Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du keriat ha-guever (baraita appuyant Rabbi Chila : voyager de nuit avant le chant du coq expose aux démons), puis Rav Yehouda au nom de Rav introduit le miracle des pèlerins serrés debout mais au large en se prosternant. De là, la guemara cite la michna des DIX miracles du Temple et en fait une analyse comptable : la michna ouvre sur le Temple mais clôt sur Jérusalem, ne laissant que huit miracles proprement du Temple ; on ajoute la pluie qui n'éteint pas le feu et la fumée immobile ; on découvre d'autres miracles (tessons engloutis, jabot, plumes, cendres) qui menacent le compte ; on résout en fusionnant les miracles de même nature (les trois invalidités comptent pour un), en ajoutant le le'hem ha-panim toujours chaud, puis en écartant l'arche sans mesure et les cheroubim.
Le principe organisateur est enfin dégagé : ne comptent que les miracles PUBLICS, visibles du dehors (bara'i), et le le'hem ha-panim y est rattaché par la derach de Rech Lakich sur 'la table pure' -- démonstration qui se poursuit en 21b.
Et certains disent : (on entend) aussi (le grondement du) Ridya. Et les Sages implorèrent miséricorde au sujet (du cri) de l'âme à l'instant où elle quitte le corps, et (Dieu) l'abolit.
Fin d'une liste de sons puissants entendus dans le monde. Le Ridya est l'ange préposé à l'irrigation de la terre. Les Sages prièrent pour atténuer un autre de ces sons -- le cri de l'âme quittant le corps -- et il fut supprimé. L'ensemble de cette baraita comprend keriat ha-guever (le chant du guever) comme la proclamation du crieur du Temple, ce qui appuie l'avis de Rav.
Il a été enseigné (dans une baraita) conformément à Rabbi Chila : Celui qui se met en route avant le chant du coq (keriat ha-guever) -- son sang est sur sa tête. Rabbi Yochiya dit : jusqu'à ce qu'il (le coq) répète (deux fois) ; et certains disent : jusqu'à ce qu'il chante trois fois.
Et de quel coq ont-ils parlé ? D'un coq moyen.
Cette baraita appuie Rabbi Chila, qui comprenait keriat ha-guever comme le chant réel du coq (et non la proclamation du crieur). Se mettre en route de nuit avant ce signal expose aux démons (mazikin) : celui qui s'y risque et périt est responsable de sa mort -- son sang est sur sa tête. Le coq moyen sert de repère fiable, car il ne chante ni trop tôt ni trop tard.
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Lorsque les enfants d'Israël montent (à Jérusalem) pour la fête de pèlerinage (regel), ils se tiennent serrés (tzefoufim) et se prosternent au large (revahim), et ils s'étendent sur onze coudées derrière le Saint des Saints (bet ha-kapporet). Que veut-il dire ?
Voici ce qu'il dit : bien qu'ils s'étendent sur onze coudées derrière le Saint des Saints et se tiennent serrés, lorsqu'ils se prosternent -- ils se prosternent au large. Et c'est là l'un des dix miracles qui se produisaient dans le Temple.
Malgré une foule si dense que les gens se tenaient serrés comme des poutres, au moment de la prosternation l'espace s'écartait miraculeusement : quatre coudées séparaient chacun, afin que nul n'entende le viddouy (confession) de son voisin. La foule débordait aussi sur onze coudées derrière le Saint des Saints, en contournant par le bet ha-chalifot (couloirs latéraux). La guemara précise que ce 'débordement' décrit l'état AVANT la prosternation, et que l'aisance vient ensuite -- c'est le miracle.
Ainsi que nous l'avons appris (michna) : Dix miracles se produisirent dans le Temple. Aucune femme n'avorta à cause de l'odeur de la viande sacrée.
La viande sacrée ne se putréfia jamais. On ne vit jamais de mouche dans l'abattoir.
Aucune pollution nocturne (keri) n'arriva au Cohen Gadol le jour de Kippour. On ne trouva jamais d'invalidité (passoul) dans le omer, ni dans les deux pains (chte ha-le'hem), ni dans les pains de proposition (le'hem ha-panim).
Ils se tiennent serrés et se prosternent au large. Jamais serpent ni scorpion ne fit de mal à Jérusalem.
Et jamais un homme ne dit à son prochain : le lieu est trop étroit pour moi pour passer la nuit à Jérusalem.
La michna (Avot 5,5) énumère les dix miracles. Les huit premiers concernent le Temple même ; les deux derniers -- serpent/scorpion et l'hospitalité -- concernent Jérusalem. Ce glissement du Temple à Jérusalem est précisément ce qui déclenchera le problème de décompte dans la suite : il ne resterait que huit miracles proprement du Temple.
(La michna) a ouvert avec le Temple (mikdach) et a conclu avec Jérusalem ! (Il n'y aurait donc que huit miracles du Temple.) Il y a deux autres (miracles) dans le Temple, comme il est enseigné (baraita) : Jamais les pluies n'éteignirent le feu des bûches de l'arrangement (maarakha) ; et la fumée de l'arrangement -- même si tous les vents du monde venaient souffler sur elle, ils ne la déplaçaient pas de son lieu.
Objection de décompte : la michna 'ouvre' sur le Temple mais 'clôt' sur des miracles de Jérusalem (serpent, hospitalité) -- il ne resterait alors que huit miracles proprement du Temple. Réponse : il existe deux autres miracles du Temple à intégrer : la pluie n'éteignait jamais le feu de l'autel (à ciel ouvert), et la colonne de fumée montait droite, immobile sous tous les vents. On retrouve dix.
Et il n'y en a pas davantage ? Mais Rav Chemaya n'a-t-il pas enseigné à Kalnevo : Les tessons de vaisselle de terre cuite étaient engloutis (nivla'in) sur place !
Et Abaye a dit : le jabot (moura), les plumes (notsa), les cendres de l'autel intérieur (dichoun mizbeah ha-penimi) et les cendres de la menora -- étaient engloutis sur place !
Nouvelle objection : il y aurait plus de dix miracles. On cuisait les kodchei kodachim (offrandes très saintes) dans des vases de terre ; ces vases absorbaient la viande, qui devenait notar (résidu interdit), imposant de briser le vase. Les tessons étaient miraculeusement engloutis dans le sol là même, sans encombrer la azara. De même le jabot et les plumes de l'holocauste d'oiseau, et les cendres de l'autel intérieur et de la menora, étaient absorbés sur place plutôt que transportés au-dehors.
Les invalidités étaient trois -- compte-les comme une (seule), retire-en deux et introduis-en deux (autres). Si c'est ainsi, les engloutis aussi étaient deux -- compte-les comme un (seul) : il en manque donc un !
Il y en a encore une autre, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un grand miracle se produisait avec le le'hem ha-panim -- son retrait (était) comme sa disposition (encore chaud), ainsi qu'il est dit (I Sam 21,7) 'pour placer du pain chaud le jour où on l'enlève'.
Le cœur de la comptabilité. Les trois invalidités possibles (omer, deux pains, le'hem ha-panim) sont de même nature : elles ne comptent que pour un miracle. Cela libère deux places pour la pluie et la fumée. Mais alors les deux 'engloutis' (tessons ; jabot-plumes-cendres) devraient aussi n'en faire qu'un -- et il manque un miracle. On l'ajoute : le le'hem ha-panim reste aussi chaud à son retrait (une semaine plus tard) qu'à sa mise en place.
Et il n'y en a pas davantage ? Mais Rabbi Levi n'a-t-il pas dit : ceci est une tradition en notre main, (reçue) de nos pères : le lieu de l'arche (mekom aron) n'entre pas dans la mesure.
Et Ravnai a dit au nom de Chemouel : les cheroubim se tenaient par miracle !
Encore des miracles surnuméraires, tous deux dans le Saint des Saints. L'arche n'occupait aucune place dans la mesure : le Saint des Saints faisait 20 x 20 coudées, et il restait pourtant 10 coudées de vide de chaque côté de l'arche. Les cheroubim de Salomon avaient une envergure de 20 coudées remplissant la salle d'un mur à l'autre -- leurs corps ne prenaient donc aucune coudée mesurée : un miracle.
Les miracles de l'extérieur (bara'i) -- il les compte ; les miracles de l'intérieur (gawa'i) -- il ne les compte pas. Si c'est ainsi, le le'hem ha-panim aussi est un miracle de l'intérieur !
Le le'hem ha-panim est un miracle de l'extérieur, car Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit (Lev 24,6) 'sur la table pure (ha-tahor)' ? 'Pure' -- cela implique qu'elle peut devenir impure (tame),
La résolution de principe : le tana ne compte que les miracles visibles du dehors (bara'i), objets de pirsoumei nissa (publicité du miracle) ; ceux cachés à l'intérieur du Sanctuaire (gawa'i), comme l'arche et les cheroubim, ne comptent pas. Objection : le le'hem ha-panim aussi est intérieur ! Réponse : il compte comme 'dehors' -- Rech Lakich déduit de 'la table pure' que la table pouvait devenir impure (donc elle se soulevait pleine et était montrée aux pèlerins). Le miracle était donc public. (La démonstration se poursuit en 21b.)
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).