Sougya : Le daf cherche à identifier le tana anonyme du traité MIDDOT. RAV HOUNA répond : RABBI ELIEZER BEN YAAKOV (R.E.b.Y.), et la Guemara accumule les indices.
(1) Les chambres d'angle du parvis des femmes (ezrat nachim, 135x135) -- nazirs, dépôt de bois, lépreux -- et surtout l'aveu 'j'ai OUBLIÉ à quoi servait la chambre du sud-ouest' (ABBA CHAOUL : vin et huile), qui ne peut être dit que par l'auteur lui-même. (2) L'indice géométrique central : Middot enseigne que le MUR ORIENTAL était bas, pour que le cohen brûlant la VACHE ROUSSE sur le mont des Oliviers voie l'entrée du HEIKHAL au moment de l'aspersion.
La Guemara additionne les dénivellations d'est en ouest : rempart +6, parvis d'Israël +7,5 (=13,5), oulam-autel +6 (=19,5). Selon les RABBANAN le sol du Heikhal est à 19,5 coudées : il reste 1/2 coudée VISIBLE sous la porte de 20 coudées, donc pas besoin d'abaisser le mur.
Selon R.E.b.Y., une MARCHE (+1) et le DOUKHAN des lévites (+1,5) portent le sol à 22 : l'entrée est MASQUÉE, il FALLAIT abaisser le mur -- ce qui prouve que Middot suit R.E.b.Y. Enfin RAV ADDA BAR AHAVA propose une autre issue : la Michna pourrait suivre RABBI YEHOUDA, pour qui l'AUTEL centre au milieu du parvis (32 coudées de côté, 9 de haut) masque à lui seul l'entrée.
Suite en 16b.
[La chambre] du sud-est était la chambre où l'on préparait le pain de proposition (le'hem ha-panim). Celle du nord-est : c'est là que la maison des Hasmonéens enfouit les pierres de l'autel que les rois idolâtres avaient profanées.
Celle du nord-ouest : c'est par là qu'on descend à la maison d'immersion (beit ha-tevila). Rav Houna dit : Qui est le tana [auteur] de [la Michna du traité] Middot ?
C'est Rabbi Eliezer ben Yaakov.
On achève la description des chambres du Beit ha-Moked (la salle du Foyer) commencée au daf précédent, puis Rav Houna pose la question directrice de toute la sougya : qui est le tana anonyme de Middot ? Sa réponse -- Rabbi Eliezer ben Yaakov (R.E.b.Y.) -- va être étayée par plusieurs indices tirés de la topographie du Temple.
Le principe général en jeu : une Michna anonyme (stam) reflète l'avis du maître qui a rédigé le traité. Montrer que les positions caractéristiques de R.E.b.Y. sont supposées par Middot, c'est prouver qu'il en est l'auteur.
Car nous avons appris (dans une Michna de Middot) : Le parvis des femmes (ezrat nachim) avait une longueur de cent trente-cinq [coudées] sur une largeur de cent trente-cinq, et il y avait quatre chambres à ses quatre angles. Et à quoi servaient-elles ?
Celle du sud-est était la chambre des nazirs (nezirim) : c'est là que les nazirs font cuire leurs offrandes de paix (chelamim), rasent leur chevelure et la jettent sous la marmite [pour la brûler]. Celle du nord-est était la chambre du dépôt de bois (dir ha-etsim) : c'est là que des cohanim atteints de défauts (baalei moumin) se tiennent et inspectent les bûches [à la recherche] des vers, car toute bûche véreuse est invalide (passoul) pour l'autel.
Premier indice. La Michna de Middot décrit les quatre chambres d'angle du parvis des femmes. L'enjeu n'est pas leur usage mais le fait que R.E.b.Y. en soit le narrateur : le segment suivant le confirmera par un aveu personnel.
Celle du nord-ouest était la chambre des lépreux (metsoraim). Quant à celle du sud-ouest, Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : J'ai oublié à quoi elle servait.
Abba Chaoul dit : c'est là qu'on déposait le vin et l'huile, et on l'appelait la chambre de la maison des huiles (lichkat beit chmanya).
Deuxième indice, décisif : la Michna rapporte que R.E.b.Y. dit lui-même 'j'ai oublié'. Un tana ne parle à la première personne dans une Michna que s'il en est l'auteur -- donc tout le passage précédent est de lui. Abba Chaoul, en désaccord, comble le blanc : cette chambre servait au vin et à l'huile (pour les libations et les oblations).
De même il est logique [de conclure] que c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov, car nous avons appris (dans une Michna de Middot) : Tous les murs qui étaient là étaient hauts, sauf le mur oriental (kotel mizrahi), car le cohen qui brûle la [vache rousse] se tient sur le mont de l'Onction (har ha-michha, le mont des Oliviers), vise et voit en direction de l'entrée du sanctuaire (heikhal) au moment de l'aspersion du sang (hazaat ha-dam).
Troisième indice, et cœur géométrique du daf. La Michna de Middot enseigne que le mur oriental était bas (contrairement à tous les autres) pour une raison rituelle : le cohen qui accomplit le rite de la vache rousse (para adouma) sur le mont des Oliviers, à l'est, doit voir l'entrée du Heikhal en aspergeant le sang (Nombres 19,4 : 'vers l'avant de la tente d'assignation').
Le sol du Temple monte d'est en ouest. Si le mur oriental était haut comme les autres, il masquerait l'entrée. La question devient donc arithmétique : de combien le sol du Heikhal dépasse-t-il le sommet de la porte orientale (20 coudées) ? C'est ce que les segments 4-8 vont calculer.
Et nous avons appris : Toutes les entrées (petahim) qui étaient là avaient une hauteur de vingt coudées et une largeur de dix coudées. Et nous avons appris : en deçà de lui [le mur oriental] se trouvait un treillis (soreg).
Et nous avons appris : en deçà de lui, le rempart (het) de dix coudées, et il y avait là douze marches, la hauteur (roum) de chaque marche étant d'une demi-coudée et sa profondeur (chilha) d'une demi-coudée.
Début du calcul cumulatif. Deux données-clés : (1) toute porte fait 20 coudées de haut -- c'est la limite de la visée ; (2) après le treillis (soreg) et le rempart (het), 12 marches de 1/2 coudée montent, soit +6 coudées, jusqu'au sol du parvis des femmes.
Quinze marches montent de l'intérieur de celui-ci [le parvis], descendant du parvis d'Israël (ezrat yisrael) vers le parvis des femmes, la hauteur de chaque marche étant d'une demi-coudée et sa profondeur d'une demi-coudée. Et nous avons appris : entre le vestibule (oulam) et l'autel, vingt-deux coudées, et il y avait là douze marches, la hauteur de chaque marche d'une demi-coudée et sa profondeur d'une demi-coudée.
On poursuit l'addition. 15 marches de 1/2 coudée entre le parvis des femmes et le parvis d'Israël : +7,5 -> total 13,5. Puis, entre l'oulam et l'autel, 12 marches : +6 -> total 19,5 coudées. C'est le sol du Heikhal selon les Rabbanan.
Or 19,5 < 20 : il resterait une demi-coudée de l'entrée visible par-dessus la porte. Pour les Rabbanan, donc, pas besoin d'abaisser le mur -- ce qui contredirait Middot.
Et nous avons appris que Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : il y avait là [encore] une marche, haute d'une coudée, sur laquelle était posé le podium [des lévites] (doukhan), et sur lui trois marches d'une demi-coudée chacune.
L'élément propre à R.E.b.Y. : une marche supplémentaire d'1 coudée plus un doukhan (le podium des lévites) surmonté de 3 marches de 1/2, soit +2,5 coudées. Ajoute aux 19,5, cela porte le sol du Heikhal à 22 coudées.
Admettons (i amart bichlama) : si tu dis que c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov -- voilà pourquoi l'entrée se trouvait masquée (ikhsi lei pitha).
Conclusion en faveur de la thèse. Avec les +2,5 de R.E.b.Y., le sol du Heikhal atteint 22 > 20 : l'entrée est réellement masquée par la porte de 20 coudées. Il fallait donc bien abaisser le mur oriental, exactement comme l'enseigne Middot. La topographie de Middot présuppose R.E.b.Y.
Mais si tu dis que ce sont les Rabbanan -- n'y a-t-il pas [encore] une demi-coudée par laquelle l'entrée lui reste visible !
Le contre-pied qui verrouille la preuve. Selon les Rabbanan (sans la marche + doukhan), le sol du Heikhal n'est qu'à 19,5. La porte faisant 20, il reste 1/2 coudée par laquelle le cohen voit l'entrée -- donc pas besoin d'abaisser le mur. Middot, qui l'abaisse, ne peut donc PAS être selon les Rabbanan : c'est bien R.E.b.Y.
N'est-ce donc pas la preuve (chma mina) que c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov ? Rav Adda bar Ahava dit : selon qui est [notre Michna] ?
C'est Rabbi Yehouda. Car il a été enseigné (baraita) : Rabbi Yehouda dit : l'autel est centre et se tient au milieu du parvis (azara), et il avait trente-deux coudées [de côté],
La Guemara conclut d'abord : donc Middot suit R.E.b.Y. Mais Rav Adda bar Ahava ouvre une alternative : le fait que le mur oriental soit bas peut s'expliquer autrement, par Rabbi Yehouda. Pour lui, l'autel est centre au milieu du parvis, face aux entrées ; sa hauteur (le sol atteint déjà 13,5, plus 9 coudées d'autel = 22,5) masque à elle seule l'entrée. Nul besoin de la marche + doukhan de R.E.b.Y. La suite (dimensions et réfutation) se poursuit en Yoma 16b.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).