Yoma 22b -- l'interdit de compter Israël et le procès des deux rois : pourquoi on compte les doigts et non les hommes, pourquoi une seule faute coûte le trône à Saul quand deux le laissent à David, et pourquoi un chef doit avoir une tache derrière lui.

Yoma 22b

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de l'enquête de Rav Papa (teikou) puis revient au payis : le préposé dit hatsbi'ou, chacun tend un doigt, et l'on compte les doigts. Pourquoi ce détour ?

Parce qu'il est interdit de compter Israël, même pour une mitsva -- ce que Rabbi Yits'haq déduit du recensement de Saul par des tessons, preuve que Rav Achi conteste (bezek est aussi un nom de ville) et que la guemara reetablit par le second recensement, celui des agneaux. De là naissent un ancrage scripturaire (un lav pour Rabbi Elazar, deux pour Rav Nahman bar Yits'haq), la contradiction interne de Hochea 2,1 résolue de deux façons, puis l'enseignement de Chmouel : le parnass s'enrichit -- Saul comptait par tessons avant de régner, par ses propres agneaux ensuite.

Le daf bascule alors dans une longue aggada sur les deux rois. Saul conteste l'ordre d'anéantir Amaleq par un qal va-homer tiré de la egla aroufa, et la bat qol lui répond : ne sois pas juste à l'excès -- puis, après le massacre de Nov : ne sois pas méchant à l'excès.

Rav Houna formule l'asymétrie : Saul pour une faute, et elle lui est comptée ; David pour deux, et elles ne le sont pas. La guemara vérifie ce compte par une série d'objections -- Bat-Cheva, la peste du recensement, le lachon ha-ra sur Mefivochet -- et dégage un critère unique : une faute déjà payée sur le corps même du roi sort du décompte.

Elle se clôt sur deux explications de la chute de Saul : sa royauté ne dura pas parce qu'il n'avait aucun défaut de lignage -- aucune qoupa chel cheratsim pour le rappeler à l'humilité -- et il fut puni pour avoir renoncé à son honneur royal dès le premier jour, ce dont Nahach l'Ammonite tira aussitôt les conséquences.

Interdiction de compter Israël : on compte toujours un substitut Le payis du Temple, le recensement de Saul, la réponse de Rabbi Yits'haq INTERDIT compter les personnes elles-mêmes (le-galguelotam : par têtes) Rabbi Yits'haq : interdit même pour une mitsva Rabbi Elazar : 1 lav lo yimad (Hochea 2,1) R. Nahman b. Yits'haq : 2 lo yimad ve-lo yissafer donc PERMIS : compter un OBJET pour chaque homme Temple : hatsbi'ou chacun tend un ou deux doigts on compte les DOIGTS, pas les cohanim Saul, 1er recensement be-bezek = par TESSONS 330 000 hommes (I Samuel 11,8) Objection de Rav Achi : et si bezek était un nom de ville ? Adoni-Bézek fut trouvé à Bézek (Juges 1,5) -- le mot est attesté comme toponyme La preuve doit donc venir d'ailleurs (le Ben Yehoyada défend Rabbi Yits'haq : le 2e verset éclaire le 1er) Preuve définitive : bi-tela'im -- par des AGNEAUX 2e recensement, I Samuel 15,4 : chacun prend un agneau du troupeau du roi
Le fil conducteur du daf : on ne compte jamais des Juifs, on compte ce qu'ils tiennent -- doigts au Temple, tessons puis agneaux chez Saul.
Rav Houna : Saul pour une seule faute, David pour deux kama lo hali ve-lo margich gavra de-mareh sayeh : celui que son Maître assiste n'a ni à souffrir ni à s'inquiéter SAUL -- une faute, et elle lui est comptée L'affaire d'Agag il épargne le roi d'Amaleq et le meilleur du bétail verdict : nihamti ki himlakhti et Chaoul Et Nov, la ville des cohanim ? Le décret tomba AVANT Nov -- il ne compte pas dans le total Pourquoi la royauté ne dure pas ? Chmouel : parce qu'il n'avait AUCUN défaut de lignage pas de qoupa chel cheratsim derrière lui -- rien pour le faire redescendre s'il s'enorgueillit Pourquoi fut-il puni ? Rav : parce qu'il a renoncé à son honneur royal face aux bnei beliya'al -- va-yehi ke-maharich suite immédiate : Nahach l'Ammonite attaque Yavech-Guilad RÉSULTAT : la royauté lui est retirée DAVID -- deux fautes, et elles ne lui sont pas comptées 1. L'affaire d'Ourya il le fait tomber au combat 2. La hassata (l'incitation) le recensement de la fin de sa vie -- la peste sur le peuple Fautes NON comptées : déjà payées Bat-Cheva : ve-et ha-kivsa yechalem arba'tayim l'enfant, Amnon, Tamar, Avchalom -- et six mois de tsara'at Lachon ha-ra sur Mefivochet : le royaume divisé entre Rehav'am et Yarov'am (ou : Chmouel -- il ne l'a pas reçu) Critère de comptage une faute déjà payée MI-GOUFEH (dans son propre corps) sort du compte ; la peste seule frappait le peuple RÉSULTAT : la royauté lui reste
La comparaison de Rav Houna : pourquoi une seule faute coûte le trône à Saul quand deux fautes le laissent à David.
Le crible de la guemara : une faute soldée sort du compte Quatre objections successives, un seul critère final : le châtiment à-t-il frappé SON CORPS ? Question posée à chaque faute : ifra'ou minei ? (à-t-on déjà exigé réparation de lui ?) si OUI -- et mi-goufeh, sur sa personne -- la faute est soldée et ne se compte plus Bat-Cheva n'est-ce pas une 3e faute ? payée AU QUADRUPLE : l'enfant, Amnon, Tamar, Avchalom SOLDÉE La hassata (recensement) la peste ne l'a-t-elle pas soldée ? la peste a frappé LE PEUPLE, pas son corps à lui SE COMPTE (2e faute de David) Retour sur Bat-Cheva la non plus ce n'était pas son corps ! la'ai -- si : six mois de tsara'at, le Sanhédrin s'écarte, la Chekhina se retire Tehilim 119,79 et 51,14 SOLDÉE 4e objection : et le lachon ha-ra sur Mefivochet ? -- ou bien Chmouel (il ne l'a pas reçu), ou bien il est soldée : il a partagé un champ, on a partagé son royaume. Mesure pour mesure.
Le crible des objections : une faute déjà payée sur la personne même du roi sort du décompte.
1
אוֹ דִּילְמָא בַּר מֵאַמָּה יְסוֹד וְאַמָּה סוֹבֵב? תֵּיקוּ.

Ou peut-être les compte-t-on a l'exclusion de la coudée du yessod (le socle de l'autel) et de la coudée du sovev (la corniche qui en fait le tour) ? La question reste sans réponse : teikou.

📜 Rachi (1)
אוֹ דִּילְמָא לִסְמִיכַת רִצְפַּת תַּחְתּוֹנָה דְּמִזְבֵּחַ נָקֵיט לְהוּ לְבַד מִיְּסוֹד וְסוֹבֵב שֶׁהוּא שֵׁשׁ קֹודֶם לִסְמִיכַת גַּגּוֹ:
Il les prend à partir du point où la rampe rejoint l'assise inférieure de l'autel, à l'exclusion du yessod et du sovev -- ce qui place le repère six coudées avant le point où elle rejoint le gag (la surface supérieure).
💡 Explication

Fin de l'enquête de Rav Papa ouverte en 22a : où situer exactement les quatre coudées décisives de la course sur le kevech ? La conclusion était qu'elles sont auprès du mizbeah -- mais auprès de quel point précis ?

Deux comptages restent en balance. Ou l'on compte les quatre coudées à partir du point où la rampe atteint le gag (la surface supérieure de l'autel), ou bien on les compte à partir du point où elle atteint la maçonnerie inférieure, en retranchant la coudée du yessod et celle du sovev -- soit deux coudées plus bas. La guemara ne tranche pas : teikou.

2
וְאִם הָיוּ שְׁנֵיהֶן שָׁוִין, הַמְמֻונֶּה אוֹמֵר לָהֶם הַצְבִּיעוּ וְכוּ׳. תְּנָא: הוֹצִיאוּ אֶצְבְּעוֹתֵיכֶם לְמִנְיָן. וְנִימְנִינְהוּ לְדִידְהוּ? מְסַיַּיע לֵיהּ לְרַבִּי יִצְחָק. דְּאָמַר רַבִּי יִצְחָק: אָסוּר לִמְנוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל אֲפִילּוּ לִדְבַר מִצְוָה, דִּכְתִיב: ״וַיִּפְקְדֵם בְּבֶזֶק״.

« Et si les deux étaient à égalité, le préposé leur dit : hatsbi'ou (tendez les doigts) », etc. Un tana a enseigné : sortez vos doigts pour le compte.

Mais qu'on les compte eux-mêmes ! Cela vient à l'appui de Rabbi Yits'haq.

Car Rabbi Yits'haq a dit : il est interdit de compter Israël, même pour une affaire de mitsva, ainsi qu'il est écrit : « Et il les dénombra be-bezek » (I Samuel 11, 8).

📜 Rachi (2)
וְנִימְנִינְהוּ לְדִידְהוּ לְגֻלְגְּלֹותָם:
Par têtes.
בְּבֶזֶק לְשׁוֹן שִׁבְרֵי חֲרָסִים נָטַל כָּל אֶחָד וְאֶחָד חֶרֶס וְהִשְׁלִיךְ לְפָנָיו וּמָנוּ הַחֲרָסִים:
Be-bezek : au sens de tessons de poterie brisés. Chacun prit un tesson et le jeta devant lui, et l'on compta les tessons.
💡 Explication

La guemara revient à la michna : quand deux cohanim arrivent ensemble, on passe au payis (tirage au sort). Le préposé dit hatsbi'ou -- terme obscur, que la baraita traduit : sortez vos doigts pour le compte. Chacun tend un doigt ou deux, on fixe un nombre au hasard, on compte les doigts en tournant, et celui sur qui le compte s'arrête l'emporte.

D'où la question technique : ve-nimninhou le-didhou -- pourquoi ne pas compter directement les cohanim eux-mêmes ? Ce serait plus simple. La réponse transforme une curiosité procédurale en preuve halakhique : la michna appuie Rabbi Yits'haq, pour qui il est interdit de compter Israël -- et l'interdit tient même li-dvar mitsva, même quand le compte sert un service du Temple.

Le verset support est le recensement de Saul : va-yifqedem be-bazeq. Rachi : chacun prit un tesson (bezek = éclat de poterie) et le jeta ; on compta les tessons, pas les hommes. Ici s'ouvre la longue digression aggadique qui occupe tout le reste du daf.

🖼️ Schéma
Hatsbi'ou : le détour technique du payis Le préposé (memouneh) tire un nombre au hasard et dit : hatsbi'ou ! (tendez les doigts) Chaque cohen tend un doigt (ou deux) jamais le pouce On compte les DOIGTS et non les hommes Question de la guemara : ve-nimninhou le-didhou -- qu'on les compte eux-mêmes ! Rachi : le-galguelotam, par têtes. Ce serait plus simple -- pourquoi ce détour ? Réponse : la michna elle-même prouve l'interdit énoncé par Rabbi Yits'haq Règle : assour limnot et Yisrael afilou li-dvar mitsva Interdit de compter Israël, même pour une affaire de mitsva -- et le payis EST une mitsva.
Le détour du payis : on compte les doigts tendus, jamais les cohanim eux-mêmes -- et c'est précisément la preuve de l'interdit de Rabbi Yits'haq.
3
מַתְקִיף לַהּ רַב אַשִּׁי: מִמַּאי דְּהַאי ״בֶזֶק״ לִישָּׁנָא דְּמִיבְזָק הוּא? וְדִילְמָא שְׁמָא דְמָתָא הוּא, כְּדִכְתִיב: ״וַיִּמָּצְאוּ אֲדוֹנִי בֶזֶק״. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וַיְשַׁמַּע שָׁאוּל אֶת הָעָם וַיִּפְקְדֵם בַּטְּלָאִים״.

Rav Achi objecte : d'où sais-tu que ce mot bezek relève de la racine signifiant briser (donc : des tessons) ? Peut-être est-ce le nom d'une ville, comme il est écrit : « Et ils trouvèrent Adoni-Bézek à Bézek » (Juges 1, 5).

Plutôt, la preuve vient d'ici : « Et Saul convoqua le peuple et les dénombra bi-tela'im (par des agneaux) » (I Samuel 15, 4).

📜 Rachi (1)
וַיִּפְקְדֵם בִּטְלָאִים צִוָּם לָקַחַת כָּל אֶחָד טָלֶה מִצֹּאן הַמֶּלֶךְ וּבָאוּ לַמֶּרְחָב וְנִמְנוּ הַטְּלָאִים:
Il les dénombra par des agneaux : il leur ordonna de prendre chacun un agneau du troupeau du roi ; ils vinrent sur une vaste esplanade, et l'on compta les agneaux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
. דִּלְמָא שֶׁמָּא דְּמָתָא הוּא? יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת רַב יִצְחָק אֵיךְ יְתָרֵץ לְקֻושְׁיָא זוֹ דְּרַב אַשִּׁי שֶׁהִיא פְּשׁוּטָה וְעוֹמֶדֶת עַל אֵם הַדֶּרֶךְ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַב יִצְחָק לֹא חָשׁ לַקֻּושְׁיָא דְּסָבַר מַר בְּעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ אַתָּה לוֹמַר הַאי 'בְּזֵק' רוֹצֶה לוֹמַר חֶרֶס שֶׁמְּנָאָם בַּחֲרָסִים דְּאִם הוּא 'שֶׁמָּא דְּמָתָא' לְמַאי אִצְטְרִיךְ קְרָא לְלַמְּדֵינוּ שֶׁמְּנָאָם בְּמָקוֹם פְּלוֹנִי? אַךְ אִם תֹּאמַר לְשׁוֹן חֶרֶס שֶׁבָּא לוֹמַר שֶׁמְּנָאָם בַּחֲרָסִים וְלֹא מְנָאָם אַקַּרְקַפְתָּא דְּגַבְרֵי לְלַמְּדֵינוּ דְּלָא תֵּימָא הָא דְּאָסוּר לִמְנוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל, הַיְינוּ דַּוְקָא בְּמוֹנֶה שֶׁלֹּא לְצֹורֶךְ מִצְוָה אֲבָל לְצֹורֶךְ מִצְוָה מֻותָּר לִמְנוֹתָם לְכָךְ קָא מַשְׁמַע לַן אֲפִילּוּ דְּהָכָא שֶׁהָיָה הַמִּנְיָן לְצֹורֶךְ מִצְוָה מְנָאָם עַל יְדֵי חֲרָסִים וְלָא אַקַּרְקַפְתָּא דְּגַבְרֵי. אַךְ רַב אַשִּׁי הִקְשָׁה עַל כָּל פָּנִים יַד הַדּוֹחֶה נְטוּיָה לוֹמַר דִּילְמָא בֶזֶק שֶׁמָּא דְּמָתָא? וְהָרְאָיָה תִּהְיֶה חֲזָקָה יוֹתֵר מִן הַפָּסוּק הַשֵּׁנִי שֶׁל 'וַיִּפְקְדֵם בִּטְלָאִים'! וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יִצְחָק אַף עַל גַּב דְּיָדַע שֶׁיֵּשׁ לִלְמֹוד זֶה גַּם מִפָּסוּק (שְׁמוּאֵל א' טו, ד) 'בִּטְלָאִים' סָמַךְ לִימּוּד זֶה עַל פָּסוּק (שְׁמוּאֵל א' יא, ח) דְּ'בֶזֶק' מִפְּנֵי שֶׁהוּא פָּסוּק רִאשׁוֹן, וְעַל קֻושְׁיָא דְּרַב אַשִּׁי דְּדִילְמָא בֶזֶק הוּא שֵׁם מָקוֹם? לֹא חָשׁ מִשּׁוּם דְּסָמַךְ עַל פָּסוּק 'בִּטְלָאִים' דְּיֵשׁ הוֹכָחָה מִמֶּנּוּ דְּהַאי בֶזֶק אֵינוֹ שֵׁם מָקוֹם יַעַן כִּי פָּסוּק 'בִּטְלָאִים' מֻוכְרָח לוֹמַר דְּאֵינוֹ שֶׁמָּא דְּמָתָא דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר וַיְשַׁמַּע שָׁאוּל אֶת הָעָם בִּטְלָאִים וַיִּפְקְדֵם [וְלֹא כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר שְׁמוּאֵל א' טו, ד: וַיְשַׁמַּע שָׁאוּל אֶת הָעָם וַיִּפְקְדֵם בַּטְּלָאִים] , וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב בִּכְלִי יָקָר זַ"ל. וְעוֹד יֵשׁ הֶכְרֵחַ כֵּיוָן שֶׁבָּאָה אוֹת הַבֵּי"ת בְּפַתַ"ח כְּמוֹ הֵ"א הַיְּדִיעָה, וְאִם זֶה מָקוֹם לֹא שַׁיָּיךְ בֵּיהּ הֵ"א הַיְּדִיעָה וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בִּטְלָאִים בשב"א, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב כְּלִי יָקָר זַ"ל. עַל כֵּן מֵאַחַר דִּקְרָא דְּבַטְּלָאִים מֻוכְרָח דְּאֵינוֹ שֵׁם מָקוֹם, אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁמְּנָאָם כְּצֹאן, וְאָז מִמֵּילָא גַּם קְרָא דְּבָזָק אִי אֶפְשָׁר לְפָרְשׁוֹ שֵׁם מָקוֹם, דְּאִם כֵּן תִּיקְשֵׁי לָמָּה בַּמִּנְיָן הַשֵּׁנִי לֹא הוֹדִיעַ אֶת הַמָּקוֹם? וְעוֹד לָמָּה בַּמִּנְיָן הַשֵּׁנִי הוֹדִיעַ בְּאֵיזֶה דָּבָר מְנָאָם, וּבַמִּנְיָן הָרִאשׁוֹן לֹא הוֹדִיעַ בְּאֵיזֶה דָּבָר מְנָאָם? וְלָכֵן בְּעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ אַתָּה לוֹמַר דְּהַאי בֶזֶק אֵינוֹ שֵׁם מָקוֹם אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁמְּנָאָם בַּחֲרָסִים, שֶׁבָּזֶה נִמְצָא כְּמוֹ שֶׁהוֹדִיעַ לָנוּ הַכָּתוּב בְּמִנְיָן הָרִאשׁוֹן בַּמֶּה מְנָאָם, כֵּן הוֹדִיעַ לָנוּ בַּמִּנְיָן הַשֵּׁנִי, וּלְפִי זֶה מֵחֲמַת פָּסוּק בִּטְלָאִים נִסְתְּרָה קֻושְׁיָא זוֹ דְּרַב אַשִּׁי דְּאִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ בְּבֶזֶק 'שֶׁמָּא דְּמָתָא' וּלְהָכִי לֹא חָשׁ רַב יִצְחָק לְקֻושְׁיָא זוֹ.
« Peut-être est-ce un nom de ville ? » -- Il faut demander : comment Rabbi Yits'haq répondrait-il à cette objection de Rav Achi, qui est simple et se dresse en travers du chemin ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yits'haq ne s'en est pas soucié, parce qu'il tenait qu'on est contraint de lire ce bezek au sens de tesson, c'est-à-dire qu'il les compta par des tessons. Car si c'était un nom de ville, à quoi bon un verset pour nous apprendre qu'il les compta à tel endroit ? Tandis que si l'on dit qu'il s'agit du mot tesson, le verset vient enseigner qu'il les compta par des tessons et non par les têtes des hommes -- et cela précisément pour t'interdire de croire que l'interdiction de compter Israël ne vaudrait que pour un compte sans besoin de mitsva, alors que pour une mitsva il serait permis. Il nous apprend donc que même ici, où le compte servait une mitsva, il les compta par des tessons et non par les têtes. Mais Rav Achi objecte qu'en tout état de cause la main du contradicteur reste tendue pour dire : et si bezek était un nom de ville ? La preuve sera plus solide en venant du second verset, celui des agneaux. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yits'haq, bien qu'il sache qu'on peut aussi l'apprendre du verset des agneaux (I Samuel 15, 4), a fondé son enseignement sur le verset de bezek (I Samuel 11, 8) parce que c'est le premier verset ; et l'objection de Rav Achi -- peut-être bezek est-il un nom de lieu ? -- ne l'a pas troublé, car il s'appuyait sur le verset des agneaux, dont on tire la preuve que bezek n'est pas un nom de lieu. En effet, du verset des agneaux on est contraint de dire qu'il ne s'agit pas d'un toponyme : sinon il aurait fallu écrire « et Saul convoqua le peuple à Tela'im et les dénombra », et non « et Saul convoqua le peuple et les dénombra par des agneaux » -- ainsi qu'l'a écrit le Keli Yaqar. Autre preuve contraignante : la lettre beit y porte un pata'h, comme le heh de détermination ; or, s'il s'agissait d'un lieu, la détermination n'aurait pas lieu d'être et il aurait fallu vocaliser be-tela'im avec un chva -- ainsi que l'écrit le Keli Yaqar. Dès lors, puisque le verset des agneaux ne peut désigner un lieu mais signifie bien qu'il les compta comme un troupeau, il devient impossible d'interpréter aussi le verset de bezek comme un nom de lieu. Car sinon, on demanderait : pourquoi, au second recensement, l'Écriture n'indique-t-elle pas le lieu ? Et pourquoi, au second recensement, indique-t-elle par quel objet il les compta, alors qu'au premier elle ne l'indiquerait pas ? On est donc contraint de dire que bezek n'est pas un nom de lieu mais signifie qu'il les compta par des tessons -- et ainsi, de même que l'Écriture nous a fait connaître pour le premier recensement par quoi il compta, elle nous le fait connaître pour le second. Selon cela, c'est le verset des agneaux qui ruine l'objection de Rav Achi, puisqu'il devient impossible de lire bezek comme un nom de ville : voilà pourquoi Rabbi Yits'haq ne s'en est pas soucié.
💡 Explication

Rav Achi démonte la preuve philologique : bezek est attesté dans l'Écriture comme toponyme (Adoni-Bézek, roi de Bézek, Juges 1, 5). Le verset ne dirait alors rien de la manière de compter, seulement du lieu.

La guemara ne renonce pas à la thèse, elle change de verset. Le second recensement de Saul, avant la guerre d'Amaleq, dit va-yifqedem bi-tela'im : il les dénombra par des agneaux. Là, aucune lecture toponymique n'est possible -- c'est bien un substitut matériel, un agneau par homme. L'interdit de compter Israël directement est établi.

4
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כָּל הַמּוֹנֶה אֶת יִשְׂרָאֵל עוֹבֵר בְּלָאו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה מִסְפַּר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כְּחוֹל הַיָּם אֲשֶׁר לֹא יִמַּד״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: עוֹבֵר בִּשְׁנֵי לָאוִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֹא יִמַּד וְלֹא יִסָּפֵר״.

Rabbi Elazar a dit : quiconque compte Israël transgresse un interdit (lav), ainsi qu'il est dit : « Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la mer, qui ne se mesure pas » (Hochea 2, 1). Rav Nahman bar Yits'haq a dit : il transgresse deux interdits, ainsi qu'il est dit : « qui ne se mesure ni ne se compte ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר : כָּל הַמּוֹנֶה אֶת יִשְׂרָאֵל , עוֹבֵר בְּלָאו , שֶׁנֶּאֱמַר : (הוֹשֵׁעַ ב, א) " וְהָיָה מִסְפַּר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כְּחוֹל הַיָּם אֲשֶׁר לֹא יִמַּד וְלֹא יִסָּפֵר " רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר : עוֹבֵר בִּשְׁנֵי לָאוִין. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת רַבִּי אֶלְעָזָר לָמָּה לֹא אָמַר בִּשְׁנֵי לָאוְיָן כֵּיוָן דְּזֶה הַפָּסוּק עַצְמוֹ שֶׁמְּבִיאוֹ כָּתוּב בּוֹ תְּרֵי פְּעָמִים 'לָא'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי אֶלְעָזָר סָבַר כֵּיוָן דְּאֵינוֹ פָּסוּק שֶׁל תּוֹרָה אֵין לְדַקְדֵּק מִן יִתְרוֹן 'לָא' שֶׁבָּא לְהוֹסִיף בָּזֶה מִסְפַּר לָאו אֶלָּא אַף עַל פִּי שֶׁכָּתוּב תְּרֵי 'לָא' נֶחְשָׁב לָאו אֶחָד. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי אֶלְעָזָר סָבַר הָנֵי תְּרֵי 'לָא' דִּכְתִיבִי בִּקְרָא הוּא רַק בַּמָּשָׁל דְּנָקֵיט בֵּיהּ תְּרֵי מִינֵי שֶׁהֵם מְדִידָה וּסְפִירָה וּבְכָל חַד נָקֵיט לָא, אֲבָל בְּנִמְשָׁל שֶׁהֵם יִשְׂרָאֵל לֹא שַׁיָּיךְ בְּהוּ הָנֵי תְּרֵי מִינֵי דְּלָא שַׁייָּךְ בְּהוּ אֶלָּא סְפִירָה וְלֹא מְדִידָה, וְהָכִי קָאָמַר 'כְּחוֹל הַיָּם אֲשֶׁר לֹא יִמַּד וְלֹא יְסַפֵּר' כֵּן בְּבֵית יִשְׂרָאֵל לֹא יִהְיֶה מִסְפָּר, אֲבָל אֵין לוֹמַר כֵּן בְּבֵית יִשְׂרָאֵל לֹא יִהְיֶה 'לֹא מִסְפָּר וְלֹא מְדִידָה' דְּאֵין שָׁיְיכָה מְדִידָה בִּבְנֵי אָדָם, וְנִמְצָא הַמְכֻווָּן הַיּוֹצֵא מִזֶּה לְעִנְיַן יִשְׂרָאֵל הוּא רַק לֹא אֶחָד. אַךְ דְּרַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק דְּאָמַר עוֹבֵר בִּשְׁנֵי לָאוִין סָבַר מַר דְּהָנֵי תְּרֵי עִנְיָינֵי שֶׁל מְדִידָה וּסְפִירָה דְּנָקֵיט בַּמָּשָׁל שֶׁהוּא חוֹל הַיָּם תַּרְוַוייְהוּ שָׁייְכִי בִּבְנֵי אָדָם, דְּגַם דֶּרֶךְ מְדִידָה שַׁיָּיךְ בִּבְנֵי אָדָם לֵידַע מִסְפָּרָם עַל יְדֵי מְדִידָה דְּהַיְינוּ שֶׁיַּכְנִיסוּ תְּחִילָּה תּוֹךְ חֶדֶר אֶחָד אוֹ שִׁידָּה אוֹ תֵּיבָה גּוֹיִים הַרְבֵּה וְיַעַמְדוּ שָׁם צְפוּפִים וְאַחַר כָּךְ יְמַנּוּם וְאָז יֵדְעוּ כַּמָּה בְּנֵי אָדָם יָכִיל הַחֶדֶר הַזֶּה אוֹ הַשִּׁידָּה הַזֹּאת, וּבָזֶה הַחֶדֶר אוֹ הַשִּׁידָּה יַעֲשׂוּ מְדִידָה לְיִשְׂרָאֵל שֶׁיַּכְנִיסוּ בְּנֵי אָדָם שָׁם לַעֲמֹוד צְפוּפִים וְרוֹאִין כַּמָּה פְּעָמִים נִתְמַלֵּא הַחֶדֶר הַזֶּה מֵהֶם וְאָז יֵדְעוּ מִנְיָינָם. נִמְצָא גַּם בְּדֶרֶךְ מְדִידָה שַׁיָּיךְ לֵידַע כַּמָּה מִנְייָנָם שֶׁל בְּנֵי אָדָם. וְאִם כֵּן הָנֵי תְּרֵי עִנְיָינֵי דְּנָקֵיט בַּמָּשָׁל שֶׁל חוֹל הַיָּם שָׁייְכִי גַּם בַּנִּמְשָׁל שֶׁהֵם יִשְׂרָאֵל וְעַל זֶה נִמְצָא דְּאִיכָּא תְּרֵי לָאוִין.
« Rabbi Elazar a dit : quiconque compte Israël transgresse un lav... Rav Nahman bar Yits'haq a dit : il transgresse deux lavin. » -- Il faut demander : pourquoi Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit lui aussi deux lavin, puisque le verset qu'il cite porte deux fois la négation lo ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Elazar tient que, s'agissant d'un verset qui n'est pas de la Torah mais des Prophètes, il n'y a pas lieu de tirer argument du redoublement du lo pour multiplier le compte des interdits : bien que deux lo soient écrits, cela ne fait qu'un seul interdit. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Elazar tient que ces deux lo n'appartiennent qu'à l'image (le sable), où l'on mentionne deux opérations, la mesure et le compte, chacune avec sa négation ; mais dans ce qui est signifié -- Israël -- ces deux opérations ne s'appliquent pas toutes deux, car on ne mesure pas des hommes, on ne fait que les compter. Le sens est donc : comme le sable de la mer, qui ne se mesure ni ne se compte, ainsi la maison d'Israël sera sans nombre -- mais on ne peut pas dire que la maison d'Israël ne se mesure ni ne se compte, car la mesure ne s'applique pas à des êtres humains. Il en résulte qu'à l'endroit d'Israël, un seul lo porte effectivement. Rav Nahman bar Yits'haq, qui dit deux lavin, tient au contraire que les deux opérations mentionnées dans l'image -- mesure et compte -- s'appliquent l'une et l'autre à des hommes. Car il y a bien une manière de mesurer des hommes pour connaître leur nombre : on fait d'abord entrer dans une pièce, un coffre ou une caisse un grand nombre de personnes qui s'y tiennent serrées, on les compte, et l'on sait ainsi combien de personnes cette pièce ou ce coffre contient ; puis on procède à la mesure d'Israël en y faisant entrer des gens serrés de la même façon, et l'on observe combien de fois la pièce se remplit -- d'où l'on connaît leur nombre. Il se trouve donc que la mesure aussi permet de connaître le nombre des hommes. Dès lors, les deux opérations de l'image du sable valent également pour ce qu'elle signifie, Israël -- et l'on aboutit à deux lavin.
💡 Explication

On passe de l'interdit rabbinique énoncé par Rabbi Yits'haq à un ancrage scripturaire. Rabbi Elazar lit acher lo yimad non comme une description (« qui ne peut être mesuré ») mais comme une prescription : qui ne doit pas être mesuré. Compter Israël devient alors la transgression d'un lav.

Rav Nahman bar Yits'haq pousse la lecture : le verset porte deux négations -- lo yimad ve-lo yissafer -- donc deux interdits distincts, la mesure et le dénombrement. Le Ben Yehoyada explique pourquoi Rabbi Elazar, qui cite le même verset, n'en compte qu'un.

5
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, רַבִּי יוֹנָתָן רָמֵי, כְּתִיב: ״וְהָיָה מִסְפַּר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כְּחוֹל הַיָּם״, וּכְתִיב ״אֲשֶׁר לֹא יִמַּד וְלֹא יִסָּפֵר״?

Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit : Rabbi Yonatan a soulevé une contradiction. Il est écrit : « Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la mer », et il est écrit : « qui ne se mesure ni ne se compte » ?

📜 Rachi (1)
כְּתִיב וְהָיָה מִסְפַּר בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כְּחוֹל הַיָּם אַלְמָא אִית לְהוּ מִנְיָן:
« Et le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la mer » : donc ils ont bien un nombre.
💡 Explication

Le même verset se contredit dans son propre corps. Sa première moitié parle d'un mispar -- un nombre, immense mais déterminé, comme le sable. Sa seconde moitié affirme l'inverse : rien ne se mesure ni ne se compte. Rachi le formule sèchement : almah it lehou minyan -- donc ils ont bien un nombre.

6
לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּזְמַן שֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, כָּאן בִּזְמַן שֶׁאֵין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם. רַבִּי אָמַר מִשּׁוּם אַבָּא יוֹסֵי בֶּן דּוֹסְתַּאי, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּידֵי אָדָם, כָּאן בִּידֵי שָׁמַיִם.

Ce n'est pas une difficulté : ici, il s'agit du temps où Israël accomplit la volonté du Lieu ; là, du temps où ils n'accomplissent pas la volonté du Lieu. Rabbi a dit au nom d'Abba Yossi ben Dostai : ce n'est pas une difficulté -- ici, par la main de l'homme ; là, par la main du Ciel.

💡 Explication

Deux résolutions de la contradiction, de nature très différente.

Première : la différence est morale et conditionnelle. Quand Israël accomplit la volonté du Lieu, il devient littéralement innombrable ; quand il ne l'accomplit pas, il retombe à un nombre fini -- vaste comme le sable, mais fini.

Seconde (Rabbi au nom d'Abba Yossi ben Dostai) : la différence tient au compteur, pas à la conduite. Nul homme ne peut les compter ; le Ciel, Lui, les connaît un à un. La promesse cesse d'être conditionnelle : elle dit simplement la limite du regard humain.

🖼️ Schéma
Hochea 2,1 : un verset qui se contredit, deux résolutions ve-haya mispar bnei Yisrael ke-hol ha-yam Le nombre des enfants d'Israël sera comme le sable de la mer -- donc ils ONT un nombre MAIS : acher lo yimad ve-lo yissafer -- qui ne se mesure ni ne se compte Résolution 1 : le MÉRITE Quand Israël fait la volonté du Lieu : innombrable (lo yimad) Quand il ne la fait pas : un nombre fini (ke-hol ha-yam) La différence tient à la conduite d'Israël Résolution 2 : le COMPTEUR (Rabbi au nom d'Abba Yossi ben Dostai) Par la main de l'homme : innombrable Par la main du Ciel : comme le sable -- Il les connaît Nafka mina : pour la première, la promesse est conditionnelle ; pour la seconde, elle est absolue -- seul l'homme échoue à compter.
Les deux résolutions de la contradiction interne de Hochea 2,1 : par le mérite d'Israël, ou par l'identité de celui qui compte.
7
אָמַר רַב נְהִילַאי בַּר אִידִי אָמַר שְׁמוּאֵל: כֵּיוָן שֶׁנִּתְמַנָּה אָדָם פַּרְנָס עַל הַצִּיבּוּר — מִתְעַשֵּׂר. מֵעִיקָּרָא כְּתִיב: ״וַיִּפְקְדֵם בְּבֶזֶק״, וּלְבַסּוֹף כְּתִיב: ״וַיִּפְקְדֵם בִּטְלָאִים״. וְדִילְמָא מִדִּידְהוּ? אִם כֵּן, מַאי רְבוּתָא דְּמִילְּתָא?!

Rav Nehilai bar Idi a dit au nom de Chmouel : dès qu'un homme est nommé parnass (dirigeant) sur la communauté, il s'enrichit. Au début il est écrit : « Et il les dénombra be-bezek (par des tessons) », et à la fin il est écrit : « Et il les dénombra bi-tela'im (par des agneaux) ».

Mais peut-être les agneaux venaient-ils d'eux ? Si c'était le cas, où serait la nouveauté de la chose ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
כֵּיוָן שֶׁנִּתְמַנָּה אָדָם פַּרְנָס עַל הַצִּבּוּר , מִיָּד מִתְעַשֵּׂר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא מִנְיָן הָרִאשׁוֹן הָיוּ יִשְׂרָאֵל שָׁלֹשׁ מֵאוֹת וּשְׁלֹשִׁים אֶלֶף וּבַמִּנְיָן הַשֵּׁנִי הָיוּ שְׁנֵי מֵאוֹת וַעֲשָׂרָה אֲלָפִים וְהָשְׁתָּא מְנָא לֵיהּ דְּנִתְעַשֵּׁר אַחַר שֶׁמָּלַךְ דִּילְמָא הַטְּלָאִים אֵלּוּ הָיוּ לוֹ קֹודֶם שֶׁמָּלַךְ, אַךְ בְּמִנְיָן הָרִאשׁוֹן שֶׁהָיוּ ש"ל אֲלָפִים שִׁיעֵר בְּדַעְתּוֹ שֶׁלֹּא יִמְצָא אֶצְלוֹ טְלָאִים כְּנֶגְדָּם אַךְ בַּמִּנְיָן הַשֵּׁנִי שֶׁחָסְרוּ ק"ך אֲלָפִים הִנֵּה זֶה חִסָּרוֹן הַנִּיכָּר בְּחוּשׁ הָרְאוּת לְכָךְ מְנָאָם בִּטְלָאִים כִּי שִׁיעֵר בְּדַעְתּוֹ כִּי יִמְצָא אֶצְלוֹ טְלָאִים כְּנֶגְדָּן וְעוֹד יוֹתֵר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהַמִּנְיָן בְּבֶזֶק הוּא בְּנָקֵל הַרְבֵּה שֶׁאֵין בּוֹ טִרְחָא, אַךְ מִנְיַן בִּטְלָאִים הוּא טִרְחָא גְּדוֹלָה שֶׁיָּבֹא כָּל אֶחָד אֵצֶל צֹאן הַמֶּלֶךְ וַיִּקַּח לוֹ טָלֶה וִיבִיאֵהוּ לָרְחוֹב אֶחָד גָּדוֹל וְאַחַר כָּךְ יִטְרְחוּ עוֹד לְמַנּוֹת הַטְּלָאִים. וְתִקְשֵׁי לָמָּה מְנָאָם בִּטְלָאִים יְמַנֵּם בְּבֶזֶק? לָכֵן מֻוכְרָח לוֹמַר דְּאִצְטְרִיךְ לִמְנוֹתָם בִּטְלָאִים כְּדֵי לְהוֹדִיעַ אֶת יִשְׂרָאֵל אֶת עָושְׁרוֹ! וַעֲדַייִן קָשֶׁה אַטּוּ כְּבוֹד מְלָכִים בְּרִבּוּי הַצֹּאן? דְּמֵעוֹלָם לֹא מָצִינוּ שֶׁיְּשַׁבְּחוּ אֶת הַמְּלָכִים בְּרִבּוּי הַצֹּאן אֶלָּא רַק בְּרִבּוּי כֶּסֶף וְזָהָב וְסוּסִים וּפְרָדִים דְּאֵלּוּ הֵם הָעוֹזְרִים לוֹ בַּמִּלְחָמָה בְּרִבּוּיִים! וְאִם כֵּן תִּיקְשֵׁי לָמָּה הֻוצְרַךְ לְהוֹדִיעַ אֶת יִשְׂרָאֵל שֶׁיֵּשׁ לוֹ רִבּוּי צֹאן? אֶלָּא וַדַּאי זֶה הָרִבּוּי לֹא הָיָה לוֹ קֹודֶם שֶׁמָּלַךְ וְאַחַר שֶׁמָּלַךְ נַעֲשָׂה לוֹ הַצְלָחָה גְּדוֹלָה שֶׁנִּתְרַבּוּ הַצֹּאן שֶׁלּוֹ מֵאָה יָדוֹת וּלְכָךְ רָצָה שֶׁיֵּדְעוּ יִשְׂרָאֵל בְּהַצְלָחָתוֹ זוֹ שֶׁהִצְלִיחַ כָּל כָּךְ אַחַר שֶׁמָּלַךְ כְּדֵי שֶׁיֹּאמְרוּ כְּמוֹ שֶׁהִצְלִיחַ בָּזֶה יַצְלִיחַ בְּכָל דְּרָכָיו וְיִתְחַזֵּק לִבָּם בּוֹ כִּי יָדַע דֶּה' אִתּוֹ! וְהִנֵּה יוֹנָתָן תִּרְגֵּם בְּהַךְ דִּטְלָאִים וּמַנִּינוּן בְּאִמְרֵי פַּסַּחְיָיא, וְעַייֵּן בָּרַדַ"ק שֶׁהֵבִיאוּ פִּסְחֵיהֶם וְעַל יְדֵי הַפְּסָחִים יָדַע מִנְיָינָם עַייֵּן שָׁם. וְהַדָּבָר תָּמוּהַּ דְּהָא פֶּסַח נִמְנִים עָלָיו כַּמָּה אֲנָשִׁים וְאֵין הַחֲבוּרוֹת שָׁוִים בְּמִנְיָינָם וְאֵיךְ הָיָה יָכוֹל לֵידַע עַל יְדֵי זֶה וְדֹוחַק לוֹמַר שֶׁהִכְרִיז שֶׁיִּהְיוּ סַךְ הָאֲנָשִׁים בְּכָל חֲבוּרָה כָּךְ וְכָךְ שֶׁהוּא סַךְ הַשָּׁוֶה בְּכוּלְּהוּ! וְנִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנַת יוֹנָתָן זַ"ל בִּטְלָאִים הָרְאוּיִים לְקָרְבַּן פֶּסַח שֶׁהוּא (שְׁמוֹת יב, ה) 'תָּמִים זָכָר בֶּן שָׁנָה' וְזוֹ הִיא רְבוּתָא דִּידֵיהּ שֶׁהָיָה לוֹ צֹאן רַב כָּל כָּךְ שֶׁהָיוּ יְכוֹלִים לְבָרֵר מֵהֶם סַךְ שְׁנֵי אֲלָפִים וְעֶשֶׂר טְלָאִים שֶׁכֻּולָּם רְאוּיִים לְקָרְבַּן פֶּסַח 'תָּמִים זָכָר בֶּן שָׁנָה'. וּמַה שֶׁאָמְרוּ שֶׁהַפַּרְנָס יִתְעַשֵּׁר , נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּהַפַּרְנָס צָרִיךְ לְהוֹכִיחַ אֶת הָעָם בְּמִילֵּי דִּשְׁמַייָּא וּכְמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר 'פַּרְנָס' גֵּימַטְרְיָא 'שָׁמַיִם' [390] רֶמֶז שֶׁצָּרִיךְ לָשִׂים לִבּוֹ עַל מִילֵּי דִּשְׁמַייָּא, וְאִם הוּא עָשִׁיר מֻופְלָג לֹא יַחֲנִיף לִסְתֹּום פִּיו מִלְּהוֹכִיחַ. אִי נָמֵי הַפַּרְנָס יְכַבְּדוּהוּ מְאֹד מְאֹד וּכְדֵי שֶׁלֹּא יְנֻוכֶּה שְׂכָרוֹ מִצַּד רִבּוּי הַכָּבוֹד לְכָךְ יִתְעַשֵּׁר וְאָז הַכָּבוֹד נֶחְשָׁב בִּשְׁבִיל הָעֹושֶׁר וְלֹא יֶחְסַר מִן שְׂכַר מִצְוֹתָיו כְּלוּם. וְאוֹמְרָם מִיָּד מִתְעַשֵּׂר , 'יָד' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת י סוֹד ד עֵת שֶׁהֵם בְּקַו הָאֶמְצָעִי שֶׁמִּשָּׁם יָבֹא הָעֹושֶׁר, וּלְכָךְ כְּתִיב (מִשְׁלֵי כד, ד) 'וּבְדַעַת חֲדָרִים יִמָּלְאוּ כָּל הוֹן יָקָר וְנָעִים' וְגַבֵּי מֶלֶךְ כְּתִיב (דְּבָרִים יז, טו) 'מִקֶּרֶב אַחֶיךָ תָּשִׂים עָלֶיךָ מֶלֶךְ' שֶׁהוּא אֶמְצָעִי, לָכֵן זָכָה יְהוּדָה לַמַּלְכוּת שֶׁהוּא אֶמְצָעִי בִּבְנֵי לֵאָה, אִם תָּסִיר לֵוִי מִתּוֹכָם. וְלָכֵן הַמֶּלֶךְ בְּנָקֵל יָבֹא לוֹ הָעֹושֶׁר מִקַּו הָאֶמְצָעִי שֶׁשָּׁם י סוֹד ו ד עֵת דְּרָאשֵׁי תֵּיבוֹת שֶׁלָּהֶם יָד, לָזֶה אָמַר מִיָּד מִתְעַשֵּׂר.
« Dès qu'un homme est nommé parnass sur la communauté, il s'enrichit aussitôt. » -- Il faut demander : au premier recensement, Israël comptait trois cent trente mille hommes, et au second deux cent dix mille ; d'où sait-on alors qu'il s'est enrichi après son avènement ? Peut-être possédait-il déjà ces agneaux avant de régner : simplement, au premier compte, où il y avait 330 000 hommes, il estima ne pas avoir assez d'agneaux pour eux, tandis qu'au second, où il en manquait 120 000, la différence étant sensible à l'œil, il jugea qu'il en aurait assez et davantage ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que compter par des tessons est extrêmement facile et sans peine, tandis que compter par des agneaux représente une peine considérable : il faut que chacun vienne au troupeau du roi, y prenne un agneau, l'amène sur une vaste esplanade, et qu'ensuite on se donne encore la peine de compter les agneaux. On demandera donc : pourquoi les compter par des agneaux plutôt que par des tessons ? Il faut nécessairement dire qu'il fallait les compter par des agneaux afin de faire connaître à Israël sa richesse. On objectera encore : la gloire des rois tient-elle à l'abondance du petit bétail ? Jamais on n'a loué les rois pour leurs troupeaux, mais pour l'abondance de l'argent, de l'or, des chevaux et des mulets -- ce qui sert à la guerre. Pourquoi donc fallait-il faire savoir à Israël qu'il avait beaucoup de bétail ? Assurément, parce que cette abondance, il ne l'avait pas avant de régner : après son avènement lui vint une grande réussite, et son troupeau se multiplia au centuple. Il voulut qu'Israël connaisse cette réussite advenue depuis son avènement, afin qu'on dise : comme il a réussi en cela, il réussira en tout -- et que leur cœur s'affermisse en lui, sachant que Dieu est avec lui. Le Targoum Yonatan rend tela'im par « il les compta par les agneaux pascaux » ; voir le Radaq, qui rapporte qu'on apportait leurs agneaux de Pessa'h et que par eux on connut leur nombre. La chose étonne : plusieurs personnes sont inscrites sur un même agneau pascal, et les groupes ne sont pas d'un effectif égal -- comment en tirer un compte ? Il serait forcé de dire qu'il proclama un effectif identique pour tous les groupes. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Yonatan veut dire : des agneaux propres à l'offrande pascale, c'est-à-dire (Exode 12, 5) « sans défaut, mâle, âgé d'un an ». Et voilà sa grandeur : il possédait un troupeau si nombreux qu'on put y sélectionner deux cent dix mille agneaux tous propres à l'offrande pascale, sans défaut, mâles, âgés d'un an. Quant à la raison pour laquelle le parnass s'enrichit, il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que le parnass doit reprendre le peuple sur les choses du Ciel -- et comme je l'ai écrit ailleurs, parnass à la même valeur numérique que chamayim (390), indice qu'il doit porter son cœur sur les affaires du Ciel. S'il est richissime, il ne flattera pas et ne fermera pas sa bouche pour éviter de reprendre. Ou bien : le parnass est très grandement honoré, et pour que son mérite ne soit pas amputé par cet excès d'honneur, il s'enrichit -- l'honneur est alors mis au compte de la richesse, et rien ne lui est retranché du salaire de ses mitsvot. Et l'expression « il s'enrichit aussitôt (miyad) » : yad est l'acronyme de Yessod et Da'at, qui sont sur la colonne du milieu, d'où vient la richesse -- d'où (Proverbes 24, 4) « par le da'at les chambres se remplissent de tout bien précieux et agréable ». Et du roi il est écrit (Deutéronome 17, 15) « du milieu de tes frères tu établiras sur toi un roi » : celui du milieu. C'est pourquoi Yehouda mérita la royauté, lui qui est au milieu des fils de Léa si l'on en retranche Levi. La richesse vient donc aisément au roi depuis la colonne du milieu, où se tiennent Yessod et Da'at dont les initiales forment yad : d'où « miyad il s'enrichit ».
💡 Explication

La guemara tire un enseignement inattendu de la comparaison des deux recensements de Saul. Au premier, il ne dispose que de tessons -- des débris sans valeur. Au second, il fournit un agneau par homme depuis son propre troupeau. Entre les deux, il est devenu roi : nitmaneh adam parnass al ha-tsibbour -- mit'acher, il s'enrichit.

Objection : peut-être chacun apportait-il son propre agneau ? Réponse : mai revouta de-milta -- alors le verset n'apprendrait rien. S'il précise l'objet du compte, c'est qu'il y a là une nouveauté : la fortune du roi. Le Ben Yehoyada affine encore : compter par tessons est facile, compter par agneaux est une énorme peine -- si l'on s'est imposé cette peine, c'est bien pour faire connaître au peuple la réussite du roi.

8
״וַיִּרֶב בַּנַּחַל״, אָמַר רַבִּי מַנִּי: עַל עִסְקֵי נַחַל. בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִשְׁאוֹל: ״לֵךְ וְהִכִּיתָּ אֶת עֲמָלֵק״, אָמַר: וּמַה נֶפֶשׁ אַחַת אָמְרָה תּוֹרָה הָבֵא עֶגְלָה עֲרוּפָה — כָּל הַנְּפָשׁוֹת הַלָּלוּ, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

« Et il contesta dans la vallée » (I Samuel 15, 5) -- Rabbi Mani a dit : au sujet de l'affaire de la vallée. Au moment où le Saint béni soit-Il dit à Saul : « Va et frappe Amaleq », il dit : si pour une seule âme la Torah a dit d'apporter une génisse à la nuque brisée (egla aroufa), à plus forte raison pour toutes ces âmes-là.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וּמָה אִם בִּשְׁבִיל נֶפֶשׁ אַחַת , אָמְרָה תּוֹרָה : ' הֵבִיאוּ עֶגְלָה עֲרוּפָה בְּנַחַל ' כָּל הַנְּפָשׁוֹת הַלָּלוּ, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה!. הַדָּבָר הַזֶּה יִפָּלֵא אֵיךְ סָלְקָא דַעְתָּךְ לְבַטֵּל מִצְוָה שֶׁצִּוָּהוּ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ עַל יְדֵי שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה בְּפֵירוּשׁ לַהֲרֹוג עֲמָלֵק (שְׁמוּאֵל א' טו, ג) 'מֵאִישׁ עַד אִשָּׁה מֵעֹלֵל וְעַד יוֹנֵק מִשּׁוֹר וְעַד שֶׂה מִגָּמָל וְעַד חָמוּר' מִכֹּחַ קַל וָחֹומֶר בְּעָלְמָא, וַהֲלֹא אוֹתוֹ תַּלְמִיד הָיָה יוֹדֵעַ לְטַהֵר הַשֶּׁרֶץ מִקַּל וָחֹומֶר וְעוֹד הָיָה לוֹ ק"ן טְעָמִים לְהַתִּירוֹ (עֵירוּבִין יג:) הַאִם הִתִּירוּ קַל וָחֹומֶר?! וְעוֹד לָמָּה לֹא יִקְשֶׁה מִן זֶה הַקַּל וָחֹומֶר שֶׁלּוֹ עַל אֲשֶׁר קִייְּמוּ בִּכְנַעֲנִים (דְּבָרִים כ, טז) 'לֹא תְחַיֶּה כָּל נְשָׁמָה' וְעַל מַה שֶׁנִּבְלַע בַּעֲדַת קֹורַח נָשִׁים וְטַף וְיוֹנְקֵי שֵׁדִים וְעַל מַה שֶׁשָּׂרְפוּ אֶת עָכָן עִם בָּנָיו וּבְנוֹתָיו וְשׁוֹרוֹ וַחֲמוֹרוֹ? וְעוֹד קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר קַל וָחֹומֶר זֶה לִשְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה בְּעֵת שֶׁצִּוָּהוּ לַעֲשׂוֹת כֵּן! וְעוֹד אִם כֵּן לָמָּה לֹא הִשְׁאִיר מִכֹּחַ קַל וָחֹומֶר זֶה הַקְּטַנִּים שֶׁל עֲמָלֵק? וְעוֹד גַּם מִן הַצֹּאן לֹא הִנִּיחַ אֶלָּא מֵיטַב הַצֹּאן וּשְׁאָר בְּהֵמוֹת הָרַג? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה לָא סָלְקָא דַעְתָּךְ לִפְטוֹר הַקְּטַנִּים אוֹ הַבְּהֵמוֹת מִכֹּחַ קַל וָחֹומֶר מֵאַחַר שֶׁנִּצְטַוָּוה עֲלֵיהֶם בְּפֵירוּשׁ, וְהוּא לֹא הָיְתָה כַּוָּנָתוֹ לְהַחֲיוֹת אֶת אֲגַג אֶלָּא רָצָה לַהֲבִיאוֹ לִפְנֵי שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה וְהוּא יִבְרֹור לוֹ מִיתָה הָרְאוּיָה אֵלָיו, אַךְ הוּא רָאָה שֶׁנִּצְטַוָּוה רַק עַל עֲמָלֵק לַהֲרֹוג הַכֹּל עִם הַקְּטַנִּים וְהַבְּהֵמוֹת כֻּולָּם אֲבָל וַדַּאי יֵשׁ מֵאוּמוֹת אֲחֵרִים דָּרִים יוֹשְׁבִים בְּתוֹךְ עֲמָלֵק וּכְמוֹ שֶׁהָיָה הַקְּנֵי, וְעַל אֵלּוּ לֹא צִוָּה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ וְאִם הָיוּ פּוֹרְשִׁים לֹא הָיָה הוֹרֵג אוֹתָם וְרַק כֵּיוָן שֶׁלֹּא פֵּירְשׁוּ מֵהֶם הֻוכְרַח לַהֲרֹוג הַכֹּל, אַךְ אֶת הַקְּנֵי כֵּיוָן שֶׁהֵם יִשְׂרָאֵל הֻוכְרַח לִשְׁלֹוחַ לוֹ בְּפֵירוּשׁ דְּבָרִים שֶׁיִּפְרֹושׁ מֵהֶם וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל א' טו, ו) 'פֶּן אָסְפֵּךְ עִמּוֹ' וּפֵירֵשׁ! וְאַחַר כָּךְ הָלַךְ וְהָרַג הַכֹּל גַּם לְאוֹתָם שֶׁהֵם מְאוּמָה אַחֶרֶת וְהָיוּ דָּרִים בְּתוֹךְ עֲמָלֵק כִּי אָמַר כֵּיוָן דְּהֵם לֹא פֵּירְשׁוּ כְּמוֹ הַקְּנֵי נִתְחַייְּבוּ הֵם בְּעַצְמָם. וְאַחַר דְּהִכָּה הַכֹּל יָשַׁב לָדוּן קַל וָחֹומֶר עַל הַקְּטַנִּים שֶׁל שְׁאָר אֻומּוֹת שֶׁהָיוּ בְּתוֹךְ עֲמָלֵק וְנֶהֶרְגוּ בְּיַחַד וְאָמַר אִם גְּדוֹלִים שֶׁל שְׁאָר אֻומּוֹת חָטְאוּ בְּמַה שֶׁלֹּא פֵּירְשׁוּ מֵעֲמָלֵק כְּמוֹ הַקְּנֵי דְּאִלּוּ יֵשׁ לָהֶם דַּעַת וְהָיָה לָהֶם לִפְרוֹשׁ וְלָכֵן לֹא אֶתְחַייֵּב עֲלֵיהֶם כְּלוּם כִּי הֵם פָּשְׁעוּ בְּעַצְמָם אַךְ הַקְּטַנִּים שֶׁלָּהֶם מֶה חָטְאוּ דְּעַל אֵלּוּ לֹא נִגְזְרָה גְּזֵרָה וְאֵין בָּהֶם דַּעַת לִפְרֹושׁ! לְכָךְ חָשַׁב שֶׁצְּרִיכִין הוּא וְיִשְׂרָאֵל לְהָבִיא קָרְבָּן כַּפָּרָה בִּשְׁבִיל הֲרִיגַת הַקְּטַנִּים שֶׁהֵם מִן שְׁאָר אֻומּוֹת וּבִשְׁבִיל כַּפָּרָה זוֹ הִשְׁאִיר (שְׁמוּאֵל א' טו, ט) 'מֵיטַב הַצֹּאן' שֶׁל עֲמָלֵק כְּדֵי לְהַקְרִיבָם, וְחָשַׁב כֵּיוָן דְּאֵינָם לוֹקְחִים אוֹתָם לְצָרְכָם אֶלָּא לְשַׁחֲטָם לְהַקְרָבָה הֲרֵי סוֹף מִתְקַיֵּים דְּבָרוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁגָּזַר לְאַבֵּד צֹאן עֲמָלֵק דְּגַם עַתָּה אֵין מְקַייְּמִים אוֹתָם אֶלָּא שׁוֹחֲטִים אוֹתָם וְלִתְעֲבִיד בְּהוּ כַּפָּרָה גַּם כֵּן! אַךְ חָזַר וְחָשַׁב דַּעֲדַייִן יֵשׁ לְעַרְעֵר עָלָיו בָּזֶה לוֹמַר אֵיךְ תָּבִיא צֹאן עֲמָלֵק לְהַקְרִיבָם וַהֲלֹא הֵם מְאִיסֵי לְגָבוֹהַּ כֵּיוָן דְּגָזַר עֲלֵיהֶם אֲבַדּוֹן לְאַבְּדָם לְכָךְ חָזַר וְעָשָׂה קַל וָחֹומֶר שֵׁנִי לְבָרֵר דְּאֵלּוּ הַצֹּאן לֹא נִגְזַר עֲלֵיהֶם אֲבַדּוֹן מִשּׁוּם דְּמֵאִיסִי יַעַן דְּאִם אָדָם חָטָא בְּהֵמָה מֶה חָטְאָה? וְאִם כֵּן לָאו מְאִיסֵי וְרַק נִגְזַר עֲלֵיהֶם לְאַבְּדָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יִזָּכֵר שֵׁם עֲמָלֵק לוֹמַר 'בְּהֵמָה זוֹ שֶׁל עֲמָלֵק' וְהִנֵּה עַתָּה שֶׁאֲנִי שׁוֹחֲטָם לְהַקְרָבָה מִתְקַיֵּים זֶה דְּאֵין כָּאן בְּהֵמָה קַייֶּמֶת כְּדֵי שֶׁיִּזְכֹּר עָלֶיהָ שֵׁם עֲמָלֵק וַהֲרֵי נִמְחָה שְׁמוֹ גַּם בְּאֹופֶן זֶה. וּבָזֶה יְתֹורַץ דִּקְדּוּק אַחֵר לָמָּה נָקֵיט קַל וָחֹומֶר דִּבְהֵמָה קֹודֶם קַל וָחֹומֶר דִּקְטַנִּים וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהֵפֶךְ מֵאַחַר דְּהוּא הִתְחִיל בִּנְפָשׁוֹת שֶׁאָמַר 'אִם בִּשְׁבִיל נֶפֶשׁ אַחַת אָמְרָה תּוֹרָה הֵבִיאוּ עֶגְלָה עֲרוּפָה בְּנַחַל, כָּל הַנְּפָשׁוֹת הַלָּלוּ, עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה' וְהָיָה צָרִיךְ לוֹמַר תֵּכֶף אִם גְּדוֹלִים חָטְאוּ, קְטַנִּים מֶה חָטְאוּ! כֵּיוָן דְּבִנְפָשׁוֹת בְּנֵי אָדָם קָא מִשְׁתַּעֵי וְזֶה דִּקְדּוּק עָצוּם, וּבָזֶה נִיחָא דְּמַה שֶׁאָמַר 'כָּל הַנְּפָשׁוֹת הַלָּלוּ' קָאֵי עַל אוֹתָם שֶׁהָיוּ מֵאוּמוֹת אֲחֵרִים שֶׁהָיוּ יוֹשְׁבִים בְּתוֹךְ עֲמָלֵק וְעַל כֵּן צָרִיךְ לְהָבִיא כַּפָּרָה עַל אֲשֶׁר הָרַגְנוּ אוֹתָם וּלְכָךְ נַשְׁאִיר מֵיטַב הַצֹּאן לַהֲבִיאָם כַּפָּרָה, וְאִם תֹּאמַר מְאִיסֵי אֵלּוּ הַצֹּאן? לְכָךְ עָשָׂה קַל וָחֹומֶר דִּבְהֵמוֹת לְלַמֵּד דְּלָא מְאִיסֵי! וְאִם תֹּאמַר לֹא צָרִיךְ כַּפָּרָה מֵעִיקָּרָא דְּאֵלּוּ פָּשְׁעוּ בְּנַפְשָׁם שֶׁלֹּא פֵּרְשׁוּ, לְכָךְ עָשָׂה קַל וָחֹומֶר שֵׁנִי דְּאִין הָכִי נָמֵי הַגְּדוֹלִים פָּשְׁעוּ שֶׁלֹּא פֵּירְשׁוּ, קְטַנִּים שֶׁאֵין בָּהֶם דַּעַת לָמָּה נֶהֶרְגוּ? לְכָךְ נָבִיא כַּפָּרָה עַל אֵלֶּה מִ'מֵיטַב הַצֹּאן'.
« Et si pour une seule âme la Torah a dit : apportez une génisse à la nuque brisée dans la vallée -- pour toutes ces âmes-là, à plus forte raison ! » -- La chose étonne : comment pouvait-il seulement venir à l'esprit d'annuler, sur la seule force d'un qal va-homer, un ordre que le Saint béni soit-Il lui avait donné explicitement par le prophète Chmouel -- tuer Amaleq (I Samuel 15, 3) « de l'homme à la femme, du nourrisson au tout-petit, du bœuf à l'agneau, du chameau à l'âne » ? Or ce disciple qui savait déclarer pur le reptile par un qal va-homer, et qui avait cent cinquante raisons de le permettre (Erouvin 13b) -- a-t-on pour autant permis le reptile ? Et encore : pourquoi ce même qal va-homer ne vaudrait-il pas contre ce qui fut accompli sur les Cananéens (Deutéronome 20, 16) « tu ne laisseras vivre aucune âme », contre l'engloutissement de la communauté de Qorah avec femmes, enfants et nourrissons, contre le supplice d'Akhan brûlé avec ses fils, ses filles, son bœuf et son âne ? Et encore : il aurait dû opposer ce qal va-homer à Chmouel au moment même où celui-ci lui transmit l'ordre. Et encore : s'il en était ainsi, pourquoi n'a-t-il pas épargné les enfants d'Amaleq en vertu de ce raisonnement ? Et encore : du bétail lui-même, il n'a laissé que le meilleur, tuant le reste. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'assurément le roi Saul n'a jamais envisagé d'exempter les enfants ou les bêtes sur la foi d'un qal va-homer, puisqu'il en avait reçu l'ordre explicite. Son intention n'était pas non plus de laisser vivre Agag, mais de l'amener devant le prophète Chmouel, qui choisirait pour lui la mort appropriée. Voici plutôt ce qu'il vit : l'ordre ne portait que sur Amaleq -- tuer tous, y compris enfants et bêtes -- mais il y avait certainement, habitant au milieu d'Amaleq, des gens d'autres nations, comme le Qéni. Sur ceux-là, le Saint béni soit-Il n'avait rien ordonné : s'ils s'étaient séparés, il ne les aurait pas tués ; c'est seulement parce qu'ils ne s'étaient pas séparés qu'il fut contraint de tout tuer. Quant au Qéni, puisqu'ils étaient d'Israël, il fallut leur envoyer un avertissement explicite de se séparer, comme il est dit (I Samuel 15, 6) « de peur que je ne t'emporte avec lui » -- et il se sépara. Ensuite il alla et tua tous, y compris ceux d'autres nations habitant au milieu d'Amaleq, se disant : puisqu'ils ne se sont pas séparés comme le Qéni, ils se sont eux-mêmes rendus passibles. Et après avoir tout frappé, il s'assit pour raisonner en qal va-homer sur les enfants de ces autres nations qui vivaient parmi Amaleq et avaient été tués avec eux. Il dit : si les adultes des autres nations ont failli en ne se séparant pas d'Amaleq comme l'a fait le Qéni -- eux qui ont dû discernement et auraient dû se retirer -- je ne suis en rien responsable pour eux, ils se sont perdus eux-mêmes ; mais leurs enfants, en quoi ont-ils péché ? Sur eux aucun décret n'avait été prononcé, et ils n'avaient pas le discernement de se retirer. Il pensa donc que lui et Israël devaient apporter un sacrifice d'expiation pour la mise à mort de ces enfants d'autres nations ; et c'est pour cette expiation qu'il conserva (I Samuel 15, 9) « le meilleur du troupeau » d'Amaleq, afin de l'offrir. Il raisonna : puisqu'on ne les prend pas pour son propre usage mais pour les égorger en offrande, la parole divine s'accomplit tout de même -- on ne les maintient pas en vie, on les égorge, et l'on en tire de surcroît une expiation. Mais il se ravisa, se disant qu'on pourrait encore le contester : comment apporter en offrande le troupeau d'Amaleq, alors qu'il est répugnant devant le Très-Haut, puisqu'un décret de destruction pèse sur lui ? Il fit donc un second qal va-homer pour établir que ces bêtes ne sont pas frappées d'un décret de destruction pour cause de répugnance : car si l'homme a péché, la bête, en quoi a-t-elle péché ? Elles ne sont donc pas répugnantes ; le décret de destruction ne vise qu'à effacer jusqu'au souvenir du nom d'Amaleq -- qu'on ne puisse dire « cette bête est à Amaleq ». Or, maintenant que je les égorge en offrande, cela s'accomplit également : aucune bête ne subsiste sur laquelle on puisse invoquer le nom d'Amaleq -- son nom est effacé de cette manière aussi. Cela résout une autre difficulté : pourquoi énonce-t-il le qal va-homer sur la bête avant celui sur les enfants ? L'ordre inverse s'imposerait, puisqu'il a commencé par les âmes humaines -- « si pour une seule âme la Torah a dit d'apporter une génisse à la nuque brisée dans la vallée, pour toutes ces âmes-là à plus forte raison » -- et il aurait dû enchaîner aussitôt : si les grands ont péché, les petits, en quoi ont-ils péché ? La difficulté est sérieuse. Elle se résout ainsi : « toutes ces âmes-là » vise les gens des autres nations qui habitaient au milieu d'Amaleq ; il faut donc apporter une expiation pour les avoir tués, et pour cela conserver le meilleur du troupeau. Si l'on objecte que ce troupeau est répugnant, il fait le qal va-homer sur les bêtes, pour enseigner qu'il ne l'est pas. Et si l'on objecte qu'aucune expiation n'était requise, puisque ces gens se sont perdus eux-mêmes en ne se séparant pas, il fait le second qal va-homer : certes les adultes ont failli en ne se séparant pas, mais les enfants, qui n'ont pas de discernement, pourquoi ont-ils été tués ? Apportons donc pour eux une expiation prise sur « le meilleur du troupeau ».
💡 Explication

Le verset dit littéralement que Saul « combattit dans la vallée » (va-yarev ba-nahal). Rabbi Mani lit yarev au sens de contester, plaider : Saul contesta l'ordre divin, et il le fit al iskeï nahal -- en s'appuyant sur l'affaire de la vallée, c'est-à-dire le rite de la egla aroufa (Deutéronome 21) : quand on trouve un cadavre sans meurtrier connu, les anciens de la ville la plus proche brisent la nuque d'une génisse dans un oued aride.

Le raisonnement de Saul est un qal va-homer : si la Torah exige une telle réparation pour une vie anonyme, comment ordonnerait-elle l'anéantissement de tout un peuple ? La forme est impeccable ; c'est son application qui est la faute -- un raisonnement ne renverse pas un ordre explicite.

🖼️ Schéma
Va-yarev ba-nahal : le raisonnement de Saul et sa réfutation Rabbi Mani : il contesta al iskeï nahal -- au sujet de la vallée (celle de la egla aroufa) Le qal va-homer de Saul Pour UNE seule âme retrouvée sans meurtrier, la Torah impose une egla aroufa dans la vallée à fortiori pour TOUTES ces âmes-là ! Et si l'homme a péché, la bête, en quoi a-t-elle péché ? La bat qol répond al tehi tsaddiq harbeh Ne sois pas juste à l'excès (Qohelet 7,16) Être plus miséricordieux que le Créateur qui a ordonné n'est pas de la justice La contrepartie exacte, quelques années plus tard Saul à Doeg : sov ata ou-fga ba-kohanim -- massacre de Nov, la ville des cohanim même formule chez l'homme et la bête, le nourrisson et le bœuf al tircha harbeh -- ne sois pas méchant à l'excès La même voix, le verset suivant (Qohelet 7,17)
Le qal va-homer de Saul face à la bat qol : ne sois pas juste à l'excès -- et, plus tard, sa contrepartie exacte à Nov.
9
וְאִם אָדָם חָטָא, בְּהֵמָה מֶה חָטְאָה? וְאִם גְּדוֹלִים חָטְאוּ, קְטַנִּים מֶה חָטְאוּ? יָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לוֹ: ״אַל תְּהִי צַדִּיק הַרְבֵּה״. וּבְשָׁעָה שֶׁאָמַר לוֹ שָׁאוּל לְדוֹאֵג: ״סֹוב אַתָּה וּפְגַע בַּכֹּהֲנִים״, יָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לוֹ: ״אַל תִּרְשַׁע הַרְבֵּה״.

Et si l'homme a péché, la bête, en quoi a-t-elle péché ? Et si les adultes ont péché, les enfants, en quoi ont-ils péché ?

Une voix céleste (bat qol) sortit et lui dit : « Ne sois pas juste à l'excès » (Qohelet 7, 16). Et au moment où Saul dit à Doeg : « Tourne-toi, toi, et frappe les cohanim » (I Samuel 22, 18), une voix céleste sortit et lui dit : « Ne sois pas méchant à l'excès » (Qohelet 7, 17).

🪔 Ben Yehoyada (1)
יצאת בת־קול ואמרה לו : (קהלת ז, יז) " אל תרשע הרבה ". נראה לי בס"ד הכונה מתחילה היה אפשר לדון אותך לצד זכות בענין עמלק שבשוגג עשית שטעית מכח אותו קל וחומר אך עתה שהרגת נב 'מעולל ועד יונק ושור וחמור ושה' כמפורש בכתובים (שמואל א' כב, יט) ולא עשית אותו קל וחומר דשייך כאן נמצא למפרע הרשעת גם בענין עמלק דאין לדון אותך לצד זכות מכח הקל וחומר, ונמצא ברשע זה האחרון אתה מרשיע הרבה שגם ענין הראשון של עמלק נחשב לך רשע ומזיד.
« Une voix céleste sortit et lui dit : (Qohelet 7, 17) ne sois pas méchant à l'excès. » -- Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le sens est celui-ci. Au départ, on pouvait te juger favorablement dans l'affaire d'Amaleq : tu avais agi par inadvertance (chogueg), égaré par ce qal va-homer. Mais maintenant que tu as tué Nov « du tout-petit au nourrisson, le bœuf, l'âne et l'agneau », comme le disent expressément les versets (I Samuel 22, 19), sans faire cette fois le qal va-homer qui s'appliquait pourtant ici -- il apparaît rétrospectivement que tu as agi avec méchanceté dans l'affaire d'Amaleq également, et qu'on ne peut plus t'y juger favorablement sur la foi du qal va-homer. Il se trouve donc que, par cette dernière méchanceté, tu es méchant « à l'excès » : la première affaire, celle d'Amaleq, t'est désormais comptée elle aussi comme méchanceté et comme acte délibérer (mezid).
💡 Explication

La bat qol tranche : al tehi tsaddiq harbeh. Être plus miséricordieux que Celui qui a ordonné n'est pas de la justice, c'est un fléchissement. La compassion mal placée n'est pas une vertu supérieure à l'obéissance -- elle est une défaillance déguisée.

Le daf place aussitôt la contrepartie exacte. Des années plus tard, Saul ordonne à Doeg l'Edomite le massacre de Nov, la ville des cohanim -- et l'Écriture y emploie la même énumération que pour Amaleq : homme et femme, nourrisson et tout-petit, bœuf, âne et agneau. La même voix, le verset suivant : al tircha harbeh. Celui qui a hésité à frapper ceux qu'il fallait frapper a frappé sans hésiter ceux qu'il fallait épargner.

10
אָמַר רַב הוּנָא: כַּמָּה לָא חָלֵי וְלָא מַרְגֵּישׁ גַּבְרָא דְּמָרֵיהּ סַיְּיעֵיהּ, שָׁאוּל בְּאַחַת — וְעָלְתָה לוֹ. דָּוִד בִּשְׁתַּיִם — וְלֹא עָלְתָה לוֹ. שָׁאוּל בְּאַחַת מַאי הִיא? מַעֲשֶׂה דַּאֲגַג. וְהָא אִיכָּא מַעֲשֶׂה דְּנֹוב עִיר הַכֹּהֲנִים! אַמַּעֲשֶׂה דַּאֲגַג כְּתִיב: ״נִחַמְתִּי כִּי הִמְלַכְתִּי אֶת שָׁאוּל לְמֶלֶךְ״.

Rav Houna a dit : combien peu souffre et s'inquiète l'homme que son Maître assiste ! Saul pour une seule faute -- et elle lui fut comptée ; David pour deux -- et elles ne lui furent pas comptées.

Saul, pour une seule : laquelle ? L'affaire d'Agag.

Mais il y a aussi l'affaire de Nov, la ville des cohanim ! C'est qu'à propos de l'affaire d'Agag il est déjà écrit : « Je regrette d'avoir établi Saul comme roi » (I Samuel 15, 11).

📜 Rachi (1)
כַּמָּה לָא חָלֵי וְלָא מַרְגֵּישׁ גַּבְרָא דְּמָרָא סַיָּיעֶיהָ כַּמָּה סָמוּךְ וּמֻובְטָח וְאֵין צָרִיךְ לְחַלּוֹת וְלִדְאֹג מִכָּל רָעָה מִי שהקב"ה בְּעֶזְרוֹ שֶׁהֲרֵי מָצִינוּ שָׁאוּל נִכְשַׁל בְּאַחַת וְעָלְתָה לוֹ לְרָעָה לְקָונְסוֹ מִיתָה לְבַטֵּל מַלְכוּתוֹ וְדָוִד נִכְשַׁל בִּשְׁתַּיִם וְלֹא עָלְתָה לוֹ לְרָעָה:
Combien celui dont le Maître l'assiste est appuyé et assuré : il n'a pas besoin de souffrir ni de redouter aucun mal, celui pour qui le Saint béni soit-Il est en aide. Car nous trouvons que Saul trébucha sur une seule faute et qu'elle lui fut comptée à mal, au point d'être condamné à mort et de voir sa royauté annulée, tandis que David trébucha sur deux et qu'elles ne lui furent pas comptées à mal.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כַּמָּה לָא חָלֵי וְלָא מַרְגֵּישׁ גַּבְרָא , דְּמָרֵיהּ סַיָּעֶיהָ. נִרְאֶה לִי בס"ד בִּשְׁתֵּי דְּבָרִים אֵלּוּ דְּאוּרִיָּה וְדַהֲסָתָה נַעֲשָׂה לוֹ סִיּוּעַ לְהַצָּלָתוֹ מִכּוֹחוֹ יִתְבָּרֵךְ, כִּי בְּאוּרִיָּה נִיצּוֹל מִפְּנֵי שֶׁלֹּא עָשָׂה הִתְנַצְּלוּת לְעַצְמוֹ כְּשֶׁאָמַר לוֹ הַנָּבִיא 'אַתָּה הָאִישׁ' (שְׁמוּאֵל ב' יב, ז) אֶלָּא תֵּכֶף הוֹדָה וְאָמַר חָטָאתִי לָה' (שְׁמוּאֵל ב' יב, יג) וְאָז תֵּכֶף בְּשָׂרוֹ הַנָּבִיא בְּרוּחַ הַנְּבוּאָה (שָׁם) 'גַּם ה' הֶעֱבִיר חַטָּאתְךָ לֹא תָּמוּת' וְקָשֶׁה כֵּיוָן דְּבֶאֱמֶת הָיָה לוֹ לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה טְעָנוֹת לְהַצִּיל עַצְמוֹ הֵן מֵאוּרִיָּה הֵן מִבַּת שֶׁבַע לָמָּה לֹא הֵשִׁיב טְעָנוֹת שֶׁלּוֹ אֶלָּא הוֹדָה וְאָמַר חָטָאתִי? אַךְ הָעִנְיָן הַזֶּה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ גָּרַם לוֹ וְהוּא שֶׁאִם הָיָה שׁוֹלֵחַ לוֹ מִתְּחִילָּה לְהוֹכִיחוֹ בְּפֵירוּשׁ עַל בַּת שֶׁבַע וְאוּרִיָּה בְּוַדַּאי הָיָה מֵשִׁיב טְעָנוֹת שֶׁל זְכוּת שֶׁלּוֹ אַךְ כֵּיוָן דִּתְחִילָּה שָׁלַח לוֹ דְּבָרִים בַּמָּשָׁל לְבַעַל הַכִּשְׂבָּה וְהוּא מֵאַחַר דְּחָרָה לוֹ עַל אוֹתוֹ הָאִישׁ מְאֹד תֵּכֶף הֵשִׁיב 'בֶּן מָוֶת אִישׁ זֶה' (שְׁמוּאֵל ב' יב, ה) לָכֵן כְּשֶׁאָמַר לוֹ תּוֹךְ כְּדֵי דִיבּוּר 'אַתָּה הָאִישׁ' וּפֵירֵשׁ לוֹ עִנְיַן אוּרִיָּה וּבַת שֶׁבַע לֹא מְלָאוֹ לִבּוֹ לְהָשִׁיב תְּשׁוּבוֹת שֶׁל הִתְנַצְּלוּת כִּי אָמַר עַתָּה תּוֹךְ כְּדֵי דִיבּוּר אָמַרְתִּי בֶּן מָוֶת אִישׁ זֶה וְלֹא עָשִׂיתִי לוֹ הִתְנַצְּלוּת וְאֵיךְ בִּרְאוֹתִי שֶׁדָּבָר זֶה נוֹגֵעַ לְעַצְמִי אֶעֱשֶׂה הִתְנַצְּלוּת? לָכֵן טוֹב לִי לְהוֹדוֹת וְלוֹמַר חָטָאתִי לָה'! וּבֶאֱמֶת הוֹדָאָה זוֹ הוֹעִילָה לוֹ לְהַצִּילוֹ שֶׁתֵּכֶף אָמַר לוֹ 'גַּם ה' הֶעֱבִיר חַטָּאתְךָ לֹא תָּמוּת' וְנִמְצָא מִי סִיְּיעוֹ בְּדָבָר זֶה שֶׁל הַצָּלָתוֹ הקב"ה סִייְּעוֹ בְּמַה שֶׁהִקְדִּים לְדַבֵּר עִמּוֹ בְּדֶרֶךְ מָשָׁל. וְכֵן בְּעִנְיַן הֲסָתָה סִייְּעוֹ כִּי אָמַר לוֹ הקב"ה דָּוִד! מֵסִית קָרֵית לִי שֶׁאָמַרְתָּ (שְׁמוּאֵל א' כו, יט) 'אִם ה' הֱסִיתְךָ בִּי'? חַיֶּיךָ תִּכָּשֵׁל בְּדָבָר שֶׁאֲפִילּוּ תִּינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן אֵינָם נִכְשָׁלִים בּוֹ (בְּרָכוֹת סב:) וּמֵחֲמַת כֵּן נִכְשַׁל לִמְנוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל, וְלָכֵן לֹא נֶעֱנַשׁ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הוּא בְּעַצְמוֹ עַל זֹאת כִּי אָמַר הַמֵּלִיץ שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הִנֵּה הוּא בְּעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ לְהִכָּשֵׁל מֵאַחַר שֶׁאָמַר הקב"ה תִּכָּשֵׁל שֶׁמֻּוכְרָח שֶׁיִּתְקַיֵּים דִּיבּוּרוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְעַל יְדֵי כָּךְ נַעֲשָׂה הִתְנַצְּלוּת לְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, וְנִמְצָא גַּם בָּזֶה מָרֵיהּ סַייָּעֶיהָ שֶׁהִקְדִּים לוֹמַר לוֹ תִּכָּשֵׁל. וְאָמַר לָא חָלֵי וְלָא מַרְגֵּישׁ , נִרְאֶה לִי לֹא חֹלִי בְּיָמָיו וְלֹא מַרְגִּישׁ בְּזַרְעוֹ. אִי נָמֵי לָא חֳלִי מִצַּד הַגּוּף וְלֹא מַרְגִּישׁ מִצַּד הַנֶּפֶשׁ.
« Combien peu souffre et s'inquiète l'homme que son Maître assiste. » -- Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans ces deux affaires -- celle d'Ourya et celle de la hassata (l'incitation au recensement) -- une aide lui vint de Sa puissance pour le sauver. Dans l'affaire d'Ourya, il fut sauvé parce qu'il ne présenta aucune justification pour lui-même quand le prophète lui dit « c'est toi cet homme » (II Samuel 12, 7) : il reconnut aussitôt et dit « j'ai péché envers Dieu » (12, 13) ; et immédiatement le prophète lui annonça par l'esprit prophétique « Dieu aussi a fait passer ta faute, tu ne mourras pas ». On demandera : puisqu'en vérité le roi David avait des arguments pour se disculper, tant sur Ourya que sur Bat-Cheva, pourquoi n'a-t-il pas répondu par ses arguments, mais a reconnu en disant « j'ai péché » ? C'est que le Saint béni soit-Il lui-même en fut la cause. Si le prophète lui avait d'emblée reproche explicitement Bat-Cheva et Ourya, il aurait certainement répondu par ses arguments de défense. Mais parce qu'il lui envoya d'abord une parole en parabole -- l'homme à la brebis -- et que David, s'étant enflammé contre cet homme, répondit aussitôt « cet homme mérite la mort » (12, 5), lorsque le prophète lui dit dans le même souffle « c'est toi cet homme » et lui exposa l'affaire d'Ourya et de Bat-Cheva, son cœur ne lui permit pas de répondre par des justifications. Il se dit : à l'instant même je viens de dire « cet homme mérite la mort » sans lui chercher d'excuse -- et maintenant que je vois que la chose me touche, je chercherais des excuses ? Mieux vaut reconnaître et dire « j'ai péché envers Dieu ». Et cette confession lui fut effectivement salutaire, puisqu'on lui dit aussitôt « Dieu aussi a fait passer ta faute, tu ne mourras pas ». Qui donc l'a assisté dans ce salut ? Le Saint béni soit-Il, en faisant précéder la réprimande d'une parabole. De même dans l'affaire de la hassata, Il l'assista : le Saint béni soit-Il lui avait dit -- David ! Tu m'appelles instigateur, toi qui as dit (I Samuel 26, 19) « si c'est Dieu qui t'a incité contre moi » ? Sur ta vie, tu trébucheras sur une chose où même les enfants d'école ne trébuchent pas (Berakhot 62b). C'est à cause de cela qu'il trébucha en comptant Israël. Le roi David ne fut donc pas puni personnellement pour cela, car son défenseur put plaider : il était bien contraint de trébucher, puisque le Saint béni soit-Il avait dit « tu trébucheras » et que Sa parole doit nécessairement s'accomplir. Cela même constituait une justification pour lui : là aussi son Maître l'assista, en annonçant d'avance qu'il trébucherait. Et quand il est dit « il ne souffre ni ne ressent » : il me semble que « ne souffre » vise ses propres jours et « ne ressent » sa descendance. Ou bien : « ne souffre » du côté du corps, « ne ressent » du côté de l'âme.
שָׁאוּל בְּאַחַת וְעָלְתָה לוֹ . דָּוִד בִּשְׁתַּיִם וְלֹא עָלְתָה לוֹ. קָשֶׁה וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר ח"ו? וְהַמְפָרְשִׁים זַ"ל תֵּירְצוּ מִשּׁוּם שֶׁשָּׁאוּל עָשָׂה הִתְנַצְּלוּת וְדָוִד לֹא עָשָׂה הִתְנַצְּלוּת אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה לוֹ טְעָנוֹת לְהָשִׁיב אֶלָּא אָמַר חָטָאתִי לָה'! עַד כָּאן דִּבְרֵיהֶם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּחָטָא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה לִשְׁעָתוֹ שֶׁלֹּא עָשָׂה פְּרִי אַךְ שֶׁל שָׁאוּל עָשָׂה פְּרִי כִּי מֵחֲמַת שֶׁלֹּא הָרַג אֶת אֲגַג מִיָּד בִּמְקוֹמוֹ נוֹלַד הַמָּן שֶׁבָּא אֲגַג עַל הַשִּׁפְחָה וְיָצָא הַמָּן מִמֶּנָּה, וְעַל יְדֵי שֶׁהִשְׁאִיר 'מֵיטַב הַצֹּאן' (שְׁמוּאֵל א' טו, ט) נִשְׁאֲרוּ גַּם מֵעֲמָלֵקִים שֶׁהָיוּ מְכַשְּׁפִים וְנִתְחַבְּרוּ עִם אוֹתָם הַצֹּאן וְלֹא נִרְאוּ וְאַחַר כָּךְ בָּרְחוּ, וּמֵחֲמַת כֵּן חָזְרוּ וְנִתְרַבּוּ זֶרַע עֲמָלֵקִים בָּעוֹלָם! וְגַם עוֹד חֵטְא שָׁאוּל בַּעֲמָלֵק הוּא קָשֶׁה מְאֹד דְּאֵין הַשֵּׁם שָׁלֵם וְאֵין הַכִּסֵּא שָׁלֵם עַד שֶׁיִּמָּחֶה שְׁמוֹ שֶׁל עֲמָלֵק (רַשִׁ"י שְׁמוֹת יז, טז עַל פִּי מִדְרַשׁ תַּנְחוּמָא תֵּצֵא יא) , וְעוֹד דְּיִשְׂרָאֵל נִתְחַיְּיבוּ לִמְחוֹת עֲמָלֵק אַחַר כְּנִיסָתָם לָאָרֶץ, קֹודֶם שֶׁיַּמְלִיכוּ מֶלֶךְ וְהֵם הִקְדִּימוּ עִנְיַן הַמֶּלֶךְ וְנִמְלַךְ שָׁאוּל וְעִם כָּל זֶה לֹא קִייֵּם שָׁאוּל מִצְוָה זוֹ כְּמַאֲמָרָהּ לְכָךְ בְּאַחַת וְעָלְתָה לוֹ. וּבְמַאֲמַר הַזֶּה עַצְמוֹ שָׁאוּל בְּאַחַת וְדָוִד בִּשְׁתַּיִם נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה לֹא הָיָה סִיגִים בְּנִשְׁמָתוֹ וּבָא לָעוֹלָם הַזֶּה לַעֲסֹוק בִּמְלָאכָה אַחַת שֶׁהִיא לְקִשְּׁטָה וּלְעֶדְנָה, וְכֵיוָן דְּאֵין לוֹ טֹורַח גָּדוֹל בְּתִיקּוּן נִשְׁמָתוֹ דְּאֵין לוֹ אֶלָּא מְלָאכָה אַחַת לְכָךְ עָלְתָה לוֹ חַטָּאתוֹ, אַךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שְׁתֵּי מְלָאכוֹת מֻוטָּל עָלָיו כִּי נַפְשׁוֹ בָּהּ סִיגִים הַרְבֵּה וְצָרִיךְ לַעֲסֹוק וְלִיגַע וּלְהִלָּחֵם בִּשְׁבִילָהּ מְאֹד מְאֹד הָא' לְהַפְרִיד מִמֶּנָּה הַסִּיגִים, וְהַב' לְקִשְּׁטָה וּלְעֶדְנָה שֶׁהוּא עִנְיַן סוּר מֵרָע וַעֲשֵׂה טוֹב, וְכֵיוָן שֶׁהוּא הָיָה עָסוּק בִּשְׁתַּיִם רוֹצֶה לוֹמַר שְׁתֵּי מְלָאכוֹת לְכָךְ לֹא עָלְתָה לוֹ חַטָּאתוֹ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי לֵאָה וְרָחֵל שְׁנֵיהֶם בְּסוֹד הַמַּלְכוּת וְלֵאָה הוּא חֲצִי הָעֶלְיוֹן וְרָחֵל חֲצִי הַתַּחְתּוֹן בְּסוֹד (מִשְׁלֵי כב, ד) עֵקֶב עֲנָוָה יִרְאַת ה' וְאִיתָא בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים שֶׁדָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיָה אָחוּז בִּשְׁתֵּיהֶם בְּלֵאָה וְרָחֵל, וְלָכֵן טָרַח לְתַקֵּן שְׁתֵּיהֶן וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁנִּתְאַחֵז בַּמַּלְכוּת הָעֶלְיוֹנָה אֲחִיזָה גְּמוּרָה, נָטַל אֲדָר מַלְכוּת לְמַטָּה בְּכָל תֹּוקֶף, וְאַף עַל פִּי שֶׁחָטָא לֹא נִסְתַּלְּקָה הַמַּלְכוּת מִיָּדוֹ, וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ דָּוִד בִּשְׁתַּיִם רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁאָחוּז בִּשְׁתַּיִם בְּלֵאָה וְרָחֵל, לָכֵן אֲחִיזָתוֹ בַּמַּלְכוּת לְמַטָּה הָיְתָה חֲזָקָה, וְאַף עַל פִּי שֶׁחָטָא לֹא עָלְתָה לוֹ חַטָּאתוֹ לְהַעֲבִיר הַמַּלְכוּת מִמֶּנּוּ, אַךְ שָׁאוּל שֶׁהָיָה מִבָּנֶיהָ שֶׁל רָחֵל שֶׁאֲחִיזָתוֹ בַּמַּלְכוּת הָעֶלְיוֹנָה הָיְתָה מִצַּד רָחֵל בִּלְבַד, וְזֶהוּ שָׁאוּל בְּאַחַת לְכָךְ עָלְתָה לוֹ חַטָּאתוֹ לִיקַּח הַמַּלְכוּת מִיָּדוֹ. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד מַה שֶׁאָמַר שְׁמוּאֵל לְשָׁאוּל (שְׁמוּאֵל א' יג, יד) 'וְעַתָּה מַמְלַכְתְּךָ לֹא תָקוּם בִּקֵּשׁ ה' לוֹ אִישׁ כִּלְבָבוֹ וַיְצַוֵּהוּ ה' לְנָגִיד עַל עַמּוֹ' וְהַיְינוּ רָמַז לוֹ עַל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה אָחוּז בִּשְׁתַּיִם שֶׁהֵם לֵאָה וְרָחֵל, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר בִּקֵּשׁ ה' לוֹ אִישׁ כִּלְבָבוֹ חִלֵּק הַתֵּיבָה לְשָׁלֹשׁ חֲלוּקוֹת וְקָרֵי בָּהּ כָּל בְּ ' בּוֹ , כְּלוֹמַר אִישׁ אֲשֶׁר כָּל הַשְׁתַּיִם שֶׁהֵם לֵאָה וְרָחֵל יֶשְׁנָם בּוֹ שֶׁאָחוּז בִּשְׁנֵיהֶם.
« Saul pour une seule, et elle lui fut comptée ; David pour deux, et elles ne lui furent pas comptées. » -- La difficulté est évidente : y aurait-il, à Dieu ne plaise, favoritisme ? Les commentateurs ont répondu que Saul chercha à se justifier alors que David ne se justifia pas, bien qu'il eût des arguments à opposer, mais dit « j'ai péché envers Dieu ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la faute du roi David fut ponctuelle et ne porta pas de fruit, tandis que celle de Saul porta du fruit : parce qu'il ne tua pas Agag sur-le-champ, naquit Haman -- Agag ayant eu commerce avec une servante dont il sortit Haman ; et parce qu'il conserva « le meilleur du troupeau » (I Samuel 15, 9), il subsista aussi des Amalécites qui étaient sorciers, qui se mêlèrent au troupeau sans être vus, et s'enfuirent ensuite -- si bien que la descendance d'Amaleq se multiplia de nouveau dans le monde. La faute de Saul à l'égard d'Amaleq est en outre très grave, car le Nom n'est pas entier et le Trône n'est pas entier tant que le nom d'Amaleq n'est pas effacé (Rachi sur Exode 17, 16, d'après le Midrach Tan'houma). De plus, Israël était tenu d'effacer Amaleq après son entrée en terre, avant d'établir un roi ; or ils firent passer l'affaire du roi en premier, Saul régna -- et malgré cela il n'accomplit pas cette mitsva comme elle était énoncée. Voilà pourquoi, pour une seule, elle lui fut comptée. Dans cet énoncé même -- Saul pour une, David pour deux -- il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que le roi Saul n'avait pas de scories dans son âme et n'était venu en ce monde que pour un seul travail : la parer et l'affiner. Comme sa peine dans la réparation de son âme n'était pas grande, n'ayant qu'un seul ouvrage, sa faute lui fut comptée. Le roi David, lui, avait deux ouvrages, car son âme portait beaucoup de scories : il devait peiner, s'exercer et combattre pour elle énormément -- premièrement en séparer les scories, deuxièmement la parer et l'affiner, ce qui correspond à « détourné-toi du mal » et « fais le bien ». Puisqu'il était occupé à deux, c'est-à-dire à deux ouvrages, sa faute ne lui fut pas comptée. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel : Léa et Rachel relèvent toutes deux du sod de la Malkhout, Léa étant la moitié supérieure et Rachel la moitié inférieure, selon le sod de (Proverbes 22, 4) « la conséquence de l'humilité est la crainte de Dieu » ; et il est dit dans le Cha'ar ha-Pessouqim que le roi David était attaché aux deux, à Léa et à Rachel. Il peina donc à les réparer toutes deux ; et parce qu'il fut attaché à la royauté d'en haut d'une prise complète, il prit la couronne de la royauté d'en bas avec toute sa force -- si bien que, même après avoir fauté, la royauté ne lui fut pas retirée. C'est le sens de « David par deux » : attaché aux deux, Léa et Rachel, sa prise sur la royauté d'en bas était forte, et bien qu'il eût fauté, sa faute ne lui fut pas comptée au point de lui ôter la royauté. Saul, lui, était des fils de Rachel, et sa prise sur la royauté d'en haut ne venait que du côté de Rachel : c'est « Saul par une » -- et sa faute lui fut donc comptée, pour lui ôter la royauté. Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel, ce que Chmouel dit à Saul (I Samuel 13, 14) « et maintenant ta royauté ne tiendra pas ; Dieu s'est cherché un homme selon son cœur, et Dieu l'a désigné comme guide sur son peuple » : c'était une allusion au roi David, attaché aux deux, Léa et Rachel. C'est le sens de « Dieu s'est cherché un homme ki-levavo » -- découpe le mot en trois et lis kol beit bo : un homme en qui se trouvent les deux, Léa et Rachel, attaché à toutes deux.
💡 Explication

Formule célèbre de Rav Houna : kama lo hali ve-lo margich gavra de-mareh sayeh -- combien celui que son Maître assiste n'a ni à souffrir ni à s'inquiéter. Ce n'est pas un énoncé de faveur arbitraire, c'est le constat d'une asymétrie que tout le reste du daf va s'employer à justifier.

La comptabilité doit d'abord être établie. Côté Saul : une seule faute, celle d'Agag. Objection immédiate : et Nov, la ville des cohanim ? Réponse décisive : le décret nihamti ki himlakhti et Chaoul tomba avant Nov. Le trône était déjà perdu au moment de Nov -- Nov n'entre donc pas dans le compte de ce qui l'a coûté.

11
דָּוִד בִּשְׁתַּיִם מַאי נִינְהוּ — דְּאוּרִיָּה, וְדַהֲסָתָה.

David, pour deux : lesquelles sont-elles ? Celle d'Ourya, et celle de la hassata (l'incitation).

📜 Rachi (1)
דְּאוּרִיָּה וְדַהֲסָתָה שֶׁהוּסַת לִמְנוֹת אֶת יִשְׂרָאֵל בְּסוֹף יָמָיו וְגָרַם לָבֹא עֲלֵיהֶם דָּבָר:
Celle d'Ourya et celle de la hassata : il fut incité à compter Israël à la fin de ses jours, et cela causa la venue de la peste sur eux.
💡 Explication

Le compte de David est fixé : l'affaire d'Ourya le Hittite, et la hassata. Rachi précise ce second terme : David fut incité à recenser Israël à la fin de sa vie (II Samuel 24), et ce recensement provoqua la peste sur le peuple. Le daf revient ainsi à son point de départ -- l'interdit de compter Israël -- après la boucle sur Saul.

12
וְהָא אִיכָּא נָמֵי מַעֲשֶׂה דְּבַת שֶׁבַע! הָתָם אִפְּרַעוּ מִינֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וְאֶת הַכִּבְשָׂה יְשַׁלֵּם אַרְבַּעְתָּיִם״, יֶלֶד, אַמְנוֹן, תָּמָר, וְאַבְשָׁלוֹם.

Mais il y a aussi l'affaire de Bat-Cheva ! Là, on a exigé de lui réparation, ainsi qu'il est écrit : « Et il paiera la brebis au quadruple » (II Samuel 12, 6) : l'enfant, Amnon, Tamar et Avchalom.

📜 Rachi (2)
דְּבַת שֶׁבַע שֶׁבָּא עָלֶיהָ:
Celle de Bat-Cheva : qu'il eût commerce avec elle.
יֶלֶד בְּנָהּ הָרִאשׁוֹן:
L'enfant : son premier fils.
🗂️ Tossefot (1)
הָתָם אִיפְּרוֹעֵי אִיפְּרַעוּ מִינֵּיהּ תֵּימַהּ מְנָא לַן דְּלָא הֲוָה אוֹתוֹ פֵּירָעוֹן נָמֵי בִּשְׁבִיל אוּרִיָּה יֵשׁ לוֹמַר מִדְּלָא כְּתִיב אֶלָּא וְאֶת הַכִּבְשָׂה יְשַׁלֵּם וְעוֹד דִּכְתִיב אַרְבַּעְתָּיִם דְּהַיְינוּ עֲבֵירָה אַחַת דְּהַיְינוּ גִּילּוּי עֲרָיוֹת דְּאִי אַתַּרְוַיְיהוּ אַגִּילּוּי עֲרָיוֹת דְּבַת שֶׁבַע וְאַשְּׁפִיכוּת דָּמִים דְּאוּרִיָּה נֶעֱנַשׁ בְּיֶלֶד אַמְנוֹן וְתָמָר וְאַבְשָׁלוֹם אִם כֵּן לֹא שִׁילֵּם אַרְבַּעְתָּיִם:
Il est étonnant : d'où savons-nous que ce paiement ne valait pas aussi pour Ourya ? On peut répondre : d'abord parce qu'il n'est écrit que « et il paiera la brebis » (la brebis seule, c'est-à-dire Bat-Cheva) ; ensuite parce qu'il est écrit « au quadruple », ce qui correspond à une seule transgression, celle de l'union interdite. Car si les quatre châtiments -- l'enfant, Amnon, Tamar et Avchalom -- valaient pour les deux fautes ensemble, l'union interdite de Bat-Cheva et l'effusion du sang d'Ourya, alors il n'aurait pas payé le quadruple (mais seulement le double pour chacune).
💡 Explication

Objection : le compte de David devrait être de trois, pas deux -- il y a encore Bat-Cheva. Réponse : cette faute ne se compte plus, car elle a déjà été payée. C'est le critère qui va structurer tout le reste du passage : ifra'ou minei, on a déjà exigé réparation de lui.

Le paiement est celui que David s'est prononcé à lui-même dans la parabole de Natan : ve-et ha-kivsa yechalem arba'tayim, il paiera la brebis au quadruple. Et le quadruple s'est vérifié à la lettre : l'enfant né de Bat-Cheva, Amnon, Tamar, Avchalom.

🖼️ Schéma
Ve-et ha-kivsa yechalem arba'tayim : la dette de David, payée quatre fois David s'est condamné lui-même dans la parabole de Natan -- la sentence s'est appliquée à lui La brebis prise : Bat-Cheva une seule faute -- un paiement au quadruple 1. Le yeled le premier enfant né de Bat-Cheva 2. Amnon son fils, tué 3. Tamar sa fille, outragée 4. Avchalom sa révolte et sa mort Tossefot : justement parce que le compte tombe juste à QUATRE, on sait que ce paiement solde Bat-Cheva SEULE s'il valait aussi pour Ourya (deux fautes), quatre châtiments ne feraient plus le quadruple de chacune
Le paiement au quadruple : quatre châtiments pour une seule faute -- et c'est le compte exact qui prouve qu'il ne solde que Bat-Cheva.
13
הָתָם נָמֵי אִפְּרַעוּ מִינֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וְיִתֵּן ה׳ דֶּבֶר (בָּעָם מִן הַבֹּוקֶר) וְעַד עֵת מוֹעֵד״! הָתָם לָא אִפְּרַעוּ מִגּוּפֵיהּ.

Là aussi (pour la hassata) on a exigé de lui réparation, ainsi qu'il est écrit : « Et Dieu envoya une peste (sur le peuple depuis le matin) jusqu'au temps fixé » (II Samuel 24, 15) ! -- Là, la réparation n'a pas été exigée de son corps.

💡 Explication

Le critère du paiement est retourné contre la guemara : si une faute payée sort du compte, la hassata devrait en sortir aussi -- la peste a bien frappé après le recensement.

La réponse introduit la précision décisive : lo ifra'ou mi-goufeh. La peste a frappé le peuple, pas la personne du roi. Un châtiment qui tombe sur autrui ne solde pas la dette de celui qui a fauté. Seul ce qui l'atteint dans son propre corps compte comme paiement.

14
הָתָם נָמֵי לָא אִפְּרַעוּ מִגּוּפֵיהּ! לָאיֵי אִפְּרַעוּ מִגּוּפֵיהּ, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים נִצְטָרַע דָּוִד וּפָרְשׁוּ הֵימֶנּוּ סַנְהֶדְרִין, וְנִסְתַּלְּקָה הֵימֶנּוּ שְׁכִינָה, דִּכְתִיב: ״יָשׁוּבוּ לִי יְרֵאֶיךָ וְיֹודְעֵי עֵדֹותֶיךָ״. וּכְתִיב: ״הָשִׁיבָה לִּי שְׂשׂוֹן יִשְׁעֶךָ״.

Là non plus (pour Bat-Cheva) la réparation n'a pas été exigée de son corps ! -- Mais si : elle a bien été exigée de son corps, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : David fut frappé de tsara'at pendant six mois, le Sanhédrin s'écarta de lui, et la Chekhina se retira de lui -- ainsi qu'il est écrit : « Que reviennent à moi ceux qui Te craignent et ceux qui connaissent Tes témoignages » (Psaumes 119, 79), et il est écrit : « Rends-moi la joie de Ton salut » (Psaumes 51, 14).

🗂️ Tossefot (1)
שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים נִצְטָרַע דָּוִד וְכוּ' תֵּימַהּ לִי א"כ שִׁילֵּם יוֹתֵר מֵאַרְבַּעְתָּיִם וְעוֹד דִּילְמָא מַאי דְּנִצְטָרַע הַייְנוּ בִּשְׁבִיל מַעֲשֶׂה דְּאוּרִיָּה אִי נָמֵי אִם נִצְטָרַע בִּשְׁבִיל בַּת שֶׁבַע נֵימָא דְּחַד מֵאִינָךְ דְּיֶלֶד אַמְנוֹן וְתָמָר וְאַבְשָׁלוֹם בִּשְׁבִיל אוּרִיָּה וּמִנָּלַן דְּלָא נֶעֱנַשׁ בִּשְׁבִיל אוּרִיָּה וי"ל מִדִּכְתִיב וְאֹותוֹ הָרַגְתָּ בְּחֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן וְדָרְשִׁינַן בְּפֶרֶק ב' דְּקִידּוּשִׁין (דַּף מג.) מָה חֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן אִי אַתָּה נֶעֱנָשׁ עָלָיו אַף אוּרִיָּה הַחִתִּי אִי אַתָּה נֶעֱנָשׁ עָלָיו וּמַה שֶׁהִקְשֵׁיתִי א"כ הֲוָה לֵיהּ טְפֵי מֵאַרְבַּעְתָּיִם דִּילְמָא דְּאַמְנוֹן וְתָמָר בְּחַד חֲשִׁיב לְהוּ אִי נָמֵי דְּתָמָר וּמַה שֶׁנִּצְטָרַע בְּחַד חֲשִׁיב לְהוּ דְּלָא דָּמוּ לְאַחֲרֵינִי דְּיֶלֶד וּדְאַמְנוֹן וּדְאַבְשָׁלוֹם שֶׁמֵּתוּ אֲבָל דְּתָמָר לָא הֲוָה מִיתָה וְעוֹד דְּבַת יְפַת תֹּואַר הָיְתָה וּמַה שֶׁנִּצְטָרַע שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים כֵּיוָן שֶׁנִּתְרַפֵּא לָא הֲוָה שָׁקוּל כִּי הָנָךְ לְהָכִי אִיכָּא לְמֵימַר דְּהָנָךְ תַּרְתֵּי חַד חָשֵׁיב לְהוּ:
« David fut frappé de tsara'at pendant six mois, etc. » -- Cela m'étonne : s'il en est ainsi, il a payé plus que le quadruple. Et de plus : peut-être la tsara'at valait-elle pour l'affaire d'Ourya ? Ou bien, si la tsara'at fut pour Bat-Cheva, disons que l'un des autres châtiments -- l'enfant, Amnon, Tamar ou Avchalom -- fut pour Ourya ; d'où savons-nous qu'il ne fut pas puni pour Ourya ? On peut répondre : de ce qu'il est écrit « et toi tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon », dont on tire au deuxième chapitre de Qiddouchin (43a) : de même que pour l'épée des fils d'Ammon tu n'es pas puni, de même pour Ourya le Hittite tu n'es pas puni. Quant à ma difficulté -- cela ferait plus que le quadruple -- peut-être compte-t-on Amnon et Tamar comme un seul, ou bien Tamar et la tsara'at comme un seul, car ces deux-là ne ressemblent pas aux autres : l'enfant, Amnon et Avchalom sont morts, tandis que pour Tamar il n'y eut pas de mort -- elle était d'ailleurs fille de yefat toar -- et quant à la tsara'at de six mois, puisqu'il en guérit, elle ne pesait pas autant que les autres. Il y a donc lieu de dire que ces deux-là ne comptent que pour un.
💡 Explication

Symétrie exacte : si le critère est le corps, alors le paiement de Bat-Cheva n'en relève pas davantage -- ce sont ses enfants qui ont péri, pas lui.

La'ai (mais si !) : il y eut bien un châtiment corporel, enseigne Rav au nom de Rav Yehouda. Trois retraits simultanés pendant six mois : la tsara'at dans sa chair, le Sanhédrin qui s'écarte de lui, la Chekhina qui se retire. Les deux versets sont lus comme des preuves indirectes : si David demande le retour de ceux qui craignent Dieu et de la joie du salut, c'est qu'ils s'étaient éloignés.

Tossefot pose alors la difficulté arithmétique : cela ferait plus que le quadruple -- et propose de compter Tamar et la tsara'at comme un seul item, puisque ni l'une ni l'autre ne fut une mort.

15
וְהָא אָמַר רַב: קִבֵּל דָּוִד לָשׁוֹן הָרָע! כִּשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר: לֹא קִבֵּל דָּוִד לָשׁוֹן הָרָע.

Mais Rav n'a-t-il pas dit : David a accepté du lachon ha-ra ! -- Suivant Chmouel, qui a dit : David n'a pas accepté de lachon ha-ra.

📜 Rachi (1)
לָשׁוֹן הָרָע עַל מְפִיבֹושֶׁת מִפִּי צִיבָא:
Du lachon ha-ra : au sujet de Mefivochet, de la bouche de Tsiva.
💡 Explication

Nouvelle objection au compte de deux : il y aurait une troisième faute -- David aurait accepté du lachon ha-ra, le rapport de Tsiva accusant Mefivochet, fils de Yonatan, de s'être réjoui de la chute de David (II Samuel 16 et 19).

Première sortie : suivre Chmouel plutôt que Rav. Selon Chmouel, David n'a rien accepté d'indu -- le rapport de Tsiva était exact, il n'y eut donc pas de faute du tout. Le segment suivant proposera une seconde sortie, valable même selon Rav.

16
וּלְרַב נָמֵי דְּאָמַר קִבֵּל דָּוִד לָשׁוֹן הָרָע, הָא אִיפְּרַעוּ מִינֵּיהּ, דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּשָׁעָה שֶׁאָמַר לוֹ דָּוִד לִמְפִיבֹושֶׁת: ״אָמַרְתִּי אַתָּה וְצִיבָא תַּחְלְקוּ אֶת הַשָּׂדֶה״, יָצְאָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לוֹ: ״רְחַבְעָם וְיָרָבְעָם יַחְלְקוּ אֶת הַמַּלְכוּת״.

Et même selon Rav, qui dit que David a accepté du lachon ha-ra : n'a-t-on pas exigé de lui réparation ? Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : au moment où David dit à Mefivochet « j'ai dit : toi et Tsiva, partagez le champ » (II Samuel 19, 30), une voix céleste sortit et lui dit : Rehav'am et Yarov'am partageront la royauté.

📜 Rachi (1)
הַאי אִפְּרַעוּ מִינֵּיהּ מִדָּה בְּמִדָּה הוּא הִפְסִידוֹ לְחֵלֶק נַחֲלָתוֹ וְהוּא נִפְסָד נַחֲלַת מַלְכוּת:
« N'a-t-on pas exigé de lui réparation » : mesure pour mesure -- il lui a fait perdre le partage de son héritage, et il a perdu lui-même l'héritage de la royauté.
🗂️ Tossefot (1)
וְהָאָמַר רַב קִיבֵּל דָּוִד לָשׁוֹן הָרָע הָא דְּלָא פָּרֵיךְ נָמֵי מֵהָא דְּחָטָא שֶׁאָמַר שִׁירָה עַל מַפַּלְתּוֹ שֶׁל שָׁאוּל כִּדְאִיתָא פֶּרֶק אֵלּוּ מְגַלְּחִין (מו"ק דַּף טז:) שִׁגָּיוֹן לְדָוִד אֲשֶׁר שָׁר לַה' עַל דִּבְרֵי כוּשׁ בֶּן יְמִינִי וי"ל הַהִיא כִּשְׁגָגָה חֲשִׁיב לֵיהּ דִּכְתִיב שִׁגָּיוֹן לְדָוִד לְפִי שֶׁאֵין אָדָם נִתְפָּס עַל צַעֲרוֹ שֶׁהָיָה שָׁאוּל רוֹדְפוֹ:
« Mais Rav n'a-t-il pas dit : David a accepté du lachon ha-ra » -- Si la guemara n'objecte pas aussi à partir de la faute qu'il commit en entonnant un chant sur la chute de Saul, comme il est rapporté au chapitre Elou megual'hin (Moed Qatan 16b) : « Chigayon de David, qu'il chanta à Dieu au sujet des paroles de Kouch fils de Yemini » -- on peut répondre : celle-là lui est comptée comme une inadvertance (chegaga), puisqu'il est écrit « chigayon de David », car on ne tient pas rigueur à un homme de ce qu'il dit dans sa détresse, Saul étant à le poursuivre.
💡 Explication

Seconde sortie, qui tient même selon Rav : la faute existe, mais elle est soldée. Et le paiement est mesure pour mesure, comme le note Rachi : il a fait partager un champ, on a partagé son royaume. Après Chelomo, le royaume se scinde entre Rehav'am (Yehouda) et Yarov'am (Israël).

Tossefot ferme une dernière brèche : pourquoi la guemara n'objecte-t-elle pas à partir d'une autre faute de David -- le chant entonné sur la chute de Saul ? Réponse : le Psaume s'intitule chigayon, mot de la racine de l'erreur (chegaga) -- ce fut une inadvertance, et l'on ne tient pas rigueur à un homme de ce qu'il dit dans sa détresse, Saul le poursuivant.

17
״בֶּן שָׁנָה שָׁאוּל בְּמָלְכוֹ״, אָמַר רַב הוּנָא: כְּבֶן שָׁנָה, שֶׁלֹּא טָעַם טַעַם חֵטְא.

« Saul avait un an quand il devint roi » (I Samuel 13, 1) -- Rav Houna a dit : comme un enfant d'un an, en ce qu'il n'avait pas goûté le goût de la faute.

💡 Explication

Le verset est littéralement impossible : Saul n'avait pas un an à son avènement. Rav Houna le lit comme une comparaison de pureté : il était comme un enfant d'un an en ce qu'il n'avait jamais goûté au goût de la faute.

Cette louange va s'avérer le nœud du daf. Ce que Rav Houna présente comme un éloge -- l'innocence absolue -- Chmouel expliquera plus loin comme la cause même de la fin de sa dynastie : un roi sans aucun défaut n'a rien derrière lui pour le rappeler à l'humilité.

18
מַתְקִיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: וְאֵימָא ״כְּבֶן שָׁנָה״, שֶׁמְּלֻוכְלָךְ בְּטִיט וּבְצוֹאָה? אַחְוִיאוּ לֵיהּ לְרַב נַחְמָן סִיּוּטָא בְּחֶלְמֵיהּ. אָמַר: נַעֲנֵיתִי לָכֶם עַצְמוֹת שָׁאוּל בֶּן קִישׁ. הֲדַר חֲזָא סִיּוּטָא בְּחֶלְמֵיהּ. אָמַר: נַעֲנֵיתִי לָכֶם עַצְמוֹת שָׁאוּל בֶּן קִישׁ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל.

Rav Nahman bar Yits'haq objecte : dis plutôt « comme un enfant d'un an » en ce qu'il est souillé de boue et d'excréments ! On lui montra un cauchemar (siyouta) dans son rêve.

Il dit : je m'humilie devant vous, ossements de Saul fils de Qich. Il revit encore un cauchemar dans son rêve.

Il dit : je m'humilie devant vous, ossements de Saul fils de Qich, roi d'Israël.

📜 Rachi (1)
סְיוּטָא מַלְאֲכֵי פַּחַד מַבְהִילִים אוֹתוֹ:
Siyouta : des anges de terreur qui l'épouvantent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
נַעֲנֵיתִי לְךָ עַצְמוֹת שָׁאוּל בֶּן קִישׁ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הֻוצְרַךְ לוֹמַר עֲצָמוֹת וְהָיָה דַּי לוֹמַר 'נַעֲנֵיתִי לְךָ שָׁאוּל בֶּן קִישׁ'? וְעוֹד לָמָּה בַּפַּעַם הַשֵּׁנִית לֹא אָמַר 'עֲצָמוֹת' כִּי כָּךְ הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב, וְהַמְפָרְשִׁים נָמֵי אָזְלִי בָּתַר גִּרְסָא זוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב בְּרָעֲיָא מְהֵימְנָא (פָּרָשַׁת שׁוֹפְטִים דַּף עֵרָה.) דְּהָכִי אַקְמוּהוּ מָארֵי מַתְנִיתִין רָשָׁע עֲוֹנֹותָיו חֲקוּקִים לוֹ עַל עַצְמוֹתָיו וְהָכִי צַדִּיק זְכִיּוֹתָיו חֲקוּקִים לוֹ עַל עַצְמוֹתָיו, וּבְגִין כָּךְ אָמַר דָּוִד (תְּהִלִּים לה, י) כָּל עַצְמוֹתַי תֹּאמַרְנָה וְכוּ' עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ, עַייֵּן שָׁם, נִמְצָא הַצַּדִּיק זְכִיּוֹתָיו חֲקוּקִים עַל עַצְמוֹתָיו. אִם כֵּן נִמְצָא דְּרָשָׁה שֶׁדָּרַשׁ רַב הוּנָא 'כְּבֶן שָׁנָה' שֶׁלֹּא טָעַם טַעַם חֵטְא הִיא כְּבוֹד עַצְמוֹתָיו הַקְּדוֹשִׁים שֶׁהָיָה צַדִּיק וְשָׁם חֲקוּקִים כָּל הַזְּכִיּוֹת וְאֵין חָקוּק שֵׁם חֵטְא כְּלָל, אֲבָל רַב נַחְמָן שֶׁבָּא לַחֲלֹוק עַל דְּרָשָׁה זוֹ וְהִשִּׂיא הַדְּרָשָׁה לְדָבָר אַחֵר, נִמְצָא פָּגַע בִּכְבוֹד עַצְמוֹתָיו שֶׁל שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה וְלָכֵן בִּקֵּשׁ מְחִילָה בְּפֵירוּשׁ מִן עַצְמוֹתָיו וְאָמַר נַעֲנֵיתִי לְךָ עַצְמוֹת שָׁאוּל בֶּן קִישׁ אֲשֶׁר קִלְקַלְתִּי הַדְּרָשָׁה הַנּוֹתֶנֶת כָּבוֹד לָכֶם, וּבָזֶה נִתְפַּיְּיסוּ עַצְמוֹת שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה אַחַר שֶׁבִּקֵּשׁ מְחִילָה מֵהֶם, אַךְ בִּדְבָרִים אֵלּוּ עַצְמָן שֶׁפִּייֵּס בָּהֶם אֶת עַצְמוֹתָיו חָזַר וְנָגַע בִּכְבוֹד מַלְכוּתוֹ שֶׁל שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה עַל אֲשֶׁר קְרָאוֹ 'שָׁאוּל בֶּן קִישׁ' וְלֹא אָמַר מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל! לָכֵן חָזַר וַחֲזָא סְיוּטָא בְּחֶלְמֵיהּ וְאָז חָזַר וְתִקֵּן מִכְשׁוֹל זֶה שֶׁנִּכְשַׁל בְּדִבּוּר לִשְׁאוֹל מְחִילָה פַּעַם שֵׁנִית בַּעֲבוּר דִּבּוּר זֶה הַנּוֹגֵעַ לִכְבוֹד הַמַּלְכוּת שֶׁלּוֹ וְלֹא הֻוצְרַךְ לִזְכֹּור עַתָּה הָעֲצָמוֹת שֶׁכְּבָר נִתְפַּיְּיסוּ וְרַק הֻוצְרַךְ לְהַזְכִּיר אוֹתוֹ בְּשֵׁם מֶלֶךְ וּלְבַקֵּשׁ מְטוּ מִכְּבוֹד מַלְכוּתוֹ עַל אֲשֶׁר לֹא הִזְכִּיר בִּדְבָרָיו תֹּואַר הַמַּלְכוּת, וּלְכָךְ אָמַר נַעֲנֵיתִי לְךָ שָׁאוּל בֶּן קִישׁ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל . וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (שְׁמוּאֵל א' ב, יט) 'וּמְעִיל קָטֹן תַּעֲשֶׂה לּוֹ אִמּוֹ' שֶׁכָּל צַדִּיק אַחַר שֶׁנִּתְעַכֵּל הַבָּשָׂר לֹא יִשָּׁאֵר בְּעַצְמוֹתָיו בַּקֶּבֶר אֶלָּא רַק חֵלֶק בְּחִינַת הַקְּטַנּוֹת מִן הַנֶּפֶשׁ וְזֶה הַחֵלֶק הוּא אֲשֶׁר בָּא לָאָדָם מִתְּחִילַּת לֵידָתוֹ בָּעוֹלָם הַזֶּה אֲבָל בְּחִינַת הַגַּדְלוּת שֶׁל הַנֶּפֶשׁ הַבָּאָה לָאָדָם בְּגוֹדְלוֹ הִיא הוֹלֶכֶת בְּגַן עֵדֶן הָאָרֶץ אַחַר עִיכּוּל הַבָּשָׂר וְלֹא תִּשָּׁאֵר בַּעֲצָמוֹת, עַייֵּן שָׁם. וְהִנֵּה רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק בְּאוֹמְרוֹ 'כְּבֶן שָׁנָה' שֶׁמְּלֻכְלָךְ בְּטִיט וּבְצוֹאָה, נָגַע בְּכָבוֹד חֵלֶק הַנֶּפֶשׁ שֶׁל בְּחִינַת הַקְּטַנּוֹת וְשֶׁל בְּחִינַת הַגַּדְלוּת, וְכַאֲשֶׁר אָמַר תְּחִילָּה נַעֲנֵיתִי לָכֶם עַצְמוֹת שָׁאוּל בֶּן קִישׁ, נִמְצָא לֹא בִּקֵּשׁ מְחִילָה בִּדְבָרִים אֵלּוּ אֶלָּא רַק מִן חֵלֶק שֶׁל בְּחִינַת הַקְּטַנּוֹת שֶׁל הַנֶּפֶשׁ שֶׁזֶּה הַחֵלֶק הוּא הַשּׁוֹכֵן בַּעֲצָמוֹת, אֲבָל מִן גַּדְלוּת הַנֶּפֶשׁ לֹא בִּקֵּשׁ מְחִילָה מֵאַחַר שֶׁלֹּא זָכַר בְּפִיו אֶלָּא הָעֲצָמוֹת וּבָהֶם אֵינוֹ מָצוּי חֵלֶק הַגַּדְלוּת, וְלָכֵן חֲזָא עוֹד סְיוּטָא בְּחֶלְמֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁעֲדַייִן לֹא הִשְׁלִים בַּקָּשַׁת הַמְּחִילָה כָּרָאוּי, וּלְמָחָר הִרְגִּישׁ בָּזֶה וְחָזַר וְאָמַר נַעֲנֵיתִי לְךָ שָׁאוּל בֶּן קִישׁ מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל כִּיוֵּן בָּזֶה עַל חֵלֶק הַגַּדְלוּת שֶׁל הַנֶּפֶשׁ וְלֹא הִזְכִּיר עַתָּה עֲצָמוֹת כִּי חֵלֶק הַקְּטַנּוֹת כְּבָר בִּיקֵּשׁ מִמֶּנּוּ מְחִילָה אֶתְמוֹל. וְתֹואַר 'מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל' שַׁייָּךְ עַל חֵלֶק הַגַּדְלוּת דְּוַדַּאי כְּשֶׁנַּעֲשָׂה מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל בָּא לוֹ חֵלֶק הַגַּדְלוּת שֶׁל הַנֶּפֶשׁ, וְקָרְאוּ ש אֲוַל ב ן ק יֵשׁ בִּשְׁתֵּי הַפְּעָמִים דְּהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת 'שְׁבַק' לוֹמַר כְּבָר בְּחַיָּיו שְׁבַק וּמָחַל לְאוֹתָם בְּנֵי בְּלִיַּעַל שֶׁבִּיזֹוהוּ, עַל כֵּן גַּם עַתָּה יִמְחֹול לִי עַל פִּי מִדָּתוֹ הַטּוֹבָה.
« Je m'humilie devant toi, ossements de Saul fils de Qich. » -- Il faut demander : pourquoi devait-il dire « ossements » ? Il aurait suffi de dire « je m'humilie devant toi, Saul fils de Qich ». Et pourquoi, la seconde fois, n'a-t-il pas dit « ossements » -- car telle est la leçon dans le Ein Yaaqov, et les commentateurs la suivent. Il me semble, avec l'aide du Ciel, en s'appuyant sur ce qu'écrit le Ra'aya Mehemna (parachat Choftim 275a) : ainsi l'ont établi les maîtres de la michna -- les fautes du méchant lui sont gravées sur ses os, et de même les mérites du juste lui sont gravés sur ses os ; c'est pourquoi David a dit (Psaumes 35, 10) « tous mes os diront... ». Il en ressort que les mérites du juste sont gravés sur ses os. Dès lors, l'exégèse de Rav Houna -- « comme un enfant d'un an », qui n'avait pas goûté le goût de la faute -- est un honneur rendu à ses os saints : il était juste, tous ses mérites y sont gravés et nulle faute n'y est inscrite. Mais Rav Nahman, venant contester cette exégèse et l'orienter vers autre chose, a porté atteinte à l'honneur des ossements du roi Saul. Voilà pourquoi il demanda pardon explicitement à ses ossements, disant : je m'humilie devant toi, ossements de Saul fils de Qich, moi qui ai gâté l'exégèse qui vous rendait honneur. Les ossements du roi Saul furent alors apaisés. Mais par ces paroles mêmes destinées à les apaiser, il porta de nouveau atteinte à l'honneur de sa royauté, en l'appelant « Saul fils de Qich » sans dire « roi d'Israël ». Il revit donc un cauchemar en songe, et reparra alors ce manquement de parole en demandant pardon une seconde fois pour ce qui touchait à l'honneur de sa royauté. Il n'avait plus besoin de mentionner les ossements, déjà apaisés ; il devait seulement le nommer par son titre royal et implorer l'honneur de sa royauté pour n'avoir pas mentionné ce titre dans ses paroles. C'est pourquoi il dit : je m'humilie devant toi, Saul fils de Qich, roi d'Israël. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a dit notre maître le Ari sur le verset (I Samuel 2, 19) « et sa mère lui faisait un petit manteau » : de tout juste, après que la chair s'est consumée, il ne demeure dans ses os au tombeau que la part relevant de la qatnout (l'état de petitesse) de la nefech -- cette part qui vient à l'homme dès sa naissance en ce monde -- tandis que la part de la gadlout (l'état de grandeur) de la nefech, qui vient à l'homme en grandissant, s'en va au Gan Éden terrestre après la consomption de la chair et ne demeure pas dans les os. Or Rav Nahman bar Yits'haq, en disant « comme un enfant d'un an » souillé de boue et d'excréments, a porté atteinte à l'honneur de la part de qatnout et à celle de gadlout. Quand il dit d'abord « je m'humilie devant vous, ossements de Saul fils de Qich », il ne demandait pardon qu'à la part de la qatnout, celle qui réside dans les os ; mais il n'implorait pas la gadlout, n'ayant mentionné que les os, où cette part ne se trouve pas. C'est pourquoi il revit un cauchemar : il n'avait pas encore achevé sa demande de pardon comme il convenait. Le lendemain il le perçut, revint et dit « je m'humilie devant toi, Saul fils de Qich, roi d'Israël », visant cette fois la part de gadlout ; et il ne mentionna plus les os, ayant déjà demandé pardon la veille à la part de qatnout. Le titre de « roi d'Israël » relève bien de la gadlout, car c'est en devenant roi d'Israël que lui vint la part de grandeur de la nefech. Et il l'appela Chaoul Ben Qich les deux fois, dont les initiales forment CHaVaQ (il a laissé, il a remis) -- pour dire : déjà de son vivant il a remis et pardonné à ces bnei beliya'al qui l'avaient méprisé ; ainsi me pardonnera-t-il maintenant aussi, selon sa bonne mesure.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yits'haq conteste l'exégèse : la comparaison à un enfant d'un an peut tout aussi bien viser la saleté. La remarque est méthodologiquement recevable -- et elle a un coût.

La nuit même, il reçoit un siyouta : Rachi glose des anges de terreur qui l'épouvantent. Il demande pardon aux ossements de Saul fils de Qich -- et le cauchemar revient. Il comprend que sa formule d'excuse portait encore atteinte : il avait nommé l'homme, pas le roi. Il reprend en ajoutant melekh Yisrael -- et les cauchemars cessent.

Leçon implicite, qui prépare la suite : l'honneur de la royauté n'est pas un supplément facultatif au nom de celui qui la porte.

19
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מִפְּנֵי מַה לֹא נִמְשְׁכָה מַלְכוּת בֵּית שָׁאוּל — מִפְּנֵי שֶׁלֹּא הָיָה בּוֹ שׁוּם דֹּופִי, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: אֵין מַעֲמִידִין פַּרְנָס עַל הַצִּיבּוּר אֶלָּא אִם כֵּן קֻופָּה שֶׁל שְׁרָצִים תְּלוּיָה לוֹ מֵאֲחוֹרָיו. שֶׁאִם תָּזוּחַ דַּעְתּוֹ עָלָיו אוֹמְרִין לוֹ: חֲזֹור לַאֲחוֹרֶיךָ.

Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : pourquoi la royauté de la maison de Saul ne s'est-elle pas prolongée ? Parce qu'il n'y avait en lui aucun défaut.

Car Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadaq : on n'établit un dirigeant (parnass) sur la communauté que s'il a une corbeille de bestioles rampantes suspendue derrière lui -- afin que, s'il s'enorgueillit, on puisse lui dire : retourne-toi et regarde derrière toi.

📜 Rachi (3)
לֹא נִמְשְׁכָה לְאֹורֶךְ יָמִים:
Ne s'est pas prolongée : pour de longs jours.
שֶׁלֹּא הָיָה בּוֹ שׁוּם דֹּופִי מִשְׁפָּחָה וְיִתְגָּאוּ הַמְּלָכִים הַיּוֹצְאִים מִזַּרְעוֹ עַל יִשְׂרָאֵל אֲבָל דָּוִד מֵרוּת הַמּוֹאֲבִיָּה אֲתָא:
Qu'il n'y avait en lui aucun défaut : de famille -- et alors les rois issus de sa descendance s'enorgueilliraient sur Israël. David, lui, descendait de Routh la Moabite.
קֻופָּה שֶׁל שְׁרָצִים דֹּופִי מִשְׁפָּחָה:
Une corbeille de bestioles rampantes : un défaut de famille.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁאִם תָּזוּחַ דַּעְתּוֹ עָלָיו , אוֹמְרִים לוֹ : חָזַר לַאֲחוֹרֶיךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד אֲחוֹרֵי אוֹתִיּוֹת פַּרְנָס יֵשׁ אוֹתִיּוֹת נֶעֱקַם כִּי זֶה נֶעֱקַם יִחוּסוֹ מִכֹּחַ קפה שֶׁל שְׁרָצִים שֶׁמִּצַּד הָאֵם הֵם בְּנֵי גֵּרִים שְׁטִיפָתָם פְּסוּלָה:
« Afin que, s'il s'enorgueillit, on lui dise : retourne-toi (hazor la-ahorekha). » -- Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres du mot PaRNaS prises à rebours (ahorei) donnent NE'eQaM (courbe, tordu) : car celui-là a le lignage courbé par l'effet de la corbeille de bestioles -- du côté de la mère ce sont des enfants de convertis, dont la goutte est disqualifiée.
💡 Explication

Le renversement central du daf. Ce que Rav Houna louait -- Saul n'avait pas goûté le goût de la faute -- devient chez Chmouel la cause de l'extinction de sa dynastie : chelo haya bo choum dofi, il n'avait aucune tache.

Rachi précise que dofi désigne ici un défaut de lignage, et la règle de Rabbi Yo'hanan l'exige : un parnass doit avoir une qoupa chel cheratsim suspendue dans son dos. L'image est brutale et précise -- une corbeille de vermine, quelque chose d'embarrassant dans l'ascendance, que le chef ne voit pas mais que tous voient. Sa fonction est un frein : hazor la-ahorekha, retourne-toi.

David a exactement cela : Tamar et Routh la Moabite. Saul, non. L'irréprochabilité prive le pouvoir de son garde-fou, et le pouvoir sans garde-fou ne se transmet pas.

🖼️ Schéma
Qoupa chel cheratsim : pourquoi un chef doit avoir une tache derrière lui R. Yo'hanan au nom de R. Chimon ben Yehotsadaq -- le paradoxe du daf SAUL : lignage sans défaut le roi rien de suspendu derrière lui -- donc, s'il s'enorgueillit, personne ne peut lui dire : hazor la-ahorekha retourne-toi et regarde d'où tu viens DAVID : un lignage qui le retient le roi qoupa Tamar, Routh la Moabite (Rachi) le défaut est suspendu dans son dos -- garde-fou permanent contre l'orgueil sa royauté dure Le renversement du daf : ce qui paraît une supériorité (aucun défaut) est la cause de la chute Ben Yehoyada : les lettres de PaRNaS retournées (ahorei) donnent NE'eQaM -- le chef doit avoir une courbure dans son origine
Le paradoxe du qoupa chel cheratsim : l'absence de tache dans le lignage prive le roi du seul frein qui puisse arrêter son orgueil.
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אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מִפְּנֵי מַה נֶעֱנַשׁ שָׁאוּל — מִפְּנֵי שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְנֵי בְלִיַּעַל אָמְרוּ מַה יֹּושִׁיעֵנוּ זֶה וַיִּבְזֻוהוּ וְלֹא הֵבִיאוּ לוֹ מִנְחָה וַיְהִי כְּמַחֲרִישׁ״, וּכְתִיב: ״וַיַּעַל נָחָשׁ הָעַמּוֹנִי וַיִּחַן עַל יָבֵשׁ גִּלְעָד וְגוֹ׳״.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : pourquoi Saul fut-il puni ? Parce qu'il a renoncé à son honneur, ainsi qu'il est dit : « Et des vauriens dirent : en quoi celui-ci nous sauvera-t-il ?

Ils le meprisserent et ne lui apportèrent pas de présent ; mais il fut comme celui qui n'entend pas » (I Samuel 10, 27), et il est écrit ensuite : « Et Nahach l'Ammonite monta et campa contre Yavech-Guilad » (I Samuel 11, 1).

📜 Rachi (3)
נֶעֱנַשׁ שָׁאוּל לָבוֹא לִידֵי דָּבָר שֶׁעָלָיו נִיטַּל מִמֶּנּוּ מַלְכוּת:
Saul fut puni : au point d'en venir à l'acte pour lequel la royauté lui fut retirée.
מִפְּנֵי שֶׁמִּתְּחִילַּת מַלְכוּתוֹ מָחַל עַל כְּבוֹדוֹ וְגִילָּה עַל עַצְמוֹ שֶׁאֵינוֹ כְּדַאי לִמְלֹוךְ:
Parce que : dès le début de sa royauté il a renoncé à son honneur et a laissé paraître qu'il n'était pas digne de régner.
וּכְתִיב וַיַּעַל נָחָשׁ הָעַמּוֹנִי וּמַסְּקָנָא דְּמִילְּתָא שֶׁאָמְרוּ יִשְׂרָאֵל מִי הָאֹומֵר שָׁאוּל יִמְלֹוךְ עָלֵינוּ בִּתְמִיהָה תְּנוּ (אֶת) הָאֲנָשִׁים וּנְמִיָּתָם וְהוּא אָמַר לֹא יוּמַת אִישׁ הַיּוֹם הַזֶּה:
« Et il est écrit : et Nahach l'Ammonite monta » : et la conclusion de l'affaire, c'est qu'Israël dit -- qui donc disait que Saul régnerait sur nous ? Livrez ces hommes et nous les mettrons à mort. Et lui répondit : nul homme ne sera mis à mort en ce jour.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִפְּנֵי מַה נֶעֱנַשׁ שָׁאוּל? מִפְּנֵי שֶׁמָּחַל עַל כְּבוֹדוֹ. וְקָשֶׁה הֲלֹא גַּם דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה מָחַל עַל כְּבוֹדוֹ שֶׁלֹּא הָרַג אֶת שִׁמְעִי שֶׁקִּלְּלוּ קְלָלָה נִמְרֶצֶת? וְנִרְאֶה לִי שָׁאנֵי שִׁמְעִי אָדָם גָּדוֹל בַּתּוֹרָה וְגָדוֹל בְּסַנְהֶדְרִין, וְלָכֵן בַּעֲבוּר כְּבוֹד תּוֹרָתוֹ רָאוּי שֶׁיִּמְחֹול לוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן אוֹתָם בְּנֵי בְּלִיַּעַל שֶׁהָיוּ הֶדְיוֹטוֹת אֵין רָאוּי שֶׁיִּמְחֹול לָהֶם. וּבָזֶה יוּבַן בס"ד הַפָּסוּק שֶׁאָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (תְּהִלִּים כה, יא) 'וְסָלַחְתָּ לַעֲוֹ‍נִי כִּי רַב הוּא' פֵּירוּשׁ לַעֲוֹ‍נִי שֶׁמָּחַלְתִּי לְשִׁמְעִי וְלֹא עָשִׂיתִי בּוֹ מִשְׁפָּט כָּתוּב יַעַן כִּי רַב הוּא וְגָדוֹל בַּתּוֹרָה וְלָכֵן יֵשׁ לִי טַעַם מַסְפִּיק עַל אֲשֶׁר מָחַלְתִּי לוֹ.
« Pourquoi Saul fut-il puni ? Parce qu'il a renoncé à son honneur. » -- La difficulté : le roi David aussi renonça à son honneur, lui qui ne fit pas mettre à mort Chimi, qui l'avait pourtant maudit d'une malédiction cinglante. Il me semble que Chimi fait exception : c'était un grand en Torah et un grand du Sanhédrin, et pour l'honneur de sa Torah il convenait de lui pardonner -- ce qui n'est pas le cas de ces vauriens, qui n'étaient que des gens du commun et à qui il ne convenait pas de pardonner. Ainsi se comprend, avec l'aide du Ciel, le verset où le roi David dit (Psaumes 25, 11) « et Tu pardonneras ma faute, car elle est grande » : c'est-à-dire, ma faute d'avoir pardonné à Chimi sans appliquer contre lui la loi écrite -- car « il est grand », grand en Torah, et j'ai donc un motif suffisant de lui avoir pardonné.
💡 Explication

Dernière explication de la chute : Saul, dès le premier jour de son règne, a renoncé à son honneur royal (mahal al kevodo) face à ceux qui le méprisaient -- va-yehi ke-maharich, il fit comme s'il n'entendait pas.

La preuve est dans la succession immédiate des versets : le chapitre suivant s'ouvre sur l'attaque de Nahach l'Ammonite contre Yavech-Guilad. Un roi qui laisse passer le mépris signale à tous que le trône est faible, et l'ennemi extérieur en tire la conséquence. Rachi ajoute que Saul acheva ce renoncement en refusant, après la victoire, de faire mettre à mort ceux qui l'avaient méprisé.

Le Ben Yehoyada demande alors : David aussi renonça à son honneur en épargnant Chimi ben Guera. Sa réponse : Chimi était un grand en Torah et un membre du Sanhédrin -- il était juste de lui pardonner par égard pour l'honneur de sa Torah. Des vauriens, eux, ne méritaient pas ce pardon.

21
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יְהוֹצָדָק: כָּל תַּלְמִיד חָכָם

Et Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadaq : tout talmid 'hakham (disciple des sages)...

💡 Explication

Le daf s'interrompt en pleine phrase. La formule reprend la même chaîne de transmission qu'au segment 18 -- Rabbi Yo'hanan au nom de Rabbi Chimon ben Yehotsadaq -- ce qui explique le ve-amar (et il a dit) : la guemara enchaîne un second enseignement du même couple de maîtres.

La suite se lit au début de 23a : tout talmid 'hakham qui ne se venge pas et ne garde pas rancune comme un serpent n'est pas un vrai talmid 'hakham -- enseignement qui prolonge exactement le thème de Saul, puisqu'il faudra aussitôt le concilier avec le verset « tu ne te vengeras ni ne garderas rancune ».

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).