Sougya : Le daf achève d'abord la sougya sur le statut du Cohen Gadol : n'étant pas notre mandataire (chelia'h didan) mais celui du Ciel, la formule où les Anciens le disent leur mandataire ne concerne que le serment, prêté selon l'intention du beit din. Ce serment vise à l'empêcher d'opérer comme les Sadducéens, qui allumaient la ketoret au-dehors et n'entraient qu'avec le nuage déjà formé (lecture de ki be-anan era'é al ha-kaporet), contre la halakha qui exige de ne la poser sur le feu qu'à l'intérieur du Saint des Saints.
La Tossefta raconte le Sadducéen qui l'osa et fut châtié (vers sortant du nez, ou frappé par un ange marquant un pied de veau entre ses épaules). Une digression, partie du geste de Rav corrigeant un nom pendant le Chema, fixe les règles d'interruption : geste interdit au premier paragraphe (kavana) mais permis au second ; ve-dibarta bam autorise d'interrompre pour un propos de Torah important, non pour la Amida ni pour des propos futiles.
Le daf revient enfin à la michna : comment on empêchait le Cohen Gadol de dormir la nuit de Kippour (doigt tsereda, kidda, chants à cappella, veille des notables de Jérusalem), en souvenir de quoi on veillait aussi en province -- veille qui, a Nehardea, menait à la faute, au point qu'Eliyahou en fait un motif du retard du Machia'h.
Existe-t-il une chose que nous, nous ne pouvons pas accomplir, et que nos envoyés (chelou'hei didan), eux, pourraient accomplir ? (Le mandataire n'agit qu'au nom de son mandant : il ne peut donc faire ce que le mandant lui-même ne peut faire.
Or l'Israélite ne peut entrer dans la azara ni y officier ; les cohanim ne seraient donc pas nos mandataires mais ceux du Ciel -- ce qui semble contredire la michna où les Anciens disent au Cohen Gadol : nous sommes tes mandataires.) Voici ce qu'ils lui disent en réalité : nous te faisons prêter serment selon notre intention et selon l'intention du beit din.
Fin de la sougya sur le statut du Cohen Gadol. Un chalia'h (mandataire) ne peut accomplir que ce que son mandant pourrait faire ; comme l'Israélite ne peut ni entrer dans la azara ni officier, le cohen n'est pas chelia'h didan (notre mandataire) mais chelia'h de-Ra'hmana (mandataire du Ciel).
La michna qui fait dire aux Anciens tu es notre mandataire ne parle donc pas du service, mais du serment : on lui fait jurer selon l'intention du beit din, pour qu'il ne puisse ruser en jurant selon une interprétation personnelle.
« Il se retire et pleure, et eux se retirent et pleurent, etc. » Lui se retire et pleure -- parce qu'ils l'ont soupçonné d'être sadducéen ; et eux se retirent et pleurent -- car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : quiconque soupçonne des gens intègres (kecherim) est frappé dans son corps.
Après le serment, la séparation est douloureuse des deux côtés. Le Cohen Gadol pleure de l'affront du soupçon ; les Anciens pleurent d'avoir dû le soupçonner, car celui qui soupçonne les intègres est frappé dans son corps (R. Yehochoua ben Levi) -- le Cohen Gadol pouvait fort bien être irréprochable.
Et pourquoi tout cela ? Pour qu'il ne prépare pas (la ketoret) au-dehors et ne l'introduise (déjà allumée), à la manière dont les Sadducéens agissent.
La raison du serment : empêcher le Cohen Gadol, seul et invisible dans le Heikhal, d'opérer selon la lecture sadducéenne -- allumer la ketoret au-dehors et n'entrer qu'avec le nuage déjà formé (voir le schéma de synthèse).
Nos maîtres ont enseigné (Tossefta) : il arriva qu'un certain Sadducéen prépara (la ketoret) au-dehors puis l'introduisit. À sa sortie, il se réjouissait d'une grande joie.
Son père le rencontra et lui dit : mon fils, bien que nous soyons Sadducéens, nous craignons les Pharisiens. Il lui répondit : toute ma vie j'ai été tourmenté par ce verset, car c'est dans le nuage que J'apparaîtrai sur le kaporet -- je me disais : quand cela viendra-t-il entre mes mains pour que je l'accomplisse ?
Maintenant que cela m'échoit -- je ne l'accomplirais pas ?!
Récit de la Tossefta : un Sadducéen parvenu à la fonction opère selon sa doctrine. Son propre père avoue que les Sadducéens, par crainte des Pharisiens, n'appliquaient pas cette lecture en pratique -- mais le fils, obsédé par le verset, saisit l'occasion. La suite (segment 4) en donne le châtiment.
Ils dirent : il ne se passa que peu de jours avant qu'il ne mourût et ne fût jeté à la décharge (achpa), et des vers sortaient de son nez. Et certains disent : à sa sortie il fut frappé, car Rabbi Hiya a enseigné : une sorte de voix fut entendue dans la azara -- un ange était venu et l'avait frappé au visage.
Ses frères les cohanim entrèrent et trouvèrent comme l'empreinte d'un pied de veau entre ses épaules, ainsi qu'il est dit (Ez 1,7) : et leurs pieds étaient un pied droit, et la plante de leurs pieds comme la plante d'un pied de veau.
Le châtiment du Sadducéen. Deux versions : soit il meurt peu après, jeté à la décharge, des vers sortant du nez ; soit il est frappé dès sa sortie par un ange, qui laisse l'empreinte d'un pied de veau entre ses épaules -- signe reconnaissable au verset d'Ezechiel sur les 'hayot (êtres célestes) au pied de veau.
« Rabbi Zekharia ben Kevoutal a dit, etc. » Rav 'Hanan bar Rava enseignait à 'Hiya bar Rav, devant Rav : Rabbi Zekharia ben Kefoutal (avec un peh). Et Rav lui fit signe de la main : Kevoutal (avec un beit).
Mais qu'il le dise à voix haute ! (Non :) il était en train de lire le Chema.
Détail transmis au nom de R. Zekharia ben Kevoutal (qui lisait devant le Cohen Gadol, la nuit de Kippour). Rav corrige la prononciation du nom (peh -> beit) par un simple geste et non à voix haute : il récitait alors le Chema. D'où la question du segment suivant sur la licite d'un geste pendant le Chema.
Et une telle chose est-elle permise ? Mais Rabbi Yits'hak bar Chemouel bar Marta n'a-t-il pas dit : celui qui lit le Chema ne doit pas faire de signe des yeux, ni cligner des lèvres, ni montrer du doigt ?
Et il a été enseigné (braita) : Rabbi Elazar 'Hisma dit : celui qui lit le Chema en faisant signe des yeux, en clignant des lèvres et en montrant du doigt -- de lui le verset dit (Is 43,22) : et ce n'est pas Moi que tu as invoqué, Yaakov !
Objection : comment Rav pouvait-il faire un geste pendant le Chema, alors que gesticuler (yeux, lèvres, doigts) pendant le Chema est réprouvé -- le verset d'Isaie le compare à ne pas avoir invoqué Dieu du tout ?
Ce n'est pas difficile : ceci (l'interdiction) vaut pour le premier paragraphe, cela (le geste de Rav) pour le second paragraphe.
Résolution : l'interdit de gesticuler ne vaut que pour le premier paragraphe du Chema, qui requiert la kavana (concentration) ; au second paragraphe, un geste porteur d'un message significatif est permis.
Nos maîtres ont enseigné : et tu parleras d'eux (ve-dibarta bam) -- bam (d'eux) et non dans la prière (la Amida). Et tu parleras d'eux -- d'eux tu as le droit de parler, mais non d'autres choses.
Deux derachot du verset ve-dibarta bam (Dt 6,7). Première : on peut s'interrompre pour un propos important pendant le Chema et l'étude, mais pas pendant la Amida, qui ne souffre aucune interruption. Seconde : d'eux (des paroles de Torah) on parle, non d'autres choses (futilités).
Rabbi A'ha dit : et tu parleras d'eux -- fais-en une occupation permanente (keva) et non occasionnelle (arai). Rava dit : celui qui tient des propos futiles (si'hat 'houlin) transgresse un commandement positif (asse), car il est dit et tu parleras d'eux -- d'eux et non d'autres choses.
Rav A'ha bar Yaakov dit : il transgresse même un interdit (lav), car il est dit (Ecc 1,8) : toutes les paroles sont lassantes, nul ne peut les dire.
Suite des derachot : la Torah doit être keva (permanente), non arai (occasionnelle). Le bavardage vain transgresse -- selon Rava un asse (via ve-dibarta bam), selon Rav A'ha bar Yaakov même un lav (via le verset de Qohelet).
MICHNA. S'il cherchait à s'assoupir, les jeunes cohanim (par'hei kehouna) claquaient devant lui du doigt tsereda, et lui disaient : Monseigneur le Cohen Gadol !
Lève-toi et rafraîchis-toi une fois sur le dallage. Et on l'occupait ainsi jusqu'à l'arrivée du moment de l'abattage (du tamid).
Michna : le dispositif pour empêcher le Cohen Gadol de dormir la nuit de Kippour -- claquement du doigt tsereda, injonction à se lever et se rafraîchir sur le dallage, occupations diverses -- jusqu'au zeman che'hita, le moment où l'on peut abattre le tamid du matin (à l'aube).
GUEMARA. Qu'est-ce que le tsereda ?
Rav Yehouda dit : la rivale (tsarah) de celle-ci (da). Laquelle (est celle-ci) ?
Le pouce (godel). Rav Houna en fit la démonstration, et le bruit se propagea dans toute la maison d'étude de Rav.
Étymologie de tsereda : contraction de tsarah de-da, la rivale du pouce -- c'est le majeur. On l'arme contre le pouce, puis on le lâche : il claque sur la paume avec un bruit sec. Rav Houna en fait la démonstration, si sonore qu'elle emplit la maison d'étude.
« Et ils lui disent : Monseigneur le Cohen Gadol, rafraîchis-toi une fois sur le dallage, etc. » Rav Yits'hak dit : (ils lui disaient) une nouveauté (al 'hadat). Laquelle ?
Ils lui disaient : montre-nous la kidda.
On ne se contentait pas de le faire marcher : on lui demandait de montrer la kidda -- une prosternation difficile (pouces plantés au sol, on s'incline jusqu'à embrasser le dallage) dont le Cohen Gadol était expert. L'effort chassait le sommeil.
« Et on l'occupait jusqu'à l'arrivée du moment de l'abattage, etc. » Il a été enseigné : on ne l'occupait ni avec le nevel ni avec le kinor (instruments), mais avec la bouche. Et que disaient-ils ?
Si Hachem ne bâtit la maison, en vain peinent ceux qui la bâtissent (Ps 127,1).
Les occupations restaient a cappella (le nevel et le kinor, instruments, ne se jouent pas un jour de fête). Le verset choisi (Ps 127,1) rappelle au Cohen Gadol que son service doit être le-chem Chamayim (au nom du Ciel) et agréé -- sinon toute sa peine serait vaine.
Les notables de Jérusalem ne dormaient pas de toute la nuit, afin que le Cohen Gadol entende un bruit de rumeur et que le sommeil ne le saisisse pas. Il a été enseigné (braita), Abba Chaoul dit : même dans les provinces (guevoulin) on faisait ainsi, en souvenir du Temple -- sauf qu'ils péchaient.
Toute la ville participe : les notables de Jérusalem veillent pour entretenir une rumeur qui tient le Cohen Gadol éveillé. Abba Chaoul rapporte qu'on veillait aussi en province (loin du Temple), en souvenir de celui-ci -- mais cette veille commune menait à la faute.
Abaye dit -- et certains disent Rav Na'hman bar Yits'hak : explique cela (la faute) de Nehardea. Car Eliyahou dit à Rav Yehouda, frère de Rav Sala 'Hassida : vous dites, pourquoi le Machia'h ne vient-il pas ?
Or aujourd'hui c'est le jour de Kippour, et l'on a eu commerce avec plusieurs jeunes filles (betoulot) à Nehardea ! Il lui dit : et le Saint béni soit-Il, que dit-Il ?
Il lui répondit :
Précision : la faute d'Abba Chaoul se situait à Nehardea. Eliyahou reproche à Rav Yehouda de s'étonner que le Machia'h tarde, alors même qu'à Kippour la veille commune débouchait sur la débauche à Nehardea. Rav Yehouda demande ce que Dieu dit de ces fautes -- la réponse se poursuit au feuillet suivant (20a).
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).