Yoma 18b -- la roquette qui illumine les yeux et la conduite de l'hôte ; la sougya de l'épouse 'pour un jour' de Rav et Rav Nahman (mamzérut, sept jours nets, yihoud) ; puis la michna : le Kohen Gadol confie aux kohanim, adjure à la Chambre d'Avtinas et tenu éveillé toute la nuit de Kippour.

Yoma 18b

Sougya : Le daf achève d'abord une liste d'aliments : à propos de la roquette (gargir), un jeu de mots relie 'orot' à 'me'irot' (elles illuminent les yeux). Suit la conduite de l'hôte de passage (ne pas manger d'œufs, ne pas dormir dans le manteau du maître de maison, à cause du keri), qui introduit la pratique étonnante de Rav et de Rav Nahman : en voyage, ils proclamaient 'qui m'épouse pour le jour ?'.

La guemara soulève deux objections -- le risque de mamzérut (R. Eliezer ben Yaakov) et l'obligation des sept jours nets pour une fiancée (Rava) -- et y répond : les Sages ont une notoriété publique ; ils envoyaient des messagers à l'avance ; ou bien ils se contentaient d'un simple yihoud (celui qui a 'du pain dans son panier' ne convoite pas).

Le Ben Yehoyada développe le mobile pédagogique de ces proclamations (inciter le peuple à ne pas retarder le mariage), et une longue Tossefot débat du yihoud, du deuil pendant la fête et du 'dormir parmi les hommes'. La michna passe ensuite à la veille de Kippour : les anciens confient le Kohen Gadol aux kohanim, le montent à la Chambre d'Avtinas, l'adjurent (contre la thèse sadducéenne sur l'offrande du ketoret) -- d'où les larmes réciproques -- puis le tiennent éveillé toute la nuit par l'étude et la lecture (Job, Ezra, Chroniques, Daniel).

Rav et Rav Nahman en voyage : deux objections, deux réponses Pratique de Rav / Rav Nahman en voyage ils proclament : qui m'épouse pour le jour ? Objection 1 -- R. Eliezer ben Yaakov épouser dans 2 pays = enfants dispersés qui s'apparient -> frère / sœur -> mamzérut (Lev 19,29 : le pays rempli de débauche) Objection 2 -- Rava fiancée qui accepte = 7 jours nets (dam himoud : le désir peut faire voir du sang) comment épouser le jour même ? Réponse : les Sages ont un kol notoriété publique : on connaît leurs enfants, aucun risque d'appariement ignoré Réponse A : messagers envoyés on prévient à l'avance ; la femme compte ses 7 jours nets avant l'arrivée Réponse B (ve-i bait eima) yihoud seul, sans rapport : pas de dam himoud "pain dans le panier" != "pas de pain" : le désir s'apaise Portée : ces proclamations publiques encouragent le peuple à ne pas retarder le mariage (Ben Yehoyada). Thèmes : akhsenai (l'hôte de passage), keri, nidda et sept jours nets, mamzérut, yihoud.
La sougya de l'épouse 'pour un jour' : la pratique de Rav et Rav Nahman, les deux objections (mamzérut ; sept jours nets) et leurs réponses (notoriété ; messagers envoyés / yihoud seul).
Michna : le Kohen Gadol confie, adjure, tenu éveillé Anciens du beth din ont lu devant lui le seder ha-yom Anciens de la kehouna enseignent la chafina du ketoret Chambre d'Avtinas on y confectionne l'encens Serment "ne change rien" Motif du serment : parer le Kohen Gadol tzeduki (Sadducéen) qui allumerait le ketoret au-dehors pour l'introduire déjà fumant (contre la halakha des Perouchim) -- cf. 19b Lui se retire et pleure d'être soupçonné d'être un tzeduki Eux se retirent et pleurent d'avoir dû le soupçonner Toute la nuit : le tenir éveillé (éviter le sommeil et le keri) savant -> il expose (dorech) ; sinon des talmidei hakhamim exposent devant lui sait lire -> il lit ; sinon on lit devant lui lectures qui tiennent en éveil : Job, Ezra, Chroniques -- et Daniel (Zekharia ben Kevoutal)
La michna : les anciens confient le Kohen Gadol aux kohanim, le montent à la Chambre d'Avtinas, l'adjurent (contre la thèse sadducéenne sur le ketoret), et le tiennent éveillé toute la nuit de Kippour.
1
וְהַשַּׁחֲלַיִם וַחֲלֹגְלוֹגוֹת וְהַבֵּיצִים וְהַגַּרְגִּיר. ״וַיֵּצֵא אֶחָד אֶל הַשָּׂדֶה לְלַקֵּט אֹורֹות״, תָּנָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר: זֶה גַּרְגִּיר. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לָמָּה נִקְרָא שֶׁמֶן ״אוֹרוֹת״ — שֶׁמְּאִירוֹת אֶת הָעֵינַיִם. אָמַר רַב הוּנָא: הַמּוֹצִיא גַּרְגִּיר, אִם יָכוֹל לְאָכְלוֹ אוֹכְלוֹ, וְאִם לָאו — מַעֲבִירוֹ עַל גַּבֵּי עֵינָיו. אָמַר רַב פָּפָּא: בְּגַרְגִּירָא מַצְרָנְאָה.

(...et l'on rapportait sur la table du roi) le cresson alénois (chehalim), le pourpier (chalgeloguot), les œufs et la roquette (gargir). À propos de la roquette, (le verset dit) : 'Et l'un (des disciples) sortit au champ pour cueillir des orot' (2 Rois 4,39) -- on a enseigné au nom de Rabbi Meir : ces orot, c'est la roquette (gargir).

Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi les appelle-t-on orot ? Parce qu'elles illuminent (me'irot) les yeux.

Rav Huna a dit : celui qui trouve de la roquette, s'il peut la manger, il la mange ; sinon, il la passe sur ses yeux. Rav Papa a dit : (la meilleure est) la roquette metzranaah (celle qui pousse sur la limite du champ).

📜 Rachi (4)
הֶשְׁחֵלִין קרשי"ן:
Le chehalin (cresson alénois) : kerchin (glose de Rachi en ancien français).
חֲלַגְלוֹגוֹת פולפו"ר:
Le chalgeloguot : polpor (le pourpier, glose en ancien français).
הַגַּרְגִּיר ארוג"א:
Le gargir : aruga (la roquette, glose en ancien français).
מַצְרָנְאָה הַגָּדֵל עַל הַמֵּיצַר שֶׁאֵין סְבִיבוֹתָיו זֶרַע אַחֵר שֶׁיַּכְחִישׁ כֹּחוֹ:
Metzranaah : (la roquette) qui pousse sur la limite (du champ), là où il n'y a autour d'elle aucune autre semence qui affaiblirait sa force.
💡 Explication

Fin d'une liste d'aliments (déjà commencée au feuillet précédent). La guemara s'arrête sur la roquette (gargir) par un procédé classique : le jeu de mots (drach). Le mot rare orot du livre des Rois est identifié à la roquette, puis relié à la racine me'irot (elles illuminent) -- d'où la vertu attribuée à cette plante pour les yeux.

Rav Papa précise un point d'agronomie : la roquette qui pousse sur la limite du champ (metzranaah) est la plus efficace, car aucune autre plante alentour ne vient sapper sa vigueur.

🖼️ Schéma
La roquette (gargir) : le jeu de mots orot / me'irot orot (2 Rois 4,39) = gargir (R. Meir) me'irot "elles illuminent" (R. Yo'hanan) les yeux bon pour la vue Rav Huna : sinon la manger, la passer sur les yeux. Rav Papa : la meilleure pousse sur la limite du champ (metzranaah) -- aucune autre semence alentour ne l'affaiblit.
orot -> me'irot (elles illuminent) -> vertu pour les yeux ; la roquette la plus forte pousse sur la limite du champ.
2
אָמַר רַב גִּידֵּל אָמַר רַב: אַכְסְנַאי לֹא יֹאכַל בֵּיצִים, וְלֹא יִישַׁן בְּטַלִּיתוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת. רַב כִּי מִקְּלַע לְדַרְשִׁישׁ, מַכְרִיז: מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא. רַב נַחְמָן כַּד מִקְּלַע לְשַׁכְנְצִיב, מַכְרִיז: מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא.

Rav Guidel a dit au nom de Rav : un hôte de passage (akhsenai) ne mangera pas d'œufs, et ne dormira pas dans le manteau (talit) de son hôte (le maître de maison). Rav, lorsqu'il se rendait à Darchich, proclamait : qui sera (mon épouse) pour le jour (que je passe ici) ?

Rav Nahman, lorsqu'il se rendait à Chekhantziv, proclamait : qui sera (mon épouse) pour le jour ?

📜 Rachi (4)
לֹא יֹאכַל בֵּיצִים שֶׁמְּבִיאִין לִידֵי קֶרִי וּמִתְגַּנָּה עַל בְּנֵי הַבַּיִת:
Ne mangera pas d'œufs : car ils amènent au keri (émission séminale) et il devient répugnant aux yeux des gens de la maison.
לֹא יִישַׁן בְּטַלִּיתוֹ שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת שֶׁהוּא מִתְכַּסֶּה בָּהּ בַּיּוֹם שֶׁלֹּא יִמָּצֵא עָלֶיהָ קֶרִי:
Ne dormira pas dans le manteau du maître de maison : car celui-ci s'en couvre le jour, (et il ne faut pas) qu'il y trouve du keri.
כִּי מִיקְלַע לִדְרָשִׁישׁ שָׁם הָיָה רָגִיל לֵילֵךְ:
Lorsqu'il se rendait à Darchich : c'est là qu'il avait coutume de se rendre.
מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא יֵשׁ אִשָּׁה שֶׁתִּנָּשֵׂא לִי לְיוֹמָא שֶׁאֶתְעַכֵּב כָּאן וְתֵצֵא לְאַחַר מִכָּאן:
Qui sera pour le jour : y a-t-il une femme qui m'épousera pour les jours où je m'attarde ici, et qui sortira (sera divorcée) après cela ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב, כִּי מִקְלַע לִדְרָשִׁישׁ, מַכְרִיז: מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא? רַב נַחְמָן כִּי מִקְלַע לְשַׁכְנְצִיב, מַכְרִיז: מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא. הִנֵּה חָלִילָה לְהַרְהֵר אַחַר גְּדוֹלֵי חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל אֵלֶּה לוֹמַר שֶׁהָיוּ לְהוּטִים כָּל כָּךְ עַל תַּאֲוַת הַמִּשְׁגָּל ח"ו שֶׁאֵינָם יְכוֹלִים לַעֲמֹוד בְּלֹא אִשָּׁה עַל מִקְצָת יָמִים דַּאֲפִילּוּ הֶדְיוֹט שֶׁבַּהֶדְיוֹטִים יוּכַל לִסְבֹּול תַּאֲוָתוֹ בָּזֶה, וְכָל שֶׁכֵּן קְדוֹשִׁים וּפְרוּשִׁים כְּאִלּוּ אֲשֶׁר מְקַדְּשִׁים עַצְמָן בְּמוֹתַר לָהֶם! גַּם עוֹד אִם הָיוּ לְהוּטִים כָּל כָּךְ חָלִילָה אַמַּאי לֹא חָשׁוּ לִכְבוֹד עַצְמָם בְּעֵינֵי הַבְּרִיּוֹת? וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁהָיוּ מַכְרִיזִין: מִי עָשָׂה הַכְרָזָה כָּזֹאת בָּעוֹלָם! וְעוֹד לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ נִכְתַּב דָּבָר זֶה בַּתַּלְמוּד אִם לִגְנוּתָם ח"ו, וְאִם לִלְמֹוד דִּין לֹא הָיָה לְהַזְכִּיר שְׁמוֹתָם! אַךְ הַסְכֵּת וּשְׁמַע דְּבָרִים הַמֻּוצְדָּקִים הַמִּתְייַשְּׁבִים עַל הַלֵּב, וְהוּא כִּי לִפְעָמִים יִמָּצֵא מִנְהָג רַע בְּאֵיזֶה מְקוֹמוֹת שֶׁהָאֲנָשִׁים לֹא יִשְׂאוּ נָשִׁים אֶלָּא אַחַר הֱיוֹתָם בְּנֵי שְׁלֹשִׁים וְאַרְבָּעִים שָׁנָה, וְעַד עַתָּה יִמָּצֵא כֵּן בִּמְקוֹמוֹת כורדסתא"ן וְאוֹמְרִים שֶׁגַּם בְּעָרֵי אירופ"ה יֵשׁ מִנְהָג זֶה. וְהִנֵּה בִּזְמַן רַב וְרַב נַחְמָן הָיָה הַמִּנְהָג הַזֶּה נוֹהֵג בְּעָרִים אֵלּוּ בִּדְרָשִׁישׁ וְשֶׁכִּנְצִיב, וּבְוַדַּאי כַּד הָווּ אָזְלִי רַבָּנָן לְהָתָם הָיוּ מוֹכִיחִים אוֹתָם לְבִלְתִּי יִתְאַחֲרוּ יוֹתֵר מֵעֶשְׂרִים שָׁנָה , אַךְ לִהְיוֹת כִּי פָּשְׂתָה הַמִּסְפַּחַת שָׁם בְּמִנְהָג זֶה, וְרַבִּים מֵעַמֵּי הָאָרֶץ אֲשֶׁר נִכְשָׁלִים בָּזֶה הָווּ רַבָּנָן עוֹשִׂים הַכְרָזָה זוֹ בַּעֲבוּר עַצְמָן כְּדֵי לְהַלְהִיב לְבָבוֹת הָעָם בְּעִנְיָן זֶה יוֹתֵר שֶׁאָז כָּל אָדָם יִשָּׂא קַל וָחֹומֶר לְעַצְמוֹ לוֹמַר וּמָה רַבָּנָן שֶׁעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה יָמִים וְלֵילוֹת וּקְדוֹשִׁים הֵם וְגַם נִשּׂוּאִין עִם כָּל זֶה חוֹשְׁשִׁים לְעַצְמָן בִּשְׁבִיל קֶרִי וְאֵינָם רוֹצִים לַעֲמֹוד בְּלֹא אִשָּׁה קְצָת יָמִים, כָּל שֶׁכֵּן וְכָל שֶׁכֵּן בַּחוּרִים הֲמוֹנִים דִּתְקִיף יִצְרַיְיהוּ טוּבָא שֶׁצְּרִיכִין לְהִנָּשֵׂא וְלֹא יְאַחֲרוּ נִישּׂוּאִין שֶׁלָּהֶם לְהִשָּׁאֵר בְּלֹא אִשָּׁה מִפְּנֵי אִיסּוּר קֶרִי! וְדָבָר זֶה עוֹשֶׂה פּוֹעֵל בַּלְּבָבוֹת הַהֲמוֹנִים יוֹתֵר מִדִּבְרֵי מוּסָר וְתוֹכָחוֹת עֶשֶׂר יָדוֹת כִּי זֶהוּ מַעֲשֶׂה רַב! וּלְפִי זֶה רַבָּנָן קִבְּלוּ לְזַלְזֵל בִּכְבוֹדָם בְּהַכְרָזָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ צְרִיכָה לָהֶם, בַּעֲבוּר לְזַכּוֹת אֶת הָרַבִּים בְּאַפְרוֹשֵׁי מֵאִיסּוּרָא שֶׁבָּזֶה יִתְבַּטְּלוּ בְּמִצְוַת הַנִּישּׂוּאִין וּפְרִיָּה וּרְבִיָּה בְּיוֹתֵר, אַשְּׁרֵיהֶם וְאַשְׁרֵי חֶלְקָם זְכוּת הָרַבִּים תָּלוּי בָּם! וְטַעַם זֶה שֶׁאֲנִי אוֹמֵר הוּא מֻוכְרָח מְאֹד בְּעֵינֵי כָּל אִישׁ מַשְׂכִּיל, יַעַן כִּי מִן הַגְּמָרָא מַשְׁמַע דְּלָא הָיוּ רַבָּנָן עוֹשִׂין כֵּן אֶלָּא רַק כְּשֶׁהוֹלְכִין לִמְקוֹמוֹת הַלָּלוּ דְּרָשִׁישׁ וְשֶׁכִּנְצִיב וְלֹא בִּמְקוֹמוֹת אֲחֵרִים, וְלָמָּה? אֶלָּא וַדַּאי הַטַּעַם כַּאֲשֶׁר כָּתַבְתִּי שֶׁעוֹשִׂין כֵּן לְצֹורֶךְ מִצְוָה לְזַכּוֹת הֲמוֹן הָעָם שֶׁהָיָה לָהֶם מִנְהָג הָרַע הַנִּזְכָּר וְלֹא הָיָה זֶה הַמִּנְהָג אֶלָּא רַק בִּשְׁנֵי מְקוֹמוֹת אֵלּוּ וְלָכֵן הֻוצְרַךְ הַשַּׁ"ס לְסַייֵּם אֶת שְׁתֵּי הַמְּקוֹמוֹת הָהֵם! וּמַקְשֵׁי וְהַתַּנְיָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: לֹא יִשָּׂא אָדָם אִשָּׁה בִּמְדִינָה זוֹ וְיֵלֵךְ וְיִשָּׂא אִשָּׁה בִּמְדִינָה אַחֶרֶת וְכוּ' כְּלוֹמַר הֵן אֱמֶת שֶׁהָיוּ עוֹשִׂין כֵּן בַּעֲבוּר לְהַלְהִיב לֵב הֲמוֹן הָעָם עִם כָּל זֶה הֲוָה לֵיהּ לְמִיחַשׁ לְהָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב דְּשֶׁמָּא גַּם אֲחֵרִים יִלְמְדוּ לַעֲשׂוֹת כֵּן לַהֲנָאָתָם? וְתֵירֵץ רַבָּנָן , קָלָא אִית לְהוּ וּלְכָךְ לֹא חָשׁוּ לָזֶה דְּהַכֹּל יוֹדְעִים לְחַלֵּק בֵּין רַבָּנָן לִשְׁאָר אִינָשֵׁי וְאִי בָּעֵית אֵימָא: יַיחוֹדֵי הֲווֹ מְייַחֲדִי לְהוּ וְלֹא הָיוּ נִזְקָקִין לָהֶם וְכֵן הוּא הָאֱמֶת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַאי בָּעֵית אֵימָא בְּלִי סָפֵק! וְאִם תֹּאמַר אִם כֵּן לֹא יִתְפַּעֲלוּ הֲמוֹן הָעָם מֵעִנְיָן זֶה מֵאַחַר דְּאֵין נִזְקָקִין לָהֶם, זֶה אֵינוֹ, דְּוַדַּאי הֲמוֹן הָעָם יִתְפַּעֲלוּ דְּיוֹדְעִים הֵם מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ הוּא נִשְׁמָר מִן הַיֵּצֶר הָרַע! אִם כֵּן עֲדַיִין אוֹמְרִים רְאוּ כַּמָּה חָמוּר דָּבָר זֶה דְּהָא רַבָּנָן מִתְכַּווְּנִין שֶׁיִּהְיֶה לָהֶם פַּת בַּסֻּלָּם כְּדֵי שֶׁבָּזֶה הֵם נִשְׁמָרִים מִיֵּצֶר הָרַע וְאִם כֵּן כַּמָּה צָרִיךְ הָאָדָם לְהִשְׁתַּדֵּל בְּדָבָר זֶה שֶׁלֹּא יְאַחֵר הַמִּצְוָה! וְדַע דְּרַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ 'מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא שֶׁתִּנָּשֵׂא לְיָמִים שֶׁאֶתְעַכֵּב כָּאן וְאַחַר כָּךְ תֵּצֵא' וְהִקְשָׁה הָרַב 'גֵּט פָּשׁוּט' (סִימָן קי"ט סק"ג) וְהָא הֲוָה לֵיהּ בְּנֵי גְּרוּשַׁת הַלֵּב דְּאָסוּר כַּנִּזְכָּר בְּסוֹף פֶּרֶק שֵׁנִי דִּנְדָרִים? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָכָא לֹא הָיוּ מַכְרִיזִין עַל מְנָת שֶׁתִּתְגָּרֵשׁ בְּיוֹם פְּלוֹנִי אֶלָּא מַכְרִיזִין שֶׁתִּתְגָּרֵשׁ בַּיּוֹם שֶׁיֵּצֵא מִן הָעִיר הַזֹּאת, וּלְפִי זֶה הַגֵּרוּשִׁין הֵם סָפֵק שֶׁאִם נִזְדַּמֵּן לוֹ אֵיזֶה סִיבָּה שֶׁיִּתְייַשֵּׁב בְּזֹאת הָעִיר וְלֹא יֵצֵא גַּם הִיא תִּשָּׁאֵר אֶצְלוֹ וְלֹא תִּתְגָּרֵשׁ וְכֵיוָן שֶׁהוּא סָפֵק לֵיכָּא בָּזֶה אִיסּוּר בְּנֵי גְּרוּשַׁת הַלֵּב שֶׁזֶּה נֶאֱמַר עַל מִי שֶׁגּוֹמֵר בְּלִבּוֹ לְגָרְשָׁהּ בְּוַדַּאי וְאֵינוֹ תּוֹלֶה הַגֵּרוּשִׁין בְּדָבָר אַחֵר. אִי נָמֵי אֵין מַכְרִיזִין לְגָרְשָׁהּ בְּגֵט פִּיטּוּרִין אֶלָּא הַכַּוָּנָה שֶׁלֹּא יִתְחַייֵּב לָהּ בִּשְׁאֵר וּכְסוּת וְעוֹנָה אַחַר שֶׁיֵּצֵא מִן הָעִיר וְאִם יִזְדַּמֵּן שֶׁיַּחֲזֹור לְעִיר זוֹ תָּבֹא וּתְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו וְלָכֵן אֵין כָּאן אִיסּוּר בְּנֵי גְּרוּשַׁת הַלֵּב. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא הָיוּ מַכְרִיזִין לִיקַּח נָשִׁים הָרְאוּיִים לְהוֹלִיד אֶלָּא נָשִׁים שֶׁפָּסְקוּ מִמַּרְאוֹת דָּמִים וְאֵינָם רְאוּיִים לְהוֹלִיד, וּבָזֶה יְתֹורַץ דִּקְדּוּק אַחֵר, לָמָּה מַקְשֵׁי מִדִּין דַּם חִימּוּד יִקְשֶׁה דְּכָל פְּנוּיָה הִיא בְּחֶזְקַת נִדָּה וּצְרִיכָה ז' נְקִיִּים? וּבָזֶה נִיחָא דְּהַכְּרוּז הוּא אֵצֶל נָשִׁים שֶׁפָּסְקוּ לִרְאוֹת וְדַרְכָּם הֵי' כָּל אִשָּׁה שֶׁפָּסְקָה לִרְאוֹת טוֹבֶלֶת מִדַּם נִדָּה שֶׁעָבַר אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָהּ בַּעַל כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה טְהוֹרָה כָּל יָמֶיהָ, וְלָכֵן לָא מַקְשֵׁי אֶלָּא רַק מִדַּם חִימּוּד. וְרָאִיתִי לְהָרַב מִשְׁנֶה לַמֶּלֶךְ זַ"ל (בְּפֶרֶק כ"א מֵהִלְכוֹת אִיסּוּרֵי בִּיאָה הֲלָכָה כ"ח) שֶׁהֵבִיא דִּבְרֵי הָרַב גֵּט פָּשׁוּט וּפִלְפֵּל בָּהֶם, וַאֲנָא עַבְדָּא פִּלְפַּלְתִּי בְּדִבְרֵיהֶם בְּקוּנְטְרוּסְי וְאֵין כָּאן מָקוֹם לָזֶה. אַךְ דֶּרֶךְ אַגַּב נִתְקַשָּׁה לִי בְּדִבְרֵי הַתּוֹסָפוֹת דִּיבָמוֹת (יְבָמוֹת לז:) שֶׁהֵבִיא הָרַב גֵּט פָּשׁוּט, דְּאֵיךְ נִיחָא לְהוּ לְתָרוֹצֵי שֶׁאִם תִּתְעַבֵּר יִקָּחֶנָּה עִמּוֹ דְּאַכַּתִּי לָא פְּלִיט מֵחֲשַׁשׁ מַמְזֵרוּת דְּאִיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא יָבֹא אֶחָד מִן הַבָּנִים לְעִיר זוֹ וְיִשָּׂא אֲחוֹת אִמּוֹ, אוֹ תָּבֹא הַבַּת וְתִנָּשֵׂא לַאֲחֵי אִמָּהּ, אוֹ לְהֵפֶךְ שֶׁיָּבוֹאוּ אֲחִי הָאֵם וַאֲחוֹת הָאֵם לְעִיר זוֹ וְיִשְּׂאוּ, דְּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב 'שֶׁמָּא יִזְדַּוְּגוּ זֶה אֵצֶל זוֹ וְנִמְצָא אָח נוֹשֵׂא אֶת אֲחוֹתוֹ' לָאו דַּוְקָא אֶלָּא הוּא הַדִּין בִּכְהַאי גַּוְנָא, וְכַיּוֹצֵא בָּהּ נָמֵי אִיכָּא אִיסּוּר מַמְזֵרוּת, וְצָרִיךְ עִיּוּן.
Rav, quand il se rendait à Darchich, proclamait : qui sera pour le jour ? Rav Nahman, quand il se rendait à Chekhantziv, proclamait : qui sera pour le jour ? -- À Dieu ne plaise de soupçonner ces grands sages d'Israël en disant qu'ils étaient à ce point avides de la jouissance de l'union (tavat ha-michgal), au point de ne pouvoir tenir sans femme quelques jours : car même le plus vulgaire des hommes peut maîtriser son désir en cela, à plus forte raison des saints et des perouchim (séparés) tels qu'eux, qui se sanctifient dans ce qui leur est permis ! De plus, s'ils étaient si avides, à Dieu ne plaise, pourquoi n'auraient-ils pas eu égard à leur propre honneur aux yeux des gens ? Bien plus, ils faisaient une proclamation publique : qui a jamais fait pareille proclamation au monde ! Et encore : à quoi bon inscrire cela dans le Talmud, si c'est pour les blâmer (à Dieu ne plaise) ; et si c'est pour en tirer une loi, il n'y avait pas lieu de mentionner leurs noms ! Mais écoute attentivement des propos justes qui apaisent le cœur. Parfois se rencontre une mauvaise coutume en certains lieux, où les hommes ne prennent femme qu'après l'âge de trente ou quarante ans -- et cela se rencontre encore aujourd'hui dans les régions du Kurdistan, et l'on dit qu'il en va de même dans les villes d'Europe. Or, au temps de Rav et de Rav Nahman, cette coutume avait cours dans ces villes, Darchich et Chekhantziv ; et sans doute, lorsque les Sages s'y rendaient, ils les réprimandaient pour qu'ils ne tardent pas au-delà de vingt ans. Mais comme cette plaie (mispahat) s'était étendue avec cette coutume, et que beaucoup d'ignorants (amei ha-aretz) y trébuchaient, les Sages faisaient cette proclamation à leur propre sujet, afin d'enflammer davantage les cœurs du peuple en cette affaire : car alors chacun ferait un raisonnement à fortiori (kal va-homer) pour lui-même -- si les Sages, qui s'occupent de Torah jour et nuit, qui sont saints et de surcroît mariés, prennent malgré tout garde à eux-mêmes à cause du keri et ne veulent pas rester sans femme quelques jours, à plus forte raison les jeunes gens du peuple, dont le penchant (yetzer) est bien plus fort, doivent se marier et ne pas retarder leur mariage pour rester sans femme à cause de l'interdit du keri ! Et cette chose agit sur les cœurs des masses plus que dix fois des paroles de morale et de reproches, car c'est un 'acte d'un grand' (maase rav) ! Ainsi les Sages ont accepté de rabaisser leur propre honneur par cette proclamation dont ils n'avaient nul besoin, afin de faire mériter la collectivité en l'écartant de l'interdit (afrouchei me-issoura), pour qu'ils ne négligent pas davantage la mitsva du mariage et de la procréation (pirya ve-rivya). Heureux sont-ils et heureuse leur part : le mérite du grand nombre dépend d'eux ! Et cette raison que je dis me paraît très contraignante aux yeux de tout homme intelligent, car il ressort de la guemara que les Sages n'agissaient ainsi que lorsqu'ils se rendaient dans ces lieux-là, Darchich et Chekhantziv, et non dans d'autres lieux. Pourquoi ? C'est nécessairement pour la raison que j'ai écrite : ils agissaient ainsi pour le besoin d'une mitsva, faire mériter le peuple qui avait cette mauvaise coutume -- laquelle ne se trouvait que dans ces deux lieux ; c'est pourquoi le Talmud a dû préciser ces deux lieux ! Et (la guemara) objecte : mais n'a-t-on pas enseigné que Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : qu'un homme n'épouse pas une femme dans ce pays-ci et n'aille pas épouser une femme dans un autre pays, etc. ? C'est-à-dire : il est vrai qu'ils agissaient ainsi pour enflammer le cœur du peuple, mais malgré tout ils auraient dû craindre l'avertissement de Rabbi Eliezer ben Yaakov, car peut-être d'autres apprendraient à agir ainsi pour leur plaisir ? Et (la guemara) répond : les Sages ont une notoriété (kol), c'est pourquoi ils n'ont pas craint cela, car tous savent distinguer entre les Sages et les autres gens. Et 'si tu veux, dis' : ils se contentaient de s'isoler avec elles (yihoud) et n'avaient pas de rapport avec elles -- et c'est bien la vérité, comme le dit ce 'si tu veux dis', sans nul doute ! Et si tu disais : s'il en est ainsi, le peuple ne sera pas impressionné, puisqu'ils n'avaient pas de rapport avec elles -- cela n'est pas, car assurément le peuple sera impressionné, car il sait que 'celui qui a du pain dans son panier' se garde du mauvais penchant ! On dira donc encore : voyez combien cette affaire est grave, car les Sages eux-mêmes cherchent à avoir 'du pain dans leur panier' afin de se garder par là du mauvais penchant ; et s'il en est ainsi, combien l'homme doit s'efforcer en cette affaire de ne pas retarder la mitsva ! Et sache que Rachi (de mémoire bénie) a expliqué 'qui sera pour le jour' : qu'elle l'épouse pour les jours où il s'attarde ici, et qu'ensuite elle sorte (soit divorcée). Et le Rav (auteur du) 'Gett Pachout' (siman 119, sous-paragraphe 3) a objecté : mais ce serait alors des 'enfants d'une répudiée du cœur' (benei geroucha ha-lev), ce qui est interdit, comme il est mentionné à la fin du deuxième chapitre de Nedarim -- vois-y. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ici ils ne proclamaient pas qu'elle serait divorcée tel jour précis, mais qu'elle serait divorcée le jour où il quitterait cette ville. Selon cela, le divorce est un doute (safek), car s'il survenait une raison qui le fasse s'installer dans cette ville et ne pas en sortir, elle aussi resterait auprès de lui et ne serait pas divorcée ; et puisque c'est un doute, il n'y a pas là l'interdit des 'enfants d'une répudiée du cœur', qui ne se dit que de celui qui décide en son cœur de la répudier à coup sûr et ne suspend pas le divorce à autre chose. Ou encore : ils ne proclamaient pas de la répudier par un gett de renvoi, mais l'intention était qu'il ne serait plus tenu envers elle à la nourriture, au vêtement et au devoir conjugal (chee'r, kessout, ona) après avoir quitté la ville ; et s'il arrivait qu'il revienne dans cette ville, elle viendrait et servirait auprès de lui -- c'est pourquoi il n'y a pas ici l'interdit des enfants d'une répudiée du cœur. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'ils ne proclamaient pas pour prendre des femmes aptes à enfanter, mais des femmes qui avaient cessé de voir des écoulements de sang et n'étaient plus aptes à enfanter. Par là se résout une autre difficulté : pourquoi (la guemara) objecte-t-elle de la loi du 'sang de désir' (dam himoud) ? Elle aurait dû objecter que toute femme célibataire (penouya) est présumée nidda et doit compter sept jours nets ! Mais cela s'apaise, car la proclamation concerne des femmes qui avaient cessé de voir ; et leur usage était que toute femme ayant cessé de voir s'immerge du sang de nidda passé, bien qu'elle n'ait pas de mari, afin d'être pure tous ses jours -- c'est pourquoi (la guemara) n'objecte que du sang de désir. Et j'ai vu que le Rav Michne le-Melekh (Hilkhot Issourei Bia, chapitre 21, halakha 28) a rapporté les propos du Rav Gett Pachout et en a discuté (pilpel) ; et moi, le serviteur, j'ai discuté de leurs propos dans mes cahiers, et ce n'est pas ici le lieu pour cela. Mais au passage, une difficulté m'est apparue dans les propos des Tossafot de Yevamot (37b) qu'a rapportés le Rav Gett Pachout : comment leur convient-il de répondre que 'si elle tombe enceinte, il la prendra avec lui', alors qu'on n'est pas encore sorti du soupçon de mamzerut ? Car il y a lieu de craindre que l'un des fils vienne dans cette ville et épouse la sœur de sa mère, ou que la fille vienne et épouse le frère de sa mère, ou l'inverse -- que le frère de la mère et la sœur de la mère viennent dans cette ville et se marient. Car ce que dit Rabbi Eliezer ben Yaakov, 'de peur qu'ils ne s'apparient l'un à l'autre et qu'il se trouve un frère épousant sa sœur', n'est pas exclusif (lav davka) mais vaut aussi en pareil cas ; et de même en cela il y a l'interdit de mamzerut. Cela demande examen (tzarikh iyoun).
💡 Explication

Règles de savoir-vivre de l'hôte de passage (akhsenai) : ne pas manger d'œufs (qui portent au keri, l'émission séminale) ni dormir dans le vêtement du maître de maison (qu'il porte de jour). Le fil conducteur -- éviter le keri -- introduit la conduite de Rav et de Rav Nahman.

En déplacement, ils proclamaient publiquement qu'ils prendraient une épouse pour la durée de leur séjour. Cette pratique surprenante ouvre une discussion halakhique serrée (objections tirées de la mamzérut et des sept jours nets) et un long développement moral du Ben Yehoyada.

3
וְהַתַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: לֹא יִשָּׂא אָדָם אִשָּׁה בִּמְדִינָה זוֹ, וְיֵלֵךְ וְיִשָּׂא אִשָּׁה בִּמְדִינָה אַחֶרֶת, שֶׁמָּא יִזְדַּוְּוגוּ זֶה אֵצֶל זֶה וְנִמְצָא אָח נוֹשֵׂא אֲחוֹתוֹ (וְאָב נוֹשֵׂא בִּתּוֹ), וּמְמַלֵּא כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מַמְזֵרוּת, וְעַל זֶה נֶאֱמַר: ״וּמָלְאָה הָאָרֶץ זִמָּה״. אָמְרִי: רַבָּנָן — קָלָא אִית לְהוּ.

Mais n'a-t-on pas enseigné : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : qu'un homme n'épouse pas une femme dans ce pays-ci, puis n'aille épouser une femme dans un autre pays, de peur que (leurs enfants) ne s'apparient l'un à l'autre ; il se trouverait alors un frère épousant sa sœur (et un père épousant sa fille), et cela remplit le monde entier de mamzerut (bâtardise). À ce sujet il est dit : 'et le pays s'est rempli de débauche (zima)' (Lev 19,29).

Ils répondent : les Sages -- ils ont une notoriété (kol).

📜 Rachi (2)
זֶה אֵצֶל זֶה בֵּן שֶׁיּוֹלִיד בִּמְדִינָה זוֹ עִם בַּת שֶׁיּוֹלִיד בִּמְדִינָה אַחֶרֶת:
L'un avec l'autre : un fils qu'il engendrera dans ce pays-ci avec une fille qu'il engendrera dans un autre pays.
רַבָּנַן קָלָא אִית לְהוּ וּשְׁמָם קָרוּי עַל בְּנֵיהֶם:
Les Sages ont un kol (une renommée) : et leur nom est appelé sur leurs enfants (on sait de qui ils sont).
💡 Explication

Première objection à la pratique de Rav et Rav Nahman. Rabbi Eliezer ben Yaakov interdit d'engendrer des enfants dans deux villes différentes : ceux-ci risqueraient un jour de s'unir sans se connaître -- inceste ignoré, d'où mamzerut répandue.

Réponse : les Sages ont un kol, une renommée publique. Leur identité et celle de leurs enfants sont connues de tous ; le risque d'appariement aveugle est donc écarté dans leur cas.

4
וְהָאָמַר רָבָא: תְּבָעוּהָ לְהִנָּשֵׂא, וְנִתְפַּיְּיסָה — צְרִיכָה לֵישֵׁב שִׁבְעָה נְקִיִּים? רַבָּנַן אוֹדוֹעֵי הֲווֹ מוֹדְעוּ לְהוּ, מִקְדָּם הֲווֹ קָדְמִי וּמְשַׁדְּרִי שְׁלוּחָא.

Mais Rava n'a-t-il pas dit : une femme à qui l'on a demandé le mariage et qui a accepté doit compter sept jours nets (chiva neki'im) -- (comment donc pouvaient-ils l'épouser le jour même ?). (Réponse :) les Sages la faisaient informer à l'avance : ils devançaient (leur venue) en envoyant un messager.

📜 Rachi (1)
צְרִיכָה לֵישֵׁב שִׁבְעָה נְקִיִּים מִיּוֹם שֶׁנִּתְרַצֵּית שֶׁמָּא מֵחֲמַת חִימּוּד רָאֲתָה דָּם:
Doit compter sept jours nets : à compter du jour où elle a consenti, de peur qu'à cause du désir (himoud) elle n'ait vu du sang.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאָמַר רָבָא תְּבָעוּהָ לְהִנָּשֵׂא כּוּ' לָא הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוֹיֵי קְטַנּוֹת שֶׁלֹּא הִגִּיעַ זְמַנָּן לִרְאוֹת הָווּ דְּהָא מַסְּקִינַן בְּפֶ' תִּינֹוקֶת (נִדָּה דַּף סו.) דְּמִילְּתָא דְּרָבָא אֲפִילּוּ בִּקְטַנָּה דִּילְמָא מִחַמְּדָא וְנִרְאֶה דְּהֵיכָא דִּתְבָעוּהָ לִינָּשֵׂא וְיָשְׁבָה שִׁבְעָה נְקִיִּים וְכָל אוֹתָם שִׁבְעָה בָּדְקָה שַׁחֲרִית וְעַרְבִית וְטָבְלָה וְלֹא נִבְעֲלָה אָז צְרִיכָה לִבְדֹּוק בְּכָל יוֹם וְיוֹם דִּלְעוֹלָם מִשֶּׁתְּבָעוּהָ לִינָּשֵׂא אִיכָּא לְסַפּוֹקֵי דִּילְמָא חָזְיָא מֵחֲמַת חִימּוּד עַד שֶׁתִּיבָּעֵל הִלְכָּךְ בָּעֵינַן שִׁבְעָה נְקִיִּים סָמוּךְ לִבְעִילַת מִצְוָה וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשְׁבַּ"ם בְּפֶרֶק תִּינֹוקֶת (שָׁם):
'Mais Rava a dit : une femme à qui l'on a demandé le mariage, etc.' -- on ne pouvait pas répondre qu'il s'agissait de petites (ketanot) n'ayant pas atteint l'âge de voir (les règles), car nous concluons au chapitre Tinoket (Nidda 66a) que la règle de Rava s'applique même à une petite, de peur qu'elle ne désire (mahmada). Et il apparaît que, là où on lui a demandé le mariage, ou elle a compté sept jours nets, ou durant ces sept jours elle s'est examinée matin et soir et s'est immergée (tevila) sans avoir eu de rapport -- alors elle doit s'examiner chaque jour ; car depuis qu'on lui a demandé le mariage il y a toujours lieu de douter (dilma) qu'elle ait vu du sang par désir, jusqu'à ce qu'elle ait le rapport. C'est pourquoi l'on exige sept jours nets contigus au rapport de la mitsva (be'ilat mitsva). Ainsi l'a expliqué le Rachbam au chapitre Tinoket (ibid.).
💡 Explication

Deuxième objection, tirée de la loi de la nidda. Selon Rava, une fiancée qui vient d'accepter le mariage doit compter sept jours nets, car l'émotion du désir (dam himoud, le sang de convoitise) peut provoquer un saignement inaperçu qui la rend impure. Comment Rav et Rav Nahman épousaient-ils donc une femme le jour même de la proposition ?

Réponse : ils envoyaient un messager à l'avance. Prévenue, la femme comptait ses sept jours nets avant leur arrivée ; le mariage n'était donc pas conclu le jour même de l'accord.

5
וְאִי בָּעֵית אֵימָא יַחוֹדֵי הֲווֹ מְיַחֲדִי לְהוּ, לְפִי שֶׁאֵינוֹ דּוֹמֶה מִי שֶׁיֵּשׁ לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ לְמִי שֶׁאֵין לוֹ פַּת בְּסַלּוֹ.

Et si tu veux, dis (une autre réponse) : ils se contentaient de s'isoler avec elles (yihoud seul, sans rapport), car celui qui a du pain dans son panier n'est pas comparable à celui qui n'a pas de pain dans son panier.

📜 Rachi (1)
יִחוּדֵי בְּעָלְמָא וְאֵין נִזְקָקִין לָהֶן אֶלָּא שֶׁהַנָּשׂוּי אִשָּׁה אֵין מִתְאַוֶּה כְּמִי שֶׁאֵין לוֹ אִשָּׁה:
Simple yihoud : ils n'avaient pas de rapport avec elles ; mais celui qui a une femme ne convoite pas comme celui qui n'a pas de femme.
🗂️ Tossefot (1)
יִחוּדֵי בְּעָלְמָא הָווּ מְיַיחֲדִי לְהוּ פרש"י לֹא הָיוּ בָּאִין עֲלֵיהֶן אֶלָּא מִתְיַחֲדִים עִמָּהֶן וְתוּ לָא וְהִקְשָׁה ר"י א"כ כֵּיוָן דַּאֲסוּרִין לָבֹא עָלֶיהָ מַאי פַּת בְּסַלּוֹ אִיכָּא מִיהוּ הָא י"ל כֵּיוָן דְּשָׁרֵי לְאַחַר ז' פַּת בְּסַלּוֹ קָרֵינָא בֵיהּ וְעוֹד הִקְשׁוּ הֵיכִי שָׁרוּ לְיִחוּדֵי בַּהֲדַיְיהוּ וְהָאָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף ד.) מִי שֶׁפֵּירְסָה אִשְׁתּוֹ נִדָּה וְלֹא בָּעַל הוּא יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים וְאִשְׁתּוֹ יְשֵׁינָה בֵּין הַנָּשִׁים לְהָכִי פר"י דְּכִי אָמְרִי מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא לָא אָמְרִי מַאן הָוְיָא לְיוֹמָא לִיבָּעֵל אֶלָּא לְיִחוּדֵי בַּהֲדֵהּ בְּעָלְמָא וְכֵיוָן שֶׁהָיוּ אוֹמְרִים לָהֶם כָּךְ רַק לְיַיחֵד עִמָּהֶם לֹא הָיוּ רוֹאוֹת דָּם מֵחֲמַת חִימּוּד וְנִרְאֶה לִי כִּי מַה שֶׁהִקְשָׁה מִכְּתֻובּוֹת דְּלָא קָשֶׁה דְּהָא דְּאָמַר הָתָם הַייְנוּ דַּוְקָא לְבָחוּר דְּלָא נָשָׂא מֵעוֹלָם דְּיִצְרוֹ תּוֹקְפוֹ טְפֵי כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶ' כָּל הַיָּד (נִדָּה דַּף יג.) כָּל הָאוֹחֵז בָּאַמָּה וּמַשְׁתִּין כְּאִילּוּ מֵבִיא מַבּוּל לָעוֹלָם וּמַפְלִיג הָתָם כָּאן בְּבָחוּר כָּאן בְּנָשׂוּי בְּנָשׂוּי שָׁרֵי אע"פ שֶׁאֵין אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ וע"כ הַהִיא דִּכְתֻובּוֹת אַייְרֵי בְּבָחוּר מִדְּקָתָנֵי מִי שֶׁהָיָה טִבְחוֹ טְבוֹחַ וּמֵת אָבִיו שֶׁל חָתָן אוֹ אִמָּהּ שֶׁל כַּלָּה וְכוּ' עַד וְדַוְוקָא אָבִיו שֶׁל חָתָן אוֹ אִמָּהּ שֶׁל כַּלָּה דְּלֵיכָּא אִינִישׁ דְּטָרְחִי וּמִזֶּה מוֹכִיחַ ר"י הָתָם דְּאַיְירֵי בְּמִי שֶׁאֵין לוֹ בָּנִים וְלֹא נָשָׂא מֵעוֹלָם שֶׁהוּא בּוֹשׁ לִטְרֹוחַ בְּעַצְמוֹ צָורְכֵי חֻופָּתוֹ אֲבָל אַלְמָן אִיהוּ גּוּפֵיהּ מָצֵי טָרַח וְאַהַהִיא קָתָנֵי וְכֵן מִי שֶׁפֵּירְסָה אִשְׁתּוֹ נִדָּה וְלֹא בָּעַל הוּא יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים וְכוּ' וְיָכוְלֵנִי לְפָרֵשׁ וְלֹא בָּעַל דְּקָאָמַר הַיְינוּ לֹא בָּעַל מֵעוֹלָם אֲבָל אַלְמָן אע"פ שֶׁעַכְשָׁיו אֵין לוֹ אִשָּׁה כֵּיוָן דִּכְבָר הָיָה לוֹ אִשָּׁה אִשְׁתּוֹ יְשֵׁינָה עִמּוֹ בַּחֶדֶר וְכָל שֶׁכֵּן רַבָּנָן דְּהָכָא שֶׁאֲפִילּוּ עַכְשָׁיו הָיָה לָהֶם נָשִׁים אֶלָּא שֶׁלֹּא הָיוּ בְּכָאן בָּעִיר וַאֲפִילּוּ אִם תִּמְצָא לוֹמַר דְּאַלְמָן כְּמוֹ כֵן אָסוּר מִכָּל מָקוֹם הָכָא שָׁרִי כֵּיוָן שֶׁהָיָה לָהֶם נָשִׁים בְּבֵיתָם וְלָא תַּקִּיף יִצְרַיְיהוּ כֻּולֵּי הַאי וְאַדְּרַבָּה טְפֵי הֲוָה נִיחָא לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י כִּי לְפֵירוּשׁ ר"י קָשֶׁה הַלָּשׁוֹן דְּקָאָמַר יִחוּדֵי הָווּ מְיַחֲדִי דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְיִיחוּדֵי בְּעָלְמָא כְּלוֹמַר הָיוּ מוֹדִיעִים לָהֶם שֶׁלֹּא הָיוּ רוֹצִים אֶלָּא לְיִיחוּד בְּעָלְמָא מִיהוּ מָצֵינַן לְמֵימַר דִּלְהָכִי נְקַט הַאי לִישָּׁנָא יִחוּדֵי בְּעָלְמָא הָווּ מְייַחֲדִי לְהוּ מִשּׁוּם דַּאֲתָא לְשַׁנּוֹיֵי מַה שֶׁהִקְשָׁה לֹא יִשָּׂא אָדָם אִשָּׁה בִּמְדִינָה זוֹ כו' וּלְהָכִי קָאָמַר יִחוּדֵי בְּעָלְמָא כו' וְלֹא הָיוּ בָּאִים עֲלֵיהֶן כְּלָל מִדְּלָא הָיוּ מְבִיאִים הַנָּשִׁים עִמָּהֶם לְעִירָם אַלְמָא לֹא הָיוּ בָּאִים עֲלֵיהֶם אֶלָּא יִחוּדֵי הָווּ מְיַיחֲדִי לְיַתּוֹבֵי יִצְרַייְהוּ שֶׁאִם הָיוּ רוֹצִים הָיוּ בָּאִים עֲלֵיהֶן וְאִם הָיוּ בָּאִים עֲלֵיהֶם הָיוּ מְבִיאִים אוֹתָן לְעִירָם וְהַשְׁתָּא אע"פ שֶׁחִילַּקְתִּי בֵּין בָּחוּר לְנָשׂוּי גַּבֵּי פֵּירְסָה נִדָּה אֵין לִי לִלְמֹוד מִכָּאן דָּמֵי שֶׁמֵּת לוֹ מֵת בָּרֶגֶל דְּאִשְׁתּוֹ יְשֵׁינָה עִמּוֹ בַּחֶדֶר וְלָא אָמְרִינַן הוּא. יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים כו' וְנֵימָא דְּהָא דְּאָסְרִינַן הָתָם בַּאֲבֵילוּת שֶׁבְּתוֹךְ יְמֵי הַחֻופָּה לִישֹׁן עִמּוֹ בַּחֶדֶר הַייְנוּ בְּבָחוּר וַדַּאי אֵין לְחַלֵּק כָּךְ דְּהָא אָסְרִינַן הָתָם אֲפִילּוּ בְּשֶׁכְּבָר בָּעַל וְכֵיוָן דִּכְבָר בָּעַל פַּעַם אַחַת מַה לִי נָשׂוּי מַה לִי בָּחוּר אֲבָל בְּפֵירְסָה נִדָּה מוּקֵי לָהּ דַּווְקָא בְּשֶׁלֹּא בָּעַל כִּי שָׁמַעְתִּי בְּשֵׁם מוֹרִי ה"ר יְחִיאֵל מפרי"ש זצ"ל כֵּיוָן דִּדְבָרִים שֶׁל צִינְעָא נוֹהֵג בָּרֶגֶל וְאָסוּר בְּתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה כָּל יְמֵי הָרֶגֶל הוּא יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים וְכוּ' וּרְאָיָיתוֹ מֵהַהִיא דִּכְתֻובּוֹת דְּמַסִּיק טַעְמָא מִשּׁוּם דַּאֲבֵילוּת אַקִּילוּ בֵּיהּ רַבָּנָן וּלְהָכִי קִילָא לֵיהּ וְאָתֵי לְזִלְזוּלֵי בֵּיהּ אַמְּטוּ לְהָכִי יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים וא"כ בָּרֶגֶל נָמֵי כֵּיוָן דְּאַקִּילוּ בֵּיהּ כִּי הָתָם הוּא יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים אֲבָל בִּיסוֹדוֹ שֶׁל רַבִּי' אַבְרָהָם ב"ר דָּוִד זצ"ל מָצָאתִי בְּסֵפֶר בַּעֲלֵי הַנֶּפֶשׁ [שַׁעַר הַפְּרִישָׁה] שֶׁכָּתַב לְהֶיתֵּר וְזֶה לְשׁוֹנוֹ וְלִי נִרְאֶה אִי מִתְרַמֵּי לְאִינִישׁ אֲבֵילוּת בָּרֶגֶל שֶׁאֵין צָרִיךְ לִישֹׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים אע"ג דְּקִילָא לֵיהּ דְּלָא חָל עָלֶיהָ אֲבֵילוּת מִשּׁוּם דְּשִׁבְעַת יְמֵי הַמִּשְׁתֶּה אִית בְּהוּ מִשּׁוּם אַפּוֹשֵׁי שִׂמְחָה לְשׁוֹשְׁבִינָיו וּלְכָל בְּנֵי הַחֻופָּה אֲבָל שִׂמְחַת הָרֶגֶל דְּלֵית בְּהוּ כִּי הַאי גַווְנָא לָא דְּהָא גַּבֵּי שַׁבָּת לָא אַשְׁכְּחַן מַאן דְּאָמַר דְּהוּא יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים אע"ג דְּלָא נָהֲגָא בֵּיהּ אֲבֵילוּת עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ וּקְצָת קָשֶׁה לִי א"כ כִּי פָּרֵיךְ הָתָם מֵאֲבֵילוּת דְּחָתָן לַאֲבֵילוּת דְּעָלְמָא וּמְשַׁנֵּי רַב אַשִּׁי מִי קָא מְדַמֵּית אֲבֵילוּת דְּהָכָא לַאֲבֵילוּת דְּעָלְמָא אֲבֵילוּת דְּהָכָא אַקִּילוּ בֵּיהּ רַבָּנָן פֵּירוּשׁ וּלְהָכִי הוּא יָשֵׁן בֵּין הָאֲנָשִׁים אַף עַל גַּב דִּכְבָר בָּעַל הֲוָה מָצֵי לְמִיפְלַג בֵּין אֲבֵילוּת דְּהָכָא לִדְעָלְמָא מִשּׁוּם דְּחֻופָּה אִית בָּהּ אַפּוֹשֵׁי שִׂמְחָה מִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר דַּעֲדִיפָא מִינָּהּ קָא מְשַׁנֵּי:
'Ils se contentaient de s'isoler avec elles (yihoud seul)' -- Rachi a expliqué : ils ne venaient pas sur elles (pas de rapport), mais s'isolaient avec elles, et rien de plus. Le Ri (Rabbenou Yitzhak) a objecté : s'il en est ainsi, puisqu'il leur est interdit de venir sur elle, quel 'pain dans le panier' y a-t-il ? -- On peut toutefois répondre : puisque (le rapport) est permis après sept jours, on l'appelle 'pain dans le panier'. Ils ont encore objecté : comment leur était-il permis de s'isoler avec elles ? N'a-t-on pas dit au premier chapitre de Ketoubot (4a) : celui dont l'épouse a eu ses règles (est devenue nidda) et qui n'a pas encore consommé -- lui dort parmi les hommes et son épouse dort parmi les femmes ! C'est pourquoi le Ri a expliqué : lorsqu'ils disaient 'qui sera pour le jour', ils ne disaient pas 'qui sera pour le jour pour avoir un rapport', mais seulement pour s'isoler avec elle (yihoud simple) ; et puisqu'ils le leur disaient ainsi, seulement pour s'isoler avec elles, elles ne voyaient pas de sang par désir (himoud). Et il me semble que l'objection tirée de Ketoubot n'en est pas une, car ce qui y est dit ne vaut que pour un jeune homme (bahur) qui ne s'est jamais marié, dont le penchant le domine davantage, comme il ressort du chapitre Kol ha-Yad (Nidda 13a) : 'quiconque tient son membre et urine, c'est comme s'il amenait le déluge sur le monde' ; et l'on y distingue : ici pour un jeune homme, là pour un homme marié -- pour un marié c'est permis, bien que sa femme ne soit pas avec lui. Et forcément, ce passage de Ketoubot traite d'un jeune homme, puisqu'il enseigne : 'celui dont l'animal était déjà abattu et dont le père du marié ou la mère de la mariée est mort, etc.', jusqu'à 'et précisément le père du marié ou la mère de la mariée, car il n'y a personne d'autre pour s'affairer (aux préparatifs)' -- et de là le Ri prouve là-bas qu'il s'agit de quelqu'un qui n'a pas d'enfants et ne s'est jamais marié, qui a honte de s'affairer lui-même aux besoins de ses noces ; mais un veuf, lui-même peut s'affairer. Et c'est à ce sujet qu'on enseigne : 'de même, celui dont l'épouse a eu ses règles et qui n'a pas consommé, il dort parmi les hommes, etc.' Et je puis expliquer : 've-lo baal' (qu'il n'a pas consommé) qu'il dit signifie 'qui n'a jamais consommé' ; mais un veuf, bien qu'à présent il n'ait pas de femme, puisqu'il a déjà eu une femme -- sa (nouvelle) épouse dort avec lui dans la chambre. À plus forte raison les Sages d'ici, qui même à présent avaient des femmes, mais qui ne se trouvaient pas là, dans leur ville. Et même si tu dis qu'un veuf est pareillement interdit, quoi qu'il en soit ici c'est permis, puisqu'ils avaient des femmes chez eux et que leur penchant ne les dominait pas à ce point. Au contraire, cela convient mieux à l'explication de Rachi ; car selon l'explication du Ri, la formule pose difficulté, puisqu'il dit 'yihoudi hava meyahadei' (ils s'isolaient) alors qu'il aurait dû dire 'le-yihoudi be'alma' (seulement pour s'isoler), c'est-à-dire : ils les informaient qu'ils ne voulaient qu'un simple yihoud. On peut toutefois dire que s'il emploie cette formule 'yihoudi be'alma hava meyahadei lehou', c'est parce qu'il vient répondre à l'objection 'qu'un homme n'épouse pas une femme dans ce pays-ci, etc.' ; c'est pourquoi il dit 'yihoudi be'alma, etc.' : ils ne venaient pas du tout sur elles, puisqu'ils n'amenaient pas les femmes avec eux dans leur ville -- preuve qu'ils ne venaient pas sur elles, mais s'isolaient seulement pour apaiser leur penchant ; car s'ils avaient voulu, ils seraient venus sur elles, et s'ils étaient venus sur elles, ils les auraient amenées dans leur ville. Et maintenant, bien que j'aie distingué entre jeune homme et marié à propos de 'celle qui a eu ses règles', je ne dois pas en apprendre que celui à qui un mort survient pendant la fête (regel), son épouse dort avec lui dans la chambre et qu'on ne dit pas 'il dort parmi les hommes, etc.' ; et dire que ce qu'on interdit là-bas -- dormir avec elle dans la chambre, dans le deuil qui survient durant les jours des noces -- ne vaudrait que pour un jeune homme : certainement on ne peut distinguer ainsi, car on interdit là-bas même pour celui qui a déjà consommé ; et puisqu'il a déjà consommé une fois, que m'importe marié ou jeune homme ? Mais pour 'celle qui a eu ses règles', on l'établit précisément pour celui qui n'a pas encore consommé. Car j'ai entendu au nom de mon maître Rabbi Yehiel de Paris (que son souvenir soit béni) : puisque les choses privées (divrei tzin'a) sont observées durant la fête, et qu'il est interdit d'user du lit tous les jours de la fête, il dort parmi les hommes, etc. Et sa preuve vient de ce passage de Ketoubot qui conclut que la raison est que 'les Sages ont allégé pour lui le deuil', et c'est pourquoi cela lui est léger et il en viendrait à se relâcher ; c'est pour cela qu'il dort parmi les hommes. Et s'il en est ainsi, durant la fête aussi, puisqu'on a allégé pour lui comme la-bas, il dort parmi les hommes. Mais dans le fondement (yessod) de Rabbenou Avraham fils de Rabbi David (que son souvenir soit béni), j'ai trouvé dans le livre Baalei ha-Nefech (Chaar ha-Pericha) qu'il écrit pour permettre, et voici ses termes : 'Et il me semble que s'il survient à quelqu'un un deuil durant la fête, il n'a pas besoin de dormir parmi les hommes, bien que cela lui soit léger et que le deuil ne pèse pas sur lui -- parce que les sept jours des noces (michte) comportent un accroissement de joie pour ses compagnons (chouchvinin) et pour tous les gens des noces ; mais la joie de la fête, qui ne comporte pas cela, non -- car à propos du Chabbat aussi, nous ne trouvons personne qui dise qu'il dort parmi les hommes, bien que le deuil ne s'y observe pas', fin de citation. Et cela m'est un peu difficile : s'il en est ainsi, lorsqu'on objecte là-bas du deuil du marié au deuil ordinaire, et que Rav Achi répond : 'compares-tu le deuil d'ici au deuil ordinaire ? Le deuil d'ici, les Sages l'ont allégé' -- c'est-à-dire, c'est pourquoi il dort parmi les hommes bien qu'il ait déjà consommé -- il aurait pu distinguer entre le deuil d'ici et le deuil ordinaire du fait que les noces comportent un accroissement de joie. On peut toutefois dire qu'il répond par une réponse plus forte que celle-là.
💡 Explication

Réponse alternative (ve-i bait eima). Rav et Rav Nahman ne consommaient pas le mariage : ils pratiquaient un simple yihoud (isolement avec la femme). Sans perspective de rapport, pas de dam himoud : l'objection tombe.

La raison profonde tient dans le proverbe : celui qui a du pain dans son panier n'éprouve pas la faim comme celui qui n'en a pas. Le seul fait de disposer d'une épouse -- même sans union -- apaise le penchant. Les Tossefot débattront longuement de la cohérence de cette lecture.

6
מַתְנִי׳ מְסָרוּהוּ זִקְנֵי בֵּית דִּין לְזִקְנֵי כְהֻונָּה וְהֶעֱלוּהוּ בֵּית אַבְטִינָס, וְהִשְׁבִּיעוּהוּ, וְנִפְטְרוּ וְהָלְכוּ לָהֶם. וְאָמְרוּ לוֹ: אִישִׁי כֹּהֵן גָּדוֹל! אָנוּ שְׁלוּחֵי בֵּית דִּין, וְאַתָּה שְׁלוּחֵנוּ וּשְׁלִיחַ בֵּית דִּין. מַשְׁבִּיעִין אָנוּ עָלֶיךָ בְּמִי שֶׁשִּׁכֵּן שְׁמוֹ בַּבַּיִת הַזֶּה שֶׁלֹּא תְּשַׁנֶּה דָּבָר מִכָּל מַה שֶּׁאָמַרְנוּ לָךְ. הוּא פּוֹרֵשׁ וּבוֹכֶה, וְהֵן פּוֹרְשִׁין וּבוֹכִין.

MICHNA. Les anciens du beth din le remirent (le Kohen Gadol) aux anciens de la kehouna (le sacerdoce), et le firent monter à la Chambre d'Avtinas ; ils lui firent prêter serment, prirent congé et s'en allèrent.

Ils lui dirent : 'Ichi (Monseigneur), Kohen Gadol ! Nous sommes les envoyés du beth din, et toi, tu es notre envoyé et l'envoyé du beth din.

Nous t'adjurons par Celui qui a fait résider Son Nom dans cette Maison, que tu ne changes rien de tout ce que nous t'avons dit.' Lui se retire et pleure, et eux se retirent et pleurent.

📜 Rachi (6)
מַתְנִי' מְסָרוּהוּ זִקְנֵי בֵית דִּין שֶׁקָּרְאוּ לְפָנָיו בְּסֵדֶר הַיּוֹם:
MICHNA, les anciens du beth din le remirent : eux qui avaient lu devant lui l'ordre du jour (seder ha-yom).
לְזִקְנֵי כְּהֻונָּה לְלַמְּדוֹ חֲפִינַת הַקְּטֹורֶת הַמֻּוטֶּלֶת עָלָיו בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא ט״ז:י״ב) וּמְלֹא חָפְנָיו קְטֹורֶת סַמִּים וְגוֹ' וַעֲבוֹדָה קָשָׁה הִיא כְּדִלְקַמָּן (יוֹמָא דַּף מז:):
Aux anciens de la kehouna : pour lui enseigner la chafina (l'action de prendre à pleines mains) du ketoret qui lui incombe le jour de Kippour, ainsi qu'il est dit 'et il remplira ses deux mains d'encens aromatique, etc.' (Lev 16,12) ; c'est un service difficile, comme (expliqué) plus loin (Yoma 47b).
בֵּית אַבְטִינָס הָיוּ עוֹשִׂין אֶת הַקְּטֹרֶת כּוֹתְשִׁין אוֹתוֹ וּמְעָרְבִין סַמְמָנֵי':
La Chambre d'Avtinas : où l'on confectionnait le ketoret -- on le pilait et on mélangeait les aromates.
וְהִשְׁבִּיעוּהוּ שֶׁלֹּא יְהֵא צָדוֹקִי לְתַקֵּן מִבַּחוּץ וּלְהַכְנִיס בִּפְנִים כִּדְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף יט:):
Et ils lui firent prêter serment : qu'il ne soit pas un Tzeduki (Sadducéen) préparant (l'encens) au-dehors pour l'introduire (déjà fumant) à l'intérieur, comme nous le disons dans la guemara (plus loin, 19b).
אִישִׁי אֲדוֹנִי:
Ichi : Monseigneur (mon maître).
הוּא פּוֹרֵשׁ וּבוֹכֶה מְפָרֵשׁ בַּגְּמָ' (שָׁם):
Lui se retire et pleure : expliqué dans la guemara (ibid.).
💡 Explication

Début de la seconde michna : la préparation du Kohen Gadol la veille de Kippour. Les anciens du tribunal le confient aux anciens des kohanim, qui le montent à la Chambre d'Avtinas (l'atelier de l'encens) et lui font prêter serment.

Le Kohen Gadol est désigné comme un chalia'h (envoyé) du beth din. Le serment vise la controverse avec les Sadducéens (Tzedoukim) sur la manière d'offrir le ketoret à l'intérieur du Saint des Saints (développée en 19b). D'où les larmes : lui, d'être soupçonné ; eux, d'avoir dû le soupçonner.

7
אִם (הוּא) הָיָה חָכָם — דּוֹרֵשׁ, וְאִם לָאו — תַּלְמִידֵי חֲכָמִים דּוֹרְשִׁים לְפָנָיו. וְאִם רָגִיל לִקְרוֹת — קוֹרֵא, וְאִם לָאו — קוֹרִין לְפָנָיו. וּבְמַה קוֹרִין לְפָנָיו: בְּאִיּוֹב וּבְעֶזְרָא וּבְדִבְרֵי הַיָּמִים. זְכַרְיָה בֶּן קְבוּטָל אוֹמֵר: פְּעָמִים הַרְבֵּה קָרִיתִי לְפָנָיו בְּדָנִיֵּאל.

S'il était savant ('hakham), il expose (dorech) ; sinon, des talmidei hakhamim exposent devant lui. Et s'il avait coutume de lire (l'Écriture), il lit ; sinon, on lit devant lui.

Et dans quoi lit-on devant lui ? Dans Job (Iyov), dans Ezra et dans les Chroniques (Divrei ha-Yamim).

Zekharia ben Kevoutal dit : bien des fois j'ai lu devant lui dans Daniel.

📜 Rachi (3)
אִם הָיָה חָכָם דּוֹרֵשׁ בִּדְבַר הֲלָכָה כָּל לֵיל יוה"כ שֶׁלֹּא יִישַׁן וְיִרְאֶה קֶרִי:
S'il était savant, il expose : une matière de halakha toute la nuit de Kippour, afin qu'il ne dorme pas et ne voie pas de keri.
וְאִם לָאו חָכָם הוּא וְיוֹדֵעַ לְהָבִין וְלִשְׁמֹועַ דְּבַר הֲלָכָה וְאֵינוֹ יוֹדֵעַ לִדְרֹושׁ דּוֹרְשִׁין לְפָנָיו:
Sinon : (s'il n'est pas savant au point d'exposer) -- il est (assez) savant pour comprendre et écouter une matière de halakha, mais ne sait pas exposer ; (alors) on expose devant lui.
בְּאִיּוֹב וּבְעֶזְרָא וְכוּ' שֶׁהֵן דְּבָרִים מַמְשִׁיכִין אֶת הַלֵּב לְשׁוֹמְעָן וְאֵין שֵׁינָה חוֹטַפְתּוֹ:
Dans Job, dans Ezra, etc. : car ce sont des textes qui attirent le cœur à les écouter, et le sommeil ne le saisit pas.
💡 Explication

Comment on tient éveillé le Kohen Gadol toute la nuit de Kippour, afin qu'il ne s'endorme pas et ne vienne au keri (ce qui l'invaliderait pour le service). On adapte au niveau de l'homme : s'il est savant, il enseigne lui-même la halakha ; sinon, on enseigne ou on lit devant lui.

Le choix des livres n'est pas anodin : Job, Ezra, les Chroniques -- et Daniel selon Zekharia ben Kevoutal -- sont des récits captivants qui retiennent l'attention et empêchent le sommeil de le saisir.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).