Yoma 26a -- la ketoret réservée aux nouveaux parce qu'elle enrichit, le tamid de l'après-midi sans nouveau tirage, et qui monte les membres de la rampe à l'autel.

Yoma 26a

Sougya : Le daf liquide d'abord le reliquat de 25b : la seconde mention du péder n'enseigne pas un ordre de priorité mais une manière de faire -- on étale la graisse sur la plaie de l'égorgement avant de monter la tête à l'autel, parce qu'on ne présente pas une plaie sanglante à découvert. La michna achève ensuite la liste des quatre tirages au sort de la journée : le troisième, celui de la ketoret, est proclamé dans la Azara à l'intention des seuls nouveaux, et de fait jamais un cohen ne l'a accomplie deux fois dans sa vie.

Rabbi Hanina en donne la raison -- elle enrichit ; Rav Papa objecte que le verset qui le prouve nomme aussi l'holocauste, et Abaye tranche par la fréquence : une promesse de richesse ne peut viser que le service rare, sans quoi tous les cohanim seraient riches. Une digression de Rava sur les tribus qui produisent des décisionnaires -- Levi et Yissakhar, mais pas Yehouda, parce que légiférer n'est pas conduire une chemata jusqu'à la halakha -- occasionne deux longues gloses du Ben Yehoyada, qui ramène l'affirmation à une statistique plutôt qu'à une exclusive.

Vient alors la sougya centrale : Rabbi Yo'hanan soutient qu'on ne retire pas au sort pour le tamid de l'après-midi, et trois baraitot successives l'attaquent. La première est renvoyée à la ketoret, la deuxième est corrigée d'un pronom masculin en féminin, la troisième -- qui dit les deux à la fois -- est renvoyée par Rav Chemouel bar Rav Yitshak au Chabbat, où les michmarot se relaient et où le gagnant du matin n'est plus là le soir.

Le daf s'achève sur le quatrième payis : notre michna, qui institué un tirage pour monter les membres de la rampe à l'autel, s'oppose à Rabbi Eliezer ben Yaakov, pour qui celui qui porte à la rampe monte lui-même à l'autel. Le désaccord de fond oppose be-rov am hadrat melekh à l'idée qu'au lieu de la Chekhina un relais à mi-chemin donne l'image d'un homme à qui la tâche pèse.

Rava en tire une règle de comptage : Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer ben Yaakov suppriment chacun un tirage différent et ne peuvent donc pas s'accorder, faute de quoi il ne resterait que trois payassot. Reste le cas du tanna qui en compterait cinq, ouvert sur 26b.

Les quatre payassot de la journée, et qui a le droit d'y entrer Notre daf achève la liste : le troisième payis est réservé aux nouveaux, le quatrième les mélange Payis 1 - teroumat ha-dechen (le prélèvement des cendres) Avant l'aube. C'est le tirage qui ouvre la journée ; il désigne aussi, par entraînement, les cohanim du dressage du bois et du nettoyage de l'autel intérieur. ouvert à tous Yoma 22a Payis 2 - les treize services du tamid du matin Égorgement, recueil et aspersion du sang, nettoyage de la menora, montée des six charges de viande jusqu'à la rampe, farine, havitin, vin. Un seul tirage : douze frères sont entraînés par le gagnant. ouvert à tous 13 cohanim Payis 3 - la ketoret (l'encens) Proclamation dans la Azara : que les NOUVEAUX pour la ketoret viennent et tirent au sort. Jamais un homme ne l'a faite deux fois dans sa vie - non par une loi, mais par un usage strict. Raison (R. Hanina) : mefaeret - elle enrichit. On la fait tourner pour que chacun en profite. NOUVEAUX seulement Payis 4 - monter les membres de la rampe à l'autel Les charges de viande ont été déposées à mi-rampe au payis 2. Il reste à les porter du kevech (la rampe) jusqu'au sommet de l'autel, pour les y faire fumer. Ici les anciens reviennent : rien n'interdit de gagner deux fois ce service-là. nouveaux ET anciens Le quatrième payis est justement celui que le daf conteste Rabbi Eliezer ben Yaakov : celui qui a porté les membres jusqu'à la rampe est celui qui les monte à l'autel. Il n'y a donc chez lui aucun payis pour cela - notre michna n'est pas de son avis. Reste alors à savoir avec quoi il remplit son quatrième tirage : ce sera la mahta, l'encensoir à braises.
Les quatre tirages au sort de la journée au Temple, avec la règle d admission propre à chacun. Notre daf traite des deux derniers : la ketoret réservée aux nouveaux, et la montée des membres à l autel, ouverte à tous.
Tire-t-on au sort une seconde fois pour le tamid de l'après-midi ? Trois baraitot attaquent Rabbi Yo'hanan ; la sougya se joue sur deux lettres, lo et lah Thèse - Rabbi Yo'hanan On ne tire pas au sort pour le tamid de l'après-midi : le cohen qui a gagné un poste le matin le garde le soir. Attaque 1 - baraita De même qu'on tire au sort le matin, ainsi tire-t-on au sort l'après-midi. Aucun pronom : la baraita ne dit pas de quel service elle parle. -> Réponse Elle porte sur la KETORET, pas sur le tamid. La ketoret, elle, se retire chaque fois : personne ne la fait deux fois, il faut donc un nouveau tirage le soir. Attaque 2 - baraita De même qu'on tire au sort pour LO (masculin) le matin, ainsi le soir. Masculin = tamid. Ketoret est féminin : la réponse précédente ne tient plus. -> Réponse - emenda de texte eima lah : dis LAH, au féminin. On corrige la leçon de la baraita. Elle parle donc bien de la ketoret, et la thèse de Rabbi Yo'hanan reste debout. Attaque 3 - la baraita décisive Elle dit les DEUX : pour LO le matin comme le soir, et pour LAH le matin comme le soir. Plus rien à corriger : le tamid EST retiré. -> Réponse - Rav Chemouel bar Rav Yitshak Cette baraita-là parle du CHABBAT. Ce jour-là les michmarot se relaient : la garde du matin n'officie pas l'après-midi. Le gagnant du matin n'est même plus là le soir. Question de méthode : et si l'on avait retenu l'hypothèse écartée ? Si vraiment on retirait au sort chaque service de l'après-midi, on dépasserait les quatre payassot annoncés par la michna. Réponse : non - tout le monde se présentait dès le matin, et une seule assemblée désignait à la fois les gagnants du matin et ceux du soir. Un seul rassemblement, un seul payis, deux équipes.
La sougya de Rabbi Yohanan sur le tamid de l après-midi : trois baraitot successives, deux échappatoires (c est la ketoret ; corrige le pronom) et une résolution qui déplace la baraita au Chabbat.
Pourquoi Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer ben Yaakov ne peuvent pas être d'accord Rava : chacun supprime un payis - les additionner ferait tomber le compte à trois Rabbi Yehouda supprime le payis de la mahta 1. teroumat ha-dechen 2. tamid (13 services) 3. ketoret (mahta comprise) 4. rampe -> autel il en a besoin pour faire 4 Total : 4 payassot Il ne peut donc PAS suivre Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui supprime ce quatrième. R. Eliezer ben Yaakov supprime le payis rampe -> autel 1. teroumat ha-dechen 2. tamid (13 services) 3. ketoret 4. mahta (encensoir) il en a besoin pour faire 4 Total : 4 payassot Il ne peut donc PAS suivre Rabbi Yehouda, qui supprime justement celui de la mahta. Les deux ensemble l'hypothèse que Rava rejette 1. teroumat ha-dechen 2. tamid (13 services) 3. ketoret 4. --- rien --- les deux sont supprimés Total : 3 payassot batsru lehu payassot il leur en manque un : impossible, la michna en dit 4. Le principe implicite : le chiffre quatre est intouchable Aucun tanna ne descend en dessous de quatre payassot. C'est ce plancher qui sert d'outil de mesure à Rava : dès qu'une opinion supprime un tirage, elle doit en produire un autre pour combler le trou. Le désaccord entre R. Yehouda et R. Eliezer ben Yaakov ne porte donc pas sur le nombre, mais sur l'identité du quatrième. Et le daf s'arrête sur le cas limite : et si un tanna en enseignait cinq ? La réponse viendra en 26b.
L argument arithmétique de Rava : chacun des deux tannaim supprime un payis et le remplace par un autre. Les cumuler ferait tomber le total sous le plancher de quatre.
1
לְמַאי אֲתָא? לְכִדְתַנְיָא: כֵּיצַד הָיָה עוֹשֶׂה? נוֹתֵן אֶת הַפֶּדֶר אַבֵּית הַשְּׁחִיטָה וּמַעֲלֵהוּ, וְזֶה הוּא דֶּרֶךְ כָּבוֹד שֶׁל מַעְלָה.

À quoi vient-elle [cette seconde mention du péder] ? À ce qui a été enseigné : comment procédait-il ?

Il place le péder (la graisse qui recouvre) sur le bet ha-chehita (l'endroit de l'égorgement) et le monte ainsi — et telle est la manière de rendre honneur à Celui d'en haut.

📜 Rachi (2)
לְמַאי אֲתָא הָא אַף הֵם בִּכְלַל הַנְּתָחִים דְּבִשְׁלָמָא הָרֹאשׁ דָּרְשִׁינַן לֵיהּ בִּשְׁחִיטַת חֻולִּין (דַּף כז.) דְּאִיצְטְרִיךְ לְפִי שֶׁנֶּאֱמַר וְהִפְשִׁיט וְעָרְכוּ אֵין לִי בִּכְלַל עֲרִיכָה אֶלָּא נְתָחִים שֶׁהֵן בִּכְלַל הֶפְשֵׁט מִנַּיִין לְרַבּוֹת הָרֹאשׁ שֶׁכְּבָר הֻותַּז בִּשְׁחִיטָה וְלֹא הָיָה בִּשְׁעַת הֶפְשֵׁט ת"ל אֶת הָרֹאשׁ אֶלָּא פֶּדֶר בִּכְלַל הַמֻּופְשָׁטִים הוּא וּלְמַאי כָּתְבִי':
À quoi vient-elle — car eux aussi sont compris dans les « morceaux ». Certes, pour la tête, nous l'expliquons au traité Houlin, chapitre Chehitat Houlin (27a) : elle était nécessaire, car il est dit « il l'écorchera et il la découpera en morceaux » — je n'ai dans le cadre de l'agencement que les morceaux qui relèvent de l'écorchement ; d'où inclure la tête, qui a déjà été tranchée lors de l'égorgement et qui n'était donc pas là au moment de l'écorchement ? Le verset dit : « la tête ». Mais le péder, lui, fait partie de ce qui a été écorché : pourquoi donc l'écrire ?
דֶּרֶךְ כָּבוֹד לְפִי שֶׁבֵּית הַשְּׁחִיטָה מְלֻוכְלָךְ בְּדַם הָרֹאשׁ:
Une manière de rendre honneur — parce que l'endroit de l'égorgement est souillé du sang de la tête.
🗂️ Tossefot (1)
נוֹתֵן פֶּדֶר עַל בֵּית הַשְּׁחִיטָה וּמַעֲלֵהוּ וא"ת מֵהַאי קְרָא תִּיפּוֹק לָן שֶׁהַפֶּדֶר קוֹדֵם לְכָל הַנְּתָחִים דְּכֵיוָן דְּהָרֹאשׁ קוֹדֵם פֶּדֶר שֶׁעָלָיו נָמֵי קוֹדֵם יֵשׁ לוֹמַר דְּסָלְקָא דַעְתָּךְ אָמֵינָא חוֹפֶה הַפֶּדֶר עַל בֵּית הַשְּׁחִיטָה עַד שֶׁמַּעֲלֵהוּ לְרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְאָז מֵסִיר הַפֶּדֶר וּמַנִּיחוֹ וּמַקְטִיר הָרֹאשׁ בִּפְנֵי עַצְמוֹ וְהַפֶּדֶר מַקְטִיר עִם הַקְּרָבַיִם אִי נָמֵי י"ל אִי לֹא כְּתַב הַךְ קְרָא לָא הֲוָה דָּרְשִׁינַן לֵיהּ אֶלָּא לוֹמַר שֶׁרֹאשׁ וּפֶדֶר קוֹדְמִין לְכָל הַנְּתָחִים וּבְפֶרֶק הַשּׁוֹחֵט (חֻולִּין דַּף כז.) כָּתַבְתִּי יוֹתֵר וְכָאן אֵין שַׁיָּיךְ:
Il place le péder sur l'endroit de l'égorgement et le monte — et si tu demandes : de ce verset même, faisons donc découler que le péder précède tous les morceaux, puisque la tête précède et que le péder qui est sur elle précède également ! On peut répondre : j'aurais pu penser qu'il couvre l'endroit de l'égorgement avec le péder jusqu'au moment où il le monte au sommet de l'autel, et qu'alors il retire le péder, le pose, fait fumer la tête à part et fait fumer le péder avec les entrailles. Ou bien on peut dire : si ce verset n'avait pas été écrit, nous ne l'aurions pas interprété autrement que pour dire que la tête et le péder précèdent tous les morceaux. Et au chapitre HaChohet (Houlin 27a) j'en ai écrit davantage ; ici cela n'a pas sa place.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin de la question laissée en suspens en 25b : le mot péder figure deux fois dans le chapitre de la ola (Lv 1,8 et 1,12). Une redondance dans le texte doit enseigner quelque chose de neuf.

Rachi pose le problème avec précision. Pour la tête, la mention supplémentaire était indispensable : le verset construit l'agencement sur le bûcher à partir de l'écorchement (« il l'écorchera et il la découpera »), or la tête a été séparée dès l'égorgement et n'était donc pas présente au moment de l'écorchement — sans un mot pour elle, elle resterait hors du compte. Le péder, lui, n'a pas ce problème : il fait pleinement partie de la carcasse écorchée. Sa seconde mention est donc disponible pour autre chose.

La réponse est une règle de tenue et non de priorité : on ne monte pas à l'autel une plaie sanglante à découvert. Le cohen étale la graisse sur la coupure du cou et monte le tout ainsi voilé. Derekh kavod chel maala — la déférence due à ce qui est en haut se joue dans un détail de présentation.

🖼️ Schéma
À quoi sert la seconde mention du péder ? Lv 1,8 le nomme déjà ; Lv 1,12 le renomme - un mot en trop doit enseigner quelque chose Pour la TÊTE, la répétition se comprend Le verset dit : il écorchera, puis il rangera les morceaux. Or la tête a été tranchée dès l'égorgement : elle n'était pas là au moment de l'écorchement. Il faut donc un mot pour l'inclure dans l'agencement (Houlin 27a). Pour le PÉDER, non Le péder - la graisse de la panse - fait partie de ce qui reste après l'écorchement. Il est déjà compris dans le mot morceaux. le-mai ata : pourquoi l'écrire ? v Réponse de la baraita : il enseigne une manière de faire, pas un ordre Le cohen pose le péder sur le bet ha-chehita - l'endroit de l'égorgement, la plaie du cou - et monte l'ensemble ainsi couvert à l'autel. Rachi : l'endroit de l'égorgement est souillé du sang de la tête derekh kavod chel maala on ne présente pas une plaie sanglante en haut
Pourquoi la tête avait besoin d'un mot supplémentaire et pas le péder — et ce que ce mot en trop finit par enseigner.
2
מַתְנֵי׳ הַפַּייִס הַשְּׁלִישִׁי: חֲדָשִׁים לִקְטֹרֶת בֹּאוּ וְהָפִיסוּ. וְהָרְבִיעִי: חֲדָשִׁים עִם יְשָׁנִים — מִי מַעֲלֶה אֵבָרִים מִן הַכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ.

MICHNA. Le troisième payis (tirage au sort) : « que les nouveaux pour la ketoret (l'encens) viennent et tirent au sort ».

Et le quatrième : les nouveaux avec les anciens — qui monte les membres du kevech (la rampe) à l'autel.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' חֲדָשִׁים לִקְטֹורֶת מִי שֶׁלֹּא זָכָה לִקְטֹורֶת מֵימָיו וּבַגְּמָ' מְפָרֵשׁ מַאי שְׁנָא חֲדָשִׁים וְכָךְ הָיוּ מַכְרִיזִין קוֹל בָּעֲזָרָה:
Michna. Nouveaux pour la ketoret — celui qui n'a jamais gagné la ketoret de sa vie. La guemara expliquera en quoi les nouveaux diffèrent ; et c'est ainsi qu'on le proclamait à haute voix dans la Azara (le parvis).
💡 Explication

La michna achève la liste des quatre tirages de la journée. Les deux derniers s'opposent point par point sur la règle d'admission.

Le troisième est fermé : seuls concourent les hadachim, ceux qui n'ont jamais gagné la ketoret de leur vie. C'est une proclamation criée dans la Azara, précise Rachi, et la guemara demandera aussitôt pourquoi ce service — et lui seul — se voit réservé aux nouveaux venus.

Le quatrième est ouvert : nouveaux et anciens y participent. Il porte sur la dernière étape du transport des six charges de viande du tamid, qui avaient été déposées à mi-rampe lors du deuxième payis. Ce quatrième tirage sera le point de friction de toute la fin du daf : Rabbi Eliezer ben Yaakov, lui, ne l'admet pas.

3
גְּמ׳ תַּנָּא: מֵעוֹלָם לֹא שָׁנָה אָדָם בָּהּ. מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲשֶׁרֶת.

GUEMARA. Il a été enseigné : jamais un homme ne l'a répétée.

Quelle en est la raison ? Rabbi Hanina a dit : parce qu'elle enrichit.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲשֶׁרֶת לְפִיכָךְ לֹא הָיוּ מַנִּיחִין אוֹתוֹ לְשַׁנּוֹת:
Guemara. Parce qu'elle enrichit — c'est pourquoi on ne le laissait pas recommencer.
💡 Explication

La Tossefta constate un fait, non une interdiction : dans toute l'histoire du Temple, aucun cohen n'a offert la ketoret deux fois. La guemara cherche le motif de cette rotation stricte.

La réponse de Rabbi Hanina est économique : le service enrichit celui qui l'accomplit. Rachi tire la conséquence logique — c'est pourquoi on ne le laissait pas recommencer : ce n'est pas que répéter la ketoret soit interdit, c'est qu'il serait injuste de laisser un seul homme capter une bénédiction dont la source est limitée. La rotation est un partage.

4
אָמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבַּיֵּי: מַאי טַעְמָא? אִילֵימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״יָשִׂימוּ קְטוּרָה בְּאַפְּךָ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״בָּרֵךְ ה׳ חֵילוֹ״, אִי הָכִי עוֹלָה נָמֵי, הָכְתִיב: ״וְכָלִיל עַל מִזְבַּחֲךָ״!

Rav Papa dit à Abaye : quelle en est la raison ? Si tu dis que c'est parce qu'il est écrit « ils placeront de l'encens dans Tes narines » (Dt 33,10), et qu'il est écrit juste après « bénis, Éternel, sa fortune » (Dt 33,11) — s'il en est ainsi, l'ola (l'holocauste) aussi [devrait enrichir], puisqu'il est écrit « et un holocauste entier sur Ton autel » !

📜 Rachi (1)
וְהָא כְּתִיב וְכָלִיל עַל מִזְבַּחֲךָ בְּהַהוּא קְרָא גּוּפֵיהּ:
Or il est écrit « et un holocauste entier sur Ton autel » — dans ce verset même.
💡 Explication

Rav Papa ne conteste pas le fait, il attaque la preuve scripturaire. Le raisonnement supposé est celui de la contiguïté : la bénédiction de richesse suit immédiatement la mention de l'encens, donc elle porte sur l'encens.

L'objection est imparable dans sa forme : l'encens et l'holocauste sont nommés dans le même verset, l'un après l'autre — Rachi le souligne, dans ce verset même. Si la proximité avec la bénédiction suffit, elle vaut pour les deux services indistinctement. Or personne ne prétend que faire monter une ola enrichit.

🖼️ Schéma
Pourquoi la ketoret enrichit-elle, et pas l'holocauste ? Rav Papa oppose à Abaye les deux moitiés d'un seul et même verset Dt 33,10 : ils placeront de l'encens dans Tes narines, et un holocauste entier sur Ton autel Dt 33,11 : bénis, Éternel, sa fortune, et agrée l'œuvre de ses mains La bénédiction de richesse suit immédiatement la mention du service. Mais lequel des deux ? KETORET Deux fois par jour, et un seul cohen par fois, jamais deux fois dans une vie. lo chekhiha - rare OLA (holocauste) Obligatoires et volontaires, toute la journée, par des dizaines de cohanim. chekhiha - fréquent Le critère d'Abaye : une promesse de richesse ne peut pas viser tout le monde Rachi tire le raisonnement jusqu'au bout : si la bénédiction portait sur le service fréquent, tous les cohanim se trouveraient riches - et une richesse universelle n'est plus une richesse. Le verset ne peut donc parler que du service rare. Conséquence pratique : on fait tourner la ketoret entre les nouveaux, pour ne pas confisquer la bénédiction.
Les deux services nommés dans un seul verset, et le critère qui permet de faire porter la bénédiction sur un seul des deux.
5
אֲמַר לֵיהּ: הָא שְׁכִיחָא וְהָא לָא שְׁכִיחָא.

Il lui répondit : celle-ci est fréquente, et celle-là ne l'est pas.

📜 Rachi (1)
הָא לָא שְׁכִיחָא וּמִסְתַּבְּרָא דְּכִי כְּתִיב עֹושֶׁר אַדְּלָא שְׁכִיחָא דְּאִם לֹא כֵן נִמְצְאוּ הַכֹּל עֲשִׁירִים:
Celle-là n'est pas fréquente — et il est logique que, lorsque la richesse est écrite, elle porte sur ce qui n'est pas fréquent ; sans quoi tout le monde se trouverait riche.
💡 Explication

Réponse en quatre mots. La ola est chekhiha — fréquente : obligatoires et volontaires se succèdent toute la journée, et des dizaines de cohanim y ont part. La ketoret est lo chekhiha — rare : deux fois par jour, un homme à chaque fois, jamais deux fois dans une vie.

Rachi transforme cette distinction en argument de fond : si la richesse promise portait sur le service fréquent, tout le monde se trouverait riche — et une bénédiction qui atteint tout le monde ne dit plus rien. Une promesse de fortune n'a de sens que rapportée à un petit nombre. Le verset ne peut donc viser que la ketoret.

6
אָמַר רָבָא: לָא מַשְׁכַּחַתְּ צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּמוֹרֵי אֶלָּא דְּאָתֵי מִשֵּׁבֶט לֵוִי אוֹ מִשֵּׁבֶט יִשָּׂשכָר. לֵוִי, דִּכְתִיב: ״יוֹרוּ מִשְׁפָּטֶיךָ לְיַעֲקֹב״. יִשָּׂשכָר, דִּכְתִיב: ״(וּבְנֵי) יִשָּׂשכָר יוֹדְעֵי בִינָה לַעִתִּים לָדַעַת מַה יַּעֲשֶׂה יִשְׂרָאֵל״. וְאֵימָא יְהוּדָה נָמֵי, דִּכְתִיב: ״יְהוּדָה מְחֹוקְקִי״! אַסּוֹקֵי שְׁמַעְתָּא אַלִּיבָּא דְהִילְכְתָא קָאָמֵינָא.

Rava a dit : tu ne trouves un tsourva me-rabbanan (jeune érudit) qui tranche la halakha que s'il vient de la tribu de Levi ou de la tribu de Yissakhar. Levi, comme il est écrit : « ils enseigneront Tes lois à Yaakov » (Dt 33,10).

Yissakhar, comme il est écrit : « et des fils de Yissakhar, qui savent discerner les temps, pour savoir ce que doit faire Israël » (I Ch 12,33). Et dis aussi Yehouda, puisqu'il est écrit : « Yehouda est mon législateur » (Ps 60,9) ! — Je parlais de mener une chemata (une discussion talmudique) jusqu'à sa conclusion conforme à la halakha.

📜 Rachi (2)
דְּמוֹרֵי שֶׁמּוֹרֶה הוֹרָאוֹת בְּיִשְׂרָאֵל:
Qui tranche — qui rend des décisions halakhiques (hora'ot) en Israël.
אַלִּיבָּא דְּהִילְכְתָא לְהוֹרוֹת כַּדָּת וְכַהֲלָכָה:
Conformément à la halakha — trancher selon la règle et selon la halakha.
🗂️ Tossefot (1)
יְהוּדָה מְחֹוקְקִי יֵשׁ מַקְשֶׁה אַמַּאי לָא מַייְתֵי מִדִּכְתִיב בַּתּוֹרָה דִּכְתִיב לֹא יָסוּר שֵׁבֶט מִיהוּדָה וּמְחֹוקֵק מִבֵּין רַגְלָיו (בְּרֵאשִׁית מ״ט:י׳) וְי"ל דְּהַהִיא בִּבְרָכָה הוּא דִכְתִיב אֲבָל מֵהַאי קְרָא מַיְיתֵי שֶׁכָּךְ הָיָה שֶׁבִּיהוּדָה יֵשׁ מְחוֹקְקִים:
Yehouda est mon législateur — certains objectent : pourquoi ne pas apporter [la preuve] de ce qui est écrit dans la Torah, « le sceptre ne s'écartera pas de Yehouda, ni le législateur d'entre ses pieds » (Gn 49,10) ? On peut répondre : ce verset-là est énoncé dans le cadre d'une bénédiction, tandis que de notre verset [des Psaumes] on apporte [la preuve] qu'il en était effectivement ainsi, qu'il y a en Yehouda des législateurs.
🪔 Ben Yehoyada (2)
לָא מַשְׁכַּחַתְּ צֻורְבָּא מֵרַבָּנַן דְּמוֹרֶה, אֶלָּא דְּאָתֵי מִשֵּׁבֶט לֵוִי אוֹ מִשֵּׁבֶט יִשָּׂשכָר. קָשֶׁה וְהָא הֲוָה יְהוֹשֻׁעַ שֶׁעָמַד בִּמְקוֹם מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְהָא הֲוָה עָתְנִיאֵל בֶּן קְנַז שֶׁלִּימֵּד תּוֹרָה הַרְבֵּה וְהֶחֱזִיר שְׁבַע מֵאוֹת הֲלָכוֹת שֶׁנִּשְׁתַּכְּחוּ בְּאֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה וְהוֹדוּ לוֹ בָּהֶם שֶׁכִּיוֵּן לַהֲלָכָה, וְכֵן כַּמָּה שׁוֹפְטִים וּנְבִיאִים מִשְּׁאָר שְׁבָטִים שֶׁהָיוּ שֶׁלִּימְּדוּ תּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל וְהוֹרוּ חֻוקִּים וּמִשְׁפָּטִים טוֹבִים, וְכֵן מָצִינוּ דַּהֲלָכָה כְּהִלֵּל וְהוּא הָיָה מִשֵּׁבֶט יְאֻודֶּה וְכֵן כַּמָּה תְּנָאִים. וְעַל כָּל זֶה לֹא שַׁיָּיךְ תֵּירוּץ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל שֶׁכָּתַב שָׁאנֵי דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁהָיָה מֶלֶךְ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם יוֹדֶה רַבָּא שֶׁיִּזְדַּמֵּן גַּם מִשְּׁאָר שְׁבָטִים חָכָם דְּמַסִּיק שְׁמַעְתָּתָא אַלִּיבָּא דְּהִלְכְתָא אֲבָל לֹא יִמָּצֵא הַרְבֵּה מֵהֶם בְּכָל דּוֹר וְרַק מִשֵּׁבֶט לֵוִי אוֹ יִשָּׂשכָר יִמָּצֵא הַרְבֵּה בְּכָל דּוֹר וְדוֹר וּבְכָל אֲתַר וְאַתַּר. וְנִרְאֶה לִי לִרְמֹוז רֹאשׁ וְסוֹף י שְׁרָא ל הוּא ל"י שֶׁהוּא רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ל וִי י שֶׁשָּׂכַר וְנִשְׁאַר בְּאֶמְצַע רֹאשׁ כִּי הַמּוֹרֶה נִקְרָא רֹאשׁ.
« Tu ne trouves un tsourva me-rabbanan qui tranche que s'il vient de la tribu de Levi ou de la tribu de Yissakhar. » Cela fait difficulté : n'y a-t-il pas eu Yehochoua, qui s'est tenu à la place de Moche Rabbenou, que la paix soit sur lui ? N'y a-t-il pas eu Otniel ben Kenaz, qui enseigna beaucoup de Torah et rétablit les sept cents halakhot oubliées durant le deuil de Moche Rabbenou, et dont on reconnut qu'il avait visé juste dans la halakha ? Et de même plusieurs juges et prophètes issus des autres tribus, qui enseignèrent la Torah à Israël et rendirent de bonnes décisions en matière de lois et de jugements. De même encore, nous trouvons que la halakha suit Hillel, qui était de la tribu de Yehouda, et de même plusieurs tannaim. Et pour tout cela, la réponse du Maharcha, de mémoire bénie, ne convient pas : il écrit que David le roi, la paix sur lui, fait exception parce qu'il était roi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'en vérité Rava concède qu'il se trouve aussi, dans les autres tribus, un sage capable de conduire la chemata conformément à la halakha ; mais on n'en trouvera pas beaucoup à chaque génération — seules les tribus de Levi et de Yissakhar en fournissent beaucoup, en toute génération et en tout lieu. Et il me semble qu'on peut y voir une allusion : le début et la fin du mot Israël (yod... lamed) forment L-Y, initiales de Levi et Yissakhar, tandis que les lettres restées au milieu forment ROCH (tête) — car celui qui tranche est appelé « tête ».
וְאֵימָא נָמֵי יְהוּדָה דִּכְתִיב: (תְּהִלִּים ס, ט) "יְהוּדָה מְחַקְּקִי". הִקְשׁוּ הַתּוֹסְפוֹת זַ"ל אַמַּאי לָא מַיְיתֵי פָּסוּק תּוֹרָה (בְּרֵאשִׁית מט, י) 'לֹא יָסוּר שֵׁבֶט מִיהוּדָה וּמְחֹקֵק מִבֵּין רַגְלָיו'? וְתֵירְצוּ הָהוּא בִּבְרָכָה הוּא דִּכְתִיב. וּמַקְשִׁים וַהֲלֹא פָּסוּק (דְּבָרִים לג, י) 'יוֹרוּ מִשְׁפָּטֶיךָ' דְּמַייְתִי גַּבֵּי לֵוִי נָמֵי בִּבְרָכָה כְּתִיב. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּ'יוֹרוּ מִשְׁפָּטֶיךָ' לָאו לְשׁוֹן בְּרָכָה הוּא אֶלָּא מַזְכִּיר מִנְהָגָם וּמְלָאַכְתָּם יַעַן דְּאַחֲרֵי זֶה אָמַר 'יָשִׂימוּ קְטוֹרָה בְּאַפֶּךָ וְכָלִיל עַל מִזְבַּחֲךָ' וּבְוַדַּאי זֶה לָא אִתְּמַר לִבְרָכָה דִּכְבָר זָכוּ לָזֶה מִקֹּדֶם קַדְמְתָא אֶלָּא שֶׁהוּא מַזְכִּיר מְלָאַכְתָּם וְעִסְקָם וְהַבְּרָכָה תַּתְחִיל מִן אוֹמְרוֹ (דְּבָרִים לג, יא) 'בָּרֵךְ ה' חֵילוֹ' וְהָכִי קָאָמַר כֵּיוָן דְּעִסְקָם וּמְלָאַכְתָּם הוּא עֲבוֹדַת הַקֹּודֶשׁ שֶׁהֵם 'יוֹרוּ מִשְׁפָּטֶיךָ לְיַעֲקֹב וְתוֹרָתְךָ לְיִשְׂרָאֵל יָשִׂימוּ קְטוֹרָה בְּאַפֶּךָ וְכָלִיל עַל מִזְבַּחֲךָ' לָכֵן 'בָּרֵךְ ה' חֵילוֹ וּפֹעַל יָדָיו תִּרְצֶה' מַה שֶׁאֵין כֵּן 'לֹא יָסוּר שֵׁבֶט מִיהוּדָה וּמְחֹקֵק מִבֵּין רַגְלָיו' וַדַּאי הוּא לְשׁוֹן בְּרָכָה שֶׁמְּבָרְכָם בְּכָךְ. וַעֲדַיִין קָשֶׁה קֻושְׁייַת מָהַרְשָׁ"א זַ"ל דְּמַה בְּכָךְ אִם בִּבְרָכָה אִתְּמַר דְּוַדַּאי נִתְקַייְּמָה בִּרְכַּת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וַהֲוָה לֵיהּ לְהָבִיא הַאי קְרָא דְּתוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְרָכָה אֶפְשָׁר שֶׁתִּתְקַיֵּים בְּמִקְצָת דְּהַייְנוּ בְּאֶחָד מִן הַשֵּׁבֶט וּבִפְרָט כִּי יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה נָקֵיט לְשׁוֹן יָחִיד שֶׁלֹּא אָמַר מְחוֹקְקִים מִבֵּין רַגְלָיו מַה שֶׁאֵין כֵּן פָּסוּק יְהוּדָה מְחֹוקְקִי מַשְׁמַע דְּקָרֵי לֵיהּ לְשֵׁבֶט כֻּולּוֹ בְּתֹואַר זֶה וּמִשּׁוּם חַד אוֹ שְׁנַיִם לֹא יִקָּרֵא הַשֵּׁבֶט כֻּולּוֹ בְּשֵׁם מְחֹוקְקִי וְדוּק.
« Et dis aussi Yehouda, puisqu'il est écrit : Yehouda est mon législateur (Ps 60,9). » Les Tossefot, de mémoire bénie, ont demandé : pourquoi ne pas apporter un verset de la Torah, « le sceptre ne s'écartera pas de Yehouda, ni le législateur d'entre ses pieds » (Gn 49,10) ? Et ils ont répondu : celui-là est énoncé dans une bénédiction. On objecte alors : mais le verset « ils enseigneront Tes lois » (Dt 33,10), apporté à propos de Levi, est lui aussi écrit dans une bénédiction ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « ils enseigneront Tes lois » n'est pas un langage de bénédiction : le verset rappelle leur usage et leur office, puisqu'il dit ensuite « ils placeront de l'encens dans Tes narines et un holocauste entier sur Ton autel » — or ceci n'est certainement pas dit comme une bénédiction, car ils y avaient droit depuis bien avant ; il rappelle donc leur office et leur occupation, et la bénédiction ne commence qu'à partir de « bénis, Éternel, sa fortune » (Dt 33,11). Voici donc le sens : puisque leur occupation et leur office sont le service sacré — « ils enseigneront Tes lois à Yaakov et Ta Torah à Israël, ils placeront de l'encens dans Tes narines et un holocauste entier sur Ton autel » —, c'est pourquoi « bénis, Éternel, sa fortune, et agrée l'œuvre de ses mains ». Il n'en va pas de même de « le sceptre ne s'écartera pas de Yehouda, ni le législateur d'entre ses pieds », qui est assurément un langage de bénédiction, puisqu'il les bénit par la. Reste encore la question du Maharcha, de mémoire bénie : qu'importe que ce soit dit dans une bénédiction ? La bénédiction de Yaakov Avinu, la paix sur lui, s'est certainement réalisée, et il aurait donc fallu apporter ce verset de la Torah ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'une bénédiction peut se réaliser partiellement, c'est-à-dire en un seul membre de la tribu — d'autant que Yaakov Avinu, la paix sur lui, a employé le singulier, ne disant pas « des législateurs d'entre ses pieds ». Il n'en va pas de même du verset « Yehouda est mon législateur », qui implique que la tribu tout entière est appelée de ce titre ; or pour un ou deux [hommes], on n'appellerait pas toute la tribu du nom de « mes législateurs ». Et sois attentif à cela.
💡 Explication

Le verset de Dt 33,10 vient d'être cité pour la ketoret ; sa première moitié — ils enseigneront Tes lois à Yaakov — permet à Rava une digression sur les origines tribales des décisionnaires.

Le nerf de la réponse est le mot morе : celui qui rend des hora'ot, des décisions pratiques, précise Rachi. La contre-proposition — Yehouda, appelé mehokeki, mon législateur — est écartée par un distinguo qui vaut pour toute étude : produire de la Torah n'est pas la même chose que assoukei chemaata aliba de-hilkheta, conduire une discussion jusqu'au point où elle donne une règle applicable.

Le Ben Yehoyada refuse d'en faire une exclusive et rappelle les contre-exemples massifs — Yehochoua, Otniel ben Kenaz qui restitua par sa dialectique les sept cents halakhot oubliées pendant le deuil de Moche, Hillel lui-même issu de Yehouda. Il lit donc Rava comme une statistique et non comme une loi : on trouve partout des hommes qui tranchent, mais on en trouve beaucoup, en chaque génération et en chaque lieu, chez Levi et Yissakhar.

🖼️ Schéma
Rava : de quelles tribus sortent ceux qui tranchent la halakha ? Trois tribus ont un verset ; une seule condition les départage LÉVI Dt 33,10 Ils enseigneront Tes lois à Yaakov la hora a est leur métier YISSAKHAR I Ch 12,33 Qui savent discerner les temps, pour savoir ce que doit faire Israël savoir ce qu'il faut FAIRE YEHOUDA Ps 60,9 Yehouda est mon législateur (mehokeki) grande Torah - mais laquelle ? Le filtre de Rava : assoukei chemaata aliba de-hilkheta conduire la discussion jusqu'à la décision pratique, et pas seulement l'analyser Levi et Yissakhar passent le filtre enseigner la loi et savoir quoi faire : c'est déjà trancher Yehouda ne le passé pas le mehokek légifère, il ne tranche pas Le Ben Yehoyada tempère : ce n'est pas une exclusive, c'est une statistique Yehochoua, Otniel ben Kenaz, Hillel - tous hors de ces deux tribus - ont tranché. Rava dirait donc : on en trouve partout, mais on en trouve BEAUCOUP, à chaque génération et en chaque lieu, seulement chez Levi et Yissakhar.
Les trois versets tribaux, le critère qui en élimine un, et la lecture atténuée que propose le Ben Yehoyada.
7
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין מְפַייְּסִין עַל תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם, אֶלָּא כֹּהֵן שֶׁזָּכָה בּוֹ בְּשַׁחֲרִית זוֹכֶה בּוֹ עַרְבִית, מֵיתִיבִי: כְּשֵׁם שֶׁמְּפַיְּיסִין שַׁחֲרִית כָּךְ מְפַייְּסִין בֵּין הָעַרְבַּיִם! כִּי תַנְיָא הַהִיא — בִּקְטֹורֶת.

Rabbi Yo'hanan a dit : on ne tire pas au sort pour le tamid de l'après-midi (bein ha-arbayim) ; le cohen qui l'a gagné le matin le gagne [aussi] le soir. On objecte : de même qu'on tire au sort le matin, ainsi tire-t-on au sort l'après-midi ! — Lorsque cette [baraita] a été enseignée, c'était à propos de la ketoret.

📜 Rachi (2)
שֶׁזָּכָה בּוֹ שַׁחֲרִית אִישׁ אִישׁ שֶׁזָּכָה בַּעֲבוֹדָה:
Qui l'a gagné le matin — chaque homme, pour le service qu'il a gagné.
כִּי תַּנְיָא הָהִיא בִּקְטֹרֶת לְפִי שֶׁלֹּא שָׁנָה אָדָם בָּהּ:
Lorsque cette [baraita] a été enseignée, c'était à propos de la ketoret — parce que jamais un homme ne l'a répétée.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא כֹּהֵן שֶׁזָּכָה בּוֹ שַׁחֲרִית זוֹכֶה בּוֹ עַרְבִית תֵּימַהּ לִי וְהָא ע"כ הָיָה צָרִיךְ לְהָפִיס עַרְבִית בִּשְׁבִיל סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין שֶׁאוֹתָם שֶׁל בֹּוקֶר הָיוּ בְּכֹהֵן הַזּוֹכֶה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן וּשְׁנֵי כֹּהֲנִים זוֹכִין בָּהֶן בָּעֶרֶב וְאֵין לְתָרֵץ דְּמוֹדֶה הוּא דְּבִשְׁבִילָם מְפַיְּיסִין לָעֶרֶב וְלָא אֲתָא לְאַשְׁמוֹעִינַן אֶלָּא דִּבְהָנָךְ עֲבוֹדוֹת שֶׁיֵּשׁ דֻּוגְמָתָן בַּבֹּקֶר לֹא הָיוּ מְפַייְּסִין דְּאִם כֵּן כִּי פָּרֵיךְ בְּסָמוּךְ וּלְמַאי דס"ד מֵעִיקָּרָא נְפִישִׁי לְהוּ פְּייָסוֹת לְר' יוֹחָנָן לְרַשְׁבִּ"י נָמֵי תִּיקְשֵׁי כֵּיוָן דִּמְפַייְּסִי בָּעֶרֶב בִּשְׁבִיל שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים א"כ נְפִישִׁי לְהוּ פְּיָיסוֹת וְדֹוחַק הוּא לוֹמַר דְּהָנָךְ תְּרֵי מְדַשֵּׁן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וּמְנוֹרָה שֶׁהָיוּ בְּפַייִס שֶׁל תָּמִיד הַשַּׁחַר וְלֹא הָיוּ בָּעֶרֶב הֵם הָיוּ זוֹכִין בַּגְּזִירִין בָּעֶרֶב נִמְצָא שֶׁלֹּא הָיוּ צְרִיכִין לְהָפִיס בִּשְׁבִיל הַגְּזִירִין לָעֶרֶב כִּי דֹּוחַק הוּא לִבְדּוֹת דָּבָר זֶה מִדַּעְתֵּינוּ אֶלָּא נִרְאֶה דִּלְרַבִּי יוֹחָנָן פְּשִׁיטָא לֵיהּ דְּמִצַּפְרָא מְפִיסִין נָמֵי עַל שְׁנֵי גְּזִירִין שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם כֵּיוָן דְּאוֹתוֹ פַּיִיס שֶׁמְּפַיְּסִין לְתָמִיד הַשַּׁחַר מְהַנֵּי נָמֵי לְבֵין הָעַרְבַּיִם סְבָרָא הוּא שֶׁיְּפַיְּסוּ אָז כְּמוֹ כֵן לְצֹורֶךְ גְּזִירִין שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב לְהוּ בְּמָתְנֵי' בַּפַּיִיס הַשֵּׁנִי י"ל דְּלָא חֲשִׁיב אֶלָּא י"ג כֹּהֲנִים הַזּוֹכִין בּוֹ בַּפַּיִיס הַשֵּׁנִי לְצֹורֶךְ תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר אֲבָל לְמַאי דְּס"ד מֵעִיקָּרָא דִּלְכָל עֲבוֹדָה שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם חוֹזְרִין וּמְפִיסִין הֲוָה ס"ד שֶׁבָּעֶרֶב מֵפִיס לוֹ דְּאַמַּאי מְפִיסִין לוֹ שַׁחֲרִית כֵּיוָן דְּלָא מְהַנֵּי פַּיִיס דְּשַׁחֲרִית לְשֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם מִידִי וְעוֹד לִישָּׁנָא דְּבָרַייְתָא דְּקָתָנֵי כָּךְ מְפַייְּסִין לוֹ עַרְבִית מַשְׁמַע שֶׁבָּעֶרֶב מְפַיְּיסִין וא"כ נְפִישִׁי לְהוּ פְּיָיסוֹת:
Mais le cohen qui l'a gagné le matin le gagne le soir — cela m'étonne : il fallait pourtant nécessairement tirer au sort le soir pour la disposition des deux bûches (chenei guezirin), car celles du matin revenaient au cohen qui avait gagné la teroumat ha-dechen (le prélèvement des cendres), tandis que le soir ce sont deux cohanim qui les gagnent. Et l'on ne peut pas répondre qu'il concède qu'on tire au sort le soir pour elles, et qu'il ne vient nous apprendre que ceci : que pour les services ayant leur équivalent le matin on ne tirait pas au sort. Car s'il en était ainsi, lorsque la guemara objecte plus loin, selon Rabbi Yo'hanan, « et selon ce que nous pensions d'abord, il y aurait trop de payassot », la même difficulté vaudrait de toute façon : puisqu'on tire au sort le soir pour les deux bûches de bois, il y aurait trop de payassot. Et il serait forcé de dire que ces deux-là — les cohanim du prélèvement des cendres de l'autel intérieur et de la menora, qui figuraient dans le payis du tamid du matin et non le soir — sont ceux qui gagnaient les bûches le soir, de sorte qu'il n'était pas nécessaire de tirer au sort pour les bûches le soir : il est forcé d'inventer une telle chose de notre propre chef. Il semble plutôt que, pour Rabbi Yo'hanan, il va de soi que dès le matin on tire aussi au sort pour les deux bûches de l'après-midi : puisque le payis fait pour le tamid du matin vaut également pour l'après-midi, il est logique qu'on tire alors au sort de la même manière pour les bûches de l'après-midi. Et si la michna ne les compte pas dans le second payis, on peut dire qu'elle ne compte que les treize cohanim qui y gagnent [un service] pour les besoins du tamid du matin. Mais selon ce qu'on pensait d'abord — que pour chaque service de l'après-midi on recommence le tirage —, on pensait que c'est le soir qu'on tire au sort pour lui : pourquoi en effet tirer au sort le matin, puisque le payis du matin ne servirait en rien pour l'après-midi ? De plus, la formule de la baraita, qui enseigne « ainsi tire-t-on au sort pour lui le soir », implique que c'est le soir qu'on tire ; et s'il en est ainsi, il y aurait trop de payassot.
💡 Explication

Nouvelle sougya, qui va occuper toute la moitié centrale du daf. Rabbi Yo'hanan pose une règle d'économie : un seul tirage par jour et par poste. Le cohen qui a gagné l'égorgement le matin égorgera aussi le soir ; celui qui a gagné la menora la refera. Rachi le précise : chaque homme, pour le service qu'il a gagné — la règle vaut poste par poste.

Une baraita semble dire le contraire en toutes lettres. La réponse exploite l'unique exception connue : la ketoret, précisément parce que personne ne la refait deux fois, exige nécessairement un nouveau tirage l'après-midi. La baraita ne parlerait donc que d'elle.

Tossefot soulève ici une difficulté de comptage que la guemara laisse implicite : les deux bûches (chenei guezirin) du soir sont gagnées par deux cohanim, alors que celles du matin revenaient au gagnant de la teroumat ha-dechen — il faudrait donc bien un tirage supplémentaire. Sa réponse : pour Rabbi Yo'hanan, on tire au sort des le matin y compris pour les bûches du soir ; la michna, elle, ne compte que les treize cohanim du tamid du matin.

8
וְהַתַּנְיָא: כְּשֵׁם שֶׁמְּפַייְּסִין לוֹ שַׁחֲרִית כָּךְ מְפַיְּיסִין לוֹ עַרְבִית! אֵימָא ״לָהּ״.

Mais n'a-t-il pas été enseigné : de même qu'on tire au sort pour LUI (lo, au masculin) le matin, ainsi tire-t-on au sort pour LUI le soir ! — Dis : pour ELLE (lah).

🗂️ Tossefot (2)
וְהַתַּנְיָא כְּדֶרֶךְ שֶׁמְּפַיְּיסִין לוֹ שַׁחֲרִית פִּי' וְהָכָא לָא מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי בִּקְטֹורֶת מִדְּקָתָנֵי לוֹ לְשׁוֹן זָכָר אַלְמָא לְתָמִיד קָאָמַר דְּאִי בִּקְטֹורֶת הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי לָהּ לְשׁוֹן נְקֵבָה:
Mais n'a-t-il pas été enseigné : de la même manière qu'on tire au sort pour lui le matin — explication : ici on ne peut pas répondre qu'il s'agit de la ketoret, puisque la baraita enseigne « pour LUI », au masculin ; c'est donc qu'elle parle du tamid. Car s'il s'agissait de la ketoret, elle aurait dû enseigner « pour ELLE », au féminin.
דִּתְנַן ראב"י אוֹמֵר הַמַּעֲלֶה אֵיבָרִים כו' דִּתְנַן גָּרְסִינַן מִשְׁנָה הִיא בְּתָמִיד פ"ה [מ"ב] (דַּף לב:) וּלְעֵיל בפ"ק (יוֹמָא דַּף יד:) דְּפָרִיךְ סְתָמָא דְּתָמִיד אַדְּיוֹמָא וּמְשַׁנֵּי מַאן תְּנָא יוֹמָא ר"ש אִישׁ הַמִּצְפָּה הִיא מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן דִּפְלִיג אַחֲדָא סְתָמָא דְּתָמִיד דְּתַנְיָא ר"ש אִישׁ הַמִּצְפָּה מְשַׁנֶּה בַּתָּמִיד לָא הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר ראב"י הוּא דִּפְלִיג הָכָא אַסְּתָמָא דְּתָמִיד דְּקָא תָּנֵי בְּרֵישָׁא הָרְבִיעִי חֲדָשִׁים עִם יְשָׁנִים מִי מַעֲלֶה אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וַהֲדַר קָתָנֵי ראב"י אוֹמֵר הַמַּעֲלֶה אֵיבָרִים וְכוּ' דְּהָא אַסְּתָמָא דְּיוֹמָא נָמֵי פְּלִיג דִּבְמַתְנִיתִין נָמֵי קָתָנֵי הָרְבִיעִי מִי מַעֲלֶה אֵיבָרִים וְאוֹקְמָה דְּלָא כראב"י ואע"ג דְּאִיכָּא נָמֵי סְתָמָא דְּמַתְנִי' כראב"י דְּקָתָנֵי תָּמִיד קָרֵב בְּתִשְׁעָה ופרש"י דִּסְתָמָא כראב"י אֵין נִרְאֶה לְפָרֵשׁ כֵּן דא"כ ה"ל לְהַשַּׁ"ס לְאַקְשׁוֹיֵי רֵישָׁא רַבָּנָן וְסֵיפָא ראב"י וְלִישַׁנֵּי אִין רֵישָׁא רַבָּנַן וְסֵיפָא ראב"י וּנְהִי דְּמֵרֵישָׁא דְּרֵישָׁא דְּקָתָנֵי י"ג כֹּהֲנִים זוֹכִין בּוֹ לָא קַשְׁיָא לָן דִּלְרַבָּנָן הָווּ לְהוּ י"ד עִם הַמַּעֲלֶה אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וא"כ תִּקְשֵׁי רֵישָׁא וְסֵיפָא ראב"י וּמְצִיעֲתָא רַבָּנָן דְּהַהִיא אִיכָּא לְשַׁנּוּיֵי דְּאָתְיָא אֲפִילּוּ כְּרַבָּנָן וְלָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא י"ג כֹּהֲנִים הַזּוֹכִין בַּפַּיִיס הַשֵּׁנִי אֲבָל מַעֲלֶה אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ הַהוּא פַּיִיס רְבִיעִי בְּאַפֵּי נַפְשֵׁיהּ הוּא מִיהוּ הָא קַשְׁיָא רֵישָׁא רַבָּנָן וְסֵיפָא ראב"י כִּדְפָרֵישִׁית וְנִרְאֶה דְּתָמִיד קָרֵב בְּט' לָא הָוְיָא סְתָמָא כראב"י אֶלָּא מִשּׁוּם דְּבָעֵי לְמֵימַר לֹא פָּחוֹת וְלֹא יוֹתֵר קָאָמַר לֵיכָּא לָמֶ"ד שֶׁיְּהֵא תָּמִיד קָרֵב בְּפָחוֹת מט' אֲבָל י' לָא הָוֵי כָּל שַׁעְתָּא דְּזִימְנִין דִּבְהַעֲלָאַת אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ זָכָה אֶחָד מֵהָנָךְ שֶׁזָּכוּ לְהוֹלִיךְ לַכֶּבֶשׁ אֲבָל בְּצִיר מט' לָא הָווּ וּבְחַג בְּצִיר מִי' לָא הָווּ וְכֵן כֻּולָּם אֲבָל אֵין לְפָרֵשׁ דְּלָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא הוֹלָכַת אֵיבָרִים לַכֶּבֶשׁ דְּהָא קָא חָשֵׁיב נַמֵּי צְלוֹחִית מַיִם וּבְזִיכְיַן וּגְזִירִין מִיהוּ מָצֵי לְמֵימַר דְּלָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא תְּחִילַּת הוֹלָכוֹת בֵּין דְּאֵיבָרִים בֵּין דִּצְלוֹחִית מַיִם בֵּין דִּבְזִיכְיַן אֲבָל גְּמַר הוֹלָכַת אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ לָא קָא חֲשִׁיב וְרִאשׁוֹן נִרְאֶה יוֹתֵר:
« Comme nous l'avons appris : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit, celui qui monte les membres, etc. » — on lit bien <i>de-tenan</i> (« comme nous l'avons appris dans une michna »), car c'est une michna, au traité Tamid, chapitre 5 [michna 2] (32b). Et plus haut, au premier chapitre (Yoma 14b), lorsque la guemara oppose une michna anonyme de Tamid a Yoma et répond « quel est le tanna de Yoma ? C'est Rabbi Chimon Ich HaMitspa », c'est parce que nous avons trouvé qu'il contredit une michna anonyme de Tamid. Ici, en revanche, on ne pouvait pas dire que c'est Rabbi Eliezer ben Yaakov qui contredit la michna anonyme de Tamid — laquelle enseigne d'abord « le quatrième : les nouveaux avec les anciens, qui monte les membres de la rampe à l'autel », puis enseigne « Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : celui qui monte les membres, etc. » —, car il contredit aussi la michna anonyme de Yoma : notre michna, elle aussi, enseigne « le quatrième : qui monte les membres », et la guemara l'a établie comme n'étant pas conforme à Rabbi Eliezer ben Yaakov. Et bien qu'il existe également une michna anonyme conforme à Rabbi Eliezer ben Yaakov, celle qui enseigne « le tamid est offert par neuf [cohanim] », et que Rachi explique que cette michna anonyme suit Rabbi Eliezer ben Yaakov, il ne semble pas juste de l'expliquer ainsi. Car s'il en était ainsi, le Talmud aurait dû objecter « le début suit les rabbanan et la fin suit Rabbi Eliezer ben Yaakov », et répondre « en effet : le début suit les rabbanan et la fin suit Rabbi Eliezer ben Yaakov ». Certes, du tout début, qui enseigne « treize cohanim y gagnent [un service] », il n'y a pas de difficulté pour nous, car selon les rabbanan ils seraient quatorze avec celui qui monte les membres de la rampe à l'autel ; mais alors la difficulté serait : le début et la fin suivent Rabbi Eliezer ben Yaakov et le milieu suit les rabbanan — car pour ce [passage-là] on peut répondre qu'il s'accorde même avec les rabbanan, la michna ne comptant que les treize cohanim qui gagnent au second payis, tandis que celui qui monte les membres de la rampe à l'autel relève du quatrième payis, qui est un payis à part entière. Reste toutefois la difficulté : le début suit les rabbanan et la fin Rabbi Eliezer ben Yaakov, comme je l'ai expliqué. Il semble donc que « le tamid est offert par neuf » n'est pas une michna anonyme conforme à Rabbi Eliezer ben Yaakov ; c'est seulement que, voulant dire « ni moins ni plus », [le tanna a compté neuf] : personne ne soutient que le tamid soit offert par moins de neuf, tandis que dix ne sont pas requis à chaque fois, car il arrive que la montée des membres de la rampe à l'autel soit gagnée par l'un de ceux qui avaient déjà gagné de les porter jusqu'à la rampe ; mais en dessous de neuf, jamais — et lors de la fête, jamais en dessous de dix, et ainsi de suite. On ne peut pas expliquer que la michna ne compte que le transport des membres jusqu'à la rampe, car elle compte aussi la fiole d'eau, les bazikhin (les coupes d'encens) et les bûches. On pourrait cependant dire qu'elle ne compte que les débuts de transport — que ce soit des membres, de la fiole d'eau ou des bazikhin — mais non l'achèvement du transport des membres de la rampe à l'autel. La première explication paraît toutefois meilleure.
💡 Explication

La deuxième baraita ferme l'échappatoire précédente par un seul pronom. Elle dit lo, masculin ; or ketoret est un mot féminin en hébreu, tandis que tamid est masculin. Impossible, donc, de renvoyer cette baraita à l'encens.

La réponse est une emenda de texte, procédé classique de la guemara : eima lah — dis « lah », au féminin. On corrige la leçon transmise plutôt que d'abandonner la thèse. Tossefot explicite exactement pourquoi la première réponse ne pouvait plus servir ici.

La seconde glose de Tossefot déborde de ce segment : elle porte déjà sur la citation de Rabbi Eliezer ben Yaakov qui viendra plus bas, et discute son statut — michna de Tamid ch. 5, et non baraita — ainsi que la question de savoir si la michna « le tamid est offert par neuf cohanim » suit ou non son opinion.

9
וְהַתַּנְיָא: כְּשֵׁם שֶׁמְּפַייְּסִין לוֹ שַׁחֲרִית כָּךְ מְפַייְּסִין לוֹ עַרְבִית, וּכְשֵׁם שֶׁמְּפַיְּיסִין לָהּ שַׁחֲרִית כָּךְ מְפַיְּיסִין לָהּ עַרְבִית!

Mais n'a-t-il pas été enseigné : de même qu'on tire au sort pour LUI le matin, ainsi tire-t-on au sort pour LUI le soir ; et de même qu'on tire au sort pour ELLE le matin, ainsi tire-t-on au sort pour ELLE le soir !

💡 Explication

Troisième baraita, et cette fois l'emenda est impossible : elle énonce les deux formules côte à côte, le masculin et le féminin. On ne peut plus corriger l'un en l'autre sans détruire la phrase, qui deviendrait une répétition vide.

La baraita affirme donc bien ce que Rabbi Yo'hanan nie : il y a un second tirage l'après-midi, pour la ketoret et pour le tamid. Il faudra une réponse d'un autre ordre — non plus lexicale, mais circonstancielle.

🖼️ Schéma
Tire-t-on au sort une seconde fois pour le tamid de l'après-midi ? Trois baraitot attaquent Rabbi Yo'hanan ; la sougya se joue sur deux lettres, lo et lah Thèse - Rabbi Yo'hanan On ne tire pas au sort pour le tamid de l'après-midi : le cohen qui a gagné un poste le matin le garde le soir. Attaque 1 - baraita De même qu'on tire au sort le matin, ainsi tire-t-on au sort l'après-midi. Aucun pronom : la baraita ne dit pas de quel service elle parle. -> Réponse Elle porte sur la KETORET, pas sur le tamid. La ketoret, elle, se retire chaque fois : personne ne la fait deux fois, il faut donc un nouveau tirage le soir. Attaque 2 - baraita De même qu'on tire au sort pour LO (masculin) le matin, ainsi le soir. Masculin = tamid. Ketoret est féminin : la réponse précédente ne tient plus. -> Réponse - emenda de texte eima lah : dis LAH, au féminin. On corrige la leçon de la baraita. Elle parle donc bien de la ketoret, et la thèse de Rabbi Yo'hanan reste debout. Attaque 3 - la baraita décisive Elle dit les DEUX : pour LO le matin comme le soir, et pour LAH le matin comme le soir. Plus rien à corriger : le tamid EST retiré. -> Réponse - Rav Chemouel bar Rav Yitshak Cette baraita-là parle du CHABBAT. Ce jour-là les michmarot se relaient : la garde du matin n'officie pas l'après-midi. Le gagnant du matin n'est même plus là le soir. Question de méthode : et si l'on avait retenu l'hypothèse écartée ? Si vraiment on retirait au sort chaque service de l'après-midi, on dépasserait les quatre payassot annoncés par la michna. Réponse : non - tout le monde se présentait dès le matin, et une seule assemblée désignait à la fois les gagnants du matin et ceux du soir. Un seul rassemblement, un seul payis, deux équipes.
Le fil complet de la sougya : les trois baraitot, les deux échappatoires successives et la sortie par le Chabbat.
10
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר רַב יִצְחָק: הָכָא בְּשַׁבָּת עָסְקִינַן, הוֹאִיל וּמִשְׁמָרוֹת מִתְחַדְּשׁוֹת.

Rav Chemouel bar Rav Yitshak a dit : ici, nous traitons du Chabbat, puisque les michmarot (les gardes sacerdotales) se renouvellent.

📜 Rachi (1)
הוֹאִיל וּמִשְׁמָרוֹת מִתְחַדְּשׁוֹת וּמִשְׁמָר שֶׁעָבַד שַׁחֲרִית אֵינוֹ עוֹבֵד בֵּין הָעַרְבַּיִם:
Puisque les michmarot se renouvellent — et la garde qui a officié le matin n'officie pas l'après-midi.
💡 Explication

La sortie ne passe plus par le vocabulaire mais par le calendrier. Les michmarot, les vingt-quatre gardes sacerdotales, se relaient le Chabbat : la garde sortante assure le service du matin, la garde entrante celui de l'après-midi.

Ce jour-là, la règle de Rabbi Yo'hanan est inapplicable pour une raison matérielle et non théorique : comme le dit Rachi, la garde qui a officié le matin n'officie pas l'après-midi. Le gagnant du matin n'est tout simplement plus là. Un second tirage s'impose donc — mais il ne concerne que le Chabbat, et la thèse de Rabbi Yo'hanan tient pour les jours ordinaires.

11
וּלְמַאי דִּסְלֵיק אַדַּעְתִּין מֵעִיקָּרָא, נְפִישִׁי לְהוּ פְּיָיסוֹת! מַיְיתֵי כֻּולְּהוּ מִצַּפְרָא אָתוּ, דְּזָכֵי בֵּיהּ שַׁחֲרִית — זָכֵי, דְּזָכֵי בְּעַרְבִית — זָכֵי.

Et selon ce que nous pensions au départ, ils auraient trop de payassot ! — Ils venaient tous dès le matin : celui qui gagnait pour le matin gagnait, celui qui gagnait pour le soir gagnait.

📜 Rachi (2)
וּלְמַאי דְּסָלֵיק אַדַּעְתִּין שֶׁהָיוּ מְפַייְּסִין בֵּין הָעַרְבַּיִם נְפִישִׁי לְהוּ פְּיָיסוֹת:
Et selon ce que nous pensions au départ — à savoir qu'on tirait au sort l'après-midi : ils auraient trop de payassot.
כּוּלְּהוּ מִצַּפְרָא וְשָׁם מְפַייְּסִין מִי יִזְכֶּה לְשֶׁל שַׁחֲרִית וּמִי לְשֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם:
Tous dès le matin — et c'est là qu'on tire au sort pour savoir qui gagnera celui du matin et qui celui de l'après-midi.
💡 Explication

Question rétrospective de méthode : si l'on avait vraiment retenu l'hypothèse écartée — un nouveau tirage pour chaque service de l'après-midi —, on aurait explosé le chiffre de quatre payassot que la michna donne pour la journée. Comment cette hypothèse avait-elle pu même être envisagée ?

La réponse distingue le nombre d'assemblées du nombre de désignations. Même dans l'hypothèse initiale, tout le monde se présentait une seule fois, le matin, et la même séance désignait à la fois les titulaires du matin et ceux du soir. Un payis, ce n'est pas un service : c'est un rassemblement. Le compte de quatre est donc sauf dans les deux lectures.

12
הָרְבִיעִי חֲדָשִׁים עִם יְשָׁנִים וְכוּ׳. מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דִּתְנַן, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: הַמַּעֲלֶה אֵיבָרִים לַכֶּבֶשׁ, הוּא מַעֲלֶה אוֹתָן לַמִּזְבֵּחַ.

« Le quatrième : les nouveaux avec les anciens, etc. » — notre michna n'est pas conforme à Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car nous avons appris [dans une michna] : Rabbi Eliezer ben Yaakov dit, celui qui monte les membres à la rampe, c'est lui qui les monte à l'autel.

📜 Rachi (1)
הוּא מַעֲלֶה לְגַבֵּי הַמִּזְבֵּחַ אוֹתוֹ אִישׁ שֶׁזָּכָה בּוֹ לְהוֹלִיכוֹ לַכֶּבֶשׂ חוֹזֵר וּמַעֲלֵהוּ לְאַחַר זְמַן לַמִּזְבֵּחַ וּכְשֶׁהָיוּ מוֹלִיכִין אוֹתוֹ מַנִּיחִין אוֹתוֹ מֵחֶצְיוֹ שֶׁל כֶּבֶשׂ לְמַטָּה כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ לְהוֹלִיכוֹ כָּל הַכֶּבֶשׂ וְהוֹלֵךְ וְעוֹלֶה בַּכֶּבֶשׁ וּכְשֶׁמַּגִּיעַ לְמָקוֹם שֶׁהָאֵיבָרִים שָׁם נוֹטְלָן וְהָכִי תְּנַן בְּמַסֶּכֶת שְׁקָלִים (דַּף יג.) אִיבְרֵי תָּמִיד נִיתָּנִין מֵחֲצִי כֶּבֶשׁ וּלְמַטָּה בַּמִּזְרָח:
C'est lui qui les monte à l'autel — l'homme même qui a gagné de les porter jusqu'à la rampe revient plus tard les monter à l'autel. Et lorsqu'on les portait, on les déposait à partir du milieu de la rampe vers le bas, afin de n'avoir pas à les porter tout au long de la rampe ; puis il monte la rampe, et quand il parvient à l'endroit où sont les membres, il les prend. Et c'est ainsi que nous avons appris au traité Chekalim (13a) : les membres du tamid sont déposés à partir du milieu de la rampe vers le bas, du côté est.
💡 Explication

Retour à la michna et à son quatrième payis. La guemara identifie aussitôt une opinion tannaitique qui le rend superflu : pour Rabbi Eliezer ben Yaakov (michna de Tamid ch. 5), le porteur ne se relaie pas. Celui qui a gagné d'amener sa charge jusqu'à la rampe revient ensuite la porter jusqu'au sommet de l'autel — un seul homme, deux moments.

Rachi décrit le dispositif matériel qui rend ce partage possible : on ne dépose pas les membres n'importe où sur le kevech, mais dans sa moitié inférieure, du côté est (Chekalim 13a), pour épargner au porteur la montée complète. Le cohen gravit ensuite la rampe, récupère sa charge à l'endroit où elle attend et l'emporte en haut.

Notre michna, en instituant un quatrième tirage pour cette dernière étape, suppose au contraire deux hommes distincts. Elle n'est donc pas de son avis.

🖼️ Schéma
Où s'arrête le premier porteur : le dépôt à mi-rampe Rachi, d'après Chekalim 13a : les membres du tamid sont posés sous le milieu du kevech, côté est MIZBÉAH l'autel on y fait fumer les membres KEVECH - la rampe (32 coudées) milieu de la rampe 1 2 1 - Payis 2 : porter jusqu'à la rampe Six cohanim montent les six charges de viande et les déposent à la moitié INFÉRIEURE du kevech, du côté est - pour ne pas avoir à gravir toute la rampe. 2 - Payis 4 : de la rampe à l'autel Un autre cohen gravit la rampe, ramasse les membres à l'endroit où ils attendent, et les porte au sommet. Pour R. Eliezer ben Yaakov : c'est le même homme qu'en 1. Toute la question du daf tient dans le passage du point rouge au point vert : un relais, ou un seul homme ?
Le trajet des membres du tamid : dépôt à mi-rampe côté est, puis montée finale à l'autel. Toute la mahloket porte sur le passage du point 1 au point 2.
13
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? מַר סָבַר: ״בְּרָב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ״, וּמַר סָבַר: מְקוֹם שְׁכִינָה לָאו אֹורַח אַרְעָא.

Sur quoi divergent-ils ? L'un tient : « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi » (Pr 14,28) ; et l'autre tient : au lieu de la Chekhina, ce n'est pas convenable (lav orah ar'a).

📜 Rachi (1)
לָאו אוֹרַח אַרְעָא לְמִיתְחֲזֵי כְּמַאן דִּטְרִיחַ לֵיהּ מִילְּתָא:
Ce n'est pas convenable — [car cela revient] à paraître comme quelqu'un à qui la chose pèse.
🗂️ Tossefot (1)
מְקוֹם שְׁכִינָה לָאו אֹורַח אַרְעָא אֲפִילּוּ ראב"י דְּקָסָבַר הָכָא דְּלָאו אוֹרַח אַרְעָא נִרְאֶה דְּמוֹדֶה הוּא בְּהַהִיא דְּתָמִיד [נִשְׁחָט] (דַּף סד.) בְּעֶרֶב הַפֶּסַח שָׁחַט יִשְׂרָאֵל וְקִיבֵּל הַכֹּהֵן נוֹתְנוֹ לַחֲבֵירוֹ וַחֲבֵירוֹ לַחֲבֵירוֹ וְכוּ' עַד וְהַכֹּהֵן הַקָּרוֹב אֵצֶל הַמִּזְבֵּחַ זוֹרְקוֹ זְרִיקָה אַחַת כְּנֶגֶד הַיְּסוֹד וּמְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא טַעְמָא מִשּׁוּם בְּרָוב עָם הַדְרַת מֶלֶךְ דְּהָתָם לֹא שַׁייָּךְ לְמֵימַר לָאו אוֹרַח אַרְעָא שֶׁהֲרֵי כְּשֶׁהָיָה נוֹתְנָהּ לַחֲבֵירוֹ לֹא הָיָה הוֹלֵךְ לוֹ אֶלָּא חוֹזֵר וּמְקַבֵּל וּמוֹשִׁיט וְחוֹזֵר וּמְקַבֵּל וּמוֹשִׁיט שֶׁהֲרֵי רֹוב פְּסָחִים הָיָה לָהֶם אֲבָל הֵיכָא שֶׁמּוֹלִיךְ עַד לַכֶּבֶשׁ וְהוֹלֵךְ לוֹ הַהוּא וַדַּאי לָאו אֹורַח אַרְעָא:
Au lieu de la Chekhina, ce n'est pas convenable — même Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui tient ici que ce n'est pas convenable, concède semble-t-il pour le cas [enseigné] au chapitre Tamid Nichhat (Pessahim 64a) : la veille de Pessa'h, un Israël égorgeait, le cohen recueillait [le sang], le donnait à son collègue, et son collègue au suivant, etc., jusqu'à ce que le cohen le plus proche de l'autel le répande d'une seule aspersion contre la base. Et la guemara y explique que la raison en est « dans la multitude du peuple est la splendeur du roi ». Là, en effet, on ne peut pas dire que ce ne soit pas convenable, puisque lorsqu'il donnait [le vase] à son collègue, il ne s'en allait pas : il revenait recueillir et tendre, revenait recueillir et tendre — car ils avaient de nombreux agneaux pascals. Mais là où l'un porte jusqu'à la rampe et s'en va, cela, assurément, n'est pas convenable.
💡 Explication

La guemara remonte du détail pratique au principe. Deux valeurs, toutes deux vraies, s'appliquent au même geste et donnent des résultats opposés.

Be-rov am hadrat melekh : la gloire du Roi se mesure au nombre de ceux qui Le servent, donc mieux vaut deux cohanim qu'un. Mekom Chekhina lav orah ar'a : devant la Présence, passer le relais à mi-chemin donne l'image d'un homme à qui la chose pèse, dit Rachi — comme s'il se déchargeait de la fin du travail.

Tossefot montre que Rabbi Eliezer ben Yaakov n'est pas un adversaire de principe du rov am : il l'admet pour la chaîne de cohanim qui se transmettent le sang des korbanot pessa'h (Pessahim 64a). La différence est précise et décisive — là-bas, celui qui transmet ne s'en va pas, il se retourne aussitôt pour recueillir à nouveau. Ici, le porteur dépose et disparaît. C'est l'abandon du poste, non le partage, qui est indécent.

🖼️ Schéma
Deux cohanim ou un seul pour les membres : le fond du désaccord Deux valeurs opposées, chacune exacte, appliquées au même geste Le tanna de notre michna be-rov am hadrat melekh dans la multitude du peuple est la splendeur du roi (Pr 14,28) Plus il y a de cohanim engagés dans le service, plus le Roi est honoré. On coupe donc la tâche en deux : l'un porte jusqu'à la rampe, l'autre monte à l'autel. -> il faut un quatrième payis Rabbi Eliezer ben Yaakov mekom Chekhina lav orah ar a au lieu de la Présence, ce n'est pas convenable Passer le relais à mi-chemin donne l'image d'un homme à qui la tâche pèse - comme s'il se déchargeait. Celui qui commence achève. -> pas de payis pour cela Tossefot : les deux principes ne s'excluent pas, ils dépendent du geste La veille de Pessa'h, le sang du korban passe de main en main sur toute une chaîne de cohanim - et la guemara (Pessahim 64a) invoque justement be-rov am hadrat melekh. Rabbi Eliezer ben Yaakov y consent. Pourquoi ? Parce que là, celui qui transmet ne s'en va pas : il se retourne et recommence aussitôt. Chaîne de Pessahim 64a chacun tend le vase et se retourne pour en recueillir un autre personne ne quitte son poste = convenable Porteur des membres il dépose sa charge à mi-rampe et s'en va il abandonne son service = non convenable
Les deux principes en présence, et le critère de Tossefot qui les concilie : partager n'est pas indécent, quitter son poste l'est.
14
אָמַר רָבָא: לָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אִית לֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה, וְלָא רַבִּי יְהוּדָה אִית לֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דְּאִם כֵּן, בְּצַרוּ לְהוּ פְּיָיסוֹת.

Rava a dit : Rabbi Eliezer ben Yaakov ne tient pas l'avis de Rabbi Yehouda, et Rabbi Yehouda ne tient pas l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov. Car s'il en était ainsi, les payassot leur feraient défaut.

📜 Rachi (1)
לֹא ר"א בֶּן יַעֲקֹב אִית לֵיהּ דְּר' יְהוּדָה דְּאָמַר לֹא הָיָה פַּייִס לַמַּחְתָּה וְנוֹתֵן ראב"י פַּיִיס לְמַחְתָּה תַּחַת פַּייִס מִן הַכֶּבֶשׂ וְלַמִּזְבֵּחַ:
Rabbi Eliezer ben Yaakov ne tient pas l'avis de Rabbi Yehouda — lequel dit qu'il n'y avait pas de payis pour la mahta ; Rabbi Eliezer ben Yaakov, lui, institué un payis pour la mahta à la place du payis [de la montée] de la rampe à l'autel.
💡 Explication

Rava tire la conséquence systématique. Chacun des deux tannaim supprime un tirage : Rabbi Yehouda celui de la mahta (l'encensoir à braises, que le gagnant de la ketoret confie lui-même à son voisin), Rabbi Eliezer ben Yaakov celui de la montée des membres de la rampe à l'autel.

Or le total de quatre est un plancher que personne ne franchit. Chacun doit donc conserver le tirage que l'autre supprime, pour combler le trou : Rachi l'énonce exactement — Rabbi Eliezer ben Yaakov institué un payis pour la mahta à la place du payis de la rampe à l'autel. Les additionner ferait tomber le compte à trois : batsru lehu payassot, il leur en manquerait.

L'argument est purement arithmétique, et c'est ce qui en fait la force : il ne discute aucune des deux raisons de fond, il montre seulement qu'elles ne peuvent pas coexister chez un même tanna.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer ben Yaakov ne peuvent pas être d'accord Rava : chacun supprime un payis - les additionner ferait tomber le compte à trois Rabbi Yehouda supprime le payis de la mahta 1. teroumat ha-dechen 2. tamid (13 services) 3. ketoret (mahta comprise) 4. rampe -> autel il en a besoin pour faire 4 Total : 4 payassot Il ne peut donc PAS suivre Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui supprime ce quatrième. R. Eliezer ben Yaakov supprime le payis rampe -> autel 1. teroumat ha-dechen 2. tamid (13 services) 3. ketoret 4. mahta (encensoir) il en a besoin pour faire 4 Total : 4 payassot Il ne peut donc PAS suivre Rabbi Yehouda, qui supprime justement celui de la mahta. Les deux ensemble l'hypothèse que Rava rejette 1. teroumat ha-dechen 2. tamid (13 services) 3. ketoret 4. --- rien --- les deux sont supprimés Total : 3 payassot batsru lehu payassot il leur en manque un : impossible, la michna en dit 4. Le principe implicite : le chiffre quatre est intouchable Aucun tanna ne descend en dessous de quatre payassot. C'est ce plancher qui sert d'outil de mesure à Rava : dès qu'une opinion supprime un tirage, elle doit en produire un autre pour combler le trou. Le désaccord entre R. Yehouda et R. Eliezer ben Yaakov ne porte donc pas sur le nombre, mais sur l'identité du quatrième. Et le daf s'arrête sur le cas limite : et si un tanna en enseignait cinq ? La réponse viendra en 26b.
Le calcul de Rava en trois colonnes : chacun garde quatre payassot, mais pas les mêmes ; leur somme n'en laisserait que trois.
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וְאִי מַשְׁכַּחַתְּ תַּנָּא דְּתָנֵי חָמֵשׁ —

Et si tu trouves un tanna qui enseigne cinq [payassot] —

🗂️ Tossefot (1)
וְאִי מַשְׁכַּחַתְּ תַּנָּא דְּתָנֵי חָמֵשׁ כּוּ' תֵּימַהּ לִי לֵימָא דְּהַהוּא תַּנָּא סְבִירָא לֵיהּ דְּחוֹזְרִין וּמְפִיסִין לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם בָּעֶרֶב דְּהַשְׁתָּא אִיכָּא ה' פְּייָסוֹת וְי"ל דְּה"ק אִי מַשְׁכַּחַתְּ תַּנָּא דְּתָנֵי חָמֵשׁ בְּשַׁחֲרִית אִי נָמֵי י"ל אִי קָסָבַר דְּחוֹזְרִין וּמְפַייְּסִין לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם אַף עַל גַּב דְּהֵפִיסוּ לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר א"כ הָיוּ חוֹזְרִין וּמְפִיסִין נָמֵי לְהַקְטָרַת שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם וּנְפִישִׁי לְהוּ פְּיָיסוֹת טְפֵי מֵחָמֵשׁ:
Et si tu trouves un tanna qui enseigne cinq, etc. — cela m'étonne : qu'on dise donc que ce tanna tient qu'on recommence le tirage au sort pour le tamid de l'après-midi, de sorte qu'il y a alors cinq payassot ! On peut répondre que voici ce qu'il veut dire : si tu trouves un tanna qui enseigne cinq [payassot] le matin. Ou bien on peut dire : s'il tenait qu'on recommence le tirage pour le tamid de l'après-midi bien qu'on ait déjà tiré au sort pour le tamid du matin, alors on recommencerait aussi le tirage pour l'offrande de l'encens de l'après-midi, et il y aurait plus de cinq payassot.
💡 Explication

Le daf se referme sur une phrase suspendue : sa suite viendra en 26b. Après avoir montré que quatre est un plancher, la guemara envisage le cas inverse — un tanna qui compterait cinq tirages.

Tossefot pose d'emblée la question la plus naturelle : pourquoi ne pas dire que ce tanna-là est simplement celui qui recommence le tirage pour le tamid de l'après-midi ? Cela ferait cinq sans autre hypothèse. Sa réponse est double. Ou bien il faut lire « cinq le matin » — la question ne porte que sur les tirages d'une seule séance. Ou bien : si l'on admettait un nouveau tirage pour le tamid du soir, il faudrait aussi en admettre un pour la ketoret du soir, et l'on dépasserait cinq. Le chiffre cinq ne peut donc pas naître de cette hypothèse-là.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).