Yoma 29a -- de l'odeur de la viande à la poignée de farine : la série des simanim, la biche de l'aube lue trois fois, et l'extension de l'invalidité aux avodot faites de nuit.

Yoma 29a

Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin d'une série de maximes bâtie sur un moule unique -- X est plus dur que Y, et voici l'image qui te le fait retenir : l'odeur de la viande, le four déjà chauffé, le four froid, le mortier fait de mortier. Toutes disent la même loi : un support déjà saturé réagit plus fort qu'un support neuf.

De là, Rabbi Abahou revient à la mahloket de la page précédente sur la lumière de l'aube et fonde la position de Rabbi sur le titre du Psaume 22, ayelet hachahar : comme les bois de la biche, l'aube se ramifie. Le même verset est alors exposé deux fois encore -- Rabbi Zeira et Rabbi Assi le rapportent à Esther, chère à son roi à toute heure et dernière de tous les miracles.

L'objection 'Hanouka oblige à restreindre la thèse aux seuls miracles donnés pour être écrits, ce qui la fait dépendre de la mahloket de Meguila 7a sur le statut de la meguila d'Esther ; celui qui le lui refuse expose chahar au sens de prière, selon Rabbi Binyamin bar Yefet : plus le juste multiplie la prière, plus elle est entendue. La Guemara revient enfin à la michna pour dater l'incident du tamid abattu de nuit -- ni un jour ordinaire, où le kohen gadol serait inutile, ni Yom Kippour, où nulle lune ne se lève à l'aube -- et résout la difficulté en coupant la michna en deux.

Une baraita du père de Rabbi Avin étend alors la règle à la melika de l'oiseau et à la kemitsa de la minha ; l'oiseau est perdu sans remède, mais la poignée de farine pourrait être reprélevée -- et c'est sur cette question ouverte que se clôt le feuillet.

Quatre paradoxes et leurs signes - la série de Rav Nahman bar Yitshak Même structure à chaque fois : X est plus dur que Y, et voici l'image qui te le fait retenir. Ce qui est plus dur Le signe (simanekha) Le mécanisme Les pensées de faute plus dures que la faute elle-même L'odeur de la viande richa de-bisra Rachi : le désir mine le corps plus que l'acte lui-même. Sentir le rôti sans manger tourmente plus que manger. La fin de l'été (Eloul) plus dure que l'été (Tamouz) Un four déjà chauffé tanoura chegira L'air et les corps sont déjà saturés de chaleur. Peu de bois suffit alors à rendre le four brûlant. La fièvre de l'hiver plus dure que celle de l'été Un four froid tanoura karira Il faut beaucoup de bois pour chauffer un four froid. Si le mal brûle un corps froid, c'est qu'il est grave. Réapprendre l'oublié plus dur qu'apprendre du neuf Du mortier fait de mortier tina bar tina Le torchis d'un vieux mur se pétrit plus mal que la terre neuve. La forme ancienne résiste avant de pouvoir être reprise. Ben Yehoyada relit la série en clé morale : le commentaire obscur d'un commentaire, la tentation en fin de jeunesse, et la faute du vieillard - là où la nature n'excuse plus, la faute pèse davantage.
Les quatre couples de la série : ce qui est plus dur, l'image qui le fait retenir, et le mécanisme commun - un support déjà saturé réagit plus fort qu'un support neuf.
Une seule image, trois lectures : la biche de l'aube Ps 22,1 - lamnatseah al ayelet hachahar. Deux mots, deux ressorts : les bois qui se ramifient, et l'aube qui clôt la nuit. ayelet hachahar Rachi : la femelle n'a pas de bois - le verset désigne l'espèce. Rabbi Abahou le taam de Rabbi (28b) Lecture : les bois Les bois de la biche se ramifient de-ci de-là ; ainsi la lumière de l'aube se fend en plusieurs rais. Enjeu Distinguer la colonne du soleil de celle de la lune : c'est de là que dépend le tamid a l'heure. R. Zeira et R. Assi Esther devant Assuérus Lecture : la biche Sa matrice est étroite : elle reste désirée à chaque heure comme à la première. Lecture : l'aube L'aube clôt la nuit ; Esther clôt la série des miracles - dernier salut inscrit dans les Écritures. R. Binyamin bar Yefet au nom de R. Elazar Lecture : chahar = prière Rachi : comme achaharekha (Isaie 26,9). Sur la prière. Plus la biche grandit, plus ses bois se ramifient. Enjeu Issue de secours pour qui refuse le statut de livre à la meguila. Pourquoi ce détour ? Parce que la troisième lecture est une réponse halakhique : si Esther n'a pas été donnée pour être écrite, le verset ne peut plus parler d'elle - il faut donc lui trouver un autre sujet : la prière des justes.
Ayelet hachahar : trois expositions successives du même verset (Ps 22,1), et la raison halakhique qui rend la troisième nécessaire.
Le tamid abattu de nuit : quand cela s'est-il passe, et jusqu'où va la sanction ? La Guemara commence par dater l'incident de la michna (28a), puis élargit la règle à d'autres avodot faites de nuit. La michna : ils abattirent le tamid trompés par la lumière de la lune - aimât ? quand ? Hypothèse 1 : un jour ordinaire Fin de mois : la lune se lève juste avant l'aube - la confusion est possible. Objection Pourquoi le kohen gadol ? Le reste de l'année, tout kohen peut officier. Hypothèse 2 : Yom Kippour La seule journée où le service revient au seul kohen gadol - la michna colle. Objection Le 10 du mois, aucune lune ne se lève juste avant l'aube. Réponse : la michna se coupe en deux 1. L'incident et la crémation : un jour ordinaire de l'année - d'où l'institution de l'annonce du guetteur. 2. On fit descendre le kohen gadol : clause autonome, qui reprend l'ordre du service de Yom Kippour. Extension : la baraita du père de Rabbi Avin - pas seulement la chehita chehita de nuit le zevah est brûlé melika de l'oiseau mai de-hava hava : rien à sauver kemitsa de la minha et le kometz ? question ouverte
Datation de l'incident du tamid abattu de nuit, découpage de la michna, puis extension de la règle à la melika et à la kemitsa.
1
הִרְהוּרֵי עֲבֵירָה קָשׁוּ מֵעֲבֵירָה, וְסִימָנָיךְ: רֵיחָא דְּבִישְׂרָא. שִׁילְהֵי דְקַייְטָא קְשֵׁי מִקַּיְיטָא, וְסִימָנָיךְ: תַּנּוּרָא שְׁגִירָא.

Les pensées de faute (hirhourei avéra) sont plus dures que la faute elle-même, et ton signe (simanekha, ton repère mnémotechnique) : l'odeur de la viande. La fin de l'été est plus dure que l'été lui-même, et ton signe : un four déjà chauffé.

📜 Rachi (4)
הִרְהוּרֵי עֲבֵירָה תַּאֲוַת נָשִׁים קָשִׁים לְהַכְחִישׁ אֶת בְּשָׂרוֹ יוֹתֵר מִגּוּפוֹ שֶׁל מַעֲשֶׂה:
Le désir des femmes fait dépérir sa chair plus que le corps même de l'acte.
רֵיחָא דְּבִישְׂרָא הַמֵּרִיחַ בָּשָׂר צָלִי קָשֶׁה לוֹ רֵיחַ מְאֹד שֶׁמִּתְאַוֶּה לוֹ:
Celui qui sent l'odeur de la viande rôtie : cette odeur lui est très pénible, car elle le fait désirer.
שִׁילְהֵי דְּקַיְיטָא אֱלוּל שֶׁהוּא סוֹף הַקַּיִץ קָשֶׁה מִקַּיְיטָא קָשֶׁה חֻומּוֹ מֵחֹום הַקַּיִץ שֶׁל תַּמּוּז לְפִי שֶׁכְּבָר נִתְחַמֵּם כָּל הָאֲוִיר וְגוּף הַבְּרִיּוֹת בְּחֹום הַקַּיִץ שֶׁעָבַר עָלָיו תָּמִיד מִתְחַמֵּם הוּא עַתָּה בְּחֹום קַל וּמַזִּיקוֹ:
Eloul, qui est la fin de l'été, est plus dur que l'été : sa chaleur est plus pénible que la chaleur de l'été de Tamouz, parce que tout l'air et le corps des créatures se sont déjà échauffés par la chaleur de l'été écoulé ; comme il est constamment échauffé, il s'échauffe maintenant d'une chaleur légère, et elle lui nuit.
וְסִימָנָיךְ תַּנּוּרָא שְׁגִירָא תַּנּוּרָא שֶׁהֻוסַּק בַּיּוֹם פַּעֲמַיִם וְשָׁלֹשׁ חַם הוּא וְנוֹחַ לְהַסִּיקוֹ בְּעֵצִים מוּעָטִים:
Un four que l'on a chauffé deux ou trois fois dans la journée est chaud : il est aisé de le chauffer avec peu de bois.
💡 Explication

Le daf s'ouvre sur la fin d'une série de maximes bâtie sur un moule unique : X est plus dur que Y, suivi d'un siman - une image du quotidien qui rend la chose évidente. Ce ne sont pas des sentences isolées : chaque couple dit qu'un accessoire dépasse en intensité le principal.

Pour les hirhourei avéra, Rachi donne le mécanisme : le désir mine la chair plus que l'acte, parce que l'acte apaise tandis que le désir travaille sans fin. Le siman est l'odeur de la viande rôtie, qui tourmente celui qui la sent bien plus que la viande ne comble celui qui la mange.

Pour la fin de l'été - Eloul selon Rachi, opposé au cœur de l'été qu'est Tamouz - le mécanisme est celui du four déjà chauffé : l'air et les corps étant déjà saturés de chaleur, une cause faible produit désormais un effet violent.

2
אִישָּׁתָא דְסִיתְוָא קַשְׁיָא מִדְּקַיְיטָא, וְסִימָנָיךְ: תַּנּוּרָא קְרִירָא. מִיגְמָר בְּעַתִּיקְתָּא קַשְׁיָא מֵחַדְתָּא, וְסִימָנָיךְ: טִינָא בַּר טִינָא.

La fièvre de l'hiver est plus dure que celle de l'été, et ton signe : un four froid. Réapprendre sur de l'ancien est plus dur que d'apprendre du neuf, et ton signe : du mortier fait de mortier.

📜 Rachi (4)
אִישָּׁתָא דְּסִיתְוָוא קַדַּחַת שֶׁל יְמוֹת הַחֹורֶף מְחַמְּמוֹת אֶת הַחוֹלֶה בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא קָשֶׁה מְאֹד יוֹתֵר מִקַּדַּחַת הַמְבַעַרְתּוֹ בִּימוֹת הַקַּיִץ:
La fièvre des jours d'hiver, qui échauffe le malade : on sait qu'elle est bien plus forte que la fièvre qui l'embrase aux jours d'été.
וְסִימָנָיךְ תַּנּוּרָא קְרִירָא צָרִיךְ עֵצִים מְרֻובִּים לְהַסִּיקוֹ אַף זֶה שֶׁהָאֲוִיר צוֹנֵן וְהַגּוּף צוֹנֵן וְהַחוֹלִי מַבְעִירוֹ בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא חֹולִי קָשֶׁה:
Il faut beaucoup de bois pour le chauffer. De même ici : l'air est froid, le corps est froid, et pourtant la maladie l'embrase - on sait donc que c'est une maladie grave.
מִיגְמָר בְּעַתִּיקְתָּא קָשֶׁה מֵחַדְתָּא מִי שֶׁלָּמַד וְהִסִּיחַ דַּעְתּוֹ וְשָׁכַח קָשֶׁה לַחֲזֹור וְלִלְמֹוד מַה שֶׁשָּׁכַח יוֹתֵר מִמַּה שֶׁלֹּא לָמַד:
Celui qui a étudié, s'est distrait et a oublié : il lui est plus difficile de revenir apprendre ce qu'il a oublié que ce qu'il n'a jamais appris.
וְסִימָנָיךְ טִינָא בַּר טִינָא טִיט שֶׁגּוֹבְלִים אוֹתוֹ מִטִּיט חֹומֶר כֹּותֶל יָשָׁן קָשֶׁה לְגַבְּלוֹ יוֹתֵר מִטִּיט שֶׁל עָפָר חָדָשׁ:
Du mortier que l'on pétrit à partir de la boue du torchis d'un vieux mur : il est plus difficile à pétrir qu'un mortier de terre neuve.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מִגְמָר בְּעַתִּיקָא קָשֶׁה מֵחַדְתָּא וְסִימָנָיךְ , טִינָא בַּר טִינָא. נִרְאֶה לִי בס"ד לִפְעָמִים יִהְיֶה חָכָם אֶחָד מְבָאֵר אֵיזֶה פָּסוּק אוֹ מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל סָתוּם וְכוֹתֵב בֵּיאוּר שֶׁלּוֹ בְּלָשׁוֹן קָצָר וְסָתוּם אֲשֶׁר קָשֶׁה לְאָדָם לַמְּעַיֵּין לַעֲשׂוֹת בֵּיאוּר לָזֶה הַבֵּיאוּר יוֹתֵר מִלַּעֲשׂוֹת בֵּיאוּר חָדָשׁ לְאוֹתוֹ פָּסוּק אוֹ מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַסָּתוּם אֲשֶׁר בֵּיאֵר אוֹתוֹ הַמְבָאֵר.
« Réapprendre sur de l'ancien est plus dur que d'apprendre du neuf, et ton signe : du mortier fait de mortier. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : il arrive qu'un sage explique un verset ou un propos obscur de nos maîtres de mémoire bénie, et qu'il rédige son explication dans une langue si brève et si ramassée qu'elle en devient obscure à son tour ; il est alors plus difficile à l'étudiant qui s'y penche de faire un commentaire à ce commentaire que de faire un commentaire neuf au verset ou au propos obscur de nos maîtres que ce commentateur a voulu expliquer.
שִׁלְהֵי דְּקַיְטָא קָשֶׁה מִדְּקִיטָא. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁיֵּשׁ לָאָדָם בִּשְׁנוֹת חַיָּיו שְׁנֵי זְמַנִּים חִלּוּקִים, הָאֶחָד הוּא זְמַן שְׁנוֹת הַבַּחֲרוּת, וְהַשֵּׁנִי זְמַן הַזִּקְנָה וְיָדוּעַ דְּחַכְמֵי הַמּוּסָר הִמְשִׁילוּ שְׁנוֹת הַבַּחֲרוּת לִימֵי הַקַּיִץ שֶׁהֵם מְזֻומָּנִים לְטִיּוּלִים וְתַעֲנוּגִים וּמָצוּי בָּהֶם כָּל מִינֵי פֵּירוֹת טוֹבִים וּמְתוּקִים, וִימֵי הַזִּקְנָה לִימוֹת הַחֹורֶף, כִּי בַּחֹורֶף הָאָדָם עָצוּר בְּבֵיתוֹ וְאֵינוֹ יוֹצֵא לְטַייֵּל בְּשָׂדוֹת וּכְרָמִים וְהָאִילָנוֹת יְבֵשִׁים, וְכֵן הַזָּקֵן מִצַּד טִבְעוֹ יִכְבַּד וְיֵשֵׁב בִּמְקוֹמוֹ וְאֵין לִבּוֹ נִמְשָׁךְ אַחַר הַטִּיּוּלִים וְתַעֲנוּגִים. וְהִנֵּה נוֹדַע כִּי כֹּחַ הַתַּאֲוָה מִתְנוֹצֵץ בָּאָדָם מִתְּחִילַּת יְמֵי הַבַּחֲרוּת, אַךְ טֶבַע כֹּחַ הַתַּאֲוָה הוּא שֶׁעוֹלֶה וּמִתְגַּבֵּר יוֹם עַל יוֹם וְהוּא מִתְאַחֵז בָּאָדָם כָּל יְמֵי הַבַּחֲרוּת, אַךְ בִּימֵי הַזִּקְנָה נֶחֱלַשׁ מֵאֵלָיו מִצַּד הַטֶּבַע, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (פְּסָחִים קיג:) 'זָקֵן וּמְנָאֵף אֵין הַדַּעַת סֻובְּלוּ' וְאָמַר מֵאַחַר כִּי כֹּחַ הַתַּאֲוָה טִבְעוֹ עוֹלֶה וּמִתְגַּבֵּר לָכֵן שִׁלְהֵי דְּקַיְטָא רוֹצֶה לוֹמַר סוֹף זְמַן הַבַּחֲרוּת הוּא קָשֶׁה לָאָדָם מִצַּד רִבּוּי תַּאֲוָתוֹ, יוֹתֵר מְתֻוקַּף יְמֵי הַבַּחֲרוּת שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִכְבֹּושׁ תַּאֲוָתוֹ מֵאַחַר שֶׁהוּא מִתְגַּבֵּר וְעוֹלֶה אַף עַל פִּי דְּוַדַּאי כֹּחַ גּוּפוֹ הוּא יוֹתֵר חָזָק בְּתֹוקֶף הַבַּחֲרוּת מִן סוֹף יְמֵי הַבַּחֲרוּת! וְנָפְקָא מִינָּהּ לְמִבְעֵי רַחֲמֵי וְגַם לַעֲשׂוֹת לוֹ הַמְצָאוֹת וַהֲכָנוֹת לְהַצָּלָתוֹ מִתִּגְבֹּורֶת הַתַּאֲוָה. וְאָמַר עוֹד אִשָּׁתָא דְּסִיתְוָא קָשֶׁה מִדְּקִיטָא וְסִימָנָיךְ 'תַּנּוּרָא קְרִירָא' רָמַז בָּזֶה עַל חֹום אֵשׁ הַתַּאֲוָה שֶׁל נִיאוּף הַבָּא לָאָדָם בִּימֵי הַזִּקְנָה עָונְשׁוֹ קָשֶׁה עָלָיו יוֹתֵר מִשֶּׁל יְמֵי הַבַּחֲרוּת יַעַן כִּי מִצַּד הַטֶּבַע צָרִיךְ שֶׁיֵּחָלֵשׁ וְיִתְבַּטֵּל כֹּחַ הַתַּאֲוָה שֶׁל נִיאוּף בִּימֵי הַזִּקְנָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (פְּסָחִים קיג:) שְׁלֹשָׁה אֵין הַדַּעַת סוֹבַלְתָּן וְחַד מִנַּיְיהוּ זָקֵן מְנָאֵף וְלָכֵן עָנְשׁוֹ יוֹתֵר קָשֶׁה שֶׁלֹּא יֵשׁ עָלָיו הִתְנַצְּלוּת מִצַּד הַטֶּבַע.
« La fin de l'été est plus dure que l'été. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : il y a dans les années de la vie d'un homme deux temps distincts - le temps de la jeunesse, et le temps de la vieillesse. On sait que les maîtres du moussar ont comparé les années de jeunesse aux jours d'été, qui se prêtent aux promenades et aux plaisirs et où l'on trouve toutes sortes de fruits bons et doux ; et les jours de la vieillesse aux jours d'hiver, car en hiver l'homme reste enfermé chez lui, il ne sort plus se promener dans les champs et les vignes, et les arbres sont secs - de même le vieillard, par sa nature même, s'alourdit, demeure à sa place, et son cœur n'est plus entraîné vers les promenades et les plaisirs. Or on sait que la force du désir (koah ha-taava) commence à scintiller en l'homme dès le début de la jeunesse ; mais la nature de cette force est de monter et de se renforcer de jour en jour, et elle s'accroche à l'homme tout au long de sa jeunesse, tandis qu'aux jours de la vieillesse elle faiblit d'elle-même, par nature. C'est pourquoi nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Pessa'him 113b) : « un vieillard adultère - l'esprit ne le supporte pas ». Il dit donc : puisque la nature de la force du désir est de monter et de se renforcer, « la fin de l'été » - c'est-à-dire la fin du temps de la jeunesse - est plus dure à l'homme, du fait de l'abondance de son désir, que le plein de la jeunesse, car il ne parvient plus à maîtriser un désir qui va montant et se renforçant, et cela bien que la force de son corps soit assurément plus grande au plein de la jeunesse qu'à sa fin. La conséquence pratique (nafka mina) : demander miséricorde, et se ménager des expédients et des préparatifs pour se sauver de la montée du désir. Il dit encore : « la fièvre de l'hiver est plus dure que celle de l'été, et ton signe : un four froid » - allusion à la chaleur du feu du désir de débauche qui vient à l'homme aux jours de sa vieillesse : sa punition lui est plus lourde qu'aux jours de sa jeunesse, car par nature la force de ce désir devrait s'affaiblir et s'annuler dans la vieillesse - et comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie (Pessa'him 113b), trois choses que l'esprit ne supporte pas, dont un vieillard adultère. Sa punition est donc plus dure, puisqu'il n'a pour lui aucune excuse tirée de la nature.
💡 Explication

Les deux derniers couples de la série retournent l'image du four. Le premier four était déjà chaud : peu de bois suffisait - la cause faible révèle un milieu saturé. Le second est froid : il faut beaucoup de bois pour l'allumer. Donc une fièvre qui parvient à embraser un corps refroidi par l'hiver est nécessairement une maladie grave.

Le dernier couple porte sur l'étude : miguemar be-atikta, réapprendre une matière sue puis oubliée, est plus pénible que d'aborder du neuf. Le siman est tina bar tina, du mortier pétri à partir du torchis d'un vieux mur : la matière a déjà pris une forme, et il faut d'abord défaire cette forme avant de pouvoir la retravailler.

🖼️ Schéma
Deux fours, deux mortiers : la même loi du support Four déjà chauffé Peu de bois, et pourtant chaleur intense. Donc : la fin de l'été brûle plus que l'été, car l'air et les corps sont déjà saturés. On mesure l'effet au peu qu'il a fallu. Four froid Beaucoup de bois nécessaire. Donc : une fièvre qui embrase un corps froid en hiver révèle un mal plus grave. On mesure la cause à ce qu'elle a vaincu. Tina bar tina - le mortier fait de mortier Le torchis d'un vieux mur doit d'abord être brisé avant de pouvoir être pétri : la forme ancienne résiste. De même, réapprendre ce qu'on a su puis oublié est plus pénible que d'aborder une matière neuve. Règle commune : ce n'est pas l'intensité apparente qui compte, mais l'état du support sur lequel elle s'exerce.
Les deux fours et les deux mortiers : dans chaque siman, on mesure la cause à l'état du support qu'elle a dû vaincre.
3
אָמַר רַבִּי אָבָהוּ: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי, דִּכְתִיב: ״לַמְנַצֵּחַ עַל אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר״, מָה אַיָּלָה זוֹ קַרְנֶיהָ מַפְצִילוֹת לְכָאן וּלְכָאן, אַף שַׁחַר זֶה מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן.

Rabbi Abahou a dit : quelle est la raison de Rabbi ? Car il est écrit : « Au chef des chantres, sur la biche de l'aube (ayelet hachahar) » (Psaumes 22,1).

De même que cette biche, ses cornes se ramifient de-ci de-là, ainsi cette aube perce de-ci de-là.

📜 Rachi (2)
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי דְּאָמַר תִּימּוֹר שֶׁל חַמָּה מְפַצֵּעַ:
Qui a dit (page précédente) que la colonne lumineuse du soleil se fend.
אַיָּלָה זוֹ לָאו דַּווְקָא נְקַט שֶׁהֲרֵי אֵין קַרְנַיִם לִנְקִיבָה:
Ce n'est pas à prendre au pied de la lettre, car la femelle n'a pas de cornes.
🪔 Ben Yehoyada (2)
" לַמְנַצֵּחַ עַל אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר " (תְּהִלִּים כב, א) מָה אַיָּלָה זוֹ קַרְנֶיהָ מְפַצְּלוֹת לְכָאן וּלְכָאן. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'לָאו דַּוְקָא נְקַט שֶׁהֲרֵי אֵין קַרְנַיִם לִנְקֵבָה אֶלָּא מִין אַיָּלָה קָאָמַר' וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בֶּאֱמֶת לָמָּה הֻוכְרַח הַכָּתוּב לִמְנַקַּט 'אַיֶּלֶת' וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אַיִל הַשַּׁחַר שֶׁהוּא זָכָר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם הָיָה אוֹמֵר אַיִל הַשַּׁחַר הָיוּ טוֹעִין לִקְרוֹת אַיִל בחיר"ק שֶׁהוּא מִין בְּהֵמָה כְּמוֹ אֵלִים וּכְבָשִׂים וְלֹא הָיוּ קוֹרִין אַיִל בקמ"ץ תַּחַת הַיּוֹ"ד שֶׁהוּא מִין חַיָּה אַיָּלָה. וּבֶאֱמֶת הָאַיִל שֶׁהוּא מִין בְּהֵמָה אֵין לוֹ קַרְנַיִים מְפֻוצָּלוֹת לְכָאן וּלְכָאן, וּלְהָכִי נָקֵיט אַיֶּלֶת דְּהַשְׁתָּא לֵיכָּא לְמִטְעֵי דְּוַדַּאי בְּמִין אַיָּלָה שֶׁהוּא מִין חַיָּה קָא מִשְׁתַּעֵי. וְהִנֵּה בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ (זֹהַר חֵלֶק ב' פָּרָשַׁת וַיַּקְהֵל דַּף ריח:) אִיתָא פָּתַח רַבִּי שִׁמְעוֹן וְאָמַר (תְּהִלִּים מב, ב) 'כְּאַיָּל תַּעֲרֹג עַל אֲפִיקֵי מַיִם' בְּקַדְמֵיתָא כְּתִיב כְּאֵיל וְלָא כְּתִיב כְּאַיֶּלֶת וּלְבָתַר תַּעֲרֹג וְלָא כְּתִיב יַעֲרֹוג אֲבָל רָזָא דָּא דְּכַר וְנֻוקְבָּא תַּרְוַוייְהוּ כַּחֲדָא וְהַאי נֻוקְבָּא תַּעֲרֹג עַל אֲפִיקֵי מָיִם וְכוּ'. וְכָתַב בְּסֵפֶר אוֹר הַחַמָּה בְּשֵׁם רַבֵּינוּ מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל וְזֶה לְשׁוֹנוֹ יוּבַן בְּמַה שֶׁאָמַר אַחַר כָּךְ (בְּרֵאשִׁית ג, טז) 'וְאֶל אִישֵׁךְ תְּשׁוּקָתְךָ' כַּמָּה דְּאַתְּ אָמַר (תְּהִלִּים מב, ב) 'עַל אֲפִיקֵי מַיִם' פֵּירוּשׁ נֶצַח וְהוֹד הֵם נִקְרָאִים אֲפִיקֵי מַיִם כַּנִּזְכָּר בְּפָרָשַׁת אַחֲרֵי דַּף ס"ח וְלָכֵן כָּל תְּשׁוּקָתָהּ אֶל בַּעֲלָהּ הוּא בְּאֵלּוּ הָאֲפִיקִים לְפִי שֶׁהֵם נוֹטְלִים כָּל כַּנִּישׁוּ דָּמְייָן עִלָּאִין כַּנּוֹדָע כִּי לְכָךְ נִקְרָאִים 'שְׁחָקִים' שׁוֹחֲקִים וּמְעָרְבִים כָּל יָמִין עִלָּאִין דְּתַמָּן אִתְכַּנִּישׁוּ כּוֹלָּא עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ וּלְפִי זֶה מוּבָן שַׁפִּיר הַטַּעַם שֶׁאָמַר אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר וְלֹא אָמַר אַיִל שֶׁבֶּאֱמֶת הֵם נִכְלָלִים זֶה בָּזֶה תָּמִיד דְּכַר וְנֻוקְבָּא תַּרְוַוייְהוּ כַּחֲדָא וְכָאָמוּר. וְאָמַר קַרְנֶיהָ מְפֻצָּלוֹת לְכָאן וּלְכָאן הוּא דֶּרֶךְ מָשָׁל וּמְלִיצָה עַל נֶצַח וְהוֹד שֶׁהֵם נִקְרָאִים 'אֲפִיקֵי מַיִם' אֲשֶׁר תַּעֲרוֹג הָאַיֶּלֶת עֲלֵיהֶם, וְיָדוּעַ דְּנֶצַח וְהוֹד נִקְרָאִים בְּשֵׁם קַרְנַיִם בְּסוֹד הַכָּתוּב (דָּנִיֵּאל ח, ג) 'וְהַקְּרָנַיִם גְּבֹהוֹת וְהָאַחַת גְּבֹהָה מִן הַשֵּׁנִית' דְּקָאֵי זֶה עַל נֶצַח וְהוֹד וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל.
« Au chef des chantres, sur la biche de l'aube » (Psaumes 22,1) - de même que cette biche, ses cornes se ramifient de-ci de-là. Rachi explique : « ce n'est pas à prendre au pied de la lettre, car la femelle n'a pas de cornes ; il parle en réalité de l'espèce de la biche ». Il y a lieu de demander : pourquoi donc le verset s'est-il imposé de dire ayelet, au féminin ? Il aurait pu dire ayil hachahar, au masculin ! Il me semble, avec l'aide du Ciel : s'il avait dit ayil hachahar, on se serait trompé en lisant ayil avec un hirik, qui désigne une espèce de bétail domestique comme les béliers et les moutons, au lieu de lire ayal avec un kamats sous le youd, qui désigne une espèce d'animal sauvage, la biche. Or en vérité le bélier, qui est du bétail, n'a pas de cornes ramifiées de-ci de-là ; c'est pourquoi le verset a pris ayelet, car dès lors il n'y a plus d'erreur possible : il parle assurément de l'espèce de la biche, qui est un animal sauvage. Et voici : dans le saint Zohar (tome 2, parachat Vayakhel, feuillet 218b) il est rapporté que Rabbi Chimon ouvrit et dit (Psaumes 42,2) : « comme la biche (ke-ayal) brame après les cours d'eau » - au début il est écrit ke-ayal, au masculin, et non ke-ayelet ; et ensuite « taarog », au féminin, et non « yaarog ». Mais tel est le secret : le masculin et le féminin sont tous deux ensemble, et ce féminin brame après les cours d'eau, etc. Et il est écrit dans le livre Or ha-Hama au nom de notre maître le Rahav [notre maître Rabbi Haim Vital] de mémoire bénie, en ces termes : cela se comprend par ce qui est dit ensuite (Genèse 3,16) « et vers ton mari sera ton désir », comme il est dit (Psaumes 42,2) « vers les cours d'eau » - c'est-à-dire netsa'h et hod, qui sont appelés cours d'eau (afikei mayim), comme il est mentionné dans la parachat Aharei, feuillet 68 ; et c'est pourquoi tout son désir vers son époux passe par ces cours-là, parce qu'ils recueillent tout le rassemblement des eaux supérieures, comme on le sait - car c'est pour cela qu'ils sont appelés chehakim, ceux qui broient et mélangent toutes les eaux supérieures qui s'y rassemblent - fin de citation. Selon cela, on comprend fort bien pourquoi il a dit ayelet hachahar et non ayal : en vérité ils sont toujours compris l'un dans l'autre, le masculin et le féminin ensemble, comme il a été dit. Et quand il dit « ses cornes se ramifient de-ci de-là », c'est une parabole et une figure pour netsa'h et hod, appelés cours d'eau, après lesquels la biche brame ; et l'on sait que netsa'h et hod sont appelés cornes, selon le secret (sod) du verset (Daniel 8,3) « et les cornes étaient hautes, et l'une plus haute que l'autre », qui se rapporte à netsa'h et hod, comme l'a dit notre maître le Ari de mémoire bénie.
אַף שַׁחַר זֶה מַפְצִיל לְכָאן וּלְכָאן. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז בְּלָשׁוֹן זֶה לְפִי דַּרְכּוֹ דָּבָר אֶחָד לְעִנְיַן דִּינָא וְהוּא דְּקַיְימָא לָן בְּשֻׁולְחָן עָרוּךְ אֹורַח חַיִּים סִימָן נ"ח דִּזְמַן קְרִיאַת שְׁמַע הוּא מְעַט קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה אֲבָל בִּשְׁעַת הַדְּחָק כְּגוֹן יוֹצֵא בְּשַׁייָּרָה יוּכַל לִקְרוֹתָהּ עִם בִּרְכוֹתֶיהָ מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר דְּכֵיוָן שֶׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר שַׁפִּיר קָרֵינַן בֵּיהּ (דְּבָרִים ו, ז) 'וּבְקוּמֶךָ' וְגַם מִקְּרֵי יוֹצֵר אוֹר עַייֵּן שָׁם. וְאִיתָא עוֹד שָׁם אִם נֶאֱנַס וְלֹא קָרָא קְרִיאַת שְׁמַע עַרְבִית אֲפִילּוּ עָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר כֵּיוָן שֶׁעֲדַייִן לֹא הַנִּיץ הַחַמָּה קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וְיוֹצֵא בָּהּ יְדֵי חוֹבָתוֹ שֶׁל עַרְבִית עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא עַמּוּד הַשַּׁחַר מַפְצִיל לְכָאן וּלְכָאן דְּנֶחְשָׁב לִפְעָמִים עִם חֵלֶק הַלַּיְלָה וְנֶחְשָׁב לִפְעָמִים עִם חֵלֶק הַיּוֹם.
« Ainsi cette aube perce de-ci de-là. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là, selon sa manière, une allusion à un point de din (de loi). Nous tenons pour établi, dans le Choulhan Aroukh Orah Haim siman 58, que le temps du Chema est un peu avant le lever du soleil ; mais en cas de contrainte, par exemple pour celui qui part en caravane, il peut le lire avec ses bénédictions dès le lever de l'aube (amoud hachahar), car du moment que l'aube s'est levée on peut bien lui appliquer (Deutéronome 6,7) « et lorsque tu te lèves », et l'on peut aussi dire la bénédiction yotser or - voir là-bas. Et il est encore écrit là-bas que si un homme a été empêché et n'a pas lu le Chema du soir, même si l'aube s'est levée, tant que le soleil n'a pas paru il lit le Chema et s'acquitte ainsi de son obligation du soir - voir là-bas. Il se trouve donc que le lever de l'aube « perce de-ci de-là » : il est parfois compté du côté de la nuit, et parfois du côté du jour.
💡 Explication

On revient à la mahloket du daf précédent sur la différence entre la lumière du soleil levant et celle de la lune. Rabbi soutenait que la colonne lumineuse (timor) du soleil se fend, alors que celle de la lune monte droit. Rabbi Abahou fournit ici l'appui scripturaire : le titre du Psaume 22 nomme l'aube ayelet hachahar, la biche de l'aube.

L'image est précise : les bois du cervidé se ramifient à partir d'un tronc unique - l'aube fait de même, elle s'ouvre en éventail. Rachi note au passage que l'expression est approximative, car la femelle n'a pas de bois : le verset désigne l'espèce, non l'individu femelle.

4
אָמַר רַבִּי זֵירָא: לָמָּה נִמְשְׁלָה אֶסְתֵּר לְאַיָּלָה — לוֹמַר לְךָ: מָה אַיָּלָה רַחְמָהּ צַר וַחֲבִיבָה עַל בַּעְלָהּ כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה כְּשָׁעָה רִאשׁוֹנָה, אַף אֶסְתֵּר הָיְתָה חֲבִיבָה עַל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה כְּשָׁעָה רִאשׁוֹנָה. אָמַר רַבִּי אַסִּי: לָמָּה נִמְשְׁלָה אֶסְתֵּר לְשַׁחַר — לוֹמַר לְךָ: מַה שַׁחַר סוֹף כָּל הַלַּיְלָה, אַף אֶסְתֵּר סוֹף כָּל הַנִּסִּים.

Rabbi Zeira a dit : pourquoi Esther a-t-elle été comparée à la biche ? Pour te dire : de même que la biche, sa matrice est étroite et elle est chère à son époux à chaque heure comme à la première heure, ainsi Esther était chère à Assuérus à chaque heure comme à la première heure.

Rabbi Assi a dit : pourquoi Esther a-t-elle été comparée à l'aube ? Pour te dire : de même que l'aube est la fin de toute la nuit, ainsi Esther est la fin de tous les miracles.

📜 Rachi (1)
לָמָּה נִמְשְׁלָה אֶסְתֵּר כְּאַיֶּלֶת בְּמַס' מְגִילָּה (ד' טו:) אָמְרִינַן דְּאֶסְתֵּר אָמְרָה מִזְמוֹר זֶה כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעָה לְבֵית הַצְּלָמִים נִסְתַּלְּקָה הֵימֶנָּה שְׁכִינָה אָמְרָה אֵלִי אֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי:
Dans le traité Meguila (15b) nous disons qu'Esther a prononcé ce psaume : lorsqu'elle parvint à la maison des idoles, la Chekhina se retira d'elle, et elle dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonnée ? »
🪔 Ben Yehoyada (2)
מָה אַיָּלָה זוֹ , רַחְמָהּ צַר וַחֲבִיבָה עַל בַּעְלָהּ כָּל שָׁעָה וְשָׁעָה כְּשָׁעָה רִאשׁוֹנָה. נִרְאֶה לִי לְכָךְ נִקְרֵאת 'אַיֶּלֶת' שֶׁהוּא לְשׁוֹן מָעוֹז כְּמוֹ (תְּהִלִּים כב, כ) 'אֱיָלוּתִי לְעֶזְרָתִי חוּשָׁה' שֶׁתָּמִיד נִמְצָא בָּהּ תֹּוקֶף וּמָעוֹז הַהֲנָאָה לְבַעֲלָהּ. וְנִרְאֶה סָמַךְ לְהָא דְּרַבִּי זֵירָא עִם מַאֲמַר פִּיצּוּל קַרְנַיִם לְכָאן וּלְכָאן לִרְמֹוז בָּזֶה טַעַם אַחֵר שֶׁנִּקְרֵאת אֶסְתֵּר 'אַיֶּלֶת' כִּי מְגִילָּתָהּ נִקְרֵאת קֹודֶם בִּיאַת הַמָּשִׁיחַ וְאַחַר בִּיאַת הַמָּשִׁיחַ.
« De même que cette biche, sa matrice est étroite et elle est chère à son époux à chaque heure comme à la première heure. » Il me semble que c'est pour cela qu'elle est appelée ayelet, mot qui exprime la vigueur et l'appui, comme dans (Psaumes 22,20) « ma force (eyalouti), hâte-toi à mon secours » : car on trouve toujours en elle la vigueur et la force du plaisir qu'elle donne à son époux. Et il me semble qu'il y a un appui à ce propos de Rabbi Zeira dans l'énoncé des cornes qui se ramifient de-ci de-là, pour faire allusion à une autre raison pour laquelle Esther est appelée ayelet : parce que sa meguila se lit avant la venue du Machiah, et se lira encore après la venue du Machiah.
אַף אֶסְתֵּר סוֹף כָּל הַנִּסִּים. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי נֵס הָאַחֲרוֹן הָאֲמִיתִּי הוּא גְּאֻולַּת יִשְׂרָאֵל מֵאֱדוֹם וּבִיטּוּל קְלִיפַּת עֲמָלֵק וְיָדוּעַ כִּי עַל יְדֵי קְרִיאַת מְגִילַּת אֶסְתֵּר וּשְׁאָר מִצְוֹת שֶׁעוֹשִׂין בְּפוּרִים יִהְיֶה בִּיטּוּל מְחֻודָּשׁ בְּכָל שָׁנָה בְּמִקְצָת מִקְּלִיפַּת עֲמָלֵק כִּי הָמָן הוּא זֶרַע עֲמָלֵק, וְנִמְצָא נֵס שֶׁל אֶסְתֵּר יוֹצֵא מִמֶּנּוּ תּוֹעֶלֶת תָּמִיד לַנֵּס הַגָּדוֹל שֶׁהוּא סוֹף כָּל הַנִּסִּים. וּבָזֶה יוּבַן מַה שֶׁאָמַר בְּיַלְקוּט תְּהִלִּים (סִימָן כ"ב) אָמַר רַבִּי יְהוּדָה בַּר רַבִּי סִימוֹן בַּיִת שֶׁיֵּשׁ בּוֹ נְחָשִׁים מְבִיאִין קֶרֶן שֶׁל אַיֶּלֶת וּמְעַשְּׁנִין בְּתוֹכוֹ וּמִיָּד הַנְּחָשִׁים בּוֹרְחִין כָּךְ כְּשֶׁבָּאָה אֶסְתֵּר בָּרַח הַמָּן עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְהַכַּוָּנָה דְּהַמָּשָׁל הַזֶּה הוּא שַׁיָּיךְ בְּכָל דּוֹר וְדוֹר וְלָאו דַּוְקָא עַל אוֹתוֹ הַדּוֹר שֶׁנִּצְלַב בּוֹ הָמָן כִּי בֶּאֱמֶת בְּכָל שָׁנָה בְּזִכְרוֹן נֵס אֶסְתֵּר בּוֹרְחִין הַנְּחָשִׁים שֶׁהֵם גֻּונְדָּא דִּקְלִיפַּת עֲמָלֵק שֶׁהוּא נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי וְגָבַר יִשְׂרָאֵל.
« Ainsi Esther est la fin de tous les miracles. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : le dernier miracle véritable sera la délivrance d'Israël d'Edom et l'anéantissement de la kelipa (écorce) d'Amalek. Or on sait que par la lecture de la meguila d'Esther et par les autres mitsvot que l'on accomplit à Pourim, il se produit chaque année un anéantissement renouvelé d'une part de la kelipa d'Amalek, puisque Haman était de la descendance d'Amalek. Il se trouve donc que du miracle d'Esther sort en permanence un profit pour le grand miracle qui est la fin de tous les miracles. Par là se comprend ce qui est dit dans le Yalkout sur les Psaumes (siman 22) : Rabbi Yehouda fils de Rabbi Simon a dit - une maison où il y a des serpents, on apporte une corne de biche et on l'y fait fumer, et aussitôt les serpents s'enfuient ; ainsi, lorsque vint Esther, Haman s'enfuit - fin de citation. Et l'intention est que cette parabole vaut pour chaque génération, et non seulement pour la génération où Haman fut pendu : car en vérité, chaque année, par le souvenir du miracle d'Esther, s'enfuient les serpents, qui sont la troupe de la kelipa d'Amalek, laquelle est le serpent primordial - et Israël l'emporte.
💡 Explication

Le Psaume 22 change de sujet : la tradition (Meguila 15b, citée par Rachi) le met dans la bouche d'Esther au moment où elle s'avance chez Assuérus sans avoir été convoquée. Les deux mots du titre sont alors exposés séparément.

Ayelet, la biche, donne la lecture de Rabbi Zeira : la faveur d'Esther ne s'use jamais. Chahar, l'aube, donne celle de Rabbi Assi : l'aube est le point terminal de la nuit, donc Esther est le dernier des miracles. C'est cette seconde affirmation qui va être attaquée au segment suivant.

5
וְהָא אִיכָּא חֲנֻוכָּה! נִיתְּנָה לִכְתֹּוב קָא אָמְרִינַן. הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר אֶסְתֵּר נִיתְּנָה לִכְתֹּוב. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר אֶסְתֵּר לֹא נִיתְּנָה לִכְתֹּוב, מַאי אִיכָּא לְמֵימַר?

Mais il y a 'Hanouka ! - Nous parlons de ce qui fut donné pour être écrit. Cela va bien selon celui qui dit qu'Esther fut donnée pour être écrite ; mais selon celui qui dit qu'Esther ne fut pas donnée pour être écrite, que peut-on dire ?

📜 Rachi (1)
הָנִיחָא לְמ"ד פְּלֻוגְתָּא בְּמַסֶּכֶת מְגִילָּה (דַּף ז.) אִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר מְטַמְּאָה אֶת הַיָּדַיִם וְאִיכָּא לָמֶ"ד דְּאֵינָהּ מְטַמְּאָה אֶת הַיָּדַיִם דְּלָאו סֵפֶר הִיא:
C'est une controverse dans le traité Meguila (7a) : certains disent qu'elle rend les mains impures, et d'autres disent qu'elle ne rend pas les mains impures, parce que ce n'est pas un livre saint.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָא אִיכָּא חֲנֻכָּה? נִתְּנָה לִכְתֹּב קָא אֲמִינָא. כָּתַב הַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל (בִּדְבָרִים אֲחָדִים דַּף קס"ו) דְּמַקְשִׁים הָא גוּפָא קַשְׁיָא לָמָּה לֹא נִכְתְּבָה חֲנֻוכָּה? וּמָה הֶפְרֵשׁ בֵּין זֶה לָזֶה? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין זוֹ קוּשְׁיָא כִּי בִּזְמַן אֶסְתֵּר הָיוּ בַּעֲלֵי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁהֵם שְׁנַייִם לַנְּבִיאִים וְכָתְבוּ הַמְּגִילָּה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ עַל דֶּרֶךְ מִקְרָאוֹת נְבִיאִים וּכְתוּבִים שֶׁהָיְתָה רוּחַ הַקֹּודֶשׁ אוֹמֶרֶת לְהַכּוֹתֵב הַלָּשׁוֹן וְהַדְּבָרִים שֶׁהוּא כּוֹתֵב וְאֵינוֹ מְסַדֵּר הַדְּבָרִים מִדַּעְתּוֹ וּלְכָךְ נַעֲשֵׂית כִּשְׁאָר מִקְרָאוֹת נְבִיאִים וּכְתוּבִים שֶׁנִּיתְּנוּ מִקְרָאוֹת שֶׁלָּהּ לְהִדָּרֵשׁ בְּכַמָּה פָּנִים מֵחֲמַת כִּי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ אָמְרָה אוֹתָם, אֲבָל בִּזְמַן נֵס חֲנֻוכָּה לֹא הָיָה בָּהֶם בַּעֲלֵי רוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁהֵם קְרוֹבִים לַנְּבִיאִים שֶׁתִּהְיֶה רוּחַ הַקֹּודֶשׁ אוֹמֶרֶת לְהַכּוֹתֵב אֶת נֹוסַח הַלָּשׁוֹן וְהוּא כּוֹתְבוֹ, אֶלָּא צָרִיךְ שֶׁהַכָּתוּב יְסַדֵּר הַלָּשׁוֹן מִדַּעְתּוֹ וְאֵיךְ יִהְיֶה לִדְבָרִים אֵלּוּ מִשְׁפַּט הַמִּקְרָאוֹת כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ נִכְתָּבִים עִם הַכְּתוּבִים כִּי הַכּוֹתֵב לֹא כִּיוֵּן בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁכּוֹתֵב אֶלָּא רַק מַשְׁמָעוּת אַחַת.
« Mais il y a 'Hanouka ! - Nous parlons de ce qui fut donné pour être écrit. » Le gaon le Hida de mémoire bénie a écrit (dans Devarim Ahadim, feuillet 166) que l'on objecte : la question elle-même fait difficulté - pourquoi 'Hanouka ne fut-elle pas mise par écrit ? Et quelle différence y a-t-il entre l'un et l'autre ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce n'est pas une difficulté : car au temps d'Esther il y avait des porteurs de roua'h hakodech (l'esprit saint), qui viennent au second rang après les prophètes, et ils ont écrit la meguila par roua'h hakodech, à la manière des textes des Prophètes et des Écrits, où l'esprit saint dictait à celui qui écrivait la langue et les termes qu'il écrivait - il n'agençait pas les mots de son propre chef. C'est pourquoi elle est devenue comme les autres textes des Prophètes et des Écrits, dont les versets ont été donnés pour être exposés selon plusieurs faces, du fait même que l'esprit saint les a dictés. Mais au temps du miracle de 'Hanouka il n'y avait plus parmi eux de porteurs de roua'h hakodech, proches des prophètes, pour que l'esprit saint dicte au rédacteur la formule de la langue et qu'il l'écrive ; il aurait fallu que le rédacteur agence la langue de son propre chef - et comment ces paroles auraient-elles alors le statut des textes de l'Écriture, au point d'être inscrites parmi les Écrits, puisque le rédacteur n'aurait visé, dans ce qu'il écrit, qu'un seul sens ?
💡 Explication

Première objection à Rabbi Assi : le miracle de 'Hanouka est postérieur de plusieurs générations à celui de Pourim - Esther n'est donc pas le dernier des miracles. La Guemara restreint la thèse : il ne s'agit que des miracles nitna li-khtov, donnés pour être inscrits dans les Écritures.

Mais cette réponse dépend elle-même d'une mahloket (Meguila 7a) : la meguila d'Esther a-t-elle été donnée pour être écrite ? Rachi rattache la question au critère pratique de la toumat yadayim - un livre saint rend impures les mains qui le touchent. Selon celui qui le nie, la meguila n'est pas un sefer, et la réponse s'effondre.

🖼️ Schéma
Esther a-t-elle été donnée pour être écrite ? La mahloket de Meguila 7a Objection préalable : et 'Hanouka ? Réponse : on ne compte que les miracles inscrits dans les Écritures. Elle fut donnée pour être écrite La meguila a le statut d'un livre saint. Rachi : elle rend donc les mains impures (toumat yadayim), comme les autres ketouvim. Conséquence pour notre verset La lecture de R. Assi tient : Esther est bien le dernier miracle mis par écrit - donc l'aube qui clôt la nuit des miracles. Elle ne fut pas donnée pour être écrite Ce n'est pas un sefer au sens plein. Rachi : elle ne rend pas les mains impures. Le critère de R. Assi s'effondre. Conséquence pour notre verset Ayelet hachahar ne peut plus désigner Esther : il faut un autre sujet au psaume - ce sera la prière des justes. Nafka mina immédiate dans notre sougya : l'identité du sujet du Psaume 22 - Esther, ou la prière qui va croissant. Ben Yehoyada : 'Hanouka ne fut pas écrite car sa génération n'avait plus de porteurs de roua'h hakodech pour en dicter le texte.
La mahloket de Meguila 7a et son effet direct sur notre sougya : si la meguila n'est pas un livre saint, Esther ne peut plus être le sujet du Psaume 22.
6
מוֹקֵים לַהּ כְּרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר. דְּאָמַר רַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: לָמָּה נִמְשְׁלוּ תְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים כְּאַיֶּלֶת — לוֹמַר לְךָ: מָה אַיָּלָה זוֹ כָּל זְמַן שֶׁמַּגְדֶּלֶת — קַרְנֶיהָ מַפְצִילוֹת, אַף צַדִּיקִים, כָּל זְמַן שֶׁמַּרְבִּין בִּתְפִלָּה — תְּפִלָּתָן נִשְׁמַעַת.

Il l'établit selon Rabbi Binyamin bar Yefet au nom de Rabbi Elazar. Car Rabbi Binyamin bar Yefet a dit au nom de Rabbi Elazar : pourquoi les prières des justes ont-elles été comparées à la biche ?

Pour te dire : de même que cette biche, tant qu'elle grandit ses cornes se ramifient, ainsi les justes : tant qu'ils multiplient la prière, leur prière est entendue.

📜 Rachi (2)
מוֹקֵים לַהּ כְּרַבִּי בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת כְּלוֹמַר דְּרֵישׁ לְהַאי שַׁחַר כַּר' בִּנְיָמִין בַּר יֶפֶת:
C'est-à-dire : il expose ce mot chahar comme Rabbi Binyamin bar Yefet.
לָמָּה נִמְשְׁלָה תְּפִלָּתָן שֶׁל צַדִּיקִים כו' דְּהַאי שַׁחַר לְשׁוֹן תְּפִלָּה הוּא דְּרֵישׁ לֵיהּ כְּמוֹ רוּחִי בְּקִרְבִּי אֶשְׁחָרְךָ (יְשַׁעְיָהוּ כ״ו:ט׳) לַמְנַצֵּחַ עַל הַתְּפִלָּה שֶׁהִיא כְּאַיֶּלֶת שכ"ז שֶׁמַּגְדֶּלֶת קַרְנֶיהָ מַפְצִילוֹת בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה נוֹסַף בָּהּ פִּיצּוּל אֶחָד:
Car ce mot chahar est une expression de prière, et il l'expose comme dans « mon esprit en moi te cherche (achaharekha) » (Isaie 26,9) : au chef des chantres, sur la prière, qui est comme la biche - car tant qu'elle grandit ses cornes se ramifient, et chaque année s'y ajoute une ramification.
💡 Explication

Réponse à la difficulté : celui qui refuse à la meguila le statut de livre saint n'expose simplement pas le verset comme parlant d'Esther. Il l'établit (moukim la) selon Rabbi Binyamin bar Yefet au nom de Rabbi Elazar.

Rachi montre le ressort philologique : chahar n'est plus lu comme l'aube mais comme un verbe de recherche et de prière, sur le modèle de rouhi be-kirbi achaharekha (Isaie 26,9). Le titre se lit alors : au chef des chantres, sur la prière - qui est comme la biche, puisque chaque année de croissance ajoute une ramification à ses bois. Plus le juste multiplie la prière, plus elle est exaucée.

7
שָׁחֲטוּ אֶת הַתָּמִיד. אֵימַת? אִילֵּימָא בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה, לָא סַגִּיא דְּלָאו כֹּהֵן גָּדוֹל? אֶלָּא בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים, מְאוֹר הַלְּבָנָה מִי אִיכָּא?

« Ils abattirent le tamid. » Quand cela ? Si l'on dit que c'était l'un des autres jours de l'année - le service ne suffirait-il pas sans kohen gadol ?

Mais alors, à Yom Kippour : y a-t-il donc une lumière de lune ?

📜 Rachi (4)
אֵימַת אִילֵּימָא כּוּ' קָא סָלְקָא דַּעְתֵּיהּ הוֹרִידוּ כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה סֵיפָא דְּמַתְנִיתִין הוּא וּבַיּוֹם שֶׁטָּעוּ לִשְׁחֹוט אֶת הַתָּמִיד בַּלַּיְלָה קָאָמַר הוֹרִידוּ כ"ג לְבֵית הַטְּבִילָה לִשְׁחֹוט תָּמִיד אַחֲרֵי הַטְּבִילָה אֵימַת הֲוָה הַאי טָעוּת:
On pensait d'abord que « on fit descendre le kohen gadol à la maison d'immersion » est la fin de notre michna, et que c'est le jour même où ils se sont trompés et ont abattu le tamid de nuit que l'on dit qu'on fit descendre le kohen gadol au bain, pour abattre un tamid après l'immersion. Quand donc cette erreur a-t-elle eu lieu ?
אִי נֵימָא בִּשְׁאָר יְמוֹת הַשָּׁנָה דְּלָאו יוה"כ וּבְסוֹף אֶחָד מִן הַחֲדָשִׁים כְּשֶׁהַלְּבָנָה צוֹמַחַת סָמוּךְ לַעֲלוֹת הַשַּׁחַר:
Un jour qui n'est pas Yom Kippour, à la fin de l'un des mois, lorsque la lune se lève juste avant le lever de l'aube.
לָא סַגִּי דְּלָאו כֹּהֵן גָּדוֹל לֹא דַּיי עֲבוֹדַת שְׁאָר יָמִים דְּלָאו בְּכֹהֵן גָּדוֹל:
Le service des autres jours de l'année, qui ne requiert pas le kohen gadol, ne suffirait-il pas ?
מְאוֹר הַלְּבָנָה מִי אִיכָּא לִצְמֹוחַ סָמוּךְ לַשַּׁחַר:
Pour qu'elle se lève juste avant l'aube.
💡 Explication

Retour à la michna de 28a : trompés par la lumière de la lune, ils ont abattu le tamid avant l'aube, et la michna enchaîne par « on fit descendre le kohen gadol à la maison d'immersion ». La Guemara demande à quelle date situer l'incident.

Deux hypothèses, deux impasses. Un jour ordinaire : la lune peut effectivement se lever juste avant l'aube en fin de mois - mais pourquoi mentionner alors le kohen gadol, puisque le service quotidien peut être fait par n'importe quel kohen ? Yom Kippour : le kohen gadol s'impose - mais le 10 du mois, aucune lune ne se lève à l'aube.

8
הָכִי קָאָמַר: וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים כִּי אָמַר ״בָּרָק בַּרְקַאי״ הוֹרִידוּ כֹּהֵן גָּדוֹל לְבֵית הַטְּבִילָה.

Voici ce que la michna veut dire : et à Yom Kippour, lorsque le guetteur disait « barak barkai - la lueur a brillé », on faisait descendre le kohen gadol à la maison d'immersion.

📜 Rachi (1)
ה"ק וּבְיוֹם הַכִּפּוּרִים כִּי אָמַר בָּרַק בַּרְקַאי כו' וְהוֹצִיאוּהוּ לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה מַסְּקָנָא דְּמִילְּתָא הוּא וְהוֹרִידוּ כ"ג מִילְּתָא בְּאַפֵּיהּ נַפְשֵׁיהּ הִיא וּמַהְדַּר לְאוֹרוֹיֵי בְּסֵדֶר עֲבוֹדָה דיוה"כ וְהָכִי קָאָמַר כְּשֶׁהָרוֹאֶה אוֹמֵר בַּרְקַאי הָיוּ מוֹרִידִין כ"ג ביוה"כ לְבֵית הַטְּבִילָה שַׁחֲרִית:
« Et on le fit sortir au lieu de la crémation » est la conclusion de l'affaire précédente ; « et on fit descendre le kohen gadol » est une chose en soi, et la michna revient enseigner l'ordre du service de Yom Kippour. Et voici ce qu'elle dit : lorsque le guetteur disait « barkai », on faisait descendre le kohen gadol, à Yom Kippour, à la maison d'immersion, au matin.
💡 Explication

La solution consiste à couper la michna en deux. Rachi le dit précisément : « et on le fit sortir au lieu de la crémation » clôture le récit de l'incident, qui s'est bien produit un jour ordinaire de l'année. La phrase suivante, « on fit descendre le kohen gadol », n'appartient plus au récit : c'est une clause autonome qui reprend le fil de l'ordre du service de Yom Kippour, objet du traité.

Autrement dit : l'annonce barak barkai, instituée à la suite de l'incident, sert désormais de signal ; et à Yom Kippour, c'est à ce signal que commence la première immersion du kohen gadol.

9
תָּנֵי אֲבוּהּ דְּרַבִּי אָבִין: לֹא זוֹ בִּלְבַד אָמְרוּ, אֶלָּא אַף מְלִיקַת הָעוֹף וּקְמִיצַת מִנְחָה בַּלַּיְלָה תִּשָּׂרֵף. בִּשְׁלָמָא עוֹלַת הָעוֹף — מַאי דַהֲוָה הֲוָה. אֶלָּא קֹומֶץ,

Le père de Rabbi Avin enseigna : ce n'est pas de cela seulement qu'ils ont parlé, mais même la melika (pincement de la nuque) de l'oiseau et la kemitsa (prélèvement de la poignée) de la minha faites de nuit doivent être brûlées. Passe encore pour l'oiseau offert en holocauste : ce qui fut, fut.

Mais la poignée (kometz),

📜 Rachi (3)
לֹא זוֹ בִּלְבַד לֹא זֶבַח לְבַדּוֹ שֶׁנִּשְׁחַט בַּלַּיְלָה אָמְרוּ יִשָּׂרֵף:
Ce n'est pas seulement du sacrifice abattu de nuit qu'ils ont dit qu'il devait être brûlé.
אֶלָּא אַף מְלִיקַת הָעוֹף וּקְמִיצַת הַמִּנְחָה בַּלַּיְלָה תִּשָּׂרֵף דְּגָמְרִי לְהוּ מִשְּׁחִיטָה דִּמְלִיקַת הָעוֹף וּקְמִיצַת מִנְחָה בִּמְקוֹם שְׁחִיטַת הַזְּבָחִים הֵם:
Car on les apprend de la chehita : la melika de l'oiseau et la kemitsa de la minha tiennent lieu de la chehita des sacrifices.
מַאי דַהֲוָה הֲוָה אִי אֶפְשָׁר לְהַחֲזִירָהּ:
Il est impossible de revenir en arrière.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא אֲפִילּוּ עוֹלַת הָעוֹף שֶׁנִּמְלְקָה וּמִנְחָה שֶׁנִּקְמְצָה תֵּצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה מַשְׁמַע דְּמִשּׁוּם דְּנַעֲשׂוּ בַּלַּיְלָה וְתֵימַהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם דְּקָרְבוּ קֹודֶם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר וְאָמְרִינַן (לְקַמָּן יוֹמָא דַּף לד.) מִנַּייִן שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר דִּכְתִיב הָעוֹלָה עוֹלָה רִאשׁוֹנָה וְכֵן בפ"ק דְּעֵירוּבִין (דַּף ב.) דְּאָמַר שְׁלָמִים שֶׁשְּׁחָטָן קֹודֶם פְּתִיחַת דַּלְתוֹת הַהֵיכָל פְּסוּלִין שֶׁנֶּאֱמַר וּשְׁחָטוֹ פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד וְלָמָּה לִי קְרָא תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּקֹודֶם תָּמִיד שְׁחָטָן דְּכֵיוָן דְּלָא נִפְתְּחוּ דְּלָתוֹת הֵיכָל א"כ לֹא נִשְׁחַט הַתָּמִיד דאע"ג דְּלָא כְּתִיב בֵּיהּ וּשְׁחָטוֹ פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד מִשְּׁלָמִים גָּמְרִי' דְּלָא לִשְׁחֹוט לֵיהּ אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁהוּא פָּתוּחַ כְּדִתְנַן בְּתָמִיד (דַּף ל:) לֹא הָיָה הַשּׁוֹחֵט שׁוֹחֵט עַד שֶׁהָיָה שׁוֹמֵעַ קוֹל שַׁעַר הַגָּדוֹל שֶׁנִּפְתָּח מִיהוּ יֵשׁ לִדְחוֹת הַהִיא כְּשֶׁנִּפְתְּחוּ הַדְּלָתוֹת וְנִשְׁחַט הַתָּמִיד וְשׁוּב סֻוגְּרוּ דְּלָתַייִם וְי"ל דְּאִיצְטְרִיךְ קְרָא לְמִיפְסַל מִשּׁוּם שְׁחִיטָה דְּאִי מִשּׁוּם קֹודֶם הַתָּמִיד הַהוּא בְּהַקְטָרָה דַּוְוקָא אַייְרֵי כִּדְמוֹכַח בר"פ תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף נט.) וְעוֹד דְּכוּלֵּיהּ קְרָא דִּוְעָרַךְ עָלֶיהָ הָעֹולָה אַייְרֵי בְּהַקְטָרָה וְעוֹד אור"י דְּהָא דְּאָמַר שֶׁלֹּא יְהֵא דָּבָר קוֹדֵם לְתָמִיד הַייְנוּ לְמִצְוָה וְהָכֵי אִיתָא בְּהֶדְיָא בְּפֶ' הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מט:) וְהָא דְּלָא פָּסְלִינַן בִּשְׁמַעְתָּא מִשּׁוּם דְּהָוֵי קֹודֶם פְּתִיחַת דַּלְתוֹת הַהֵיכָל י"ל דְּלָא מִיפְסָל אֶלָּא בִּשְׁחִיטָה כְּדִכְתִיב וְשָׁחֲטוּ אֲבָל בִּמְלִיקָה וּקְמִיצָה לֹא וְהַשְׁתָּא לְמַאי דְּאָמְרִינַן דְּהָעוֹלֶה עוֹלָה רִאשׁוֹנָה אֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה א"כ עָלֶיהָ הַשְׁלֵם כָּל הַקָּרְבָּנוֹת נָמֵי לָא הֲוָה אֶלָּא לְמִצְוָה וְתֵימַהּ דְּאָמַר בס"פ אֵלּוּ דְּבָרִים (פְּסָחִים דַּף עג:) שְׁחָטוֹ וְנוֹדַע שֶׁמָּשְׁכוּ הַבְּעָלִים אֶת יָדָם יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה וְאִי אָמְרַתְּ לָא בָּעֵי עֲקִירָה פְּסוּלוֹ מֵחֲמַת מַאי קָא הָוֵי מִשּׁוּם דְּשָׁחֲטוּ אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם וְכוּ' הָא אָמְרִינַן דִּלְמִצְוָה בְּעָלְמָא וי"ל אִם הִקְרִיבוֹ כָּשֵׁר אֲבָל אָסוּר לְהַקְרִיב הָאֵימוּרִים אַחַר הַתָּמִיד וּלְהָכִי יֵצֵא הַבָּשָׂר לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה וא"ת וְיַעֲלֶה וְיָלִין אוֹתוֹ בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וְיֵשׁ לוֹמַר דְּסָבַר כמ"ד לִינָה מוֹעֶלֶת בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ דִּפְלוּגְתָּא דְּאָמוֹרָאֵי הִיא בְּפֶרֶק הַמִּזְבֵּחַ מְקַדֵּשׁ (זְבָחִים דַּף פז.) וְדִילְמָא הַהוּא אָמוֹרָא דְּאָמַר הָתָם לָא בָּעֵי עֲקִירָה סָבַר כְּוָותֵיהּ וְאִם תֹּאמַר אַכַּתִּי אַמַּאי יֵצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה נִשְׁתְּרֵי בָּשָׂר בִּזְרִיקַת דָּם בְּלֹא הַקְטָרַת אֵימוּרִים דְּכֵיוָן דְּלָא אֶפְשָׁר לְהַקְטִירָם נֵימָא עֲשָׁאוּם כְּמִי שֶׁנִּטְמְאוּ אוֹ שֶׁאָבְדוּ וְכִי הַאי גַּווְנָא קָאָמַר בר"פ תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף נט.) לֵר' יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל ר' יוֹחָנָן בֶּן בְּרֹוקָא דְּאָמַר מְחֻוסַּר כִּפּוּרִים כָּל יְמוֹת הַשָּׁנָה טוֹבֵל וּמַייְתִי כַּפָּרָתוֹ . אַחַר הַתָּמִיד וְאוֹכֵל בְּקָדָשִׁים לָעֶרֶב וְקָאָמַר הָתָם דִּמְלִינָהּ בְּרֹאשׁוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ וּפָרִיךְ מִכְּדֵי כָּל כַּמָּה דְּלָא אִתְקַטְּרִי אֵיבָרִים לָא מִתְאֲכִיל בָּשָׂר וְכוּ' עַד שֶׁעֲשָׂאוּם כְּמִי שֶׁנִּטְמְאוּ אֵימוּרִים אוֹ שֶׁאָבְדוּ וי"ל שָׁאנֵי הָכָא דְּכֵיוָן דְּמָשְׁכוּ הַבְּעָלִים אֶת יָדָם לָא חֲזוּ מֵעִיקָּרָא אֵימוּרִים לְהַקְרָבָה הִלְכָּךְ לָא מִשְׁתְּרֵי בָּשָׂר בִּזְרִיקַת דָּם לְחוּדֵיהּ אֲבָל הָתָם כֵּיוָן דַּהֲוָה חֲזִי לְהַקְרִיבוֹ קֹודֶם הַתָּמִיד אע"פ שֶׁהִמְתִּין עַד אַחַר הַתָּמִיד וְהָשְׁתָּא לָא מָצֵי לִקְרוֹבֶיהָ אָמְרִינַן שַׁפִּיר עֲשָׁאוּם כְּמִי שֶׁנִּטְמְאוּ אוֹ שֶׁאָבְדוּ אִי נָמֵי הָתָם דְּשָׁחֲטוּ וְנוֹדַע שֶׁמָּשְׁכוּ הַבְּעָלִים יָדָם אָסוּר לִזְרֹוק הַדָּם מִדְּרַבָּנָן גְּזֵירָה דִּילְמָא אָתוּ לְהַקְטִיר אַחַר הַתָּמִיד וְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ שֶׁל רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן בְּרוֹקָא לֵית לֵיהּ הַהִיא גְּזֵירָה וּלְפִי תֵּירוּץ זֶה דְּכָל הַקָּרְבָּן פָּסוּל מֵחֲמַת שֶׁאָסוּר לִזְרֹוק הַדָּם לְכַתְּחִילָּה מִשּׁוּם גְּזֵירָה נִיחָא מַה שֶׁמַּקְשֶׁה רִיבָ"א דִּבְפֶרֶק הַתְּכֵלֶת (מְנָחוֹת דַּף מט:) מַשְׁמַע דְּאֵינוֹ אֶלָּא לְמִצְוָה וּבַתּוֹסֶפְתָּא [פ"ד] דִּפְסָחִים תַּנְיָא כָּל הַקֳּדָשִׁים שֶׁהִקְרִיבָן קֹודֶם תָּמִיד שֶׁל שַׁחַר אוֹ שֶׁעִכְּבָן אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם פְּסוּלִין וְהַשְׁתָּא אִי אָמְרִינַן דְּהַהוּא פְּסוּל דְּרַבָּנָן נִיחָא וְעוֹד תְּנַן בְּפֶרֶק תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים דַּף סג.) דְּקָאָמַר ר"ש וּשְׁאָר כָּל הַזְּבָחִים שֶׁשְּׁחָטָן עַל הֶחָמֵץ בִּזְמַן פֶּסַח בֵּין לִשְׁמָן בֵּין שֶׁלֹּא לִשְׁמָן פָּטוּר וּמְפָרֵשׁ טַעְמָא בגמ' (שָׁם סד.) דְּבִזְמַן דְּמִיחַייַּב אַזֶּבַח לָא מִיחַייַּב אַזְּבָחִים וּמַאי אִיצְטְרִיךְ לְהַהוּא טַעְמָא תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּפָטוּר מִשּׁוּם דִּזְבָחִים פְּסוּלִין הֵן כֵּיוָן דִּשְׁחָטָן בִּזְמַן פֶּסַח דְּהָוֵי בָּתַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם כִּי הֵיכִי דְּפָטַר הָתָם פֶּסַח שֶׁשְּׁחָטוֹ בַּמּוֹעֵד לִשְׁמוֹ עַל הֶחָמֵץ מִשּׁוּם דְּזֶבַח פָּסוּל הוּא אֲבָל לְמַאי דְּפָרֵישִׁית דִּכְשֶׁנִּשְׁחַט הַזֶּבַח קֹודֶם הַתָּמִיד שֶׁל שַׁחַר אוֹ אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם שֶׁאָסְרוּ חֲכָמִים לִזְרוֹק הַדָּם מִשּׁוּם גְּזֵירָה וּמִמֵּילָא מִיפְסָל זִיבְחָא הֲוָה נִיחָא אֲבָל לְשׁוֹן הַתּוֹסֶפְתָּא מַשְׁמַע דַּאֲפִילּוּ אִם זָרַק הַדָּם בְּדִיעֲבַד וְעָשָׂה כָּל מִצְוָתוֹ אֲפִילּוּ הָכֵי פְּסוּלִין דְּקָתָנֵי שֶׁהִקְרִיבָן וְלָא קָתָנֵי שֶׁשְּׁחָטָן וְאִי מִדְּרַבָּנָן אַמַּאי פְּסוּלִין וְנִרְאֶה דִּפְסוּלִין דְּקָאָמַר הַיְינוּ הַבָּשָׂר מִלֶּאֱכֹול אֲבָל בְּעָלִים נִתְכַּפְּרוּ כִּדְאַשְׁכְּחַן כִּי הַאי גַווְנָא בפ"ב דִּזְבָחִים (דַּף כו:) נְתָנוֹ עַל גַּבֵּי הַכֶּבֶשׁ שֶׁלֹּא כְּנֶגֶד הַיְסוֹד וְכוּ' עַד פָּסוּל וְאָמַר שְׁמוּאֵל פָּסוּל הַבָּשָׂר אֲבָל בְּעָלִים נִתְכַּפְּרוּ וְהָיָה נִרְאֶה לְדַקְדֵּק דְּלָא מִיפְסָל אַחַר הַתָּמִיד כְּדִתְנַן בס"פ מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צח.) פֶּסַח שֶׁנִּתְעָרֵב בִּבְכוֹר אִם חֲבוּרַת כֹּהֲנִים יֹאכֵלוּ וְנִתְעָרֵב מֵחַיִּים קָאָמַר מִדְּפָרִיךְ עֲלָהּ בגמ' וְהָא אֵין מְבִיאִין קָדָשִׁים לְבֵית הַפְּסוּל אַלְמָא לָא מִיפְּסִיל אַחַר תָּמִיד מִיהוּ מָצִינוּ לִדְחוֹת דְּפֶסַח דְּהָתָם הַיְינוּ מוֹתַר פֶּסַח דְּהָוֵי שְׁלָמִים וְשָׁחַט לְהוּ קֹודֶם לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם וְהָא דְּפָרִיךְ וְהָא אֵין מְבִיאִין קָדָשִׁים לְבֵית הַפְּסוּל הַייְנוּ שֶׁמְּמַעֵט בַּאֲכִילַת מוֹתַר פֶּסַח שֶׁנֶּאֱכָל לְזָרִים וְאוֹכְלוֹ כַּבִּכּוּרִים שֶׁאֵינָן נֶאֱכָלִים אֶלָּא לַכֹּהֲנִים וַהֲוָה לָן לְמֵימַר יִרְעֶה וּלְשׁוֹן חֲבוּרָה קָשֶׁה דְּמַשְׁמַע פֶּסַח מַמָּשׁ שֶׁנִּימְנִין עָלָיו חֲבוּרוֹת חֲבוּרוֹת וְעוֹד אָמַר בְּפֶרֶק הָאִשָּׁה בִּפְסָחִים (דַּף פח:) גַּבֵּי ה' שֶׁנִּתְעָרְבוּ עוֹרוֹת פִּסְחֵיהֶן וְנִמְצָא יַבֶּלֶת בְּאֶחָד מֵהֶן כו' דִּפְטוּרִין מִלַּעֲשׂוֹת פֶּסַח שֵׁנִי מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר וּפָרִיךְ לַיְיתֵי פֶּסַח וְלִיתְנֵי בִּשְׁלָמִים וּמַאי קֻושְׁיָא לִישַׁנֵּי מִשּׁוּם דַּאֲפִילּוּ פֶּסַח שֵׁנִי זִמְנֵיהּ בָּתַר תָּמִיד דִּכְתִיב בֵּיהּ בֵּין הָעַרְבָּיִם כְּמוֹ פֶּסַח רִאשׁוֹן וְעוֹד דְּלָא חֲשִׁיב לְהָא הָתָם בְּפֶרֶק מִי שֶׁהָיָה טָמֵא (פְּסָחִים דַּף צה.) בִּדְבָרִים שֶׁבֵּין רִאשׁוֹן לַשֵּׁנִי וא"כ לֹא אֶפְשָׁר לְאַתְנוֹיֵי בִּשְׁלָמִים דִּפְסוּלִין אַחַר תָּמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבָּיִם וְלֵיכָּא לְמֵימַר מִשּׁוּם דְּאָתֵי עֲשֵׂה דְּפֶסַח שֶׁיֵּשׁ בּוֹ כָּרֵת וְדָחֵי עֲשֵׂה דְּהַשְׁלָמָה דְּלֵית בֵּיהּ כָּרֵת כִּדְאָמַר בר"פ תָּמִיד נִשְׁחָט (פְּסָחִים נט.) דְּהָא לֵיכָּא הָכָא כָּרֵת דִּבְכָל חֲדָא וַחֲדָא מִינַּייְהוּ אִיכָּא לְמֵימַר שֶׁמָּא הוּא מִן הָרֹוב שֶׁכְּבָר יָצְאוּ וּמִיהוּ אֲפִילּוּ לֹא יְהֵא נִפְסָל אַחַר הַתָּמִיד קָשֶׁה דמ"מ לְכַתְּחִילָּה אָסוּר מִדְּאוֹרַייְתָּא וְאִי אָמְרִינַן דְּפֶסַח שֵׁנִי מָצֵי לְאַקְדּוֹמֵיהּ לְתָמִיד כֵּיוָן דְּלָא כְּתִיב בָּעֶרֶב אֶלָּא בֵּין הָעַרְבָּיִם דְּהַיְינוּ טַעְמָא דְּפֶסַח רִאשׁוֹן קָרֵב אַחַר הַתָּמִיד דְּדָרְשִׁינַן יְאֻוחַר דָּבָר שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ בָּעָרֶב וּבֵין הָעַרְבָּיִם לְדָבָר שֶׁלֹּא נֶאֱמַר בּוֹ אֶלָּא בֵּין הָעַרְבָּיִם אֲבָל פֶּסַח שֵׁנִי הֵי מִינַּייְהוּ דְּבָעֵי קָדִים וַעֲבִיד בְּרֵישָׁא וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב בַּהֲדֵי דְּבָרִים שֶׁבֵּין רִאשׁוֹן לִשְׁנֵי יֵשׁ לוֹמַר תָּנָא וְשַׁיַּיר דְּהָא נָמֵי שִׁייֵּר כָּרֵת דְּאִיכָּא לָמֶ"ד (שָׁם דַּף צג.) חַייָּב כָּרֵת עַל הָרִאשׁוֹן וְלֹא עַל הַשֵּׁנִי וְאִיכָּא לָמֶ"ד נָשִׁים בָּרִאשׁוֹן חוֹבָה בַּשֵּׁנִי רְשׁוּת אָז נִיחָא הָא דְּפָרִיךְ לַיְיתֵי וְלִיתְנֵי:
Cela implique que l'invalidation vient de ce qu'ils ont été accomplis de nuit. Et c'est étonnant : que la Guemara le déduise plutôt du fait qu'ils ont été offerts avant le tamid du matin ! Car nous disons (plus loin, Yoma 34a) : d'où sait-on que rien ne doit précéder le tamid du matin ? De ce qu'il est écrit « ha-ola » - l'ola première. Et de même au premier chapitre d'Erouvin (2a), où l'on dit que des chelamim abattus avant l'ouverture des portes du heikhal sont passoul (invalides), puisqu'il est dit « et il l'abattra à l'entrée de la tente d'assignation ». Or pourquoi ai-je besoin d'un verset ? Qu'on le déduise de ce qu'il les a abattus avant le tamid : puisque les portes du heikhal n'ont pas été ouvertes, le tamid n'a pas été abattu - car bien qu'il ne soit pas écrit à son sujet « et il l'abattra à l'entrée de la tente d'assignation », nous apprenons des chelamim qu'on ne l'abat que lorsque le heikhal est ouvert, comme nous avons appris dans le traité Tamid (30b) : le cho'het n'abattait pas avant d'entendre le bruit de la grande porte qui s'ouvrait. On peut toutefois repousser cette objection : il s'agit du cas où les portes ont été ouvertes, le tamid abattu, puis les deux battants refermés. Et l'on peut répondre (ve-yech lomar) : le verset est nécessaire pour invalider au titre de la chehita elle-même ; car si l'on invalidait au titre de « avant le tamid », ce principe-là ne parle que de la haktara (la combustion sur l'autel), comme cela ressort au début du chapitre Tamid Nich'hat (Pessa'him 59a). Et en outre, tout le verset « et il disposera sur lui l'ola » parle de haktara. Et encore, le Ri a dit : ce que l'on affirme - que rien ne doit précéder le tamid - n'est qu'une exigence le-mitsva (a priori), et cela est explicite au chapitre Ha-Tekhelet (Mena'hot 49b). Quant au fait que, dans notre sougya, on n'invalide pas au titre de « avant l'ouverture des portes du heikhal », on peut dire que cette invalidation-là ne vaut que pour la chehita, ainsi qu'il est écrit « et il l'abattra », mais non pour la melika ni pour la kemitsa. Et maintenant, puisque nous disons que « ha-ola - l'ola première » n'est qu'une exigence a priori, alors « aleha hachlem - sur elle achève tous les sacrifices » n'est également qu'une exigence a priori. Et c'est étonnant, car on dit à la fin du chapitre Elou Devarim (Pessa'him 73b) : s'il a abattu le sacrifice pascal et qu'il s'est ensuite su que les propriétaires avaient retiré leur main (mach'hou yedeihem, ils s'étaient désinscrits), il sort au lieu de la crémation. Or si tu dis qu'il ne faut pas de akira (un déracinement explicite de la destination première), d'où vient alors son invalidation ? De ce qu'il l'a abattu après le tamid du soir, etc. Mais nous venons de dire que ce n'est là qu'une exigence a priori ! Et l'on peut répondre : s'ils l'ont offert, c'est cachere ; mais il est interdit d'offrir les emourim (les parties consumées) après le tamid, et c'est pour cela que la viande sort au lieu de la crémation. Et si tu objectes : qu'il les fasse monter et qu'il les laisse passer la nuit au sommet de l'autel ! On peut répondre qu'il tient comme celui qui dit que la lina (l'invalidation par le passage de la nuit) opère même au sommet de l'autel - c'est une mahloket d'Amoraim au chapitre Ha-Mizbeah Mekadech (Zeva'him 87a) - et peut-être cet Amora qui dit là-bas qu'il ne faut pas de akira tient-il comme lui. Et si tu objectes encore : pourquoi malgré tout sort-il au lieu de la crémation ? Que la viande soit permise par la zerika (aspersion) du sang, sans la combustion des emourim ! Puisqu'il est impossible de les brûler, disons qu'on les traite comme s'ils avaient été rendus impurs ou perdus. Et l'on parle bien de la sorte au début du chapitre Tamid Nich'hat (Pessa'him 59a) selon Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka, qui dit qu'un me'houssar kippourim (celui à qui manque encore une offrande de purification), tous les jours de l'année, s'immerge, apporte son expiation après le tamid et mange des kodachim le soir ; et l'on dit là-bas que la difficulté viendrait de la lina au sommet de l'autel, et l'on objecte : puisque tant que les membres n'ont pas été consumés la viande ne se mange pas, etc. - jusqu'à la réponse : on les traite comme si les emourim avaient été rendus impurs ou perdus. Et l'on peut répondre : ici c'est différent, car du moment que les propriétaires ont retiré leur main, les emourim n'étaient des le départ pas aptes à l'offrande ; c'est pourquoi la viande n'est pas permise par la seule zerika du sang. Là-bas au contraire, puisqu'il était apte à les offrir avant le tamid, bien qu'il ait attendu jusqu'après le tamid et qu'il ne puisse plus les offrir, nous disons à bon droit qu'on les traite comme impurs ou perdus. Ou bien encore : là-bas, où il l'a abattu et où il s'est su que les propriétaires avaient retiré leur main, il est interdit de jeter le sang de-rabbanan (par décret rabbinique), décret pris de peur que l'on n'en vienne à brûler les emourim après le tamid ; et Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yo'hanan ben Beroka n'admet pas ce décret. Selon cette réponse - où tout le sacrifice est invalidé parce qu'il est interdit à priori de jeter le sang en raison du décret - se résout bien la difficulté soulevée par le Riva : au chapitre Ha-Tekhelet (Mena'hot 49b) il ressort que ce n'est qu'une exigence a priori, alors que dans la Tossefta (chapitre 4) de Pessa'him on enseigne : tous les kodachim que l'on a offerts avant le tamid du matin, ou que l'on a retardés après le tamid du soir, sont passoul. Or si nous disons que cette invalidation est de-rabbanan, cela s'accorde bien. Et de plus, nous avons appris au chapitre Tamid Nich'hat (Pessa'him 63a) que Rabbi Chimon dit : et tous les autres zeva'him qu'il a abattus sur du hamets au temps du sacrifice pascal, que ce soit lichman (pour leur propre destination) ou chelo lichman, il en est exempt ; et l'on explique la raison en Guemara (64a) : au moment où l'on est passible pour « zevah » - le pessa'h - on n'est pas passible pour « zeva'him ». Or pourquoi ai-je besoin de cette raison ? Qu'on le déduise de ce qu'il est exempt parce que ces zeva'him sont passoul, puisqu'il les a abattus au temps du pessa'h, c'est-à-dire après le tamid du soir - exactement comme on l'exempte là-bas pour un pessa'h abattu pendant la fête, pour sa propre destination, sur du hamets, parce que c'est un zevah invalide. Mais selon ce que j'ai expliqué - à savoir que lorsque le zevah est abattu avant le tamid du matin ou après le tamid du soir, les Sages ont interdit de jeter le sang en raison d'un décret, et que de ce fait le sacrifice se trouve invalidé - cela s'accorde bien. Toutefois, le langage de la Tossefta implique que même s'il a jeté le sang be-diavad (après coup) et a accompli tout ce qui lui incombait, ils demeurent malgré tout passoul, puisqu'elle enseigne « qu'il a offerts » et non « qu'il a abattus » ; or si l'invalidation est de-rabbanan, pourquoi seraient-ils passoul ? Et il semble que le mot « passoul » qu'elle emploie vise la viande quant à sa consommation, tandis que les propriétaires ont bien obtenu leur expiation - comme nous trouvons un cas semblable au chapitre 2 de Zeva'him (26b) : s'il l'a mis sur la rampe, mais non en face du yessod (le socle), etc., jusqu'à : il est passoul ; et Chmouel a dit : la viande est invalide, mais les propriétaires ont obtenu leur expiation. Et il semblait qu'on pouvait déduire qu'il n'y a pas d'invalidation après le tamid, d'après ce que nous avons appris à la fin du chapitre Mi Chéhaya Tame (Pessa'him 98a) : un pessa'h qui s'est mélangé à un bekhor (premier-né) - si la confrérie est composée de kohanim, ils le mangeront ; et il parle d'un mélange intervenu du vivant des animaux, comme il ressort de l'objection posée en Guemara : « mais on n'amène pas des kodachim à l'état d'invalidité » - preuve qu'il n'y a pas d'invalidation après le tamid. On peut toutefois repousser : le pessa'h dont il s'agit là-bas est un motar pessa'h (un reste devenu chelamim), et il les a abattus avant le tamid du soir ; et l'objection « on n'amène pas des kodachim à l'état d'invalidité » signifie qu'il restreint la consommation du motar pessa'h, qui peut être mangé par des non-kohanim (zarim), en le mangeant comme des bikourim, qui ne sont mangés que par les kohanim - et nous aurions dû dire qu'il paisse. Mais le terme de « confrérie » (havoura) fait difficulté, car il implique un véritable pessa'h, sur lequel on s'inscrit par confréries. Et l'on dit encore au chapitre Ha-Icha dans Pessa'him (88b), à propos de cinq personnes dont les peaux de leurs pessa'him se sont mélangées et où l'on a trouvé une verrue sur l'une d'elles, etc., qu'elles sont exemptes de faire le second Pessa'h parce que la chose est impossible ; et l'on objecte : qu'il apporte un pessa'h et le stipule comme chelamim ! Or quelle est la difficulté ? Qu'on réponde : parce que même le second Pessa'h, son temps est après le tamid, puisqu'il y est écrit « entre les deux soirs » comme pour le premier Pessa'h. Et de plus, on ne compte pas cela là-bas, au chapitre Mi Chéhaya Tame (Pessa'him 95a), parmi les différences entre le premier et le second. S'il en est ainsi, il n'est pas possible de le stipuler comme chelamim, puisqu'ils sont invalides après le tamid du soir. Et l'on ne peut pas dire que la mitsva positive du pessa'h, qui comporte le karet, vient repousser la mitsva positive de hachlama, qui ne comporte pas de karet, comme on le dit au début de Tamid Nich'hat (Pessa'him 59a) - car ici il n'y a pas de karet, puisque de chacun d'eux on peut dire qu'il fait peut-être partie de la majorité qui se sont déjà acquittés. Toutefois, même s'il n'y avait pas d'invalidation après le tamid, la difficulté subsiste : de toute façon, à priori la chose est interdite de-oraita (par la Torah). Et si nous disons que le second Pessa'h peut être avancé avant le tamid - puisqu'il n'y est écrit que « entre les deux soirs » et non « le soir », ce qui est précisément la raison pour laquelle le premier Pessa'h est offert après le tamid, car nous exposons : que soit retardée la chose dont il est dit « le soir » et « entre les deux soirs » par rapport à la chose dont il n'est dit que « entre les deux soirs » - alors pour le second Pessa'h, lequel des deux devrait donc précéder et être fait en premier ? Et quant au fait qu'on ne le compte pas parmi les différences entre le premier et le second, on peut dire : le tana a enseigné et a omis, car il a aussi omis le karet, puisqu'il y a celui qui dit (là-bas 93a) qu'on est passible de karet pour le premier et non pour le second, et celui qui dit que pour les femmes le premier est obligatoire et le second facultatif. Alors s'accorde bien l'objection : qu'il apporte un pessa'h et le stipule comme chelamim.
💡 Explication

Une baraita élargit la règle de la michna. La chehita faite de nuit invalide, et l'animal est brûlé ; il en va de même, dit le père de Rabbi Avin, pour les deux actes qui tiennent lieu de chehita dans leur catégorie : la melika de l'oiseau et la kemitsa de l'offrande de farine. Rachi donne la source du raisonnement : ces deux actes s'apprennent de la chehita elle-même.

La Guemara accepte le premier cas et bute sur le second. Pour l'oiseau, mai de-hava hava - ce qui est fait est fait : l'animal est mort, rien n'est récupérable. Mais la poignée n'est qu'un prélèvement dans un tas de farine intact : pourquoi ne pas écarter cette poignée-là et en prendre une autre au matin ? La phrase reste en suspens - la réponse ouvre le daf suivant.

🖼️ Schéma
Trois actes qui ouvrent le sacrifice - et ce qu'il advient s'ils sont faits de nuit Rachi : melika et kemitsa se déduisent de la chehita, car elles en tiennent lieu dans leur catégorie. chehita animal (behema) Acte d'ouverture du sacrifice. Faite de nuit : passoul, on brûle. C'est le cas de la michna 28a. melika oiseau (of) Pincement de la nuque à l'ongle. Faite de nuit : passoul, on brûle. mai de-hava hava : irréversible. kemitsa offrande de farine (minha) Prélèvement de la poignée. Faite de nuit : la baraita brûle. Mais pourquoi ? c'est la question. Pourquoi l'oiseau et la poignée ne sont pas symétriques L'oiseau mélique de nuit est mort : rien ne peut être repris. La poignée, elle, n'est qu'un prélèvement dans un tas de farine qui reste intact : pourquoi ne pas écarter cette poignée et en prélever une autre au matin ? La Guemara s'arrête là - la phrase est suspendue, et la réponse ouvre le daf suivant.
Les trois actes d'ouverture du sacrifice et leur sort quand ils sont faits de nuit : la dissymétrie entre l'oiseau, irréversible, et la poignée, apparemment remplaçable.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).