Yoma 15a -- L'ordre des services du matin (encens ou lampes d'abord : Rabbanan contre Abba Shaul, résolutions Abaye / Rav Pappa) et la procédure d'aspersion du sang du tamid sur les coins de l'autel (geste de olah et geste de hatat, la ligne rouge hut ha-sikra)

Yoma 15a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la résolution d'une contradiction entre deux Michnayot sur l'ORDRE du service du matin : faut-il brûler l'encens (KETORET) avant ou après l'entretien des lampes (HATAVAT HA-NÉROT) ? Les RABBANAN placent l'encens d'abord ("be-idan hatava tehe maktir ketoret" : au moment de l'entretien il brûle l'encens), ABBA SHAUL place les lampes d'abord, s'appuyant sur le mot exclusif "oto" (Ex 27,21).

Deux résolutions s'opposent : ABAYE rapporte les deux Michnayot aux Rabbanan (l'une parlant des 2 lampes, l'autre des 5) et lit la Michna du 1er chapitre comme un enseignement général ; RAV PAPPA les attribue à deux tannaim différents, quitte à admettre un montage début+fin Rabbanan / milieu Abba Shaul. Le second bloc porte sur la PROCÉDURE D'ASPERSION DU SANG : R.

CHIMON ICH HAMITZPA modifie l'ordre des aspersions au TAMID. R.

YO'HANAN, au nom de l'école de R. YANNAÏ, déduit de Nb 28,15 ("le bouc... sur l'olat ha-tamid") qu'on applique au tamid un geste de OLAH (holocauste) ET un geste de HATAT : "ahat che-hi chtayim" (une aspersion valant deux, au coin de l'autel) pour la olah, "chtayim che-hen chtayim" pour la hatat.

La Guemara écarte l'idée de deux gestes complets (pas de sang qui expie deux fois), puis celle d'un partage moitié haut / moitié bas de la ligne rouge (HUT HA-SIKRA), en examinant les cas "ke-matzlif" (Rav Yehouda montre : comme qui fouette, en rangée) et "tohoro" de l'autel (jeu de mots avec "tihara", plein midi = milieu). Rabba bar Chila tranche : "Lo" (non) -- la suite en 15b.

Plan de Yoma 15a : deux blocs 1. Ordre des services du matin : encens (ketoret) ou lampes (hatavat ha-nérot) d'abord ? (seg 0-6) Contradiction entre deux Michnayot. Rabbanan : encens d'abord. Abba Shaul : lampes d'abord. Verset Ex 30,7-8. Rava/Abaye : "au moment de l'entretien [des 2 lampes] il brûle l'encens" (be-idan hatava tehe maktir ketoret). Rav Pappa : les deux Michnayot reflètent la mahloket Rabbanan / Abba Shaul. Le mot "oto" (Ex 27,21) est exclusif. 2. Aspersion du sang sur les coins de l'autel (keren) au tamid (seg 7-15) R. Chimon Ich HaMitzpa modifie l'ordre au tamid. R. Yo'hanan (école de R. Yannai) déduit de Nb 28,15 ("le bouc... sur l'olat ha-tamid") : au tamid on fait un geste de olah ET un geste de hatat. "ahat che-hi chtayim" = 1 aspersion valant 2 (olah) ; "chtayim che-hen chtayim" = 4 aspersions (hatat). Débat : moitié haut / moitié bas de la ligne rouge (hut ha-sikra) ? "ke-matzlif", "tohoro" -> Rabba bar Chila : "Lo".
Les deux blocs de Yoma 15a : l'ordre encens/lampes du matin, puis la procédure d'aspersion du sang sur l'autel.
Encens ou lampes d'abord ? Deux tannaim, deux résolutions Deux Michnayot se contredisent sur l'ordre du service du matin. (seg 0-6) Rabbanan (les Sages) encens (ketoret) D'ABORD, puis lampes "be-idan hatava tehe maktir ketoret" : au moment de l'entretien des 2 lampes, il brûle l'encens (matin comme soir). Abba Shaul lampes (hatavat ha-nérot) D'ABORD Le soir : le mot "oto" (Ex 27,21) est exclusif -> l'allumage est le dernier service ; mais le matin, l'ordre du verset. Comment résoudre la contradiction entre les deux Michnayot ? Abaye Les DEUX Michnayot sont selon Rabbanan. L'une parle de l'entretien des 2 lampes, l'autre des 5 lampes. La Michna du 1er chapitre = enseignement général (orayei) ; l'ordre est repris ailleurs dans le détail. Rav Pappa Chaque Michna suit un tanna différent. Michna du ch.1 (encens d'abord) = Rabbanan. Michna du pais (lampes d'abord) = Abba Shaul. Prix à payer : dans le Seder Yoma, rercha et sercha = Rabbanan, la partie médiane (metziata) = Abba Shaul.
Rabbanan (encens d'abord) contre Abba Shaul (lampes d'abord), et les deux résolutions Abaye / Rav Pappa.
L'aspersion du sang sur l'autel : olah vs hatat (seg 8-14) Nb 28,15 : le bouc de Roch Hodech "sur l'olat ha-tamid" -> le tamid reçoit un geste de olah ET un geste de hatat. Autel vu de dessus (4 keren = coins) NE (mizrahit tzefonit) SO (maaravit deromit) 1 aspersion au coin se répand sur 2 côtés Procédé de la OLAH (holocauste) "ahat che-hi chtayim" = UNE aspersion qui vaut DEUX. On asperge au coin (keren) : le sang se répand sur les deux côtés à la fois. 2 coins opposés -> 4 côtés couverts. Procédé de la HATAT (sacrifice pour le péché) "chtayim che-hen chtayim" = DEUX (ou 4) aspersions distinctes, une sur chacun des quatre coins séparément. Le sang de la hatat va sur les 4 keren, une matana par coin. La ligne rouge médiane (hut ha-sikra) Sang de la olah : EN BAS de la ligne. Sang de la hatat : EN HAUT. Peut-on faire moitié haut / moitié bas ? "ke-matzlif" (Rav Yehouda : comme qui fouette, en rangée) ; "tohoro" / "tihara" = plein midi = milieu de l'autel. Rabba bar Chila tranche : "Lo" (non) -- ce n'est pas moitié haut / moitié bas. [la suite en 15b]
L'autel et ses coins (keren) : le geste de la olah (une aspersion valant deux) et celui de la hatat, la ligne rouge hut ha-sikra.
1
בְּעִידָּן הֲטָבָה תְּהֵא מִקְּטַר קְטֹורֶת. דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי, בֵּין הָעַרְבַּיִם, דִּכְתִיב: ״וּבְהַעֲלֹות אַהֲרֹן אֶת הַנֵּרֹת בֵּין הָעַרְבַּיִם יַקְטִירֶנָּה״, הָכִי נָמֵי דִּבְרֵישָׁא מַדְלִיק נֵרוֹת וַהֲדַר מַקְטִיר קְטֹורֶת שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם?! וְכִי תֵּימָא הָכִי נָמֵי, וְהַתַּנְיָא: ״מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר״,

[Le sens de la fin du verset est :] au moment de l'entretien [des lampes] (be-idan hatava) il brûle l'encens (ketoret). Car si tu ne dis pas ainsi [mais que "il le brûlera" signifie APRÈS l'entretien des lampes], alors pour l'[encens] de l'après-midi (bein ha-arbayim), dont il est écrit "et quand Aharon fait monter les lampes vers le soir, il le brûlera" (Ex 30,8) -- serait-ce donc qu'ainsi, au soir aussi, il allume d'abord les lampes puis brûle l'encens de l'après-midi ?!

Et si tu dis : oui, précisément ainsi -- mais n'a-t-on pas enseigné [dans une baraita, à propos de] "du soir au matin" (me-erev ad boker) :

📜 Rachi (1)
מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר בְּנֵרוֹת כְּתִיב יַעֲרֹוךְ אֹותוֹ אַהֲרֹן וּבָנָיו מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר:
Du soir au matin -- c'est à propos des lampes qu'il est écrit "Aharon et ses fils le disposeront (yaarokh oto) du soir jusqu'au matin" (Ex 27,21).
💡 Explication

Suite directe de 14b. La Guemara établit le sens de la position des Rabbanan : la formule "il brûle l'encens (ketoret)" signifie "au moment de l'entretien des lampes" (be-idan hatava) -- donc l'encens du matin PRECEDE l'achèvement des lampes.

Preuve par l'absurde tirée de l'encens du soir (Ex 30,8) : si "il le brûlera" voulait dire "après avoir allumé les lampes", alors le soir on allumerait d'abord les lampes puis l'encens. Or une baraita sur "du soir au matin" (Ex 27,21) va montrer que l'allumage des lampes est le dernier service du soir -- rendant cette lecture intenable.

2
תֵּן לָהּ מִדָּתָהּ, שֶׁתְּהֵא דּוֹלֶקֶת וְהוֹלֶכֶת כָּל הַלַּיְלָה מֵעֶרֶב וְעַד בֹּקֶר. דָּבָר אַחֵר: ״מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר״, אֵין לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁרָה מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר אֶלָּא זוֹ בִּלְבַד. אֶלָּא מַאי קָאָמַר רַחֲמָנָא — בְּעִידָּן הַדְלָקָה תְּהֵא מִקְּטַר קְטֹורֶת, הָכָא נָמֵי: בְּעִידָּן הֲטָבָה תְּהֵא מִקְּטַר קְטֹורֶת.

"donne-lui sa mesure" -- [assez d'huile] pour qu'elle brûle sans interruption toute la nuit, du soir jusqu'au matin. Autre explication de "du soir au matin" : tu n'as aucun service qui soit valide [en s'accomplissant] du soir au matin, sinon celui-ci [l'allumage des lampes] seul [-- donc c'est le dernier service].

Alors, que dit [vraiment] le Miséricordieux [par "il le brûlera" au soir] ? -- Au moment de l'allumage (be-idan hadlaka) il brûle l'encens. Ici aussi [le matin] : au moment de l'entretien (be-idan hatava) il brûle l'encens.

📜 Rachi (2)
תֵּן לָהּ לַמְנוֹרָה מִדַּת שֶׁמֶן כְּדֵי שֶׁתְּהֵא דּוֹלֶקֶת כָּל הַלַּיְלָה וְשִׁיעֲרוּ חֲכָמִים חֲצִי לֹוג לְכָל נֵר וָנֵר וְיֵשׁ בּוֹ כְּדֵי לְהַדְלִיק כָּל הַלַּיְלָה שֶׁל תְּקוּפַת טֵבֵת וְאִם יוֹתִיר בִּקְצָרָה יוֹתִיר:
Donne-lui -- au candélabre (menora), une mesure d'huile suffisante pour qu'il brûle toute la nuit ; les Sages ont évalué cela à un demi-log par lampe, ce qui suffit à brûler toute la nuit [la plus longue], celle de la période de Tevet ; et s'il en reste par une [nuit] courte, qu'il en reste.
אֵין לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה כְּלוֹמַר אֵין לְךָ עֲבוֹדַת יוֹם כְּשֵׁירָה אַחַר הַדְלָקָתָן דְּדָרֵישׁ הָכִי אוֹתוֹ מֵעֶרֶב וְעַד בֹּקֶר וְלֹא אַחֵר מֵעֶרֶב עַד בֹּקֶר:
Tu n'as aucun service valide -- c'est-à-dire : tu n'as aucun service du jour qui soit valide après leur allumage ; il derache ainsi "oto" (Ex 27,21) : "du soir jusqu'au matin" -- et rien d'autre après, [le service allant] du soir jusqu'au matin.
🗂️ Tossefot (1)
בְּעִידָּן הֲטָבָה תְּהֵא מִקְּטַר קְטֹורֶת תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר בְּהֵיטִיבוֹ אֶת הַנֵּרוֹת הַיְינוּ חָמֵשׁ נֵרוֹת וְאַחַר כָּךְ יַקְטִיר דְּבִקְטֹורֶת מַפְסִיק לְהוּ וְיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּדָרְשִׁינַן לְקַמָּן בפ"ג (יוֹמָא דַּף לג:) בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר בְּהֵיטִיבוֹ חִלְקִיָּהוּ לִשְׁנֵי בְּקָרִים פֵּירוּשׁ חָמֵשׁ נֵרוֹת לְחוּדַייְהוּ וּמַפְסִיק וַהֲדַר ב' נֵרוֹת וא"כ בְּהֵיטִיבוֹ הַנֵּרוֹת מַיְירֵי נָמֵי בִּשְׁתֵּי נֵרוֹת וְעוֹד י"ל דְּשִׁינּוּיָא דִּמְשַׁנֵּי עֲדִיפָא לֵיהּ דְּמַייְתִי רְאָיָה לִדְבָרָיו כִּדְקָאָמַר דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי:
Au moment de l'entretien il brûle l'encens -- cela me fait difficulté : pourquoi ne dit-il pas "à l'entretien des lampes", c'est-à-dire des cinq lampes, puis il brûlera [l'encens], de sorte que l'encens les sépare [des deux autres] ? On peut répondre : parce que nous derachons plus loin, au 3e chapitre (Yoma 33b), "chaque matin, matin" (ba-boker ba-boker) à l'entretien -- "divise-le en deux matins", c'est-à-dire cinq lampes seules, puis une interruption, puis les deux [dernières] lampes ; et alors "à l'entretien des lampes" viserait aussi les deux lampes. On peut encore répondre que la réponse qu'il donne [ici] lui est préférable, car elle apporte une preuve à ses dires, comme il dit "car si tu ne dis pas ainsi".
💡 Explication

La baraita sur "du soir au matin" reçoit deux lectures. (1) "Donne-lui sa mesure" : mettre assez d'huile pour que la lampe brûle toute la nuit. (2) Autre explication : l'allumage des lampes est le seul service dont l'accomplissement va "du soir au matin" -- c'est donc le dernier service du soir.

Conclusion pour les Rabbanan : puisque l'allumage clôt le soir, la formule "il le brûlera" ne peut signifier "après les lampes". Elle signifie : au moment de l'allumage (le soir) et, par parallèle, au moment de l'entretien (le matin), il brûle l'encens. L'encens vient donc AVANT l'achèvement des lampes.

3
וְאַבָּא שָׁאוּל אָמַר לָךְ: שָׁאנֵי הָתָם דִּכְתִיב: ״אוֹתוֹ״.

Et Abba Shaul pouvait te répondre : c'est différent là-bas [le soir], car il est écrit "oto" ["lui", terme exclusif].

📜 Rachi (1)
דִּכְתִיב אוֹתוֹ כִּדְפָרֵישִׁית וְעַל כָּרְחֲךָ בְּעִידַּן הַדְלָקָה תְּהֵא מִיקַּטְרָא קְטֹורֶת קָאָמַר אֲבָל שַׁחֲרִית בְּסֵדֶר מִשְׁמָעוֹ שֶׁל מִקְרָא סֵדֶר הָעֲבוֹדָה בְּהֵיטִיבוֹ וַהֲדַר יַקְטִירֶנָּה:
Car il est écrit "oto" -- comme je l'ai expliqué ; et force est de dire qu'il veut dire "au moment de l'allumage l'encens est brûlé" ; mais le matin, selon l'ordre du sens du verset : l'ordre du service est "à l'entretien", puis "il le brûlera".
💡 Explication

Abba Shaul soutient l'inverse : les lampes d'abord. Comment concilie-t-il alors la formule "il le brûlera" ?

Il distingue le soir et le matin. Le soir, le mot "oto" ("lui", Ex 27,21) est un terme exclusif : il impose que l'allumage des lampes soit le dernier service, donc l'encens du soir vient avant. Mais le matin, où aucun terme exclusif ne figure, on suit l'ordre du verset : d'abord l'entretien des lampes, puis l'encens.

4
רַב פָּפָּא אָמַר: לָא קַשְׁיָא, הָא — רַבָּנַן, הָא — אַבָּא שָׁאוּל. בְּמַאי אוֹקֵימְתָּא לְמַתְנִיתִין דְּהָכָא — כְּרַבָּנָן, פַּיִיס — כְּאַבָּא שָׁאוּל,

Rav Pappa dit : ce n'est pas difficile. Ceci [une Michna] -- [selon] les Rabbanan ; cela [l'autre Michna] -- [selon] Abba Shaul.

Selon quoi as-tu établi la Michna d'ici [du 1er chapitre] ? -- Selon les Rabbanan. Et [la Michna] du tirage au sort (pais) -- [selon] Abba Shaul,

📜 Rachi (3)
רַב פָּפָּא אָמַר לָא קַשְׁיָא סֵדֶר יוֹמָא אַסֵּדֶר יוֹמָא וְכוּ' בַּהֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת הָא דִּתְנַן קְטֹרֶת בְּרֵישָׁא רַבָּנָן וְהָא דִּתְנַן נֵרוֹת בְּרֵישָׁא אַבָּא שָׁאוּל:
Rav Pappa dit : ce n'est pas difficile -- [c'est] l'ordre du jour [opposé] à l'ordre du jour, etc., à propos de l'entretien des deux lampes : ce qui est enseigné "encens d'abord" = les Rabbanan, et ce qui est enseigné "lampes d'abord" = Abba Shaul.
לְמַתְנִיתִין דְּהָכָא דְּפִירְקָא קַמָּא (יד.):
La Michna d'ici -- du premier chapitre (14a).
פַּיִיס דְּמַתְנִיתִין דִּפְייָסוֹת הַשְּׁנוּיָה בְּפֶ' שֵׁנִי (דַּף כֹּה.) דְּקָתָנֵי קְטֹרֶת לְבַסּוֹף כְּאַבָּא שָׁאוּל:
Le pais -- [c'est] la Michna des tirages au sort (paisot) enseignée au 2e chapitre (25a), qui enseigne l'encens en dernier -- comme Abba Shaul.
💡 Explication

Rav Pappa propose une autre résolution que celle sous-entendue (Abaye) : les deux Michnayot ne se contredisent pas, car chacune suit un tanna différent.

La Michna du 1er chapitre (Yoma 14a), où l'encens précède l'entretien des lampes, suit les Rabbanan. La Michna du pais (tirage au sort, Yoma 25a), où les lampes précèdent l'encens, suit Abba Shaul. Chaque Michna reflète donc un avis, sans contradiction interne.

5
אֵימָא סֵיפָא: הֵבִיאוּ לוֹ אֶת הַתָּמִיד, קְרָצוֹ וּמֵרַק אַחֵר שְׁחִיטָה עַל יָדוֹ, נִכְנַס לְהַקְטִיר אֶת הַקְּטֹורֶת וּלְהֵיטִיב אֶת הַנֵּרוֹת — אֲתַאן לְרַבָּנָן. רֵישָׁא וְסֵיפָא רַבָּנַן, וּמְצִיעֲתָא אַבָּא שָׁאוּל! אָמַר לְךָ רַב פָּפָּא: אִין, רֵישָׁא וְסֵיפָא רַבָּנָן, וּמְצִיעֲתָא אַבָּא שָׁאוּל.

Dis [maintenant] la fin [de cette Michna du pais] : "on lui apporta le tamid (offrande quotidienne), il l'incisa (kartzo) et un autre acheva l'abattage à sa place ; il entra pour brûler l'encens et entretenir les lampes" -- nous voici [revenus] aux Rabbanan ! [Ainsi] le début et la fin [seraient selon] les Rabbanan, et le milieu [selon] Abba Shaul ?!

Rav Pappa pouvait te répondre : oui, le début et la fin [selon] les Rabbanan, et le milieu [selon] Abba Shaul.

📜 Rachi (4)
אֵימָא סֵיפָא דְּסֵדֶר יוֹמָא קָתָנֵי בְּפֶ' שְׁלִישִׁי (דַּף לא:) הֵבִיאוּ לוֹ אֶת הַתָּמִיד לְכֹהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים:
Dis la fin -- [de] l'ordre du jour, enseigné au 3e chapitre (31b) : "on apporta le tamid au Cohen Gadol le jour de Kippour".
קְרָצוֹ חֲתָכוֹ חָתַךְ בּוֹ הֶכְשֵׁר שְׁחִיטָה בְּרוֹב שְׁנַיִם וְלֹא כֻּולָּן לְפִי שֶׁצָּרִיךְ הוּא עַצְמוֹ לְמַהֵר וְלִיטֹּול מִזְרָק לְקַבֵּל הַדָּם שֶׁכָּל עֲבוֹדַת יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵינָהּ כְּשֵׁירָה אֶלָּא בּוֹ:
Il l'incisa (kartzo) -- il l'a entaillé d'une incision valide pour l'abattage sur la majorité des deux [organes] et non sur leur totalité, car il doit lui-même se hâter et prendre le bassin (mizrak) pour recueillir le sang, tout le service de Yom Kippour n'étant valide que par lui.
לְהֵיטִיב אֶת הַנֵּרוֹת וְעַל כָּרְחֲךָ בִּשְׁתַּיִם הָאַחֲרוֹנוֹת קָאָמַר דְּלֵיכָּא לָמֶ"ד קְטֹורֶת קוֹדֶמֶת לְחָמֵשׁ הַנֵּרוֹת:
Entretenir les lampes -- et force est de dire qu'il parle des deux dernières [lampes], car nul n'affirme que l'encens précède les cinq lampes.
רֵישָׁא וְסֵיפָא דְּסֵדֶר יוֹמָא רַבָּנָן וְכוּ' בִּתְמִיהַּ [דְּכָל מַסֶּכֶת זוֹ כְּמִשְׁנָה אַחַת שֶׁעֲסוּקָה כֻּולָּהּ בְּסֵדֶר כְּמוֹת שֶׁהֵן הַפְּסוּקִים סְדוּרֵין וְהוֹלְכִין]:
Le début et la fin -- de l'ordre du jour [seraient selon] les Rabbanan, etc. -- avec étonnement [car tout ce traité est comme une seule Michna, entièrement occupée de l'ordre tel que les versets se suivent].
🗂️ Tossefot (1)
אֵימָא סֵיפָא הֵבִיאוּ לוֹ אֶת הַתָּמִיד קְרָצוֹ כּוּ' תֵּימַהּ לִי אַמַּאי פָּרֵיךְ מֵהַהִיא דפ"ג (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף לא:) לִיפְּרִיךְ מֵהַהִיא דפ"ב גּוּפָא דְּקָתָנֵי (דַּף כֹּה.) מִי שׁוֹחֵט מִי זוֹרֵק וַהֲדַר מִי מְדַשֵּׁן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְהַמְנוֹרָה וְאַבָּא שָׁאוּל סְבִירָא לֵיהּ לְקַמָּן פֶּרֶק אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה (יוֹמָא דַּף לג.) גַּבֵּי אַבַּיֵּי מְסַדֵּר מַעֲרָכָה וְאַלִּיבָּא דְּאַבָּא שָׁאוּל דְּדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי קוֹדֵם לַהֲטָבַת חָמֵשׁ נֵרוֹת וַהֲטָבַת חָמֵשׁ נֵרוֹת קוֹדֵם לְדַם הַתָּמִיד וְיֵשׁ לוֹמַר דִּילְמָא רַב פָּפָּא פְּלִיג עָלֶיהָ דְּאַבַּיֵּי וּסְבִירָא לֵיהּ אֲפִילּוּ לְאַבָּא שָׁאוּל דַּם הַתָּמִיד בְּרֵישָׁא וַהֲדַר דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי:
Dis la fin "on lui apporta le tamid, il l'incisa", etc. -- cela me fait difficulté : pourquoi objecter à partir de ce [passage] du 3e chapitre (plus loin 31b) ? Qu'il objecte plutôt à partir du 2e chapitre lui-même, qui enseigne (25à) "qui abat, qui asperge", puis "qui déblaie les cendres de l'autel intérieur et du candélabre" -- or Abba Shaul tient, plus loin au chapitre Amar lahem ha-memouneh (Yoma 33a), à propos d'Abaye qui ordonne la disposition [de l'autel] selon Abba Shaul, que le déblaiement de l'autel intérieur précède l'entretien des cinq lampes, et que l'entretien des cinq lampes précède [l'aspersion] du sang du tamid ! On peut répondre : peut-être Rav Pappa diverge-t-il d'Abaye et tient-il que même selon Abba Shaul le sang du tamid vient d'abord, puis le déblaiement de l'autel intérieur.
💡 Explication

Objection contre Rav Pappa. La fin de cette même Michna (au 3e chapitre) enseigne : après l'abattage du tamid, on brûle l'encens PUIS on entretient les lampes -- donc l'encens d'abord, comme les Rabbanan.

On aurait alors, dans un ensemble présenté comme continu, un début et une fin selon les Rabbanan encadrant un milieu selon Abba Shaul -- un montage inhabituel. Rav Pappa l'assume : oui, il en va bien ainsi ; ce n'est pas impossible, ces passages n'étant pas directement juxtaposés.

6
בִּשְׁלָמָא אַבָּיֵי לָא אָמַר כְּרַב פָּפָּא, רֵישָׁא וְסֵיפָא רַבָּנַן וּמְצִיעֲתָא אַבָּא שָׁאוּל לָא מוֹקֵים לַהּ. אֶלָּא רַב פָּפָּא, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר כְּאַבַּיֵּי? אָמַר לָךְ: תְּנָא בְּרֵישָׁא הֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת, וַהֲדַר הֲטָבַת חָמֵשׁ נֵרוֹת?

Certes, Abaye ne dit pas comme Rav Pappa : il n'établit pas "le début et la fin [selon] les Rabbanan et le milieu [selon] Abba Shaul". Mais Rav Pappa, pour quelle raison ne dit-il pas comme Abaye ?

Il pouvait te répondre : [selon Abaye] on aurait enseigné d'abord l'entretien de DEUX lampes, puis l'entretien de CINQ lampes [-- ordre inverse, ce qui est difficile] ?!

📜 Rachi (1)
תְּנָא בְּרֵישָׁא וְכוּ' [בִּתְמִיהַּ] דְּאוֹקֵי אַבַּיֵּי מַתְנִיתִין דפ"ק בַּהֲטָבַת שְׁתֵּי נֵרוֹת וּדְפֶרֶק שֵׁנִי בַּהֲטָבַת ה' נֵרוֹת:
On aurait enseigné d'abord, etc. -- [avec] étonnement, car Abaye a établi la Michna du 1er chapitre à propos de l'entretien des deux lampes, et celle du 2e chapitre à propos de l'entretien des cinq lampes.
💡 Explication

La Guemara compare les deux résolutions. Abaye refuse le montage "début+fin Rabbanan / milieu Abba Shaul" ; il préfère dire que toutes les Michnayot suivent les Rabbanan (les unes parlant des 2 lampes, les autres des 5).

Pourquoi Rav Pappa rejette-t-il la solution d'Abaye ? Parce qu'elle oblige à lire la Michna dans un ordre inverse : elle enseignerait l'entretien des deux lampes (fait plus tard) avant l'entretien des cinq lampes (fait plus tôt). Ce renversement lui semble plus coûteux que d'admettre deux tannaim.

7
וְאַבַּיֵּי אָמַר לָךְ: אוֹרוֹיֵי בְּעָלְמָא הוּא דְּקָא מוֹרֵי, וְסִדְרָא הָא הֲדַר תָּנֵי לֵיהּ.

Et Abaye pouvait te répondre : [la Michna du 1er chapitre] ne fait qu'enseigner (orayei) [de manière générale, sans se soucier de l'ordre] ; et l'ordre (sidra), elle le reenseigne [ailleurs, dans le détail].

📜 Rachi (1)
וְאַבַּיֵּי אָמַר לָךְ הַאי דפ"ק דְּקָתָנֵי כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים הוּא זוֹרֵק כּוּ' לָאו בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים קָאֵי וְלָא קָפֵיד אַסִּידְרָא אֶלָּא אוֹרוֹיֵי בְּעָלְמָא מַייְרֵי וּמְלַמְּדֵנוּ שֶׁצָּרִיךְ כֹּהֵן גָּדוֹל לִהְיוֹת עָסוּק בַּעֲבוֹדָה כָּל שִׁבְעָה כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רָגִיל וּמְזֻומָּן בָּהּ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְסִדְרָא דְּיוֹמָא הֲדַר תָּנֵי לָהּ לְכָךְ שָׁנָה בְּפֶרֶק שֵׁנִי הֲטָבַת חָמֵשׁ ובפ"ג שָׁנָה הֲטָבַת שְׁתַּיִם:
Et Abaye pouvait te répondre -- ce [passage] du 1er chapitre qui enseigne "tous les sept jours il asperge", etc., ne se rapporte pas à Yom Kippour et ne se soucie pas de l'ordre ; il ne fait qu'enseigner de manière générale, nous apprenant que le Cohen Gadol doit s'occuper du service durant les sept [jours] afin d'y être rôdé et prêt le jour de Kippour ; et l'ordre du jour, il le reenseigne [ailleurs] : voilà pourquoi il enseigne au 2e chapitre l'entretien des cinq [lampes] et au 3e chapitre l'entretien des deux.
🗂️ Tossefot (1)
אוֹרוֹיֵי בְּעָלְמָא דְּקָא מוֹרֵי וְסִידְרָא הֲדַר מַתְנֵי לָהּ אֵין לְהַקְשׁוֹת כֵּיוָן דְּלָא תְּנָא סִידְרָא בְּמַתְנִיתִין אִם כֵּן לְדִידֵיהּ לָא צְרִיכָא לְשִׁינּוּיָא דִּלְעֵיל (יוֹמָא יד:) דִּמְשַׁנֵּי אַרוּמְיָא דְּמַתְנִיתִין אַמַּתְנִיתִין דְּתָמִיד דְּיֵשׁ לוֹמַר דִּלְעוֹלָם מַאי דְּקָתָנֵי בְּמַתְנִיתִין עַל הַסֵּדֶר שָׁנָה אוֹתוֹ וה"פ הָא דְּלָא תְּנָא נָמֵי הֲטָבַת ה' נֵרוֹת מִשּׁוּם דְּלָא הָוְיָא בְּכֹהֵן גָּדוֹל:
Il ne fait qu'enseigner de manière générale, et l'ordre il le reenseigne -- il ne faut pas objecter : puisque l'ordre n'est pas enseigné dans [cette] Michna, alors selon lui la résolution donnée plus haut (14b) -- qui résolvait la contradiction entre notre Michna et la Michna de Tamid -- n'aurait pas été nécessaire. Car on peut répondre : en vérité, ce qui est enseigné dans la Michna, il l'a enseigné dans l'ordre, et voici le sens : s'il n'a pas enseigné aussi l'entretien des cinq lampes, c'est parce qu'il ne se fait pas par le Cohen Gadol.
💡 Explication

Réponse d'Abaye à l'objection précédente. La Michna du 1er chapitre (celle des sept jours de réclusion, Yoma 14a) ne vise pas à fixer l'ordre exact des services : elle enseigne globalement (orayei be-alma) les gestes que le Cohen Gadol doit maîtriser.

L'ordre réel (sidra), lui, est enseigné dans le cadre de la description effective du service, ailleurs. Il n'y a donc pas de renversement problématique : la première Michna liste, la seconde ordonne.

8
גּוּפָא: בָּא לוֹ לְקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית — נוֹתֵן מִזְרָחִית צְפוֹנִית, מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית — נוֹתֵן מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית. וְתָנֵי עֲלָהּ: רַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה מְשַׁנֶּה בַּתָּמִיד, בָּא לוֹ לְקֶרֶן מִזְרָחִית צְפוֹנִית — נוֹתֵן מִזְרָחִית צְפוֹנִית, מַעֲרָבִית דְּרוֹמִית — נוֹתֵן מַעֲרָבָה וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן דָּרוֹמָה. מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן אִישׁ הַמִּצְפָּה?

[Revenons] au corps [de la baraita citée] : "il vient au coin (keren) nord-est -- il asperge [au coin] nord-est ; [puis au coin] sud-ouest -- il asperge [au coin] sud-ouest". Et l'on a enseigné à ce sujet : R.

Chimon Ich HaMitzpa modifie [l'ordre] au tamid (offrande quotidienne) : il vient au coin nord-est -- il asperge [au coin] nord-est ; [au coin] sud-ouest -- il asperge d'abord vers l'ouest, puis vers le sud. Quelle est la raison de R.

Chimon Ich HaMitzpa ?

💡 Explication

Début du second bloc du daf. Le sang de la olah (holocauste) est aspergé sur deux coins diagonalement opposés de l'autel (keren) : nord-est puis sud-ouest ; à chaque coin, une seule aspersion se répand sur les deux côtés adjacents ("une qui vaut deux").

R. Chimon Ich HaMitzpa modifie ce geste pour le tamid : au coin sud-ouest, au lieu d'une aspersion sur l'angle, il asperge séparément vers l'ouest puis vers le sud. La Guemara demande la raison de cette singularité propre au tamid.

9
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם חַד דְּבֵי רַבִּי יַנַּאי, אֲמַר קְרָא: ״וּשְׂעִיר עִזִּים אֶחָד לְחַטָּאת לַה׳ עַל עֹולַת הַתָּמִיד יֵעָשֶׂה וְנִסְכּוֹ״, עוֹלָה הִיא, וְאָמַר רַחֲמָנָא: עֲבֵיד בַּהּ מַעֲשֵׂה חַטָּאת.

R. Yo'hanan dit au nom d'un [Sage] de l'école de R.

Yannai : le verset dit "et un bouc en sacrifice pour le péché (hatat) à Hachem, sur l'holocauste perpétuel (olat ha-tamid) il sera offert, avec sa libation" (Nb 28,15). C'est un holocauste (olah), et le Miséricordieux dit : accomplis à son sujet un geste de hatat.

📜 Rachi (1)
לְחַטָּאת לַה' עַל עֹולַת הַתָּמִיד מַעֲשֵׂה חַטָּאת עַל עוֹלַת הַתָּמִיד וְהַחַטָּאת טְעוּנָה פִּיסּוּק מַתָּנוֹת שֶׁהֲרֵי דָּמָהּ נִיתָּן עַל אַרְבַּע קְרָנוֹת אַף עוֹלַת הַתָּמִיד יֵשׁ בָּהּ פִּיסּוּק מַתָּנוֹת לֹא שֶׁבִּיטְּלוּ מִמֶּנּוּ מַעֲשֵׂה עוֹלָה שֶׁהֲרֵי עוֹלָה הִיא אֶלָּא שְׁנֵיהֶן נוֹהֲגִין בָּהּ:
En sacrifice pour le péché à Hachem, sur l'holocauste perpétuel -- un geste de hatat sur l'olat ha-tamid ; or la hatat requiert la division des aspersions (pisouk matanot), puisque son sang est placé sur les quatre coins ; ainsi l'olat ha-tamid comporte, elle aussi, une division des aspersions -- non pas qu'on lui ait retiré le geste de olah, puisqu'elle est [bel et bien] une olah, mais les deux [gestes] s'y pratiquent.
💡 Explication

R. Yo'hanan, au nom de l'école de R. Yannai, tire la raison du verset de Nb 28,15 sur le bouc de Roch Hodech, offert "sur l'olat ha-tamid" (sur l'holocauste perpétuel).

De cette juxtaposition il déduit : le tamid est certes une olah (holocauste), mais le verset l'accole à une hatat (le bouc) pour enseigner qu'on lui applique AUSSI un geste de hatat. Le tamid reçoit donc les deux procédés d'aspersion : celui de la olah et celui de la hatat.

10
הָא כֵיצַד? נוֹתֵן אַחַת שֶׁהִיא שְׁתַּיִם כְּמַעֲשֵׂה עוֹלָה, שְׁתַּיִם שֶׁהֵן שְׁתַּיִם כְּמַעֲשֵׂה חַטָּאת. וְלִיתֵּן שְׁתַּיִם שֶׁהֵן אַרְבַּע כְּמַעֲשֵׂה עוֹלָה, וְאַרְבַּע שֶׁהֵן אַרְבַּע כְּמַעֲשֵׂה חַטָּאת!

Comment cela [se fait-il] ? Il asperge une [aspersion] qui en est deux, à la manière de la olah, [et] deux [aspersions] qui sont deux, à la manière de la hatat.

Mais qu'il asperge [plutôt] deux qui en sont quatre à la manière de la olah, et quatre qui sont quatre à la manière de la hatat !

📜 Rachi (1)
אַרְבַּע שֶׁהֵן אַרְבַּע עַל אַרְבַּע קְרָנוֹת:
Quatre qui sont quatre -- sur les quatre coins.
💡 Explication

Mise en pratique. Pour combiner les deux procédés, on fait : une aspersion qui en vaut deux (ahat che-hi chtayim) -- le sang jeté au coin se répand sur deux côtés -- c'est le geste de la olah ; puis deux aspersions qui sont deux (chtayim che-hen chtayim) -- c'est le geste de la hatat, dont le sang va sur chaque coin séparément.

Objection : si l'on veut vraiment cumuler les deux, pourquoi ne pas faire deux qui en valent quatre (olah, sur les deux coins diagonaux, couvrant les 4 côtés) PUIS quatre qui sont quatre (hatat, une par coin) -- soit un geste complet de chacun ?

11
לֹא מָצִינוּ דָּמִים שֶׁמְּכַפְּרִין וְחוֹזְרִין וּמְכַפְּרִין. וְכִי מָצִינוּ דָּמִים שֶׁחֶצְיָין חַטָּאת וְחֶצְייָן עוֹלָה? אֶלָּא עַל כָּרְחָן הַקִּישָׁן הַכָּתוּב. הָכָא נָמֵי: בְּעַל כָּרְחָן הַקִּישָׁן הַכָּתוּב.

[Réponse :] nous ne trouvons pas de sang qui expie, puis expie de nouveau. Et trouvons-nous [seulement] du sang dont une moitié [se fait] en hatat et l'autre moitié en olah ?!

Mais force est [de dire] que le verset les a accolés [malgré cela]. Ici aussi : force est [de dire] que le verset les a accolés.

📜 Rachi (1)
לֹא מָצִינוּ דָּמִים שֶׁמְּכַפְּרִים כַּפָּרָה אַחַת שֶׁלָּהֶן וְחוֹזְרִין וּמְכַפְּרִין כַּפָּרָה אַחֶרֶת:
Nous ne trouvons pas de sang qui expie -- [c'est-à-dire] leur expiation unique, puis qui recommence à expier une autre expiation.
💡 Explication

La Guemara rejette la proposition précédente : on ne trouve pas de sang qui expie deux fois. Une fois que le sang a expié par le geste de la olah, on ne peut recommencer un cycle complet d'expiation par celui de la hatat -- ce serait redondant.

Contre-question puis réponse : trouve-t-on davantage un sang dont une moitié se fait en hatat et l'autre en olah ? Non plus. Mais ici le verset l'impose par sa juxtaposition (Nb 28,15) : on se plie au décret scripturaire. Cette même logique justifie la solution retenue (une valant deux + deux qui sont deux), sans exiger deux gestes complets.

12
הָתָם פִּיסּוּק מַתָּנוֹת בְּעָלְמָא הִיא. וְנִיתֵּיב אַחַת שֶׁהִיא שְׁתַּיִם לְמַטָּה, כְּמַעֲשֵׂה עוֹלָה, שְׁתַּיִם שֶׁהֵן שְׁתַּיִם לְמַעְלָה, כְּמַעֲשֵׂה חַטָּאת!

Là-bas [dans le geste modifié de R. Chimon Ich HaMitzpa], c'est une simple division des aspersions (pisouk matanot).

Mais qu'il asperge [donc] une [aspersion] qui en est deux EN BAS, à la manière de la olah, [et] deux [aspersions] qui sont deux EN HAUT, à la manière de la hatat !

📜 Rachi (2)
פִּיסּוּק מַתָּנוֹת בְּעָלְמָא הוּא הוֹאִיל וּשְׁתֵּיהֶן בְּקֶרֶן אַחַת אֵין כָּאן הוֹכָחַת מַעֲשֵׂה חַטָּאת:
C'est une simple division des aspersions -- puisque les deux [se font] au même coin, il n'y a là aucune démonstration d'un geste de hatat.
וְנִיתֵּיב אַחַת וְכוּ' דַּם עוֹלָה נִיתַּן לְמַטָּה מִחוּט הַסִּיקְרָא וְדַם הַחַטָּאת לְמַעְלָה וְכֵיוָן דְּהַךְ מַתָּנָה בָּתְרָייְתָא הַמַּפְסֶקֶת מִשּׁוּם מַעֲשֵׂה חַטָּאת עֲבִידָא תֶּהֱוֵי לְמַעְלָה כְּחַטָּאת:
Qu'il asperge une, etc. -- le sang de la olah se place en bas de la ligne rouge (hut ha-sikra) et le sang de la hatat au-dessus ; et puisque cette dernière aspersion, celle qui divise, est faite au titre du geste de hatat, qu'elle soit [placée] en haut, comme [pour] la hatat.
💡 Explication

La Guemara distingue les cas. Le geste de R. Chimon Ich HaMitzpa n'est pas un véritable dédoublement : ce n'est qu'une division des aspersions (pisouk matanot) au même coin, sans changement radical. Faire deux gestes indépendants, en revanche, serait un écart trop grand.

Nouvelle proposition : distinguer les deux procédés par la hauteur sur l'autel. On asperge "une qui vaut deux" en bas de la ligne rouge (procédé de la olah), et "deux qui sont deux" en haut (procédé de la hatat, dont le sang va au-dessus de la ligne). L'aspersion finale, marquant le geste de hatat, serait ainsi placée en haut comme il se doit.

13
לֹא מָצִינוּ דָּמִים שֶׁחֶצְיָין לְמַעְלָה וְחֶצְייָן לְמַטָּה. וְלָא? וְהִתְנָן: הִזָּה מִמֶּנּוּ אַחַת לְמַעְלָה וְשֶׁבַע לְמַטָּה.

[Réponse :] nous ne trouvons pas de sang dont une moitié [se fait] en haut et l'autre moitié en bas. Et [vraiment] pas ?!

Mais n'avons-nous pas appris [dans une Michna] : "il en aspergea une fois vers le haut et sept fois vers le bas" [-- voilà un sang moitié haut, moitié bas] !

📜 Rachi (1)
הִזָּה מִמֶּנּוּ כּוּ' לְקַמָּן בְּפֶרֶק חֲמִישִׁי [יוֹמָא דַּף נג:] כְּשֶׁהוּא מִזֶּה מִדַּם הַפָּר כְּנֶגֶד עֹובִי שֶׁל כַּפֹּורֶת וְקָא ס"ד אַחַת מֵאֶמְצַע עָובְיָהּ לְמַעְלָה וְשֶׁבַע מֵאֶמְצָעִיתָהּ וּלְמַטָּה:
Il en aspergea, etc. -- plus loin, au 5e chapitre (Yoma 53b) : quand il asperge du sang du taureau face à l'épaisseur du couvercle (kaporet) ; et l'on croit d'abord [comprendre] : une [aspersion] depuis le milieu de son épaisseur vers le haut, et sept depuis son milieu vers le bas.
💡 Explication

La Guemara écarte la proposition de la hauteur : on ne trouve pas de sang moitié en haut, moitié en bas. Le sang d'un sacrifice se place soit entièrement en bas de la ligne rouge, soit entièrement au dessus.

Objection : et pourtant ! Une Michna (sur l'aspersion du sang du taureau dans le Saint des Saints, Yoma 53b) enseigne qu'on asperge une fois vers le haut et sept fois vers le bas. N'est-ce pas précisément un cas de sang partagé entre haut et bas ?

14
כְּמַצְלִיף. מַאי ״כְּמַצְלִיף״ — מַחְוֵי רַב יְהוּדָה, כִּמְנַגְּדָנָא.

[Non :] "comme qui fouette" (ke-matzlif). Que signifie "ke-matzlif" ?

Rav Yehouda montra [du geste] : comme qui flagellé (ke-mangdena).

📜 Rachi (2)
וּמְשַׁנֵּי כְּמַצְלִיף הַאי לְמַטָּה וּלְמַעְלָה דְּתָנֵי לֹא אַאֶמְצָעִית קָאֵי אֶלָּא רִאשׁוֹנָה נָתַן תְּחִילָּה כְּלַפֵּי מַעְלָה וְהַשֶּׁבַע תַּחְתֶּיהָ זוֹ לְמַטָּה מִזּוֹ כְּמַצְלִיף:
Et il répond : ke-matzlif -- ce "vers le bas et vers le haut" enseigne ne se rapporte pas au milieu ; plutôt, il a placé la première vers le haut, et les sept [autres] sous elle, l'une plus bas que l'autre, comme qui fouette.
כִּמְנַגְּדָנָא כִּשְׁלִיחַ ב"ד הַמַּכֶּה בִּרְצוּעָה זוֹ לְמַטָּה מִזּוֹ שֶׁאֵינוֹ מַכֶּה בְּמָקוֹם אֶחָד וּלְשׁוֹן מַצְלִיף לֹא נוֹדַע לִי:
Ke-mangdena -- comme l'agent du tribunal qui frappe au fouet, un [coup] plus bas que l'autre, car il ne frappe pas au même endroit ; et le terme "matzlif" m'est inconnu.
🗂️ Tossefot (1)
כְּמַצְלִיף תֵּימַהּ בְּמַאי טָעָה וְהָא בְּהֶדְיָא תְּנַן בָּהּ הָכִי כְּמַצְלִיף לְקַמָּן בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא דַּף נג:) לֹא הָיָה מְכַוֵּין לֹא לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה אֶלָּא כְּמַצְלִיף וְיֵשׁ לוֹמַר שֶׁבָּא לְתָרֵץ דְּהַאי כְּמַצְלִיף הַיְינוּ כִּמְנַגְּדָנָא וְהַכֹּל בְּמָקוֹם אֶחָד וּכְמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ כִּמְנַגְּדָנָא שֶׁמֵּרִים יָדוֹ וְאֵינוֹ מַכֶּה עַד שֶׁיּוֹרֵד:
Ke-matzlif -- cela fait difficulté : en quoi [le questionneur] s'est-il trompé ? On enseigne pourtant explicitement ainsi "ke-matzlif", plus loin au chapitre Hotziou lo (Yoma 53b) : "il ne visait ni le haut ni le bas, mais comme qui fouette" ! On peut répondre qu'il vient expliquer que ce "ke-matzlif" est bien "ke-mangdena", et que le tout [se fait] au même endroit, comme l'a expliqué le Aroukh : "ke-mangdena", il lève la main et ne frappe qu'en descendant.
💡 Explication

Réfutation de l'objection. Ce cas n'est pas un partage haut/bas de part et d'autre d'une ligne. Les huit aspersions se font l'une sous l'autre, en rangée verticale, comme "ke-matzlif" : la première en haut, les sept suivantes descendant chacune sous la précédente.

Le mot matzlif est obscur ; Rav Yehouda l'illustre par un geste : c'est "comme qui flagellé" (ke-mangdena) -- l'agent du tribunal qui frappe au fouet ne cogne pas deux fois au même endroit, mais fait descendre chaque coup sous le précédent. Il ne s'agit donc pas d'un sang moitié haut, moitié bas.

15
וְלֹא? וְהִתְנָן: הִזָּה מִמֶּנּוּ עַל טָהֳרוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ שֶׁבַע פְּעָמִים. מַאי לַָאו, אַפַּלְגֵיהּ דְּמִזְבֵּחַ, כִּדְאָמְרִי אִינָשֵׁי: טְהַר טִיהֲרָא הוּא פַּלְגָא דְּיוֹמָא!

Et [vraiment] pas [de sang moitié haut moitié bas] ?! Mais n'avons-nous pas appris [dans une Michna] : "il en aspergea sur le tohoro de l'autel sept fois" ?

N'est-ce pas [dire] : sur la moitié de l'autel, comme disent les gens "tehar tihara" -- c'est le plein midi, [donc] la moitié du jour [= le milieu] ?!

📜 Rachi (3)
הִזָּה עַל טָהֳרוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי שֶׁבַע פְּעָמִים כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וְהִזָּה עָלָיו מִן הַדָּם וְגוֹ':
Il aspergea sur le tohoro de l'autel intérieur sept fois -- comme il est dit "il aspergera sur lui du sang", etc.
אַפַּלְגֵיהּ נֶגֶד אֶמְצַע גּוֹבֶה קִירוֹ:
Sur la moitié -- face au milieu de la hauteur de sa paroi.
טִיהֲרָא צָהֳרַיִם פַּלְגָא דְּיוֹמָא וְכֵיוָן דְּשֶׁבַע הַזָּאוֹת הִזָּה הַמַּזֶּה אִי אֶפְשָׁר לְצַמְצֵם שֶׁלֹּא יְהֵא מֵהֶן לֹא לְמַעְלָה וְלֹא לְמַטָּה:
Tihara -- midi, la moitié du jour ; et puisque l'aspergeant fit sept aspersions, il est impossible de viser si juste qu'il n'y en ait ni au-dessus ni au-dessous.
🗂️ Tossefot (1)
מַאי לָאו אַפַּלְגֵיהּ דְּמִזְבֵּחַ וְאִם כֵּן מָצִינוּ דָּמִים שֶׁחֶצְיָין לְמַטָּה וְחֶצְייָן לְמַעְלָה דְּמִתְּחִילָּה נָתַן עַל הַקְּרָנוֹת וְאַחַר כָּךְ עַל חֲצִי הַמִּזְבֵּחַ וְרַשִׁ"י לֹא פֵּירֵשׁ כֵּן:
N'est-ce pas [dire] : sur la moitié de l'autel -- et alors nous trouverions du sang dont une moitié [va] en bas et l'autre en haut, car il a d'abord placé [le sang] sur les coins, puis sur la moitié de l'autel ; mais Rachi n'a pas expliqué ainsi.
💡 Explication

Nouvelle objection au principe "pas de sang moitié haut moitié bas". Une Michna dit qu'on asperge sur le "tohoro" de l'autel (intérieur) sept fois. La Guemara propose de comprendre tohoro comme "le milieu" (à mi-hauteur) de l'autel.

Preuve linguistique : les gens disent "tehar tihara" pour dire "il fait plein midi" -- or midi est la moitié du jour. Par analogie, tohoro = le milieu de l'autel. Comme on asperge sept fois, certaines gouttes tombent forcément au-dessus et d'autres au-dessous de ce milieu : voilà donc un sang moitié haut, moitié bas.

16
אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא: לֹא,

Rabba bar Chila dit : non [-- ce n'est pas cela le sens de "tohoro"].

💡 Explication

Coupure nette. Rabba bar Chila refuse l'interprétation de tohoro comme "le milieu" de l'autel : "Lo" (non). Il donnera une autre explication du mot, qui évite d'en faire un cas de sang moitié haut moitié bas.

La sougya se poursuit en Yoma 15b, où Rabba bar Chila précise le sens de "tohoro" (le sommet / le haut de l'autel) et achève la discussion.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).