Sougya : Le daf déploie la GÉOGRAPHIE de l'azara pour résoudre une question posée par Rav Papa : le KOHEN GADOL avait DEUX chambres -- la PARHEDRIN (où il dormait) et BEIT AVTINAS (où on lui enseignait la CHAFINA, la prise de l'encens à pleines mains) -- l'une au nord, l'autre au sud. La Guemara passe en revue les SIX CHAMBRES (sud : Sel, Parva, Rinceurs ; nord : Bois, Exil, Pierre Taillée, où siège le Sanhédrin qui juge l'aptitude des kohanim) et les SEPT PORTES (dont Nicanor à l'est, la porte de l'Eau au sud).
Une baraita sur les CINQ IMMERSIONS du KG à Kippour prouve qu'il a bien une chambre au sud. Reste à savoir laquelle : on croit d'abord la PARHEDRIN au sud (moins de trajets, près du bain), mais la Guemara RENVERSE -- on l'accable à dessein (pour qu'un SADDUCÉEN se retire, et pour prévenir l'ORGUEIL) -- si bien qu'AUCUNE preuve ne subsiste sur l'emplacement.
Le daf s'achève en revenant à la Michna ('tu es notre délégué'), qui semble contredire RAV HOUNA b. RAV YEHOCHOUA : les kohanim sont-ils les délégués de D.ieu.
(chlouhei de-Rahmana) ou du peuple (chlouhei didan) ? Commentaires : Rachi et Tossefot.
GUEMARA. Un Tana a enseigné : [on le conduit à Beit Avtinas] pour lui apprendre la chafina (la prise de l'encens à pleines mains).
Rav Papa dit : le Kohen Gadol disposait de deux chambres (lechakot), l'une la chambre Parhedrin et l'autre la chambre de Beit Avtinas ; l'une au nord, l'autre au sud. L'une au nord, comme nous l'avons appris [dans Middot] : il y avait six chambres dans l'azara (le parvis), trois au nord et trois au sud,
Après la Michna (qui décrivait la mise à part du KG), la Guemara identifie les lieux. Rav Papa pose que le Grand Prêtre avait deux chambres : la Parhedrin (où il dormait durant les sept jours) et la Beit Avtinas (où on lui enseignait la chafina, geste délicat consistant à prendre l'encens à pleines mains). L'une au nord, l'autre au sud. Pour le prouver, la Guemara cite la Michna de Middot sur les six chambres du parvis.
celles du sud : la chambre du Sel (melah), la chambre de Parva, la chambre des Rinceurs (medihin). La chambre du Sel -- où l'on entreposait le sel destiné aux sacrifices ; la chambre de Parva -- où l'on salait les peaux des offrandes consacrées, et sur son toit se trouvait le lieu d'immersion du Kohen Gadol pour Yom Kippour ; la chambre des Rinceurs -- où l'on rinçait les entrailles (karvayim) des offrandes.
De là, un escalier en colimaçon (mesiba) montait vers le toit de la chambre de Parva.
Les trois du nord : la chambre du Bois (etz), la chambre de l'Exil (gola), la chambre de la Pierre Taillée (gazit). À propos de la chambre du Bois, Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : j'ai oublié à quoi elle servait.
Abba Chaoul dit : c'était la chambre du Kohen Gadol, située derrière les deux [autres], et le toit des trois était de même niveau.
La chambre de l'Exil -- la se trouvait le puits de l'Exil (bor ha-gola), surmonté d'une roue (galgal) [pour puiser], et de là on approvisionnait en eau tout le parvis. La chambre de la Pierre Taillée -- là siégeait le Sanhédrin d'Israël, qui jugeait [de l'aptitude] des kohanim : celui en qui l'on trouvait un défaut (passoul) revêtait des habits noirs, s'enveloppait de noir, sortait et s'en allait ; et celui en qui l'on ne trouvait aucun défaut revêtait des habits blancs, s'enveloppait de blanc, entrait et servait avec ses frères kohanim.
La chambre de la Pierre Taillée (lichkat ha-gazit) était le siège du grand Sanhédrin, qui vérifiait la généalogie et l'intégrité physique des kohanim. Le rituel du noir (disqualifié, il se retire dans le deuil) et du blanc (apte, il entre servir dans la joie) rend visible et public le verdict sur l'aptitude au service.
[Preuve qu'il avait aussi] une chambre au sud, comme nous l'avons appris : il y avait sept portes (chearim) dans l'azara, trois au nord, trois au sud et une à l'est. Celles du sud : la porte de l'Embrasement (hadlaka) ; à sa suite la porte de l'Offrande (korban) ; en troisième la porte de l'Eau (mayim).
Celle de l'est : la porte de Nicanor ; et il y avait là deux chambres, l'une à sa droite et l'autre à sa gauche : l'une la chambre de Pinhas l'habilleur (ha-malbich, où l'on gardait les vêtements sacerdotaux), l'autre la chambre des préparateurs des chavitin (les gâteaux-à-la-poêle du Kohen Gadol).
Celles du nord : la porte de l'Étincelle (nitzotz) -- c'était une construction en portique (akhsadra), surmontée d'un étage, où des kohanim montaient la garde en haut et des lévites en bas ; en deçà se trouvait le hel (le rempart). À sa suite la porte de l'Offrande, en troisième la porte de Beit ha-Moked (la salle du Foyer).
Et l'on a enseigné [dans une baraita] : cinq immersions (tevilot) et dix sanctifications (kiddouchin) [des mains et des pieds] le Kohen Gadol accomplit en ce jour [de Kippour], et toutes en lieu saint, sur le toit de la chambre de Parva -- hormis celle-ci [la première], qui se faisait en lieu profane (hol), sur le toit de la porte de l'Eau ; et [cette porte] était à côté de sa chambre.
Cette baraita fournit l'indice décisif : la première des cinq immersions du KG à Kippour se fait en zone profane (hol), sur le toit de la porte de l'Eau, et celle-ci est à côté de sa chambre. Puisque la porte de l'Eau est au sud, le KG possède donc bien une chambre au sud -- ce qui confirme qu'il en a une au nord et une au sud.
Or nous ne savons pas si la chambre Parhedrin était au nord et la chambre de Beit Avtinas au sud, ou si la chambre de Beit Avtinas était au nord et la chambre Parhedrin au sud. Et il est raisonnable [de dire] que la chambre Parhedrin était au sud.
Quelle en est la raison ? Il se lève tôt, fait ses besoins (mesikh et raglav) et s'immerge [près de sa chambre au sud], puis il monte au nord et achève [d'apprendre] la chafina, vient au Temple et accomplit le service toute la journée.
Vers le soir on asperge sur lui [les eaux lustrales], puis il retourne au sud, s'immerge et se repose.
La logique du 'moins de trajets' : si la chambre-dortoir (Parhedrin) est au sud, près du bain, le KG s'immerge au sud le matin, monte au nord pour la chafina, sert au Temple, puis redescend au sud pour l'immersion du soir et y dort -- sans avoir à remonter au nord une dernière fois.
Car si tu dis que la chambre Parhedrin était au nord : il se lève tôt, fait ses besoins, monte au sud et s'immerge, achève la chafina, vient au Temple et accomplit le service toute la journée ; vers le soir on asperge sur lui, puis il retourne au sud et s'immerge -- et il devrait ensuite repartir au nord pour se reposer. Or lui imposerait-on tant de peine ?
Pourquoi pas ? On lui impose au contraire davantage de peine : car s'il est un Sadducéen (tzedoki), qu'il se retire !
Renversement : loin d'être un problème, la peine supplémentaire est voulue. Si le Grand Prêtre est un Sadducéen (tzedoki, qui rejette la tradition orale) et ne craint pas le Ciel, il refusera d'endurer les allers-retours et se retirera de lui-même -- résultat souhaitable, car les Sadducéens altéraient le service de Kippour.
Ou bien [même s'il est intègre, on l'accable] afin que son esprit ne s'enfle pas d'orgueil. Car si tu ne dis pas ainsi [qu'on le charge à dessein], qu'on lui fasse les deux chambres l'une à côté de l'autre ; ou bien, qu'une seule lui suffise !
Deuxième motif de la peine délibérée : éviter l'orgueil (que 'son esprit ne s'enfle pas'). La preuve que la peine est intentionnelle : sinon, on aurait bâti les deux chambres côté à côté, ou l'on se serait contenté d'une seule. Donc leur éloignement est voulu -- et il n'y a plus aucune preuve de l'emplacement respectif des deux chambres.
« Et ils lui disaient : Sire Kohen Gadol... » etc. Disons que ceci réfute Rav Houna fils de Rav Yehochoua !
Car Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : ces kohanim sont les délégués du Miséricordieux (chlouhei de-Rahmana) ; car si tu dis qu'ils sont nos délégués (chlouhei didan)...
Retour à la Michna : les anciens disent au KG 'tu es notre délégué et celui du beit din'. Cela semble réfuter Rav Houna b. Rav Yehochoua, pour qui les kohanim sont les délégués de D.ieu. (chlouhei de-Rahmana) et non du peuple. La nafka mina : celui qui s'interdit par vœu tout profit d'un kohen peut néanmoins lui faire offrir ses sacrifices -- car le kohen n'agit pas comme son mandataire. La résolution suit au verso (Yoma 19b).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).