Yoma 20a -- Yom Kippour où le Satan se tait (guematria ha-Satan = 364), puis la michna sur l'heure du prélèvement de la cendre (terumat hadeshen) et le rôle de minuit, qui opère la consomption des membres tombés du bûcher.

Yoma 20a

Sougya : Le daf s'ouvre sur une aggada : au jour de Kippour, l'accusateur (Satan) n'a pas licence d'accuser ; Rami bar H'ama l'ancre dans la guematria de ha-Satan (364), soit les 365 jours de l'année solaire moins le jour de l'expiation, et le Ben Yehoyada y ajoute une lecture de sod (l'illumination de la Bina aux cinquante portes soumet le noun de shatan). La michna du chapitre expose ensuite les trois horaires du prélèvement de la cendre de l'autel : chant du coq un jour ordinaire, minuit à Yom Kippour, première veille aux fêtes -- on avance à mesure que les offrandes affluent.

La guemara rapproche une michna de Zevahim sur les membres qui ont sauté du bûcher : avant minuit on les remet et il y a me'ila, après minuit non, car minuit opère la consomption (ikoul). Rav en donne la source par deux versets qui partagent la nuit entre combustion (haktara) et prélèvement (harama) ; Rav Kahana ouvre alors une objection, poursuivie en 20b.

HaSatan = 364 : le jour où l'accusateur se tait Rami bar H'ama : la valeur numérique de ha-Satan compte les jours où il a licence d'accuser. Guématria de ha-Satan (heh-sin-têt-noun) heh = 5 sin = 300 têt = 9 noun = 50 5 + 300 + 9 + 50 = 364 Année solaire : 365 jours 364 jours : le Satan accuse (rechout le-astoni) 1 jour retranché = Yom Kippour ce jour-là : lit lei rechouta il n'a pas licence d'accuser Pourquoi ce jour précis ? Tout Israël se tient en techouva ; l'essence du jour (itzoumo shel yom) expie à elle seule. Ben Yehoyada : illumination de la Bina (50 portes) -> le noun de shatan est soumis, reste TASH (caché).
La guematria ha-Satan = 364 : sur les 365 jours de l'année solaire, un seul lui échappe -- Yom Kippour, où il n'a pas licence d'accuser.
Quand prélever la cendre de l'autel (terumat hadeshen) ? Plus il y a d'offrandes à offrir, plus on avance le premier service du matin. coucher minuit aube / chant du coq Regalim (fêtes) 1re veille (1/3 de la nuit) Yom Kippour dès minuit (mechatzot) Jour ordinaire au chant du coq Aux fêtes, le parvis était déjà plein d'Israël avant même que le coq chante.
Les trois horaires de la terumat hadeshen selon la michna : chant du coq (jour ordinaire), minuit (Yom Kippour), première veille (fêtes) -- on avance à mesure que les offrandes affluent.
Minuit fait la consomption (ikoul) : le sort des membres tombés du bûcher Avarim shepak'u : des membres bondissent hors du bûcher sous l'effet du feu. MINUIT (hatzot) AVANT minuit membre pas encore consumé (a du mamash) on le remet (yahazir) encore kodshei Hachem me'ila : OUI APRÈS minuit minuit opère l'ikoul (tenu pour cendre) on ne le remet pas (lo yahazir) mitsva accomplie -> plus kodshei Hachem me'ila : NON D'où minuit ? Rav : deux versets sur la même nuit (Lev. 6) "toute la nuit... et il fera fumer" (ve-hiktir) -> encore combustion 1re moitié : HAKTARA "toute la nuit... et il prélèvera" (ve-herim) -> déjà cendre 2e moitié : HARAMA
Minuit opère la consomption (ikoul) : avant, on remet le membre tombé et il y a me'ila ; après, non. Rav le tire de deux versets qui partagent la nuit entre combustion et prélèvement.
1
״לַפֶּתַח חַטָּאת רוֹבֵץ״. וְשָׂטָן מַאי אָמַר? אֲמַר לֵיהּ: שָׂטָן בְּיוֹמָא דְּכִיפּוּרֵי — לֵית לֵיהּ רְשׁוּתָא לְאַסְטוֹנֵי. מִמַּאי? אָמַר רָמִי בַּר חָמָא: ״הַשָּׂטָן״ בְּגִמַטְרִיָּא תְּלָת מְאָה וְשִׁיתִּין וְאַרְבְּעָה הָוֵי. תְּלָת מְאָה וְשִׁיתִּין וְאַרְבְּעָה יוֹמֵי — אִית לֵיהּ רְשׁוּתָא לְאַסְטוֹנֵי. בְּיוֹמָא דְּכִיפּוּרֵי — לֵית לֵיהּ רְשׁוּתָא לְאַסְטוֹנֵי.

"Le péché est tapi à la porte" (Gn 4,7) -- et il n'est pas étonnant que l'homme faute. [Rabbi Yehochoua ben Levi demanda à Élie :] Et le Satan (l'accusateur), que dit-il [de leurs fautes] ?

Il lui répondit : Le Satan, au jour de Kippour, n'a pas le droit d'accuser (le-astoni). D'où le sait-on ?

Rami bar H'ama a dit : "ha-Satan" (ha-sin-têt-noun) a pour valeur numérique (guematria) trois cent soixante-quatre. Pendant trois cent soixante-quatre jours [de l'année] il a le droit d'accuser ; au jour de Kippour, il n'a pas le droit d'accuser.

📜 Rachi (1)
לַפֶּתַח חַטָּאת רוֹבֵץ יצה"ר מַחֲטִיאוֹ בַּעַל כָּרְחוֹ:
Le péché est tapi à la porte : le yetzer hara' (mauvais penchant) le fait fauter malgré lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שָׂטָן בְּיוֹמָא דְּכִפּוּרֵי לֵית לֵיהּ רְשׁוּתָא לְאִיסְטוֹנֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד בְּיוֹם כִּיפּוּר נִשְׁפָּעִים מִן הַבִּינָה וּמִתְגַּלֶּה בּוֹ הֶאָרַת הַבִּינָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חֲמִשִּׁים שְׁעָרִים וְלָכֵן מֻכְנַעַת נוּ"ן דְּשָׁט ן וְנִשְׁאַר טָשׁ שֶׁיִּהְיֶה נֶחְבָּא בּוֹ בַּיּוֹם כְּמוֹ (פְּסָחִים קיד.) 'טָשׁ בָּעִלִּיָּיתָא' וְלֹא יִתְרָאֶה בַּקִּיטְרוּגִים. גַּם עַל יְדֵי הֶאָרַת הַבִּינָה נִכְנָע נוּ"ן ד נ חָשׁ וְיִשָּׁאֵר חָשׁ כִּי אוֹתוֹ הַיּוֹם חָשׁ בְּרֹאשׁוֹ שֶׁיַּהֲפֹוךְ עַל רֹאשׁוֹ כָּל עוֹנוֹת בֵּית יִשְׂרָאֵל. וּמַה שֶׁאָמְרוּ ' הַשָּׂטָן ' בְּגֵימַטְרְיָא שְׁלֹשׁ מֵאוֹת וְשִׁשִּׁים וְאַרְבָּעָה הָוֵי אַף עַל גַּב דְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים אֲנַחְנוּ עוֹשִׂין כְּפִי שְׁנוֹת הַלְּבָנָה עִם כָּל זֶה נַעֲשֶׂה הָרֶמֶז הַזֶּה בְּשֵׁם 'הַשָּׂטָן' עַל פִּי יְמוֹת הַחַמָּה מִפְּנֵי שֶׁשָּׁם הַמִּסְפָּר לֹא יִשְׁתַּנֶּה אֲבָל שְׁנוֹת הַלְּבָנָה תִּשְׁתַּנֶּה יֵשׁ שנ"ה וְיֵשׁ שנ"ד וְיֵשׁ שנ"ג וְעַל אֵיזֶה מֵהֶם יַעֲשֶׂה הָרֶמֶז בְּמִסְפָּר וְכֵיוָן דְּמָצִינוּ שֶׁיֶּחְסַר אֶחָד מִן מִסְפַּר יְמוֹת הַחַמָּה אָמְרִינַן שֶׁיֶּחְסַר יוֹם אֶחָד בַּשָּׁנָה מִשַּׁלִּיטָתוֹ וּמִסְתַּבְּרָא לְמִשְׁרֵי יוֹם אֶחָד זֶה הֶחָסֵר מִמֶּנּוּ עַל יוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל עוֹמְדִים בִּתְשׁוּבָה וְעִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם מְכַפֵּר מַה שֶּׁאֵין כֵּן בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה לֵית בְּהוּ כְּהַאי גַּוְונָא.
Le Satan, au jour de Kippour, n'a pas le droit d'accuser. -- Il me semble, avec l'aide du Ciel : au jour de Kippour on reçoit une influence (chefa') de la Bina, et se dévoile l'illumination de la Bina qui comporte cinquante portes (chaarim) ; c'est pourquoi le noun (n) de chatan (chin-têt-noun) est soumis, et il reste "tach" (têt-chin), [signifiant] qu'il se cache (nehba) ce jour-là, comme dans (Pessahim 114a) "tach be-alyata" (caché dans le grenier), et il ne se montre pas dans ses accusations. De même, par l'illumination de la Bina, le noun de nahach (noun-het-chin, le serpent) est soumis et il reste "hach", car ce jour-là il "ressent en sa tête" (hach be-rocho) que se retourneront sur sa tête toutes les fautes de la maison d'Israël. Et ce qu'ils ont dit, que "ha-Satan" a pour guematria trois cent soixante-quatre : bien que nous fixions Yom Kippour selon les années lunaires, on fait néanmoins cette allusion dans le nom "ha-Satan" d'après les jours de l'année solaire, parce que la valeur du Nom ne change pas, tandis que les années lunaires varient -- il y a [une année de] 355, il y a 354, il y a 353 [jours] : sur laquelle ferait-on l'allusion numérique ? Or, puisque nous trouvons qu'il manque un [jour] au nombre des jours solaires, nous disons qu'il manque un jour dans l'année à sa domination ; et il est logique de rattacher ce jour unique qui lui est retranché à Yom Kippour, où tout Israël se tient en techouva et où l'essence même du jour (itzoumo shel yom) expie -- ce qui n'est le cas d'aucun autre jour de l'année.
💡 Explication

Suite d'une aggada : le verset "le péché est tapi à la porte" enseigne que le yetzer hara' (mauvais penchant) pousse l'homme à fauter. On demande alors ce que dit l'accusateur (Satan) de ces fautes.

Réponse : à Yom Kippour, le Satan n'a pas licence d'accuser. Rami bar H'ama l'ancre dans la guematria (valeur numérique) du mot ha-Satan = 364 : c'est le nombre de jours où il peut accuser. L'année solaire comptant 365 jours, il reste un jour où il est réduit au silence -- Yom Kippour, jour où l'expiation ne laisse pas de place à l'accusation.

🖼️ Schéma
365 jours - 1 = 364 = ha-Satan 364 jours : le Satan a licence d'accuser (= guematria de ha-Satan : 5+300+9+50) Yom Kippour pas d'accusation L'essence du jour (itzoumo shel yom) expie ; le Satan reste muet. Sod (Ben Yehoyada) : illumination de la Bina aux 50 portes -> le noun de shatan est soumis.
Les 365 jours de l'année solaire moins le jour de Kippour donnent 364, valeur de ha-Satan.
2
מַתְנִי׳ בְּכָל יוֹם תּוֹרְמִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ בִּקְרִיאַת הַגֶּבֶר אוֹ סָמוּךְ לוֹ, בֵּין לְפָנָיו בֵּין לְאַחֲרָיו, וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים מֵחֲצוֹת, וּבָרְגָלִים מֵאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה. וְלֹא הָיְתָה קְרִיאַת הַגֶּבֶר מַגַּעַת עַד שֶׁהָיְתָה עֲזָרָה מְלֵאָה מִיִּשְׂרָאֵל.

MICHNA. Chaque jour, on prélève [la cendre de] l'autel (tormin et hamizbeah) au chant du coq (keriat hagever) ou vers ce moment, que ce soit avant ou après lui ; et à Yom Kippour, dès minuit (mehatzot) ; et lors des fêtes de pèlerinage (regalim), dès la première veille (achmoret harichona).

Et [aux fêtes] le chant du coq n'arrivait pas [encore] que déjà le parvis (azara) était rempli d'Israël [venus apporter leurs offrandes].

📜 Rachi (5)
מַתְנֵי' תּוֹרְמִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ הַדֶּשֶׁן שֶׁהוּא חוֹתֶה מִן הַדֶּשֶׁן בַּמַּחְתָּה פַּעַם אַחַת בֵּין רַב לִמְעַט וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יִפְחֹות מִמְּלֹא קֹומֶץ וְנוֹתְנוֹ בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ וְנִבְלָע בִּמְקוֹמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא ו׳:ג׳) וְהֵרִים אֶת הַדֶּשֶׁן וְגוֹ' וּשְׁמוֹ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ וְיָלְפִינַן לְקַמָּן מוֹהֲרִים מִמֶּנּוּ בְּקֻומְצוֹ וְהִיא הָיְתָה תְּחִילַּת עֲבוֹדַת שַׁחֲרִית בְּהַשְׁכָּמָה:
On prélève l'autel : [le prêtre] prélève à la pelle (mahta) une seule fois de la cendre, peu ou beaucoup, pourvu qu'il n'y ait pas moins qu'une pleine poignée (kometz), et la dépose à l'est de la rampe (kevech), où elle est absorbée sur place, comme il est dit (Lv 6,3) "et il prélèvera la cendre... et il la posera à côté de l'autel" ; on apprend plus loin, de "et il en prélèvera de sa poignée", [le détail]. C'était le premier service du matin, dès le lever du jour.
סָמוּךְ לוֹ סָמוּךְ לִקְרִיאַת הַגֶּבֶר לִפְנֵי קְרִיאָתוֹ אוֹ לְאַחֲרֶיהָ:
Proche de lui : proche du chant du coq, juste avant son chant ou juste après.
ביוה"כ תּוֹרֵם מֵחֲצוֹת:
À Yom Kippour : il prélève dès minuit (mehatzot).
וּבָרְגָלִים מֵאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה שֶׁהִיא בַּשְּׁלִישִׁית הַלַּיְלָה כִּדְאָמַר בְּמַסֶּכֶת בְּרָכוֹת (דַּף ג.) ג' מִשְׁמָרוֹת הָוֵי הַלַּיְלָה וּבַגְּמָרָא מְפָרֵשׁ טַעְמָא דְּכוּלְּהוּ:
Et aux fêtes, dès la première veille : c'est-à-dire au premier tiers de la nuit, comme il est dit dans le traité Berakhot (3a) : la nuit compte trois veilles (michmarot) ; la guemara explique la raison de chacun [de ces horaires].
וְלֹא הָיְתָה קְרִיאַת הַגֶּבֶר מַגַּעַת בָּרְגָלִים עַד שֶׁהָיְתָה הָעֲזָרָה מְלֵאָה מִיִּשְׂרָאֵל הַמְּבִיאִין קָרְבְּנוֹתֵיהֶן לִהְיוֹת מְזֻומָּנִים לְהַקְרִיבָן אַחַר הַתָּמִיד מִיָּד:
Et le chant du coq n'atteignait pas [le moment habituel] : aux fêtes, [le service commençait] avant que le coq chante, car déjà le parvis était rempli d'Israël apportant leurs offrandes pour qu'elles soient prêtes à être offertes aussitôt après le tamid.
💡 Explication

La michna fixe l'heure du premier service du matin -- le prélèvement de la cendre (terumat hadeshen) : le prêtre retire une pleine poignée de cendres du grand autel et la dépose à l'est de la rampe.

L'horaire varie selon la charge du jour : un jour ordinaire au chant du coq ; à Yom Kippour dès minuit (le service y est plus long) ; aux fêtes (regalim) dès la première veille, car la foule des offrandes à offrir après le tamid impose d'avancer.

3
גְּמ׳ תְּנַן הָתָם: אֵבָרִים שֶׁפָּקְעוּ מֵעַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ, קֹודֶם חֲצוֹת — יַחֲזִיר, וּמוֹעֲלִין בָּהֶן, לְאַחַר חֲצוֹת — לֹא יַחֲזִיר, וְאֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן.

GUEMARA. Nous avons appris là-bas [dans le traité Zevahim] : des membres [d'offrandes] qui ont sauté (pak'ou) de dessus l'autel [sous l'effet du feu] -- avant minuit, on les remet [sur le bûcher], et l'on est passible de me'ila (détournement de biens consacrés) à leur égard ; après minuit, on ne les remet pas, et l'on n'est pas passible de me'ila.

📜 Rachi (5)
גְּמ' אַהֵיכָא קָיְימִי' אֵינִי יוֹדֵעַ לְפָרְשָׁהּ ונ"ל דה"ג תְּנַן הָתָם אֵבָרִים שֶׁפָּקְעוּ כו' וְהִיא מִשְׁנָה בְּמַס' זְבָחִים (דַּף פּוֹ.) וּמִתּוֹךְ פְּקִיעוּתָן קוֹפְצִין וְנוֹפְלִין מִן הַמַּעֲרָכָה:
À quoi cela se rapporte-t-il ? -- Je ne sais l'expliquer. Il me semble qu'il faut lire : "Nous avons appris là-bas : des membres qui ont sauté...", qui est une michna du traité Zevahim (86a) : sous l'effet de leur combustion ils bondissent et tombent du bûcher (ma'arakha).
קֹודֶם חֲצוֹת לַיְלָה:
Avant minuit : minuit de la nuit.
וּמוֹעֲלִין בָּהֶן וְקֹודֶם חֲצוֹת אֵינוֹ חָשׁוּב עִיכּוּל בְּאֵבָר שֶׁיֵּשׁ בּוֹ עֲדַייִן מַמָּשׁ לְפִיכָךְ צָרִיךְ לְהַחֲזִירוֹ לַמַּעֲרָכָה וְכֵיוָן שֶׁלֹּא נַעֲשֵׂית כָּל מִצְוָתָן קָדְשֵׁי ה' קָרֵינַן בֵּיהּ וְאִית בֵּיהּ מְעִילָה לַנֶּהֱנִין מִמֶּנּוּ:
Et l'on est passible de me'ila à leur égard : avant minuit, [le membre] n'est pas considéré comme consumé (ikoul) tant qu'il a encore de la substance (mamach) ; il faut donc le remettre sur le bûcher, et puisque leur commandement n'est pas encore accompli on les nomme "saintetés de Dieu" (kodchei Hachem), passibles de me'ila pour qui en tire profit.
אַחַר חֲצוֹת אֵין צָרִיךְ לְהַחֲזִיר (בּוֹ) שֶׁהַחֲצוֹת עוֹשֶׂה עִיכּוּל בָּאֵבָרִים שֶׁמָּשְׁלָה בּוֹ הָאוּר ואע"פ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ מַמָּשׁ כִּדְיָלֵיף לָהּ לְקַמֵּיהּ:
Après minuit : point besoin de le remettre, car minuit opère la "consomption" (ikoul) des membres qu'a saisis le feu, même s'ils ont encore de la substance, comme on l'apprend plus loin.
וְאֵין מוֹעֲלִין בָּהֶן כדקיי"ל (פְּסָחִים דַּף כו.) שֶׁנַּעֲשֵׂית מִצְוָתוֹ אֵין מוֹעֲלִין בּוֹ כֵּיוָן דְּלֵית בָּהּ צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ לָא קָרֵינַן בֵּיהּ קָדְשֵׁי ה' וּבִמְעִילָה כְּתִיב (וַיִּקְרָא ה׳:ט״ו) וְחָטְאָה בִּשְׁגָגָה מִקָּדְשֵׁי ה':
Et l'on n'est pas passible de me'ila à leur égard : selon la règle (Pessahim 26a) qu'une fois son commandement accompli il n'y a plus me'ila ; n'y ayant plus de besoin d'En-Haut (tsorekh gavoah) on ne les nomme plus "saintetés de Dieu", car à propos de la me'ila il est écrit (Lv 5,15) "et qu'il faute par mégarde à l'égard des saintetés de Dieu".
🗂️ Tossefot (2)
אַהֵיכָא קָייְמִינַן אַהָא דִּתְנַן וְכוּ' רַשִׁ"י לָא גָרֵס לֵיהּ אֶלָּא הָכִי גָּרַס תְּנַן הָתָם ול"נ לְפָרֵשׁ אַהֵיכָא קָייְמִי' כְּלוֹמַר עַל אֵיזוֹ תְּרוּמָה קָאֵי ע"כ לָא קָאֵי עַל תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דְּהַהִיא פְּשִׁיטָא דְּהָיְתָה כָּל שָׁעָה סָמוּךְ לַבֹּקֶר דִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא מַשְׁמַע הָכִי עַל מוֹקְדָה עַל הַמִּזְבֵּחַ כָּל הַלַּיְלָה עַד הַבֹּקֶר וְגוֹ' וַהֲדַר כְּתִיב וְהֵרִים אֶת הַדֶּשֶׁן אֶלָּא בִּתְרוּמָה אַחֲרִיתִי אַיְירֵי מַתְנֵי' וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר אַהָא דִּתְנַן אֵבָרִים שֶׁפָּקְעוּ מְנָא הָנֵי מִילֵּי וְכוּ' עַד חַלְּקֵהוּ חֶצְיוֹ לְהַקְטָרָה וְחֶצְיוֹ לַהֲרָמָה וְכִדְפָרֵישִׁית לְקַמָּן בְּשֵׁם רי"ץ הַבָּחוּר דַּחֲצוֹת עוֹשֶׂה אוֹתָן הָאֵבָרִים עִיכּוּל שֶׁלְּכַתְּחִילָּה יָכוֹל לַהֲרִימָם וְלַהֲסִירָם לַתַּפּוּחַ וְקָרֵי לֵיהּ הרמ' וּבְהַהִיא תְּרוּמָה אַייְרֵי מַתְנֵי' וְלֹא שֶׁיַּעֲשֶׂה מֵהֶן הֲרָמָה דְּהָא דֶּשֶׁן כְּתִיב אֶלָּא כִּדְפָרֵישִׁי' שֶׁאִם יִרְצֶה יַאַסְפֶנּוּ לַתַּפּוּחַ כְּדֵי לְהוֹצִיאָם חוּץ לַמַּחֲנֶה אֲבָל אִם רוֹצֶה לְהַנִּיחָן בִּמְקוֹם הַמַּעֲרָכָה כְּדֵי לְמָרֵק מִצְוָתָן שֶׁיְּהֵא עַצְמָן רְאוּיָן לַהֲרָמַת הַדֶּשֶׁן עֲדַיִין מִצְוָתָן עֲלֵיהֶן וּלְכָךְ תְּנַן יַחֲזִיר דְּמִסְתַּבֵּר דְּחָסֵר מֵהֶן מֵירוּק מִצְוָתָן עֲדַייִן כֵּיוָן דְּאֵין רְאוּיָן לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן] וְהָא דְּקָאָמַר חֶצְיוֹ לְהַקְטָרָה וְחֶצְיוֹ לַהֲרָמָה לָאו דַּוְקָא אֶלָּא לִישָּׁנָא דְּמַתְנִי' נְקַט דְּקָתָנֵי קֹודֶם חֲצוֹת יַחֲזִיר וְעִיקַּר מִילְּתֵיהּ דְּרַב עֲלָהּ אִיתְּמַר וּמִדְּאוֹרַייְתָּא אֵין קִצְבָּה לְדָבָר אֶלָּא כָּל אֵימַת דְּהָווּ שְׁרִירֵי מֻותָּר לַהֲרִימָן וּלְחָולְצָן לַתַּפּוּחַ כְּפִי הַצֹּורֶךְ דְּלָא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים כְּמוֹ שֶׁנִּרְאֶה לָהֶם לְהַקְרִיב לְפַנּוֹת הַמַּעֲרָכָה כְּדֵי לַחֲזֹור וּלְסַדְּרָהּ כְּפִי מַאי דִּנְפִישִׁי קָרְבְּנוֹת הַיּוֹם שֶׁתְּהֵא הַמַּעֲרָכָה מְזֻומֶּנֶת לְהַקְטִיר עָלֶיהָ בַּעֲלוֹת הַבָּקָר וְרַב כָּהֲנָא פָּרִיךְ עֲלָהּ וְאִי ס"ד דְּאוֹרָיְיתָא הֵיכִי מַקְדְּמִינַן וְכוּ' דְּמַשְׁמַע לֵיהּ דְּמִדְּאוֹרַייְתָּא חַלְּקֵהוּ מַמָּשׁ חֶצְיוֹ לְהַקְטָרָה וְכוּ' וְלֹא כִּדְקָא ס"ד מֵעִיקָּרָא דְּלָא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים אֶלָּא א"ר יוֹחָנָן מַתְנֵי' כִּפְשָׁטֵיהּ אַתְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּדְקַשְׁיָא לָךְ וְהָא בִּפְשָׁטֵיהּ דִּקְרָא מַשְׁמַע דְּהָיְתָה בַּבֹּקֶר מֵהַאי קְרָא נָפְקָא לָן דְּנִיתַּן רְשׁוּת לְהַקְדִּימָהּ וּלְאַחֲרָהּ כְּמוֹ שֶׁיִּרְצוּ מִדִּכְתִיב עַד בֹּקֶר וְהֵרִים תֵּן בֹּקֶר לְבָקְרוֹ שֶׁל לַיְלָה וּמִדְּלָא פֵּירֵשׁ כַּמָּה לֹא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים וּבְפֶ' הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פּוֹ.) דְּקָאָמַר רַב כִּי הָכָא חֶצְיוֹ לַהֲרָמָה מַשְׁמַע לֵיהּ לְפִי הַמַּסְּקָנָא דְהָכָא דְּמוֹקְמִינַן מַתְנֵי' בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן דְּבָא לִיתֵּן טַעַם נָמֵי לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן מ"ט זִימְנִין הָכִי וְזִימְנִין הָכִי הִלְכָּךְ פָּרֵיךְ רַב כָּהֲנָא הָתָם כִּי הָכָא אֶלָּא א"ר יוֹחָנָן תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן מִקְּרָא דְּעַד בֹּקֶר נָפְקָא א"נ י"ל אֶלָּא א"ר יוֹחָנָן קְרָא קַמָּא כֻּולּוֹ לְהַקְטָרָה וְכֻולּוֹ לַהֲרָמָה כֻּולּוֹ לְהַקְטָרָה בְּאֵבָרִים דְּאִית בְּהוּ מַמָּשׁ וְכֻולּוֹ לַהֲרָמָה בְּדֶשֶׁן מְעֻוכָּל וּשְׁרִירֵי דְּאָמְרִי' בְּהוּ חֲצוֹת עוֹשָׂה עִיכּוּל מֵעַד הַבָּקָר נָפְקָא תֵּן בֹּקֶר לְבָקְרוֹ שֶׁל לַיְלָה וְהַיְינוּ חֲצוֹת:
À quoi nous rapportons-nous ? À ce qui a été enseigné, etc. -- Rachi ne lit pas [cette version] mais lit plutôt "Nous avons appris là-bas". Or il me semble d'expliquer "à quoi nous rapportons-nous", c'est-à-dire : de quel prélèvement (teruma) s'agit-il ? Il ne peut s'agir du prélèvement de la cendre (terumat hadeshen), car celui-là se faisait manifestement toujours vers le matin, le sens simple du verset l'indiquant : "sur le foyer, sur l'autel, toute la nuit jusqu'au matin..." puis "et il prélèvera la cendre". Il s'agit donc d'un autre prélèvement, et c'est ce que dit [la guemara] : "à ce qui a été enseigné : des membres qui ont sauté -- d'où cela ?"... jusqu'à "partagé-le : moitié pour la combustion (haktara), moitié pour le prélèvement (harama)", comme je l'expliquerai plus loin au nom de Ritz le Jeune (Ri"tz ha-bahour) : minuit rend ces membres consumés (ikoul), de sorte qu'a priori on peut les prélever et les écarter vers le "tas" (tapouah) -- et on nomme cela harama. C'est de ce prélèvement que parle la michna, non qu'on en fasse une [vraie] terumat hadeshen, car il est écrit "cendre" (deshen). Plutôt, comme je l'ai expliqué : s'il le veut, il les rassemble vers le tas afin de les sortir hors du camp ; mais s'il veut les laisser à l'emplacement du bûcher pour parachever leur commandement (le-marek mitsvatan) -- de sorte qu'ils soient eux-mêmes propres au prélèvement de la cendre -- leur commandement demeure encore sur eux, et c'est pourquoi on enseigne "il les remet", car il est logique qu'il leur manque encore le parachèvement de leur commandement puisqu'ils ne sont pas [encore] propres à la terumat hadeshen. Et ce qui est dit "moitié pour la combustion, moitié pour le prélèvement" n'est pas à prendre au pied de la lettre : [la guemara] a repris la formulation de la michna qui enseigne "avant minuit il remet", et l'essentiel de l'enseignement de Rav a été dit à ce propos. De la Torah, il n'y a pas de mesure fixée à la chose : chaque fois qu'ils ont encore de la substance (cherirei), il est permis de les prélever et de les tirer vers le tas selon le besoin, car l'Écriture ne les a livrés qu'aux Sages, selon ce qui leur paraît bon, pour offrir et pour dégager le bûcher afin de le réordonner selon l'abondance des offrandes du jour, en sorte que le bûcher soit prêt pour la combustion au lever du matin. Et Rav Kahana objecte : si tu dis que [c'est] de la Torah, comment peut-on avancer [l'horaire] ? -- car il comprend que, de la Torah, "partage-le" signifie littéralement moitié combustion, moitié [prélèvement], et non comme on l'avait d'abord pensé, que l'Écriture ne les a livrés qu'aux Sages. Plutôt, dit Rabbi Yo'hanan, la michna [se lit] selon son sens simple, à propos de la terumat hadeshen ; et ce qui te faisait difficulté -- que le sens simple du verset indique le matin -- de ce même verset nous tirons qu'on a la permission d'avancer ou de retarder à volonté, puisqu'il est écrit "jusqu'au matin, et il prélèvera" : donne un matin au matin de la nuit ; et puisqu'il n'a pas précisé combien, [c'est que] l'Écriture ne l'a livré qu'aux Sages. Au chapitre Ha-mizbeah mekadech (Zevahim 86a), où Rav dit comme ici "moitié pour le prélèvement", cela s'entend selon la conclusion d'ici, où l'on établit la michna à propos de la terumat hadeshen, car [Rav] veut aussi donner la raison de la terumat hadeshen : pourquoi tantôt ainsi, tantôt ainsi ; c'est pourquoi Rav Kahana objecte là-bas comme ici. Plutôt, dit Rabbi Yo'hanan, la terumat hadeshen se tire du verset "jusqu'au matin". Ou bien on peut dire : plutôt, dit Rabbi Yo'hanan, le premier verset entier [vise] la combustion et le prélèvement -- "tout pour la combustion" pour les membres qui ont de la substance, "tout pour le prélèvement" pour la cendre consumée ; et [pour] les [membres] ayant de la substance, dont nous disons que minuit opère la consomption, cela se tire de "jusqu'au matin" : donne un matin au matin de la nuit -- et c'est minuit.
אֵבָרִים שֶׁפָּקְעוּ מֵעַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ כוּ' בְּפֶרֶק הַמִּזְבֵּחַ (שָׁם דַּף פו.) פָּרִיךְ ה"ד אִי דְּאִית בְּהוּ מַמָּשׁ אַפֵּי' לְאַחַר חֲצוֹת נַמֵּי וְאִי דְּלֵית בְּהוּ מַמָּשׁ אַפֵּי' קֹודֶם חֲצוֹת נָמֵי לָא וּמוּקִי לָהּ בִּשְׁרִירֵי מנה"מ וְכוּ' כִּי הָכָא ומפ' רַשִׁ"י הָתָם חֶצְיוֹ לַהֲרָמָה וּשְׁרִירֵי נָמֵי רְאוּיִין לַהֲרָמָה ור"י פִּי' דְּלָא הָוֵי רְאוּיִין לַהֲרָמָה דְּלָאו דֶּשֶׁן נִינְהוּ אֶלָּא חֶצְיוֹ לַהֲרָמָה דְּקָאָמַר כְּעֵין הֲרָמָה שֶׁאֵין רְאוּיִין לְהַקְטָרָה וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶ' שֵׁנִי דִּמְעִילָה (דַּף ט:) דְּדָיֵיק הָתָם וְכֵן גַּחֶלֶת שֶׁפָּקְעָה מע"ג הַמִּזְבֵּחַ לֹא יַחֲזִיר הָא ע"ג מִזְבֵּחַ יַחֲזִיר וּמַקְשֵׁי מִינָּהּ לְרַב וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי גַּחֶלֶת דְּאִית בַּהּ מְשָׁשָׁא הִלְכָּךְ יַחֲזִיר דְּלָא נַעֲשֵׂית מִצְוָתָהּ מַשְׁמַע דְּאֵין רָאוּי לִתְרֹום מִמֶּנָּה דְּאִי רָאוּי לִתְרֹום מִמֶּנָּה א"כ לְאַחַר תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן אַמַּאי יַחֲזִיר הֲרֵי נַעֲשֵׂית מִצְוָתָהּ מִיהוּ הִיא גּוּפָא קַשְׁיָא מְנָא לֵיהּ דְּמַייְרֵי לְאַחַר תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דִּילְמָא קֹודֶם תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן אַייְרֵי דִּבְהָא מוֹדֶה רַב דְּמוֹעֲלִין קֹודֶם שֶׁנַּעֲשָׂה מִצְוָתוֹ וי"ל דְּדֻומְיָא דִּפְסוּלִין דְּקָתָנֵי בַּהֲדַהּ וְכֻולָּן שֶׁפָּקְעוּ מֵעַל גַּבֵּי הַמִּזְבֵּחַ לֹא יַחֲזִיר בְּכָל עִנְיָן וַאֲפִילּוּ קֹודֶם חֲצוֹת ה"נ גַּחֶלֶת אַייְרֵי בְּכָל עִנְיָן וְעוֹד דִּבְסֵיפָא גַּבֵּי אֵבָרִים הוּא דִּמְפַלֵּיג אֲבָל בְּגַחֶלֶת לֹא הִפְלִיג דְּעִיכּוּל חֲשִׁיבָא וְלֹא שַׁייָּךְ בָּהּ לְשׁוֹן הַקְטָרָה וְלֹא לְשׁוֹן מוֹקְדָה דְּהָא כְּבָר מִתּוֹקְדָא וְקַיְימָא ומ"מ יַחֲזִיר דְּלָאו רְאוּייָה לַהֲרָמָה הִיא דְּלָא חֲשִׁיבָא דֶּשֶׁן וְאַכַּתִּי לֹא נַעֲשֵׂית מִצְוָתָהּ הִלְכָּךְ ע"ג מִזְבֵּחַ יַחֲזִיר דְּאַכַּתִּי לֹא נִגְמְרָה מִצְוָתָהּ וְכִי פָּקְעָה לֹא יַחֲזִיר דְּעַל מוֹקְדָה עַל הַמִּזְבֵּחַ מַשְׁמַע דְּדָבָר שֶׁצָּרִיךְ יְקִידָה יְהֵא עַל הַמִּזְבֵּחַ לְעוֹלָם וְאַפֵּי' פָּקַע אֲבָל דָּבָר שא"צ יְקִידָה לֹא וא"ת כְּשֶׁמְּאַסְּפִין הָאֵפֶר לְהַעֲלוֹתוֹ לַתַּפּוּחַ אֵין יְכוֹלִין לִיזָּהֵר שֶׁלֹּא יְהוּ גֶּחָלִים בָּאֵפֶר וְאָסוּר לְהוֹרִיד גַּחֶלֶת מִן הַמַּעֲרָכָה וְכִדְקָאָמַר בִּמְעִילָה דְּיַחֲזִיר וכ"ש דְּאָסוּר לְהוֹצִיא וי"ל דְּמִן הַמְעֻוכָּלוֹת הָיָה נוֹטֵל כִּדְמַשְׁמַע בְּמַס' תָּמִיד שֶׁהָיָה חוֹתֶה מִן הַמְעֻוכָּלוֹת הַפְּנִימִיּוֹת וְאִיכָּא לְמֵימַר דְּהָנְהוּ לֵית בְּהוּ מְשָׁשָׁא אֲבָל גַּחֶלֶת חַיָּה דְּאִית בָּהּ מְשָׁשָׁא בְּהַהִיא אָמְרִינַן דְּיַחֲזִיר וְהָא דְּקָאָמַר בִּמְעִילָה הוּא הַדִּין דְּאַפֵּי' אֵפֶר לָא בָּעֵי לְמֵימַר דְּהָוֵי כְּגַחֶלֶת מַמָּשׁ אַפֵּי' לְעִנְיַן חֲזָרָה דְּגַחֶלֶת מַחֲזִיר לְעוֹלָם אַפֵּי' לְאַחַר תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דְּאֵין מַעֲלִין אוֹתָהּ לַתַּפּוּחַ אֲבָל אֵפֶר מַעֲלִין לַתַּפּוּחַ אֶלָּא לְעִנְיַן מְעִילָה קָאָמַר דְּהָוְיָא כְּגַחֶלֶת ור"י הַבָּחוּר מְיַישֵּׁב פֵּי' רַשִׁ"י דְּחֶצְיוֹ לַהֲרָמָה דְּקָאָמַר אַפֵּי' בִּשְׁרִירֵי לְעִנְיָן זֶה שֶׁהֲרָמַת הַדֶּשֶׁן מַתִּירָתָן לְאָוסְפָן לַתַּפּוּחַ וְלֹא לְעִנְיַן שֶׁיֵּעָשֶׂה מֵהֶן תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דְּהָא דֶּשֶׁן כְּתִיב וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר רַחֲמָנָא וְהֵרִים אֶת הַדֶּשֶׁן מֵחֲצוֹת כְּדֵי לְהַתִּיר אַפֵּי' שְׁרִירֵי דְּמֵחֲצוֹת וְאֵילָךְ חֲשִׁיבִי עִיכּוּל וְאֵין רְאוּיָם לְהַקְטָרָה וְאִם יִרְצֶה יַאַסְפֵם לַתַּפּוּחַ כְּדֵי לְהוֹצִיאָם מִחוּץ לַמַּחֲנֶה אֲבָל אִם רוֹצֶה לְהַנִּיחָם בִּמְקוֹם הַמַּעֲרָכָה כְּדֵי לְמָרֵק מִצְוָתָם שֶׁיְּהוּ רְאוּיִין הֵם עַצְמָם לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן עֲדַיִין מִצְוָתָן עֲלֵיהֶן הִלְכָּךְ יַחֲזִיר דְּמִסְתַּבֵּר לְמֵימַר דַּעֲדַיִין חָסֵר מֵהֶן מֵרוּק מִצְוָה כֵּיוָן שֶׁעֲדַייִן אֵין רְאוּיִין לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן וְהַשְׁתָּא נִיחָא דִּבְשָׁעָה שֶׁהָיוּ מְאַסְּפִים אֶת הָאֵפֶר לֹא הָיוּ צְרִיכִין לִיזָּהֵר מִגֶּחָלִים [אַפֵּי'] לוֹחֲשׁוֹת וְכֵן מַשְׁמַע בְּמַס' תָּמִיד (דַּף כֹּח:) דְּקָתָנֵי הָאֵבָרִים שֶׁנִּתְעַכְּלוּ מִבְּעֶרֶב סוֹלְקִין אוֹתָן לְצַד הַמִּזְבֵּחַ וְכוּ' עַד הֵחֵלּוּ מַעֲלִין בָּאֵפֶר עַל גַּבֵּי תַּפּוּחַ וְכוּ' אַלְמָא דְּלָא הָיוּ מְסַלְּקִין [אֶלָּא] הָאֵבָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ אֲבָל גֶּחָלִים חֲשִׁיבֵי עִיכּוּל וְאַפֵּי' לוֹחֲשׁוֹת:
Des membres qui ont sauté de dessus l'autel, etc. -- Au chapitre Ha-mizbeah (ibid. 86a) on demande : quel cas ? S'ils ont de la substance (mamach), même après minuit [on devrait les remettre] ; et s'ils n'ont pas de substance, même avant minuit [on ne devrait pas]. On l'établit donc dans le cas où ils ont encore de la substance (cherirei) -- d'où cela ? etc., comme ici. Rachi y explique "moitié pour le prélèvement", et [selon lui] même ceux qui ont de la substance sont propres au prélèvement. Mais le Ri a expliqué qu'ils ne sont pas propres au prélèvement, car ce n'est pas de la cendre (deshen) ; "moitié pour le prélèvement" signifie [seulement] une sorte de prélèvement, en ce qu'ils ne sont plus propres à la combustion. Cela ressort aussi du chapitre 2 de Me'ila (9b), où l'on infère : "de même une braise (gahelet) qui a sauté de dessus l'autel, il ne la remet pas" -- donc [tant qu'elle est] sur l'autel il la remet -- et l'on objecte de là à Rav ; on répond que la braise est différente car elle a de la substance, aussi la remet-il, son commandement n'étant pas accompli. Cela montre qu'elle n'est pas propre au prélèvement, car si elle l'était, pourquoi la remettrait-il après la terumat hadeshen, puisque son commandement serait accompli ? Toutefois cela même fait difficulté : d'où [savons-nous] qu'il s'agit d'après la terumat hadeshen ? Peut-être avant la terumat hadeshen, cas où Rav concède qu'il y a me'ila avant que son commandement soit accompli. On répond : par analogie avec les [offrandes] invalides (pesoulin) enseignées à côté -- "toutes celles qui ont sauté de dessus l'autel, on ne les remet pas" en tout cas, même avant minuit -- de même la braise s'entend en tout cas. De plus, dans la seconde partie [de la michna], à propos des membres, [la guemara] distingue [avant/après minuit], tandis que pour la braise elle ne distingue pas, car [la braise] est déjà considérée comme consumée (ikoul) : ne s'y appliquent ni le terme "combustion" (haktara) ni le terme "foyer" (mokda), puisqu'elle est déjà brûlée et là ; néanmoins il la remet, car elle n'est pas propre au prélèvement, n'étant pas tenue pour cendre, et son commandement n'est pas encore accompli -- donc sur l'autel il la remet, sa mitsva n'étant pas achevée, et si elle a sauté [au sol] il ne la remet pas, car "sur le foyer, sur l'autel" indique qu'une chose qui requiert combustion doit toujours être sur l'autel, même si elle a sauté ; mais une chose qui ne requiert pas combustion, non. Et si tu objectes : lorsqu'ils rassemblent la cendre pour la monter au tas, ils ne peuvent prendre garde qu'il n'y ait pas de braises dans la cendre, et il est interdit de descendre une braise du bûcher, comme il est dit dans Me'ila "il la remet", à fortiori de la sortir [du camp] ? On répond : il prenait des [parties] consumées, comme l'indique le traité Tamid, [le prêtre] prélevant des [cendres] consumées de l'intérieur ; et l'on peut dire que celles-là n'ont pas de substance, tandis que la braise vive, qui a de la substance, c'est d'elle qu'on dit qu'il la remet. Et ce qui est dit dans Me'ila vaut aussi pour la cendre elle-même -- non que la cendre soit comme la braise même quant à la remise, car la braise, on la remet toujours, même après la terumat hadeshen, et on ne la monte pas au tas, tandis que la cendre, on la monte au tas -- mais quant à la me'ila, [la cendre] est comme la braise. Et Ri le Jeune (ha-bahour) rétablit l'explication de Rachi : "moitié pour le prélèvement" vaut même pour les [membres] ayant de la substance, en ce sens que le prélèvement de la cendre autorise à les rassembler vers le tas, non qu'on en fasse une terumat hadeshen, car il est écrit "cendre". C'est ce que dit le Miséricordieux : "et il prélèvera la cendre" dès minuit, afin de permettre même les [membres] ayant de la substance, car dès minuit ils sont tenus pour consumés et ne sont plus propres à la combustion ; s'il le veut il les rassemble au tas pour les sortir hors du camp, mais s'il veut les laisser à l'emplacement du bûcher pour parachever leur commandement -- qu'ils soient eux-mêmes propres à la terumat hadeshen -- leur commandement demeure sur eux, aussi les remet-il, car il est logique de dire qu'il leur manque encore le parachèvement de leur mitsva puisqu'ils ne sont pas encore propres à la terumat hadeshen. Ainsi s'explique bien qu'au moment où ils rassemblaient la cendre ils n'avaient pas à prendre garde aux braises même incandescentes. De même il ressort du traité Tamid (28b) : "les membres qui étaient consumés dès le soir, on les écartait vers le côté de l'autel... jusqu'à ce qu'on commence à monter la cendre au tas" -- signe qu'on n'écartait que les membres non consumés, tandis que les braises sont tenues pour consumées, même incandescentes.
💡 Explication

La guemara rapproche notre michna d'une autre (Zevahim) : des membres qui ont sauté (avarim shepak'u) hors du bûcher sous l'effet du feu. Leur statut bascule à minuit.

Avant minuit ils gardent leur substance et leur sainteté : on les remet sur le feu et il y a me'ila (interdit de tirer profit d'un bien consacré). Après minuit, ils sont tenus pour cendre (leur combustion est "accomplie") : on ne les remet plus et il n'y a plus me'ila. C'est ce basculement que la guemara va justifier.

4
מְנָא הָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַב, כָּתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״כָּל הַלַּיְלָה ... וְהִקְטִיר״, וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר: ״כָּל הַלַּיְלָה ... וְהֵרִים״, הָא כֵיצַד? חַלְּקֵהוּ — חֶצְיוֹ לְהַקְטָרָה, וְחֶצְיוֹ לַהֲרָמָה.

D'où ces choses [se tirent-elles] ? Rav a dit : un verset dit "toute la nuit... et il fera fumer (ve-hiktir)", et un [autre] verset dit "toute la nuit... et il prélèvera (ve-herim)".

Comment cela [se concilie-t-il] ? Partage-la [la nuit] : moitié pour la combustion (haktara), moitié pour le prélèvement (harama).

📜 Rachi (4)
מנה"מ דַּחֲצוֹת עוֹשֶׂה עִיכּוּל:
D'où ces choses [se tirent-elles] : que minuit opère la consomption.
כָּל הַלַּיְלָה וְהִקְטִיר הִיא הָעֹולָה עַל מוֹקְדָה כָּל הַלַּיְלָה אַלְמָא כָּל הַלַּיְלָה מִצְוָה לִהְיוֹת עַל מוֹקְדָה אַלְמָא כָּל לֵילְיָא הָוְיָא הַקְטָרַת אֵבָרִים וְאַפֵּי' מַה שֶׁעַל הַמּוֹקֵד אִם פָּקַע:
Toute la nuit... et il fera fumer : c'est "l'holocauste sur le foyer toute la nuit" -- donc toute la nuit c'est un commandement d'être sur le foyer ; donc toute la nuit vaut combustion des membres, même de ce qui est sur le foyer s'il a sauté.
וְכָתוּב אֶחָד אוֹמֵר כָּל הַלַּיְלָה וְהֵרִים דִּסְמִיךְ לֵיהּ לְהַהוּא קְרָא וְלָבַשׁ הַכֹּהֵן מִדּוֹ בַד וְהֵרִים הַדֶּשֶׁן אַלְמָא כָּל הַלַּיְלָה הוּא חֲשִׁיב כְּעִיכּוּל וְקָרֵי בָּשָׂר הָעוֹלָה דֶּשֶׁן מִשֶּׁמָּשְׁלָה בּוֹ הָאוּר וְכָשֵׁר לַהֲרִימוֹ:
Et un [autre] verset dit "toute la nuit... et il prélèvera" : car lui est attenant le verset "et le prêtre revêtira sa tunique de lin... et il prélèvera la cendre" -- donc toute la nuit [le membre] est tenu pour consumé, et on nomme "cendre" la chair de l'holocauste que le feu a saisie, et il est valable de la prélever.
חֶצְיוֹ לְהַקְטָרָה שֶׁאֵינוֹ עִיכּוּל וְאִם פָּקְעוּ צָרִיךְ לְהַחֲזִיר לְהַקְטִיר וְחֶצְיוֹ לַהֲרָמָה מֵחֲצוֹת וּלְהַלָּן קָרוּי דֶּשֶׁן אַלְמָא חֲצוֹת מְשַׁוְּיָא לֵיהּ עִיכּוּל:
Moitié pour la combustion : ce qui n'est pas consumé -- et s'ils ont sauté il faut les remettre pour les faire fumer ; et moitié pour le prélèvement -- de minuit et au-delà [la chair] est appelée "cendre", donc minuit la rend consumée.
💡 Explication

D'où vient que minuit soit la charnière ? Rav confronte deux versets portant sur la même nuit (Lv 6) : l'un dit que "toute la nuit" on fait fumer (combustion des membres), l'autre que "toute la nuit" on prélève la cendre.

La contradiction se résout en partageant la nuit : la première moitié relève de la haktara (combustion), la seconde de la harama (prélèvement) -- donc à minuit ce qui reste passe au statut de cendre.

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מֵתִיב רַב כָּהֲנָא: בְּכָל יוֹם תּוֹרְמִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ בִּקְרִיאַת הַגֶּבֶר אוֹ סָמוּךְ לוֹ, בֵּין מִלְּפָנָיו בֵּין מִלְּאַחֲרָיו, וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים מֵחֲצוֹת, וּבָרְגָלִים מֵאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה,

Rav Kahana objecta : [il a été enseigné] "Chaque jour on prélève l'autel au chant du coq ou vers ce moment, que ce soit avant ou après lui ; et à Yom Kippour, dès minuit ; et aux fêtes, dès la première veille",

💡 Explication

Rav Kahana ouvre une objection contre l'idée que le partage de la nuit soit d'ordre biblique (de-oraita) : si la Torah fixait strictement "moitié combustion / moitié prélèvement", comment la michna pourrait-elle avancer l'horaire aux fêtes (dès la première veille, avant minuit) ? Il récite pour cela le début de la michna -- l'argument lui-même se déploie en 20b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).