Yoma 23b -- le couteau qui n'est pas encore impur, et les vêtements de la cendre : ce qui s'était déréglé dans le cœur du père, puis la longue enquête sur ce que veut dire changer de vêtements entre prélever la cendre et la porter dehors.

Yoma 23b

Sougya : Le daf ferme d'abord l'incident du kevech ouvert en 23a. Deux objections retirent au discours de Rabbi Tsadok toute portée halakhique -- Jérusalem n'a pas été partagée entre les tribus et n'est donc pas une yerousha, et surtout on savait parfaitement qui avait frappé, alors que la egla aroufa suppose lo noda mi hikahou : il ne restait donc que la fonction réelle de ce discours, kedei le-harbot bi-bkhiya, faire monter les pleurs.

Vient alors la phrase du père de l'enfant agonisant -- le voici votre expiation, et mon fils vit encore, donc le couteau n'est pas impur -- et la guemara refuse de s'en tenir à l'indignation : une balance qui penche peut pencher de deux façons, soit le prix du sang avait baissé, soit la pureté des ustensiles avait gonflé. Le verset choisi par la Tossefta tranche : en citant Menache qui versa le sang innocent, elle désigne le sang comme le plateau qui a bougé.

Le daf bascule ensuite dans une longue sougya sur les vêtements de la hotzaat hadechen. Un hekech interdit de lire le verset comme un passage du sacré au profane : le cohen change à l'intérieur du sacré, ce qui rend le mot aherim énigmatique et ouvre deux lectures -- des vêtements de moindre qualité pour le tana kama, appuyé sur la règle de l'école de Rabbi Yichmael sur les habits de cuisine et la coupe du maître, ou d'autres cohanim, les baalei moumin, pour Rabbi Eliezer.

Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan mesurent alors la portée de ce désaccord : couvre-t-il aussi le prélèvement de la cendre sur l'autel ? Rech Lakich le soutient en s'appuyant sur les deux seuls vêtements nommés par le verset, puisqu'aucune avoda ne se fait en deux vêtements ; Rabbi Yo'hanan répond que la Torah a seulement révélé le principe par la tunique et les caleçons et que le turban et la ceinture suivent.

La guemara demande alors pourquoi ces deux vêtements-là ont été nommés, et dégage deux halakhot suspendues à deux mots : mido, la tunique à la mesure exacte du cohen, et al besaro, rien ne précède les caleçons. Elle tente enfin d'adosser la mahloket amoraique à une mahloket tannaitique sur le mot superflu yilbach -- pour Rabbi Yehouda il inclut le turban et la ceinture, pour Rabbi Dossa il autorise le cohen ordinaire à porter les vêtements blancs du kohen gadol de Yom Kippour -- et s'interrompt sur les deux réfutations de Rabbi : la ceinture du kohen gadol n'est pas celle du cohen ordinaire, et on ne fait pas descendre d'une kedoucha sévère vers une kedoucha légère.

Le couteau dans le cœur de l'enfant : qu'est-ce qui s'est déréglé ? Le père dit : il est votre expiation, et mon fils vit encore -- donc le couteau n'est pas impur La pureté des ustensiles leur pesait plus que l'effusion de sang kacha alehem taharat kelim yoter mi-chefikhout damim Une balance penche. Quel plateau a bougé ? A. Le sang a baissé chefikhout damim hou de-zal Le meurtre s'est banalisé chez eux La pureté des ustensiles est restée exactement à sa place normale Ce n'est pas un excès de piété : c'est un effondrement moral B. Les ustensiles ont monté taharat kelim hi de-hamira Le meurtre est resté à sa place C'est la pureté qui a été gonflée au-delà de la vie humaine Ce serait une hypertrophie de la rigueur rituelle Ta chema : la Tossefta cite un verset -- et le verset tranche ve-gam dam naki chafakh Menache (II Rois 21,16) : Menache versa aussi le sang innocent Le verset parle du sang, pas des ustensiles -- donc c'est le sang qui a baissé : hypothèse A
Le père de l'enfant constate que le couteau n'est pas encore impur : la guemara demande si c'est le sang qui a baissé ou la pureté qui a monté -- et le verset sur Menache tranche pour le sang.
Harama et hotzaa : deux gestes, deux statuts, deux amoraim Jusqu'où porte la position de Rabbi Eliezer sur les kohanim baalei moumin ? HARAMA -- prélever la cendre du tas sur l'autel, chaque matin, à l'intérieur HOTZAA -- évacuer la cendre du tapouah vers un lieu pur hors du camp RECH LAKICH : le désaccord porte sur les DEUX ke-mahloket be-hotzaa kakh mahloket ba-harama Pour R. Eliezer, même la harama est ouverte aux baalei moumin Donc la harama n'est pas une avoda à part entière Sa preuve : y a-t-il une avoda valide avec SEULEMENT DEUX vêtements ? Le verset ne mentionne que mido bad (tunique) et mikhnesei bad (caleçons) RABBI YO'HANAN : le désaccord porte sur la HOTZAA seule mahloket be-hotzaa, aval ba-harama divrei ha-kol avoda hi Sur la harama, TOUS s'accordent : c'est une avoda, donc interdite au kohen baal moum R. Eliezer n'autorise que l'évacuation, qui n'est qu'un transport Sa réponse à la preuve adverse : gali rahamana -- les 4 vêtements sont requis, la Torah n'en a nommé que 2
Rech Lakich contre Rabbi Yohanan : le désaccord de Rabbi Eliezer avec le tana kama couvre-t-il aussi le prélèvement de la cendre, ou seulement son évacuation ?
Deux mots superflus, cinq lectures : aherim et yilbach Lévitique 6,3-4 -- ve-lavach ha-kohen mido bad ... ve-lavach begadim aherim Point de départ : le hekech -- les vêtements qu'il REVÊT sont comme ceux qu'il ÔTE, donc sacrés des deux côtés Alors que reste-t-il pour AHERIM ? TANA KAMA pehoutin mehen de moindre qualité Tana devei R. Yichmael : on ne sert pas la coupe dans l'habit de cuisine RABBI ELIEZER aherim ve-hotzi d'autres KOHANIM Les baalei moumin, écartés des autres services, sont aptes ici Et que fait le mot YILBACH ? RABBI YEHOUDA inclure mitsnefet et avnet La harama exige les QUATRE vêtements = thèse de R. Yo'hanan ? RABBI DOSSA inclure les vêtements blancs du kohen gadol Ceux de Yom Kippour restent valides ensuite pour un kohen hedyot RABBI : deux réfutations contre Rabbi Dossa 1. L'avnet du kohen gadol à Yom Kippour est en lin pur ; celui du kohen hedyot est en kilayim (laine et lin) -- ce n'est pas le même vêtement 2. Des vêtements qui ont servi à une kedoucha SÉVERE, les ferais-tu servir à une kedoucha LÉGERE ? On ne descend pas en sainteté Alors, que vient enseigner yilbach ? Le daf s'interrompt ici : la réponse de Rabbi ouvre le folio suivant
Les derachot du daf : ce que le mot aherim laisse encore à dire une fois le hekech posé, et les trois lectures du mot superflu yilbach.
1
אֵינָהּ מְבִיאָה עֶגְלָה עֲרוּפָה: וְעוֹד: ״לֹא נוֹדַע מִי הִכָּהוּ״ כְּתִיב, וְהָא נוֹדַע מִי הִכָּהוּ! אֶלָּא, כְּדֵי לְהַרְבּוֹת בִּבְכִיָּה.

[Jérusalem] n'apporte pas de egla aroufa (génisse à la nuque brisée). Et de plus : « on ne sait pas qui l'a frappé » (Deutéronome 21,1) est écrit - or ici on savait bien qui l'avait frappé !

En vérité, [Rabbi Tsadok a parlé ainsi] afin de faire monter les pleurs.

📜 Rachi (1)
אֵינָהּ מְבִיאָה עֶגְלָה עֲרוּפָה דִּכְתִיב (דְּבָרִים כ״א:א׳) כִּי יִמָּצֵא חָלָל בָּאֲדָמָה וְגוֹ' לְרִשְׁתָּהּ וְאֵין יְרוּשָׁלַיִם יְרֻושָּׁה דְּקָסָבַר לֹא נִתְחַלְּקָה לִשְׁבָטִים:
Car il est écrit (Deutéronome 21,1) : « lorsqu'on trouvera un cadavre sur la terre... pour la posséder (le-richta) » - or Jérusalem n'est pas un héritage, car il tient qu'elle n'a pas été partagée entre les tribus.
💡 Explication

Fin de l'incident du kevech (la rampe de l'autel) ouvert en 23a : deux jeunes cohanim couraient pour la teroumat hadechen, l'un poignarda l'autre, et Rabbi Tsadok se dressa sur les marches du oulam pour demander qui devait apporter la egla aroufa - la ville ou les parvis.

La guemara ferme la question par deux objections décisives. D'abord, Jérusalem n'a pas été partagée entre les tribus : elle n'est donc pas une yerousha (héritage), et le verset exige une terre donnée « pour la posséder ». Ensuite, et c'est plus fort encore : la egla aroufa ne se pratique que lorsque lo noda mi hikahou, on ignore l'identité du meurtrier - or ici tout le monde l'a vu.

Conclusion : le discours de Rabbi Tsadok n'était pas une chehela halakhique. C'était une mise en scène, calculée pour arracher à l'assemblée les larmes que le meurtre lui-même n'avait pas su lui arracher - kedei le-harbot bi-bkhiya.

2
בָּא אָבִיו שֶׁל תִּינוֹק וּמְצָאוֹ כְּשֶׁהוּא מְפַרְפֵּר, אָמַר: הֲרֵי הוּא כַּפָּרַתְכֶם וַעֲדַיִין בְּנִי קַיָּים [כו׳]. לְלַמֶּדְךָ שֶׁקָּשָׁה עֲלֵיהֶם טָהֳרַת כֵּלִים יוֹתֵר מִשְּׁפִיכוּת דָּמִים. אִיבַּעְיָא לְהוּ: שְׁפִיכוּת דָּמִים הוּא דְּזָל, אֲבָל טָהֳרַת כֵּלִים — כִּדְקַיְימָא קַייְמָא. אוֹ דִּילְמָא: שְׁפִיכוּת דָּמִים — כִּדְקַיְימָא קַייְמָא, אֲבָל טָהֳרַת כֵּלִים הִיא דַּחֲמִירָא?

« Le père de l'enfant vint et le trouva encore convulsant. Il dit : le voici votre expiation, et mon fils est encore vivant [etc.] » - pour t'enseigner que la pureté des ustensiles leur pesait davantage que l'effusion de sang.

Une question leur fut posée : est-ce l'effusion de sang qui avait baissé [à leurs yeux], tandis que la pureté des ustensiles serait restée où elle était ? Ou bien peut-être l'effusion de sang serait-elle restée où elle était, mais c'est la pureté des ustensiles qui avait pris trop de poids ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיבַּעְיָא לְהוּ : הֵי מִנַּיְהוּ חֲמִירָא? שְׁפִיכוּת דָּמִים הוּא דְּזִילָא , וּדְכֵלִים כִּדְקַיְמָא. קָשֶׁה מַאי נָפְקָא לָן מִזֶּה מַה דַּהֲוָה הֲוָה? וּכְהַאי גַּוְנָא פָּרֵיךְ לְעֵיל (דַּף ה:) 'כֵּיצַד הִלְבִּישָׁן' מַאי דַהֲוָה הֲוָה! וּמְשַׁנֵּי לְמִסְבַּר קְרָאֵי. וְכָאן לֹא שַׁיָּיךְ תֵּירוּץ זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמַר לְעֵיל (דַּף ט:) מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן חָרֵב בִּשְׁבִיל עֲבוֹדָה זָרָה גִּלּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים אֲבָל מִקְדָּשׁ שֵׁנִי חָרֵב בִּשְׁבִיל 'שִׂנְאַת חִנָּם' לְלַמֶּדְךָ, שֶׁשְּׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת: עֲבוֹדָה זָרָה וְגִלּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. וְהִנֵּה זֶה הַלִּימּוּד תָּלוּי בְּהַאי בַּעְיָא דְּאִם תֹּאמַר שְׁפִיכוּת דָּמִים הֲווָת זִילָא בַּמִּקְדָּשׁ שֵׁנִי שֶׁהָיְתָה כְּמוֹ מִקְדָּשׁ רִאשׁוֹן דִּכְתִיב בֵּיהּ (מְלָכִים ב' כא, טז) 'וְגַם דָּם נָקִי שָׁפַךְ מְנַשֶּׁה' אִם כֵּן לֵיכָּא לְמֵימַר שֶׁחָרַב בִּשְׁבִיל שִׂנְאַת חִנָּם אֶלָּא יֵשׁ לוֹמַר דְּחֶרֶב בִּשְׁבִיל שְׁפִיכוּת דָּמִים וּמִמֵּילָא לֵיכָּא לִלְמֹוד דִּשְׁקוּלָה שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד ג' עֲבֵירוֹת, וְאִי אָמְרִינַן שְׁפִיכוּת דָּמִים לָא זִילָא בְּמִקְדָּשׁ שֵׁנִי אִם כֵּן לֹא נֶחֱרַב אֶלָּא בִּשְׁבִיל שִׂנְאַת חִנָּם וּמִמֵּילָא אַתָּה לָמֵד דַּחֲמִירָא שִׂנְאַת חִנָּם כְּנֶגֶד ג' עֲבֵירוֹת. מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲשֶׁרֶת [כו.] קָשֶׁה מַה בְּכָךְ וְכִי צָרָה עֵינֵיהֶם ח"ו בְּכֹהֲנִים שֶׁיִּהְיוּ עֲשִׁירִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִצְוַת הַהַקְטָרָה הִיא יְקָרָה וּגְדוֹלָה מִכָּל מִצְוֹת שֶׁל עֲבוֹדָה מִפְּנֵי שֶׁהִיא בִּפְנִים בַּהֵיכָל וְעוֹד תִּיקּוּן שֶׁלָּהּ גְּדוֹלָה גָּדוֹל כַּנִּזְכָּר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ וְאִם יִתְעַשְּׁרוּ בָּהּ אֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשׂוּ מִצְוָה יְקָרָה זוֹ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. אוֹ יוּבַן אִם יִתְעַשְּׁרוּ אָז אוֹתָם הַמִּתְעַשְּׂרִים לֹא יָבֹאוּ לַעֲבֹוד עֲבוֹדָה, וּכְהַאי גַּווְנָא מָצִינוּ דְּאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה הִתְפַּלְּלוּ עַל כּוֹתְבֵי סת"ם [סְפָרִים, תְּפִילִּין, מְזוּזוֹת] שֶׁלֹּא יִתְעַשְּׁרוּ כְּדֵי שֶׁיִּכְתְּבוּ. וּמַה שֶׁאָמְרוּ הָא שְׁכִיחָא וְהָא לָא שְׁכִיחָא , נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ לְדַקְדֵּק זֶה מִן הַכָּתוּב דִּכְתִיב (דְּבָרִים לג, יא) 'בָּרֵךְ ה' חֵילוֹ וּפֹעַל יָדָיו תִּרְצֶה' וְקָשֶׁה כֵּיוָן דִּיבָרֵךְ חֵילוֹ בְּוַדַּאי פֹּעַל יָדָיו יִרְצֶה וּלְמַאי הֻוצְרַךְ לוֹמַר 'וּפָעַל יָדָיו תִּרְצֶה' אֶלָּא וַדַּאי 'בֵּרֵךְ ה' חֵילוֹ' קָאֵי עַל יָשִׂימוּ קְטוּרָה דְּלָא שְׁכִיחָה וְגַם שֶׁהִיא עֲבוֹדָה בִּפְנִים, 'וּפָעַל יָדָיו תִּרְצֶה' קָאֵי עַל וְכָלִיל עַל מִזְבַּחֲךָ שֶׁהִיא עֲבוֹדַת הַקְרָבַת קָרְבָּנוֹת.
« Une question leur fut posée : lequel des deux est le plus grave ? Est-ce l'effusion de sang qui avait baissé, tandis que celle des ustensiles serait restée où elle était ? » - Cela fait difficulté : que nous importe cette question, ce qui fut fut ! Et la guemara pose une objection du même genre plus haut (5b) à propos de « comment les a-t-il revêtus ? » - ce qui fut fut ! - et elle répond : pour comprendre les versets. Mais ici cette réponse ne s'applique pas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, [que voici la réponse] : on a dit plus haut (9b) que le premier Temple fut détruit à cause de l'idolâtrie, de la débauche et de l'effusion de sang, tandis que le second Temple fut détruit à cause de la <i>sinat hinam</i> (haine gratuite) - pour t'enseigner que la haine gratuite pèse autant que les trois transgressions : idolâtrie, débauche et effusion de sang. Or cet enseignement dépend précisément de notre question : si tu dis que l'effusion de sang avait baissé [à leurs yeux] au temps du second Temple, en sorte qu'il en allait comme au premier Temple, dont il est écrit (II Rois 21,16) « et Menache versa aussi le sang innocent », alors on ne peut plus dire qu'il fut détruit à cause de la haine gratuite : il faudrait dire qu'il fut détruit à cause de l'effusion de sang - et dès lors il n'y a plus rien à apprendre sur le poids de la haine gratuite face aux trois transgressions. Mais si nous disons que l'effusion de sang n'avait pas baissé au temps du second Temple, alors il ne fut détruit qu'à cause de la haine gratuite, et tu en apprends d'office que la haine gratuite est aussi grave que les trois transgressions. - « Parce qu'elle enrichit » (26a) : cela fait difficulté - quel mal y aurait-il, leur œil serait-il jaloux, à Dieu ne plaise, de ce que les cohanim s'enrichissent ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la mitsva de l'encensement (haktara) est précieuse et plus grande que tous les services, parce qu'elle se fait à l'intérieur, dans le heikhal, et de plus parce que sa réparation [mystique] est grande, comme il est rappelé dans le saint Zohar ; or s'ils s'enrichissaient par elle, il se pourrait qu'ils accomplissent cette mitsva précieuse <i>chelo lichma</i> (sans intention pure). Ou bien on comprendra ainsi : s'ils s'enrichissaient, alors ceux qui se seraient enrichis ne viendraient plus faire le service ; et nous trouvons quelque chose de semblable, que les hommes de la Grande Assemblée prièrent pour que les scribes de STaM [rouleaux, tefilin, mezouzot] ne s'enrichissent pas, afin qu'ils continuent d'écrire. - Et quant à ce qu'ils ont dit : « celle-ci est fréquente et celle-là n'est pas fréquente », il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut le déduire du verset (Deutéronome 33,11) : « bénis, Éternel, sa force (heilo), et agrée l'œuvre de ses mains ». Voici la difficulté : puisqu'Il bénit sa force, assurément l'œuvre de ses mains sera agréée - pourquoi fallait-il ajouter « et agrée l'œuvre de ses mains » ? En vérité, « bénis, Éternel, sa force » se rapporte à « ils placeront l'encens » (ibid. 33,10), qui n'est pas fréquent et qui est de plus un service à l'intérieur ; « et agrée l'œuvre de ses mains » se rapporte à « et l'holocauste entier sur Ton autel » (ibid.), c'est-à-dire le service de l'offrande des sacrifices.
💡 Explication

La phrase du père est l'une des plus terribles du Talmud. Son fils agonise, poignardé sur la rampe du Temple, et ce qu'il trouve à dire est un constat rituel : puisque l'enfant respire encore, il n'est pas encore cadavre, donc le couteau planté dans sa poitrine n'a pas contracté l'impureté du mort. Hare hou kapparatkhem - le voici votre expiation.

La Tossefta tire la leçon : kacha alehem taharat kelim yoter mi-chefikhout damim. Mais la guemara refuse d'en rester à l'indignation et pose une question d'une précision remarquable : une balance qui penche peut pencher de deux façons.

Soit le sang a baissé (chefikhout damim hou de-zal) : le meurtre s'est banalisé, tandis que le souci de pureté est resté à sa juste place. Soit le sang est resté à sa place et c'est la pureté qui a gonflé (taharat kelim hi de-hamira) au-delà de toute mesure. La différence n'est pas rhétorique : dans le premier cas on a affaire à un effondrement moral, dans le second à une hypertrophie de la rigueur rituelle. Ce ne sont pas les mêmes maladies, et elles ne se soignent pas de la même façon.

🖼️ Schéma
Le couteau dans le cœur de l'enfant : qu'est-ce qui s'est déréglé ? Le père dit : il est votre expiation, et mon fils vit encore -- donc le couteau n'est pas impur La pureté des ustensiles leur pesait plus que l'effusion de sang kacha alehem taharat kelim yoter mi-chefikhout damim Une balance penche. Quel plateau a bougé ? A. Le sang a baissé chefikhout damim hou de-zal Le meurtre s'est banalisé chez eux La pureté des ustensiles est restée exactement à sa place normale Ce n'est pas un excès de piété : c'est un effondrement moral B. Les ustensiles ont monté taharat kelim hi de-hamira Le meurtre est resté à sa place C'est la pureté qui a été gonflée au-delà de la vie humaine Ce serait une hypertrophie de la rigueur rituelle Ta chema : la Tossefta cite un verset -- et le verset tranche ve-gam dam naki chafakh Menache (II Rois 21,16) : Menache versa aussi le sang innocent Le verset parle du sang, pas des ustensiles -- donc c'est le sang qui a baissé : hypothèse A
Deux lectures possibles de la même phrase du père : l'effondrement du prix du sang, ou l'inflation de la pureté.
3
תָּא שְׁמַע, מִדְּקָא נָסֵיב לַהּ תַּלְמוּדָא: ״וְגַם דָּם נָקִי שָׁפַךְ מְנַשֶּׁה״, שְׁמַע מִינַּהּ שְׁפִיכוּת דָּמִים הוּא דְּזָל, וְטַהֲרַת כֵּלִים — כִּדְקַיְימָא קַיְימָא.

Viens et écoute : du fait que l'enseignement s'appuie sur [le verset] « et Menache versa aussi du sang innocent » (II Rois 21,16), conclus-en que c'est l'effusion de sang qui avait baissé, tandis que la pureté des ustensiles était restée où elle était.

📜 Rachi (1)
תַּלְמוּדָא רְאָיָיה:
Talmouda : une preuve [scripturaire].
💡 Explication

La réponse ne vient pas d'un raisonnement mais d'un indice de rédaction : quel verset la Tossefta a-t-elle choisi pour conclure ? Elle a cité Menache versant le sang innocent - un verset sur le sang, pas sur les ustensiles.

Rachi glose le mot talmouda par un seul mot : reaya, une preuve. Le raisonnement est donc celui-ci : si la Tossefta avait voulu dénoncer une pureté devenue excessive, elle aurait produit un verset sur la pureté. En allant chercher le verset le plus noir de l'histoire de Menache, elle désigne l'endroit où le mal s'est logé - chefikhout damim hou de-zal.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וּפָשַׁט ... וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים וְהוֹצִיא אֶת הַדֶּשֶׁן״, שׁוֹמְעַנִי כְּדֶרֶךְ יוֹם הַכִּפּוּרִים, שֶׁפּוֹשֵׁט בִּגְדֵי קֹודֶשׁ וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי חוֹל,

Nos maîtres ont enseigné : « et il ôtera [ses vêtements] ... et il revêtira d'autres vêtements, et il sortira la cendre » (Lévitique 6,4) - j'entendrais [que c'est] à la manière de Yom Kippour, où il ôte des vêtements de sainteté et revêt des vêtements profanes,

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים וּפָשַׁט וְלָבַשׁ יָכוֹל בְּמִצְוַת יוֹם הַכִּפּוּרִים ת"ל בְּגָדָיו בְּגָדִים וְגִירְסָא שבהש"ס הֶאֱרִיכָה בִּלְשׁוֹנָהּ שׁוֹמְעַנִי כְּדֶרֶךְ יוֹם הַכִּפּוּרִים פּוֹשֵׁט בִּגְדֵי קֹודֶשׁ וְלוֹבֵשׁ בִּגְדֵי חוֹל תַּלְמוּד לוֹמַר כּוּ' וְזֶהוּ פֵּירוּשָׁהּ וּפָשַׁט וְלָבַשׁ הָאָמוּר בְּהוֹצָאַת הַדֶּשֶׁן שֶׁבַּתַּפּוּחַ אֶל מִחוּץ לַמַּחֲנֶה הַכָּתוּב אַחַר תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו וְלָבַשׁ בְּגָדִים וְגוֹ' יָכוֹל שֶׁמַּטִּיל עָלָיו חוֹבָה לְשַׁנּוֹת בְּגָדָיו בֵּין תְּרוּמָה לְהוֹצָאָה אִם בָּא לְהוֹצִיא דֶּשֶׁן שֶׁעַל הַתַּפּוּחַ אַחַר הַהֲרָמָה מִיָּד כְּדֶרֶךְ שֶׁהִיא חוֹבָה עַל כֹּהֵן גָּדוֹל בְּחָמֵשׁ עֲבוֹדוֹת שֶׁבְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁמְּשַׁנֶּה בְּגָדָיו בְּכָל הָעֲבוֹדוֹת בֵּין זוֹ לְזוֹ רִאשׁוֹנָה בְּבִגְדֵי זָהָב שְׁנִיָּה בְּבִגְדֵי לָבָן שְׁלִישִׁית בְּשֶׁל זָהָב רְבִיעִית בְּבִגְדֵי לָבָן אַף זֶה יְשַׁנֶּה וְזֶה שֶׁאֵין לוֹ לְשַׁנּוֹת מִבִּגְדֵי לָבָן לְבִגְדֵי זָהָב שֶׁהֲרֵי הֶדְיוֹט הוּא וְאֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ בְּבִגְדֵי זָהָב יְשַׁנֶּה בְּבִגְדֵי קוֹדֶשׁ שֶׁהֵרִים בָּהֶן כְּמוֹ שְׁנָא' וְלָבַשׁ הַכֹּהֵן מִדּוֹ בַד וְיִפְשֹׁוט אוֹתָם וְיִלְבַּשׁ בִּגְדֵי חוֹל שֶׁלּוֹ וְיוֹצִיא הַדֶּשֶׁן:
[Version de Rachi :] Ainsi lisons-nous dans le Torat Kohanim : « ve-pachat ve-lavach - on aurait pu croire [que c'est] comme la mitsva de Yom Kippour ; talmoud lomar : ses vêtements, des vêtements ». Et la version de notre Talmud a allongé son expression : « j'entendrais à la manière de Yom Kippour, où il ôte des vêtements de sainteté et revêt des vêtements profanes, talmoud lomar etc. ». Et voici son sens : le « il ôtera et il revêtira » énonce à propos de l'évacuation de la cendre du tapouah hors du camp - l'Écriture écrivant après la teroumat hadechen « et il ôtera ses vêtements et il revêtira d'autres vêtements etc. » -, on aurait pu croire qu'elle lui impose l'obligation de changer de vêtements entre le prélèvement et l'évacuation, s'il vient évacuer la cendre du tapouah aussitôt après la harama, à la manière dont c'est une obligation pour le kohen gadol dans les cinq services de Yom Kippour, où il change de vêtements à chaque service, entre l'un et l'autre : le premier en vêtements d'or, le deuxième en vêtements blancs, le troisième en vêtements d'or, le quatrième en vêtements blancs. Ici aussi il changerait ; et comme il n'a pas à changer des vêtements blancs pour des vêtements d'or - puisqu'il est un cohen ordinaire et n'officie pas en vêtements d'or -, il changerait les vêtements de sainteté avec lesquels il a fait le prélèvement, comme il est dit « et le cohen revêtira sa tunique de lin », il les ôterait, revêtirait ses vêtements profanes et sortirait la cendre.
💡 Explication

Nouveau chapitre du daf : on quitte l'aggada pour revenir à la teroumat hadéchen et à ce qui la suit, la hotzaat hadéchen - l'évacuation de la cendre du tapouah (le tas central de l'autel) vers un lieu pur hors du camp.

Le verset dit que le cohen ôte ses vêtements et en revêt d'autres. La première lecture possible est le modèle de Yom Kippour, où le kohen gadol change de tenue entre chaque service - or, précise Rachi, un cohen ordinaire ne pouvant pas passer aux vêtements d'or, le seul changement disponible pour lui serait de passer du sacré au profane. La baraita va écarter cette lecture.

5
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים״, מַקִּישׁ בְּגָדִים שֶׁלּוֹבֵשׁ לִבְגָדִים שֶׁפּוֹשֵׁט, מַה לְהַלָּן בִּגְדֵי קֹודֶשׁ, אַף כָּאן בִּגְדֵי קֹודֶשׁ.

Talmoud lomar (l'Écriture vient enseigner) : « et il ôtera ses vêtements et il revêtira d'autres vêtements » - on compare (makich) les vêtements qu'il revêt à ceux qu'il ôte : de même que là-bas ce sont des vêtements de sainteté, de même ici ce sont des vêtements de sainteté.

📜 Rachi (1)
תַּלְמוּד לוֹמַר בְּגָדָיו בְּגָדִים וּמַה תַּלְמוּד לוֹמַר אֲחֵרִים פְּחוּתִין מֵהֶן כְּגוֹן שְׁחָקִים אוֹ מִפִּשְׁתָּן שֶׁאֵינוֹ מֻוצְהָב וְאֵין דְּמֵיהֶם יְקָרִים שֶׁהָאֵפֶר מְלַכְלְכָם כְּשֶׁנּוֹשְׂאוֹ חוּץ לַמַּחֲנֶה גְּנַאי לַמֶּלֶךְ שֶׁיְּהֵא מְשַׁמֵּשׁ בָּהֶן עַל הַמִּזְבֵּחַ בַּעֲבוֹדַת אֲכִילָה:
« Talmoud lomar : ses vêtements, des vêtements. Et que vient enseigner aherim ? De moindre qualité qu'eux » - par exemple usés, ou en lin non blanchi, dont le prix n'est pas élevé, car la cendre les salit lorsqu'il la porte hors du camp ; et ce serait un déshonneur pour le Roi qu'il serve avec eux sur l'autel dans le service de la consommation [des offrandes].
💡 Explication

La baraita écarte la première lecture par un hekech (comparaison interne au verset) : le même verset nomme d'un côté les vêtements qu'on ôte, de l'autre ceux qu'on revêt. Les premiers sont incontestablement sacrés, puisque c'est la tenue de la teroumat hadéchen que le verset précédent décrit. Le hekech transporte cette qualité sur les seconds.

Résultat : le cohen ne passe pas du sacré au profane. Il change à l'intérieur du sacré - ce qui rend le mot aherim (« d'autres ») à la fois nécessaire et énigmatique : si les deux jeux sont sacrés, en quoi les seconds sont-ils autres ? Toute la suite du daf sort de cette question.

🖼️ Schéma
Le hekech : ôter et revêtir sont accrochés l'un à l'autre ve-pachat et begadav ve-lavach begadim aherim (Lévitique 6,4) VE-PACHAT -- il ôte les vêtements de la harama bigdei kodech -- sacrés c'est acquis, le verset l'a dit makich VE-LAVACH -- il revêt les vêtements de la hotzaa donc eux aussi sacrés c'est ce que le hekech impose Ce que la baraita écarte : le modèle Yom Kippour ôter du sacré pour revêtir du profane -- non, il change DANS le sacré Il reste donc à expliquer AHERIM si les deux jeux sont sacrés, en quoi les seconds sont-ils autres ?
Le hekech accroche le revêtir à l'ôter : les deux jeux de vêtements sont sacrés, ce qui déplace toute la question sur le mot aherim.
6
אִם כֵּן, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״אֲחֵרִים״? פְּחוּתִין מֵהֶן. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״אֲחֵרִים וְהוֹצִיא״, לִימֵּד עַל הַכֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין שֶׁכְּשֵׁרִין לְהוֹצִיא הַדֶּשֶׁן.

S'il en est ainsi, que vient enseigner « d'autres » ? De moindre qualité qu'eux.

Rabbi Eliezer dit : « d'autres... et il sortira » - cela enseigne au sujet des cohanim baalei moumin (porteurs de défauts corporels) qu'ils sont aptes à sortir la cendre.

📜 Rachi (1)
אֲחֵרִים וְהוֹצִיא לִימֵּד עַל הַכֹּהֲנִים בַּעֲלֵי מוּמִין הַאי אֲחֵרִים אַכֹּהֵן קָאֵי כְּלוֹמַר כֹּהֲנִים שֶׁהֵן אֲחֵרִים מְרֻוחָקִים מִשְּׁאָר עֲבוֹדוֹת כְּשֵׁירִין לַעֲבוֹדָה זוֹ:
Ce mot « autres » se rapporte au cohen, c'est-à-dire : les cohanim qui sont « autres », écartés des autres services, sont aptes à ce service-ci.
💡 Explication

Deux lectures du mot aherim, et elles ne portent pas sur le même objet.

Pour le tana kama, aherim qualifie les vêtements : ils sont sacrés mais pehoutin mehen, de moindre qualité - usés, en lin non blanchi, peu coûteux. Rachi donne la raison : la cendre les salit, et il serait indigne d'officier ensuite avec eux sur l'autel.

Pour Rabbi Eliezer, le mot ne qualifie pas les vêtements mais les hommes. Il lit ensemble aherim ve-hotzi : ce sont d'autres cohanim qui sortent la cendre - ceux qui sont « autres », écartés des services ordinaires, c'est-à-dire les baalei moumin. Cette lecture suppose que l'évacuation de la cendre n'est pas une avoda à part entière, mais un simple transport - et c'est exactement ce point que les amoraim vont mesurer.

7
אָמַר מַר: ״אֲחֵרִים״ — פְּחוּתִין מֵהֶן, כִּדְתָנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל. דִּתְנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בְּגָדִים שֶׁבִּשֵּׁל בָּהֶן קְדֵרָה לְרַבּוֹ — לֹא יִמְזֹוג בָּהֶן כּוֹס לְרַבּוֹ.

Le Maître a dit : « autres » - de moindre qualité qu'eux, conformément à ce qu'a enseigné l'école de Rabbi Yichmael. Car l'école de Rabbi Yichmael a enseigné : les vêtements dans lesquels [le serviteur] a fait cuire la marmite pour son maître, qu'il ne verse pas avec eux la coupe pour son maître.

📜 Rachi (1)
אַל יִמְזֹוג בָּהֶן לְרַבּוֹ לְפִי שֶׁנִּתְעַשְּׁנוּ וְנִתְלַכְלְכוּ בְּבִישּׁוּל קְדֵירָה אַף כָּאן לְעִנְיַן הוֹצָאַת הַדֶּשֶׁן אֵין כְּבוֹד הַמֶּלֶךְ לְשָׁרֵת בָּהֶן שֵׁירוּת אַחֵר:
Parce qu'ils se sont enfumés et salis en cuisant la marmite. De même ici, pour l'évacuation de la cendre : ce n'est pas l'honneur du Roi de servir avec eux un autre service.
💡 Explication

La guemara reprend la baraita phrase par phrase et fonde la lecture du tana kama sur une règle générale de l'école de Rabbi Yichmael. Un serviteur ne sert pas la coupe à son maître dans les habits où il a cuisiné : non parce qu'ils seraient interdits, mais parce que le registre du service change.

Appliqué au Temple : porter la cendre hors du camp est un travail salissant. Les vêtements y restent sacrés, mais on en choisit d'usés. La catégorie que ce passage installe n'est ni pur ni impur, ni permis ni interdit - c'est celle du kevod ha-melekh, la convenance due au Roi. Le Temple a une esthétique, et cette esthétique est normative.

🖼️ Schéma
La parabole du serviteur (tana devei Rabbi Yichmael) Pourquoi aherim veut dire de moindre qualité, et non simplement différents Il a cuit la marmite bichel bahen kedera le-rabo Habits enfumés, tachés travail sale mais nécessaire Il verse la coupe lo yimzog bahen kos le-rabo Service devant le maître tenue soignée exigée -> jamais les mêmes Application : porter la cendre hors du camp salit les vêtements sacrés, oui -- mais usés, moins coûteux : ce n'est pas l'honneur du Roi d'officier ensuite avec eux
La règle de l'école de Rabbi Yichmael : ce n'est pas une question de permis et d'interdit, mais de convenance due au maître.
8
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כְּמַחֲלֹוקֶת בְּהוֹצָאָה, כָּךְ מַחֲלֹוקֶת בַּהֲרָמָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: מַחֲלֹוקֶת בְּהוֹצָאָה, אֲבָל בַּהֲרָמָה — דִּבְרֵי הַכֹּל עֲבוֹדָה הִיא.

Rech Lakich a dit : comme le désaccord porte sur l'évacuation (hotzaa), ainsi le désaccord porte sur le prélèvement (harama). Et Rabbi Yo'hanan a dit : le désaccord porte sur l'évacuation, mais quant au prélèvement - de l'avis de tous c'est une avoda (un service).

📜 Rachi (1)
כְּמַחֲלֹוקֶת בְּהוֹצָאָה כְּשֵׁם שֶׁרַבִּי אֱלִיעֶזֶר מַכְשִׁיר בַּעֲלֵי מוּמִין לְהוֹצָאָה כָּךְ מַכְשִׁירָן לַהֲרָמָה:
De même que Rabbi Eliezer déclare aptes les baalei moumin pour l'évacuation, de même il les déclare aptes pour le prélèvement.
💡 Explication

Question de périmètre : le désaccord entre Rabbi Eliezer et le tana kama s'arrête-t-il à l'évacuation, ou remonte-t-il jusqu'au prélèvement de la cendre sur l'autel ?

Pour Rech Lakich, il remonte : Rabbi Eliezer admettrait le baal moum même pour la harama, ce qui revient à dire que le prélèvement lui-même n'est pas une avoda à part entière.

Pour Rabbi Yo'hanan, il s'arrête à l'évacuation : sur la harama, divrei ha-kol avoda hi - tout le monde s'accorde à y voir un service du Temple, donc interdit au cohen porteur d'un défaut corporel. L'enjeu est net : le geste de prendre une pelletée de cendre sur l'autel est-il un service sacrificiel, ou un préalable technique ?

🖼️ Schéma
Harama et hotzaa : deux gestes, deux statuts, deux amoraim Jusqu'où porte la position de Rabbi Eliezer sur les kohanim baalei moumin ? HARAMA -- prélever la cendre du tas sur l'autel, chaque matin, à l'intérieur HOTZAA -- évacuer la cendre du tapouah vers un lieu pur hors du camp RECH LAKICH : le désaccord porte sur les DEUX ke-mahloket be-hotzaa kakh mahloket ba-harama Pour R. Eliezer, même la harama est ouverte aux baalei moumin Donc la harama n'est pas une avoda à part entière Sa preuve : y a-t-il une avoda valide avec SEULEMENT DEUX vêtements ? Le verset ne mentionne que mido bad (tunique) et mikhnesei bad (caleçons) RABBI YO'HANAN : le désaccord porte sur la HOTZAA seule mahloket be-hotzaa, aval ba-harama divrei ha-kol avoda hi Sur la harama, TOUS s'accordent : c'est une avoda, donc interdite au kohen baal moum R. Eliezer n'autorise que l'évacuation, qui n'est qu'un transport Sa réponse à la preuve adverse : gali rahamana -- les 4 vêtements sont requis, la Torah n'en a nommé que 2
Deux tracés du désaccord : Rech Lakich l'étend à la harama, Rabbi Yo'hanan le confine à la hotzaa.
9
מַאי טַעְמָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ? אָמַר לָךְ: אִי סָלְקָא דַעְתָּךְ עֲבוֹדָה הִיא, יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה בִּשְׁנֵי כֵלִים?

Quelle est la raison de Rech Lakich ? Il peut te dire : s'il te venait à l'esprit que c'est une avoda - as-tu jamais vu une avoda qui soit valide avec deux vêtements seulement ?

📜 Rachi (1)
שֶׁכְּשֵׁירָה בִּשְׁנֵי כֵּלִים וְהָכָא מִדּוֹ בַד וּמִכְנְסֵי בַד הוּא דִּכְתִיב:
Et ici c'est « sa tunique de lin et ses caleçons de lin » qui est écrit [c'est-à-dire deux vêtements seulement].
🗂️ Tossefot (1)
יֵשׁ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁרָה בִּשְׁנֵי כֵלִים אֲבָל אִיפְּכָא לָא תִּקְשֵׁי לָךְ יֵשׁ לְךָ דָּבָר שֶׁאֵינוֹ עֲבוֹדָה וּטְעוּנָה בִּגְדֵי כְּהֻונָּה כְּלָל דְּהָא לֹא קָשֶׁה דִּגְזֵירַת הַכָּתוּב הוּא לְהַחְמִיר שֶׁהֲרֵי אֵין בָּזֶה אִיסּוּר אִם לוֹבֵשׁ בִּגְדֵי כְּהֻונָּה שֶׁלֹּא בְּעִידַּן עֲבוֹדָה דְּמַסְּקִינַן לְקַמָּן בְּרֵישׁ פֶּרֶק בָּא לוֹ (יוֹמָא דַּף סט.) דְּבִגְדֵי כְּהֻונָּה נִיתְּנוּ לֵיהָנוֹת בָּהֶן וּגְדוֹלָה מִזּוֹ אָמְרִינַן לְר' יוֹחָנָן דְּבֵין הוֹצָאָה בֵּין הֲרָמָה בְּאַרְבָּעָה כֵּלִים בֵּין לְתַנָּא קַמָּא בֵּין לר"א דְּתַרְוַייְהוּ מוֹדוֹ דְּמַקִּישׁ בְּגָדִים שֶׁלּוֹבֵשׁ לִבְגָדִים שֶׁפּוֹשֵׁט וְאַפֵּי' הָכֵי לְר' אֱלִיעֶזֶר בַּעֲלֵי מוּמִין כְּשֵׁרִים לְהוֹצָאָה דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא אע"ג דִּטְעוּנָה אַרְבָּעָה כֵּלִים וְקָשֶׁה לִי לְרֵישׁ לָקִישׁ דְּמוּכָח דְּלָאו עֲבוֹדָה הִיא מִדְּלָא אַצְרְכָה קְרָא אַרְבָּעָה כֵּלִים א"כ לָמָּה לִי קְרָא לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לְהַכְשִׁיר בַּעֲלֵי מוּמִין וּמַאי טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא דְּפָסַל בַּעֲלֵי מוּמִין לְהוֹצָאָה וְיֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּבַעַל מוּם חֲשִׁיב כְּמוֹ זָר דְּס"ד אָמֵינָא וְכִי תַּעֲלֶה עַל דַּעְתְּךָ שֶׁזָּר וּבַעַל מוּם קְרֵיבִים לְגַבֵּי הַמִּזְבֵּחַ וּלְהָכִי צָרִיךְ קְרָא לר"א וְהַיְינוּ טַעְמָא דְּתַנָּא קַמָּא דְּפָסַל:
« Y a-t-il une avoda qui soit valide avec deux vêtements ? » - Mais l'objection inverse ne te fera pas difficulté : y a-t-il une chose qui ne soit pas une avoda et qui requière malgré tout des vêtements de kehouna ? Cela ne fait pas difficulté, car c'est un décret de l'Écriture qui vient renforcer ; en effet il n'y a aucun interdit à revêtir les vêtements de kehouna hors du temps du service, comme nous le concluons plus loin au début du chapitre Ba Lo (Yoma 69a) : les vêtements de kehouna ont été donnés pour qu'on en tire profit. Et plus fort encore, nous disons selon Rabbi Yo'hanan que tant l'évacuation que le prélèvement se font en quatre vêtements, tant pour le tana kama que pour Rabbi Eliezer - car tous deux admettent qu'on compare les vêtements qu'il revêt à ceux qu'il ôte ; et malgré cela, pour Rabbi Eliezer, les baalei moumin sont aptes à l'évacuation, puisque ce n'est pas une avoda, bien qu'elle requière quatre vêtements. Et voici ce qui me fait difficulté pour Rech Lakich, qui prouve que ce n'est pas une avoda du fait que le verset n'a pas exigé quatre vêtements : s'il en est ainsi, pourquoi Rabbi Eliezer a-t-il besoin d'un verset pour déclarer aptes les baalei moumin, et quelle est la raison du tana kama qui les disqualifie pour l'évacuation ? Et il faut dire : parce que le baal moum est considéré comme un zar (étranger au sacerdoce) - car il serait venu à l'esprit de dire : penserais-tu qu'un zar et un baal moum s'approchent de l'autel ? C'est pourquoi il faut un verset selon Rabbi Eliezer, et c'est la raison du tana kama qui les disqualifie.
💡 Explication

L'argument de Rech Lakich est structurel. Le verset qui décrit la tenue du prélèvement ne mentionne que deux pièces : mido bad (la tunique de lin) et mikhnesei bad (les caleçons de lin). Or un cohen ordinaire officie toujours en quatre vêtements - tunique, caleçons, ceinture (avnet) et turban (mitsnefet).

Si la Torah n'en exige que deux, c'est le signe que le geste ne relève pas du régime de l'avoda. Et si ce n'est pas une avoda, rien n'empêche un baal moum de l'accomplir - ce qui donne raison à Rabbi Eliezer sur toute la ligne.

10
וְרַבִּי יוֹחָנָן: גַּלִּי רַחֲמָנָא בְּכֻתֹּונֶת וּמִכְנָסַיִם, וְהוּא הַדִּין לְמִצְנֶפֶת וְאַבְנֵט.

Et Rabbi Yo'hanan [répond] : le Miséricordieux a révélé [la règle] par la tunique et les caleçons, et il en va de même pour le turban (mitsnefet) et la ceinture (avnet).

📜 Rachi (1)
גַּלִּי רַחֲמָנָא בְּכֻתֹּונֶת וּבַמִּכְנָסַיִם וְלִימֶּדְךָ שֶׁאֵינָהּ כְּשֵׁירָה בְּבִגְדֵי חוֹל שֶׁלּוֹ וּמֵאֵלֶיךָ אַתָּה לָמֵד שֶׁהִיא עֲבוֹדָה וּצְרִיכָה אַף מִצְנֶפֶת וְאַבְנֵט:
Et il t'a enseigné qu'elle n'est pas valide avec ses vêtements profanes ; et de toi-même tu apprends que c'est une avoda et qu'elle requiert aussi le turban et la ceinture.
💡 Explication

Réponse de Rabbi Yo'hanan : le verset ne fait pas la liste des vêtements, il révèle un principe. Gali rahamana - en nommant deux pièces sacrées, la Torah enseigne d'abord une chose : le prélèvement ne se fait pas en habits profanes.

Une fois ce point acquis, la conclusion suit d'elle-même, dit Rachi : puisque c'est une tenue sacrée, c'est une avoda ; et puisque c'est une avoda, elle requiert les quatre vêtements. Le silence du verset sur l'avnet et la mitsnefet n'est pas une dispense, c'est une économie de langage.

11
וּמַאי שְׁנָא הָנֵי? ״מִדּוֹ בַּד״, מִדּוֹ — כְּמִדָּתוֹ. ״מִכְנְסֵי בַּד״, לְכִדְתַנְיָא: מִנַּיִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם לְמִכְנָסַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִכְנְסֵי בַד יִלְבַּשׁ עַל בְּשָׂרוֹ״.

Et qu'ont donc de particulier ces [deux vêtements-là, pour être nommés] ? « Sa tunique de lin (mido bad) » : mido - à sa mesure (ke-midato).

« Ses caleçons de lin (mikhnesei bad) » : pour ce qui a été enseigné [dans une baraita] - d'où [sait-on] que rien ne doit précéder les caleçons ? De ce qu'il est dit : « et il revêtira des caleçons de lin sur sa chair » (Lévitique 6,3).

📜 Rachi (3)
מַאי שְׁנָא הָנֵי דִּנְקַט מֵאַחַר שֶׁצְּרִיכִין כֻּלָּן לִשְׁתּוֹק מִנַּייְהוּ וַאֲנָא יָדַעְנָא מִדִּכְתִיב בְּהוּ כֹּהֵן עֲבוֹדָה הִיא:
« Qu'ont donc de particulier ces [vêtements] » qu'il a mentionnés - puisque tous sont requis, qu'il se taise à leur sujet, et je saurai de moi-même, du fait qu'il est écrit à leur propos « le cohen », que c'est une avoda.
מִדּוֹ כְּמִדָּתוֹ כָּאן לִימֶּדְךָ שֶׁיְּהֵא כְּתֹונֶת כֹּהֲנִים לְמִדַּת קוֹמָתוֹ לֹא נִגְרָרוֹת וְלֹא מְסֻולָּקוֹת וְהָכִי אָמְרִינַן בִּזְבָחִים (דַּף יח.):
« Mido ke-midato » - ici il t'a enseigné que la tunique des cohanim doit être à la mesure de sa taille : ni traînant [au sol] ni relevée. Et ainsi disons-nous dans Zevahim (18a).
יִלְבַּשׁ עַל בְּשָׂרוֹ מַשְׁמַע שֶׁלּוֹבֵשׁ בְּעוֹדוֹ עָרֹום שֶׁאֵין עָלָיו אֶלָּא בְּשָׂרוֹ דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי עַל בְּשָׂרוֹ לְמַאי כַּתְבֵיהּ:
« Il revêtira sur sa chair » - cela indique qu'il les revêt alors qu'il est encore nu, n'ayant sur lui que sa chair ; car si tu ne dis pas ainsi, pourquoi « sur sa chair » aurait-il été écrit ?
🗂️ Tossefot (1)
מִנַּייִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם כו' אַף עַל גַּב דְּגַבֵּי כֹּהֵן גָּדוֹל נָמֵי כְּתִיב בְּפָרָשַׁת אַחֲרֵי מוֹת וּמִכְנְסֵי בַד יִלְבַּשׁ עַל בְּשָׂרוֹ אִיצְטְרִיךְ לְמִיהְדַּר וּלְמִיכְתָּבִיָּה בְּכֹהֵן הֶדְיוֹט דְּלָא הֲוָה יָלְפִינַן לְהוּ מְהֻדְּדֵי כֵּיוָן דַּחֲלוּקִים הֵם לְכַמָּה עִנְיָנִים:
« D'où [sait-on] que rien ne doit précéder [les caleçons] etc. » - Bien qu'à propos du kohen gadol il soit écrit également, dans la parachat Aharei Mot, « et il revêtira des caleçons de lin sur sa chair », il était nécessaire de le réécrire à propos du cohen ordinaire, car nous ne les aurions pas déduits l'un de l'autre, puisqu'ils diffèrent sur bien des points.
💡 Explication

Si les quatre vêtements sont requis, la question devient inverse : pourquoi la Torah a-t-elle pris la peine d'en nommer deux ? Rachi formule l'objection sans détour : qu'elle se taise sur tous, et je saurai de moi-même que c'est une avoda.

Réponse : chaque nom porte une halakha qui lui est propre, et qui serait perdue sans lui. Mido n'est pas le mot habituel (ketonet) : il évoque la mesure, et enseigne que la tunique doit être exactement à la taille du cohen - ni traînant au sol ni relevée. Al besaro, « sur sa chair », enseigne que les caleçons se mettent en premier, quand le corps n'a encore rien sur lui : aucun vêtement ne les précède.

Ces deux mots ne servent donc pas à compter les vêtements, mais à régler la manière de les porter - la taille et l'ordre.

🖼️ Schéma
Pourquoi la Torah a nommé ces deux vêtements-là Les quatre vêtements du kohen hedyot, et les deux halakhot accrochées aux mots du verset MIKHNASAYIM les caleçons nommé dans le verset KETONET / MIDO la tunique nommé dans le verset AVNET la ceinture tu (R. Yo'hanan : sous-entendu) MITSNEFET le turban tu (R. Yo'hanan : sous-entendu) Chaque nom porte une halakha propre MIDO BAD -- mido ke-midato La tunique doit être à SA mesure ni traînante au sol, ni relevée Rech Lakich l'obtient autrement : du seul choix du mot mido au lieu de ketonet AL BESARO -- sur sa chair Rien ne précède les caleçons on les met quand il n'a que sa chair Rech Lakich l'obtient autrement : des mots superflus al besaro
Les quatre vêtements du cohen ordinaire, et les deux halakhot que la Torah a accrochées aux seuls mots mido et al besaro.
12
וְרֵישׁ לָקִישׁ? מִדּוֹ כְּמִדָּתוֹ — מִדְּאַפְּקֵיהּ רַחֲמָנָא בִּלְשׁוֹן ״מִדּוֹ״. שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם לְמִכְנָסַיִם — מ״על בְּשָׂרוֹ״ נָפְקָא.

Et Rech Lakich [d'où tire-t-il ces deux enseignements] ? « Mido à sa mesure » - de ce que le Miséricordieux l'a exprimé par le terme « mido ».

« Que rien ne précède les caleçons » - cela se déduit de « sur sa chair ».

📜 Rachi (1)
ולרשב"ל דְּאָמַר דַּווְקָא כַּתְבִינְהוּ וּלְמֵימְרָא דְּאֵינָהּ צְרִיכָה אַרְבָּעָה נָפְקָא לֵיהּ הָנָךְ תַּרְתֵּי דְּרָשׁוֹת מִלְּשׁוֹן הַמִּקְרָא שֶׁשִּׁינָּה בִּלְשׁוֹנוֹ שֶׁלֹּא כְּתִיב כֻּתֹּונֶת לְמֵימְרָא מִדּוֹ כְּמִדָּתוֹ וְשֶׁלֹּא יַקְדִּים דָּבָר לְמִכְנָסַיִם מֵעַל בְּשָׂרוֹ יַתִּירָא נָפְקָא לֵיהּ:
« Et selon Rech Lakich » - qui dit qu'ils ont été écrits de manière exclusive (davka), pour dire qu'elle ne requiert pas quatre [vêtements] : il tire ces deux derachot de la formulation du verset, qui a changé son expression - il n'a pas écrit « ketonet », pour dire mido ke-midato ; et que rien ne précède les caleçons, il le déduit du « sur sa chair » superflu.
💡 Explication

Rech Lakich n'a pas besoin de la réponse de Rabbi Yo'hanan, puisque pour lui ces deux vêtements sont mentionnés davka - de manière exclusive : ce sont les seuls requis. Mais il doit alors montrer que les deux halakhot tiennent quand même.

Et elles tiennent, par un déplacement élégant : ce n'est pas la mention du vêtement qui enseigne, c'est le choix du mot. La Torah pouvait écrire ketonet ; elle a écrit mido - donc la mesure. Elle pouvait écrire simplement « des caleçons de lin » ; elle a ajouté al besaro - donc l'antériorité. Chaque halakha est suspendue à un mot superflu, non à la liste elle-même.

13
נֵימָא כְּתַנָּאֵי: ״עַל בְּשָׂרוֹ״, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִלְבַּשׁ״? לְהָבִיא מִצְנֶפֶת וְאַבְנֵט לַהֲרָמָה, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה.

Dirons-nous que [ce désaccord] correspond à un désaccord de tanaim ? [Il est enseigné :] « sur sa chair » - que vient alors enseigner « il revêtira » ?

À inclure le turban et la ceinture pour le prélèvement (harama) - telles sont les paroles de Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
עַל בְּשָׂרוֹ מַה ת"ל גַּבֵּי הֲרָמַת הַדֶּשֶׁן כְּתִיב וְלָבַשׁ הַכֹּהֵן וְגוֹ' וַהֲוָה לֵיהּ לְמִכְתַּב וּמִכְנְסֵי בַּד עַל בְּשָׂרוֹ וּמַהְדַּר נָמֵי אֻולְבַּשׁ דְּרֵישֵׁיהּ דִּקְרָא מַה ת"ל שׁוּב יִלְבַּשׁ בְּמִכְנָסַיִם לְרַבּוֹת עוֹד לְבִישָׁה כַּיּוֹצֵא בָּהּ וּמַרְבֶּה שְׁנֵי בְּגָדִים הַחֲסֵרִים כָּאן מִכְּהֻונַּת הֶדְיוֹט:
« Sur sa chair - que vient enseigner » - à propos du prélèvement de la cendre il est écrit « et le cohen revêtira etc. », et il aurait fallu écrire « et des caleçons de lin sur sa chair ». Et il revient aussi sur le « il revêtira » du début du verset : que vient enseigner encore « il revêtira » à propos des caleçons ? À inclure une autre vetiture semblable à celle-ci ; et il inclut ainsi les deux vêtements qui manquent ici par rapport à [la tenue complète du] cohen ordinaire.
🗂️ Tossefot (1)
יִלְבַּשׁ לְרַבּוֹת מִצְנֶפֶת וְאַבְנֵט לַהֲרָמָה פֵּירוּשׁ דְּהָכִי קָאָמַר קְרָא לְרַבּוֹת לְבִישָׁה אַחֶרֶת כַּיּוֹצֵא בָּהּ דְּהַהִיא לְבִישָׁה דִּקְרָא דִּכְתִיב וְלָבַשׁ הַכֹּהֵן מִדּוֹ בַד וְכוּ' דְּהַייְנוּ שְׁנֵי בְּגָדִים אֲחֵרִים וְקָשֶׁה לִי גַּבֵּי הוֹצָאָה מִנָּלַן דְּבָעֵי אַרְבָּעָה בְּגָדִים כֵּיוָן דְּגַבֵּי הֲרָמָה לָא נָפְקָא לָן אֶלָּא מֵהֶיקֵּשָׁא א"כ הָדְרִינַן וּמַקְּשִׁינַן לְבִישָׁה דְּהוֹצָאָה לִפְשִׁיטָה דַּהֲרָמָה כְּדִלְעֵיל וְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (זְבָחִים דַּף מט:) דִּבְקָדָשִׁים דָּבָר הַלָּמֵד בְּהֶיקֵּשׁ אֵינוֹ חוֹזֵר וּמְלַמֵּד בְּהֶיקֵּשׁ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשֶׁמָּא לָא מִיקְּרֵי קָדָשִׁים אֶלָּא גּוּפֵי הַקָּרְבָּנוֹת אֲבָל בִּגְדֵי כְּהֻונָּה חוֹזְרִין וּמְלַמְּדִין בְּהֶיקֵּשׁ אִי נָמֵי יִלְבַּשׁ רִיבּוּיָא הוּא וְלָא הָוֵי הֶיקֵּשׁ אֶלָּא אֲתָא לְרַבּוֹת לְבִישָׁה אַחֶרֶת וְכֵיוָן דְּלָא פֵּירֵשׁ כַּמָּה בְּגָדִים הוּא מַרְבֶּה אִם אֶחָד אוֹ שְׁנַיִם אֵין זֶה אֶלָּא גִּלּוּי מִילְּתָא בְּעָלְמָא דִּשְׁנֵי בְּגָדִים קָאָמַר כְּדִכְתִיב בִּקְרָא אִי נָמֵי כְּמַאן דְּאָמַר בְּפֶרֶק אֵיזֶהוּ מְקוֹמָן (ג"ז שָׁם) הֵימֶנּוּ וְדָבָר אַחֵר לָא הָוֵי הֶיקֵּשׁ דְּכֵיוָן דְּגָמְרִינַן הוֹצָאָה מֵהֲרָמָה לְמַאי דִּכְתִיב בֵּיהּ גָּמְרִינַן נָמֵי מִינֵּיהּ מַאי דְּאָתְיָא לֵיהּ מֵהֶיקֵּשָׁא:
« Il revêtira - à inclure le turban et la ceinture pour le prélèvement » - c'est-à-dire que le verset dit ceci : inclure une autre vetiture semblable à celle-ci, car cette vetiture du verset - « et le cohen revêtira sa tunique de lin etc. » - comporte deux vêtements ; [il en inclut donc] deux autres. Et voici ce qui me fait difficulté : pour l'évacuation, d'où savons-nous qu'il faut quatre vêtements, puisque pour le prélèvement nous ne le déduisons que d'un hekech ? S'il en est ainsi, nous revenons comparer la vetiture de l'évacuation au dépouillement du prélèvement, comme plus haut ; or nous disons au chapitre Eizehou Mekoman (Zevahim 49b) que dans les kodachim, une chose apprise par hekech ne revient pas enseigner par hekech. Et il faut dire que peut-être seuls les corps des sacrifices eux-mêmes sont appelés kodachim, tandis que les vêtements de kehouna, eux, reviennent enseigner par hekech. Ou bien : « il revêtira » est un ribouy (inclusion) et non un hekech - il vient seulement inclure une autre vetiture ; et puisqu'il n'a pas précisé combien de vêtements il inclut, un ou deux, ce n'est là qu'une simple mise au jour (giloui milta) qu'il s'agit de deux vêtements, comme il est écrit dans le verset. Ou encore, selon celui qui dit au chapitre Eizehou Mekoman (ibid.) que « de lui-même et d'autre chose » n'est pas un hekech : puisque nous déduisons l'évacuation du prélèvement pour ce qui est écrit à son propos, nous en déduisons aussi ce qui lui vient par hekech.
💡 Explication

La guemara cherche à adosser la mahloket des amoraim à une mahloket de tanaim. Le verset dit : « et le cohen revêtira sa tunique de lin, et des caleçons de lin il revêtira sur sa chair ». Le second yilbach est superflu - la Torah aurait pu écrire simplement « et des caleçons de lin sur sa chair ».

Rabbi Yehouda le lit comme un ribouy (inclusion) : il ajoute une seconde vetiture semblable à la première, soit deux vêtements de plus - le turban et la ceinture. Autrement dit, la harama exige les quatre vêtements : c'est la position de Rabbi Yo'hanan qui semble ainsi trouver un appui tannaitique.

14
רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר: לְרַבּוֹת בִּגְדֵי כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, שֶׁכְּשֵׁירִין לְכֹהֵן הֶדְיוֹט.

Rabbi Dossa dit : [ce mot vient] inclure les vêtements du kohen gadol de Yom Kippour, qu'ils sont valides pour un cohen ordinaire.

📜 Rachi (1)
רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר לְהָבִיא אַרְבָּעָה בִּגְדֵי לָבָן שֶׁשִּׁמֵּשׁ בָּהֶן כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁכְּשֵׁרִין לְהֶדְיוֹט כָּל הַשָּׁנָה וְאָתְיָא יִלְבַּשׁ יִלְבַּשׁ מֵהָתָם דְּלָא תֵּימָא וְהִנִּיחָם שָׁם כְּתִיב בְּהוּ לוֹמַר שֶׁטְּעוּנִין גְּנִיזָה דס"ל לֵר' דּוֹסָא וְהִנִּיחָם שָׁם שֶׁלֹּא יִשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן לְיוֹם הַכִּפּוּרִים אַחֵר כִּדְאָמְרִינַן בפ"ק (דַּף יב:):
« Rabbi Dossa dit » - à inclure les quatre vêtements blancs dans lesquels le kohen gadol a officié à Yom Kippour, [pour dire] qu'ils sont valides pour un cohen ordinaire toute l'année ; et cela se déduit par [la gezera chava] « il revêtira » / « il revêtira » de là-bas - pour que tu ne dises pas : « et il les déposera là » est écrit à leur propos, ce qui signifierait qu'ils requièrent d'être enfouis (gueniza). Car Rabbi Dossa tient que « et il les déposera là » veut dire qu'il ne s'en servira pas pour un autre Yom Kippour, comme nous le disons au premier chapitre (12b).
💡 Explication

Deuxième lecture du yilbach superflu. Rabbi Dossa ne s'en sert pas pour compter les vêtements, mais pour régler leur vie ultérieure : les quatre vêtements de lin blanc que le kohen gadol porte à Yom Kippour ne sont pas retirés du service après coup - un cohen ordinaire peut les porter toute l'année.

Rachi précise l'enjeu : contre le verset « et il les déposera là » (Lévitique 16,23), qu'on aurait pu lire comme une obligation de gueniza (mise à l'écart définitive). Pour Rabbi Dossa, ce verset signifie seulement qu'on ne les réutilisera pas pour un autre Yom Kippour - rien de plus.

Si cette lecture est retenue, alors le yilbach n'enseigne plus rien sur le nombre de vêtements de la harama - et l'appui tannaitique cherché par la guemara s'effondre.

15
אָמַר רַבִּי: שְׁתֵּי תְּשׁוּבוֹת בַּדָּבָר, חֲדָא: דְּאַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל לֹא זֶה הוּא אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט. וְעוֹד: בְּגָדִים שֶׁנִּשְׁתַּמַּשְׁתָּ בָּהֶן קְדֻושָּׁה חֲמוּרָה, תִּשְׁתַּמֵּשׁ בָּהֶן קְדֻושָּׁה קַלָּה?! אֶלָּא, מַה תַּלְמוּד לוֹמַר ״יִלְבַּשׁ״ —

Rabbi a dit : il y a deux réfutations à cela. La première : la ceinture du kohen gadol n'est pas la ceinture du cohen ordinaire.

Et de plus : des vêtements avec lesquels tu as accompli une sainteté sévère, t'en servirais-tu pour une sainteté légère ?! En vérité, que vient donc enseigner « il revêtira » -

📜 Rachi (1)
אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁהוּא שֶׁל בּוּץ לֹא זֶהוּ אַבְנֵטוֹ שֶׁל כֹּהֵן הֶדְיוֹט לְעוֹלָם לְפִי שֶׁאֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ אֶלָּא בְּשֶׁל כִּלְאַיִם:
« La ceinture du kohen gadol » à Yom Kippour, qui est de fin lin (boutz), n'est pas la ceinture du cohen ordinaire, jamais - car celui-ci n'officie qu'avec [une ceinture] de kilayim [laine et lin mélangés].
💡 Explication

Rabbi (Yehouda ha-Nassi) réfute Rabbi Dossa sur deux plans, l'un technique et l'autre principiel.

Techniquement : la ceinture (avnet) que le kohen gadol porte à Yom Kippour est en lin pur, alors que celle du cohen ordinaire est - selon Rabbi - en kilayim, mélange de laine et de lin. Ce ne sont pas les mêmes objets, la réutilisation est donc matériellement impossible.

Principiellement : ces vêtements ont servi à la kedoucha hamoura, la sainteté la plus sévère qui soit - le service du kohen gadol dans le Saint des Saints. Les faire redescendre vers une kedoucha kala heurte la règle maalin ba-kodech ve-ein moridin : en matière de sainteté on monte, on ne descend pas.

Le daf s'interrompt sur la question relancée - ela mai talmoud lomar yilbach - dont la réponse ouvrira 24a.

🖼️ Schéma
Deux mots superflus, cinq lectures : aherim et yilbach Lévitique 6,3-4 -- ve-lavach ha-kohen mido bad ... ve-lavach begadim aherim Point de départ : le hekech -- les vêtements qu'il REVÊT sont comme ceux qu'il ÔTE, donc sacrés des deux côtés Alors que reste-t-il pour AHERIM ? TANA KAMA pehoutin mehen de moindre qualité Tana devei R. Yichmael : on ne sert pas la coupe dans l'habit de cuisine RABBI ELIEZER aherim ve-hotzi d'autres KOHANIM Les baalei moumin, écartés des autres services, sont aptes ici Et que fait le mot YILBACH ? RABBI YEHOUDA inclure mitsnefet et avnet La harama exige les QUATRE vêtements = thèse de R. Yo'hanan ? RABBI DOSSA inclure les vêtements blancs du kohen gadol Ceux de Yom Kippour restent valides ensuite pour un kohen hedyot RABBI : deux réfutations contre Rabbi Dossa 1. L'avnet du kohen gadol à Yom Kippour est en lin pur ; celui du kohen hedyot est en kilayim (laine et lin) -- ce n'est pas le même vêtement 2. Des vêtements qui ont servi à une kedoucha SEVÈRE, les ferais-tu servir à une kedoucha LEGÈRE ? On ne descend pas en sainteté Alors, que vient enseigner yilbach ? Le daf s'interrompt ici : la réponse de Rabbi ouvre le folio suivant
Le bilan des derachot du daf, et les deux réfutations de Rabbi contre Rabbi Dossa qui laissent la question de yilbach ouverte.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).