Sougya : Le daf liquide d'abord le reliquat de 25b : la seconde mention du péder n'enseigne pas un ordre de priorité mais une manière de faire -- on étale la graisse sur la plaie de l'égorgement avant de monter la tête à l'autel, parce qu'on ne présente pas une plaie sanglante à découvert. La michna achève ensuite la liste des quatre tirages au sort de la journée : le troisième, celui de la ketoret, est proclamé dans la Azara à l'intention des seuls nouveaux, et de fait jamais un cohen ne l'a accomplie deux fois dans sa vie.
Rabbi Hanina en donne la raison -- elle enrichit ; Rav Papa objecte que le verset qui le prouve nomme aussi l'holocauste, et Abaye tranche par la fréquence : une promesse de richesse ne peut viser que le service rare, sans quoi tous les cohanim seraient riches. Une digression de Rava sur les tribus qui produisent des décisionnaires -- Levi et Yissakhar, mais pas Yehouda, parce que légiférer n'est pas conduire une chemata jusqu'à la halakha -- occasionne deux longues gloses du Ben Yehoyada, qui ramène l'affirmation à une statistique plutôt qu'à une exclusive.
Vient alors la sougya centrale : Rabbi Yo'hanan soutient qu'on ne retire pas au sort pour le tamid de l'après-midi, et trois baraitot successives l'attaquent. La première est renvoyée à la ketoret, la deuxième est corrigée d'un pronom masculin en féminin, la troisième -- qui dit les deux à la fois -- est renvoyée par Rav Chemouel bar Rav Yitshak au Chabbat, où les michmarot se relaient et où le gagnant du matin n'est plus là le soir.
Le daf s'achève sur le quatrième payis : notre michna, qui institué un tirage pour monter les membres de la rampe à l'autel, s'oppose à Rabbi Eliezer ben Yaakov, pour qui celui qui porte à la rampe monte lui-même à l'autel. Le désaccord de fond oppose be-rov am hadrat melekh à l'idée qu'au lieu de la Chekhina un relais à mi-chemin donne l'image d'un homme à qui la tâche pèse.
Rava en tire une règle de comptage : Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer ben Yaakov suppriment chacun un tirage différent et ne peuvent donc pas s'accorder, faute de quoi il ne resterait que trois payassot. Reste le cas du tanna qui en compterait cinq, ouvert sur 26b.
À quoi vient-elle [cette seconde mention du péder] ? À ce qui a été enseigné : comment procédait-il ?
Il place le péder (la graisse qui recouvre) sur le bet ha-chehita (l'endroit de l'égorgement) et le monte ainsi — et telle est la manière de rendre honneur à Celui d'en haut.
Le daf s'ouvre sur la fin de la question laissée en suspens en 25b : le mot péder figure deux fois dans le chapitre de la ola (Lv 1,8 et 1,12). Une redondance dans le texte doit enseigner quelque chose de neuf.
Rachi pose le problème avec précision. Pour la tête, la mention supplémentaire était indispensable : le verset construit l'agencement sur le bûcher à partir de l'écorchement (« il l'écorchera et il la découpera »), or la tête a été séparée dès l'égorgement et n'était donc pas présente au moment de l'écorchement — sans un mot pour elle, elle resterait hors du compte. Le péder, lui, n'a pas ce problème : il fait pleinement partie de la carcasse écorchée. Sa seconde mention est donc disponible pour autre chose.
La réponse est une règle de tenue et non de priorité : on ne monte pas à l'autel une plaie sanglante à découvert. Le cohen étale la graisse sur la coupure du cou et monte le tout ainsi voilé. Derekh kavod chel maala — la déférence due à ce qui est en haut se joue dans un détail de présentation.
MICHNA. Le troisième payis (tirage au sort) : « que les nouveaux pour la ketoret (l'encens) viennent et tirent au sort ».
Et le quatrième : les nouveaux avec les anciens — qui monte les membres du kevech (la rampe) à l'autel.
La michna achève la liste des quatre tirages de la journée. Les deux derniers s'opposent point par point sur la règle d'admission.
Le troisième est fermé : seuls concourent les hadachim, ceux qui n'ont jamais gagné la ketoret de leur vie. C'est une proclamation criée dans la Azara, précise Rachi, et la guemara demandera aussitôt pourquoi ce service — et lui seul — se voit réservé aux nouveaux venus.
Le quatrième est ouvert : nouveaux et anciens y participent. Il porte sur la dernière étape du transport des six charges de viande du tamid, qui avaient été déposées à mi-rampe lors du deuxième payis. Ce quatrième tirage sera le point de friction de toute la fin du daf : Rabbi Eliezer ben Yaakov, lui, ne l'admet pas.
GUEMARA. Il a été enseigné : jamais un homme ne l'a répétée.
Quelle en est la raison ? Rabbi Hanina a dit : parce qu'elle enrichit.
La Tossefta constate un fait, non une interdiction : dans toute l'histoire du Temple, aucun cohen n'a offert la ketoret deux fois. La guemara cherche le motif de cette rotation stricte.
La réponse de Rabbi Hanina est économique : le service enrichit celui qui l'accomplit. Rachi tire la conséquence logique — c'est pourquoi on ne le laissait pas recommencer : ce n'est pas que répéter la ketoret soit interdit, c'est qu'il serait injuste de laisser un seul homme capter une bénédiction dont la source est limitée. La rotation est un partage.
Rav Papa dit à Abaye : quelle en est la raison ? Si tu dis que c'est parce qu'il est écrit « ils placeront de l'encens dans Tes narines » (Dt 33,10), et qu'il est écrit juste après « bénis, Éternel, sa fortune » (Dt 33,11) — s'il en est ainsi, l'ola (l'holocauste) aussi [devrait enrichir], puisqu'il est écrit « et un holocauste entier sur Ton autel » !
Rav Papa ne conteste pas le fait, il attaque la preuve scripturaire. Le raisonnement supposé est celui de la contiguïté : la bénédiction de richesse suit immédiatement la mention de l'encens, donc elle porte sur l'encens.
L'objection est imparable dans sa forme : l'encens et l'holocauste sont nommés dans le même verset, l'un après l'autre — Rachi le souligne, dans ce verset même. Si la proximité avec la bénédiction suffit, elle vaut pour les deux services indistinctement. Or personne ne prétend que faire monter une ola enrichit.
Il lui répondit : celle-ci est fréquente, et celle-là ne l'est pas.
Réponse en quatre mots. La ola est chekhiha — fréquente : obligatoires et volontaires se succèdent toute la journée, et des dizaines de cohanim y ont part. La ketoret est lo chekhiha — rare : deux fois par jour, un homme à chaque fois, jamais deux fois dans une vie.
Rachi transforme cette distinction en argument de fond : si la richesse promise portait sur le service fréquent, tout le monde se trouverait riche — et une bénédiction qui atteint tout le monde ne dit plus rien. Une promesse de fortune n'a de sens que rapportée à un petit nombre. Le verset ne peut donc viser que la ketoret.
Rava a dit : tu ne trouves un tsourva me-rabbanan (jeune érudit) qui tranche la halakha que s'il vient de la tribu de Levi ou de la tribu de Yissakhar. Levi, comme il est écrit : « ils enseigneront Tes lois à Yaakov » (Dt 33,10).
Yissakhar, comme il est écrit : « et des fils de Yissakhar, qui savent discerner les temps, pour savoir ce que doit faire Israël » (I Ch 12,33). Et dis aussi Yehouda, puisqu'il est écrit : « Yehouda est mon législateur » (Ps 60,9) ! — Je parlais de mener une chemata (une discussion talmudique) jusqu'à sa conclusion conforme à la halakha.
Le verset de Dt 33,10 vient d'être cité pour la ketoret ; sa première moitié — ils enseigneront Tes lois à Yaakov — permet à Rava une digression sur les origines tribales des décisionnaires.
Le nerf de la réponse est le mot morе : celui qui rend des hora'ot, des décisions pratiques, précise Rachi. La contre-proposition — Yehouda, appelé mehokeki, mon législateur — est écartée par un distinguo qui vaut pour toute étude : produire de la Torah n'est pas la même chose que assoukei chemaata aliba de-hilkheta, conduire une discussion jusqu'au point où elle donne une règle applicable.
Le Ben Yehoyada refuse d'en faire une exclusive et rappelle les contre-exemples massifs — Yehochoua, Otniel ben Kenaz qui restitua par sa dialectique les sept cents halakhot oubliées pendant le deuil de Moche, Hillel lui-même issu de Yehouda. Il lit donc Rava comme une statistique et non comme une loi : on trouve partout des hommes qui tranchent, mais on en trouve beaucoup, en chaque génération et en chaque lieu, chez Levi et Yissakhar.
Rabbi Yo'hanan a dit : on ne tire pas au sort pour le tamid de l'après-midi (bein ha-arbayim) ; le cohen qui l'a gagné le matin le gagne [aussi] le soir. On objecte : de même qu'on tire au sort le matin, ainsi tire-t-on au sort l'après-midi ! — Lorsque cette [baraita] a été enseignée, c'était à propos de la ketoret.
Nouvelle sougya, qui va occuper toute la moitié centrale du daf. Rabbi Yo'hanan pose une règle d'économie : un seul tirage par jour et par poste. Le cohen qui a gagné l'égorgement le matin égorgera aussi le soir ; celui qui a gagné la menora la refera. Rachi le précise : chaque homme, pour le service qu'il a gagné — la règle vaut poste par poste.
Une baraita semble dire le contraire en toutes lettres. La réponse exploite l'unique exception connue : la ketoret, précisément parce que personne ne la refait deux fois, exige nécessairement un nouveau tirage l'après-midi. La baraita ne parlerait donc que d'elle.
Tossefot soulève ici une difficulté de comptage que la guemara laisse implicite : les deux bûches (chenei guezirin) du soir sont gagnées par deux cohanim, alors que celles du matin revenaient au gagnant de la teroumat ha-dechen — il faudrait donc bien un tirage supplémentaire. Sa réponse : pour Rabbi Yo'hanan, on tire au sort des le matin y compris pour les bûches du soir ; la michna, elle, ne compte que les treize cohanim du tamid du matin.
Mais n'a-t-il pas été enseigné : de même qu'on tire au sort pour LUI (lo, au masculin) le matin, ainsi tire-t-on au sort pour LUI le soir ! — Dis : pour ELLE (lah).
La deuxième baraita ferme l'échappatoire précédente par un seul pronom. Elle dit lo, masculin ; or ketoret est un mot féminin en hébreu, tandis que tamid est masculin. Impossible, donc, de renvoyer cette baraita à l'encens.
La réponse est une emenda de texte, procédé classique de la guemara : eima lah — dis « lah », au féminin. On corrige la leçon transmise plutôt que d'abandonner la thèse. Tossefot explicite exactement pourquoi la première réponse ne pouvait plus servir ici.
La seconde glose de Tossefot déborde de ce segment : elle porte déjà sur la citation de Rabbi Eliezer ben Yaakov qui viendra plus bas, et discute son statut — michna de Tamid ch. 5, et non baraita — ainsi que la question de savoir si la michna « le tamid est offert par neuf cohanim » suit ou non son opinion.
Mais n'a-t-il pas été enseigné : de même qu'on tire au sort pour LUI le matin, ainsi tire-t-on au sort pour LUI le soir ; et de même qu'on tire au sort pour ELLE le matin, ainsi tire-t-on au sort pour ELLE le soir !
Troisième baraita, et cette fois l'emenda est impossible : elle énonce les deux formules côte à côte, le masculin et le féminin. On ne peut plus corriger l'un en l'autre sans détruire la phrase, qui deviendrait une répétition vide.
La baraita affirme donc bien ce que Rabbi Yo'hanan nie : il y a un second tirage l'après-midi, pour la ketoret et pour le tamid. Il faudra une réponse d'un autre ordre — non plus lexicale, mais circonstancielle.
Rav Chemouel bar Rav Yitshak a dit : ici, nous traitons du Chabbat, puisque les michmarot (les gardes sacerdotales) se renouvellent.
La sortie ne passe plus par le vocabulaire mais par le calendrier. Les michmarot, les vingt-quatre gardes sacerdotales, se relaient le Chabbat : la garde sortante assure le service du matin, la garde entrante celui de l'après-midi.
Ce jour-là, la règle de Rabbi Yo'hanan est inapplicable pour une raison matérielle et non théorique : comme le dit Rachi, la garde qui a officié le matin n'officie pas l'après-midi. Le gagnant du matin n'est tout simplement plus là. Un second tirage s'impose donc — mais il ne concerne que le Chabbat, et la thèse de Rabbi Yo'hanan tient pour les jours ordinaires.
Et selon ce que nous pensions au départ, ils auraient trop de payassot ! — Ils venaient tous dès le matin : celui qui gagnait pour le matin gagnait, celui qui gagnait pour le soir gagnait.
Question rétrospective de méthode : si l'on avait vraiment retenu l'hypothèse écartée — un nouveau tirage pour chaque service de l'après-midi —, on aurait explosé le chiffre de quatre payassot que la michna donne pour la journée. Comment cette hypothèse avait-elle pu même être envisagée ?
La réponse distingue le nombre d'assemblées du nombre de désignations. Même dans l'hypothèse initiale, tout le monde se présentait une seule fois, le matin, et la même séance désignait à la fois les titulaires du matin et ceux du soir. Un payis, ce n'est pas un service : c'est un rassemblement. Le compte de quatre est donc sauf dans les deux lectures.
« Le quatrième : les nouveaux avec les anciens, etc. » — notre michna n'est pas conforme à Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car nous avons appris [dans une michna] : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit, celui qui monte les membres à la rampe, c'est lui qui les monte à l'autel.
Retour à la michna et à son quatrième payis. La guemara identifie aussitôt une opinion tannaitique qui le rend superflu : pour Rabbi Eliezer ben Yaakov (michna de Tamid ch. 5), le porteur ne se relaie pas. Celui qui a gagné d'amener sa charge jusqu'à la rampe revient ensuite la porter jusqu'au sommet de l'autel — un seul homme, deux moments.
Rachi décrit le dispositif matériel qui rend ce partage possible : on ne dépose pas les membres n'importe où sur le kevech, mais dans sa moitié inférieure, du côté est (Chekalim 13a), pour épargner au porteur la montée complète. Le cohen gravit ensuite la rampe, récupère sa charge à l'endroit où elle attend et l'emporte en haut.
Notre michna, en instituant un quatrième tirage pour cette dernière étape, suppose au contraire deux hommes distincts. Elle n'est donc pas de son avis.
Sur quoi divergent-ils ? L'un tient : « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi » (Pr 14,28) ; et l'autre tient : au lieu de la Chekhina, ce n'est pas convenable (lav orah ar'a).
La guemara remonte du détail pratique au principe. Deux valeurs, toutes deux vraies, s'appliquent au même geste et donnent des résultats opposés.
Be-rov am hadrat melekh : la gloire du Roi se mesure au nombre de ceux qui Le servent, donc mieux vaut deux cohanim qu'un. Mekom Chekhina lav orah ar'a : devant la Présence, passer le relais à mi-chemin donne l'image d'un homme à qui la chose pèse, dit Rachi — comme s'il se déchargeait de la fin du travail.
Tossefot montre que Rabbi Eliezer ben Yaakov n'est pas un adversaire de principe du rov am : il l'admet pour la chaîne de cohanim qui se transmettent le sang des korbanot pessa'h (Pessahim 64a). La différence est précise et décisive — là-bas, celui qui transmet ne s'en va pas, il se retourne aussitôt pour recueillir à nouveau. Ici, le porteur dépose et disparaît. C'est l'abandon du poste, non le partage, qui est indécent.
Rava a dit : Rabbi Eliezer ben Yaakov ne tient pas l'avis de Rabbi Yehouda, et Rabbi Yehouda ne tient pas l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car s'il en était ainsi, les payassot leur feraient défaut.
Rava tire la conséquence systématique. Chacun des deux tannaim supprime un tirage : Rabbi Yehouda celui de la mahta (l'encensoir à braises, que le gagnant de la ketoret confie lui-même à son voisin), Rabbi Eliezer ben Yaakov celui de la montée des membres de la rampe à l'autel.
Or le total de quatre est un plancher que personne ne franchit. Chacun doit donc conserver le tirage que l'autre supprime, pour combler le trou : Rachi l'énonce exactement — Rabbi Eliezer ben Yaakov institué un payis pour la mahta à la place du payis de la rampe à l'autel. Les additionner ferait tomber le compte à trois : batsru lehu payassot, il leur en manquerait.
L'argument est purement arithmétique, et c'est ce qui en fait la force : il ne discute aucune des deux raisons de fond, il montre seulement qu'elles ne peuvent pas coexister chez un même tanna.
Et si tu trouves un tanna qui enseigne cinq [payassot] —
Le daf se referme sur une phrase suspendue : sa suite viendra en 26b. Après avoir montré que quatre est un plancher, la guemara envisage le cas inverse — un tanna qui compterait cinq tirages.
Tossefot pose d'emblée la question la plus naturelle : pourquoi ne pas dire que ce tanna-là est simplement celui qui recommence le tirage pour le tamid de l'après-midi ? Cela ferait cinq sans autre hypothèse. Sa réponse est double. Ou bien il faut lire « cinq le matin » — la question ne porte que sur les tirages d'une seule séance. Ou bien : si l'on admettait un nouveau tirage pour le tamid du soir, il faudrait aussi en admettre un pour la ketoret du soir, et l'on dépasserait cinq. Le chiffre cinq ne peut donc pas naître de cette hypothèse-là.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).