Sougya : Le daf conclut d'abord la sougya des quatre chambres du Bet HaMoked : seule l'hypothèse que la Chambre des Agneaux se trouve au sud-ouest résout la contradiction entre les michnayot sur le lechem hapanim ; une objection sur le sens des tours (à droite pour le service, mais ici simple calcul) est écartée. On revient ensuite à la michna sur les deux privilèges du Kohen Gadol : il désigne verbalement ce qu'il offre (olah, mincha) et ce qu'il mange (chatat, acham), et se sert en premier dans les pains partagés -- un des deux pains de Chavouot, et plusieurs pains du lechem hapanim.
Combien ? Le tana anonyme dit quatre ou cinq (moins que la moitié), Rabbi dit toujours cinq (la moitié, d'après le verset séparant Aaron de ses fils).
La baraita paraissant se contredire (Rabbi / Rabbanan / Rabbi), Abaye la réordonne : début et milieu sont des Rabbanan, et s'il reçoit un pain entier de Chavouot, c'est qu'il n'est pas convenable de remettre un simple morceau au Kohen Gadol.
Si tu dis que c'est bien dans le (coin) sud-ouest qu'elle (la Chambre des Agneaux) se trouvait, on comprend alors comment (Rav Huna) résout la contradiction du lechem hapanim (pains de proposition) contre le lechem hapanim (d'une michna à l'autre). Mais si tu dis qu'elle était au nord-ouest, en fin de compte, quelle est la résolution du lechem hapanim ?
Ne faut-il donc pas en conclure qu'elle était au sud-ouest ? Conclus-en qu'il en est bien ainsi.
Suite de la discussion sur l'emplacement des chambres du Bet HaMoked. Deux michnayot semblent se contredire sur la place du lechem hapanim. La preuve procède par l'absurde : seule l'hypothèse sud-ouest pour la Chambre des Agneaux (Lishkat ha-Telaim) permet à Rav Huna de réconcilier les textes ; l'hypothèse nord-ouest laisse la contradiction insoluble.
C'est un raisonnement classique du Talmud : tirer une conclusion (chma mina) non pas d'une preuve directe, mais du fait qu'une seule lecture rend le reste cohérent.
Mais le Maître n'a-t-il pas dit : tous les tours que tu tournes ne doivent être que vers la droite, vers l'est ? Cela ne vaut que pour le service (avoda) ; mais ici, il ne s'agit que d'un simple calcul (chouvna be-alma).
Objection : Rachi a décrit un décompte des chambres en tournant vers la gauche. Or une règle du Temple veut que tout tour se fasse vers la droite. Réponse : cette règle ne s'impose que dans l'accomplissement du service (avoda) ; ici il ne s'agit que d'un repérage mental, un simple calcul, où aucun kohen ne se déplace réellement.
(La michna a enseigné) que le Kohen Gadol offre une part en premier et prend une part en premier. Nos maîtres ont enseigné (dans une baraita) : comment offre-t-il une part en premier ?
Il dit : cette olah (holocauste), c'est moi qui l'offre ; cette mincha (oblation), c'est moi qui l'offre.
Fin de la digression sur les chambres ; on revient à la michna sur les privilèges du Kohen Gadol. Deux droits distincts : offrir une part en premier (makriv chelek ba-roch) et prendre une part en premier (notel chelek ba-roch) -- c'est-à-dire sans passer par le tirage au sort (payis) qui répartit d'ordinaire le service et les portions entre les kohanim.
La baraita détaille d'abord le premier droit : il lui suffit de désigner verbalement le sacrifice qu'il choisit d'offrir.
Comment prend-il une part en premier ? Il dit : ce chatat (sacrifice pour le péché), c'est moi qui le mange ; cet acham (sacrifice de culpabilité), c'est moi qui le mange.
Et il prend un pain sur les deux pains (shtei ha-lechem de Chavouot), quatre ou cinq (pains) sur la fournée du lechem hapanim. Rabbi dit : toujours cinq, car il est dit (Lv 24,9) 'et ce sera pour Aaron et pour ses fils' -- moitié pour Aaron, moitié pour ses fils.
Le second droit : prendre une part en premier. Le Kohen Gadol désigne le chatat ou l'asham qu'il mangera, et se sert dans les pains partagés entre kohanim : un des deux pains de Chavouot (shtei ha-lechem) et plusieurs des douze pains du lechem hapanim distribués chaque Chabbat.
Combien de pains du lechem hapanim ? Le tana anonyme (Rabbanan) dit quatre ou cinq ; Rabbi dit toujours cinq, déduit du verset qui sépare Aaron de ses fils : moitié à l'un, moitié aux autres. Comme deux des douze pains ne se partagent pas, il reste dix à diviser, d'où cinq pour le Kohen Gadol.
Cette (baraita) elle-même fait difficulté (elle se contredit) : tu as dit qu'il prend un pain sur les deux pains -- de qui est-ce l'avis ? C'est Rabbi, qui dit qu'il prend la moitié.
Prends la clause médiane : quatre ou cinq de la fournée du lechem hapanim -- nous voici (revenus) aux Rabbanan, qui disent qu'il ne prend pas la moitié. Prends la clause finale : Rabbi dit toujours cinq.
La clause initiale et la clause finale seraient donc de Rabbi, et la clause médiane des Rabbanan ?!
La baraita se contredit apparemment elle-même. Ses trois clauses ne suivent pas le même avis :
Début (1 pain sur 2 = la moitié) -> Rabbi ; milieu (4 ou 5 = moins que la moitié) -> Rabbanan ; fin (toujours 5, explicitement) -> Rabbi. Un texte panaché Rabbi / Rabbanan / Rabbi est intenable : Abaye va le réordonner au segment suivant.
Abaye dit : la clause initiale et la clause médiane sont des Rabbanan, et les Rabbanan concèdent, à propos d'un morceau (perusa), qu'il n'est pas convenable (derech eretz) d'en donner un au Kohen Gadol.
Résolution d'Abaye : début et milieu sont tous deux des Rabbanan, et seule la fin est de Rabbi. Reste à expliquer la clause initiale (1 pain entier sur 2), qui semblait donner la moitié -- contraire aux Rabbanan.
Réponse : les Rabbanan lui accordent en droit moins que la moitié, mais comme il n'est pas convenable (derech eretz) de remettre au Kohen Gadol un simple morceau (perusa), on lui donne un pain entier. Sur les shtei ha-lechem (2 pains seulement), moins qu'un pain voudrait dire une part rompue : par égard pour son rang, il reçoit donc un pain complet.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).