Yoma 20b -- du prélèvement des cendres (terumat hadeshen) au 'chant du gever' : la mahloket Rav / R. Chila (l'appel de l'homme ou le chant du coq), le récit de Rav servant d'interprète chez R. Chila, puis une longue aggada sur la puissance de la voix, l'orbe solaire qui couvre les sons du jour et les trois voix qui traversent le monde.

Yoma 20b

Sougya : Ce daf achève d'abord la discussion sur l'horaire du prélèvement des cendres : R. Yo'hanan montre, par 'donne un matin au matin de la nuit', que toute la nuit convient et que les Sages fixent le moment selon le besoin -- au chant du coq les jours ordinaires, dès minuit à Yom Kippour (faiblesse du Kohen Gadol), dès la première veille aux fêtes.

La guemara interroge alors l'expression 'keriat hagever' : Rav y lit l'appel du héraut (kara gavra), R. Chila le chant du coq (kara tarnegola) ; deux baraitot appuient chacune une position.

S'intercale le célèbre récit de Rav, inconnu, servant d'amora chez R. Chila, qui refuse ensuite de céder sa place ('on monte en sainteté, on ne descend pas').

Le daf bascule enfin dans l'aggada : Gvini le héraut dont la voix portait à trois parsaot, le Kohen Gadol entendu jusqu'à Jericho (dix parsaot) malgré le jeûne et le jour, et l'explication de R. Levi -- l'orbe solaire (galgal hama) 'scie' dans le firmament et couvre les sons du jour -- que le Ben Yehoyada relit tout entière comme un sod sur la primauté de l'étude nocturne ; enfin, les trois voix qui vont d'un bout du monde à l'autre.

Quand prélève-t-on les cendres de l'autel ? (terumat hadeshen) Toute la nuit convient (R. Yo'hanan) ; les Sages fixent l'heure selon le besoin. tombée de la nuit minuit (hatsot) aube (amoud hashahar) Fêtes (regalim) : 1re veille Pèlerins et sacrifices nombreux ; le parvis se remplit très tôt. Yom Kippour : dès minuit Faiblesse (houlcha) du Kohen Gadol qui assure seul tout le service. Jour ordinaire : au chant du coq (keriat hagever), tout près de l'aube, avant ou après. Peu de sacrifices : cela suffit. Plus le service est lourd, plus on prelève tôt dans la nuit. segments 0-2
Les trois horaires du prélèvement des cendres selon la charge du service.
Que signifie 'keriat hagever' (le chant du gever) ? Le mot 'gever' désigne à la fois l'homme et le coq -- d'où la mahloket. Rav : kara gavra = l'appel de l'HOMME Le héraut du Temple crie : 'Levez-vous, kohanim, à votre service !' Baraita à l'appui : Gvini le héraut (appel des 3 classes) segments 3-6 R. Chila : kara tarnegola = le chant du COQ Le coq est lui aussi appelé 'gever'. Baraita à l'appui : 'qui sort avant le chant du gever, son sang retombe sur sa tête' segment 6 Le récit : Rav, inconnu, sert d'amora (interprète) chez R. Chila Rav traduit keriat hagever par 'kara gavra'. R. Chila le reprend : dis 'kara tarnegola'. Rav : 'un hautbois pour les nobles est musique ; pour les tisserands, non' -- ma leçon, prisée des grands maîtres, tu ne sais l'apprécier. Rav révèle qu'il la tient de R. Chiyya. R. Chila : 'Maître serait-il Rav ? Repose-toi !' Rav refuse : 'qui s'est loué cardé la laine' -- 'on monte en sainteté, on ne descend pas'.
La mahloket Rav / R. Chila sur 'keriat hagever' et le récit qui l'accompagne.
Pourquoi la voix porte moins le jour, et les trois voix du monde R. Levi : l'orbe solaire (galgal hama) 'scie' dans le firmament et couvre les sons. galgal hama scie comme un charpentier dans les cèdres -> vacarme couvre la voix de l'homme (inaudible loin, le jour) la nuit : pas de vacarme, la voix porte au loin Trois voix vont d'un bout du monde à l'autre 1. l'orbe solaire galgal hama (BY : la voix de la Torah) 2. la rumeur de Rome hamona shel Romi (BY : la royauté d'Edom) 3. l'âme qui sort du corps (à la mort) yech omrim : aussi l'enfantement L'orbe solaire et Rome se couvrent l'un l'autre : n'était l'un, on entendrait l'autre. segments 9-10
Le galgal hama qui couvre les sons du jour, et les trois voix qui traversent le monde.
1
וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ מֵחֲצוֹת דְּאוֹרָייְתָא הִיא, הֵיכִי מַקְדְּמִינַן (וְהֵיכִי מְאַחֲרִינַן)?

Et si tu venais à penser que [le prélèvement des cendres] est [permis] dès minuit selon la Torah -- comment le faisons-nous plus tôt (et comment le faisons-nous plus tard) ?

📜 Rachi (2)
וְאִי דְּאוֹרָייְתָא הוּא הֵיכִי מַקְדְּמִינַן גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן הֵיכִי מְאַחֲרִינַן הֲלֹא כָּל חֶצְיוֹ רָאוּי לַהֲרָמָה וּמַה לָנוּ אִם יְאַחֵר:
'Et si c'est de la Torah, comment le fait-on plus tôt' -- telle est la leçon [du texte], et l'on ne lit pas 'comment le fait-on plus tard', car toute la [seconde] moitié [de la nuit] convient au prélèvement : que nous importe qu'on le fasse plus tard ?
הֵיכִי מַקְדְּמִינַן אֲפִילּוּ דֶּשֶׁן הַמְעֻוכָּל יָפֶה וְהָא אָמַרְתָּ חֶצְיוֹ לַהֲרָמָה אַלְמָא אֵין חֲצִי הָרִאשׁוֹן כָּשֵׁר לְכָךְ:
'Comment le fait-on plus tôt' -- [prétendrais-tu que] même les cendres déjà bien consumées [conviennent] ? Or tu as dit que [seule] sa [seconde] moitié sert au prélèvement -- preuve que la première moitié n'y est pas apte.
🗂️ Tossefot (1)
הֵיכִי מַקְדְּמִינַן וְהֵיכִי מְאַחֲרִינַן רַשִׁ"י לָא גָרֵס הֵיכִי מְאַחֲרִינַן וְנִרְאֶה לִי דְּשַׁפִּיר גָּרֵס לֵיהּ דְּכֵיוָן דִּזְמַנּוֹ קָבוּעַ מֵחֲצוֹת וְאֵילָךְ הֵיכִי מַקְדִּימִין בָּרְגָלִים וּבְכָל יוֹם הֵיכִי מְאַחֲרִין דְּמַשְׁמַע שֶׁלְּעוֹלָם הָיוּ רְגִילִים לִתְרֹום בִּקְרוֹת הַגֶּבֶר סָמוּךְ לוֹ מִלְּפָנָיו אוֹ מִלְּאַחֲרָיו וְאַמַּאי וְהָא זְרִיזִין מַקְדִּימִין לְמִצְוֹת וְכִי הֵיכִי דְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר זְמַנּוֹ עַד ד' שָׁעוֹת וְאַפֵּ"ה הָיוּ מַקְדִּימִין בְּהֵאִיר הַמִּזְרָח דְּהַיְינוּ מִתְּחִילַּת זְמַן שֶׁקָּבְעָה לוֹ תּוֹרָה ה"נ אַמַּאי מְאַחֲרִינַן לֵיהּ לְכַתְּחִילָּה עַד קְרוֹת הַגֶּבֶר:
Rachi ne lit pas 'comment le fait-on plus tard'. Mais il me semble qu'on le lit à bon droit : puisque son temps est fixé à partir de minuit, comment le devance-t-on aux fêtes, et chaque jour comment le retarde-t-on ? -- ce qui indique qu'on avait toujours coutume de prélever au chant du coq, tout près, avant ou après. Et pourquoi ? Or les empressés devancent [l'accomplissement] des mitsvot ! De même que le tamid du matin a pour temps [limite] la 4e heure et que pourtant on le devançait dès que l'orient s'éclairait -- c'est-à-dire dès le début du temps que la Torah lui a fixé -- ici aussi, pourquoi le retarder à priori jusqu'au chant du coq ?
💡 Explication

La michna a fixé le prélèvement des cendres (terumat hadeshen) à des horaires variables selon les jours. La guemara objecte : si ce temps était fixé à minuit par la Torah, comment justifier qu'on le devance (fêtes, Yom Kippour) ou qu'on le retarde (jours ordinaires) ? Un horaire d'origine toranique ne se déplace pas au gré du besoin.

2
אֶלָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר: ״כָּל הַלַּיְלָה״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁהוּא עַד הַבֹּקֶר? וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״עַד הַבֹּקֶר״ — תֵּן בֹּקֶר לְבָקְרוֹ שֶׁל לַיְלָה.

Plutôt, dit Rabbi Yo'hanan : du sens de ce qui est dit 'toute la nuit', ne sais-je pas [déjà] que c'est jusqu'au matin ? Que vient donc enseigner 'jusqu'au matin' ? -- Ajoute un [autre] matin au matin de la nuit.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא א"ר יוֹחָנָן לָא תֵּימָא חֶצְיוֹ לְכָךְ וְחֶצְיוֹ לְכָךְ אֶלָּא הָכִי דְּרֵישׁ הַכָּתוּב הֶכְשֵׁר כָּל הַלַּיְלָה בֵּין לְהַקְטָרָה שֶׁאֵין מְעֻוכָּלִין בֵּין לַהֲרָמָה אִם יֵשׁ דֶּשֶׁן מְעֻוכָּל וַחֲצוֹת דְּעוֹשֶׂה עִיכּוּל בְּאֵבָרִים שֶׁמָּשְׁלָה בָּהֶן הָאוּר מֵהָכָא נָפְקָא מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר בְּהַקְטָרָה כָּל הַלַּיְלָה עַל מוֹקְדָה אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁעַד הַבֹּקֶר קָרוּי לַיְלָה:
'Plutôt, dit R. Yo'hanan' -- ne dis pas 'sa moitié pour ceci, sa moitié pour cela' ; plutôt le verset se derache ainsi : toute la nuit convient aussi bien à la combustion [des membres] qui ne sont pas [encore] consumés qu'au prélèvement s'il y a des cendres consumées ; et [le seuil de] minuit -- qui produit la consomption des membres que le feu a saisis -- provient d'ici : du sens de ce qui est dit à propos de la combustion, 'toute la nuit sur le foyer', ne sais-je pas que [le temps] jusqu'au matin est appelé nuit ?
וּמַה ת"ל עַד בֹּקֶר תֵּן הַשְׁכָּמָה אַחֶרֶת לְבַקְּרוֹ שֶׁל לַיְלָה בָּוקְרוֹ שֶׁל לַיְלָה הוּא עֲלוֹת הַשַּׁחַר וְנָתַן לְךָ הַכָּתוּב בּוֹ בֹּקֶר אַחֵר לוֹמַר שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַקְטִיר מִן הַשְׁכָּמָה וְאֵילָךְ וְכֵיוָן שֶׁלֹּא נָתַן זְמַן בְּאוֹתוֹ בֹּקֶר עַל כָּרְחָךְ הוּא חֲצוֹת לַיְלָה הִלְכָּךְ הוֹאִיל וְכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לַהֲרָמָה קָבְעוּ חֲכָמִים זְמַנָּהּ הַכֹּל לְפִי שָׁעָה בְּכָל יוֹם דְּלָא נְפִישִׁי קָרְבָּנוֹת וְרַב לָהֶם הַיּוֹם בִּקְרוֹת הַגֶּבֶר סַגִּי:
'Que vient enseigner jusqu'au matin ? Ajoute un autre lever au matin de la nuit' -- le matin de la nuit, c'est le lever de l'aube ; le verset t'y a donné un autre matin pour dire qu'il n'est pas nécessaire de brûler au-delà de ce lever. Et puisqu'il n'a fixé aucun temps à ce matin-là, force est que [le seuil] est minuit. Aussi, puisque toute la nuit convient au prélèvement, les Sages en ont fixé le temps selon le besoin du jour : chaque jour où les sacrifices ne sont pas nombreux et où la journée leur suffit, [prélever] au chant du coq suffit.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא א"ר יוֹחָנָן מִמַּשְׁמָע שֶׁנֶּאֱמַר כו' בְּפֶ' הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פּוֹ:) לֹא גָּרַס רַשִׁ"י אֶלָּא וּפֵירֵשׁ דְּרַבִּי יוֹחָנָן מְתָרֵץ לִקְרָאֵי כְּרַב חֶצְיוֹ לְהַקְטָרָה וְחֶצְיוֹ לַהֲרָמָה מִיהוּ הַייְנוּ דַּוְקָא בִּשְׁרִירֵי וְגַבֵּי הֲרָמָה מִקְּרָא אַחַרְיַנָא נָפְקָא לָן דִּכְתִיב עַד בֹּקֶר תֵּן בֹּקֶר לְבָקְרוֹ שֶׁל לַיְלָה וּמוֹקְמִינַן לֵיהּ בַּהֲרָמָה וְלֹא מְסָרָן הַכָּתוּב אֶלָּא לַחֲכָמִים לִהְיוֹת מַשְׁכִּימִין כָּל מַה שֶׁיִּרְצוּ לְפִי הַצֹּורֶךְ וְקָשֶׁה דִּקְרָא דְּעַד בֹּקֶר דִּכְתִיב בְּהַקְטָרָה הֵיכִי מוֹקְמִינַן לֵיהּ בַּהֲרָמָה וְעוֹד דִּבְכָל הַסְּפָרִים גָּרְסִי' אֶלָּא וְיֵשׁ פֵּירוּשִׁים אֲחֵרִים שֶׁל רַשִׁ"י שֶׁפֵּירֵשׁ בָּהֶם דְּגָרְסִינַן אֶלָּא וּפֵירֵשׁ דְּרַבִּי יוֹחָנָן פְּלִיג אַדְּרַב וס"ל דְּכָל הַלַּיְלָה קָאֵי אַהַקְטָרָה וְקָאֵי אַהֲרָמָה דְּכָל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לְהַקְטָרָה כְּשֶׁאֵין דֶּשֶׁן וְכָשֵׁר לַהֲרָמָה אִם יֵשׁ דֶּשֶׁן מְעֻוכָּל וְגַבֵּי הַקְטָרָה כְּתִיב בֹּקֶר מְיֻותָּר לוֹמַר תֵּן בֹּקֶר לְבָקְרוֹ שֶׁל לַיְלָה וְהַיְינוּ בִּשְׁרִירֵי דַּחֲצוֹת עוֹשֶׂה עִיכּוּל וְהָכִי מִידְּרִישׁ קְרָא תֵּן הַשְׁכָּמָה אַחַת לְבַקְּרוֹ שֶׁל לַיְלָה וּבִקְּרוֹ שֶׁל לַיְלָה הוּא עַמּוּד הַשַּׁחַר וְנָתַן לְךָ הַכָּתוּב בֹּקֶר אַחֵר לוֹמַר שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַקְטִיר מִן הַשְׁכָּמָה וְאֵילָךְ וְכֵיוָן שֶׁלֹּא קָבַע זְמַן לְאוֹתוֹ בֹּקֶר עַל כָּרְחָךְ הוּא חֲצוֹת לַיְלָה שְׁמַע מִינָּה דְּבִשְׁרִירֵי תָּלוּי בַּחֲצוֹת וּבְדֶשֶׁן מְעֻוכָּל דְּלֵית בֵּיהּ מַמָּשָׁא כָּל הַלַּיְלָה וְהֵרִים אֲבָל אִית בֵּיהּ מִמַּשָּׁא כָּל הַלַּיְלָה וְהִקְטִיר וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּכָאן וּבְפֶ' שֵׁנִי דִּמְגִילָּה (דַּף כ:) דְּקָאָמַר כָּל הַלַּיְלָה כָּשֵׁר לְהַקְטָרָה קָשֶׁה אַמַּאי לָא קָאָמַר נַמֵּי לַהֲרָמָה וְי"ל מִשּׁוּם דִּבְשׁוּם פַּעַם לֹא הָיוּ רְגִילִין לִתְרֹום קֹודֶם אַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה לָא קָתָנֵי לֵיהּ:
Au chapitre 'Ha-mizbeah mekadesh' (Zevahim 86b), Rachi ne lit pas 'ela' ('plutôt') et explique que R. Yo'hanan résout les versets comme Rav -- sa moitié pour la combustion, sa moitié pour le prélèvement -- mais cela vaut uniquement pour les [membres encore] entiers (chririm) ; quant au prélèvement, on l'apprend d'un autre verset, 'jusqu'au matin : donne un matin au matin de la nuit', qu'on rapporte au prélèvement, et le verset ne l'a confié qu'aux Sages, pour se lever aussi tôt qu'ils le veulent selon le besoin. Difficulté : le verset 'jusqu'au matin', écrit à propos de la combustion, comment le rapporter au prélèvement ? De plus, dans tous les livres on lit 'ela'. Il existe d'autres commentaires de Rachi où il explique qu'on lit bien 'ela' et que R. Yo'hanan diverge de Rav : il tient que 'toute la nuit' se rapporte [à la fois] à la combustion et au prélèvement -- toute la nuit convient à la combustion quand il n'y a pas [de cendres] et au prélèvement s'il y a des cendres consumées ; et à propos de la combustion est écrit un 'matin' superflu pour dire 'donne un matin au matin de la nuit', et cela concerne les [membres] entiers, car minuit produit la consomption. Ainsi se derache le verset : 'donne un lever au matin de la nuit' -- le matin de la nuit, c'est l'amoud hashahar ; le verset t'a donné un autre matin pour dire qu'il n'est pas nécessaire de brûler au-delà de ce lever, et puisqu'il n'a pas fixé de temps à ce matin, force est que c'est minuit. On en déduit : pour les [membres] entiers cela dépend de minuit ; pour les cendres consumées où il n'y a plus de substance, toute la nuit il prélève ; mais s'il y reste de la substance, toute la nuit il brûle. Ainsi Rachi a-t-il expliqué ici et au 2e chapitre de Meguila (20b), où il dit 'toute la nuit convient à la combustion'. Difficulté : pourquoi ne dit-il pas aussi 'au prélèvement' ? On peut répondre : parce qu'on n'avait jamais coutume de prélever avant la première veille, il ne l'enseigne pas.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan déracine le seuil de minuit d'un verset (Lev. 6) : 'toute la nuit... jusqu'au matin'. Le mot 'matin' semble redondant ('toute la nuit' impliquait déjà jusqu'au matin) ; il enseigne donc : ajoute un matin au matin de la nuit -- lève-toi avant l'aube. Mais aucune heure précise n'est imposée : la Torah confie aux Sages le soin de fixer le moment selon le besoin.

3
הִלְכָּךְ, בְּכָל יוֹם תּוֹרְמִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ בִּקְרִיאַת הַגֶּבֶר אוֹ סָמוּךְ לוֹ, בֵּין מִלְּפָנָיו בֵּין מִלְּאַחֲרָיו — סַגְיָא. בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, דְּאִיכָּא חֻולְשָׁא דְּכֹהֵן גָּדוֹל — עָבְדִינַן מֵחֲצוֹת. וּבָרְגָלִים, דִּנְפִישִׁי יִשְׂרָאֵל וּנְפִישִׁי קָרְבָּנוֹת — עָבְדִינַן מֵאַשְׁמֹורֶת הָרִאשׁוֹנָה. כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא: לֹא הָיְתָה קְרִיאַת הַגֶּבֶר מַגַּעַת עַד שֶׁהָיְתָה עֲזָרָה מְלֵאָה מִיִּשְׂרָאֵל.

C'est pourquoi, chaque jour, on prélève les cendres de l'autel au chant du coq ou tout près -- avant lui ou après lui -- cela suffit. À Yom Kippour, où il y a la faiblesse du Kohen Gadol, on [le] fait des minuit.

Et aux fêtes, où les Israélites sont nombreux et les sacrifices nombreux, on [le] fait des la première veille -- comme l'enseigne la raison [de la michna] : le chant du coq n'arrivait pas [encore] que déjà le parvis était plein d'Israël.

📜 Rachi (2)
ביוה"כ דְּאִיכָּא חֻולְשָׁא דכ"ג שֶׁהֲרֵי עָלָיו לְבַדּוֹ הוּא מֻוטָּל צָרִיךְ לְהַשְׁכִּים יוֹתֵר:
'À Yom Kippour, où il y a la faiblesse du Kohen Gadol' -- car [tout le service] repose sur lui seul, il doit se lever plus tôt.
דִּנְפִישִׁי קָרְבָּנוֹת וְרַב הַדֶּשֶׁן בִּמְקוֹם הַמַּעֲרָכָה וְצָרִיךְ לְהַעֲלוֹת אֶת הַדֶּשֶׁן לַתַּפּוּחַ לְאַחַר הַהֲרָמָה כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת תָּמִיד (דַּף כֹּח:) מַעֲלִין הָאֵפֶר לַתַּפּוּחַ וְתַפּוּחַ הוּא גַּל שֶׁל אֵפֶר כְּמִין תַּפּוּחַ שֶׁל עֲנָבִים הַנִּדְרָךְ בַּגַּת שֶׁשָּׁם כָּנְסוּ אֵפֶר שֶׁל כָּל יְמוֹת הֶחָג וְהוּא בְּאֶמְצַע הַמִּזְבֵּחַ וּפְעָמִים שֶׁהוּא עָלָיו כג' מֵאוֹת כּוּר לְפִיכָךְ צָרִיךְ לְהַקְדִּים לִתְרֹום מֵאַשְׁמוּרָה הָרִאשׁוֹנָה:
'Où les sacrifices sont nombreux' -- et il y a beaucoup de cendres à l'emplacement du bûcher, et il faut monter les cendres vers le tapouah après le prélèvement, comme on l'enseigne au traité Tamid (28b) : 'on monte les cendres vers le tapouah'. Le tapouah est un monticule de cendres en forme de pomme (comme le raisin foulé au pressoir), où l'on rassemblait les cendres de tous les jours de la fête ; il est au milieu de l'autel, et parfois il y en a jusqu'à environ 300 kor. C'est pourquoi il faut devancer et prélever dès la première veille.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דכ"ג עָבְדִינַן מֵחֲצוֹת מַשְׁמַע דְּאַפֵּי' תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן שֶׁהִיא עֲבוֹדַת הַלַּיְלָה אֵינָהּ כְּשֵׁירָה אֶלָּא בּוֹ וּלְהָכִי מַקְדְּמִינַן לֵיהּ כְּדֵי שֶׁיָּנוּחַ בֵּין עֲבוֹדָה זוֹ לַעֲבוֹדַת הַיּוֹם וְרִיבָ"א פֵּירֵשׁ דְּלָא גָּרְסִי' כ"ג אֶלָּא הָכִי גָּרְסִי' מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְכֹהֵן קֹודֶם שֶׁהַכֹּהֵן הַתּוֹרֵם יְהֵא חַלָּשׁ דְּאִי כ"ג תּוֹרֵם א"כ לִיחְשְׁבֵיהּ לְהָא טְבִילָה דִּטְבֵיל בַּהֲדֵי חָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין שכ"ג טוֹבֵל בּוֹ בַּיּוֹם וְכֵן עָשָׂה הַפַּיָּיט הוּקְמוּ מֵחֲצוֹת דֶּשֶׁן לְנַעֲרָה כְּפַיִיס דֶּשֶׁן הַבְעָרָה אַלְמָא שֶׁהָיוּ מְפַייְּסִין ביוה"כ מִי תּוֹרֵם ור"י אוֹמֵר דְּשַׁפִּיר גָּרַס כ"ג דִּלְהָכִי מַקְדְּמִי לִתְרֹום וּלְסַדֵּר מַעֲרָכָה וּלְסַלֵּק הָאֵבָרִים שֶׁלֹּא נִתְעַכְּלוּ כְּדֵי שֶׁיִּמָּצֵא כֹּהֵן גָּדוֹל מְזֻומָּן כָּל מַה שֶּׁצָּרִיךְ מִיָּד כְּשֶׁיַּעֲלֶה עַמּוּד הַשַּׁחַר קֹודֶם שֶׁיִּהְיֶה רָעֵב וְחַלָּשׁ:
'À cause de la faiblesse du Kohen Gadol on [le] fait des minuit' -- cela indique que même le prélèvement des cendres, qui est un service de nuit, n'est valide que par lui [le KG] ; et c'est pourquoi on le devance, afin qu'il se repose entre ce service et le service du jour. Le Riva a expliqué qu'on ne lit pas 'Kohen Gadol' mais 'à cause de la faiblesse du kohen', c'est-à-dire avant que le kohen qui prélève ne soit affaibli ; car si [c'était] le Kohen Gadol qui prélevait, il faudrait compter cette immersion (tevila) parmi les cinq immersions et dix sanctifications (kidouchin) qu'il accomplit ce jour-là. Et de même le paytan a composé : 'ils se levèrent dès minuit pour secouer les cendres, comme le tirage au sort (payis) des cendres de la combustion' -- preuve qu'à Yom Kippour on tirait au sort qui prélève. Le Ri dit qu'on lit bien 'Kohen Gadol' : on devance pour prélever, disposer le bûcher et retirer les membres non consumés, afin que le Kohen Gadol trouve tout prêt dès le lever de l'aube, avant d'avoir faim et d'être affaibli.
💡 Explication

Conclusion pratique : trois régimes selon la charge du service. Jour ordinaire -- au chant du coq (peu de sacrifices, cela suffit). Yom Kippour -- dès minuit, à cause de la faiblesse (houlcha) du Kohen Gadol qui assure seul tout le service. Fêtes -- dès la première veille, car les pèlerins et les offrandes affluent et le parvis se remplit tôt.

4
מַאי: ״קְרִיאַת הַגֶּבֶר״? רַב אָמַר: קָרָא גַּבְרָא. רַבִּי שִׁילָא אָמַר: קְרָא תַּרְנְגוֹלָא.

Que signifie 'keriat hagever' (le chant du gever) ? Rav dit : [c'est] l'appel de l'homme (kara gavra).

R. Chila dit : [c'est] le chant du coq (kara tarnegola).

📜 Rachi (1)
קְרָא גַּבְרָא מַכְרִיז הַמְמֻונֶּה עַל הַכָּרוֹז וְאוֹמֵר עָמְדוּ כֹּהֲנִים לַעֲבוֹדַתְכֶם כִּדְקָתָנֵי בַּבָּרַיְיתָא בִּשְׁמַעְתִּין:
'Kara gavra' -- le préposé au héraut proclame et dit : 'levez-vous, kohanim, pour votre service', comme l'enseigne la baraita dans notre sougya.
⚖️ Rosh (1)
יֵשׁ מְקוֹמוֹת שֶׁנָּהֲגוּ לִשְׁחֹוט עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים תַּרְנְגוֹל לְכַפָּרָה. וְנִמְצָא דָּבָר זֶה בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים וְשֶׁשְּׁאַלְתֶּם שֶׁאָנוּ רְגִילִים לִשְׁחֹוט עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים תַּרְנְגוֹל וְאֵין אָנוּ יוֹדְעִים עִנְיָן זֶה לָמָּה אִי מִשּׁוּם תְּמוּרָה מַאי שְׁנָא תַּרְנְגוֹל מִבְּהֵמָה וְחַיָּה. הָא וַדַּאי קֻושְׁיָא הִיא אֶלָּא שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שְׁנֵי טְעָמִים אֶחָד שֶׁהַתַּרְנְגוֹל מָצוּי בַּבַּיִת מִכָּל בְּהֵמָה וְחַיָּה וְעוֹף. וְעוֹד יֵשׁ בִּמְקוֹמֵינוּ עֲשִׁירִים שֶׁעוֹשִׂים תְּמוּרָה אֵילִים וְעִיקַּר בַּעֲלֵי קַרְנַיִם דְּמוּת אֵילּוּ דְּשֶׁל יִצְחָק אָבִינוּ לְפִיכָךְ לֹא דָּבָר קָבוּעַ הוּא. וְעוֹד שָׁמַעְנוּ מֵחֲכָמִים הַקַּדְמוֹנִים שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁהַבְּהֵמָה דָּמֶיהָ יְקָרִים יוֹתֵר מֵהַתַּרְנְגוֹל אַף עַל פִּי כֵן תַּרְנְגוֹל מֻובְחָר לְפִי שֶׁשְּׁמוֹ גְּבַר כִּדְאָמְרִינַן (לְעֵיל כ:) מַאי קְרִיאַת גֶּבֶר אָמַר רַב קְרָא גַּבְרָא. דְּבֵי רַבִּי שֵׁילָא אָמְרִי קְרָא תַּרְנְגוֹלָא. וְתַנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי שֵׁילָא הַיּוֹצֵא קֹודֶם קְרוֹת הַגֶּבֶר דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ. וְכֵיוָן שֶׁשְּׁמוֹ גֶּבֶר תְּמוּרָה גָּבַר בְּגֶבֶר טְפֵי מֵהָנָךְ מְעַלֵּי. וְכָךְ רְגִילִין כָּאן אוֹחֵז שָׁלִיחַ תַּרְנְגוֹל וּמַנִּיחַ יָדוֹ עַל רֹאשׁ הַתַּרְנְגוֹל וְנוֹטְלוֹ וּמַנִּיחַ יָדוֹ עַל רֹאשׁ מִתְכַּפֵּר וְאוֹמֵר זֶה תַּחַת זֶה וְזֶה מְחֻולָּל עַל זֶה וּמַחֲזִירוֹ עָלָיו פַּעַם אַחֶרֶת וְאוֹמֵר בְּנֵי אָדָם יֹושְׁבֵי חֹשֶׁךְ וְצַלְמָוֶת וְגוֹ' יוֹצִיאֵם מֵחֹשֶׁךְ וְצַלְמָוֶת וְגוֹ' אֱוִילִים מִדֶּרֶךְ פִּשְׁעָם וְגוֹ' כָּל אֹוכֶל תְּתַעֵב נַפְשָׁם וְגוֹ' וַיִּזְעֲקוּ אֶל ה' בַּצַּר לָהֶם וְגוֹ' יִשְׁלַח דְּבָרוֹ וְיִרְפָּאֵם וְגוֹ' יוֹדוּ לַה' חַסְדּוֹ וְגוֹ' נֶפֶשׁ תַּחַת נָפֶשׁ. וְעוֹשֶׂה כַּסֵּדֶר הַזֶּה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים וְאַחַר כָּךְ מַנִּיחַ יָדוֹ עַל רֹאשׁ הַתַּרְנְגוֹל תַּבְנִית סְמִיכָה וְסוֹמֵךְ עָלָיו וְשׁוֹחֲטוֹ לְאַלְתַּר תֵּכֶף לִסְמִיכָה שְׁחִיטָה. וּרְגִילִים לִיתֵּן לַעֲנִיִּים כְּדֵי שֶׁיְּהֵא כַּפָּרָה לְנַפְשׁוֹ. וּמַה שֶׁאָנוּ רְגִילִין לִזְרֹוק אֶת בְּנֵי מֵעַיִם עַל הַגַּג הַייְנוּ כְּדֵי לְיִתְּנֵם לְעוֹפוֹת. וְיֵשׁ לְהָבִיא רְאָיָה לָזֶה קְצָת מֵהַהִיא דְּמַסֶּכֶת חֻולִּין (דַּף צה. וְקֵי:) רָמֵי בַּר תַּמְרֵי דְּהוּא רָמֵי בַּר דִּיקּוּלֵי אִיקְּלַע לְמַעֲרָבָא בְּמַעֲלֵי יוֹמֵי דְּכִיפּוּרֵי חַזְייֵהּ כִּדְקָא שָׁדוּ כַּבְדָּא וְכוֹלְייָתָא אֲזַל שַׁקְלִינְהוּ מִשּׁוּם דְּהָאִידָּנָא דְּהֶיתֵּרָא שְׁכִיחָא טְפֵי:
Il est des lieux où l'on a coutume, la veille de Yom Kippour, d'égorger un coq en guise d'expiation (kappara). Cela se trouve dans une réponse des Gueonim : 'Vous avez demandé : nous avons coutume d'égorger un coq la veille de Yom Kippour et nous ne savons pas pourquoi.' Si c'est au titre d'un substitut (temoura), en quoi le coq diffère-t-il du bétail ou de la bête sauvage ? C'est certes une objection, mais il y a à cela deux raisons. Premièrement, le coq se trouve à la maison plus [aisément] que tout bétail, bête ou volatile. En outre, il est chez nous des riches qui font le substitut avec des béliers -- surtout des animaux à cornes, à l'image du bélier d'Its'hak notre père -- donc ce n'est pas une chose fixe. Nous avons de plus entendu des anciens Sages que, bien que le prix de l'animal soit plus élevé que celui du coq, le coq est néanmoins préféré parce que son nom est 'gever', comme nous disons (supra 20b) : 'que signifie keriat gever ? Rav dit : kara gavra ; l'école de R. Chila dit : kara tarnegola', et une baraita enseigne comme R. Chila : 'celui qui sort avant le chant du gever, son sang retombe sur sa tête'. Et puisque son nom est 'gever', le substitut 'gever contre gever' est préférable à ceux-là. Ainsi a-t-on coutume ici : l'officiant saisit le coq, pose sa main sur la tête du coq, le prend et pose sa main sur la tête de celui qui s'expie, et dit 'celui-ci à la place de celui-là, celui-ci est échangé contre celui-là', et il le fait tourner autour de lui ; une autre fois il dit 'les hommes assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort... il les fait sortir des ténèbres...' [Ps. 107], 'insensés par la voie de leur péché...', 'toute nourriture leur répugne...', 'ils crient vers l'Éternel dans leur détresse...', 'il envoie sa parole et les guérit...', 'qu'ils rendent grâce à l'Éternel de sa bonté...', 'âme contre âme'. Il procède ainsi trois fois, puis pose sa main sur la tête du coq à la manière de la semikha, s'appuie sur lui et l'égorge aussitôt -- l'égorgement (chehita) immédiatement après l'imposition (semikha). On a coutume de [le] donner aux pauvres, afin que ce soit une expiation pour son âme. Et ce que nous avons coutume de jeter les entrailles sur le toit, c'est pour les donner aux oiseaux. On peut en apporter une légère preuve du traité Houlin (95a, 110b) : Rami bar Tamri, qui est Rami bar Diqoulei, arriva à l'Ouest (Erets Israël) la veille de Yom Kippour ; il les vit jeter le foie et les rognons, il alla les ramasser, parce qu'aujourd'hui le [foie] permis est plus fréquent.
💡 Explication

La michna employait l'expression keriat hagever. La guemara ouvre une mahloket sur son sens : Rav -- 'l'appel de l'homme' (kara gavra), le héraut du Temple qui convoque les kohanim ; R. Chila -- 'le chant du coq' (kara tarnegola), le coq étant lui aussi appelé 'gever'.

5
רַב אִיקְּלַע לְאַתְרֵיהּ דְּרַבִּי שֵׁילָא. לָא הֲוָה אָמוֹרָא לְמֵיקַם עֲלֵיהּ דְּרַבִּי שֵׁילָא, קָם רַב עָלֶיהָ, וְקָא מְפָרֵשׁ: מַאי ״קְרִיאַת הַגֶּבֶר״ — קָרָא גַּבְרָא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי שֵׁילָא, וְלֵימָא מַר: ״קְרָא תַּרְנְגוֹלָא״? אֲמַר לֵיהּ: ״אַבּוּב לְחָרֵי — זֶמֶר, לְגִרְדַאי — לָא מְקַבְּלוּהּ מִינֵּיהּ״.

Rav arriva au lieu de R. Chila.

Il n'y avait pas d'amora (interprète) pour se tenir devant R. Chila ; Rav se leva devant lui et interprétait : que signifie 'keriat hagever' ? -- kara gavra.

R. Chila lui dit : que Maître dise donc 'kara tarnegola' !

Il lui répondit : 'un hautbois pour les nobles -- c'est de la musique ; pour les tisserands -- ils ne l'agréent pas.'

📜 Rachi (5)
רַב אִיקְּלַע לְאַתְרֵיהּ דָּר' שִׁילָא וְלֹא הָיוּ מַכִּירִין אוֹתוֹ:
'Rav arriva au lieu de R. Chila' -- et on ne le connaissait pas [là-bas].
לֹא הָיָה אָמוֹרָא מְתֻורְגְּמָן הָעוֹמֵד לִפְנֵי חָכָם הַדַּרְשָׁן וְהֶחָכָם לוֹחֵשׁ לוֹ לְשׁוֹן עִבְרִית וְהוּא מְתַרְגֵּם לָרַבִּים לָשׁוֹן שֶׁהֵן שׁוֹמְעִין:
'Il n'y avait pas d'amora' -- [c'est] le meturgeman qui se tient devant le sage-prédicateur : le sage lui chuchote en hébreu, et lui traduit pour l'assemblée dans la langue qu'elle comprend.
וְקָא מְפָרֵשׁ קְרוֹת הַגֶּבֶר קְרָא גַּבְרָא נָפַל לוֹ בְּתוֹךְ הַדְּרָשׁ שֶׁלָּחַשׁ לוֹ ר' שִׁילָא קְרוֹת הַגֶּבֶר לָשׁוֹן עִבְרִי וְהוּא תִּרְגֵּם לָרַבִּים קְרָא גַּבְרָא:
'Et il interprétait keriat hagever = kara gavra' -- cela lui tomba au milieu du sermon que R. Chila lui chuchotait ; 'keriat hagever' en hébreu, et lui le traduisit pour l'assemblée 'kara gavra'.
אַבּוּב לְחָרֵי זֶמֶר חָלִיל שֶׁהוּא חָשׁוּב לִפְנֵי בְּנֵי חוּרִים זֶמֶר נָאֶה וְעָרֵב:
'Un hautbois pour les hommes libres -- c'est de la musique' -- une flûte, chose prisée des hommes libres, un chant beau et agréable.
לְגִרְדַאי לֹא קִבְּלוּהָ מִינֵּיהּ בָּא אֵצֶל גַּרְדִּיִּים לְשׁוֹרֵר וּלְחוֹלֵל לָהֶם לֹא הֻוכְשַׁר בְּעֵינֵיהֶם וּמָשָׁל הוּא כְּלוֹמַר פֵּירוּשׁ זֶה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לִפְנֵי שָׂרִים רַבִּים פְּעָמִים רַבּוֹת וְלֹא מִיחוּ בְּיָדִי עַכְשָׁיו פֵּירַשְׁתִּי לְפָנֶיךָ שֶׁאֵינְךָ גָּדוֹל כְּמוֹתָם וְלֹא קַבָּלָתוֹ:
'Pour les tisserands, ils ne l'agréent pas' -- [s'il] vient chez des tisserands pour chanter et jouer de la flûte, cela ne leur plaît pas. C'est une parabole : comme s'il disait, cette explication que j'ai donnée devant de grands seigneurs maintes fois sans qu'ils s'y opposent, je viens de la donner devant toi -- qui n'es pas aussi grand qu'eux -- et tu ne l'as pas agréée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי "קְרָא גַּבְרָא"? רַב אָמַר: קְרָא גַּבְרָא שֶׁהוּא הַמַּכְרִיז עָמְדוּ כֹּהֲנִים וְכוּ'. וְנִרְאֶה לִי לְכָךְ קָרְאוּ גֶּבֶר כִּי הוּא מַכְרִיז וּמְדַבֵּר לִשְׁלֹשָׁה כִּיתּוֹת שֶׁהֵם כֹּהֲנִים לְוִיִּם יִשְׂרְאֵלִים, וְכֻולָּם נִקְרְאוּ בָּנִים וְנִרְמְזוּ בְּאוֹתִיּוֹת גֶּבֶר שֶׁהוּא ג' בַּר. וּמַה שֶׁאָמַר לוֹ אַבּוּב לְחָרֵי זָמַר לְגַרְדָּאֵי הִמְשִׁיל עַצְמוֹ לָאַבּוּב כִּי הוּא עִיקַּר שְׁמוֹ אַבָּא וְאַבּוּב וְאַבָּא הֵם מִלּוֹת קְרוֹבוֹת, וְנָקֵיט חָרֵי כְּנֶגֶד דּוֹדוֹ רַבִּי חַיָּיא כִּי חָרֵי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ר בֵּי ח ייא וְהַיּוֹ"ד אֵינָהּ יוֹצֵא בְּמִבְטָא. וְהִמְשִׁיל רַב שִׁילָא לְגִרְדַאי כִּי גַּרְדִּי אוֹרֵג, וְכֵן הַדַּרְשָׁן אוֹרֵג רָאשֵׁי תֵּיבוֹת זֶה בָּזֶה בִּדְרָשָׁה. וְהָא דְּאָמַר גִּרְדַאי וְלָא נָקֵיט בַּעֲלֵי מְלָאכָה אַחֶרֶת דְּוַדַּאי יֵשׁ בַּעֲלֵי מְלָאכוֹת פְּחוּתִים מִמְּלָאכָה דְּגִרְדַאי? נִרְאֶה לִי דְּאִיתָא בְּסוֹטָה (סוֹטָה מח.) אָמַר רַב הוּנָא זִמְרָא דְּנַגָּדֵי וּדְבַקָּרֵי שְׁרֵי דְּגַרְדָּאֵי אֲסִיר, עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא הָיָה דַּרְכָּם שֶׁל גַּרְדָּאִים לִשְׁמֹועַ קוֹל זֶמֶר בִּשְׁעַת מְלָאכָה.
'Que signifie kara gavra ?' Rav dit : kara gavra, c'est celui qui proclame 'levez-vous, kohanim' etc. Il me semble qu'on l'a appelé 'gever' parce qu'il proclame et s'adresse aux trois classes -- kohanim, leviim et israélim -- toutes appelées 'fils' (banim), allusion dans les lettres de gever (guimel-beth-resh) qui se lisent 'guimel bar' (trois fils). Quant à ce qu'il lui a dit, 'un hautbois pour les nobles, un chant pour les tisserands' -- il s'est comparé lui-même à l'abbouv (hautbois), car son nom essentiel est Abba, et 'abbouv' et 'abba' sont des mots proches ; et il a pris 'horei' (nobles) en référence à son oncle Rabbi Hiyya, car het-resh (-youd) sont les initiales de Rabbi Hiyya (le youd ne se prononce pas). Il a comparé R. Chila aux tisserands, car le tisserand tisse, de même le prédicateur tisse les initiales l'une dans l'autre dans son sermon. Et pourquoi 'gardaei' (tisserands) et non un autre corps de métier, alors qu'il est certes des métiers plus vils que celui de tisserand ? Il me semble [que la réponse est] dans Sota (48a) : Rav Houna a dit, le chant des haleurs et des bouviers est permis, celui des tisserands est interdit -- vois là. Il en ressort que les tisserands avaient coutume d'écouter des chants pendant le travail.
💡 Explication

Récit : Rav, de passage et inconnu au lieu de R. Chila, sert d'amora (l'interprète public du sage). Il traduit keriat hagever par 'kara gavra'. R. Chila le reprend. Rav répond par un proverbe : un hautbois pour les nobles est musique, pour les tisserands non -- ma leçon, prisée des grands maîtres, tu ne sais l'apprécier.

6
כִּי הֲוָה קָאֵימְנָא עֲלֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא וּמְפָרֵישְׁנָא: מַאי ״קְרִיאַת הַגֶּבֶר״ — קָרָא גַּבְרָא, וְלָא אֲמַר לִי וְלָא מִידֵּי. וְאַתְּ אָמְרַתְּ לִי, אֵימָא: ״קְרָא תַּרְנְגוֹלָא״. אֲמַר לֵיהּ: מַר נִיהוּ רַב? נִינַח מַר. אֲמַר לֵיהּ, אָמְרִי אִינָשֵׁי: ״אִיתְּגַרְתְּ — לֵיהּ פּוֹץ עַמְרֵיהּ״. אִיכָּא דְאָמְרִי, הָכִי אָמַר לֵיהּ: ״מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ, וְלֹא מוֹרִידִין״.

'Quand je me tenais devant Rabbi Hiyya et interprétais : que signifie keriat hagever ? -- kara gavra, il ne m'a rien dit ; et toi tu me dis de dire kara tarnegola !' [R. Chila] lui dit : Maître serait-il Rav ?

Que Maître se repose ! Il lui répondit : les gens disent, 'tu t'es loué à lui -- carde sa laine'.

D'aucuns disent qu'il lui dit ainsi : 'on monte en sainteté et on ne descend pas'.

📜 Rachi (4)
מַר הוּא רַב שֶׁאַתָּה רָגִיל לָקוּם וּלְתַרְגֵּם לִפְנֵי ר' חַיָּיא שֶׁהוּא דּוֹדְךָ:
'Maître est-il Rav ?' -- [toi] qui as coutume de te lever et de traduire devant R. Hiyya, qui est ton oncle.
נִינַח מַר לֵךְ וְשָׁב בִּכְבוֹדְךָ שֶׁאֵינִי כְּדַאי שֶׁתְּהֵא מְתֻורְגְּמָנִי:
'Que Maître se repose' -- va t'asseoir avec honneur, car je ne suis pas digne que tu sois mon meturgeman.
אִי תִּגַּרְתָּ לֵיהּ פּוֹץ עַמְרֵיהּ אִם נִשְׂכֶּרֶת אֵצֶל אָדָם לִמְלֶאכֶת יוֹם כָּל מְלָאכָה שֶׁיַּטִּיל עָלֶיךָ וַאֲפִילּוּ הִיא בְּזוּיָה כְּגוֹן נִיפּוּץ צֶמֶר שֶׁהִיא מְלֶאכֶת נָשִׁים עֲשֵׂה לוֹ אַף אֲנִי מֵאַחַר שֶׁהִתְחַלְתִּי בִּפְעֻולּוֹתֶיךָ אֶגְמֹור:
'Si tu t'es loué à lui, carde sa laine' -- si tu t'es loué à quelqu'un pour un travail à la journée, toute tâche qu'il t'imposera, même vile -- comme le cardage de la laine, qui est un travail de femmes -- fais-la-lui. Moi de même : puisque j'ai commencé à te servir, je terminerai.
וְלֹא מוֹרִידִין גְּנַאי הַדְּרָשָׁה הוּא שֶׁאֵרֵד אֲנִי וְיָקוּם פָּחוֹת מִמֶּנִּי לְגָומְרָהּ:
'Et on ne descend pas' -- c'est un déshonneur pour le sermon que moi je descende et qu'un [homme] moindre que moi se lève pour le terminer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְדָבָר קֹודֶשׁ בְּמִסְפַּר קָטָן עוֹלֶה י"ד וי"ד בְּמִסְפַּר קָטָן חֲמִשָּׁה וְאִם תַּנִּיחַ עַל מִסְפַּר י"ד עוֹד מִסְפַּר י"ד יַעֲלֶה כ"ה וכ"ה בְּמִסְפַּר קָטָן עֲשָׂרָה. הֲרֵי בְּמַה שֶׁהוֹסַפְתָּ כְּנֶגְדּוֹ עָלָה וְלֹא יָרַד, אַךְ חוֹל בְּמִסְפָּר קָטָן י"ז וי"ז בְּמִסְפָּר קָטָן שְׁמוֹנָה וְאִם תּוֹסִיף י"ז עַל י"ז יַעֲלֶה ל"ד ול"ד בְּמִסְפָּר קָטָן שִׁבְעָה הֲרֵי נֶחְסַר מִן מִסְפָּר הָרִאשׁוֹן וְנִמְצָא הַכֶּפֶל שֶׁהוֹסַפְתָּ עָלָיו הוֹרִידוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לְפִי דַּרְכָּם מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ רֶמֶז לִבְחִינַת י"ה שֶׁנִּקְרְאוּ קוֹדֶשׁ מַעֲלִין מִצְוֹת וְתִיקּוּן שָׁם אַךְ אֵין מוֹרִידִין שֶׁאֵין פְּגָם הָעֲוֹנוֹת מַגִּיעַ שָׁם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ הוּא שְׂכַר מִצְוֹת שֶׁגּוֹנְזִין אוֹתוֹ לְמַעְלָה וְאֵין מוֹרִידִין לְבַקֵּשׁ הַשָּׂכָר בָּעוֹלָם הַזֶּה הַתַּחְתּוֹן עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמַר מוֹנְבַּז הַמֶּלֶךְ אֲבוֹתָיו גָּנְזוּ לְמַטָּה וַאֲנִי גָּנַזְתִּי לְמַעְלָה (בָּבָא בָּתְרָא יא.) .
'On monte en sainteté et on ne descend pas.' Il me semble, avec l'aide de Dieu, une allusion : 'kodech' en petit compte (mispar katan) monte à 14, et 14 en petit compte [fait] cinq ; et si tu poses sur le compte 14 encore le compte 14, cela monte à 25, et 25 en petit compte [fait] dix. Ainsi, dans ce que tu as ajouté par rapport à lui, il est monté et n'est pas descendu. Mais 'hol' (profane) en petit compte [fait] 17, et 17 en petit compte [fait] huit ; et si tu ajoutes 17 à 17 cela monte à 34, et 34 en petit compte [fait] sept : il s'est donc réduit par rapport au premier compte -- d'où le double que tu lui as ajouté l'a fait descendre. Il me semble aussi, avec l'aide de Dieu, une allusion selon leur voie : 'on monte en sainteté' fait allusion à l'aspect de Y-H, appelés 'kodech' : on élève les mitsvot et la réparation du Nom ; mais 'on ne descend pas', car l'atteinte des fautes n'y parvient pas. Il me semble encore, avec l'aide de Dieu : 'on monte en sainteté', c'est la récompense des mitsvot que l'on serre en haut, 'et on ne descend pas' [réclamer] la récompense en ce monde inférieur, à la manière de ce qu'a dit le roi Monbaz : 'mes pères ont amassé en bas et moi j'ai amassé en haut' (Baba Batra 11a).
💡 Explication

Rav révèle qu'il tenait cette leçon de Rabbi Hiyya lui-même, sans objection. R. Chila comprend alors à qui il a affaire : 'Maître serait-il Rav ? Repose-toi.' Rav refuse de céder sa place par deux maximes : qui s'est loué carde la laine (on achève la tâche commencée), et on monte en sainteté, on ne descend pas (indigne qu'un moindre le remplace en pleine leçon).

7
תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב, תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַבִּי שֵׁילָא. תַּנְיָא כְּוָתֵיהּ דְּרַב: גְּבִינִי כָּרוֹז מַהוּ אוֹמֵר: ״עִמְדוּ כֹּהֲנִים לַעֲבוֹדַתְכֶם, וּלְוִיִּם לְדוּכַנְכֶם, וְיִשְׂרָאֵל לְמַעֲמַדְכֶם״. וְהָיָה קוֹלוֹ נִשְׁמָע בְּשָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת.

Une baraita a été enseignée comme Rav, et une baraita comme R. Chila.

Comme Rav : que disait Gvini le héraut ? 'Levez-vous, kohanim, pour votre service ; leviim, à votre estrade (doukhan) ; et Israël, à votre poste (maamad).' Et sa voix s'entendait à trois parsaot.

📜 Rachi (1)
גְּבִינֵי כָּרוֹז גְּבִינֵי הַמַּכְרִיז:
'Gvini le héraut' -- Gvini celui qui proclame.
💡 Explication

Deux baraitot, l'une appuyant Rav, l'autre R. Chila. Celle de Rav décrit Gvini le héraut proclamant l'appel des trois classes du Temple -- kohanim au service, leviim à l'estrade, Israël au maamad -- d'une voix portant à trois parsaot.

8
מַעֲשֶׂה בְּאַגְרִיפַּס הַמֶּלֶךְ שֶׁהָיָה בָּא בַּדֶּרֶךְ, וְשָׁמַע קוֹלוֹ בְּשָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת, וּכְשֶׁבָּא לְבֵיתוֹ שִׁיגֵּר לוֹ מַתָּנוֹת. וְאַף עַל פִּי כֵן, כֹּהֵן גָּדוֹל מְשֻׁובָּח מִמֶּנּוּ. דְּאָמַר מַר: וּכְבָר אָמַר ״אָנָּא הַשֵּׁם״ וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בִּירִיחוֹ. וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִירוּשָׁלַיִם לִירִיחוֹ עֲשַׂר פַּרְסֵי.

Il arriva que le roi Agrippas cheminait et entendit sa voix à trois parsaot ; en rentrant chez lui, il lui envoya des présents. Et malgré cela, le Kohen Gadol le surpasse.

Car le Maître a dit : il arriva une fois qu'[un Kohen Gadol] dit 'de grâce, Hachem' (Ana Hachem) et sa voix s'entendit jusqu'à Jericho. Et Rabba bar bar Hana a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : de Jérusalem à Jericho, dix parsaot.

📜 Rachi (2)
דְּאָמַר מַר לְקַמָּן בפ"ד (יוֹמָא דַּף לט:):
'Car le Maître a dit' -- plus loin, au 4e chapitre (Yoma 39b).
כְּבָר אָמַר אָנָּא הַשֵּׁם כְּבָר פַּעַם אַחַת הָיָה מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כ"ג מִתְוַדֶּה עַל פָּרוֹ בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים וְאָמַר אָנָּא הַשֵּׁם חָטָאתִי וְכוּ' וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בִּירִיחוֹ:
'Il a déjà dit Ana Hachem' -- il arriva une fois qu'un Kohen Gadol se confessait sur son taureau à Yom Kippour et dit 'de grâce, Hachem, j'ai péché...' et sa voix s'entendit jusqu'à Jericho.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָיָה קוֹלוֹ נִשְׁמָע בְּשָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת תֵּימַהּ דִּבְפֶרֶק שְׁלִישִׁי דְּתָמִיד (דַּף ל:) תְּנַן מִירִיחוֹ הָיוּ שׁוֹמְעִין קוֹל גְּבִינִי כָּרוֹז דְּהַייְנוּ עֶשֶׂר פַּרְסָאוֹת וי"ל דְּבֵי' פַּרְסָאוֹת לֹא הָיוּ מְבִינִין אֶלָּא קוֹל הֲבָרָה בְּעָלְמָא וְכֵן יֵשׁ לְפָרֵשׁ אַהָא דְּאָמַר' רֵישׁ פֶּרֶק טָרַף בַּקַּלְפִּי (לְקַמָּן יוֹמָא לט:) דְּצִירֵי דַּלְתוֹת הֵיכָל נִשְׁמָעִין בִּשְׁמוֹנָה תְּחוּמֵי שַׁבָּת וְהָתָם תְּנַן מִיּרִיחוֹ:
'Et sa voix s'entendait à trois parsaot' -- étonnant, car au 3e chapitre de Tamid (30b) on enseigne 'de Jericho on entendait la voix de Gvini le héraut', soit dix parsaot ! On peut répondre qu'à dix parsaot on ne distinguait qu'un écho (kol havara) sans plus. On peut de même expliquer ce qu'on dit au début du chapitre 'Taraf ba-kalpi' (Yoma 39b), que les gonds des portes du Heikhal s'entendaient à huit tehoumei Chabbat, alors que là-bas [dans Tamid] on enseigne 'de Jericho'.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְנִשְׁמַע קוֹלוֹ בִּירִיחוֹ. אַל תִּתְמַהּ עַל הַדָּבָר הַזֶּה לְפִי רְאוֹת עֵינֶיךָ בְּדוֹרוֹת אֵלּוּ, כִּי הָרִאשׁוֹנִים כְּמוֹ שֶׁהָיָה לָהֶם גְּבוּרָה נִפְלָאָה בְּגוּפָם כֵּן הָיָה לָהֶם כֹּחַ גָּדוֹל בַּהֲרָמַת קוֹלָם, וְעוֹד גַּם כֹּחַ חוּשׁ הַשֵּׁמַע שֶׁלָּהֶם הָיָה חָזָק מֵאָה יָדוֹת עַל חוּשׁ הַשֵּׁמַע שֶׁל דּוֹרוֹת אֵלּוּ. וְאִם כֵּן בְּצֵירוּף זֶה וְזֶה אֵין רָחוֹק דָּבָר זֶה לִהְיוֹת וְעוֹד כֵּיוָן דִּדְבָרִים אֵלּוּ הָיוּ נַעֲשִׂים בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ הָיָה מְסַיֵּיעַ בָּזֶה מַעֲשֵׂה נִסִּים.
'Et sa voix s'entendit jusqu'à Jericho.' Ne t'étonne pas de cela d'après ce que voient tes yeux en ces générations : car les anciens, de même qu'ils avaient une force corporelle extraordinaire, avaient une grande puissance dans l'élévation de leur voix ; de plus, la faculté de leur ouïe était cent fois plus forte que l'ouïe de nos générations. La combinaison des deux rend donc la chose nullement invraisemblable ; et de plus, puisque ces choses se faisaient au Temple, un miracle y aidait.
💡 Explication

Anecdote sur la puissance de cette voix : le roi Agrippas l'entendit à trois parsaot et lui envoya des présents. Pourtant la voix du Kohen Gadol la surpassait : lors de la confession ('Ana Hachem') à Yom Kippour, elle porta jusqu'à Jericho, soit dix parsaot.

🖼️ Schéma
La portée des voix (1 parsa ~ 4 km) Gvini le héraut 3 parsaot (Agrippas l'entend) Kohen Gadol 10 parsaot : jusqu'à Jericho Et ce, malgré la faiblesse du jeûne ET en plein jour (la voix porte moins). -> la voix du Kohen Gadol l'emporte de loin. segments 7-8
La voix du Kohen Gadol (10 parsaot) l'emporte de loin sur celle de Gvini (3 parsaot).
9
וְאַף עַל גַּב דְּהָכָא אִיכָּא חֻולְשָׁא, וְהָכָא לֵיכָּא חֻולְשָׁא. וְהָכָא יְמָמָא, וְהָתָם לֵילְיָא.

Et bien qu'ici (le Kohen Gadol) il y ait la faiblesse, et que là (Gvini) il n'y ait pas de faiblesse ; et qu'ici ce fut de jour, et là de nuit.

📜 Rachi (2)
וְאִיכָּא חֻולְשָׁא דְּתַעֲנִיתָא:
'Et il y a faiblesse' -- [celle] du jeûne.
וְהָכָא יְמָמָא שֶׁאֵין הַקּוֹל נִשְׁמָע בּוֹ כְּבַלַּיְלָה:
'Et ici c'est le jour' -- où la voix ne s'entend pas comme de nuit.
💡 Explication

La supériorité du Kohen Gadol est d'autant plus remarquable que deux facteurs jouaient contre lui : la faiblesse du jeûne de Yom Kippour (Gvini, lui, était dispos), et le fait qu'il parlait de jour (la voix porte moins), alors que Gvini criait de nuit.

10
דְּאָמַר רַבִּי לֵוִי: מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹלוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמָע בַּיּוֹם כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּשְׁמָע בַּלַּיְלָה? מִפְּנֵי גַּלְגַּל חַמָּה שֶׁמְּנַסֵּר בָּרָקִיעַ כְּחָרָשׁ הַמְנַסֵּר בַּאֲרָזִים. וְהַאי חִירְגָּא דְּיוֹמָא ״לָא״ שְׁמֵיהּ. וְהַייְנוּ דְּקָאָמַר נְבוּכַדְנֶצַּר: ״וְכָל דַּייָּרֵי אַרְעָא (כְּלֹא) חֲשִׁיבִין״.

Car Rabbi Levi a dit : pourquoi la voix de l'homme ne s'entend-elle pas le jour comme elle s'entend la nuit ? À cause de l'orbe solaire (galgal hama) qui scie dans le firmament comme un charpentier qui scie des cèdres.

Et cette poussière du jour (hirga d'yoma), 'la' est son nom. C'est ce que dit Nabuchodonosor : 'et tous les habitants de la terre sont comptés pour rien (kla)' (Daniel 4,32).

📜 Rachi (2)
וְהַאי חִירְגָּא לָא שְׁמֵיהּ וְהַאי פְּסֹולֶת הַנְּסוֹרוֹת וְהוּא נִרְאֶה בְּעַמּוּד שֶׁל חַמָּה דְּיוֹמָא מַמָּשׁ:
'Et cette hirga, la est son nom' -- ce résidu des sciures, visible dans la colonne [de rayons] du soleil, en plein jour.
לָא שְׁמֵיהּ כֵּן שְׁמוֹ לְשׁוֹן אֵין:
'La est son nom' -- tel est son nom, au sens de 'rien' (ein).
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹלוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמָע בַּיּוֹם כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּשְׁמָע בַּלַּיְלָה? מִפְּנֵי גַּלְגַּל חַמָּה, הַמְנַסֵּר בָּרָקִיעַ כְּחֵרֵשׁ שֶׁמִּנֶּסֶר בַּאֲרָזִים. מַאֲמָר זֶה אֵינוֹ כִּפְשׁוּטוֹ כְּלָל אֶלָּא בַּעַל הַמַּאֲמָר מְדַבֵּר כָּאן בְּסוֹד עָמֹוק עַל דֶּרֶךְ הַחִידָה! וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּדֶרֶךְ אֶפְשָׁר אוּלַי יֻוכְשַׁר בְּעֵינֵי ה' וְהוּא כִּי הַתִּפְאֶרֶת נִקְרָא חַמָּה וְהֵבִינָה הַמְקַייֶּמֶת אוֹתוֹ נִקְרֵאת גַּלְגַּל חַמָּה וְכֵן מָצָאתִי בְּסֵפֶר מְאוֹרֵי אוֹר שֶׁכָּתַב דְּהַבִּינָה נִקְרֵאת כָּךְ, גַּם כָּתַב הָרָמָ"ק זַ"ל בְּפַרְדֵּס שֶׁהַמַּלְכוּת נִקְרֵאת לִפְעָמִים רָקִיעַ שֶׁהוּא הָרָקִיעַ שֶׁעַל רָאשֵׁי הַחַיּוֹת הַתַּחְתּוֹנוֹת עַיֵּין שָׁם. וְיָדוּעַ שֶׁהַמַּלְכוּת נִנְסַרְתְּ כָּל יוֹם עַל יְדֵי הַבִּינָה וְיָדוּעַ שֶׁעֵסֶק הַתּוֹרָה בַּלַּיְלָה הוּא יָקָר מְאֹד וְעַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה בַּלַּיְלָה יִהְיֶה סוֹד הַנְּסִירָה, וְאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ עַל עֵסֶק הַתּוֹרָה בַּלַּיְלָה דְּכָל צַדִּיקַיָּיא דִּבְגַן עֵדֶן צָיְיתִי לְקִבְלֵיהּ וְעַיֵּין זֹוהַר וַיִּקְרָא דַּף י"ג דקב"ה אַצִּית לֵיהּ וְכוּ' וְאִיתָא הָתָם כַּמָּה כְּרוּזִים שֶׁל שֶׁבַח יִהְיֶה לְמַעְלָה עַל אוֹתָם הָעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה בַּלַּיְלָה וְכֵן בִּשְׁאָר מְקוֹמוֹת בַּזֹּוהַר הִפְלִיגוּ בְּלִימּוּד הַלַּיְלָה אַחַר חֲצוֹת מְאֹד מְאֹד! וְעַל זֶה בָּא רַבִּי לֵוִי לוֹמַר מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹלוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמָע בַּיּוֹם כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּשְׁמָע בַּלַּיְלָה? רוֹצֶה לוֹמַר אֵינוֹ מְרֻוצֶּה לִימּוּד הַיּוֹם דְּצָייְתִין לֵיהּ בְּגַן עֵדֶן כְּמוֹ לִימּוּד שֶׁל הַלַּיְלָה שֶׁיֵּשׁ לְמַעְלָה עָלָיו כַּמָּה כְּרוּזִים שֶׁל שֶׁבַח, וְהֵשִׁיב מִפְּנֵי שֶׁעַל יְדֵי קוֹל תּוֹרָה שֶׁל לַיְלָה יִהְיֶה סוֹד הַנְּסִירָה, וְאָמַר שֶׁגַּלְגַּל חַמָּה רֶמֶז לַבִּינָה מִנֶּסֶר בָּרָקִיעַ שֶׁהוּא סוֹד הַמַּלְכוּת כְּחֵרֵשׁ שֶׁמִּנֶּסֶר בַּאֲרָזִים וּמֵאַחַר כִּי בִּזְכוּת הַלִּימּוּד הַזֶּה יִהְיֶה סוֹד הַנְּסִירָה לְכָךְ הוּא מְרֻוצֶּה וּמְשֻׁובָּח יוֹתֵר מִקּוֹל תּוֹרָה שֶׁל אָדָם בַּיּוֹם. וּמַה שֶׁאָמְרוּ וְהַאי חִירְגָּא דְּיוֹמָא , ' לָא ' שְׁמֵיהּ וְכוּ' פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י פְּסֹולֶת הַנְּסֹורֶת וְהוּא נִרְאֶה בְּעַמּוּד שֶׁל חַמָּה. וְכָתַב סֵפֶר הַבְּרִית זַ"ל (מַאֲמָר יב פֶּרֶק ז') דָּבָר זֶה הוּא זָר מְאֹד וּמֵעוֹלָם לֹא עָלְתָה עַל דַּעַת בַּעַל הַמַּאֲמָר כֵּן בְּעִנְיָן הַהוּא דְּרַבִּי לֵוִי וַדַּאי יָדַע דְּהַאי חֻרְגָּא דְּיוֹמָא הַנִּרְאֶה בְּעַמּוּד הַשֶּׁמֶשׁ הַנִּכְנָס בְּעַד הָאֶשְׁנָב לַבַּיִת וּבְעַד הַחַלּוֹן נִשְׁקָפָה הוּא אָבָק דַּק מֵעֲפַר הָאָרֶץ הָעוֹלָה בָּאֲוִיר עַל יְדֵי תְּנוּעַת רוּחַ כָּל שֶׁהוּא וָפֶרַח בַּבַּיִת וּמִתְנוֹעֵעַ אָנֶה וָאָנָה עוֹלִים וְיוֹרְדִים בּוֹ וּפִרְחָם מֵאֲבַק יַעֲלֶה וְאֵין נוֹפְלִים מִן הַשָּׁמַיִם כִּי עֵינֵינוּ רוֹאוֹת שֶׁהוּא אָבָק דַּק מֵעֲפַר הָאָרֶץ וּלְרֹוב קָטְנָם אֵין נִרְאִין אֶלָּא בְּעַמּוּדֵי זָוהֳרֵי חַמָּה עַד כָּאן דְּבָרָיו עַייֵּן שָׁם. וְדִבְרֵי הָרַב בֵּרוּרִין דְּוַדַּאי כֵּן הוּא, אַךְ רַבִּי לֵוִי רָמַז בִּדְבָרִים אֵלּוּ דָּבָר נִסְתָּר וְסוֹד וְנִרְאֶה לִי בס"ד 'חִירְגָּא' רוֹצֶה לוֹמַר פַּחַד דְּתַרְגּוּם (דְּבָרִים לב, כה) 'וּמֵחֲדָרִים אֵימָה' חָרַגְתָּ מוֹתָא, וְכֵן פֵּירֵשׁ הָרַדַ"ק זַ"ל בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים יח, מו) 'וְיַחְרְגוּ מִמִּסְגְּרוֹתֵיהֶם' שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר וְיִפְחֲדוּ עַייֵּן שָׁם. וְיָדוּעַ שֶׁבַּלַּיְלָה יֵשׁ שְׁלִיטַת הַדִּינִין וְלָכֵן יֵשׁ פַּחַד הַרְבֵּה אֲבָל בַּיּוֹם אֵין שַׁלִּיטָתָם נֶחְשֶׁבֶת כְּלוּם לְגַבֵּי הַלַּיְלָה וְלָכֵן אֵין הַפַּחַד חֲשִׁיב כְּלוּם בַּיּוֹם לְגַבֵּי פַּחַד הַלַּיְלָה וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ג, ח) 'מִפַּחַד בַּלֵּילוֹת' וְלָזֶה אָמַר חִירְגָּא דְּיוֹמָא רוֹצֶה לוֹמַר הַפַּחַד שֶׁל הַיּוֹם לָא שְׁמֵיהּ כְּלוֹמַר אֵינוֹ חָשׁוּב כְּלוּם לְגַבֵּי הַלַּיְלָה. וּכְדֵי שֶׁתָּבִין פֵּירוּשׁ דְּבָרָיו דְּקָאָמַר לָא שְׁמֵיהּ מֶה הַפֵּירוּשׁ שֶׁל 'לָא'? הֵבִיא דֻּוגְמָה פָּסוּק (דָּנִיֵּאל ד, לב) 'וְכָל דָּיְרֵי אַרְעָא כְּלָא חֲשִׁיבִין' רוֹצֶה לוֹמַר כְּאַיִן וְאֶפֶס. וְסָמַךְ רַבִּי לֵוִי לְהַאי מִלְּתָא עִם מִלְּתָא קַמַּיְיתָא, דְּאָמַר 'מִפְּנֵי מָה אֵין קוֹלוֹ שֶׁל אָדָם נִשְׁמָע בַּיּוֹם כְּדֶרֶךְ שֶׁנִּשְׁמָע בַּלַּיְלָה?' לְפִי הַבֵּיאוּר שֶׁבֵּאַרְתִּי שֶׁבָּא לִרְמֹוז עוֹד טַעַם אַחֵר מַה שֶׁיֵּשׁ חֲשִׁיבוּת לְקוֹל תּוֹרָה בַּלַּיְלָה יוֹתֵר מִן הַיּוֹם מִפְּנֵי כִּי בַּלַּיְלָה יֵשׁ שְׁלִיטָה לַחִיצוֹנִים וּבַיּוֹם אֵין שְׁלִיטָה וְלָכֵן יֵשׁ תּוֹעֶלֶת בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה בַּלַּיְלָה לְהַחֲלִישׁ כֹּחַ הַחִיצוֹנִים 'דָּבָר בְּעִתּוֹ מַה טוֹב' לְכָךְ יְשֻׁובַּח שֶׁיֵּשׁ בּוֹ צֹורֶךְ יוֹתֵר.
'Pourquoi la voix de l'homme ne s'entend-elle pas le jour comme la nuit ? À cause de l'orbe solaire qui scie dans le firmament comme un charpentier qui scie des cèdres.' Cette parole n'est nullement à prendre au sens littéral : son auteur parle ici d'un sod (secret) profond, sous forme d'énigme ! Il me semble, avec l'aide de Dieu, par voie de possibilité -- peut-être agréera-t-elle aux yeux de Dieu : le Tiferet est appelé 'hama' (soleil), et la Bina qui le soutient est appelée 'galgal hama' (orbe du soleil) ; ainsi ai-je trouvé dans le livre Meorei Or qui écrit que la Bina est ainsi nommée. Le Ramak (de mémoire bénie) a aussi écrit dans le Pardes que la Malkhout est parfois appelée 'rakia' (firmament), le firmament au-dessus des têtes des Hayot inférieures -- vois là. Il est connu que la Malkhout est 'sciée' (nenseret, cf. le sod ha-nesira, la scission) chaque jour par la Bina ; et il est connu que l'étude de la Torah la nuit est très précieuse, et que par l'étude de nuit s'opère le sod ha-nesira. On a dit dans le saint Zohar, à propos de l'étude de nuit, que 'tous les justes du Gan Éden prêtent l'oreille à sa voix' ; vois le Zohar Vayikra (13) : 'le Saint béni soit-Il l'écoute', et il y est dit combien de hérauts de louange s'élèvent en haut pour ceux qui étudient la Torah la nuit -- et de même ailleurs dans le Zohar on exalte extrêmement l'étude de nuit après minuit. C'est sur cela que R. Levi vient dire : pourquoi la voix de l'homme ne s'entend-elle pas le jour comme la nuit ? -- c'est-à-dire : l'étude du jour n'est pas [aussi] agréée, dont on prête l'oreille au Gan Éden, que l'étude de nuit sur laquelle il y a en haut tant de hérauts de louange. Et il répond : parce que c'est par la voix de la Torah de nuit que s'opère le sod ha-nesira ; il dit que 'galgal hama' fait allusion à la Bina qui 'scie dans le rakia', sod de la Malkhout, 'comme un charpentier qui scie des cèdres' ; et puisque, par le mérite de cette étude, s'opère le sod ha-nesira, elle est plus agréée et louée que la voix de Torah de l'homme le jour. Quant à ce qu'ils disent 'et cette hirga du jour, la est son nom', Rachi a expliqué : le résidu des sciures, visible dans la colonne du soleil. Le livre Ha-Berit a écrit (traité 12, ch. 7) que cela est fort étrange, et que jamais l'auteur de la maxime n'a pensé cela dans ce propos de R. Levi : il savait certes que cette 'hirga du jour', visible dans la colonne de soleil qui pénètre par la lucarne et par la fenêtre, est une fine poussière de la terre s'élevant dans l'air par le moindre mouvement de vent, voletant dans la maison, montant et descendant -- leur envol vient de la poussière et ils ne tombent pas du ciel, car nos yeux voient que c'est une fine poussière de terre, et à cause de leur petitesse extrême ils ne sont visibles que dans les colonnes de rayonnement solaire -- fin de ses paroles, vois là. Les paroles de ce Rav sont claires, car il en est certes ainsi ; mais R. Levi a fait allusion, par ces mots, à une chose cachée, un sod. Il me semble, avec l'aide de Dieu : 'hirga' veut dire 'frayeur' (pahad), d'après le Targoum (Deut. 32,25) 'et des chambres, l'effroi' -- hargat mota ; ainsi le Radak a-t-il expliqué le verset (Ps. 18,46) 'vayahrgou mimisguerotehem' au sens de 's'effrayer', vois là. Il est connu que la nuit il y a domination des Dinim (rigueurs), d'où une grande frayeur, tandis que le jour leur domination n'est comptée pour rien face à la nuit, si bien que la frayeur n'est pour rien le jour face à la frayeur de la nuit, comme il est dit (Cant. 3,8) 'par frayeur dans les nuits'. C'est pourquoi il dit 'hirga du jour', c'est-à-dire la frayeur du jour, 'la est son nom' -- c'est-à-dire qu'elle n'est comptée pour rien face à la nuit. Et afin que tu comprennes le sens de 'la est son nom' -- quel est le sens de 'la' ? -- il a apporté en exemple le verset (Dan. 4,32) 'et tous les habitants de la terre sont comptés pour rien (kla)', c'est-à-dire comme néant et zéro. R. Levi a rattaché cette question à la première -- 'pourquoi la voix de l'homme ne s'entend-elle pas le jour comme la nuit ?' -- selon l'explication que j'ai donnée : il vient encore faire allusion à une autre raison de la supériorité de la voix de Torah de nuit sur celle du jour : parce que la nuit il y a domination des forces extérieures (hitsonim) et le jour non ; il y a donc utilité à étudier la Torah la nuit pour affaiblir la puissance des hitsonim -- 'une parole en son temps, comme elle est bonne' -- c'est pourquoi elle est [d'autant plus] louée qu'elle est [alors] plus nécessaire.
💡 Explication

D'où vient qu'une voix porte moins le jour ? Rabbi Levi : à cause du galgal hama (l'orbe solaire) qui 'scie' dans le firmament comme un charpentier des cèdres -- ce vacarme couvre les sons. La 'poussière du jour' (hirga) visible dans un rayon se nomme 'la' (rien), rapproché du 'kla' (comptés pour rien) de Daniel. Le Ben Yehoyada lit tout ceci comme un sod sur la supériorité de l'étude nocturne.

11
תָּנוּ רַבָּנַן: אִלְמָלֵא גַּלְגַּל חַמָּה, נִשְׁמָע קוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי. וְאִלְמָלֵא קוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי, נִשְׁמָע קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה. תָּנוּ רַבָּנַן: שָׁלֹשׁ קוֹלוֹת הוֹלְכִין מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ, וְאֵלּוּ הֵן: קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה, וְקוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי, וְקוֹל נְשָׁמָה בְּשָׁעָה שֶׁיּוֹצְאָה מִן הַגּוּף, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף לֵידָה,

Nos Maîtres ont enseigné : n'était l'orbe solaire, on entendrait la rumeur de Rome ; et n'était la rumeur de Rome, on entendrait le [bruit de l']orbe solaire. Nos Maîtres ont enseigné : trois voix vont d'un bout du monde à son autre bout, et les voici : la voix de l'orbe solaire, la voix de la rumeur de Rome, et la voix de l'âme à l'instant où elle sort du corps.

Et d'aucuns disent : aussi l'enfantement.

🪔 Ben Yehoyada (2)
אִלְמָלֵא קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה, נִשְׁמָע קוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי, וְאִלְמָלֵא קוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי, נִשְׁמָע קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה הוּא קוֹל עֵסֶק הַתּוֹרָה כִּי הַתּוֹרָה הִיא חֲמִשָּׁה סְפָרִים וְנִקְנֵית במ"ח מַעֲלוֹת כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּבָּרַייְתָא דְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ו, ו) וְלָכֵן נִקְרֵאת 'חַמָּה' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת מ"ח ה' וְלָכֵן יִשְׂרָאֵל הָעוֹסְקִין בָּהּ נִמְשְׁלוּ לְחַמָּה דִּכְתִיב (שׁוֹפְטִים ה, לא) 'וַאֲהָבָיו כְּצֵאת הַשֶּׁמֶשׁ בִּגְבִרְתּוֹ'. וְקוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי קָאֵי עַל מַלְכוּת אֱדוֹם זֶרַע עֵשָׂו שֶׁיָּצָא לָהֶם קוֹל בָּעוֹלָם בְּרוֹב עָושְׁרָם וְתָוקְפָּם וּמֶמְשַׁלְתָּם וּמִלְחֲמוֹתֵיהֶן, וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה סה, ב) כְּשֶׁהֵקֵל קוֹל יַעֲקֹב אֵין הַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו (בְּרֵאשִׁית כז, כב) , וְלָזֶה אָמַר אִלְמָלֵא קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה הוּא עֵסֶק הַתּוֹרָה הָיָה נִשְׁמָע יוֹתֵר קוֹל הֲמוֹנָהּ שֶׁל רוֹמִי רוֹצֶה לוֹמַר הָיוּ מִתְגַּבְּרִים יוֹתֵר אַךְ קוֹל תּוֹרָה מַחֲלִישָׁם וְאִם לֹא הָיָה תֹּוקֶף מֶמְשָׁלָה שֶׁל רוֹמִי בָּעוֹלָם הָיָה נִשְׁמָע קוֹל גַּלְגַּל חַמָּה שֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל עוֹסְקִים בַּתּוֹרָה עֶשֶׂר יָדוֹת עַל עַתָּה, אַךְ הַגְּזֵרוֹת הַיּוֹצְאִים מְתֻוקַּף מֶמְשַׁלְתָּם הֵם מְרַפִּים וּמַחֲלִישִׁים עֵסֶק לִימּוּד הַתּוֹרָה בְּיִשְׂרָאֵל.
'N'était la voix de l'orbe solaire, on entendrait la rumeur de Rome ; et n'était la rumeur de Rome, on entendrait la voix de l'orbe solaire.' Il me semble, avec l'aide de Dieu : la voix de l'orbe solaire, c'est la voix de l'étude de la Torah, car la Torah, ce sont cinq livres, et elle s'acquiert par 48 qualités (maalot), comme dit la baraita d'Avot (6,6) ; c'est pourquoi elle est appelée 'hama' (het-mem-hé), qui sont les lettres mem-het (48) et hé (5) ; c'est pourquoi Israël qui l'étudie est comparé au soleil, comme il est écrit (Juges 5,31) 'et ceux qui l'aiment sont comme le soleil qui se lève dans sa puissance'. Et la voix de la rumeur de Rome désigne la royauté d'Edom, la descendance d'Esav, dont la voix s'est répandue dans le monde par l'abondance de leur richesse, de leur force, de leur domination et de leurs guerres ; et nos Maîtres ont dit (Bereshit Rabba 65,2) : 'quand la voix de Yaakov s'affaiblit, les mains d'Esav [dominent]' (Gen. 27,22). C'est pourquoi il dit : n'était la voix de l'orbe solaire -- l'étude de la Torah -- on entendrait davantage la rumeur de Rome, c'est-à-dire qu'ils se renforceraient davantage ; mais la voix de la Torah les affaiblit ; et n'était la force de la domination de Rome dans le monde, on entendrait la voix de l'orbe solaire -- car Israël étudierait la Torah dix fois plus qu'à présent ; mais les décrets qui émanent de la force de leur domination relâchent et affaiblissent l'étude de la Torah en Israël.
שְׁלֹשָׁה, קוֹלָן הוֹלֵךְ מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ. וַדַּאי אֵין הַדְּבָרִים כִּפְשׁוּטָן שֶׁהוּא קוֹל מַמָּשׁ אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א דְּקוֹל הָאָמוּר כָּאן אֵינוֹ קוֹל מַמָּשׁ אֶלָּא נוֹפֵל עַל פִּרְסוּם דָּבָר כְּמוֹ עֵדִים מַפְּקִי לְקָלָא, וְכֵן כָּאן אָמַר קוֹלָן רוֹצֶה לוֹמַר פִּרְסוּמָן הוֹלֵךְ מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ עַיֵּין שָׁם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי קוֹלָן רוֹצֶה לוֹמַר כּוֹחָן כִּי הַקּוֹל הוּא הַכֹּחַ וְאֶחָד הֵם וְעוֹלָם דְּנָקֵיט לָאו הִיא מִילְּתָא דְּשָׁוְוייָא לְכוּלְּהוּ אֶלָּא כֹּחַ הַחַמָּה מִתְפַּשֵּׁט וְהוֹלֵךְ מִסּוֹף הָעוֹלָם שֶׁלָּהּ וְעַד סוֹפוֹ שֶׁהוּא הַתֵּבֵל הַזֶּה שֶׁזּוֹרַחַת בּוֹ. וְכֹחַ רוֹמִי רוֹצֶה לוֹמַר הַמֶּמְשָׁלָה שֶׁלָּהֶם הוֹלֵךְ וּמִתְפַּשֵּׁט בְּכָל הַיִּשּׁוּב כֻּולּוֹ שֶׁהָיוּ שׁוֹלְטִים בְּכָל הַיִּשּׁוּב מֶמְשָׁלָה חֲזָקָה וְלֹא רְפוּיָה כִּשְׁאָר מִמַּלְכוּת. וְכֹחַ הַנְּשָׁמָה הוֹלֵךְ וּמִתְפַּשֵּׁט בְּכָל הַגּוּף בְּעֵת יְצִיאָתָהּ מִמֶּנּוּ שֶׁכָּל דָּבָר סָמוּךְ לִנְפִילָתוֹ יִתְגַּבֵּר בְּכָל עֹוז, וְלָכֵן הַחוֹלִים בַּזְּמַן הַקַּדְמוֹן סָמוּךְ לְמִיתָתָם יִצְעֲקוּ צְעָקוֹת רַבּוֹת וַחֲזָקוֹת וְיִתְגַּבְּרוּ לָקוּם עַל רַגְלֵיהֶם, וְעַל זֶה בִּקְּשׁוּ רַבָּנָן רַחֲמֵי וּבִטְּלוּהָ שֶׁלֹּא יִמָּצֵא כָּכָה אֵצֶל הַחוֹלִים הַגּוֹסְסִין כִּי צַעַר גָּדוֹל הוּא לָהֶם וְגַם לִקְרוֹבֵיהֶם צַעַר גָּדוֹל שֶׁיִּשְׁמְעוּ תֹּוקֶף צַעֲקָתָם בַּהֲרָמַת קוֹל חָזָק הַיּוֹצֵא בְּכֹחַ גָּדוֹל מִכָּל אֶיבְרֵי הַגּוּף. וְכֵן כֹּחַ חֶבֶל יוֹלֵדָה הַיּוֹשֶׁבֶת עַל הַמַּשְׁבֵּר מִתְפַּשֵּׁט בְּכָל הַגּוּף שֶׁלָּהּ שֶׁהוּא עוֹלָם שֶׁלָּהּ כִּי כָּל גּוּף נִקְרָא עוֹלָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ. וְכֵן הַגְּשָׁמִים כּוֹחָן הוֹלֵךְ בְּכָל הַתֵּבֵל שֶׁמְּרַוִּוים אֶת הָאָרֶץ.
'Trois : leur voix va d'un bout du monde à son autre bout.' Assurément les choses ne sont pas au sens littéral d'une voix réelle, mais comme l'a écrit le Maharcha : la 'voix' dont il est question ici n'est pas une voix réelle, mais se rapporte à la diffusion d'une chose, comme 'les témoins font sortir une voix (une rumeur)' ; de même ici il dit 'leur voix', c'est-à-dire leur renommée, va d'un bout du monde à l'autre -- vois là. Il me semble encore : 'leur voix' veut dire leur force, car la voix, c'est la force, et c'est un ; et 'monde' employé ici n'est pas une réalité égale pour tous, mais la force du soleil se déploie et va d'un bout de son monde à l'autre, qui est ce globe (tevel) qu'il éclaire ; la force de Rome, c'est-à-dire leur domination, se déploie dans tout l'espace habité, où ils dominaient d'une domination forte et non relâchée comme les autres royaumes ; la force de l'âme se déploie dans tout le corps à l'instant où elle en sort, car toute chose, à l'approche de sa chute, se renforce de toute sa vigueur -- c'est pourquoi les malades, aux temps anciens, proches de la mort, poussaient de grands et forts cris et se renforçaient au point de se dresser sur leurs pieds ; à ce sujet nos Maîtres implorèrent miséricorde et l'annulèrent, afin qu'il n'en soit plus ainsi chez les mourants, car c'est une grande douleur pour eux, et aussi pour leurs proches d'entendre la force de leur cri, voix forte sortant avec grande puissance de tous les membres du corps. De même la force des douleurs de l'accouchée, assise sur le siège d'enfantement, se déploie dans tout son corps, qui est son 'monde', car tout corps est appelé un monde en soi. De même les pluies : leur force va dans tout le globe qu'elles abreuvent.
💡 Explication

Élargissement aggadique : n'était le vacarme de l'orbe solaire, on entendrait la rumeur de Rome, et inversement -- chacun masque l'autre. Puis : trois voix traversent le monde d'un bout à l'autre -- l'orbe solaire, la rumeur de Rome, et l'âme quittant le corps ; certains ajoutent l'enfantement.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).