Sougya : Ce daf achève d'abord la discussion sur l'horaire du prélèvement des cendres : R. Yo'hanan montre, par 'donne un matin au matin de la nuit', que toute la nuit convient et que les Sages fixent le moment selon le besoin -- au chant du coq les jours ordinaires, dès minuit à Yom Kippour (faiblesse du Kohen Gadol), dès la première veille aux fêtes.
La guemara interroge alors l'expression 'keriat hagever' : Rav y lit l'appel du héraut (kara gavra), R. Chila le chant du coq (kara tarnegola) ; deux baraitot appuient chacune une position.
S'intercale le célèbre récit de Rav, inconnu, servant d'amora chez R. Chila, qui refuse ensuite de céder sa place ('on monte en sainteté, on ne descend pas').
Le daf bascule enfin dans l'aggada : Gvini le héraut dont la voix portait à trois parsaot, le Kohen Gadol entendu jusqu'à Jericho (dix parsaot) malgré le jeûne et le jour, et l'explication de R. Levi -- l'orbe solaire (galgal hama) 'scie' dans le firmament et couvre les sons du jour -- que le Ben Yehoyada relit tout entière comme un sod sur la primauté de l'étude nocturne ; enfin, les trois voix qui vont d'un bout du monde à l'autre.
Et si tu venais à penser que [le prélèvement des cendres] est [permis] dès minuit selon la Torah -- comment le faisons-nous plus tôt (et comment le faisons-nous plus tard) ?
La michna a fixé le prélèvement des cendres (terumat hadeshen) à des horaires variables selon les jours. La guemara objecte : si ce temps était fixé à minuit par la Torah, comment justifier qu'on le devance (fêtes, Yom Kippour) ou qu'on le retarde (jours ordinaires) ? Un horaire d'origine toranique ne se déplace pas au gré du besoin.
Plutôt, dit Rabbi Yo'hanan : du sens de ce qui est dit 'toute la nuit', ne sais-je pas [déjà] que c'est jusqu'au matin ? Que vient donc enseigner 'jusqu'au matin' ? -- Ajoute un [autre] matin au matin de la nuit.
Rabbi Yo'hanan déracine le seuil de minuit d'un verset (Lev. 6) : 'toute la nuit... jusqu'au matin'. Le mot 'matin' semble redondant ('toute la nuit' impliquait déjà jusqu'au matin) ; il enseigne donc : ajoute un matin au matin de la nuit -- lève-toi avant l'aube. Mais aucune heure précise n'est imposée : la Torah confie aux Sages le soin de fixer le moment selon le besoin.
C'est pourquoi, chaque jour, on prélève les cendres de l'autel au chant du coq ou tout près -- avant lui ou après lui -- cela suffit. À Yom Kippour, où il y a la faiblesse du Kohen Gadol, on [le] fait des minuit.
Et aux fêtes, où les Israélites sont nombreux et les sacrifices nombreux, on [le] fait des la première veille -- comme l'enseigne la raison [de la michna] : le chant du coq n'arrivait pas [encore] que déjà le parvis était plein d'Israël.
Conclusion pratique : trois régimes selon la charge du service. Jour ordinaire -- au chant du coq (peu de sacrifices, cela suffit). Yom Kippour -- dès minuit, à cause de la faiblesse (houlcha) du Kohen Gadol qui assure seul tout le service. Fêtes -- dès la première veille, car les pèlerins et les offrandes affluent et le parvis se remplit tôt.
Que signifie 'keriat hagever' (le chant du gever) ? Rav dit : [c'est] l'appel de l'homme (kara gavra).
R. Chila dit : [c'est] le chant du coq (kara tarnegola).
La michna employait l'expression keriat hagever. La guemara ouvre une mahloket sur son sens : Rav -- 'l'appel de l'homme' (kara gavra), le héraut du Temple qui convoque les kohanim ; R. Chila -- 'le chant du coq' (kara tarnegola), le coq étant lui aussi appelé 'gever'.
Rav arriva au lieu de R. Chila.
Il n'y avait pas d'amora (interprète) pour se tenir devant R. Chila ; Rav se leva devant lui et interprétait : que signifie 'keriat hagever' ? -- kara gavra.
R. Chila lui dit : que Maître dise donc 'kara tarnegola' !
Il lui répondit : 'un hautbois pour les nobles -- c'est de la musique ; pour les tisserands -- ils ne l'agréent pas.'
Récit : Rav, de passage et inconnu au lieu de R. Chila, sert d'amora (l'interprète public du sage). Il traduit keriat hagever par 'kara gavra'. R. Chila le reprend. Rav répond par un proverbe : un hautbois pour les nobles est musique, pour les tisserands non -- ma leçon, prisée des grands maîtres, tu ne sais l'apprécier.
'Quand je me tenais devant Rabbi Hiyya et interprétais : que signifie keriat hagever ? -- kara gavra, il ne m'a rien dit ; et toi tu me dis de dire kara tarnegola !' [R. Chila] lui dit : Maître serait-il Rav ?
Que Maître se repose ! Il lui répondit : les gens disent, 'tu t'es loué à lui -- carde sa laine'.
D'aucuns disent qu'il lui dit ainsi : 'on monte en sainteté et on ne descend pas'.
Rav révèle qu'il tenait cette leçon de Rabbi Hiyya lui-même, sans objection. R. Chila comprend alors à qui il a affaire : 'Maître serait-il Rav ? Repose-toi.' Rav refuse de céder sa place par deux maximes : qui s'est loué carde la laine (on achève la tâche commencée), et on monte en sainteté, on ne descend pas (indigne qu'un moindre le remplace en pleine leçon).
Une baraita a été enseignée comme Rav, et une baraita comme R. Chila.
Comme Rav : que disait Gvini le héraut ? 'Levez-vous, kohanim, pour votre service ; leviim, à votre estrade (doukhan) ; et Israël, à votre poste (maamad).' Et sa voix s'entendait à trois parsaot.
Deux baraitot, l'une appuyant Rav, l'autre R. Chila. Celle de Rav décrit Gvini le héraut proclamant l'appel des trois classes du Temple -- kohanim au service, leviim à l'estrade, Israël au maamad -- d'une voix portant à trois parsaot.
Il arriva que le roi Agrippas cheminait et entendit sa voix à trois parsaot ; en rentrant chez lui, il lui envoya des présents. Et malgré cela, le Kohen Gadol le surpasse.
Car le Maître a dit : il arriva une fois qu'[un Kohen Gadol] dit 'de grâce, Hachem' (Ana Hachem) et sa voix s'entendit jusqu'à Jericho. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : de Jérusalem à Jericho, dix parsaot.
Anecdote sur la puissance de cette voix : le roi Agrippas l'entendit à trois parsaot et lui envoya des présents. Pourtant la voix du Kohen Gadol la surpassait : lors de la confession ('Ana Hachem') à Yom Kippour, elle porta jusqu'à Jericho, soit dix parsaot.
Et bien qu'ici (le Kohen Gadol) il y ait la faiblesse, et que là (Gvini) il n'y ait pas de faiblesse ; et qu'ici ce fut de jour, et là de nuit.
La supériorité du Kohen Gadol est d'autant plus remarquable que deux facteurs jouaient contre lui : la faiblesse du jeûne de Yom Kippour (Gvini, lui, était dispos), et le fait qu'il parlait de jour (la voix porte moins), alors que Gvini criait de nuit.
Car Rabbi Levi a dit : pourquoi la voix de l'homme ne s'entend-elle pas le jour comme elle s'entend la nuit ? À cause de l'orbe solaire (galgal hama) qui scie dans le firmament comme un charpentier qui scie des cèdres.
Et cette poussière du jour (hirga d'yoma), 'la' est son nom. C'est ce que dit Nabuchodonosor : 'et tous les habitants de la terre sont comptés pour rien (kla)' (Daniel 4,32).
D'où vient qu'une voix porte moins le jour ? Rabbi Levi : à cause du galgal hama (l'orbe solaire) qui 'scie' dans le firmament comme un charpentier des cèdres -- ce vacarme couvre les sons. La 'poussière du jour' (hirga) visible dans un rayon se nomme 'la' (rien), rapproché du 'kla' (comptés pour rien) de Daniel. Le Ben Yehoyada lit tout ceci comme un sod sur la supériorité de l'étude nocturne.
Nos Maîtres ont enseigné : n'était l'orbe solaire, on entendrait la rumeur de Rome ; et n'était la rumeur de Rome, on entendrait le [bruit de l']orbe solaire. Nos Maîtres ont enseigné : trois voix vont d'un bout du monde à son autre bout, et les voici : la voix de l'orbe solaire, la voix de la rumeur de Rome, et la voix de l'âme à l'instant où elle sort du corps.
Et d'aucuns disent : aussi l'enfantement.
Élargissement aggadique : n'était le vacarme de l'orbe solaire, on entendrait la rumeur de Rome, et inversement -- chacun masque l'autre. Puis : trois voix traversent le monde d'un bout à l'autre -- l'orbe solaire, la rumeur de Rome, et l'âme quittant le corps ; certains ajoutent l'enfantement.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).