Yoma 21a -- les dix miracles permanents du Temple : leur énumération (michna d'Avot), puis la comptabilité serrée par laquelle la guemara maintient exactement le nombre de dix -- retirer, ajouter, fusionner les miracles de même nature -- et le critère qui tranche : ne comptent que les miracles visibles du dehors (bara'i), non ceux cachés à l'intérieur (gawa'i).

Yoma 21a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de la sougya du keriat ha-guever (baraita appuyant Rabbi Chila : voyager de nuit avant le chant du coq expose aux démons), puis Rav Yehouda au nom de Rav introduit le miracle des pèlerins serrés debout mais au large en se prosternant. De là, la guemara cite la michna des DIX miracles du Temple et en fait une analyse comptable : la michna ouvre sur le Temple mais clôt sur Jérusalem, ne laissant que huit miracles proprement du Temple ; on ajoute la pluie qui n'éteint pas le feu et la fumée immobile ; on découvre d'autres miracles (tessons engloutis, jabot, plumes, cendres) qui menacent le compte ; on résout en fusionnant les miracles de même nature (les trois invalidités comptent pour un), en ajoutant le le'hem ha-panim toujours chaud, puis en écartant l'arche sans mesure et les cheroubim.

Le principe organisateur est enfin dégagé : ne comptent que les miracles PUBLICS, visibles du dehors (bara'i), et le le'hem ha-panim y est rattaché par la derach de Rech Lakich sur 'la table pure' -- démonstration qui se poursuit en 21b.

Les dix miracles permanents du Temple (michna citée en Yoma 21a) Huit se produisent DANS le Temple, deux à Jérusalem : de là naît tout le problème de comptage du daf. Dans le Temple (mikdach) 1. Aucune femme n'avorta de l'odeur de la viande sacrée 2. La viande sacrée ne se putréfia jamais 3. Aucune mouche dans l'abattoir 4. Aucune pollution (keri) au Cohen Gadol à Kippour 5. Aucune invalidité : omer / 2 pains / le'hem ha-panim 6. Serrés debout, au large en se prosternant + ajoutés par la guemara pour compléter à dix : 7. La pluie n'éteignit jamais le feu de l'arrangement 8. Nul vent ne déplaça la fumée de l'arrangement 9. Le le'hem ha-panim, retiré aussi chaud que disposé (candidats surnuméraires : tessons engloutis ; jabot, plumes, cendres ; arche sans mesure ; cheroubim) Règle finale : on ne compte que les miracles VISIBLES de l'extérieur (bara'i), pas ceux cachés à l'intérieur. À Jérusalem (pas le Temple) 9'. Serpent ni scorpion ne fit jamais de mal 10'. Nul ne dit : le lieu est trop étroit pour loger à Jérusalem La michna ouvre sur le Temple mais clôt sur Jérusalem : il ne reste alors que HUIT miracles proprement du Temple. D'où la recherche de deux miracles de plus pour retrouver dix.
Les dix miracles : huit dans le Temple, deux à Jérusalem -- source du problème de décompte.
La comptabilité : garder exactement dix miracles Chaque objection retire ou ajoute des miracles ; la guemara rééquilibre le compte à chaque étape. Départ : 8 miracles du Temple + 2 de Jérusalem = liste de dix, mais Jérusalem n'est pas le Temple. Il faut donc DEUX miracles du Temple en plus : la pluie qui n'éteint pas le feu, la fumée que nul vent ne déplace. v Objection : il existe d'autres miracles (tessons, jabot/plumes/cendres) -- plus de dix ! Réponse : les 3 invalidités (omer, 2 pains, le'hem ha-panim) ne comptent que pour UN miracle (même nature). On retire 2 places, on y introduit la pluie et la fumée. Compte tenu. v Contre-objection : alors les 2 engloutis (tessons ; jabot-plumes-cendres) comptent pour UN aussi -- il manque un ! Réponse : il y en a encore un -- le le'hem ha-panim retiré aussi chaud que disposé (R. Yehochoua ben Levi). Le compte de dix est rétabli. v Objection finale : l'arche sans mesure, les cheroubim debout par miracle -- encore plus de dix ! Réponse : on ne compte que les miracles de l'EXTÉRIEUR (bara'i), visibles de tous ; arche et cheroubim sont à l'intérieur (gawa'i), donc hors compte -- et le le'hem ha-panim est reclassé dehors.
Comment la guemara rééquilibre le compte à chaque objection pour maintenir dix.
Le critère de comptage : bara'i (dehors) vs gawa'i (dedans) Le tana ne compte que les miracles PUBLICS (pirsoumei nissa) ; ceux cachés dans le Sanctuaire ne comptent pas. bara'i -- dehors, dans la azara Visible de tous -> COMPTE - Feu inextinguible sous la pluie - Fumée immobile dans le vent - Serrés / au large à la prosternation - Le le'hem ha-panim (voir ci-dessous) Pourquoi le pain compte-t-il ? On l'élevait pour le montrer aux pèlerins (R. Yehochoua ben Levi). Rech Lakich : "la table pure" implique qu'elle peut devenir impure -> elle se soulève pleine -> le miracle est public, donc bara'i. gawa'i -- dedans, le Saint des Saints Caché aux yeux -> PAS COMPTE - L'arche n'entre pas dans la mesure (20 x 20 coudées, 10 de chaque côté) - Les cheroubim debout par miracle (ailes de 20 coudées, mur à mur) La distinction ne tient pas au lieu seul mais à la CONNAISSANCE du public : un miracle non vu ne se compte pas parmi les dix (Ben Yehoyada).
Le critère qui tranche : miracles visibles du dehors (comptés) contre miracles cachés du dedans (non comptés).
1
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: אַף רִידְייָא. וּבְעוֹ רַבָּנַן רַחֲמֵי אַנְּשָׁמָה בְּשָׁעָה שֶׁיּוֹצְאָה מִן הַגּוּף, וּבִטְּלוּהָ.

Et certains disent : (on entend) aussi (le grondement du) Ridya. Et les Sages implorèrent miséricorde au sujet (du cri) de l'âme à l'instant où elle quitte le corps, et (Dieu) l'abolit.

📜 Rachi (1)
וי"א אַף רִידְיָיא מַלְאָךְ הַמְמֻונֶּה עַל הַשְׁקוֹת הָאָרֶץ מִמְּטַר הַשָּׁמַיִם מִמַּעַל וּמִן הַתְּהוֹם מִתַּחַת וְקוֹרֵא לָהֶן שֶׁנֶּאֱמַר תְּהוֹם אֶל תְּהוֹם קוֹרֵא כִּדְאָמְרִי' בְּמַס' [תַּעֲנִית דַּף כֹּד. וְדַף כה:] וְאָמְרִינַן הָתָם דְּדָמֵי לְעִגְלָא וּלְכָךְ נִקְרָא רִידְייָא לְשׁוֹן שׁוֹר הַחוֹרֵשׁ מְתַרְגְּמִינַן לֹא תַּחֲרֹושׁ לָא תִּירְדֵּי (דְּבָרִים כב):
Certains disent : aussi le Ridya - l'ange préposé à l'irrigation de la terre par la pluie du ciel d'en haut et par l'abîme d'en bas ; il les appelle, comme il est dit (Ps 42,8) 'l'abîme appelle l'abîme', ainsi qu'il est enseigné au traité Taanit (24a, 25b). Et l'on y dit qu'il ressemble à un veau (egla) ; c'est pourquoi on le nomme Ridya, du langage du bœuf qui laboure -- on traduit (Deut 22,10) 'tu ne laboureras pas' (lo tacharosh) par 'lo tirdei'.
💡 Explication

Fin d'une liste de sons puissants entendus dans le monde. Le Ridya est l'ange préposé à l'irrigation de la terre. Les Sages prièrent pour atténuer un autre de ces sons -- le cri de l'âme quittant le corps -- et il fut supprimé. L'ensemble de cette baraita comprend keriat ha-guever (le chant du guever) comme la proclamation du crieur du Temple, ce qui appuie l'avis de Rav.

2
תַּנְיָא כְּוָותֵיהּ דְּרַבִּי שֵׁילָא: הַיּוֹצֵא לַדֶּרֶךְ קֹודֶם קְרִיאַת הַגֶּבֶר — דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ. רַבִּי יֹאשִׁיָּה אוֹמֵר: עַד שֶׁיִּשְׁנֶה, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עַד שֶׁיְּשַׁלֵּשׁ. וּבְאֵיזֶה תַּרְנְגוֹל אָמְרוּ — בְּתַרְנְגוֹל בֵּינוֹנִי.

Il a été enseigné (dans une baraita) conformément à Rabbi Chila : Celui qui se met en route avant le chant du coq (keriat ha-guever) -- son sang est sur sa tête. Rabbi Yochiya dit : jusqu'à ce qu'il (le coq) répète (deux fois) ; et certains disent : jusqu'à ce qu'il chante trois fois.

Et de quel coq ont-ils parlé ? D'un coq moyen.

📜 Rachi (4)
כְּוָותֵיהּ דָּר' שִׁילָא דְּאָמַר קְרוֹת הַגֶּבֶר קְרָא תַּרְנְגוֹלָא:
Conformément à Rabbi Chila - qui a dit : (l'expression) 'chant du guever' signifie que le coq a chanté.
הַיּוֹצֵא יְחִידִי לַדֶּרֶךְ דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ מִפְּנֵי הַמַּזִּיקִין:
Celui qui sort seul en chemin, son sang est sur sa tête - à cause des démons (mazikin).
דָּמוֹ בְּרֹאשׁוֹ עֲוֹן מוֹתוֹ עַל רֹאשׁוֹ מוּטָל שֶׁהוּא הֵמִית עַצְמוֹ:
Son sang sur sa tête - la faute de sa mort retombe sur sa tête, car c'est lui-même qui s'est tué (en s'exposant).
בְּתַרְנְגוֹל בֵּינוֹנִי שֶׁאֵינוֹ מְמַהֵר קְרִיאָתוֹ וְלֹא מֵאַחַר:
Un coq moyen - qui ne chante ni trop tôt ni trop tard.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עַד שֶׁיְּשַׁלֵּשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לַדָּבָר (מִשְׁלֵי ל, כט) 'שְׁלֹשָׁה הֵמָּה מֵיטִיבֵי צַעַד' כְּלוֹמַר אַחַר שֶׁנִּשְׁמַע שְׁלֹשָׁה קוֹלוֹת אָז יָטִיבוּ צְעָדָיו שֶׁל אָדָם לָלֶכֶת בַּדֶּרֶךְ.
Et certains disent : jusqu'à ce qu'il chante trois fois. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion au verset (Proverbes 30,29) 'Ils sont trois à bien marcher (metivei tsaad)' : c'est-à-dire qu'après avoir entendu trois cris (du coq), alors les pas de l'homme seront bons pour aller sur la route.
💡 Explication

Cette baraita appuie Rabbi Chila, qui comprenait keriat ha-guever comme le chant réel du coq (et non la proclamation du crieur). Se mettre en route de nuit avant ce signal expose aux démons (mazikin) : celui qui s'y risque et périt est responsable de sa mort -- son sang est sur sa tête. Le coq moyen sert de repère fiable, car il ne chante ni trop tôt ni trop tard.

3
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּשָׁעָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹלִין לָרֶגֶל, עוֹמְדִין צְפוּפִין וּמִשְׁתַּחֲוִים רְוָוחִים, וְנִמְשָׁכִין אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת. מַאי קָאָמַר? הָכִי קָאָמַר: אַף עַל פִּי שֶׁנִּמְשָׁכִין אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת, וְעוֹמְדִים צְפוּפִין, כְּשֶׁהֵן מִשְׁתַּחֲוִין — מִשְׁתַּחֲוִין רְוָוחִים, וְזֶה אֶחָד מֵעֲשָׂרָה נִסִּים שֶׁנַּעֲשׂוּ בַּמִּקְדָּשׁ.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : Lorsque les enfants d'Israël montent (à Jérusalem) pour la fête de pèlerinage (regel), ils se tiennent serrés (tzefoufim) et se prosternent au large (revahim), et ils s'étendent sur onze coudées derrière le Saint des Saints (bet ha-kapporet). Que veut-il dire ?

Voici ce qu'il dit : bien qu'ils s'étendent sur onze coudées derrière le Saint des Saints et se tiennent serrés, lorsqu'ils se prosternent -- ils se prosternent au large. Et c'est là l'un des dix miracles qui se produisaient dans le Temple.

📜 Rachi (5)
צְפוּפִים לְשׁוֹן צָף מֵרוֹב הָעָם הָיוּ נִדְחָקִים אִישׁ בְּאָחִיו וְאֵין לוֹ מָקוֹם לִנְטוֹת עַל צִדּוֹ לְכָאן וּלְכָאן וְזָקוּף כְּקוֹרָה אַף רַגְלָיו נִיטָּלִים מֵעַל הָאָרֶץ:
Serrés - du langage de 'flotter' (tzaf) : tant la foule était dense qu'ils se pressaient l'un contre l'autre, chacun contre son prochain, sans place pour se pencher de côté ni d'un côté ni de l'autre, droits comme une poutre ; leurs pieds même se soulevaient du sol.
מִשְׁתַּחֲוִים רְוָוחִים וּכְשֶׁמִּשְׁתַּחֲוִים וְנוֹפְלִים נַעֲשָׂה לָהֶם נֵס וְהַמָּקוֹם מַרְחִיב עַד שֶׁיֵּשׁ בֵּינֵיהֶן אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁלֹּא יִשְׁמַע אִישׁ וִידּוּי שֶׁל חֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא יִכָּלֵם:
Se prosternent au large - lorsqu'ils se prosternaient et tombaient (à terre), un miracle se produisait pour eux : l'espace s'élargissait jusqu'à ce qu'il y ait entre eux quatre coudées, afin que nul n'entende la confession (viddouy) de son voisin et n'en soit honteux.
נִמְשָׁכִין אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת נִמְשָׁכִין מִתּוֹךְ דָּוחְקָן וּמִתְפַּזְּרִין עַל פְּנֵי אֹורֶךְ כָּל י"א אַמָּה שֶׁל מְקוֹם דְּרִיסַת רַגְלֵי יִשְׂרָאֵל לַצָּפוֹן וְלַדָּרוֹם וְיוֹצְאִין מִמְּקוֹם דְּרִיסַת רַגְלֵיהֶם וְנִכְנָסִין דֶּרֶךְ בֵּית הַחֲלִיפוֹת בֵּין צִידֵּי הַהֵיכָל לְכָותְלֵי הָעֲזָרָה לַצָּפוֹן וְלַדָּרוֹם וּמִשָּׁם נִכְנָסִין לַמַּעֲרָב בְּאַחַת עֲשָׂרָה אַמָּה שֶׁיֵּשׁ אֲוִיר אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת עַד כֹּותֶל מַעֲרָבִי שֶׁל עֲזָרָה כְּדִתְנַן בְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת (פ"ה מִשְׁנָה א) וְאָמְרִינַן לָהּ לְעֵיל בְּפִרְקִין (יוֹמָא דַּף טז:):
S'étendent sur onze coudées derrière le Saint des Saints - à cause de la presse, ils se dispersaient sur toute la longueur des onze coudées de l'emplacement où Israël pose les pieds, vers le nord et le sud ; ils sortaient de l'emplacement de leurs pieds et entraient par le bet ha-chalifot (couloir des couteaux), entre les côtés du Hekhal et les murs de la azara au nord et au sud, et de là ils pénétraient vers l'ouest, dans les onze coudées d'espace situées derrière le Saint des Saints jusqu'au mur occidental de la azara, comme il est enseigné au traité Middot (ch. 5 michna 1) et comme nous l'avons dit plus haut dans notre chapitre (Yoma 16b).
מַאי קָאָמַר מֵאַחַר שֶׁמִּשְׁתַּחֲוִים רְוָוחִים וְנִתְרַווַּח הַמָּקוֹם עַל יְדֵי הַנֵּס אַתָּה מַזְקִיקוֹ לִימָּשֵׁךְ וּלְהִתְפַּשֵּׁט אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּורֶת:
Que veut-il dire - puisqu'ils se prosternent au large et que l'espace s'est élargi par le miracle, pourquoi le contraindre à s'étendre et se répandre derrière le Saint des Saints ?
הָכִי קָאָמַר כּוּ' הַאי וְנִמְשָׁכִים אֲחוֹרֵי כו' אַרֵישָׁא קָאֵי קֹודֶם הִשְׁתַּחֲוָאָה וְהָכִי קָאָמַר אע"פ שֶׁנִּמְשָׁכִין אֲחוֹרֵי הַכַּפֹּורֶת וְהָיוּ צְרִיכִין לַעֲמֹוד צְפוּפִים מֵרֹוב דָּוחְקָן אֲפִילּוּ הָכֵי כְּשֶׁהָיוּ כֻּולָּם מִשְׁתַּחֲוִים בָּאִים לְמִזְרַח הַמִּזְבֵּחַ מִתּוֹךְ הָעֲזָרָה וּמִשְׁתַּחֲוִים לִפְנֵי הַהֵיכָל וּבְרִיוַּח:
Voici ce qu'il dit, etc. - ce '(et) ils s'étendent derrière, etc.' se rapporte au début, avant la prosternation ; et voici le sens : bien qu'ils s'étendent derrière le Saint des Saints et qu'ils dussent se tenir serrés à cause de la presse, malgré cela, lorsqu'ils se prosternaient tous, ils venaient à l'est de l'autel depuis l'intérieur de la azara et se prosternaient devant le Hekhal, au large.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּשֶׁהָיוּ יִשְׂרָאֵל עוֹלִין לָרֶגֶל, עוֹמְדִים צְפוּפִים וּמִשְׁתַּחֲוִים רְוָחִים, וְנִמְשָׁכִים אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּרֶת. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁנִּמְשָׁכִים י"א אַמָּה כְּמִסְפַּר ו"ה שֶׁכָּל הַתִּיקּוּן שֶׁעוֹשִׂים בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ הוּא בָּהֶם וְעֵסֶק הָעֲבוֹדָה מַגִּיעַ עַד בֵּית הַכַּפֹּורֶת. וְנִרְאֶה לִי מַה שֶׁעָשׂוּ בְּבִנְיַן תְּחִילָּה אַחַת עֶשְׂרֵה אַמָּה אֲחוֹרֵי בֵּית הַכַּפֹּרֶת עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּסוֹד (שְׁמוֹת כו, ז) 'עַשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה יְרִיעַת' כִּי בִּי' סְפִירוֹת שֶׁל קְדֻושָּׁה נִבְלַעַת הַקְּדֻושָּׁה בְּתוֹכָם וְלָכֵן נֶחְשָׁבִים לִי' סְפִירוֹת בִּלְבַד אֲבָל בַּקְּלִיפּוֹת אֵין הַחַיּוּת הַקְּדוֹשָׁה מֻובְלָע בְּתוֹכָם כִּי אֵין קוֹדֶשׁ מִתְעָרֵב בְּחוֹל אֶלָּא עוֹמֵד עַל רֹאשָׁם וּמֵאִיר לָהֶם וְלָכֵן נֶחְשָׁבִים לְאֶחָד עָשָׂר. וְכָתַב עוֹד דְּהָאַלּוּפִים שֶׁל עֵשָׂו שֶׁהָיוּ י"א הֵם כְּנֶגֶד י"א הַנִּזְכָּרִים שֶׁבַּקְּלִיפָּה יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן בְּבִנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ עָשׂוּ בִּדְבַר ה' אַחַד עָשָׂר אַמָּה אֲחוֹרֵי בֵּית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים לִרְמֹוז לְיִשְׂרָאֵל בָּזֶה הַמִּסְפָּר עַל י"א אַלּוּפִים דְּעָשׂוּ שֶׁהֵם י"א שֶׁל קְלִיפָּה שֶׁאִם יֶחֶטְאוּ הֲרֵי פְּלִשְׁתִּים מֵאָחוֹר יָבוֹאוּ וְיַחֲרִיבוּ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ. וְלָזֶה אָמַר (יְשַׁעְיָה א, ד) 'נִאֲצוּ אֶת קְדוֹשׁ יִשְׂרָאֵל נָזֹרוּ אָחוֹר'.
Lorsque Israël montait pour la fête, ils se tenaient serrés et se prosternaient au large, et s'étendaient sur onze coudées derrière le Saint des Saints. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle ils s'étendent sur onze coudées correspond au nombre (des lettres) vav-hé [6+5=11], car toute la réparation (tikkoun) accomplie dans le Temple s'opère par elles, et l'œuvre du service parvient jusqu'au Saint des Saints. Et il me semble que si l'on fit dans la construction, précisément, onze coudées derrière le Saint des Saints, c'est d'après ce qu'a dit notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le secret (sod) du verset (Ex 26,7) 'onze tentures' : car dans les dix sefirot de sainteté, la sainteté est absorbée (nivla) en elles, aussi ne les compte-t-on que comme dix sefirot ; mais dans les klipot (écorces impures), la vitalité sainte n'est pas absorbée en elles -- car le sacré ne se mêle pas au profane -- elle se tient au-dessus d'elles et les éclaire ; c'est pourquoi on les compte comme onze. Il a écrit encore que les chefs (aloufim) d'Esav, qui étaient onze, correspondent aux onze mentionnés du côté de la klipa (vois-y). C'est pourquoi, dans la construction du Temple, on fit par la parole de Dieu onze coudées derrière le Saint des Saints, pour faire allusion à Israël, par ce nombre, aux onze chefs d'Esav qui sont les onze de la klipa : car s'ils fautent, voici que les Philistins par-derrière viendront et détruiront le Temple. Et c'est ce que dit (Isaie 1,4) 'ils ont méprisé le Saint d'Israël, ils se sont retirés en arrière (nazoru a'hor)'.
💡 Explication

Malgré une foule si dense que les gens se tenaient serrés comme des poutres, au moment de la prosternation l'espace s'écartait miraculeusement : quatre coudées séparaient chacun, afin que nul n'entende le viddouy (confession) de son voisin. La foule débordait aussi sur onze coudées derrière le Saint des Saints, en contournant par le bet ha-chalifot (couloirs latéraux). La guemara précise que ce 'débordement' décrit l'état AVANT la prosternation, et que l'aisance vient ensuite -- c'est le miracle.

🖼️ Schéma
Serrés debout, au large en se prosternant -- l'un des dix miracles Debout : tzefoufim (serrés) Presse extrême : nul espace pour se pencher, droits comme des poutres, pieds soulevés du sol. -> Prosternés : revahim (au large) L'espace s'écarte : quatre coudées entre chacun, nul n'entend le viddouy (confession) du voisin et n'en est mis dans la honte. La foule débordait aussi sur onze coudées derrière le Saint des Saints, en passant par le bet ha-chalifot (couloirs latéraux).
Le miracle : serrés debout, mais espacés de quatre coudées dès qu'ils se prosternent.
4
דִּתְנַן, עֲשָׂרָה נִסִּים נַעֲשׂוּ בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ: לֹא הִפִּילָה אִשָּׁה מֵרֵיחַ בְּשַׂר הַקֹּדֶשׁ. וְלֹא הִסְרִיחַ בְּשַׂר הַקֹּדֶשׁ מֵעוֹלָם. וְלֹא נִרְאָה זְבוּב בְּבֵית הַמִּטְבָּחַיִם. וְלֹא אֵירַע קֶרִי לְכֹהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים. וְלֹא נִמְצָא פְּסוּל בָּעֹומֶר, וּבִשְׁתֵּי הַלֶּחֶם, וּבְלֶחֶם הַפָּנִים. עוֹמְדִים צְפוּפִים, וּמִשְׁתַּחֲוִים רְווָחִים. וְלֹא הִזִּיק נָחָשׁ וְעַקְרָב בִּירוּשָׁלַיִם מֵעוֹלָם. וְלֹא אָמַר אָדָם לַחֲבֵרוֹ: צַר לִי הַמָּקוֹם שֶׁאָלִין בִּירוּשָׁלַיִם.

Ainsi que nous l'avons appris (michna) : Dix miracles se produisirent dans le Temple. Aucune femme n'avorta à cause de l'odeur de la viande sacrée.

La viande sacrée ne se putréfia jamais. On ne vit jamais de mouche dans l'abattoir.

Aucune pollution nocturne (keri) n'arriva au Cohen Gadol le jour de Kippour. On ne trouva jamais d'invalidité (passoul) dans le omer, ni dans les deux pains (chte ha-le'hem), ni dans les pains de proposition (le'hem ha-panim).

Ils se tiennent serrés et se prosternent au large. Jamais serpent ni scorpion ne fit de mal à Jérusalem.

Et jamais un homme ne dit à son prochain : le lieu est trop étroit pour moi pour passer la nuit à Jérusalem.

📜 Rachi (4)
לֹא הִפִּילָה אִשָּׁה עֻובָּרָה שֶׁנִּתְאַוְּתָה לֶאֱכֹול מִבְּשַׂר הַצָּלִי כְּשֶׁמַּעֲלֶה רֵיחַ:
Aucune femme n'avorta - une femme enceinte qui eut envie de manger de la viande rôtie lorsqu'elle en sentait l'odeur (ne fit pas de fausse couche par ce désir inassouvi).
בְּבֵית הַטַּבָּחִים שֶׁל עֲזָרָה:
Dans l'abattoir - (celui) de la azara.
וְלֹא נִמְצָא פְּסוּל בָּעֹומֶר שֶׁאִם יֶאֱרַע בּוֹ פְּסוּל אֵין אַחֵר לְהָבִיא תַּחְתָּיו שֶׁהוּא נִקְצָר בְּלֵיל מוֹצָאֵי י"ט וְאֵין מַרְבִּין לִקְצֹור אֶלָּא כְּפִי הַשִּׁיעוּר שֶׁל עִשָּׂרוֹן מְנֻופֶּה בי"ג נָפָה וְכֵן שְׁתֵּי הַלֶּחֶם נֶאֱפִין מֵעֶרֶב י"ט וְאֵין אֲפִייָּתָן דּוֹחָה יוֹם טוֹב וְאִם יִפָּסֵל לֹא יֹאפוּ אַחֶרֶת בי"ט וְכֵן לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁנֶּאֱפָה מע"ש וְאִם יִפָּסֵל אֵין חִילּוּף וְהַשֻּׁלְחָן עוֹמֵד רֵיקָם עַד שַׁבָּת הַבָּאָה:
On ne trouva jamais d'invalidité dans le omer - car s'il lui arrivait une invalidité, il n'y en avait pas d'autre pour le remplacer, puisqu'on le moissonne la nuit suivant le (premier) jour de fête, et l'on ne moissonne pas plus que la mesure d'un issaron tamisé par treize tamis. De même les deux pains sont cuits la veille de la fête, et leur cuisson ne repousse pas la fête ; s'ils se trouvaient invalidés, on n'en cuirait pas d'autres pendant la fête. De même le le'hem ha-panim, cuit la veille de Chabbat : s'il se trouvait invalidé, il n'y avait pas de remplaçant, et la table restait vide jusqu'au Chabbat suivant.
צַר לִי הַמָּקוֹם מְזוֹנוֹתַי דְּחוּקִים דִּירָתִי דְּחוּקָה:
Le lieu est trop étroit pour moi - ma nourriture est à l'étroit, mon logement est à l'étroit.
🪔 Ben Yehoyada (4)
עֲשָׂרָה נִסִּים נַעֲשׂוּ בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לַעֲשָׂרָה כִּי אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה נִתְנַסָּה בַּעֲשָׂרָה נִסְיוֹנוֹת וְנִסָּיוֹן הָעֲשִׂירִי הָיָה הָעֲקֵדָה שֶׁנִּשְׁלַם בַּמָּקוֹם הַהוּא שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ לָכֵן בִּזְכוּת עֲשָׂרָה נִסְיוֹנוֹת שֶׁנִּשְׁלְמוּ שָׁם זָכָה הַמָּקוֹם הַהוּא לִהְיוֹת בּוֹ עֲשָׂרָה נִסִּים. אוֹ יוּבַן הַטַּעַם כִּי בַּעֲבוֹדַת בֵּית הַמִּקְדָּשׁ נַעֲשֶׂה יִחוּד וְחִיבּוּר שֵׁם הָוֵי " ה בְּמִלּוּי אלפי"ן [יוֹ"ד הֵ"א וָא"ו הֵ"א = 45] עִם שֵׁם אֱדָנ " י [65] שֶׁמִּסְפָּרָם נֵס [110] בְּסוֹד מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שַׁבָּת קד.) מֵ"ם שֶׁבַּלּוּחוֹת בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִים. וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל נֵס עַל שֵׁם הוי"ה דְּאַלְפִין וְשֵׁם אדנ"י, וְיָדוּעַ כָּל דָּבָר שֶׁבִּקְדֻושָּׁה כָּלוּל מֵעֶשֶׂר לְכָךְ נַעֲשָׂה עֲשָׂרָה נֵס.
Dix miracles se produisirent dans le Temple. Il me semble, avec l'aide du Ciel, une raison au nombre dix : Abraham notre père, la paix sur lui, fut éprouvé par dix épreuves, et la dixième fut la ligature (akeda), achevée en ce lieu même du Temple ; c'est pourquoi, par le mérite des dix épreuves qui s'y achevèrent, ce lieu mérita de porter dix miracles. Ou l'on comprendra la raison ainsi : par le service du Temple s'opérait l'union et la jonction du Nom Havaya dans son épellation par des alef [YOD HÉ VAV HÉ = 45] avec le Nom Adnout [65], dont la somme est 'nés' [110], selon le secret de ce qu'ont dit nos maîtres (Chabbat 104a) que le mem (final) des Tables se tenait par miracle (be-nés) ; et notre maître le Ari, de mémoire bénie, a expliqué 'nés' comme (allusion) au Nom Havaya par les alef et au Nom Adnout. Or l'on sait que toute chose de sainteté est incluse de dix ; ainsi se fit un 'nés' de dix.
עוֹמְדִים צְפוּפִים וּמִשְׁתַּחֲוִים רְוָחִים. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י הַמָּקוֹם מַרְחִיב עַד שֶׁיֵּשׁ בֵּינֵיהֶם, רוֹצֶה לוֹמַר מִן הַצְּדָדִין, גַּם כֵּן אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁלֹּא יִשְׁמַע אֶחָד וִדּוּי שֶׁל חֲבֵירוֹ שֶׁלֹּא יִכָּלֵם. וְהַגָּאוֹן יַעֲבֵ"ץ זַ"ל בְּבֵיאוּר אָבוֹת פִּקְפֵּק בָּזֶה דְּמַה צֹורֶךְ יֵשׁ בְּהַרְחָבַת הַמָּקוֹם מִן הַצְּדָדִין מֵאַחַר דְּמִתְפַּלְּלִין וּמִתְוַודִּין בְּלַחַשׁ וְרַק הַנֵּס מֻוכְרָח לִהְיוֹת מִלִּפְנֵיהֶם מִפְּנֵי הִשְׁתַּחֲוָיָה שֶׁהוּא פָּשׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם עַל הָרִצְפָּה וּכְשֶׁעוֹמְדִים צְפוּפִים אֵינָם יְכוֹלִים אֲפִילּוּ לִכְרֹועַ מְעַט וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ הַנֵּס לְהַרְחִיב הַמָּקוֹם עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְצָרִיךְ לְהָבִין בֶּאֱמֶת מִי הִכְרִיחוּ לְרַשִׁ"י זַ"ל לְפָרֵשׁ עַל הַצְּדָדִין גַּם כֵּן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָייֵק דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'עוֹמְדִים צְפוּפִים וּמִשְׁתַּחֲוִים' וְיָדַעְנָא דְּהַנֵּס הוּא בְּהַרְחָבַת הַמָּקוֹם לִפְנֵיהֶם דְּאֵיךְ מִשְׁתַּחֲוִים שֶׁהוּא פָּשׁוּט יָדַיִם וְרַגְלַיִם אִם הֵם עוֹמְדִים צְפוּפִים, וְכֵיוָן דְּהוֹסִיף הַתַּנָּא לוֹמַר 'רְוָחִים' שְׁמַע מִינָּה דְּקָא מַשְׁמָע לָן עַל הַרְוָוחָה יְתֵירָה שֶׁהִיא מִן הַצְּדָדִין וּלְהָכִי אָמַר רְוָחִים וְלֹא אָמַר בְּרִיוַּח דְּקָא מַשְׁמָע לָן עַל שְׁתֵּי הָרְווָחוֹת, וְעָשָׂה טַעַם לָזֶה מִשּׁוּם וִדּוּי וְהַיְינוּ אַף עַל פִּי דְּרֻובָּא דְּעָלְמָא מִתְווַדִּים בְּלַחַשׁ לֹא יִבָּצֵר מֵאֵיזֶה אֲנָשִׁים שֶׁיִּהְיוּ מִתְוַודִּים בְּקוֹל רָם.
Ils se tiennent serrés et se prosternent au large. Rachi a expliqué : l'espace s'élargissait jusqu'à ce qu'il y ait entre eux (quatre coudées) -- c'est-à-dire aussi sur les côtés -- afin que nul n'entende le viddouy de son voisin et n'en soit honteux. Le Gaon Yaavetz, de mémoire bénie, dans son commentaire sur Avot, a mis en doute cela : quel besoin d'élargir l'espace sur les côtés, puisqu'on prie et confesse à voix basse ? Le miracle ne serait nécessaire que devant eux, à cause de la prosternation qui est un étendement des mains et des pieds sur le dallage : quand ils sont serrés ils ne peuvent même pas s'incliner un peu, et c'est pourquoi le miracle élargit l'espace -- fin de ses propos. Et il faut vraiment comprendre : qui a contraint Rachi, de mémoire bénie, à expliquer aussi (l'élargissement) sur les côtés ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il l'a déduit précisément : (la michna) aurait dû dire 'ils se tiennent serrés et se prosternent', et l'on saurait que le miracle est l'élargissement de l'espace devant eux -- car comment se prosterneraient-ils, étendant mains et pieds, s'ils sont serrés ? Et puisque le tana a ajouté de dire 'au large' (revahim), on en déduit qu'il nous apprend une aisance supplémentaire, celle des côtés ; c'est pourquoi il a dit 'revahim' et non 'be-revah', pour nous apprendre les deux aisances. Et il en a donné la raison à cause du viddouy : car même si la plupart des gens confessent à voix basse, il ne manquera pas quelques hommes qui confessent à voix haute.
וְלֹא הִזִּיק נָחָשׁ וְעַקְרָב בִּירוּשָׁלַיִם. מַקְשִׁים אַמַּאי נָקֵיט נִסִּים שֶׁל יְרוּשָׁלַיִם עִם נִסִּים שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקָא מַשְׁמַע לָן לֹא זָכְתָה יְרוּשָׁלַיִם לְנִסִּים אֵלּוּ טְפֵי מִשְּׁאָר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֶלָּא בִּשְׁבִיל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁהָיָה בְּתוֹכָהּ וְלָכֵן זָכְתָה לְנִסִּים אֵלּוּ שֶׁהֵם מֵעֵין נִסִּים שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, כִּי כְּנֶגֶד נֵס הַרְחָקַת הַזְּבוּב וּמְנִיעַת הַקֶּרִי שֶׁהָיָה בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ זָכְתָה יְרוּשָׁלַיִם שֶׁלֹּא הִזִּיק נָחָשׁ וְעַקְרָב, כִּי שֹׁורֶשׁ אֶחָד הֵם, וּכְנֶגֶד נֵס מִשְׁתַּחֲוִים רְוָחִים זָכְתָה שֶׁלֹּא אָמַר אָדָם לַחֲבֵרוֹ: צַר לִי הַמָּקוֹם. וְעוֹד מַקְשִׁים אַמַּאי אָמַר 'וְלֹא הִזִּיק' וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וְלֹא נָשַׁךְ נָחָשׁ וְעַקְרָב'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבָא לִכְלֹול בָּזֶה גַּם כֵּן שֶׁלֹּא נִזְדַּמֵּן שֶׁהַנָּחָשׁ הֵטִיל אֶרֶס בְּמַאֲכָל וּמַשְׁקֶה וְשֶׁתֹּוהוּ בְּנֵי אָדָם וְעַל זֶה לֹא שַׁיָּיךְ לוֹמַר נָשַׁךְ אֶלָּא הִזִּיק.
Jamais serpent ni scorpion ne fit de mal à Jérusalem. On objecte : pourquoi ranger des miracles de Jérusalem avec les miracles du Temple ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il nous apprend que Jérusalem ne mérita ces miracles davantage que le reste de la terre d'Israël qu'à cause du Temple qui était en son sein ; c'est pourquoi elle mérita ces miracles qui sont de la nature des miracles du Temple : car en regard du miracle d'éloigner la mouche et d'empêcher le keri qui étaient au Temple, Jérusalem mérita que serpent ni scorpion n'y nuise -- car ils sont d'une même racine ; et en regard du miracle 'ils se prosternent au large', elle mérita que nul ne dise à son prochain : le lieu est trop étroit pour moi. On objecte encore : pourquoi dire 'ne fit pas de mal (hizik)' au lieu de 'ne mordit pas (nachach) serpent ni scorpion' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient inclure aussi le cas où un serpent aurait injecté son venin dans un aliment ou une boisson que des hommes auraient consommés -- et là le terme 'mordre' ne convient pas, mais bien 'faire du mal'.
לֹא הִפִּילָה אִשָּׁה מֵרֵיחַ בְּשַׂר הַקֹּדֶשׁ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת כֻּולְּהוּ נִסֵּי הֵם מַעֲלוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם תּוֹעֶלֶת לַקֹּודֶשׁ עַצְמוֹ אַךְ נֵס זֶה אֵינוֹ תּוֹעֶלֶת לַקֹּודֶשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמַגִּיעַ מִזֶּה תּוֹעֶלֶת לַקֹּודֶשׁ שֶׁלֹּא יִהְיוּ נִצְרָכִים לְהַאֲכִילָהּ מִבְּשַׂר קוֹדֶשׁ דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא (יוֹמָא פב.) עֻובָּרָה שֶׁהֵרִיחָה בְּשַׂר קֹודֶשׁ יֵשׁ תּוֹחֲבִין לָהּ כּוּשׁ בְּרֹוטֶב וּמַנִּיחִין לָהּ עַל פִּיהָ אִם נִתְייַשְּׁבָה דַּעְתָּהּ מוּטָב וְאִם לָאו מַאֲכִילִין אוֹתָהּ וְכוּ' שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר עוֹמֵד בִּפְנֵי פִּקּוּחַ נֶפֶשׁ עַיֵּין שָׁם.
Aucune femme n'avorta à cause de l'odeur de la viande sacrée. Il y a lieu d'objecter : tous les (autres) miracles sont des perfections utiles au sacré lui-même, tandis que ce miracle-ci n'est pas une utilité pour le sacré ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il en résulte une utilité pour le sacré : que l'on n'ait pas à la nourrir de viande sacrée -- car il est dit dans la guemara (Yoma 82a) qu'une femme enceinte qui a senti de la viande sacrée (et en est saisie de désir), on lui plonge un fuseau dans la sauce et on le pose sur sa bouche ; si son esprit se calme, tant mieux, et sinon on la nourrit (de la viande elle-même), etc., car rien ne tient devant le danger pour la vie (pikoua'h nefech) (vois-y).
💡 Explication

La michna (Avot 5,5) énumère les dix miracles. Les huit premiers concernent le Temple même ; les deux derniers -- serpent/scorpion et l'hospitalité -- concernent Jérusalem. Ce glissement du Temple à Jérusalem est précisément ce qui déclenchera le problème de décompte dans la suite : il ne resterait que huit miracles proprement du Temple.

5
פָּתַח בַּמִּקְדָּשׁ, וְסִיֵּים בִּירוּשָׁלַיִם! אִיכָּא תַּרְתֵּי אַחְרָנְייָתָא בְּמִקְדָּשׁ. דְּתַנְיָא: מֵעוֹלָם לֹא כִּבּוּ גְּשָׁמִים אֵשׁ שֶׁל עֲצֵי הַמַּעֲרָכָה. וַעֲשַׁן הַמַּעֲרָכָה, אֲפִילּוּ כָּל הָרוּחוֹת שֶׁבָּעוֹלָם בָּאוֹת וּמְנַשְּׁבוֹת בּוֹ — אֵין מְזִיזוֹת אוֹתוֹ מִמְּקוֹמוֹ.

(La michna) a ouvert avec le Temple (mikdach) et a conclu avec Jérusalem ! (Il n'y aurait donc que huit miracles du Temple.) Il y a deux autres (miracles) dans le Temple, comme il est enseigné (baraita) : Jamais les pluies n'éteignirent le feu des bûches de l'arrangement (maarakha) ; et la fumée de l'arrangement -- même si tous les vents du monde venaient souffler sur elle, ils ne la déplaçaient pas de son lieu.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ חֲמִשָּׁה דְּבָרִים שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן לְמִקְדָּשׁ שֵׁנִי וְכוּ'.. הִקְשָׁה הֲרִיטֵּב " א זַ"ל אַמַּאי לָא חֲשִׁיב שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה אֵינוֹ נוֹגֵעַ חֶסְרוֹנוֹ לְיִשְׂרָאֵל כִּי אֵין בּוֹ צֹורֶךְ אֶלָּא רַק לְמֶלֶךְ שֶׁהוּא מִתְכַּבֵּד יוֹתֵר בִּמְשִׁיחָתוֹ בּוֹ מַה שֶׁאֵין כֵּן כָּל הָנֵי חֲמִשָּׁה חֶסְרוֹנָם נוֹגֵעַ לְכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁכֻּולָּם מִתְכַּבְּדִים בָּהֶם. אַךְ הָרִיטְבָ"א זַ"ל תֵּירֵץ לְקֻושְׁיָתוֹ הַנִּזְכָּר מִפְּנֵי שֶׁשֶּׁמֶן הַמִּשְׁחָה אַף בְּבַיִת רִאשׁוֹן לֹא הָיָה תָּמִיד שֶׁכְּבָר נִגְנַז בִּימֵי יֹאשִׁיָּהוּ עַד כָּאן. וְכָתַב הַגָּאוֹן חִיֵּד " א זַ"ל בְּפֶתַח עֵינַיִים מִפִּי הַשְּׁמוּעָה קֻושְׁיָא עֲצוּמָה עַל הָרִיטְבָ"א זַ"ל דְּהָא אָמְרוּ בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נב:) דְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה נִגְנַז עִם הָאָרוֹן בְּיַחַד וְכֵיוָן דַּחֲשִׁיב אָרוֹן יֹאמַר גַּם כֵּן שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה וְכָתַב עַל זֶה שֶׁהִיא תְּמִיהָה קַיֶּימֶת יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָאָרוֹן בְּעֵת שֶׁנִּגְנַז בְּבַיִת רִאשׁוֹן בִּימֵי יֹאשִׁיָּהוּ לָא חֲשִׁיב נֶחְסַר מִן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ יַעַן כִּי הוּא נִגְנַז בְּאַחַת הַלְּשָׁכוֹת בְּתוֹךְ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְלֹא יָצָא מִבֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְאוֹתָם שֶׁגָּנְזוּ אוֹתוֹ הֵם יוֹדְעִים בְּאֵיזֶה מָקוֹם הוּא מֻונָּח וְלָכֵן אֵין זֶה חֲשִׁיב חִסָּרוֹן בִּזְמַן בַּיִת רִאשׁוֹן דְּמַה לִי מֻונָּח בְּבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים מַה לִי מֻונָּח בְּאַחַת הַלְּשָׁכוֹת הִנֵּה שְׁתֵּי מְקוֹמוֹת אֵלּוּ בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וְכֵיוָן דְּיוֹדְעִים בְּאֵיזֶה מָקוֹם מֻונָּח הֲרֵי הֵם יְכוֹלִים לְהוֹצִיאוֹ מִמָּקוֹם הַשֵּׁנִי וּלְהַחֲזִירוֹ לְבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים אִם יִרְצוּ וְכָל הָרָאוּי לְבִילָּה אֵין בִּילָּה מְעַכֶּבֶת (מְנָחוֹת קג:) וַהֲרֵי הוּא כְּאִלּוּ מֻונָּח בְּקוֹדֶשׁ קָדָשִׁים וְאֵין זֶה חֲשִׁיב חִסָּרוֹן, אַךְ בְּבַיִת שֵׁנִי דְּאוֹתָם שֶׁהָיוּ יוֹדְעִין מְקוֹמוֹ נִפְטְרוּ וְאוֹתָם שֶׁעָלוּ בְּבַיִת שֵׁנִי לֹא הָיוּ יוֹדְעִים הֵיכָן הוּא מֻונָּח דְּאִי אֶפְשָׁר לְהַחֲזִירוֹ לִמְקוֹמוֹ נֶחְשָׁב זֶה חִסָּרוֹן בְּבַיִת שֵׁנִי גַּבֵּי הָאָרוֹן, אָמְנָם שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה שֶׁנִּגְנַז בִּזְמַן שֶׁהָיָה בַּיִת רִאשׁוֹן אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ שֶׁהֵם יוֹדְעִים בְּאֵיזֶה מָקוֹם נִגְנַז עִם כָּל זֶה כֵּיוָן שֶׁהֻוצְרְכוּ אֵלָיו לִמְשֹׁוחַ בּוֹ אֶת יְהוֹאָחָז מִפְּנֵי מַחֲלֹוקֶת שֶׁל יְהוֹיָקִים וְלֹא יָכְלוּ לְגַלּוֹתוֹ וְלַהֲבִיאוֹ לַעֲשׂוֹת בּוֹ מְלַאכְתּוֹ הַמְיֻוחֶדֶת לוֹ נִרְגָּשׁ חֶסְרוֹנוֹ וְנִיכָּר, וּלְהָכִי גַּם בְּבַיִת רִאשׁוֹן נֶחְשְׁבָה גְּנִיזָתוֹ חִסָּרוֹן כֵּיוָן שֶׁהוּא עִנְיָינוֹ לִמְשֹׁוחַ בּוֹ וּכְשֶׁהֻוצְרְכוּ אֵלָיו לֹא נִמְצָא בְּיָדָם וְהֻוכְרְחוּ לִמְשֹׁוחַ יְהוֹאָחָז בְּאֶפְרַסְמוֹנָא דַּכְיָא וְכַנִּזְכָּר בְּהוֹרָיוֹת (הוֹרָיוֹת יב.) וּלְהָכִי לָא חָשֵׁיב לֵיהּ בַּהֲדֵי חֲמִשָּׁה שֶׁלֹּא נִרְגָּשׁ חֶסְרוֹנָם בְּבַיִת רִאשׁוֹן גַּם בְּסוֹפוֹ. וְאַף עַל גַּב דְּאִם הָיָה גַּם כֵּן מָצוּי אֶצְלָם שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה אֶפְשָׁר לֹא הָיוּ מוֹשְׁחִין בּוֹ אֶת יְהוֹאָחָז עִם כָּל זֶה חֲשִׁיב חִסָּרוֹן כֵּיוָן שֶׁהֻוצְרְכוּ אֵלָיו וְלֹא נִמְצָא גָּלוּי בְּיָדָם. נִמְצָא בַּיִת רִאשׁוֹן שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה שָׁלֵם בַּחֲמִשָּׁה דְּבָרִים וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמְזָה מַעֲלָה זוֹ בְּשֵׁם שְׁלֹמֹה שֶׁהוּא שָׁלֵם ה '. וְנִרְאֶה לִי לָכֵן נֶאֱמַר עַל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה (מְלָכִים א' ה, יב) 'וַיְהִי שִׁירוֹ חֲמִשָּׁה וְאֶלֶף' דְּמִסֵּפֶר הָאָלֶף כִּיוֵּן בּוֹ לְאוֹמְרוֹ כְּנֶגֶד בֵּית הַמִּקְדָּשׁ עַצְמוֹ דְּעָלָיו נֶאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ד, ד) 'בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת אֶלֶף הַמָּגֵן תָּלוּי עָלָיו' וּמִסְפַּר הַחֲמִשָּׁה הַנּוֹתָרִים עַל אֶלֶף הֵם כְּנֶגֶד חֲמִשָּׁה יִתְרוֹנוֹת הַנִּזְכָּרִים שֶׁהָיָה יֶתֶר בַּיִת רִאשׁוֹן. וּמַה שֶׁאָמַר שֶׁנֶּחְסַר הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה אֵין כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה כְּלָל דְּזֶה אִי אֶפְשָׁר דַּאֲפִילּוּ בְּחֻרְבָּן לֹא זָזָה שְׁכִינָה מִכֹּותֶל מַעֲרָבִי (מִדְרַשׁ רַבָּה שְׁמוֹת ב, ב) , אַךְ בֶּאֱמֶת בְּהַשְׁרָאַת אוֹר שְׁכִינָה יֵשׁ כַּמָּה הַדְרָגוֹת וְאוֹתָהּ הַמַּדְרֵגָה שֶׁהָיְתָה בִּזְמַן בַּיִת רִאשׁוֹן לֹא הָיְתָה בְּבַיִת שֵׁנִי, וְכֵן תִּמְצָא גַּם כֵּן בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ דְּגַם הַנְּבוּאָה קָרֵי לָהּ בְּשֵׁם רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וּמַדְרֵגַת הַנְּבוּאָה שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן לֹא הָיְתָה בְּבַיִת שֵׁנִי. אָמְרִי : [ אִין ] , מְהַוָּה הָווּ , סִיּוּעִי הוּא דְּלָא מְסַיְּעָא [כא:] וְנִרְאֶה לִי לְפִי זֶה מַה שֶׁאָמַר בִּזְבָחִים (זְבָחִים סא:) אֵשׁ שֶׁיָּרְדָה בִּימֵי שְׁלֹמֹה לֹא נִסְתַּלְּקָה עַד שֶׁבָּא מְנַשֶּׁה וְסִילְּקָהּ, אֵין הַכַּוָּנָה סִילְּקָהּ לְגַמְרֵי שֶׁנִּסְתַּלֵּק גּוּף הָאֵשׁ, אֶלָּא הַכַּוָּנָה נִסְתַּלֵּק כֹּחַ הַפְּעֻולָּה שֶׁלָּהּ כִּדְאָמַר הָכָא מְהַוָּה הָווּ סִיּוּעַי הוּא דְּלָא מְסַיְּעָא דְּכֵן הָיָה לָהּ גַּם בְּבַיִת רִאשׁוֹן מִזְּמַן מְנַשֶּׁה עַד חֻרְבַּן הַבַּיִת. וְעַל חֶסְרוֹן אוּרִים וְתֻמִּים עַיֵּין פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם הָרַמְבַּ"ם דְּנִכְתְּבוּ עַל יְדֵי שָׁמַיִם, וְהִקְשָׁה וַהֲלֹא אָמְרוּ בַּגְּמָרָא שֶׁהָיוּ כְּתוּבִים עַל יְדֵי הַשָּׁמִיר? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב דְּהָיָה עַל יְדֵי הַשָּׁמִיר הָיוּ צְרִיכִין לְמַעֲשֵׂה נֵס מִן הַשָּׁמַיִם כִּי הַשָּׁמִיר טִבְעוֹ וּסְגֻולָּתוֹ לְשַׁבֵּר מֵעֵבֶר לְעֵבֶר וְאֵינוֹ חוֹקֵק מְעַט כְּמוֹ כְּתִיבָה וּמַה שֶׁהָיָה חֲקִיקָה בְּדֶרֶךְ כְּתִיבָה הָיָה בְּדֶרֶךְ נֵס וּמַעֲשֵׂה שָׁמַיִם מִקְּרֵי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בְּלָאו הָכִי פְּעֻולַּת הַשָּׁמִיר עַצְמָהּ נִקְרֵאית בִּידֵי שָׁמַיִם כֵּיוָן שֶׁהִיא פְּעֻולָּה סְגֻולִּיִּית דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שׂוֹרְטִין תְּחִילָּה וּמַרְאִין לָהֶם אֶת הַשָּׁמִיר וְהֵם נִבְקָעִין מֵאֲלֵיהֶן, נִמְצָא הוּא מַעֲשֶׂה סוּגְלִיי וְאֵינוֹ טִבְעִי וְכָל מַעֲשֶׂה סוּגְלִיי נִקְרָא בִּידֵי שָׁמַיִם. וּמַה שֶׁאָמַר 'שֵׁשׁ אַשְׁוַת הֵן' נִרְאֶה לִי בס"ד אֵשׁ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש ש א שְׁוָת.
Ces cinq choses qui distinguent le premier Temple du second, etc. Le Ritva, de mémoire bénie, a demandé : pourquoi ne compte-t-on pas l'huile d'onction (chemen ha-micha) ? (vois-y). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'absence de l'huile d'onction ne touche pas Israël, car elle n'est nécessaire qu'au roi, qui s'honore davantage d'en être oint -- tandis que ces cinq (autres) choses, leur absence touche tout Israël, qui tous s'honorent par elles. Mais le Ritva, de mémoire bénie, a répondu à sa question : parce que l'huile d'onction, même au premier Temple, n'était pas toujours (présente), ayant déjà été cachée (nignaz) aux jours de Yochiyahou. Et le Gaon Hida, de mémoire bénie, a écrit dans Petah Einayim, d'après la tradition orale, une objection considérable contre le Ritva : car on a dit au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 52b) que l'huile d'onction fut cachée avec l'arche, ensemble ; et puisqu'on compte l'arche, on devrait compter aussi l'huile d'onction ; il écrit à ce sujet que c'est une difficulté qui subsiste (vois-y). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'arche, lorsqu'elle fut cachée au premier Temple aux jours de Yochiyahou, ne fut pas comptée comme manquant au Temple, car elle fut cachée dans l'une des chambres à l'intérieur du Temple et n'en sortit pas ; ceux qui la cachèrent savent en quel lieu elle repose, aussi cela n'est-il pas compté comme un manque à l'époque du premier Temple -- que m'importe qu'elle repose dans le Saint des Saints ou dans l'une des chambres, ces deux lieux étant dans le Temple ; et puisqu'ils savent en quel lieu elle repose, ils peuvent la ressortir du second lieu et la ramener au Saint des Saints s'ils le veulent, et 'tout ce qui est apte au mélange, l'absence de mélange ne l'invalide pas' (Menahot 103b) -- c'est comme si elle reposait dans le Saint des Saints, et cela n'est pas compté comme un manque. Mais au second Temple, ceux qui savaient son emplacement étaient décédés, et ceux qui montèrent au second Temple ne savaient pas où elle reposait, de sorte qu'il était impossible de la remettre à sa place : cela est compté comme un manque au second Temple s'agissant de l'arche. Cependant l'huile d'onction, cachée à l'époque du premier Temple -- bien qu'il y ait ceux qui savent en quel lieu elle fut cachée -- néanmoins, puisqu'on en eut besoin pour oindre Yehoahaz à cause de la contestation de Yehoyakim et qu'on ne put ni la révéler ni l'apporter pour accomplir son œuvre propre, son absence se fit sentir et fut manifeste ; c'est pourquoi, même au premier Temple, sa dissimulation est comptée comme un manque, puisque sa raison d'être est d'oindre par elle, et que, lorsqu'on en eut besoin, elle ne se trouva pas en leur main. On dut oindre Yehoahaz avec le baume pur (afarsemona dakhya), comme mentionné dans Horayot (12a). C'est pourquoi on ne la compte pas parmi les cinq (choses) dont l'absence ne se fit pas sentir au premier Temple, même à sa fin. Et bien que, si l'huile d'onction s'était trouvée auprès d'eux, peut-être n'auraient-ils pas oint Yehoahaz avec elle, malgré cela c'est compté comme un manque, puisqu'on en eut besoin et qu'elle ne se trouva pas manifeste en leur main. Il ressort que le premier Temple, bâti par le roi Salomon, la paix sur lui, était complet (chalem) en ces cinq choses ; et il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette qualité est allusionnée dans le nom Chelomo (Salomon), qui est 'chalem hé' (complet des cinq). Et il me semble que c'est pourquoi il est dit de Salomon (I Rois 5,12) 'et son cantique fut de cinq et mille' : le nombre mille vise le Temple lui-même, dont il est dit (Cant 4,4) 'bâti pour les trophées (talpiot), mille boucliers y sont suspendus', et le nombre cinq restant au-delà du mille correspond aux cinq avantages mentionnés par lesquels le premier Temple était supérieur. Et ce qu'il dit, que la résidence de la Chekhina (hachraat chekhina) manqua (au second Temple), n'entend pas dire qu'il n'y eut pas du tout de résidence de la Chekhina -- cela est impossible, car même lors de la destruction la Chekhina ne bougea pas du mur occidental (Chemot Rabba 2,2) ; mais en vérité, dans la résidence de la lumière de la Chekhina il y a plusieurs degrés, et le degré qui existait au premier Temple n'existait pas au second. De même tu trouveras pour l'esprit saint (roua'h ha-kodech) : car la prophétie aussi est appelée du nom d'esprit saint, et le degré de prophétie du premier Temple n'existait pas au second. On dit : [oui], 'elles existaient (mehava havou), c'est l'assistance (siyoua) qui n'assistait pas' [21b]. Il me semble, d'après cela, que ce qui est dit dans Zevahim (61b) -- 'le feu qui descendit aux jours de Salomon ne se retira point jusqu'à ce que vint Menache et le retira' -- ne veut pas dire qu'il le retira entièrement, que le corps du feu se retira, mais que se retira la puissance de son action, comme on dit ici 'elles existaient, c'est l'assistance qui n'assistait pas' : ainsi en fut-il aussi au premier Temple, depuis l'époque de Menache jusqu'à la destruction. Et au sujet de l'absence des ourim ve-toumim, vois le Petah Einayim au nom du Rambam, (disant) qu'ils furent écrits par (l'action) du Ciel ; il objecte : mais n'a-t-on pas dit dans la guemara qu'ils étaient gravés au moyen du chamir ? (vois-y). Il me semble, avec l'aide du Ciel, que bien que ce fut par le chamir, ils avaient besoin d'un acte miraculeux venu du Ciel : car le chamir, sa nature et sa vertu sont de fendre de part en part, et il ne creuse pas légèrement comme une écriture ; or le fait qu'il y eut gravure à la manière d'une écriture était par miracle, appelé acte du Ciel. Et il me semble encore, sans même cela, que l'action du chamir elle-même est appelée 'par (l'action) du Ciel', puisque c'est une action de vertu (segoula) : car nos maîtres ont dit qu'on entaille d'abord et qu'on leur montre le chamir, et (les pierres) se fendent d'elles-mêmes ; il se trouve donc que c'est une action de vertu et non naturelle, et toute action de vertu est appelée 'par le Ciel'. Et ce qu'il dit 'il y a six feux (chech echot)' -- il me semble, avec l'aide du Ciel, que 'ech' (aleph-chin) forme les initiales de 'ch-ch a-chot'.
💡 Explication

Objection de décompte : la michna 'ouvre' sur le Temple mais 'clôt' sur des miracles de Jérusalem (serpent, hospitalité) -- il ne resterait alors que huit miracles proprement du Temple. Réponse : il existe deux autres miracles du Temple à intégrer : la pluie n'éteignait jamais le feu de l'autel (à ciel ouvert), et la colonne de fumée montait droite, immobile sous tous les vents. On retrouve dix.

6
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָתַנְיָא רַב שְׁמַעְיָה בְּקַלְנְבוֹ: שִׁבְרֵי כְּלִי חֶרֶס, נִבְלָעִין בִּמְקוֹמָן, וְאָמַר אַבַּיֵּי: מוֹרָאָהּ, וְנוֹצָה, וְדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי, וְדִישּׁוּן הַמְּנוֹרָה — נִבְלָעִין בִּמְקוֹמָן!

Et il n'y en a pas davantage ? Mais Rav Chemaya n'a-t-il pas enseigné à Kalnevo : Les tessons de vaisselle de terre cuite étaient engloutis (nivla'in) sur place !

Et Abaye a dit : le jabot (moura), les plumes (notsa), les cendres de l'autel intérieur (dichoun mizbeah ha-penimi) et les cendres de la menora -- étaient engloutis sur place !

📜 Rachi (4)
בְּקַלְנְבוֹ שֵׁם מָקוֹם:
À Kalnevo - nom d'un lieu.
שִׁבְרֵי כְּלֵי חֶרֶס שֶׁמְּבַשְּׁלִים בָּהֶן קָדְשֵׁי קָדָשִׁים וּבְלִיעָתָן נֶאֱסֶרֶת מִשּׁוּם נוֹתָר וּטְעוּנִין שְׁבִירָה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ו׳:כ״א) וּכְלִי חֶרֶשׂ אֲשֶׁר תְּבֻושַּׁל בּוֹ יִשָּׁבֵר וּשְׁבִירָתוֹ בְּמָקוֹם קָדוֹשׁ כִּדְאָמְרִי' הָתָם בִּזְבָחִים בְּפֶרֶק דַּם חַטָּאת (זְבָחִים דַּף צג:) וְאִם אֵין נִבְלָעִין נִמְצְאוּ אַשְׁפַּתּוֹת שֶׁל שְׁבָרִים בָּעֲזָרָה:
Les tessons de vaisselle de terre cuite - dans lesquels on cuit les offrandes très saintes (kodchei kodachim), et dont l'absorption devient interdite au titre de notar, exigeant le bris, comme il est écrit (Lev 6,21) 'et le vase de terre dans lequel elle a été cuite sera brisé' ; et son bris (a lieu) en lieu saint, comme on le dit là, dans Zevahim au chapitre Dam Hatat (93b). Et si (les tessons) n'étaient pas engloutis, on trouverait des tas d'ordures de tessons dans la azara.
מֻורְאָה וְנוֹצָה שֶׁל עוֹלַת הָעוֹף:
Le jabot et les plumes - de l'holocauste d'oiseau (olat ha-of).
וְדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְדִישּׁוּן הַמְּנוֹרָה בְּכָל בָּקָר נוֹתְנָן עִם תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן בַּמִּזְרָח שֶׁל כֶּבֶשׂ כְּדִתְנַן גַּבֵּי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן (תָּמִיד פ"א מִשְׁנָה ד) הִגִּיעַ לָרִצְפָּה הָפַךְ פָּנָיו לַצָּפוֹן וְהוֹלֵךְ בְּמִזְרָחוֹ שֶׁל כֶּבֶשׁ כְּעֶשֶׂר אַמּוֹת מָקוֹם שֶׁנּוֹתְנִין שָׁם מֻורְאָה וְנוֹצָה וְדִישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְהַמְּנוֹרָה וּקְרָא נָמֵי דְּמֻורְאָה וְנוֹצָה הָכִי כְּתִיב וְהִשְׁלִיךְ אֹותָהּ אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ קֵדְמָה אֶל מְקוֹם הַדָּשֶׁן (וַיִּקְרָא א׳:ט״ז):
Les cendres de l'autel intérieur et les cendres de la menora - chaque matin on les dépose avec le prélèvement des cendres (teroumat ha-dechen) à l'est de la rampe (kevech), comme il est enseigné à propos de la teroumat ha-dechen (Tamid ch. 1 michna 4) : arrivé au dallage, il tournait sa face vers le nord et marchait à l'est de la rampe, sur environ dix coudées, à l'endroit où l'on dépose le jabot, les plumes, les cendres de l'autel intérieur et de la menora ; et le verset au sujet du jabot et des plumes est écrit ainsi (Lev 1,16) : 'il la jettera près de l'autel, vers l'est, au lieu des cendres (mekom ha-dechen)'.
🗂️ Tossefot (1)
נִבְלָעִין בִּמְקוֹמָן פֵּירֵשׁ הָרַב פּוֹרָת דְּהוּא הַדִּין דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַחִיצוֹן וְאֵין נִרְאֶה לְרַבֵּינוּ תָּם דִּמְנָא לֵיהּ הַאי סְבָרָא כֵּיוָן דְּלָא חָשֵׁיב לֵיהּ בַּהֲדֵי הָנָךְ וְעוֹד הָא אָמְרִי' בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כו.) וּבְשִׁילְהֵי תְּמוּרָה (דַּף לד.) וְאֵפֶר הֶקְדֵּשׁ לְעוֹלָם אָסוּר בְּאוֹתָן שֶׁטְּעוּנִין גְּנִיזָה כִּדְתַנְיָא וּשְׁמוֹ בְּנַחַת וּשְׁמוֹ שֶׁלֹּא יְפַזֵּר אַלְמָא דְּלָא הָוֵי נִבְלָע בִּמְקוֹמָן מִדְּטָעוּן גְּנִיזָה מִיהוּ יֵשׁ לוֹמַר קְרָא לָאו אַנִּיסָּא סָמַךְ וה"ק אִי לָאו הֲוָה נִיסָּא שֶׁיְּהֵא נִבְלָע בִּמְקוֹמָן טָעוּן גְּנִיזָה אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי אִם חָפַר שָׁם וְהוֹצִיא אוֹתוֹ קָאָמַר דְּאֵפֶר הֶקְדֵּשׁ לְעוֹלָם אָסוּר וְכֵן פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י בְּסוֹף תְּמוּרָה:
Engloutis sur place - le Rav Porat a expliqué qu'il en va de même pour les cendres de l'autel extérieur ; mais cela ne paraît pas juste à Rabbenou Tam, car d'où tirerait-il cette assertion, puisque (la baraita) ne l'a pas comptée parmi celles-là ? En outre, nous disons au chapitre Kol Chaa (Pessahim 26a) et à la fin de Temoura (34a) que 'la cendre du sacré est toujours interdite' pour celles qui exigent une genisa (enfouissement), comme il est enseigné 've-samo (il la déposera) doucement' -- 've-samo' : qu'il ne la disperse pas ; d'où l'on voit qu'elle n'est pas engloutie sur place, puisqu'elle exige une genisa. Toutefois on peut dire que le verset ne s'appuie pas sur le miracle, et voici son sens : si ce n'était le miracle qu'elle soit engloutie sur place, elle exigerait une genisa. Ou encore il me semble : (le verset) parle du cas où l'on a creusé là et qu'on l'a ressortie -- car (dans ce cas) la cendre du sacré est toujours interdite ; ainsi l'a expliqué Rachi à la fin de Temoura.
💡 Explication

Nouvelle objection : il y aurait plus de dix miracles. On cuisait les kodchei kodachim (offrandes très saintes) dans des vases de terre ; ces vases absorbaient la viande, qui devenait notar (résidu interdit), imposant de briser le vase. Les tessons étaient miraculeusement engloutis dans le sol là même, sans encombrer la azara. De même le jabot et les plumes de l'holocauste d'oiseau, et les cendres de l'autel intérieur et de la menora, étaient absorbés sur place plutôt que transportés au-dehors.

7
פְּסוּלֵי תְּלָתָא הָווּ? חַשְׁבִינְהוּ בְּחַד, אַפֵּיק תְּרֵי וְעַייֵּל תְּרֵי. אִי הָכִי, בְּלוּעִין נָמֵי תְּרֵי הָווּ? חַשְׁבִינְהוּ בְּחַד. חָסְרוּ לְהוּ! אִיכָּא נָמֵי אַחֲרִיתִי, דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נֵס גָּדוֹל הָיָה נַעֲשָׂה בְּלֶחֶם הַפָּנִים, סִלּוּקוֹ כְּסִדּוּרוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָשׂוּם לֶחֶם חֹום בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ״.

Les invalidités étaient trois -- compte-les comme une (seule), retire-en deux et introduis-en deux (autres). Si c'est ainsi, les engloutis aussi étaient deux -- compte-les comme un (seul) : il en manque donc un !

Il y en a encore une autre, car Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : un grand miracle se produisait avec le le'hem ha-panim -- son retrait (était) comme sa disposition (encore chaud), ainsi qu'il est dit (I Sam 21,7) 'pour placer du pain chaud le jour où on l'enlève'.

📜 Rachi (4)
פְּסוּלֵי תְּלָתָא הָווּ פְּסוּל עֹומֶר וּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם וְלֶחֶם הַפָּנִים תְּלָת נִיסֵּי חֲשַׁבְתִּינְהוּ:
Les invalidités étaient trois - l'invalidité du omer, des deux pains et du le'hem ha-panim : je les ai comptées comme trois miracles (or elles ne valent qu'un).
בָּלוֹעִין תְּרֵי הָווּ דְּשִׁבְרֵי כְּלֵי חֶרֶס הֲוָה חַד וּמֻורְאָה וְנוֹצָה וְכָל הַנִּיתָּנִים שָׁם חַד הֲוָה:
Les engloutis étaient deux - car les tessons de terre cuite font un, et le jabot, les plumes et tout ce qu'on dépose là font un.
סִילּוּקוֹ כְּסִידּוּרוֹ כְּשֶׁמְּסַלְּקִין אוֹתוֹ עֲדַיִין הוּא חַם:
Son retrait comme sa disposition - lorsqu'on le retire, il est encore chaud.
חֹום בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ שֶׁהוּא חַם בַּיּוֹם שֶׁנִּלְקַח מִשָּׁם וְהַאי קְרָא בְּלֶחֶם הַפָּנִים כְּתִיב בְּסֵפֶר שְׁמוּאֵל:
Chaud le jour où on l'enlève - car il est chaud le jour où on l'enlève de là ; et ce verset est écrit au sujet du le'hem ha-panim, dans le livre de Samuel.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אִי הָכִי 'בָּלוֹעִין' נָמֵי, תְּרֵי הָווּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּקָארֵי לַהּ מַאי קָאָרֵי לַהּ וְהָאֵיךְ הִתְרַצֵּן שֶׁתֵּירֵץ אַפֵּיק תְּרֵי וְעַייֵּל תְּרֵי לֹא נִרְגָּשׁ בָּזֶה הַקֻּושְׁיָא כֵּיוָן דְּהוּא עַצְמוֹ קָאָמַר דִּתְלָתָא פְּסוּלֵי נֶחְשָׁבִים אֶחָד אֵיךְ יִסְבֹּור דִּתְרֵי בְּלוּעֵי נֶחְשָׁבִים בִּתְרֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהִתְרַצֵּן סָלְקָא דַעְתָּךְ דְּלָא אָמְרִינַן תְּלָתָא חֲשִׁיבִי כְּחַד אֶלָּא בְּהָנָךְ דְּפִיסּוּלֵי לְפִי שֶׁשְּׁלָשְׁתָּם לֹא הָיוּ נִסִּים בְּמַעֲשֶׂה בְּעַיִן אֶלָּא הַנֵּס הוּא בְּהַרְחָקַת הַנֶּזֶק שֶׁלֹּא יִזְדַּמֵּן הַפִּיסּוּל וְגַם עוֹד אֲפִילּוּ לְפִי הַשְׁעָרַת הַשֵּׂכֶל לֹא יִתְרָאֶה זֶה לְנֵס אֶלָּא בְּאֹורֶךְ הַזְּמַן וּמִשּׁוּם הָכִי לָא חֲשִׁיבֵי כָּל חַד נֵס גָּמוּר לַהֲבִיאָם לְמִנְיָן לְכָל חַד בְּאַפֵּיהּ נַפְשֵׁיהּ וְלָזֶה שְׁלָשְׁתָּם נֶחְשְׁבוּ בְּחַד נֵס בְּמִנְיַן הַנִּסִּים, אֲבָל תְּרֵי נִיסֵּי דִּבְלִיעָה כֵּיוָן שֶׁהֵם נִסִּים בְּמַעֲשֶׂה בְּעַיִן שֶׁנַּעֲשָׂה בְּגוּפָם מַעֲשֵׂה נֵס לְהִבָּלַע מֵאֲלֵיהֶן הֲרֵי כָּל חַד מִנַּייְהוּ הוּא נֵס גָּמוּר וּלְהָכִי אַף עַל גַּב דִּשְׁנֵיהֶם הוּא עִנְיַן בְּלִיעָה רְאוּיִים לָבֹא כָּל חַד לְמִנְיַן הַנִּסִּים בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְאֵין נִכְלָלִים יַחַד כָּךְ עָלָה בְּדַעַת הַתָּרְצָן מֵעִיקָּרָא, אֲבָל הַמַּקְשָׁן לָא נִיחָא לֵיהּ בְּהַאי חִילּוּקָא וְסָבַר כֵּיוָן דְּתַרְוַוייְהוּ עִנְיַן בְּלִיעָה לָא שְׁנָא מֵהַךְ תְּלָתָא דְּפִיסּוּלֵי דְּחָשְׁבִינַן לְהוּ בְּחַד מִשּׁוּם דְּחַד עִנְיָינָא נִינְהוּ.
Si c'est ainsi, les 'engloutis' aussi étaient deux. Il y a lieu d'objecter : celui qui pose la question, comment peut-il la poser ? Comment celui qui a répondu 'retire deux et introduis deux' n'a-t-il pas ressenti cette objection, puisque lui-même dit que les trois invalidités comptent pour un -- comment penserait-il que les deux engloutis comptent pour deux ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui qui a répondu pensait qu'on ne dit 'trois comptent pour un' que pour ces invalidités, parce que toutes trois n'étaient pas des miracles agissant sur une chose visible, mais un miracle d'éloignement du dommage -- que l'invalidité ne survienne pas -- et de plus, même selon l'estimation de la raison, cela n'apparaîtrait comme miracle que sur la durée ; c'est pourquoi chacune n'est pas comptée comme un miracle complet à inscrire pour elle-même au compte, et toutes trois furent comptées comme un seul miracle. Mais les deux miracles d'engloutissement, puisqu'ils sont des miracles agissant sur une chose visible -- un acte de miracle se fit dans leur corps même, qu'ils soient engloutis d'eux-mêmes -- chacun d'eux est un miracle complet, aussi, bien que tous deux soient affaire d'engloutissement, chacun mérite de venir au compte des miracles pour lui-même, sans être inclus avec l'autre : ainsi pensait d'abord celui qui répondait. Mais celui qui objecte ne se satisfait pas de cette distinction et pense que, puisque tous deux relèvent de l'engloutissement, ce n'est pas différent des trois invalidités que l'on compte pour un parce qu'elles sont d'une même affaire.
נֵס גָּדוֹל נַעֲשָׂה בְּלֶחֶם הַפָּנִים, סִלּוּקוֹ כְּסִדּוּרוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד לֶחֶם הַפָּנִים רֶמֶז לַתּוֹרָה שֶׁנִּקְרֵאת לֶחֶם וְהִיא מְזוֹן הַנֶּפֶשׁ וְרָאוּי שֶׁהָאָדָם יִשָּׁאֵר בְּהִתְלַהֲבוּת וְחֵשֶׁק הַתּוֹרָה בְּסוֹף הַלִּימּוּד כְּמוֹ הִתְחַיַּלְתְּ הַלִּימּוּד וְלָכֵן נַעֲשָׂה בּוֹ נֵס שֶׁיִּהְיֶה בְּעֵת סִלּוּקוֹ כְּמוֹ עֵת סִדּוּרוֹ, וְהַתּוֹרָה נִקְנֵית במ"ח מַעֲלוֹת לְכָךְ הַנֵּס הָיָה שֶׁיִּשָּׁאֵר 'חָם' שֶׁהוּא מ"ח. בְּרַם יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי נָקֵיט כָּאן 'נֵס גָּדוֹל' וַאֲפִילּוּ בְּנֵס אָרוֹן וּכְרוּבִים שֶׁהָיוּ פְּלָאִים יוֹתֵר לָא נָקֵיט נֵס גָּדוֹל וְכֵן בְּמֵ"ם שֶׁבַּלּוּחוֹת נָמֵי לָא נָקֵיט נֵס גָּדוֹל וְאַמַּאי בְּלֶחֶם הַפָּנִים נָקֵיט 'נֵס גָּדוֹל'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָאן הָווּ תְּרֵי נִסִּים בְּבַת אַחַת שֶׁהָיָה נִשְׁאַר רַךְ וְלַח שֶׁלֹּא הָיָה מִתְקַשֶּׁה וּמִתְיַיבֵּשׁ וְגַם שֶׁהָיָה חַם הֲרֵי נֵס בְּתוֹךְ נֵס וְלָכֵן קָרֵי לֵיהּ 'נֵס גָּדוֹל' דַּייְקָא, כִּי אוֹתִיּוֹת נֵס בְּמִילּוֹאָם כָּזֶה נ" ן ס מ " ך גַּם הַמִּלּוּי הוּא מִסְפַּר נֵס [110] וְזֶהוּ נֵס בְּתוֹךְ נֵס. וּלְפִי דִּבְרֵי הָרִיטְבָ"א זַ"ל הָיָה בּוֹ עוֹד נֵס אַחֵר שֶׁהָיָה יוֹצֵא מִמֶּנּוּ הֶבֶל תָּמִיד כְּמוֹ עֵת יְצִיאָתוֹ מִן הַתַּנּוּר הֲרֵי תְּלָתָא נִסִּים נִצְמָדִים יַחַד וּלְהָכִי קָרֵי לֵיהּ 'נֵס גָּדוֹל'. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז שְׁתֵּי נִסִּים שֶׁל לַח וְחַם בְּאוֹתִיּוֹת לֶחֶם כִּי אוֹת ח' תְּחַבֵּרְנָה עִם הַלָּמֶ"ד בִּלְבַד וְנִקְרָא לַח וְתַחֲבֹרְנָה עִם אוֹת מֵ"ם בִּלְבַד וְנִקְרָא חָם וּלְכָךְ נִקְרָא לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁיֵּשׁ בּוֹ שְׁנֵי מַשְׁמָעוּת שֶׁהֵם לַח וְחַם. וּלְפִי דִּבְרֵי הָרִיטְבָ"א זַ"ל שֶׁהָיָה יוֹצֵא מִמֶּנּוּ הֶבֶל נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ קְרָאוֹ הַכָּתוּב בְּשֵׁם חַלָּה דִּכְתִיב בְּפָרָשַׁת אֱמֹור (וַיִּקְרָא כֹּד, ה) 'וְאָפִיתָ אֹתָהּ שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה חַלּוֹת שְׁנֵי עֶשְׂרֹנִים יִהְיֶה הַחַלָּה הָאַחַת' נִמְצָא קָרְאוּ חַלָּה לִרְמֹוז בּוֹ שְׁלֹשָׁה נִסִּים הַנִּזְכָּר כִּי חַלָּה רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ח ם ל ח ה בַּל.
Un grand miracle se produisait avec le le'hem ha-panim, son retrait comme sa disposition. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le le'hem ha-panim fait allusion à la Torah, appelée 'pain' et qui est la nourriture de l'âme ; et il convient que l'homme demeure dans l'ardeur et le désir de la Torah à la fin de l'étude comme au début. C'est pourquoi ce miracle s'y produisait : qu'à l'heure de son retrait il fut comme à l'heure de sa disposition. Et la Torah s'acquiert par 48 qualités (mem-het) ; aussi le miracle fut-il qu'il demeure 'ham' (chaud), qui vaut 48. Mais il y a lieu d'objecter : pourquoi dire ici 'un grand miracle', alors que même pour l'arche et les cheroubim, plus prodigieux encore, on ne dit pas 'grand miracle', et de même pour le mem des Tables ? Pourquoi, pour le le'hem ha-panim, dire 'un grand miracle' ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que là se trouvaient deux miracles à la fois : il restait tendre et humide, sans durcir ni se dessécher, et il restait aussi chaud -- voici un miracle dans un miracle, aussi le nomme-t-on précisément 'grand miracle'. Car les lettres de 'nés' en leur épellation -- noun (noun-noun), samekh (samekh-mem-khaf) -- l'épellation aussi vaut 'nés' [110] : c'est un miracle dans un miracle. Et selon les paroles du Ritva, de mémoire bénie, il s'y trouvait encore un autre miracle : une vapeur en sortait sans cesse, comme à l'instant de sa sortie du four -- voici trois miracles joints ensemble, aussi le nomme-t-on 'grand miracle'. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, faire allusion aux deux miracles de 'humide (lah)' et 'chaud (ham)' dans les lettres de 'le'hem' : car la lettre het, jointe au seul lamed, se lit 'lah', et jointe au seul mem se lit 'ham' ; c'est pourquoi on l'appelle 'le'hem ha-panim', qui a deux sens, 'lah' et 'ham'. Et selon les paroles du Ritva, de mémoire bénie, qu'une vapeur en sortait, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi l'Écriture l'a nommé 'hala', comme il est écrit dans la parachat Emor (Lev 24,5) 'tu en cuiras douze pains (halot), deux issaron pour chaque pain (hala)' : il se trouve qu'on l'a nommé 'hala' pour y faire allusion aux trois miracles mentionnés, car 'hala' est l'acronyme de 'ham, lah, hevel (vapeur)'.
💡 Explication

Le cœur de la comptabilité. Les trois invalidités possibles (omer, deux pains, le'hem ha-panim) sont de même nature : elles ne comptent que pour un miracle. Cela libère deux places pour la pluie et la fumée. Mais alors les deux 'engloutis' (tessons ; jabot-plumes-cendres) devraient aussi n'en faire qu'un -- et il manque un miracle. On l'ajoute : le le'hem ha-panim reste aussi chaud à son retrait (une semaine plus tard) qu'à sa mise en place.

8
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָאָמַר רַבִּי לֵוִי: דָּבָר זֶה מָסֹורֶת בְּיָדֵינוּ מֵאֲבוֹתֵינוּ: מְקוֹם אָרוֹן — אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה. וְאָמַר רַבְנַאי אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּרוּבִים — בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין!

Et il n'y en a pas davantage ? Mais Rabbi Levi n'a-t-il pas dit : ceci est une tradition en notre main, (reçue) de nos pères : le lieu de l'arche (mekom aron) n'entre pas dans la mesure.

Et Ravnai a dit au nom de Chemouel : les cheroubim se tenaient par miracle !

📜 Rachi (2)
מְקוֹם אָרוֹן אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה אֵינוֹ תּוֹפֵס לְמַעֵט מִמִּדַּת הֶחָלָל שֶׁל בַּיִת כְּלוּם דְּתַנְיָא אָרוֹן שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה יֵשׁ לוֹ עֶשֶׂר אַמּוֹת אֲוִיר לְכָל רוּחַ כְּשֶׁנִּיתַּן בְּאֶמְצַע בֵּית הַכַּפֹּורֶת וַהֲרֵי כָּל הֶחָלָל לֹא הָיָה אֶלָּא כ' עַל כ' שֶׁנֶּאֱמַר (מְלָכִים א ו׳:כ׳) וְלִפְנֵי הַדְּבִיר עֶשְׂרִים אַמָּה אֹורֶךְ וְעֶשְׂרִים אַמָּה רֹוחַב נִמְצָא שֶׁאֵין מְקוֹם הָאָרוֹן מְמַעֵט כְּלוּם:
Le lieu de l'arche n'entre pas dans la mesure - il ne prend rien pour diminuer la mesure de l'espace intérieur du (Saint des Saints), car il est enseigné : l'arche que fit Moché avait dix coudées d'espace de chaque côté lorsqu'elle était placée au milieu du Saint des Saints ; or tout l'espace intérieur n'était que de vingt sur vingt, comme il est dit (I Rois 6,20) 'et devant le devir : vingt coudées de long et vingt coudées de large' -- il ressort donc que le lieu de l'arche ne diminue rien.
כְּרוּבִין בְּנֵס הָיוּ עוֹמְדִין גּוּפֵי הַכְּרוּבִים שֶׁעָשָׂה שְׁלֹמֹה עוֹמְדִין בָּאָרֶץ אֵצֶל אָרוֹן אֶחָד בַּצָּפוֹן וְאֶחָד בַּדָּרוֹם (שָׁם) וּבְכַנְפֵיהֶם עֶשְׂרִים אַמָּה פְּרוּשׂוֹת מִקִּיר אֶל קִיר כְּדִכְתִיב כְּנַף הַכְּרוּב חָמֵשׁ אַמּוֹת נִמְצְאוּ הַכְּנָפַיִם מַחֲזִיקִים אֶת כָּל הֶחָלָל נִמְצָא עֹובִי הַגּוּף אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה:
Les cheroubim se tenaient par miracle - les corps des cheroubim qu'a faits Salomon se tenaient à terre près de l'arche, l'un au nord et l'un au sud (I Rois 6) ; et leurs ailes, vingt coudées, étaient déployées d'un mur à l'autre, comme il est écrit 'l'aile du cheroub, cinq coudées' -- il se trouve que les ailes remplissaient tout l'espace ; donc l'épaisseur des corps n'entre pas dans la mesure.
🪔 Ben Yehoyada (2)
וְתוּ לֵיכָּא?! וְהָא אָמַר רַבִּי לֵוִי: דָּבָר זֶה מָסֹרֶת בְּיָדֵינוּ מֵאֲבוֹתֵינוּ: מְקוֹם אָרוֹן אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה. הָא דְּלָא הִקְשָׁה זֶה קֹודֶם שֶׁהִקְשָׁה מֵהָא דְּתָנֵי רַב שֶׁמַּעְיָא? מִשּׁוּם דְּיָדַע מֵעִיקָּרָא שֶׁיֵּשׁ לְחַלֵּק בֵּין גַּוָּאֵי לְבָרָאֵי וְרַק עַתָּה שֶׁהִתְרַצֵּן הִכְנִיס בְּחֶשְׁבּוֹן לֶחֶם הַפָּנִים שֶׁהוּא דְּגַוַּאי הִקְשָׁה לוֹ מֵאָרוֹן וּכְרוּבִים וּפָשׁוּט. וּמַה שֶׁאָמַר וְהָא לֶחֶם הַפָּנִים נָמֵי נִסֵּי דְּבִרְאִי הוּא כָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים דְּגַוַּאי לִפְנַי וְלִפְנִים דְּהַייְנוּ אָרוֹן וּכְרוּבִים שֶׁהָיוּ בְּקוֹדֶשׁ קָדָשִׁים מַה שֶׁאֵין כֵּן לֶחֶם הַפָּנִים בַּהֵיכָל, וּמִקְּרֵי בָּרָאֵי לְגַבֵּי קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים עַד כָּאן. וּמַה שֶׁאָמַר עַל זֶה קְצָת קָשֶׁה מִשּׁוּם דְּיֵשׁ לְתָרֵץ עֲדִיפָה מֵהָא מְשַׁנֵּי לֵיהּ. אָמְנָם נִרְאֶה לִי בס"ד דִּקְדּוּק זֶה בִּפְשִׁיטוּת עוֹד דְּלָא הֲוָה מָצֵי לְתָרֵץ בְּהָכִי דְּהָא מַה שֶׁאָמְרוּ לְחַלֵּק בֵּין גַּוָּאֵי וּבֵין בָּרָאֵי הַיְינוּ טַעְמָא מִשּׁוּם דְּגַוַּאי אֵין נִרְאִין לְעֵינֵי הַכֹּל וְלָאו אִיכָּא פִּרְסוּמֵי נִיסָּא כְּלָל וּלְפִי זֶה מִסְתַּבְּרָא דְּגַם נֵס שֶׁל לֶחֶם אֵין לְהַכְנִיסוֹ עִמָּהֶם דְּנֵס זֶה אֵינוֹ מְפֻורְסָם וְנִרְאֶה לְעֵינֵי הַכֹּל. וּבָזֶה נִיחָא לְתָרֵץ קֻושְׁיָא אַחֶרֶת דְּמַאי מְשַׁנֵּי לֶחֶם הַפָּנִים נֵס דְּבִרְאִי הוּא מֵהָא דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּמַגְבִּיהִין אוֹתוֹ בִּמְקוֹמוֹ בְּתוֹךְ הַהֵיכָל וּמַרְאִין לְעוֹלֵי רְגָלִים וַהֲלֹא כֵּיוָן דְּמַגְבִּיהִין אוֹתוֹ בְּתוֹךְ הַהֵיכָל וְאֵין מוֹצִיאִין אוֹתוֹ חוּץ לַהֵיכָל עוֹדֶנּוּ חֲשִׁיב נֵס דְּגַוַּאי? וּבָזֶה נִיחָא דְּטַעַם הַחִילּוּק בֵּין גַּוָּאֵי לְבָרָאֵי לָאו מִצַּד הַמָּקוֹם אֶלָּא מִצַּד הַיְּדִיעָה וְגִילּוּי וּפִרְסוּם הַנֵּס הוּא כִּי כֵּיוָן שֶׁהוּא לִפְנִים אֵין הַנֵּס גָּלוּי וְנוֹדַע וּמְפֻורְסָם לְעֵינֵי הַכֹּל וְלָכֵן גַּבֵּי לֶחֶם הַפָּנִים אַחַר שֶׁאָמַר שֶׁהֵם מַגְבִּיהִין אוֹתוֹ לְהַרְאוֹתוֹ לְעוֹלֵי רְגָלִים הָעוֹמְדִים בַּחוּץ נִמְצָא נֵס שֶׁלּוֹ נוֹדַע וְגָלוּי הוּא וְלָכֵן נֶחְשָׁב בִּכְלַל נִסִּים דְּבִרְאִי. וְרָאִיתִי לְהָרַב בִּרְכַּת הַזֶּבַח זַ"ל בִּמְנָחוֹת דַּף כ"ט שֶׁהֵעִיר בְּדִבְרֵי הַתּוֹסָפוֹת זַ"ל שָׁם וְזַ"ל לֹא יָדַעְתִּי מְנָא לֵיהּ דִּילְמָא הָיָה הַנֵּס שֶׁהָיָה חָם גַּם מֵעֶרֶב שַׁבָּת שֶׁנֶּאֱפָה עַד הִלָּקְחוֹ? וְשֶׁמָּא דְּדָייְקִי מִלְּשׁוֹן הַגְּמָרָא מִדְּקָאָמַר 'כְּסִדּוּרוֹ' וְלֹא אָמַר 'כִּלְקִיחָתוֹ' מֵהַתַּנּוּר וְהָרַב צֹאן קָדָשִׁים הֵבִיא גַּם כֵּן קֻושְׁיָא זוֹ וְתֵירְצָהּ בְּאֹופֶן אַחֵר יְעֻויַּן שָׁם. וְלִי אֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה לִי בס"ד לְתָרֵץ קֻושְׁיָא זוֹ דְּהַתּוֹסָפוֹת דָּייְקִי הָא מִגְּמָרָא דִּידַן הָכָא דְּפָרִיךְ 'וְהָא לֶחֶם הַפָּנִים נָמֵי, נִסֵּי דְּגַוַּאי הוּא' וּמְשַׁנֵּי דְּאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּמַרְאִין אוֹתוֹ לְעוֹלֵי רְגָלִים וּלְהָכִי חֲשִׁיב דְּבִרְאִי וְאִם שֶׁהָיָה נִשְׁאַר חַם אַחַר יְרִידָתוֹ מִן הַתַּנּוּר בְּעֶרֶב שַׁבָּת עַד יוֹם הַשַּׁבָּת בַּבֹּוקֶר שֶׁהָיוּ מְסַדְּרִים אוֹתוֹ אִם כֵּן נִמְצָא נַעֲשָׂה בּוֹ הַנֵּס בִּהְיוֹתוֹ חוּץ לַהֵיכָל דְּרוֹאִין שֶׁנִּשְׁאַר חַם מִן עֶרֶב שַׁבָּת עַד יוֹם שַׁבָּת בַּבֹּוקֶר וּמַאי פָּרֵיךְ הָכָא וְהֻוצְרַךְ לְהָבִיא הָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אֶלָּא וַדַּאי לֹא הָיָה נַעֲשָׂה נֵס שֶׁל הַחֹום בַּלֶּחֶם אֶלָּא רַק בְּשַׁבָּת בַּבֹּוקֶר כְּשֶׁהָיוּ מְסַדְּרִין אוֹתוֹ בַּהֵיכָל דְּנַעֲשָׂה חַם מֵאֵילָיו וְנִשְׁאַר חֹום זֶה בּוֹ עַד עֵת סִלּוּקוֹ בַּשַּׁבָּת הַבָּאָה. וְאֵין לוֹמַר דְּאוּלַי הָיוּ מַצְנִיעִין אוֹתוֹ אַחַר אֲפִיָּה בְּעֶרֶב שַׁבָּת אֵצֶל חֹום הַתַּנּוּר וְהָיָה מְקַבֵּל מֵחֹום הַתַּנּוּר וְהָיָה מִשְׁתַּמֵּר חֹום שֶׁלּוֹ בּוֹ בְּטֶבַע וְלֹא בְּנֵס שֶׁהָיָה נִשְׁאַר מֻוצְנָע אֵצֶל חֹום הַתַּנּוּר עַד יוֹם שַׁבָּת בַּבֹּוקֶר, דְּזֶה אֵינוֹ דְּהָא בַּגְּמָרָא פ"ד דְּתָמִיד (תָּמִיד לא:) אִיתָא שְׁנֵי שֻׁלְחָנוֹת הָיוּ בָּאוּלָם מִבִּפְנִים עַל פֶּתַח הַבַּיִת אֶחָד שֶׁל שַׁיִשׁ וְאֶחָד שֶׁל זָהָב וְעַל אוֹתוֹ שֶׁל שַׁיִשׁ מַנִּיחִים לֶחֶם פָּנִים בִּכְנִיסָתוֹ וְכוּ' וּפָרִיךְ וְנֶעֶבְדֵי דְּכֶסֶף וּמְשַׁנֵּי מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַרְתִּיחַ אֶת הַלֶּחֶם וּמְחַמְּמוֹ וּמְמַהֵר לְהִתְעַפֵּשׁ עַיֵּין שָׁם וְעַייֵּן תּוֹסְפוֹת יוֹם טוֹב זַ"ל בִּמְנָחוֹת פי"א מ"ז יְעֻויַּן שָׁם, וּלְפִי זֶה נִמְצָא הַלֶּחֶם אַחַר אֲפִיָּה הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ עַד שְׁעַת סִידּוּרוֹ בַּבֹּוקֶר עַל שֻׁלְחָן שֶׁל שַׁיִשׁ שֶׁיֵּשׁ בַּפֶּתַח וְלֹא אֵצֶל הַתַּנּוּר. וְאֵין לוֹמַר שֶׁהָיוּ מַנִּיחִים עַל שֻׁלְחָן שֶׁל שַׁיִשׁ רֶגַע אֶחָד בַּבֹּוקֶר קֹודֶם סִידּוּר דְּוַדַּאי אֵין לָחוּשׁ עַל חֹום בְּזֶה הָרֶגַע לַעֲשׂוֹת הַשֻּׁלְחָן שֶׁל שַׁיִשׁ וְלֹא שֶׁל כֶּסֶף מִפְּנֵי שֶׁהוּא מַרְתִּיחַ וְיֵשׁ לְהַרְחִיב הַדְּבָרִים עוֹד בְּכָל זֶה וְאֵין לִי פְּנַאי עַתָּה. וְדַע דְּאֵין לְהַקְשׁוֹת לְמַאי הֻוצְרַךְ לְהוֹכִיחַ דַּחֲשִׁיב נֵס בָּרָאֵי מֵהָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי דְּמַרְאִין אוֹתוֹ לְעוֹלֵי רְגָלִים תִּיפּוֹק לִי כְּשֶׁמּוֹצְאִין אוֹתוֹ בְּכָל שַׁבָּת לְחֶלְקוֹ לַכֹּהֲנִים בְּלִשְׁכַּת הַגָּזִית הָיוּ רוֹאִין אוֹתוֹ עוֹדֶנּוּ חַם וְזֶה הָיָה בַּחוּץ, דְּנִרְאֶה לִי דְּאֵין זוֹ קוּשְׁיָא דְּאֶפְשָׁר שֶׁלֹּא הָיָה הַנֵּס שֶׁל הַחֹום בַּלֶּחֶם אֶלָּא רַק בְּעוֹדֶנּוּ בַּהֵיכָל וְאַחַר שֶׁיּוֹצִיאוּהוּ מֵהַהֵיכָל יִתְקָרֵר תֶּכֶף וּמִיָּד כִּי כְּמוֹ שֶׁהַחֹום בָּא אֵלָיו בְּנֵס כֵּן יוֹצֵא מִמֶּנּוּ בְּנֵס תֵּכֶף וְלֹא יִסְתַּלֵּק בַּהַדְרָגוֹת כְּחֹום הַטִּבְעִי.
Et il n'y en a pas davantage ?! Mais Rabbi Levi a dit : ceci est une tradition en notre main, de nos pères : le lieu de l'arche n'entre pas dans la mesure. Pourquoi (la guemara) n'a-t-elle pas soulevé cette objection avant celle tirée de l'enseignement de Rav Chemaya ? Parce qu'elle savait dès le départ qu'il y a lieu de distinguer entre le dedans (gawa'i) et le dehors (bara'i) ; ce n'est que maintenant, où celui qui répond à inclus dans le compte le le'hem ha-panim qui est du dedans, qu'elle lui objecte de l'arche et des cheroubim -- et c'est simple. Et sur ce qu'il dit 'mais le le'hem ha-panim aussi est un miracle du dehors', le Maharcha, de mémoire bénie, a écrit : le Saint des Saints est le 'dedans du dedans' (lifnai ve-lifnim), soit l'arche et les cheroubim qui étaient dans le Saint des Saints, tandis que le le'hem ha-panim est dans le Hekhal -- il est donc appelé 'dehors' par rapport au Saint des Saints. Et il a dit là-dessus que c'est un peu difficile, car il y a à répondre mieux que ce qu'il lui a répondu. Toutefois il me semble, avec l'aide du Ciel, une précision plus simple encore : (la guemara) n'aurait pas pu répondre ainsi (comme le Maharcha), car ce qu'on a dit pour distinguer entre le dedans et le dehors, sa raison est que le dedans n'est pas visible aux yeux de tous et qu'il n'y a là aucun pirsoumei nissa (publicité du miracle) ; et selon cela il serait logique que le miracle du pain non plus ne soit pas inclus avec eux, car ce miracle n'est ni célèbre ni visible aux yeux de tous. Par là se résout une autre difficulté : comment répond-il que le le'hem ha-panim est un miracle du dehors à partir de ce que dit Rabbi Yehochoua ben Levi, qu'on l'élevait sur place, à l'intérieur du Hekhal, et qu'on le montrait aux pèlerins ? Puisqu'on l'élevait à l'intérieur du Hekhal sans le sortir dehors, il serait encore compté comme un miracle du dedans ! Par là se résout (la difficulté) : la raison de distinguer entre dedans et dehors ne tient pas au lieu mais à la connaissance, à la révélation et à la publicité du miracle ; car du fait qu'il est à l'intérieur, le miracle n'est ni révélé ni connu ni célébré aux yeux de tous ; c'est pourquoi, pour le le'hem ha-panim, après qu'on a dit qu'on l'élevait pour le montrer aux pèlerins qui se tiennent au-dehors, il se trouve que son miracle est connu et révélé, aussi est-il compté parmi les miracles du dehors. Et j'ai vu le Rav Birkat ha-Zevah, de mémoire bénie, dans Menahot (folio 29), qui a remarqué dans les paroles des Tossefot, de mémoire bénie, ainsi : je ne sais d'où ils tirent (que le miracle n'était pas plutôt) qu'il restait chaud depuis la veille de Chabbat où il fut cuit jusqu'à son retrait ? Et peut-être le déduisent-ils du langage de la guemara, du fait qu'elle dit 'comme sa disposition' et non 'comme sa prise (du four)' ; et le Rav Tson Kodachim a lui aussi apporté cette difficulté et l'a résolue autrement (vois-y). Quant à moi, le serviteur, il me semble, avec l'aide du Ciel, résoudre cette difficulté des Tossefot : ils la déduisent de notre guemara ici, qui objecte 'mais le le'hem ha-panim aussi est un miracle du dedans' et répond, d'après Rabbi Yehochoua ben Levi, qu'on le montrait aux pèlerins et qu'ainsi il est compté du dehors. Or s'il restait chaud après sa sortie du four la veille de Chabbat jusqu'au matin du Chabbat où on le disposait, alors le miracle se serait produit hors du Hekhal -- on verrait qu'il reste chaud depuis la veille de Chabbat jusqu'au matin du Chabbat -- et qu'objecterait-elle ici, et pourquoi aurait-il fallu apporter (l'enseignement) de Rabbi Yehochoua ben Levi ? Force est donc que le miracle de la chaleur du pain ne se produisait qu'au matin du Chabbat, lorsqu'on le disposait dans le Hekhal : il devenait chaud de lui-même, et cette chaleur demeurait en lui jusqu'au moment de son retrait, le Chabbat suivant. Et l'on ne peut dire qu'on le mettait peut-être à l'abri, après cuisson la veille de Chabbat, auprès de la chaleur du four, de sorte qu'il en recevait la chaleur et la conservait par nature et non par miracle, demeurant à l'abri près du four jusqu'au matin du Chabbat -- car il n'en est rien : dans la guemara, au chapitre 4 de Tamid (31b), il est dit qu'il y avait deux tables dans le Oulam, à l'intérieur, à l'entrée du Bayit, l'une de marbre et l'une d'or, et sur celle de marbre on posait le le'hem ha-panim à son entrée, etc. ; et (la guemara) objecte : qu'on la fasse d'argent ! et répond : parce que (l'argent) chauffe le pain, le réchauffe et hâte sa moisissure (vois-y, et vois le Tossefot Yom Tov, Menahot ch. 11 michna 7). Selon cela, il se trouve qu'après cuisson on posait le pain, jusqu'à l'heure de sa disposition au matin, sur la table de marbre qui est à l'entrée, et non près du four. Et l'on ne peut dire qu'on le posait sur la table de marbre un seul instant, le matin, avant la disposition -- car alors il n'y aurait pas à craindre pour un instant de chaleur, au point de faire la table en marbre plutôt qu'en argent parce que celui-ci chauffe ; et il y aurait encore à développer tout ceci, mais je n'ai pas le loisir maintenant. Et sache qu'il n'y a pas lieu d'objecter : pourquoi a-t-il fallu prouver qu'il compte comme miracle du dehors à partir de Rabbi Yehochoua ben Levi (qu'on le montrait aux pèlerins) ? Qu'on le déduise du fait que, chaque Chabbat, lorsqu'on le trouvait pour le partager entre les cohanim dans la lichkat ha-gazit, on le voyait encore chaud, et cela était au-dehors ! Il me semble que ce n'est pas une objection : il se peut que le miracle de la chaleur du pain ne fût que tant qu'il était dans le Hekhal, et qu'après l'avoir sorti du Hekhal il refroidissait aussitôt -- car de même que la chaleur lui venait par miracle, de même elle le quittait par miracle, sur-le-champ, sans se retirer par degrés comme la chaleur naturelle.
מְקוֹם אָרוֹן אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם שֶׁעָשָׂה נֵס זֶה בָּאָרוֹן שֶׁבּוֹ הַלּוּחוֹת שֶׁשָּׁם הַתּוֹרָה לִרְמֹוז לָאָדָם כָּל מַה שֶׁיַּעֲשֶׂה הוֹצָאוֹת מִן מָמוֹנוֹ בִּשְׁבִיל תַּלְמוּד תּוֹרָה אֵינוֹ נֶחְסָר מִן הַקִּצְבָּה שֶׁל הַמְּזוֹנוֹת שֶׁקּוֹצְבִים לוֹ בְּיוֹם רֹאשׁ הַשָּׁנָה וְלָכֵן הָאָרוֹן שֶׁבּוֹ הַתּוֹרָה אֵינוֹ לוֹקֵחַ מִן הַמָּקוֹם וְאֵינוֹ מְחַסֵּר מִמֶּנּוּ כְּלוּם! וּמַה שֶׁהָיוּ הַכְּרוּבִים גַּם כֵּן בְּנֵס עוֹמְדִים שֶׁאֵין לוֹקְחִים שִׁיעוּר מִן הַמָּקוֹם שֶׁעוֹמְדִים בּוֹ, גַּם בָּזֶה יֵשׁ רֶמֶז לְיִשְׂרָאֵל כִּי יָדוּעַ שֶׁהַכְּרוּבִים רוֹמְזִים לִכְלָלוּת יִשְׂרָאֵל זְכָרִים וּנְקֵבוֹת וְאַף עַל פִּי שֶׁעָשׂוּ לָקַח עוֹלָם הַזֶּה אֵין יִשְׂרָאֵל לוֹקְחִים מֵחֶלְקוֹ כְּלוּם אֶלָּא נִזּוֹנִים בְּנֵס מִן הַבְּרָכָה הַיְּתֵירָה הַבָּאָה לָעוֹלָם בִּזְכוּתָם וְלָכֵן אֵין לְעֵשָׂו עֲלֵיהֶם טַעֲנָה וּתְבִיעָה דְּאֵין מְחַסְּרִים מִמֶּנּוּ כְּלוּם.
Le lieu de l'arche n'entre pas dans la mesure. Il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle ce miracle se fit pour l'arche, qui contient les Tables où est la Torah : (c'est) pour faire allusion à l'homme que tout ce qu'il dépense de son argent en faveur de l'étude de la Torah n'est pas retranché du budget de subsistance qui lui est alloué au jour de Roch Hachana ; c'est pourquoi l'arche, où est la Torah, ne prend rien du lieu et n'en diminue rien ! Et le fait que les cheroubim se tenaient aussi par miracle, ne prenant aucune mesure du lieu où ils se tenaient, comporte aussi une allusion pour Israël : car l'on sait que les cheroubim font allusion à l'ensemble d'Israël, mâles et femelles ; et bien qu'Esav ait pris ce monde-ci, Israël ne prend rien de sa part mais est nourri par miracle, de la bénédiction supplémentaire qui vient au monde par leur mérite ; aussi Esav n'a-t-il contre eux ni grief ni réclamation, car ils ne lui retranchent rien.
💡 Explication

Encore des miracles surnuméraires, tous deux dans le Saint des Saints. L'arche n'occupait aucune place dans la mesure : le Saint des Saints faisait 20 x 20 coudées, et il restait pourtant 10 coudées de vide de chaque côté de l'arche. Les cheroubim de Salomon avaient une envergure de 20 coudées remplissant la salle d'un mur à l'autre -- leurs corps ne prenaient donc aucune coudée mesurée : un miracle.

🖼️ Schéma
Le lieu de l'arche n'entre pas dans la mesure Saint des Saints : 20 x 20 coudées. Pourtant 10 coudées de vide de chaque côté de l'arche. 20 coudées 20 coudées arche 10 coudées 10 coudées 10 + 10 = 20 sans l'arche : elle n'occupe aucune coudée de la mesure -- miracle. De même les cheroubim (ailes 20 coudées, mur à mur).
20 = 10 + 10 sans l'arche : elle n'occupe aucune coudée de la mesure.
9
נִיסֵּי דְּבָרָאֵי — קָא חֲשִׁיב, נִיסֵּי דְּגַוַּאי — לָא קָא חֲשִׁיב. אִי הָכִי, לֶחֶם הַפָּנִים נָמֵי נִיסֵּי דְגַוַּאי הוּא! לֶחֶם הַפָּנִים נִיסֵּי דְבָרַאי הוּא, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִכְתִיב ״עַל הַשֻּׁלְחָן הַטָּהוֹר״, טָהוֹר — מִכְּלָל שֶׁהוּא טָמֵא,

Les miracles de l'extérieur (bara'i) -- il les compte ; les miracles de l'intérieur (gawa'i) -- il ne les compte pas. Si c'est ainsi, le le'hem ha-panim aussi est un miracle de l'intérieur !

Le le'hem ha-panim est un miracle de l'extérieur, car Rech Lakich a dit : que signifie ce qui est écrit (Lev 24,6) 'sur la table pure (ha-tahor)' ? 'Pure' -- cela implique qu'elle peut devenir impure (tame),

📜 Rachi (2)
דְּבִרְאִי מִבַּחוּץ בָּעֲזָרָה נִסִּים הַיְּדוּעִים לַכֹּל:
De l'extérieur - au-dehors, dans la azara : des miracles connus de tous.
מִכְּלָל שֶׁהוּא טָמֵא שֶׁמְּקַבֵּל טֻומְאָה:
Cela implique qu'elle est (susceptible d')impureté - qu'elle reçoit la toumaa (impureté).
💡 Explication

La résolution de principe : le tana ne compte que les miracles visibles du dehors (bara'i), objets de pirsoumei nissa (publicité du miracle) ; ceux cachés à l'intérieur du Sanctuaire (gawa'i), comme l'arche et les cheroubim, ne comptent pas. Objection : le le'hem ha-panim aussi est intérieur ! Réponse : il compte comme 'dehors' -- Rech Lakich déduit de 'la table pure' que la table pouvait devenir impure (donc elle se soulevait pleine et était montrée aux pèlerins). Le miracle était donc public. (La démonstration se poursuit en 21b.)

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).