Yoma 28b -- de la formule du guetteur à la Torah d'Abraham : cinq manières de crier l'aube, l'horloge d'ombre des murs, et la chaîne ininterrompue de l'étude.

Yoma 28b

Sougya : Le daf s'ouvre sur une baraita qui aligne cinq versions de l'annonce de l'aube au Temple, de la simple lueur jusqu'au peuple déjà debout -- surenchère de précision commandée par le souvenir d'un tamid abattu de nuit. De là, Rav Safra fait basculer la discussion sur une autre horloge d'ombre : la prière d'Abraham commence dès que les murs noircissent.

Rav Yossef refuse d'apprendre la halakha d'un homme antérieur au don de la Torah ; Rava lui oppose la baraita sur la circoncision, où le tana tire de va-yachkem Avraham le principe des zélés qui devancent, puis déplace l'objection : ce qui gênait vraiment, c'est que le tamid de la veille de Pessa'h tombant veille de Chabbat soit abattu à six heures et demie et non dès midi. Trois réponses ferment la brèche -- les murs du Temple ne sont pas d'aplomb, Abraham était astronome, Abraham était un ancien de la yechiva -- et la troisième ouvre une longue séquence sur la chaîne ininterrompue de l'étude : l'Égypte, le désert, Abraham, Its'hak, Yaakov, et jusqu'à Eliezer, doleh ou-machke, qui puisait et faisait boire la Torah de son maître.

Rav en tire qu'Abraham a accompli la Torah entière, jusqu'à l'erouv tavchilin, sur la foi du pluriel torotai. La Guemara revient alors à la michna pour répartir les voix du dialogue du guetteur -- qui dit oui ? -- puis explique comment la lune put être confondue avec l'aube : un jour nuageux, sa colonne aussi se fend de-ci de-là.

Rav Papa en tire que le jour nuageux est tout entier soleil, avec ses conséquences pour le séchage des peaux et la pâte de Pessa'h, et Rav Nahman clôt par deux formules imagées sur la chaleur moite et les rais éblouissants du soleil.

Cinq manières de crier l'aube - et pourquoi la formule ne cesse de s'allonger La baraita aligne cinq versions de l'annonce du guetteur. Chacune ajoute à la précédente une exigence de certitude. Rabbi Yichmael barak barkai L'éclair a brillé. Le minimum : une lueur est apparue quelque part à l'orient. Rabbi Akiva ala barkai La lueur est montée. Rachi : elle éclaire davantage qu'un simple éclair. On exige une montée, pas un scintillement. Nahouma ben Apakchion af barkai be-Hevron Il y a de la lueur même à Hebron. On exige que la clarté ait porté jusqu'à une ville lointaine, au sud : la lumière s'est étendue. Matya ben Chmouel heir penei kol ha-mizrah ad she-be-Hevron Toute la face de l'orient s'est éclairée, jusqu'à Hebron. Ce n'est plus un point de lumière : c'est TOUT l'horizon est. Et c'est le préposé aux payis qui parle. Rabbi Yehouda ben Betera ... ve-yatsou kol ha-am ich ich li-melakhto ... et tout le peuple est sorti, chacun à son travail. Objection : il ferait alors grand jour. Réponse : sortis pour EMBAUCHER des ouvriers - donc bien à l'aube. Une seule inquiétude commande cette surenchère : une lune prise pour l'aube avait fait abattre un tamid de nuit (michna, 28a).
Les cinq formules de l'annonce de l'aube, de la simple lueur jusqu'au peuple déjà debout.
Apprend-on la halakha d'Abraham ? Le trajet complet de l'objection La question n'est pas restée où elle avait commencé : Rava la déplace, et c'est ce déplacement qui ouvre tout le reste du daf. RAV SAFRA - la prière d'Abraham commence dès que les murs noircissent C'est-à-dire dès le début de la septième heure, sitôt midi passé : les ombres du soir s'inclinent. RAV YOSSEF - allons-nous nous lever et apprendre d'ABRAHAM ?! Abraham a vécu avant le don de la Torah : sa conduite ne saurait fonder une règle pour nous. RAVA, première réplique - le tana, lui, a bel et bien appris d'Abraham Baraita : tout le jour est valable pour la mila, mais les zélés devancent pour les mitsvot - preuve : va-yachkem Avraham ba-boker (Genèse 22,3). Donc oui, on apprend d'Abraham. RAVA se ravise - ce n'est pas cela qui gênait Rav Yossef Michna : quand la veille de Pessa'h tombe la veille de Chabbat, le tamid est abattu à 6 heures et demie et offert à 7 heures et demie. Or si bein ha-arbayim commence dès que les murs noircissent - qu'on l'abatte dès midi ! RÉPONSE 1 - LES MURS Les murs du Temple ne sont pas d'aplomb : larges en bas, ils se rétrécissent en montant - leur arête n'ombre la face qu'à 6 h et demie. RÉPONSE 2 - L'HOMME Abraham était différent : une grande science des astres (itstagninout) était dans son cœur - lui seul lisait l'instant exact du basculement. RÉPONSE 3 - LA YECHIVA Il était zaken yochev bi-yechiva. R. Hama b. R. Hanina : de tous les jours de nos pères, l'étude ne s'est jamais séparée d'eux. La troisième réponse ouvre toute la suite : la chaîne des anciens, Eliezer, et Abraham accomplissant la Torah entière.
De la prière d'Abraham à la chaîne des anciens : le trajet complet de l'objection de Rav Yossef et de son déplacement par Rava.
Pourquoi la lune a pu passer pour l'aube : la forme du timor Rabbi distingue les deux colonnes de lumière par leur DESSIN. L'école de Rabbi Yichmael montre le seul cas où le dessin trompe. TIMOR DE LA LUNE Elle monte droit, comme un bâton. Une seule colonne, nette. Impossible de la confondre. TIMOR DU SOLEIL Elle se fend de-ci de-là. Rachi : elle se dresse comme un palmier. C'est le vrai signe de l'aube. LUNE, JOUR NUAGEUX Les nuages morcellent la lueur : elle aussi se fend de-ci de-là. Le tamid fut abattu de nuit. RAV PAPA : yoma de-iva koulei chimcha - un jour nuageux est tout entier soleil. S'il se fend en de nombreux endroits, c'est que le soleil perce partout, y compris dans l'ombre. Nafka mina 1 - étendre les peaux Où qu'on les pose pour les sécher, elles prendront le soleil. Nafka mina 2 - la pâte de Pessa'h Rava : ni au soleil, ni à l'eau chauffée au soleil - donc nulle part dehors.
Le dessin de la colonne de lumière : ce qui distingue la lune du soleil, et le seul jour où la distinction s'efface.
1
גְּמ׳ תַּנְיָא, רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר: ״בָּרָק בַּרְקַאי״. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: ״עֲלָהּ בַּרְקַאי״. נְחוּמָא בֶּן אַפְקַשְׁיוֹן אוֹמֵר: ״אַף בַּרְקַאי בְּחֶבְרוֹן״. מַתְיָא בֶּן שְׁמוּאֵל (אוֹמֵר): הַמְמֻונֶּה עַל הַפְּייָסוֹת אוֹמֵר: ״הֵאִיר פְּנֵי כָּל הַמִּזְרָח עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן״. רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתֵירָא אוֹמֵר: ״הֵאִיר פְּנֵי כָּל הַמִּזְרָח עַד בְּחֶבְרוֹן, וְיָצְאוּ כָּל הָעָם אִישׁ אִישׁ לִמְלַאכְתּוֹ״.

GUEMARA. Il a été enseigné (dans une baraita) : Rabbi Yichmael dit : « Barak barkai » (l'éclair a brillé).

Rabbi Akiva dit : « Ala barkai » (la lueur est montée). Nahouma ben Apakchion dit : « Il y a de la lueur même à Hebron ».

Matya ben Chmouel (dit) : le préposé aux tirages au sort (payissot) dit : « Toute la face de l'orient s'est éclairée, jusqu'à Hebron ». Rabbi Yehouda ben Betera dit : « Toute la face de l'orient s'est éclairée jusqu'à Hebron, et tout le peuple est sorti, chacun à son travail ».

📜 Rachi (1)
גמ' עָלָה בַּרְקַאי הֵאִיר יוֹתֵר מִבָּרָק:
« Guemara : Ala barkai » — cela a éclairé davantage qu'un simple éclair.
💡 Explication

La Guemara ouvre en alignant cinq versions de la formule que le guetteur devait crier. Elles ne diffèrent pas par le style mais par le seuil de certitude exigé : une lueur (Rabbi Yichmael), une lueur montante (Rabbi Akiva), une lueur qui porte jusqu'à Hebron au sud (Nahouma ben Apakchion), toute la face de l'orient éclairée (Matya ben Chmouel), et enfin le peuple déjà debout et sorti (Rabbi Yehouda ben Betera).

Le déclencheur de cette surenchère est connu : la michna vient de raconter qu'une fois, la lune fut prise pour l'aube et le tamid abattu de nuit -- donc passoul, sans remède. Chaque tana propose sa formule comme la garantie minimale contre ce ratage.

🖼️ Schéma
Cinq manières de crier l'aube - et pourquoi la formule ne cesse de s'allonger La baraita aligne cinq versions de l'annonce du guetteur. Chacune ajoute à la précédente une exigence de certitude. Rabbi Yichmael barak barkai L'éclair a brillé. Le minimum : une lueur est apparue quelque part à l'orient. Rabbi Akiva ala barkai La lueur est montée. Rachi : elle éclaire davantage qu'un simple éclair. On exige une montée, pas un scintillement. Nahouma ben Apakchion af barkai be-Hevron Il y a de la lueur même à Hebron. On exige que la clarté ait porté jusqu'à une ville lointaine, au sud : la lumière s'est étendue. Matya ben Chmouel heir penei kol ha-mizrah ad she-be-Hevron Toute la face de l'orient s'est éclairée, jusqu'à Hebron. Ce n'est plus un point de lumière : c'est TOUT l'horizon est. Et c'est le préposé aux payis qui parle. Rabbi Yehouda ben Betera ... ve-yatsou kol ha-am ich ich li-melakhto ... et tout le peuple est sorti, chacun à son travail. Objection : il ferait alors grand jour. Réponse : sortis pour EMBAUCHER des ouvriers - donc bien à l'aube. Une seule inquiétude commande cette surenchère : une lune prise pour l'aube avait fait abattre un tamid de nuit (michna, 28a).
Cinq formules, un seul souci : ne plus jamais confondre la lune avec l'aube.
2
אִי הָכִי, נֹגַהּ לֵיהּ טוּבָא? לִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִים קָאָמְרִינַן.

S'il en est ainsi, il ferait déjà grand jour ! — C'est de sortir pour embaucher des ouvriers que nous parlons.

📜 Rachi (1)
לִשְׂכֹּור פּוֹעֲלִים הַאי יָצְאוּ אִישׁ לִמְלַאכְתּוֹ לָאו עַל הַפּוֹעֲלִים קָאֵי אֶלָּא בעה"ב שֶׁהוּא מַשְׁכִּים בְּיוֹתֵר לִמְצוֹא פּוֹעֲלִים לִשְׂכֹּור:
« Pour embaucher des ouvriers » — ce « chacun est sorti à son travail » ne porte pas sur les ouvriers, mais sur le maître de maison, qui se lève de très bonne heure pour trouver des ouvriers à embaucher.
💡 Explication

Objection sur la version la plus longue, celle de Rabbi Yehouda ben Betera : si l'on attend que tout le peuple soit sorti au travail, on est bien après le lever du soleil, et non à l'aube -- or le tamid doit être abattu dès le point du jour.

La réponse retourne la phrase : ce n'est pas l'ouvrier qui part travailler, c'est le maître de maison qui se lève tôt pour trouver des ouvriers à embaucher. Or celui-là se lève bien avant le jour. La formule reste donc un signe de l'aube.

3
אָמַר רַב סָפְרָא: צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם, מִכִּי מַשְׁחֲרִי כֻּותְלֵי.

Rav Safra a dit : la prière d'Abraham (celle de l'après-midi), à partir du moment où les murs noircissent.

📜 Rachi (2)
צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם תְּפִלַּת הָעֶרֶב שֶׁלּוֹ:
« La prière d'Abraham » — sa prière de l'après-midi (littéralement : du soir).
מִכִּי מַשְׁחֲרִי כֻּותְלֵי חוֹמוֹת הַפּוֹנוֹת לַמִּזְרָח שֶׁהִלְבִּינוּ מֵהָנֵץ הַחַמָּה הַבָּאָה מִן הַמִּזְרָח וְנוֹצֶצֶת עֲלֵיהֶן וּבִתְחִילַּת שֶׁבַע שָׁעוֹת שֶׁהַחַמָּה בְּאֶמְצַע הָרָקִיעַ בְּרֹאשׁ כָּל אָדָם אֵינָהּ עוֹשָׂה עַמּוּד אֶלָּא תַּחְתֵּיהֶן מַשְׁחִירִין אוֹתָן הַכְּתָלִים לְפִי שֶׁאֵין חַמָּה נוֹצֶצֶת אֶלָּא בְּרֹאשׁ הַכֹּותֶל בְּעָובְיוֹ וּמֵיצֵל חֻודּוֹ שֶׁל שְׂפַת עָובְיוֹ עַל זְקִיפַת הַכֹּותֶל וּמַשְׁחֶרֶת מֵהַהִיא שַׁעְתָּא נוֹטִים צִלְלֵי עֶרֶב וְקָרוּי עֶרֶב:
« À partir du moment où les murs noircissent » — les murs tournés vers l'orient, qui ont blanchi dès le lever du soleil venant de l'est et scintillant sur eux. Au début de la septième heure, quand le soleil est au milieu du firmament, au-dessus de la tête de chacun, il ne fait pas de colonne d'ombre sinon en dessous des corps ; alors ces murs noircissent, car le soleil ne brille plus que sur le sommet du mur, sur son épaisseur, et l'arête du bord de cette épaisseur projette son ombre sur la face verticale du mur et la noircit. À partir de cette heure-là, les ombres du soir s'inclinent, et cela s'appelle déjà « soir » (erev).
🪔 Ben Yehoyada (1)
צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם , מִכִּי מַשְׁחֲרִי כֻּתְלֵי. הִקְשׁוּ תּוֹסְפוֹת יְשָׁנִים וְהָא אָמְרִינַן פֶּרֶק תְּפִילַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת כו:) יִצְחָק תִּיקֵּן תְּפִלַּת מִנְחָה, וְתֵירְצוּ בְּשֵׁם רַבֵּנוּ תָּם אַחַר שֶׁתִּיקְּנָהּ יִצְחָק הָיָה אוֹמְרָהּ גַּם אַבְרָהָם עַד כָּאן. וַעֲדַייִן תִּקְשֵׁי אַף עַל גַּב דְּהָיָה אוֹמְרָהּ אַבְרָהָם גַּם כֵּן לָמָּה לֹא יִיחֵס אוֹתָהּ עַל שֵׁם בַּעֲלָהּ יִצְחָק וּקְרָאָהּ 'צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם'? וְנִרְאֶה לִי כֵּיוָן דְּהוּא הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר פֶּתַח הַפֶּתַח הַזֶּה שֶׁל תְּפִלָּה לָכֵן כָּל הַתְּפִלּוֹת שֶׁל יִצְחָק וְיַעֲקֹב נָמֵי נִקְרָאִים עַל שְׁמוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי מַה שֶׁקָּרָא אֶת תְּפִלַּת מִנְחָה 'צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם' מִשּׁוּם דְּכָל תְּפִלָּה צָרִיךְ לָהּ קְרִיאַת שְׁמַע וְאִם לָאו לֹא תַעֲשֶׂה הַתִּיקּוּן הַשַּׁייָּךְ לָהּ וּבִתְפִלַּת מִנְחָה לֹא יֵשׁ קְרִיאַת שְׁמַע וְאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דִּקְרִיאַת שְׁמַע דְּשַׁחֲרִית מוֹעֶלֶת גַּם לִתְפִילַּת הַמִּנְחָה עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא תְּפִלַּת מִנְחָה נִגְמַר תִּיקּוּן שֶׁלָּהּ וְנִשְׁלַם בְּשַׁחֲרִית שֶׁהִיא צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם דְּהַייְנוּ בִּקְרִיאַת שְׁמַע שֶׁיֵּשׁ בָּהּ וּלְכָךְ נִקְרֵאת הַמִּנְחָה עַל שְׁמוֹ שֶׁהוּא צְלוֹתֵיהּ דְּאַבְרָהָם.
« La prière d'Abraham, à partir du moment où les murs noircissent. » Les Tossefot Yechanim ont objecté : n'avons-nous pas dit au chapitre Tefilat ha-chahar (Berakhot 26b) que c'est Its'hak qui a institué la prière de l'après-midi (minha) ? Et ils ont répondu au nom de Rabbenou Tam : après qu'Its'hak l'eut instituée, Abraham la disait lui aussi -- fin de citation. Mais il reste à demander : même si Abraham la disait lui aussi, pourquoi ne pas la rattacher au nom de son auteur, Its'hak, et l'appeler plutôt « la prière d'Abraham » ? Il me semble que, puisqu'il fut le premier à ouvrir cette porte de la prière, toutes les prières d'Its'hak et de Yaakov sont elles aussi appelées de son nom. Et il me semble encore que, s'il a appelé la prière de l'après-midi « la prière d'Abraham », c'est parce que toute prière a besoin de la lecture du Chema -- faute de quoi elle n'accomplit pas la réparation (tikoun) qui lui revient -- or dans la prière de l'après-midi il n'y a pas de lecture du Chema ; et notre maître le Ari, de mémoire bénie, a dit que la lecture du Chema du matin vaut aussi pour la prière de l'après-midi, vois-y. Il se trouve donc que le tikoun de la prière de l'après-midi n'est achevé et complété que par la prière du matin, qui est « la prière d'Abraham », c'est-à-dire par la lecture du Chema qui s'y trouve ; c'est pourquoi la minha est appelée de son nom : « la prière d'Abraham ».
💡 Explication

La Guemara bascule sur une autre horloge d'ombre. Rav Safra fixe le début de la prière de l'après-midi telle qu'Abraham la disait : dès l'instant où les murs commencent à noircir, c'est-à-dire au tout début de la septième heure, sitôt midi passé.

Rachi explique la géométrie : un mur tourné vers l'orient a blanchi au lever du soleil ; à midi le soleil est au zénith et ne projette d'ombre que sous les corps ; des que le soleil bascule vers l'ouest, l'arête du sommet du mur ombre sa propre face verticale et le mur noircit. C'est le premier signe visible que les ombres du soir s'inclinent -- donc que bein ha-arbayim a commencé.

🖼️ Schéma
Ce que Rachi fait voir : pourquoi un mur NOIRCIT au début de la septième heure Le mur regarde l'orient. L'orient est à gauche. Ce n'est pas une métaphore : c'est une horloge d'ombre. 1. LEVER DU SOLEIL La face tournée vers l'est reçoit le soleil de plein fouet : elle BLANCHIT. 2. SIXIÈME HEURE - MIDI Le soleil est au milieu du firmament, au-dessus des têtes : l'ombre n'est que DESSOUS. 3. DÉBUT DE LA SEPTIÈME Le soleil a basculé vers l'ouest : l'arête du sommet ombre la face - le mur NOIRCIT. À partir de cet instant, dit Rachi, les ombres du soir s'inclinent - et cela s'appelle déjà erev : c'est le début de bein ha-arbayim.
Trois moments du jour lus sur une face de mur : l'horloge d'ombre de Rachi.
4
אָמַר רַב יוֹסֵף: אֲנַן מֵאַבְרָהָם נֵיקוּם וְנִיגְמַר?! אָמַר רָבָא: תְּנָא גָּמַר מֵאַבְרָהָם וַאֲנַן לָא גָּמְרִינַן מִינֵּיהּ?! דְּתַנְיָא: ״וּבַיּוֹם הַשְּׁמִינִי יִמּוֹל בְּשַׂר עָרְלָתוֹ״, מְלַמֵּד שֶׁכָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לְמִילָה, אֶלָּא שֶׁהַזְּרִיזִין מַקְדִּימִין לְמִצְוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיַּחֲבֹושׁ וְגוֹ׳״.

Rav Yossef a dit : allons-nous nous lever et apprendre (une halakha) d'Abraham ?! Rava a dit : le tana, lui, a bien appris d'Abraham, et nous, nous n'apprendrions pas de lui ?!

Car il a été enseigné : « Et au huitième jour, la chair de son prépuce sera circoncise » (Lévitique 12,3) — cela enseigne que tout le jour est valable pour la circoncision ; simplement, les zélés devancent pour les mitsvot, ainsi qu'il est dit : « Abraham se leva de bon matin et sella (son âne) », etc. (Genèse 22,3).

📜 Rachi (1)
אֲנַן מֵאַבְרָהָם נֵיקוּם וְנִגְמַר בָּאתָ לְלַמְּדֵנוּ לִהְיוֹת זְרִיזִין כְּאַבְרָהָם:
« Allons-nous apprendre d'Abraham ? » — tu viens nous enseigner d'être zélés comme Abraham ?
🗂️ Tossefot (1)
מַתְנִי' אָמַר לָהֶם הַמְמֻונֶּה צְאוּ וּרְאוּ כו': שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר בפ"ק דִּפְסָחִים (דַּף ד. וְשָׁם) פָּרִיךְ וְנִיבְדֹּוק מִצַּפְרָא מִי לָא תַּנְיָא כָּל הַיּוֹם כָּשֵׁר לְמִילָה אֶלָּא שֶׁהַזְּרִיזִין מַקְדִּימִין שֶׁנֶּאֱמַר וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם וְגוֹ' וְתֵימַהּ הֵיכִי גָּמַר מֵהָכָא דְּאֵין זְרִיזִין מַקְדִּימִין מֵאֻורְתָּא דִּלְמָא מַה שֶׁאַבְרָהָם לֹא עָמַד בַּלַּיְלָה מִשּׁוּם דת"ח לֹא יֵצֵא יְחִידִי בַּלַּיְלָה כִּדְאָמַר בְּפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (חֻולִּין דַּף צֵא.) וי"ל דמש"ה לֹא הָיָה אַבְרָהָם נִמְנָע מִלְּהַשְׁכִּים בַּלַּיְלָה כֵּיוָן דִּשְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִיזּוֹקִין מִיהוּ קָשֶׁה דְּהִיא גּוּפָהּ דְּלָא יָצָא יְחִידִי בַּלַּיְלָה מִוַּיִּשְּׂכֶם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר יָלֵיף הָתָם וְעוֹד קַשְׁיָא כֵּיוָן דִּשְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִיזּוֹקִין לָמָּה נִמְנַע מִלְּהַשְׁכִּים בַּלַּיְלָה מִתּוֹךְ דת"ח אַל יֵצֵא יְחִידִי וי"ל דִּתְרֵי וַיַּשְׁכֵּם כְּתִיבִי חַד בָּעֲקֵידָה וְחַד כְּשֶׁהִתְפַּלֵּל עַל סְדוֹם וְהָכָא מַיְיתֵי קְרָא דַּעֲקֵידָה הִלְכָּךְ פָּרֵיךְ שַׁפִּיר מִינָּהּ בִּפְסָחִים דְּאִי זְרִיזִין מַקְדִּימִין לְמִצְוֹת מֵאֻורְתָּא א"כ אַבְרָהָם נָמֵי לִקְדּוֹם בְּאֻורְתָּא שֶׁהֲרֵי לֹא הָיָה יָרֵא כְּלוּם חֲדָא דִּשְׁלוּחֵי מִצְוָה אֵינָן נִיזּוֹקִין וְעוֹד דִּשְׁנֵי נְעָרָיו עִמּוֹ הָווּ וּבְפֶרֶק גִּיד הַנָּשֶׁה (שָׁם) מַייְתֵי קְרָא דִּסְדוֹם דְּהָתָם יְחִידִי הֲוָה שֶׁלֹּא יִרְאוּ בְּמַפַּלְתָּהּ שֶׁל סְדוֹם כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּאִשְׁתּוֹ שֶׁל לוֹט וְלָא הֲוָה נָמֵי שְׁלִיחַ מִצְוָה כִּי לֹא הָיָה חָפֵץ הקב"ה שֶׁיִּשָּׂא בַּעֲדָם רִנָּה וּתְפִלָּה:
« Michna : le préposé leur dit : sortez et voyez, etc. ; ainsi qu'il est dit : Abraham se leva de bon matin » — Au premier chapitre de Pessahim (4a, et là-bas) on objecte : que l'on fasse la vérification (du hamets) dès le matin ! N'a-t-on pas enseigné que tout le jour est valable pour la circoncision, mais que les zélés devancent, ainsi qu'il est dit « Abraham se leva de bon matin », etc. ? Et c'est étonnant : comment déduire d'ici que les zélés ne devancent pas dès le soir ? Peut-être qu'Abraham ne s'est pas levé de nuit parce qu'un talmid 'hakham ne doit pas sortir seul la nuit, comme il est dit au chapitre Guid ha-nache (Houlin 91a). On peut répondre : pour cette raison-là, Abraham ne se serait pas abstenu de partir des la nuit, puisque les envoyés d'une mitsva ne subissent pas de dommage. Il reste pourtant une difficulté : cette règle elle-même -- qu'on ne sort pas seul la nuit -- est déduite là-bas précisément de « Abraham se leva de bon matin ». Et une autre difficulté : puisque les envoyés d'une mitsva ne subissent pas de dommage, pourquoi se serait-il abstenu de partir de nuit au motif qu'un talmid 'hakham ne sort pas seul ? On peut répondre : deux « va-yachkem » sont écrits, l'un à propos de la ligature d'Its'hak et l'autre lorsqu'il pria pour Sodome ; et ici, c'est le verset de la ligature que l'on cite. Dès lors, on objecte à bon droit à partir de lui dans Pessahim : si les zélés devançaient les mitsvot dès le soir, Abraham aussi aurait dû partir le soir, car il n'avait rien à craindre -- d'une part les envoyés d'une mitsva ne subissent pas de dommage, d'autre part ses deux serviteurs étaient avec lui. Tandis qu'au chapitre Guid ha-nache on cite le verset de Sodome, car là il était seul -- afin qu'ils ne voient pas la ruine de Sodome, comme nous le trouvons pour la femme de Loth -- et il n'était pas non plus envoyé d'une mitsva, puisque le Saint béni soit-Il ne désirait pas qu'il porte pour eux supplication et prière.
💡 Explication

Rav Yossef refuse le procédé : Abraham a vécu avant le don de la Torah, sa conduite ne peut donc fonder une règle horaire pour nous.

Rava réplique par un précédent tanaitique. La baraita sur la mila établit que tout le jour est valable, puis ajoute le principe des zerizin makdimin le-mitsvot -- les zélés devancent -- et le prouve précisément par va-yachkem Avraham ba-boker. Si le tana a appris d'Abraham, l'objection de principe de Rav Yossef tombe.

5
אֶלָּא אָמַר רָבָא: רַב יוֹסֵף הָא קָא קַשְׁיָא לֵיהּ. דִּתְנַן: חָל עַרְבֵי פְּסָחִים לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, נִשְׁחָט בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה, וְקָרֵב בְּשֶׁבַע וּמֶחֱצָה. וְנִשְׁחֲטֵיהּ מִכִּי מַשְׁחֲרִי כֻּותְלֵי!

Plutôt, Rava a dit : voici ce qui faisait difficulté à Rav Yossef. Car nous avons appris : lorsque la veille de Pessa'h tombe la veille de Chabbat, (le tamid) est abattu à six heures et demie et offert à sept heures et demie.

Or, qu'on l'abatte dès que les murs noircissent !

📜 Rachi (1)
חָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת הֻוצְרַךְ לְמַהֵר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם בְּכָל יְכֹולֶת לְפִי שֶׁפְּסָחִים נִשְׁחֲטוּ אַחֲרָיו וְצָרִיךְ לִצְלוֹתָן מִבְּעוֹד יוֹם וְאָמְרִינַן הָתָם מוֹקְמִינַן לֵיהּ אַדִּינֵיהּ מִכִּי יִנָּטוּ צִלְלֵי עֶרֶב וְקָתָנֵי נִשְׁחַט הַתָּמִיד בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה וְאִי מִכִּי מַשְׁחֲרִי כֻּותְלֵי מִיקְּרֵי בֵּין הָעַרְבַּיִם נִשְׁחֲטֵיהּ מִכִּי מַשְׁחֲרִי דְּהַיְינוּ מִתְּחִלַּת שֶׁבַע:
« Lorsque cela tombe la veille de Chabbat » — il fallait hâter le tamid de l'après-midi de tout son pouvoir, car les agneaux pascals étaient abattus après lui et il faut les rôtir tant qu'il fait jour. Et nous disons là-bas qu'on le maintient à sa règle : à partir du moment où les ombres du soir s'inclinent. Or on enseigne que le tamid est abattu à six heures et demie ; et si « à partir du moment où les murs noircissent » s'appelle bein ha-arbayim, qu'on l'abatte dès que les murs noircissent, c'est-à-dire dès le début de la septième heure.
💡 Explication

Rava requalifie l'objection : ce n'est pas le principe (apprendre d'Abraham) qui gênait Rav Yossef, c'est un conflit d'horaires.

Le cas est celui de la plus grande hâte possible : veille de Pessa'h tombant veille de Chabbat, il faut abattre le tamid tôt pour que tous les agneaux pascals soient abattus et rôtis avant l'entrée de Chabbat. Et pourtant la michna fixe la chehita à six heures et demie, non à midi. Si bein ha-arbayim commençait vraiment dès que les murs noircissent -- c'est-à-dire dès le début de la septième heure -- on aurait gagné une demi-heure. Preuve, semble-t-il, qu'on n'apprend pas d'Abraham.

🖼️ Schéma
La demi-heure qui fait toute l'objection de Rav Yossef Veille de Pessa'h tombant veille de Chabbat : on hâte le tamid autant qu'on peut. Autant qu'on peut - mais pas plus tôt que 6 h et demie. MIDI - fin de la 6e heure Rav Safra : les murs noircissent. La prière d'Abraham commence ici. 6 h et demie Chehita du tamid de l'après-midi. 7 h et demie Offrande sur l'autel - puis les pessahim. Pourquoi attendre ? Réponse : les murs du Mikdach, larges en bas et rétrécis vers le haut, ne noircissent justement qu'à 6 h et demie. La demi-heure n'est pas perdue.
La demi-heure litigieuse : entre midi, où les murs noircissent, et 6 h et demie, où l'on abat le tamid.
6
מַאי קוּשְׁיָא? וְדִילְמָא כֻּותְלֵי דְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בְּשֵׁשׁ וּמֶחֱצָה מַשְׁחֲרִי, מִשּׁוּם דְּלָא מְכַוְּונִי טוּבָא. אִי נָמֵי, שָׁאנֵי אַבְרָהָם דְּאִיצְטַגְנִינוּת גְּדוֹלָה הָיְתָה בְּלִבּוֹ. אִי נָמֵי, מִשּׁוּם דְּזָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה הֲוָה. דְּאָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: מִימֵיהֶן שֶׁל אֲבוֹתֵינוּ לֹא פָּרְשָׁה יְשִׁיבָה מֵהֶם.

Quelle est la difficulté ? Peut-être que les murs du Temple ne noircissent qu'à six heures et demie, parce qu'ils ne sont pas parfaitement d'aplomb.

Ou bien : Abraham est différent, car une grande science des astres (itstagninout) était dans son cœur. Ou bien : parce qu'il était un ancien assis à la yechiva.

Car Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina a dit : de tous les jours de nos pères, l'étude (yechiva) ne s'est jamais séparée d'eux.

📜 Rachi (2)
דְּלָא מְכַוְּונִי לָא הָווּ זְקוּפִים בְּצִמְצוּם וּלְפִי שֶׁהַחוֹמָה הָיְתָה רְחָבָה מִלְּמַטָּה וְהוֹלֶכֶת וּמִתְקַצֶּרֶת וְעוֹלָה וּלְפִיכָךְ אֵין חֻודּוֹ שֶׁל שְׂפַת עָובְיוֹ לְמַעְלָה מֵיצֵל עַל זְקִיפָתוֹ לְהַשְׁחִירוֹ עַד שֶׁתִּימָּשֵׁךְ חַמָּה לַמַּעֲרָב:
« Qu'ils ne sont pas d'aplomb » — ils n'étaient pas rigoureusement verticaux : le mur était large en bas et allait se rétrécissant en montant ; c'est pourquoi l'arête du bord supérieur de son épaisseur ne projette pas d'ombre sur sa face verticale pour la noircir avant que le soleil ne se soit avancé vers l'occident.
אִיצְטַגְנִינוּת לִהְיוֹת בָּקִי בַּהֲלִיכוֹת הַמַּזָּלוֹת וּתְחִילּוֹת הַשָּׁעוֹת דְּהָכִי תַּנְיָא בְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף טז:) וַה' בֵּרַךְ אֶת אַבְרָהָם בַּכֹּל אִיצְטַגְנִינוּת גְּדוֹלָה הָיְתָה בְּלִבּוֹ וְכָל מַלְכֵי מִזְרָח וּמַעֲרָב מַשְׁכִּימִין לְפִתְחוֹ לִשְׁאוֹל בַּמַּזָּלוֹת:
« Itstagninout » — être expert dans les mouvements des constellations et dans le commencement des heures. Car ainsi a-t-il été enseigné dans Baba Batra (16b) : « et Hachem bénit Abraham en tout » — une grande science des astres était dans son cœur, et tous les rois d'orient et d'occident se levaient tôt à sa porte pour l'interroger sur les astres.
💡 Explication

La Guemara démonte l'objection par trois voies. La première est architecturale : les murs du Temple n'étaient pas rigoureusement verticaux mais en fruit -- larges à la base, rétrécis vers le haut. L'arête supérieure ne vient donc ombrer la face qu'un peu plus tard : précisément à six heures et demie. Aucun conflit.

Les deux autres portent sur l'homme et non sur le mur : Abraham était astronome (itstagninout), capable de lire l'instant exact du basculement solaire que d'autres n'identifient qu'après une demi-heure ; et il était zaken yochev bi-yechiva, ancien de l'étude. Cette dernière réponse va commander toute la suite du daf.

7
הָיוּ בְּמִצְרַיִם — יְשִׁיבָה עִמָּהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לֵךְ וְאָסַפְתָּ אֶת זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל״. הָיוּ בַּמִּדְבָּר — יְשִׁיבָה עִמָּהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֶסְפָה לִּי שִׁבְעִים אִישׁ מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל״. אַבְרָהָם אָבִינוּ, זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַבְרָהָם זָקֵן בָּא בַּיָּמִים״. יִצְחָק אָבִינוּ, זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה הָיָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כִּי זָקֵן יִצְחָק״. יַעֲקֹב אָבִינוּ, זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה הָיָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעֵינֵי יִשְׂרָאֵל כָּבְדוּ מִזֹּוקֶן״.

Ils étaient en Égypte — l'étude était avec eux, ainsi qu'il est dit : « Va et rassemble les anciens d'Israël » (Exode 3,16). Ils étaient au désert — l'étude était avec eux, ainsi qu'il est dit : « Rassemble-moi soixante-dix hommes parmi les anciens d'Israël » (Nombres 11,16).

Abraham notre père était un ancien assis à la yechiva, ainsi qu'il est dit : « Et Abraham était vieux, avancé en jours » (Genèse 24,1). Its'hak notre père était un ancien assis à la yechiva, ainsi qu'il est dit : « Et il advint, lorsque Its'hak fut vieux » (Genèse 27,1).

Yaakov notre père était un ancien assis à la yechiva, ainsi qu'il est dit : « Et les yeux d'Israël étaient alourdis par la vieillesse » (Genèse 48,10).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אַבְרָהָם אָבִינוּ זָקֵן וְיוֹשֵׁב הֲוָה, שֶׁנֶּאֱמַר: (בְּרֵאשִׁית כד, א) "וְאַבְרָהָם זָקֵן בָּא בַּיָּמִים". נִרְאֶה לִי דְּיָלֵיף לָהּ כֵּיוָן דִּכְתִיב 'בָּא בַּיָּמִים' לְמַאי אִצְטְרִיךְ לוֹמַר 'זָקֵן'? לְכָךְ מְפָרֵשׁ יוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה וְהַייְנוּ זָקֵן שֶׁקָּנָה חָכְמָה, וְכֵן בְּיִצְחָק אַמַּאי כָּתַב (בְּרֵאשִׁית כז, א) 'וַיְהִי כִּי זָקֵן יִצְחָק' מֵאַחַר דְּאָמַר בַּפָּסוּק הַשֵּׁנִי 'הִנֵּה נָא זָקַנְתִּי' וְכֵן בְּיַעֲקֹב דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית מח, י) 'וְעֵינֵי יִשְׂרָאֵל כָּבְדוּ מִזֹּקֶן לֹא יוּכַל לִרְאוֹת' דְּאַמַּאי אָמַר מִזָּקֵן כֵּיוָן דְּאָמַר 'וְעֵינֵי יִשְׂרָאֵל כָּבְדוּ', 'לֹא יוּכַל לִרְאוֹת'? אֶלָּא וַדַּאי מִזָּקֵן הַיְינוּ זֹוקֶן דְּחָכְמָה דְּהָיָה יוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה וְיָדוּעַ דְּרִבּוּי הַיְּשִׁיבָה קָשֶׁה לַתַּחְתּוֹנִיּוֹת וּכְמוֹ שֶׁשָּׁלְחוּ מִמַּעֲרָבָא לְרָבָא וְחֹולִי הַתַּחְתּוֹנִיּוֹת קָשֶׁה לָעֵינַייִם ,וְכֵן אֱלִיעֶזֶר דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כד, ב) 'הַמָּשָׁל בְּכָל אֲשֶׁר לוֹ' וּמִצַּד הַמָּמוֹן אֵין לְייַחֵס מֶמְשָׁלָה לָעֶבֶד מֵאַחַר דְּיָדוֹ כְּיַד רַבּוֹ אֶלָּא וַדַּאי צָרִיךְ לוֹמַר הַמָּשָׁל בְּתוֹרַת רַבּוֹ וְאָז מִמֵּילָא נִלְמַד הַאי 'זְקַן בֵּיתוֹ' קָאֵי עַל חָכְמָה שֶׁהָיָה חָכָם וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה, וְעַיֵּין מַה שֶׁאָמַר מָהַרְשָׁ"א זַ"ל בָּזֶה. וְדַע דְּהָא דְּקָרֵי לְמִי שֶׁקָּנָה חָכְמָה יוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה מִפְּנֵי שֶׁאָמַר הַתַּנָּא בְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ב, ז) מַרְבֶּה יְשִׁיבָה, מְרַבֶּה חָכְמָה.
« Abraham notre père était un ancien assis (à la yechiva), ainsi qu'il est dit (Genèse 24,1) : Et Abraham était vieux, avancé en jours. » Il me semble qu'il le déduit ainsi : puisqu'il est écrit « avancé en jours », à quoi bon dire encore « vieux » ? C'est pourquoi il l'explique : assis à la yechiva -- c'est-à-dire l'ancien qui a acquis la sagesse. De même pour Its'hak : pourquoi écrire (Genèse 27,1) « et il advint que Its'hak fut vieux », alors qu'il dit lui-même au second verset « voici, j'ai vieilli » ? Et de même pour Yaakov, dont il est écrit (Genèse 48,10) « et les yeux d'Israël étaient alourdis par la vieillesse, il ne pouvait plus voir » : pourquoi dire « par la vieillesse », puisqu'il a déjà dit « les yeux d'Israël étaient alourdis, il ne pouvait plus voir » ? C'est donc bien que « par la vieillesse » désigne la vieillesse de la sagesse, car il était assis à la yechiva -- et l'on sait que l'assise prolongée est mauvaise pour les hémorroïdes (tahtoniyot), comme on l'envoya d'Occident à Rava, et que le mal des hémorroïdes est mauvais pour les yeux. Et de même pour Eliezer, dont il est écrit (Genèse 24,2) « qui gouvernait tout ce qui était à lui » : du côté des biens, on ne saurait attribuer un gouvernement à un serviteur, puisque sa main est la main de son maître ; il faut donc dire nécessairement qu'il gouvernait dans la Torah de son maître. Et alors on apprend de soi-même que ce « l'ancien de sa maison » porte sur la sagesse : il était sage et assis à la yechiva. Vois ce qu'en a dit le Maharcha, de mémoire bénie. Et sache que si l'on appelle « assis à la yechiva » celui qui a acquis la sagesse, c'est d'après ce qu'a dit le tana dans les Maximes des Pères (Avot 2,7) : qui multiplie l'assise multiplie la sagesse.
💡 Explication

La preuve repose à chaque fois sur un mot de trop. Si le verset dit déjà « avancé en jours », le mot zaken ne peut plus désigner l'âge : il désigne donc celui qui a acquis la sagesse. Même lecture pour Its'hak, qui dit lui-même au verset suivant « j'ai vieilli », et pour Yaakov, dont les yeux étaient déjà dits alourdis.

La liste remonte l'histoire dans les deux sens : l'Égypte et le désert prouvent que l'institution ne s'est jamais interrompue ; les trois pères prouvent qu'elle était là dès l'origine.

🖼️ Schéma
La chaîne ininterrompue : où la Guemara lit le mot zaken À chaque fois, un mot de trop dans le verset. Ce mot de trop, on le lit : ancien au sens de qui a acquis la sagesse. ABRAHAM zaken ba ba-yamim Genèse 24,1 Si ba ba-yamim dit l'âge, zaken dit autre chose. -> ITS'HAK ki zaken Yitshak Genèse 27,1 Il dit déjà lui-même au verset suivant : j'ai vieilli. -> YAAKOV kavdou mi-zoken Genèse 48,10 Ses yeux étaient lourds : mi-zoken est de trop. -> EN ÉGYPTE assemble les anciens Exode 3,16 Il y avait donc des sages parmi eux, dans l'exil. -> AU DÉSERT soixante-dix hommes Nombres 11,16 Le beit din du désert est déjà une yechiva. ET MÊME LE SERVITEUR - Eliezer, zekan beito ha-mochel be-khôl acher lo (Genèse 24,2) R. Elazar : mochel non pas sur les biens - la main du serviteur est celle de son maître - mais sur la TORAH de son maître. Et Damessek Eliezer, notarikon : doleh ou-machke - il puisait et faisait boire aux autres de la Torah de son maître. R. Hama fils de R. Hanina : de tous les jours de nos pères, l'étude ne s'est jamais séparée d'eux. Ben Yehoyada : si l'on dit yochev bi-yechiva pour dire sage, c'est d'après Avot 2,7 - qui multiplie l'assise multiplie la sagesse.
La chaîne des anciens, et le mot en trop qui sert de preuve dans chaque verset.
8
אֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם, זָקֵן וְיוֹשֵׁב בִּישִׁיבָה הָיָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל עַבְדּוֹ זְקַן בֵּיתוֹ הַמֹּשֵׁל בְּכָל אֲשֶׁר לוֹ״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שֶׁמּוֹשֵׁל בְּתוֹרַת רַבּוֹ. ״הוּא דַּמֶּשֶׂק אֱלִיעֶזֶר״ — אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: שֶׁדּוֹלֶה וּמַשְׁקֶה מִתּוֹרָתוֹ שֶׁל רַבּוֹ לַאֲחֵרִים.

Eliezer, serviteur d'Abraham, était un ancien assis à la yechiva, ainsi qu'il est dit : « Abraham dit à son serviteur, l'ancien de sa maison, qui gouvernait tout ce qui était à lui » (Genèse 24,2). Rabbi Elazar a dit : (cela veut dire) qu'il gouvernait dans la Torah de son maître.

« C'est Damessek Eliezer » (Genèse 15,2) — Rabbi Elazar a dit : (Damessek veut dire) qu'il puisait et faisait boire aux autres de la Torah de son maître.

📜 Rachi (1)
דּוֹלֶה וּמַשְׁקֶה נוֹטָרִיקוֹן שֶׁל דַּמֶּשֶׂק:
« Il puisait et faisait boire » — notarikon (acronyme) de « Damessek ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא נָקֵיט 'אֱלִיעֶזֶר עֶבֶד אַבְרָהָם' שֶׁהָיָה חָכָם גָּדוֹל בַּתּוֹרָה וְצַדִּיק גָּמוּר כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ (יוֹמָא כח:) דַּמֶּשֶׂק אֱלִיעֶזֶר (בְּרֵאשִׁית טו, ב) שֶׁדּוֹלֶה וּמַשְׁקֶה מִתּוֹרַת רַבּוֹ לַאֲחֵרִים וְכֵן אָמְרוּ (בְּרֵאשִׁית רַבָּה נט) 'הַמָּשָׁל בְּכָל אֲשֶׁר לוֹ' (בְּרֵאשִׁית כד, ב) שֶׁהָיָה שׁוֹלֵט בְּיִצְרוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לֹא רָצָה לְהָבִיא מִדּוֹרוֹת שֶׁהָיוּ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה אֶלָּא מִדּוֹרוֹת שֶׁאַחַר מַתַּן תּוֹרָה. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי דְּתַנָּא זֶה הָיָה בִּזְמַן רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְלָכֵן נָקֵיט טָבִי שֶׁהָיָה בְּדוֹרוֹ וְיִוָּדְעוּ וּמַכִּירוֹ. אוֹ יוּבַן דְּאִיתָא בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דַּף כ"ט דְּרוּחַ הֶבֶל מַה שֶׁלָּקַח חָם נִיתַּן בְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל יְעֻויַּן שָׁם. גַּם הָרַב קְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל כָּתַב בְּשֵׁם רַבֵּינוּ זַ"ל דְּכוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס הָיָה מִשֹּׁורֶשׁ כְּנַעַן וְנִתְגַּלְגֵּל בְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְכָךְ אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֵין טָבִי כִּשְׁאָר עֲבָדִים כָּשֵׁר הָיָה אוֹתִיּוֹת כְּרָשׁ עַיֵּין שָׁם. נִמְצָא בְּטָבִי הָיָה כְּנַעַן וְהָיָה חָם וְלָכֵן הִזְכִּיר אֶת טָבִי בְּעִנְיָן זֶה שֶׁל חָם וּכְנַעַן.
« Comme Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel. » Il y a lieu de demander : pourquoi ne pas avoir pris « Eliezer, serviteur d'Abraham », qui était un grand sage en Torah et un juste parfait, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Yoma 28b) : « Damessek Eliezer » (Genèse 15,2) — qu'il puisait et faisait boire aux autres de la Torah de son maître ; et de même ont-ils dit (Berechit Rabba 59) que « qui gouvernait tout ce qui était à lui » (Genèse 24,2) signifie qu'il gouvernait son propre penchant ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il n'a pas voulu apporter un exemple des générations antérieures au don de la Torah, mais seulement des générations postérieures. Ou bien il me semble que ce tana vivait au temps de Rabban Gamliel, et qu'il a donc pris Tavi, qui était de sa génération, qu'il connaissait et reconnaissait. Ou encore cela se comprendra par ce qui figure dans le Chaar ha-Guilgoulim (feuillet 29) : le souffle (roua'h hevel) qu'avait pris Ham fut donné à Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel, vois-y. De même, le Rav Kehilat Yaakov, de mémoire bénie, a écrit au nom de notre maître (le Ari), de mémoire bénie, que Cyrus roi de Perse était de la racine de Canaan et qu'il se réincarna (nitgalgel) dans Tavi, le serviteur de Rabban Gamliel ; c'est pourquoi Rabban Gamliel a dit : Tavi n'est pas comme les autres serviteurs, il était « kacher » — les mêmes lettres que « Koresh » (Cyrus), vois-y. Il se trouve donc qu'il y avait en Tavi Canaan et Ham, et c'est pourquoi il a mentionné Tavi dans ce sujet même de Ham et de Canaan.
💡 Explication

La chaîne s'étend au-delà de la lignée : même le serviteur était un homme d'étude. La preuve est fine -- un serviteur ne peut pas être dit « gouverner les biens », puisque sa main est juridiquement la main de son maître ; le gouvernement dont parle le verset doit donc porter sur autre chose : sur la Torah de son maître.

Le nom même le dit : Damessek est lu en notarikon -- doleh ou-machke, il puise et fait boire. Non seulement il avait reçu, mais il transmettait à d'autres.

9
אָמַר רַב: קִייֵּם אַבְרָהָם אָבִינוּ כָּל הַתּוֹרָה כֻּולָּהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵקֶב אֲשֶׁר שָׁמַע אַבְרָהָם בְּקֹולִי וְגוֹ׳״. אֲמַר לֵיהּ רַב שִׁימִי בַּר חִייָּא לְרַב: וְאֵימָא שֶׁבַע מִצְוֹת? הָא אִיכָּא נָמֵי מִילָה! וְאֵימָא שֶׁבַע מִצְוֹת וּמִילָה! אֲמַר לֵיהּ: אִם כֵּן ״מִצְוֹתַי וְתוֹרֹותָי״ לָמָּה לִי?

Rav a dit : Abraham notre père a accompli la Torah tout entière, ainsi qu'il est dit : « Parce qu'(ekev) Abraham a écouté ma voix », etc. (Genèse 26,5).

Rav Chimi bar Hiya dit à Rav : mais dis plutôt qu'il s'agit des sept mitsvot (des fils de Noé) ! — Mais il y a aussi la circoncision ! — Dis alors : les sept mitsvot et la circoncision ! Il lui dit : s'il en est ainsi, à quoi bon « mes commandements et mes Torot » ?

📜 Rachi (1)
שֶׁבַע מִצְוֹת שֶׁנִּצְטַוּוּ לִשְׁאָר כָּל בְּנֵי נֹחַ אֲבָל תּוֹרָה לֹא נִתְּנָה לוֹ:
« Les sept mitsvot » — celles qui furent ordonnées à tout le reste des fils de Noé ; mais la Torah, elle, ne lui fut pas donnée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קִים אַבְרָהָם אָבִינוּ אֶת כָּל הַתּוֹרָה כֻּלָּהּ. מַקְשִׁים וַהֲלֹא דָּבָר זֶה הוּא מִשְׁנָה עֲרוּכָה בְּסוֹף קִדּוּשִׁין (קִידּוּשִׁין פב.) וְכִי רַב מַתְנִיתִין קָא מַשְׁמָע לַן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַמִּשְׁנָה כָּתוּב 'עָשָׂה' וְלָא גָּרְסִינַן 'קִיֵּים' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מָהַרְשָׁ"א זַ"ל וְכָאן קָאָמַר רַב 'קִיֵּים' וְהַייְנוּ כִּי מִי שֶׁאֵינוֹ מְצֻוֶּה וְעוֹשֶׂה אַף עַל גַּב דִּמְקַבֵּל שָׂכָר אֵין נַעֲשֶׂה עַל יְדֵי בַּמִּצְוָה הַהִיא פֹּועַל רוּחָנִי לְמַעְלָה, אֲבָל הַמִּצְוָה וְעוֹשֶׂה גּוֹרֵם שֶׁנַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי פּוֹעֵל בְּרוּחָנִיּוּת לְמַעְלָה בִּמְקוֹם שֹׁורֶשׁ הַמִּצְוָה, וְכָל פּוֹעֵל רוּחָנִי יִשָּׁאֵר קַיָּים וְלָכֵן עַל הַמִּצְוָה וְעוֹשֶׂה שַׁיָּיךְ לוֹמַר 'קַייָּם' שֶׁעוֹשֶׂה בִּפְעֻולָּתוֹ קִיּוּם וְהִנֵּה אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה אַף עַל גַּב שֶׁלֹּא הָיָה מִצְוָה וְעוֹשֶׂה בַּתּוֹרָה אֶלָּא אֵינוֹ מִצְוָה וְעוֹשֶׂה עִם כָּל זֶה שַׁיָּיךְ בּוֹ לְשׁוֹן קִיּוּם כִּי לְרֹוב קְדֻושָּׁתוֹ אַף עַל פִּי שֶׁלֹּא נִצְטַוָּה עוֹשֶׂה פּוֹעֵל בְּרוּחָנִיּוּת לְמַעְלָה. וְזֶה הַחִידּוּשׁ אֲתָא רַב לְלַמְּדֵנוּ אַף עַל גַּב דְּהַתַּנָּא אָמַר 'אַבְרָהָם אָבִינוּ עָשָׂה כָּל הַתּוֹרָה' הִנֵּה הָאֱמֶת הוּא דְּ'קִיֵּים כָּל הַתּוֹרָה' שֶׁהָיָה פּוֹעֵל בְּרוּחָנִיּוּת, וְלָכֵן שַׁיָּיךְ בּוֹ לְשׁוֹן קַייָּם וְאֶפְשָׁר דְּרַב לָא פְּלִיג עַל דִּבְרֵי הַתַּנָּא אֶלָּא אֲתָא לְפָרֵשׁ דְּבָרָיו.
« Abraham notre père a accompli la Torah tout entière. » On objecte : mais cela est une michna explicite à la fin de Kidouchin (82a) ! Rav viendrait-il nous enseigner une michna ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans la michna il est écrit « il a fait » (asa) et que l'on n'y lit pas « il a accompli » (kiyem), comme l'a écrit le Maharcha, de mémoire bénie ; tandis qu'ici Rav dit « il a accompli ». Et voici pourquoi : celui qui n'est pas commandé et qui agit, bien qu'il reçoive une récompense, ne produit pas par cette mitsva d'action spirituelle en haut ; mais celui qui est commandé et qui agit fait qu'une action s'accomplisse par lui, dans le monde spirituel, en haut, au lieu de la racine de cette mitsva -- et toute action spirituelle demeure subsistante (kayam). C'est pourquoi, à propos de celui qui est commandé et qui agit, il convient de dire « il a accompli » (kiyem), car il produit par son acte une subsistance. Or Abraham notre père, paix sur lui, bien qu'il ne fût pas « commandé et agissant » dans la Torah mais « non commandé et agissant », le terme d'accomplissement lui convient tout de même, car par la grandeur de sa sainteté, quoique non commandé, il produisait une action dans le monde spirituel, en haut. Et c'est cette nouveauté que Rav est venu nous enseigner : bien que le tana ait dit « Abraham notre père a fait toute la Torah », la vérité est qu'« il a accompli toute la Torah », car il agissait dans le monde spirituel -- et c'est pourquoi le terme « accompli » lui convient. Il est même possible que Rav ne conteste pas les paroles du tana, mais vienne les expliquer.
💡 Explication

La discussion procède par minimalisation successive. Rav Chimi bar Hiya essaie de réduire le verset au plus petit contenu possible : les sept mitsvot des fils de Noé, seules obligatoires avant le Sinaï. On lui oppose la mila, qui n'en fait pas partie et qu'Abraham a pourtant reçue. Il ajuste : les sept plus la mila.

Rav tranche par l'économie du verset : si le contenu se limitait à cela, les mots mitsvotai ve-torotai resteraient sans emploi. Un verset ne parle pas pour rien -- donc Abraham a accompli davantage, et en fait la Torah entière.

🖼️ Schéma
Un verset, cinq mots - et l'escalier qui mène jusqu'à l'erouv tavchilin Chaque proposition minimale est essayée, puis brisée par un mot du verset qui resterait sans emploi. Genèse 26,5 : ekev acher chama Avraham be-koli, va-yichmor michmarti, MITSVOTAI, houkotai, VE-TOROTAI Parce qu'Abraham a écouté ma voix, et a gardé ma garde, mes commandements, mes décrets et mes Torot. PROPOSITION 1 (Rav Chimi bar Hiya) - seulement les sept mitsvot des fils de Noé Rachi : celles qui furent ordonnées à tous les fils de Noé. La Torah, elle, ne lui a pas été donnée. BRISÉE PAR : et la circoncision, alors ? Elle n'est pas des sept. PROPOSITION 2 - les sept mitsvot ET la circoncision C'est déjà plus que les sept : la mila est un ordre reçu en propre. BRISÉE PAR : si c'est tout, à quoi bon mitsvotai ve-torotai ? Deux mots resteraient vides. CONCLUSION (Rav) - Abraham notre père a accompli TOUTE la Torah Avant qu'elle ne soit donnée. Aucun mot du verset ne reste alors sans emploi. EXTENSION (Rav, ou Rav Achi) - même l'erouv tavchilin Rachi : ce n'est pas une halakha de Moché au Sinaï, mais une institution des Sages - à venir, des siècles plus tard. Appui : torotai est au PLURIEL - l'une la Torah écrite, l'autre la Torah orale, avec tous ses détails.
L'escalier du verset : chaque proposition minimale est brisée par un mot qui resterait vide.
10
אָמַר (רַב), וְאִיתֵּימָא רַב אַשִּׁי: קִיֵּים אַבְרָהָם אָבִינוּ אֲפִילּוּ עֵירוּבֵי תַבְשִׁילִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תּוֹרוֹתַי״, אַחַת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וְאַחַת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה.

Rav a dit — et certains disent : Rav Achi — Abraham notre père a accompli même l'erouv tavchilin, ainsi qu'il est dit : « mes Torot » — l'une la Torah écrite, l'autre la Torah orale.

📜 Rachi (1)
אֲפִילּוּ עֵירוּבֵי תַּבְשִׁילִין שֶׁאֵינוֹ הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי אֶלָּא תַּקָּנַת סוֹפְרִים שֶׁעֲתִידִין לְתַקֵּן:
« Même l'erouv tavchilin » — qui n'est pas une halakha (donnée) à Moché au Sinaï, mais une institution des Scribes, que ceux-ci devaient instituer dans l'avenir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קִיֵּם אַבְרָהָם אָבִינוּ אֲפִלּוּ עֵרוּבֵי תַבְשִׁילִין. נִרְאֶה לִי בס"ד דֶּרֶךְ הֲלָצָה דְּמַה שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית יח, ח) 'וַיִּקַּח חֶמְאָה וְחָלָב וּבֶן הַבָּקָר אֲשֶׁר עָשָׂה וַיִּתֵּן לִפְנֵיהֶם וְהוּא עֹמֵד עֲלֵיהֶם' הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּאֵין לְהַנִּיחַ עַל שֻׁלְחָן אֶחָד בָּשָׂר וְחָלָב אַף עַל גַּב דְּאוֹכֵל הֶחָלָב תְּחִילָּה וְאַחַר רְחִיצָה וְקִנּוּחַ פֹּה אוֹכֵל הַבָּשָׂר גְּזֵרָה שֶׁמָּא יֹאכַל מִשְּׁנֵיהֶם, אֲבָל אִם יֵשׁ אֶחָד שׁוֹמֵר אוֹתוֹ לָא חָיְישִׁינַן, וְכֵיוָן שֶׁנָּתַן לִפְנֵיהֶם חָלָב וּבָשָׂר הֻוצְרַךְ לַעֲמֹוד עֲלֵיהֶם תַּחַת הָעֵץ לְשָׁומְרָם. וְלָזֶה אָמַר קִים עֵרוּבֵי תַּבְשִׁילִין רוֹצֶה לוֹמַר גַּם חֲשָׁשָׁה שֶׁל עֵירוּב תַּבְשִׁילִין שֶׁהֵם נֶגְדִּיִּים וְהַפְכִּיִּים עַל שֻׁלְחָן אֶחָד קַיָּים לַעֲשׂוֹת תִּיקּוּן לָזֶה עַל יְדֵי שְׁמִירָה שֶׁלּוֹ.
« Abraham notre père a accompli même l'erouv tavchilin. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, en manier de boutade (derekh halatsa), que ce qui est dit (Genèse 18,8) « il prit du beurre et du lait et le veau qu'il avait préparé, et il le mit devant eux, et lui se tenait debout auprès d'eux » s'explique ainsi : on ne doit pas poser sur une même table de la viande et du lait -- même si l'on mange d'abord le laitage puis, après s'être lavé et s'être essuyé la bouche, la viande -- par décret, de peur que l'on ne mange des deux ; mais s'il y a quelqu'un qui monte la garde, on ne craint pas. Or, puisqu'il avait mis devant eux du lait et de la viande, il lui fallut se tenir auprès d'eux, sous l'arbre, pour les surveiller. C'est en ce sens qu'il est dit : il a accompli l'erouv tavchilin -- c'est-à-dire que même la crainte d'un « mélange de mets » opposés et contraires sur une seule table, il l'a accomplie, en y portant remède par sa propre surveillance.
💡 Explication

Le point extrême de l'affirmation. L'erouv tavchilin n'est pas une halakha reçue de Moché au Sinaï : c'est une institution rabbinique, décidée des siècles après Abraham, pour permettre de cuisiner un jour de fête en vue de Chabbat.

L'appui est grammatical : torotai est au pluriel. Deux Torot -- l'écrite et l'orale. Or la Torah orale contient aussi ce qui sera institué plus tard par les Sages. Abraham l'aurait donc anticipé jusque dans ses détails rabbiniques.

11
מַתְיָא בֶּן שְׁמוּאֵל אוֹמֵר וְכוּ׳ וְהוּא אוֹמֵר הֵן. מַאן אָמַר ״הֵן״? אִילֵּימָא הָךְ דְּקָאֵי אַאִיגָּרָא — הוּא חָלֵים וְהוּא מְפַשַּׁר?! אֶלָּא הָךְ דְּקָאֵי אַאַרְעָא, מְנָא יָדַע?

« Matya ben Chmouel dit », etc., « et il répond : oui ». Qui dit « oui » ?

Si tu dis que c'est celui qui se tient sur le toit — il rêve et il interprète lui-même ?! Mais alors, celui qui se tient à terre — d'où le sait-il ?

📜 Rachi (1)
וְאִיהוּ מְפַשַּׁר פּוֹתֵר הַחֲלוֹם כְּלוֹמַר הוּא שׁוֹאֵל הוּא מֵשִׁיב:
« Et lui interprète » — il interprète le rêve ; c'est-à-dire : c'est lui qui demande et c'est lui qui répond.
💡 Explication

Retour à la michna. Elle rapporte un dialogue -- une question, puis un « hen » (oui) -- sans nommer les voix. La Guemara veut savoir qui répond.

Les deux hypothèses semblent d'abord bloquées. Si c'est l'homme du toit, alors il pose la question et il y répond : Rachi rend l'expression araméenne par l'image de celui qui rêve et interprète son propre rêve. Et si c'est celui d'en bas, comment saurait-il -- il ne voit rien, c'est bien pour cela qu'on a posté un guetteur.

12
אִיבָּעֵית אֵימָא — הַךְ דְּקָאֵי אַאַרְעָא, וְאִיבָּעֵית אֵימָא — הַךְ דְּקָאֵי אַאִיגָּרָא. אִיבָּעֵית אֵימָא הָךְ דְּקָאֵי אַאִיגָּרָא, אָמַר אִיהוּ: ״הֵאִיר פְּנֵי כָּל הַמִּזְרָח!״, וְאָמַר לֵיהּ הָךְ דְּקָאֵי אַאַרְעָא: ״עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן?״, וַאֲמַר לֵיהּ אִיהוּ: ״הֵן!״.

Si tu veux, dis : c'est celui qui se tient à terre ; et si tu veux, dis : c'est celui qui se tient sur le toit. Si tu veux dire que c'est celui qui se tient sur le toit : lui a dit « Toute la face de l'orient s'est éclairée ! » ; celui qui se tient à terre lui a dit : « Jusqu'à Hebron ? » ; et lui a répondu : « Oui ! »

📜 Rachi (2)
אָמַר אִיהוּ זֶה שֶׁעַל הַגַּג:
« Lui a dit » — celui qui est sur le toit.
עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן שְׁאֵילָה הִיא:
« Jusqu'à Hebron » — c'est une question.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אִיבָּעֵית אֵימָא הָךְ דְּקָאֵי אַאִגָּרָא. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לְאִיבַּעְיַת אֵימָא זוֹ לָמָּה לֹא אָמַר זֶה דְּקָאֵי אַאִיגָּרָא דָּבָר שָׁלֵם מֵעִיקָּרָא דְּהָיָה לוֹ לוֹמַר הֵאִיר פְּנֵי הַמִּזְרָח עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן כְּדֵי שֶׁלֹּא יִצְטָרֵךְ הַתַּחְתּוֹן לִשְׁאוֹל עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן וְיָשִׁיב לוֹ הֵן? וְנִרְאֶה לִי כִּי בְּכַוָּנָה נוֹהֲגִין בְּכָךְ שֶׁלֹּא יַגִּיד תְּחִילָּה דָּבָר שָׁלֵם כְּדֵי שֶׁיִּצְטָרֵךְ הַתַּחְתּוֹן לִשְׁאוֹל וְיַחֲזֹור הָעֶלְיוֹן וִיפָרֵשׁ דְּבָרָיו לוֹמַר הֵן, דְּנִמְצָא בָּזֶה כְּאִלּוּ הִגִּיד זֶה הָעֶלְיוֹן עָלָה דִּבֵּר פַּעֲמַיִים וְעַל יְדֵי כָּךְ תִּתְחַזֵּק אֶצְלָם יְדִיעַת הַדָּבָר הַהוּא, וּכְמוֹ שֶׁמָּצִינוּ בִּקְצִירַת הָעֹומֶר וּבְאֵפֶר פָּרָה שֶׁמִּנְהָגָם לִכְפֹּול הַדְּבָרִים כְּדֵי לְחַזֵּק הַדָּבָר יוֹתֵר. וְהִנֵּה רַבֵּינוּ עוֹבַדְיָה זַ"ל פֵּירֵשׁ כְּמוֹ אִיבָּעֵית אֵימָא בָּתְרָא דְּקָאֵי עַל הַךְ דְּקָאֵי אַאִיגָּרָא. וְנִרְאֶה לִי כִּי זֶה נָכוֹן יוֹתֵר מִשּׁוּם לְדִבְרֵי הַמְפָרֵשׁ עַל הַךְ דְּקָאֵי אַאַרְעָא קָשֶׁה הֲלֹא הַתַּחְתּוֹן עוֹמֵד לְמַטָּה וְאֵינוֹ רוֹאֶה כְּלוּם וּמֵהֵיכָן יוֹדֵעַ שֶׁהִגִּיעַ הָעֵת שֶׁרָאוּי לִשָּׁאֵל עַל זֶה כְּדֵי שֶׁיִּשְׁאַל וְהָעֶלְיוֹן יָשִׁיב, עַל כֵּן יוֹתֵר נִרְאֶה הַפֵּירוּשׁ דְּקָאֵי עַל הָעֶלְיוֹן שֶׁהוּא רוֹאֶה בְּעֵינָיו שֶׁהֵאִיר פְּנֵי הַמִּזְרָח וְאָז יַגִּיד וְיוֹדִיעַ לַתַּחְתּוֹן עַל זֹאת.
« Si tu veux, dis : celui qui se tient sur le toit. » Il y a lieu de demander, selon cette première version : pourquoi celui qui se tient sur le toit n'a-t-il pas dit d'emblée la chose entière ? Il aurait dû dire : « toute la face de l'orient s'est éclairée jusqu'à Hebron », de sorte que celui d'en bas n'ait pas besoin de demander « jusqu'à Hebron ? » et lui de répondre « oui ». Il me semble que l'on procédait ainsi à dessein : ne pas dire d'abord la chose entière, afin que celui d'en bas doive interroger et que celui d'en haut revienne expliciter ses paroles en disant « oui » ; il se trouve alors que celui d'en haut a comme annoncé deux fois la chose, et par là même la connaissance du fait s'affermit chez eux — comme nous le trouvons pour la coupe du omer et pour les cendres de la vache, où l'usage était de redoubler les paroles afin de mieux affermir la chose. Or notre maître Ovadia (de Bartenoura), de mémoire bénie, a expliqué conformément à la seconde version, celle qui porte sur l'homme du toit. Et il me semble que cela est plus juste, car selon l'explication qui attribue la réponse à l'homme d'en bas, il y a une difficulté : celui d'en bas se tient en contrebas et ne voit rien ; d'où saurait-il que le moment est venu où il convient d'interroger à ce sujet, pour qu'il demande et que celui d'en haut réponde ? C'est pourquoi il paraît préférable d'expliquer que cela porte sur celui d'en haut, qui voit de ses yeux que la face de l'orient s'est éclairée, et qui alors l'annonce et le fait savoir à celui d'en bas.
💡 Explication

Première répartition des voix. L'homme du toit constate ; l'homme d'en bas demande une précision -- « jusqu'à Hebron ? », c'est-à-dire : la clarté a-t-elle porte assez loin ? -- et l'homme du toit confirme.

Dans cette lecture, celui qui voit est celui qui répond : le « oui » porte bien sur un fait observé, et l'objection est levée.

🖼️ Schéma
Qui dit oui ? Les deux façons de répartir la question et la réponse La michna donne un dialogue sans nommer les voix. La Guemara refuse qu'un seul homme demande et réponde. LE PROBLÈME - hou halim ve-hou mefachar ? Rachi : c'est lui qui rêve et lui qui interprète - c'est lui qui demande et lui qui répond. Impossible. Mais celui d'en bas, lui, ne voit rien : d'où saurait-il ? LECTURE 1 - c'est l'homme du TOIT qui répond TOIT (constat) Toute la face de l'orient s'est éclairée ! SOL (question) Jusqu'à Hebron ? TOIT (réponse) Oui ! Celui qui voit est celui qui confirme. LECTURE 2 - c'est l'homme du SOL qui répond SOL (question) Toute la face de l'orient s'est-elle éclairée ? TOIT (précision demandée) Jusqu'à Hebron ? SOL (réponse) Oui, telle est bien ma question. Le oui ne confirme pas le fait : il confirme la question. Ben Yehoyada : dire la chose en deux temps n'est pas maladroit - c'est la faire énoncer deux fois, comme pour l'omer et les cendres de la vache. Il retient la première lecture, avec Bartenoura : celui d'en bas ne voit rien, il ne saurait même pas quand poser la question.
Deux répartitions possibles des voix du guetteur et de l'homme d'en bas.
13
וְאִיבָּעֵית אֵימָא הָךְ דְּקָאֵי אַאַרְעָא, אָמַר אִיהוּ: ״הֵאִיר פְּנֵי כָּל הַמִּזְרָח?״, וְאָמַר לֵיהּ: ״עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן?״, וַאֲמַר לֵיהּ: ״הֵן!״.

Et si tu veux, dis : c'est celui qui se tient à terre : lui a dit « Toute la face de l'orient s'est-elle éclairée ? » ; l'autre lui a dit : « Jusqu'à Hebron ? » ; et il lui a répondu : « Oui ! »

📜 Rachi (1)
וְאִיבָּעֵית אֵימָא הַאי דְּקָאֵי אַאַרְעָא אָמַר הֵן כֵּיצַד אָמַר הָא דְּקָאֵי אַאַרְעָא הֵאִיר פְּנֵי כָּל הַמִּזְרָח בִּלְשׁוֹן שְׁאֵילָה וְזֶה אוֹמֵר לוֹ עַד שֶׁבְּחֶבְרוֹן הֵאִיר וא"ל הַאי דְּקָאֵי אַאַרְעָא הֵן כָּךְ אֲנִי שׁוֹאֵל וּמָצִינוּ בְּתַלְמוּד יְרוּשַׁלְמִי (פ"ג הֵ"א) כְּדֵי לְהַזְכִּיר זְכוּת אָבוֹת מַזְכִּירִין חֶבְרוֹן:
« Et si tu veux dire : celui qui se tient à terre » — c'est lui qui a dit « oui ». Comment ? Celui qui se tient à terre a dit « toute la face de l'orient s'est éclairée » sur le mode d'une question ; et l'autre lui dit : « jusqu'à Hebron s'est-elle éclairée ? » ; et celui qui se tient à terre lui répond : « oui, telle est bien ma question ». Et nous trouvons dans le Talmud de Jérusalem (chap. 3, halakha 1) : c'est afin de rappeler le mérite des pères que l'on mentionne Hebron.
💡 Explication

Seconde répartition, exactement inverse. C'est l'homme d'en bas qui lance la question -- « toute la face de l'orient s'est-elle éclairée ? » -- l'homme du toit qui demande de quoi on parle au juste (« jusqu'à Hebron ? »), et l'homme d'en bas qui répond « oui, telle est bien ma question ».

Le « oui » ne confirme donc plus un fait mais une intention de question : c'est ce qui permet à celui qui ne voit rien de le prononcer sans absurdité. Rachi ajoute, au nom du Talmud de Jérusalem, pourquoi Hebron : pour rappeler le mérite des pères qui y sont ensevelis.

14
וְלָמָּה הֻוצְרְכוּ לְכָךְ וְכוּ׳. וּמִי מִיחַלַּף? וְהַתַּנְיָא, רַבִּי אוֹמֵר: אֵינוֹ דּוֹמֶה תִּימּוּר שֶׁל לְבָנָה לְתִימּוּר שֶׁל חַמָּה. תִּימּוּר שֶׁל לְבָנָה מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, תִּימּוּר שֶׁל חַמָּה מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: יוֹם הַמְעֻונָּן הָיָה, וּמַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. אָמַר רַב פָּפָּא, שְׁמַע מִינָּה: יוֹמָא דְעֵיבָא כֻּולֵּיהּ שִׁמְשָׁא.

« Et pourquoi cela leur fut-il nécessaire ? », etc. Et se confondent-elles vraiment ?

N'a-t-il pas été enseigné : Rabbi dit : la colonne (timor) de la lune ne ressemble pas à la colonne du soleil ; la colonne de la lune s'élève tout droit comme un bâton, la colonne du soleil se fend de-ci de-là. On a enseigné dans l'école de Rabbi Yichmael : c'était un jour nuageux, et alors elle aussi se fend de-ci de-là.

Rav Papa a dit : apprends-en qu'un jour nuageux est tout entier soleil.

📜 Rachi (5)
וּמִי מִיחַלַּף צִימּוּחַ תִּימּוֹר חַמָּה בְּצִימּוּחַ תִּימּוֹר לְבָנָה:
« Et se confondent-elles ? » — la poussée de la colonne du soleil avec la poussée de la colonne de la lune.
תִּימּוֹר שֶׁל חַמָּה עֲלוֹת הַשַּׁחַר שֶׁנִּבְקַע וְנִרְאֶה כְּתָמָר זָקוּף לְשׁוֹן וּתְמָרוֹת עָשָׁן (יוֹאֵל ג׳:ג׳) עַל שֵׁם שֶׁזּוֹקֵף וְעוֹלֶה:
« La colonne du soleil » — c'est l'aube, qui se fend et apparaît comme un palmier dressé ; du langage « et des colonnes (timrot) de fumée » (Joël 3,3), parce qu'elle se dresse et monte.
יוֹם הַמְעֻונָּן הָרָקִיעַ קָשׁוּר בְּעָבִים וְאֵין הַתִּימּוֹר נִרְאֶה בְּעַד עֲרָפֶל אֶלָּא בִּמְקוֹם פִּיזּוּר הֶעָבִים בִּמְקוֹמוֹת הַרְבֵּה בֵּין עָב לְעָב:
« Un jour nuageux » — le firmament est fermé par les nuages, et la colonne n'apparaît pas à travers la brume, sinon à l'endroit où les nuages se dispersent, en de nombreux endroits, entre un nuage et un autre.
שְׁמַע מִינָּה מִדְּקָאָמַר בְּיוֹם הַמְעֻונָּן נִבְקַע בִּמְקוֹמוֹת הַרְבֵּה:
« Apprends-en » — de ce qu'il dit que, par jour nuageux, elle se fend en de nombreux endroits.
יוֹמָא דְעֵיבָא כֻּולֵּיהּ שִׁימְשָׁא אֲפִילּוּ בִּמְקוֹם צֵל שֶׁהַחַמָּה בּוֹקַעַת בְּכָל מָקוֹם וְאֵינָהּ יוֹצֵאת דֶּרֶךְ חַלּוֹן כְּנֶגֶד חַלּוֹנוֹת שֶׁהֶעָבִים עוֹמְדִים בְּפָנֶיהָ וְהִיא מִתְפַּשֵּׁט' עֲלֵיהֶם וּבוֹקַעַת בְּכָל פִּיסּוּק שֶׁבָּהֶן:
« Un jour nuageux est tout entier soleil » — même à l'endroit de l'ombre, car le soleil perce partout. Il ne sort pas par une fenêtre en face des fenêtres, puisque les nuages se tiennent devant lui ; il se répand sur eux et perce par chacun de leurs interstices.
🪔 Ben Yehoyada (1)
תִּמּוּר שֶׁל לְבָנָה מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, וְשֶׁל חַמָּה מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֵירוּבִין סה.) 'לָא אִיבְּרִי לֵילְיָא אֶלָּא לְגִרְסָא' וְיָדוּעַ דְּלִימּוּד הַלַּיְלָה הוּא רַק בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה לְכָךְ תִּמּוּר לְבָנָה עוֹלֶה כְּמַקֵּל אֶחָד אֲבָל בַּיּוֹם יֵשׁ שְׁנֵי מִינֵי לִימּוּד בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב וּבְתוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהֵם יָמִין וּשְׂמֹאל לְכָךְ תִּמּוּר חַמָּה מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן.
« La colonne de la lune s'élève tout droit comme un bâton, et celle du soleil se fend de-ci de-là. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, en voici la raison : nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Erouvin 65a) que « la nuit n'a été créée que pour l'étude » ; et l'on sait que l'étude de la nuit porte seulement sur la Torah orale — c'est pourquoi la colonne de la lune s'élève comme un seul bâton. Mais le jour, il y a deux sortes d'étude, celle de la Torah écrite et celle de la Torah orale, qui sont droite et gauche — c'est pourquoi la colonne du soleil se fend de-ci de-là.
💡 Explication

La michna avait justifié tant de précautions par un accident : une fois, la lune fut prise pour l'aube. La Guemara conteste : les deux lumières ne se ressemblent pas. La colonne de la lune monte d'un seul jet, droite comme un bâton ; la colonne du soleil -- l'aube -- se fend et se disperse. Rachi note que timor vient de timrot achan, les colonnes de fumée, parce qu'elle se dresse et monte.

L'école de Rabbi Yichmael sauve le récit par une circonstance : c'était un jour nuageux. La lueur lunaire, morcelée par les trouées entre les nuages, apparaît alors elle aussi éclatée -- et devient indiscernable de l'aube. Rav Papa en tire une règle physique générale : yoma de-iva koulei chimcha, un jour nuageux est tout entier soleil, car la lumière perce partout au lieu d'entrer par une seule ouverture.

🖼️ Schéma
Pourquoi la lune a pu passer pour l'aube : la forme du timor Rabbi distingue les deux colonnes de lumière par leur DESSIN. L'école de Rabbi Yichmael montre le seul cas où le dessin trompe. TIMOR DE LA LUNE Elle monte droit, comme un bâton. Une seule colonne, nette. Impossible de la confondre. TIMOR DU SOLEIL Elle se fend de-ci de-là. Rachi : elle se dresse comme un palmier. C'est le vrai signe de l'aube. LUNE, JOUR NUAGEUX Les nuages morcellent la lueur : elle aussi se fend de-ci de-là. Le tamid fut abattu de nuit. RAV PAPA : yoma de-iva koulei chimcha - un jour nuageux est tout entier soleil. S'il se fend en de nombreux endroits, c'est que le soleil perce partout, y compris dans l'ombre. Nafka mina 1 - étendre les peaux Ou qu'on les pose pour les sécher, elles prendront le soleil. Nafka mina 2 - la pâte de Pessa'h Rava : ni au soleil, ni à l'eau chauffée au soleil - donc nulle part dehors.
Le dessin des colonnes de lumière, et la circonstance qui efface la différence.
15
לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְשִׁטּוּחֵי עוֹרוֹת. אִי נָמֵי לְכִדְדָרֵשׁ רָבָא: אִשָּׁה לֹא תָּלוּשׁ לֹא בַּחַמָּה וְלֹא בְּחַמֵּי חַמָּה.

Quelle en est la conséquence pratique ? Pour étendre des peaux.

Ou bien, selon ce que Rava a enseigné : une femme ne pétrira ni au soleil, ni avec de l'eau chauffée au soleil.

📜 Rachi (2)
לִשְׁטֹוחַ עוֹרוֹת לְייַבֵּשׁ:
« Pour étendre des peaux » — afin de les faire sécher.
לֹא תָּלוּשׁ בְּפֶסַח:
« Elle ne pétrira pas » — à Pessa'h.
💡 Explication

La règle de Rav Papa n'est pas une curiosité : elle a deux nafka minot concrètes. La première touche le travail du cuir -- si le soleil perce partout un jour nuageux, il n'y a plus d'endroit ombragé où étendre les peaux à sécher sans les exposer.

La seconde touche Pessa'h : Rava interdit de pétrir la pâte au soleil ou avec de l'eau chauffée au soleil, la chaleur accélérant la fermentation et risquant le hamets. Un jour nuageux, il n'existe donc dehors aucun endroit où pétrir en sécurité.

16
אָמַר רַב נַחְמָן: זוּהֲמָא דְשִׁימְשָׁא קְשֵׁי מִשִּׁימְשָׁא, וְסִימָנָיךְ: דְּנָא דְּחַלָּא. שַׁבְרִירֵי דְשִׁימְשָׁא קָשׁוּ מִשִּׁימְשָׁא, וְסִימָנָיךְ: דְּיָלְפָא.

Rav Nahman a dit : la chaleur moite du soleil (zouhama de-chimcha) est plus dure que le soleil lui-même, et ton signe : la jarre de vinaigre. Les rais éblouissants du soleil (chevrirei de-chimcha) sont plus durs que le soleil lui-même, et ton signe : la gouttière.

📜 Rachi (4)
זֻוהֲמָא דְּשִׁמְשָׁא אוֹתוֹ חֹום שֶׁל יוֹם הַמְעֻונָּן:
« Zouhama de-chimcha » — cette chaleur-là, celle d'un jour nuageux.
דְּנָא דְּחַלָּא שֶׁפִּיהָ סָתוּם יָפֶה שֶׁלֹּא יָצָא רֵיחוֹ וְיַחֲלֹושׁ וּכְשֶׁאַתָּה נוֹקֵב נֶקֶב קָטָן יוֹצֵא שָׁם רֵיחַ חָזָק מְאֹד כָּךְ יוֹם הַמְעֻונָּן מִתּוֹךְ שֶׁהַחַמָּה מְכֻוסֶּה וְחֹום שֶׁלָּהּ כָּבוּשׁ נוֹקֶבֶת בְּכֹחַ דֶּרֶךְ נֶקֶב הֶעָבִים:
« La jarre de vinaigre » — dont l'ouverture est bien bouchée, pour que son odeur ne sorte pas et ne s'affaiblisse ; et lorsque tu y perces un petit trou, il en sort une odeur très forte. Ainsi le jour nuageux : puisque le soleil est couvert et que sa chaleur est retenue, elle perce avec force par le trou des nuages.
שַׁבְרִירֵי דְּשִׁמְשָׁא סַנְוֵרִים (בְּרֵאשִׁית יט) מְתַרְגְּמִינַן שַׁבְרִירֵי שֶׁמֶשׁ הַנּוֹקֶבֶת בְּכֹחַ דֶּרֶךְ נֶקֶב הֶעָבִים קְטַנִּים הַנּוֹתֵן עֵינָיו כְּנֶגֶד הַנֶּקֶב קָשִׁים לוֹ הַסַּנְוֵרִים יוֹתֵר מִן הַמִּסְתַּכֵּל בַּחַמָּה שֶׁבָּאֲוִיר:
« Chevrirei de-chimcha » — les éblouissements (sanverim) ; nous traduisons (Genèse 19) « sanverim » par « chevrirei ». Le soleil qui perce avec force par un petit trou des nuages : celui qui met ses yeux face au trou en souffre des éblouissements plus que celui qui regarde le soleil à découvert.
וְסִימָנָיךְ דְּיָלְפָא קָשֶׁה דֶּלֶף הַיּוֹרֵד עַל הָאָדָם מִשֶּׁאִם נִכְנַס כָּל גּוּפוֹ לְמַיִם:
« Et ton signe : la gouttière » — la goutte qui descend sur un homme est plus pénible que s'il entrait tout entier dans l'eau.
🪔 Ben Yehoyada (1)
זִיהֲרָא דְּשִׁמְשָׁא קָשֶׁה מִשִּׁמְשָׁא. דִּבְרֵי חֲזַ"ל הֵם בְּדֶרֶךְ מָשָׁל וְרֶמֶז, וְנִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ הַתּוֹרָה נִמְשְׁלָה לְשַׁמֵּשׁ הַנִּקְרָא אוֹר וּכְתִיב (מִשְׁלֵי ו, כג) 'וְתוֹרָה אוֹר' וְיֵשׁ בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב עִנְייָנִים אֲשֶׁר לְפִי פְּשׁוּטָן נִרְאִין דְּבָרִים חִיצוֹנִים וְרֵיקִים ח"ו כְּגוֹן פָּרָשַׁת 'וְאֵלֶּה הַמְּלָכִים' (בְּרֵאשִׁית לו, לא) וּפָסוּק (בְּרֵאשִׁית לו, יב) 'וְתִמְנַע הָיְתָה פִּילֶגֶשׁ' (שָׁם פָּסוּק כו) 'וַאֲחוֹת לוֹטָן תִּמְנָע' וְכֵן כָּל פְּסוּקִים הַמְדַבְּרִים בְּתוֹלְדוֹת הַקַּדְמוֹנִים שֶׁל קֹודֶם דּוֹר הַמַּבּוּל וּמִסְפַּר חַיֵּיהֶם קֹודֶם שֶׁהוֹלִידוּ וְאַחַר שֶׁהוֹלִידוּ וְגַם תּוֹלְדוֹת עֵשָׂו וְיִשְׁמָעֵאל בִּשְׁמוֹתָם וּפְרָטֵיהֶם שֶׁאֵין צֹורֶךְ בִּידִיעַת אֵלּוּ הָעִנְייָנִים לֹא לָנוּ וְלֹא לְזוּלָתֵינוּ, אַךְ בֶּאֱמֶת כָּל סִיפּוּרִים אֵלּוּ מְלֻובָּשׁ בָּהֶם דְּבָרִים עֶלְיוֹנִים וְנִסְתָּרִים מְאֹד אֲשֶׁר אֵין כָּל אָדָם יוּכַל לְהַשִּׂיגָם אֲפִילּוּ בְּמִקְצָת! פּוּק חֲזִי מַה שֶׁאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בַּר יוֹחַאי בָּאִדְּרָא עַל פָּסוּק 'וְאֵלֶּה הַמְּלָכִים' וְנִמְצָא שֶׁדְּבָרִים אֵלּוּ אֲשֶׁר לְמַרְאֵה עֵינַיִם אֵינָם אוֹר תּוֹרָה אֶלָּא רַק זַהֲרוּרִית שֶׁלָּהּ הִנֵּה הֵם קָשִׁים לַהֲבִינָם וּלְהַשִּׂיגָם יוֹתֵר מִדִּבְרֵי הֲלָכוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה שֶׁנִּרְאִין שֶׁהֵם עִיקַּר הָאוֹר שֶׁל הַתּוֹרָה, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר זִיהֲרָא דְּשִׁמְשָׁא קָשֶׁה מִשִּׁמְשָׁא. וְאָמַר עוֹד שַׁבְרִירֵי דְּשִׁמְשָׁא הֵם דִּינִים וַהֲלָכוֹת אֲשֶׁר לֹא נִתְפָּרְשׁוּ בַּתּוֹרָה לְהֶדְיָא אֶלָּא נִלְמָדִין בי"ג מִידּוֹת שֶׁהַתּוֹרָה נִדְרֶשֶׁת בָּהֶם כַּנִּזְכָּר בַּבָּרַייְתָא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל שֶׁכָּל אֵלּוּ נִקְרָאִים 'שַׁבְרִירֵי' רוֹצֶה לוֹמַר פְּתָחִים קְטַנִּים אֲשֶׁר פְּתוּחִים בַּמִּקְרָאוֹת שֶׁל הַתּוֹרָה שֶׁמֵּהֶם יוֹצֵא אוֹר הֲלָכוֹת וְדִינִים, הִנֵּה אֵלּוּ קָשִׁין הַשָּׂגָתָם וַהֲבָנָתָם לָאָדָם יוֹתֵר מִשִּׁמְשָׁא רוֹצֶה לוֹמַר גּוּפָהּ שֶׁל תּוֹרָה שֶׁהֵם הֲלָכוֹת חֲמוּרוֹת, מִפְּנֵי כִּי בְּדֶרֶךְ זֶה אֶפְשָׁר שֶׁיִּכָּשֵׁל הָאָדָם לָצֵאת חוּץ מִמֶּרְכַּז הָאֱמֶת כְּעִנְיַן אוֹר הַיּוֹצֵא מִפְתָּחִים קְטַנִּים שֶׁיַּכֶּה בְּעֵינָיו שֶׁל אָדָם וְלֹא יוּכַל לִרְאוֹת הֵיטֵב, וְכֵן הוּא זֶה. וְעַיֵּין מַה שֶׁאָמַר בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (בְּסָבָא דְּמִשְׁפָּטִים דַּף צט.) , תָּא חֲזֵי אוֹרְחָא דְּאוֹרָיְיתָא כָּךְ הוּא כַּד שָׁרְיָיא לְאִתְגַּלְּייָא לְגַבֵּי דְּבַר נָשׁ אַרְמִיזַת לֵיהּ בְּרַמִּיזוּ וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם. וּמַה שֶׁאָמַר הִרְהוּרֵי עֲבֵרָה קָשִׁין מַעְבָּרָה , וְסִימָנָיךְ : רֵיחָא דְּבִשְׂרָא נִרְאֶה לִי בס"ד דַּעֲבֵירָה הוּא גּוּף הַמַּעֲשֶׂה עַצְמָהּ וְהִרְהוּרֵי עֲבֵירָה הוּא כַּוָּנַת הָאָדָם שֶׁמִּתְכַּוֵּין בַּעֲשִׂייָּתָהּ לַעֲשׂוֹת רַע שֶׁלִּבּוֹ נֶהֱנֶה מִן הָרַע שֶׁהוּא עוֹשֶׂה וְהוּא כַּוָּנַת הָעוֹשֶׂה עָוֹן בְּמֵזִיד מַה שֶׁאֵין כֵּן הָעוֹשֶׂה עָוֹן בְּשׁוֹגֵג שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת רַע אַף עַל פִּי שֶׁגּוּפָהּ שֶׁל מַעֲשֶׂה הוּא שָׁוֶה עִם אוֹתָהּ מַעֲשֶׂה שֶׁעוֹשֶׂה בְּמֵזִיד, הִנֵּה חָסֵר מִזֶּה הִרְהוּר לִבּוֹ שֶׁהוּא כַּוָּנָתוֹ שֶׁאֵינוֹ מִתְכַּוֵּין לַעֲשׂוֹת רַע וְאֵינוֹ נֶהֱנֶה מִן הָרַע. נִמְצָא הַהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין שׁוֹגֵג לְמֵזִיד הוּא הַכַּוָּנָה שֶׁהִיא בְּהִרְהוּר הַלֵּב וּמֵחֲמַת כֵּן זֶה חַיָּיב מִיתָה וְזֶה פָּטוּר. וְעַל זֶה אוֹמֵר הִרְהוּרֵי עֲבֵרָה קָשִׁין לְנֶפֶשׁ הָאָדָם יוֹתֵר מִגּוּף הָעֲבֵרָה עַצְמָהּ כִּי בַּעַל הַמֵּזִיד אֲשֶׁר מִתְחַיֵּיב מִיתָה הַחִיּוּב בָּא לוֹ מִצַּד הַכַּוָּנָה שֶׁהִיא בְּהִרְהוּרֵי לִבּוֹ. וְאָמַר וְסִימָנָיךְ רֵיחָא דְּבִשְׂרָא כִּי מִגּוּף הַבָּשָׂר אֵין הֲנָאָה נִרְגֶּשֶׁת אֶלָּא לְגוּף הָאָדָם דַּוְקָא וְלֹא לְנַפְשׁוֹ, שֶׁאֵין עוֹשֶׂה פּוֹעֵל בַּנֶּפֶשׁ, אֲבָל רֵיחַ הַטּוֹב שֶׁל הַבָּשָׂר פּוֹעֵל בַּנֶּפֶשׁ גַּם כֵּן, כִּי זֶה כְּלָל יָדוּעַ בְּכָל מִין רֵיחַ שֶׁהוּא מַגִּיעַ לַנֶּפֶשׁ דַּוְקָא, וְנִמְצָא נִדְמֶה גּוּפָהּ שֶׁל עֲבֵירָה לִבְשַׂר וְהִרְהוּרֵי עֲבֵירָה לְרֵיחַ הַבָּשָׂר שֶׁהוּא רוּחָנִי.
« La lueur du soleil (zihara de-chimcha) est plus dure que le soleil. » Ce sont là des paroles de nos Sages dites par voie de parabole et d'allusion. Il me semble, avec l'aide du Ciel : on sait que la Torah est comparée au soleil, qui est appelé lumière, et il est écrit (Proverbes 6,23) « et la Torah est lumière ». Or il y a dans la Torah écrite des passages qui, selon leur sens littéral, paraissent des choses extérieures et vides — à Dieu ne plaise — comme la section « et voici les rois » (Genèse 36,31), le verset « et Timna était concubine » (Genèse 36,12), « et la sœur de Lotan était Timna » (ibid. verset 22), ainsi que tous les versets qui parlent des générations des anciens d'avant le déluge, du nombre de leurs années avant et après qu'ils eurent engendré, et aussi des générations d'Esav et d'Ichmael avec leurs noms et leurs détails — choses dont la connaissance ne nous sert de rien, ni à nous ni à autrui. Mais en vérité, tous ces récits ont revêtu en eux des matières suprêmes et extrêmement cachées, que nul homme ne peut atteindre, même partiellement. Va donc voir ce qu'a dit Rabbi Chimon bar Yohai dans l'Idra sur le verset « et voici les rois ». Il se trouve ainsi que ces passages, qui a la vue des yeux ne sont pas la lumière de la Torah mais seulement son rayonnement (zihrourit), sont plus difficiles à comprendre et à atteindre que les paroles halakhiques de la Torah, lesquelles paraissent être la lumière essentielle de la Torah. Et c'est ce qu'il a dit : « la lueur du soleil est plus dure que le soleil ». Il a dit encore : « chevrirei de-chimcha » — ce sont les lois et les halakhot qui ne sont pas explicitées telles quelles dans la Torah, mais qui se déduisent par les treize règles selon lesquelles la Torah s'expose, comme il est mentionné dans la baraita de Rabbi Yichmael. Toutes celles-là sont appelées « chevrirei », c'est-à-dire de petites ouvertures pratiquées dans les versets de la Torah, d'où sort la lumière des halakhot et des lois. Or celles-là sont plus difficiles à saisir et à comprendre pour l'homme que le « soleil », c'est-à-dire le corps même de la Torah, qui en sont les halakhot sévères — parce que, par cette voie, l'homme risque de trébucher et de sortir du centre de la vérité, à la manière de la lumière qui sort par de petites ouvertures et frappe les yeux de l'homme, de sorte qu'il ne peut plus voir clairement ; il en va exactement de même ici. Vois ce qui est dit dans le saint Zohar (Saba de-Michpatim, feuillet 99a) : « viens et vois, telle est la voie de la Torah : lorsqu'elle commence à se révéler à un homme, elle lui fait un signe par allusion », etc., vois-y. Et quant à ce qui est dit : « les pensées de faute sont plus dures que la faute, et ton signe : l'odeur de la viande » — il me semble, avec l'aide du Ciel, que la faute est le corps même de l'acte, tandis que les pensées de faute sont l'intention de l'homme, qui vise en l'accomplissant à faire le mal, son cœur prenant plaisir au mal qu'il fait : c'est l'intention de celui qui commet une faute volontairement (be-mezid), à la différence de celui qui la commet par inadvertance (be-chogueg), lequel ne vise pas à faire le mal — et bien que le corps de l'acte soit le même que celui accompli volontairement, il y manque cette pensée du cœur, qui est l'intention, puisqu'il ne vise pas à faire le mal et ne prend pas plaisir au mal. Il se trouve donc que la différence entre l'inadvertance et la volonté est l'intention, laquelle réside dans la pensée du cœur — et c'est pour cela que l'un est passible de mort et l'autre exempt. C'est à ce propos qu'il dit : les pensées de faute sont plus dures pour l'âme de l'homme que le corps même de la faute, car pour celui qui agit volontairement et se rend passible de mort, cette responsabilité lui vient du côté de l'intention, qui réside dans les pensées de son cœur. Et il dit : « ton signe : l'odeur de la viande » — car du corps de la viande il n'y a de jouissance sensible que pour le corps de l'homme précisément, et non pour son âme, puisqu'elle n'opère rien dans l'âme ; tandis que la bonne odeur de la viande opère aussi dans l'âme, car c'est une règle connue pour toute espèce d'odeur qu'elle parvient à l'âme précisément. Il se trouve donc que le corps de la faute est comparé à la viande, et les pensées de faute à l'odeur de la viande, qui est spirituelle.
💡 Explication

Deux formules qui prolongent la physique du jour nuageux, chacune munie de son simanikh -- un aide-mémoire qui est aussi une explication.

La jarre de vinaigre : tant qu'elle est bien bouchée, l'odeur s'accumule ; qu'on y perce un trou et il en sort une bouffée bien plus forte que d'un récipient resté ouvert. De même la chaleur retenue derrière les nuages perce avec violence par la moindre trouée. La gouttière : une goutte qui tombe sans cesse sur un homme l'accable plus qu'une immersion complète -- le rayon concentré par une petite ouverture des nuages éblouit davantage que le plein soleil regardé à découvert. Rachi note que chevrirei traduit sanverim, les éblouissements de Genèse 19.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).