Sougya : Le daf achève d'abord une liste d'aliments : à propos de la roquette (gargir), un jeu de mots relie 'orot' à 'me'irot' (elles illuminent les yeux). Suit la conduite de l'hôte de passage (ne pas manger d'œufs, ne pas dormir dans le manteau du maître de maison, à cause du keri), qui introduit la pratique étonnante de Rav et de Rav Nahman : en voyage, ils proclamaient 'qui m'épouse pour le jour ?'.
La guemara soulève deux objections -- le risque de mamzérut (R. Eliezer ben Yaakov) et l'obligation des sept jours nets pour une fiancée (Rava) -- et y répond : les Sages ont une notoriété publique ; ils envoyaient des messagers à l'avance ; ou bien ils se contentaient d'un simple yihoud (celui qui a 'du pain dans son panier' ne convoite pas).
Le Ben Yehoyada développe le mobile pédagogique de ces proclamations (inciter le peuple à ne pas retarder le mariage), et une longue Tossefot débat du yihoud, du deuil pendant la fête et du 'dormir parmi les hommes'. La michna passe ensuite à la veille de Kippour : les anciens confient le Kohen Gadol aux kohanim, le montent à la Chambre d'Avtinas, l'adjurent (contre la thèse sadducéenne sur l'offrande du ketoret) -- d'où les larmes réciproques -- puis le tiennent éveillé toute la nuit par l'étude et la lecture (Job, Ezra, Chroniques, Daniel).
(...et l'on rapportait sur la table du roi) le cresson alénois (chehalim), le pourpier (chalgeloguot), les œufs et la roquette (gargir). À propos de la roquette, (le verset dit) : 'Et l'un (des disciples) sortit au champ pour cueillir des orot' (2 Rois 4,39) -- on a enseigné au nom de Rabbi Meir : ces orot, c'est la roquette (gargir).
Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi les appelle-t-on orot ? Parce qu'elles illuminent (me'irot) les yeux.
Rav Huna a dit : celui qui trouve de la roquette, s'il peut la manger, il la mange ; sinon, il la passe sur ses yeux. Rav Papa a dit : (la meilleure est) la roquette metzranaah (celle qui pousse sur la limite du champ).
Fin d'une liste d'aliments (déjà commencée au feuillet précédent). La guemara s'arrête sur la roquette (gargir) par un procédé classique : le jeu de mots (drach). Le mot rare orot du livre des Rois est identifié à la roquette, puis relié à la racine me'irot (elles illuminent) -- d'où la vertu attribuée à cette plante pour les yeux.
Rav Papa précise un point d'agronomie : la roquette qui pousse sur la limite du champ (metzranaah) est la plus efficace, car aucune autre plante alentour ne vient sapper sa vigueur.
Rav Guidel a dit au nom de Rav : un hôte de passage (akhsenai) ne mangera pas d'œufs, et ne dormira pas dans le manteau (talit) de son hôte (le maître de maison). Rav, lorsqu'il se rendait à Darchich, proclamait : qui sera (mon épouse) pour le jour (que je passe ici) ?
Rav Nahman, lorsqu'il se rendait à Chekhantziv, proclamait : qui sera (mon épouse) pour le jour ?
Règles de savoir-vivre de l'hôte de passage (akhsenai) : ne pas manger d'œufs (qui portent au keri, l'émission séminale) ni dormir dans le vêtement du maître de maison (qu'il porte de jour). Le fil conducteur -- éviter le keri -- introduit la conduite de Rav et de Rav Nahman.
En déplacement, ils proclamaient publiquement qu'ils prendraient une épouse pour la durée de leur séjour. Cette pratique surprenante ouvre une discussion halakhique serrée (objections tirées de la mamzérut et des sept jours nets) et un long développement moral du Ben Yehoyada.
Mais n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : qu'un homme n'épouse pas une femme dans ce pays-ci, puis n'aille épouser une femme dans un autre pays, de peur que (leurs enfants) ne s'apparient l'un à l'autre ; il se trouverait alors un frère épousant sa sœur (et un père épousant sa fille), et cela remplit le monde entier de mamzerut (bâtardise). À ce sujet il est dit : 'et le pays s'est rempli de débauche (zima)' (Lev 19,29).
Ils répondent : les Sages -- ils ont une notoriété (kol).
Première objection à la pratique de Rav et Rav Nahman. Rabbi Eliezer ben Yaakov interdit d'engendrer des enfants dans deux villes différentes : ceux-ci risqueraient un jour de s'unir sans se connaître -- inceste ignoré, d'où mamzerut répandue.
Réponse : les Sages ont un kol, une renommée publique. Leur identité et celle de leurs enfants sont connues de tous ; le risque d'appariement aveugle est donc écarté dans leur cas.
Mais Rava n'a-t-il pas dit : une femme à qui l'on a demandé le mariage et qui a accepté doit compter sept jours nets (chiva neki'im) -- (comment donc pouvaient-ils l'épouser le jour même ?). (Réponse :) les Sages la faisaient informer à l'avance : ils devançaient (leur venue) en envoyant un messager.
Deuxième objection, tirée de la loi de la nidda. Selon Rava, une fiancée qui vient d'accepter le mariage doit compter sept jours nets, car l'émotion du désir (dam himoud, le sang de convoitise) peut provoquer un saignement inaperçu qui la rend impure. Comment Rav et Rav Nahman épousaient-ils donc une femme le jour même de la proposition ?
Réponse : ils envoyaient un messager à l'avance. Prévenue, la femme comptait ses sept jours nets avant leur arrivée ; le mariage n'était donc pas conclu le jour même de l'accord.
Et si tu veux, dis (une autre réponse) : ils se contentaient de s'isoler avec elles (yihoud seul, sans rapport), car celui qui a du pain dans son panier n'est pas comparable à celui qui n'a pas de pain dans son panier.
Réponse alternative (ve-i bait eima). Rav et Rav Nahman ne consommaient pas le mariage : ils pratiquaient un simple yihoud (isolement avec la femme). Sans perspective de rapport, pas de dam himoud : l'objection tombe.
La raison profonde tient dans le proverbe : celui qui a du pain dans son panier n'éprouve pas la faim comme celui qui n'en a pas. Le seul fait de disposer d'une épouse -- même sans union -- apaise le penchant. Les Tossefot débattront longuement de la cohérence de cette lecture.
MICHNA. Les anciens du beth din le remirent (le Kohen Gadol) aux anciens de la kehouna (le sacerdoce), et le firent monter à la Chambre d'Avtinas ; ils lui firent prêter serment, prirent congé et s'en allèrent.
Ils lui dirent : 'Ichi (Monseigneur), Kohen Gadol ! Nous sommes les envoyés du beth din, et toi, tu es notre envoyé et l'envoyé du beth din.
Nous t'adjurons par Celui qui a fait résider Son Nom dans cette Maison, que tu ne changes rien de tout ce que nous t'avons dit.' Lui se retire et pleure, et eux se retirent et pleurent.
Début de la seconde michna : la préparation du Kohen Gadol la veille de Kippour. Les anciens du tribunal le confient aux anciens des kohanim, qui le montent à la Chambre d'Avtinas (l'atelier de l'encens) et lui font prêter serment.
Le Kohen Gadol est désigné comme un chalia'h (envoyé) du beth din. Le serment vise la controverse avec les Sadducéens (Tzedoukim) sur la manière d'offrir le ketoret à l'intérieur du Saint des Saints (développée en 19b). D'où les larmes : lui, d'être soupçonné ; eux, d'avoir dû le soupçonner.
S'il était savant ('hakham), il expose (dorech) ; sinon, des talmidei hakhamim exposent devant lui. Et s'il avait coutume de lire (l'Écriture), il lit ; sinon, on lit devant lui.
Et dans quoi lit-on devant lui ? Dans Job (Iyov), dans Ezra et dans les Chroniques (Divrei ha-Yamim).
Zekharia ben Kevoutal dit : bien des fois j'ai lu devant lui dans Daniel.
Comment on tient éveillé le Kohen Gadol toute la nuit de Kippour, afin qu'il ne s'endorme pas et ne vienne au keri (ce qui l'invaliderait pour le service). On adapte au niveau de l'homme : s'il est savant, il enseigne lui-même la halakha ; sinon, on enseigne ou on lit devant lui.
Le choix des livres n'est pas anodin : Job, Ezra, les Chroniques -- et Daniel selon Zekharia ben Kevoutal -- sont des récits captivants qui retiennent l'attention et empêchent le sommeil de le saisir.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).