Yoma 22a -- de la course à la loterie : comment le prélèvement des cendres (terumat ha-dechen) passa de la course sur la rampe au tirage au sort ; pourquoi les Sages n'avaient pas légiféré plus tôt ; les deux ordonnances de Rav Achi ; et la localisation exacte des quatre coudées décisives.

Yoma 22a

Sougya : La michna ouvre le deuxième chapitre de Yoma : a l'origine, le prélèvement des cendres de l'autel revenait à qui le voulait, et en cas d'affluence à qui gagnait une course sur le kevech (la rampe de trente-deux coudées) -- le premier à entrer dans les quatre coudées décisives. Un cohen ayant poussé son compagnon, qui se brisa la jambe, le beit din remplaça la course par le payis (tirage au sort par les doigts tendus, sans le pouce, à cause des tricheurs).

La guemara demande pourquoi les Sages n'avaient pas prévu de payis dès l'origine, et propose deux versions : soit ce service nocturne paraissait peu prestigieux, soit la contrainte du sommeil devait dissuader les candidats. Les deux versions affrontent la même objection -- les membres et les graisses, service nocturne pourvu d'un payis dès l'origine -- et s'en dégagent, la première en le qualifiant de fin d'un service de jour (avec correction de la formule de Rabbi Yo'hanan sur la sanctification des mains), la seconde en distinguant veiller (miguena) et se lever (mikam).

Une baraita révèle ensuite que le gagnant du prélèvement recevait aussi la disposition du bûcher et les deux bûches : Rav Achi résout en posant deux ordonnances successives, l'une de sécurité, l'autre d'incitation, le payis ayant d'abord fait fuir les cohanim. Le daf se clôt sur l'enquête de Rav Papa localisant les quatre coudées -- ni au sol, ni au pied, ni au milieu de la rampe, mais auprès de l'autel -- et sur la question, laissée ouverte, de savoir si l'on y compte la coudée du yessod et celle du sovev.

La course sur le kevech (rampe) : où se gagne le prélèvement des cendres Michna : les cohanim courent sur la rampe ; le premier entre dans les quatre coudées l'emporte. sol de la azara Mizbeach (autel extérieur) gag (surface supérieure) Kevech : 32 coudées de long rampe en pente, sans marches 4 coudées du HAUT C'est ici que se gagne le prélèvement (conclusion de Rav Papa : les 4 près du mizbeach) 4 du bas de la rampe écarte : la michna dit d'abord courir, PUIS devancer 4 au sol : écarte (on court SUR la rampe) 4 du milieu : écarte aucun repère ne les marque Un cohen pousse son compagnon sur cette rampe : jambe brisée. Le beit din remplace la course par le payis (tirage au sort).
La géographie de la michna : la rampe de 32 coudées, l'autel, et les quatre coudées décisives -- avec les trois hypothèses écartées par Rav Papa.
Question de la guemara : pourquoi pas de payis dès l'origine ? Deux versions (lechonot) de la réponse, chacune attaquée par la même objection : les membres et les graisses. Les Sages pensaient : peu de cohanim viendront donc pas besoin de tirage au sort Version 1 : ce n'est pas important Service de NUIT donc peu prestigieux (lo chaviva), les cohanim ne se disputeront pas pour l'avoir. Objection : membres et graisses c'est aussi de nuit, et on y a mis un payis ! (evarim ou-pedarim, cf. Yoma 25a) Réponse : c'est la FIN d'un service de jour l'animal fut égorgé et son sang aspergé de jour Contre-attaque : R. Yo'hanan qui s'est sanctifié les mains pour terumat ha-dechen n'a pas à recommencer le matin : donc c'est un DÉBUT de service de jour ! Version 2 : la contrainte du sommeil Il faut se lever au milieu de la nuit (ones chena) : peu se lèveront, donc pas de bousculade attendue. Même objection : membres et graisses la contrainte du sommeil y est identique, et pourtant on y a institué un payis ! Réponse : miguena n'est pas mikam Se COUCHER tard (veiller pour les membres) est plus facile que SE LEVER avant l'aube (le prélèvement des cendres). Cette version reste debout : elle n'est pas réfutée par le dit de R. Yo'hanan. Réponse au R. Yo'hanan : corriger la formule -- lire non pas mi-tehilat AVODA (début du service de jour) mais mi-tehila LA-AVODA (dès le départ, en vue du service).
Les deux versions de la réponse à la question d'ouverture, l'objection commune (membres et graisses) et la manière dont chacune s'en dégage.
Rav Achi : deux ordonnances successives, deux problèmes inverses État initial Pas de payis : course sur la rampe, le premier gagne. Trop de monde -> danger Ordonnance 1 On institué le PAYIS (tirage au sort par les doigts). But : supprimer la course et donc le danger. Effet pervers Ils cessent de venir : qui dit que le sort tombera sur moi ? Ordonnance 2 Celui qui gagne le prélèvement des cendres gagne AUSSI la disposition du bûcher et les deux bûches. But : rendre le lot attractif -> ils reviennent. Le payis retrouve des participants. Tossefot : les deux mesures ont pu être prises en une seule fois ; on les nomme deux ordonnances car elles répondent à deux craintes opposées.
Rav Achi : le payis crée un problème inverse de celui qu'il résout ; la seconde ordonnance corrige la première.
1
בָּרִאשׁוֹנָה כָּל מִי שֶׁרוֹצֶה לִתְרֹום אֶת הַמִּזְבֵּחַ — תּוֹרֵם. וּבִזְמַן שֶׁהֵן מְרֻובִּין רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ, כָּל הַקּוֹדֵם אֶת חֲבֵירוֹ בְּאַרְבַּע אַמּוֹת — זָכָה. וְאִם הָיוּ שְׁנֵיהֶן שָׁוִין, הַמְמֻונֶּה אוֹמֵר לָהֶן: הַצְבִּיעוּ.

MICHNA. Au début, quiconque voulait prélever (les cendres de) l'autel -- prélevait.

Et lorsqu'ils étaient nombreux, ils couraient et montaient sur le kevech (la rampe) : quiconque devançait son compagnon de quatre coudées -- l'emportait. Et si tous deux étaient à égalité, le préposé (memouneh) leur disait : Tendez (les doigts) !

📜 Rachi (6)
מַתְנִי' בָּרִאשׁוֹנָה כָּל מִי שֶׁרוֹצֶה לִתְרֹום כָּל כֹּהֵן שֶׁהָיָה מֵאוֹתוֹ בֵּית אָב רוֹצֶה לִתְרֹום הַדֶּשֶׁן שַׁחֲרִית תּוֹרֵם וְלֹא הָיָה פַּיִיס לַדָּבָר:
Tout cohen appartenant à la maison paternelle (beit av) de service qui voulait prélever les cendres au matin les prélevait, et il n'y avait pas de tirage au sort pour cela.
וּבִזְמַן שֶׁהֵן מְרֻובִּין הַבָּאִים לִתְרֹום זֶה אוֹמֵר אֲנִי תּוֹרֵם וְזֶה אוֹמֵר אֲנִי תּוֹרֵם זֶה הָיָה מִשְׁפָּטוֹ:
Ceux qui venaient prélever : celui-ci dit c'est moi qui prélève et celui-là dit c'est moi qui prélève -- telle était la règle.
רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ שֶׁהוּא שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם אֹורֶךְ:
Qui mesure trente-deux (coudées) de long.
וְכָל הַקּוֹדֵם בָּהֶן לִיכָּנֵס לְתוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת עֶלְיוֹנוֹת שֶׁל כֶּבֶשׂ הַסְּמוּכוֹת לְרֹאשׁ הַמִּזְבֵּחַ זָכָה לִתְרֹום וְזֶהוּ גּוֹרָלָם:
(Devancer son compagnon signifie :) pénétrer dans les quatre coudées SUPÉRIEURES du kevech, celles qui jouxtent le sommet de l'autel ; il gagne alors le prélèvement -- et c'était là leur tirage au sort.
וְאִם הָיוּ שְׁנֵיהֶם שָׁוִים בִּכְנִיסָתָן אֵין אֶחָד מֵהֶן זוֹכֶה לִתְרֹום אֲבָל מֵעַתָּה כֻּולָּם בָּאִין לְהָטִיל גּוֹרָל וּמַהוּ הַגּוֹרָל הַמְמֻונֶּה עַל הַפְּייָסוֹת אוֹמֵר לְכֻולָּם:
À leur entrée (dans les quatre coudées) : alors aucun des deux ne gagne le prélèvement, mais dès lors tous viennent tirer au sort ; et en quoi consiste ce sort ? Le préposé des tirages dit à tous :
הַצְבִּיעוּ הוֹצִיאוּ אֶצְבְּעוֹתֵיכֶם כָּל אֶחָד יִרְאֶה אֶצְבָּעוֹ כְּדִמְפָרֵשׁ לְקַמָּן בְּפִירְקִין מַקִּיפִין וְעוֹמְדִין בַּעֲגֻולָּה בָּא הַמְמֻונֶּה וְנוֹטֵל מִצְנֶפֶת מֵעַל רֹאשׁ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן וּמִמֶּנּוּ פַּיִיס מַתְחִיל לִימָּנוֹת וּמוֹצִיא כָּל אֶחָד וְאֶחָד אֶצְבָּעוֹ לְמִנְיָן וְהַמְמֻונֶּה אוֹמֵר כָּל שֶׁהַמִּנְיָן כָּלֶה בּוֹ הוּא זוֹכֶה וּמוֹצִיא מִפִּיו מִנְיָן אוֹ מֵאָה אוֹ שִׁשִּׁים הַרְבֵּה יוֹתֵר מִשֶּׁהָיוּ שָׁם הַכֹּהֲנִים וּמַתְחִיל לִמְנוֹת מִזֶּה שֶׁנָּטַל מֵרֹאשׁוֹ הַמִּצְנֶפֶת וְסוֹבֵב וְהוֹלֵךְ וּמוֹנֶה וְחוֹזֵר חָלִילָה עַד סוֹף הַמִּנְיָן וּמִי שֶׁהַמִּנְיָן כָּלֶה בּוֹ הוּא הַזּוֹכֶה וְכֵן לְכָל הַפְּיָיסוֹת:
Sortez vos doigts : que chacun montre son doigt, comme cela est expliqué plus loin dans notre chapitre. Ils se tiennent en cercle ; le préposé vient, retire la mitsnefet (le turban) de la tête de l'un d'eux, et c'est de lui que le tirage commence à compter. Chacun sort son doigt pour le comptage ; le préposé déclare : celui sur lequel le compte s'achève, celui-là l'emporte. Il annonce un nombre -- cent, ou soixante --, bien supérieur au nombre de cohanim présents ; il commence à compter à partir de celui dont il a retiré le turban, tourne, avance et compte, puis recommence en boucle jusqu'à la fin du nombre ; et celui sur lequel le compte s'achève est le gagnant. Ainsi pour tous les tirages au sort.
🗂️ Tossefot (1)
בָּרִאשׁוֹנָה כָּל מִי שֶׁרוֹצֶה לִתְרֹום כו'. שָׁאנֵי מִיגְּנָא מִמֵּיקָם תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא מְשַׁנֵּי דַּעֲבוֹדַת אֵיבָרִים וּפְדָרִים כְּשֵׁירָה בַּיּוֹם וּלְהָכִי תַּקִּינוּ רַבָּנָן פַּיְיסָא דְּלָא לֵיתוּ לְאִינְּצוֹיֵי כֵּיוָן דִּכְשֵׁירָה בַּיּוֹם וַחֲבִיבָא לְהוּ דְּאַכַּתִּי לֵיכָּא אֹונֶס שֵׁינָה ונ"ל דְּשַׁפִּיר פָּרִיךְ דְּהָא כָּל מִי שֶׁמַּעֲלֶה אֵיבְרֵי תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ הָיָה צָרִיךְ לִהְיוֹת נֵיעוֹר בַּלַּיְלָה עַד שֶׁיִּתְעַכְּלוּ שֶׁאִם יִפְקְעוּ מֵעַל מִזְבֵּחַ שֶׁיַּחֲזִירֵם לַמַּעֲרָכָה וּלְהָכִי פָּרִיךְ דא"כ לָא חֲבִיבִי לְהוּ וְלָא שְׁכִיחִי דְּאָתוּ בִּשְׁבִילָהּ שֶׁיְּהוּ צְרִיכִין לִהְיוֹת נֵיעוֹרִין זִימְנִין עַד חֲצוֹת כְּדֵי לְאַהְדּוֹרֵי פּוֹקְעִין דִּידְהוּ:
Il m'est étonnant : pourquoi la guemara ne répond-elle pas que le service des membres et des graisses est valide de jour, et que c'est pour cette raison que les Sages y ont institué un payis dès l'origine -- afin qu'ils n'en viennent pas à se quereller, puisque ce service est valide de jour, qu'il leur est cher, et qu'il n'y a pas encore alors de contrainte du sommeil ? Il me semble que l'objection de la guemara est pourtant bien fondée : car quiconque montait les membres du tamid du soir depuis la rampe jusqu'à l'autel devait rester éveillé la nuit jusqu'à leur consomption, afin de remettre sur le bûcher les morceaux qui auraient jailli hors de l'autel. La guemara objecte donc : s'il en est ainsi, ce service ne leur est pas si cher et il n'est pas fréquent qu'ils viennent pour lui, puisqu'il leur faudrait veiller parfois jusqu'à minuit pour y remettre les morceaux jaillis.
💡 Explication

La michna décrit l'état ancien du terumat ha-dechen (le prélèvement d'une pelletée de cendres sur l'autel, au cœur de la nuit) : pas de tirage au sort, mais une course sur la rampe de trente-deux coudées qui mène au sommet de l'autel. Le premier à pénétrer dans les quatre coudées décisives gagne le service.

En cas d'égalité parfaite, on passe au payis (tirage au sort) : le préposé ordonne hatzbiou -- que chacun tende ses doigts, qu'on comptera en cercle jusqu'à épuiser un nombre annoncé d'avance.

🖼️ Schéma
Le payis : comment fonctionne le tirage au sort on lui retire la mitsnefet les cohanim en cercle 1. Le préposé (memouneh) retire le turban d'un cohen : le comptage partira de lui. 2. Il annonce un nombre élevé (60, 100...) supérieur au nombre de présents. 3. Hatzbiou : chacun tend un ou deux doigts Jamais le pouce : trop facile à écarter et à faire passer pour la main d'un second homme. 4. On compte les doigts en tournant en boucle jusqu'à épuiser le nombre annoncé. 5. Celui sur qui le compte s'achève gagne. Ainsi pour chacun des quatre payisot du jour.
Le mécanisme du payis tel que Rachi le décrit : cercle, turban retiré, nombre annoncé, doigts tendus, comptage en boucle.
2
וּמֶה הֵן מוֹצִיאִין — אַחַת אוֹ שְׁתַּיִם, וְאֵין מוֹצִיאִין אֲגוּדָל בַּמִּקְדָּשׁ.

Et que tendent-ils ? Un ou deux (doigts) ; et l'on ne tend pas le pouce dans le Temple.

📜 Rachi (2)
אַחַת אוֹ שְׁתַּיִם בַּגְּמָרָא פָּרֵיךְ לָהּ עֲלָהּ:
La guemara y soulèvera une difficulté.
וְאֵין מוֹצִיאִין אֲגוּדָל בַּמִּקְדָּשׁ בַּגְּמָרָא מְפָרֵשׁ מִפְּנֵי הָרַמָּאִין כְּשֶׁיִּקְרַב הַמִּנְיָן לְכַלּוֹת וְיַבִּיט לְמִי יִכְלֶה יוֹצִיא זֶה הָעוֹמֵד לְפָנָיו שְׁתֵּי אֶצְבָּעוֹת כְּדֵי שֶׁיְּמַנֶּה בִּשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וִימַהֵר הַמִּנְיָן לְכַלּוֹת בּוֹ וְהַמְמֻונֶּה לֹא יָבִין לְפִי שֶׁאָדָם יָכוֹל לְהַרְחִיק אֲגוּדָל מִן הָאֶצְבַּע הַרְבֵּה וְנִרְאִין כְּאֶצְבְּעוֹת ב' בְּנֵי אָדָם:
La guemara explique : à cause des tricheurs. Lorsque le compte approche de son terme, (le tricheur) regarde sur qui il va s'achever, et celui qui se tient devant lui sort deux doigts afin d'être compté comme deux personnes et de faire s'achever le compte plus vite sur lui ; le préposé n'y verrait rien, car un homme peut écarter largement le pouce de l'index, et ils paraissent alors être les doigts de deux personnes.
💡 Explication

Le compte se fait sur les doigts tendus, non sur les têtes. D'où une fraude possible : un cohen qui voit approcher la fin du compte peut écarter largement son pouce de son index, de sorte que les deux doigts semblent appartenir à deux hommes différents -- et faire ainsi tomber le compte sur lui. Le pouce est donc interdit dans le Temple : c'est une règle anti-tricheurs (mipnei ha-rama'in).

3
מַעֲשֶׂה שֶׁהָיוּ שְׁנֵיהֶם שָׁוִין, וְרָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ, וְדָחַף אֶחָד מֵהֶן אֶת חֲבֵירוֹ וְנָפַל וְנִשְׁבְּרָה רַגְלוֹ. וְכֵיוָן שֶׁרָאוּ בֵּית דִּין שֶׁבָּאִין לִידֵי סַכָּנָה, הִתְקִינוּ שֶׁלֹּא יְהוּ תּוֹרְמִין אֶת הַמִּזְבֵּחַ אֶלָּא בְּפַיִיס. אַרְבַּע פְּייָסוֹת הָיוּ שָׁם, וְזֶה הַפַּיִיס הָרִאשׁוֹן.

Il arriva que tous deux fussent à égalité : ils couraient et montaient sur le kevech, l'un poussa son compagnon, qui tomba et se brisa la jambe. Et lorsque le beit din vit qu'ils en venaient au danger, ils ordonnèrent qu'on ne prélevât plus (les cendres de) l'autel que par tirage au sort (payis).

Il y avait là quatre tirages au sort, et celui-ci était le premier tirage.

📜 Rachi (2)
אֶלָּא בַּפַּיִיס זֶה שֶׁפֵּירַשְׁנוּ:
Celui que nous avons expliqué.
אַרְבַּע פְּייָסוֹת הָיוּ שָׁם ד' פְּעָמִים בַּיּוֹם נֶאֱסָפִים לִפִּיס:
Quatre fois par jour ils se rassemblaient pour tirer au sort.
💡 Explication

C'est un accident -- une jambe brisée sur la rampe -- qui fait basculer la pratique. Le beit din ne légifère pas ici sur un principe abstrait mais sur un risque corporel avéré : la course est abolie, remplacée par le payis.

Le daf pose au passage le cadre : quatre payisot rythment la journée au Temple, et le prélèvement des cendres est le premier. La guemara va maintenant interroger cette histoire : pourquoi avoir attendu l'accident ?

4
גְּמָ׳ וְהָא מֵעִיקָּרָא מַאי טַעְמָא לָא תַּקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא? מֵעִיקָּרָא סָבוּר: כֵּיוָן דַּעֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא — לָא חֲשִׁיבָא לְהוּ וְלָא אָתוּ. כֵּיוָן דְּחָזוּ דְּקָאֲתוּ, וְאָתוּ לִידֵי סַכָּנָה — תַּקִּינוּ לָהּ פַּיְיסָא.

GUEMARA. Or, à l'origine, pour quelle raison les Sages n'avaient-ils pas institué de tirage au sort pour cela ?

À l'origine ils pensaient : puisque c'est un service de nuit, il ne leur sera pas important et ils ne viendront pas. Lorsqu'ils virent qu'ils venaient, et qu'ils en venaient au danger -- ils y instituèrent un tirage au sort.

📜 Rachi (5)
גְּמ' וְהָא עֲבוֹדָה זוֹ שֶׁל תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן:
Ce service-ci, celui du prélèvement des cendres.
מֵעִיקָּרָא קֹודֶם שֶׁאֵירַע תַּקָּלָה בִּמְרוּצָתָם:
Avant que ne survînt l'accident au cours de leur course.
מ"ט לָא תַּקִּינוּ לָהּ פַּיְיסָא כְּכָל שְׁאָר עֲבוֹדוֹת דְּמַתְנִי' דְּתָנֵינַן שֶׁכָּל תְּחִילָּתָן בְּפַייִס הָיְתָה:
Pour quelle raison ne lui ont-ils pas institué de tirage au sort -- comme à tous les autres services de notre michna, dont nous avons appris que tous commençaient par un payis ?
מֵעִיקָּרָא סָבוּר בֵּית דִּין:
À l'origine ils pensaient -- il s'agit du beit din.
כֵּיוָן דַּעֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא הוֹאִיל וְהֻוכְשַׁר בַּלַּיְלָה לָא חֲשִׁיבָא לֵיהּ לַכֹּהֲנִים וְלָא אָתוּ לְאִינְּצוֹיֵי עֲלָהּ:
Puisque c'est un service de nuit -- dès lors qu'il est valide de nuit, il n'est pas important aux yeux des cohanim et ils ne viendront pas s'en disputer.
💡 Explication

La question de la guemara porte sur la législation préventive : tous les autres services de la michna commencent d'emblée par un payis ; pourquoi celui-ci fut-il laissé à la course ?

Première réponse : les Sages avaient fait un pronostic sociologique. Un service accompli de nuit n'a pas de prestige (lo chaviva), donc peu de candidats, donc aucune bousculade à craindre. Le pronostic s'est révélé faux : ils venaient en foule.

5
וַהֲרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים, דַּעֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא, וְתַקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא! סוֹף עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא.

Mais voici les membres et les graisses (evarim ou-pedarim), qui sont un service de nuit, et pour lesquels les Sages ont pourtant institué un tirage au sort ! -- C'est la fin d'un service de jour.

📜 Rachi (2)
וְהָא הַקְטָרַת אֵיבָרִים שֶׁהוּא כָּשֵׁר כָּל הַלַּיְלָה וּתְנַן גַּבֵּי פְּייָסוֹת דְּמַתְנִי' (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף כֹּה.) מִי מַעֲלֶה אֵיבָרִים לַכֶּבֶשׁ וּמִן הַכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ:
Or voici la combustion des membres -- qui est valide toute la nuit ; et nous avons appris, à propos des tirages au sort de notre michna (plus loin, Yoma 25a) : qui monte les membres à la rampe et de la rampe à l'autel.
סוֹף עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא שֶׁהוּא גְּמָרוֹ שֶׁל קָרְבָּן שֶׁנִּשְׁחַט בַּיּוֹם וְנִזְרַק דָּמוֹ בַּיּוֹם לְכָךְ חֲשׁוּבָה בְּעֵינֵי הַכֹּהֲנִים לָבֹא לָרִיב עָלֶיהָ:
C'est la fin d'un service de jour -- car c'est l'achèvement d'un sacrifice qui a été égorgé de jour et dont le sang a été aspergé de jour ; c'est pourquoi il est important aux yeux des cohanim, au point de venir se disputer à son sujet.
💡 Explication

Objection frontale : la combustion sur l'autel des membres de l'holocauste et des graisses des autres sacrifices se fait toute la nuit -- et pourtant elle reçut un payis dès l'origine. Le critère du service nocturne ne tient donc pas.

Réponse : ce n'est pas un service nocturne autonome, mais l'achèvement d'un sacrifice dont l'égorgement et l'aspersion du sang ont eu lieu de jour. Il hérite du prestige de la journée, donc il attire, donc il fallait un payis.

6
הַאי נָמֵי תְּחִלַּת עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: קִידֵּשׁ יָדָיו לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן, לְמָחָר אֵין צָרִיךְ לְקַדֵּשׁ, שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִילַּת עֲבוֹדָה!

Celui-ci aussi (le prélèvement des cendres) est le début d'un service de jour ! Car Rabbi Yo'hanan a dit : (le cohen) qui a sanctifié ses mains pour le prélèvement des cendres n'a pas besoin de les sanctifier à nouveau le lendemain, puisqu'il les a déjà sanctifiées dès le début du service.

📜 Rachi (2)
לְמָחָר אֵין צָרִיךְ לְקַדֵּשׁ אִם לֹא יָצָא מִן הַמִּקְדָּשׁ וְאַפֵּי' לְרַבִּי דְּאָמַר בִּשְׁחִיטַת קָדָשִׁים (זְבָחִים דַּף יט:) לִינָה מוֹעֶלֶת בְּקִידּוּשׁ יָדַיִם וְרַגְלַיִם מוֹדֶה הוּא דְּמִקְּרוֹת גָּבַר עַד צַפְרָא לָא פָּסְלָה לִינָה:
Le lendemain il n'a pas besoin de sanctifier -- s'il n'est pas sorti du Temple ; et même selon Rabbi, qui dit dans Zevahim (19b) que le fait de passer la nuit (lina) annule la sanctification des mains et des pieds, il concède qu'entre le chant du coq et le matin, la lina ne la rend pas invalide.
מִתְּחִילַּת עֲבוֹדָה אַלְמָא תְּחִילַּת עֲבוֹדָה קָרֵי לָהּ:
Depuis le début du service -- il ressort donc qu'on l'appelle bien début du service.
💡 Explication

Contre-attaque symétrique : si l'on classe les membres et graisses comme fin d'un service diurne, alors le prélèvement des cendres devrait être classé comme son début -- car l'ouverture de la journée du Temple, c'est lui.

La preuve vient de Rabbi Yo'hanan : la kiddouch yadayim ve-raglayim (sanctification des mains et des pieds au kior) faite pour le prélèvement nocturne vaut encore après l'aube. Or cette continuité ne s'explique que si les deux appartiennent à un seul et même service. Si le prélèvement est un début de service diurne, il devrait être prestigieux -- et l'on aurait dû prévoir un payis.

🖼️ Schéma
Deux lectures d'un mot de Rabbi Yo'hanan La différence tient à une seule lettre : le lamed déplacé. Lecture 1 (à rejeter) mi-tehilat AVODA il s'est déjà sanctifié au DÉBUT DU SERVICE (de jour) Conséquence : le prélèvement des cendres serait le commencement du service diurne -> la réponse de la guemara s'effondre. Lecture 2 (retenue) mi-tehila LA-AVODA il s'est sanctifié DÈS LE DÉPART EN VUE du service Conséquence : le prélèvement reste un service de nuit ; la sanctification faite alors vaut simplement pour la suite.
Les deux lectures du dit de Rabbi Yo'hanan : c'est le déplacement du lamed qui sauve ou ruine la réponse de la guemara.
7
אֵימָא: שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִילָּה לָעֲבוֹדָה.

Dis (plutôt) : puisqu'il les a déjà sanctifiées dès le départ, en vue du service.

📜 Rachi (1)
אֵימָא שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִילָּה לְשֵׁם עֲבוֹדָה:
Dis : puisqu'il a déjà sanctifié dès le départ -- en vue du service.
💡 Explication

La guemara ne réfute pas Rabbi Yo'hanan : elle corrige sa formulation. On ne lit plus mi-tehilat avoda (depuis le début du service, sous-entendu diurne) mais mi-tehila la-avoda (dès le départ, en vue du service).

La nuance est décisive : la sanctification vaut pour la suite non parce que le prélèvement inaugurerait la journée, mais simplement parce qu'elle fut faite en vue du service et n'a pas été interrompue. Le prélèvement reste donc un service de nuit, et la première réponse tient.

8
אִיכָּא דְאָמְרִי: מֵעִיקָּרָא סְבוּר כֵּיוָן דְּאִיכָּא אֹונֶס שֵׁינָה, לָא אָתוּ. כֵּיוָן דְּחָזוּ דְּאָתוּ, וְקָאָתוּ נָמֵי לִידֵי סַכָּנָה — תַּקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא. וַהֲרֵי אֵיבָרִים וּפְדָרִים, דְּאִיכָּא אֹונֶס שֵׁינָה, וְתַקִּינוּ לַהּ רַבָּנַן פַּיְיסָא! שָׁאנֵי מִיגְּנָא מִמֵּיקָם.

Certains disent (ikka de-amri) : à l'origine ils pensaient que, puisqu'il y a la contrainte du sommeil (ones chena), ils ne viendraient pas. Lorsqu'ils virent qu'ils venaient, et qu'ils en venaient aussi au danger -- les Sages y instituèrent un tirage au sort.

Mais voici les membres et les graisses, où il y a aussi la contrainte du sommeil, et pour lesquels les Sages ont pourtant institué un tirage au sort ! -- Se coucher (tard) n'est pas la même chose que se lever (tôt).

📜 Rachi (1)
שָׁאנֵי מִיגְּנָא מִמֵּיקָם נוֹחַ לוֹ לְאָדָם לִנְדֹּד שֵׁינָה מֵעֵינָיו מִלֵּילֵךְ לִישֹׁן עַד סוֹף הַלַּיְלָה מִלִּהְיוֹת עוֹמֵד מִמִּטָּתוֹ בְּהַשְׁכָּמָה שֶׁהִיא תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן:
Se coucher n'est pas la même chose que se lever -- il est plus facile à un homme de chasser le sommeil de ses yeux et de ne pas aller dormir jusqu'à la fin de la nuit, que de se lever de son lit au petit matin -- ce qu'exige le prélèvement des cendres.
💡 Explication

Seconde version de la réponse initiale : ce n'est pas le prestige qui était en cause, mais la pénibilité physique. Le prélèvement des cendres oblige à se lever au milieu de la nuit ; les Sages tablaient sur le fait que peu s'y astreindraient.

Même objection (les membres et graisses obligent eux aussi à veiller), même type de réponse, mais sur un autre axe : miguena (retarder son coucher) n'est pas mikam (s'arracher au sommeil déjà commencé). Le second est bien plus dur -- c'est une observation psychologique, non juridique.

🖼️ Schéma
Veiller n'est pas se lever : miguena contre mikam coucher du soleil milieu de la nuit aube Membres et graisses : rester éveillé miguena -- on repousse le coucher : supportable Prélèvement des cendres : se lever mikam -- s'arracher au lit : bien plus dur D'où : on attendait foule pour les membres (donc payis dès l'origine), et peu de monde pour les cendres.
La distinction de la guemara : veiller avant de se coucher est supportable ; se lever au cœur de la nuit ne l'est pas.
9
וְתַקַּנְתָּא לְהָךְ גִּיסָא הֲוַאי? תַּקַּנְתָּא לְהַאי גִּיסָא הֲוַאי! דְּתַנְיָא: מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן (יִזְכֶּה) בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וּבַשֵּׁנִי גְּזִירֵי עֵצִים!

Et l'ordonnance fût-elle prise pour ce motif-là ? L'ordonnance fut prise pour cet autre motif !

Car il a été enseigné (dans une baraita) : celui qui gagnait le prélèvement des cendres (gagnait aussi) la disposition du bûcher (sidour ma'arakha) et les deux bûches !

📜 Rachi (3)
וְתַקַּנְתָּא לְהַאי גִּיסָא הֲוַאי קֻושְׁיָא הִיא וְכִי מִפְּנֵי תַּקָּלָה שֶׁאֵירְעָה נִתְקַן לָהּ פַּיִיס:
Et l'ordonnance fût-elle prise de ce côté-là -- c'est une question : est-ce vraiment à cause de l'accident survenu qu'on lui a institué un tirage au sort ?
וְהָא לְהַאי גִּיסָא הֲוַאי בִּשְׁבִיל סִידּוּר הַמַּעֲרָכָה וּשְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים שֶׁהַתּוֹרֵם הוּא הַמְסַדֵּר וְכֵיוָן דְּכֻולָּן בְּכֹהֵן אֶחָד יֵשׁ כָּאן עֲבוֹדוֹת חֲשׁוּבוֹת וּמֵעִיקָּרָא בָּעוּ פַּיִיס:
Or c'est de cet autre côté qu'elle fut prise -- à cause de la disposition du bûcher et des deux bûches, car celui qui prélève est aussi celui qui dispose ; et dès lors que tout cela revient à un seul cohen, il y a là des services importants, et il fallait donc un tirage au sort des l'origine.
שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים שְׁנֵי בְּקָעִיּוֹת עֵצִים אֲרֻוכִּים כְּמִדַּת רֹוחַב הַמַּעֲרָכָה וְנוֹתֵן אוֹתָן מִמַּעַל עֲצֵי הַמַּעֲרָכָה וּמִקְּרָא יָלֵיף לָהּ לְקַמָּן (יוֹמָא דַּף כו:) וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן עֵצִים וּבִעֵר עַל הַמַּעֲרֶכֶת הָעֵצִים שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים דְּהָא קְרָא בַּמַּעֲרָכָה מִשְׁתַּעֵי רֵישֵׁיהּ דִּקְרָא וְהָאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ וְגוֹ' וְכָל מוֹקְדָה שֶׁבְּעִנְיָן לְשׁוֹן מַעֲרֶכֶת מְדוּרָה הִיא:
Deux bûches de bois -- deux longues bûches fendues, de la longueur de la largeur du bûcher, qu'il place au-dessus des bois du bûcher. On le déduit d'un verset, plus loin (Yoma 26b) : et le cohen y fera brûler du bois (Lev 6,5) -- il fera brûler sur le bûcher les bois, (soit) deux bûches de bois ; car le verset parle bien du bûcher, puisque son début dit : et le feu sur l'autel y brûlera etc. ; et tout emploi de moked dans ce contexte désigne l'arrangement du foyer.
💡 Explication

Nouvelle attaque, cette fois contre le récit même de la michna. Selon elle, le payis fut institué à cause de l'accident. Mais une baraita révèle que le gagnant du prélèvement recevait par-dessus le marché deux services majeurs : le sidour ha-ma'arakha (disposition du bois sur l'autel) et les chnei guezirei etsim (les deux grosses bûches posées au sommet).

Autrement dit : un lot aussi prestigieux appelait de toute façon un payis, accident ou non. Le motif invoqué par la michna n'est donc pas le vrai motif.

10
אָמַר רַב אַשִּׁי: שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת הָווּ. מֵעִיקָּרָא סְבוּר לָא אָתוּ. כֵּיוָן דַּחֲזוּ דְּקָאָתוּ וְאָתוּ נָמֵי לִידֵי סַכָּנָה — תַּקִּינוּ לָהּ פַּיְיסָא, כֵּיוָן דְּתַקִּינוּ לַהּ פַּייְסָא — לָא אָתוּ, אָמְרִי: מִי ייֵמַר דְּמִתְרְמֵי לַן? הֲדַר תַּקִּינוּ לְהוּ מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן יִזְכֶּה בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וּבִשְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים, כִּי הֵיכִי דְּנֵיתוֹ וְנִיפַיְּיסוֹ.

Rav Achi a dit : il y eut deux ordonnances. À l'origine ils pensaient qu'ils ne viendraient pas.

Lorsqu'ils virent qu'ils venaient et qu'ils en venaient aussi au danger -- ils y instituèrent un tirage au sort. Dès lors qu'ils y eurent institué un tirage au sort -- ils ne vinrent plus, disant : qui dit que cela tombera sur nous ?

Ils instituèrent alors de nouveau, pour eux, que celui qui gagnerait le prélèvement des cendres gagnerait (aussi) la disposition du bûcher et les deux bûches -- afin qu'ils viennent et tirent au sort.

📜 Rachi (1)
אָמְרִי מִי ייֵמַר דְּמִתְרְמֵי לָא חֲשִׁיבָא עֲלַיְיהוּ לְמִיטְרַח עֲלָהּ מִסְּפֵיקָא:
Ils disent : qui dit que cela tombera (sur nous) -- il ne leur semblait pas assez important pour s'en donner la peine sur une simple éventualité.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת הָווּ תֵּימַהּ לִי מְנָא לֵיהּ דִּשְׁתֵּי תַּקָּנוֹת הָווּ לֵימָא מֵעִיקָּרָא סָבוּר דְּלָא אָתוּ כֵּיוָן דַּחֲזוֹ דְּאָתוּ וְקָאָתוּ נָמֵי לִידֵי סַכָּנָה וְהֻוצְרְכוּ לְתַקֵּן פַּייְסָא אָמְרוּ אִם נִתְקַן פַּייְסָא א"כ יְהוּ נִמְנָעִין מִלָּבֹא דְּלֵימְרוּ מִי ייֵמַר דְּמִתְרְמֵי לַן וְתִקְּנוּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא דְּתַקִּינוּ פַּיְיסָא כָּל מִי שֶׁזּוֹכֶה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן דְּלִיזְכֵּי נָמֵי בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וּבְסִידּוּר שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים וְי"ל דְּלָאו דַּוְקָא קָאָמַר שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת בִּתְרֵי זִימְנֵי אֶלָּא דִּילְמָא בְּחַד זִימְנָא וְקָרֵי לְהוּ שַׁפִּיר שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת כֵּיוָן דְּתַקָּנַת הַפַּיִיס מִשּׁוּם דִּנְפִישִׁי דְּאָתוּ הֲוָה וּמִשּׁוּם חֲשָׁשָׁא דִּילְמָא לָא לַיְתוֹ תַּקִּינוּ כָּל מִי שֶׁזּוֹכֶה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן יִזְכֶּה בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וְכוּ' קָרֵי לֵיהּ שַׁפִּיר שְׁתֵּי תַּקָּנוֹת אֲפִילּוּ אִי בְּחַד זִימְנֵי דְּתַקִּינוּ לְהוּ ואע"ג דְּלִישָּׁנָא דְּכֵיוָן דְּתַקִּינוּ פַּייְסָא לָא אָתוּ מַשְׁמַע דְּבָתַר הָכִי תַּקִּינוּ לְהוּ אֵין לָחוּשׁ דְּלָא דַּק כֻּולֵּי הַאי בְּלִישָּׁנֵיהּ כִּי רַב אַשִּׁי מְפָרֵשׁ הָעִנְיָן כְּאִילּוּ הֲוָה בִּתְרֵי זִימְנֵי וּמִמֵּילָא נוֹקְמָא נָמֵי בְּחַד זִימְנָא אִי נָמֵי נ"ל מִדְּקָתָנֵי מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן יִזְכֶּה וְכוּ' וְלָא קָאָמַר מִי שֶׁיִּזְכֶּה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן יִזְכֶּה בְּסִידּוּר מַעֲרָכָה וְכוּ' שְׁמַע מִינָּה דְּלָאו בְּחַד זִימְנָא נִיתְקַן אֶלָּא הָכִי הֲוָה מַעֲשֶׂה כֵּיוָן דְּחָזוּ דְּלָא אָתוּ וּפַעַם אַחַת הָיָה שֶׁלֹּא בָּאוּ אֶלָּא מוּעָטִין וְלֹא הָיוּ לְשָׁם כֹּהֲנִים שֶׁהָיוּ מְסַדְּרִין הַמַּעֲרָכָה לְאַחַר [שֶׁזָּכָה מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת] הַדֶּשֶׁן אָז אָמְרוּ מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן יִזְכֶּה בְּסִידּוּר הַמַּעֲרָכָה:
Il m'est étonnant : d'où tient-il qu'il y eut deux ordonnances ? Qu'il dise plutôt : à l'origine ils pensaient qu'ils ne viendraient pas ; lorsqu'ils virent qu'ils venaient et qu'ils en venaient aussi au danger, et qu'il fallut instituer un tirage au sort, ils se dirent : si nous instituons un tirage au sort, ils s'abstiendront de venir, car ils diront qui dit que cela tombera sur nous ? -- et ils ordonnèrent alors, au moment même où ils instituaient le tirage au sort, que quiconque gagne le prélèvement des cendres gagne aussi la disposition du bûcher et la disposition des deux bûches. On peut répondre : ce n'est pas au sens strict qu'il dit deux ordonnances en deux temps, mais peut-être en une seule fois -- et il les nomme à bon droit deux ordonnances, puisque l'ordonnance du tirage au sort venait de ce qu'ils étaient nombreux à venir, tandis que c'est par crainte qu'ils ne viennent plus qu'ils instituèrent que quiconque gagne le prélèvement des cendres gagnera la disposition du bûcher etc. ; il est donc juste de les appeler deux ordonnances, même si elles furent instituées en une seule fois. Et bien que la formule des lors qu'ils instituèrent le tirage au sort, ils ne vinrent plus implique que la seconde fut prise après coup, il n'y a pas lieu de s'en inquiéter : (Rav Achi) n'a pas été d'une précision absolue dans son expression, car il expose la chose comme si elle s'était passée en deux temps, et de la même manière on pourrait la situer en un seul temps. Ou bien il me semble : de ce qu'il enseigne celui qui A GAGNÉ le prélèvement des cendres gagnera etc., et non celui qui gagnera le prélèvement des cendres gagnera la disposition du bûcher etc., on apprend que cela ne fut pas institué en une seule fois ; mais voici comment se passa l'affaire : lorsqu'ils virent qu'ils ne venaient plus -- et une fois il arriva qu'il n'en vint que peu, et il n'y avait pas là de cohanim pour disposer le bûcher après que celui qui l'avait gagné eut gagné le prélèvement des cendres --, alors ils dirent : celui qui a gagné le prélèvement des cendres gagnera la disposition du bûcher.
💡 Explication

Rav Achi résout en dédoublant la chronologie : la michna et la baraita ne parlent pas de la même mesure. Le payis fut bien institué à cause du danger ; mais il produisit un effet pervers -- le calcul de probabilité (mi yeimar de-mitrami lan : qui dit que le sort tombera sur nous ?) découragea les candidats.

Il fallut donc une seconde ordonnance, incitative celle-là : adjoindre au prélèvement deux services de valeur, pour rendre le billet de loterie assez attirant. Les deux motifs sont vrais, mais successifs.

🖼️ Schéma
Rav Achi : deux ordonnances successives, deux problèmes inverses État initial Pas de payis : course sur la rampe, le premier gagne. Trop de monde -> danger Ordonnance 1 On institué le PAYIS (tirage au sort par les doigts). But : supprimer la course et donc le danger. Effet pervers Ils cessent de venir : qui dit que le sort tombera sur moi ? Ordonnance 2 Celui qui gagne le prélèvement des cendres gagne AUSSI la disposition du bûcher et les deux bûches. But : rendre le lot attractif -> ils reviennent. Le payis retrouve des participants. Tossefot : les deux mesures ont pu être prises en une seule fois ; on les nomme deux ordonnances car elles répondent à deux craintes opposées.
La chronologie de Rav Achi : une ordonnance de sécurité, puis une ordonnance d'incitation qui répare son effet pervers.
11
וּבִזְמַן שֶׁהֵן מְרֻובִּין וְכוּ׳. אָמַר רַב פָּפָּא: פְּשִׁיטָא לִי אַרְבַּע אַמּוֹת דְּאַרְעָא לָא, ״רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ״ תְּנַן. קַמַּייְתָא נָמֵי לָא, ״רָצִין וְעוֹלִין בַּכֶּבֶשׁ״ תְּנַן, וַהֲדַר ״כָּל הַקּוֹדֵם אֶת חֲבֵירוֹ״.

Et lorsqu'ils étaient nombreux, etc. Rav Papa a dit : il m'est évident qu'il ne s'agit pas des quatre coudées au sol -- car nous avons appris (dans la michna) : ils courent et montent sur le kevech.

Il ne s'agit pas non plus des toutes premières (coudées de la rampe) -- car nous avons appris : ils courent et montent sur le kevech, et ENSUITE : quiconque devance son compagnon.

📜 Rachi (2)
דְּאַרְעָא אַרְבַּע אַמּוֹת קַרְקַע הַסְּמוּכוֹת קֹודֶם עֲלוֹת לַכֶּבֶשׁ:
Du sol -- les quatre coudées de terre qui jouxtent (la rampe), avant de monter sur le kevech.
קַמַּיְיתָא נָמֵי לָא אַרְבַּע רִאשׁוֹנוֹת שֶׁבְּרֶגֶל הַכֶּבֶשׂ:
Les premières non plus -- les quatre premières, situées au pied du kevech.
💡 Explication

Rav Papa entreprend de localiser les quatre coudées de la michna. Sa méthode est purement textuelle : l'ordre des mots de la michna élimine les hypothèses une à une.

Ni les quatre coudées au sol devant la rampe (la michna dit qu'on court sur la rampe), ni les quatre premières coudées au pied de la rampe (la michna place d'abord la montée, ensuite seulement le fait de devancer).

12
דְּבֵינֵי בֵּינֵי נָמֵי לָא, דְּלָא מְסַיְּימָא מִילְּתָא. פְּשִׁיטָא לִי דְּגַבֵּי מִזְבֵּחַ תְּנַן.

Ni non plus celles d'entre les deux -- car la chose ne serait pas délimitée. Il m'est évident que c'est auprès de l'autel que nous l'avons appris.

📜 Rachi (3)
דְּבֵינֵי בֵּינֵי לִבְרֹור אַרְבַּע אַמּוֹת בְּתוֹךְ שְׁלֹשִׁים וּשְׁתַּיִם (לְכָךְ):
Celles d'entre les deux -- sélectionner quatre coudées à l'intérieur des trente-deux.
לֹא מְסַיְּימִין לֹא יְהֵא בָּהֶן סִימָן:
Elles ne sont pas délimitées -- il n'y aurait en elles aucun repère.
פְּשִׁיטָא לִי דְּאַרְבַּע דְּכֶבֶשׂ גַּבֵּי מִזְבֵּחַ תְּנַן מִיהוּ הָא מִיבְּעֵי לִי דקי"ל בִּזְבָחִים (דַּף סב:) שֶׁהַכֶּבֶשׁ פּוֹרֵחַ אַמָּה עַל כְּנִיסַת הַיְסוֹד וְאַמָּה הַסּוֹבֵב נִמְצְאוּ אַרְבַּע הַסְּמוּכוֹת לַכֶּבֶשׁ לִתְחִילַּת יְסוֹד מִזְבֵּחַ מִלְּמַטָּה הֵן שֵׁשׁ לִסְמִיכַת גַּג הַמִּזְבֵּחַ שֶׁהוּא מָשׁוּךְ מִנֶּגֶד הַיְּסוֹד (מִזְבֵּחַ) הָרִאשׁוֹן שְׁתֵּי אַמּוֹת וּמִבַּעְיָא לֵיהּ ד' אַמּוֹת דְּמַתְנִי' לְגַג הַמִּזְבֵּחַ נְקַט לְהוּ דְּהַיְינוּ בַּהֲדֵי אַמָּה יְסוֹד וְאַמָּה סוֹבֵב:
Il m'est évident -- que les quatre coudées du kevech dont nous avons appris sont bien celles qui touchent à l'autel. Toutefois voici ce qui me fait question : nous tenons pour établi, dans Zevahim (62b), que le kevech déborde d'une coudée sur le retrait du yessod et d'une coudée sur le sovev ; il se trouve alors que les quatre coudées adjacentes (à l'autel) au niveau du début du yessod, en bas, en font six jusqu'au bord du toit (gag) de l'autel, lequel est retiré de deux coudées par rapport au premier yessod. La question est donc de savoir si les quatre coudées de la michna ont été comptées jusqu'au toit de l'autel -- c'est-à-dire en incluant la coudée du yessod et la coudée du sovev.
💡 Explication

Troisième élimination : des quatre coudées prises quelque part au milieu des trente-deux seraient inutilisables en pratique -- rien ne les signale, aucun juge ne pourrait trancher qui les a franchies le premier. Un critère de course doit être visible.

Conclusion de Rav Papa : ce sont les quatre coudées adjacentes à l'autel, tout en haut de la rampe. Reste alors une difficulté de mesure, que Rachi anticipe ici et que le segment suivant formulera.

13
בָּעֵי רַב פָּפָּא: אַרְבַּע אַמּוֹת שֶׁאָמְרוּ, בַּהֲדֵי אַמָּה יְסוֹד וְאַמָּה סוֹבֵב,

Rav Papa a posé la question : les quatre coudées dont ils ont parlé -- (sont-elles comptées) avec la coudée du yessod et la coudée du sovev...

💡 Explication

Le daf s'achève sur une cheela (question laissée ouverte ici) d'ordre géométrique. Le haut de la rampe ne s'arrête pas au pied de l'autel : il déborde d'une coudée sur le retrait du yessod (le socle) et d'une coudée sur le sovev (la coursive qui ceinture l'autel).

Question : les quatre coudées se comptent-elles à partir du bord extérieur du yessod -- auquel cas ces deux coudées de recouvrement y sont incluses --, ou bien à partir de la surface supérieure (le gag), ce qui les porterait à six coudées depuis le bas ? La suite est en 22b.

🖼️ Schéma
La question de Rav Papa : quatre coudées comptées d'où ? Le haut de la rampe recouvre une coudée de yessod et une coudée de sovev (cf. Zevahim 62b). yessod (socle) -- 1 coudée corps -- jusqu'au sovev au-dessus du sovev gag (surface) sovev kevech (rampe) Hypothèse A : 4 coudées adjacentes au GAG = 6 coudées depuis le bord du yessod (les 4 comptent EN PLUS du yessod et du sovev) Hypothèse B : 4 coudées depuis le bord du yessod = la coudée de yessod et celle de sovev SONT comprises dans le compte : on s'arrête à 2 du gag. Rav Papa tranche : ces 4 coudées sont bien celles du mizbeach -- mais la question de leur point de départ reste ouverte (suite en 22b).
Les deux hypothèses de comptage : quatre coudées depuis le bord du yessod, ou quatre coudées adjacentes au gag (soit six depuis le bas).
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).