Yoma 27b -- le bûcher et les deux bûches : à quelles conditions un geste du Temple est-il un vrai service.

Yoma 27b

Sougya : Le daf s'ouvre en achevant la sougya de 27a -- les six cohanim du verset valent pour l'agneau du tamid, seule offrande à exiger un bûcher neuf chaque matin -- puis change entièrement de sujet. Rabbi Yo'hanan enseigne qu'un zar, un non-cohen, qui dresse le bûcher sur l'autel est passible de mort ; Rabbi Zeira objecte qu'un geste accompli de nuit ne saurait être une vraie avoda.

La Guemara cherche alors un cas où nuit et interdiction au zar coexistent : la combustion des membres et des graisses, puis le prélèvement des cendres. Les deux sont écartés par requalification -- l'un est la fin du jour précédent, l'autre le début du jour à venir -- et l'objection reste entière.

L'énoncé lui-même est donc corrigé : Rabbi Yo'hanan parlait de la pose des deux bûches, service de jour d'après Lévitique 6,5. Rava attaque à son tour -- un tel service devrait requérir un payis, un tirage au sort ; une baraita répond qu'il est attribué avec le prélèvement des cendres.

De là naît un escalier de trois questions où le critère du payis se resserre à chaque fois : le jour, puis la peine encourue par le zar, puis le rang du service, la chehita étant tirée au sort parce qu'elle ouvre la journée bien qu'un zar puisse l'accomplir. Mar Zoutra objecte du silence de la michna, qui ne fait guetter l'aube que pour la chehita : on n'avertit que là où l'erreur est irréparable.

Le daf se referme sur une seconde version de l'objection de Rabbi Zeira, qui remplace le critère du moment par celui de l'achèvement -- avoda tama -- et ouvre la longue discussion des Tossefot sur ce qui fait qu'un service se suffit à lui-même.

Comment une objection réécrit un enseignement : les deux versions de Rabbi Yo'hanan Le daf ne réfute pas Rabbi Yo'hanan : il corrige ce qu'il a dû dire. Descendre la colonne, c'est suivre la pression de l'objection. VERSION 1 - telle qu'elle a d'abord été rapportée Un zar - non-cohen - qui a disposé le BÛCHER, sidour ha-maarakha, est passible de mort. Remède pratique : le zar défait lui-même son ouvrage, puis un cohen le redispose. OBJECTION DE RABBI ZEIRA - le critère JOUR / NUIT As-tu un service valable DE NUIT et qui soit pourtant invalidé par un zar ? Or le bûcher se dresse de nuit. Contre-exemple 1 : membres et graisses Ils fument toute la nuit, et le zar y encourt la mort. Réponse : ce n'est pas un service de nuit - c'est la FIN d'un service de jour. Écarte. X Contre-exemple 2 : teroumat ha-deshen Le prélèvement des cendres est nocturne et exige un cohen. Réponse : c'est le DÉBUT d'un service de jour - les mains sanctifiées valent pour le lendemain. Écarte. X VE-ELA KASHYA - mais alors la difficulté demeure Aucune esquive ne tient : l'objection de Rabbi Zeira reste entière. Ce n'est donc pas elle qui cède - c'est l'énoncé. VERSION 2 - le texte corrige : ki itmar, hakhi itmar Un zar qui a disposé les DEUX BÛCHES - chnei gezirei etsim - est passible, puisque c'est un service DE JOUR : ve-vier aleha ha-kohen etsim ba-boker, Lévitique 6,5. NOUVELLE OBJECTION - RAVA : si c'est une vraie avoda de jour... ... elle devrait requérir un PAYIS, un tirage au sort entre les cohanim. Réponse : une baraita lui avait échappé - qui gagne les cendres gagne aussi le bûcher et les deux bûches. ET CERTAINS DISENT - là toute dernière ligne du daf Rabbi Zeira aurait objecté autrement : le critère n'est plus le moment, mais l'ACHÈVEMENT. As-tu un service SUIVI d'un autre service et pourtant interdit au zar ? Le bûcher est suivi des deux bûches.
Le mouvement d'ensemble du daf : un enseignement de Rabbi Yohanan corrigé sous la pression d'une objection, puis réattaque par Rava, puis rejoue autrement dans une seconde version.
Les six gestes du Temple que le daf met à l'épreuve, et leurs quatre colonnes Aucune colonne ne prédit les autres : c'est précisément ce désaccord que la Guemara passe le daf à explorer. Le geste Moment Zar passible ? Payis ? Ce que le daf en fait Sidour ha-maarakha dresser le bûcher Nuit version 1 : oui non - inclus l'énoncé est corrigé puis repris dans le ika de-amri Chnei gezirei etsim poser les deux bûches Jour Lévitique 6,5 Oui non - inclus la version retenue Teroumat ha-deshen prélever les cendres Nuit oui, selon Levi Oui début du service de jour ; son payis vient de l'incident Evarim ou-fedarim membres et graisses sur l'autel Nuit oui - Yoma 24a Oui fin du service de jour Chehita abattre le tamid Jour Non - valable par un zar Oui début du service Hotsaat ha-deshen sortir les cendres hors du camp jour ou nuit discuté non l'enjeu des Tossefot du seg. 11 Trois questions distinctes se croisent : de quand date le geste, qui peut l'accomplir, et comment on l'attribue.
Les gestes du Temple examinés dans ce daf, et les quatre questions que la Guemara leur pose séparément.
L'escalier du payis : trois fois la Guemara propose une règle, trois fois elle la resserre Chaque palier naît de la réponse précédente. Le mot lemeimra signale l'instant où la Guemara transforme une réponse en règle générale. PALIER 1 - le critère serait : SERVICE DE JOUR Puisque Rava réclame un payis au motif que la pose des bûches est de jour, c'est donc que le jour fait le payis. Contre-exemple a : membres et graisses - service nocturne, et pourtant tiré au sort. Réponse : c'est la fin du service de jour - donc le critère tient encore. Contre-exemple b : teroumat ha-deshen - nocturne et tirée au sort. Réponse : à cause de l'incident survenu. PALIER 2 - le critère devient : SERVICE DE JOUR + LE ZAR Y ENCOURT LA MORT La réponse précédente a fait apparaître une seconde condition : la gravité du service, mesurée à la peine encourue. Contre-exemple : la chehita - valable par un zar, et pourtant tirée au sort. Réponse : la chehita est différente, elle est le DÉBUT du service - un rang, non une gravité. PALIER 3 - la version alternative : le critère serait l'ACHÈVEMENT, avoda tama Un service qu'un autre service vient compléter n'est pas un service achevé : le zar n'y encourt pas la mort. Le bûcher est suivi des deux bûches - est-il alors une avoda tama ? Le daf s'arrête sur cette question. Ce que l'escalier enseigne Le payis ne suit aucune règle mécanique : il suit l'importance réelle du service - moment, gravité, rang, achèvement.
La chaîne des lemeimra : comment le critère du tirage au sort se resserre à chaque objection.
1
הֱוֵי אוֹמֵר זֶה טָלֶה.

Tu dois donc dire : c'est l'agneau [du tamid du matin].

📜 Rachi (1)
הֱוֵי אוֹמֵר זֶה טָלֶה תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר הִזְקִיקְךָ הַכָּתוּב בּוֹ לְמַעֲרֶכֶת עֵצִים חֲדָשָׁה בְּכָל בֹּקֶר וְאֵשׁ עַל הַמִּזְבֵּחַ תּוּקַד בּוֹ וְהַךְ מוֹקְדָה סִידּוּר הַמַּעֲרָכָה הִיא כִּדְתַנְיָא לְקַמָּן בפ"ג וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן עֵצִים בַּבֹּקֶר וְעָרַךְ עָלֶיהָ הָעֹולָה וְאָמַר מַר הָעוֹלָה עוֹלָה רִאשׁוֹנָה אֲבָל שְׁאָר קָרְבָּנוֹת לֹא הֻוזְקְקוּ לְחִידּוּשׁ מַעֲרָכָה וְהָנָךְ עֵצִים וְאֵשׁ דִּכְתִיבִי בְּבֶן בֹּקֶר לָאו לְאַצְרוֹכֵי סִידְרֵי עַצְמוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם דַּעֲדַיִין לֹא נֶאֶמְרָה פָּרָשַׁת סִידּוּר הַמַּעֲרָכָה הַכְּתוּבָה בְּצַו אֶת אַהֲרֹן וְכָאן הִתְחִיל לְדַבֵּר בְּצָרְכֵי עוֹלָה וְהֻוצְרַךְ לוֹמַר הַאֵיךְ תִּינָּתֵן כְּתַב לָן כָּאן וְנָתְנוּ אֵשׁ וְעָרְכוּ עֵצִים דְּאַסִּידּוּר מַעֲרָכָה דְּשַׁחֲרִית קָאֵי:
Tu dois dire : c'est l'agneau — le tamid du matin, pour lequel l'Écriture t'a imposé un bûcher de bois neuf chaque matin, et « un feu brûlera sur l'autel en permanence ». Et ce foyer (mokda), c'est la disposition du bûcher, comme il est enseigné plus loin au chapitre 3 : « et le cohen y fera brûler du bois le matin, et il y disposera l'holocauste » — et le Maître a dit : « l'holocauste », l'holocauste premier [c'est-à-dire le tamid du matin]. Mais les autres offrandes n'ont pas requis le renouvellement du bûcher. Quant aux mentions de bois et de feu écrites à propos du jeune taureau, elles ne viennent pas exiger pour lui des dispositions propres, mais [elles figurent là] parce que la section de la disposition du bûcher, écrite dans « Ordonne à Aharon », n'avait pas encore été énoncée ; or ici l'Écriture a commencé à parler de ce que requiert l'holocauste, et il a fallu dire comment il serait offert : elle nous a donc écrit ici « et ils mettront du feu » et « ils disposeront du bois », qui se rapportent à la disposition du bûcher du matin.
💡 Explication

Dernière ligne de la sougya ouverte à 27a. Rabbi Elazar avait buté sur un chiffre : le verset dont on tire six cohanim (Lévitique 1,8) parle du taureau, or le taureau en requiert vingt-quatre. Il résolvait la difficulté par les mots surnuméraires du même verset — sur le bois qui est sur le feu qui est sur l'autel — qui désignent l'offrande pour laquelle la Torah a spécialement prescrit bois, feu et autel.

La réponse tombe ici en trois mots : c'est le tamid du matin, un agneau. Rachi le démontre par le chapitre 6 du Lévitique : seul le tamid du matin exige un bûcher neuf chaque jour ; les autres offrandes n'ont pas requis ce renouvellement.

2
אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זָר שֶׁסִּידֵּר אֶת הַמַּעֲרָכָה חַייָּב. כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה — פּוֹרְקָהּ וְחוֹזֵר וְסוֹדְרָהּ. מַאי אַהֲנֵי לֵיהּ? אֶלָּא: פּוֹרְקָהּ זָר, וְסוֹדְרָהּ כֹּהֵן.

Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : un zar (non-cohen) qui a disposé le bûcher (ha-maarakha) est passible [de mort]. Comment fait-on [alors] ?

Il le défait, puis le redispose. En quoi cela l'avance-t-il ?

Mais plutôt : c'est le zar qui le défait, et un cohen qui le redispose.

📜 Rachi (2)
חַיָּיב מִיתָה:
Est passible — de mort.
פּוֹרְקָהּ הַזָּר אֵין צָרִיךְ כֹּהֵן לִסְתּוֹר סִידּוּרָהּ אֶלָּא הַזָּר בְּעַצְמוֹ:
Il le défait — le zar : point n'est besoin d'un cohen pour défaire sa disposition, le zar le fait lui-même.
💡 Explication

Nouveau chapitre de la discussion. Le sidour ha-maarakha — dresser le bûcher de bois sur l'autel — est-il un service réservé aux cohanim, au point qu'un zar (un non-cohen) qui l'accomplirait encourrait la mort par la main du Ciel ? Rabbi Yo'hanan dit oui. Il en découle aussitôt une conséquence pratique : la disposition faite par le zar est invalide et doit être refaite.

La Guemara relit alors la formulation et la trouve absurde : si c'est le zar qui défait puis redispose, le second dressage vaut exactement le premier. Mai ahani leh — en quoi cela l'avance-t-il ? La correction tient dans un partage des rôles : défaire n'est pas un service, le zar peut donc s'en charger ; redresser en est un, il revient au cohen.

🖼️ Schéma
Mai ahani leh : pourquoi le remède évident ne répare rien Le zar a dressé le bûcher La disposition est invalide, et lui est passible de mort. Première lecture Il défait, puis redispose - lui-même, dans les deux cas. MAI AHANI LEH ? Le second dressage vaut exactement le premier. Le partage des rôles corrige tout DÉFAIRE le bûcher : ce n'est pas un service - le zar peut donc le faire lui-même. REDRESSER le bûcher : c'est le service - il revient donc à un cohen. Méthode : quand une réparation ne répare rien, c'est qu'on a mal découpé l'acte à réparer.
Défaire n'est pas un service, redresser en est un : c'est le découpage de l'acte qui rend le remède efficace.
3
מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וְכִי יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה בַּלַּיְלָה וּפְסוּלָה בְּזָר?

Rabbi Zeira objecte : as-tu donc un service qui soit valable de nuit et pourtant invalidé [s'il est accompli] par un zar ?

💡 Explication

L'objection pose une corrélation. Un vrai service du Temple (avoda) se fait de jour ; c'est la règle. Un geste que l'on peut accomplir de nuit — et le bûcher se dresse de nuit — trahit donc par la même qu'il n'a pas ce rang. Et s'il n'a pas ce rang, un zar ne peut pas y encourir la mort.

Rabbi Zeira ne conteste pas un détail : il refuse une combinaison. Valable de nuit et interdit au zar ne devraient jamais aller ensemble. Tout ce qui suit consiste à chercher un cas où pourtant elles vont ensemble.

4
וְלֹא? וַהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים? סוֹף עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא.

Et [n'en aurait-on] pas ? Mais voici les membres et les graisses ! — C'est la fin d'un service de jour.

📜 Rachi (1)
וַהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים הֶקְטֵר חֲלָבִים שֶׁהוּא כָּל הַלַּיְלָה וְשַׁווִּינְהוּ לְעֵיל [יוֹמָא כד.] מֵאַרְבַּע עֲבוֹדוֹת שֶׁהַזָּר חַיָּיב עֲלֵיהֶן מִיתָה:
Mais voici les membres et les graisses — la combustion des graisses, qui dure toute la nuit ; et on les a rangées plus haut (Yoma 24a) parmi les quatre services pour lesquels le zar encourt la mort.
💡 Explication

La Guemara produit un contre-exemple immédiat : la haktara des membres et des graisses sur l'autel se poursuit toute la nuit, et Yoma 24a la range pourtant parmi les quatre services pour lesquels un zar encourt la mort. Voilà exactement la combinaison que Rabbi Zeira déclarait impossible.

La réponse ne nie pas le fait, elle requalifie le moment : ce n'est pas un service de nuit, c'est la fin d'un service de jour. L'offrande a été abattue de jour ; la combustion n'en est que l'achèvement, qui déborde sur la nuit. Le critère de Rabbi Zeira tient donc encore.

5
וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן! תְּחִלַּת עֲבוֹדָה דִּימָמָא הִיא. דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: קִידֵּשׁ יָדָיו לִתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן, לְמָחָר אֵינוֹ צָרִיךְ לְקַדֵּשׁ, שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִלַּת עֲבוֹדָה. וְאֶלָּא קַשְׁיָא!

Mais voici le prélèvement des cendres (teroumat ha-deshen) ! — C'est le début d'un service de jour, car Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : s'il a sanctifié ses mains pour le prélèvement des cendres, le lendemain il n'a pas besoin de les sanctifier [à nouveau], car il les a déjà sanctifiées au début du service. Mais alors, [l'objection] reste difficile !

📜 Rachi (2)
וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דִּכְתִיב כְּהֻונָּה:
Mais voici le prélèvement des cendres — car la kehouna y est écrite [le verset y mentionne le cohen].
אֶלָּא קַשְׁיָא וְכִי יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה בַּלַּיְלָה שֶׁפְּסוּלָה בְּזָר:
Mais alors c'est difficile — as-tu donc un service qui soit valable de nuit et qui soit invalidé par un zar ? [l'objection de Rabbi Zeira reste entière].
🗂️ Tossefot (1)
תְּחִלַּת עֲבוֹדָה דִּימָמָא הִיא דְּא"ר יוֹחָנָן וְכוּ' אע"ג דִּבְרֵישׁ פִּירְקָא אָמַר שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ תְּחִלָּה לַעֲבוֹדָה וּמַסְּקִינַן דִּלְעוֹלָם עֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא י"ל דְּהַמַּקְשֶׁה דְּהָכָא הִקְשָׁה לְאִידָךְ לִישָּׁנָא דִּלְעֵיל דִּמְפָרֵשׁ טַעְמָא מִשּׁוּם אֹונֶס שֵׁינָה דִּלְהָהוּא לִישָּׁנָא לָא מְשַׁבְּשִׁינַן מִילְּתָא דְרַבִּי יוֹחָנָן וְאָמְרִי' שֶׁכְּבָר קִידֵּשׁ מִתְּחִלָּה לָעֲבוֹדָה וּבְסָמוּךְ דְּפָרִיךְ וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דַּעֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא וּבָעֵי פַּיִיס וּפִי' שָׁם דְּפָרִיךְ לְלִישָּׁנָא קַמָּא דִּלְעֵיל אֵין לִתְמֹוהַּ שֶׁבְּכָאן פִּי' דִּסְתָמָא דְּהַשַּׁ"ס פָּרִיךְ לְאִיכָּא דְּאָמְרִי דִּלְעֵיל דְּוַדַּאי כָּךְ הוּא וּבֵין הָכָא וּבֵין בְּסָמוּךְ רוֹצֶה לְיַישֵּׁב לְכָל הַלְּשׁוֹנוֹת דִּלְעֵיל:
« C'est le début d'un service de jour, car Rabbi Yo'hanan a dit, etc. » — bien qu'au début du chapitre on ait dit « car il a déjà sanctifié [ses mains] au début du service » et que nous ayons conclu qu'il s'agit en vérité d'un service de nuit, on peut dire que celui qui objecte ici objecte selon l'autre version (lichna) rapportée plus haut, celle qui explique la raison par la contrainte du sommeil : selon cette version, on n'altère pas le propos de Rabbi Yo'hanan et l'on dit bien « car il a déjà sanctifié au début du service ». Et plus loin, là où la Guemara objecte « mais voici le prélèvement des cendres, qui est un service de nuit et requiert pourtant un tirage au sort », et où l'on explique que l'objection porte selon la première version rapportée plus haut — il ne faut pas s'en étonner : ici on explique que l'instance anonyme du Talmud objecte selon le « certains disent » de plus haut, car il en va certainement ainsi ; et ici comme la, elle veut rendre compte de toutes les versions rapportées plus haut.
💡 Explication

Second contre-exemple, de même forme : le teroumat ha-deshen, le prélèvement d'une pelletée de cendres sur l'autel, se fait de nuit, et le verset y écrit explicitement le cohen — donc un zar en est exclu. Même combinaison interdite.

Même type de réponse, mais dans l'autre sens du temps : ce n'est pas un service de nuit, c'est le début du service du jour qui vient. La preuve est élégante et vient de Rabbi Yo'hanan lui-même : le cohen qui a sanctifié ses mains pour ce prélèvement n'a pas à recommencer au matin. Une sanctification ne traverse pas la frontière entre deux journées de service ; si celle-ci vaut encore, c'est que la journée a déjà commencé.

Et la Guemara conclut froidement : ve-ela kashya — les deux contre-exemples ont été neutralisés, donc l'objection de Rabbi Zeira demeure entière contre Rabbi Yo'hanan. C'est le point de rupture du daf.

🖼️ Schéma
Deux requalifications, un geste qui reste orphelin La nuit du Temple n'est pas un temps vide : elle est le prolongement d'un jour et la préparation du suivant. JOUR précédent services diurnes NUIT le temps que Rabbi Zeira juge impropre à une vraie avoda JOUR suivant chehita du tamid Evarim ou-fedarim Ils brûlent toute la nuit mais sont la FIN du jour d'avant. Teroumat ha-deshen Prélevée de nuit - mais les mains sanctifiées pour elle valent pour le lendemain : c'est le DÉBUT du jour à venir. Sidour ha-maarakha Ni fin d'un jour, ni début d'un autre : il reste pleinement nocturne. D'où la difficulté. Les deux esquives sauvent chacune un cas - et laissent intact celui de Rabbi Yo'hanan.
Les deux esquives redistribuent la nuit entre le jour qui précède et le jour qui suit — et laissent le bûcher sans abri.
6
אֶלָּא, כִּי אִיתְּמַר הָכִי אִיתְּמַר: אָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זָר שֶׁסִּידֵּר שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים חַייָּב, הוֹאִיל וַעֲבוֹדַת יוֹם הִיא. מַתְקִיף לַהּ רָבָא: אֶלָּא מֵעַתָּה תִּיבְּעֵי פַּייִס! אִשְׁתְּמִיטְתֵּיהּ הָא דְּתַנְיָא: מִי שֶׁזָּכָה בִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן, זָכָה בְּסִדּוּר מַעֲרָכָה וּבְסִדּוּר שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים.

Mais plutôt : quand cela a été dit, voici comment cela a été dit. Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : un zar qui a disposé les deux bûches (chnei gezirei etsim) est passible, puisque c'est un service de jour.

Rava objecte : s'il en est ainsi, cela devrait requérir un tirage au sort (payis) ! — Lui avait échappé cette baraita : celui qui a obtenu [au sort] le prélèvement des cendres a obtenu [du même coup] la disposition du bûcher et la disposition des deux bûches.

📜 Rachi (2)
וַעֲבוֹדַת יוֹם הִיא דִּכְתִיב וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן עֵצִים בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר:
Et c'est un service de jour — car il est écrit : « et le cohen y fera brûler du bois, matin après matin » (Lévitique 6,5).
אֶלָּא מֵעַתָּה דַּחֲשִׁיבָא כֻּולֵּי הַאי שֶׁהִיא עֲבוֹדַת יוֹם וְזָר חַיָּיב עָלֶיהָ:
S'il en est ainsi — puisqu'elle est à ce point importante, étant un service de jour et le zar y encourant la peine.
💡 Explication

Puisque l'objection tient, c'est l'énoncé qui doit céder. La formule ki itmar, hakhi itmar — « quand cela a été dit, voici comment cela a été dit » — ne réfute pas Rabbi Yo'hanan : elle rétablit ce qu'il avait réellement dit. L'objet n'était pas le bûcher entier mais les deux bûches que l'on ajoute au matin, et le motif n'est pas la sainteté du geste en soi mais son moment : Lévitique 6,5, et le cohen y fera brûler du bois le matin. Service de jour, donc vraie avoda, donc interdite au zar. L'objection de Rabbi Zeira n'a plus de prise.

Rava attaque aussitôt sur un autre front. Si c'est une avoda de plein exercice accomplie de jour, elle devrait faire l'objet d'un payis, ce tirage au sort par lequel les cohanim se répartissaient les services convoités — or on n'en tire jamais au sort pour les bûches. La réponse est un simple rappel de source : une baraita l'attribue au même cohen qui a gagné le prélèvement des cendres. Le payis existe donc bien ; il est seulement groupe.

7
לְמֵימְרָא דַּעֲבוֹדַת יוֹם בָּעֲיָא פַּיִיס עֲבוֹדַת לַיְלָה לָא בָּעֲיָא פַּיִיס? וַהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים! סוֹף עֲבוֹדָה דִימָמָא הִיא. וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן! מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה.

Est-ce à dire qu'un service de jour requiert un tirage au sort et qu'un service de nuit n'en requiert pas ? Mais voici les membres et les graisses ! — C'est la fin d'un service de jour.

Mais voici le prélèvement des cendres ! — [Il en fait l'objet] à cause de l'incident qui s'est produit.

📜 Rachi (1)
לְמֵימְרָא דַּעֲבוֹדַת יוֹם בָּעֵי פַּיִיס מִדְּאַתְקִיף רָבָא אֶלָּא מֵעַתָּה תָּבְעִי פַּיִיס מִכְּלָל הַךְ עֲבוֹדָה הִיא בַּעְיָא:
Est-ce à dire qu'un service de jour requiert un tirage au sort — puisque Rava a objecté « s'il en est ainsi, cela devrait requérir un tirage », il s'ensuit que c'est ce type de service qui en requiert un.
🗂️ Tossefot (1)
לְמֵימְרָא דַּעֲבוֹדַת יוֹם בָּעֵי פַּייִס וְכוּ' עַד וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן תֵּימַהּ לִי מַאי קֻפְרִיךְ אַמַּאי לָא מְשַׁנֵּי תְּחִילַּת עֲבוֹדַת יוֹם הִיא כִּדְשַׁנִּינַן לְעֵיל וְי"ל דְּהָכָא אָתֵי לְמֵימַר דְּבָעֵינַן תַּרְוַייְהוּ עֲבוֹדַת יוֹם וּמִיתָה בְּזָר דְּלִכְאוֹרָה מַשְׁמַע לֵיהּ דְּרָבָא דְּפָרִיךְ אֶלָּא מֵעַתָּה ה"ק אֶלָּא מֵעַתָּה דְּקָמְחַיְּיבַתְּ בְּזָר תִּיבְּעֵי פַּייִס וּמַשְׁמַע נָמֵי אֶלָּא מֵעַתָּה דְּקָרֵית לָהּ עֲבוֹדַת יוֹם אַלְמָא דְּבָעֵינַן תַּרְוַיְיהוּ לְעִנְיַן פַּייִס הֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים דִּנְהִי דְּזָר חַייָּב עֲלֵיהֶם מ"מ עֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא וַהֲדַר פָּרִיךְ מִתְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן אִי ס"ל כְּרַב דְּלָא מִיחַייַּב זָר אַעֲבוֹדַת סִילּוּק אַלְמָא אע"ג דְּלָא מִיחַייַּב זָר עֲלָהּ בָּעֵי פַּייִס וְכֵן פרש"י לְמֵימְרָא דַּעֲבוֹדַת יוֹם וְחִיּוּב מִיתָה בְּזָר בָּעֲיָא פַּייִס וְלָא נְהִירָא מַה שֶּׁפֵּי' דִּבְדֶרֶךְ את"ל דְּסָבַר כְּרַב דְּהָא בִּירוּשַׁלְמִי יֵשׁ זָר שֶׁתָּרַם רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר חַיָּיב אֶלָּא י"ל דְּפָרִיךְ לְלִישָּׁנָא קַמָּא דִּלְעֵיל דְּקָאָמַר עֲבוֹדַת לַיְלָה הִיא:
« Est-ce à dire qu'un service de jour requiert un tirage au sort, etc. » jusqu'à « mais voici le prélèvement des cendres » — cela m'étonne : que veut-il objecter ? Pourquoi ne répond-on pas que c'est le début d'un service de jour, comme on l'a répondu plus haut ? On peut dire qu'ici on entend établir qu'il faut les deux conditions : un service de jour et la mort pour le zar. Car il lui semble à première vue que Rava, quand il objecte « s'il en est ainsi », veut dire : s'il en est ainsi que tu déclares [le zar] passible, cela devrait requérir un tirage ; et il ressort aussi de « s'il en est ainsi » que tu l'appelles service de jour — donc il faut les deux pour ce qui est du tirage. [Puis la Guemara objecte :] voici les membres et les graisses, car même si le zar y est passible, ils constituent malgré tout un service de nuit. Puis elle objecte du prélèvement des cendres, si l'on tient comme Rav, qui ne rend pas le zar passible pour un service d'enlèvement (avodat silouk) : il s'ensuit que, même là où le zar n'est pas passible, un tirage est requis. Et ainsi a expliqué Rachi : « est-ce à dire qu'un service de jour et pour lequel il y a peine de mort pour le zar requiert un tirage ». Mais ce qu'il a expliqué ne paraît pas juste, à savoir qu'il s'agirait d'un raisonnement par hypothèse (im timtsa lomar) tenant comme Rav — car dans le Yeroushalmi il y a : « un zar qui a prélevé [les cendres] — Rabbi Yo'hanan dit : il est passible ». On peut plutôt dire que l'objection porte selon la première version rapportée plus haut, celle qui disait que c'est un service de nuit.
💡 Explication

La Guemara fait ce qu'elle fait toujours après une réponse : elle la transforme en règle et la met à l'épreuve. Le mot lemeimra signale l'opération. Si Rava réclamait un payis au motif que le geste est diurne, c'est que le critère du payis serait : jour, oui ; nuit, non.

Deux contre-exemples, déjà rencontrés et déjà traités : les membres et les graisses brûlent la nuit et font pourtant l'objet d'un tirage — réponse connue, c'est la fin du jour précédent. Le prélèvement des cendres est nocturne et fait l'objet d'un tirage — mais ici la réponse change. On ne dit plus qu'il est le début du jour ; on dit qu'il n'aurait pas dû y avoir de payis, et qu'il en a été institué un à cause de l'incident survenu, lorsque deux cohanim se disputèrent la rampe et que l'un blessa l'autre (michna de 22a).

Ce déplacement est significatif : le payis de ce service n'exprime pas son rang, mais une mesure de sécurité. Une institution peut donc exister pour une raison entièrement étrangère à la logique qui la fonderait normalement.

8
לְמֵימְרָא דַּעֲבוֹדַת יוֹם וְשֶׁזָּר חַייָּב עָלֶיהָ מִיתָה בָּעֲיָא פַּיִיס, אֵין זָר חַייָּב עָלֶיהָ מִיתָה לָא בָּעֲיָא פַּיִיס? וַהֲרֵי שְׁחִיטָה! שָׁאנֵי שְׁחִיטָה דִּתְחִלַּת עֲבוֹדָה הִיא.

Est-ce à dire qu'un service de jour et pour lequel un zar encourt la mort requiert un tirage au sort, [tandis que] celui pour lequel un zar n'encourt pas la mort n'en requiert pas ? Mais voici la chehita ! — La chehita est différente, car elle est le début du service.

🗂️ Tossefot (1)
אֵין זָר חַייָּב מִיתָה לָא בָּעֲיָא פַּיִיס וא"ת הֲרֵי דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי וְהַמְּנוֹרָה י"ל כְּדִמְשַׁנֵּי דִּשְׁחִיטָה תְּחִילַּת עֲבוֹדָה הִיא ה"נ נֵימָא דִּישּׁוּן מִזְבֵּחַ הַפְּנִימִי תְּחִילַּת עֲבוֹדָה דְּהַקְטָרָה הִיא וְדִישּׁוּן מְנוֹרָה תְּחִילַּת הַדְלָקָה הִיא וְא"ת לְרַבָּנָן דְּר"א בֶּן יַעֲקֹב דְּאָמְרִי הַמַּעֲלֶה אֵבָרִים לַכֶּבֶשׁ אֵין מַעֲלֶה אוֹתָם לַמִּזְבֵּחַ א"כ אֵין זָר חַיָּיב עֲלֵיהֶן מִיתָה כֵּיוָן דְּיֵשׁ אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה וא"כ לָמָּה מְפִיסִין וי"מ דְּהָא דְּאָמַר דְּהֵיכָא דְּאֵין זָר חַיָּיב עָלֶיהָ דְּאֵין מְפִיסִין הַיְינוּ פַּייִס בִּפְנֵי עַצְמוֹ אֲבָל הָנֵי עִיקַּר פַּיִיס הַייְנוּ בִּשְׁבִיל הַשְּׁחִיטָה וי"ב אֶחָיו הַכֹּהֲנִים נִמְשָׁכִים עִמּוֹ וְלָא נְהִירָא וְי"ל כֵּיוָן דְּאֵין אַחֲרֵיהֶן עֲבוֹדָה אֶלָּא מֵעִנְיַן גְּמַר הוֹלָכַת אֵבָרִים לָא גְּרִיעָא בְּכָךְ לְעִנְיַן פַּיִיס:
« Celui pour lequel un zar n'encourt pas la mort ne requiert pas de tirage » — et si tu dis : mais voici le nettoyage de l'autel intérieur et celui du candélabre [qui font l'objet d'un tirage sans que le zar y encoure la mort] ? On peut dire : de même qu'on répond que la chehita est le début du service, de même dira-t-on ici que le nettoyage de l'autel intérieur est le début du service de combustion [des parfums], et le nettoyage du candélabre le début de l'allumage. Et si tu dis : selon les Sages qui s'opposent à Rabbi Eliezer ben Yaakov, lesquels disent que celui qui monte les membres jusqu'à la rampe n'est pas celui qui les monte à l'autel — s'il en est ainsi, le zar n'y encourt pas la mort, puisqu'un autre service la suit ; alors pourquoi procède-t-on a un tirage ? Certains expliquent que ce qui a été dit — là où le zar n'y est pas passible, on ne procède pas à un tirage — vise un tirage à part entière ; mais ces services-là relèvent du tirage principal, celui de la chehita, et douze de ses frères cohanim y sont entraînés avec lui. Mais cela ne paraît pas juste. On peut plutôt dire : puisque rien ne les suit sinon ce qui relève de l'achèvement du portage des membres, elles n'en sont pas amoindries pour ce qui est du tirage.
💡 Explication

Deuxième palier de l'escalier. La réponse précédente a fait apparaître une seconde condition, et la Guemara la teste à son tour : le payis suivrait la gravité du service, mesurée à la peine que le zar y encourt.

Le contre-exemple est le plus proche possible : la chehita du tamid. Elle est valable accomplie par un zar — c'était tout l'objet de 27a — et elle fait pourtant l'objet du premier payis. La réponse introduit un troisième critère, ni le moment ni la gravité mais le rang : la chehita ouvre le service du jour. Ce qui commence mérite d'être attribué avec solennité, même si tout le monde peut l'accomplir.

9
אָמַר מַר זוּטְרָא, וְאִיתֵּימָא רַב אַשִּׁי, וְהָא אֲנַן לָא תְּנַן הָכִי: אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה צְאוּ וּרְאוּ אִם הִגִּיעַ זְמַן הַשְּׁחִיטָה. וְאִילּוּ ״זְמַן שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים״ לָא קָתָנֵי.

Mar Zoutra a dit, et certains disent Rav Achi : mais n'avons-nous pas appris [dans la michna] le contraire ? « Le préposé leur disait : sortez et voyez si le temps de la chehita est arrivé » — alors que « le temps des deux bûches », [la michna] ne l'enseigne pas.

📜 Rachi (2)
וְהָא אֲנַן לָא תְּנַן שֶׁיְּהֵא סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין עֲבוֹדַת יוֹם:
Mais nous n'avons pas appris ainsi — que la disposition des deux bûches soit un service de jour.
אִם הִגִּיעַ זְמַן הַשְּׁחִיטָה אִם הֵאִיר הַמִּזְרָח וְעֵת לִשְׁחֹוט אֶת הַתְּמִידִין שֶׁהַשְּׁחִיטָה פְּסוּלָה בַּלַּיְלָה דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא יט) בְּיוֹם זִבְחֲכֶם:
Si le temps de la chehita est arrivé — si l'orient s'est éclairé et qu'il est l'heure d'abattre les tamidim ; car la chehita est invalide de nuit, ainsi qu'il est écrit (Lévitique 19,6) : « le jour de votre sacrifice ».
💡 Explication

L'objection est tirée du silence d'une michna (28a). Chaque nuit, un préposé envoyait un cohen guetter l'aube, et la formule consacrée ne nomme qu'un seul geste : le temps de la chehita. Si la pose des deux bûches était vraiment un service de jour, elle aurait dû figurer dans cette question au même titre.

C'est un raisonnement fondé sur ce que le texte ne dit pas — argument fragile par nature, et la Guemara va précisément montrer que ce silence a une autre cause.

10
הָךְ דְּלֵית לַהּ תַּקַּנְתָּא — קָתָנֵי, הָךְ דְּאִית לַהּ תַּקַּנְתָּא — לָא קָתָנֵי.

Ce pour quoi il n'y a pas de remède, [la michna] l'enseigne ; ce pour quoi il y a un remède, elle ne l'enseigne pas.

📜 Rachi (2)
דְּלֵית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא אִם נִשְׁחַט בַּלַּיְלָה:
Ce pour quoi il n'y a pas de remède — s'il a été abattu de nuit.
דְּאִית לֵיהּ תַּקַּנְתָּא אִם סִידְּרָן בַּלַּיְלָה פּוֹרְקָן וְחוֹזֵר וְסוֹדְרָן בַּיּוֹם לְכָךְ לֹא הִטְרִיחוּ לַעֲלוֹת לַגַּג וְלִרְאוֹת אִם הִגִּיעַ שֶׁאוֹתוֹ הַטֹּורַח לֹא הִטְרִיחוּ אֶלָּא שֶׁבְּפַעַם אַחַת עָלָה מְאוֹר הַלְּבָנָה וְדִימּוּ שֶׁהֵאִיר הַמִּזְרָח וְשָׁחֲטוּ אֶת הַתָּמִיד כִּדְקָתָנֵי לָהּ בפ"ג [דַּף כֹּח.] אֲבָל סִידֵּר גְּזִירִין סִידּוּרוֹ בְּקַרְקַע עֲזָרָה מִשֶּׁהֵאִיר הַמִּזְרָח וְאִם טָעָה בִּמְאוֹר הַלְּבָנָה לֹא אִיכְפַּת לְהוּ שֶׁהֲרֵי יֵשׁ תַּקָּנָה בְּדָבָר:
Ce pour quoi il y a un remède — s'il les a disposées de nuit, il les défait, puis les redispose de jour. C'est pourquoi on n'a pas imposé la peine de monter sur le toit et de regarder si [le temps] est arrivé : cette peine, on ne l'a imposée que parce qu'une fois la clarté de la lune s'éleva, ils crurent que l'orient s'était éclairé et abattirent le tamid, comme cela est enseigné au chapitre 3 (28a). Mais la disposition des bûches, sa disposition se fait sur le sol du parvis dès lors que l'orient s'est éclairé ; et s'il s'est trompé à cause de la clarté de la lune, cela ne leur importe pas, car il y a bien un remède en la matière.
💡 Explication

La réponse est d'une économie parfaite. La michna ne dresse pas la liste des services diurnes : elle organise une précaution. Or on ne prend une précaution que là où l'erreur serait irréparable. Un tamid abattu avant l'aube est passoul définitivement ; des bûches posées trop tôt, on les retire et on recommence.

Rachi rappelle d'où vient cette précaution : une fois, la clarté de la lune fit croire au lever du jour, et le tamid fut abattu de nuit (28a). C'est cet accident qui a institué la montée sur le toit — et il n'y avait aucune raison de l'étendre à un geste rattrapable.

Le principe de lecture mérite d'être retenu : le silence d'une michna sur un cas peut s'expliquer par la nature du cas et non par sa halakha.

🖼️ Schéma
Pourquoi la michna fait monter sur le toit pour la chehita et pas pour les bûches Le silence de la michna ne dit pas que le geste est permis de nuit - il dit qu'une erreur y serait rattrapable. CHEHITA - abattre le tamid Accomplie avant l'aube : le sacrifice est passoul, définitivement. LEIT LEH TAKANTA - aucun remède. D'où la précaution de la michna : sortez et voyez si le temps est arrivé. Une fois, la clarté de la lune les trompa - ils abattirent le tamid de nuit. LES DEUX BÛCHES Posées avant l'aube : on les retire, et on les repose de jour. IT LEH TAKANTA - il y a un remède. Donc nul besoin d'imposer la montée sur le toit pour ce geste-là. Le silence de la michna est une économie, non une dispense de jour. Réversible ou non : voilà ce que la michna prend en compte quand elle décide d'avertir ou de se taire.
Irréversible ou rattrapable : ce qui décide la michna à avertir ou à se taire.
11
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, מַתְקִיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וְכִי יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה וּפְסוּלָה בְּזָר?

Et certains disent : Rabbi Zeira objecte : as-tu donc un service qui soit suivi d'un [autre] service et pourtant invalide [s'il est accompli] par un zar ?

📜 Rachi (1)
שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ סִידּוּר עֲבוֹדָה סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין וּפְסוּלָה בְּזָר לְהִתְחַיֵּיב מִיתָה:
Qui est suivie — d'un service : la disposition [du bûcher] est suivie de la disposition des deux bûches ; et invalide par un zar au point qu'il en encoure la mort.
🗂️ Tossefot (1)
אִיכָּא דְּאָמְרִי מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי זֵירָא וְכוּ' נ"ל לְפָרֵשׁ דְּאַדִּלְעֵיל קָאֵי דא"ר יוֹחָנָן זָר שֶׁסִּידֵּר אֶת הַמַּעֲרָכָה חַייָּב וְכוּ' וְאַקְשִׁי לֵיהּ רַבִּי זֵירָא וְכִי יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁכְּשֵׁירָה בַּלַּיְלָה וּפְסוּלָה בְּזָר וְהַשְׁתָּא קָאָמַר אִיכָּא דְאָמְרִי דְּהָכִי אַקְשִׁי לֵיהּ רַבִּי זֵירָא וְכִי יֵשׁ לְךָ עֲבוֹדָה שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה כִּי הָא שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין וּפְסוּלָה בְּזָר וּמִתַּמָּה הגמ' אַאַתְקָפְתָּא דְּר' זֵירָא וְלֹא וַהֲרֵי אֵבָרִים כּוּ' פֵּי' אַטּוּ כֹּל כְּהַאי גַּוְונָא לָאו עֲבוֹדָה תַּמָּה הִיא הֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים דאע"ג דְּיֵשׁ אַחֲרֵיהֶם תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן שֶׁהִיא זְקוּקָה לְעִיכּוּל אֵיבָרִים וּפְדָרִים כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ו׳:ג׳) הִיא הָעֹולָה עַל מוֹקְדָה דְּהַייְנוּ אֵיבָרִים וּפְדָרִים וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וְהֵרִים אֶת הַדֶּשֶׁן אֲשֶׁר תֹּאכַל הָאֵשׁ אֶת הָעֹולָה אַלְמָא אַף עַל גַּב דִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן זְקוּקָה לָהּ וּגְמַר עֲבוֹדַת עִיכּוּל אֵיבָרִים הִיא אַפֵּ"ה חֲשִׁיבָא עֲבוֹדָה תַּמָּה וְזָר חַייָּב עָלֶיהָ כֵּיוָן דְּאֵבָרִים וּפְדָרִים זְמַנָּם מַתְחִיל מִבְּעוֹד יוֹם וְאִי בָּעֵי מַקְטַר לְהוּ אֶתְמוֹל אִי בָּעֵי מַקְטַר לְהוּ בַּלַּיְלָה וּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן זְמַנָּהּ אֵינָהּ אֶלָּא בַּלַּיְלָה כִּדְאָמַר לְעֵיל [יוֹמָא כ.] כָּל הַלַּיְלָה וְהֵרִים כ"ש סִידּוּר מַעֲרָכָה כֵּיוָן דִּזְמַנָּהּ רַק בַּלַּיְלָה כְּדִכְתִיב עַל מוֹקְדָה עַל הַמִּזְבֵּחַ כָּל הַלַּיְלָה וּמִינָּהּ נָפְקָא לָן לְקַמָּן בפ"ג (יוֹמָא דַּף לג.) סִידּוּר מַעֲרָכָה וְסִידּוּר שְׁנֵי גְּזִירֵי עֵצִים לָא הָוְיָא אֶלָּא בִּימָמָא כְּדִכְתִיב וּבִעֵר עָלֶיהָ הַכֹּהֵן עֵצִים בַּבֹּקֶר וּמִינָּהּ נָפְקָא לָן לְקַמָּן בפ"ג (שָׁם) סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין דְּדַוְקָא עֲבוֹדַת יוֹם שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדַת יוֹם לָא חֲשִׁיב תַּמָּה כְּגוֹן קַבָּלָה וְהוֹלָכָה שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ זְרִיקָה וְאִידִי וְאִידִי עֲבוֹדַת יוֹם נִינְהוּ אֲבָל חֲדָא בַּלַּיְלָה וַחֲדָא בַּיּוֹם נֵימָא שַׁפִּיר דַּעֲבוֹדָה תַּמָּה הִיא. וּמְשַׁנֵּי סוֹף עֲבוֹדָה דִּימָמָא לְעוֹלָם סִידּוּר מַעֲרָכָה לָאו עֲבוֹדָה תַּמָּה כֵּיוָן שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ סִידּוּר שְׁנֵי גְזִירִין דְּהָווּ גְּמַר הַסִּידּוּר ואע"ג דְּהָא הָוְיָא בְּלֵילְיָא וְהָא הָוְיָא בִּימָמָא וּדְקַשְׁיָא לָן מֵאֵבָרִים וּפְדָרִים שָׁאנֵי הָתָם דִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן לָא שַׁיְיכָא לָהּ וְאֵינָהּ גְּמַר עֲבוֹדָתָהּ וּטְפֵילָה לָהּ דְּאַדְּרַבָּה הַעֲלָאַת אֵבָרִים עַצְמָהּ טְפֵילָה לִגְמַר עֲבוֹדַת יוֹם שֶׁלְּפָנֶיהָ הִיא וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן שֶׁיֵּשׁ אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה הוֹצָאַת הַדֶּשֶׁן דַּחֲשִׁיבָא עֲבוֹדָה לְר' יוֹחָנָן גּוּפֵיהּ אַלִּיבָּא דת"ק דר"א דִּפְסִיל בָּהּ בַּעֲלֵי מוּמִין וְאַפֵּ"ה זָר חַייָּב עָלֶיהָ לְלֵוִי וַאֲפִילּוּ רַב לֹא פָּטַר אֶלָּא מִשּׁוּם דַּעֲבוֹדַת סִילּוּק הִיא אֲבָל עֲבוֹדָה תַּמָּה מִיקְּרֵי וְאַמַּאי הָא יֵשׁ אַחֲרֶיהָ הוֹצָאָה אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ כֵּיוָן דִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן דַּוְקָא בַּלַּיְלָה וְהוֹצָאָה אִי בָּעֵי בִּימָמָא אִי בָּעֵי בְּלֵילְיָא אִיקְּרִי שַׁפִּיר עֲבוֹדָה תַּמָּה כ"ש סִידּוּר מַעֲרָכָה דְּהוּא בְּלֵילְיָא דַּווְקָא דַּעֲבוֹדָה תַּמָּה הִיא אע"ג דְּיֵשׁ אַחֲרֶיהָ סִידּוּר ב' גְּזִירִין כֵּיוָן דְּהָא דַּוְקָא בְּלֵילְיָא וְהָא דַּוְקָא בִּימָמָא וּמְשַׁנֵּי תְּחִילַּת עֲבוֹדָה דִּימָמָא הִיא כְּלוֹמַר הוֹצָאָה לָא שַׁייְכָא לָהּ וְלֹא גְּמַר עֲבוֹדָתָהּ הִיא דִּתְרוּמַת הַדֶּשֶׁן הִיא תְּחִילַּת עֲבוֹדַת יוֹם דְּאִי בָּעֵי לָא עֲבִיד שׁוּם עֲבוֹדָה אַחֲרֶיהָ אֶלָּא עֲבוֹדַת יוֹם דְּהוֹצָאַת דֶּשֶׁן אֵינָהּ עֲבוֹדָה בְּכָל יוֹם אֶלָּא כְּשֶׁהָיוּ צְרִיכִים דְּאָמַר בפ"ב דְּתָמִיד וּבָרְגָלִים לֹא הָיוּ מְדַשְּׁנִין אוֹתוֹ מִפְּנֵי שֶׁהוּא נוֹי לַמִּזְבֵּחַ מַתְקִיף לַהּ רָבָא וְתִיבְעֵי פַּייִס כָּל זֶה מֵאִיכָּא דְּאָמְרִי דִּלְעֵיל אִיכָּא דְאָמְרִי לִישָּׁנָא אַחְרִינָא בְּאַתְקָפְתָּא דְּרָבָא וְהָא דִּלְלִישָּׁנָא קַמָּא לָא פָּרֵיךְ כִּי הָכָא יְפַיְּסוּ לָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ הַייְנוּ מִשּׁוּם דְּהָכָא מַשְׁמַע לָן דְּקָאָמַר מִפְּנֵי שֶׁהִיא עֲבוֹדָה תַּמָּה שֶׁאֵין אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה לְעוֹלָם וקס"ד דַּוְקָא עֲבוֹדָה הַדּוֹמֶה לָהּ שֶׁאֵין אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה בְּשׁוּם פַּעַם בּוֹ בַּיּוֹם וּלְהָכִי פָּרֵיךְ כֵּיוָן דַּחֲשׁוּבָה כָּל כָּךְ יְפַיְּסוּ לָהּ בִּפְנֵי עַצְמָהּ וְהַיְינוּ דְּקָא פָּרֵיךְ לְמֵימְרָא דַּעֲבוֹדָה תַּמָּה שֶׁמֵּעוֹלָם אֵין עֲבוֹדָה אַחֲרֶיהָ בָּעֵי פַּייִס הָא לָאו הָכִי לָא וַהֲרֵי אֵבָרִים וּפְדָרִים דְּזִמְנִין כְּשֶׁנַּעֲשִׂין בַּלַּיְלָה יֵשׁ אַחֲרֵיהֶן תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן וְלָא לִיבְעֵי פַּייִס וּמְשַׁנֵּי סוֹף עֲבוֹדָה דִּימָמָא נִינְהוּ אֲפִילּוּ כְּשֶׁנַּעֲשִׂין בַּלַּיְלָה לָא שַׁיְיכָא לְהוּ תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן כִּדְפָרֵי' לְעֵיל וַהֲרֵי תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן דִּנְהִי דְּזִימְנִין לָא הָוְיָא הוֹצָאָה בָּתְרָהּ מ"מ כֵּיוָן דִּכְשֶׁהָיוּ צְרִיכִין הָיוּ מוֹצִיאִין אַחַר תְּרוּמַת הַדֶּשֶׁן כְּדִכְתִיב בָּתַר הֲרָמָה (וַיִּקְרָא ו׳:ד׳) וּפָשַׁט אֶת בְּגָדָיו וְלָבַשׁ בְּגָדִים אֲחֵרִים וְהוֹצִיא אֶת הַדֶּשֶׁן וְגוֹ' א"כ לָאו עֲבוֹדָה תַּמָּה הִיא דְּלָא מִקְּרֵי עֲבוֹדָה תַּמָּה אֶלָּא עֲבוֹדָה שֶׁאֵין אַחֲרֶיהָ עֲבוֹדָה לְעוֹלָם כִּדְפָרֵישִׁית וּמְשַׁנֵּי מִשּׁוּם מַעֲשֶׂה שֶׁהָיָה כָּךְ נ"ל לְפָרֵשׁ גִּירְסַת הַסְּפָרִים מִיהוּ רַשִׁ"י ל"ג לֵיהּ וּלְפִי מַה שֶׁפֵּירַשְׁתִּי לֹא יִקְשֶׁה מַה שֶּׁהִקְשָׁה רַשִׁ"י:
« Certains disent : Rabbi Zeira objecte, etc. » — il me semble qu'il faut expliquer que cela se rapporte à ce qui précède, savoir que Rabbi Yo'hanan a dit : un zar qui a disposé le bûcher est passible, etc., et que Rabbi Zeira lui a objecté : as-tu un service valable de nuit et invalide par un zar ? Et voici que l'on dit maintenant : certains disent que Rabbi Zeira lui a objecté ainsi — as-tu un service qui soit suivi d'un autre service, comme celui-ci qui est suivi de la disposition des deux bûches, et qui soit pourtant invalide par un zar ? Et la Guemara s'étonne de l'objection de Rabbi Zeira : « et non ? mais voici les membres, etc. » — c'est-à-dire : est-ce donc que tout cas semblable ne serait pas un service achevé ? Voici les membres et les graisses : bien que le prélèvement des cendres les suive, lequel dépend de la consomption des membres et des graisses — ainsi qu'il est écrit « c'est l'holocauste sur son foyer » (Lévitique 6,2), à savoir les membres et les graisses, et il est écrit ensuite « et il prélèvera les cendres que le feu aura consommées de l'holocauste » (6,3) — il s'ensuit que, bien que le prélèvement des cendres dépende d'eux et soit l'achèvement du travail de consomption des membres, leur combustion est malgré tout tenue pour un service achevé et le zar y est passible ; et cela puisque le temps des membres et des graisses commence dès le jour — s'il le veut il les fait fumer la veille, s'il le veut il les fait fumer la nuit — tandis que le prélèvement des cendres n'a lieu que de nuit, comme il est dit plus haut (Yoma 20a) : toute la nuit, « et il prélèvera ». À plus forte raison la disposition du bûcher, dont le temps n'est que la nuit, ainsi qu'il est écrit « sur son foyer, sur l'autel, toute la nuit » ; et c'est de là que nous tirons plus loin, au chapitre 3 (Yoma 33a), que la disposition du bûcher et la disposition des deux bûches [ont chacune leur temps] — la disposition des deux bûches n'ayant lieu que de jour, ainsi qu'il est écrit « et le cohen y fera brûler du bois le matin ». De sorte que seul un service de jour suivi d'un service de jour n'est pas tenu pour achevé — comme le recueil du sang (kabbala) et son portage (holakha), qui sont suivis de l'aspersion (zerika), les uns et les autres étant des services de jour ; mais lorsque l'un est de nuit et l'autre de jour, on peut fort bien dire qu'il s'agit d'un service achevé. Et elle répond : « c'est la fin d'un service de jour » — c'est-à-dire qu'en vérité la disposition du bûcher n'est pas un service achevé, puisqu'elle est suivie de la disposition des deux bûches, qui en constitue l'achèvement, et cela bien que l'une soit de nuit et l'autre de jour. Quant à la difficulté tirée des membres et des graisses : là, c'est différent, car le prélèvement des cendres ne s'y rattache pas, n'est pas l'achèvement de leur service et ne leur est pas subordonné ; au contraire, la montée des membres est elle-même subordonnée à l'achèvement du service de jour qui la précède. « Mais voici le prélèvement des cendres », qui est suivi d'un service : la sortie des cendres (hotsaat ha-deshen), tenue pour un service par Rabbi Yo'hanan lui-même selon le premier Tana [en désaccord] avec Rabbi Eliezer, qui y disqualifie les cohanim atteints d'une tare ; et malgré cela le zar y est passible selon Levi, et même Rav ne l'exempte qu'au motif qu'il s'agit d'un service d'enlèvement (avodat silouk) — mais il est bien appelé service achevé. Or pourquoi, puisque la sortie des cendres le suit ? Force est donc de dire : puisque le prélèvement des cendres se fait nécessairement de nuit, tandis que la sortie des cendres se fait, au choix, de jour ou de nuit, il est bien appelé service achevé. À plus forte raison la disposition du bûcher, qui se fait nécessairement de nuit, est un service achevé, bien qu'elle soit suivie de la disposition des deux bûches — puisque l'une est nécessairement de nuit et l'autre nécessairement de jour. Et elle répond : « c'est le début d'un service de jour » — c'est-à-dire que la sortie des cendres ne s'y rattache pas et n'est pas l'achèvement de son service, car le prélèvement des cendres est le début du service de jour : s'il le veut, il n'accomplit après lui aucun service, sinon un service de jour ; car la sortie des cendres n'est pas un service quotidien, mais seulement lorsqu'ils en avaient besoin — ainsi qu'il est dit au chapitre 2 de [traité] Tamid : et aux fêtes de pèlerinage on ne l'en débarrassait pas, parce que c'était un ornement pour l'autel. « Rava objecte : cela devrait requérir un tirage au sort » — tout ceci relève du « certains disent » rapporté plus haut ; certains rapportent une autre version de l'objection de Rava. Et si, selon la première version, on n'objecte pas comme ici « qu'on procède pour elle à un tirage à part », c'est parce qu'ici il nous paraît qu'il dit [qu'elle requiert un tirage] parce qu'elle est un service achevé, que jamais aucun service ne suit ; et l'on a d'abord pensé qu'il s'agissait précisément d'un service semblable, après lequel aucun service n'a lieu à aucun moment de ce jour-là. C'est pourquoi il objecte : puisqu'elle est à ce point importante, qu'on procède pour elle à un tirage à part ! Et c'est bien ce qu'il objecte : est-ce à dire qu'un service achevé, après lequel jamais aucun service n'a lieu, requiert un tirage, mais qu'à défaut il n'en requiert pas ? Mais voici les membres et les graisses, qui parfois, lorsqu'ils sont accomplis de nuit, sont suivis du prélèvement des cendres — ils ne devraient donc pas requérir de tirage ! Et elle répond : ils sont la fin d'un service de jour ; même lorsqu'ils sont accomplis de nuit, le prélèvement des cendres ne s'y rattache pas, comme nous l'avons expliqué plus haut. « Mais voici le prélèvement des cendres » : quand bien même il arrive qu'aucune sortie des cendres ne le suive, il reste que, lorsqu'ils en avaient besoin, ils les sortaient après le prélèvement, ainsi qu'il est écrit après [le verset du] prélèvement : « et il ôtera ses vêtements et revêtira d'autres vêtements, et il sortira les cendres », etc. (Lévitique 6,4) ; s'il en est ainsi, ce n'est pas un service achevé, car n'est appelé service achevé qu'un service après lequel jamais aucun service n'a lieu, comme je l'ai expliqué. Et elle répond : « à cause de l'incident qui s'est produit ». Ainsi me semble-t-il expliquer la version des livres ; toutefois Rachi ne l'a pas dans son texte, et selon ce que j'ai expliqué, la difficulté que Rachi a soulevée ne se pose pas.
💡 Explication

Le daf se referme en rejouant son ouverture. Une seconde tradition rapporte l'objection de Rabbi Zeira sous une autre forme : le critère n'est plus le moment (jour / nuit) mais l'achèvement. On a appris plus haut qu'un zar n'encourt la mort que pour une avoda tama, un service achevé — un service qu'aucun autre ne vient compléter. Or le bûcher est suivi de la pose des deux bûches : il ne serait donc pas achevé, et le zar n'y encourrait rien.

Les Tossefot consacrent à ce point une des plus longues discussions du chapitre. Leur thèse : deux gestes appartenant à des temps différents — l'un nécessairement nocturne, l'autre nécessairement diurne — ne forment pas une seule chaîne. Ils le prouvent par la combustion des membres, tenue pour un service achevé bien que le prélèvement des cendres la suive. La Guemara, elle, tiendra les deux poses de bois pour un seul ouvrage.

🖼️ Schéma
Avoda tama : un service achevé est un service que rien ne vient compléter Cas type d'un service NON achevé : la chaîne du sang kabbala - recueil holakha - portage zerika - aspersion Les trois sont de JOUR : aucune n'est achevée seule. Le cas discuté : le bûcher et les bûches sidour ha-maarakha - la NUIT chnei gezirei etsim - le JOUR Un service en suit un autre - mais ils n'appartiennent pas au même temps. La question ouverte, que les Tossefot travaillent longuement Un geste nocturne suivi d'un geste diurne compte-t-il pour achevé ? Les Tossefot répondent oui et disqualifient l'objection ; la Guemara répond non, tenant les deux poses de bois pour un seul et même ouvrage.
Avoda tama : la chaîne du sang, où chaque geste en appelle un autre, contre le couple bûcher / bûches, séparé par la frontière de l'aube.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).