Sougya : Le daf tranche d'abord la question laissée ouverte en 25a : tiré-t-on au sort pour chaque service, ou une seule fois ? Deux tentatives de preuve échouent sur la même baraita de Rabbi Yehouda, celle de la mahta que le gagnant de la ketoret donne à son voisin : lue dans un sens elle prouverait le payis unique, lue dans l'autre elle prouverait le contraire, et elle ne prouve finalement ni l'un ni l'autre -- mahta et ketoret ne font qu'un seul service, et si Rabbi Yehouda a nommé la mahta, c'est seulement parce qu'elle est rare et qu'elle enrichit, ce qui aurait pu justifier un tirage à part.
C'est une baraita explicite de Rabbi Hiyya qui emporte la décision : le cohen qui gagne le tamid entraîne douze de ses frères à sa suite. La guemara passe ensuite à un silence de la michna : personne n'y est désigné pour la kabala, le recueil du sang, qui s'intercale pourtant entre la chehita et la zerika.
Est-ce l'égorgeur, qui n'a rien de plus attirant à faire, ou l'aspergeur, qui est toujours cohen alors que la chehita peut être faite par un zar ? Les douze robinets du kiyor de Ben Katin donnent la réponse par le calcul : treize services, moins la chehita qui n'exige pas la sanctification des mains et des pieds, égale douze cohanim à laver -- et non treize, comme il en faudrait si l'égorgeur recueillait.
Le langage de Tamid, chahat ha-chohet, kibel ha-mekabel, ou-va lo lizrok, confirme. La dernière partie du daf compare quatre principes concurrents pour ordonner la montée des six charges de viande à la rampe -- la marche de la bête, son écorchement, son découpage, sa qualité --, écarte une objection tirée d'Ezechiel sur la cuisse et l'épaule en la renvoyant à une bête maigre, et laisse Rava réduire l'écart entre notre michna et Rabbi Yossi HaGuelili à une seule variable : la masse du membre ou son gras.
Reste le point que nul ne conteste, la tête en premier, ancré dans le verset sa tête et son peder, et il les rangera.
Viens et écoute [une preuve] : Rabbi Yehouda dit — il n'y avait pas de payis (tirage au sort) pour la mahta (l'encensoir à braises), mais le cohen qui avait gagné la ketoret (l'encens) disait à celui qui se tenait à côté de lui : « gagne avec moi la mahta ».
La guemara cherche à trancher la question laissée ouverte à la fin de 25a : tiré-t-on au sort une seule fois, les douze autres services revenant automatiquement aux voisins du gagnant, ou treize fois ? La baraita de Rabbi Yehouda semble le dire.
Rachi expose le dispositif technique : la ketoret du matin exige en réalité deux cohanim. L'un porte l'encens dans le Heikhal et le fait fumer ; l'autre racle des braises sur l'autel extérieur avec la mahta, les introduit et les dépose sur l'autel d'or, pour que l'encens y soit brûlé. Or Rabbi Yehouda affirme qu'on ne tirait au sort que le premier poste : le gagnant désignait lui-même son second, et l'usage voulait que ce soit son voisin de droite.
Si un service se transmet ainsi, sans nouveau tirage, la question paraissait réglée : lo le-khôl avoda ve-avoda mefissin, on ne tire pas au sort pour chaque service.
[La guemara repousse la preuve :] la mahta et la ketoret, c'est différent, car elles constituent un seul et même service.
Rejet en cinq mots. La mahta n'est pas un service autonome que le gagnant aurait le pouvoir de distribuer : c'est la première moitié d'un seul service, celui de la ketoret. Poser les braises et y verser l'encens sont deux gestes d'une même opération ; il est donc normal qu'un unique payis les couvre tous les deux.
La baraita ne dit alors plus rien sur les treize services du tamid, qui sont, eux, véritablement distincts. La question reste ouverte.
Certains disent [que la baraita se lit au contraire dans l'autre sens] : c'est précisément la mahta et la ketoret, qui forment un seul service, [qui se partagent un payis unique] ; mais les autres services, eux, exigent chacun un payis !
La même baraita, retournée. Version ika de-amri : si Rabbi Yehouda a pris soin de nommer la mahta et la ketoret — précisément le couple qui forme un seul service —, c'est que la dispense de payis ne vaut que là ; a contrario, les services réellement distincts exigent chacun leur tirage.
C'est un raisonnement classique de diyouk : on ne déduit pas du contenu de l'énoncé mais de son choix d'exemple. Pourquoi ce cas-là, si la règle était générale ?
[Rien à en déduire :] c'est la mahta qu'il lui fallait [mentionner]. Il aurait pu te venir à l'esprit de dire : puisqu'elle est rare et qu'elle enrichit, instituons-lui un payis à elle seule.
[La baraita] nous enseigne [qu'il n'en est rien].
Le diyouk est désamorcé : si Rabbi Yehouda a nommé la mahta, ce n'est pas pour l'opposer aux autres services, mais parce que ce cas précis appelait une mise au point. Deux traits, dit Rachi, en faisaient un poste convoité : la ketoret n'est pas fréquente — deux fois par jour seulement, car elle ne peut jamais être apportée en offrande volontaire, contrairement aux sacrifices que tout particulier peut donner ; et elle enrichit celui qui l'accomplit, comme la guemara l'établira en 26a.
On aurait donc pu penser qu'à raison de cette convoitise il fallait lui réserver un tirage propre. Rabbi Yehouda dit non — et sa formule ne dit rien de plus. Aucune conclusion ne peut être tirée dans un sens ni dans l'autre.
Viens et écoute, car Rabbi Hiyya a enseigné : ce n'est pas pour chaque service séparément que l'on tire au sort ; mais le cohen qui a gagné le tamid, douze de ses frères cohanim sont entraînés à sa suite. Apprends-en [qu'il en est bien ainsi].
Après deux preuves indirectes écartées, la guemara produit une baraita explicite : Rabbi Hiyya énonce la règle en toutes lettres, dans les termes mêmes de la question posée (lo le-khôl avoda ve-avoda mefaissin).
Le verbe est décisif : nimchakhin — ils sont tirés, entraînés à sa suite. Les douze voisins ne gagnent rien : ils sont aspirés par le gagnant unique, chacun prenant, dans l'ordre où il se tient, le service que la michna a énuméré à ce rang. Un tirage, treize postes. Chema mina : la question est close.
« Le second payis, etc. ». On leur a demandé : qui recueille [le sang] ?
Est-ce l'égorgeur qui recueille ? — car si tu dis que c'est l'aspergeur qui recueille, du fait de son empressement [pour la zerika qui lui est chère], il ne recueillerait pas tout le sang.
Nouvelle sougya, tirée d'un silence de la michna. La liste des treize services du second payis nomme celui qui égorge et celui qui asperge — mais personne pour la kabala, le recueil du sang dans le vase, qui s'intercale pourtant obligatoirement entre les deux. Rachi en tire la déduction : si aucun cohen n'y est affecté, c'est que l'un des deux voisins s'en charge.
Première branche : ce serait l'égorgeur. L'argument est psychologique et halakhique à la fois. Le cohen désigné pour la zerika brûle d'accomplir un service de l'autel, plus prestigieux que le recueil ; agav havivouteh, emporté par cet attrait, il risquerait de se précipiter avant d'avoir recueilli la totalité du sang. Or la halakha exige (Yoma 48a) qu'on recueille tout le sang, d'après « et tout le sang, il le répandra ».
Ou bien peut-être est-ce l'aspergeur qui recueille : car si tu dis que c'est l'égorgeur qui recueille — il arrive qu'un zar (un non-cohen) égorge.
Branche inverse, et l'argument change de nature : il n'est plus psychologique mais structurel. La chehita est le seul acte de tout le service qui soit valide même accompli par un zar, un non-cohen — Rachi le déduit du verset « il égorgera le jeune taureau, et les cohanim approcheront le sang » (Lv 1,5) : la kehouna n'est requise qu'à partir de la kabala.
Conséquence : faire de l'égorgeur le recueilleur, ce serait bâtir la règle sur un poste qui peut ne pas être tenu par un cohen. La kabala, elle, est passoul (invalide) faite par un zar. La règle deviendrait inapplicable les jours où un non-cohen a égorgé.
Viens et écoute : Ben Katin fit douze robinets au kiyor (la cuve), afin que les douze frères cohanim occupés au tamid puissent sanctifier leurs mains et leurs pieds en une seule fois.
La preuve va venir d'un détail d'orfèvrerie. Ben Katin, Cohen Gadol, améliora le kiyor — la cuve où les cohanim accomplissent le kidouch yadaim ve-raglaim, la sanctification des mains et des pieds avant tout service — en portant ses deux becs d'origine à douze, pour que toute l'équipe du tamid puisse se laver simultanément.
Le chiffre est le point sensible : douze, exactement, pour une équipe que la michna a comptée à treize. C'est cet écart d'une unité qui va trancher la question.
Or si tu venais à penser que c'est l'égorgeur qui recueille, ils seraient treize ! N'est-ce pas plutôt qu'il faut en conclure que c'est l'aspergeur qui recueille ?
Apprends-en effectivement qu'il en est ainsi.
Le calcul, exposé par Rachi. La michna compte treize services au second payis. Mais la chehita, précisément parce qu'elle est valide par un zar, n'exige pas le kidouch yadaim ve-raglaim, même quand un cohen l'accomplit. Il reste donc douze cohanim à laver — et douze robinets suffisent.
Fais maintenant de l'égorgeur le recueilleur : il devra se sanctifier, non pour son égorgement, mais à cause de la kabala. Ou bien, les jours où un zar a égorgé, un treizième cohen devra venir recueillir. Dans les deux cas le compte passe à treize — et Ben Katin aurait fait treize robinets.
Il n'en fit que douze. Chema mina : c'est l'aspergeur qui recueille.
Rav Aha fils de Rava dit à Rav Achi : nous aussi nous l'avons appris [dans une michna] — « l'égorgeur égorgea, le recueilleur recueillit, et il vint asperger ». Apprends-en qu'il en est ainsi.
Confirmation par un tour de phrase. La michna de Tamid décrit la séquence en changeant de sujet à chaque étape — chahat ha-chohet, kibel ha-mekabel — puis, au troisième temps, cesse de nommer un nouvel acteur : ou-va lo lizrok, « et il vint asperger ». Le « il » ne peut renvoyer qu'au recueilleur qui vient d'agir.
Donc celui qui recueille est bien celui qui asperge. Rachi précise au passage la version exacte du texte de Tamid a lire ici, la formulation étant tout l'argument.
« Ben Azzai dit devant Rabbi Akiva, etc. ». Nos maîtres ont enseigné : comment [monte-t-on les membres] selon sa manière de marcher ?
La tête et la patte [arrière droite], la poitrine et la guera (la pièce du cou), les deux pattes avant, les deux flancs, le croupion et la [seconde] patte. Rabbi Yossi dit : c'est selon la manière dont on l'écorche qu'il était offert.
Comment, selon sa manière d'écorchement ? La tête et la patte, le croupion et la patte, les deux flancs, les deux pattes avant, la poitrine et la guera.
Retour à la michna : dans quel ordre les six charges de viande du tamid montent-elles à la rampe ? Chaque tanna répond en invoquant un principe d'ordonnancement différent, et le désaccord n'est pas de détail : c'est une divergence sur ce qui doit organiser un service.
Derekh hilukho, sa manière de marcher (Ben Azzai, au nom de Rabbi Yehochoua) : la bête est présentée comme elle avance, l'avant d'abord. Rachi glose : ha-kodem kodem, ce qui vient devant passe devant.
Derekh hefchteto, sa manière d'écorchement (Rabbi Yossi) : l'ordre suit le geste du dépouillement, qui va des pattes vers la tête. Un point ne fait jamais débat : la tête et la patte droite ouvrent toujours la marche, et la guemara le déduira d'un verset à la fin du daf.
Rabbi Akiva dit : c'est selon la manière dont on le découpe qu'il était offert. Comment, selon sa manière de découpe ?
La tête et la patte, les deux pattes avant, la poitrine et la guera, les deux flancs, le croupion et la patte. Rabbi Yossi HaGuelili dit : c'est selon sa qualité qu'il était offert.
Comment, selon sa qualité ? La tête et la patte, la poitrine et la guera, les deux flancs, le croupion et la patte, les deux pattes avant.
Deux principes de plus. Derekh nitou'ho, l'ordre du découpage (Rabbi Akiva) : la séquence reproduit celle du dépeçage membre par membre, détaillée dans Tamid 31a. Rachi décrit la scène concrète : à mesure qu'il découpe, le cohen remet chaque pièce à celui qui l'a gagnée ; tous attendent sur place d'avoir reçu leur part, puis se mettent en marche vers la rampe l'un derrière l'autre. C'est sur l'ordre de ce cortège, et non sur le découpage lui-même, que portent toutes ces opinions.
Derekh ilouyo, selon sa qualité (Rabbi Yossi HaGuelili) : le critère n'est plus anatomique mais qualitatif — le morceau le plus choisi monte le premier. Rachi relève ici deux précisions de version (girsa) sur les listes, signe que ces énumérations circulaient sous plusieurs formes.
Mais n'est-il pas écrit : « tout bon morceau, la cuisse et l'épaule » (Ez 24,4) ? — Ce verset parle d'une bête maigre.
Objection contre Rabbi Yossi HaGuelili : si l'ordre suit la qualité, le verset d'Ezechiel donne le classement — la cuisse et l'épaule sont « tout bon morceau », donc elles devraient monter les premières. Rachi tire du verset la hiérarchie précise : la cuisse l'emporte sur l'épaule.
Réponse : ce verset décrit une bête maigre. Chez elle, la cuisse reste charnue quand tout le reste s'est deseche — d'où son rang. Mais l'agneau du tamid était de premier choix, et chez une bête grasse d'autres pièces la surpassent. Le verset classe une situation, pas la nature des morceaux.
Rava a dit : tant le tanna de notre michna que Rabbi Yossi [HaGuelili] suivent la qualité de la chair. L'un suit la masse du membre de chair, et l'autre suit le gras de la chair.
Rava réduit une mahloket apparente à une divergence de critère. Le tanna de notre michna et Rabbi Yossi HaGuelili ne s'opposent pas sur le principe : tous deux ordonnent selon ilouya de-bissra, la qualité de la viande. Ils ne s'accordent pas sur ce qui fait cette qualité.
Pour l'un, evra : la masse, le volume de chair du membre. Pour l'autre, choumna : le gras. Rachi note d'ailleurs que le tanna de la michna ne coïncide exactement avec aucun des tanaim nommés dans la baraita — sa liste est propre.
Toute la différence tient à un seul déplacement : la place des deux pattes avant, troisièmes chez l'un, dernières chez l'autre.
Pour quelle raison la patte monte-t-elle avec la tête ? Parce que la tête comporte beaucoup d'os, on offre la patte avec elle.
Détail commun à toutes les opinions : la tête ne monte jamais seule, la patte droite l'accompagne. Pourquoi cet appariement plutôt qu'un autre ?
Réponse pratique : la tête est surtout ossature, avec peu de chair. On lui adjoint donc une pièce charnue pour équilibrer la charge — la logique du couple est une logique de compensation, ce qui confirme au passage que c'est bien la quantité de viande qui organise l'ensemble du cortège.
De l'avis de tous, en tout cas, la tête est offerte en premier : d'où le tenons-nous ? Car il a été enseigné : d'où [sait-on] que la tête et le peder (la graisse qui recouvre) précèdent tous les [autres] membres ?
Le verset dit : « sa tête et son peder, et [le cohen] les rangera » (Lv 1,12). Et l'autre [mention du] peder [à quoi sert-elle] ?
Le daf se referme en cherchant la source du seul point qui ne fait pas débat : la tête d'abord. La baraita l'ancre dans Lv 1,12, où la tête et le péder — la graisse dont on recouvre l'endroit de l'égorgement — sont nommés juste avant le verbe ve-ârakh, « et il rangera », c'est-à-dire l'agencement sur le bûcher.
La guemara enchaîne aussitôt sur une question de méthode exégétique : le péder est mentionné deux fois (Lv 1,8 et 1,12). Un mot redondant doit enseigner quelque chose — d'où la question, qui restera ouverte à la page suivante.
Tossefot soulève un problème de cohérence : si le péder précède tous les membres, pourquoi la michna n'a-t-elle pas compté un porteur pour lui ? Réponse : on ne peut jamais faire fumer la tête sans le péder — c'est une exigence de convenance, il couvre l'endroit de l'égorgement — de sorte qu'il est englobé dans la charge de la tête, et non compté à part.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).