Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin d'une série de maximes bâtie sur un moule unique -- X est plus dur que Y, et voici l'image qui te le fait retenir : l'odeur de la viande, le four déjà chauffé, le four froid, le mortier fait de mortier. Toutes disent la même loi : un support déjà saturé réagit plus fort qu'un support neuf.
De là, Rabbi Abahou revient à la mahloket de la page précédente sur la lumière de l'aube et fonde la position de Rabbi sur le titre du Psaume 22, ayelet hachahar : comme les bois de la biche, l'aube se ramifie. Le même verset est alors exposé deux fois encore -- Rabbi Zeira et Rabbi Assi le rapportent à Esther, chère à son roi à toute heure et dernière de tous les miracles.
L'objection 'Hanouka oblige à restreindre la thèse aux seuls miracles donnés pour être écrits, ce qui la fait dépendre de la mahloket de Meguila 7a sur le statut de la meguila d'Esther ; celui qui le lui refuse expose chahar au sens de prière, selon Rabbi Binyamin bar Yefet : plus le juste multiplie la prière, plus elle est entendue. La Guemara revient enfin à la michna pour dater l'incident du tamid abattu de nuit -- ni un jour ordinaire, où le kohen gadol serait inutile, ni Yom Kippour, où nulle lune ne se lève à l'aube -- et résout la difficulté en coupant la michna en deux.
Une baraita du père de Rabbi Avin étend alors la règle à la melika de l'oiseau et à la kemitsa de la minha ; l'oiseau est perdu sans remède, mais la poignée de farine pourrait être reprélevée -- et c'est sur cette question ouverte que se clôt le feuillet.
Les pensées de faute (hirhourei avéra) sont plus dures que la faute elle-même, et ton signe (simanekha, ton repère mnémotechnique) : l'odeur de la viande. La fin de l'été est plus dure que l'été lui-même, et ton signe : un four déjà chauffé.
Le daf s'ouvre sur la fin d'une série de maximes bâtie sur un moule unique : X est plus dur que Y, suivi d'un siman - une image du quotidien qui rend la chose évidente. Ce ne sont pas des sentences isolées : chaque couple dit qu'un accessoire dépasse en intensité le principal.
Pour les hirhourei avéra, Rachi donne le mécanisme : le désir mine la chair plus que l'acte, parce que l'acte apaise tandis que le désir travaille sans fin. Le siman est l'odeur de la viande rôtie, qui tourmente celui qui la sent bien plus que la viande ne comble celui qui la mange.
Pour la fin de l'été - Eloul selon Rachi, opposé au cœur de l'été qu'est Tamouz - le mécanisme est celui du four déjà chauffé : l'air et les corps étant déjà saturés de chaleur, une cause faible produit désormais un effet violent.
La fièvre de l'hiver est plus dure que celle de l'été, et ton signe : un four froid. Réapprendre sur de l'ancien est plus dur que d'apprendre du neuf, et ton signe : du mortier fait de mortier.
Les deux derniers couples de la série retournent l'image du four. Le premier four était déjà chaud : peu de bois suffisait - la cause faible révèle un milieu saturé. Le second est froid : il faut beaucoup de bois pour l'allumer. Donc une fièvre qui parvient à embraser un corps refroidi par l'hiver est nécessairement une maladie grave.
Le dernier couple porte sur l'étude : miguemar be-atikta, réapprendre une matière sue puis oubliée, est plus pénible que d'aborder du neuf. Le siman est tina bar tina, du mortier pétri à partir du torchis d'un vieux mur : la matière a déjà pris une forme, et il faut d'abord défaire cette forme avant de pouvoir la retravailler.
Rabbi Abahou a dit : quelle est la raison de Rabbi ? Car il est écrit : « Au chef des chantres, sur la biche de l'aube (ayelet hachahar) » (Psaumes 22,1).
De même que cette biche, ses cornes se ramifient de-ci de-là, ainsi cette aube perce de-ci de-là.
On revient à la mahloket du daf précédent sur la différence entre la lumière du soleil levant et celle de la lune. Rabbi soutenait que la colonne lumineuse (timor) du soleil se fend, alors que celle de la lune monte droit. Rabbi Abahou fournit ici l'appui scripturaire : le titre du Psaume 22 nomme l'aube ayelet hachahar, la biche de l'aube.
L'image est précise : les bois du cervidé se ramifient à partir d'un tronc unique - l'aube fait de même, elle s'ouvre en éventail. Rachi note au passage que l'expression est approximative, car la femelle n'a pas de bois : le verset désigne l'espèce, non l'individu femelle.
Rabbi Zeira a dit : pourquoi Esther a-t-elle été comparée à la biche ? Pour te dire : de même que la biche, sa matrice est étroite et elle est chère à son époux à chaque heure comme à la première heure, ainsi Esther était chère à Assuérus à chaque heure comme à la première heure.
Rabbi Assi a dit : pourquoi Esther a-t-elle été comparée à l'aube ? Pour te dire : de même que l'aube est la fin de toute la nuit, ainsi Esther est la fin de tous les miracles.
Le Psaume 22 change de sujet : la tradition (Meguila 15b, citée par Rachi) le met dans la bouche d'Esther au moment où elle s'avance chez Assuérus sans avoir été convoquée. Les deux mots du titre sont alors exposés séparément.
Ayelet, la biche, donne la lecture de Rabbi Zeira : la faveur d'Esther ne s'use jamais. Chahar, l'aube, donne celle de Rabbi Assi : l'aube est le point terminal de la nuit, donc Esther est le dernier des miracles. C'est cette seconde affirmation qui va être attaquée au segment suivant.
Mais il y a 'Hanouka ! - Nous parlons de ce qui fut donné pour être écrit. Cela va bien selon celui qui dit qu'Esther fut donnée pour être écrite ; mais selon celui qui dit qu'Esther ne fut pas donnée pour être écrite, que peut-on dire ?
Première objection à Rabbi Assi : le miracle de 'Hanouka est postérieur de plusieurs générations à celui de Pourim - Esther n'est donc pas le dernier des miracles. La Guemara restreint la thèse : il ne s'agit que des miracles nitna li-khtov, donnés pour être inscrits dans les Écritures.
Mais cette réponse dépend elle-même d'une mahloket (Meguila 7a) : la meguila d'Esther a-t-elle été donnée pour être écrite ? Rachi rattache la question au critère pratique de la toumat yadayim - un livre saint rend impures les mains qui le touchent. Selon celui qui le nie, la meguila n'est pas un sefer, et la réponse s'effondre.
Il l'établit selon Rabbi Binyamin bar Yefet au nom de Rabbi Elazar. Car Rabbi Binyamin bar Yefet a dit au nom de Rabbi Elazar : pourquoi les prières des justes ont-elles été comparées à la biche ?
Pour te dire : de même que cette biche, tant qu'elle grandit ses cornes se ramifient, ainsi les justes : tant qu'ils multiplient la prière, leur prière est entendue.
Réponse à la difficulté : celui qui refuse à la meguila le statut de livre saint n'expose simplement pas le verset comme parlant d'Esther. Il l'établit (moukim la) selon Rabbi Binyamin bar Yefet au nom de Rabbi Elazar.
Rachi montre le ressort philologique : chahar n'est plus lu comme l'aube mais comme un verbe de recherche et de prière, sur le modèle de rouhi be-kirbi achaharekha (Isaie 26,9). Le titre se lit alors : au chef des chantres, sur la prière - qui est comme la biche, puisque chaque année de croissance ajoute une ramification à ses bois. Plus le juste multiplie la prière, plus elle est exaucée.
« Ils abattirent le tamid. » Quand cela ? Si l'on dit que c'était l'un des autres jours de l'année - le service ne suffirait-il pas sans kohen gadol ?
Mais alors, à Yom Kippour : y a-t-il donc une lumière de lune ?
Retour à la michna de 28a : trompés par la lumière de la lune, ils ont abattu le tamid avant l'aube, et la michna enchaîne par « on fit descendre le kohen gadol à la maison d'immersion ». La Guemara demande à quelle date situer l'incident.
Deux hypothèses, deux impasses. Un jour ordinaire : la lune peut effectivement se lever juste avant l'aube en fin de mois - mais pourquoi mentionner alors le kohen gadol, puisque le service quotidien peut être fait par n'importe quel kohen ? Yom Kippour : le kohen gadol s'impose - mais le 10 du mois, aucune lune ne se lève à l'aube.
Voici ce que la michna veut dire : et à Yom Kippour, lorsque le guetteur disait « barak barkai - la lueur a brillé », on faisait descendre le kohen gadol à la maison d'immersion.
La solution consiste à couper la michna en deux. Rachi le dit précisément : « et on le fit sortir au lieu de la crémation » clôture le récit de l'incident, qui s'est bien produit un jour ordinaire de l'année. La phrase suivante, « on fit descendre le kohen gadol », n'appartient plus au récit : c'est une clause autonome qui reprend le fil de l'ordre du service de Yom Kippour, objet du traité.
Autrement dit : l'annonce barak barkai, instituée à la suite de l'incident, sert désormais de signal ; et à Yom Kippour, c'est à ce signal que commence la première immersion du kohen gadol.
Le père de Rabbi Avin enseigna : ce n'est pas de cela seulement qu'ils ont parlé, mais même la melika (pincement de la nuque) de l'oiseau et la kemitsa (prélèvement de la poignée) de la minha faites de nuit doivent être brûlées. Passe encore pour l'oiseau offert en holocauste : ce qui fut, fut.
Mais la poignée (kometz),
Une baraita élargit la règle de la michna. La chehita faite de nuit invalide, et l'animal est brûlé ; il en va de même, dit le père de Rabbi Avin, pour les deux actes qui tiennent lieu de chehita dans leur catégorie : la melika de l'oiseau et la kemitsa de l'offrande de farine. Rachi donne la source du raisonnement : ces deux actes s'apprennent de la chehita elle-même.
La Guemara accepte le premier cas et bute sur le second. Pour l'oiseau, mai de-hava hava - ce qui est fait est fait : l'animal est mort, rien n'est récupérable. Mais la poignée n'est qu'un prélèvement dans un tas de farine intact : pourquoi ne pas écarter cette poignée-là et en prendre une autre au matin ? La phrase reste en suspens - la réponse ouvre le daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).