Sougya : Le daf achève d'abord la lecture du mot tohoro : il désigne la surface supérieure de l'autel, dégagée chaque matin des cendres de l'encens (Ex 24,10). Il revient ensuite à R.
Chimon Ich ha-Mitzpa sur l'aspersion du sang du tamid : bien qu'il s'agisse d'un holocauste, on lui applique un geste emprunté au hatat. La guemara justifie l'ordre des gestes (ola avant hatat) et des coins (nord-est avant sud-ouest), en mobilisant deux principes : l'holocauste exige un yesod -- le coin sud-est en étant dépourvu, il est écarté -- et tous les tournants du service se font par la droite.
Une deracha sur « al olat ha-tamid » (Nb 28,15) fixe le sens de la règle : c'est le geste du hatat que l'on projette sur l'ola, non l'inverse. Le daf ouvre enfin une nouvelle sougya, bâtie sur le même procédé (opposer deux michnayot d'auteurs différents) : la michna de Tamid place la Chambre des agneaux au nord-ouest du Bet ha-Moked, celle de Middot au sud-ouest -- contradiction dont la résolution se poursuit dans la suite.
(Non,) plutôt : sur le corps même de l'autel (agufeih de-mizbeah, sa surface supérieure), car il est écrit : « et comme l'essence du ciel pour la pureté (la-tohar) » (Ex 24,10). Le mot tohoro désigne le sommet de l'autel une fois écartées les cendres de l'encens, là où reparaît l'or pur.
Fin d'une discussion sur le sens du mot tohoro (« sa pureté ») rattaché à l'autel. La conclusion : il ne s'agit pas d'un lieu extérieur mais de la surface supérieure de l'autel elle-même, dégagée chaque matin des cendres de l'encens, où l'or apparaît « pur ». Le verset Ex 24,10 sert d'appui lexical : la-tohar (« pour la pureté ») se lit comme la-taher.
(Retour à R. Chimon Ich ha-Mitzpa :) Pourquoi asperge-t-il d'abord selon la procédure de l'holocauste (ola), puis selon celle du sacrifice pour le péché (hatat) ?
Qu'on asperge d'abord selon la procédure du hatat, puis selon celle de l'ola ! -- Puisque c'est un holocauste (l'objet même est une ola), c'est elle (sa procédure) qui passe en premier.
Le tamid est un holocauste, mais R. Chimon Ich ha-Mitzpa enseigne qu'on lui applique aussi un geste emprunté au hatat (le dépôt du sang aux coins). La guemara demande l'ordre : pourquoi commencer par le geste de l'ola ? Réponse simple : le sacrifice étant par nature une ola, sa propre procédure a la priorité.
Et pourquoi asperge-t-il au coin nord-est puis au coin sud-ouest ? Qu'on asperge au sud-est puis au nord-ouest ! -- Ils disent : l'holocauste exige un yesod (socle de l'autel), or le coin sud-est n'avait pas de yesod.
La procédure de l'ola se fait en deux dons diagonaux (nord-est et sud-ouest) qui, en se répandant, couvrent les quatre faces. Pourquoi ne pas prendre l'autre diagonale (sud-est / nord-ouest) ? Parce que le sang de l'holocauste doit tomber là où existe un yesod en dessous -- et le coin sud-est en était dépourvu (voir le schéma de l'autel en haut de page).
Pourquoi asperge-t-il d'abord au nord-est puis au sud-ouest ? Qu'on asperge d'abord au sud-ouest puis au nord-est ! -- Puisque le Maître a dit : tous les tournants que tu fais ne se font que par la droite, vers l'est -- c'est celui-là (le nord-est) qu'il rencontre en premier.
Reste à justifier l'ordre entre les deux coins retenus. Règle générale du service : on tourne toujours par la droite. En montant depuis le sud et en tournant à droite, le kohen atteint d'abord le sud-est -- mais il est sans yesod, il le laisse -- puis, en poursuivant, le nord-est, où il asperge. D'où l'ordre : nord-est avant sud-ouest.
Et d'où (sait-on) que c'est à propos de l'holocauste que le Miséricordieux ordonne d'y faire la procédure du hatat ? Peut-être est-ce à propos du hatat (de Roch Hodech) que le Miséricordieux ordonne d'y faire la procédure de l'holocauste ! -- Cela ne saurait te venir à l'esprit, car il est écrit : « il sera offert en plus de l'holocauste perpétuel et de sa libation » (Nb 28,15).
Que dit le Miséricordieux ? Jette un élément du hatat sur l'ola (applique le geste du hatat au sacrifice de l'ola).
La règle croise ola et hatat : mais dans quel sens ? La guemara écarte l'hypothèse inverse (appliquer la procédure de l'ola au hatat de Roch Hodech) grâce au verset « al olat ha-tamid » (Nb 28,15) : en accolant le hatat de Roch Hodech à l'holocauste perpétuel, la Torah signifie qu'on projette le geste du hatat sur l'ola, et non l'inverse.
Nous avons appris là-bas (michna du traité Tamid) : Le préposé (ha-memuneh) leur dit : Sortez et apportez un agneau de la Chambre des agneaux. Or la Chambre des agneaux se trouvait dans le coin nord-ouest.
Et il y avait là quatre chambres : l'une, la Chambre des agneaux ; l'une, la Chambre des sceaux (hotamot) ; l'une, la Chambre de Bet ha-Moked ; et l'une, la chambre où l'on préparait les pains de proposition (le'hem ha-panim).
Nouvelle sougya, construite sur le même procédé que la précédente (opposer deux michnayot d'auteurs différents). La michna de Tamid situe la Chambre des agneaux au nord-ouest du Bet ha-Moked, grande salle chauffée où les kohanim, pieds nus sur le dallage, se réchauffaient. Elle énumère les quatre chambres d'angle.
Et l'on oppose (à cela une autre michna, celle de Middot) : Quatre chambres appartenaient au Bet ha-Moked, telles des cabinets (kitoniyot) ouvrant sur la salle (traklin) ; deux dans le sacré (kodech) et deux dans le profane (hol) ; et des têtes de pieux (pispasin) séparaient entre le sacré et le profane. Et à quoi servaient-elles ?
Le coin sud-ouest -- c'était la Chambre des agneaux du sacrifice.
La michna de Middot décrit le même Bet ha-Moked, mais situe la Chambre des agneaux au sud-ouest, contredisant celle de Tamid (nord-ouest). Elle ajoute un détail : le bâtiment est à cheval sur la limite du Temple -- deux chambres dans le kodech, deux dans le hol, marquées par des pispasin (bornes de bois). La résolution, comme plus haut, passera par deux auteurs distincts (voir schéma du Bet ha-Moked).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).