Sougya : Ce daf s'ouvre sur la fin de la sougya du Cohen Gadol ONEN (endeuillé) : Rav Adda objecte à Rava que R. Yehouda ne semble pas décréter "de peur qu'il ne mange", puisque, selon la Michna de l'épouse de réserve, un Cohen Gadol dont la femme meurt à Kippour continue le service ; Rava distingue Yom Kippour (où tout Israël jeûne, donc aucun risque) du reste de l'année.
Une dernière objection note que, même divorcé, le prêtre reste TROUBLÉ (tarod) par la mort de sa femme -- or les kodachim exigent joie et grandeur. Vient ensuite la MICHNA : durant les sept jours de réclusion, le Cohen Gadol accomplit lui-même les gestes du tamid (aspersion du sang, ketoret, entretien des lampes, tête et patte) pour s'y exercer, et jouit toute l'année d'une priorité de service.
Le Roch résume toute la procédure d'ouverture du traité. La GUEMARA demande quel tanna enseigne la Michna : Rav 'Hisda répond "pas R.
Akiva", car pour ce dernier l'aspersion de l'eau lustrale sur un homme PUR le rend IMPUR -- et le Cohen Gadol, aspergé sept jours, ne pourrait servir. Suit la mahloket sur "et le pur aspergera sur l'impur" (Nombres 19,19) : R.
Akiva y lit le paradoxe (impur -> pur, pur -> impur), les Sages y lisent la règle des objets susceptibles de toum'a et déduisent par kal va-'homer que le pur reste pur. R.
Akiva bloque ce à fortiori par le verset de Salomon ("j'ai dit je serai sage mais elle m'échappe"). Le daf s'achève sur une chaîne de derachot autour du mot "mazeh" (aspergeur / toucheur / porteur) et sur la mesure (chiour) requise pour l'aspersion, distinguant l'eau sur le corps de l'impur de l'eau dans le récipient.
... [Rava explique donc que "toute la journée" vient] dire qu'il ne sert pas toute la journée [jusqu'à la nuit], par décret [rabbinique], de peur qu'il ne mange [des sacrifices, oubliant qu'il est onen].
Rav Adda bar Ahava dit à Rava : Mais R. Yehouda a-t-il vraiment décrété "de peur qu'il ne mange" ?
N'avons-nous pas appris [dans la Michna, plus haut] : R. Yehouda dit : on lui prépare aussi une autre épouse, de peur que sa femme ne meure.
Or si sa femme meurt [le jour de Kippour], il accomplit [malgré tout] le service -- et R. Yehouda n'a pas décrété "de peur qu'il ne mange" [alors qu'il est onen] !
Rava lui répond : Comment peux-tu comparer ?! Là-bas, puisque c'est Yom Kippour, où tout le monde ne mange pas, lui non plus n'en viendra pas à manger ; ici [le reste de l'année], où tout le monde mange -- lui aussi en viendrait à manger.
Suite directe de 13b. R. Yehouda enseigne qu'un Cohen Gadol onen (endeuillé du jour du décès avant l'ensevelissement) n'offre pas toute la journée : Rava lit cela comme un décret rabbinique (guezera) craignant que, distrait par son deuil, il n'en vienne à manger des sacrifices qui lui sont interdits.
Rav Adda objecte à partir de la Michna de l'épouse de réserve : si la femme du Cohen Gadol meurt à Yom Kippour, il continue le service alors qu'il est onen -- preuve que R. Yehouda ne craint pas ici qu'il mange. Rava distingue : à Yom Kippour tout Israël jeûne, donc aucun risque qu'il mange ; le reste de l'année, tout le monde mange, et le risque redevient réel. Le décret ne vaut donc que hors Kippour.
Mais dans un cas pareil [où il a divorcé sa femme sous condition pour lui ménager une remplaçante], l'aninout prend-elle seulement effet sur lui ? Or [dès qu'il apprend sa mort] elle se trouve divorcée [donc il n'a plus à la pleurer] !
[La Guemara répond :] Certes l'aninout ne prend pas effet sur lui, mais n'est-il pas malgré tout troublé [par ce décès] ?
Objection sur le montage de 13b : le Cohen Gadol a divorcé conditionnellement ses épouses. Si l'une meurt, le get (acte de divorce) devient valide rétroactivement -- elle n'est donc plus sa femme et l'aninout (statut d'endeuillé) ne s'applique pas. Alors pourquoi craindre qu'il néglige le service ?
Réponse : même sans statut formel d'aninout, il reste émotionnellement troublé (tarod) par la mort d'une femme qui lui était proche. Or le service des kodachim exige joie et grandeur (simha ou-gedoula) ; un homme accablé ne peut l'accomplir dignement.
MICHNA. Durant les sept jours [de réclusion précédant Yom Kippour], [le Cohen Gadol] asperge le sang [du tamid], brûle l'encens (ketoret), entretient les lampes [du candélabre], et offre la tête et la patte [de l'animal du tamid].
Et tous les autres jours [de l'année], s'il veut offrir -- il offre, car le Cohen Gadol offre en priorité la part [qu'il choisit] et prend en priorité la part [qu'il veut].
La Michna décrit le régime du Cohen Gadol pendant les sept jours de réclusion (hafracha) qui précèdent Yom Kippour : il accomplit lui-même les gestes clés du tamid (offrande quotidienne) -- aspersion du sang, ketoret (encens), entretien des lampes, offrande de la tête et de la patte -- afin de s'exercer aux services qu'il devra faire seul le jour de Kippour.
Le reste de l'année, il jouit d'une priorité absolue : il choisit en premier ce qu'il offre sur l'autel et ce qu'il prend dans le partage des parts consommées, sans que la garde (michmar) de service puisse l'en empêcher.
GUEMARA. Quel tanna [a enseigné cette Michna] ?
Rav 'Hisda dit : [ce n'est] pas selon R. Akiva.
Car si [c'était] selon R. Akiva -- n'a-t-il pas dit : un [homme] pur sur qui tombe une aspersion [d'eau lustrale] devient impur ?
[Alors] comment [le Cohen Gadol] accomplirait-il le service [après avoir été aspergé sept jours durant] ?
La Guemara identifie l'auteur de la Michna. Rav 'Hisda écarte R. Akiva : selon ce dernier, l'eau lustrale de la para adouma (vache rousse) a une propriété paradoxale -- elle purifie l'impur, mais rend impur le pur.
Or on asperge le Cohen Gadol chaque jour des sept, par précaution (au cas où il aurait contracté l'impureté d'un mort sans le savoir). S'il était en réalité pur, cette aspersion le rendrait impur selon R. Akiva -- et il ne pourrait plus servir. Notre Michna ne peut donc suivre R. Akiva.
Car il a été enseigné [dans une baraita] : "et le pur aspergera sur l'impur" (Nombres 19,19) -- sur l'impur, [il devient] pur ; et sur le pur, [il devient] impur : paroles de R. Akiva.
Et les Sages disent : ces paroles ne sont dites que pour des choses susceptibles de recevoir la toum'a (l'impureté).
La source de la position de R. Akiva. Le verset dit "et le pur aspergera sur l'impur". R. Akiva lit le mot impur comme signifiant, par contraste, que l'aspersion sur un impur le rend pur, mais sur un pur le rend impur -- le fameux paradoxe de la vache rousse.
Les Sages refusent cette lecture : le mot "impur" enseigne seulement que l'aspersion n'est valide que si elle porte sur des objets susceptibles de recevoir l'impureté. Sur un objet qui ne peut jamais devenir impur, l'eau projetée n'est pas une haza'a (aspersion) au sens de la loi.
Quelle est-elle [cette derachа des Sages] ? Comme nous l'avons appris [dans une Michna] : celui qui avait l'intention d'asperger sur une bête et a aspergé [par erreur] sur un homme -- s'il reste [de l'eau] sur l'ezov, il recommence [l'aspersion sur l'homme] ; celui qui avait l'intention d'asperger sur un homme et a aspergé [par erreur] sur une bête -- s'il reste [de l'eau] sur l'ezov, il ne recommence pas.
La nafka mina (conséquence pratique) de la position des Sages, illustrée par une Michna. Une bête vivante n'est pas susceptible de recevoir l'impureté ; un homme l'est.
Cas 1 -- il visait une bête mais a aspergé un homme : la première aspersion a porté sur un objet impurifiable (l'homme), donc elle est valable ; l'eau restée sur l'ezov n'est pas disqualifiée et il peut recommencer. Cas 2 -- il visait un homme mais a aspergé une bête : la première aspersion a porté sur un objet non impurifiable (la bête), donc l'eau restante est disqualifiée "par un travail" (mélacha) et il ne peut pas recommencer.
Quelle est la raison de R. Akiva ?
Que le Miséricordieux écrive [seulement] "et le pur aspergera sur lui" -- que vient [ajouter] "sur l'impur" ? Apprends-en : sur l'impur -- [il devient] pur ; sur le pur -- [il devient] impur.
Et les Sages [répondent] : ce [mot] vient pour [enseigner la règle des] choses susceptibles de recevoir l'impureté ; mais ici [pour un homme pur], c'est un kal va-'homer : si sur l'impur il [devient] pur, sur le pur -- à plus forte raison [reste-t-il pur] !
Le cœur de la mahloket. R. Akiva raisonne sur le mot superflu : le verset aurait pu écrire "et le pur aspergera sur lui" (l'impur déjà mentionné). Puisqu'il répète "sur l'impur", ce surplus enseigne le paradoxe : l'aspersion inverse le statut -- l'impur devient pur, le pur devient impur.
Les Sages affectent ce surplus à une autre règle (les objets impurifiables, seg 4-5). Quant au sort du pur aspergé, ils l'obtiennent par un kal va-'homer (à fortiori) : si l'aspersion peut rendre pur un impur, à plus forte raison ne rendra-t-elle pas impur un homme déjà pur. Pour eux, le pur aspergé reste pur -- d'où la possibilité que notre Michna les suive.
Et R. Akiva [comment répond-il à ce kal va-'homer] ?
C'est justement ce qu'a dit Salomon : "j'ai dit : je deviendrai sage, mais elle [la sagesse] est loin de moi" (Qohelet 7,23) [-- ce paradoxe échappe même à Salomon]. Et les Sages [que font-ils de ce verset] ?
Il [se rapporte à ceci] : l'aspergeur (mazèh) et celui sur qui l'on asperge sont purs, mais celui qui les [= l'eau] touche est impur.
R. Akiva bloque le kal va-'homer des Sages : ce raisonnement trop séduisant est précisément l'énigme insaisissable dont parle Salomon -- la loi de la vache rousse contredit la logique, et l'on doit l'accepter comme décret. Le pur aspergé devient donc bien impur, malgré le à fortiori.
Les Sages, eux, n'ont pas besoin de ce verset pour le paradoxe (ils le refusent) ; ils l'affectent à une autre halakha : l'aspergeur et l'aspergé restent purs, tandis que celui qui se contente de toucher l'eau lustrale (hors aspersion) devient impur. C'est cela l'aspect surprenant qui "échappe".
Et l'aspergeur (mazèh) est-il pur ? Mais il est écrit : "et l'aspergeur des eaux lustrales (mei ha-nidda) lavera ses vêtements" (Nombres 19,21) [-- signe qu'il devient impur] !
[La Guemara répond :] Que signifie "mazèh" -- [celui qui] touche. Mais il est écrit "mazèh" [aspergeur], alors qu'il est [par ailleurs] écrit "nogéa" [toucheur -- donc ce ne sont pas les mêmes] !
Et de plus : "mazèh" exige le lavage des vêtements, tandis que "nogéa" n'exige pas le lavage des vêtements [-- ils n'ont donc pas le même statut] !
La Guemara conteste que l'aspergeur reste pur : un verset dit "celui qui asperge (mazèh) les eaux lustrales lavera ses vêtements" -- or laver ses vêtements est la marque d'une impureté contractée.
Première tentative de conciliation : "mazèh" ici voudrait dire "celui qui touche". La Guemara la réfute par deux arguments : (1) le même verset emploie déjà séparément le mot "nogéa" (toucheur), ce qui montre que "mazèh" désigne autre chose ; (2) le "mazèh" doit laver ses vêtements alors que le "nogéa" n'y est pas tenu -- leurs statuts diffèrent, donc "mazèh" ne peut pas signifier "toucheur".
Plutôt : que signifie "mazèh" -- [celui qui] porte (nossei) [l'eau lustrale]. Mais que le Miséricordieux écrive [alors] "porteur" (nossei) !
Pour quelle raison est-il écrit "mazèh" ? [C'est] pour nous enseigner que nous exigeons [pour l'impureté du porteur] la mesure [suffisante pour] une aspersion (chiour haza'a).
Nouvelle lecture, retenue : "mazèh" désigne ici le porteur (nossei) de l'eau lustrale. Le porteur devient impur et doit laver ses vêtements ; cela distingue son statut de celui du simple toucheur (impur mais sans lavage).
Objection : pourquoi le verset dit-il "mazèh" (aspergeur) plutôt que "nossei" (porteur) ? Réponse : l'emploi même du mot aspersion enseigne une condition -- on ne devient impur en portant l'eau que si l'on en porte au moins la quantité requise pour une aspersion (chiour haza'a).
Cela va bien selon celui qui dit : l'aspersion exige une mesure (hazaа tsricha chiour). Mais selon celui qui dit : l'aspersion n'exige pas de mesure -- que peut-on dire ?
[La Guemara répond :] Même selon celui qui dit que l'aspersion n'exige pas de mesure, cela [ne vaut que] pour [l'eau posée] sur le dos de l'homme (agba de-gavra) ; mais dans un récipient (be-mana), elle exige une mesure. Comme nous l'avons appris [dans une Michna] : combien doit-il y en avoir dans [le récipient] pour qu'il y ait la mesure d'aspersion -- assez pour qu'on puisse y tremper...
[la suite en 14b].
La deracha de "chiour haza'a" (seg 9) présuppose que l'aspersion a une mesure minimale. Or c'est une mahloket (Zeva'him 80a) : certains disent que l'aspersion n'exige pas de mesure. Comment leur dernière derachа tiendrait-elle ?
Réponse : "pas de mesure" ne vaut que pour l'eau posée sur le corps de l'impur (agba de-gavra) -- la moindre goutte le purifie. Mais l'eau dans le récipient (be-mana), où l'on trempe l'ezov, exige bien un minimum, comme l'enseigne la Michna : il en faut assez pour y tremper [les têtes des tiges d'ezov]. La sougya se poursuit en Yoma 14b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).