Sougya : Le daf achève d'abord la sougya du partage des DOUZE PAINS DE PROPOSITION (le'hem ha-panim) : combien en prend le Kohen Gadol, 'quatre ou cinq' ? Les RABBANAN (12 à partager -> 5), RABBI YEHOUDA (2 pains en salaire des portes mis de côté, 10 à partager -> 4), puis RAVA qui unifie la baraita sous RABBI (tenant comme R.
Yehouda) : le 4 ou le 5 dépend de la présence d'un GARDE RETARDÉ (michmar mit'akev) -- reste une difficulté (kachya) sur la clause 'toujours cinq'. La MICHNA ouvre ensuite la préparation du KOHEN GADOL : des anciens du beit din lui lisent l'ORDRE DU JOUR de Kippour et le poussent à lire lui-même ('peut-être n'as-tu pas appris'), d'où la question de la Guemara -- comment nommer un ignorant ?
RAV YOSSEF distingue premier Temple (où la sagesse était requise) et second Temple (où la prêtrise s'achetait : Marta bat Baitos et Yehochoua ben Gamla). Suit le DÉFILE des animaux la veille -- taureaux, béliers, agneaux mais PAS de boucs (qui rappelleraient le péché du peuple et attristeraient le KG) -- et le RÉGIME alimentaire du soir : on écarte les mets qui échauffent (acronymes A-B-I, A-B-B-I, H-G-B-I, G-B-M) pour prévenir l'émission séminale (keri).
Commentaires : Rachi, Tossefot, Ben Yehoyada (aggada/mystique) et Roch (halakha).
Et que signifie 'quatre ou cinq' [pains que prend le Kohen Gadol] ? Selon les Sages (Rabbanan) qui disent : le garde (michmar) entrant prend six [pains], le sortant prend six, et le salaire de la fermeture des portes (hagafat delatot) n'existe pas [n'est pas compté à part] -- c'est donc de douze [pains] qu'il faut partager.
Un de moins que la moitié, il prend cinq.
Le daf s'ouvre en pleine sougya sur le partage des douze pains de proposition (le'hem ha-panim) le Chabbat : ils reviennent aux gardes (michmarot) sortant et entrant, et le Kohen Gadol prend sa part. La baraita disait qu'il prend 'quatre ou cinq' -- la Guemara explique quand.
Selon les Rabbanan, il n'y a pas de salaire séparé pour la fermeture des portes : les douze pains se partagent entiers. Le KG prend la moitié moins un (car on ne lui donne pas un morceau de pain) = cinq.
Selon Rabbi Yehouda, qui dit : l'entrant prend sept -- deux en salaire de la fermeture des portes -- et le sortant prend cinq : c'est donc de dix qu'il faut partager. Un de moins que la moitié, il prend quatre.
Selon Rabbi Yehouda, le garde entrant reçoit deux pains supplémentaires comme salaire de la fermeture des portes -- un salaire mis de côté qui n'entre pas dans le partage. Il ne reste donc que dix pains à partager, dont le KG prend la moitié moins un = quatre.
Rava dit : toute [la baraita] est [selon] Rabbi [Yehouda ha-Nassi], et il tient comme Rabbi Yehouda [que le salaire des portes ne se partage pas]. Mais alors, que signifie 'quatre' ?
Ne devrait-il pas prendre cinq [puisque Rabbi tient que le KG prend la moitié] !
Rava propose une lecture unifiée : la baraita entière suit Rabbi Yehouda ha-Nassi (qui tient que le KG prend exactement la moitié), lequel adopte l'avis de Rabbi Yehouda [le tana] : les deux pains du salaire des portes ne se partagent jamais. Objection : si Rabbi prend la moitié de dix, il devrait prendre cinq, pas quatre. D'où vient donc le 'quatre' ?
Ce n'est pas difficile : ceci [le cas de quatre] c'est lorsqu'il y a un garde retardé (michmar ha-mit'akev), cela [le cas de cinq] c'est lorsqu'il n'y a pas de garde retardé.
Réponse de la Guemara : la baraita décrit deux situations différentes selon qu'un troisième garde est retardé au Temple par le calendrier des fêtes. Un tel garde retardé reçoit lui aussi deux pains, ce qui réduit le nombre de pains à partager.
S'il y a un garde retardé -- c'est de huit qu'il faut partager, et il prend quatre. S'il n'y a pas de garde retardé -- c'est de dix qu'il faut partager, et il prend cinq.
Le calcul de Rava : avec un garde retardé, on met de côté 2 pains pour le retardé + 2 pour les portes = il reste huit à partager, le KG prend quatre. Sans garde retardé, on ne met de côté que les 2 pains des portes : il reste dix, le KG prend cinq.
Si c'est ainsi [que la clause médiane suit elle aussi Rabbi et parle d'un garde retardé], que signifie 'Rabbi dit : toujours cinq' ? [C'est] difficile (kachya).
Difficulté finale contre Rava : la baraita comporte une clause 'Rabbi dit : toujours cinq', ce qui sous-entend que Rabbi diverge de la clause médiane. Or, selon Rava, tout suit Rabbi -- il n'y aurait alors pas de divergence à marquer. La Guemara conclut : kachya (cela reste difficile), sans résoudre.
MICHNA. On lui adjoignit (masseru lo) des anciens (zekenim) parmi les anciens du beit din, et ils lisent devant lui l'ordre du jour (seder ha-yom) [de Kippour], et ils lui disent : 'Ichi [Monseigneur] Kohen Gadol !
Lis toi-même de ta bouche, peut-être as-tu oublié, ou peut-être n'as-tu pas [jamais] appris.' La veille de Yom Kippour, au matin, on le fait tenir à la porte orientale (chaar mizrah) et on fait passer devant lui des taureaux (parim), des béliers (elim) et des agneaux (kevassim), afin qu'il soit familier et exercé au service ('avoda). Tous les sept jours, on ne lui refusait ni nourriture ni boisson ; la veille de Yom Kippour, à la tombée de la nuit, on ne le laissait pas manger beaucoup, car la nourriture amène le sommeil.
La Michna décrit la préparation du Kohen Gadol durant les sept jours de mise à part. Des anciens du beit din lui lisent l'ordre du service de Kippour (parachat Aharei Mot) et le poussent à lire lui-même -- au cas où il aurait oublié ou jamais appris (cette dernière hypothèse fera l'objet de la Guemara). La veille, on lui fait un défilé des animaux du jour pour l'exercer, puis on limite sa nourriture le soir pour éviter le sommeil.
GUEMARA. Soit, 'peut-être a-t-il oublié' -- bien (le-hayei).
Mais 'peut-être n'a-t-il pas appris' -- établit-on [un Kohen Gadol] de cette sorte ?!
La Guemara s'étonne de la formule de la Michna : passe encore qu'il ait oublié, mais comment concevoir qu'on ait nommé Kohen Gadol quelqu'un qui n'a jamais appris à lire ? La sagesse ('hokhma) n'est-elle pas une condition de la fonction ?
Mais n'a-t-on pas enseigné (ve-ha-tanya) : '[et] le kohen [qui est] le gadol parmi ses frères' (Vayikra 21,10) -- qu'il soit plus grand que ses frères en force (koah), en beauté (noi), en sagesse ('hokhma) et en richesse ('ocher). Aherim (d'autres maîtres) disent : d'où [sait-on] que, s'il n'a pas [de fortune], ses frères les kohanim l'élèvent [le rendent riche] ?
Le verset dit : 'le kohen ha-gadol parmi ses frères' -- élève-le (gaddelehou) à partir [des biens] de ses frères.
La Guemara oppose une baraita : le verset exige que le Kohen Gadol surpasse ses frères en force, beauté, sagesse et richesse. Même selon Aherim, qui retirent la richesse comme condition préalable (les autres kohanim l'enrichissent), la sagesse demeure requise -- ce qui renforce la question : comment un ignorant a-t-il pu être nommé ?
Rav Yossef dit : ce n'est pas difficile -- ici [c'est] au premier Temple, là [c'est] au second Temple. Car Rav Assi a dit : Marta bat Baitos apporta un tarkeva de dinars (un demi-sea de pièces d'or) au roi Yannai pour qu'il établit Yehochoua ben Gamla parmi les grands kohanim [comme Kohen Gadol].
Rav Yossef résout : la condition de sagesse valait au premier Temple ; au second Temple, en revanche, la grande prêtrise pouvait s'acheter. Preuve : Marta bat Baitos, une riche veuve, versa au roi Yannai un demi-sea de pièces d'or pour faire nommer Yehochoua ben Gamla. La nomination par corruption rendait donc concevable un Kohen Gadol ignorant.
'La veille de Yom Kippour, au matin, etc.' On a enseigné (tana) : même les boucs (se'irim). Et notre tana [de la Michna], pourquoi n'a-t-il pas enseigné les boucs ?
Puisqu'ils viennent pour le péché (al het), son cœur défaille (halcha da'atei) [il s'attriste].
Une baraita ajoute les boucs au défilé des animaux. Pourquoi la Michna les omet-elle ? Parce que le bouc de Kippour vient expier le péché de tout Israël : en le voyant, le Kohen Gadol penserait aux fautes du peuple et son cœur défaillirait (halcha da'atei) -- on lui épargne donc ce spectacle.
Si c'est ainsi, le taureau (par) aussi vient pour le péché ! [Réponse :] le taureau -- puisqu'il vient pour lui et pour ses frères les kohanim : parmi ses frères les kohanim, s'il est quelqu'un qui a une affaire [un péché], il le connaît (mida yada lei) et le ramène au repentir (techouva).
Mais [pour] tout Israël -- il ne [le] connaît pas.
Objection : le taureau aussi expie un péché -- pourquoi le montrer, alors ? Réponse : le taureau expie les fautes du KG et de ses frères les kohanim, un cercle restreint qu'il connaît et peut ramener au repentir ; le voir ne l'accable pas. Le bouc, lui, expie tout Israël, dont il ignore les fautes et ne peut assurer le repentir -- d'où l'accablement.
Ravina dit : c'est [le sens de] ce que disent les gens : 'Si le fils de ta sœur devient officier (dayyala), au marché ne passe pas devant lui.'
Ravina illustre par un proverbe populaire l'idée que le KG connaît les fautes de ses proches les kohanim : même un parent devenu officier (dayyala, agent du roi) devient à craindre, car il connaît tes affaires et ta fortune et peut te chercher querelle. On évite de croiser son regard.
'Tous les sept jours, on ne refusait pas, etc.' On a enseigné (tanya) : Rabbi Yehouda ben Nekossa dit : on le nourrit de semoule fine (solet) et d'œufs afin de le relâcher (le-massmesso) [faciliter le transit]. Ils lui dirent : au contraire (kol chekèn), tu l'amènes à l'échauffement (himoum) [risque d'émission séminale, keri] !
Début de la discussion sur le régime alimentaire de la veille. R. Yehouda ben Nekossa voudrait le nourrir de semoule et d'œufs pour faciliter le transit et lui éviter de se soulager à Kippour. On objecte : ces aliments échauffent (himoum) et risquent au contraire de provoquer une émission séminale (keri), qui rendrait le KG impur.
On a enseigné : Soumkhos dit au nom de Rabbi Meir : on ne le nourrit pas de 'A-B-I' ; d'aucuns disent : pas de 'A-B-B-I' ; et il en est qui disent : pas non plus de vin blanc. 'A-B-I' -- ni etrog (A), ni œufs (beitzim, B), ni vin vieux (yayin, Y). Et d'aucuns disent 'A-B-B-I' -- ni etrog, ni œufs, ni viande grasse (bassar, B), ni vin vieux.
Et il en est qui disent : pas non plus de vin blanc, car le vin blanc amène l'homme à l'impureté (tuma) [par émission].
Une baraita fixe des acronymes (simanim) des aliments à écarter pour prévenir le keri. 'A-B-I' = etrog, œufs, vin vieux ; 'A-B-B-I' ajoute la viande grasse ; certains ajoutent le vin blanc. Les lettres sont les initiales hébraïques des mets (voir schéma de synthèse).
Nos maîtres ont enseigné : le zav -- on lui impute [l'émission] à la nourriture, à toute sorte de nourriture. Elazar ben Pinhas dit au nom de Rabbi Yehouda ben Betera : on ne le nourrit ni de 'H-G-B-I' ni de 'G-B-M', ni d'aucune chose amenant à l'impureté. 'H-G-B-I' -- ni lait (halav, H), ni fromage (guevina, G), ni œuf (beitza, B), ni vin (yayin, Y). 'G-B-M' -- l'eau de grains de fèves (mei guérissin, G), la viande grasse (bassar, B), et le muryas (saumure de petits poissons, M).
Parallèle avec le zav (homme atteint d'un écoulement) : durant son examen, on impute une émission à la nourriture plutôt qu'à la maladie, pour ne pas le déclarer impur à tort. On lui retire donc les mêmes catégories d'aliments : acronymes 'H-G-B-I' (lait, fromage, œuf, vin) et 'G-B-M' (eau de fèves, viande grasse, muryas).
'Ni aucune chose amenant à l'impureté' -- qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce que nos maîtres ont enseigné : cinq choses amènent l'homme à l'impureté [par émission], et ce sont : l'ail (ha-choum)...
La Guemara précise ce que la clause générale 'toute chose amenant à l'impureté' vient ajouter : une liste de cinq aliments qui provoquent l'émission. L'énumération commence ici par l'ail (ha-choum) et se poursuit au verso (Yoma 18b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).