordinaire en quatre -- bien d'autres différences existent. Le problème de comptage force à chercher un autre cadre.
N'est-ce pas plutôt le jour de Kippour ?
Puisque le cadre du reste de l'année est intenable, la guemara propose : la baraita vise Yom Kippour. Ce jour-là, le KG et l'ordinaire portent les mêmes types de vêtements (le KG officie en quatre habits de lin) ; la seule différence resterait alors la ceinture. Selon Rabbi (il y a une différence), l'avnet du hediot est de kilayim ; selon R. Elazar b. R. Chimon (pas de différence), il est de lin comme celui du KG à Kippour.
Ils dirent : Non. En vérité [le désaccord porte sur] le reste des jours de l'année, et [seulement] sur ces [vêtements] où ils sont égaux.
La guemara rejette la preuve. En fait la baraita parle bien du reste de l'année, mais l'expression seule différence ne vise que les quatre vêtements communs aux deux prêtres (tunique, caleçons, mitre, ceinture) : parmi ceux-là, la seule différence est l'avnet. Le lien est alors inverse : selon Rabbi, l'avnet du KG est de kilayim et celui du hediot de lin ; il n'y a donc plus de preuve certaine que Rabbi tienne l'avnet du hediot pour du kilayim.
Quand Rabin vint, il dit : La ceinture du grand prêtre à Yom Kippour -- de l'avis de tous, elle est de butz (lin). Le reste des jours de l'année -- de l'avis de tous, elle est de kilayim.
Ils ne divergent que sur la ceinture du prêtre ordinaire, tant pour le reste des jours de l'année que pour Yom Kippour : Rabbi dit [qu'elle est] de kilayim, et Rabbi Elazar fils de Rabbi Chimon dit [qu'elle est] de butz.
Rabin transmet la tradition de façon limpide, en dressant la matrice complète :
Ceinture du KG : à Kippour = lin (unanime) ; reste de l'année = kilayim (unanime). Le seul désaccord porte sur la ceinture du prêtre ordinaire, à tout moment : Rabbi dit kilayim, R. Elazar b. R. Chimon dit lin. La différence avec Rav Dimi n'est pas de fond : Rabin précise seulement qui dit quoi.
Rabbi Nahman bar Yitzhak dit : Nous aussi l'avons appris [dans une baraita] : [Il est écrit] sur sa chair. Que vient enseigner [le mot] il revêtira (ilbach) ?
À inclure la mitre et la ceinture pour le prélèvement des cendres (teroumat ha-dechen) -- paroles de Rabbi Yehouda.
R. Nahman bar Yitzhak apporte un appui à la thèse voulant que Rabbi tienne l'avnet du hediot pour du kilayim. Le verset (Lévitique 6,3) sur le prélèvement des cendres écrit déjà et le kohen revêtira sa tunique de lin... puis rajoute ilbach (il revêtira) sur sa chair. Ce mot en trop appelle une deracha. Pour R. Yehouda : il inclut la mitre et la ceinture, montrant que le prélèvement des cendres est un service à part entière requérant les quatre vêtements.
Rabbi Dossa dit : [Le mot il revêtira vient] inclure [le fait] que les vêtements du grand prêtre à Yom Kippour sont valides (kacher) pour un prêtre ordinaire. Rabbi dit : Il y a deux réfutations à cela.
Une : la ceinture du grand prêtre à Yom Kippour n'est pas la ceinture du prêtre ordinaire.
R. Dossa lit autrement le mot ilbach : il enseigne que les quatre vêtements de lin du KG à Kippour restent valides pour un prêtre ordinaire le reste de l'année (ils ne sont pas voués à l'enfouissement obligatoire).
Rabbi objecte deux fois. Première réfutation : les vêtements ne sont pas identiques -- la ceinture du KG à Kippour est de lin, tandis que celle du hediot toute l'année est de kilayim. C'est bien la preuve que, pour Rabbi, l'avnet du hediot est de kilayim.
Et de plus : des vêtements avec lesquels tu as accompli un service de sainteté lourde (kedoucha hamoura), les emploierais-tu pour un service de sainteté légère (kedoucha kala) ? Alors que vient enseigner [le mot] il revêtira ?
À inclure les [vêtements] usés (chehakin).
Seconde réfutation de Rabbi contre R. Dossa : les habits du KG à Kippour ont servi une sainteté lourde (le service du Saint des Saints) ; on ne les rabaisserait pas à la sainteté légère du service ordinaire. Le principe sous-jacent : on élève en sainteté, on ne descend pas.
Alors à quoi sert le mot ilbach selon Rabbi ? À inclure les vêtements usés (chehakin) : tant qu'ils ne sont pas en loques, ils restent valides pour le service. C'est la vraie deracha du mot en trop.
Et Rabbi Dossa suit sa propre ligne, car on a enseigné : [le verset] et il les déposera là enseigne qu'ils requièrent d'être enfouis (gueniza). Rabbi Dossa dit : [cela signifie seulement] qu'il ne s'en réserve pas pour un autre Yom Kippour.
La guemara montre la cohérence interne de R. Dossa. Une baraita interprète et il les déposera là (Lévitique 16,23), à propos des habits de lin du KG à Kippour, comme exigeant leur enfouissement (gueniza) : usage unique. R. Dossa, lui, lit ce verset à minima -- il interdit seulement de les réutiliser un autre Yom Kippour, mais ils restent valides pour un prêtre ordinaire le reste de l'année. C'est exactement ce qui fonde sa lecture du segment 7.
Nos maîtres ont enseigné : Si une invalidité (pesoul) frappe [le grand prêtre à Yom Kippour] et qu'on nomme un autre à sa place, [puis que la cause disparaît] : le premier revient à son service ; quant au second, toutes les mitsvot de la grande prêtrise lui incombent -- paroles de Rabbi Meir.
La guemara revient à l'inauguration du remplaçant, via une baraita (Tossefta). Si le KG devient invalide à Kippour (par ex. impureté) et qu'on nomme un second, puis que la cause disparaît : le premier reprend son service (unanime). Que devient le second ? Pour R. Meir, il reste pleinement grand prêtre : toutes les mitsvot du KG lui incombent.
Rabbi Yossi dit : Le premier revient à son service ; quant au second, il n'est apte ni [à servir] comme grand prêtre, ni comme prêtre ordinaire.
R. Yossi s'oppose à R. Meir. Le premier reprend, certes ; mais le second devient inapte à tout : il ne peut plus servir comme grand prêtre (il y en a déjà un) ni redevenir prêtre ordinaire (car on ne rabaisse pas en sainteté). Il se retrouve sans emploi cultuel. Les raisons précises viennent au segment suivant.
Rabbi Yossi dit : Il arriva que Yossef ben Elem, à Tzippori, [fut nommé] lorsqu'une invalidité frappa un grand prêtre et qu'on le nomma à sa place ; et les Sages dirent : Le premier revient à son service ; quant au second, il n'est apte ni comme grand prêtre, ni comme prêtre ordinaire. [Pas] grand prêtre -- à cause de la haine (eiva) ; [pas] prêtre ordinaire -- parce qu'on élève en sainteté et qu'on ne rabaisse pas (maalin ba-kodech ve-ein moridin).
R. Yossi appuie sa position par un fait : Yossef ben Elem, à Tzippori, servit comme remplaçant après l'invalidité d'un KG. Verdict des Sages : le premier reprend, le second n'est apte à rien.
Les deux raisons : il ne peut rester grand prêtre à cause de la haine (eiva) -- deux grands prêtres rivaux au Temple engendreraient jalousie et discorde ; il ne peut redevenir ordinaire car on élève en sainteté, on ne rabaisse pas. Ayant atteint le rang de KG, il ne peut être ramené plus bas.
Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yo'hanan : [...la suite se poursuit en 13a].
Le daf s'achève sur l'ouverture d'un nouvel enseignement : Rabba bar bar Hana au nom de Rabbi Yo'hanan. La phrase reste en suspens ici et se poursuit au début de 13a -- elle enchaîne sur la question du remplaçant et du précédent de Yossef ben Elem.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).