Yoma 13a -- le Kohen Gadol et sa 'maison' à Yom Kippour : de la conclusion sur le kohen remplaçant (halakha comme R. Yossi) à la longue analyse du guet conditionnel destinée à garantir qu'il n'ait jamais ni deux épouses ni aucune le jour de l'expiation.

Yoma 13a

Sougya : Ce daf clôture d'abord le débat de la michna sur le kohen remplaçant : la halakha suit R. Yossi (le titulaire rétabli reprend son service ; le remplaçant est écarté à cause de l'inimitié, mais son service reste valide a posteriori, et il reprend la grande prêtrise si le titulaire meurt) ; Tossefot discute longuement le problème d'une 'halakha pour l'ère messianique'.

La sougya passe ensuite à R. Yehouda, qui prépare aussi une femme de rechange de peur que l'épouse meure ; les Sages objectent (l'impureté est fréquente, la mort non ; sinon 'la chose n'a pas de fin') et expliquent que le kohen remplaçant sert surtout à aiguillonner la vigilance (zerizout) du Kohen Gadol.

Le cœur du daf est une analyse halakhique en accordéon : puisque la Torah exige 'sa maison' (une seule épouse) le jour de Kippour, comment la femme de rechange peut-elle convenir sans créer 'deux maisons' ni en laisser 'aucune' ? On essaie fiançailles, mariage, puis divorce conditionnel sous quatre formules successives, chacune réfutée ; Rava y ajoute l'exigence de keritout (une condition liée à la vie des époux invalide le guet, contrairement à une condition liée à un tiers).

La dernière formule -- 'à condition que ta compagne ne meure pas' -- ouvre une objection ('et si elle meurt au milieu du service ?') qui se poursuit en 13b.

Le Kohen Gadol et sa MAISON à Yom Kippour Verset (Lev. 16,11) : "il expiera pour lui et pour sa maison (beito)" -- maison = son épouse. Il faut EXACTEMENT une maison ni zéro (sans épouse) ni deux épouses Risque : si son épouse meurt (la veille ou pendant le service), il reste SANS maison -- service invalide. R. Yehouda On lui prépare une 2e femme de rechange (matkinin lo isha aheret) Même logique que le remplaçant-kohen : on pare à l'imprévu. Objection : la mort d'UNE seule nous craignons ; de DEUX, non. Les Sages (Rabbanan) Pas besoin d'une 2e femme : on ne craint pas qu'elle meure. Distinction clé : toum'a (impureté) = FRÉQUENTE (shechiha) mort = NON fréquente -> remplaçant-kohen oui, femme non. segments 2-4
La contrainte d'une seule maison et la mahloket R. Yehouda / Sages (segments 2-4).
Comment n'avoir JAMAIS deux maisons ni zéro ? -- les tentatives de guet conditionnel Il épouse la 2e femme puis la répudie sous condition. Chaque formule est réfutée, sauf la dernière (13b). Il faut la marier (sinon pas "sa maison")... ...mais alors DEUX maisons. -> il la répudie sous condition. 1. "...à condition que TU meures" (seg 6) Si elle meurt -> guet rétroactif, une seule maison. RÉFUTE : et si elle ne meurt pas ? -> deux maisons. 2. "...à condition que tu ne meures PAS" (seg 7) Si elle ne meurt pas -> répudiée ; si elle meurt -> la 1re reste. RÉFUTE : la 2e vit (donc répudiée) ET la 1re meurt -> aucune maison. 3. "...à condition que L'UNE de vous meure" (seg 8) Celle qui meurt s'efface, l'autre reste : toujours une maison. RÉFUTE : et si AUCUNE ne meurt ? -> deux maisons. Objection de fond (Rava, seg 9-10) : un tel guet est-il valide ? "tant que tu vivras / que je vivrai" = pas de KERITOUT (coupure) : un lien demeure toute la vie. "tant que vivra untel (peloni)" = keritout valide : la condition dépend d'un tiers. 4. "...à condition que ta COMPAGNE ne meure pas" (seg 11) Condition suspendue à un tiers (l'autre épouse) -> keritout possible. Nouvelle objection : et si la compagne meurt au milieu du service ? -> la sougya continue en 13b. Fil rouge : éviter à tout instant du service d'avoir deux maisons OU aucune. Rachi (seg 6) : ces réponses ne "tiennent" pas toutes -- le Talmud n'enseigne ici que la méthode d'analyse.
Les quatre tentatives de guet conditionnel pour n'avoir jamais deux maisons ni aucune (segments 5-11).
1
הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי, וּמוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי שֶׁאִם עָבַר וְעָבַד — עֲבוֹדָתוֹ כְּשֵׁרָה. אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי, וּמוֹדֶה רַבִּי יוֹסֵי שֶׁאִם מֵת רִאשׁוֹן, שֶׁחוֹזֵר לַעֲבוֹדָתוֹ.

La halakha est conforme à Rabbi Yossi [le premier Kohen Gadol, écarté puis rétabli, reprend son service ; le remplaçant n'est apte ni comme Kohen Gadol ni comme simple kohen] ; et Rabbi Yossi concède que si [le remplaçant] a transgressé et a servi -- son service est kacher (valide). Rav Yehouda a dit au nom de Rav : la halakha est conforme à Rabbi Yossi, et Rabbi Yossi a concédé que si le premier meurt, [le second] reprend son service [de Kohen Gadol].

📜 Rachi (2)
שֶׁאִם עָבַר וְעָבַד בִּשְׁמוֹנָה בְּגָדִים כְּכֹהֵן גָּדוֹל עֲבוֹדָתוֹ כְּשֵׁירָה דְּהָא כה"ג הוּא אֶלָּא דְּאָמְרוּ רַבָּנָן לָא לִישְׁתַּמַּשׁ מִשּׁוּם אֵיבָה אֲבָל בְּאַרְבָּעָה וַדַּאי פְּסוּלָה דַּהֲוָה לֵיהּ חָסֵר בְּגָדִים:
en huit vêtements comme un Kohen Gadol, son service est valide, car il est bien Kohen Gadol ; seulement, les Sages ont dit qu'il ne doit pas servir à cause de l'inimitié (eiva). Mais en quatre vêtements [comme un simple kohen], il est assurément passoul (invalide), car il lui manque des vêtements (hasar begadim).
שֶׁחוֹזֵר שֵׁנִי לַעֲבוֹדָתוֹ לִכְהֻונָּה גְּדוֹלָה:
à la grande prêtrise (kehouna guedola).
🗂️ Tossefot (1)
הֲלָכָה כְּר' יוֹסֵי תֵּימַהּ הִילְכְתָא לִמְשִׁיחָא דְּכִי ה"ג פָּרִיךְ בִּזְבָחִים פֶּרֶק ב"ש (זְבָחִים דַּף מה.) וּבְפֶרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף נא:) וְיֵשׁ לוֹמַר דְּאִיכָּא נָפְקָא מִינַּהּ אֲפִילּוּ בַּזְּמַן הַזֶּה לְפַרְנֵס הַמְמֻונֶּה עַל הַצִּיבּוּר וְעָבַר מֵחֲמַת אֹונֶס שֶׁכְּשֶׁיַּעֲבֹור הָאֹונֶס חוֹזֵר לִשְׂרָרָתוֹ וְגַם נוֹהֲגִין כָּבוֹד בַּשֵּׁנִי כִּי הַהוּא מַעֲשֶׂה דר"ג וראב"ע וְהַהִיא דִּבְפֶ' קַמָּא דְּתַעֲנִית (דַּף ד:) דִּפְסִיק כר"ג דְּאָמַר בַּז' בְּמַרְחֶשְׁוָן שׁוֹאֲלִין הַגְּשָׁמִים וּמוּקֵי לֵהּ בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים י"ל דְּנָפְקָא מִינָּהּ אֲפִילּוּ בַּזְּמַן הַזֶּה לִבְנֵי [בָּבֶל דְּאִית] לְהוּ פֵּירֵי בְּדַבְרָא כִּדְאִיתָא הָתָם וְהָא דְּאָמַר בִּפְסָחִים פ' אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים ד' סו.) גַּבֵּי פֶּסַח כְּלָל אָמַר ר"ע כָּל מְלָאכָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת מע"ש דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת וּפְסִיק בַּגְּמָרָא (דַּף סט:) הֲלָכָה כְּר"ע יֵשׁ לוֹמַר דְּנָפְקָא מִינָּהּ לְעִנְיַן מִילָה ואע"ג דְּגַבֵּי מִילָה נָמֵי פָּסֵיק רַב יְהוּדָה הָכִי בְּפֶרֶק ר"א דְּמִילָה (שַׁבָּת דַּף קלג.) מ"מ פְּסִיק הָכִי בִּתְרֵי דֻּוכְתֵי לְאַלּוֹמֵי פִּיסְקָא דְּמִילָה וְקָשֶׁה (דבס"פ הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת ד' נב.)) פְּסִיק כר"ש וּכְאַבָּא יוֹסֵי בֶּן דּוֹסְתַּאי גַּבֵּי חָבִיתִי כ"ג וי"ל דְּאֵין הַשַּׁ"ס תּוֹפֵס זֶה בְּקֻשְׁיָא הִילְכְתָא לִמְשִׁיחָא אֶלָּא רַב יוֹסֵף מַקְשֶׁה אוֹתוֹ בְּפֶרֶק ד' מִיתוֹת (סַנְהֶדְרִין שָׁם) וּבְפֶרֶק בֵּית שַׁמַּאי אֲבָל הַשַּׁ"ס אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ כִּי הֵיכִי דְּמַהְדַּר לֵיהּ לְרַב יוֹסֵף בְּפֶרֶק בֵּית שַׁמַּאי אֶלָּא מֵעַתָּה (כו') שְׁחִיטַת קָדָשִׁים לָא נִיתְנֵי וְרַבִּי' חַיִּים כֹּהֵן זצ"ל תֵּירֵץ דְּלָא פָּרֵיךְ הָכִי אֶלָּא הֵיכָא דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי הִילְכְתָא לִמְשִׁיחָא וַעֲבֵירָה כְּגוֹן הַהִיא דְּפֶרֶק ב"ש דְּאַיְירֵי בְּפִיגּוּל וּבְפֶרֶק ד' מִיתוֹת גַּבֵּי בַּת כֹּהֵן שֶׁזִּינְּתָה וְכֵיוָן דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי מִילְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא הִיא וְלָא הָוֵי לֵיהּ לְמִיפְסַק הִילְכְתָא בְּמִילְּתָא דְּלָא שְׁכִיחָא כְּלָל:
Étonnant : [pourquoi trancher] une halakha pour l'ère messianique (hilcheta li-meshiha) ? -- car c'est ce genre d'objection que l'on soulève dans Zevahim, chapitre Beit Chammai (Zevahim 45a) et au chapitre Arba Mitot (Sanhédrin 51b). On peut répondre qu'il y a une conséquence pratique (nafka mina) même de nos jours : pour un dirigeant (parnass) nommé sur la communauté qui s'est retiré par force majeure (ones) -- lorsque la contrainte cesse, il reprend sa charge ; et l'on témoigne aussi du respect au second, comme dans l'épisode de Rabban Gamliel et de R. Eleazar ben Azaria. De même au premier chapitre de Taanit (4b), où l'on tranche comme Rabban Gamliel (on demande la pluie le 7 Marheshvan) tout en le rapportant au temps où le Temple existe : on peut dire qu'il y a une nafka mina même de nos jours pour les gens de Babylonie qui ont des fruits aux champs, comme il y est dit. Et ce qui est dit dans Pessahim, chapitre Elou Devarim (Pessahim 66a), à propos du Pessa'h -- R. Akiva a posé une règle : tout travail qu'on ne peut faire la veille de Chabbat repousse le Chabbat, et la Guemara tranche (69b) comme R. Akiva -- on peut dire qu'il y a une nafka mina pour la mila (circoncision) ; et bien que pour la mila aussi Rav Yehouda tranche ainsi au chapitre R. Eliezer de-Mila (Chabbat 133a), on tranche néanmoins en deux endroits pour renforcer la décision sur la mila. Difficulté : à la fin du chapitre ha-Tekhelet (Menahot 52a) on tranche comme R. Chimon et comme Abba Yossi ben Dostai à propos des havitei kohen gadol (galettes du Kohen Gadol) ! On peut répondre que le Talmud (ha-Chas) ne considère pas cela comme une difficulté 'halakha pour l'ère messianique' ; c'est seulement Rav Yossef qui l'objecte au chapitre Arba Mitot (Sanhédrin, ibid.) et au chapitre Beit Chammai, mais le Talmud ne s'en soucie pas -- de même qu'on lui répond, à Rav Yossef, au chapitre Beit Chammai : 's'il en est ainsi, l'abattage des saintetés (chehitat kodachim), qu'on ne l'enseigne donc pas [non plus] !'. Et Rabbeinou Haim Cohen, de mémoire bénie, a répondu qu'on n'objecte ainsi que là où il y a les deux ensemble : une halakha pour l'ère messianique ET une transgression -- comme au chapitre Beit Chammai qui traite du pigoul, et au chapitre Arba Mitot à propos de la fille de kohen qui s'est prostituée ; et puisqu'il y a les deux, c'est une chose rare (lo shekhiha), et il n'y avait pas lieu de trancher une halakha sur un cas parfaitement rare.
💡 Explication

Ce daf ouvre sur la conclusion halakhique du débat de la michna : que devient le remplaçant une fois le Kohen Gadol titulaire rétabli ? La halakha suit Rabbi Yossi : le remplaçant est écarté du service (ni Kohen Gadol -- à cause de l'inimitié, eiva, entre les deux -- ni simple kohen, car il lui manquerait alors des vêtements).

Rav ajoute deux concessions de R. Yossi : (1) si le remplaçant a passé outre et servi en huit vêtements, son service est valide a posteriori ; (2) si le titulaire meurt, le remplaçant reprend pleinement la grande prêtrise.

2
פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא, הָוְיָא לֵיהּ צָרָה מֵחַיִּים. קָא מַשְׁמָע לַן.

Cela va de soi (pchita) ! -- On aurait pu dire (mahou detema) : [même après la mort du premier on l'invaliderait, car de son vivant] il serait pour lui comme une rivale (tzara mechayim) [le second guettant sa mort pour servir, d'où l'inimitié]. Il [Rav] nous l'apprend [qu'on ne le craint pas].

📜 Rachi (2)
פְּשִׁיטָא דְּהָא מִשּׁוּם אֵיבָה הוּא דְּאִיפְּסִיל:
puisque c'est à cause de l'inimitié (eiva) qu'il a été invalidé [et une fois le premier mort il n'y a plus d'inimitié -- donc évident qu'il peut servir].
מַהוּ דְתֵימָא מִשּׁוּם אֵיבָה נִפְּסִיל אַף לְאַחַר מִיתַת רִאשׁוֹן דְּאִי אָמְרַתְּ יְשַׁמֵּשׁ אַחֲרָיו הָוְיָא לֵיהּ צָרָה מֵחַיִּים כְּאִשָּׁה שֶׁהִיא צָרָה לַחֲבִירְתֵּהּ דְּאָמַר זֶה מְצַפֶּה מָתַי יָמוּת וִישַׁמֵּשׁ הוּא קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא חָיְישִׁינַן:
à cause de l'inimitié on l'invaliderait même après la mort du premier : car si tu dis qu'il servira après lui, il serait pour lui une rivale (tzara) de son vivant, comme une femme qui est rivale de sa compagne -- car celui-ci guette : quand mourra-t-il, que je serve à sa place. Il nous apprend qu'on ne le craint pas.
💡 Explication

La Guemara s'étonne : que le remplaçant reprenne le service après la mort du titulaire est évident -- il n'avait été écarté que par crainte de l'inimitié, laquelle disparaît avec le titulaire. La réponse : on aurait pu craindre que la seule attente du remplaçant, du vivant du titulaire, crée déjà une inimitié (comme entre deux épouses rivales) qui l'invaliderait à jamais. Rav écarte cette crainte.

3
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף אִשָּׁה אַחֶרֶת מַתְקִינִין לוֹ. וְרַבָּנָן נָמֵי, הָא חָיְישִׁי לִשְׁמָא? אָמְרִי לָךְ רַבָּנָן: טֻומְאָה שְׁכִיחָא, מִיתָה לָא שְׁכִיחָא.

Rabbi Yehouda dit : on lui prépare (matkinin) même une autre femme [de rechange, de peur que la sienne meure et le laisse sans 'maison' à Yom Kippour]. Et les Sages [qui n'en préparent pas], ne craignent-ils donc pas [un empêchement] ?

Les Sages peuvent te répondre : la toum'a (impureté) est fréquente (shechiha), la mort n'est pas fréquente.

📜 Rachi (2)
הָא קָא חָיֵישׁ לְשֶׁמָּא יֶאֱרַע בּוֹ פְּסוּל:
[les Sages] craignent bien qu'il ne lui survienne un empêchement (pesoul, invalidation) [d'où le remplaçant].
טֻומְאָה שְׁכִיחָא עַל יְדֵי קֶרִי אוֹ עַל יְדֵי הַתָּזַת צִנּוֹרָא מִפִּי עַם הָאָרֶץ:
par une pollution (keri) ou par une projection de salive (tzinora) émise de la bouche d'un ignorant (am ha-aretz).
💡 Explication

Passage à la position de Rabbi Yehouda (michna) : de même qu'on prépare un kohen remplaçant, on prépare une femme de rechange. La Guemara presse les Sages : puisqu'ils craignent bien un empêchement (d'où le remplaçant-kohen), pourquoi ne craignent-ils pas la mort de l'épouse ? Réponse : l'impureté est fréquente, la mort ne l'est pas -- on ne légifère pas sur l'improbable.

4
אָמְרוּ לוֹ: אִם כֵּן, אֵין לַדָּבָר סוֹף. שַׁפִּיר קָא אָמְרִי לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה! וְרַבִּי יְהוּדָה — אֲמַר לָךְ: לְמִיתָה דַּחֲדָא — חָיְישִׁינַן. לְמִיתָה דְּתַרְתֵּי — לָא חָייְשִׁינַן. וְרַבָּנָן? אִי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ — אֲפִילּוּ לְמִיתָה דִּתְרֵין חָיְישִׁינַן.

Ils [les Sages] lui dirent : s'il en est ainsi [si tu crains la mort de sa femme], la chose n'a pas de fin (ein ladavar sof) [il faudrait craindre aussi la mort de la deuxième, de la troisième...]. -- Ils ont bien parlé (shappir) à Rabbi Yehouda ! Et Rabbi Yehouda peut te répondre : pour la mort d'une seule, nous craignons ; pour la mort de deux, nous ne craignons pas [c'est trop improbable].

Et les Sages ? [Ils répondent :] s'il y a lieu de craindre [quoi que ce soit], même pour la mort de deux nous craignons.

💡 Explication

Échange serré. Les Sages rétorquent à R. Yehouda : si l'on craint la mort de l'épouse, il n'y a plus de limite (ein ladavar sof). R. Yehouda distingue : la mort d'une se craint, celle de deux est négligeable. Les Sages campent sur leur principe : toute crainte réelle s'étend même au cas double.

5
וְרַבָּנָן, נֵימְרוּ אִינְהוּ לְנַפְשַׁייְהוּ! אָמְרִי לָךְ רַבָּנָן: כֹּהֵן גָּדוֹל זָרִיז הוּא. אִי זָרִיז הוּא, לָמָּה מַתְקִינִין כֹּהֵן אַחֵר? כֵּיוָן דְּעָבְדִינַן לֵיהּ צָרָה, כָּל שֶׁכֵּן דְּמִזְדָּרַז טְפֵי.

Et les Sages, qu'ils se le disent à eux-mêmes (nimrou inhou lenafshaïhou) ! [de même qu'ils préparent un remplaçant de peur d'une impureté, qu'ils en préparent un deuxième de peur que le premier remplaçant soit lui aussi impur].

Les Sages peuvent te répondre : le Kohen Gadol est vigilant (zariz) [il se garde de l'impureté ; la mort, elle, n'est pas en notre pouvoir]. -- S'il est vigilant, pourquoi préparer un autre kohen ? -- Puisqu'on lui donne un rival (tzara), à plus forte raison sera-t-il encore plus vigilant (mizdarez tefi).

📜 Rachi (2)
נֵימְרוּ אִינְהוּ לְנַפְשַׁיְיהוּ כֵּיוָן דְּאָמְרִי אִי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ חָייְשִׁינַן נָמֵי לְמִיתָה דְּתַרְתֵּי נֵימְרוּ נָמֵי בְּטֻומְאָה אִי אִיכָּא לְמֵיחַשׁ חָיְישִׁינַן נָמֵי לְטֻומְאָה דִּתְרֵי וְאֵין לַדָּבָר סוֹף:
puisqu'ils disent 'si l'on doit craindre, nous craignons même la mort de deux', qu'ils disent de même pour l'impureté : s'il faut craindre, craignons aussi l'impureté de deux [remplaçants], et la chose n'aurait pas de fin.
זָרִיז הוּא וְנִשְׁמָר מִן הַטֻּומְאָה אֲבָל מִיתָה אֵין מְסוּרָה בְּיָדֵינוּ:
et il se garde de l'impureté ; mais la mort n'est pas remise entre nos mains [nous n'avons pas de prise dessus].
⚖️ Rosh (1)
[דַּף ב ע"א] שִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים מַפְרִישִׁין כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁהוּא צָרִיךְ לַעֲבוֹדַת יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאֵינָהּ כְּשֵׁרָה אֶלָּא בּוֹ לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין. וּמְזַמְּנִין לוֹ אַחֵר תַּחְתָּיו שֶׁהוּא מְזֻומָּן לַעֲבֹוד אִם יֶאֱרַע בּוֹ פְּסוּל. (דַּף יג.) וְגַם מִתּוֹךְ שֶׁרוֹאֶה אַחֵר מְמֻונֶּה לְשָׁרֵת תַּחְתָּיו יִזָּהֵר יוֹתֵר. וְאֵין צָרִיךְ לְהַזְמִין לוֹ אִשָּׁה אַחֶרֶת דְּלָא חָייְשִׁי' שֶׁמָּא תָּמוּת אִשְׁתּוֹ. (דַּף יד.) וְכָל שִׁבְעַת יְמֵי הַפְּרִישָׁה הוּא עוֹשֶׂה כָּל עֲבוֹדַת הַתָּמִיד כְּדֵי לְהַרְגִּילוֹ בַּעֲבוֹדָה. (דַּף יח.) וְזִקְנֵי בֵּית דִּין קוֹרְאִים לְפָנָיו בְּכָל יוֹם בְּסֵדֶר הַיּוֹם הַכֹּל לְהַרְגִּילוֹ שֶׁמָּא שָׁכַח שׁוּם דָּבָר מֵהַסֵּדֶר. וְעֶרֶב יוה"כ שַׁחֲרִית מַעֲמִידִין אוֹתוֹ בְּשַׁעַר הַמִּזְרָח וּמַעֲבִירִין לְפָנָיו פָּרִים וְאֵילִים וּכְבָשִׂים כְּדֵי שֶׁיִּתֵּן אֶל לִבּוֹ עֲבוֹדַת הַפָּרִים וְהָאֵילִים. אֲבָל לֹא הָיוּ מַעֲבִירִין לְפָנָיו שְׂעִירִים דְּכֵיוָן שֶׁהַשָּׂעִיר בָּא עַל הַחֵטְא יִזְכֹּור הַחֵטְא וְיֻחְלַשׁ דַּעְתּוֹ. אע"פ שֶׁהַפָּר נָמֵי בָּא עַל הַחֵטְא וְעַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ בָּא אֶלָּא עַל חַטַּאת אֶחָיו הַכֹּהֲנִים וְאִם יֵשׁ בָּהֶם אֶחָד שֶׁחָטָא מַכִּירוֹ וּמַחֲזִירוֹ בִּתְשׁוּבָה. אֲבָל הַשָּׂעִיר שֶׁבָּא עַל חַטַּאת הַקָּהָל כֻּולּוֹ אֵינוֹ מַכִּיר בָּהֶן וּמִיחְלָשׁ דַּעְתֵּיהּ. וְכָל שִׁבְעַת יְמֵי הַפְּרִישָׁה לֹא הָיוּ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה. וּבְעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ לֶאֱכֹול הַרְבֵּה שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ בָּא לִידֵי שֵׁינָה וְאוּלַי יָבֹא לִידֵי קֶרִי. וּלְכָךְ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ כָּל הַדְּבָרִים הַמַּרְבֶּה הַזֶּרַע כְּגוֹן גְּבִינָה וּבֵיצִים וְיַיִן יָשָׁן וְלָבָן. (שָׁם:) וְזִקְנֵי ב"ד מוֹסְרִין אוֹתוֹ לְזִקְנֵי כְּהֻונָּה וּמוֹלִיכִין אוֹתוֹ לְלִשְׁכַּת אַבְטִינָס שֶׁשָּׁם מְפַטְּמִין אֶת הַקְּטֹרֶת לְלַמְּדוֹ חֲפִינָה שֶׁהִיא מֵעֲבוֹדוֹת קָשׁוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ. וּמַשְׁבִּיעִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יְשַׁנֶּה בָּעֲבוֹדוֹת לְפִי שֶׁהָיוּ חוֹשְׁדִין אוֹתוֹ בְּצָדוֹקִי וְהֵם מְשַׁנִּין בַּעֲבוֹדַת הַקְּטֹורֶת ^כְּדִלְקַמָּן לָכֵן הִשְׁבִּיעוּהוּ. וְהוּא פּוֹרֵשׁ וּבוֹכֶה שֶׁחֲשָׁדוּהוּ בְּצָדוֹקִי וְהֵם פּוֹרְשִׁין וּבוֹכִים שֶׁהָיוּ צְרִיכִין לְחָושְׁדוֹ שֶׁהַחוֹשֵׁד בִּכְשֵׁרִים לוֹקֶה בְּגוּפוֹ. אִם הָיָה חָכָם שֶׁרָגִיל לִדְרֹושׁ דּוֹרֵשׁ אוֹ לִקְרוֹת קוֹרֵא. וְאִם אֵינוֹ רָגִיל דּוֹרְשִׁין וְקוֹרְאִין לְפָנָיו דְּבָרִים הַמּוֹשְׁכִין אֶת הַלֵּב כְּגוֹן אִיּוֹב וְעֶזְרָא וְדִבְרֵי הַיָּמִים וְדָנִיֵּאל הַכֹּל שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי שֵׁינָה. (דַּף יט:) וְאִם בִּקֵּשׁ לִישֹׁן מַכִּין לְפָנָיו בְּאֶצְבַּע צְרֵדָה וּמְטַיְּילִין עִמּוֹ לְהָפִיג שִׁינְתּוֹ. עַד שֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד (דַּף כ.) וְהָיוּ תּוֹרְמִין תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. אע"ג דִּבְכָל יוֹם לֹא הָיוּ תּוֹרְמִין אֶלָּא מִקְּרִיאַת הַגֶּבֶר הָכָא הָיוּ צְרִיכִין לְמַהֵר מִפְּנֵי חֻולְשַׁת כֹּהֵן גָּדוֹל. וְרִיבָ"א פֵּירֵשׁ שֶׁכְּשֵׁרָה בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט שֶׁאֵינָהּ חֲשׁוּבָה מֵעֲבוֹדַת הַיּוֹם. והר"ר אֶלְחָנָן פִּי' שֶׁצְּרִיכָה כֹּהֵן גָּדוֹל. וְהָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְתוֹרֵם אוֹתוֹ:
[Daf 2a] Sept jours avant Yom Kippour, on met à l'écart (mafrichin) le Kohen Gadol -- requis pour le service de Yom Kippour, qui n'est valide que par lui -- dans la chambre des conseillers (lichkat parhedrin). Et on lui désigne un remplaçant (aher tahtav), prêt à servir s'il lui survient un empêchement (pesoul). (Daf 13a) De plus, du fait qu'il voit un autre nommé pour servir à sa place, il redoublera de prudence. Mais il n'est pas nécessaire de lui désigner une autre femme, car nous ne craignons pas que sa femme meure. (Daf 14a) Pendant les sept jours de mise à l'écart, il accomplit tout le service du tamid (offrande permanente) afin de l'exercer au service. (Daf 18a) Les anciens du beit din lisent devant lui chaque jour l'ordre du [service du] jour, le tout pour l'entraîner, de peur qu'il ait oublié quelque chose de l'ordre. La veille de Yom Kippour au matin, on le place à la porte de l'Orient (chaar ha-mizrah) et on fait passer devant lui taureaux, béliers et agneaux, afin qu'il applique son cœur au service des taureaux et des béliers. Mais on ne faisait pas passer devant lui les boucs (se'irim), car, le bouc venant [expier] la faute, il se souviendrait de la faute et son esprit s'affaiblirait (yehelach da'ato). Bien que le taureau vienne lui aussi [expier] la faute et l'impureté du Sanctuaire et de ses saintetés, comme il ne vient que pour la faute de ses frères les kohanim -- s'il en est un qui a fauté, il le connaît et le ramène au repentir ; mais le bouc, qui vient pour la faute de toute la communauté, il ne les connaît pas [tous] et son esprit s'affaiblirait. Durant les sept jours de mise à l'écart on ne lui refusait ni nourriture ni boisson ; mais la veille de Yom Kippour on ne le laissait pas manger beaucoup, car cela l'amènerait au sommeil et peut-être à une pollution (keri) ; c'est pourquoi on lui refuse tous les aliments qui multiplient la semence, comme le fromage, les œufs, le vin vieux et [le vin] blanc. (Ibid.) Les anciens du beit din le remettent aux anciens de la prêtrise (ziknei kehouna) et le conduisent à la chambre d'Avtinas, où l'on compose l'encens (ketoret), pour lui enseigner la 'poignée' (hafina) [le prélèvement de l'encens à pleines mains], l'un des services les plus difficiles du Temple. Et on lui fait jurer (machbi'in oto) de ne rien changer aux services, parce qu'on le soupçonnait d'être saducéen (tzedouki) -- eux [les saducéens] modifient le service de l'encens, comme plus loin -- c'est pourquoi on le faisait jurer. Et lui se retire et pleure d'avoir été soupçonné saducéen, et eux se retirent et pleurent d'avoir eu à le soupçonner, car celui qui soupçonne les innocents (kecherim) est frappé en son corps. S'il était un savant ('hakham) habitué à enseigner (darach), il enseigne, ou à lire, il lit ; s'il n'y est pas habitué, on enseigne et on lit devant lui des choses qui attirent le cœur, comme Job, Esdras (Ezra), les Chroniques (Divrei ha-Yamim) et Daniel -- le tout pour qu'il ne s'endorme pas. (Daf 19b) Et s'il cherchait à dormir, on claque devant lui du majeur (etzba tzeradah, chiquenaude) et on se promène avec lui pour dissiper son sommeil, jusqu'à l'heure de l'abattage du tamid. (Daf 20a) Et l'on prélevait la teroumat ha-dechen (prélèvement des cendres) sur l'autel extérieur, à Yom Kippour. Bien que chaque [autre] jour on ne prélevât qu'au chant du coq (mikri'at ha-gever), ici on devait se hâter à cause de la faiblesse du Kohen Gadol. Le Riva a expliqué qu'elle [la teroumat ha-dechen] est valide par un simple kohen (kohen hediot), n'étant pas considérée comme faisant partie du service du jour ; et Rabbeinou Elhanan a expliqué qu'elle requiert le Kohen Gadol. Et il sanctifiait ses mains et ses pieds et la prélevait.
💡 Explication

La Guemara renvoie aux Sages leur propre logique : si 'toute crainte s'étend', qu'ils préparent aussi un deuxième remplaçant-kohen de peur que le premier s'impurifie -- et ainsi sans fin. Réponse : la différence est que le Kohen Gadol est zariz (vigilant) et se garde activement de l'impureté, alors que la mort échappe à tout contrôle. Et si l'on prépare tout de même un remplaçant, ce n'est pas par crainte réelle mais pour l'aiguillonner : la présence d'un rival le rend encore plus scrupuleux.

6
וּמִי סַגִּי לֵיהּ בְּתַקַּנְתָּא? ״בֵּיתוֹ״ אֲמַר רַחֲמָנָא, וְהָךְ לָאו בֵּיתוֹ הִיא! דִּמְקַדֵּשׁ לָהּ. וְהָא כַּמָּה דְּלָא כָּנֵיס לַהּ — לָאו בֵּיתוֹ הִיא! דִּכְנִיס לָהּ. אִם כֵּן, הָוֵה לֵיהּ שְׁנֵי בָתִּים, וְרַחֲמָנָא אָמַר: ״וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ״, וְלֹא בְּעַד שְׁנֵי בָתִּים!

Mais lui suffit-il d'une [simple] disposition (takkanta) [la désignation d'une femme de rechange] ? La Torah a dit 'sa maison (beito)' [= sa femme], or celle-ci n'est pas sa maison [ils ne sont pas mariés] ! -- Il la sanctifie (mekadech, la fiance). -- Mais tant qu'il ne l'a pas épousée (kanis), elle n'est pas sa maison ! -- Il l'épouse. -- Si c'est le cas, il a deux maisons, et la Torah a dit 'il expiera pour lui et pour sa maison' -- et non pour deux maisons !

📜 Rachi (1)
בְּתַקַּנְתָּא בְּהַזְמָנָה:
par la [simple] désignation (hazmana).
💡 Explication

Début de la grande analyse halakhique (segments 5-11) : comment la 'femme de rechange' de R. Yehouda peut-elle remplir la condition beito (maison = épouse) le jour venu ? Chaque étape résout un problème en en créant un nouveau, dans un mouvement en accordéon :

désignation seule → pas encore 'sa maison' → fiançailles (kiddouchin) → pas encore vraiment sa maison → mariage (nissouin) → mais alors deux maisons, ce que le verset interdit ('et non pour deux maisons').

7
דַּהֲדַר מְגָרֵשׁ לָהּ. אִי מְגָרֵשׁ לָהּ, הָדְרָא קֻושְׁייַן לְדֻוכְתָּא! לָא צְרִיכָא, דִּמְגָרֵשׁ לַהּ עַל תְּנַאי. דְּאָמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטֵּיךְ עַל מְנָת [שֶׁתָּמוּתִי. וְדִילְמָא לָא מַייְתָא, וְהָוֵה לֵיהּ שְׁנֵי בָתִּים!

-- Il la répudie ensuite (hadar megaresh la). -- S'il la répudie, notre difficulté revient à sa place [si sa femme meurt, la seconde n'est plus mariée] ! -- Ce n'est pas nécessaire [le cas est] où il la répudie sous condition (al tenaï), en lui disant : 'Voici ton acte de divorce (guet), à condition que tu meures [à Yom Kippour]'. -- Et peut-être ne meurt-elle pas, et il a [alors] deux maisons !

📜 Rachi (3)
הָדְרָא קֻושְׁיַין דְּשֶׁמָּא תָּמוּת:
[notre difficulté revient] -- car peut-être mourra-t-elle [la première, et la seconde déjà répudiée n'est plus sa maison].
עַל מְנָת שֶׁתָּמוּתִי ביוה"כ וְאִם מֵתָה בּוֹ בַּיּוֹם נִמְצָא גֵּט לְמַפְרֵעַ וְאֵין כָּאן אֶלָּא בַּיִת אֶחָד וְאִם לֹא מֵתָה הִיא וּמֵתָה חֲבִירְתֵּהּ נִשְׁאֲרָה לוֹ זֹאת שֶׁאֵין הַגֵּט גֵּט וְכָל סֻוגְיָא זֹאת אֵין תֵּירוּצִין שֶׁבָּהּ יְכוֹלִין לַעֲמֹוד כִּי יֵשׁ לָהֶן תְּשׁוּבוֹת רַבּוֹת וְאֵינוֹ אֶלָּא כִּי מְלַמְּדִין אוֹתָנוּ וְאִם תֹּאמַר כֵּן יֵשׁ לְהָשִׁיב כֵּן וְאֵינוֹ מֵשִׁיב כָּל תְּשׁוּבוֹת שֶׁיֵּשׁ לְהָשִׁיב כִּי בְּאַחַת הוּא מְסַלְּקוֹ לְתָרֵץ בְּעִנְיָן אַחֵר עַד שֶׁהֶעֱמִידָהּ עַל מְכוֹנָה:
à Yom Kippour. Si elle meurt ce jour-là, le guet se trouve [valide] rétroactivement (lemafrea) et il n'y a ici qu'une seule maison ; et si elle ne meurt pas, elle, mais que sa compagne meurt, celle-ci lui reste [épouse], car le guet n'est pas un guet [la condition n'étant pas remplie]. -- Et toute cette sougya, ses réponses ne peuvent tenir, car elles appellent de nombreuses objections ; elle n'est là que pour nous instruire : à chaque 'si tu dis ainsi, on peut répondre ainsi', [le Talmud] ne donne pas toutes les réponses possibles, car par une seule [objection] il écarte [la réponse] pour résoudre d'une autre manière, jusqu'à l'établir sur sa base (al mekhona).
וְדִילְמָא לָא מָיְיתָה וְאֵין הַגֵּט גֵּט:
et le guet n'est pas un guet [elle reste épouse, d'où deux maisons].
🗂️ Tossefot (2)
דִּמְגָרֵשׁ לַהּ עַל תְּנַאי הַמְתָרֵץ הָיָה דַּעְתּוֹ לְתָרֵץ כִּדְמַסְּקִינַן דְּלַחֲדָא אָמַר לָהּ הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ וְלַחֲדָא אָמַר לָהּ הֲרֵי זֶה גִּיטֵּיךְ עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס לְבֵית הַכְּנֶסֶת אֶלָּא שֶׁבַּעַל הַשַּׁ"ס לֹא מַסִּיק לְמִילְּתֵיהּ שֶׁל הַמְתָרֵץ וְהוֹלֵךְ וּמְדַקְדֵּק בְּפֵירוּשׁ דְּמִילְּתֵיהּ דְּאָמַר לָהּ עַל מְנָת שֶׁתָּמוּתִי כו' כְּלוֹמַר הֵיכִי בָּעֵית לְמֵימַר עַל תְּנַאי אִי דְּאָמַר לָהּ עַל מְנָת שֶׁתָּמוּתִי וְדִילְמָא לָא מֵתָה וְהָווּ לְהוּ שְׁנֵי בָּתִּים אֶלָּא דְּאָמַר לַהּ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת וְכוּ' אַהָא נָמֵי אִיכָּא לְמִיפְרַךְ וְכוּ' עַד מַסְּקָנָא דְּמִילְּתָא כֻּולָּהּ מִדִּבְרֵי בַּעַל הַשַּׁ"ס שֶׁדִּקְדֵּק מֵעַצְמוֹ פֵּירוּשָׁא דְּמִילְּתָא דְּשִׁינּוּיָא דְּעַל תְּנַאי וְלָא מִיתּוֹקְמָא לֵיהּ אֶלָּא כִּדְמַסִּיק דְּלַחֲדָא אָמַר ע"מ שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ וְכוּ' וְתֵדַע שֶׁהוּא כֵּן דְּכָל הָנָךְ אֶלָּא דְּאָמַר לָהּ הֵם מִדִּבְרֵי הַמַּקְשֶׁה שֶׁהוֹלֵךְ וּמְדַקְדֵּק מִכֹּחַ קֻושְׁיוֹת עַד שֶׁהוּא יוֹרֵד עַל הָאֱמֶת דִּבְכֻולָּם יֵשׁ דָּלֶ"ת אֶלָּא דְּאָמַר וּבְשִׁינּוּיָא בָּתְרָא גָּרַס אֶלָּא לַחֲדָא אָמַר לָהּ הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ ע"מ שֶׁאֶכָּנֵס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּלְפִי שֶׁהַמַּקְשֶׁה בְּעַצְמוֹ מַסִּיק כָּךְ וְאֵין דַּעְתּוֹ לְהַקְשׁוֹת עַל אוֹתוֹ תֵּירוּץ גָּרְסִינַן לַחֲדָא ול"ג דְּלַחֲדָא בְּדָלֶ"ת:
Celui qui répond avait à l'esprit de résoudre comme on le conclut [à la fin] : à l'une il dit 'voici ton guet à condition que ta compagne ne meure pas', et à l'autre 'voici ton guet à condition que j'entre à la synagogue'. Mais l'auteur du Talmud (baal ha-Chas) ne mène pas à terme les paroles de celui qui répond ; il poursuit et analyse (medakdek) le sens de sa formule 'à condition que tu meures' etc., c'est-à-dire : comment veux-tu dire 'sous condition' ? Si 'à condition que tu meures' -- peut-être ne meurt-elle pas, et ils ont deux maisons ; plutôt 'à condition que tu ne meures pas' etc. -- là aussi on peut objecter, etc., jusqu'à la conclusion, le tout étant paroles de l'auteur du Talmud, qui a analysé de lui-même le sens de la réponse 'sous condition', laquelle ne s'établit que comme il le conclut : à l'une il dit 'à condition que ta compagne ne meure pas' etc. Et sache qu'il en est ainsi, car tous ces 'plutôt il lui dit (ela de-amar la)' sont paroles de celui qui objecte (makche), qui poursuit et analyse par la force des objections jusqu'à descendre sur la vérité -- car dans tous il y a un dalet [au début du mot 'de-amar']. 'Plutôt il dit (ela de-amar)' -- et dans la dernière réponse on lit 'plutôt à l'une il dit voici ton guet à condition que j'entre à la synagogue' ; et parce que celui qui objecte lui-même le conclut ainsi et n'a pas l'intention d'objecter sur cette réponse, on lit 'le-hada (à l'une)' et non 'de-hada' avec un dalet.
עַל מְנָת שֶׁתָּמוּתִי הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ א"כ אַמַּאי מְגָרֵשׁ לָהּ י"ל אִיכָּא לְמֵימַר עַל מְנָת שֶׁתָּמוּתִי בְּפַלְּגָא דַּעֲבוֹדָה הִלְכָּךְ מְגָרְשָׁהּ דְּלָא לֶיהֱווֹ עַד הַהִיא שַׁעְתָּא שְׁנֵי בָּתִּים:
il aurait pu objecter : si c'est le cas, pourquoi la répudier [du tout] ? On peut répondre : [il dit] 'à condition que tu meures au milieu du service (befalga da'avoda)' ; c'est pourquoi il la répudie, afin qu'il n'y ait pas, jusqu'à ce moment-là, deux maisons.
💡 Explication

Première tentative de guet conditionnel. Pour ne pas se retrouver avec deux maisons, il répudie la seconde -- mais un divorce pur et simple ramène le problème initial (si la première meurt, il n'a plus personne). Solution : un divorce sous condition : 'ton guet à condition que tu meures'. Si elle meurt, le guet est rétroactif et il n'a jamais eu qu'une maison. Réfutation : et si elle ne meurt pas ? Le guet est nul, elle reste épouse : deux maisons.

8
אֶלָּא דְּאָמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטֵּיךְ עַל מְנָת] שֶׁלֹּא תָּמוּתִי. אִי לֹא מִיתָה — מִיגָּרְשָׁא לָהּ. וְאִי מִיתָה הָא — קַיְימָא הַךְ. וְדִילְמָא הִיא לָא מָיְתָה, וְהָוֵה לֵיהּ גִּיטָּא דְּהַאי גִּיטָּא, וּמָייְתָא חֲבֶרְתָּהּ, וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת!

-- Plutôt, il lui dit : 'Voici ton guet, à condition que tu ne meures pas'. Si elle ne meurt pas -- elle est répudiée [il garde la première] ; et si elle meurt -- celle-ci [la première] reste. -- Et peut-être qu'elle [la seconde] ne meurt pas -- son guet est alors valide [elle est répudiée, plus son épouse] -- et sa compagne [la première] meurt, et il se retrouve sans maison !

📜 Rachi (1)
ע"מ שֶׁלֹּא תָּמוּת וְאִי לֹא מֵתָה כִּדְקָאָמַר הֲוָה לֵיהּ גִּיטָּא לְמִיפְרַע:
et si elle ne meurt pas, comme il l'a dit, c'est un guet [valide] rétroactivement (lemafrea).
💡 Explication

Deuxième tentative, condition inversée : 'à condition que tu ne meures pas'. Cela couvre bien le cas où la seconde meurt (la première reste). Réfutation : si la seconde vit (donc répudiée, plus épouse) et que la première meurt, il se retrouve avec zéro maison -- l'autre danger.

9
אֶלָּא, דְּאָמַר לָהּ: עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת [אַחַת מִכֶּם]. מִיתָה הָא — קַיְימָא הַךְ, מִיתָה הַךְ — הָא קָיְימָא הָא. וְדִילְמָא לָא מָיְיתָא וְלָא חֲדָא מִינַּייְהוּ, וְהָוֵה לֵיהּ שְׁנֵי בָתִּים?

-- Plutôt, il lui dit : 'à condition que l'une de vous meure'. Si celle-ci meurt, celle-là reste ; si celle-là meurt, celle-ci reste. -- Et peut-être qu'aucune des deux ne meurt, et il a deux maisons ?

🗂️ Tossefot (1)
עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת אַחַת מִכֶּם הֲוָה מָצֵי לְמִיפְרַךְ וְדִילְמָא מֵתָה לָהּ חֲדָא מִינַּייְהוּ וְהָוֵה לֵיהּ גִּיטָּא וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת אֶלָּא נִיחָא לֵיהּ טְפֵי לְמִיפְרַךְ וְדִילְמָא לֹא מֵתָה וְלֹא חֲדָא דְּהָא שְׁכִיחַ טְפֵי:
il aurait pu objecter : et peut-être l'une d'elles meurt, [le guet de l'autre] est alors valide, et il se retrouve sans maison. Mais il lui a paru préférable d'objecter 'et peut-être aucune des deux ne meurt', car cela est plus fréquent (shekhiah tefi).
💡 Explication

Troisième tentative, condition disjonctive : 'à condition que l'une de vous meure'. Quelle que soit celle qui meurt, l'autre demeure épouse : toujours une seule maison. Réfutation : et si aucune ne meurt ? La condition n'est pas remplie, le guet est nul : deux maisons.

10
וְעוֹד: כִּי הַאי גַּוְונָא מִי הָוֵי גִּיטָּא? וְהָאָמַר רָבָא: ״הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּשְׁתִּי יַיִן כָּל יְמֵי חַיַּי וְחַיַּיְכִי״ — אֵין זֶה כְּרִיתוּת.

Et de plus : un [guet] de ce genre est-il seulement un guet [valide] ? Rava n'a-t-il pas dit : ['Voici ton guet] à condition que tu ne boives pas de vin tous les jours de ma vie et de ta vie' -- ce n'est pas une séparation (keritout) [car un lien subsiste entre eux toute sa vie, or la Torah exige une coupure totale].

📜 Rachi (2)
כְּהַאי גַּוְונָא שֶׁהַתְּנַאי תָּלוּי בְּחַיֶּיהָ מִי הֲוָה גֵּט:
[un guet] de ce genre -- où la condition dépend de sa vie à elle -- est-il un guet ?
אֵין זֶה כְּרִיתוּת שֶׁהֲרֵי כָּל יְמֵי חַיֶּיהָ קְשׁוּרָה בּוֹ וַאֲנַן כְּרִיתוֹת בָּעֵינַן:
car toute sa vie durant elle reste liée à lui, or nous exigeons une séparation (keritout, coupure).
🗂️ Tossefot (1)
כָּל יְמֵי חַיַּי וְחַיַּיְכִי כּוּ' תֵּימַהּ לְרִ"י דִּבְפֶרֶק הַמְגָרֵשׁ (גִּיטִּין דַּף פג:) אָמְרִינַן אָמַר רָבָא ה"ז גִּיטֵּיךְ ע"מ שֶׁלֹּא תִּשְׁתִּי יַיִן כָּל יְמֵי חַיַּי אֵין זֶה כְּרִיתוּת כָּל יְמֵי חַיַּי פְּלוֹנִי הֲרֵי זֶה כְּרִיתוּת וּפָרִיךְ מַאי שְׁנָא חַיֵּי פְלוֹנִי דְּדִילְמָא מָייֵת וּמְקַיְּימָהּ לֵיהּ לִתְנָאֵיהּ חַיֵּי דִידֵיהּ נָמֵי דִּילְמָא מָייֵת וְכוּ' עַד אֶלָּא כָּל יְמֵי חַיֵּיכִי אֵין זֶה כְּרִיתוּת כָּל יְמֵי חַיַּי וְחַיֵּי פְּלוֹנִי הֲרֵי זֶה כְּרִיתוּת וְהַשְׁתָּא קָשֶׁה דְּסֻוגְיָא דְּהָכָא אֵינָהּ לֹא כִּדְאָמַר ס"ד מֵעִיקָּרָא הָתָם וְלֹא כַּמַּסְּקָנָא וְעוֹד הִקְשָׁה רִ"י מַאי הַאי דְּאִי לָא תְּלָא אֶלָּא בְּחַיֵּי חֲבִירְתֵּהּ לְחֻודָּא הָוֵי גֵּט וּבִשְׁבִיל שֶׁתָּלָה אוֹ בְּחַיֶּיהָ אוֹ בְּחַיֵּי חֲבִירְתֵּהּ מִיגְרָע גָּרַע ונ"ל דִּנְקַט הָכָא לִישָּׁנָא דְּמֵעִיקָּרָא וּדְמַסְּקָנָא דְּהָתָם וה"פ וְהָאָמַר רָבָא כָּל יְמֵי חַיֵּי הַיְינוּ לִישָּׁנָא דְּמֵעִיקָּרָא וכ"ש כָּל יְמֵי חַיֵּיכִי אֵין זֶה כְּרִיתוּת פֵּירוּשׁ בֵּין שֶׁאָמַר כָּל יְמֵי חַיַּי כִּדְמֵעִיקָּרָא בֵּין שֶׁאָמַר חָייְכִי כִּדְמַסְּקָנָא דְּהָתָם אֵין זֶה כְּרִיתוּת וְהָכָא כָּל יְמֵי חָיְיכִי הוּא וא"כ פָּרִיךְ שַׁפִּיר לְכָל לִישָּׁנֵי דְּהָתָם דאע"ג דְּאִילּוּ לֹא אָמַר אֶלָּא ע"מ שֶׁתָּמוּת חֲבַרְתִּיךְ הָוֵי גִּיטָּא הַשְׁתָּא דְּתָלָה הַתְּנַאי נָמֵי בְּמִיתָתָהּ אִיכָּא לְמֵימַר דְּמִיגְרָע גָּרַע דְּכָל הֵיכָא דְּאִיכָּא תְּנַאי דְּאֶפְשָׁר דִּמְקַייֵּם בְּמִיתָתָהּ וְיָחוּלוּ קִיּוּם הַתְּנַאי וְהַגֵּט בִּשְׁעַת מִיתָתָהּ אֵין זֶה כְּרִיתוּת וְהָכָא נָמֵי אִי מַייְתָא אִיהִי בְּרֵישָׁא הֲרֵי חָל קִיּוּם הַתְּנַאי וְהַגֵּט בְּיַחַד בְּמִיתָתָהּ וְלָא דָּמֵי לְהֵיכָא דְּאָמַר עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ דְּכִי מַיְיתָא חֲבִירְתֵּהּ בְּרֵישָׁא חָיֵיל גִּיטָּהּ בְּחַיֶּיהָ שֶׁל זֹאת וְאִי הִיא מַיְיתָא בְּרֵישָׁא לֹא חָל גִּיטָּא: [וְעִי' תּוֹס' גִּיטִּין פג: ד"ה כֹּל כו' שֶׁהִנִּיחוּ סֻוגְיָא זוֹ בְּקֻושְׁיָא]:
Difficulté pour le Ri : au chapitre ha-Megaresh (Guittin 83b) on rapporte -- Rava a dit : 'voici ton guet à condition que tu ne boives pas de vin tous les jours de ma vie', ce n'est pas une séparation ; 'tous les jours de la vie d'untel', c'est une séparation. Et l'on objecte : en quoi 'la vie d'untel' [diffère-t-elle] -- peut-être meurt-il et la condition tient ? 'sa vie à lui' aussi -- peut-être meurt-il, etc. -- jusqu'à : plutôt, 'tous les jours de ta vie' n'est pas une séparation, [tandis que] 'tous les jours de ma vie et de la vie d'untel' est une séparation. Or c'est difficile, car la sougya d'ici ne correspond ni à la hava amina initiale de là-bas ni à sa conclusion. Le Ri a encore objecté : de quoi s'agit-il ? -- car s'il n'avait suspendu [la condition] qu'à la vie de sa compagne seule, ce serait un guet ; et parce qu'il l'a suspendue soit à sa vie à elle soit à la vie de sa compagne, cela s'aggraverait (migra gera) ? Il me semble qu'il emploie ici la formulation initiale et la formulation conclusive de là-bas, et voici son sens : 'Rava n'a-t-il pas dit... tous les jours de ma vie' -- c'est la formulation initiale, et à fortiori 'tous les jours de ta vie', ce n'est pas une séparation. C'est-à-dire : qu'il dise 'tous les jours de ma vie' comme au départ, ou 'de ta vie' comme dans la conclusion là-bas, ce n'est pas une séparation ; et ici c'est 'tous les jours de ta vie'. Ainsi l'objection est valable selon toutes les versions de là-bas : bien que, s'il n'avait dit que 'à condition que ta compagne meure', ce serait un guet, maintenant qu'il a suspendu la condition aussi à sa mort à elle, on peut dire que cela s'aggrave -- car partout où il y a une condition qui peut s'accomplir par sa mort, en sorte que l'accomplissement de la condition et le guet prendraient effet ensemble à l'instant de sa mort, ce n'est pas une séparation. Et ici de même : si elle meurt la première, voici que l'accomplissement de la condition et le guet prennent effet ensemble à sa mort. Cela ne ressemble pas au cas où il dit 'à condition que ta compagne meure', car lorsque la compagne meurt la première, le guet de celle-ci prend effet du vivant de la première ; et si elle-même meurt la première, le guet ne prend pas effet. [Voir Tossafot Guittin 83b s.v. 'kol' etc., qui ont laissé cette sougya en difficulté (be-kouchia).]
💡 Explication

Objection de fond (Rava) qui court-circuite tout : un guet dont la condition dépend de la vie même des époux n'est pas un guet valide. Le guet doit être une keritout (séparation, coupure totale ; cf. sefer keritout). Une condition liée à toute la vie de l'épouse (ou de l'époux) maintient un lien permanent -- ce n'est donc pas une vraie coupure.

11
כָּל יְמֵי חַיַּי פְּלוֹנִי — הֲרֵי זֶה כְּרִיתוֹת!

['à condition que tu ne boives pas de vin] tous les jours de la vie d'untel (peloni)' -- ceci est une séparation (keritout) [valide, car la condition dépend d'un tiers, non d'un lien permanent entre les époux].

📜 Rachi (1)
כָּל יְמֵי חַיַּי פְּלוֹנִי הֲרֵי זֶה כְּרִיתוּת וְתִינָּשֵׂא לְאַחַר מִיתַת פְּלוֹנִי וְגַם מֵהַיּוֹם הוּא גֵּט שֶׁאִם קִלְקְלָה אֵין כָּאן חִיּוּב אֵשֶׁת אִישׁ שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא כַּחֲשַׁשׁ שֶׁמָּא תִּשְׁתֶּה יַיִן בְּחַיֵּי פְּלוֹנִי:
et elle se remariera après la mort d'untel ; et il est aussi un guet dès aujourd'hui, en sorte que si elle se dévoie [entre-temps], il n'y a pas ici obligation [de statut] de femme mariée (echet ich) -- ce n'est qu'une [simple] appréhension qu'elle boive du vin du vivant d'untel.
💡 Explication

Le contre-exemple de Rava : lier la condition à la vie d'un tiers (peloni) laisse un guet valide -- il n'y a plus de lien permanent entre les époux. C'est ce principe qui va guider la dernière tentative (segment 11) : suspendre la condition non à la vie des époux, mais à celle de 'la compagne'.

12
אֶלָּא, דְּאָמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ. אִי לָא מָיְתָה חֲבֶרְתַּהּ — מִיגָּרְשָׁא, וְאִי מִיתָה הָא — הָא קָיְימָא הָא. וְדִילְמָא מָייְתָא חֲבֶרְתַּהּ בְּפַלְגָא דַעֲבוֹדָה, וְאִיגְלֵי מִלְּתָא

-- Plutôt, il lui dit : 'Voici ton guet, à condition que ta compagne (chavertekh) ne meure pas'. Si sa compagne ne meurt pas -- elle est répudiée ; et si celle-ci [la première] meurt -- celle-là [la seconde] reste. -- Et peut-être que sa compagne meurt au milieu du service (befalga da'avoda), et il apparaît alors [rétroactivement...]

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ וְאִי לֹא מֵתָה חֲבִירְתֵּהּ הֲוָה לָהּ גֵּט לְמַפְרֵעַ וְאֵין כָּאן אֶלָּא בַּיִת אֶחָד:
et si sa compagne ne meurt pas, c'est pour elle un guet rétroactif (lemafrea), et il n'y a ici qu'une seule maison.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא דְּאָמַר לַהּ הֲרֵי זֶה גִּיטֵּיךְ עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ נִרְאֶה לְפָרֵשׁ דְּאָמַר לָהּ נָמֵי הָא וְקָאֵי אַמַּאי דְּסָלֵיק מִינֵּיהּ דְּשָׁנֵי דְּאָמַר ע"מ שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ וּפָרִיךְ וְדִילְמָא מַייְתָא בְּפַלְּגָא דַּעֲבוֹדָה כּוּ' וּמְשַׁנֵּי דְּאָמַר לָהּ תַּרְוַיְיהוּ לִישָּׁנֵי הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ וְאָמַר לָהּ נָמֵי עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ בְּפַלְּגָא דַּעֲבוֹדָה דְּאִי לָא אֲמַר לֵהּ אֶלָּא עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ הֲוָה לֵיהּ לְמִיפְרַךְ וְדִילְמָא לָא מַיְיתָא חֲבִירְתֵּהּ וְהָווּ לֵיהּ שְׁנֵי בָּתִּים וְהָא שְׁכִיחָא טְפֵי דְּלָא מֵתָה כִּדְפֵי' לְעֵיל [ד"ה ע"מ שֶׁתָּמוּת] אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ מַיְירֵי דְּאָמַר לָהּ תַּרְוַיְיהוּ לִישָּׁנֵי:
Il paraît qu'il faut expliquer qu'il lui dit aussi cette [autre formule], et cela se rapporte à ce qui précède immédiatement -- la réponse 'à condition que ta compagne ne meure pas' -- sur quoi l'on objecte 'et peut-être meurt-elle au milieu du service' etc. On répond alors qu'il lui dit les deux formules : 'voici ton guet à condition que ta compagne ne meure pas', et aussi 'à condition que ta compagne meure au milieu du service'. Car s'il ne lui disait que 'à condition que ta compagne meure', il aurait dû objecter 'et peut-être sa compagne ne meurt pas, et ils ont deux maisons' -- et cela est plus fréquent, qu'elle ne meure pas, comme expliqué plus haut [s.v. 'à condition qu'elle meure']. Donc, forcément, il s'agit qu'il lui dit les deux formules.
💡 Explication

Dernière tentative du daf, qui applique le principe du 'tiers' : la condition est suspendue à la vie de la compagne (l'autre épouse), non à celle des époux -- donc pas de défaut de keritout. Elle couvre les deux dangers : si la compagne vit, la seconde est répudiée (une maison) ; si la compagne meurt, la seconde reste (une maison). Nouvelle objection, laissée en suspens : et si la compagne meurt au milieu du service ? -- la sougya se poursuit en 13b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).