Sougya : Le daf s'ouvre sur la réponse que 24a laissait suspendue : Levi soutient que le filtre avodat matana -- seul un service qui dépose rend passible, pas un service qui retire -- n'a été énoncé qu'à propos de ce qui se fait à l'intérieur du parokhet ; au-dehors, un service de retrait achevé rend bel et bien passible, et la teroumat hadéchen reste dans la liste. L'objection symétrique -- alors limitons aussi l'exigence d'avoda tama au dedans -- est écartée par une seule lettre : le vav de ve-avadtem recoud les deux domaines, tandis qu'avodat matana, dépourvue de vav, reste enfermée dans le sien.
Rava demande alors où tombe le Heikhal, ni Saint des saints ni parvis, et tranche lui-même par un autre vav : ou-le-mibéit la-parokhet annexe le Sanctuaire au dedans -- un service de retrait y est exempt. Mais l'annexion joue dans les deux sens, et la guemara passe alors en revue tout ce qui se dépose dans le Heikhal : la table des pains, les coupelles d'encens, la menora, la mèche, l'huile, l'allumage -- chaque candidat tombe parce qu'un geste reste à faire après lui, jusqu'à l'allumage, écarté pour une autre raison, hadlaka lav avoda hi, avec la contre-objection de la hatsatat alita qui oblige à distinguer le feu de l'autel, objet du culte, de la flamme de la menora, simple aboutissement.
La même mécanique s'applique au bûcher de l'autel jusqu'à la pose des deux bûches, où Rav et Rabbi Yo'hanan se séparent franchement sur le découpage des gestes. La sougya se referme sans arbitrage, sur deux baraitot, l'une taillée pour Rav sans la teroumat hadéchen, l'autre pour Levi qui l'inscrit en tête.
La dernière partie du daf revient à la michna et à ses quatre payassot : pourquoi rassembler quatre fois plutôt qu'une ? Rabbi Yo'hanan répond que la répétition est voulue pour le bruit qu'elle produit -- faire vibrer toute la azara, honneur rendu au Roi.
Puis Rav Nahman et Rav Chechet divergent sur la tenue du tirage : vêtements profanes pour écarter les hommes de main qui serviraient de force, ou vêtements sacrés pour empêcher que la ferveur ne fasse servir un gagnant avant qu'il ait eu le temps de se changer.
[Le verset dit :] « et vers l'intérieur du parokhet... et vous servirez ». C'est [seulement] « vers l'intérieur du parokhet » qu'il s'agit d'un service de don (avodat matana) et non d'un service de retrait (avodat silouk) ; mais au-dehors — [un zar est passible] même pour un service de retrait.
Voici enfin le amar kra sur lequel s'arrêtait le daf précédent : la réponse de Levi à l'objection du klal ou-perat. Sa parade est spatiale. Le filtre avodat matana — n'est passible que celui qui accomplit un service qui dépose, pas un service qui retire — n'est pas une règle générale du culte : il n'est énoncé qu'à propos de ce qui se fait mibéit la-parokhet, à l'intérieur du voile, dans le Saint des saints.
Rachi donne les deux exemples qui rendent la distinction concrète, et ils viennent tous deux du service de Yom Kippour. Un service de don, au dedans : les aspersions entre les barres de l'arche, ou le dépôt de l'encens sur les braises. Un service de retrait, au dedans : la sortie de la kaf et de la mahta — la cuiller et l'encensoir que le kohen gadol a introduits, déposés, et qu'il revient chercher à la fin.
Conséquence, et c'est tout l'enjeu : au-dehors, sur l'autel extérieur, ce filtre ne joue plus. Un service de retrait y rend passible — donc la teroumat hadéchen, le prélèvement de la cendre, entre bien dans la liste. Levi tient sa cinquième avoda.
Si c'est ainsi, [on dira] aussi de « et vous servirez » : c'est [seulement] « vers l'intérieur du parokhet » qu'il faut une avoda tama (un service achevé) et non un service après lequel vient encore un service ; mais au-dehors — [on serait passible] même pour un service après lequel vient encore un service !
L'objection retourne contre Levi son propre outil. Si l'on admet qu'un filtre énoncé à côté du mot parokhet ne vaut que pour ce qui se passe derrière le parokhet, alors le second filtre doit subir le même sort. Ve-avadtem, d'où l'on tire l'exigence d'avoda tama — un service achevé, que rien ne vient prolonger —, se trouve dans le même verset et au même endroit.
Le résultat serait absurde et contredirait tout le daf précédent : au-dehors, un zar serait passible même pour la chehita, la kabbala ou la holakha, alors même que la zerika reste à faire après elles. Rachi illustre par le service du dedans : le transport de la cuiller et de l'encensoir, auquel succèdent encore la hafina (la prise de l'encens à pleines mains) et la haktara.
[Réponse :] « et vous servirez » (ve-avadtem) — le verset revient et mélange [les deux domaines].
Réponse en trois mots, et elle tient à une seule lettre. Ve-avadtem s'ouvre par un vav conjonctif, et le vav, dans la lecture rabbinique, ajoute au sujet précédent : il recoud ce que la phrase avait séparé. L'exigence d'avoda tama déborde donc le parokhet et vaut partout, dedans comme dehors.
Rachi verrouille la dissymétrie, et c'est elle qu'il faut retenir : avodat matana, elle, n'a pas de vav devant elle. Elle reste donc arrimée au seul el mibéit la-parokhet qui la suit immédiatement. Un filtre voyage, l'autre non — non par décision arbitraire, mais parce que le texte a mis un vav à l'un et pas à l'autre.
Rava a demandé : un service de retrait dans le Heikhal (le Sanctuaire), qu'en est-il ? L'assimile-t-on au dedans, ou l'assimile-t-on au dehors ?
Rava prend la position de Levi au sérieux et cherche sa frontière. Levi a opposé deux territoires — lifnim, l'intérieur du voile, et bahouts, le dehors. Mais le Temple en compte trois : le Saint des saints, le Heikhal (la salle du Sanctuaire, où se tiennent la menora, la table et l'autel d'or), et l'azara, le parvis avec le grand autel.
Rachi précise le cas visé, et il est parfaitement choisi : le dichoun de l'autel intérieur et de la menora — retirer les cendres d'encens et les mèches consumées. C'est un service de retrait, et c'est en même temps une avoda tama : rien ne le prolonge. Il passe donc le second filtre et échoue au premier. Tout dépend alors du côté de la frontière où tombe le Heikhal.
Il l'a ensuite lui-même résolu : [il aurait fallu écrire] « à l'intérieur du parokhet » — [or il est écrit] « et vers l'intérieur du parokhet ».
Rava tranche sa propre question, et par le même procédé que la réponse précédente : un vav de trop. Le verset aurait pu se contenter de mibéit la-parokhet ; il écrit ou-le-mibéit la-parokhet. Cette syllabe superflue élargit le domaine : elle fait du Heikhal l'équivalent du Saint des saints pour cette règle.
Verdict : un zar qui accomplit un service de retrait dans le Heikhal est exempt. La frontière ne passe pas devant le parokhet mais à la porte du Sanctuaire — d'un côté le bâtiment, de l'autre le parvis.
Ce qui paraît un détail technique va commander toute la suite du daf. Car si le Heikhal est annexé au dedans, il l'est aussi pour l'autre versant : un zar y devient passible pour tout service de dépôt achevé. La guemara va donc passer en revue tout ce qui se dépose dans le Heikhal.
Mais alors, un zar qui a disposé la table [des pains de proposition] devrait être passible ! — Il y a [encore] la disposition des bazikhin (les coupelles d'encens). Qu'il ait disposé les bazikhin : qu'il soit passible ! — Il y a [encore] leur retrait et leur combustion.
Première application de la conclusion de Rava. Puisqu'un zar est désormais passible pour un service de dépôt accompli dans le Heikhal, on devrait pouvoir allonger la liste de Rav bien au-delà de ses quatre avodot. Rachi formule l'objection dans ces termes exacts : pourquoi avons-nous dit plus haut quatre avodot et pas davantage ?
Le premier candidat est le chulhan, la table des pains de proposition. Disposer les douze pains est bien un dépôt, dans le Heikhal. Mais ce n'est pas achevé : il reste à poser les bazikhin, les deux coupelles d'encens, comme le dit le verset ve-natata al ha-maarekhet levona zaka (Lévitique 24,7).
Et les bazikhin eux-mêmes ? Rachi donne une réponse qui tient sur une échelle de temps inattendue : leur service n'est pas achevé avant le chabbat suivant, quand on les retirera et qu'on fera fumer leur encens sur l'autel. Une avoda dont l'achèvement demande une semaine n'est jamais tama au moment où on la pose.
Un zar qui a disposé la menora devrait être passible ! — Il y a [encore] la pose de la mèche. Il a posé la mèche : qu'il soit passible ! — Il y a [encore] la pose de l'huile.
Deuxième candidat, même mécanique. Rachi décrit le geste avec précision : chaque matin on détachait les lampes d'or de la menora pour en essuyer soigneusement la cendre, puis on les y refixait. Vu de l'extérieur, cela ressemble bien à une avoda achevée — d'où l'objection.
La réponse décompose l'allumage quotidien en une chaîne de gestes dont chacun appelle le suivant : remettre les lampes, poser la mèche, verser l'huile, allumer. Aucun maillon ne se suffit à lui-même, donc aucun n'est avoda tama, donc aucun ne rend passible.
Il a mis l'huile : qu'il soit passible ! — Il y a [encore] l'allumage. Il a allumé : qu'il soit passible ! — L'allumage n'est pas une avoda.
La chaîne arrive à son dernier maillon, et la réponse change de nature. Jusqu'ici on répondait : il reste quelque chose après. Pour l'allumage, plus rien ne suit — la guemara ne peut donc plus se servir du filtre de l'avoda tama.
Elle change alors d'argument : hadlaka lav avoda hi, l'allumage n'est pas un service. Non parce qu'il serait inachevé, mais parce qu'il ne fait rien à l'objet du culte : la lampe est déjà en place, garnie, remplie ; approcher la flamme ne modifie plus la menora. C'est l'aboutissement du service, pas un acte de service.
Vraiment pas ? Mais n'a-t-on pas enseigné : « les fils d'Aharon le cohen mettront du feu sur l'autel et disposeront du bois sur le feu » (Lévitique 1,7) — cela enseigne au sujet de l'allumage des copeaux (hatsatat alita) qu'il ne se fait que par un cohen apte et en vêtements de service ! — L'allumage des copeaux est une avoda ; l'allumage [des lampes] n'est pas une avoda.
Objection de bon sens : si allumer n'est pas un service, comment une baraita peut-elle exiger, pour la hatsatat alita, à la fois un cohen apte et les vêtements sacerdotaux ? Rachi décrit la scène : de fins copeaux qu'on enflamme sur l'autel lorsqu'une des rangées menace de s'éteindre, tout le brasier ayant déjà brûlé.
La réponse ne recule pas d'un pouce : les deux flammes n'ont pas le même statut. Sur l'autel, le feu lui-même est l'objet du culte — le maintenir en vie est un service à part entière. Dans la menora, la flamme est le résultat d'un service déjà terminé ; l'allumer n'ajoute rien à l'ustensile.
Rachi profite de l'expression ou-vikhli charet pour rappeler une règle de lecture générale : partout où l'Écriture dit bnei Aharon ha-kohanim, elle sous-entend be-khihounam, dans leur sacerdoce — c'est-à-dire revêtus des quatre vêtements s'il s'agit d'un cohen ordinaire, des huit s'il s'agit du kohen gadol.
Mais alors, un zar qui a disposé la rangée [de bois] devrait être passible ! — Il y a [encore] la disposition des deux bûches. Il a disposé les deux bûches : qu'il soit passible ! — Il y a [encore] la disposition des membres.
On quitte le Heikhal pour l'autel extérieur, et la série continue : disposer le bois de la maarakha, le bûcher. Réponse : il reste à poser les chnei gezirei etsim, les deux bûches, dont Rachi signale que la source scripturaire sera donnée plus loin (Yoma 26b). Et après les bûches ? Il reste la disposition des membres du tamid — tout cela ne formant, dit Rachi, qu'un seul et même service de disposition.
Tossefot ouvre par un aveu remarquable : je ne sais pas contre qui l'objection est dirigée. Le style de la guemara ici ne colle pas — pas de i amart bichlama, pas de thèse identifiable. Sa reconstruction est que la cible est la zerika. On l'a déclarée tama alors même que la haktara la suit, au motif que pour ce qui est du sang elle est achevée. Or la disposition du bois est, elle aussi, achevée pour ce qui est du bois — pourquoi ne pas la traiter pareillement ?
La réponse que Tossefot lit dans la guemara : tous ces gestes de disposition comptent pour un seul. La comparaison avec la zerika ne tient pas, car la haktara qui suit la zerika n'est pas meakevet — elle ne conditionne pas la validité du sacrifice ; le sang, lui, a bel et bien fini son parcours.
Mais Rav Assi n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : un zar qui a disposé les deux bûches est passible ! — C'est bien là-dessus qu'ils divergent : l'un (mar) tient que c'est une avoda tama, et l'autre tient que ce n'est pas une avoda tama.
Une tradition amoraique vient contredire frontalement la réponse précédente : pour Rabbi Yo'hanan, poser les deux bûches rend passible. La guemara ne cherche pas à concilier — elle reconnaît une mahloket franche entre Rav et Rabbi Yo'hanan.
Rachi expose le point exact du désaccord, et il est d'une grande finesse. Pour Rabbi Yo'hanan, la disposition du bois est un chantier qui se clôture avec les deux bûches ; ce qui suit — la disposition des membres — est le début d'une autre disposition, pas la fin de la première. Pour Rav, bois, bûches et membres portent un seul et même nom, chem sidour ehad : c'est une seule opération, et elle ne s'achève qu'avec les membres.
La question n'est donc pas que reste-t-il à faire ? mais où finit cette avoda-ci et où commence la suivante ?. Le découpage des gestes commande le verdict de vie ou de mort.
Une baraita a été enseignée conformément à Rav, et une baraita a été enseignée conformément à Levi. Conformément à Rav : les avodot pour lesquelles un zar est passible de mort — l'aspersion du sang, aussi bien au-dedans (lifnim) qu'au dedans du dedans (lifnei ve-lifnim) ; celui qui asperge dans le hatat d'oiseau ; celui qui presse [le sang] et celui qui fait fumer dans l'ola d'oiseau ; et celui qui verse en libation trois log d'eau ou trois log de vin.
La guemara referme la sougya sans trancher : elle produit une baraita pour chaque camp. Celle-ci soutient Rav, et Rachi souligne le détail décisif — la teroumat hadechen n'y est pas enseignée. C'est exactement la thèse de Rav : un service de retrait ne tue pas, même au-dehors.
Rachi identifie chaque item par son verset. L'aspersion du hatat d'oiseau vient de ve-hiza mi-dam ha-hatat al kir ha-mizbeah (Lévitique 5,9). Le mitsoui (pressurage du sang) de l'ola d'oiseau vient de ve-nimtsa damo al kir ha-mizbeah (Lévitique 1,15) — et la haktara y figure parce que l'ola est kalil, entièrement consumée. Enfin les trois log : c'est le quart de hin de l'agneau, la plus petite des libations prévues.
Le premier Tossefot explique pourquoi le hatat d'oiseau est cité à part : il ne ressemble à aucun autre sacrifice — pas de recueil du sang dans un vase, le cohen tient l'oiseau par la tête et le corps et asperge directement, et l'autel n'en reçoit que le sang.
Le deuxième Tossefot est un véritable travail d'établissement du texte : il compare notre baraita à la Tossefta de Zevahim, constate que son exemplaire est fautif et le dit franchement (ve-tsarikh iyoun — il faudra vérifier dans une autre Tossefta). Sa lecture finale : la mention de la haktara dans l'ola d'oiseau est un af, un « même » — même la haktara, et même celle d'un oiseau, alors que le hatat d'oiseau, lui, n'en comporte aucune.
Le troisième Tossefot fait le décompte et retrouve exactement les quatre avodot de Rav : zerika (toutes formes confondues, y compris l'aspersion du hatat d'oiseau) = une ; haktara de l'ola d'oiseau = deux ; libation de vin = trois ; libation d'eau = quatre.
Une baraita a été enseignée conformément à Levi : les avodot pour lesquelles un zar est passible de mort — celui qui prélève la cendre (ha-merim et ha-dechen) ; les sept aspersions du dedans, et celles du metsora ; et celui qui fait monter [quoi que ce soit] sur l'autel, que ce soit une chose kachère ou une chose passoul (invalide).
La baraita de Levi ouvre par ce qui manquait à celle de Rav : ha-merim et ha-dechen, le prélèvement de la cendre. Un service de retrait, placé en tête de liste — c'est la thèse de Levi affichée dès le premier mot.
La mention d'une chose passoul demande une explication, que Rachi donne : il s'agit des invalides dont le défaut est survenu ba-kodech, dans l'enceinte sacrée, et pour lesquels vaut la règle im alou lo yerdou — une fois montés sur l'autel, ils n'en redescendent plus. Puisque l'autel les retient, les y faire monter compte comme une vraie haktara.
Tossefot fait une remarque d'ensemble qui éclaire l'architecture des deux listes : la troisième rubrique de Levi — celui qui fait monter sur l'autel — contient déjà toute la liste de Rav, puisque zerika, aspersions, haktarot et libations montent toutes sur l'autel. Levi ne fait donc pas une liste plus longue : il fait une liste plus synthétique, à laquelle il ajoute en tête le cas qui sépare les deux maîtres.
Pourquoi tire-t-on au sort (mefissin) ? — Pourquoi tire-t-on au sort ?! Mais comme nous l'avons dit [dans la michna : pour éviter les disputes] ! — Non : pourquoi tire-t-on au sort, puis recommence-t-on a tirer au sort ?
Changement complet de sujet : la guemara revient à la michna et à ses quatre payassot, les quatre tirages au sort quotidiens. Un maître demande lama mefissin — et la guemara s'étonne de la question elle-même : la michna a déjà répondu, c'est pour éviter les rixes entre cohanim, comme le rappelle Rachi.
La question est donc reformulée, et c'est la vraie : lama mefissin ve-hozrin ou-mefissin. Pourquoi rassembler l'ensemble des cohanim quatre fois dans la journée ? Rachi pose l'alternative évidente : qu'on tire au sort toutes les tâches d'un seul coup, au premier rassemblement — qui obtiendra ceci, qui obtiendra cela — et l'affaire est réglée.
Rabbi Yo'hanan a dit : afin de faire vibrer toute la azara (le parvis), ainsi qu'il est dit : « nous qui ensemble goûtions la douceur du secret, dans la maison de Dieu nous marchions dans la rumeur » (Psaumes 55,15).
La réponse est acoustique, et elle renverse la question. On cherchait une raison d'efficacité — pourquoi ne pas tout régler d'un coup ? La réponse est qu'il ne s'agissait pas d'efficacité : la répétition du rassemblement est voulue pour elle-même.
Le-hargich : faire vibrer, faire sentir, mettre en mouvement. Quatre fois par jour, les cohanim affluent de tout le Temple vers un même point ; le bruit et la foule remplissent la azara. Rachi l'exprime sans détour : faire entendre plusieurs fois la rumeur d'une grande foule, car c'est un kavod la-melekh, un honneur rendu au Roi.
Le verset des Psaumes fournit le mot même : be-veit Elokim nehalekh be-raguech — dans la maison de Dieu nous marchions dans la rumeur. L'agitation bruyante du service divin n'est pas un désordre à tolérer ; elle fait partie de la solennité.
En quoi [en quels vêtements] tire-t-on au sort ? Rav Nahman dit : en vêtements profanes (bigdei hol).
Et Rav Chechet dit : en vêtements sacrés (bigdei kodech).
Nouvelle question sur le même rituel, très concrète : dans quelle tenue les cohanim se présentaient-ils au payis ? Rachi reformule pour lever toute ambiguïté — que portaient ceux qui se rassemblaient pour le tirage au sort ?.
Rav Nahman répond : en vêtements ordinaires, et celui qui gagne se change ensuite pour revêtir les vêtements sacrés. Rav Chechet répond l'inverse : ils étaient déjà en tenue de service. Les raisons de chacun viennent au segment suivant, et elles sont symétriques.
Rav Nahman dit : en vêtements profanes — car si tu dis en vêtements sacrés, il y a des hommes de main (baalei zeroa) qui useraient de force et accompliraient [le service]. Rav Chechet dit : en vêtements sacrés — car si tu dis en vêtements profanes, du fait de leur affection [pour le service], il leur arriverait de [se précipiter et de] servir [ainsi].
Deux raisonnements de même forme, deux craintes opposées — et chacune dessine un portrait du sacerdoce.
Rav Nahman redoute la violence. Si les cohanim étaient déjà revêtus du sacré, des baalei zeroa, des hommes de force, n'auraient plus qu'à s'avancer : rien ne les séparerait plus de l'autel. Rachi précise le scénario — ils feraient le service bien qu'ils n'aient pas gagné au tirage. Le vêtement profane joue alors un rôle de frein : il faut se changer, et ce délai vaut contrôle.
Rav Chechet redoute l'inverse : non la mauvaise foi, mais l'élan. Agav havivouteh — à cause de l'amour qu'ils portent au service, ceux qui viennent de gagner s'élanceraient et serviraient sans avoir pris le temps de se changer, invalidant du même coup leur avoda. La tenue sacrée portée d'avance supprime le risque.
Le désaccord n'est pas seulement technique : l'un protège le rite contre l'avidité, l'autre contre la ferveur.
Rav Nahman a dit : d'où est-ce que je le dis ? De ce que nous avons appris [dans la michna] : on les remettait aux hazanim (les préposés), qui leur ôtaient leurs vêtements et ne leur laissaient que les mikhnassaim (les caleçons).
Rav Nahman cherche un appui dans une michna du traité Tamid, qui décrit ce qui suit immédiatement le payis : les gagnants sont confiés aux hazanim — Rachi glose d'un mot, chamachim, les serviteurs du Temple — lesquels les déshabillent et ne leur laissent que les caleçons.
L'argument tient dans le geste : si l'on doit leur retirer leurs vêtements après le tirage, c'est bien qu'ils y sont venus vêtus d'autre chose que du sacré. La preuve est indirecte mais nette.
Reste le détail des mikhnassaim, que la michna prend soin de mentionner : le caleçon est le seul vêtement qu'on ne peut retirer par pudeur. Il fait charnière entre les deux tenues — et c'est aussi le seul point où le profane et le sacré se touchent sur le corps du cohen.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).