Yoma 18a -- La fin du partage des pains de proposition (4 ou 5 selon Rabbanan, R. Yehouda et Rava avec le garde retardé) ; puis la Michna de la préparation du Kohen Gadol : lecture du seder ha-yom, défilé des animaux (sans boucs), et le régime de la veille pour prévenir le sommeil et l'émission (keri)

Yoma 18a

Sougya : Le daf achève d'abord la sougya du partage des DOUZE PAINS DE PROPOSITION (le'hem ha-panim) : combien en prend le Kohen Gadol, 'quatre ou cinq' ? Les RABBANAN (12 à partager -> 5), RABBI YEHOUDA (2 pains en salaire des portes mis de côté, 10 à partager -> 4), puis RAVA qui unifie la baraita sous RABBI (tenant comme R.

Yehouda) : le 4 ou le 5 dépend de la présence d'un GARDE RETARDÉ (michmar mit'akev) -- reste une difficulté (kachya) sur la clause 'toujours cinq'. La MICHNA ouvre ensuite la préparation du KOHEN GADOL : des anciens du beit din lui lisent l'ORDRE DU JOUR de Kippour et le poussent à lire lui-même ('peut-être n'as-tu pas appris'), d'où la question de la Guemara -- comment nommer un ignorant ?

RAV YOSSEF distingue premier Temple (où la sagesse était requise) et second Temple (où la prêtrise s'achetait : Marta bat Baitos et Yehochoua ben Gamla). Suit le DÉFILE des animaux la veille -- taureaux, béliers, agneaux mais PAS de boucs (qui rappelleraient le péché du peuple et attristeraient le KG) -- et le RÉGIME alimentaire du soir : on écarte les mets qui échauffent (acronymes A-B-I, A-B-B-I, H-G-B-I, G-B-M) pour prévenir l'émission séminale (keri).

Commentaires : Rachi, Tossefot, Ben Yehoyada (aggada/mystique) et Roch (halakha).

Combien de pains (le'hem ha-panim) prend le Kohen Gadol : 4 ou 5 ? 12 pains partagés le Chabbat entre les gardes (michmarot) sortant et entrant. Le KG prend sa part. Rabbanan (les Sages) entrant 6 + sortant 6 pas de salaire de portes à partager : 12 moitié - 1 (pas de moitié de pain) KG prend 5 Rabbi Yehouda entrant 7 (dont 2 = portes) sortant 5 2 mis de côté : à partager 10 moitié - 1 KG prend 4 Rava : toute la baraita = Rabbi (et il tient comme R. Yehouda : le KG prend la moitié) le 4 / 5 dépend d'un garde retardé (michmar mit'akev) voir ci-dessous SANS garde retardé sortant 2 (portes) mis de côté à partager : 10 moitié - 1 KG prend 5 = clause "Rabbi dit : toujours cinq" AVEC garde retardé retardé 2 + sortant 2 (portes) à partager : 8 moitié - 0 (8 pair) mais reste 4 KG prend 4 difficulté : reste la clause "toujours cinq" (kachya)
Le partage des 12 pains de proposition : 4 ou 5 selon Rabbanan, R. Yehouda et la résolution de Rava (garde retardé ou non).
Les 7 jours de mise à part (perisha) du Kohen Gadol Mise à part chambre des Parhedrin ; un remplaçant prêt Chaque jour il fait le service du tamid ; lecture du seder ha-yom Veille, matin défilé à la porte E : taureaux, béliers, agneaux (pas de boucs) Veille, tombée peu de nourriture (la nourriture amène le sommeil / keri) Pas de boucs au défilé : ils rappellent le péché de toute la communauté -> halcha da'atei (il s'attriste). Taureau permis : il n'expie que la faute des kohanim, que le KG connaît et peut ramener au repentir. Objectif du régime du soir : éviter sommeil et émission (keri) qui rendraient le KG impur.
Les 7 jours de préparation du Kohen Gadol : mise à part, entraînement, défilé des animaux, régime de la veille.
Les aliments écartés : acronymes (simanim) des mets qui amènent à l'impureté Prévention de l'émission séminale (keri) chez le KG, et examen du zav. Soumkhos / R. Meir (KG) A-B-I : etrog, œufs (beitzim), vin vieux (yayin) A-B-B-I : + viande grasse (bassar) certains : + vin blanc (amène la tuma) Elazar b. Pinhas / R. Yehouda b. Betera H-G-B-I : lait (halav), fromage (guevina), œuf (beitza), vin (yayin) G-B-M : eau de fèves (guérissin), viande grasse, muryas (saumure) Deux visées distinctes KG : éviter que ces mets provoquent une émission (himoum / keri) à Kippour. Zav : durant l'examen, on impute l'émission à la nourriture -> on retire ces mets pour ne pas fausser le diagnostic d'impureté.
Les acronymes des aliments écartés (A-B-I, A-B-B-I, H-G-B-I, G-B-M) pour prévenir l'émission séminale.
1
וּמַאי אַרְבַּע אוֹ חָמֵשׁ? לְרַבָּנַן דְּאָמְרִי נִכְנָס נוֹטֵל שֵׁשׁ, וְיוֹצֵא נוֹטֵל שֵׁשׁ, וּשְׂכַר הַגָּפַת דְּלָתוֹת לָא, מִשְׁתֵּים עֶשְׂרֵה בָּעֵי מִיפְלַג. בְּצִיר חֲדָא מִפַּלְגָא, חָמֵשׁ שְׁקִיל.

Et que signifie 'quatre ou cinq' [pains que prend le Kohen Gadol] ? Selon les Sages (Rabbanan) qui disent : le garde (michmar) entrant prend six [pains], le sortant prend six, et le salaire de la fermeture des portes (hagafat delatot) n'existe pas [n'est pas compté à part] -- c'est donc de douze [pains] qu'il faut partager.

Un de moins que la moitié, il prend cinq.

📜 Rachi (2)
וּמַאי אַרְבַּע אוֹ חָמֵשׁ מָתַי אַרְבַּע וּמָתַי חָמֵשׁ:
Quand [prend-il] quatre et quand [prend-il] cinq.
לְרַבָּנָן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּר' יְהוּדָה בְּפֶרֶק הֶחָלִיל (סֻוכָּה דַּף נו.) וְאָמְרִי מִשְׁמָר הַיּוֹצֵא נוֹטֵל שֵׁשׁ וּמִשְׁמָר הַנִּכְנָס נוֹטֵל שֵׁשׁ חַלּוֹת וּשְׂכַר הַגָּפַת דְּלָתוֹת לָא שְׁקִיל מִשְׁמָר הַנִּכְנָס נִמְצְאוּ כֻּולָּן בָּאוֹת וּמְחַלְּקוֹת וְכֹהֵן גָּדוֹל חוֹלֵק עִם שְׁתֵּיהֶן וּמִשְּׁנֵים עָשָׂר בָּעֵי מִיפְלָג וּמֶחֱצָה שָׁלֵם אֵינוֹ נוֹטֵל בַּצֵּיר חֲדָא מִפַּלְגָא חָמֵשׁ שָׁקֵיל:
[Les Sages] qui divergent de Rabbi Yehouda au chapitre 'Hé-halil' (Soukka 56a) et disent : le garde sortant prend six pains et le garde entrant prend six pains, et le salaire de la fermeture des portes, le garde entrant ne le prend pas. Il se trouve donc qu'elles [les deux gardes] viennent toutes et partagent, et le Kohen Gadol partage avec les deux ; c'est de douze qu'il faut partager, et il ne prend pas une moitié entière : un de moins que la moitié, il prend cinq.
💡 Explication

Le daf s'ouvre en pleine sougya sur le partage des douze pains de proposition (le'hem ha-panim) le Chabbat : ils reviennent aux gardes (michmarot) sortant et entrant, et le Kohen Gadol prend sa part. La baraita disait qu'il prend 'quatre ou cinq' -- la Guemara explique quand.

Selon les Rabbanan, il n'y a pas de salaire séparé pour la fermeture des portes : les douze pains se partagent entiers. Le KG prend la moitié moins un (car on ne lui donne pas un morceau de pain) = cinq.

🖼️ Schéma
Combien de pains (le'hem ha-panim) prend le Kohen Gadol : 4 ou 5 ? 12 pains partagés le Chabbat entre les gardes (michmarot) sortant et entrant. Le KG prend sa part. Rabbanan (les Sages) entrant 6 + sortant 6 pas de salaire de portes à partager : 12 moitié - 1 (pas de moitié de pain) KG prend 5 Rabbi Yehouda entrant 7 (dont 2 = portes) sortant 5 2 mis de côté : à partager 10 moitié - 1 KG prend 4 Rava : toute la baraita = Rabbi (et il tient comme R. Yehouda : le KG prend la moitié) le 4 / 5 dépend d'un garde retardé (michmar mit'akev) voir ci-dessous SANS garde retardé sortant 2 (portes) mis de côté à partager : 10 moitié - 1 KG prend 5 = clause "Rabbi dit : toujours cinq" AVEC garde retardé retardé 2 + sortant 2 (portes) à partager : 8 moitié - 0 (8 pair) mais reste 4 KG prend 4 difficulté : reste la clause "toujours cinq" (kachya)
Le partage des 12 pains : Rabbanan (5), R. Yehouda (4), et la synthèse de Rava.
2
לְרַבִּי יְהוּדָה, דְּאָמַר: נִכְנָס נוֹטֵל שֶׁבַע, שְׁתַּיִם בִּשְׂכַר הַגָּפַת דְּלָתוֹת, וְיוֹצֵא נוֹטֵל חָמֵשׁ, מַעֲשֵׂר בָּעֵי מִיפְלָג. בְּצִיר חֲדָא מִפַּלְגָא, וּשְׁקִיל אַרְבַּע.

Selon Rabbi Yehouda, qui dit : l'entrant prend sept -- deux en salaire de la fermeture des portes -- et le sortant prend cinq : c'est donc de dix qu'il faut partager. Un de moins que la moitié, il prend quatre.

📜 Rachi (2)
לֵר' יְהוּדָה דְּאָמַר נִכְנָס נוֹטֵל שְׁתַּיִם בְּלֹא מַחֲלֹוקֶת בְּשָׂכָר שֶׁהוּא מֵגִיף לְמוֹצָאֵי שַׁבָּת דַּלְתוֹת הָעֲזָרָה וְחַיִל וְהֵיכָל וּלְשָׁכוֹת שֶׁפָּתְחוּ שַׁחֲרִית מִשְׁמָר שֶׁיָּצָא לוֹ מַעֲשֵׂר בָּעֵי מִיפְלָג שֶׁאֵין הַשְׁתַּיִם בָּאוֹת בְּמַחֲלֹוקֶת כִּי שְׂכָרָם הֵם:
Sans partage [litigieux], en salaire de ce qu'il ferme, à l'issue du Chabbat, les portes du parvis ('azara), du Heil et du Heikhal, et les chambres (léchakhot) que le garde sortant avait ouvertes le matin. C'est donc de dix qu'il faut partager, car les deux [pains] ne viennent pas au partage, puisqu'ils sont leur salaire.
בְּצִיר חֲדָא מִפַּלְגָא דְּעֶשֶׂר וּשְׁקִיל אַרְבַּע:
De dix -- et il prend quatre.
💡 Explication

Selon Rabbi Yehouda, le garde entrant reçoit deux pains supplémentaires comme salaire de la fermeture des portes -- un salaire mis de côté qui n'entre pas dans le partage. Il ne reste donc que dix pains à partager, dont le KG prend la moitié moins un = quatre.

3
רָבָא אָמַר: כֻּולָּהּ רַבִּי הִיא, וְסָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה. וְאֶלָּא מַאי אַרְבַּע? הָא חָמֵשׁ בָּעֵי לְמִשְׁקַל!

Rava dit : toute [la baraita] est [selon] Rabbi [Yehouda ha-Nassi], et il tient comme Rabbi Yehouda [que le salaire des portes ne se partage pas]. Mais alors, que signifie 'quatre' ?

Ne devrait-il pas prendre cinq [puisque Rabbi tient que le KG prend la moitié] !

📜 Rachi (3)
כֻּולָּהּ רַבִּי הִיא דְּאָמַר פַּלְגָא שָׁקֵיל:
[Rabbi Yehouda ha-Nassi] qui dit qu'il prend la moitié (pelga).
וְסָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאֵין הַשְׁתַּיִם מִתְחַלְּקוֹת לְעוֹלָם:
Que les deux [pains du salaire] ne se partagent jamais.
אֶלָּא מַאי אַרְבַּע הָא חָמֵשׁ בָּעֵי לְמִישְׁקַל לָא קַשְׁיָא הָא דְּאִיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב וְכוּ' פְּעָמִים שֶׁיּוֹם טוֹב חָל בַּשֵּׁנִי בְּשַׁבָּת וְיֵשׁ מִשְׁמָר מַקְדִּים וּבָא מֵעֶרֶב שַׁבָּת וּמִתְעַכֵּב עַד הָרֶגֶל שֶׁכָּל הַמִּשְׁמָרוֹת בָּאוֹת בָּרֶגֶל אוֹ פְּעָמִים שֶׁמּוֹצָאֵי יוֹם טוֹב עֶרֶב שַׁבָּת וְהַמִּשְׁמָרוֹת הוֹלְכוֹת לִמְקוֹמָם בְּעֶרֶב שַׁבָּת וְיֵשׁ מִשְׁמָר שֶׁמִּתְעַכֵּב שָׁם עַד מוֹצָאֵי שַׁבָּת וּתְנַן בְּמַסֶּכֶת סֻוכָּה (דַּף נה:) שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הָרֶגֶל הָיוּ כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שָׁווֹת בְּחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים וְכֵן י"ט הַסָּמוּךְ לַשַּׁבָּת בֵּין מִלְּפָנֶיהָ שֶׁאֵין יְכוֹלִין לָשׁוּב בְּשַׁבָּת לִמְקוֹמָן בֵּין מִלְּאַחֲרֶיהָ שֶׁעַל כָּרְחָן הֵן מַקְדִּימִין לָבֹא מע"ש הָיוּ כָּל הַמִּשְׁמָרוֹת שָׁווֹת בְּחִילּוּק לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁהֲרֵי עַל כָּרְחָן שׁוֹהִין שָׁם וַהֲרֵי הִיא כְּשַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הָרֶגֶל חָל יוֹם אֶחָד לְהַפְסִיק בֵּינָתַיִם אוֹ מִלְּפָנֶיהָ כְּגוֹן שֶׁכָּלָה הַמּוֹעֵד בַּחֲמִישִׁי בְּשַׁבָּת אוֹ מֵאַחֲרֶיהָ שֶׁהִתְחִיל הַמּוֹעֵד בְּשֵׁנִי בַּשַּׁבָּת לֹא הָיָה לָהֶם לְהַקְדִּים לָבֹא מִלִּפְנֵי הַשַּׁבָּת אֵינָן שָׁווֹת אֶלָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב בְּשַׁבָּת בֵּין שֶׁהוּא מִשְׁמָר אֶחָד בֵּין שֶׁהוּא מִשְׁמָרוֹת הַרְבֵּה נוֹטֵל שְׁתֵּי חַלּוֹת וְהַשְּׁאָר מִתְחַלְּקוֹת לַמִּשְׁמָר הַיּוֹצֵא וְנִכְנָס שֶׁזְּמַנּוֹ קָבוּעַ לְאוֹתָהּ שַׁבָּת:
[Il arrive] parfois que Yom Tov tombe le lundi (le deuxième jour de la semaine) : un garde devance et vient des la veille du Chabbat, et il se retarde jusqu'à la fête, car tous les gardes viennent à la fête (regel). Ou parfois l'issue de Yom Tov est la veille du Chabbat : les gardes s'en vont à leur place la veille du Chabbat, mais un garde se retarde là jusqu'à l'issue du Chabbat. Et nous avons appris au traité Soukka (55b) : un Chabbat qui tombe au milieu de la fête, tous les gardes étaient égaux dans le partage du pain de proposition (le'hem ha-panim) ; de même un Yom Tov attenant au Chabbat -- que ce soit avant lui (car ils ne peuvent retourner à leur place le Chabbat) ou après lui (car ils sont contraints de devancer et de venir dès la veille du Chabbat) -- tous les gardes étaient égaux dans le partage du le'hem ha-panim, puisqu'ils sont forcément retenus là, et c'est comme le Chabbat au milieu de la fête. [Mais] si un jour s'intercale entre eux [pour séparer] -- soit avant, par exemple si la fête s'achève le jeudi (le cinquième jour), soit après, si la fête a commencé le lundi et qu'ils n'avaient pas à devancer et venir avant le Chabbat -- ils ne sont pas égaux : seul le garde retardé le Chabbat, qu'il s'agisse d'un seul garde ou de plusieurs, prend deux pains, et le reste se partage entre le garde sortant et l'entrant dont le temps est fixé pour ce Chabbat.
💡 Explication

Rava propose une lecture unifiée : la baraita entière suit Rabbi Yehouda ha-Nassi (qui tient que le KG prend exactement la moitié), lequel adopte l'avis de Rabbi Yehouda [le tana] : les deux pains du salaire des portes ne se partagent jamais. Objection : si Rabbi prend la moitié de dix, il devrait prendre cinq, pas quatre. D'où vient donc le 'quatre' ?

4
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב, הָא דְּלֵיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב.

Ce n'est pas difficile : ceci [le cas de quatre] c'est lorsqu'il y a un garde retardé (michmar ha-mit'akev), cela [le cas de cinq] c'est lorsqu'il n'y a pas de garde retardé.

💡 Explication

Réponse de la Guemara : la baraita décrit deux situations différentes selon qu'un troisième garde est retardé au Temple par le calendrier des fêtes. Un tel garde retardé reçoit lui aussi deux pains, ce qui réduit le nombre de pains à partager.

5
אִי אִיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב — מִשְּׁמֹנָה בָּעֵי לְמִפְלַג, וּשְׁקִיל אַרְבַּע. אִי לֵיכָּא מִשְׁמָר הַמִּתְעַכֵּב — מַעֲשֵׂר בָּעֵי לְמִפְלַג, וּשְׁקִיל חָמֵשׁ.

S'il y a un garde retardé -- c'est de huit qu'il faut partager, et il prend quatre. S'il n'y a pas de garde retardé -- c'est de dix qu'il faut partager, et il prend cinq.

💡 Explication

Le calcul de Rava : avec un garde retardé, on met de côté 2 pains pour le retardé + 2 pour les portes = il reste huit à partager, le KG prend quatre. Sans garde retardé, on ne met de côté que les 2 pains des portes : il reste dix, le KG prend cinq.

6
אִי הָכִי, מַאי רַבִּי אוֹמֵר: לְעוֹלָם חָמֵשׁ? קַשְׁיָא.

Si c'est ainsi [que la clause médiane suit elle aussi Rabbi et parle d'un garde retardé], que signifie 'Rabbi dit : toujours cinq' ? [C'est] difficile (kachya).

📜 Rachi (1)
אִי הָכִי דִּמְצִיעֲתָא רַבִּי הִיא מַאי לְעוֹלָם חָמֵשׁ:
Que la clause médiane est [aussi selon] Rabbi -- que signifie [alors] 'toujours cinq' ?
💡 Explication

Difficulté finale contre Rava : la baraita comporte une clause 'Rabbi dit : toujours cinq', ce qui sous-entend que Rabbi diverge de la clause médiane. Or, selon Rava, tout suit Rabbi -- il n'y aurait alors pas de divergence à marquer. La Guemara conclut : kachya (cela reste difficile), sans résoudre.

7
מַתְנִי׳ מָסְרוּ לוֹ זְקֵנִים מִזִּקְנֵי בֵּית דִּין, וְקוֹרִין לְפָנָיו בְּסֵדֶר הַיּוֹם, וְאוֹמְרִים לוֹ: אִישִׁי כֹּהֵן גָּדוֹל! קְרָא אַתָּה בְּפִיךָ, שֶׁמָּא שָׁכַחְתָּ אוֹ שֶׁמָּא לֹא לָמַדְתָּ. עֶרֶב יוֹם כִּפּוּרִים שַׁחֲרִית מַעֲמִידִין אוֹתוֹ בְּשַׁעַר מִזְרָח, וּמַעֲבִירִין לְפָנָיו פָּרִים וְאֵילִים וּכְבָשִׂים כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מַכִּיר וְרָגִיל בַּעֲבוֹדָה. כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים לֹא הָיוּ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה, עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים עִם חֲשֵׁיכָה לֹא הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ לֶאֱכֹול הַרְבֵּה, מִפְּנֵי שֶׁהַמַּאֲכָל מֵבִיא אֶת הַשֵּׁינָה.

MICHNA. On lui adjoignit (masseru lo) des anciens (zekenim) parmi les anciens du beit din, et ils lisent devant lui l'ordre du jour (seder ha-yom) [de Kippour], et ils lui disent : 'Ichi [Monseigneur] Kohen Gadol !

Lis toi-même de ta bouche, peut-être as-tu oublié, ou peut-être n'as-tu pas [jamais] appris.' La veille de Yom Kippour, au matin, on le fait tenir à la porte orientale (chaar mizrah) et on fait passer devant lui des taureaux (parim), des béliers (elim) et des agneaux (kevassim), afin qu'il soit familier et exercé au service ('avoda). Tous les sept jours, on ne lui refusait ni nourriture ni boisson ; la veille de Yom Kippour, à la tombée de la nuit, on ne le laissait pas manger beaucoup, car la nourriture amène le sommeil.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אִישִׁי אֲדוֹנִי:
Monseigneur (adoni).
קוֹרִין לְפָנָיו בְּסֵדֶר הַיּוֹם פָּרָשַׁת אַחֲרֵי מוֹת וְכֵן כָּל שְׂבֵעַת הַיָּמִים:
La parachat Aharei Mot [Vayikra 16], et ainsi tous les sept jours.
שֶׁיְּהֵא מַכִּיר מִתְבּוֹנֵן בַּבְּהֵמוֹת הָעוֹבְרוֹת לְפָנָיו לָתֵת אֶל לִבּוֹ בְּהִלְכוֹת סֵדֶר הַיּוֹם:
Qu'il observe les bêtes qui passent devant lui, pour porter à son cœur les lois de l'ordre du jour.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף ב ע"א] שִׁבְעַת יָמִים קֹודֶם יוֹם הַכִּפּוּרִים מַפְרִישִׁין כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁהוּא צָרִיךְ לַעֲבוֹדַת יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁאֵינָהּ כְּשֵׁרָה אֶלָּא בּוֹ לְלִשְׁכַּת פַּרְהֶדְרִין. וּמְזַמְּנִין לוֹ אַחֵר תַּחְתָּיו שֶׁהוּא מְזֻומָּן לַעֲבֹוד אִם יֶאֱרַע בּוֹ פְּסוּל. (דַּף יג.) וְגַם מִתּוֹךְ שֶׁרוֹאֶה אַחֵר מְמֻונֶּה לְשָׁרֵת תַּחְתָּיו יִזָּהֵר יוֹתֵר. וְאֵין צָרִיךְ לְהַזְמִין לוֹ אִשָּׁה אַחֶרֶת דְּלָא חָייְשִׁי' שֶׁמָּא תָּמוּת אִשְׁתּוֹ. (דַּף יד.) וְכָל שִׁבְעַת יְמֵי הַפְּרִישָׁה הוּא עוֹשֶׂה כָּל עֲבוֹדַת הַתָּמִיד כְּדֵי לְהַרְגִּילוֹ בַּעֲבוֹדָה. (דַּף יח.) וְזִקְנֵי בֵּית דִּין קוֹרְאִים לְפָנָיו בְּכָל יוֹם בְּסֵדֶר הַיּוֹם הַכֹּל לְהַרְגִּילוֹ שֶׁמָּא שָׁכַח שׁוּם דָּבָר מֵהַסֵּדֶר. וְעֶרֶב יוה"כ שַׁחֲרִית מַעֲמִידִין אוֹתוֹ בְּשַׁעַר הַמִּזְרָח וּמַעֲבִירִין לְפָנָיו פָּרִים וְאֵילִים וּכְבָשִׂים כְּדֵי שֶׁיִּתֵּן אֶל לִבּוֹ עֲבוֹדַת הַפָּרִים וְהָאֵילִים. אֲבָל לֹא הָיוּ מַעֲבִירִין לְפָנָיו שְׂעִירִים דְּכֵיוָן שֶׁהַשָּׂעִיר בָּא עַל הַחֵטְא יִזְכֹּור הַחֵטְא וְיֻחְלַשׁ דַּעְתּוֹ. אע"פ שֶׁהַפָּר נָמֵי בָּא עַל הַחֵטְא וְעַל טֻומְאַת מִקְדָּשׁ וְקָדָשָׁיו כֵּיוָן שֶׁאֵינוֹ בָּא אֶלָּא עַל חַטַּאת אֶחָיו הַכֹּהֲנִים וְאִם יֵשׁ בָּהֶם אֶחָד שֶׁחָטָא מַכִּירוֹ וּמַחֲזִירוֹ בִּתְשׁוּבָה. אֲבָל הַשָּׂעִיר שֶׁבָּא עַל חַטַּאת הַקָּהָל כֻּולּוֹ אֵינוֹ מַכִּיר בָּהֶן וּמִיחְלָשׁ דַּעְתֵּיהּ. וְכָל שִׁבְעַת יְמֵי הַפְּרִישָׁה לֹא הָיוּ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ מַאֲכָל וּמִשְׁתֶּה. וּבְעֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים לֹא הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ לֶאֱכֹול הַרְבֵּה שֶׁמִּתּוֹךְ כָּךְ בָּא לִידֵי שֵׁינָה וְאוּלַי יָבֹא לִידֵי קֶרִי. וּלְכָךְ מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ כָּל הַדְּבָרִים הַמַּרְבֶּה הַזֶּרַע כְּגוֹן גְּבִינָה וּבֵיצִים וְיַיִן יָשָׁן וְלָבָן. (שָׁם:) וְזִקְנֵי ב"ד מוֹסְרִין אוֹתוֹ לְזִקְנֵי כְּהֻונָּה וּמוֹלִיכִין אוֹתוֹ לְלִשְׁכַּת אַבְטִינָס שֶׁשָּׁם מְפַטְּמִין אֶת הַקְּטֹרֶת לְלַמְּדוֹ חֲפִינָה שֶׁהִיא מֵעֲבוֹדוֹת קָשׁוֹת שֶׁבַּמִּקְדָּשׁ. וּמַשְׁבִּיעִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יְשַׁנֶּה בָּעֲבוֹדוֹת לְפִי שֶׁהָיוּ חוֹשְׁדִין אוֹתוֹ בְּצָדוֹקִי וְהֵם מְשַׁנִּין בַּעֲבוֹדַת הַקְּטֹורֶת ^כְּדִלְקַמָּן לָכֵן הִשְׁבִּיעוּהוּ. וְהוּא פּוֹרֵשׁ וּבוֹכֶה שֶׁחֲשָׁדוּהוּ בְּצָדוֹקִי וְהֵם פּוֹרְשִׁין וּבוֹכִים שֶׁהָיוּ צְרִיכִין לְחָושְׁדוֹ שֶׁהַחוֹשֵׁד בִּכְשֵׁרִים לוֹקֶה בְּגוּפוֹ. אִם הָיָה חָכָם שֶׁרָגִיל לִדְרֹושׁ דּוֹרֵשׁ אוֹ לִקְרוֹת קוֹרֵא. וְאִם אֵינוֹ רָגִיל דּוֹרְשִׁין וְקוֹרְאִין לְפָנָיו דְּבָרִים הַמּוֹשְׁכִין אֶת הַלֵּב כְּגוֹן אִיּוֹב וְעֶזְרָא וְדִבְרֵי הַיָּמִים וְדָנִיֵּאל הַכֹּל שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי שֵׁינָה. (דַּף יט:) וְאִם בִּקֵּשׁ לִישֹׁן מַכִּין לְפָנָיו בְּאֶצְבַּע צְרֵדָה וּמְטַיְּילִין עִמּוֹ לְהָפִיג שִׁינְתּוֹ. עַד שֶׁהִגִּיעַ זְמַן שְׁחִיטַת הַתָּמִיד (דַּף כ.) וְהָיוּ תּוֹרְמִין תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ הַחִיצוֹן בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. אע"ג דִּבְכָל יוֹם לֹא הָיוּ תּוֹרְמִין אֶלָּא מִקְּרִיאַת הַגֶּבֶר הָכָא הָיוּ צְרִיכִין לְמַהֵר מִפְּנֵי חֻולְשַׁת כֹּהֵן גָּדוֹל. וְרִיבָ"א פֵּירֵשׁ שֶׁכְּשֵׁרָה בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט שֶׁאֵינָהּ חֲשׁוּבָה מֵעֲבוֹדַת הַיּוֹם. והר"ר אֶלְחָנָן פִּי' שֶׁצְּרִיכָה כֹּהֵן גָּדוֹל. וְהָיָה מְקַדֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו וְתוֹרֵם אוֹתוֹ:
[Yoma 2a] Sept jours avant Yom Kippour, on met à part (mafrichin) le Kohen Gadol -- qui est requis pour le service de Yom Kippour, lequel n'est valide que par lui -- [en le conduisant] à la chambre des Parhedrin. Et on lui prépare un autre [kohen] en remplacement (aher tahtav), prêt à servir s'il lui survenait une invalidation (pessoul). (13a) De plus, du fait qu'il voit un autre nommé pour servir à sa place, il sera plus vigilant. Il n'est pas nécessaire de lui préparer une autre femme, car nous ne craignons pas que sa femme meure. (14a) Durant les sept jours de mise à part, il accomplit tout le service du tamid afin de l'exercer au service. (18a) Et les anciens du beit din lisent devant lui chaque jour l'ordre du jour (seder ha-yom) -- le tout pour l'exercer, au cas où il aurait oublié quelque chose de l'ordre. La veille de Yom Kippour au matin, on le fait tenir à la porte orientale et on fait passer devant lui taureaux, béliers et agneaux afin qu'il porte à son cœur le service des taureaux et des béliers ; mais on ne faisait pas passer devant lui de boucs (se'irim), car puisque le bouc vient pour le péché, il se souviendrait du péché et son cœur défaillerait. Bien que le taureau aussi vienne pour le péché et pour l'impureté du Sanctuaire et de ses saintetés, puisqu'il ne vient que pour la faute de ses frères les kohanim -- et s'il en est un qui a fauté, il le connaît et le ramène au repentir -- [cela ne l'attriste pas] ; mais le bouc, qui vient pour la faute de toute la communauté, il ne les connaît pas [tous] et son cœur défaille. Durant tous les sept jours de mise à part, on ne lui refusait ni nourriture ni boisson ; mais la veille de Yom Kippour, on ne le laissait pas manger beaucoup, car cela l'amènerait au sommeil et peut-être en viendrait-il à une émission (keri). C'est pourquoi on lui interdit toutes les choses qui multiplient la semence, comme le fromage, les œufs, le vin vieux et [le vin] blanc. (ibid.) Les anciens du beit din le remettent aux anciens de la prêtrise, qui le conduisent à la chambre d'Avtinas où l'on composait l'encens (ketoret), pour lui enseigner la hafina (la prise à pleines mains), qui est l'un des services les plus difficiles du Sanctuaire. Et on le fait jurer de ne rien changer au service, car on le soupçonnait d'être tsedouki (sadducéen) -- ceux-ci changeant le service de l'encens, comme [expliqué] plus loin -- c'est pourquoi on le fait jurer. Et lui se retire et pleure d'avoir été soupçonné d'être tsedouki, et eux se retirent et pleurent d'avoir dû le soupçonner, car qui soupçonne les [gens] intègres est frappé en son corps. S'il était un sage habitué à enseigner, il enseigne (dorech), ou s'il [sait] lire, il lit ; et s'il n'en a pas l'habitude, on enseigne et on lit devant lui des choses qui attirent le cœur, comme Job (Iyov), Ezra, les Chroniques (Divrei ha-Yamim) et Daniel -- le tout pour qu'il n'en vienne pas au sommeil. (19b) Et s'il cherchait à dormir, on faisait claquer devant lui le majeur (etsba tsredah) et on se promenait avec lui pour dissiper son sommeil, jusqu'à ce qu'arrive le temps de l'abattage du tamid. (20a) Et l'on prélevait la teroumat ha-dechen (le prélèvement des cendres) qui est sur l'autel extérieur, le jour de Yom Kippour. Bien que tous les autres jours on ne le prélevât qu'à partir du chant du coq (kri'at ha-guever), ici on devait se hâter à cause de la faiblesse du Kohen Gadol. Le Riva a expliqué qu'[en ce cas] il est valide par un kohen ordinaire (hedyot), n'étant pas considéré comme faisant partie du service du jour ; et Rabbenou Elhanan a expliqué qu'il requiert le Kohen Gadol. Et il sanctifiait ses mains et ses pieds, et le prélevait.
💡 Explication

La Michna décrit la préparation du Kohen Gadol durant les sept jours de mise à part. Des anciens du beit din lui lisent l'ordre du service de Kippour (parachat Aharei Mot) et le poussent à lire lui-même -- au cas où il aurait oublié ou jamais appris (cette dernière hypothèse fera l'objet de la Guemara). La veille, on lui fait un défilé des animaux du jour pour l'exercer, puis on limite sa nourriture le soir pour éviter le sommeil.

🖼️ Schéma
Les 7 jours de mise à part (perisha) du Kohen Gadol Mise à part chambre des Parhedrin ; un remplaçant prêt Chaque jour il fait le service du tamid ; lecture du seder ha-yom Veille, matin défilé à la porte E : taureaux, béliers, agneaux (pas de boucs) Veille, tombée peu de nourriture (la nourriture amène le sommeil / keri) Pas de boucs au défilé : ils rappellent le péché de toute la communauté -> halcha da'atei (il s'attriste). Taureau permis : il n'expie que la faute des kohanim, que le KG connaît et peut ramener au repentir. Objectif du régime du soir : éviter sommeil et émission (keri) qui rendraient le KG impur.
La frise des 7 jours de préparation, telle que la Michna la décrit.
8
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא שֶׁמָּא שָׁכַח — לְחַיֵּי. אֶלָּא שֶׁמָּא לֹא לָמַד — מִי מוֹקְמִינַן כִּי הַאי גַוְונָא?

GUEMARA. Soit, 'peut-être a-t-il oublié' -- bien (le-hayei).

Mais 'peut-être n'a-t-il pas appris' -- établit-on [un Kohen Gadol] de cette sorte ?!

📜 Rachi (1)
גמ' בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן לֹא הֶעֱמִידוּ אֶלָּא עַל פִּי הַתּוֹרָה כֹּהֲנִים מֵהֻוגְנִין:
Au premier Temple, on n'établissait [comme kohanim gedolim] que selon la Torah, des kohanim dignes (mehougganim).
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּשְׁלָמָא ' שֶׁמָּא שָׁכַח ' לְחַיֵּי , אֶלָּא ' שֶׁלֹּא לָמַד ', מִי מוֹקְמִינַן כִּי הַאי גַוְנָא?. פֵּירוּשׁ בִּשְׁלָמָא אִם שָׁכַח אֵין כָּאן קֻושְׁיָא עַל הַמְמֻנִּים אֵיךְ מִינּוּהוּ בְּכֹהֵן גָּדוֹל דְּאֶפְשָׁר הֵם לֹא יָדְעוּ שֶׁשָּׁכַח תַּלְמוּדוֹ וּכְבָר הֻוחְזַק אֶצְלָם מֵעִיקָּרָא שֶׁהָיָה חָכָם וְאוֹקְמוּהוּ אַחֶזְקָתוֹ וְלֹא בָּדְקוּ אוֹתוֹ, אֲבָל אִם לֹא לָמַד הֲרֵי לֹא הֻוחְזַק אֶצְלָם בְּתוֹרַת חָכָם וְאֵיךְ מִינָּהוּ? דַּהֲוָה לֵיהּ לְבָדְקוֹ בְּעֵת הַמִּינּוּי בְּחָכְמָה!
'Soit, peut-être a-t-il oublié -- bien ; mais qu'il n'a pas appris -- établit-on [un tel homme] de cette sorte ?' Explication : soit -- s'il a oublié, il n'y a pas là de reproche contre ceux qui l'ont nommé, car ils pouvaient ignorer qu'il avait oublié son étude : il avait déjà été établi (houhzak) auprès d'eux dès le départ comme un sage, et ils l'ont maintenu dans sa présomption (hazaka) sans le vérifier. Mais s'il n'a pas appris, il n'a jamais été tenu auprès d'eux pour un sage -- comment donc l'ont-ils nommé ? Ils auraient dû le vérifier (badok) dans sa sagesse au moment même de la nomination !
💡 Explication

La Guemara s'étonne de la formule de la Michna : passe encore qu'il ait oublié, mais comment concevoir qu'on ait nommé Kohen Gadol quelqu'un qui n'a jamais appris à lire ? La sagesse ('hokhma) n'est-elle pas une condition de la fonction ?

9
וְהַתַּנְיָא: ״וְהַכֹּהֵן הַגָּדוֹל מֵאֶחָיו״, שֶׁיְּהֵא גָּדוֹל מֵאֶחָיו בְּכֹחַ, בְּנוֹי, בְּחָכְמָה, וּבְעֹושֶׁר. אֲחֵרִים אוֹמְרִים: מִנַּיִן שֶׁאִם אֵין לוֹ, שֶׁאֶחָיו הַכֹּהֲנִים מְגַדְּלִין אוֹתוֹ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְהַכֹּהֵן הַגָּדוֹל מֵאֶחָיו״ — גַּדְּלֵהוּ מִשֶּׁל אֶחָיו.

Mais n'a-t-on pas enseigné (ve-ha-tanya) : '[et] le kohen [qui est] le gadol parmi ses frères' (Vayikra 21,10) -- qu'il soit plus grand que ses frères en force (koah), en beauté (noi), en sagesse ('hokhma) et en richesse ('ocher). Aherim (d'autres maîtres) disent : d'où [sait-on] que, s'il n'a pas [de fortune], ses frères les kohanim l'élèvent [le rendent riche] ?

Le verset dit : 'le kohen ha-gadol parmi ses frères' -- élève-le (gaddelehou) à partir [des biens] de ses frères.

🪔 Ben Yehoyada (1)
"וְהַכֹּהֵן הַגָּדוֹל מֵאֶחָיו", שֶׁיְּהֵא גָּדוֹל מֵאֶחָיו, בְּנוֹי, בְּכֹחַ, בְּעֶשֶׂר וּבְחָכְמָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הִקְדִּים הַנּוֹי וְהַכֹּחַ דְּנָקֵיט לְהוּ קֹודֶם עֹושֶׁר וְחָכְמָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּשְׁתַּיִם אֵלֶּה הֵם מַעֲשֵׂה שָׁמַיִם וְהֵם מֵעֵת הַלֵּידָה מַה שֶׁאֵין כֵּן הָעֹושֶׁר אֶפְשָׁר שֶׁיְּעַשְּׂרוּהוּ אֲחֵרִים, וְכֵן אִם אֵינוֹ חָכָם שֶׁלֹּא לָמַד אֶפְשָׁר שֶׁיִּטְרְחוּ עִמּוֹ אֲחֵרִים וִילַמְּדוּהוּ וְיִתְחַכֵּם. וַעֲדַיִין יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּצָרִיךְ לִמְנַקַּט הַחָכְמָה קֹודֶם הָעֹושֶׁר? וְנִרְאֶה לִי נָקֵיט הָעֹושֶׁר קֹודֶם כִּי יִהְיֶה הָעֹושֶׁר סִיּוּעַ לִקְנוֹת הַחָכְמָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל רַבֵּינוּ תָּם זַ"ל שֶׁהָיָה עָשִׁיר וְהָיָה דַּרְכּוֹ לְהָבִיא לְפָנָיו עַל הַשֻּׁלְחָן קְעָרָה גְּדוֹלָה מְלֵאָה זְהוּבִים בְּעֵת שֶׁהָיָה לוֹמֵד וְעוֹסֵק בַּתּוֹרָה בְּפִלְפּוּל וְסָבְרָה מִפְּנֵי שֶׁהָעֹושֶׁר פּוֹתֵחַ אֶת הַלֵּב לַחָכְמָה אֲבָל גַּבֵּי חָכְמָה כְּתִיב (קֹהֶלֶת ט, יא) 'לֹא לַחֲכָמִים לֶחֶם וְגַם לֹא לַנְּבֹנִים עָשָׂר'. וְנִרְאֶה לִי מַה שֶׁצָּרִיךְ הָעֹושֶׁר לְכֹהֵן גָּדוֹל הוּא מִפְּנֵי שֶׁעָלָיו מֻוטֶּלֶת מִצְוַת הַתּוֹכָחָה יוֹתֵר לְהוֹכִיחַ לְאֶחָיו הַכֹּהֲנִים וְלִשְׁאָר הָעָם וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר לִיהוֹשֻׁעַ כֹּהֵן גָּדוֹל (זְכַרְיָה ג, ז) 'כֹּה אָמַר ה' צִבְקוֹת אִם בִּדְרָכַי תֵּלֵךְ וְאִם אֶת מִשְׁמַרְתִּי תִשְׁמֹר וְגַם אַתָּה תָּדִין אֶת בֵּיתִי וְגַם תִּשְׁמֹר אֶת חֲצֵרִי' וְכֵן הַנָּבִיא הוֹכִיחַ אֶת הַכֹּהֲנִים בַּעֲבוּר הַתּוֹכָחָה דִּכְתִיב (יִרְמְיָה ב, ח) הַכֹּהֲנִים לֹא אָמְרוּ אַיֵּה ה', וְאִם יִהְיֶה עָשִׁיר לֹא יַעֲשֶׂה חֲנֻופָּה לִשְׁתֹּוק מִלְּהוֹכִיחַ!
'Le kohen ha-gadol parmi ses frères' -- qu'il soit plus grand que ses frères en beauté (noi), en force (koah), en richesse ('ocher) et en sagesse ('hokhma). On peut objecter : pourquoi place-t-il la beauté et la force avant la richesse et la sagesse ? Il me semble, avec l'aide du Ciel (be-siyata di-Chmaya), que ces deux-là [beauté et force] sont œuvre du Ciel et [présentes] dès la naissance, tandis que la richesse, d'autres peuvent la lui procurer ; de même, s'il n'est pas sage faute d'avoir appris, d'autres peuvent peiner avec lui et l'instruire jusqu'à ce qu'il devienne sage. On peut encore objecter : ne fallait-il pas placer la sagesse avant la richesse ? Il me semble qu'il place la richesse d'abord, car la richesse est un secours pour acquérir la sagesse -- comme on l'a dit de Rabbenou Tam, qu'il était riche et avait coutume de faire poser devant lui, sur la table, un grand plat rempli de pièces d'or pendant qu'il étudiait et s'adonnait à la Torah dans le raisonnement et la dialectique, parce que la richesse ouvre le cœur à la sagesse ; tandis qu'à propos de la sagesse il est écrit (Kohelet 9,11) 'ni aux sages le pain, ni aux intelligents la richesse'. Et il me semble que la raison pour laquelle le Kohen Gadol a besoin de richesse, c'est que lui incombe davantage le devoir de réprimande (tokhaha) -- reprendre ses frères les kohanim et le reste du peuple -- comme il fut dit à Yehochoua le Kohen Gadol (Zekharia 3,7) 'Ainsi parle Hachem Tsevaot : si tu marches dans mes voies et si tu gardes mon service, c'est toi aussi qui jugeras ma maison et qui garderas mes parvis' ; de même le prophète a repris les kohanim pour [avoir manqué à] la réprimande, car il est écrit (Yirmeya 2,8) 'les kohanim n'ont pas dit : où est Hachem ?' ; or s'il est riche, il ne flattera personne au point de se taire et de ne pas réprimander !
💡 Explication

La Guemara oppose une baraita : le verset exige que le Kohen Gadol surpasse ses frères en force, beauté, sagesse et richesse. Même selon Aherim, qui retirent la richesse comme condition préalable (les autres kohanim l'enrichissent), la sagesse demeure requise -- ce qui renforce la question : comment un ignorant a-t-il pu être nommé ?

10
אָמַר רַב יוֹסֵף: לָא קַשְׁיָא, כָּאן בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, כָּאן בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי. דְּאָמַר רַב אַסִּי: תַּרְקַבָּא דְּדִינָרֵי עַיִּילָא לֵיהּ מָרְתָּא בַּת בַּייְתּוֹס לְיַנַּאי מַלְכָּא עַל דְּאוֹקְמֵיהּ לִיהוֹשֻׁעַ בֶּן גַּמְלָא בְּכָהֲנֵי רַבְרְבֵי.

Rav Yossef dit : ce n'est pas difficile -- ici [c'est] au premier Temple, là [c'est] au second Temple. Car Rav Assi a dit : Marta bat Baitos apporta un tarkeva de dinars (un demi-sea de pièces d'or) au roi Yannai pour qu'il établit Yehochoua ben Gamla parmi les grands kohanim [comme Kohen Gadol].

📜 Rachi (3)
מַרְתָּא בַּת בַּיְיתּוֹס אַלְמָנָה עֲשִׁירָה הָיְתָה וְקִידְּשָׁהּ יְהוֹשֻׁעַ בֶּן גַּמְלָא וְנָתְנָה מָמוֹן לְיַנַּאי הַמֶּלֶךְ וּמִינָּהוּ לִהְיוֹת כֹּהֵן גָּדוֹל:
C'était une veuve riche ; Yehochoua ben Gamla l'avait fiancée (kiddech). Elle donna de l'argent au roi Yannai, et il le nomma Kohen Gadol.
תַּרְקַבָּא חֲצִי סְאָה תְּרֵי קַב:
Un demi-sea -- [le mot tarkeva vaut 'tré-kav'] deux kav.
דִּינָרֵי זְהוּבִים:
Des pièces d'or (zehouvim).
🗂️ Tossefot (1)
עַייִּלָא לֵיהּ מָרְתָּא בַּת בַּייְתּוֹס לְיַנַּאי מַלְכָּא אֵין זֶה יַנַּאי הַמֶּלֶךְ (שֶׁבְּרֵישׁ פ') הָאוֹמֵר (קִדּוּשִׁין דַּף סו.) שֶׁהָרַג חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל דְּהַהוּא דְּהָתָם כֹּהֵן גָּדוֹל הֲוָה דְּקָאָמַר הָקֵם לָהֶם בַּצִּיץ שֶׁבֵּין עֵינֶיךָ וְלֹא הָיָה מְמַנֶּה אַחֵר בִּמְקוֹמוֹ:
Ce n'est pas le roi Yannai [mentionné] au début du chapitre, dont il est dit (Kiddouchin 66a) qu'il tua les sages d'Israël ; car celui-là était lui-même Kohen Gadol -- comme il [lui] est dit : 'Dresse-toi pour eux avec le tsits (frontal) entre tes yeux' -- et il ne nommait pas un autre à sa place.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַד דְּאוֹקְמֵיהּ לִיהוֹשֻׁעַ בֶּן גַּמְלָא בְּכָהֲנֵי רַבְרְבֵי. כָּתַב הָרִיטְבָ"א קָשֶׁה דְּכָאן מַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיָה כָּשֵׁר וְרָאוּי וְאִילּוּ בַּגְּמָרָא דְּבָתְרָא (בָּבָא בָּתְרָא כא.) קָתָנֵי בְּרַם זָכוּר אוֹתוֹ הָאִישׁ לַטּוֹב וִיהוֹשֻׁעַ בֶּן גַּמְלָא שְׁמוֹ שֶׁאִלְמָלֵא הוּא נִשְׁתַּכְּחָה תּוֹרָה מִיִּשְׂרָאֵל יְעֻויַּן שָׁם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּחָסִיד וְכָשֵׁר הָיָה וְהֶאֱרִיךְ יָמִים וּשְׁנַיִם בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה דְּהָא עָשָׂה תַּקָּנוֹת גַּם כֵּן, וְכָאן לָא קָאָמַר שֶׁהוּא קָנָה הַכְּהֻונָּה בְּדָמִים כִּי חָלִילָה לְאוֹתוֹ צַדִּיק לְזַלְזֵל בִּכְהֻונָּה גְּדוֹלָה לִקְנוֹתָהּ בְּדָמִים אֶלָּא רַק מִרְיָם בַּת בַּיְתּוֹס נָתְנָה מֵעַצְמָהּ שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ תַּרְקַבָּא דְּדִינָרֵי לְיַנַּאי כְּדֵי לְמַנּוֹתוֹ כֹּהֵן גָּדוֹל וְעָשְׂתָה כֵּן לִכְבוֹד עַצְמָהּ כִּי כְּבָר אֵירְסָהּ יְהוֹשֻׁעַ קֹודֶם שֶׁנִּתְמַנָּה וְרוֹצֶה לְהִתְכַּבֵּד שֶׁתִּהְיֶה אֵשֶׁת כֹּהֵן גָּדוֹל. וְאוּלַי הָיָה אָדָם אַחֵר נוֹתֵן מָמוֹן לְיַנַּאי לְמַנּוֹתוֹ וְהֻוצְרְכָה מִרְיָם לְהַרְבּוֹת בְּדִינָרִים עַל דֶּרֶךְ 'אֲתָא חַמְרָא וּבְטַשׁ בִּשְׁרָגָא' (שַׁבָּת קטז:) אַךְ יְהוֹשֻׁעַ בַּעְלָהּ לֹא הָיָה לוֹ יְדִיעָה בְּכָל זֶה. וּמַה שֶׁאָמְרוּ בִּיבָמוֹת (יְבָמוֹת סא.) דְּאָמַר רַב יוֹסֵף 'קְטִיר קָא חָזֵינָא הָכָא' [=רַב יוֹסֵף הָעִיווֵּר אוֹמֵר: אֲנִי רוֹאֶה בְּמִינּוּי זֶה קֶשֶׁר, קְנוּנְיָא שֶׁל רְשָׁעִים] הוּא מִצַּד יַנַּאי הַמְקַבֵּל וּמִצַּד מִרְיָם הַנּוֹתֶנֶת זֶה כִּיוֵּן לַהֲנָאַת מָמוֹן וְזוֹ כְּיוֹנָה בִּשְׁבִיל הַכָּבוֹד וְאַחַר שֶׁקִּיבֵּל יַנַּאי תַּרְקַבָּא דְּדִינָרֵי מִינָּהּ אֶת יְהוֹשֻׁעַ בַּעְלָהּ בְּעַל כָּרְחוֹ מֵאַחַר שֶׁקִּבֵּל הַמָּמוֹן וְאֵין מִצִּידּוֹ שׁוּם אַשְׁמָה בָּזֶה.
'...jusqu'à ce qu'il établit Yehochoua ben Gamla parmi les grands kohanim.' Le Ritva écrit : c'est difficile, car ici il ressort qu'il n'était pas digne ni apte, alors que dans la Guemara de Bava Batra (21a) on enseigne : 'que cet homme soit rappelé en bien, Yehochoua ben Gamla est son nom, car sans lui la Torah aurait été oubliée d'Israël' -- vois là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il était pieux (hassid) et digne, et qu'il vécut de longues années dans la grande prêtrise, puisqu'il institua aussi des ordonnances (takanot). Ici on ne dit pas qu'il acheta la prêtrise à prix d'argent -- car à Dieu ne plaise que ce juste avilît la grande prêtrise en l'achetant ! -- mais c'est seulement Miriam [Marta] bat Baitos qui donna d'elle-même, à son insu, un tarkéva de dinars à Yannai afin de le nommer Kohen Gadol ; et elle agit ainsi pour son propre honneur, car elle avait déjà été fiancée à Yehochoua avant sa nomination et voulait s'honorer d'être femme de Kohen Gadol. Peut-être un autre donnait-il de l'argent à Yannai pour être nommé, et Miriam dut surenchérir en dinars, à la manière de 'le vin est venu et a renversé la lampe' (Chabbat 116b) ; mais son mari Yehochoua n'avait de tout cela aucune connaissance. Et ce qu'on dit à Yevamot (61a), que Rav Yossef déclara 'je vois ici un nœud' [Rav Yossef l'aveugle dit : je discerne dans cette nomination une intrigue, une collusion de méchants] -- cela vaut du côté de Yannai qui reçoit et du côté de Miriam qui donne : lui visait le profit de l'argent, elle visait l'honneur ; et après que Yannai eut reçu le tarkéva de dinars, il nomma le mari Yehochoua malgré lui, dès lors qu'il avait accepté l'argent -- sans qu'il y ait de son côté [à Yehochoua] aucune faute en cela.
💡 Explication

Rav Yossef résout : la condition de sagesse valait au premier Temple ; au second Temple, en revanche, la grande prêtrise pouvait s'acheter. Preuve : Marta bat Baitos, une riche veuve, versa au roi Yannai un demi-sea de pièces d'or pour faire nommer Yehochoua ben Gamla. La nomination par corruption rendait donc concevable un Kohen Gadol ignorant.

11
עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים שַׁחֲרִית וְכוּ׳. תַּנָּא: אַף הַשְּׂעִירִים. וְתַנָּא דִּידַן מַאי טַעְמָא לָא תְּנָא שְׂעִירִים? כֵּיוָן דְּעַל חֵטְא קָא אָתוּ — חָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ.

'La veille de Yom Kippour, au matin, etc.' On a enseigné (tana) : même les boucs (se'irim). Et notre tana [de la Michna], pourquoi n'a-t-il pas enseigné les boucs ?

Puisqu'ils viennent pour le péché (al het), son cœur défaille (halcha da'atei) [il s'attriste].

💡 Explication

Une baraita ajoute les boucs au défilé des animaux. Pourquoi la Michna les omet-elle ? Parce que le bouc de Kippour vient expier le péché de tout Israël : en le voyant, le Kohen Gadol penserait aux fautes du peuple et son cœur défaillirait (halcha da'atei) -- on lui épargne donc ce spectacle.

12
אִי הָכִי, פַּר נָמֵי עַל חֵטְא הוּא דְּאָתֵי! פַּר, כֵּיוָן דְּעָלָיו וְעַל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים הוּא דְּאָתֵי, בְּאֶחָיו הַכֹּהֲנִים, אִי אִיכָּא אִינִישׁ דְּאִית בֵּיהּ מִילְּתָא — מִידָּע יָדַע לֵיהּ וּמַהְדַּר לֵיהּ בִּתְשׁוּבָה. בְּכוּלְּהוּ יִשְׂרָאֵל — לֹא יָדַע.

Si c'est ainsi, le taureau (par) aussi vient pour le péché ! [Réponse :] le taureau -- puisqu'il vient pour lui et pour ses frères les kohanim : parmi ses frères les kohanim, s'il est quelqu'un qui a une affaire [un péché], il le connaît (mida yada lei) et le ramène au repentir (techouva).

Mais [pour] tout Israël -- il ne [le] connaît pas.

💡 Explication

Objection : le taureau aussi expie un péché -- pourquoi le montrer, alors ? Réponse : le taureau expie les fautes du KG et de ses frères les kohanim, un cercle restreint qu'il connaît et peut ramener au repentir ; le voir ne l'accable pas. Le bouc, lui, expie tout Israël, dont il ignore les fautes et ne peut assurer le repentir -- d'où l'accablement.

13
אָמַר רָבִינָא, הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: אִי בַּר אֲחָתָיךְ דַּייָּלָא הָוֵי חֲזִי, בְּשׁוּקָא קַמֵּיהּ לָא תַּחְלֵיף.

Ravina dit : c'est [le sens de] ce que disent les gens : 'Si le fils de ta sœur devient officier (dayyala), au marché ne passe pas devant lui.'

📜 Rachi (2)
דַּייָּלָא שׁוֹטֵר הַמֶּלֶךְ:
Un officier du roi (choter ha-melekh).
בְּשׁוּקָא קַמֵּיהּ לָא תַּחְלֵיף מִתּוֹךְ שֶׁהָיָה מַכִּירְךָ מִתְּחִילָּה בָּקִי הוּא בְּעָושְׁרְךָ וּבְמַעֲשֶׂיךָ לִמְצוֹא עֲלִילָה לִגְבּוֹת מִמְּךָ מָמוֹן:
Puisqu'il te connaissait depuis toujours, il est au fait de ta richesse et de tes actes, et sait trouver prétexte pour te soutirer de l'argent.
💡 Explication

Ravina illustre par un proverbe populaire l'idée que le KG connaît les fautes de ses proches les kohanim : même un parent devenu officier (dayyala, agent du roi) devient à craindre, car il connaît tes affaires et ta fortune et peut te chercher querelle. On évite de croiser son regard.

14
כָּל שִׁבְעַת הַיָּמִים לֹא הָיוּ מוֹנְעִין וְכוּ׳. תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה בֶּן נָקוֹסָא אוֹמֵר: מַאֲכִילִין אוֹתוֹ סְלָתוֹת וּבֵיצִים כְּדֵי לְמַסְמְסוֹ. אָמְרוּ לוֹ: כָּל שֶׁכֵּן שֶׁאַתָּה מְבִיאוֹ לִידֵי חִימּוּם.

'Tous les sept jours, on ne refusait pas, etc.' On a enseigné (tanya) : Rabbi Yehouda ben Nekossa dit : on le nourrit de semoule fine (solet) et d'œufs afin de le relâcher (le-massmesso) [faciliter le transit]. Ils lui dirent : au contraire (kol chekèn), tu l'amènes à l'échauffement (himoum) [risque d'émission séminale, keri] !

📜 Rachi (2)
מַאֲכִילִין אוֹתוֹ עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים שַׁחֲרִית סְלָתוֹת וּבֵיצִים כְּדֵי לְמַסְמֵס אֲכִילָה שֶׁבְּמֵעָיו לְשַׁלְשְׁלוֹ שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לִנְקָבָיו לַמָּחֳרָת:
On le nourrit -- la veille de Yom Kippour au matin, de semoule et d'œufs, pour ramollir (le-massmes) la nourriture qui est dans ses entrailles et le relâcher, afin qu'il n'ait pas besoin de se soulager le lendemain.
לִידֵי חִימּוּם שֶׁל קֶרִי שֶׁהַסְּלָתוֹת וּבֵיצִים מַרְבִּים אֶת הַזֶּרַע:
À l'échauffement -- [au risque] d'émission (keri), car la semoule et les œufs multiplient la semence.
💡 Explication

Début de la discussion sur le régime alimentaire de la veille. R. Yehouda ben Nekossa voudrait le nourrir de semoule et d'œufs pour faciliter le transit et lui éviter de se soulager à Kippour. On objecte : ces aliments échauffent (himoum) et risquent au contraire de provoquer une émission séminale (keri), qui rendrait le KG impur.

15
תַּנְיָא סוֹמְכוֹס אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: אֵין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ לֹא ״אב״י״, וְאָמְרִי לָהּ: לֹא ״אבב״י״, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף לֹא יַיִן לָבָן. לֹא ״אב״י״ — לֹא אֶתְרוֹג, וְלֹא בֵּיצִים, וְלֹא יַיִן יָשָׁן. וְאָמְרִי לָהּ לֹא ״אבב״י״ — לֹא אֶתְרוֹג, וְלֹא בֵּיצִים, וְלֹא בָּשָׂר שָׁמֵן, וְלֹא יַיִן יָשָׁן. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף לֹא יַיִן לָבָן, מִפְּנֵי שֶׁהַיַּיִן לָבָן מֵבִיא אֶת הָאָדָם לִידֵי טֻומְאָה.

On a enseigné : Soumkhos dit au nom de Rabbi Meir : on ne le nourrit pas de 'A-B-I' ; d'aucuns disent : pas de 'A-B-B-I' ; et il en est qui disent : pas non plus de vin blanc. 'A-B-I' -- ni etrog (A), ni œufs (beitzim, B), ni vin vieux (yayin, Y). Et d'aucuns disent 'A-B-B-I' -- ni etrog, ni œufs, ni viande grasse (bassar, B), ni vin vieux.

Et il en est qui disent : pas non plus de vin blanc, car le vin blanc amène l'homme à l'impureté (tuma) [par émission].

📜 Rachi (1)
אב"י ואבב"י סִימָנִים הֵן וּמְפָרֵשׁ לְהוּ וְאָזֵיל:
'A-B-I' et 'A-B-B-I' sont des acronymes (simanim), qu'[la baraita] explicite ensuite.
💡 Explication

Une baraita fixe des acronymes (simanim) des aliments à écarter pour prévenir le keri. 'A-B-I' = etrog, œufs, vin vieux ; 'A-B-B-I' ajoute la viande grasse ; certains ajoutent le vin blanc. Les lettres sont les initiales hébraïques des mets (voir schéma de synthèse).

🖼️ Schéma
Les aliments écartés : acronymes (simanim) des mets qui amènent à l'impureté Prévention de l'émission séminale (keri) chez le KG, et examen du zav. Soumkhos / R. Meir (KG) A-B-I : etrog, œufs (beitzim), vin vieux (yayin) A-B-B-I : + viande grasse (bassar) certains : + vin blanc (amène la tuma) Elazar b. Pinhas / R. Yehouda b. Betera H-G-B-I : lait (halav), fromage (guevina), œuf (beitza), vin (yayin) G-B-M : eau de fèves (guérissin), viande grasse, muryas (saumure) Deux visées distinctes KG : éviter que ces mets provoquent une émission (himoum / keri) à Kippour. Zav : durant l'examen, on impute l'émission à la nourriture -> on retire ces mets pour ne pas fausser le diagnostic d'impureté.
Les acronymes des aliments interdits : A-B-I, A-B-B-I (KG) et H-G-B-I, G-B-M (zav).
16
תָּנוּ רַבָּנַן: זָב תּוֹלִין לוֹ בְּמַאֲכָל, וְכָל מִינֵי מַאֲכָל. אֶלְעָזָר בֶּן פִּנְחָס אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא: אֵין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ לֹא ״חגב״י״ וְלֹא ״גב״ם״, וְלֹא כָּל דְּבָרִים הַמְּבִיאִין לִידֵי טֻומְאָה. לֹא ״חגב״י״ — לֹא חָלָב, וְלֹא גְּבִינָה, וְלֹא בֵּיצָה, וְלֹא יַיִן. וְלֹא ״גב״ם״ — מֵי גְרִיסִין שֶׁל פּוֹל, וּבָשָׂר שָׁמֵן, וּמֵרַיְיס.

Nos maîtres ont enseigné : le zav -- on lui impute [l'émission] à la nourriture, à toute sorte de nourriture. Elazar ben Pinhas dit au nom de Rabbi Yehouda ben Betera : on ne le nourrit ni de 'H-G-B-I' ni de 'G-B-M', ni d'aucune chose amenant à l'impureté. 'H-G-B-I' -- ni lait (halav, H), ni fromage (guevina, G), ni œuf (beitza, B), ni vin (yayin, Y). 'G-B-M' -- l'eau de grains de fèves (mei guérissin, G), la viande grasse (bassar, B), et le muryas (saumure de petits poissons, M).

📜 Rachi (2)
זָב תּוֹלִין לוֹ בְּמַאֲכָל אִם אָכַל מַאֲכָל הַרְבֵּה מִכָּל מִין שֶׁהוּא תּוֹלִין לוֹמַר שֶׁמֵּחֲמַת רֹוב מַאֲכָל רָאָה וְאֵינוֹ זָב לְטֻומְאַת שִׁבְעָה וּלְקָרְבָּן דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא טו) בְּשָׂרוֹ וְלֹא מֵחֲמַת אָונְסוֹ אֲבָל בַּעַל קֶרִי טָמֵא בְּאֹונֶס דְּאֵין קֶרִי וְזוֹב בָּאִים מִמָּקוֹם אֶחָד וְאֵין מַרְאֵיהֶם שָׁוֶה שֶׁהַזּוֹב דּוֹמֶה לְמֵי בָצֵק שֶׁל שְׂעוֹרִין וְאֵינוֹ קָשׁוּר אֶלָּא כְּלֹובֶן בֵּיצָה הַמּוּזֶרֶת וְשִׁכְבַת זֶרַע קָשׁוּר כְּלֹובֶן בֵּיצָה שֶׁאֵינָהּ מוּזֶרֶת:
Le zav -- on lui impute à la nourriture : s'il a mangé beaucoup d'un aliment quelconque, on impute [son écoulement] en disant que c'est l'excès de nourriture qui a provoqué la vue, et [qu'il] n'est pas un zav soumis à l'impureté de sept jours et au sacrifice -- car il est écrit (Vayikra 15) 'sa chair', [c'est-à-dire un écoulement] non provoqué par un cas de force majeure (ones) ; tandis que le baal keri est impur même par force majeure. Car l'écoulement (zov) et le sperme ne viennent pas du même endroit et n'ont pas le même aspect : le zov ressemble à l'eau d'une pâte d'orge et n'est pas consistant, tel le blanc d'un œuf gâté (mouzéret), tandis que le sperme est consistant, tel le blanc d'un œuf non gâté.
אֵין מַאֲכִילִין אוֹתוֹ בִּימֵי בְּדִיקָתוֹ:
On ne le nourrit pas -- durant les jours de son examen (bedika).
💡 Explication

Parallèle avec le zav (homme atteint d'un écoulement) : durant son examen, on impute une émission à la nourriture plutôt qu'à la maladie, pour ne pas le déclarer impur à tort. On lui retire donc les mêmes catégories d'aliments : acronymes 'H-G-B-I' (lait, fromage, œuf, vin) et 'G-B-M' (eau de fèves, viande grasse, muryas).

17
וְלֹא כָּל דְּבָרִים הַמְּבִיאִין לִידֵי טֻומְאָה, לַאֲתוּיֵי מַאי? לְאֵתוֹיֵי הָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: חֲמִשָּׁה דְּבָרִים מְבִיאִים אֶת הָאָדָם לִידֵי טֻומְאָה, וְאֵלּוּ הֵן: הַשּׁוּם

'Ni aucune chose amenant à l'impureté' -- qu'est-ce que cela vient inclure ? Cela vient inclure ce que nos maîtres ont enseigné : cinq choses amènent l'homme à l'impureté [par émission], et ce sont : l'ail (ha-choum)...

💡 Explication

La Guemara précise ce que la clause générale 'toute chose amenant à l'impureté' vient ajouter : une liste de cinq aliments qui provoquent l'émission. L'énumération commence ici par l'ail (ha-choum) et se poursuit au verso (Yoma 18b).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).