Yoma 26b -- combien de cohanim pour le tamid, pourquoi l'eau ne se verse qu'au matin, et où s'arrête le non-cohen.

Yoma 26b

Sougya : Le daf liquide d'abord le reliquat de 26a : un tanna qui compterait cinq payassot contredirait à la fois Rabbi Yehouda, qui supprime le tirage de la mahta, et Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui supprime celui de la rampe à l'autel. La michna ouvre ensuite un exercice de comptage : le tamid est offert par neuf, dix, onze ou douze cohanim, ni moins ni plus -- neuf en socle, plus le flacon d'eau à Souccot, plus les deux bûches de l'après-midi, plus les deux capsules d'encens du Chabbat.

De ce tableau, Rabbi Abba tire une règle par ce que la michna ne dit pas : puisqu'elle a besoin d'un Chabbat tombant dans la fête pour atteindre douze, c'est que la libation d'eau n'a lieu qu'au tamid du matin -- sans quoi un simple jour de Hol ha-Moed y suffirait. Rav Achi confirme par un détail narratif : le tsedouki qui versa l'eau sur ses pieds fut lapidé à coups d'etroguim, et on ne tient son etrog qu'à l'heure du loulav, le matin.

Suit la dérivation de Rabbi Chimon ben Yohai sur les deux bûches de l'après-midi, où la Guemara tente deux fois de tout ramener au matin avant de trancher sur un argument de style : le texte fait varier la racine du verbe, pas seulement son nombre, donc il vise deux moments distincts. Rabbi Hiya compte de treize à seize cohanim au second payis ; une baraita monte à dix-sept en ajoutant le cohen de la rampe -- elle n'est donc pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, et comme les deux avis s'excluent, elle est selon Rabbi Yehouda.

La seconde michna étend le comptage au bélier (onze) et au taureau (vingt-quatre), avant de le borner : tout cela ne vaut que pour la collectivité, car pour l'offrande d'un particulier un seul cohen peut tout faire, sans tirage. Le daf s'achève sur Hizkiya, qui déduit du silence de Lévitique 1,6 -- encadré par deux versets nommant les fils d'Aharon -- que l'écorchement et le découpage sont valables même accomplis par un zar, un non-cohen.

Combien de cohanim pour le tamid ? Les quatre chiffres de la michna Le compte ne commence qu'à la holakhat evarim, le portage des membres (Rachi). Le socle ne bouge jamais : neuf. SOCLE - 9 cohanim, tous les jours de l'année 5 pour les cinq lots de chair + 1 entrailles + 1 fleur de farine + 1 havitin + 1 vin = 9 Rachi : ce socle de 9 suppose déjà Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui n'ajoute personne pour monter de la rampe à l'autel. Tout le reste du daf consiste à poser, ou non, un cohen de plus par-dessus ces neuf. 9 - jour ordinaire, le matin Rien à ajouter au socle. C'est le minimum : la michna dit lo pahot, pas moins. 10 - Souccot, le matin + 1 cohen tenant le flacon (tselohit) d'eau pour le nissoukh ha-mayim, la libation d'eau. 11 - deux cas distincts a) Tous les jours, l'après-midi : + 2 cohanim portant les deux guezirei etsim, les deux bûches. b) Chabbat matin : + 2 capsules (bazikhin) d'encens 12 - Chabbat pendant Souccot, le matin 9 + 2 capsules d'encens + 1 flacon d'eau C'est le maximum : la michna dit ve-lo yoter, pas davantage. La question que ce tableau soulève, et dont vit toute la Guemara du daf Pourquoi la michna doit-elle aller chercher un Chabbat DANS la fête pour trouver son douze ? Si l'eau se versait aussi l'après-midi, un simple mercredi de Hol ha-Moed suffirait : 9 + 2 bûches de l'après-midi + 1 flacon d'eau = 12, sans avoir besoin du Chabbat. Puisqu'elle ne le dit pas : la libation d'eau n'a lieu qu'au tamid du matin. C'est la preuve de Rabbi Abba.
Le tableau de bord du daf : 9, 10, 11, 12 - et la question que ce dernier chiffre pose.
Les deux bûches de l'après-midi : comment R. Chimon bar Yohai fait parler deux verbes Une michna dit que l'après-midi demande deux bûches par deux cohanim. Où est-ce écrit ? Verset A - Lévitique 6,5 ובער עליה הכהן עצים בבקר בבקר ou-vier : verbe au SINGULIER, un seul cohen. L'heure est écrite : ba-boker, le matin. Verset B - Lévitique 1,7 וערכו עצים ve-arkhou : verbe au PLURIEL, deux cohanim. Aucune heure n'est écrite. Quand donc ? Im eno inyan : si le pluriel ne peut pas servir pour le matin, déjà couvert par le verset A, applique-le à l'autre tamid - celui de l'après-midi. La Guemara tente alors deux fois de tout ramener au matin : 1. Hava amina - et si les deux versets visaient le matin ? Fais-le, puis refais-le : deux tours de bois avant midi. Réfutation : alors le texte aurait répété le MÊME verbe - ou-vier, puis ou-vier. 2. Objection - non : deux fois ou-vier m aurait fait comprendre un cohen, jamais deux. Il fallait changer. Réfutation : changer, soit - mais il suffisait de changer le NOMBRE. Conclusion - le verset aurait pu dire ou-vier / ou-vaarou, ou bien ve-arakh / ve-arkhou : même racine, seule la personne varie. Or il dit ou-vier d'un côté et ve-arkhou de l'autre : la racine change AUSSI. Deux verbes différents = deux services différents = deux moments de la journée. Chema mina.
Deux verbes qui ne se ressemblent pas : la dérivation des deux bûches de l après-midi (segments 5 à 8).
Agneau 9, bélier 11, taureau 24 - la même découpe, des bras en plus La bête est toujours partagée en cinq lots de chair. Ce qui grossit le compte, c'est le poids, pas le rite. Ce qui est porté Agneau (tamid) Bélier Taureau Lot 1 - la tête et la patte droite 1 1 1 + 2 = 3 Lot 2 - le croupion (okets) et la patte gauche 1 1 2 + 2 = 4 Lot 3 - la poitrine (haze) et la gorge (guera) 1 1 1 + 3 = 4 Lot 4 - les deux membres antérieurs (yadayim) 1 1 2 Lot 5 - les deux flancs (defanot) 1 1 2 Sous-total chair (ha-bassar) 5 5 15 Les entrailles (kerabayim) 1 2 3 La fleur de farine (solet) de la minha qui accompagne 1 2 3 Les havitin (la galette du kohen gadol, propre au tamid) 1 - - Le vin de la libation (nessekh) 1 2 3 TOTAL 9 11 24 La minha et la libation croissent avec la bête : un issaron et un quart de hin pour l'agneau, deux et un tiers pour le bélier, trois et une demie pour le taureau (Nombres 15). D'où 1, 2, 3 cohanim pour la farine comme pour le vin. Et tout ce tableau n'oblige que la collectivité. Pour l'offrande d'un particulier, un seul cohen peut tout faire, sans payis - c'est la fin de notre michna.
Agneau, bélier, taureau : la même découpe en cinq lots, avec des effectifs qui suivent le poids.
1
הָהוּא דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Celui-là [ce tanna qui compte cinq payassot] n'est ni de l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov, ni de l'avis de Rabbi Yehouda.

🗂️ Tossefot (1)
הַהִיא דְּלָא כְּר' אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה כָּךְ הִיא הַגַּי' בְּכָל הַסְּפָרִים אֲבָל רַשִׁ"י מוֹחֲקָהּ וְגָרֵיס אֶלָּא כר"י וְגִירְסַת הַסְּפָרִים וּדְלֹא כְּר' יְהוּדָה נ"ל לְפָרֵשׁ וְהַתַּנְיָא י"ז פִּי' בְּכָל בֹּוקֶר הָיָה י"ז לְכָל הַפָּחוֹת וְלָא מַשְׁכַּחַת לָהּ אא"כ חָשַׁבְתְּ כָּל הַכֹּהֲנִים הַזּוֹכִין בְּכָל הַפְּיָיסוֹת דְּהַייְנוּ י"ג הַזּוֹכִין בְּתָמִיד וְחַד בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן וְחַד הַמַּעֲלֶה אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וּתְרֵי דִּקְטֹורֶת וּדְמַחְתָּה הֲרֵי י"ז וְהַייְנוּ דְּלָא כראב"י וּדְלָא כְּר' יְהוּדָה דלראב"י בְּצִיר לְהוּ חַד דְּמַעֲלֶה אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וְלֵר' יְהוּדָה בְּצִיר לְהוּ חַד דְּמַחְתָּה וּמַה שֶׁהִקְשָׁה רַשִׁ"י אַמַּאי קָאָמַר דְּלָא כְּר' יְהוּדָה נְהִי דְּלָא הֲוָה פַּיִיס לַמַּחְתָּה כֹּהֵן מִיהָא הֲוָה וא"כ אִיכָּא י"ז נ"ל דִּפְשִׁיטָא לֵיהּ לְהַשַּׁ"ס די"ז דְּקָאָמַר הַיְינוּ אוֹתָם שֶׁזּוֹכִין ע"י פַּייִס קָאָמַר דְּהָא אַכַּתִּי טוּבָא הָווּ הַמַּפְשִׁיט וְהַמְנַתֵּחַ וְהוֹלֶכֶת עֵצִים לַמַּעֲרָכָה וְאִי מִשּׁוּם דִּכְשֵׁירִין בְּזָר לָא חֲשִׁיב לְהוּ וְהָא קָא חֲשִׁיב שׁוֹחֵט אֶלָּא ע"כ לָא קָא חָשֵׁיב אֶלָּא הָנָךְ שֶׁזּוֹכִין ע"י פַּיִיס וּבַמַּחְתָּה לְרַבִּי יְהוּדָה לָא הֲוָה פַּיִיס כְּלָל כִּדְפָרֵישִׁית לְעֵיל וְגִירְסָא שֶׁבַּסְּפָרִים הִיא כפר"ח וְאֵין לְהַקְשׁוֹת מֵהָא דְּאָמַר לְעֵיל אִי מַשְׁכַּחַת תַּנָּא דְּאִית לֵיהּ חָמֵשׁ מַשְׁמַע דְּהַשַּׁ"ס לָא הֲוָה מַשְׁכַּח תַּנָּא דְּאִית לֵיהּ ה' פְּיָיסִין וְהָא תַּנָּא דְּהָכָא דְּאִית לֵיהּ י"ז אִית לֵיהּ ה' פְּייָסִין די"ל לְעֵיל אַכַּתִּי לֹא יָדַע לְהָא בָּרַיְיתָא דְּהָכָא:
Celle-là n'est ni selon Rabbi Eliezer ben Yaakov ni selon Rabbi Yehouda — telle est la leçon dans tous les livres, mais Rachi la biffe et lit « mais selon Rabbi Yehouda ». Quant à la leçon des livres, « et pas selon Rabbi Yehouda », il me semble qu'il faut l'expliquer ainsi. « Or n'a-t-on pas enseigné dix-sept ? » — cela veut dire que chaque matin il y avait au moins dix-sept cohanim, et on n'y parvient qu'en comptant tous les cohanim qui gagnent à l'ensemble des tirages : les treize qui gagnent au tamid, un pour la teroumat ha-dechen (le prélèvement des cendres), un qui monte les membres de la rampe à l'autel, deux pour la ketoret et pour la mahta — cela fait dix-sept. Et c'est là ni selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, ni selon Rabbi Yehouda : car pour Rabbi Eliezer ben Yaakov il en manque un, celui qui monte les membres de la rampe à l'autel, et pour Rabbi Yehouda il en manque un, celui de la mahta. Quant à l'objection de Rachi — pourquoi dire « pas selon Rabbi Yehouda », car même s'il n'y avait pas de payis pour la mahta, il y avait tout de même un cohen pour la faire, et cela ferait bien dix-sept — il me semble qu'il est évident pour le Talmud que les dix-sept dont il parle sont ceux qui gagnent par un payis. En effet, il y en aurait bien d'autres à compter : celui qui écorche, celui qui découpe, celui qui porte le bois au bûcher ; et si l'on ne les compte pas parce que ces tâches sont valables même par un zar (un non-cohen), voilà qu'on compte pourtant l'égorgeur ! Force est donc de dire qu'on ne compte que ceux qui gagnent par un tirage — et pour la mahta, selon Rabbi Yehouda, il n'y avait aucun tirage, comme je l'ai expliqué plus haut. La leçon des livres est aussi celle de Rabbenou Hananel. Et il ne faut pas objecter de ce qui a été dit plus haut, « si tu trouves un tanna qui en admet cinq », d'où il ressortirait que le Talmud ne connaissait pas de tanna soutenant cinq payassot, alors que le tanna d'ici, qui compte dix-sept, en soutient bel et bien cinq : on peut répondre que, plus haut, le Talmud ne connaissait pas encore cette baraita-ci.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur le reliquat de 26a. On y cherchait un tanna qui compterait cinq payassot (tirages au sort) au lieu des quatre de la michna. La réponse tombe ici : un tel tanna existerait bien, mais il paierait cher son cinquième tirage.

Le calcul est simple. Rabbi Yehouda supprime le payis de la mahta (l'encensoir à braises, qui accompagne la ketoret) ; Rabbi Eliezer ben Yaakov supprime celui qui fait monter les membres du kevech (la rampe) à l'autel. Un tanna qui garde les deux services et leur donne à chacun son tirage contredit donc simultanément l'un et l'autre : ve-lo ke-Rabbi Eliezer ben Yaakov ve-lo ke-Rabbi Yehouda.

Tossefot signale ici une divergence de leçon (guirsa) : tous les manuscrits portent bien cette double négation, mais Rachi la biffe et lit, plus bas (segment 11), ela ke-Rabbi Yehouda - mais selon Rabbi Yehouda. Retenir que les deux formules ne portent pas sur la même baraita : ici celle des cinq payassot, plus bas celle des dix-sept cohanim.

2
מַתְנִי׳ תָּמִיד קָרֵב בְּתִשְׁעָה, בַּעֲשָׂרָה, בְּאֶחָד עָשָׂר, בִּשְׁנַיִם עָשָׂר. לֹא פָּחוֹת וְלֹא יוֹתֵר. כֵּיצַד? עַצְמוֹ בְּתִשְׁעָה. בֶּחָג, בְּיַד אֶחָד צְלוֹחִית שֶׁל מַיִם — הֲרֵי כָּאן עֲשָׂרָה.

MICHNA. Le tamid est offert par neuf cohanim, par dix, par onze ou par douze — ni moins, ni plus.

Comment cela ? Lui-même [le tamid ordinaire] par neuf.

À la fête [de Souccot], un cohen a en main un flacon d'eau — cela fait ici dix.

📜 Rachi (4)
מַתְנֵי' תָּמִיד קָרֵב מִשְּׁעַת הוֹלָכַת אֵיבָרִים וְאֵילָךְ קָא חֲשִׁיב:
Le tamid est offert — il compte à partir du moment où l'on porte les membres [vers l'autel], et au-delà.
עַצְמוֹ בְּכָל יוֹם בְּתִשְׁעָה חֲמִשָּׁה לָאֵיבָרִים וְאֶחָד לַקְּרָבַיִם וְאֶחָד לַסֹּולֶת וְאֶחָד לְחָבִיתִין וְאֶחָד לְיַיִן וְהָא כר"א בֶּן יַעֲקֹב הִיא דְּלֵית לֵיהּ חַד לְהַעֲלוֹת מַכְבֵּשׁ לַמִּזְבֵּחַ:
Lui-même — chaque jour par neuf : cinq pour les membres, un pour les entrailles, un pour la fleur de farine, un pour les havitin et un pour le vin. Et ceci est selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui n'admet pas un cohen supplémentaire pour faire monter [les membres] de la rampe à l'autel.
בֶּחָג שֶׁצָּרִיךְ שְׁנֵי נְסָכִין אֶחָד שֶׁל יַיִן וְאֶחָד שֶׁל מַיִם:
À la fête — car il faut alors deux libations, une de vin et une d'eau.
בַּיָּד כֹּהֵן אֶחָד צְלוֹחִית אַחַת שֶׁל מַיִם:
En main — d'un seul cohen, un unique flacon d'eau.
💡 Explication

Cette michna est un exercice de comptage, et elle borne son propre résultat : lo pahot ve-lo yoter, jamais moins de neuf, jamais plus de douze. Rachi pose d'emblée la clef de lecture : le compte ne démarre pas à l'égorgement mais à la holakhat evarim, le portage des membres vers l'autel. Tout ce qui précède (égorgement, réception et aspersion du sang, nettoyage de la menora et de l'autel intérieur) appartient au second payis décrit plus haut dans le traité et n'entre pas dans ces neuf.

Le socle de neuf se décompose ainsi : cinq cohanim pour les cinq lots de chair, un pour les kerabayim (les entrailles), un pour la solet (la fleur de farine de la minha qui accompagne), un pour les havitin (la galette quotidienne du kohen gadol) et un pour le vin de la libation.

Rachi relève un point d'attribution décisif pour la suite : ce chiffre de neuf suppose déjà Rabbi Eliezer ben Yaakov, qui n'ajoute personne pour faire monter les membres de la rampe à l'autel. Notre michna, sur ce point précis, n'est donc pas neutre.

3
בֵּין הָעַרְבַּיִם בְּאַחַד עָשָׂר: הוּא עַצְמוֹ בְּתִשְׁעָה, וּשְׁנַיִם בְּיָדָם שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים. בְּשַׁבָּת בְּאֶחָד עָשָׂר: הוּא עַצְמוֹ בְּתִשְׁעָה, וּשְׁנַיִם בְּיָדָם שְׁנֵי בְּזִיכֵי לְבוֹנָה שֶׁל לֶחֶם הַפָּנִים. וּבְשַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג בְּיַד אֶחָד צְלוֹחִית שֶׁל מַיִם.

[Au tamid] de l'après-midi, par onze : lui-même par neuf, et deux qui portent en main deux bûches. Le Chabbat, par onze : lui-même par neuf, et deux qui portent en main les deux capsules d'encens du pain de proposition.

Et le Chabbat qui tombe pendant la fête, un cohen a en main un flacon d'eau [ce qui fait douze].

📜 Rachi (2)
בֵּין הָעַרְבַּיִם שֶׁבְּכָל יוֹם שְׁנַיִם בְּיָדָם שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים לְהוֹסִיף עַל עֲצֵי הַמַּעֲרָכָה לְהַרְבּוֹת' וּבַגְּמָרָא יָלֵיף לָהּ מִקְּרָא שֶׁבֵּין הָעַרְבַּיִם צָרִיךְ הַתָּמִיד שְׁנֵי גְזִירִין בִּשְׁנֵי כֹהֲנִים אֲבָל בְּשַׁחֲרִית לָא בָּעֵי סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין אֶלָּא בְּכֹהֵן אֶחָד דִּכְתִיב וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן:
De l'après-midi — car chaque jour, deux cohanim portent en main deux bûches, à ajouter au bois du bûcher pour l'étoffer ; et la Guemara le déduira d'un verset : le tamid de l'après-midi requiert deux bûches par deux cohanim, tandis qu'au matin l'agencement des deux bûches ne demande qu'un seul cohen, ainsi qu'il est écrit « et le cohen y fera brûler du bois ».
וּבְשַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג וְכוּ' הֲרֵי שְׁנֵים עָשָׂר:
Et le Chabbat qui tombe pendant la fête, etc. — cela fait donc douze.
💡 Explication

Deux ajouts distincts, qui ne se comptent pas au même moment de la journée. Les guezirei etsim (les deux bûches) accompagnent le tamid de l'après-midi, tous les jours de l'année ; les bazikhei levona (les deux capsules d'encens du le'hem ha-panim) se consument le Chabbat au matin, lorsqu'on remplace les pains de proposition.

Rachi anticipe déjà la Guemara des segments 5 à 8 : pourquoi deux bûches par deux cohanim le soir, alors qu'au matin un seul cohen suffit ? Parce que le verset du matin, ou-vier aleha ha-kohen etsim, est au singulier. La différence n'est pas de volume mais de texte.

C'est le cumul Chabbat + Souccot qui produit le douze, et il ne peut le produire qu'au matin : les capsules d'encens sont du matin, et - c'est ce que la Guemara va établir - la libation d'eau aussi.

4
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אַבָּא וְאִיתֵּימָא רָמֵי בַּר חָמָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין מְנַסְּכִין מַיִם בֶּחָג אֶלָּא בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר. מִמַּאי? מִדְּקָתָנֵי: וּבְשַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג בְּיַד אֶחָד צְלוֹחִית שֶׁל מַיִם. וְאִי סָלְקָא דַּעְתָּךְ בְּתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם מְנַסְּכִין, בַּחֹול נָמֵי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ.

GUEMARA. Rabbi Abba a dit — et certains disent que c'est Rami bar Hama, et certains disent que c'est Rabbi Yo'hanan : on ne verse la libation d'eau, à la fête [de Souccot], qu'au tamid du matin.

D'où cela ? De ce que la michna enseigne : « Et le Chabbat qui tombe pendant la fête, un cohen a en main un flacon d'eau. » Or si tu venais à penser qu'on verse aussi la libation au tamid de l'après-midi, on trouverait le cas [des douze cohanim] même en semaine.

📜 Rachi (1)
גְּמ' מִמַּאי מִדְּקָתָנֵי וּבְשַׁבָּת וְכוּ' מִכְּלָל דִּשְׁאָר יְמוֹת הֶחָג לֹא מָצָא שֶׁיִּטְעֹון שְׁנֵים עָשָׂר וְאִי אֲמַרְתְּ אַף בֵּין הָעַרְבַּיִם מְנַסְּכִין מַיִם בְּחוֹל שֶׁל כָּל יְמוֹת הֶחָג מַשְׁכַּחַת לָהּ י"ב בֵּין הָעַרְבַּיִם עַצְמוֹ בְּתִשְׁעָה וּשְׁנַיִם בְּיָדָן שְׁנֵי גְּזִירִין וְאֶחָד בְּיָדוֹ צְלוֹחִית שֶׁל מַיִם:
D'où cela ? De ce qui est enseigné, « et le Chabbat », etc. — il en ressort que, pour les autres jours de la fête, il n'a pas trouvé de cas exigeant douze cohanim. Or si tu disais qu'à l'après-midi aussi on verse l'eau, on trouverait douze en semaine, pendant tous les jours de la fête : à l'après-midi, le tamid lui-même par neuf, deux qui portent en main les deux bûches, et un qui tient le flacon d'eau.
💡 Explication

La démonstration est purement comptable, et elle procède par ce que la michna ne dit pas. Pour atteindre douze, la michna a dû empiler deux circonstances rares : le Chabbat et la fête. Si la libation d'eau avait lieu aussi l'après-midi, ce luxe serait inutile.

Il suffirait en effet d'un jour de Hol ha-Moed ordinaire, l'après-midi : neuf pour le tamid, deux pour les bûches (que l'on porte chaque jour à cette heure), un pour le flacon — soit douze, sans qu'aucun Chabbat n'intervienne. La michna aurait alors énoncé son maximum de la manière la plus simple. Puisqu'elle ne l'a pas fait, c'est que la combinaison était impossible.

Conclusion : ein menassekhin mayim ba-hag ela be-tamid chel chahar — on ne verse l'eau qu'au tamid du matin.

🖼️ Schéma
La preuve par le compte : l'eau ne se verse qu'au tamid du matin Rabbi Abba - ou Rami bar Hama, ou Rabbi Yo'hanan - lit la michna à l'envers : ce qu'elle ne dit pas. HYPOTHÈSE REJETÉE On verserait l'eau matin ET après-midi. Alors un simple mercredi de Hol ha-Moed : tamid de l'après-midi . . . . . . . . . . 9 + les deux bûches (chaque jour) . . . 2 + le flacon d'eau . . . . . . . . . . . . . 1 = 12, sans aucun Chabbat La michna aurait dit cela. Elle ne le dit pas. CE QUE DIT LA MICHNA Son seul douze : le Chabbat DANS la fête. Et c'est un matin : tamid du matin . . . . . . . . . . . . . 9 + 2 capsules d'encens (Chabbat) . 2 + le flacon d'eau . . . . . . . . . . . . 1 = 12, et il a fallu le Chabbat Donc l'eau ne coule que le matin. La confirmation de Rav Achi : af anan nami tanina, nous aussi l'avons appris On disait au verseur : lève ta main - depuis qu'un tsedouki versa l'eau sur ses pieds au lieu du bassin, et que tout le peuple le lapida à coups d'etroguim. Pourquoi les etroguim prouvent quelque chose Rachi : si la michna prend la peine de dire avec quoi le peuple a lapidé, c'est que le détail enseigne. On n'a son etrog en main qu'à l'heure du loulav, le matin. La foule était donc là le matin : le nissoukh aussi.
La preuve par le compte : le douze de la michna exige un Chabbat, donc l'eau ne coule que le matin.
5
אָמַר רַב אַשִּׁי, אַף אֲנַן נָמֵי תְּנֵינָא: וְלַמְּנַסֵּךְ אוֹמֵר לוֹ ״הַגְבַּהּ יָדֶיךָ״, שֶׁפַּעַם אַחַת נִסֵּךְ עַל גַּבֵּי רַגְלָיו, וּרְגָמוּהוּ כָּל הָעָם בְּאֶתְרוֹגֵיהֶן. שְׁמַע מִינָּה.

Rav Achi a dit : nous aussi, nous l'avons appris [dans une autre michna]. « Et à celui qui verse [la libation], on lui dit : lève ta main » — car une fois, quelqu'un versa [l'eau] sur ses pieds, et tout le peuple le lapida avec ses etroguim.

Apprends-en [que la libation d'eau n'a lieu que le matin].

📜 Rachi (2)
וְלַמְנַסֵּךְ אֶת הַמַּיִם אוֹמֵר לוֹ הַגְבַּהּ יָדֶךָ וְנִרְאֶה שֶׁתְּעָרֶה הַצְּלוֹחִית לְתוֹךְ סֵפֶל שֶׁל כֶּסֶף שֶׁעַל הַמִּזְבֵּחַ שֶׁהוּא נָקוּב כְּמִין חֹוטֶם דַּק שֶׁהַיַּיִן מְקַלֵּחַ וְיוֹצֵא בּוֹ וְהוּא הַנִּיסּוּךְ שֶׁפַּעַם אַחַת נִסֵּךְ עַל רַגְלָיו לֹא עֵירָה הַצְּלוֹחִית לְתוֹךְ הַסֵּפֶל וְשָׁפַךְ הַמַּיִם עַל רַגְלָיו לְפִי שֶׁהָיָה צָדוֹקִי וְאֵינוֹ מוֹדֶה בְּנִיסּוּךְ הַמַּיִם:
Et à celui qui verse l'eau, on lui dit : lève ta main — il semble qu'il devait vider le flacon dans le bassin d'argent qui se trouvait sur l'autel, percé à la manière d'un fin museau par lequel le liquide s'écoule et sort : c'est cela, la libation. « Car une fois, il versa sur ses pieds » : il ne vida pas le flacon dans le bassin, mais répandit l'eau sur ses pieds, parce qu'il était tsedouki (sadducéen) et n'admettait pas la libation d'eau.
בְּאֶתְרוֹגֵיהֶן לָמָּה לִי לְמִיתְנֵי בְּאֶתְרוֹגֵיהֶן אִם לֹא בָּא לְלַמְּדֵנוּ שֶׁנִּיסּוּךְ הַמַּיִם אֵינוֹ אֶלָּא בִּשְׁעַת נְטִילַת לוּלָב:
Avec leurs etroguim — pourquoi enseigner « avec leurs etroguim », sinon pour nous apprendre que la libation d'eau n'a lieu qu'à l'heure où l'on prend le loulav [c'est-à-dire le matin] ?
💡 Explication

Af anan nami tanina — « nous aussi, nous l'avons appris » : Rav Achi produit une seconde preuve, tirée cette fois d'un détail narratif. La michna de Souca rapporte qu'on enjoignait au cohen de lever la main, afin que la foule voie l'eau tomber dans le bassin d'argent percé ménageant l'écoulement sur l'autel.

L'origine de cette exigence est un scandale : un cohen tsedouki (sadducéen), qui ne reconnaissait pas la libation d'eau — absente du texte écrit et fondée sur la halakha le-Moche mi-Sinaï — versa ostensiblement l'eau sur ses pieds. La foule le lapida avec ses etroguim.

Rachi dégage la force probante du détail : la michna n'avait aucun besoin de préciser l'arme. Si elle le fait, c'est que l'etrog est significatif — or on ne tient son etrog qu'à l'heure de la netilat loulav, le matin. La foule était donc rassemblée le matin, et c'est bien alors que la libation avait lieu.

6
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי אוֹמֵר: מִנַּייִן לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם שֶׁטָּעוּן שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים בִּשְׁנֵי כֹהֲנִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעָרְכוּ עֵצִים״, אִם אֵינוֹ עִנְיָן לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר דִּכְתִיב: ״וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן עֵצִים בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר וְעָרַךְ עָלֶיהָ״, תְּנֵיהוּ עִנְיָן לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם.

Il a été enseigné : Rabbi Chimon ben Yohai dit — d'où sait-on que le tamid de l'après-midi requiert deux bûches par deux cohanim ? De ce qu'il est dit : « et ils disposeront du bois » (Lévitique 1,7).

Si ce n'est pas à propos du tamid du matin — puisqu'il est écrit à son sujet « et le cohen y fera brûler du bois, matin après matin, et il disposera dessus » (Lévitique 6,5) — applique-le au tamid de l'après-midi.

💡 Explication

Le procédé est un classique de la deracha : im eno inyan, « si ce n'est pas à propos de ceci, applique-le à cela ». Un verset qui ne peut plus rien enseigner la où il se trouve n'est pas pour autant vide : on le transporte vers le seul objet où il garde un sens.

Deux données sont mises face à face. Lévitique 6,5 traite explicitement du matin — ba-boker ba-boker — et emploie un verbe au singulier, ou-vier : un cohen. Lévitique 1,7 dit ve-arkhou etsim, au pluriel — donc deux cohanim — mais sans indiquer d'heure.

Le pluriel ne peut pas servir pour le matin, déjà pourvu. Il est donc réaffecté à l'unique autre tamid de la journée : celui de bein ha-arbayim, l'après-midi. Ce qui fonde exactement la michna du segment précédent.

7
וְאֵימָא אִידֵּי וְאִידֵּי בְּתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְאָמַר רַחֲמָנָא: עֲבִיד וַהֲדַר עֲבִיד! אִם כֵּן, נֵימָא קְרָא ״וּבִעֵר״ ״וּבִעֵר״.

Mais dis donc que l'un et l'autre [verset] visent le tamid du matin, et que le Miséricordieux a dit : fais-le, puis refais-le ! — Si c'était ainsi, que le verset dise « ou-vier », puis « ou-vier » [deux fois le même verbe].

💡 Explication

Première tentative pour désamorcer la deracha. Rien n'oblige à chercher un second moment de la journée : les deux versets pourraient décrire deux opérations successives du même matin — on dispose une première fois, puis on recommence.

La Guemara refuse, et son argument porte sur le style, non sur le fond : pour dire « fais, puis refais », la Torah aurait répété le même verbe. Une répétition se marque par une identité, pas par une variation.

8
אִי כְּתַב רַחֲמָנָא ״וּבִעֵר״, הֲוָה אֲמִינָא חַד — אִין, תְּרֵי — לָא, קָא מַשְׁמַע לַן דְּנַעְבֵּיד חַד וְנַעְבֵּיד תְּרֵי!

Si le Miséricordieux avait écrit « ou-vier » [les deux fois], j'aurais dit : un [cohen], oui ; deux, non. Il nous apprend donc [par ce changement] qu'on en fasse un [la première fois] et qu'on en fasse deux [la seconde] !

💡 Explication

Riposte de la tentative précédente : le changement de verbe ne prouve pas un changement d'heure, il prouve un changement d'effectif. Si la Torah avait écrit deux fois ou-vier, au singulier, on aurait compris que chaque tour se fait par un seul cohen. En passant au pluriel ve-arkhou, elle enseigne que le second tour, toujours matinal, se fait à deux.

Rachi détaille la scène ainsi reconstituée : un cohen dispose ses deux bûches, puis deux autres cohanim viennent en apporter deux de plus — le tout avant midi. L'objection est solide, et il va falloir un argument plus fin pour la lever.

9
אִם כֵּן, נֵימָא קְרָא: ״וּבִעֵר״ ״וּבָעֲרוּ״, אִי נָמֵי: ״וְעָרַךְ״ ״וְעָרְכוּ״, מַאי ״וּבִעֵר״ ״וְעָרְכוּ״? שְׁמַע מִינַּהּ כִּדְקָא אָמְרִינַן.

S'il en était ainsi, que le verset dise « ou-vier » [singulier] puis « ou-vaarou » [pluriel] ; ou bien « ve-arakh » puis « ve-arkhou ». Que vient donc faire « ou-vier » [d'un côté] et « ve-arkhou » [de l'autre] ?

Apprends-en qu'il en est comme nous l'avons dit.

📜 Rachi (2)
[וְאֵימָא] דִּנְעַבֵּיד כֹּהֵן אֶחָד יְסַדֵּר שְׁנֵי גְּזִירִין בַּבֹּקֶר דִּכְתִיב וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן וּנְעַבֵּיד תְּרֵי שׁוּב יָבִיאוּ שְׁנֵי כֹּהֲנִים לַעֲשׂוֹת שְׁנֵי גְּזִירֵיהֶן עוֹד בַּבֹּקֶר כְּדִכְתִיב וְעָרְכוּ שְׁנַיִם:
« Et dis donc qu'on en fasse » — un seul cohen disposera deux bûches le matin, ainsi qu'il est écrit « et le cohen y fera brûler » ; « et qu'on en fasse deux » — ensuite, deux cohanim viendront apporter leurs deux bûches, encore le matin, ainsi qu'il est écrit « et ils disposeront », soit deux.
וּבִעֵר וּבָעֲרוּ יִכְתֹּוב שְׁנֵיהֶן בְּלָשׁוֹן אֶחָד:
« Ou-vier », « ou-vaarou » — qu'il écrive les deux avec le même verbe.
💡 Explication

Le coup de grâce est un argument d'économie de moyens. Pour signaler seulement un passage de un à deux cohanim, il suffisait de conjuguer la même racine à deux personnes différentes : ou-vier / ou-vaarou, ou bien ve-arakh / ve-arkhou. Le nombre aurait varié, la racine serait restée.

Or le texte fait varier les deux à la fois : la racine b-'-r (brûler, alimenter le feu) d'un côté, la racine '-r-kh (disposer, ordonner) de l'autre. Un changement de trop, qui doit enseigner quelque chose de plus qu'un simple effectif.

Ce quelque chose, c'est le moment. Deux verbes distincts désignent deux services distincts : l'un le matin, l'autre l'après-midi. Chema mina ki-de-ka amrinan — apprends-en qu'il en est comme nous l'avons dit.

10
תָּנֵי רַבִּי חַייָּא: פַּיִיס פְּעָמִים שְׁלֹשָׁה עָשָׂר, פְּעָמִים אַרְבָּעָה עָשָׂר, פְּעָמִים חֲמִשָּׁה עָשָׂר, פְּעָמִים שִׁשָּׁה עָשָׂר.

Rabbi Hiya a enseigné : le payis [en désigne] tantôt treize, tantôt quatorze, tantôt quinze, tantôt seize.

📜 Rachi (4)
פְּעָמִים י"ג כֹּהֲנִים עֲסוּקֵין בַּעֲבוֹדַת הַתָּמִיד כְּדִתְנַן בְּמָתְנֵי' בְּפַיִיס שֵׁנִי י"ג כֹּהֲנִים זוֹכִין בּוֹ:
Tantôt treize — [c'est-à-dire] des cohanim occupés au service du tamid, comme il est enseigné dans notre michna : au second payis, treize cohanim y gagnent.
פְּעָמִים י"ד בֶּחָג בְּיַד אֶחָד צְלוֹחִית שֶׁל מַיִם:
Tantôt quatorze — à la fête, avec un cohen tenant en main le flacon d'eau.
פְּעָמִים ט"ו בְּשַׁבָּת:
Tantôt quinze — le Chabbat [avec les deux capsules d'encens].
פְּעָמִים שִׁשָּׁה עָשָׂר בְּשַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הֶחָג:
Tantôt seize — le Chabbat qui tombe pendant la fête.
💡 Explication

Rabbi Hiya reprend le même décompte que la michna, mais sous un autre angle : non plus les cohanim présents au tamid, mais ceux qui gagnent au second payis. Le chiffre de base est celui de la michna vue plus haut dans le traité : treize services attribués au deuxième tirage.

Les trois augmentations suivent exactement la logique du tableau précédent : quatorze à Souccot (le flacon d'eau), quinze le Chabbat (les deux capsules d'encens comptent pour deux), seize lorsque le Chabbat tombe dans la fête.

Noter l'écart de périmètre entre les deux comptes — neuf à douze dans la michna, treize à seize ici — : ils ne partent pas du même point. La michna compte à partir du portage des membres, Rabbi Hiya inclut l'égorgement, le sang, la menora et l'autel intérieur.

11
וְהַתַּנְיָא שִׁבְעָה עָשָׂר!

Mais n'a-t-on pas enseigné [dans une baraita] dix-sept ?

📜 Rachi (1)
הָכִי גָּרְסִינַן וְהָא תַּנְיָא שִׁבְעָה עָשָׂר הַהוּא דְּלָא כְּר"א בֶּן יַעֲקֹב אֶלָּא כְּר' יְהוּדָה הַהוּא תַּנָּא אִית לֵיהּ עוֹד כֹּהֵן אֶחָד הַמַּעֲלֶה אֵיבָרִים מִן הַכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וַהֲרֵי כָּאן י"ז דְּלָא כר"א בֶּן יַעֲקֹב אֶלָּא כְּרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר לֹא הָיָה פַּיִיס לַמַּחְתָּה וְעַל כָּרְחֲךָ לֵית לֵיהּ דר"א בֶּן יַעֲקֹב דְּאִם כֵּן בָּצְרִי לְהוּ פְּיָיסוֹת כִּדְאָמְרִינַן לְעֵיל וְהֻוצְרַךְ לוֹ כֹּהֵן מִן הַכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ וַאֲנִי שְׁמַעְתִּיהָ בִּלְשׁוֹנוֹת אֲחֵרוֹת וְאִי אֶפְשָׁר לְהַעֲמִידָהּ וְאִי שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה לֹא הָיָה פַּיִיס לַמַּחְתָּה לָא שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּאָמַר לֹא הָיָה כֹּהֵן לַמַּחְתָּה אֶלָּא הֲרֵי הוּא אוֹמֵר כֹּהֵן שֶׁזָּכָה בִּקְטֹורֶת אוֹמֵר לָזֶה שֶׁעוֹמֵד אֶצְלוֹ זְכֵה עִמִּי בַּמַּחְתָּה אֲבָל ר"א בֶּן יַעֲקֹב שָׁמְעִינַן לֵיהּ דְּאָמַר לֹא הָיָה כֹּהֵן לְהַעֲלוֹת אֵיבָרִים מִכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ אֲבָל הֵן עַצְמָם שֶׁהֶעֱלוּם לַכֶּבֶשׁ הָיוּ מַעֲלִין לַמִּזְבֵּחַ:
Voici notre leçon : « Or n'a-t-on pas enseigné dix-sept ? — Celui-là n'est pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, mais selon Rabbi Yehouda » — ce tanna admet encore un cohen de plus, celui qui monte les membres de la rampe à l'autel, ce qui fait ici dix-sept ; et ce n'est pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, mais selon Rabbi Yehouda, qui dit qu'il n'y avait pas de tirage pour la mahta. Et force est de dire qu'il n'est pas de l'avis de Rabbi Eliezer ben Yaakov, car sinon les tirages seraient en nombre insuffisant, comme nous l'avons dit plus haut ; il lui a donc fallu un cohen [de plus] pour aller de la rampe à l'autel. Je l'ai entendu enseigner selon d'autres leçons, mais il est impossible de les tenir. Et si nous avons bien entendu Rabbi Yehouda dire qu'il n'y avait pas de tirage pour la mahta, nous ne l'avons pas entendu dire qu'il n'y avait pas de cohen pour la mahta — au contraire, il dit : le cohen qui a gagné la ketoret dit à celui qui se tient à côté de lui, gagne avec moi la mahta. Tandis que de Rabbi Eliezer ben Yaakov, nous avons bien entendu qu'il dit qu'il n'y avait pas de cohen [distinct] pour monter les membres de la rampe à l'autel, mais que ceux-là mêmes qui les avaient montés jusqu'à la rampe les montaient à l'autel.
💡 Explication

Une baraita monte à dix-sept. L'écart d'une unité avec le maximum de Rabbi Hiya n'est pas un détail de comptable : il révèle une prise de position.

Rachi identifie l'unité supplémentaire : le cohen qui fait monter les membres du kevech (la rampe) au sommet de l'autel. C'est précisément le service que Rabbi Eliezer ben Yaakov refuse d'attribuer à un homme distinct — chez lui, ceux qui ont porté les membres jusqu'à la rampe les montent eux-mêmes.

La suite de la glose de Rachi vaut d'être lue pour sa méthode : il refuse d'imputer à Rabbi Yehouda qu'il n'y aurait aucun cohen pour la mahta — Rabbi Yehouda dit seulement qu'il n'y a pas de tirage pour elle, le gagnant de la ketoret desigant lui-même son voisin. Chez Rabbi Eliezer ben Yaakov en revanche, c'est bien le cohen qui disparaît, pas seulement le tirage. Cette asymétrie commande toute la lecture des chiffres.

12
הָהִיא דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב, אֶלָּא כְּרַבִּי יְהוּדָה.

Cette baraita-là n'est pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, mais selon Rabbi Yehouda.

📜 Rachi (1)
דְּלָא כר"א בֶּן יַעֲקֹב וּדְלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה דַּחֲשִׁיב פַּייִס לַמַּחְתָּה דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה וּפַייִס דְּמִן הַכֶּבֶשׁ לַמִּזְבֵּחַ דְּלָא כְּר"א בֶּן יַעֲקֹב:
« Ni selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, ni selon Rabbi Yehouda » — parce qu'elle compte un tirage pour la mahta, ce qui n'est pas selon Rabbi Yehouda, et un tirage pour aller de la rampe à l'autel, ce qui n'est pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov.
💡 Explication

La réponse tient en une phrase, mais elle s'appuie sur la règle établie par Rava en 26a : Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer ben Yaakov ne peuvent pas s'accorder. Chacun supprime un tirage, mais pas le même ; s'ils convergeaient, il ne resterait que trois payassot, alors que la michna en compte quatre.

Dès lors, la disjonction est complète : dire d'une baraita qu'elle n'est pas selon Rabbi Eliezer ben Yaakov, c'est dire qu'elle est selon Rabbi Yehouda. Il n'y a pas de troisième voie.

La glose de Rachi rattachée ici porte en réalité sur la formule d'ouverture du daf (le tanna des cinq payassot), et elle en donne la raison exacte : ce tanna compte un tirage pour la mahta — contre Rabbi Yehouda — et un tirage pour la rampe à l'autel — contre Rabbi Eliezer ben Yaakov.

🖼️ Schéma
Seize ou dix-sept ? Ce que le chiffre trahit sur l'opinion du tanna Un nombre de cohanim n'est jamais neutre : il dit lequel des services a reçu, ou non, son propre homme. Rabbi Hiya : 13 - 14 - 15 - 16 13 le second payis, jour ordinaire 14 + le flacon d'eau, à Souccot 15 + les deux capsules d'encens, le Chabbat 16 Chabbat dans la fête : l'eau et les capsules Il s'arrête à 16 : personne pour la rampe Ceux qui ont porté les membres jusqu'au kevech les montent eux-mêmes à l'autel. = Rabbi Eliezer ben Yaakov. La baraita : 17 Les 16 de Rabbi Hiya + 1 cohen qui monte les membres du kevech (la rampe) jusqu'au sommet de l'autel Ce cohen-là, R. Eliezer ben Yaakov le refuse. Donc la baraita n'est pas de son avis. Et comme les deux avis s'excluent (Rava, 26a), ne pas être REBY, c'est être Rabbi Yehouda. Le levier du raisonnement, hérité de 26a Rabbi Yehouda supprime le payis de la mahta (l'encensoir à braises) ; R. Eliezer ben Yaakov supprime celui de la rampe à l'autel. Chacun en enlève un - mais pas le même. S'ils s'accordaient, il ne resterait que trois payassot, alors que la michna en compte quatre. Ils sont donc nécessairement en désaccord. Le cas d'ouverture du daf : le tanna qui compte CINQ payassot Celui-là garde à la fois le payis de la mahta et celui de la rampe à l'autel : il contredit les deux à la fois. D'où la formule : ni selon R. Eliezer ben Yaakov, ni selon Rabbi Yehouda. Tossefot maintient cette leçon ; Rachi la biffe ici et lit, dans la réponse d'en bas, mais selon Rabbi Yehouda.
Seize contre dix-sept : comment un chiffre de cohanim révèle l'opinion tannaitique qui le soutient.
13
מַתְנִי׳ אַיִל קָרֵב בְּאַחַד עָשָׂר: הַבָּשָׂר בַּחֲמִשָּׁה, הַקְּרָבַיִים וְהַסֹּולֶת וְהַיַּיִן בִּשְׁנַיִם שְׁנַיִם. פַּר קָרֵב בְּעֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה: הָרֹאשׁ וְהָרֶגֶל, הָרֹאשׁ בְּאֶחָד וְהָרֶגֶל בִּשְׁנַיִם. הָעֹוקֶץ וְהָרֶגֶל, הָעֹוקֶץ בִּשְׁנַיִם וְהָרֶגֶל בִּשְׁנַיִם. הֶחָזֶה וְהַגֵּרָה, הֶחָזֶה בְּאֶחָד וְהַגֵּרָה בִּשְׁלֹשָׁה. שְׁתֵּי יָדַיִם בִּשְׁנַיִם, וּשְׁתֵּי דְּפָנוֹת בִּשְׁנַיִם, הַקְּרָבַיִים וְהַסֹּולֶת וְהַיַּיִן בִּשְׁלֹשָׁה שְׁלֹשָׁה.

MICHNA. Le bélier est offert par onze : la chair par cinq ; les entrailles, la fleur de farine et le vin, par deux chacun.

Le taureau est offert par vingt-quatre : la tête et la patte — la tête par un, la patte par deux ; le croupion et la patte — le croupion par deux, la patte par deux ; la poitrine et la gorge — la poitrine par un, la gorge par trois ; les deux membres antérieurs par deux, et les deux flancs par deux ; les entrailles, la fleur de farine et le vin, par trois chacun.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' הַבָּשָׂר בַּחֲמִשָּׁה כְּכֶבֶשׂ הַתָּמִיד:
La chair par cinq — comme pour l'agneau du tamid.
הַסֹּולֶת שְׁנֵי עֶשְׂרוֹנִים הָיָה וּשְׁנֵי כֹּהֲנִים:
La fleur de farine — elle était de deux issarons, d'où deux cohanim.
🗂️ Tossefot (1)
פָּר קָרֵב בכ"ד הָרֹאשׁ וְהָרֶגֶל כּוּ' קָשֶׁה לִי דְּהָכָא לָא חֲשִׁיב לֹא כְּדֶרֶךְ הִילּוּכוֹ וְלֹא כְּדֶרֶךְ נִיתּוּחוֹ וְלֹא כְּדֶרֶךְ עִילּוּיוֹ וְלֹא כְּדֶרֶךְ הֶפְשֵׁטוֹ וְאֵינִי יוֹדֵעַ אֵיזֶה סֵדֶר תָּפַס לוֹ ונ"ל מִשּׁוּם דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ לְמִיתְנֵי הָרֹאשׁ וְהָרֶגֶל בְּרֵישָׁא וְקָתָנֵי בְּהוּ הָרֶגֶל בִּשְׁנַיִם נְקַט נָמֵי הָרֶגֶל שֶׁל שְׂמֹאל בִּשְׁנַיִם וְקָתָנֵי הָעֹוקֶץ בַּהֲדֵיהּ וְאַקֳּדָמֵיהּ מִשּׁוּם דִּבְרֵישָׁא נָמֵי גַּבֵּי טָלֶה תְּנִינְהוּ בַּהֲדֵי הֲדָדֵי לְעֹוקֶץ וְרֶגֶל שְׂמֹאל וְכֵיוָן דִּתְנָא לְהָנָךְ דְּלָא סַגִּי לָהּ בְּחַד כֹּהֵן תַּנָּא נָמֵי הַגֵּרָה שֶׁהוּא בַּג' וְכֵיוָן דְּבָעֵי לְמִיתְנֵי הַגֵּרָה תְּנָא בַּהֲדֵיהּ הֶחָזֶה וְאַקְּדָמֶיהָ כִּי הֵיכִי דְּקָתָנֵי גַּבֵּי טָלֶה וַהֲדַר תְּנָא הָנָךְ דְּלֵית לְכָל חַד וְחַד אֶלָּא חַד כֹּהֵן וְקָתָנֵי לְהוּ בְּסִידְרָא דְּרֵישָׁא ב' יָדוֹת וּב' דְּפָנוֹת:
« Le taureau est offert par vingt-quatre : la tête et la patte, etc. » — cela me fait difficulté, car ici la michna ne suit ni l'ordre de la marche de l'animal, ni l'ordre du découpage, ni l'ordre de la valeur, ni l'ordre de l'écorchement, et je ne sais quel ordre elle s'est donné. Il me semble que, devant enseigner « la tête et la patte » en tête de liste, et y enseigner que la patte est portée par deux, elle a pris aussi la patte gauche, portée par deux, et a enseigné le croupion avec elle — qu'elle a placé en premier parce qu'au début, à propos de l'agneau, on avait déjà enseigné ensemble le croupion et la patte gauche. Et puisqu'elle avait enseigné ces membres-là, qui ne se suffisent pas d'un seul cohen, elle a aussi enseigné la gorge, qui en demande trois ; et puisqu'elle devait enseigner la gorge, elle a enseigné la poitrine avec elle, en la plaçant en premier comme on l'enseigne à propos de l'agneau. Puis elle a enseigné ceux qui n'ont chacun qu'un seul cohen, et elle les enseigne dans l'ordre du début : les deux membres antérieurs et les deux flancs.
💡 Explication

La michna passe de l'agneau du tamid a des bêtes plus lourdes, en conservant la même découpe en cinq lots : tête et patte droite, croupion et patte gauche, poitrine et gorge, les deux membres antérieurs, les deux flancs. Ce qui change n'est pas le rite mais l'effectif : plus la pièce pèse, plus il faut de bras.

Pour le bélier, la chair reste à cinq cohanim ; seuls les accompagnements doublent (deux issarons de farine, un tiers de hin de vin — d'où deux cohanim chacun). Total : onze. Pour le taureau, la chair passe à quinze — la gorge seule en réclame trois — et les accompagnements à trois chacun. Total : vingt-quatre.

Tossefot avoue ici son embarras : l'ordre d'énumération ne suit ni la marche de l'animal, ni l'ordre du découpage, ni la valeur des morceaux, ni l'écorchement. Sa solution est d'ordre rédactionnel : la michna groupe d'abord les lots qui exigent plusieurs cohanim, puis ceux qui n'en demandent qu'un, en calquant pour ces derniers l'ordre déjà donné pour l'agneau.

14
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּקָרְבְּנוֹת צִיבּוּר. אֲבָל בְּקָרְבַּן יָחִיד, אִם רָצָה לְהַקְרִיב — מַקְרִיב. הֶפְשֵׁיטָן וְנִיתּוּחָן שֶׁל אֵלּוּ וְאֵלּוּ שָׁוִין.

Dans quel cas cela est-il dit ? Pour les offrandes de la collectivité.

Mais pour l'offrande d'un particulier, si [un cohen] veut l'offrir [à lui seul], il l'offre. L'écorchement et le découpage des unes et des autres sont semblables.

📜 Rachi (3)
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים דְּבָעֵינַן כָּל הָנֵי כֹּהֲנִים לְכָל בְּהֵמָה וּבָעֵינַן פִּיֵּס:
Dans quel cas cela est-il dit — [à savoir] qu'il faut tous ces cohanim pour chaque bête, et qu'il faut un payis.
אִם רָצָה לְהַקְרִיב כֹּהֵן יָחִיד אֶת הַכֹּל וּבְלֹא פַּיִיס:
S'il veut offrir — un cohen seul peut faire le tout, et sans tirage.
הֶפְשֵׁיטָן וְנִיתּוּחָן שֶׁל צִיבּוּר וְשֶׁל יָחִיד שָׁוִין לִהְיוֹת כְּשֵׁירִין בְּזָר וְהָכִי מְפָרֵשׁ בַּגְּמָרָא:
Leur écorchement et leur découpage — ceux de la collectivité et ceux du particulier sont semblables en ce qu'ils sont valables même faits par un zar (un non-cohen) ; c'est ainsi que la Guemara l'explique.
💡 Explication

La michna délimite la portée de tout ce qui précède. Ces effectifs contraignants, et le payis qui les distribue, ne valent que pour les korbenot tsibour (les offrandes de la collectivité), où l'honneur du service public commande la multitude — be-rov am hadrat melekh.

Pour le korban yahid, l'offrande d'un particulier, la logique s'inverse : un seul cohen peut tout accomplir, et sans aucun tirage. Rachi le précise sur les deux points à la fois — et le tout, et sans payis.

La dernière phrase annonce la Guemara : hefchet (l'écorchement) et nitouah (le découpage) sont semblables dans les deux cas. Semblables en quoi ? La Guemara répond aussitôt : en ce qu'ils sont valables même accomplis par un zar, un non-cohen.

15
גְּמ׳ תַּנָּא: הֶפְשֵׁיטָן וְנִיתּוּחָן שָׁוִין בְּזָר.

GUEMARA. Il a été enseigné : leur écorchement et leur découpage sont semblables [en ce qu'ils sont valables même accomplis] par un zar.

💡 Explication

La Guemara comble aussitôt l'ellipse de la michna. « Semblables » ne veut pas dire semblables entre eux dans leur procédure, mais semblables quant à la qualification de celui qui les accomplit : ni pour le particulier ni pour la collectivité ces deux actes ne comptent parmi les avodot réservées aux cohanim.

La conséquence est directe sur les comptes du daf : si l'écorchement et le découpage ne requièrent pas la kehouna, ils n'entrent pas dans les listes de cohanim ni dans les payassot — un point que Tossefot exploitait déjà au premier segment.

16
אָמַר חִזְקִיָּה: מִנַּיִין לְהֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ שֶׁשָּׁוֶה בְּזָר? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָתְנוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הַכֹּהֵן אֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ״, נְתִינַת אֵשׁ בָּעֲיָא כְּהֻונָּה, הֶפְשֵׁט וְנִיתּוּחַ לָא בָּעֲיָא כְּהֻונָּה.

Hizkiya a dit : d'où sait-on que l'écorchement et le découpage sont semblables [en ce qu'ils sont valables] par un zar ? De ce qu'il est dit : « Et les fils d'Aharon le cohen mettront du feu sur l'autel » (Lévitique 1,7) — la mise du feu requiert la kehouna [le sacerdoce], l'écorchement et le découpage ne requièrent pas la kehouna.

💡 Explication

La preuve de Hizkiya repose sur un silence encadré. Lévitique 1 nomme explicitement les bnei Aharon à l'étape du sang (v. 5), à celle du feu (v. 7) et à celle du placement des morceaux sur le bûcher (v. 8). Entre les deux, le verset 6 — « il écorchera l'holocauste et le découpera en ses morceaux » — ne nomme personne.

Ce n'est donc pas une omission, c'est un contraste : la Torah sait nommer le cohen quand elle l'exige, et ne le fait pas ici. La règle se lit dans l'écart entre deux versets voisins.

Le daf se clôt ainsi sur une frontière nette : ce qui touche à l'autel — sang, feu, agencement — appartient au cohen ; ce qui relève de la préparation matérielle de la bête peut être fait par n'importe qui. Une conclusion qui prolonge exactement la michna : l'offrande du particulier et celle de la collectivité se rejoignent là où la kehouna n'est pas en jeu.

🖼️ Schéma
Où s'arrête le zar ? La preuve de Hizkiya tient dans un silence Lévitique 1 nomme les fils d'Aharon à chaque étape - sauf à une. C'est cette absence qui légifère. v. 5a ve-chahat et ben ha-bakar - il égorgera le taureau Sujet impersonnel, aucun cohen nommé. La chehita est valable par un zar - règle admise ailleurs. zar : oui v. 5b ve-hikrivou BNEI AHARON ha-kohanim et ha-dam - recueil et aspersion du sang Le verset nomme explicitement les fils d'Aharon. kehouna v. 6 ve-hifchit et ha-ola ve-nitah otah li-netaheha - il écorchera et découpera Aucun cohen n'est nommé. Le verset est encadré par deux versets qui, eux, les nomment. Le contraste est voulu : hefchet et nitouah ne demandent pas la kehouna. zar : oui notre daf v. 7 ve-natnou BNEI AHARON ha-kohen ech al ha-mizbeah - ils mettront le feu sur l'autel Retour des fils d'Aharon : c'est le verset que cite Hizkiya. kehouna v. 8 ve-arkhou BNEI AHARON ha-kohanim et ha-netahim - ils disposeront les morceaux Encore eux. Le portage des morceaux au bûcher exige donc, lui aussi, un cohen. kehouna La conséquence pratique dans notre michna Si l'écorchement et le découpage n'exigent pas la kehouna, ils n'entrent pas dans les comptes de cohanim ni dans les payassot - et rien ne distingue, sur ce point, l'offrande du particulier de celle de la collectivité.
Lévitique 1 verset par verset : la kehouna est nommée partout sauf au verset 6, et c'est cette absence qui légifère.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).