Sougya : Le daf liquide d'abord les dernières miettes de la sougya des vêtements ouverte en 23b -- les chehakim, vêtements usés mais non déchirés, restent valides pour toute avoda -- puis la baraita sur ve-hinicham cham : les quatre vêtements blancs de Yom Kippour exigent-ils la gueniza, ou redescendent-ils vers le cohen ordinaire comme le soutient Rabbi Dossa ? La guemara tente alors d'adosser la mahloket de Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan sur le statut du prélèvement de la cendre à celle de Rabbi Yehouda et Rabbi Dossa, et échoue : les deux tanaim veulent en réalité quatre vêtements, ils ne divergent que sur la nécessité d'un verset pour y arriver.
Vient la question de Rabbi Avin sur la quantité -- terouma du maasser ou terouma de Midian ? -- que Rabbi Hiya tranche par une gezera chava sur ve-herim : une pleine poignée, que Rachi ramène aussitôt à un plancher à l'estime, puisqu'on ne saisit pas une mesure exacte dans la braise. La seconde moitié du daf est une enquête sur un seul verset, Nombres 18,7.
Rav y lit deux filtres -- avodat matana, un service qui donne et non qui retire ; ve-avadtem, une avoda tama, achevée et non suivie d'une autre -- et n'en retient que quatre avodot passibles de mort pour un zar : zerika, haktara, libation d'eau, libation de vin. Levi en ajoute une cinquième, la teroumat hadechen, en rouvrant le premier filtre par lekhol devar ha-mizbeah ; Rav réserve ce membre de phrase aux sept aspersions du dedans et à celles du metsora, tandis que Levi découpe le surplus en deux, davar pour la cendre et kol pour les aspersions.
Le daf se referme sur une objection redoutable adressée à Levi -- et si lekhol devar ha-mizbeah était un klal et avodat matana un perat, la teroumat hadechen retomberait hors de la liste -- dont la réponse ne commence qu'avec les deux mots amar kra.
[Le mot superflu vient] inclure les chehakim (les vêtements usés).
Le daf s'ouvre sur la dernière miette de la sougya de 23b. On y cherchait ce que vient enseigner le mot yilbach (il revêtira), apparemment superflu dans le verset des vêtements du prélèvement de la cendre. Rabbi Dossa y voyait l'autorisation, pour un cohen ordinaire, de porter les vêtements blancs du kohen gadol de Yom Kippour. Il reste ici une dernière inclusion : les chehakim, les vêtements devenus vieux et minces à l'usage.
Rachi précise la portée exacte : ces vêtements usés restent valides pour toute avoda, à une seule condition - qu'ils ne soient pas mekoraim, déchirés. L'usure ne disqualifie pas ; la déchirure oui. Rachi ajoute un avertissement de méthode au lecteur : ne pas dire ici ve-azda Rabbi Dossa le-taamei (Rabbi Dossa suit sa propre logique), car toute cette discussion n'a été rapportée dans notre traité qu'agav guerara, incidemment, en passant - son lieu propre est dans Zevahim.
« Et il les déposera là » (Lévitique 16,23) - cela enseigne qu'ils requièrent la gueniza (d'être mis à l'écart). Rabbi Dossa dit : ils sont aptes [à être portés] par un cohen ordinaire ; et que vient alors enseigner « et il les déposera là » ? - qu'il ne s'en serve pas un autre Yom Kippour.
La baraita porte sur les quatre vêtements de lin blanc que le kohen gadol revêt pour le service du Saint des saints à Yom Kippour, et qu'il ôte à l'intérieur du Sanctuaire avant de reprendre ses vêtements d'or. Le verset ajoute : ve-hinicham cham, « et il les déposera là ». Déposer - mais pour combien de temps ?
Le tana kama lit un retrait définitif : gueniza. Ces vêtements ont servi une fois au degré de sainteté le plus haut ; ils ne serviront plus. Rabbi Dossa refuse cette lecture maximale : ils ne sont pas neutralisés, ils redescendent d'un cran - un cohen hedyot (cohen ordinaire) peut les porter pour le service courant, puisque ce sont précisément les quatre vêtements du cohen ordinaire. Le verset ne fait alors qu'une chose : interdire au kohen gadol lui-même de les reprendre pour un Yom Kippour ultérieur.
C'est cette position de Rabbi Dossa qui l'oblige à lire le yilbach superflu comme il l'a fait - et c'est ce qui va permettre à la guemara, au segment suivant, de tenter d'y voir la source tannaitique de la mahloket entre Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan.
N'est-ce pas là-dessus qu'ils divergent : l'un (mar) tient que c'est une avoda (un service à part entière), et l'autre tient que ce n'est pas une avoda ?
La guemara revient à la question laissée ouverte : le prélèvement de la cendre (harama) est-il une avoda au sens plein, exigeant les quatre vêtements sacerdotaux ? Rech Lakich disait non, Rabbi Yo'hanan disait oui. On tente maintenant de leur trouver un ancrage tannaitique.
La reconstruction est élégante. Rabbi Yehouda expose le yilbach superflu comme venant inclure la mitsnefet (turban) et l'avnet (ceinture) : il en faut donc quatre, ce qui suppose une avoda à part entière. Rabbi Dossa, lui, a besoin de ce même mot pour tout autre chose - les vêtements de Yom Kippour - donc il n'inclut pas turban et ceinture : deux vêtements suffisent, et ce n'est pas une avoda. La mahloket amoraique aurait ainsi ses deux ancêtres.
Non : de l'avis de tous c'est une avoda, et ici c'est sur ceci qu'ils divergent - l'un tient qu'un verset est nécessaire pour [les] inclure, et l'autre tient qu'aucun verset n'est nécessaire pour [les] inclure.
La guemara refuse la reconstruction. Les deux tanaim peuvent parfaitement s'accorder sur le statut - c'est une avoda, quatre vêtements - et ne diverger que sur le chemin qui y mène.
Pour Rabbi Yehouda, un verset est nécessaire : sans lui, on lirait la mention des deux seuls vêtements comme davka (exclusive), et l'on en déduirait à tort que ce n'est pas une avoda. Le yilbach vient donc bloquer cette erreur. Pour Rabbi Dossa, aucun verset n'est nécessaire : le verset a déjà dit kutonet bad kodech et mikhnesei kodech - il a nommé des vêtements sacrés, ce qui suffit à établir que c'est une avoda ; et une avoda, par définition, se fait en quatre. Le mot superflu est donc libre pour un autre enseignement - les vêtements de Yom Kippour.
Conséquence : la mahloket de Rech Lakich et Rabbi Yo'hanan reste sans appui tannaitique. Elle ne peut pas être réduite à un désaccord déjà connu ; elle tient debout par ses propres arguments.
Rabbi Avin a demandé : la teroumat hadechen (le prélèvement de la cendre), de quelle quantité est-elle ? L'apprend-on de la terouma du maasser (la dîme), ou l'apprend-on de la terouma de Midian ?
Viens et écoute, car Rabbi Hiya a enseigné [dans une baraita] : il est dit ici « ve-herim » (et il prélèvera - Lévitique 6,3), et il est dit ailleurs « ve-herim » (Lévitique 6,8) ; de même que là-bas c'est avec sa poignée (be-koumtso), de même ici c'est avec sa poignée.
Nouvelle sougya : on quitte la question des vêtements pour celle de la quantité. La Torah dit ve-herim et ha-dechen - et il prélèvera la cendre - sans préciser combien. Rabbi Avin cherche un autre prélèvement de la Torah qui puisse servir d'étalon, par la ressemblance du verbe harama (prélever).
Deux candidats. La terouma du maasser, que le levi prélève pour le cohen sur sa dîme (Nombres 18,26 : ve-haremotem mimenou) - proportion fixe, qu'ici Rachi évalue à un dixième de la cendre du bûcher, à l'estime. Ou la terouma de Midian, le tribut prélevé sur le butin (Nombres 31,28 : ve-heremota mekhes) - une part sur cinq cents.
La réponse ne vient d'aucun des deux : Rabbi Hiya établit une gezera chava avec le ve-herim du kometz de l'oblation. La mesure est donc une pleine poignée. Rachi ajoute la nuance décisive : ce n'est pas une mesure exacte mais un plancher - car on ne peut pas plonger les mains dans la braise pour y saisir précisément une poignée. Qui veut ajouter, ajoute.
Rav a dit : il y a quatre avodot pour lesquelles un zar (non-cohen) encourt la mort : la zerika (aspersion du sang), la haktara (combustion sur l'autel), le nissoukh hamayim (libation d'eau) et le nissoukh hayayin (libation de vin). Et Levi a dit : la teroumat hadechen aussi.
Et de même Levi a enseigné dans son recueil [de baraitot] : la teroumat hadechen aussi.
Changement de registre : on passe de la quantité de cendre à la gravité pénale. Un zar - quelqu'un qui n'est pas cohen - a interdiction d'accomplir tout service du Temple. Mais l'interdit et la peine ne se recouvrent pas. Rachi pose la distinction d'emblée : le zar est mouzhar, averti, sur toutes les avodot ; il n'encourt la mita bidei chamayim (mort par la main du Ciel) que sur quelques-unes.
Rav en compte quatre. Levi en compte cinq, en ajoutant la teroumat hadechen - et la guemara souligne qu'il ne s'agit pas d'une opinion isolée de sa part : sa propre collection de baraitot enseigne la même chose. Le désaccord porte donc sur le point exact où la liste s'arrête, et tout le reste du daf va chercher le mot du verset qui décide.
Quelle est la raison de Rav ? Car il est écrit : « Et toi et tes fils avec toi, vous garderez votre sacerdoce pour tout ce qui concerne l'autel et pour l'intérieur du voile, et vous servirez ; c'est un service de don (avodat matana) que je vous donne comme sacerdoce, et l'étranger qui s'approchera sera mis à mort » (Nombres 18,7).
« Avodat matana » - et non un service de retrait (avodat silouk) ; « ve-avadtem » (et vous servirez) - une avoda tama (un service achevé), et non un service après lequel il y a encore un service.
Rav ne compte pas au hasard : il lit dans le verset deux filtres, et les quatre avodot sont exactement ce qui reste après les avoir appliqués.
Premier filtre : avodat matana, un service de don. Rachi : ce que tu donnes sur l'autel - à l'exclusion d'un avodat silouk, un service où tu retires et ôtes de dessus l'autel, comme la teroumat hadechen. Second filtre : ve-avadtem, lu comme avoda tama - un service gomeret ou-metamemet, qui achève et parfait la chose ; à l'exclusion d'un service suivi d'un autre. Ainsi la chehita, la kabbala et la holakha tombent : la zerika vient encore après elles.
Restent quatre gestes terminaux et donateurs : la zerika, dernier acte du sang ; la haktara, qu'il s'agisse du kometz de l'oblation, des membres ou des graisses ; le nissoukh hayayin toute l'année ; et le nissoukh hamayim pendant Souccot.
Et Levi ? Le Miséricordieux a inclus [la teroumat hadechen] par « pour tout ce qui concerne l'autel ».
Et Rav ? Celui-là vient inclure les sept aspersions [faites] à l'intérieur, et celles du metsora (le lépreux).
Le désaccord se resserre sur un membre de phrase : lekhol devar ha-mizbeah. Pour Levi, il est là pour rouvrir ce que les deux filtres avaient fermé : tout ce qui se fait sur l'autel compte, y compris un service de retrait - donc la teroumat hadechen. Rachi précise la condition : un silouk, à condition qu'il soit une avoda tama ; le second filtre n'est pas annulé, seul le premier l'est.
Pour Rav, ce même membre de phrase sert ailleurs : à inclure des services qui ne se font pas sur l'autel et qu'on aurait donc crus hors du compte - les sept aspersions de sang sur le voile (taureau de l'erreur de la communauté, taureau du cohen oint, et celles de Yom Kippour), et les sept aspersions d'huile du metsora dans le heikhal (Lévitique 14,16).
Tossefot ajoute deux remarques importantes. D'abord, pourquoi Levi n'inclut-il pas aussi le sidour maarakha (la disposition du bûcher), qui est bien un service de l'autel ? Réponse : la teroumat hadechen est préférable, elle précède tout. Ensuite, pourquoi les aspersions ne sont-elles pas comptées comme des avodot supplémentaires dans la liste ? Parce que les libations d'eau et de vin peuvent venir pour elles-mêmes, alors que les aspersions accompagnent un sacrifice - elles sont donc englobées dans la zerika.
Et Levi ? Il les déduit de « davar » (chose) et de « kol davar » (toute chose).
Et Rav ? Il n'expose pas [de distinction entre] « davar » et « kol davar ».
La question était : si Levi utilise lekhol devar ha-mizbeah pour la teroumat hadechen, d'où tire-t-il les aspersions intérieures que Rav en tirait ? Réponse : il découpe le surplus en deux.
Rachi explique le compte. L'expression devar ha-mizbeah est déjà superflue en elle-même - le verset aurait pu s'en passer - et c'est de là qu'on apprend la teroumat hadechen. Puis vient le mot lekhol (pour tout), qui est un surplus supplémentaire greffé sur le premier, et c'est de cette inclusion-là que Levi tire les aspersions intérieures. Deux mots en trop, deux enseignements.
Rav, lui, refuse ce type de découpage : il ne fait pas de différence exégétique entre davar et kol davar, et lit l'ensemble comme une seule inclusion. C'est une divergence de méthode autant que de contenu.
Et dis donc : « pour tout ce qui concerne l'autel » serait un klal (une généralité), « avodat matana » un perat (une particularité) - [donc] un klal ou-perat. Or [dans un klal ou-perat] la généralité ne contient que ce qui est dans la particularité : un service de don, oui ; un service de retrait, non !
[Réponse :] le verset dit...
Dernière objection du daf, dirigée contre Levi, et elle utilise l'artillerie lourde de l'herméneutique. Les middot (règles d'exégèse) prévoient que lorsqu'une généralité est suivie d'une particularité, la généralité se rétracte sur la particularité : ein ba-klal ela ma che-ba-perat.
Appliquée ici, la règle détruit la lecture de Levi. Lekhôl devar ha-mizbeah, qu'il traitait comme une porte ouverte incluant le silouk, deviendrait le klal ; avodat matana deviendrait le perat ; et le résultat serait exactement l'inverse de ce que Levi veut : seuls les services de don comptent, et la teroumat hadéchen retombe hors de la liste.
La guemara commence sa réponse - amar kra, le verset dit - et le daf s'interrompt sur ces deux mots. Tossefot, lui, prend le problème par l'autre bout : pourquoi ne pas lire un klal ou-perat ou-khlal, qui élargirait au lieu de restreindre ? Sa réponse tient à une finesse : le-khôl seul, sans un mot explicite du même domaine à côté de lui, ne constitue pas une vraie généralité - c'est un klal che-eino mâle, une généralité incomplète, sur laquelle on ne raisonne pas en klal ou-perat.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).