Yoma 14a -- Fin de la sougya du Cohen Gadol onen (le décret "de peur qu'il ne mange") ; la Michna des sept jours de réclusion ; et la grande sougya de la haza'a de l'eau lustrale : R. Akiva contre les Sages

Yoma 14a

Sougya : Ce daf s'ouvre sur la fin de la sougya du Cohen Gadol ONEN (endeuillé) : Rav Adda objecte à Rava que R. Yehouda ne semble pas décréter "de peur qu'il ne mange", puisque, selon la Michna de l'épouse de réserve, un Cohen Gadol dont la femme meurt à Kippour continue le service ; Rava distingue Yom Kippour (où tout Israël jeûne, donc aucun risque) du reste de l'année.

Une dernière objection note que, même divorcé, le prêtre reste TROUBLÉ (tarod) par la mort de sa femme -- or les kodachim exigent joie et grandeur. Vient ensuite la MICHNA : durant les sept jours de réclusion, le Cohen Gadol accomplit lui-même les gestes du tamid (aspersion du sang, ketoret, entretien des lampes, tête et patte) pour s'y exercer, et jouit toute l'année d'une priorité de service.

Le Roch résume toute la procédure d'ouverture du traité. La GUEMARA demande quel tanna enseigne la Michna : Rav 'Hisda répond "pas R.

Akiva", car pour ce dernier l'aspersion de l'eau lustrale sur un homme PUR le rend IMPUR -- et le Cohen Gadol, aspergé sept jours, ne pourrait servir. Suit la mahloket sur "et le pur aspergera sur l'impur" (Nombres 19,19) : R.

Akiva y lit le paradoxe (impur -> pur, pur -> impur), les Sages y lisent la règle des objets susceptibles de toum'a et déduisent par kal va-'homer que le pur reste pur. R.

Akiva bloque ce à fortiori par le verset de Salomon ("j'ai dit je serai sage mais elle m'échappe"). Le daf s'achève sur une chaîne de derachot autour du mot "mazeh" (aspergeur / toucheur / porteur) et sur la mesure (chiour) requise pour l'aspersion, distinguant l'eau sur le corps de l'impur de l'eau dans le récipient.

Plan de Yoma 14a : trois blocs 1. Fin de la sougya du Cohen Gadol onen (seg 0-1) R. Adda objecte à Rava : R. Yehouda décrète-t-il vraiment "de peur qu'il ne mange" ? La Michna de l'épouse de réserve montre le contraire. Réponse : à Yom Kippour tout le monde jeûne, le reste de l'année non. 2. MICHNA (seg 2) : les 7 jours de réclusion du Cohen Gadol Il fait chaque jour le service du tamid (sang, ketoret, lampes, tête+patte) pour s'y habituer ; le reste de l'année il a la priorité. 3. GUEMARA (seg 3-10) : la haza'a de l'eau lustrale (para adouma) Notre Michna n'est pas selon R. Akiva : pour lui l'aspersion sur un PUR le rend impur -- alors comment le Cohen Gadol, aspergé 7 jours, servirait-il ? Suit la mahloket R. Akiva / Sages sur "et le pur aspergera sur l'impur", puis la chaîne de derachot sur le mot "mazeh" (aspergeur / toucheur / porteur) et le chiour (mesure) de l'aspersion.
Les trois blocs de Yoma 14a : fin de la sougya de l'onen, Michna des 7 jours, sougya de la haza'a.
Deux lectures de "et le pur aspergera sur l'impur" (Nombres 19,19) Le mot "sur l'impur" (al ha-tame) est superflu : les deux camps le derachent, mais autrement. (seg 4-6) R. Akiva "al ha-tame" superflu enseigne le paradoxe : aspergé sur un IMPUR -> il devient PUR aspergé sur un PUR -> il devient IMPUR Pas de kal va-chômer possible : le verset impose l'impureté du pur aspergé. Le verset de Salomon "j'ai dit je serai sage mais elle m'échappe" (Qohelet 7,23) vise justement ce paradoxe insaisissable. (seg 7) Conséquence : notre Michna, où le C.G. est aspergé 7 jours, ne peut pas être selon R. Akiva (il serait rendu impur). Sages (Rabbanan) "al ha-tame" enseigne autre chose : l'aspersion ne "compte" que sur des objets susceptibles de recevoir la toum'a Le pur aspergé reste PUR : kal va-chômer -- si l'impur devient pur, à fortiori le pur ! Le verset de Salomon vise un autre point : l'aspergeur et l'aspergé sont purs, mais celui qui TOUCHE l'eau est impur. (seg 7-8) Conséquence : notre Michna PEUT être selon les Sages -- l'aspersion sur le C.G. pur ne le rend pas impur. Nafka mina des Sages (seg 5) : les restes d'eau sur l'ezov ne servent que si la 1re aspersion visait un objet impurifiable.
R. Akiva contre les Sages : l'aspersion sur un pur le rend-elle impur ? Enjeu pour notre Michna.
Que veut dire "mazeh" (celui qui asperge) ? (seg 8-10) "Celui qui asperge les eaux lustrales lavera ses vêtements" (Nombres 19,21) -- mais l'aspergeur n'est-il pas pur ? Hypothèse 1 : "mazeh" = celui qui TOUCHE (nogea) Rejetée : le verset écrit déjà "nogea" à part ; et l'aspergeur lave ses vêtements, le toucheur non -> ce ne sont pas les mêmes. Hypothèse 2 retenue : "mazeh" = celui qui PORTE (nossei) l'eau lustrale Le porteur devient impur et lave ses vêtements ; le toucheur, lui, est impur mais ne lave pas ses vêtements. Pourquoi écrire "mazeh" et pas "nossei" ? Pour enseigner qu'on n'est impur en portant que si l'on porte la QUANTITÉ (chiour) suffisante pour une aspersion. Objection finale (seg 10) : et selon l'avis "l'aspersion n'exige pas de chiour" ? Réponse : "pas de chiour" ne vaut que pour l'eau posée sur le DOS de l'homme (agba de-gavra) -- la moindre goutte purifie. Mais dans le RÉCIPIENT (be-mana) où l'on trempe l'ezov, il faut un chiour : assez pour y tremper... (la suite en 14b). Rappel : "hazaa tsricha chiour" est une mahloket dans Zevachim (Perek HaTaarovet, 80a).
La chaîne de derachot sur le mot mazeh (aspergeur / toucheur / porteur) et la mesure d'aspersion.
1
לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ עוֹבֵד כָּל הַיּוֹם, גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאכַל. אֲמַר לֵיהּ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה לְרָבָא: וּמִי גָּזַר רַבִּי יְהוּדָה שֶׁמָּא יֹאכַל? וְהִתְנָן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף אִשָּׁה אַחֶרֶת מַתְקִינִין לוֹ, שֶׁמָּא תָּמוּת אִשְׁתּוֹ. וְאִי מָיְיתָא אִשְׁתּוֹ עָבֵיד עֲבוֹדָה, וְלָא גָּזַר רַבִּי יְהוּדָה שֶׁמָּא יֹאכַל! אֲמַר לֵיהּ: הָכִי הַשְׁתָּא?! הָתָם, כֵּיוָן דְּיוֹם הַכִּפּוּרִים הוּא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָא קָא אָכְלִי, הוּא נָמֵי לָא אָתֵי לְמֵיכַל, הָכָא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא אָכְלִי — הוּא נָמֵי אָתֵי לְמֵיכַל.

... [Rava explique donc que "toute la journée" vient] dire qu'il ne sert pas toute la journée [jusqu'à la nuit], par décret [rabbinique], de peur qu'il ne mange [des sacrifices, oubliant qu'il est onen].

Rav Adda bar Ahava dit à Rava : Mais R. Yehouda a-t-il vraiment décrété "de peur qu'il ne mange" ?

N'avons-nous pas appris [dans la Michna, plus haut] : R. Yehouda dit : on lui prépare aussi une autre épouse, de peur que sa femme ne meure.

Or si sa femme meurt [le jour de Kippour], il accomplit [malgré tout] le service -- et R. Yehouda n'a pas décrété "de peur qu'il ne mange" [alors qu'il est onen] !

Rava lui répond : Comment peux-tu comparer ?! Là-bas, puisque c'est Yom Kippour, où tout le monde ne mange pas, lui non plus n'en viendra pas à manger ; ici [le reste de l'année], où tout le monde mange -- lui aussi en viendrait à manger.

📜 Rachi (2)
לוֹמַר שֶׁאֵינוֹ עוֹבֵד כָּל הַיּוֹם עַד הַלַּיְלָה אֲבָל בַּלַּיְלָה אִם בָּא לְהַקְטִיר חֲלָבִים וְאֵימוּרִים יַקְטִיר:
Dire qu'il ne sert pas toute la journée -- jusqu'à la nuit ; mais la nuit, s'il vient à brûler les graisses et les emourim (parts consumées sur l'autel), il peut les brûler.
גְּזֵירָה שֶׁמָּא יֹאכַל כָּל הַיּוֹם אָסוּר בַּאֲכִילַת קָדָשִׁים מִן הַתּוֹרָה אֲבָל בַּאֲנִינוּת הַלַּיְלָה מִשֶּׁנִּקְבַּר הַמֵּת בַּיּוֹם אֵינָהּ מִדִּבְרֵי תוֹרָה אֶלָּא מִדִּבְרֵי סוֹפְרִים וְהָכִי שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְר' יְהוּדָה בְּמַסֶּכֶת זְבָחִים (דַּף צט:) וְהָכִי קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה כָּל הַיּוֹם הוּא בַּאֲנִינוּת וְלֹא יַקְרִיב:
Décret de peur qu'il ne mange -- toute la journée il est interdit de manger des kodachim (sacrifices) par la Tora ; mais l'aninout (statut d'endeuillé) de la nuit, une fois le mort enseveli dans la journée, n'est pas de la Tora mais des Sofrim (rabbinique) ; ainsi entendons-nous R. Yehouda dans le traité Zeva'him (99b) ; et voici ce que dit R. Yehouda : toute la journée il est en aninout et n'offrira pas.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁאֵינוֹ עוֹבֵד עֲבוֹדָה כָּל הַיּוֹם וה"פ כָּל הַיּוֹם שָׁוִין אֲכִילָה לְהַקְרָבָה כְּמוֹ שֶׁאֵינוֹ אוֹכֵל כָּךְ אֵינוֹ מַקְרִיב הָא בַּלַּיְלָה מַקְרִיב וְאֵינוֹ אוֹכֵל וְלָא גָּזְרִינַן דִּילְמָא אֲתָא לְמֵיכַל דַּאֲנִינוּת לַיְלָה דַּאֲבֵילוּת דְּרַבָּנַן וְהִיא גּוּפָהּ גְּזֵירָה וַאֲנַן נֵיקוּם וְנִיגְזוֹר גְּזֵירָה לִגְזֵירָה וְלָא הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי דְּכָל הַיּוֹם אַאֵינוֹ אוֹכֵל קָאֵי הָא בַּלַּיְלָה אוֹכֵל דְּהָא ס"ל לְר' יְהוּדָה בְּפֶ' טְבוּל יוֹם (זְבָחִים דַּף צט:) דַּאֲנִינוּת לַיְלָה דְּיוֹם מִיתָה דְּאוֹרָיְיתָא וּדְיוֹם קְבוּרָה דְּרַבָּנַן וְהָא דְּמַסִּיק כָּל הַיּוֹם אֲבָל לַיְלָה לֹא הַיְינוּ דְּיוֹם קְבוּרָה דְּאִי דְּיוֹם מִיתָה הָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּפֶ' טְבוּל יוֹם דַּאֲנִינוּת לַיְלָה דְּיוֹם מִיתָה דְּאוֹרָיְיתָא וא"כ נִיגְזֹור דִּילְמָא אָתֵי לְמֵיכַל מִינֵּיהּ:
Qu'il ne sert pas toute la journée -- et voici l'explication : toute la journée, manger et offrir sont sur le même pied ; de même qu'il ne mange pas, il n'offre pas ; en revanche la nuit il offre mais ne mange pas, et l'on ne décrète pas "de peur qu'il en vienne à manger", car l'aninout de la nuit relève du deuil rabbinique, et c'est elle-même déjà un décret -- irions-nous décréter un décret par-dessus un décret ? Et l'on ne pouvait pas expliquer que "toute la journée" porte sur "il ne mange pas", mais que la nuit il mangerait, car R. Yehouda tient, au chapitre Tevoul Yom (Zeva'him 99b), que l'aninout de la nuit du jour du décès est de la Tora, et celle du jour de l'ensevelissement est rabbinique. Et ce qu'il conclut "toute la journée, mais pas la nuit" vise le jour de l'ensevelissement ; car s'il s'agissait du jour du décès, nous avons déjà entendu R. Yehouda au chapitre Tevoul Yom que l'aninout de la nuit du jour du décès est de la Tora -- et alors il faudrait décréter de peur qu'il en vienne à en manger.
💡 Explication

Suite directe de 13b. R. Yehouda enseigne qu'un Cohen Gadol onen (endeuillé du jour du décès avant l'ensevelissement) n'offre pas toute la journée : Rava lit cela comme un décret rabbinique (guezera) craignant que, distrait par son deuil, il n'en vienne à manger des sacrifices qui lui sont interdits.

Rav Adda objecte à partir de la Michna de l'épouse de réserve : si la femme du Cohen Gadol meurt à Yom Kippour, il continue le service alors qu'il est onen -- preuve que R. Yehouda ne craint pas ici qu'il mange. Rava distingue : à Yom Kippour tout Israël jeûne, donc aucun risque qu'il mange ; le reste de l'année, tout le monde mange, et le risque redevient réel. Le décret ne vaut donc que hors Kippour.

2
וְכִי הַאי גַּוְונָא מִי חָיְילָא עֲלֵיהּ אֲנִינוּת? וְהָא מִיגָּרְשָׁא! נְהִי דַּאֲנִינוּת לָא חָיְילָא עֲלֵיהּ, אִטְּרוֹדֵי מִי לָא מִיטְּרִיד?

Mais dans un cas pareil [où il a divorcé sa femme sous condition pour lui ménager une remplaçante], l'aninout prend-elle seulement effet sur lui ? Or [dès qu'il apprend sa mort] elle se trouve divorcée [donc il n'a plus à la pleurer] !

[La Guemara répond :] Certes l'aninout ne prend pas effet sur lui, mais n'est-il pas malgré tout troublé [par ce décès] ?

📜 Rachi (2)
וְהָא מִיגָּרְשָׁא דְּהָכִי אוֹקֵימְנָא דְּאִי חָזֵי לָהּ דְּמֵתָה קָדִים וְעָיֵיל לְבֵית הַכְּנֶסֶת וּמְשַׁוֵּי לֵיהּ לְגִיטָּא דְּהַהִיא דְּמֵתָה גִּיטָּא לְמַפְרֵעַ:
Or elle se trouve divorcée -- car ainsi l'avons-nous établi (13b) : s'il la voit mourante, il prend les devants, entre à la synagogue, et rend ainsi valide, rétroactivement, le get de celle qui est morte.
מִי לָא מִיטְרַד וּבְקָדָשִׁים בָּעֵינַן שִׂמְחָה וּגְדוּלָּה דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר יח ח) לְךָ נְתַתִּים לְמָשְׁחָה כְּדֶרֶךְ שֶׁהַמְּלָכִים אוֹכְלִים (חֻולִּין קלב:):
N'est-il pas troublé -- or pour les kodachim nous exigeons joie et grandeur, car il est écrit (Nombres 18,8) : "à toi je les ai donnés pour grandeur (le-mochha)", à la manière dont les rois mangent (Houlin 132b).
💡 Explication

Objection sur le montage de 13b : le Cohen Gadol a divorcé conditionnellement ses épouses. Si l'une meurt, le get (acte de divorce) devient valide rétroactivement -- elle n'est donc plus sa femme et l'aninout (statut d'endeuillé) ne s'applique pas. Alors pourquoi craindre qu'il néglige le service ?

Réponse : même sans statut formel d'aninout, il reste émotionnellement troublé (tarod) par la mort d'une femme qui lui était proche. Or le service des kodachim exige joie et grandeur (simha ou-gedoula) ; un homme accablé ne peut l'accomplir dignement.

3
מַתְנִי׳ כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים הוּא זוֹרֵק אֶת הַדָּם, וּמַקְטִיר אֶת הַקְּטֹורֶת, וּמֵיטִיב אֶת הַנֵּרוֹת, וּמַקְרִיב אֶת הָרֹאשׁ וְאֶת הָרֶגֶל. וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים אִם רָצָה לְהַקְרִיב — מַקְרִיב, שֶׁכֹּהֵן גָּדוֹל מַקְרִיב חֵלֶק בָּרֹאשׁ, וְנוֹטֵל חֵלֶק בָּרֹאשׁ.

MICHNA. Durant les sept jours [de réclusion précédant Yom Kippour], [le Cohen Gadol] asperge le sang [du tamid], brûle l'encens (ketoret), entretient les lampes [du candélabre], et offre la tête et la patte [de l'animal du tamid].

Et tous les autres jours [de l'année], s'il veut offrir -- il offre, car le Cohen Gadol offre en priorité la part [qu'il choisit] et prend en priorité la part [qu'il veut].

📜 Rachi (6)
מַתְנֵי' הוּא זוֹרֵק אֶת הַדָּם שֶׁל תְּמִידִין כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רָגִיל וּמְזֻומָּן בַּעֲבוֹדַת יוה"כ:
MICHNA. Il asperge le sang -- des offrandes quotidiennes (temidim), afin d'être rôdé et prêt pour le service de Yom Kippour.
וּמֵטִיב אֶת הַנֵּרוֹת מְדַשֵּׁן מִן אֵפֶר הַפְּתִילוֹת שֶׁכָּבוּ וְכֵן כָּל יוֹם וְיוֹם מְטִיבָן בַּבֹּקֶר שֶׁנֶּאֱמַר בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר בְּהֵטִיבוּ אֶת הַנֵּרוֹת וְכָל יוֹם מַקְטִירִין קְטֹורֶת בַּהֵיכָל פְּרָס בְּשַׁחֲרִית וּפְרָס בֵּין הָעַרְבַּיִם:
Et il entretient les lampes -- il en ôte la cendre des mèches éteintes ; et de même chaque jour il les entretient le matin, comme il est dit "chaque matin, quand il entretient les lampes" ; et chaque jour on brûle l'encens dans le Heichal, une moitié (peras) le matin et une moitié l'après-midi.
וּשְׁאָר כָּל הַיָּמִים אִם רָצָה לְהֵיטִיב וּלְהַקְרִיב אֶת כָּל קָרְבָּן שֶׁיִּרְצֶה מַקְרִיב וְאֵין הַמִּשְׁמָר יָכוֹל לְעַכֵּב עַל יָדוֹ:
Et tous les autres jours, s'il veut -- entretenir [les lampes] et offrir n'importe quelle offrande qu'il souhaite, il offre, et la garde (michmar) ne peut pas l'en empêcher.
מַקְרִיב חֵלֶק בָּרֹאשׁ רֹאשׁ הוּא לְהַקְטִיר וּלְהַקְרִיב כָּל חֵלֶק שֶׁיִּבְחַר:
Il offre une part en priorité -- il est le premier à brûler et à offrir toute part qu'il choisit.
וְנוֹטֵל חֵלֶק בַּחֲלֻוקַּת אֲכִילַת קָדָשִׁים:
Et il prend une part -- dans le partage de la consommation des kodachim.
בְּרֹאשׁ מָנָה יָפָה שֶׁיִּבְחַר לוֹ:
En priorité -- une belle portion qu'il se choisit.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף ב ע"א] שִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים מַפְרִישִׁין כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁהוּא צָרִיךְ לַעֲבוֹדַת יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאֵינָהּ כְּשֵׁרָה אֶלָּא בּוֹ לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין. וּמְזַמְּנִין לוֹ אַחֵר תַּחְתָּיו שֶׁהוּא מְזֻומָּן לַעֲבֹוד אִם יֶאֱרַע בּוֹ פְּסוּל. (דַּף יג.) וְגַם מִתּוֹךְ שֶׁרוֹאֶה אַחֵר מְמֻונֶּה לְשָׁרֵת תַּחְתָּיו יִזָּהֵר יוֹתֵר. וְאֵין צָרִיךְ לְהַזְמִין לוֹ אִשָּׁה אַחֶרֶת דְּלָא חָייְשִׁי' שֶׁמָּא תָּמוּת אִשְׁתּוֹ. (דַּף יד.) וְכָל שִׁבְעַת יְמֵי הַפְּרִישָׁה הוּא עוֹשֶׂה כָּל עֲבוֹדַת הַתָּמִיד כְּדֵי לְהַרְגִּילוֹ בַּעֲבוֹדָה. (דַּף יח.) וְזִקְנֵי בֵּית דִּין קוֹרְאִים לְפָנָיו בְּכָל יוֹם בְּסֵדֶר הַיּוֹם הַכֹּל לְהַרְגִּילוֹ שֶׁמָּא שָׁכַח שׁוּם דָּבָר מֵהַסֵּדֶר. וְעֶרֶב יוה"כ שַׁחֲרִית מַעֲמִידִין אוֹתוֹ בְּשַׁעַר הַמִּזְרָח וּמַעֲבִירִין לְפָנָיו פָּרִים וְאֵילִים וּכְבָשִׂים כְּדֵי שֶׁיִּתֵּן אֶל לִבּוֹ עֲבוֹדַת הַפָּרִים וְהָאֵילִים. אֲבָל לֹא הָיוּ מַעֲבִירִין לְפָנָיו שְׂעִירִים דְּכֵיוָן שֶׁהַשָּׂעִיר בָּא עַל הַחֵטְא יִזְכֹּור הַחֵטְא וְיֻחְלַשׁ דַּעְתּוֹ. אע"פ שֶׁהַפָּר נָמֵי בָּא עַל הַחֵטְא וְעַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ בָּא אֶלָּא עַל חַטַּאת אֶחָיו הַכֹּהֲנִים וְאִם יֵשׁ בָּהֶם אֶחָד שֶׁחָטָא מַכִּירוֹ וּמַחֲזִירוֹ בִּתְשׁוּבָה. אֲבָל הַשָּׂעִיר שֶׁבָּא עַל חַטַּאת הַקָּהָל כֻּולּוֹ אֵינוֹ מַכִּיר בָּהֶן וּמִיחְלָשׁ דַּעְתֵּיהּ. וְכָל שִׁבְעַת יְמֵי הַפְּרִישָׁה לֹא הָיוּ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה. וּבְעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ לֶאֱכֹול הַרְבֵּה שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ בָּא לִידֵי שֵׁינָה וְאוּלַי יָבֹא לִידֵי קֶרִי. וּלְכָךְ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ כָּל הַדְּבָרִים הַמַּרְבֶּה הַזֶּרַע כְּגוֹן גְּבִינָה וּבֵיצִים וְיַיִן יָשָׁן וְלָבָן. (שָׁם:) וְזִקְנֵי ב"ד מוֹסְרִין אוֹתוֹ לְזִקְנֵי כְּהֻונָּה וּמוֹלִיכִין אוֹתוֹ לְלִשְׁכַּת אַבְטִינָס שֶׁשָּׁם מְפַטְּמִין אֶת הַקְּטֹרֶת לְלַמְּדוֹ חֲפִינָה שֶׁהִיא מֵעֲבוֹדוֹת קָשׁוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ. וּמַשְׁבִּיעִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יְשַׁנֶּה בָּעֲבוֹדוֹת לְפִי שֶׁהָיוּ חוֹשְׁדִין אוֹתוֹ בְּצָדוֹקִי וְהֵם מְשַׁנִּין בַּעֲבוֹדַת הַקְּטֹורֶת ^כְּדִלְקַמָּן לָכֵן הִשְׁבִּיעוּהוּ. וְהוּא פּוֹרֵשׁ וּבוֹכֶה שֶׁחֲשָׁדוּהוּ בְּצָדוֹקִי וְהֵם פּוֹרְשִׁין וּבוֹכִים שֶׁהָיוּ צְרִיכִין לְחָושְׁדוֹ שֶׁהַחוֹשֵׁד בִּכְשֵׁרִים לוֹקֶה בְּגוּפוֹ. אִם הָיָה חָכָם שֶׁרָגִיל לִדְרֹושׁ דּוֹרֵשׁ אוֹ לִקְרוֹת קוֹרֵא. וְאִם אֵינוֹ רָגִיל דּוֹרְשִׁין וְקוֹרְאִין לְפָנָיו דְּבָרִים הַמּוֹשְׁכִין אֶת הַלֵּב כְּגוֹן אִיּוֹב וְעֶזְרָא וְדִבְרֵי הַיָּמִים וְדָנִיֵּאל הַכֹּל שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי שֵׁינָה. (דַּף יט:) וְאִם בִּקֵּשׁ לִישֹׁן מַכִּין לְפָנָיו בְּאֶצְבַּע צְרֵדָה וּמְטַיְּילִין עִמּוֹ לְהָפִיג שִׁינְתּוֹ. עַד שֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד (דַּף כ.) וְהָיוּ תּוֹרְמִין תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. אע"ג דִּבְכָל יוֹם לֹא הָיוּ תּוֹרְמִין אֶלָּא מִקְּרִיאַת הַגֶּבֶר הָכָא הָיוּ צְרִיכִין לְמַהֵר מִפְּנֵי חֻולְשַׁת כֹּהֵן גָּדוֹל. וְרִיבָ"א פֵּירֵשׁ שֶׁכְּשֵׁרָה בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט שֶׁאֵינָהּ חֲשׁוּבָה מֵעֲבוֹדַת הַיּוֹם. והר"ר אֶלְחָנָן פִּי' שֶׁצְּרִיכָה כֹּהֵן גָּדוֹל. וְהָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְתוֹרֵם אוֹתוֹ:
[fol. 2a] Sept jours avant Yom Kippour, on sépare (mafrichin) le Cohen Gadol -- qui est requis pour le service de Yom Kippour, lequel n'est valide que par lui -- dans la chambre des Parhedrin. Et on lui désigne un remplaçant, tenu prêt à servir à sa place s'il lui survient un empêchement (passoul). (fol. 13a) De plus, du fait qu'il voit un autre nommé pour servir à sa place, il redouble de vigilance. Et il n'est pas nécessaire de lui désigner une autre épouse, car nous ne craignons pas que sa femme meure. (fol. 14a) Et durant les sept jours de réclusion, il accomplit tout le service du tamid, afin de s'habituer au service. (fol. 18a) Les anciens du beit din lisent devant lui, chaque jour, l'ordre du jour [de Kippour], le tout pour l'exercer, de peur qu'il n'ait oublié quelque chose de l'ordre. La veille de Yom Kippour au matin, on le place à la porte orientale et l'on fait défiler devant lui taureaux, béliers et agneaux, afin qu'il fixe son cœur sur le service des taureaux et des béliers. Mais on ne faisait pas défiler devant lui de boucs (se'irim), car le bouc venant pour la faute, il se souviendrait de la faute et son esprit s'affaiblirait. Bien que le taureau vienne aussi pour la faute -- et pour l'impureté du sanctuaire et de ses saintetés -- puisqu'il ne vient que pour la faute de ses frères les Cohanim, s'il en est un parmi eux qui a péché, il le connaît et le ramène au repentir ; mais le bouc, qui vient pour la faute de toute la communauté, il ne les connaît pas tous et son esprit s'affaiblit. Et durant les sept jours de réclusion on ne le privait pas de nourriture ni de boisson. Mais la veille de Yom Kippour on ne le laissait pas manger beaucoup, car cela le mène au sommeil, et il pourrait en venir à une pollution [nocturne]. C'est pourquoi on le prive de tout ce qui multiplie la semence, comme le fromage, les œufs, le vin vieux et le [vin] blanc. (ibid.) Les anciens du beit din le remettent aux anciens de la prêtrise, qui le conduisent à la chambre d'Avtinas, où l'on compose l'encens, pour lui enseigner la 'hafina (la prise de l'encens à pleines mains), l'un des services les plus difficiles au Temple. Et on lui fait jurer de ne rien changer au service, parce qu'on le soupçonnait d'être sadducéen (tsedouki), lesquels modifiaient le service de l'encens (comme plus loin) ; c'est pourquoi on le faisait jurer. Lui se retire et pleure d'avoir été soupçonné d'être sadducéen, et eux se retirent et pleurent d'avoir dû le soupçonner, car celui qui soupçonne les innocents est châtié dans son corps. S'il était savant et habitué à exposer (dorech), il exposait ; ou à lire, il lisait. Et s'il n'en avait pas l'habitude, on exposait et lisait devant lui des textes qui attirent le cœur, comme Job, Ezra, les Chroniques et Daniel -- le tout pour qu'il ne s'endorme pas. (fol. 19b) Et s'il cherchait à dormir, on faisait claquer devant lui l'ongle du majeur (tsarda) et on se promenait avec lui pour dissiper son sommeil, jusqu'à l'heure de l'abattage du tamid. (fol. 20a) Et l'on prélevait la teroumat ha-dechen (le prélèvement des cendres) de l'autel extérieur le jour de Kippour. Bien que chaque jour on ne la prélevât qu'au chant du coq, ici il fallait se hâter à cause de la faiblesse du Cohen Gadol. Le Riva a expliqué qu'elle est valide même par un cohen ordinaire, car elle n'est pas considérée comme faisant partie du service du jour. Et Rabbenou El'hanan a expliqué qu'elle requiert le Cohen Gadol. Et il sanctifiait ses mains et ses pieds, et la prélevait.
💡 Explication

La Michna décrit le régime du Cohen Gadol pendant les sept jours de réclusion (hafracha) qui précèdent Yom Kippour : il accomplit lui-même les gestes clés du tamid (offrande quotidienne) -- aspersion du sang, ketoret (encens), entretien des lampes, offrande de la tête et de la patte -- afin de s'exercer aux services qu'il devra faire seul le jour de Kippour.

Le reste de l'année, il jouit d'une priorité absolue : il choisit en premier ce qu'il offre sur l'autel et ce qu'il prend dans le partage des parts consommées, sans que la garde (michmar) de service puisse l'en empêcher.

🖼️ Schéma
Les 4 gestes du Cohen Gadol pendant les 7 jours (pour s'entraîner) Zerika asperge le sang du tamid Ketoret brûle l'encens (matin + soir) Hatava entretient les lampes Roch + reguel offre la tête et la patte Le reste de l'année : priorité du Cohen Gadol Il offre en premier la part qu'il choisit (makriv 'helek ba-roch) et prend en premier la part qu'il veut (notel 'helek ba-roch). Le michmar (garde de service) ne peut pas l'en empêcher.
Les quatre services que le Cohen Gadol répète pendant les 7 jours, et sa priorité le reste de l'année.
4
גְּמ׳ מַאן תְּנָא? אָמַר רַב חִסְדָּא, דְּלָא כְּרַבִּי עֲקִיבָא. דְּאִי רַבִּי עֲקִיבָא, הָא אָמַר: טָהוֹר שֶׁנָּפְלָה עָלָיו הַזָּאָה טִמְּאַתּוּ, הֵיכִי עֲבִיד עֲבוֹדָה!

GUEMARA. Quel tanna [a enseigné cette Michna] ?

Rav 'Hisda dit : [ce n'est] pas selon R. Akiva.

Car si [c'était] selon R. Akiva -- n'a-t-il pas dit : un [homme] pur sur qui tombe une aspersion [d'eau lustrale] devient impur ?

[Alors] comment [le Cohen Gadol] accomplirait-il le service [après avoir été aspergé sept jours durant] ?

📜 Rachi (2)
גְּמ' דְּרַבִּי עֲקִיבָא לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין:
De R. Akiva -- [énoncé] plus loin dans notre sougya.
הֵיכִי עֲבִיד עֲבוֹדָה כָּל שִׁבְעָה הֲרֵי מַזִּין עָלָיו:
Comment accomplirait-il le service -- [puisque] durant les sept [jours] on l'asperge.
💡 Explication

La Guemara identifie l'auteur de la Michna. Rav 'Hisda écarte R. Akiva : selon ce dernier, l'eau lustrale de la para adouma (vache rousse) a une propriété paradoxale -- elle purifie l'impur, mais rend impur le pur.

Or on asperge le Cohen Gadol chaque jour des sept, par précaution (au cas où il aurait contracté l'impureté d'un mort sans le savoir). S'il était en réalité pur, cette aspersion le rendrait impur selon R. Akiva -- et il ne pourrait plus servir. Notre Michna ne peut donc suivre R. Akiva.

5
דְּתַנְיָא: ״וְהִזָּה הַטָּהֹור עַל הַטָּמֵא״. עַל הַטָּמֵא — טָהוֹר, וְעַל הַטָּהוֹר — טָמֵא, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵין הַדְּבָרִים הַלָּלוּ אֲמוּרִין אֶלָּא בִּדְבָרִים הַמְקַבְּלִים טֻומְאָה.

Car il a été enseigné [dans une baraita] : "et le pur aspergera sur l'impur" (Nombres 19,19) -- sur l'impur, [il devient] pur ; et sur le pur, [il devient] impur : paroles de R. Akiva.

Et les Sages disent : ces paroles ne sont dites que pour des choses susceptibles de recevoir la toum'a (l'impureté).

📜 Rachi (2)
עַל הַטָּמֵא טָהוֹר וְעַל הַטָּהוֹר טָמֵא אִם הִזָּה עַל הַטָּמֵא נַעֲשָׂה טָהוֹר וְאִם הִזָּה עַל הַטָּהוֹר נַעֲשָׂה טָמֵא וְיָלֵיף טַעְמָא מֵעַל הַטָּמֵא יַתִּירָא כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן:
Sur l'impur pur, et sur le pur impur -- s'il asperge sur l'impur il devient pur, et s'il asperge sur le pur il devient impur ; et il tire cette règle du mot "sur l'impur" [tenu pour] superflu, comme il l'explique plus loin.
וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עַל הַטָּמֵא לִדְרָשָׁא אֲתָא לוֹמַר שֶׁאֵין דִּבְרֵי הַזָּאָה אֲמוּרִים אֶלָּא בִּדְבָרִים הַמְקַבְּלִים טֻומְאָה אֲבָל בִּדְבָרִים שֶׁאֵין מְקַבְּלִים טֻומְאָה אֵין הַזָּאָה הַנִּיתֶּזֶת עֲלֵיהֶן קְרוּיָה הַזָּיָה וְנָפְקָא מִינָּהּ שֶׁהַשִּׁירַייִם שֶׁיֵּשׁ בָּאֵזוֹב שְׁיָרֵי פְּסוּלֵי הֵן וְאֵין לְהַכְשִׁירָן לְהַזּוֹת:
Et les Sages disent -- [le mot] "sur l'impur" vient pour une deracha : dire que les règles de l'aspersion ne sont énoncées que pour des choses susceptibles de recevoir l'impureté ; mais sur des choses non susceptibles de recevoir l'impureté, l'eau qui rejaillit dessus n'est pas appelée aspersion. Nafka mina : les restes [d'eau] présents sur l'ezov (hysope) [après une telle projection] sont des restes disqualifiés (pesoulim), et l'on ne peut s'en servir pour asperger.
💡 Explication

La source de la position de R. Akiva. Le verset dit "et le pur aspergera sur l'impur". R. Akiva lit le mot impur comme signifiant, par contraste, que l'aspersion sur un impur le rend pur, mais sur un pur le rend impur -- le fameux paradoxe de la vache rousse.

Les Sages refusent cette lecture : le mot "impur" enseigne seulement que l'aspersion n'est valide que si elle porte sur des objets susceptibles de recevoir l'impureté. Sur un objet qui ne peut jamais devenir impur, l'eau projetée n'est pas une haza'a (aspersion) au sens de la loi.

6
מַאי הִיא — כְּדִתְנַן: נִתְכַּווֵּן לְהַזּוֹת עַל הַבְּהֵמָה וְהִזָּה עַל הָאָדָם, אִם יֵשׁ בָּאֵזוֹב — יְשַׁנֶּה. נִתְכַּוֵּון לְהַזּוֹת עַל הָאָדָם וְהִזָּה עַל הַבְּהֵמָה, אִם יֵשׁ בָּאֵזוֹב — לֹא יְשַׁנֶּה.

Quelle est-elle [cette derachа des Sages] ? Comme nous l'avons appris [dans une Michna] : celui qui avait l'intention d'asperger sur une bête et a aspergé [par erreur] sur un homme -- s'il reste [de l'eau] sur l'ezov, il recommence [l'aspersion sur l'homme] ; celui qui avait l'intention d'asperger sur un homme et a aspergé [par erreur] sur une bête -- s'il reste [de l'eau] sur l'ezov, il ne recommence pas.

📜 Rachi (2)
כְּדִתְנַן נִתְכַּווֵּן וְכוּ' אִם יֵשׁ בָּאֵזוֹב יִשְׁנֶה כְּלוֹמַר רְאוּיִין הַשִּׁירַייִם לְהַזּוֹת עַל אָדָם שֶׁצָּרִיךְ הַזָּאָה דְּלָא נִתְכַּוֵּון (לו) וְחוֹזֵר וְשׁוֹנֶה וְאֵין צָרִיךְ לַחֲזֹור וּלְהַטְבִּיל:
Comme nous l'avons appris : celui qui a l'intention, etc. s'il reste sur l'ezov il recommence -- c'est-à-dire : les restes sont propres à asperger sur un homme qui a besoin d'aspersion, puisque [la première aspersion] n'avait pas été faussée ; il revient et recommence, sans avoir à retremper [l'ezov dans l'eau].
לֹא יְשַׁנֶּה דְּנִפְסְלוּ בִּמְלָאכָה דְּהַזָּאָה שֶׁל בְּהֵמָה אֵין הַזָּאָה עָלֶיהָ וְהָווּ לְהוּ כַּמַּיִם שֶׁנַּעֲשֵׂית בָּהֶן מְלָאכָה:
Il ne recommence pas -- car [les restes] ont été disqualifiés par un travail (mélacha) : l'aspersion sur une bête n'est pas une aspersion la concernant, et ils sont alors comme une eau avec laquelle on a accompli un travail.
💡 Explication

La nafka mina (conséquence pratique) de la position des Sages, illustrée par une Michna. Une bête vivante n'est pas susceptible de recevoir l'impureté ; un homme l'est.

Cas 1 -- il visait une bête mais a aspergé un homme : la première aspersion a porté sur un objet impurifiable (l'homme), donc elle est valable ; l'eau restée sur l'ezov n'est pas disqualifiée et il peut recommencer. Cas 2 -- il visait un homme mais a aspergé une bête : la première aspersion a porté sur un objet non impurifiable (la bête), donc l'eau restante est disqualifiée "par un travail" (mélacha) et il ne peut pas recommencer.

🖼️ Schéma
Nafka mina des Sages : peut-on réutiliser l'eau restée sur l'ezov ? Ce qui compte : la 1re aspersion a-t-elle porte sur un objet susceptible de toum'a (homme) ou non (bête) ? Visait la BÊTE, aspergé l'HOMME 1re aspersion -> sur un homme (susceptible de toum'a) l'eau reste valable -> il RECOMMENCE (yéchanèh) pas besoin de retremper Visait l'HOMME, aspergé la BÊTE 1re aspersion -> sur une bête (non susceptible de toum'a) l'eau est disqualifiée (mélacha) -> il NE recommence PAS comme une eau ayant servi à un travail
Selon les Sages, l'aspersion sur une bête n'est pas une aspersion : elle disqualifie l'eau restante.
7
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי עֲקִיבָא? נִכְתּוֹב רַחֲמָנָא: ״וְהִזָּה הַטָּהוֹר עָלָיו״, מַאי ״עַל הַטָּמֵא״? שְׁמַע מִינַּהּ עַל הַטָּמֵא — טָהוֹר, וְעַל הַטָּהוֹר — טָמֵא. וְרַבָּנָן: הַאי לִדְבָרִים הַמְּקַבְּלִין טֻומְאָה הוּא דַּאֲתָא. אֲבָל הָכָא, קַל וָחֹומֶר הוּא: אִם עַל הַטָּמֵא — טָהוֹר, עַל הַטָּהוֹר — לֹא כָל שֶׁכֵּן!

Quelle est la raison de R. Akiva ?

Que le Miséricordieux écrive [seulement] "et le pur aspergera sur lui" -- que vient [ajouter] "sur l'impur" ? Apprends-en : sur l'impur -- [il devient] pur ; sur le pur -- [il devient] impur.

Et les Sages [répondent] : ce [mot] vient pour [enseigner la règle des] choses susceptibles de recevoir l'impureté ; mais ici [pour un homme pur], c'est un kal va-'homer : si sur l'impur il [devient] pur, sur le pur -- à plus forte raison [reste-t-il pur] !

💡 Explication

Le cœur de la mahloket. R. Akiva raisonne sur le mot superflu : le verset aurait pu écrire "et le pur aspergera sur lui" (l'impur déjà mentionné). Puisqu'il répète "sur l'impur", ce surplus enseigne le paradoxe : l'aspersion inverse le statut -- l'impur devient pur, le pur devient impur.

Les Sages affectent ce surplus à une autre règle (les objets impurifiables, seg 4-5). Quant au sort du pur aspergé, ils l'obtiennent par un kal va-'homer (à fortiori) : si l'aspersion peut rendre pur un impur, à plus forte raison ne rendra-t-elle pas impur un homme déjà pur. Pour eux, le pur aspergé reste pur -- d'où la possibilité que notre Michna les suive.

8
וְרַבִּי עֲקִיבָא? הַייְנוּ דְּקָאָמַר שְׁלֹמֹה ״אָמַרְתִּי אֶחְכָּמָה וְהִיא רְחוֹקָה מִמֶּנִּי״. וְרַבָּנָן? הַהוּא לַמַּזֶּה וְלַמַּזִּין עָלָיו — טָהוֹר, וְנוֹגֵעַ בָּהֶן — טָמֵא.

Et R. Akiva [comment répond-il à ce kal va-'homer] ?

C'est justement ce qu'a dit Salomon : "j'ai dit : je deviendrai sage, mais elle [la sagesse] est loin de moi" (Qohelet 7,23) [-- ce paradoxe échappe même à Salomon]. Et les Sages [que font-ils de ce verset] ?

Il [se rapporte à ceci] : l'aspergeur (mazèh) et celui sur qui l'on asperge sont purs, mais celui qui les [= l'eau] touche est impur.

🗂️ Tossefot (1)
לְמַזֶּה וּמַזִּין עָלָיו טָהוֹר וְנוֹגֵעַ טָמֵא תֵּימַהּ מַזִּין עָלָיו אֵינוֹ טָהוֹר עַד שֶׁיִּטְבֹּול וִיעָרֵב שִׁמְשׁוֹ יִטְהַר וא"כ לְמַאי הֲוָה נוֹגֵעַ טָמֵא טְפֵי מִמַּזִּין עָלָיו וְי"ל דְּה"ק מַזִּין עָלָיו הַהַזָּאָה גּוֹרֶמֶת לוֹ טָהֳרָה וְנוֹגֵעַ מֵי חַטָּאת גּוֹרְמִין לוֹ טֻומְאָה אִי נָמֵי י"ל מַזִּין עָלָיו טָהוֹר הַייְנוּ טָהוֹר שֶׁנָּפְלוּ עָלָיו הַזָּאָה דְּהָוֵי טָהוֹר לְגַמְרֵי:
L'aspergeur et celui sur qui l'on asperge sont purs, et celui qui touche est impur -- question : celui sur qui l'on asperge n'est pur qu'après avoir trempé [au mikve] et attendu le coucher de son soleil ! Si tel est le cas, en quoi le toucheur serait-il plus impur que celui sur qui l'on asperge ? On peut répondre : voici le sens -- "celui sur qui l'on asperge" : l'aspersion lui procure la pureté [c'est un pas vers la taharа] ; "le toucheur" : le contact des eaux de la 'hatat lui procure l'impureté. Ou bien on peut répondre : "celui sur qui l'on asperge est pur" désigne un [homme déjà] pur sur qui une aspersion est tombée, lequel est totalement pur.
💡 Explication

R. Akiva bloque le kal va-'homer des Sages : ce raisonnement trop séduisant est précisément l'énigme insaisissable dont parle Salomon -- la loi de la vache rousse contredit la logique, et l'on doit l'accepter comme décret. Le pur aspergé devient donc bien impur, malgré le à fortiori.

Les Sages, eux, n'ont pas besoin de ce verset pour le paradoxe (ils le refusent) ; ils l'affectent à une autre halakha : l'aspergeur et l'aspergé restent purs, tandis que celui qui se contente de toucher l'eau lustrale (hors aspersion) devient impur. C'est cela l'aspect surprenant qui "échappe".

9
וּמִזֶּה טָהוֹר? וְהָכְתִיב: ״וּמַזֵּה מֵי הַנִּדָּה יְכַבֵּס בְּגָדָיו״. מַאי ״מִזֶּה״ — נוֹגֵעַ. וְהָכְתִיב ״מִזֶּה״, וְהָא כְּתִיב ״נוֹגֵעַ״? וְעוֹד: מַזֶּה בָּעֵי כִּיבּוּס בְּגָדִים, נוֹגֵעַ לָא בָּעֵי כִּבּוּס בְּגָדִים!

Et l'aspergeur (mazèh) est-il pur ? Mais il est écrit : "et l'aspergeur des eaux lustrales (mei ha-nidda) lavera ses vêtements" (Nombres 19,21) [-- signe qu'il devient impur] !

[La Guemara répond :] Que signifie "mazèh" -- [celui qui] touche. Mais il est écrit "mazèh" [aspergeur], alors qu'il est [par ailleurs] écrit "nogéa" [toucheur -- donc ce ne sont pas les mêmes] !

Et de plus : "mazèh" exige le lavage des vêtements, tandis que "nogéa" n'exige pas le lavage des vêtements [-- ils n'ont donc pas le même statut] !

📜 Rachi (1)
לְמַזֶּה טָהוֹר דְּדָרֵישׁ הָכִי וְהִזָּה הַטָּהוֹר אַף לְאַחַר שֶׁהִזָּה קְרָאוֹ טָהוֹר:
L'aspergeur est pur -- car [R. Akiva selon la lecture des Sages] déracherait ainsi : "et le pur aspergera" -- même après avoir aspergé, [le verset] l'appelle encore "pur".
💡 Explication

La Guemara conteste que l'aspergeur reste pur : un verset dit "celui qui asperge (mazèh) les eaux lustrales lavera ses vêtements" -- or laver ses vêtements est la marque d'une impureté contractée.

Première tentative de conciliation : "mazèh" ici voudrait dire "celui qui touche". La Guemara la réfute par deux arguments : (1) le même verset emploie déjà séparément le mot "nogéa" (toucheur), ce qui montre que "mazèh" désigne autre chose ; (2) le "mazèh" doit laver ses vêtements alors que le "nogéa" n'y est pas tenu -- leurs statuts diffèrent, donc "mazèh" ne peut pas signifier "toucheur".

10
אֶלָּא: מַאי ״מִזֶּה״ — נוֹשֵׂא. וְנִכְתּוֹב רַחֲמָנָא ״נוֹשֵׂא״, מַאי טַעְמָא כְּתִיב ״מִזֶּה״? הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּבָעֵינַן שִׁיעוּר הַזָּאָה.

Plutôt : que signifie "mazèh" -- [celui qui] porte (nossei) [l'eau lustrale]. Mais que le Miséricordieux écrive [alors] "porteur" (nossei) !

Pour quelle raison est-il écrit "mazèh" ? [C'est] pour nous enseigner que nous exigeons [pour l'impureté du porteur] la mesure [suffisante pour] une aspersion (chiour haza'a).

🗂️ Tossefot (2)
מַאי מִזֶּה נוֹשֵׂא וא"ת וּמְנָא לֵיהּ לַגְּמָרָא לְמִעְקַר קְרָא מְמֻשְׁמְעוֹתֶיהָ לוֹמַר דְּמִזֶּה טָהוֹר וּמִזֶּה דִּקְרָא הַייְנוּ נוֹשֵׂא אֵימַר מִזֶּה מַמָּשׁ י"ל מִדִּכְתִיב וְהִזָּה הַטָּהוֹר אַלְמָא דְּהַמַּזֶּה טָהוֹר וְאַף עַל גַּב דְּדָרְשִׁינַן מִינֵּיהּ טָהוֹר מִכְּלָל שֶׁהוּא טָמֵא לִימֵּד עַל טְבוּל יוֹם שֶׁהוּא כָּשֵׁר בְּפָרָה י"ל תַּרְתֵּי שְׁמַע מִינָּה:
Que signifie "mazèh" -- porteur -- si tu demandes : d'où la Guemara sait-elle qu'il faut arracher le verset à son sens littéral, pour dire que l'aspergeur est pur et que le "mazèh" du verset est un porteur -- dis plutôt qu'il s'agit d'un aspergeur au sens propre ! On peut répondre : de ce qu'il est écrit "et le pur aspergera", il ressort que l'aspergeur est pur ; et bien que nous en dérachions "[il est] pur -- ce qui implique [par ailleurs] qu'il [peut être] impur", enseignant sur le tevoul yom qu'il est valide pour [le service de] la para -- on peut répondre : tire les deux [enseignements] de la [même expression].
אֶלָּא מַאי מַזֶּה נוֹשֵׂא וְהָא קמ"ל דְּעַד דְּדָרֵי כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה תֵּימַהּ לִי א"כ מַאי טַעְמָא הָדַר בֵּיהּ מִמַּאי דְּאָמַר מַאי מִזֶּה נוֹגֵעַ אִי מִשּׁוּם דְּקַשְׁיָא לֵיהּ וְהָכְתִיב נוֹגֵעַ וְהָכְתִיב מִזֶּה וְעוֹד מִזֶּה בָּעֵי כִּיבּוּס נוֹגֵעַ לָא בָּעֵי כִּיבּוּס לֵימָא הָא דְּכָתַב נוֹגֵעַ וְלֹא כְּתַב בֵּיהּ כִּיבּוּס הַייְנוּ כִּי לֹא נוֹגֵעַ כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה וּמִזֶּה דְּבָעֵי כִּיבּוּס הַייְנוּ כִּי נָגַע כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה וְאֵין לְתָרֵץ דמש"ה לָא מוֹקְמִינַן לֵיהּ בְּנוֹגֵעַ וְכִדְפָרֵישׁ מִשּׁוּם דְּנוֹגֵעַ לָא בָּעֵי כִּיבּוּס אֲפִילּוּ כִּי נָגַע בְּכַשִּׁיעוּר מִדִּכְתִיב וְהַנֹּוגֵעַ בְּמֵי הַנִּדָּה יִטְמָא וְלָא כְּתַב בֵּיהּ כִּיבּוּס וּמֵי הַנִּדָּה מַשְׁמַע מַיִם הָרָאוְיָן לְהַזּוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כַּשִּׁיעוּר דְּהָא וַדַּאי לֵיתָא דְּמֵי הַנִּדָּה לָא מַשְׁמַע הָכִי דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי א"כ כִּי פָּרֵיךְ וְנִכְתּוֹב נוֹשֵׂא מַאי קָא מְשַׁנֵּי הָא קָמַשְׁמַע לַן עַד דְּדָרֵי כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה אַכַּתִּי תִּיקְשֵׁי לָךְ לִיכְתֹּוב וְהַנּוֹשֵׂא מֵי נִדָּה יְכַבֵּס בְּגָדָיו דְּמֵי הַנִּדָּה מַשְׁמַע שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כְּדֵי הַזָּיָיה וְעוֹד אֵי מִי הַנִּדָּה מַשְׁמַע דַּוְקָא שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן כְּדֵי הַזָּיָיה אִם כֵּן אֵין בָּהֶן כְּדֵי הַזָּייָה לֹא יִטַּמָּא בְּמַגָּע כְּלָל וְהָא לֵיתָא דִּבְרֵישׁ מַסֶּכֶת כֵּלִים מַשְׁמַע דִּמְטַמּוּ בְּמַגָּע דִּתְנַן הָתָם אֲבוֹת הַטֻּומְאוֹת הַשֶּׁרֶץ וְכוּ' עַד וּמֵי חַטָּאת שֶׁאֵין בָּהֶן כְּדֵי הַזָּייָה הֲרֵי אֵלּוּ מְטַמְּאִין אָדָם וְכֵלִים בְּמַגָּע וְאֵין מְטַמְּאִין בְּמַשָּׂא וְאֵין לְתָרֵץ דה"ק מַאי מִזֶּה נוֹשֵׂא אַף נוֹשֵׂא וְהוּא הַדִּין בְּמַגָּע דְּשִׁקּוּלִין הֵן וְהֵי מִינַּייְהוּ מַפְּקַת דְּאִם כֵּן מַאי פָּרִיךְ וְלִכְתֹּוב נוֹשֵׂא לִישָּׁנֵי אִי הֲוָה כְּתַב נוֹשֵׂא הֲוָה אֲמִינָא דַּוְקָא בְּמַשָּׂא וְלֹא בְּמַגָּע לְהָכִי כְּתַב מִזֶּה דְּהַשְׁתָּא אָתֵי תַּרְוַיְיהוּ וְעוֹד הַלָּשׁוֹן אֵינוֹ מַשְׁמַע כֵּן דְּקָאָמַר עַד דְּדָרֵי כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה וְלָא קָאָמַר עַד דְּנָגַע כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה לְעִנְיַן כִּיבּוּס בְּגָדִים ונ"ל דִּלְהָכִי לָא אוֹקְמָא בְּמַגָּע וּלְעִנְיַן כִּיבּוּס דְּא"כ הֲוָה מַשְׁמַע בְּמַגָּע לְעִנְיַן כִּיבּוּס וּבְמַשָּׂא טָהוֹר גָּמוּר וְהָא לָא אַשְׁכְּחַן טֻומְאָה דְּלָא מְטַמְּיָא אֶלָּא בְּמַגָּע לְעִנְיַן כִּיבּוּס וּבְמַשָּׂא טְהוֹרָה אע"ג דְּשֶׁרֶץ מְטַמֵּא בְּמַגָּע וְלֹא בְּמַשָּׂא מ"מ לָא בָּעֵי כִּיבּוּס לְהָכִי אוֹקֵמִי בְּמַשָּׂא דִּבְמַשָּׂא בָּעֵי כִּיבּוּס וּבְמַגָּע לָא בָּעֵי כִּיבּוּס דְּאַשְׁכְּחַן טֻומְאָה כַּיּוֹצֵא בָּהּ דִּנְבֵילָה מְטַמֵּא אָדָם וְלָא בָּעֵי כִּיבּוּס וּבְמַשָּׂא בָּעֵי כִּיבּוּס אִי נָמֵי נ"ל דְּמֵי הַנִּדָּה מַשְׁמַע הָכִי וּמַשְׁמַע הָכִי בֵּין יֵשׁ בָּהֶן כַּשִּׁיעוּר בֵּין אֵין בָּהֶן כַּשִּׁיעוּר וּלְהָכִי לָא מָצֵי לְאוֹקְמָא בְּמַגָּע דְּהָא כְּתִיב וְהַנֹּוגֵעַ בְּמֵי הַנִּדָּה יִטְמָא וּמַשְׁמַע אֲפִילּוּ בְּכַשִּׁיעוּר יִטַּמָּא גְּרֵידָא טֻומְאָה קַלָּה בְּלֹא כִּיבּוּס בְּגָדִים וְהַשְׁתָּא נַמֵּי נִיחָא הָא דְּקָאָמַר עַד דְּדָרֵי כְּשִׁיעוּר הַזָּאָה דְּאִי הֲוָה כְּתַב וְהַנּוֹשֵׂא מֵי הַנִּדָּה יְכַבֵּס בְּגָדָיו הֲוָה אֲמִינָא בֵּין יֵשׁ בָּהֶן כַּשִּׁיעוּר בֵּין אֵין בָּהֶן:
Plutôt, que signifie "mazèh" -- porteur -- et voici ce qu'il nous enseigne : [on n'est impur] que si l'on en porte la mesure d'une aspersion. Cela me fait difficulté : s'il en est ainsi, pourquoi [la Guemara] revient-elle sur ce qu'elle avait dit "que signifie mazèh -- toucheur" ? Si c'est à cause de la difficulté "or il est écrit nogéa et il est écrit mazèh", et de plus "mazèh exige le lavage, nogéa ne l'exige pas" -- qu'elle dise donc : ce que le verset écrit "nogéa" sans lui adjoindre le lavage, c'est quand il a touché sans la mesure d'aspersion ; et "mazèh" qui exige le lavage, c'est quand il a touché avec la mesure d'aspersion ! Et l'on ne peut pas répondre que si l'on n'établit pas [le verset] à propos d'un toucheur -- comme [le maître] l'a expliqué -- c'est parce que le toucheur n'exige pas le lavage même lorsqu'il a touché la mesure, du fait qu'il est écrit "et celui qui touche les eaux lustrales sera impur" sans lui adjoindre le lavage, et que "mei ha-nidda" signifierait des eaux propres à asperger, c'est-à-dire en quantité suffisante -- car cela est assurément faux : "mei ha-nidda" ne signifie pas cela ; car si tu ne dis pas ainsi, alors lorsque [la Guemara] objecte "et qu'il écrive nossei [porteur]", que répond-elle "c'est pour t'enseigner [qu'il faut] la mesure d'aspersion" ? Il te resterait toujours à demander : qu'il écrive donc "et le porteur des eaux lustrales lavera ses vêtements", puisque "mei ha-nidda" signifierait déjà qu'il y en a de quoi asperger ! De plus, si "mei ha-nidda" désignait uniquement une quantité suffisante pour asperger, alors une quantité insuffisante ne rendrait pas impur par contact du tout -- or cela est faux : au début du traité Kelim il ressort qu'elles rendent impur par contact, car on y enseigne : "les pères de l'impureté : le cherets, etc. ... jusqu'à : et les eaux de la 'hatat en quantité insuffisante pour asperger -- voici ce qui rend impurs hommes et ustensiles par contact, mais ne rend pas impur par portage". Et l'on ne peut répondre que voici le sens : "que signifie mazèh -- porteur, et il en va de même du contact, car ils sont équivalents et lequel des deux voudrais-tu écarter ?" -- car s'il en était ainsi, qu'objecterait [la Guemara] "et qu'il écrive nossei" ? Qu'elle réponde : s'il avait écrit "nossei", j'aurais dit "uniquement par portage et non par contact" ; c'est pourquoi il écrit "mazèh", d'où maintenant les deux découlent ! De plus, la formule ne le laisse pas entendre ainsi, car [la Guemara] dit "jusqu'à ce qu'il en porte la mesure d'aspersion" et non "jusqu'à ce qu'il touche la mesure d'aspersion" à propos du lavage des vêtements. Il me semble donc que si [la Guemara] ne l'a pas établi à propos du contact et du lavage, c'est parce qu'alors cela signifierait : par contact avec lavage, et par portage totalement pur -- or nous ne trouvons pas d'impureté qui ne rende impur que par contact avec lavage et qui soit pure par portage ; bien que le cherets rende impur par contact et non par portage, il n'exige de toute façon pas le lavage. C'est pourquoi ils l'ont établi à propos du portage, car par portage il faut le lavage et par contact non -- puisque nous trouvons une impureté semblable : la nevela rend impur l'homme sans exiger le lavage [par contact], mais par portage elle exige le lavage. Ou bien il me semble que "mei ha-nidda" signifie ceci et signifie cela [à la fois], qu'il y en ait la mesure ou non ; et c'est pourquoi [la Guemara] ne pouvait l'établir à propos du contact et du lavage, car il est écrit "et celui qui touche les eaux lustrales sera impur", ce qui implique que même en quantité suffisante il ne contracte qu'une impureté légère, sans lavage des vêtements. Et l'on comprend alors bien ce qu'elle dit "jusqu'à ce qu'il en porte la mesure d'aspersion" : car s'il avait écrit "et le porteur des eaux lustrales lavera ses vêtements", j'aurais dit [qu'il est impur] qu'il y en ait la mesure ou non.
💡 Explication

Nouvelle lecture, retenue : "mazèh" désigne ici le porteur (nossei) de l'eau lustrale. Le porteur devient impur et doit laver ses vêtements ; cela distingue son statut de celui du simple toucheur (impur mais sans lavage).

Objection : pourquoi le verset dit-il "mazèh" (aspergeur) plutôt que "nossei" (porteur) ? Réponse : l'emploi même du mot aspersion enseigne une condition -- on ne devient impur en portant l'eau que si l'on en porte au moins la quantité requise pour une aspersion (chiour haza'a).

11
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר: הַזָּאָה צְרִיכָה שִׁיעוּר. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר: הַזָּאָה אֵין צְרִיכָה שִׁיעוּר, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר! אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר הַזָּאָה אֵין צְרִיכָא שִׁיעוּר, הָנֵי מִילֵּי אַגַּבָּא דְּגַבְרָא, אֲבָל בְּמָנָא — צְרִיכָה שִׁיעוּר. דִּתְנַן: כַּמָּה יְהֵא בָּהֶן וִיהֵא כְּדֵי הַזָּאָה — כְּדֵי שֶׁיִּטְבֹּול

Cela va bien selon celui qui dit : l'aspersion exige une mesure (hazaа tsricha chiour). Mais selon celui qui dit : l'aspersion n'exige pas de mesure -- que peut-on dire ?

[La Guemara répond :] Même selon celui qui dit que l'aspersion n'exige pas de mesure, cela [ne vaut que] pour [l'eau posée] sur le dos de l'homme (agba de-gavra) ; mais dans un récipient (be-mana), elle exige une mesure. Comme nous l'avons appris [dans une Michna] : combien doit-il y en avoir dans [le récipient] pour qu'il y ait la mesure d'aspersion -- assez pour qu'on puisse y tremper...

[la suite en 14b].

📜 Rachi (3)
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר כוּ' פְּלֻוגְתָּא הִיא בִּזְבָחִים בְּפֶרֶק הַתַּעֲרֹובֶת (זְבָחִים דַּף פ.):
Cela va bien selon celui qui dit, etc. -- c'est une controverse dans Zeva'him, au chapitre HaTaarovet (80a).
אַגַּבָּא דְּגַבְרָא כָּל שֶׁהוּא שֶׁנּוֹתֵן עָלָיו מִטָּהֳרוֹ:
Sur le dos de l'homme -- la moindre quantité qu'il pose sur lui le purifie.
אֲבָל בְּמָנָא שֶׁהוּא מְטַבֵּל רָאשֵׁי גִּבְעוֹלֵי אֵזוֹב בּוֹ צְרִיכָה שִׁיעוּר:
Mais dans un récipient -- où il trempe les extrémités des tiges d'ezov, elle exige une mesure.
💡 Explication

La deracha de "chiour haza'a" (seg 9) présuppose que l'aspersion a une mesure minimale. Or c'est une mahloket (Zeva'him 80a) : certains disent que l'aspersion n'exige pas de mesure. Comment leur dernière derachа tiendrait-elle ?

Réponse : "pas de mesure" ne vaut que pour l'eau posée sur le corps de l'impur (agba de-gavra) -- la moindre goutte le purifie. Mais l'eau dans le récipient (be-mana), où l'on trempe l'ezov, exige bien un minimum, comme l'enseigne la Michna : il en faut assez pour y tremper [les têtes des tiges d'ezov]. La sougya se poursuit en Yoma 14b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).