Yoma 21b -- Les miracles du Temple (la table du pain de proposition, les arbres d'or de Salomon), le feu de la disposition sur l'autel (ses cinq proprietes, la fumee du feu humain, les cinq manques du second Temple), les six sortes de feu, et l'inclinaison de la fumee comme presage des pluies et des recoltes -- cloture du chapitre Chiv'at Yamim

Yoma 21b

Sougya : Fin du premier chapitre de Yoma (Chiv'at Yamim). Le daf acheve la liste des MIRACLES DU TEMPLE : la TABLE du pain de proposition, ustensile de bois "fait pour demeurer" qu'on soulevait pour montrer aux pelerins que le pain restait chaud toute la semaine ; les ARBRES D'OR de Salomon qui portaient des fruits.

La Michna ne compte que les miracles occasionnels, non les permanents (kevi'i : l'Arche, les Cheroubim). Vient ensuite le FEU DE LA DISPOSITION (maarakha) : cinq proprietes du feu celeste (tapi comme un lion, sans fumee...) ; la fumee provient en realite du FEU HUMAIN (hedyot) qu'on a la mitsva d'apporter (Lev 1,7).

Le mot ve-ekaved (Aggee 1,8), ecrit sans le he (=5), enseigne les CINQ MANQUES du second Temple : Arche + kaporet + Cheroubim, feu, Chekhina, esprit saint, Ourim ve-Toumim. Puis la baraita des SIX SORTES DE FEU (mange / boit / les deux ; humide comme sec ; feu qui repousse le feu de Gabriel ; feu qui mange le feu de la Chekhina).

Enfin, a l'issue de Souccot, on scrutait l'INCLINAISON DE LA FUMEE comme presage : nord (pluies +, pauvres contents), sud (pluies -), est (tous contents), ouest (tous tristes) -- la fumee "va et vient comme un palmier" sans se disperser. Contradiction avec la baraita des vents, resolue par "ceci pour nous (Bavel), cela pour eux (Erets Israel)", avec le signe table au nord / menora au sud.

Plan de Yoma 21b : les miracles du Temple et le feu de l'autel 1. La table du pain de proposition (seg 0-1) Ustensile de bois "fait pour demeurer" : on la souleve pour les pelerins -- "voyez votre belovedness". Autres miracles : arbres d'or de Salomon. 2. Le feu de la disposition (maarakha) : y avait-il de la fumee ? (seg 3-6) 5 proprietes du feu celeste (tapi comme un lion, sans fumee...). La fumee vient du feu humain (hedyot). 1er vs 2e Temple : les 5 manques (he=5). 3. Les six sortes de feu (seg 7-8) Mange/boit/les deux ; humide comme sec (maarakha) ; feu qui repousse le feu (Gabriel) ; feu qui mange le feu (Chekhina). 4. La fumee comme signe agricole (seg 9-13) A l'issue de Souccot, on scrute l'inclinaison de la fumee : nord/sud/est/ouest annoncent pluies et recoltes. Contradiction avec la baraita des vents ; resolue par "ceci pour nous (Bavel), cela pour eux (Erets Israel)".
Les quatre blocs de Yoma 21b : la table du pain de proposition, le feu de la disposition, les six sortes de feu, et la fumee comme signe agricole.
Les six sortes de feu (chech echot) "Mange" (okhelet) = consume le solide ; "boit" (chota) = consume le liquide. (seg 7-8) 1. Mange, ne boit pas Notre feu ordinaire (ha-didan) : consume le sec, pas le liquide. 2. Boit, ne mange pas La fievre des malades (holin) : asseche, sans consumer la chair. 3. Mange et boit Le feu d'Eliyahou au Carmel : "il lecha l'eau de la rigole". 4. Humide comme sec Le feu de la disposition (maarakha) : consume la chair humide comme le bois. 5. Repousse le feu Le feu de l'ange Gabriel : sauve Hanania, Michael, Azaria. 6. Mange le feu Le feu de la Chekhina : "Il tendit Son doigt et les brula" (anges). Question d'ouverture (seg 3) : le feu de la maarakha "ne degage pas de fumee" -- alors comment le miracle porte-t-il sur la fumee ? Reponse (seg 4) : le miracle vise le feu HUMAIN (hedyot) qu'on apporte -- il produit, lui, de la fumee ; mitsva d'apporter du feu d'en bas (Lev 1,7).
Les six sortes de feu enumerees par les Sages (seg 7-8), et la question de la fumee de la disposition (feu celeste sans fumee / feu humain avec fumee).
A l'issue de Souccot : l'inclinaison de la fumee annonce l'annee (seg 9-13) On scrute vers ou penche la fumee de la disposition. La fumee penche du cote OPPOSE au vent qui souffle. NORD (tzafon) SUD (darom) EST OUEST penche nord : pluies +, fruits pourrissent penche sud : pluies -, fruits se conservent Rabbi Yitzhak bar Avdimi (la fumee penche vers) NORD -> pauvres contents, proprietaires tristes (pluies abondantes : recolte forte mais fruits pourrissent) SUD -> pauvres tristes, proprietaires contents (pluies rares : recolte faible mais bien conservee) EST -> tous contents ; OUEST -> tous tristes (la fumee "va et vient comme un palmier" mais ne se disperse pas) Contradiction avec la baraita des vents Baraita : vent d'EST toujours bon, vent d'OUEST toujours mauvais. Nord : bon pour le ble, mauvais pour les olives ; sud : l'inverse. Signe (Rav Yossef) : table au NORD (ble), menora au SUD (huile) -- chaque vent "fait croitre ce qui est sien". Resolution : "ceci pour nous (Bavel), cela pour eux (Erets Israel)".
L'inclinaison de la fumee a l'issue de Souccot comme presage des pluies et des recoltes, et la resolution de la contradiction Bavel / Erets Israel.
1
כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת הוּא, וְכָל כְּלִי [עֵץ] הֶעָשׂוּי לְנַחַת אֵינוֹ מְקַבֵּל טֻומְאָה, וְחוֹצֵץ בִּפְנֵי טֻומְאָה. אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁמַּגְבִּיהִין אוֹתוֹ לְעוֹלֵי רְגָלִים, וְאוֹמְרִים לָהֶם: רְאוּ חִיבַּתְכֶם לִפְנֵי הַמָּקוֹם, שֶׁסִּילּוּקוֹ כְּסִדּוּרוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָשׂוּם לֶחֶם חֹום בְּיוֹם הִלָּקְחוֹ״.

[Comment la table pourrait-elle recevoir la toum'a ?] C'est un ustensile de bois fait pour demeurer en place (asouy le-nahat), et tout ustensile de bois fait pour demeurer en place ne recoit pas la toum'a (impurete rituelle) et fait ecran devant la toum'a. Plutot, [le fait que la table soit qualifiee de pure] enseigne qu'on la souleve pour les pelerins montes [pour la fete] (olei regalim), et on leur dit : voyez votre affection [devant] l'Omnipresent, car son enlevement est comme son arrangement (le pain reste chaud toute la semaine), ainsi qu'il est dit : "pour placer du pain chaud le jour ou on l'enleve" (1 Sam 21,7).

📜 Rachi (2)
עָשׂוּי לְנַחַת שֶׁאֵינוֹ מִיטַּלְטֵל וּכְלֵי עֵץ לְעִנְיַן טֻומְאָה הֻוקַּשׁ לְשַׂק שֶׁנֶּאֱמַר (וַיִּקְרָא י״א:ל״ב) מִכָּל כְּלִי עֵץ אוֹ בֶגֶד אוֹ עוֹר אוֹ שָׂק וְגוֹ' מַה שַׂק מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָן אַף כְּלִי עֵץ מִיטַּלְטֵל מָלֵא וְרֵיקָן וְאַף עַל גַּב דְּשֻׁלְחָן מְצֻופֶּה בְּזָהָב בָּטֵל צִיפּוּי לְגַבֵּיהּ כִּדְאָמְרִינַן בְּשִׁילְהֵי חֲגִיגָה שָׁאנֵי שֻׁלְחָן דְּקָרְיָיא רַחֲמָנָא עֵץ:
qui ne se transporte pas ; et l'ustensile de bois, pour ce qui touche a la toum'a, est compare (houkach) au sac, ainsi qu'il est dit (Lev 11,32) "tout ustensile de bois, ou vetement, ou cuir, ou sac..." : de meme que le sac se transporte plein comme vide, de meme l'ustensile de bois [qui recoit la toum'a] se transporte plein comme vide ; et bien que la table fut plaquee d'or, le placage est annule a son egard, comme nous disons a la fin de Haguiga : la table est differente, car le Misericordieux l'a appelee "bois".
שֶׁמַּגְבִּיהִין אוֹתוֹ וּמַרְאִין אוֹתוֹ לַחוּץ:
et on la montre vers l'exterieur.
🗂️ Tossefot (1)
כְּלִי עֵץ הֶעָשׂוּי לְנַחַת בְּשִׁילְהֵי מַסֶּכֶת חֲגִיגָה (דַּף כו:) פָּרִיךְ וְהָא מְצֻופֶּה זָהָב הָיָה וּמוֹכִיחַ מִמַּתְנִי' דְּמַסֶּכֶת כֵּלִים (פי"א מִשְׁנָה ג) דְּבָתַר צִיפּוּי אָזְלִינַן וּמְשַׁנֵּי שָׁאנֵי שֻׁלְחָן דְּרַחֲמָנָא קַרְייֵהּ עֵץ דִּכְתִיב (יְחֶזְקֵאל מא) הַמִּזְבֵּחַ עֵץ שָׁלֹשׁ אַמּוֹת וְכוּ' עַד וּכְתִיב וַיְדַבֵּר אֵלַי זֶה הַשֻּׁלְחָן:
A la fin du traite Haguiga (26b) on objecte : mais [la table] etait plaquee d'or ! et l'on prouve, depuis la Michna du traite Kelim (ch. 11 michna 3), que l'on suit le placage [pour determiner la toum'a]. Et l'on repond : la table est differente, car le Misericordieux l'a appelee "bois", ainsi qu'il est ecrit (Ez 41) "l'autel de bois, trois coudees..." jusqu'a "et il me dit : ceci est la table".
💡 Explication

Suite du debat sur la table du pain de proposition (le'hem ha-panim). Une objection : la table est un ustensile de bois fait pour demeurer (asouy le-nahat), or un tel ustensile ne recoit pas la toum'a -- comment donc pourrait-on parler de sa purete comme d'un miracle ?

Reponse : on la soulevait pour la montrer aux pelerins ; parce qu'on la deplacait ainsi, elle n'etait plus "faite pour demeurer" et devenait susceptible de toum'a. Ce geste revelait aussi le miracle : le pain restait chaud une semaine durant, "son enlevement comme son arrangement".

2
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָאָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא: בְּשָׁעָה שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, נָטַע בּוֹ כָּל מִינֵי מְגָדִים שֶׁל זָהָב, וְהָיוּ מוֹצִיאִין פֵּירוֹתֵיהֶן בִּזְמַנָּן, וּכְשֶׁהָרוּחַ מְנַשֶּׁבֶת בָּהֶן נוֹשְׁרִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יִרְעַשׁ כַּלְּבָנוֹן פִּרְיוֹ״. וּכְשֶׁנִּכְנְסוּ גּוֹיִם לַהֵיכָל יָבַשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָפֶרַח לַבְנוּן אֻומְלָל״, וְעָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחֲזִירָן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״פָּרֹוחַ תִּפְרַח וְתָגֵל אַף גִּילַת וְרַנֵּן כְּבוֹד הַלְּבָנוֹן נִתַּן לָהּ״.

Et n'y a-t-il rien de plus [comme miracle au Temple] ? Mais Rav Ochaya n'a-t-il pas dit : lorsque Salomon batit le Temple, il y planta toutes sortes d'arbres a fruits precieux (megadim) en or, qui produisaient leurs fruits en leur saison ; et quand le vent soufflait sur eux, ils tombaient, ainsi qu'il est dit : "son fruit bruira comme le Liban" (Ps 72,16).

Et quand les non-Juifs entrerent dans le Sanctuaire (Heikhal), [l'arbre] se dessecha, ainsi qu'il est dit : "et la fleur du Liban se fane" (Na 1,4). Et le Saint beni soit-Il est destine a les restituer dans l'avenir, ainsi qu'il est dit : "il fleurira, oui il fleurira, il exultera, oui exultation et chant ; la gloire du Liban lui sera donnee" (Is 35,2).

📜 Rachi (1)
יִרְעַשׁ כַּלְּבָנוֹן פִּרְיוֹ יִרְעַשׁ פִּרְיוֹ שֶׁל יִשְׂרָאֵל כְּפֵירֵי הַלְּבָנוֹן אַלְמָא יֵשׁ פֵּירֵי בַּלְּבָנוֹן וּלְבָנוֹן הוּא בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וּמַהוּ הָרַעַשׁ כְּשֶׁהָרוּחַ נוֹשֶׁבֶת וְהֵן מַקִּישִׁין זֶה לָזֶה רוֹעֲשִׁים וְנִשְׁמַע קוֹלָם:
le fruit d'Israel bruira comme les fruits du Liban ; il y a donc des fruits au Liban, et le Liban [designe] le Temple. Et qu'est-ce que ce bruissement ? Quand le vent souffle et qu'ils s'entrechoquent, ils bruissent et l'on entend leur voix.
💡 Explication

La Guemara objecte que la liste des miracles du Temple est incomplete : et les arbres d'or de Salomon, qui portaient de vrais fruits et les laissaient tomber au vent ? Le "Liban" des versets est lu comme une allusion au Temple (bati de cedres du Liban). Ces arbres se dessecherent a l'entree des ennemis, et seront restaures a l'avenir.

3
נִיסֵּי דִּקְבִיעִי לָא קָא חָשֵׁיב. הַשְׁתָּא דַאֲתֵית לְהָכִי: אָרוֹן וּכְרוּבִים נָמֵי, נִיסֵּי דִּקְבִיעִי נִינְהוּ.

[Reponse :] les miracles permanents (kevi'i), il ne les compte pas [dans la liste]. Maintenant que tu en es arrive la [a cette distinction] : l'Arche et les Cheroubim aussi [ne sont pas comptes parmi les miracles enumeres], car ce sont des miracles permanents.

📜 Rachi (1)
דִּקְבִיעִי קְבוּעִים וְעוֹמְדִים תָּמִיד בִּמְקוֹמָן:
fixes et demeurant toujours a leur place.
💡 Explication

Reponse : la Michna ne recense que les miracles occasionnels ; les miracles permanents (kevi'i), toujours en place, ne figurent pas dans la liste. Cette meme distinction resout une difficulte anterieure : l'Arche et les Cheroubim (dont l'espace ne se mesurait pas) n'y figuraient pas non plus, pour la meme raison.

4
אָמַר מַר: וַעֲשַׁן הַמַּעֲרָכָה. וּמִי הֲוָה עָשָׁן בְּמַעֲרָכָה? וְהַתַּנְיָא: חֲמִשָּׁה דְּבָרִים נֶאֶמְרוּ בָּאֵשׁ שֶׁל מַעֲרָכָה: רְבוּצָה כַּאֲרִי, וּבָרָה כַּחַמָּה, וְיֵשׁ בָּהּ מַמָּשׁ, וְאוֹכֶלֶת לַחִין כִּיבְשִׁין, וְאֵינָהּ מַעֲלָה עָשָׁן!

Le Maitre a dit [dans la liste des miracles] : "et la fumee de la disposition [du bois]" (achan ha-maarakha). Or y avait-il [donc] de la fumee dans la disposition ?

Mais n'a-t-on pas enseigne : cinq choses ont ete dites au sujet du feu de la disposition : il etait tapi comme un lion, clair comme le soleil, il avait de la consistance (yech bo mamach), il consumait l'humide comme le sec, et il ne degageait pas de fumee !

📜 Rachi (2)
רְבוּצָה כַּאֲרִי גַּחֶלֶת שֶׁנָּפְלָה מִן הַשָּׁמַיִם בִּימֵי שְׁלֹמֹה וְהָיְתָה עַל הַמִּזְבֵּחַ עַד שֶׁבָּא מְנַשֶּׁה וְסִילְּקָהּ הָיְתָה דּוֹמָה לַאֲרִי רוֹבֵץ:
la braise qui tomba du ciel aux jours de Salomon et demeura sur l'autel jusqu'a ce que Menache vienne l'ecarter ressemblait a un lion tapi.
וְיֵשׁ בָּהּ מַמָּשׁ בְּשַׁלְהֶבֶת שֶׁלָּהּ:
dans sa flamme.
💡 Explication

Nouveau bloc. La liste des miracles mentionnait que le vent ne deplacait pas la fumee de la disposition (maarakha, le bois empile sur l'autel). Objection : une baraita enumere cinq proprietes du feu celeste, dont la derniere est qu'il ne degageait pas de fumee ! Comment alors parler de sa fumee ?

5
כִּי קָא אָמְרִינַן — בִּדְהֶדְיוֹט. דְּתַנְיָא: ״וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ״, אַף עַל פִּי שֶׁאֵשׁ יוֹרֶדֶת מִן הַשָּׁמַיִם, מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט.

[Reponse :] lorsque nous disons [qu'il y avait de la fumee], c'est a propos [du feu] humain (hedyot). Car on a enseigne : "et les fils d'Aharon le Cohen mettront du feu sur l'autel" (Lev 1,7) -- bien que le feu descende du ciel, il y a une mitsva d'en apporter du [feu] humain (min ha-hedyot).

📜 Rachi (1)
כִּי קָאָמְרִי' דְּמַעֲלֶה עָשָׁן בְּהֶדְיוֹט קָאָמְרִי' בְּאֵשׁ הֶדְיוֹט שֶׁהָיוּ מְבִיאִין אֶצְלָהּ:
[ce miracle] qu'il degage de la fumee, nous le disons a propos du feu humain, le feu profane qu'on apportait aupres d'elle [de la braise celeste].
💡 Explication

Reponse : le miracle de la fumee ne vise pas le feu celeste (sans fumee), mais le feu humain (hedyot) qu'on apportait. Un verset (Lev 1,7) impose en effet, malgre le feu descendu du ciel, une mitsva d'apporter aussi du feu d'origine humaine -- et c'est ce feu-la, produisant de la fumee, que le vent ne parvenait pas a deplacer.

6
רְבוּצָה כַּאֲרִי. וְהַתַּנְיָא, אָמַר רַבִּי חֲנִינָא סְגַן הַכֹּהֲנִים: אֲנִי רְאִיתִיהָ, וּרְבוּצָה כַּכֶּלֶב! לָא קַשְׁיָא: כָּאן — בְּמִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן, כָּאן — בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי.

"Tapi comme un lion" -- mais n'a-t-on pas enseigne : R. Hanina, adjoint des Cohanim (segan ha-cohanim), a dit : moi, je l'ai vu, et il etait tapi comme un chien !

Ce n'est pas difficile : ici -- au premier Temple ; la -- au second Temple.

💡 Explication

Contradiction sur l'apparence du feu : la baraita le dit tapi comme un lion, mais R. Hanina, adjoint du Cohen Gadol, temoigne l'avoir vu tapi comme un chien. Resolution : le feu majestueux "comme un lion" appartient au premier Temple ; l'apparence moindre "comme un chien" au second Temple.

7
וּבְמִקְדָּשׁ שֵׁנִי מִי הֲוַאי? וְהָאָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר אִינְיָא: מַאי דִכְתִיב: ״וְאֶרְצֶה בּוֹ וַאֲכַבֵּד״, וְקָרֵינַן ״וַאֲכַבְּדָה״. מַאי שְׁנָא דִּמְחֻוסַּר הֵ״א — אֵלּוּ חֲמִשָּׁה דְּבָרִים שֶׁהָיוּ בֵּין מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן לְמִקְדָּשׁ שֵׁנִי, וְאֵלּוּ הֵן: אָרוֹן וְכַפֹּורֶת וּכְרוּבִים, אֵשׁ, וּשְׁכִינָה, וְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ, וְאוּרִים וְתֻומִּים. אָמְרִי: אִין, מִיהְוָה הֲוָה, סִיּוּעַי לָא מְסַיְּיעָא.

Et au second Temple, [ce feu celeste] y etait-il [donc] ? Mais Rav Chmouel bar Inya n'a-t-il pas dit : que signifie ce qui est ecrit "et j'y prendrai plaisir et je serai glorifie (ve-ekaved)" (Aggee 1,8), alors qu'on le lit "ve-ikavda" [avec un he] ?

Pourquoi ce mot est-il ecrit sans le he ? -- Ce sont les cinq choses [le he vaut 5] qui distinguaient le premier Temple du second [manquant au second], a savoir : l'Arche, le Propitiatoire (kaporet) et les Cheroubim ; le feu ; la Chekhina (Presence divine) ; l'esprit saint (roua'h ha-kodech) ; et les Ourim ve-Toumim. Ils dirent : oui, [le feu] existait bien, [mais] il n'assistait pas [a la combustion].

📜 Rachi (2)
וְאֶרְצֶה בּוֹ וַאֲכַבֵּד חָסֵר הֵ"א בִּנְבוּאַת חַגַּי כְּתִיבָא וּבְבַיִת שֵׁנִי מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
[ecrit] sans he ; c'est ecrit dans la prophetie de Haggai, et le verset parle du second Temple.
אָרוֹן כַּפֹּורֶת וּכְרוּבִים כּוּלֵּיהּ חֲדָא מִילְּתָא וּשְׁכִינָה לֹא שָׁרְתָה בּוֹ וְרוּחַ הַקֹּודֶשׁ לֹא הָיְתָה בַּנְּבִיאִים מִשְּׁנַת שְׁתַּיִם לְדָרְיָוֶשׁ וְאֵילָךְ:
le tout ne compte que pour une seule chose ; et la Chekhina n'y a pas reside, et l'esprit saint ne fut plus [donne] aux prophetes depuis l'an deux de Darius et au-dela.
🗂️ Tossefot (1)
וְאוּרִים וְתֻומִּים אוּרִים וְתֻומִּים הָווּ שֶׁאִם לֹא כֵן הָיָה כֹּהֵן גָּדוֹל מְחֻוסַּר בְּגָדִים אֶלָּא לֹא הָיוּ מְשִׁיבִין לַנִּשְׁאָלִין בָּהֶן:
les Ourim ve-Toumim existaient bien [materiellement, dans le pectoral], car sinon le Cohen Gadol aurait ete "en manque de vetements" (mehoussar begadim) [le pectoral incomplet, invalidant le service] ; seulement, ils ne repondaient plus a ceux qui les consultaient.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵלּוּ חֲמִשָּׁה דְּבָרִים שֶׁיֵּשׁ בֵּין מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן לְמִקְדָּשׁ שֵׁנִי וְכוּ'.. הִקְשָׁה הֲרִיטֵּב " א זַ"ל אַמַּאי לָא חֲשִׁיב שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה אֵינוֹ נוֹגֵעַ חֶסְרוֹנוֹ לְיִשְׂרָאֵל כִּי אֵין בּוֹ צֹורֶךְ אֶלָּא רַק לְמֶלֶךְ שֶׁהוּא מִתְכַּבֵּד יוֹתֵר בִּמְשִׁיחָתוֹ בּוֹ מַה שֶׁאֵין כֵּן כָּל הָנֵי חֲמִשָּׁה חֶסְרוֹנָם נוֹגֵעַ לְכָל יִשְׂרָאֵל שֶׁכֻּולָּם מִתְכַּבְּדִים בָּהֶם. אַךְ הָרִיטְבָ"א זַ"ל תֵּירֵץ לְקֻושְׁיָתוֹ הַנִּזְכָּר מִפְּנֵי שֶׁשֶּׁמֶן הַמִּשְׁחָה אַף בְּבַיִת רִאשׁוֹן לֹא הָיָה תָּמִיד שֶׁכְּבָר נִגְנַז בִּימֵי יֹאשִׁיָּהוּ עַד כָּאן. וְכָתַב הַגָּאוֹן חִיֵּד " א זַ"ל בְּפֶתַח עֵינַיִים מִפִּי הַשְּׁמוּעָה קֻושְׁיָא עֲצוּמָה עַל הָרִיטְבָ"א זַ"ל דְּהָא אָמְרוּ בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נב:) דְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה נִגְנַז עִם הָאָרוֹן בְּיַחַד וְכֵיוָן דַּחֲשִׁיב אָרוֹן יֹאמַר גַּם כֵּן שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה וְכָתַב עַל זֶה שֶׁהִיא תְּמִיהָה קַיֶּימֶת יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָאָרוֹן בְּעֵת שֶׁנִּגְנַז בְּבַיִת רִאשׁוֹן בִּימֵי יֹאשִׁיָּהוּ לָא חֲשִׁיב נֶחְסַר מִן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ יַעַן כִּי הוּא נִגְנַז בְּאַחַת הַלְּשָׁכוֹת בְּתוֹךְ בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְלֹא יָצָא מִבֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וְאוֹתָם שֶׁגָּנְזוּ אוֹתוֹ הֵם יוֹדְעִים בְּאֵיזֶה מָקוֹם הוּא מֻונָּח וְלָכֵן אֵין זֶה חֲשִׁיב חִסָּרוֹן בִּזְמַן בַּיִת רִאשׁוֹן דְּמַה לִי מֻונָּח בְּבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים מַה לִי מֻונָּח בְּאַחַת הַלְּשָׁכוֹת הִנֵּה שְׁתֵּי מְקוֹמוֹת אֵלּוּ בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וְכֵיוָן דְּיוֹדְעִים בְּאֵיזֶה מָקוֹם מֻונָּח הֲרֵי הֵם יְכוֹלִים לְהוֹצִיאוֹ מִמָּקוֹם הַשֵּׁנִי וּלְהַחֲזִירוֹ לְבֵית קֹודֶשׁ קֳדָשִׁים אִם יִרְצוּ וְכָל הָרָאוּי לְבִילָּה אֵין בִּילָּה מְעַכֶּבֶת (מְנָחוֹת קג:) וַהֲרֵי הוּא כְּאִלּוּ מֻונָּח בְּקוֹדֶשׁ קָדָשִׁים וְאֵין זֶה חֲשִׁיב חִסָּרוֹן, אַךְ בְּבַיִת שֵׁנִי דְּאוֹתָם שֶׁהָיוּ יוֹדְעִין מְקוֹמוֹ נִפְטְרוּ וְאוֹתָם שֶׁעָלוּ בְּבַיִת שֵׁנִי לֹא הָיוּ יוֹדְעִים הֵיכָן הוּא מֻונָּח דְּאִי אֶפְשָׁר לְהַחֲזִירוֹ לִמְקוֹמוֹ נֶחְשָׁב זֶה חִסָּרוֹן בְּבַיִת שֵׁנִי גַּבֵּי הָאָרוֹן, אָמְנָם שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה שֶׁנִּגְנַז בִּזְמַן שֶׁהָיָה בַּיִת רִאשׁוֹן אַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ שֶׁהֵם יוֹדְעִים בְּאֵיזֶה מָקוֹם נִגְנַז עִם כָּל זֶה כֵּיוָן שֶׁהֻוצְרְכוּ אֵלָיו לִמְשֹׁוחַ בּוֹ אֶת יְהוֹאָחָז מִפְּנֵי מַחֲלֹוקֶת שֶׁל יְהוֹיָקִים וְלֹא יָכְלוּ לְגַלּוֹתוֹ וְלַהֲבִיאוֹ לַעֲשׂוֹת בּוֹ מְלַאכְתּוֹ הַמְיֻוחֶדֶת לוֹ נִרְגָּשׁ חֶסְרוֹנוֹ וְנִיכָּר, וּלְהָכִי גַּם בְּבַיִת רִאשׁוֹן נֶחְשְׁבָה גְּנִיזָתוֹ חִסָּרוֹן כֵּיוָן שֶׁהוּא עִנְיָינוֹ לִמְשֹׁוחַ בּוֹ וּכְשֶׁהֻוצְרְכוּ אֵלָיו לֹא נִמְצָא בְּיָדָם וְהֻוכְרְחוּ לִמְשֹׁוחַ יְהוֹאָחָז בְּאֶפְרַסְמוֹנָא דַּכְיָא וְכַנִּזְכָּר בְּהוֹרָיוֹת (הוֹרָיוֹת יב.) וּלְהָכִי לָא חָשֵׁיב לֵיהּ בַּהֲדֵי חֲמִשָּׁה שֶׁלֹּא נִרְגָּשׁ חֶסְרוֹנָם בְּבַיִת רִאשׁוֹן גַּם בְּסוֹפוֹ. וְאַף עַל גַּב דְּאִם הָיָה גַּם כֵּן מָצוּי אֶצְלָם שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה אֶפְשָׁר לֹא הָיוּ מוֹשְׁחִין בּוֹ אֶת יְהוֹאָחָז עִם כָּל זֶה חֲשִׁיב חִסָּרוֹן כֵּיוָן שֶׁהֻוצְרְכוּ אֵלָיו וְלֹא נִמְצָא גָּלוּי בְּיָדָם. נִמְצָא בַּיִת רִאשׁוֹן שֶׁבָּנָה שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה שָׁלֵם בַּחֲמִשָּׁה דְּבָרִים וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמְזָה מַעֲלָה זוֹ בְּשֵׁם שְׁלֹמֹה שֶׁהוּא שָׁלֵם ה '. וְנִרְאֶה לִי לָכֵן נֶאֱמַר עַל שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה (מְלָכִים א' ה, יב) 'וַיְהִי שִׁירוֹ חֲמִשָּׁה וְאֶלֶף' דְּמִסֵּפֶר הָאָלֶף כִּיוֵּן בּוֹ לְאוֹמְרוֹ כְּנֶגֶד בֵּית הַמִּקְדָּשׁ עַצְמוֹ דְּעָלָיו נֶאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ד, ד) 'בָּנוּי לְתַלְפִּיּוֹת אֶלֶף הַמָּגֵן תָּלוּי עָלָיו' וּמִסְפַּר הַחֲמִשָּׁה הַנּוֹתָרִים עַל אֶלֶף הֵם כְּנֶגֶד חֲמִשָּׁה יִתְרוֹנוֹת הַנִּזְכָּרִים שֶׁהָיָה יֶתֶר בַּיִת רִאשׁוֹן. וּמַה שֶׁאָמַר שֶׁנֶּחְסַר הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה אֵין כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר שֶׁלֹּא הָיָה הַשְׁרָאַת שְׁכִינָה כְּלָל דְּזֶה אִי אֶפְשָׁר דַּאֲפִילּוּ בְּחֻרְבָּן לֹא זָזָה שְׁכִינָה מִכֹּותֶל מַעֲרָבִי (מִדְרַשׁ רַבָּה שְׁמוֹת ב, ב) , אַךְ בֶּאֱמֶת בְּהַשְׁרָאַת אוֹר שְׁכִינָה יֵשׁ כַּמָּה הַדְרָגוֹת וְאוֹתָהּ הַמַּדְרֵגָה שֶׁהָיְתָה בִּזְמַן בַּיִת רִאשׁוֹן לֹא הָיְתָה בְּבַיִת שֵׁנִי, וְכֵן תִּמְצָא גַּם כֵּן בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ דְּגַם הַנְּבוּאָה קָרֵי לָהּ בְּשֵׁם רוּחַ הַקֹּודֶשׁ וּמַדְרֵגַת הַנְּבוּאָה שֶׁהָיְתָה בְּבַיִת רִאשׁוֹן לֹא הָיְתָה בְּבַיִת שֵׁנִי. אָמְרִי : [ אִין ] , מְהַוָּה הָווּ , סִיּוּעִי הוּא דְּלָא מְסַיְּעָא [כא:] וְנִרְאֶה לִי לְפִי זֶה מַה שֶׁאָמַר בִּזְבָחִים (זְבָחִים סא:) אֵשׁ שֶׁיָּרְדָה בִּימֵי שְׁלֹמֹה לֹא נִסְתַּלְּקָה עַד שֶׁבָּא מְנַשֶּׁה וְסִילְּקָהּ, אֵין הַכַּוָּנָה סִילְּקָהּ לְגַמְרֵי שֶׁנִּסְתַּלֵּק גּוּף הָאֵשׁ, אֶלָּא הַכַּוָּנָה נִסְתַּלֵּק כֹּחַ הַפְּעֻולָּה שֶׁלָּהּ כִּדְאָמַר הָכָא מְהַוָּה הָווּ סִיּוּעַי הוּא דְּלָא מְסַיְּעָא דְּכֵן הָיָה לָהּ גַּם בְּבַיִת רִאשׁוֹן מִזְּמַן מְנַשֶּׁה עַד חֻרְבַּן הַבַּיִת. וְעַל חֶסְרוֹן אוּרִים וְתֻמִּים עַיֵּין פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם הָרַמְבַּ"ם דְּנִכְתְּבוּ עַל יְדֵי שָׁמַיִם, וְהִקְשָׁה וַהֲלֹא אָמְרוּ בַּגְּמָרָא שֶׁהָיוּ כְּתוּבִים עַל יְדֵי הַשָּׁמִיר? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאַף עַל גַּב דְּהָיָה עַל יְדֵי הַשָּׁמִיר הָיוּ צְרִיכִין לְמַעֲשֵׂה נֵס מִן הַשָּׁמַיִם כִּי הַשָּׁמִיר טִבְעוֹ וּסְגֻולָּתוֹ לְשַׁבֵּר מֵעֵבֶר לְעֵבֶר וְאֵינוֹ חוֹקֵק מְעַט כְּמוֹ כְּתִיבָה וּמַה שֶׁהָיָה חֲקִיקָה בְּדֶרֶךְ כְּתִיבָה הָיָה בְּדֶרֶךְ נֵס וּמַעֲשֵׂה שָׁמַיִם מִקְּרֵי. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בְּלָאו הָכִי פְּעֻולַּת הַשָּׁמִיר עַצְמָהּ נִקְרֵאית בִּידֵי שָׁמַיִם כֵּיוָן שֶׁהִיא פְּעֻולָּה סְגֻולִּיִּית דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שׂוֹרְטִין תְּחִילָּה וּמַרְאִין לָהֶם אֶת הַשָּׁמִיר וְהֵם נִבְקָעִין מֵאֲלֵיהֶן, נִמְצָא הוּא מַעֲשֶׂה סוּגְלִיי וְאֵינוֹ טִבְעִי וְכָל מַעֲשֶׂה סוּגְלִיי נִקְרָא בִּידֵי שָׁמַיִם. וּמַה שֶׁאָמַר 'שֵׁשׁ אַשְׁוַת הֵן' נִרְאֶה לִי בס"ד אֵשׁ רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ש ש א שְׁוָת.
"Ce sont les cinq choses qui distinguent le premier Temple du second", etc. Le Ritva (z"l) a objecte : pourquoi ne compte-t-on pas l'huile d'onction (chemen ha-mich'ha) ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'absence de l'huile d'onction ne concerne pas [directement tout] Israel, car nul n'en a besoin sinon le roi, qui s'honore davantage d'en etre oint ; il n'en va pas de meme des cinq [autres] choses, dont l'absence concerne tout Israel, qui tous s'honorent d'elles. Toutefois le Ritva (z"l) a resolu sa propre question : parce que l'huile d'onction, meme au premier Temple, n'etait pas [presente] en permanence, ayant deja ete cachee (nignaz) aux jours de Yochiyahou -- fin de citation. Et le Gaon Hida (z"l), dans Petah Einayim, ecrit au nom de la tradition une objection redoutable contre le Ritva : car on a dit au chapitre Hotziou lo (Yoma 52b) que l'huile d'onction fut cachee en meme temps que l'Arche ; or, puisqu'on compte l'Arche, on devrait compter aussi l'huile d'onction -- et il ecrit que c'est une difficulte qui demeure ; vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'Arche, lorsqu'elle fut cachee au premier Temple aux jours de Yochiyahou, ne fut pas comptee comme manquant au Temple, car elle fut cachee dans l'une des chambres a l'interieur du Temple et ne sortit pas du Temple ; et ceux qui la cacherent savaient en quel lieu elle etait deposee. Ce n'etait donc pas compte comme un manque au temps du premier Temple : que m'importe qu'elle soit deposee dans le Saint des Saints ou dans l'une des chambres, ces deux lieux etant [tous deux] dans le Temple ; et puisqu'ils savaient ou elle etait deposee, ils pouvaient la sortir de l'autre lieu et la reintegrer au Saint des Saints s'ils le voulaient -- or "tout ce qui est apte au melange, l'absence de melange ne l'invalide pas" (Menahot 103b), et c'est comme si elle etait deposee dans le Saint des Saints ; ce n'etait pas compte comme un manque. Mais au second Temple, ceux qui connaissaient son emplacement etaient decedes, et ceux qui monterent au second Temple ignoraient ou elle etait deposee, de sorte qu'il etait impossible de la reintegrer a sa place : cela fut compte comme un manque au second Temple, concernant l'Arche. En revanche l'huile d'onction, cachee au temps du premier Temple, bien que certains sussent en quel lieu elle etait cachee, malgre cela, puisqu'on en eut besoin pour en oindre Yehoahaz a cause de la contestation de Yehoyakim, et qu'on ne put ni la reveler ni l'apporter pour accomplir avec elle son office propre -- son absence se fit sentir et fut manifeste. C'est pourquoi, meme au premier Temple, son enfouissement fut compte comme un manque, puisque son office est d'oindre et que, lorsqu'on en eut besoin, elle ne se trouva pas a leur portee : on fut contraint d'oindre Yehoahaz avec du baume pur (afarsemona dakhia), comme il est rapporte dans Horayot (12a). Voila pourquoi on ne la compte pas parmi les cinq [choses] dont l'absence ne se fit pas sentir au premier Temple, meme a sa fin. Et bien que, meme si l'huile d'onction s'etait trouvee a leur portee, peut-etre ne l'auraient-ils pas employee pour oindre Yehoahaz, malgre cela c'est compte comme un manque, puisqu'on en eut besoin et qu'elle ne se trouva pas a decouvert entre leurs mains. Il ressort que le premier Temple, que batit le roi Salomon (paix sur lui), etait complet en cinq choses ; et il me semble, avec l'aide du Ciel, que cette qualite est allusivement contenue dans le nom de Chelomo (Salomon), qui est "chalem he" (complet du he [= des cinq]). Il me semble que c'est pourquoi il est dit du roi Salomon (1 Rois 5,12) "et ses cantiques furent mille cinq (hamicha ve-elef)" : le nombre mille vise le Temple lui-meme, dont il est dit (Cantique 4,4) "bati pour des trophees, mille boucliers y sont suspendus" ; et le nombre cinq restant au-dela du mille correspond aux cinq avantages par lesquels le premier Temple etait superieur. Quant a ce qu'il dit que manqua la residence de la Chekhina (hachra'at chekhina), son intention n'est pas de dire qu'il n'y eut aucune residence de la Chekhina -- cela est impossible, car meme lors de la destruction la Chekhina ne s'est pas ecartee du mur occidental (Midrach Rabba, Exode 2,2) ; mais en verite, dans la residence de la lumiere de la Chekhina il y a plusieurs degres, et le degre qui existait au premier Temple n'existait pas au second. Tu trouveras de meme pour l'esprit saint : la prophetie aussi est appelee "esprit saint", et le degre de prophetie du premier Temple n'existait pas au second. "Ils dirent : [oui], il existait bien, c'est [seulement] qu'il n'assistait pas [21b]". Il me semble, selon cela, que ce qui est dit dans Zevahim (61b) -- "le feu qui descendit aux jours de Salomon ne se retira pas jusqu'a ce que vienne Menache et l'ecarte" -- ne signifie pas qu'il se retira completement, que le corps meme du feu se retira, mais [que] se retira [seulement] la puissance de son action, comme il est dit ici "il existait bien, c'est [seulement] qu'il n'assistait pas" -- car il en allait deja ainsi au premier Temple, depuis le temps de Menache jusqu'a la destruction. Et sur l'absence des Ourim ve-Toumim, vois Petah Einayim au nom du Rambam : ils furent ecrits par [l'action du] Ciel ; il objecte : mais n'a-t-on pas dit dans la Guemara qu'ils etaient ecrits au moyen du chamir [le ver qui fend la pierre] ? Vois-y. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que meme si ce fut au moyen du chamir, on avait besoin d'un acte miraculeux venu du Ciel, car la nature et la vertu du chamir sont de briser de part en part et non de graver legerement comme une ecriture ; or ce qui fut grave a la maniere d'une ecriture le fut par voie de miracle, et cela est appele "acte du Ciel". Et il me semble encore que, quoi qu'il en soit, l'action du chamir elle-meme est appelee "par le Ciel", puisqu'elle est une action de nature occulte (segoulit) : car nos Maitres (z"l) ont dit qu'on incisait d'abord [la pierre] et qu'on leur montrait le chamir, et [les pierres] se fendaient d'elles-memes ; c'est donc une action occulte et non naturelle, et toute action occulte est appelee "par le Ciel". Et ce qu'il dit "il y a six [sortes de] feux (chech echot)" -- il me semble, avec l'aide du Ciel, que le mot "ech" (feu) fait allusion, par ses lettres, a "Chech echot".
💡 Explication

Objection : R. Hanina servait au second Temple -- mais y avait-il seulement un feu celeste ? Rav Chmouel bar Inya deduit du mot ve-ekaved (Aggee 1,8), ecrit sans le he (valeur 5), qu'il manquait au second Temple cinq choses : Arche + kaporet + Cheroubim, le feu, la Chekhina, l'esprit saint, les Ourim ve-Toumim.

Reponse : le feu celeste existait bien au second Temple, mais il n'assistait pas a la combustion des offrandes -- il n'etait que visible. La contradiction avec R. Hanina tombe.

8
תָּנוּ רַבָּנַן, שֵׁשׁ אַשְׁוַת הֵן: יֵשׁ אוֹכֶלֶת וְאֵינָהּ שׁוֹתָה, וְיֵשׁ שׁוֹתָה וְאֵינָהּ אוֹכֶלֶת, וְיֵשׁ אוֹכֶלֶת וְשׁוֹתָה, וְיֵשׁ אוֹכֶלֶת לַחִין כִּיבֵשִׁין, וְיֵשׁ אֵשׁ דּוֹחָה אֵשׁ, וְיֵשׁ אֵשׁ אוֹכֶלֶת אֵשׁ.

Nos Maitres ont enseigne : il y a six [sortes de] feux : il en est un qui mange (okhelet) mais ne boit pas ; un qui boit mais ne mange pas ; un qui mange et boit ; un qui consume l'humide comme le sec ; un feu qui repousse le feu ; et un feu qui mange le feu.

📜 Rachi (1)
דּוֹחֶה אֵשׁ מִמְּקוֹמָהּ לְהַלָּן:
[il repousse le feu] de sa place, plus loin.
💡 Explication

Baraita des six sortes de feu, ou "manger" (okhelet) = consumer le solide et "boire" (chota) = consumer le liquide. Le detail de chacune est donne au segment suivant.

9
יֵשׁ אֵשׁ אוֹכֶלֶת וְאֵינָהּ שׁוֹתָה — הָא דִּידַן. שׁוֹתָה וְאֵינָהּ אוֹכֶלֶת — דְּחֻולִּין. אוֹכֶלֶת וְשׁוֹתֶה — דְּאֵלִיָּהוּ, דִּכְתִיב: ״וְאֶת הַמַּיִם אֲשֶׁר בַּתְּעָלָה לִחֵכָה״. אוֹכֶלֶת לַחִין כִּיבְשִׁין — דְּמַעֲרָכָה. יֵשׁ אֵשׁ דּוֹחָה אֵשׁ — דְּגַבְרִיאֵל, וְיֵשׁ אֵשׁ אוֹכֶלֶת אֵשׁ — דִּשְׁכִינָה, דְּאָמַר מַר: הוֹשִׁיט אֶצְבָּעוֹ בֵּינֵיהֶם וּשְׂרָפָן.

Il y a un feu qui mange et ne boit pas -- c'est le notre [feu ordinaire]. [Un feu qui] boit et ne mange pas -- celui des malades (la fievre).

[Un feu qui] mange et boit -- celui d'Eliyahou, ainsi qu'il est ecrit : "et l'eau qui etait dans la rigole, il la lecha" (1 Rois 18,38). [Un feu qui] consume l'humide comme le sec -- celui de la disposition (maarakha).

Il y a un feu qui repousse le feu -- celui de Gabriel ; et il y a un feu qui mange le feu -- celui de la Chekhina, car le Maitre a dit : Il tendit Son doigt parmi eux [les anges] et les brula.

📜 Rachi (3)
דְּחֻולִּין מִן הַקַּדַּחַת שֶׁהוּא כְּאֵשׁ וְצָמֵא לַמַּיִם וְאֵינוֹ חָפֵץ לֶאֱכֹול:
[celui des malades vient] de la fievre (kadahat), qui est comme un feu : [le malade] a soif d'eau et n'a pas envie de manger.
דְּגַבְרִיאֵל שֶׁיָּרַד לְהַצִּיל חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה שֶׁצִּינֵּן אֶת הַכִּבְשָׁן מִבִּפְנִים וְהִקְדִּיחַ מִבַּחוּץ לִשְׂרֹוף אֶת זוֹרְקֵיהֶן לְתוֹכוֹ כִּדְאָמְרִינַן בְּעַרְבֵי פְּסָחִים (דַּף קיח.):
[celui de Gabriel] qui descendit sauver Hanania, Michael et Azaria : il refroidit la fournaise a l'interieur et l'embrasa a l'exterieur pour bruler ceux qui les y avaient jetes, comme nous disons dans Arvei Pessahim (Pessahim 118a).
הוֹשִׁיט אֶצְבָּעוֹ בְּסַנְהֶדְרִין הוּא בְּפֶרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לח:) גַּבֵּי כִּיתּוֹת שֶׁל מַלְאָכִים שֶׁאָמְרוּ לְפָנָיו מָה אֱנוֹשׁ כִּי תִזְכְּרֶנּוּ:
["Il tendit Son doigt"] cela [se trouve] dans Sanhedrin, au chapitre Ehad dinei mamonot (Sanhedrin 38b), a propos des troupes d'anges qui dirent devant Lui "qu'est-ce que l'homme pour que Tu t'en souviennes" (Ps 8,5).
🪔 Ben Yehoyada (1)
אוֹכֶלֶת לַחִין כִּיבֵשִׁין דְּמַעֲרָכָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הַייְנוּ הָךְ דְּאֵלִיָּהוּ זָכוּר לַטּוֹב שֶׁאָכְלָה לַחִין וִיבֵשִׁין כֵּיוָן דְּהָיָה שָׁם מַיִם הַייְנוּ לַחִין? וְנִרְאֶה לִי דְּהָיָה בְּאֵשׁ אֵלִיָּהוּ דָּבָר יֶתֶר עַל אֵשׁ דְּמַעֲרָכָה שֶׁלֹּא נַעֲשָׂה גֶּחָלִים וְאֵפֶר כְּלָל אֶלָּא נִבְלְעוּ הַכֹּל בָּהּ אֲבָל אֵשׁ דְּמַעֲרָכָה שׂוֹרֶפֶת דַּוְקָא, וְגַם הַבָּשָׂר שֶׁהוּא הַלַּח נַעֲשֶׂה גֶּחָלִים כְּמוֹ הַנַּעֲשֶׂה בְּעֵצִים. וְכֵן רָאִיתִי לְהָרִיטְבָ"א זַ"ל שֶׁכָּתַב אוֹכֶלֶת לַחִים וִיבֵשִׁים, פֵּירוּשׁ שׁוֹלֶטֶת אַף בִּבְשַׂר הַקֹּודֶשׁ וְעוֹשֶׂה אוֹתוֹ כְּגֶחָלִים עַד כָּאן. וְנִרְאֶה לִי מַה שֶׁאָמְרוּ 'מִצְוָה לְהָבִיא מִן הַהֶדְיוֹט' שֶׁהוּא מִמְּדוּרַת בֵּית הַמּוֹקֵד כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרִיטְבָ"א זַ"ל הַיְינוּ טַעְמָא כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה עָשָׁן, וּמִזֶּה הֶעָשָׁן דְּאֵבָרִים וּפְדָרִים נִזּוֹנִין חַייָּלוֹת שֶׁל סִטְרָא אַחְרָא וְלָא נָפְקִין לְשִׁטְטָא בְּעָלְמָא, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר קְהִילַּת יַעֲקֹב. וְעַיֵּין זֹוהַר תְּרוּמָה דַּף ק"ל. וְכָתַב קְהִילַּת יַעֲקֹב דִּמְעַשֵּׁן שֶׁל קָרְבָּנוֹת נִיזּוֹן קְלִיפַּת נֹגַהּ שֶׁמִּשָּׁם נֶפֶשׁ הַבַּהֲמִית שֶׁל יִשְׂרָאֵל וְנֶפֶשׁ בְּהֵמוֹת טְהוֹרוֹת, יְעֻויַּן שָׁם. וְכֵיוָן שֶׁיֵּשׁ צֹורֶךְ בַּעֲשַׁן אִם לֹא יָבִיאוּ מִן הַהֶדְיוֹט לֹא יִהְיֶה עָשָׁן מֵאֵשׁ שֶׁל מַעְלָה בִּלְבַד.
"[Un feu qui] consume l'humide comme le sec -- celui de la disposition". On peut objecter : n'est-ce pas la meme chose que [le feu] d'Eliyahou (mentionne en bien), qui consumait l'humide comme le sec, puisqu'il y avait la de l'eau, ce qui est [precisement] de l'humide ? Il me semble qu'il y avait dans le feu d'Eliyahou quelque chose de plus que dans le feu de la disposition : [le feu d'Eliyahou] ne produisait ni braises ni cendre du tout, mais tout etait absorbe en lui ; tandis que le feu de la disposition, lui, brule [normalement], et la chair aussi, qui est l'humide, devient braise comme ce qui advient au bois. J'ai vu de meme chez le Ritva (z"l), qui ecrit : "consume l'humide et le sec" signifie qu'il domine meme la chair sacree et la reduit en braises -- fin de citation. Et il me semble que ce qu'ils ont dit, "il y a une mitsva d'apporter du [feu] humain", lequel provient du brasier de la Chambre du foyer (beit ha-moked) comme l'a ecrit le Ritva -- en voici la raison : afin qu'il y ait de la fumee ; et de cette fumee des membres et des graisses (evarim ou-fedarim) se nourrissent les armees du Sitra A'hra (l'Autre Cote), de sorte qu'elles ne sortent pas errer dans le monde, comme il est ecrit dans le livre Kehilat Yaakov. Vois aussi le Zohar Terouma p. 130. Et le Kehilat Yaakov ecrit que de la fumee des sacrifices se nourrit la kelipa de Noga, d'ou provient l'ame animale (nefech ha-behamit) d'Israel et l'ame des animaux purs -- vois-y. Et puisqu'il y a besoin de fumee, si l'on n'apporte pas du [feu] humain, il n'y aura pas de fumee avec le feu d'en haut seul.
💡 Explication

Detail des six feux : (1) le notre (le sec) ; (2) la fievre des malades (assiere sans consumer la chair) ; (3) le feu d'Eliyahou au Carmel, qui "lecha l'eau" ; (4) le feu de la maarakha (humide comme sec) ; (5) le feu de Gabriel, qui sauva Hanania, Michael et Azaria de la fournaise ; (6) le feu de la Chekhina, qui "mange" meme le feu des anges.

10
וַעֲשַׁן הַמַּעֲרָכָה, אֲפִילּוּ כָּל הָרוּחוֹת שֶׁבָּעוֹלָם אֵין מְזִיזוֹת אוֹתוֹ מִמְּקוֹמוֹ? וְהָאָמַר רַבִּי יִצְחָק בַּר אַבְדִּימִי: בְּמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג הַכֹּל צֹופִין לַעֲשַׁן הַמַּעֲרָכָה. נוֹטֶה כְּלַפֵּי צָפוֹן — עֲנִיִּים שְׂמֵחִין וּבַעֲלֵי בָתִּים עֲצֵבִין, מִפְּנֵי שֶׁגִּשְׁמֵי שָׁנָה מְרֻובִּין וּפֵירוֹתֵיהֶן מַרְקִיבִין. נָטָה כְּלַפֵּי דָּרוֹם — עֲנִיִּים עָצְבִין, וּבַעֲלֵי בָּתִּים שְׂמֵחִין, מִפְּנֵי שֶׁגִּשְׁמֵי שָׁנָה מוּעָטִין, וּפֵירוֹתֵיהֶן מִשְׁתַּמְּרִין.

"Et la fumee de la disposition" -- meme tous les vents du monde ne la deplacent pas de sa place ? Mais R.

Yitzhak bar Avdimi n'a-t-il pas dit : a l'issue du dernier jour de fete de Souccot, tous scrutent la fumee de la disposition. [Si elle] penche vers le nord -- les pauvres se rejouissent et les proprietaires (baalei batim) s'attristent, parce que les pluies de l'annee seront abondantes et leurs fruits pourriront.

[Si elle] penche vers le sud -- les pauvres s'attristent et les proprietaires se rejouissent, parce que les pluies de l'annee seront rares et leurs fruits se conserveront.

📜 Rachi (2)
מוֹצָאֵי י"ט הָאַחֲרוֹן שֶׁל חַג שֶׁמֵּאֶתְמוֹל נִתְחַתֵּם גְּזַר דִּינָם עַל גִּשְׁמֵי שָׁנָה כְּדִתְנַן בְּחַג נִידּוֹנִין עַל הַמַּיִם:
car depuis la veille a ete scelle le decret concernant les pluies de l'annee, comme on l'enseigne : a la fete [de Souccot] on est juge sur l'eau.
נוֹטֶה כְּלַפֵּי צָפוֹן שֶׁרוּחַ דְּרוֹמִית נוֹשֶׁבֶת וּפֵירוֹתֵיהֶן מַרְקִיבִין וְאֵינָן יְכוֹלִין לְאָוצְרָן וּפוֹתְחִין וּמוֹכְרִין אוֹתָן בְּזוֹל:
[penche vers le nord] car c'est le vent du sud qui souffle ; et leurs fruits pourrissent, ils ne peuvent les engranger, ils ouvrent [les greniers] et les vendent a bas prix.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מוֹצָאֵי יוֹם טוֹב אַחֲרוֹן שֶׁל חַג הַכֹּל צֹופִין בַּעֲשַׁן הַמַּעֲרָכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז לַדָּבָר מִמַּה שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים סח, ג) כְּהִנְדֹּף עָשָׁן תִּנְדֹּף, רוֹצֶה לוֹמַר כְּמוֹ נִידּוּף עָשָׁן הַמַּעֲרָכָה, כֵּן תִּנְדֹּוף הַמָּטָר לְעוֹלָם! וְנִרְאֶה כִּי בַּעֲשַׁן הַקָּרְבָּנוֹת הַיּוֹצֵא מִתַּתָּא לְעֵילָּא יִהְיֶה סִימָן לְמָטָר הַיּוֹרֵד בִּזְכוּת הַקָּרְבָּנוֹת מֵעִילָּא לְתַתָּא. וּמַה שֶׁאָמְרוּ נוֹטֶה כְּלַפֵּי מִזְרָח הַכֹּל שְׂמֵחִים , קְצָת קָשֶׁה אֵיךְ יִשְׂמְחוּ הָעֲנִיִּים וַהֲלֹא כֵּיוָן דְּאֵין הַפֵּירוֹת נִרְקָבִין אוֹצְרִים אוֹתָם וְנִמְכָּרִים בְּיֹוקֶר? וְנִרְאֶה לִי כֵּיוָן דְּהַזְּרִיעָה מֻוצְלַחַת בָּהֶם שֶׁמּוֹצִיאָה הָאָרֶץ עַל חַד שֶׁבַע יִהְיוּ הַפֵּירוֹת מְרֻובִּים וְאַף עַל פִּי שֶׁאוֹצְרִים אוֹתָם מוֹכְרִים בְּזוֹל מֵחֲמַת רִבּוּי הַנִּמְצָא.
"A l'issue du dernier jour de fete de Souccot, tous scrutent la fumee de la disposition". Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a la une allusion a ce que dit le verset (Ps 68,3) "comme se dissipe la fumee tu [les] dissiperas" -- c'est-a-dire : de meme que se dissipe la fumee de la disposition, ainsi se repandra la pluie dans le monde ! Et il apparait que la fumee des sacrifices, qui monte du bas vers le haut, est un signe de la pluie qui descend, par le merite des sacrifices, du haut vers le bas. Quant a ce qu'ils ont dit "[penche] vers l'est, tous se rejouissent", c'est un peu difficile : comment les pauvres se rejouiraient-ils ? Car puisque les fruits ne pourrissent pas, on les engrange et on les vend cher ! Il me semble : puisque l'ensemencement y reussit, la terre produisant au septuple, les fruits seront abondants ; et bien qu'on les engrange, on les vend a bas prix en raison de l'abondance disponible.
💡 Explication

Nouvelle objection au miracle de la fumee immobile : R. Yitzhak bar Avdimi enseigne qu'a l'issue de Souccot (quand est scelle le decret des pluies) on scrutait l'inclinaison de la fumee comme presage agricole.

Nord = pluies abondantes (recolte forte mais fruits pourrissants, vendus a bas prix) : bon pour les pauvres, mauvais pour les proprietaires. Sud = pluies rares (recolte faible mais bien conservee) : l'inverse. Or si la fumee penche, c'est bien que le vent la deplace !

11
נָטָה כְּלַפֵּי מִזְרָח — הַכֹּל שְׂמֵחִין. כְּלַפֵּי מַעֲרָב — הַכֹּל עָצְבִין! דְּאָזֵיל וְאָתֵי כְּדִיקְלֵי, וְאִבַּדּוֹרֵי לָא הֲוָה מִיבַּדַּר.

[Si elle] penche vers l'est -- tous se rejouissent ; vers l'ouest -- tous s'attristent ! [Donc le vent la deplace bien.] -- [Reponse :] elle allait et venait comme un palmier [qui se balance], mais elle ne se dispersait pas.

📜 Rachi (2)
הַכֹּל שְׂמֵחִים שֶׁרוּחַ מַעֲרָבִית שְׁקוּלָה הִיא וּמְבִיאָה גְּשָׁמִים לְפִי הָרָאוּי לֹא הַפֵּירוֹת מַרְקִיבִין וּתְבוּאַת הַזֶּרַע מַצְלַחַת וְאֵין רָעָב בָּעוֹלָם:
[tous se rejouissent] car le vent d'ouest est equilibre et apporte les pluies selon ce qui convient : les fruits ne pourrissent pas, la recolte des semailles reussit, et il n'y a pas de famine dans le monde.
הַכֹּל עֲצֵבִים שֶׁהוּא רוּחַ הַמְייַבֶּשֶׁת אֶת הַזְּרָעִים כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף לב.) אַפֵּי' שֻׁופְתָּא בְּקוֹפִינָא דְמָרָא רָפְיָא:
[tous s'attristent] car c'est un vent qui desseche les semences, comme nous disons au traite Guittin (32a) : "meme le coin [de bois] dans la douille de la houe se relache" [tant le vent d'est desseche].
💡 Explication

Suite du presage : est = tous contents (pluies equilibrees, ni pourriture ni famine) ; ouest = tous tristes (vent dessechant). L'objection demeure : la fumee bouge donc bien. Reponse : elle oscillait "comme un palmier" au vent, mais sans jamais se disperser -- le miracle porte sur l'indispersion, non sur une immobilite absolue.

12
אָמַר מַר: כְּלַפֵּי מִזְרָח — הַכֹּל שְׂמֵחִין, כְּלַפֵּי מַעֲרָב — הַכֹּל עָצְבִין. וּרְמִינְהוּ: מִזְרָחִית — לְעוֹלָם יָפָה, מַעֲרָבִית — לְעוֹלָם קָשֶׁה, רוּחַ צְפוֹנִית — יָפָה לַחִטִּין בְּשָׁעָה שֶׁהֵבִיאוּ שְׁלִישׁ, וְקָשָׁה לַזֵּיתִים בִּזְמַן שֶׁהֵן חוֹנְטִין, רוּחַ דְּרוֹמִית — קָשֶׁה לְחִטִּין בְּשָׁעָה שֶׁהֵבִיאוּ שְׁלִישׁ, וְיָפָה לַזֵּיתִים בִּזְמַן שֶׁהֵן חוֹנְטִין.

Le Maitre a dit : vers l'est -- tous se rejouissent ; vers l'ouest -- tous s'attristent. Et l'on souleve une contradiction : le vent d'est (mizrahit) est toujours bon ; le vent d'ouest (maaravit) toujours mauvais ; le vent du nord -- bon pour le ble lorsqu'il a atteint le tiers [de sa maturation], et mauvais pour les olives au moment de leur nouaison (hanata) ; le vent du sud -- mauvais pour le ble lorsqu'il a atteint le tiers, et bon pour les olives au moment de leur nouaison.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מִזְרָחִית לְעוֹלָם יָפֶה, מַעֲרָבִית לְעוֹלָם קָשֶׁה וְכוּ'. פֵּירוּשׁ כֵּיוָן דְּאָמַר עַל הֶעָשָׁן נוֹטֶה כְּלַפֵּי מִזְרָח הַכֹּל שְׂמֵחִים נִמְצָא מְנַשֶּׁבֶת רוּחַ מַעֲרָבִית דְּעַל יְדֵי כָּךְ נִדְחֶה הֶעָשָׁן וְנוֹטֶה כְּלַפֵּי מִזְרָח, וּמַה שֶׁאָמְרוּ 'נוֹטֶה כְּלַפֵּי מַעֲרָב הַכֹּל עֲצָבִים' נִמְצָא מְנַשֵּׁב רוּחַ מִזְרָחִית דְּעַל יְדֵי כָּךְ הֶעָשָׁן נִדְחֶה כְּלַפֵּי מַעֲרָב. וּלְפִי זֶה נִמְצָא מַעֲרָבִית יָפָה מִזְרָחִית קָשֶׁה וְאֵיךְ קָאָמַר 'מִזְרָחִית לְעוֹלָם יָפֶה, מַעֲרָבִית לְעוֹלָם קָשֶׁה'? וּמְשַׁנֵּי הָא לַן וְהָא לְהוּ דְּרַבִּי יִצְחָק קָאֵי עַל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהַבָּרַיְיתָא קָאֵי עַל בָּבֶל דְּמִזְרָחִית יָפֶה.
"Le vent d'est est toujours bon, le vent d'ouest toujours mauvais", etc. Explication : puisqu'il a dit a propos de la fumee "[penche] vers l'est, tous se rejouissent", il se trouve que c'est le vent d'ouest qui souffle, par quoi la fumee est repoussee et penche vers l'est ; et quand ils ont dit "[penche] vers l'ouest, tous s'attristent", il se trouve que c'est le vent d'est qui souffle, par quoi la fumee est repoussee vers l'ouest. Selon cela, il ressort que le vent d'ouest est bon et le vent d'est mauvais -- comment donc peut-on dire "le vent d'est est toujours bon, le vent d'ouest toujours mauvais" ? Et l'on repond : "ceci pour nous et cela pour eux" -- R. Yitzhak [bar Avdimi] parle de la Terre d'Israel, et la baraita parle de Babylonie, ou le vent d'est est bon.
💡 Explication

La Guemara oppose au presage precedent une baraita des vents : vent d'est toujours bon, vent d'ouest toujours mauvais ; le nord est bon pour le ble (au tiers de sa croissance) mais mauvais pour les olives en nouaison ; le sud, l'inverse. Il faut concilier ces effets contradictoires.

13
וְאָמַר רַב יוֹסֵף, וְאִיתֵּימָא מַר זוּטְרָא: וְסִימָנָיךְ — שֻׁלְחָן בַּצָּפוֹן, וּמְנוֹרָה בַּדָּרוֹם. הַאי מַרְבֶּה דִּידֵיהּ, וְהַאי מְרַבֶּה דִּידֵיהּ!

Et Rav Yossef a dit, et certains disent Mar Zoutra : et ton signe mnemotechnique [pour retenir lequel est bon pour le ble et lequel pour les olives] -- la table [est] au nord, et le candelabre (menora) au sud [dans le Sanctuaire]. Celui-ci [le vent du nord] fait croitre ce qui est sien [le ble, pour le pain de la table], et celui-la [le vent du sud] fait croitre ce qui est sien [les olives, pour l'huile de la menora] !

📜 Rachi (1)
הַאי מַרְבֶּה דִּידֵיהּ צְפוֹנִית מְגַדֶּלֶת הָרְאוּיִין לַשֻּׁלְחָן:
[celui-ci fait croitre ce qui est sien] le [vent] du nord fait croitre ce qui convient a la table [le ble du pain de proposition].
💡 Explication

Moyen mnemotechnique (Rav Yossef / Mar Zoutra) : dans le Sanctuaire, la table (pain, donc ble) etait au nord, la menora (huile, donc olives) au sud. Chaque vent "fait croitre ce qui est sien" : le vent du nord favorise le ble, celui du sud les olives -- ce qui fixe le sens de la baraita precedente.

14
לָא קַשְׁיָא: הָא — לָן, וְהָא — לְהוּ.

Ce n'est pas difficile : ceci [le presage de R. Yitzhak, ou l'est est bon] -- pour nous [en Babylonie] ; et cela [la baraita, ou l'est peut nuire] -- pour eux [en Terre d'Israel].

📜 Rachi (1)
הָא לַן וְהָא לְהוּ מִזְרָחִית יָפָה לְאֶרֶץ בָּבֶל שֶׁהִיא אֶרֶץ לַחָה מֵחֲמַת מֵימֶיהָ לְעוֹלָם וּלְאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל קָשֶׁה שֶׁהִיא אֶרֶץ הָרִים וּבְקָעוֹת וּמְמַהֶרֶת לִיבַשׁ:
le vent d'est est bon pour le pays de Babylonie, terre humide en raison de ses eaux toujours [presentes] ; et il est mauvais pour la Terre d'Israel, terre de montagnes et de vallees qui se desseche vite.
💡 Explication

Resolution de la contradiction sur le vent d'est : "ceci pour nous, cela pour eux". En Babylonie (terre humide, abondamment irriguee), le vent d'est sec est benefique ; en Terre d'Israel (terre de montagnes qui se desseche vite), le meme vent d'est peut au contraire nuire. Les deux enseignements valent, chacun pour son pays.

15
הֲדַרַן עֲלָךְ שִׁבְעַת יָמִים

Hadran alakh "Chiv'at Yamim" (nous reviendrons vers toi, [chapitre] "Sept jours") -- formule de cloture du premier chapitre de Yoma.

💡 Explication

Formule traditionnelle de cloture du premier chapitre de Yoma, intitule "Chiv'at Yamim" ("Sept jours", d'apres ses premiers mots sur les sept jours de reclusion du Cohen Gadol avant Yom Kippour). Hadran alakh : "nous reviendrons vers toi" -- promesse de revenir etudier ce chapitre.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).