Yoma 13b -- Préparer une épouse de réserve au Cohen Gadol (sans deux maisons ni aucune) ; deux objections sur le yiboum ; et le Cohen Gadol onen entre offrande et sortie

Yoma 13b

Sougya : Ce daf poursuit la recherche d'un montage juridique permettant de désigner une épouse de RÉSERVE pour le Cohen Gadol à Yom Kippour, au cas où sa femme mourrait : le service exige qu'il ait exactement une "maison" (une épouse), jamais deux ni zéro. Trois tentatives de gittin conditionnels sont testées et les deux premières échouent (écueil de l'"aucune maison") ; la solution retenue combine une condition négative sur la mort de la consœur et une condition positive MAITRISÉE (l'entrée du prêtre à la synagogue), ce qui lui permet, si une épouse est mourante, de rendre son get valide rétroactivement.

Suivent deux objections symétriques (Rav Assi/Rav Avira, puis Ravina/Rav Chervya) : la lecture stricte de "maison" bloquerait le yiboum de deux veuves ou d'une fiancée -- chaque fois un mot superflu du verset (ribbouy : "yevimto" répète, "'houtsa") vient les réinclure. La dernière partie ouvre une nouvelle sougya : le Cohen Gadol onen (endeuillé du jour) offre les sacrifices mais ne mange pas ; R.

Yehouda ajoute "toute la journée", que Rava lit d'abord comme la mitsva de l'amener de chez lui. Abaye objecte une contradiction (dans une autre baraita, R.

Yehouda fait au contraire SORTIR le prêtre en plein service), et Rava reprend son explication -- la suite en 14a.

Comment prévoir une épouse de réserve pour Yom Kippour ? (seg 0-2) La Tora exige "et il expiera pour lui et pour sa maison" -- UNE maison (épouse). Ni deux, ni zéro pendant le service. Écueil A : DEUX maisons s'il sert marié à deux femmes -> service passoul (invalide) Écueil B : AUCUNE maison si les deux gittin prennent effet -> il sert sans épouse Tentative 1 (seg 0) : get à la 2e "à condition que ta consœur meure" Si la 1re meurt en plein service -> get valide rétroactivement -> il se retrouve SANS maison. Rejeté (écueil B). -> il faut un montage où il reste toujours exactement une épouse. Tentative 2 (seg 1) : divorce des DEUX sous conditions négatives À l'une : "get à condition que ta consœur NE meure PAS" ; à l'autre : "get à condition que tu N'entres PAS à la synagogue". Si nul ne meurt et qu'elle n'entre pas -> les DEUX gittin prennent -> SANS maison. Rejeté (écueil B). Tentative 3 (seg 2) : la solution retenue À l'une : "get à condition que ta consœur NE meure PAS" -- à l'autre : "get à condition que MOI j'entre à la synagogue". Le prêtre garde la main : si une femme est mourante, il entre lui-même à la synagogue et rend SON get valide rétroactivement. Ainsi il n'y a jamais deux maisons ni zéro : il reste marié à une seule. Accepté. Clé du montage : l'entrée du Cohen à la synagogue dépend de SA volonté, la mort non. Un get "à condition que X" prend effet rétroactivement au moment de la remise si la condition finit par se réaliser. On évite l'écueil "deux maisons" en rendant un divorce rétroactif ; on évite "aucune maison" en gardant une condition maîtrisable. Note (Tossefot) : dans la version retenue, il faut avoir divorcé conditionnellement les deux épouses, pas une seule.
Le coeur du daf : trois montages successifs pour prévoir une épouse de réserve au Cohen Gadol sans jamais avoir deux maisons ni aucune ; la solution retenue laisse au prêtre le contrôle par l'entrée à la synagogue.
Deux objections à la lecture "maison = une seule épouse" (seg 3-4) Si "beito" (sa maison) exclut deux épouses et exclut la fiancée, la même logique devrait bloquer deux cas de yiboum. Le verset l'inclut malgré tout. Objection 1 -- Rav Assi / Rav Avira Deux veuves venues d'UNE même maison (un homme mort laissant deux épouses) Si "il ne bâtira pas la MAISON de son frère" = une maison et non deux, alors AUCUNE ne devrait faire le yiboum. Absurde ! Réponse "yevimto"... "yevimto" -- le mot "sa yevama" répète est un RIBOUI (inclusion) : il inclut le cas de deux épouses ; l'une fait le yiboum. Deut. 25,9 -- "beit a'hiv" (la maison du frère) Objection 2 -- Ravina / Rav Chervya Une FIANCÉE (arousa) dont le fiancé est mort sans enfant On a dit plus haut : tant qu'il ne l'a pas épousée, elle n'est pas sa "maison". Alors la fiancée ne devrait pas faire le yiboum. Or elle le fait ! Réponse "ha-'houtsa" (au dehors) -- ce mot superflu vient INCLURE la fiancée dans l'obligation de yiboum / 'halitsa. Deut. 25,5 -- "la 'houtsa" (au dehors)
Deux objections symétriques (Rav Assi/Rav Avira, puis Ravina/Rav Chervya) : la lecture stricte de 'maison' bloquerait le yiboum de deux veuves ou d'une fiancée -- chaque fois un mot superflu du verset (ribbouy) les réinclut.
Le Cohen Gadol onen (endeuillé) : sert-il ? l'objection d'Abaye (seg 5-6) Onen = celui dont un proche vient de mourir (jour du décès). Il n'a pas le droit de manger des qodachim, mais le service ? Baraita 1 (seg 5) : le COHEN GADOL onen offre les sacrifices, mais ne mange pas. R. Yehouda : "toute la journée". Rava : cela sert à l'AMENER depuis sa maison (mitsva de l'occuper pour apaiser sa douleur). Source : "il ne se rendra pas impur... et ne sortira pas du sanctuaire" (Lev. 21) -- le KG ne quitte pas son service. Baraita 2 (seg 6) : un prêtre ORDINAIRE debout, offrant sur l'autel, apprend un décès... - R. YEHOUDA : il laisse son service et sort (rigoureux : l'aninout invalide). - R. YOSSI : il achève (yigmor). Rachi : pour un hedyot, R. Yehouda est rigoureux, les Sages indulgents ; pour le KG, ils inversent leurs positions. Objection d'Abaye : contradiction chez R. Yehouda Baraita 2 -> R. Yehouda FAIT SORTIR même le prêtre déjà engagé dans le service. Comment dire (baraita 1) qu'on l'AMÈNE de chez lui ? "toute la journée" ne peut donc pas vouloir dire : on va le chercher à la maison pour qu'il serve tout le jour. Reprise de Rava (seg 7, suite en 14a) "Plutôt, dit Rava : que signifie 'toute la journée' --" la première explication est abandonnée ; une nouvelle lecture s'ouvre. Tossefot : selon eux la baraita 2 traite déjà du Cohen Gadol (interdiction rabbinique), non du seul prêtre ordinaire.
Nouvelle sougya : le Cohen Gadol onen offre-t-il ? La contradiction qu'Abaye soulève chez R. Yehouda entre les deux baraitot, et la reprise de Rava (suite en 14a).
1
לְמַפְרֵעַ דְּגִיטָּא דְּהָא לָאו גִּיטָּא הוּא, וְעָבֵיד לֵיהּ עֲבוֹדָה בִּשְׁנֵי בָתִּים! אֶלָּא, דְּאָמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטֵּיךְ עַל מְנָת שֶׁתָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ. וְדִילְמָא מַייְתָא חֲבֶרְתָּהּ, וְהָוֵה לֵיהּ גִּיטָּא דְּהָא גִּיטָּא, וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת!

... [il en résulterait] rétroactivement que le get de cette [seconde femme] n'est pas un get valide, puisque [la première] est morte ; et il aura donc accompli [une partie du] service avec deux maisons [étant marié à deux femmes] !

Plutôt [dis] : c'est un cas où il lui dit : voici ton get à condition que ta consœur meure. [La Guemara objecte :] Mais peut-être sa consœur mourra-t-elle [avant la fin], et alors le get de celle-ci devient un get [valide], et il se retrouve sans maison !

📜 Rachi (1)
אִם מֵתָה חֲבִירְתֵּהּ קַייְמָא הַךְ דְּאֵין גִּיטָּהּ גֵּט:
Si sa consœur meurt -- alors tient [le get de] celle-ci, dont on avait dit qu'il n'était pas un get [valide] : il devient valide, et il se retrouve sans maison.
💡 Explication

Suite directe de 13a. On cherche à désigner une épouse de réserve pour le Cohen Gadol : si sa femme meurt le jour de Yom Kippour, la réserve prend le relais, car le service exige qu'il ait une maison (une épouse : ve-khiper ba'ado ou-ve'ad beito). Le montage doit éviter deux écueils : qu'il ait deux maisons (service passoul) ou aucune.

Ici on teste : donner un get à la seconde à condition que la première meure. Mais si la première meurt en plein service, le get de la seconde prend effet rétroactivement : il se retrouve alors sans aucune épouse. Rejeté.

2
אֶלָּא, דִּמְגָרֵשׁ לְהוּ לְתַרְוַייְהוּ. לַחֲדָא אֲמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ, וְלַחֲדָא אֲמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּכָּנְסִי לְבֵית הַכְּנֶסֶת. וְדִילְמָא לָא מָיְיתָא חֲבֶרְתַּהּ, וְלָא עָייְלָא הִיא לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וְהָוֵה לֵיהּ גִּיטָּא דְתַרְוַיְיהוּ גִּיטָּא, וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת!

Plutôt, c'est un cas où il les divorce toutes les deux [sous condition] : à l'une il dit : voici ton get à condition que ta consœur ne meure pas ; et à l'autre il dit : voici ton get à condition que tu n'entres pas à la synagogue [le jour de Kippour -- condition qu'elle peut aisément réaliser]. [La Guemara objecte :] Et peut-être sa consœur ne mourra pas, et elle-même n'entrera pas à la synagogue -- et alors le get des deux est un get [valide], et il se retrouve sans maison !

📜 Rachi (1)
שֶׁלֹּא תִּכָּנְסִי כו' בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים:
À condition que tu n'entres pas [à la synagogue] -- le jour de Kippour.
🗂️ Tossefot (2)
וְלַחֲדָא אָמַר לָהּ הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּכָּנְסִי לביהכ"נ דְּהַשְׁתָּא אִי מַייְתָא בְּפַלְגָא דַּעֲבוֹדָה כֵּיוָן דְּלָא עָיְילָא לביהכ"נ הֲוָה מְגֹורֶשֶׁת לְמַפְרֵעַ וְלֵיכָּא שְׁנֵי בָּתִּים:
Et à l'une il dit : voici ton get à condition que tu n'entres pas à la synagogue -- car ainsi, si [la première] meurt au milieu du service, puisque [la seconde] n'est pas entrée à la synagogue, elle se trouve divorcée rétroactivement, et il n'y a pas deux maisons.
וְדִילְמָא לָא מָייְתָא חֲבֶרְתַּהּ וְלָא עָיְילָא לְבֵית הַכְּנֶסֶת נ"ל דל"ג דְּלָא עָייְלָא הִיא דְּהָא מִדְּלָא קָאָמַר עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּיכָּנֵס חֲבַרְתִּיךְ לְבֵית הַכְּנֶסֶת אַלְמָא דְּמַייְרֵי דְּאָמַר לְלֵאָה ע"מ שֶׁלֹּא תָּמוּת רָחֵל וּלְרָחֵל אָמַר עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּיכָּנֵס הִיא עַצְמָהּ לְבֵית הַכְּנֶסֶת וא"כ הָכִי פָּרִיךְ וְדִילְמָא לֹא מֵתָה רָחֵל וְלָא עָייְלָא רָחֵל לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְאִי הֲוָה גָּרַס הִיא מַשְׁמַע וְדִילְמָא לֹא מֵתָה רָחֵל שֶׁהִיא חֲבִירְתֵּהּ שֶׁל לֵאָה וְלָא עָייְלָא הִיא לֵאָה הָא דִּנְקַט גַּבֵּי דִּידָּה עַל מְנָת שֶׁלֹּא תִּכָּנְסִי לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּבְסָמוּךְ גַּבֵּי דִּידֵיהּ עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס י"ל דְּלָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר גַּבֵּי דִּידָּה עַל מְנָת שֶׁתִּכָּנֵס בְּשָׁעָה שֶׁהִיא בְּרִיאָה דְּאֵינָהּ רַשָּׁאָה לִיכָּנֵס לְבֵית הַכְּנֶסֶת דִּילְמָא מַייְתָא חֲבֶרְתַּהּ וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת וּכְשֶׁתִּהְיֶה חוֹלָה וּנְטוּיָה לָמוּת אֵינָהּ יְכוֹלָה לִיכָּנֵס אע"פ שֶׁהָיָה יָכוֹל. לְהַתְנוֹת תְּנַאי אַחֵר שֶׁיּוֹלִיכוּהָ לְבֵית הַכְּנֶסֶת מ"מ הַשְׁתָּא מִיהַת לְפִי תְּנָאוֹ לָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר אִיפְּכָא וְגַבֵּי דִּידֵיהּ נִיחָא דְּמָצֵי לְמֵימַר עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס נִיחָא לֵיהּ טְפֵי לְמֵימַר מִלּוֹמַר שֶׁלֹּא אֶכָּנֵס מִשּׁוּם דְּפָרִיךְ וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת וְאַהָא נִיחָא לֵיהּ טְפֵי לְשַׁנּוֹיֵי עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ כֻּולֵּי הַאי דִּילְמָא עֲבִיד מַעֲשֶׂה וְעָיֵיל וְקָם לֵיהּ בְּלֹא בַּיִת וְקַל לְהָבִין:
Et peut-être sa consœur ne mourra pas, et elle n'entrera pas à la synagogue -- il me semble qu'il ne faut PAS lire ici "et elle-même n'entrera pas", car du fait qu'il n'a pas dit "à condition que ta consœur n'entre pas à la synagogue", il ressort qu'il s'agit d'un cas où il dit à Léa "à condition que Ra'hel ne meure pas" et à Ra'hel "à condition que toi-même tu n'entres pas à la synagogue". Si tel est le cas, voici l'objection : peut-être Ra'hel ne mourra pas et Ra'hel n'entrera pas à la synagogue [-- les deux conditions négatives étant alors vérifiées, les deux gittin prennent, et il reste sans maison]. Et si l'on lisait bien "elle-même", cela voudrait dire : peut-être Ra'hel, qui est la consœur de Léa, ne mourra pas, et Léa elle-même n'entrera pas [à la synagogue]. Or, pourquoi a-t-il formulé pour elle "à condition que tu n'entres pas à la synagogue" (condition négative), alors que plus loin, à son propre sujet, il dira "à condition que MOI j'entre" (condition positive) ? On peut répondre : il ne pouvait pas lui dire "à condition que tu ENTRES" tant qu'elle est bien portante, car elle n'a pas le droit d'entrer à la synagogue [ce jour-là] ; et [si l'on différait la réalisation] : peut-être sa consœur mourrait et il se retrouverait sans maison ; et lorsqu'elle sera malade et près de mourir, elle ne pourra pas y entrer, même s'il pouvait poser une autre condition (qu'on la porte à la synagogue). Quoi qu'il en soit, ici, selon sa condition, il ne pouvait pas dire l'inverse. En revanche, à son propre sujet, il est compréhensible qu'il dise "à condition que MOI j'entre" : il lui est préférable de le formuler ainsi plutôt que de dire "à condition que je n'entre pas", car [cette dernière formule] ferait objection "il se retrouve sans maison" ; il lui est donc préférable de trancher par "à condition que j'entre", car il n'y a guère à craindre qu'il accomplisse l'acte, entre, et se retrouve sans maison. Facile à comprendre.
💡 Explication

Nouveau montage : divorcer les deux par des conditions négatives. À la première : get valide seulement si sa consœur ne meurt pas ; à la seconde : get valide seulement si elle n'entre pas à la synagogue. L'idée : si l'une des deux meurt en plein service, l'autre get n'aura pas pris effet (condition non remplie) et il reste marié à une seule -- pas de deux maisons rétroactives.

Mais la Guemara objecte : si personne ne meurt et que la seconde s'abstient d'entrer à la synagogue, les deux gittin prennent effet -- il se retrouve sans maison. Rejeté.

3
אֶלָּא, לַחֲדָא אֲמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטִּיךְ עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ. וְלַחֲדָא אֲמַר לָהּ: הֲרֵי זֶה גִּיטֵּיךְ עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס אֲנִי לְבֵית הַכְּנֶסֶת. דְּאִי מַיְיתָא הָא — קָייְמָא הָא, וְאִי מַיְיתָא הָא — קָייְמָא הָא. מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? דִּילְמָא מָייְתָא חֲבֶרְתַּהּ בְּפַלְגָא דַעֲבוֹדָה, וְעָבֵד לֵיהּ עֲבוֹדָה לְמַפְרֵעַ בִּשְׁנֵי בָתִּים? אִי חָזֵי לַהּ דְּקָא בָּעֲיָא לְמֵימַת — קָדֵים אִיהוּ וְעָייֵל לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וּמְשַׁוֵּי לְגִיטָּא דְּהָא גִּיטָּא לְמַפְרֵעַ.

Plutôt : à l'une il dit : voici ton get à condition que ta consœur ne meure pas ; et à l'autre il dit : voici ton get à condition que MOI j'entre à la synagogue. [Ainsi] si celle-ci meurt, celle-là subsiste [comme épouse] ; et si celle-là meurt, celle-ci subsiste.

[Objection :] Que peut-on dire [encore] ? Peut-être sa consœur mourra-t-elle au milieu du service, et il aura accompli [une partie du] service avec deux maisons ?

[Réponse :] S'il la voit sur le point de mourir, il devance [l'événement] et entre lui-même à la synagogue, rendant ainsi le get de celle-ci [la mourante] un get [valide] rétroactivement.

🗂️ Tossefot (1)
לַחֲדָא אָמַר לָהּ עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס כּוּ' פֵּי' וְלַשְּׁנִיָּה אָמַר עַל מְנָת שֶׁלֹּא תָּמוּת חֲבֶרְתִּיךְ דְּתוּ לֵיכָּא לְמֵיחַשׁ לְמִידֵּי דְּאִי מֵתָה הַשְּׁנִיָּה בְּפַלְגָא דַּעֲבוֹדָה עָיֵיל לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְהָוֵה לֵיהּ גִּיטָּא לְמַפְרֵעַ וְלֵיכָּא שְׁנֵי בָּתִּים וְאִי לָא מַיְיתָא לָא הָא וְלָא הָא הָוְיָא לֵיהּ דְּקַמָּיְיתָא גֵּט וְלָא לִיעוֹל לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְאִי מַייְתָא קַמַּיְיתָא בְּפַלְגָא דַּעֲבוֹדָה כֵּיוָן דִּשְׁנִיָּה לָא מַיְיתָא דִּלְמִיתָה דְּתַרְתֵּי לָא חָיֵישׁ הָוְיָא לָהּ מְגֹורֶשֶׁת לְמַפְרֵעַ וְלָא לִיעוֹל לְבֵית הַכְּנֶסֶת אֲבָל אִי לֹא מְגָרֵשׁ אֶלָּא לֵאָה וְאָמַר לָהּ עַל מְנָת שֶׁאֶכָּנֵס לְבֵית הַכְּנֶסֶת וְלֹא אָמַר לְרָחֵל מִידִי דִּילְמָא מַייְתָא רָחֵל בְּפַלְגָא דַּעֲבוֹדָה וְהֵיכִי לֶיעֱבֵיד אִי עָייֵל לְבֵית הַכְּנֶסֶת קָם לֵיהּ מִכָּאן וּלְהַבָּא בְּלֹא בַּיִת וְאִי לָא עָייֵל לְבֵית הַכְּנֶסֶת הֲרֵי עָבַד מִקְצָת עֲבוֹדָה בִּשְׁנֵי בָּתִּים הִלְכָּךְ לֹא אֶפְשָׁר בע"א וְגַם הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע כֵּן מִדְּקָאָמַר לַחֲדָא אֲמַר לָהּ מִכְּלָל דְּאַף לַשְּׁנִיָּה אָמַר וְהִתְנָה עִמָּהּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי מַשְׁמַע אִשָּׁה אַחֶרֶת מַתְקִינִין לוֹ מְזַמְּנִין אוֹתָהּ שֶׁאִם תָּמוּת אִשְׁתּוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁיְּקַדֵּשׁ זֹאת ביוה"כ וּפְלִיג אַגְּמָרָא דִּידַן דְּפָרִיךְ הָתָם וִיקַדֵּשׁ מֵאֶתְמוֹל דְּמַשְׁמַע לֵיהּ מַתְקִינִין בְּהַזְמָנָה בְּעָלְמָא וּמְשַׁנֵּי וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ (וַיִּקְרָא ט״ז:י״ז) וְלֹא בְּעַד שְׁנֵי בָתִּים וּפָרִיךְ וְלֹא נִמְצָא כְּקוֹנֶה קִנְיָן בְּשַׁבָּת וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם שְׁבוּת הִתִּירוּ בַּמִּקְדָּשׁ א"ר חֲנִינָא הֲדָא אֲמַרְתְּ הָלֵין דְּכָנְסִין אַרְמְלַן צָרִיךְ לְכָונְסָן מִבְּעוֹד יוֹם שֶׁלֹּא יְהֵא כְּקוֹנֶה קִנְיָן בְּשַׁבָּת נ"ל לְפָרֵשׁ בְּתוּלָה שֶׁיֵּשׁ לָהּ חֻופָּה מִבְּעוֹד יוֹם מִשָּׁעָה שֶׁנִּכְנְסָה לַחֻופָּה קְנָאָהּ לְכָל דָּבָר לְהָכִי מֻותָּר לָבֹא עָלֶיהָ בְּשַׁבָּת אֲבָל אַלְמָנָה שֶׁאֵין לָהּ חֻופָּה וְאֵינָהּ נִקְנֵית לְבַעֲלָהּ לְיָורְשָׁהּ וְלִיטַמֵּא לָהּ וּלְהָפֵר נְדָרֶיהָ אֶלָּא ע"י בִּיאָה צָרִיךְ לָבֹא עָלֶיהָ מִבְּעוֹד יוֹם שֶׁלֹּא יְהֵא כְּקוֹנֶה קִנְיָן בְּשַׁבָּת וַאֲפִילּוּ את"ל שֶׁיֵּשׁ לְאַלְמָנָה חֻופָּה קֹודֶם בִּיאָה נ"ל דְּיִחוּד שֶׁמִּתְיַיחֶדֶת עִמּוֹ הַיְינוּ חֻופָּתָהּ וְזֶה יֵשׁ לַעֲשׂוֹת קֹודֶם הַשַּׁבָּת אֲבָל בְּתוּלָה מִשֶּׁיָּצְתָה בְּהִינּוּמָא הָוְיָא חֻופָּה שֶׁלָּהּ וְזֶה הָיוּ רְגִילִין לַעֲשׂוֹת בַּיּוֹם אֲבָל לֹא הָיוּ מְייַחֲדִין אֶלָּא בַּלַּיְלָה סָמוּךְ לְבִיאָה וְהַשְׁתָּא קָאָמַר בִּירוּשַׁלְמִי הָלֵין דְּכָנְסִין אַרְמְלַן צָרִיךְ לְיַיחֲדָן מִבְּעוֹד יוֹם דְּיִחוּד שֶׁלָּהּ הַיְינוּ חֻופָּה וְכֵן נִרְאֶה לִי יוֹתֵר לוֹמַר דְּאַלְמָנָה נַמֵּי אִית לָהּ חֻופָּה קֹודֶם בִּיאָה וְיֵשׁ לִיזָּהֵר בְּמַאי דְּפָרֵישׁ' שֶׁהַכּוֹנֵס אַלְמָנָה צָרִיךְ לְיַיחֲדָן מֵעֶרֶב שַׁבָּת אַחַר בִּרְכַּת הַנִּשּׂוּאִין:
À l'une il dit : à condition que MOI j'entre, etc. -- c'est-à-dire qu'à la seconde il dit : à condition que ta consœur ne meure pas ; car alors il n'y a plus rien à craindre. Si la seconde meurt au milieu du service, il entre à la synagogue et [le get] devient valide rétroactivement, et il n'y a pas deux maisons ; et si aucune ne meurt, ni l'une ni l'autre, le get de la première prend effet et il n'entre pas à la synagogue [donc le get de la seconde ne prend pas, il lui reste une épouse]. Et si la première meurt au milieu du service, puisque la seconde ne meurt pas -- car on ne craint pas que les deux meurent -- elle se trouve divorcée rétroactivement [par sa condition négative accomplie] et il n'entre pas à la synagogue. Mais s'il ne divorce que Léa et lui dit "à condition que j'entre à la synagogue" sans rien dire à Ra'hel, alors peut-être Ra'hel mourra au milieu du service : que fera-t-il ? S'il entre à la synagogue, il se retrouve désormais sans maison ; et s'il n'entre pas, il aura accompli une partie du service avec deux maisons. Il est donc impossible de faire autrement [que de divorcer les deux sous condition]. Et le libellé aussi l'indique, puisqu'il dit "à l'une il dit", ce qui implique qu'à la seconde aussi il a parlé et posé une condition. Dans le Yerouchalmi il ressort [d'un enseignement] : on lui prépare une autre femme -- on la désigne, de sorte que si sa femme meurt le jour de Kippour, il consacrera [épousera] celle-ci le jour de Kippour ; et cela diverge de notre Guemara. Le Yerouchalmi objecte là : qu'il la consacre donc la veille ! -- car il comprend "on lui prépare" comme une simple désignation. Et il répond : "et il expiera pour lui et pour sa maison" (Lev. 16,17) -- et non pour deux maisons. Il objecte : ne se trouve-t-il pas comme acquérant une acquisition [le mariage] un jour de fête [interdit] ? Et il répond : au Temple on a permis [cet interdit] rabbinique (chevout). R. 'Hanina dit : cela apprend que ceux qui épousent des veuves doivent les épouser de jour [avant l'entrée du chabbat/fête], pour ne pas être comme acquérant une acquisition un jour de repos. Il me semble expliquer : une vierge qui a une 'houppa de jour -- dès l'instant où elle entre sous la 'houppa, elle est acquise à tout égard ; c'est pourquoi il est permis de la posséder [le chabbat/la fête]. Mais une veuve qui n'a pas de 'houppa et n'est acquise à son mari -- pour en hériter, se rendre impur pour elle et annuler ses vœux -- que par la cohabitation, il faut la posséder de jour, pour ne pas être comme acquérant une acquisition un jour de repos. Et même si l'on veut dire que la veuve a une 'houppa avant la cohabitation, il me semble que l'isolement (yi'houd) où elle se trouve seule avec lui EST sa 'houppa -- et cela peut se faire avant le chabbat. Mais la vierge, dès qu'elle sort avec le voile (hinouma), c'est là sa 'houppa, et on avait coutume de le faire de jour ; en revanche on ne les isolait qu'à la nuit, proche de la cohabitation. Et voici que le Yerouchalmi dit : ceux qui épousent des veuves doivent les isoler de jour, car leur isolement EST la 'houppa. Il me paraît donc plus juste de dire que la veuve aussi a une 'houppa avant la cohabitation. Et il faut prendre garde à ce que j'ai expliqué : celui qui épouse une veuve doit l'isoler dès la veille du chabbat, après la bénédiction nuptiale.
💡 Explication

La solution retenue combine une condition négative (à l'une : get valide si sa consœur ne meurt pas) et une condition positive maîtrisée (à l'autre : get valide si lui entre à la synagogue). L'avantage décisif : l'entrée du Cohen à la synagogue dépend de sa seule volonté, contrairement à la mort.

Si une épouse est mourante en plein service, le prêtre devance : il entre à la synagogue, ce qui rend le get de la mourante valide rétroactivement. Il n'a donc jamais deux maisons (la mourante était déjà divorcée rétroactivement) ni aucune (l'autre reste son épouse). Le montage tient. C'est la réponse à la question de savoir comment préparer une épouse de réserve.

4
מַתְקֵיף לַהּ רַב אַסִּי, וְאִיתֵּימָא רַב עֲוִירָא: אֶלָּא מֵעַתָּה, שְׁתֵּי יְבָמוֹת הַבָּאוֹת מִבַּיִת אֶחָד, לֹא יִתְיַיבְּמוּ! ״יְבִמְתּוֹ״ ״יְבִמְתּוֹ״ רִיבָּה.

Rav Assi -- et d'aucuns disent Rav Avira -- objecte : mais alors [si de "sa maison", au singulier, on déduit une seule épouse et non deux], deux belles-sœurs (yevamot) venant d'une même maison [d'un homme mort ayant eu deux épouses] ne devraient pas être prises en yiboum ! [Réponse :] "sa yevama"...

"sa yevama" [répété dans les versets] fait un ribouy [une inclusion, pour englober ce cas].

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מֵעַתָּה כֵּיוָן דַּאֲמַרַן לְעֵיל בֵּיתוֹ אֵין כָּאן שְׁתַּיִם בַּמַּשְׁמָע:
Mais alors -- puisqu'on a dit plus haut "sa maison", il n'y a pas ici deux [épouses] dans le sens [du verset].
שְׁתֵּי יְבָמוֹת הַבָּאוֹת מֵאָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה לוֹ שְׁתֵּי נָשִׁים לֹא תִּתְיַיבֵּם אֲפִילּוּ אַחַת מֵהֶן דְּהָא בַּיִת אֶחָד כְּתִיב:
Deux belles-sœurs venant d'un même homme -- qui avait deux épouses : aucune d'elles ne serait prise en yiboum, même pas une, car il est écrit "une [seule] maison".
💡 Explication

Objection tirée de la même lecture : si "maison" (beito, au singulier) signifie une seule épouse et non deux, alors la règle du yiboum -- "il ne bâtira pas la maison de son frère" (Deut. 25,9) -- devrait aussi n'admettre qu'une seule veuve. Deux veuves d'un même défunt ne pourraient alors faire le yiboum, ce qui est absurde.

Réponse : la Tora répète le mot yevimto ("sa yevama"), et cette répétition est un ribouy (inclusion exégétique) qui englobe précisément le cas de deux épouses -- l'une d'elles fait le yiboum.

5
מַתְקִיף לַהּ רָבִינָא, וְאִיתֵּימָא רַב שֵׁרֵבְיָה: אֶלָּא מֵעַתָּה אֲרוּסָה לֹא תִּתְיַיבֵּם? ״הַחוּצָה״, לְרַבּוֹת אֶת הָאֲרוּסָה.

Ravina -- et d'aucuns disent Rav Chervya -- objecte : mais alors une fiancée (arousa) ne devrait pas être prise en yiboum [puisqu'on a dit plus haut que tant qu'il ne l'a pas épousée elle n'est pas sa "maison"] ! [Réponse :] "au dehors" (ha-'houtsa) -- [ce mot] vient inclure la fiancée.

📜 Rachi (1)
אֲרוּסָה לֹא תִּתְיַיבֵּם דְּהָא בַּיִת כְּתִיב וְאַתְּ אֲמַרְתְּ לְעֵיל כָּל כַּמָּה דְּלָא כָּנֵיס לַהּ לָאו בֵּיתוֹ הִיא:
Une fiancée ne serait pas prise en yiboum -- car il est écrit "maison", et tu as dit plus haut que tant qu'il ne l'a pas épousée elle n'est pas sa maison.
💡 Explication

Seconde objection symétrique : on a établi plus haut que la fiancée (arousa) n'est pas encore la "maison" du Cohen Gadol tant qu'il ne l'a pas pleinement épousée. Par la même logique, une fiancée dont le fiancé est mort sans enfant ne devrait pas être soumise au yiboum -- or elle l'est.

Réponse : le verset dit "la femme du mort ne sera pas [mariée] au dehors (la-'houtsa) à un étranger" (Deut. 25,5). Le terme superflu 'houtsa vient inclure la fiancée dans l'obligation de yiboum ou de 'halitsa, bien qu'elle soit encore "au dehors" de la famille.

6
תָּנוּ רַבָּנַן: כֹּהֵן גָּדוֹל מַקְרִיב אוֹנֵן, וְאֵינוֹ אוֹכֵל. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כָּל הַיּוֹם. מַאי ״כָּל הַיּוֹם״? אָמַר רָבָא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לַהֲבִיאוֹ מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ.

Nos maîtres ont enseigné : le Cohen Gadol offre [les sacrifices] en état d'aninout (deuil du jour du décès), mais il ne mange pas [des qodachim]. Rabbi Yehouda dit : toute la journée.

Que signifie "toute la journée" ? Rava dit : cela n'est nécessaire que pour l'amener depuis sa maison.

📜 Rachi (3)
מַקְרִיב אוֹנֵן דְּרַחֲמָנָא שַׁרְייֵהּ דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא כא) לְאָבִיו וּלְאִמּוֹ לֹא יִטַּמָּא וּמִן הַמִּקְדָּשׁ לֹא יֵצֵא וְלֹא יְחַלֵּל וְגוֹ' וְדָרְשִׁינַן לָהּ בִּשְׁחִיטַת קָדָשִׁים (זְבָחִים טז.) בְּמֵת אָבִיו וְאִמּוֹ וְאֵינוֹ צָרִיךְ לָצֵאת מִקְּדֻושָּׁתוֹ כְּלָל לִהְיוֹת עוֹמֵד וּמַקְרִיב כִּי לֹא חִילֵּל עֲבוֹדָתוֹ בְּכָךְ וּמִינָּהּ יָלְפִינַן הָא כֹּהֵן הֶדְיוֹט שֶׁלֹּא יָצָא חִילֵּל:
Offre en état d'aninout -- car la Tora l'a permis, comme il est écrit (Lev. 21) "pour son père et pour sa mère il ne se rendra pas impur... et du sanctuaire il ne sortira pas et ne profanera pas", que nous interprétons dans Che'hitat Qodachim (Zeva'him 16a) : [même] à la mort de son père ou de sa mère, il n'a nul besoin de sortir de sa sainteté ; il demeure et offre, car il ne profane pas son service par là. Et de là nous apprenons qu'un prêtre ordinaire, lui, s'il ne sort pas, profane [son service].
וְאֵינוֹ אוֹכֵל שֶׁלֹּא הֻותְּרָה כָּאן אֶלָּא עֲבוֹדָה וְקָדָשִׁים אֲסוּרִין לְאוֹנֵן קַל וָחֹומֶר מִמַּעֲשֵׂר הַקַּל שֶׁאָמְרָה תּוֹרָה (דְּבָרִים כ״ו:י״ד) לֹא אָכַלְתִּי בְאֹונִי מִמֶּנּוּ:
Mais il ne mange pas -- car seul le service a été permis ici ; les qodachim, eux, sont interdits à l'onen, à fortiori (kal va-'homer) depuis le maasser, [règle] plus légère, dont la Tora a dit (Deut. 26,14) "je n'en ai pas mangé dans mon deuil (oni)".
לַהֲבִיאוֹ מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ מִצְוָה הוּא שֶׁיְּבִיאוּהוּ לַמִּקְדָּשׁ לַעֲבֹוד כָּל הַיּוֹם כְּדֵי לְפַכֵּחַ צַעֲרוֹ וה"ק ר' יְהוּדָה כָּל הַיּוֹם יְהֵא עָסוּק בְּהַקְרָבָה:
Pour l'amener depuis sa maison -- c'est une mitsva qu'on l'amène au Temple pour servir toute la journée, afin d'apaiser sa douleur ; et voici ce que dit R. Yehouda : toute la journée il sera occupé à offrir.
💡 Explication

Nouvelle sougya, à propos du deuil. L'onen est celui dont un proche vient de mourir, le jour même du décès. Un prêtre ordinaire onen ne peut ni servir ni manger des qodachim. Le Cohen Gadol, lui, offre les sacrifices même en aninout (car "il ne sortira pas du sanctuaire", Lev. 21,12), mais il ne mange pas des offrandes (interdit déduit a fortiori du maasser).

R. Yehouda ajoute "toute la journée". Rava précise le sens : loin d'être une simple permission, c'est une mitsva d'aller le chercher chez lui pour l'occuper au service toute la journée et ainsi apaiser sa douleur.

7
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: הַשְׁתָּא לְרַבִּי יְהוּדָה אַפּוֹקֵי מַפְּקִינַן לֵיהּ, דְּתַנְיָא: הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב עַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ וְשָׁמַע שֶׁמֵּת לוֹ מֵת, מַנִּיחַ עֲבוֹדָתוֹ וְיוֹצֵא, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יִגְמֹור. וְאַתְּ אָמְרַתְּ מַיְיתִינַן לֵיהּ מִתּוֹךְ בֵּיתוֹ?

Abaye lui dit : mais selon Rabbi Yehouda, [au contraire] nous le faisons SORTIR ! Car il a été enseigné [dans une baraita] : "[un prêtre] qui se tenait debout et offrait sur l'autel et apprit qu'un [proche] lui était mort -- il laisse son service et sort ; paroles de Rabbi Yehouda.

Rabbi Yossi dit : il achève." Et toi tu dis : nous l'amenons depuis sa maison ?!

📜 Rachi (2)
הַשְׁתָּא לְרַבִּי יְהוּדָה אַפּוֹקֵי מַפְּקִינַן לֵיהּ לְהֶדְיוֹט אוֹנֵן אֲפִילּוּ הִתְחִיל בַּעֲבוֹדָה אַלְמָא ר' יְהוּדָה בְּהַקְרָבַת אֲנִינוּת לְחוּמְרָא וְרַבָּנָן לְקֻולָּא וְגַבֵּי כֹּהֵן גָּדוֹל הֶחֱלִיפוּ שִׁיטָתָן:
Mais selon Rabbi Yehouda nous le faisons sortir -- [pour] le prêtre ordinaire onen, même s'il a commencé le service : cela montre que R. Yehouda est rigoureux quant à l'offrande en état d'aninout, et les Sages indulgents ; alors que pour le Cohen Gadol ils ont interverti leurs positions.
הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט קָאֵי:
Se tenait debout et offrait -- il s'agit [selon Rachi] d'un prêtre ordinaire.
🗂️ Tossefot (1)
הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב וְשָׁמַע שֶׁמֵּת לוֹ מֵת וְכוּ' רַשִׁ"י פֵּירֵשׁ בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט אַייְּרִי וְדָחַק עַצְמוֹ לְפָרֵשׁ לְפִי זֶה ול"נ דִּבְכֹהֵן גָּדוֹל אַיְּירִי אַף עַל גַּב דכ"ג מַקְרִיב אוֹנֵן ה"מ מִדְּאוֹרַייְתָּא אֲבָל מִדְּרַבָּנָן ס"ל לְרַבִּי יְהוּדָה מַנִּיחַ עֲבוֹדָה וְיוֹצֵא וְאַל תִּתְמַהּ דְּהָא מַסְּקִינַן גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאכַל אַלְמָא אע"ג דכ"ג מַקְרִיב מִדְּאוֹרַיְיתָּא כָּל הַיּוֹם (מוֹדוֹ) בֵּיהּ רַבָּנָן א"כ בָּרַיְיתָא נָמֵי אִיכָּא לְמֵימַר מֵעִיקָּרָא דבכ"ג אַייְרֵי וּמִדְּרַבָּנָן וְעוֹד לִכְאוֹרָה מַשְׁמַע הָיָה עוֹמֵד וּמַקְרִיב אע"ג דְּאַכַּתִּי לֹא הִתְחִיל בַּעֲבוֹדָה אֶלָּא עֲבוֹדָה בְּיָדוֹ וְהֵיכִי קָאָמַר ר' יוֹסֵי יִגְמֹור וַהֲלֹא כֹּהֵן הֶדְיוֹט אוֹנֵן מְחַלֵּל עֲבוֹדָה וְכֵן מַשְׁמַע בַּתּוֹסֶפְתָּא דִּזְבָחִים (פי"א) דִּתְנָא אֲבָל כֹּהֵן הֶדְיוֹט שֶׁהָיָה מַקְרִיב וּמֵת לוֹ מֵת מַנִּיחַ עֲבוֹדָה וְיוֹצֵא וְלֵיכָּא מַאן דִּפְלִיג וְהָא דִּפְלִיגִי בִּשְׁמַעְתָּא רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי אִיכָּא לְמֵימַר בכ"ג פְּלִיגִי:
Se tenait debout et offrait, et apprit qu'un [proche] lui était mort, etc. -- Rachi a expliqué qu'il s'agit d'un prêtre ordinaire, et il s'est contraint à expliquer en ce sens. Mais il me semble qu'il s'agit du Cohen Gadol. Certes le Cohen Gadol offre en état d'aninout, mais cela vaut par la Tora ; par décret rabbinique (mi-derabbanan), R. Yehouda tient qu'il laisse le service et sort. Ne t'en étonne pas, car nous concluons [plus loin] "c'est un décret de peur qu'il ne mange" -- signe que même si le Cohen Gadol offre par la Tora toute la journée, les Sages sont d'accord [pour l'interdire par décret] à son sujet ; on peut donc dire de même que la baraita, des l'abord, traite du Cohen Gadol et par décret rabbinique. De plus, il semble bien que "se tenait debout et offrait" [signifie] qu'il n'a pas encore commencé le service, mais que le service est [prêt] dans sa main -- comment alors R. Yossi peut-il dire "il achève", puisqu'un prêtre ordinaire onen profane le service ? Et de même il ressort de la Tossefta de Zeva'him (ch. 11), où l'on enseigne : "mais un prêtre ordinaire qui offrait et à qui mourut un [proche] laisse le service et sort", sans que personne ne diverge. Or ce sur quoi divergent, dans notre sougya, R. Yehouda et R. Yossi, on peut dire qu'ils divergent à propos du Cohen Gadol.
💡 Explication

Abaye soulève une contradiction chez R. Yehouda. Une autre baraita enseigne : un prêtre déjà engagé dans le service sur l'autel qui apprend un décès -- selon R. Yehouda il abandonne son service et sort (position rigoureuse : l'aninout invalide le service) ; selon R. Yossi il achève.

Si donc R. Yehouda fait sortir même un prêtre en plein service, comment peut-il prescrire (seg 5) de l'amener de chez lui pour servir toute la journée ? Rachi note que sur ce point R. Yehouda et les Sages inversent leurs positions habituelles entre prêtre ordinaire (hedyot) et Cohen Gadol. Tossefot conteste et soutient que la baraita traite déjà du Cohen Gadol (par décret rabbinique).

8
אֶלָּא אָמַר רָבָא: מַאי ״כָּל הַיּוֹם״ —

Plutôt, dit Rava : que signifie "toute la journée" -- [la suite en 14a].

💡 Explication

Rava retire sa première interprétation (l'objection d'Abaye l'a mise en échec) et s'apprête à proposer une nouvelle lecture de "toute la journée". La sougya se poursuit en Yoma 14a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).