Yoma 14b -- l'ordre du service quotidien au Sanctuaire : encens (ketoret) avant ou après le parage des lampes (hatavat ha-nérot) ? De la contradiction entre notre michna et le traité Tamid jusqu'à la mahloket entre les Sages et Abba Chaoul.

Yoma 14b

Sougya : Ce daf s'ouvre sur la fin d'une sougya du daf précédent (Abaye : le Kohen Gadol asperge d'eau lustrale en fin de journée, s'immerge et attend le coucher du soleil, même selon R. Akiva).

Le cœur du daf est une double contradiction sur l'ordre du service du matin. Notre michna place l'encens avant le parage des lampes ; le traité Tamid fait l'inverse.

Rav Houna tente d'attribuer Tamid a R. Chimon Ich ha-Mitzpa, mais la tentative est réfutée (on l'entend tenir l'inverse sur l'aspersion du sang) ; R.

Yo'hanan inverse l'attribution : c'est l'ordre de Yoma qui est de R. Chimon Ich ha-Mitzpa, Tamid suivant les Sages.

Surgit alors une contradiction Yoma contre Yoma (la michna des tirages met la menora avant l'encens), qu'Abaye résout par le partage du parage en deux temps : cinq lampes avant, deux lampes après. Reste à savoir quel service interrompt les cinq des deux : l'encens (Sages, notre michna) ou le sang du tamid (Abba Chaoul, tradition reçue par Abaye).

La mahloket est ancrée dans une baraita et dans l'ordre des versets « quand il parera les lampes... il la fera fumer » (Ex 30,7-8), dont la lecture des Sages reste à expliquer (suite en 15a).

Encens (ketoret) avant ou après le parage des lampes (hatavat nérot) ? Deux michnayot enseignent l'ordre inverse -- d'où la contradiction, puis sa résolution. Notre michna (Yoma) ENCENS, puis parage des lampes ketoret ba-risha ve-hadar nérot segment 1 Michna de Tamid LAMPES (menora), puis encens au 2e tirage : menora avant ketoret segment 1 ↔ Tentative 1 -- Rav Houna : le tanna de Tamid est R. Chimon Ich ha-Mitzpa (il diverge de notre michna sur l'ordre du service) REFUTEE : on l'entend justement tenir l'INVERSE de l'anonyme de Tamid (aspersion du sang, seg 2-3) segments 2-3 Tentative 2 -- R. Yo'hanan : le tanna de YOMA est R. Chimon Ich ha-Mitzpa et Tamid suit les Sages qui le contredisent -- on inverse l'attribution ACCEPTÉE -- mais ouvre une nouvelle contradiction : Yoma contre Yoma (seg 5) segment 4 Nouvelle contradiction : la michna des tirages (payis) met aussi les LAMPES avant l'encens -> résolue par Abaye : cinq lampes / deux lampes (schéma suivant)
La contradiction d'ordre encens/lampes entre notre michna et Tamid, et les deux tentatives de résolution (Rav Houna réfutée, R. Yohanan retenue).
Le parage se fait en deux temps : 5 lampes, une interruption, puis 2 lampes Abaye lève la contradiction Yoma/Yoma : les deux michnayot parlent d'étapes différentes du parage. Sages (Rabbanan) = notre michna : l'ENCENS interrompt 5 lampes parées ENCENS (ketoret) 2 lampes parées michna des tirages : "menora avant" notre michna : "ketoret avant [ces 2]" baraita : "il fera fumer PUIS parera" -- ketoret entre les 5 et les 2 Abba Chaoul = tradition d'Abaye (seder ha-maaracha) : le SANG du tamid interrompt 5 lampes parées SANG du tamid (zerika) 2 lampes parées ENCENS (à la fin) baraita : "il pare PUIS fait fumer" -- l'encens vient après tout le parage appui scripturaire : "quand il parera les lampes... il la fera fumer" (Ex 30,7-8) Nafka mina : QUI vient d'abord de l'encens et du parage -- et QUEL service coupe les 5 des 2. segments 6-8
Le parage en deux temps (5+2 lampes) et la mahloket sur le service qui interrompt : l'encens (Sages) ou le sang du tamid (Abba Chaoul).
1
רָאשֵׁי גִּבְעוֹלִין וְיִזֶּה. אַבַּיֵּי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבִּי עֲקִיבָא, דְּעָבֵיד עֲבוֹדָה כֻּולֵּיהּ יוֹמָא, וּלְפַנְיָא מִדּוֹ עָלֶיהָ, וְטָבֵיל וְעָבֵיד הֶעֱרֵב הַשֶּׁמֶשׁ.

... les extrémités des tiges [de l'hysope, pour qu'il les trempe] et asperge. Abaye dit : même si tu dis [que la michna est] selon Rabbi Akiva -- qui tient que l'eau lustrale (mei hatat) rend impur le pur --, [cela se résout ainsi] : [le Kohen Gadol] accomplit le service toute la journée, et vers le soir on l'asperge, puis il s'immerge et observe [l'attente jusqu'au] coucher du soleil (haarev chemech).

📜 Rachi (1)
שֶׁיַּטְבִּיל רָאשֵׁי גִבְעוֹלִין וְיַזֶּה כְּלוֹמַר כְּדֵי שֶׁיַּטְבִּילֵם בָּהֶן טְבִילָה שֶׁיְּהֵא בָּהּ לְהַתִּיז מִמֶּנָּה:
c'est-à-dire pour qu'il les y trempe d'une immersion telle qu'il puisse en asperger (qu'il y ait dans le vase assez d'eau pour tremper les tiges et pouvoir en projeter).
💡 Explication

Fin d'une sougya du daf précédent : durant les sept jours de mise à l'écart, on asperge le Kohen Gadol de l'eau lustrale (mélange de cendres de la vache rousse) par précaution, au cas où il aurait contracté une impureté de mort. Objection selon Rabbi Akiva, pour qui cette eau, lorsqu'elle touche une personne déjà pure, la rend au contraire impure : comment alors asperger le Kohen Gadol pur ?

Réponse d'Abaye : on l'asperge en fin de journée, après tout son service ; l'impureté éventuelle est de rang léger, il s'immerge aussitôt et attend le coucher du soleil (haarev chemech), si bien qu'il est de nouveau pur pour le service du lendemain.

2
וּמַקְטִיר אֶת הַקְּטֹורֶת וּמֵטִיב אֶת הַנֵּרוֹת. אַלְמָא קְטוֹרֶת בְּרֵישָׁא וַהֲדַר נֵרוֹת. וּרְמִינְהוּ: מִי שֶׁזָּכָה בְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי, וּמִי שֶׁזָּכָה בִּמְנוֹרָה, וּמִי שֶׁזָּכָה בִּקְטֹורֶת!

« Et il fait fumer l'encens (ketoret) et pare les lampes (metiv et ha-nérot). » Il en ressort donc que l'encens vient d'abord, puis les lampes. Or on soulève une contradiction [d'une michna de Tamid] : « celui qui a mérité [au tirage] le retrait des cendres de l'autel intérieur, celui qui a mérité la menora, et celui qui a mérité l'encens ! »

📜 Rachi (1)
כָּל מִי שֶׁזָּכָה כו' שָׁלֹשׁ מִשְׁנָיוֹת הֵן בְּסֵדֶר הַתָּמִיד סְדוּרוֹת זוֹ אַחַר זוֹ כְּסֵדֶר עֲבוֹדָתוֹ מִי שֶׁזָּכָה לְפַיֵּיס בְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי נוֹטֵל אֶת וְכוּ' וּכְשֶׁסִּיֵּים סֵדֶר מַעֲשֵׂה הַדִּישּׁוּן נְקַט בָּתְרֵיהּ מִי שֶׁזָּכָה בִּמְנוֹרָה נוֹטֵל אֶת הַטְּנִי כו' וּמְפָרֵשׁ מַעֲשֵׂה הֲטָבַת נֵרוֹת וְחוֹזֵר וְשׁוֹנֶה מִי שֶׁזָּכָה בַּקְּטֹורֶת וּמְפָרֵשׁ הִלְכוֹתָיו אַלְמָא כָּךְ סִידְּרָן:
Il y a trois michnayot dans l'ordre du Tamid, rangées l'une après l'autre selon l'ordre du service : « celui qui a mérité au tirage le retrait des cendres de l'autel intérieur prend le... », etc. ; puis, ayant achevé l'exposé du retrait des cendres, elle enchaîne « celui qui a mérité la menora prend le vase (teni)... » et décrit le rite du parage des lampes ; puis elle reprend « celui qui a mérité l'encens » et en expose les règles. Il en ressort qu'elle les a ainsi ordonnés [lampes avant encens].
🗂️ Tossefot (1)
וּרְמִינְהוּ מִי שֶׁזָּכָה בְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וּמִי שֶׁזָּכָה בַּמְּנוֹרָה וְכוּ' לָא הֲוָה צָרִיךְ לַאֲתוּיֵי מִי שֶׁזָּכָה בְּדִישּׁוּן הַפְּנִימִי אֶלָּא מִי שֶׁזָּכָה בִּמְנוֹרָה וּקְטֹורֶת כִּי הֵיכִי דְּלָא מַיְיתֵי הָכָא מִי שֶׁזָּכָה לִתְרֹום מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן וּמִי שֶׁזָּכָה בְּאֵבָרִים דְּקָתָנֵי הָתָם אֶלָּא נְקַט חֲדָא דִּלְעֵיל מִינֵּיהּ דְּהַיְינוּ דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי שֶׁנִּשְׁנֵית בְּסָמוּךְ לָהֶם לְאַשְׁמוֹעִינַן דָּמֵי שֶׁזָּכָה בִּמְנוֹרָה וּבִקְטֹורֶת דְּבַבֹּקֶר אַיְירֵי דְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי אֵינוֹ אֶלָּא בַּבֹּקֶר וּמַתְנִי' דְּהָכָא נָמֵי בַּבֹּקֶר אַייְרֵי וְהָכִי נַמֵּי הֲוָה מָצֵי לְאַקְשׁוּיֵי דִּבְמַתְנִי' קָתָנֵי זְרִיקַת דַּם תָּמִיד בְּרֵישָׁא וּבְמַס' תָּמִיד (דַּף ל:) קָתָנֵי בְּרֵישָׁא מִי שֶׁזָּכָה בְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וַהֲדַר מִי שֶׁזָּכָה בִּמְנוֹרָה וַהֲדַר קָתָנֵי שְׁחִיטַת הַתָּמִיד וְקַבָּלַת דָּמוֹ וּזְרִיקָתוֹ וַהֲדַר הַעֲלָאַת אֵבָרִים לַכֶּבֶשׁ וַהֲדַר קְטֹורֶת וַהֲדַר הַקְטָרַת אֵבָרִים וְהַעֲלָאָתָן מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וְכִי מְשַׁנֵּי רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הִיא אָז הַכֹּל מְתֹורָץ וּמִנֵּרוֹת דְּקָתָנֵי הָתָם בְּרֵישָׁא פָּרִיךְ:
Il n'était pas nécessaire d'apporter « celui qui a mérité le retrait des cendres de l'autel intérieur », mais seulement « celui qui a mérité la menora et l'encens » -- de même qu'on n'apporte pas ici « celui qui a mérité de prélever [les cendres de] l'autel extérieur » ni « celui qui a mérité les membres », enseignés là-bas. On a pris [en plus] cette [halakha] qui la précède, le retrait des cendres de l'autel intérieur, enseignée tout près d'elles, pour nous apprendre que « celui qui a mérité la menora et l'encens » traite du matin -- car le retrait des cendres de l'autel intérieur ne se fait que le matin --, et que notre michna d'ici traite également du matin. De même aurait-on pu objecter que notre michna enseigne l'aspersion du sang du tamid en premier, alors qu'au traité Tamid (30b) on enseigne d'abord « celui qui a mérité le retrait des cendres de l'autel intérieur », puis « celui qui a mérité la menora », puis l'égorgement du tamid, la réception de son sang et son aspersion, puis la montée des membres à la rampe, puis l'encens, puis la combustion des membres et leur montée de la rampe vers l'autel. Et lorsqu'on répond que Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa en est [l'auteur], tout se résout ; et c'est des lampes enseignées là-bas en premier qu'on objecte.
💡 Explication

La michna (jours de mise à l'écart) énonce l'ordre : encens (ketoret) puis parage des lampes (hatavat ha-nérot) -- nettoyer la menora et préparer ses mèches. On oppose une michna du traité Tamid qui, en décrivant le tirage au sort (payis) des services du matin, place le service de la menora avant l'encens. Contradiction sur l'ordre.

🖼️ Schéma
Deux ordres opposés Notre michna encens -> lampes Michna de Tamid lampes -> encens
L'ordre inverse enseigné par les deux michnayot.
3
אָמַר רַב הוּנָא: מַאן תְּנָא תָּמִיד, רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הוּא. וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ, דִּתְנַן: בָּא לוֹ לְקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית — נוֹתֵן מִזְרָחָהּ צָפוֹנָה, מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית — נוֹתֵן מַעֲרָבָהּ דְּרוֹמָהּ.

Rav Houna dit : Qui est le tanna [auteur] du [traité] Tamid ? C'est Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa. -- Mais nous l'avons entendu [tenir] l'inverse !

Car nous avons appris [dans une michna de Tamid] : Il vient à l'angle nord-est -- il donne [le sang] vers l'est [et] vers le nord ; [à l'angle] sud-ouest -- il donne vers l'ouest [et] vers le sud.

📜 Rachi (3)
מַאן תָּנָא תָּמִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הוּא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ בַּבָּרַיְיתָא דְּאַייְרֵי בְּהִלְכוֹת סֵדֶר הַתָּמִיד:
car nous l'avons entendu dans une baraita traitant des règles de l'ordre du tamid.
וְהָא אִיפְּכָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּבַר פְּלֻוגְתַּייְהוּ הוּא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ דִּפְלִיג אַסְּתָמֵיהּ דְּמַסֶּכֶת תָּמִיד וְלָא מִיתּוֹקְמִי סְתָמֵיהּ דְּתָמִיד כְּוָותֵיהּ:
car c'est dans l'objet même de leur controverse que nous l'avons entendu : il diverge de l'enseignement anonyme (setam) du traité Tamid, si bien que l'anonyme de Tamid ne peut se maintenir conforme à son opinion.
דִּתְנַן בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד בָּא לוֹ כֹּהֵן הַזּוֹרֵק אֶת הַדָּם לְקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית שֶׁל מִזְבֵּחַ נוֹתֵן מַתָּנָה רִאשׁוֹנָה מִזְרָחָהּ צָפוֹנָה מַתָּנָה אַחַת כְּמִין גֵּאָם יְוָנִית נִיכֶּרֶת לַמִּזְרָח וְלַצָּפוֹן וּמִשָּׁם מַקִּיף וְהוֹלֵךְ וּבָא לוֹ לְקֶרֶן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית וְנוֹתֵן מַעֲרָבָה דָּרוֹמָה שֶׁהָעוֹלָה טְעוּנָה שְׁתֵּי מַתָּנוֹת שֶׁהֵן אַרְבַּע בִּשְׁתֵּי קְרָנוֹת זוֹ כְּנֶגֶד אֲלַכְסוֹנָהּ שֶׁל זוֹ כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מִן הַדָּם בְּאַרְבַּע רוּחוֹת הַמִּזְבֵּחַ כְּאַרְבַּע מַתָּנוֹת וּלְקַמֵּיהּ (טו:) מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא הָנֵי תַּרְתֵּי קְרָנוֹת:
[comme nous avons appris] au traité Tamid : le kohen qui asperge le sang vient à l'angle nord-est de l'autel et y dépose la première aspersion, vers l'est [et] vers le nord -- une aspersion en forme de gamma grec (gam), visible à l'est et au nord ; de là il fait le tour et vient à l'angle sud-ouest, où il donne vers l'ouest [et] vers le sud. Car l'holocauste requiert deux aspersions qui en font quatre, sur deux angles diagonalement opposés, afin qu'il y ait du sang sur les quatre côtés de l'autel comme quatre aspersions ; et plus loin (15b) on explique pourquoi précisément ces deux angles.
🗂️ Tossefot (1)
מַאן תָּנָא תָּמִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הִיא רַב הוּנָא קִיבֵּל דר"ש אִישׁ הַמִּצְפָּה וְרַבָּנָן פְּלִיגִי בְּסֵדֶר הָעֲבוֹדָה אֲבָל לֹא יָדַע הֵיכִי סְבִירָא לֵיהּ:
Rav Houna tenait pour reçu que c'est Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa [l'auteur] et que les Sages divergent de lui sur l'ordre du service, mais il ne savait pas quelle était exactement sa position.
💡 Explication

Première tentative de résolution : Rav Houna attribue le traité Tamid a Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa, qui divergerait de notre michna sur l'ordre du service. Objection immédiate : sur le don du sang de l'holocauste, on connaît la position de R. Chimon Ich ha-Mitzpa, et elle est justement l'inverse de l'enseignement anonyme (setam) de Tamid -- donc l'anonyme de Tamid ne peut être lui.

4
וְתָנֵי עֲלָהּ, רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה מְשַׁנֶּה בַּתָּמִיד: מִזְרָחִית צְפוֹנִית — נוֹתֵן מִזְרָחָהּ צָפוֹנָה. מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית — נוֹתֵן מַעֲרָבָהּ, וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן דָּרוֹמָה.

Et l'on a enseigné à ce sujet [dans la Tossefta] : Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa modifie [la règle] pour le tamid : [a l'angle] nord-est -- il donne vers l'est [et] vers le nord ; [à l'angle] sud-ouest -- il donne vers l'ouest, PUIS il donne vers le sud. [Ainsi, puisque celui qui diverge est R.

Chimon Ich ha-Mitzpa, l'anonyme de Tamid n'est pas lui.]

📜 Rachi (1)
וְתָנֵי עֲלָהּ ר' שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה מְשַׁנֶּה בַּתָּמִיד בְּמַתַּן דַּם הַתָּמִיד מִמַּתַּן דְּמֵי כָּל שְׁאָר עוֹלוֹת לָתֵת מִמֶּנּוּ מַתָּנָה רִאשׁוֹנָה אַחַת שֶׁהִיא שְׁתַּיִם כְּמוֹ שֶׁאָמַרְנוּ כְּמִין גֵּאָם יְוָנִית וּבַשְּׁנִיָּה שְׁתַּיִם שֶׁהֵן שְׁתַּיִם לְהַפְסִיקָהּ וְלָתֵת מֵעֲרָבָה תְּחִילָּה וְאח"כ דְּרוֹמָהּ כְּדֶרֶךְ בִּיאָתוֹ שֶׁהוּא מַקִּיף וּבָא מִן הַמַּעֲרָב לַדָּרוֹם וּכְשֶׁמַּגִּיעַ לַקֶּרֶן נוֹתֵן שְׁתֵּי מַתָּנוֹת בְּפִיסּוּק וְטַעֲמָא מְפָרֵשׁ לְקַמֵּיהּ (שָׁם ע"א):
Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa modifie, pour le don du sang du tamid par rapport au don du sang de tous les autres holocaustes : donner de ce [sang] une première aspersion, une qui en fait deux comme nous l'avons dit, en forme de gamma grec ; et à la seconde, deux qui restent deux, en la scindant -- donner d'abord vers l'ouest puis vers le sud, selon le sens de sa marche, car il fait le tour et vient de l'ouest vers le sud, et arrive à l'angle il donne deux aspersions de façon scindée. La raison en est expliquée plus loin (15a).
💡 Explication

La baraita précise la position de R. Chimon Ich ha-Mitzpa : pour le tamid il scinde la seconde aspersion (ouest, puis sud) au lieu de la faire d'un seul geste en gamma. C'est exactement l'inverse de l'anonyme de Tamid. La tentative de Rav Houna s'effondre : on ne peut pas dire que Tamid = R. Chimon Ich ha-Mitzpa.

5
אֶלָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאן תְּנָא סֵדֶר יוֹמָא — רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הוּא.

Plutôt, Rabbi Yo'hanan dit : Qui est le tanna [auteur] de l'ordre de Yoma ? C'est Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa (et Tamid suit les Sages qui le contredisent).

📜 Rachi (1)
מַאן תְּנָא סֵדֶר יוֹמָא מַאן תְּנָא לְסֵדֶר תָּמִיד דְּהַךְ מַס' דְּמַייְרֵי בְּסֵדֶר יוֹם הַכִּפּוּרִים דִּפְלִיג אַמִּשְׁנָיוֹת דְּסֵדֶר הַתָּמִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הוּא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ דִּפְלִיג אַסְּתָמֵיהּ דְּתָמִיד:
Qui est le tanna de ce traité qui traite de l'ordre de Yom Kippour, [ordre] qui diverge des michnayot de l'ordre du tamid ? C'est Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa, dont nous avons entendu qu'il s'oppose à l'enseignement anonyme (setam) de Tamid.
💡 Explication

Seconde tentative, retenue : on inverse l'attribution. Ce n'est pas Tamid, mais notre traité (l'ordre de Yoma) qui est de R. Chimon Ich ha-Mitzpa ; Tamid, lui, suit les Sages. La contradiction d'ordre s'explique alors comme une divergence entre tannaim.

6
וּרְמִי סֵדֶר יוֹמָא אַסֵּדֶר יוֹמָא, דִּתְנַן: פַּייִס הַשֵּׁנִי — מִי שׁוֹחֵט, מִי זוֹרֵק, מִי מְדַשֵּׁן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי, וּמִי מְדַשֵּׁן אֶת הַמְּנוֹרָה, וּמִי מַעֲלֶה אֵבָרִים לַכֶּבֶשׁ. פַּיִיס הַשְּׁלִישִׁי — חֲדָשִׁים לַקְּטֹורֶת בֹּואוּ וְהָפִיסוּ!

Et l'on oppose l'ordre de Yoma a l'ordre de Yoma. Car nous avons appris : Le deuxième tirage (payis) [déterminait] qui égorge [le tamid], qui asperge [son sang], qui retire les cendres de l'autel intérieur, qui retire les cendres de la menora, et qui monte les membres à la rampe.

Le troisième tirage : « Les nouveaux pour l'encens, venez et tirez au sort ! »

📜 Rachi (3)
הַפַּייִס הַשֵּׁנִי בְּפִירְקִין דִּלְקַמָּן (יוֹמָא כה.) אַיְירֵי בְּסֵדֶר אַרְבַּע פְּייָסוֹת שֶׁהָיוּ שָׁם בְּכָל יוֹם וְקָתָנֵי בַּאֲסִיפַת קִיבּוּץ פַּייִס שֵׁנִי הָיוּ מְפַייְּסִין שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה עֲבוֹדוֹת:
Au chapitre suivant (Yoma 25a) on traite de l'ordre des quatre tirages qu'il y avait là chaque jour ; on y enseigne qu'à la deuxième assemblée-réunion, au deuxième tirage, on tirait au sort treize services.
מִי שׁוֹחֵט וּמִי זוֹרֵק אֶת דָּמוֹ וּמִי מְדַשֵּׁן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וּמִי מַעֲלֶה אֶבְרֵי תָּמִיד לַכֶּבֶשׁ וְסוֹדְרָן אוֹתָן עָלָיו וְאַחַר כָּךְ מַעֲלָן מִשָּׁם לַמִּזְבֵּחַ מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ וּמוֹנֶה וְהוֹלֵךְ שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה וּמִתְפָּרְדִין וְחוֹזְרִין וְנֶאֱסָפִין לְאַחַר שָׁעָה וּמַכְרִיזִין לְפַייֵּס שְׁלִישִׁי כְּלוֹמַר בַּאֲסִיפָה שְׁלִישִׁית וּלְקַמָּן (יוֹמָא דַּף כֹּד:) מְפָרֵשׁ לָמָּה מִתְפָּרְדִין וְחוֹזְרִין וְנֶאֱסָפִין כְּדֵי שֶׁתְּהֵא הֶרְגֵּשׁ קוֹל בָּעֲזָרָה שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִילִּים נ״ה:ט״ו) בְּבֵית אֱ-לֹהִים נְהַלֵּךְ בְּרָגֶשׁ:
... [qui asperge] son sang ; qui retire les cendres de l'autel intérieur ; qui monte les membres du tamid a la rampe et les y dispose, puis les monte de là vers l'autel -- au titre de « dans la multitude du peuple est la gloire du roi » --, et l'on compte ainsi treize [services]. Puis ils se dispersent, se rassemblent de nouveau après un moment, et l'on proclame le troisième tirage, c'est-à-dire la troisième assemblée ; plus loin (24b) on explique pourquoi ils se dispersent puis se rassemblent : afin qu'il y ait rumeur de voix dans le parvis, comme il est dit (Ps 55,15) « dans la maison de Dieu nous marchions dans le tumulte (reguech) ».
חֲדָשִׁים כֹּהֲנִים שֶׁלֹּא הִקְטִירוּ קְטֹרֶת מֵימֵיהֶם יִתְקַבְּצוּ כֻּולָּן לְכָאן לְגוֹרַל הַקְּטֹרֶת אֲבָל לֹא יְשֵׁנִים דְּאָמַר לְקַמָּן (יוֹמָא דַּף כו.) מֵעוֹלָם לֹא שָׁנָה בָּהּ אָדָם לְפִי שֶׁהָיְתָה מֵעֲשֶׂרֶת שֶׁנֶּאֱמַר יָשִׂימוּ קְטוּרָה בְּאַפְּךָ (דְּבָרִים ל״ג:י׳) וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ בָּרֵךְ ה' חֵילוֹ מ"מ שָׁמְעִינַן מִינָּהּ הֲטָבַת הַנֵּרוֹת קוֹדֶמֶת לִקְטֹורֶת:
[les] kohanim qui n'ont jamais fait fumer l'encens de leur vie se rassemblent tous ici pour le tirage de l'encens ; mais non les anciens, car l'on dit plus loin (26a) « jamais un homme ne l'a répété », parce qu'il enrichissait, comme il est dit « ils placeront l'encens dans tes narines » (Dt 33,10), suivi de « bénis, Éternel, sa force » (Dt 33,11). Quoi qu'il en soit, on en déduit que le parage des lampes précède l'encens.
💡 Explication

Nouvelle contradiction, cette fois Yoma contre Yoma : la michna des quatre tirages (payis) place le retrait des cendres de la menora au deuxième tirage, et l'encens seulement au troisième -- donc lampes avant encens, ce qui contredit notre michna. La résolution de R. Yo'hanan (Yoma = R. Chimon Ich ha-Mitzpa) ne suffit donc pas telle quelle.

7
אָמַר אַבַּיֵּי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בַּהֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת, כָּאן בַּהֲטָבַת חָמֵשׁ נֵרוֹת.

Abaye dit : Point de difficulté. Ici [notre michna] il s'agit du parage des deux lampes [qui suit l'encens] ; là [la michna des tirages] il s'agit du parage des cinq lampes [qui précède l'encens].

📜 Rachi (1)
כָּאן בַּהֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת וְכוּ' לְקַמָּן בְּפֶרֶק שְׁלִישִׁי (יוֹמָא דַּף לג.) אָמְרִינַן שֶׁמַּפְסִיק בַּהֲטָבַת הַנֵּרוֹת מִשֶּׁהֵטִיב חָמֵשׁ פּוֹסֵק וּמַמְתִּין עַד שֶׁנַּעֲשָׂה עֲבוֹדָה אַחֶרֶת בֵּנְתַיִם וְחוֹזֵר וּמֵטִיב שְׁתַּיִם וּפְלִיגָא אַבָּא שָׁאוּל וְרַבָּנָן אִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר בִּקְטֹורֶת מַפְסִיק לְהוּ וְאִיכָּא לָמֶ"ד בִּשְׁחִיטַת הַתָּמִיד וּזְרִיקַת דָּמוֹ מַפְסִיק לְהוּ וּלְקַמָּן (שָׁם:) מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּהַפְסָקָה וְתַנָּא דִּידַן סְבִירָא לֵיהּ בִּקְטֹרֶת מַפְסִיק לְהוּ הִלְכָּךְ הָא דְּקָתָנֵי קְטֹרֶת בְּרֵישָׁא בַּהֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת קָאָמַר וְהָא דִּתְנַן הֲטָבָה בְּרֵישָׁא בַּהֲטָבַת חָמֵשׁ רִאשׁוֹנוֹת קָאָמַר:
Plus loin, au troisième chapitre (Yoma 33a), on dit qu'il interrompt le parage des lampes : ayant paré cinq [lampes] il s'arrête, attend qu'un autre service se fasse entre-temps, puis reprend et pare les deux [dernières]. Et Abba Chaoul diverge des Sages : selon l'un c'est par l'encens (ketoret) qu'on les interrompt, selon l'autre c'est par l'égorgement du tamid et l'aspersion de son sang ; plus loin (33b) on explique la raison de l'interruption. Notre tanna tient que c'est par l'encens qu'on les interrompt ; dès lors, ce qui est enseigné « l'encens d'abord » vise le parage des deux lampes, et ce qu'on a appris « le parage d'abord » vise le parage des cinq premières.
💡 Explication

Clé de résolution : le parage de la menora se fait en deux temps. Le kohen pare d'abord cinq lampes, marque une interruption, puis pare les deux dernières. La michna des tirages parle des cinq premières (avant l'encens) ; notre michna parle des deux dernières (après l'encens). Les deux sont vraies -- pas de contradiction.

🖼️ Schéma
Le parage en deux temps 5 lampes michna des tirages interruption 2 lampes notre michna Ce qui interrompt (encens ? sang ?) -> mahloket du segment suivant.
5 lampes avant / 2 lampes après : chaque michna décrit un temps différent.
8
לְמֵימְרָא דְּבִקְטֹורֶת מַפְסֵיק לְהוּ? וְהָא אַבָּיֵי מְסַדֵּר מַעֲרָכָה מִשְּׁמֵיהּ דִּגְמָרָא, בְּדַם הַתָּמִיד מַפְסֵיק לְהוּ! אָמְרִי, לָא קַשְׁיָא: הַהִיא לְאַבָּא שָׁאוּל, הָא לְרַבָּנָן. דְּתַנְיָא: לֹא יֵיטִיב אֶת הַנֵּרוֹת וְאַחַר כָּךְ יַקְטִיר, אֶלָּא יַקְטִיר וְאַחַר כָּךְ יֵיטִיב. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: מֵטִיב, וְאַחַר כָּךְ מַקְטִיר.

Est-ce à dire que c'est par l'encens qu'on les interrompt ? Mais Abaye, lorsqu'il énonce l'ordre de la disposition (seder ha-maaracha) au nom de la tradition (guemara), [dit que] c'est par le sang du tamid qu'on les interrompt !

On répond : point de difficulté -- celle-là [selon] Abba Chaoul, celle-ci [selon] les Sages. Car il a été enseigné [baraita] : Il ne parera pas les lampes puis fera fumer [l'encens] ; plutôt il fera fumer [l'encens] puis parera.

Abba Chaoul dit : il pare, puis fait fumer.

📜 Rachi (4)
וְהָא אַבַּיֵּי לְקַמָּן בְּפֶ' שְׁלִישִׁי (שָׁם.) מְסַדֵּר בְּגִירְסֵי דְּסֵדֶר מַעֲרָכָה עֲבוֹדַת כָּל יוֹם וְיוֹם:
Plus loin, au troisième chapitre (ibid.), dans ses leçons il énonce l'ordre de la disposition -- le service de chaque jour.
מִשְּׁמֵיהּ דִּגְמָרָא דָּבָר מְקֻובָּל מִכָּל בְּנֵי הַיְּשִׁיבָה שֶׁקִּיבְּלוּ מֵרַבּוֹתֵיהֶם:
chose reçue en tradition de tous les membres de la yechiva, qui l'ont reçue de leurs maîtres.
לֹא יֵיטִיב שָׂבְעָתָן וְאַחַר כָּךְ יַקְטִיר אֶלָּא יַקְטִיר בְּאֶמְצַע וְאַחַ"כּ יִגְמֹור הֲטָבַת שְׁתַּיִם וְהָא לֵיכָּא לְמֵימַר יַקְטִיר תְּחִלָּה וְאח"כ יַתְחִיל לְהֵיטִיב קָאָמְרִי רַבָּנָן דְּהָא קיי"ל דְּבָעֵי הַפְסָקָה וְכָל עֲבוֹדוֹת סְדוּרוֹת זוֹ אַחַר זוֹ עַל פִּי הַכְּתוּבִים לְקַמָּן בְּמִילְּתָא דְּאַבַּיֵּי וְאִי אֶפְשָׁר לְהַקְטִיר עַד לְאַחַר זְרִיקַת דַּם הַתָּמִיד וְאִי אָמְרַתְּ קְטֹרֶת קוֹדֶמֶת לַהֲטָבַת הַנֵּרוֹת אֵין לְךָ עוֹד עֲבוֹדָה לְהַפְסִיקָן בָּהּ:
« Il ne parera pas » les sept [lampes] puis fera fumer ; plutôt il fera fumer au milieu, puis achèvera le parage des deux. Et il n'y a pas lieu de dire que les Sages voudraient dire « qu'il fasse fumer d'abord, puis commence à parer » : car nous tenons pour établi qu'une interruption est requise, et que tous les services sont ordonnés l'un après l'autre d'après les versets (plus loin, dans le propos d'Abaye) ; or il est impossible de faire fumer l'encens avant l'aspersion du sang du tamid, et si tu disais que l'encens précède le parage des lampes, il ne te resterait plus aucun service pour les interrompre [entre les cinq et les deux].
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר מֵטִיב אֶת כֻּולָּם קֹודֶם לְהַקְטָרַת וְהַפְסָקָה בְּדַם הַתָּמִיד:
[il pare] toutes [les lampes] avant de faire fumer, l'interruption se faisant par le sang du tamid.
🗂️ Tossefot (2)
אָמַר אַבָּיֵי לָא קַשְׁיָא כָּאן בַּהֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת כו' מִדְּלָא קָאָמַר אֶלָּא אָמַר אַבַּיֵּי מִכְּלָל דְּלָא הָדַר בֵּיהּ מִשִּׁינּוּיָא דְּשַׁנִּינַן אַרוּמְיָא דְּמַתְנִיתִין אַהַהִיא דְּתָמִיד וְקַשְׁיָא לָן אַמַּאי לָא מְשַׁנֵּי נָמֵי הָכִי דְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא בִּשְׁתֵּי נֵרוֹת וּמַתְנִיתִין דְּתָמִיד בְּחָמֵשׁ נֵרוֹת וְנִרְאֶה לִי דַּאֲפִילּוּ אִי הָוֵי מְשַׁנֵּי הָכִי אַכַּתִּי פְּלִיגָא אַמַּתְנִיתִין דְּהָתָם זְרִיקַת דַּם הַתָּמִיד בָּתַר דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְהַמְּנוֹרָה וְהָכָא קָתָנֵי זְרִיקָה בְּרֵישָׁא לְהָכִי צָרִיךְ לְאוֹקְמֵי כְּתַנָּאֵי וְהָא דְּלָא קָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין נָמֵי הֲטָבָה דְּמִקַּמֵּי הַקְּטֹורֶת י"ל דְּלָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא הַטֹּובֹת שְׁתֵּי נֵרוֹת שֶׁהֵן גְּמַר הָעֲבוֹדָה וַהֲטָבַת חָמֵשׁ נֵרוֹת לֹא הָיָה עוֹשֶׂה כה"ג כִּדְאָמַר בְּסָמוּךְ אוֹרוֹיֵי בְּעָלְמָא קָא מוֹרֵי:
Du fait qu'il ne dit pas « plutôt (ela), Abaye dit », on infère qu'il ne se rétracte pas de la réponse donnée à l'objection de notre michna contre celle de Tamid. On peut s'étonner : pourquoi ne pas répondre ainsi aussi -- que notre michna d'ici parle de deux lampes et celle de Tamid de cinq lampes ? Il me semble que, même si l'on répondait ainsi, cela s'opposerait encore à la michna de là-bas [Tamid] : l'aspersion du sang du tamid [y vient] après le retrait des cendres de l'autel intérieur et de la menora, alors qu'ici on enseigne l'aspersion en premier ; il faut donc établir [la divergence] comme relevant de tannaim [en désaccord]. Et quant au fait que notre michna n'enseigne pas non plus le parage [des cinq lampes] avant l'encens, on peut dire qu'elle ne compte que le parage des deux lampes, qui est l'achèvement du service, tandis que le parage des cinq lampes n'était pas fait par le Kohen Gadol [lui-même], comme on le dit plus loin : il ne faisait qu'indiquer la marche à suivre (orouyei be-alma ka-mori).
הַהִיא לְאַבָּא שָׁאוּל וְכוּ' לְעֵיל כִּי קָאָמַר מַאן תְּנָא יוֹמָא רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה הִיא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר מַאן תְּנָא תָּמִיד אַבָּא שָׁאוּל הִיא דִּפְלִיג אַמַּתְנִיתִין דְּיוֹמָא וּמַתְנִיתִין דְּיוֹמָא כְּרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ וְי"ל דְּנִיחָא לֵיהּ לוֹמַר לְהַזְכִּיר שֵׁם הַתַּנָּא דְּמַתְנִיתִין דְּהַיְינוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה וְעוֹד מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן לֵיהּ בְּהֶדְיָא דַּאֲתָא לְאִיפְּלוֹגֵי אַמַּתְנִיתִין דְּתָמִיד דְּקָאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה מְשַׁנֶּה בַּתָּמִיד:
Plus haut, lorsqu'il dit « Qui est le tanna de Yoma ? C'est Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa », il aurait pu dire « Qui est le tanna de Tamid ? C'est Abba Chaoul », qui diverge de la michna de Yoma, la michna de Yoma étant [alors] selon les Sages qui le contredisent. On peut dire qu'il lui a paru préférable de nommer le tanna de la michna, à savoir Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa ; et de plus parce qu'on le trouve explicitement venant diverger de la michna de Tamid, puisqu'il dit « Rabbi Chimon Ich ha-Mitzpa modifie [la règle] pour le tamid ».
💡 Explication

Objection : Abaye lui-même, dans la tradition reçue sur l'ordre du service, dit que c'est le sang du tamid qui coupe les cinq lampes des deux, non l'encens. Réponse : deux positions distinctes. Selon les Sages (Rabbanan) -- notre michna --, l'encens interrompt (donc : 5 lampes, encens, 2 lampes). Selon Abba Chaoul -- la tradition d'Abaye --, on pare toutes les lampes d'abord (le sang du tamid interrompant les 5 des 2), et l'encens vient à la fin.

9
מַאי טַעְמָא דְּאַבָּא שָׁאוּל? דִּכְתִיב: ״בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר בְּהֵיטִיבוֹ אֶת הַנֵּרֹות״, וַהֲדַר ״יַקְטִירֶנָּה״. וְרַבָּנָן? מַאי קָאָמַר רַחֲמָנָא:

Quelle est la raison d'Abba Chaoul ? Il est écrit : « Chaque matin, quand il parera les lampes » (Ex 30,7), puis « il la fera fumer » (Ex 30,8) -- [donc on pare les lampes d'abord, ensuite l'encens].

Et les Sages [qui font fumer l'encens d'abord], [comment l'entendent-ils] ? Que dit le Miséricordieux ?

💡 Explication

Fondement scripturaire d'Abba Chaoul : l'ordre du verset -- d'abord « quand il parera les lampes » (Ex 30,7), ensuite « il la fera fumer » (Ex 30,8) -- prouve que le parage précède l'encens. La guemara ouvre alors la question des Sages, qui font fumer l'encens d'abord : comment lisent-ils ce même verset ? La réponse se poursuit en 15a.

🖼️ Schéma
L'appui d'Abba Chaoul : l'ordre du verset (Ex 30,7-8) "quand il parera les lampes" Ex 30,7 -- parage d'abord → "il la fera fumer" Ex 30,8 -- encens ensuite Les Sages lisent ce même verset autrement (suite en 15a).
L'ordre des deux versets fonde la position d'Abba Chaoul.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).