Yoma 29b -- kelei charet mekadechin chelo bizmano : la sainteté qui saisit sans rendre apte, le lehem hapanim disposé au mauvais jour, et le singe de Mar Zoutra.

Yoma 29b

Sougya : Le feuillet résout d'abord la question laissée ouverte à la fin de 29a : pourquoi ne pas reverser la poignée prélevée de nuit et refaire la kemitsa au matin ? Parce que les ustensiles du service saisissent leur contenu même hors du temps prévu - la poignée porte désormais ce nom et ne redevient pas tevel.

Une baraita, zeh haklal, semble contredire ce principe en appariant strictement le moment du service et celui de la sanctification ; la Guemara s'en dégage par la distinction qui commande tout le daf : être kadoch likrav (apte à monter sur l'autel) et être kadoch lipassel (saisi, donc invalidable) sont deux degrés différents, et seul le premier manque la nuit. Rabbi Zera attaque alors par le le'hem hapanim : la michna de Menahot laisse tranquillement sur la table des pains disposés le dimanche, ce que le principe rendrait impossible.

Rava refuse de déclarer le père de Rabbi Avin réfuté - une baraita ne réfute pas une baraita, elle se concilie - et pose la distinction décisive : une nuit d'avance n'est pas un manque de temps, un jour entier d'avance en est un. Reste le vendredi soir, qui n'est pas mehoussar zeman et devrait donc tout invalider : Ravina répond que le kohen avait retiré le pain avant la nuit, Mar Zoutra qu'un acte fait hors du temps n'est pas un acte du tout - c'est comme si un singe avait disposé le pain.

Tossefot précise que la différence tient à la ma'hchava : croire qu'il fait jour n'est pas savoir que l'on agit hors des règles. Le daf se clôt sur le retour à la michna et la question des mains, laissée en suspens.

Les deux degrés de sainteté donnés par un keli charet Toute la sougya tient dans cette distinction : être saisi par la sainteté n'est pas être apte au service. Déposé dans l'ustensile EN SON TEMPS (de jour) Déposé HORS de son temps (de nuit) Kadoch likrav - saint pour être offert L'offrande monte sur l'autel : le service est valide. PAS kadoch likrav Rien ne montera sur l'autel à partir de cet acte. Kadoch lipassel - saint pour devenir invalide Contact d'un tevoul yom, sortie, lina : tout cela le frappe. Kadoch lipassel - OUI, malgré tout C'est la réponse de la Guemara à la baraita zeh haklal. La sainteté a pris : la poignée prélevée de nuit s'appelle désormais poignée. Elle ne redevient pas tevel - donc pas de seconde kemitsa possible. Rachi : si cette poignée-ci porte le nom de poignée, le reste du tas est mécaniquement devenu cheyarim (restes). La minha est coupée en deux parts dont aucune n'est plus offrable : elle part au beit hasrefa.
Les deux degrés de sainteté communiqués par un ustensile du service : kadoch likrav (apte à être offert) et kadoch lipassel (saisi, donc invalidable). Toute la sougya vit de cette distinction.
Le le'hem hapanim disposé au mauvais jour - la contre-attaque de Rabbi Zera Michna de Menahot : le kohen dispose les pains le dimanche au lieu du chabbat. Que devient le pain ? Dimanche Semaine Vendredi soir Chabbat matin Il dispose les pains et les bazikhin (coupelles d'encens) hors du temps. Mehoussar zeman : il manque six jours. Le pain reste en place Même de nombreux jours : ein bekhakh keloum, cela ne fait rien. La table ne le saisit pas. Le point de rupture La nuit du chabbat n'est PAS mehoussar zeman. La table devrait donc le saisir - et l'invalider. Il retire le pain puis le redispose selon sa mitsva. Kacher. Deux façons de désamorcer le vendredi soir Ravina : chekadam vesileko Il a pris les devants et retiré le pain juste avant la tombée de la nuit. Rien n'est sur la table au moment critique : il n'y a plus rien à saisir. Mar Zoutra / Rav Achi : le singe Même s'il ne l'a pas retiré : une disposition faite hors du temps n'est pas une disposition. C'est comme si un singe avait posé le pain là. Nafka mina : pour Ravina il faut un acte du kohen le vendredi soir ; pour Mar Zoutra rien n'est requis, le pain est juridiquement invisible tant qu'il n'a pas été retiré puis redispose le chabbat matin.
L'objection de Rabbi Zera tirée du lehem hapanim disposé le dimanche, et les deux façons de neutraliser le problème du vendredi soir : le retrait anticipé de Ravina, ou le singe de Mar Zoutra.
La clé de Rava : laila eino mehoussar zeman, yom mehoussar zeman Une nuit d'avance ne compte pas comme un manque de temps ; un jour entier d'avance, si. Question : à partir de quel écart un acte est-il réputé prématuré (mehoussar zeman) ? La nuit qui précède le jour du service Le service était déjà fixé pour ce matin-là : la nuit et le jour qui la suit forment une même unité de vingt-quatre heures. Rien ne manque, sinon l'aube. L'ustensile SAISIT - et donc invalide. Un jour entier - ou six - trop tôt Le pain disposé le dimanche attend le chabbat suivant. Rachi : il lui manque un jour plein, et à plus forte raison ici, où son heure ne vient qu'au jour du chabbat. L'ustensile NE SAISIT PAS - rien n'est perdu. Rava ne tranche pas entre les deux sources : il refuse de réfuter le père de Rabbi Avin, car lui aussi cite une baraita. Règle de méthode à retenir Une opinion d'Amora peut être réfutée par une baraita (teyouvta). Une baraita contre une baraita ne se réfute pas : il faut les concilier. C'est exactement ce que fait Rava en distinguant la nuit d'avance du jour d'avance.
La distinction de Rava entre la nuit d'avance et le jour d'avance, qui réconcilie la baraita du père de Rabbi Avin avec la michna du lehem hapanim.
1
נַהְדְּרֵהּ וְנֶהְדַּר וְנִקְמְצַהּ בִּימָמָא? הוּא תָּנֵי לַהּ וְהוּא אָמַר לַהּ: כְּלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ.

Que l'on remette [la poignée dans la minha], que l'on recommence et que la kemitsa soit refaite de jour ! - C'est lui qui enseigne cette baraita et c'est lui qui la commente : les ustensiles du service sanctifient même hors de leur temps.

📜 Rachi (2)
הוּא תָּנֵי לָהּ לְהָא מַתְנִיתִין וְהוּא אָמַר לָהּ הַאי תֵּירוּצָא מִדַּעְתּוֹ:
[Il enseigne] cette baraita, et c'est lui qui en donne cette explication, de son propre avis.
כְּלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ וְהַקֹּומֶץ טָעוּן מַתַּן כְּלִי וְכֵיוָן שֶׁקִּידֵּשׁ הַקֹּומֶץ בִּכְלִי לְשֵׁם קֹומֶץ אֵינוֹ חוֹזֵר לִהְיוֹת טֶבֶל כְּמִנְחָה שֶׁלֹּא נִקְמְצָה וְעַל כְּרִחְיֵהּ מֵאַחַר שֶׁזֶּה קָרוּי קֹומֶץ אִינָךְ הָווּ שִׁירַיִם:
Or la poignée exige d'être déposée dans un ustensile ; et dès lors que la poignée a été sanctifiée dans l'ustensile au titre de poignée, elle ne redevient pas tevel comme une minha dont la kemitsa n'aurait pas été faite. Force est donc, puisque celle-ci s'appelle désormais poignée, que le reste devienne des cheyarim (les restes).
🗂️ Tossefot (1)
נֶהְדָּרֶיהָ וְנִקְמְצֵיהּ בִּימָמָא וְכוּ' כְּלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ קָשֶׁה מִנָּלֵיהּ דִּמְקַדְּשִׁי שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ וְהָא לָא קָתָנֵי אֶלָּא נִקְמְצָה וְכֵיוָן דְּאָנוּ מוֹסִיפִין עַל הַבָּרַיְיתָא שֶׁיְּקַדֵּשׁ הַקֹּומֶץ א"כ נוֹסִיף נָמֵי וְנֵימָא דְּמַיְירֵי שֶׁהִקְטִיר הַקֹּומֶץ בַּלַּיְלָה וּלְהָכִי תֵּצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה אֲבָל מִשּׁוּם קִידּוּשׁ קֹומֶץ לְחוּדֵיהּ לָא הָוֵי אָמְרִינַן תֵּצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה וְי"ל אִי מַייְרֵי כְּשֶׁנִּקְמְצָה וְקִידֵּשׁ קֻומְצֵיהּ וְתוּ לָא אָז קָאָמַר שַׁפִּיר וְלֹא זוֹ בִּלְבַד דִּכְתִיב בֵּיהּ בְּהֶדְיָא בְּיוֹם זִבְחֲכֶם יֵאָכֵל אֶלָּא אֲפִילּוּ מְלִיקָה וְלָא מִיבַּעְיָא מְלִיקָה דְּדָמְיָא קְצָת לְזֶבַח שֶׁכֵּן מִינֵי דָּמִים אֶלָּא אֲפִילּוּ נִקְמְצָה וְקִדֵּשׁ הַקֹּומֶץ בַּלַּיְלָה דאע"ג דְּלָא כְּתִיב בָּהּ בַּיּוֹם בְּהֶדְיָא תֵּצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה אֲבָל אִי הֲוָה אָמְרִינַן דְּהִקְטִיר קֻומְצָהּ אִיפְּכָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ דִּטְפֵי פְּשִׁיטָא לָן דְּהַקְטָרַת קֹומֶץ בַּיּוֹם מִמְּלִיקָה דִּכְתִיב זֹאת הַתּוֹרָה לָעֹולָה לַמִּנְחָה וְגוֹ' וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ בְּיוֹם צַוֹּתוֹ לְהַקְרִיב וְעִיקַּר לְשׁוֹן הַקְרָבָה הַייְנוּ הַקְטָרָה וּמִיהוּ בְּחִנָּם דָּחַק רַשִׁ"י לְפָרֵשׁ כֵּן דִּבְקִידּוּשׁ קֹומֶץ אַייְרֵי דְּאִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא נִתְקַדֵּשׁ הַקֹּומֶץ אֶלָּא הַמִּנְחָה נִתְקַדְּשָׁה בִּכְלִי וְנִקְמְצָה בַּלַּיְלָה וּפָרִיךְ וְנֶהְדַּר הַקֹּומֶץ לְדֻוכְּתָה וְנֶהְדַּר וְנִקְמְצָה בִּימָמָא וּמְשַׁנֵּי כֵּיוָן דְּהַמִּנְחָה נִתְקַדְּשָׁה בִּכְלִי נִפְסֶלֶת בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר כְּדִין כָּל קִידּוּשׁ כְּלִי וק"ל בְּלֹא נִקְמְצָה נָמֵי תֵּצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה כֵּיוָן דְּנִתְקַדְּשָׁה בִּכְלִי וְי"ל אִי לֹא נִקְמְצָה לֹא תֵּצֵא לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה בַּלַּיְלָה עַד שֶׁתִּיפָּסֵל בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר אֲבָל הַשְׁתָּא דְּנִקְמְצָה בַּלַּיְלָה תֵּצֵא לְאַלְתַּר לְבֵית הַשְּׂרֵיפָה וְלָא בָּעֵי עִיבּוּר צוּרָה:
Difficulté : d'où sait-il que les ustensiles du service sanctifient hors de leur temps ? La baraita n'énonce rien d'autre que le fait que la kemitsa a été faite [de nuit]. Et puisque nous ajoutons à la baraita une donnée qu'elle ne dit pas - que la poignée est sanctifiée - ajoutons-en donc une autre et disons qu'il s'agit d'un cas où l'on a fait brûler la poignée de nuit : voilà pourquoi la minha part au beit hasrefa (le lieu de combustion). Mais pour la seule sanctification de la poignée, nous n'aurions pas dit qu'elle part au beit hasrefa. Et l'on peut répondre : si le cas est celui d'une kemitsa faite et d'une poignée sanctifiée, sans plus, alors la gradation de la baraita se tient bien. Elle dit : et non seulement le sacrifice - dont il est explicitement écrit au jour de votre sacrifice il sera mangé - mais même la melika (l'égorgement de l'oiseau à l'ongle) ; et il ne faut pas croire qu'elle vise seulement la melika, qui ressemble un peu au sacrifice puisqu'elle appartient aux rites du sang, mais elle vise même une minha dont la kemitsa a été faite et dont la poignée a été sanctifiée de nuit : bien que le verset n'y dise pas explicitement de jour, elle part malgré tout au beit hasrefa. Mais si nous disions que le cas est celui d'une poignée brûlée de nuit, la gradation devrait être inversée : il nous est en effet plus évident encore que la haktara (la combustion) de la poignée doit se faire de jour qu'il ne l'est pour la melika, puisqu'il est écrit telle est la loi de la ola, de la minha, etc., et immédiatement après au jour où Il ordonna d'offrir - or le sens premier du mot hakrava (offrande) est précisément la haktara. Cela dit, c'est en vain que Rachi s'est contraint à expliquer ainsi, en disant qu'il s'agit de la sanctification de la poignée. Car on peut dire que ce n'est pas la poignée qui a été sanctifiée, mais la minha entière qui a été sanctifiée dans l'ustensile, et dont la kemitsa a ensuite été faite de nuit. La Guemara demande alors : que l'on remette la poignée à sa place, que l'on recommence et que la kemitsa soit faite de jour ! Et elle répond : puisque la minha a été sanctifiée dans l'ustensile, elle devient invalide au lever de l'aube, comme le veut la règle de toute sanctification par un ustensile. Et si tu objectes : même sans kemitsa elle devrait partir au beit hasrefa, puisqu'elle a été sanctifiée dans l'ustensile ! - on peut répondre : si la kemitsa n'a pas été faite, elle ne part pas au beit hasrefa dès la nuit, mais seulement lorsqu'elle devient invalide au lever de l'aube ; tandis qu'ici, où la kemitsa a bien été faite de nuit, elle part immédiatement au beit hasrefa, sans qu'il faille attendre l'ibour tsoura (le délai pendant lequel on laisse la forme de l'offrande se défaire).
💡 Explication

La question vient tout droit de la fin de 29a. Une minha dont la kemitsa (le prélèvement de la poignée) a été faite de nuit est déclarée invalide et partira au feu. La Guemara s'en étonne : la farine, elle, n'a pas disparu, contrairement à l'oiseau de la melika. Il suffirait de reverser la poignée dans le tas et de recommencer au matin.

La réponse tient dans une formule de méthode - hou tani lah vehou amar lah : le même Amora qui transmet la baraita en fournit la raison, et il la donne de son propre chef, précise Rachi. Cette raison est le principe kelei charet mekadechin chelo bizmano : un ustensile consacre saisit son contenu même quand celui-ci y est placé hors du moment prévu. Dès que la poignée est déposée dans l'ustensile au titre de poignée, elle est définitivement cette poignée-là.

Rachi en tire la conséquence mécanique : elle ne redevient pas tevel (produit dont le prélèvement n'a pas été fait), et par force le reste du tas devient des cheyarim (les restes revenant aux kohanim). La minha se trouve coupée en deux parts dont aucune n'est plus offrable - d'où le feu.

🖼️ Schéma
Pourquoi ne pas remettre la poignée et refaire la kemitsa au matin ? Le tas de farine encore tevel, intact Kemitsa faite de nuit la poignée est déposée dans le keli charet L'ustensile sanctifie même hors du temps prévu kelei charet mekadechin chelo bizmano Cette poignée porte désormais le nom de poignée - elle ne redevient pas tevel. Rachi : et puisqu'elle est la poignée, le reste du tas est devenu, malgré lui, des cheyarim. Ce que la Guemara proposait Remettre la poignée au tas et recommencer de jour. Impossible : la minha part au beit hasrefa. Hou tani lah vehou amar lah : celui qui transmet la baraita est aussi celui qui en donne la raison.
Pourquoi la poignée prélevée de nuit ne peut pas être reversée : l'ustensile a figé les deux parts de la minha.
2
מֵיתִיבִי, זֶה הַכְּלָל: כָּל הַקָּרֵב בַּיּוֹם — קָדוֹשׁ בַּיּוֹם, וְכָל הַקָּרֵב בַּלַּיְלָה — קָדוֹשׁ בַּלַּיְלָה, וְכָל הַקָּרֵב בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה — קָדוֹשׁ בֵּין בַּיּוֹם וּבֵין בַּלַּיְלָה. קָתָנֵי מִיהַת: כָּל הַקָּרֵב בַּיּוֹם קָדוֹשׁ בַּיּוֹם, בַּיּוֹם אִין, בַּלַּיְלָה לָא! דִּילְמָא אֵינוֹ קָדוֹשׁ לִיקְרַב, אֲבָל קָדוֹשׁ לִיפָּסֵל.

On objecte : Voici la règle - tout ce qui est offert de jour est sanctifié de jour ; tout ce qui est offert de nuit est sanctifié de nuit ; et tout ce qui est offert aussi bien de jour que de nuit est sanctifié aussi bien de jour que de nuit. Or il enseigne en tout cas : tout ce qui est offert de jour est sanctifié de jour - de jour, oui ; de nuit, non !

[Réponse :] Peut-être n'est-il pas sanctifié au point d'être offert, mais il est sanctifié au point de devenir passoul.

📜 Rachi (6)
כָּל הַקָּרֵב בַּיּוֹם כְּגוֹן הַמְּנָחוֹת וְהַלְּבוֹנָה וְהַדָּם וְהַקְּטֹורֶת:
Par exemple les menahot, l'encens (levona), le sang et la ketoret.
קָדוֹשׁ בִּכְלִי שָׁרֵת בַּיּוֹם וִיקַדֵּשׁ קְדֻושַּׁת הַגּוּף:
[Sanctifié] dans un ustensile du service, de jour ; et il acquiert alors une kedouchat haGouf (sainteté intrinsèque du corps de l'offrande).
כָּל הַקָּרֵב בַּלַּיְלָה כְּגוֹן מִנְחַת נְסָכִים דְּאָמַר מַר (מְנָחוֹת מד:) וּמִנְחָתָם וְנִסְכֵּיהֶם אֲפִילּוּ בַּלַּיְלָה:
Par exemple la minhat nessakhim (l'offrande de farine qui accompagne les libations), car le Maître a dit (Menahot 44b) : et leur minha et leurs libations - même de nuit.
קָדוֹשׁ בִּכְלֵי שָׁרֵת קְדֻושַּׁת הַגּוּף אִם נְתָנוֹ בָּהֶן בַּלַּיְלָה:
[Sanctifié] dans un ustensile du service, d'une kedouchat haGouf, si on les y a déposés de nuit.
קָתָנֵי מִיהַת כָּל הַקָּרֵב בַּיּוֹם קָדוֹשׁ בַּיּוֹם אֲבָל בַּלַּיְלָה לָא אֵינוֹ קָדוֹשׁ:
Il n'est pas sanctifié.
לִיקָּרֵב לִהְיוֹת כָּשֵׁר לִיקָּרֵב אֲבָל קָדוֹשׁ לִהְיוֹת מֻוכְשָׁר בְּאוֹתָהּ קְדֻושָּׁה לִיפָּסֵל בִּטְבוּל יוֹם וּבִמְחֻוסַּר כִּפּוּרִים אִם נָגַע בּוֹ וּבְיוֹצֵא אִם יָצָא וּבְלִינָה אִם לָן וְזוֹ גַּם הִיא נִפְסֶלֶת בְּלִינָה דקי"ל בִּזְבָחִים (דַּף פז.) עַמּוּד הַשַּׁחַר עוֹשֶׂה לִינָה וְנִפְסֶלֶת קְמִיצַת לַיְלָה שֶׁאֵין חוֹזֶרֶת עוֹד לַטַּבְלָה:
[Sanctifié] pour être valide à être offert. Mais il est sanctifié au point d'être rendu apte, par cette sainteté même, à devenir passoul : par le contact d'un tevoul yom ou d'un mehoussar kippourim s'il l'a touché ; par la sortie hors de l'enceinte s'il est sorti ; et par la lina s'il a passé la nuit. Celle-ci aussi devient passoul par lina, car nous tenons pour établi (Zevahim 87a) que le lever de l'aube provoque la lina ; la kemitsa faite de nuit est donc perdue, puisque [la minha] ne peut plus redevenir tevel.
💡 Explication

La baraita zeh haklal semble ruiner le principe : elle apparie strictement le moment du service et le moment de la sanctification. Ce qui s'offre de jour n'est saisi par l'ustensile que de jour. Par inférence - beyom in, belaila lo - rien ne se sanctifierait la nuit.

La réponse est la clef de tout le daf : dilma eino kadoch likrav, aval kadoch lipassel. Il y a deux degrés de sainteté. Être kadoch likrav, c'est être apte à monter sur l'autel : cela, la nuit ne le donne pas. Être kadoch lipassel, c'est être saisi par la sainteté au point de devenir vulnérable à tout ce qui invalide le saint. La baraita ne nie que le premier degré.

Rachi énumère les invalidations que ce second degré rend possibles : le contact d'un tevoul yom (celui qui s'est immergé mais attend le coucher du soleil), celui d'un mehoussar kippourim (à qui il manque encore des sacrifices), la sortie hors de l'enceinte (yotse), et la lina - le fait d'avoir passé la nuit. Puisque le lever de l'aube fait la lina, la poignée prélevée de nuit est perdue au matin même.

🖼️ Schéma
La baraita zeh haklal et la faille par laquelle la Guemara s'échappe Ce qui est offert... Exemples (Rachi) ...est sanctifié de jour menahot, levona, sang, ketoret de jour c'est cette ligne qui fait problème de nuit minhat nessakhim (Menahot 44b) de nuit de jour et de nuit ce qui n'a pas d'heure exclusive de jour et de nuit L'objection Beyom in, belaila lo : de jour oui, de nuit non. Donc l'ustensile ne saisit rien avant l'aube. La réponse : dilma Peut-être la baraita ne nie-t-elle que le kadoch likrav - et laisse intact le kadoch lipassel. Rachi détaille les invalidations que la sainteté rend désormais possibles : tevoul yom, mehoussar kippourim, yotse (sorti de l'enceinte), lina - car le lever de l'aube fait la lina, et la kemitsa de nuit est alors perdue.
La baraita zeh haklal, l'inférence qui menace le principe, et l'issue trouvée dans la distinction des deux degrés de sainteté.
3
מֵתִיב רַבִּי זֵירָא: סִידֵּר אֶת הַלֶּחֶם וְאֶת הַבָּזִיכִין אַחַר הַשַּׁבָּת, וְהִקְטִיר אֶת הַבָּזִיכִין בַּשַּׁבָּת — פְּסוּלָה.

Rabbi Zera objecte : S'il a disposé les pains et les coupelles [d'encens] après le chabbat, et qu'il a fait brûler les coupelles pendant le chabbat - c'est passoul.

📜 Rachi (1)
פְּסוּלָה שֶׁלֹּא נִסְדְּרָה בְּשַׁבָּת לַעֲמֹוד שָׁם שְׂבֵעַת יָמִים כְּמִשְׁפָּטָם וַהֲרֵי הִיא מְחֻוסֶּרֶת זְמַן [ול"נ דל"ג פְּסוּלָה דְּהָא מַסְּקָנָא דִּשְׁמַעְתִּין לָא חֲשִׁיב סִידּוּר יוֹם רִאשׁוֹן סִידּוּר אֶלָּא כְּסִידְרוֹ הַקּוֹף וּכְמֻונָּח בְּקוּפְסָא דָּמֵי וְלָמָּה יִפְסֹול הַלֶּחֶם בְּהַקְטָרַת הַבְּזִיכִין וַהֲלֹא לֹא קִידֵּשׁ הַשֻּׁלְחָן לַלֶּחֶם כְּלָל אא"כ פֵּירְקוֹ בַּשַּׁבָּת הַבָּאָה וְיַחֲזֹור וִיסַדְּרֶנּוּ וְהָכִי מוּכָח נָמֵי מִדְּקָתָנֵי כֵּיצַד יַעֲשֶׂה אַלְמָא יֵשׁ תַּקָּנָה לַדָּבָר וה"נ גָּרֵיס בְּפֵירוּשׁ ר"ח אִישׁ רוֹמִי מֵתִיב רַבִּי זֵירָא כו' וְהִקְטִיר הַבְּזִיכִין בַּשַּׁבָּת כֵּיצַד יַעֲשֶׂה וְכוּ' וּרְבוּתָא הוּא דְּנָקֵיט אע"ג דְּהִקְטִיר הַבְּזִיכִין בַּשַּׁבָּת כְּמוֹ שֶׁרְגִילִין לַעֲשׂוֹת יָבִיא בְּזִיכְיַן אֲחֵרִים וִיסַדֵּר עִם הַלֶּחֶם]:
Parce qu'il n'a pas été disposé le chabbat pour demeurer là sept jours comme il se doit : le voici donc mehoussar zeman (à qui il manque du temps). [Et il me semble qu'il ne faut pas lire passoul. Car la conclusion de notre sougya ne compte pas la disposition du premier jour de la semaine comme une disposition, mais la traite comme si un singe l'avait faite, et le pain est réputé comme posé dans une boîte. Pourquoi donc le pain deviendrait-il invalide par la combustion des coupelles ? La table n'a nullement sanctifié ce pain - sauf s'il le retire le chabbat suivant, puis le redispose. Cela ressort aussi de ce qu'il enseigne comment doit-il faire : preuve qu'il y a un remède. Et telle est bien la leçon dans le commentaire de Rabbenou Hananel, homme de Rome : Rabbi Zera objecte... et il a fait brûler les coupelles pendant le chabbat, comment doit-il faire... Et c'est un cas extrême qui est pris : même s'il a fait brûler les coupelles pendant le chabbat comme on le fait d'ordinaire, il apportera d'autres coupelles et les disposera avec le pain.]
💡 Explication

Rabbi Zera attaque le principe par un autre biais : le le'hem hapanim, les pains de proposition. Ils doivent être disposés sur la table d'or le chabbat et y demeurer sept jours, jusqu'au chabbat suivant. Ici le kohen les a disposés le dimanche, avec les bazikhin (les coupelles d'encens), puis a fait brûler l'encens le chabbat. La michna de Menahot déclare l'ensemble invalide, car les pains n'ont pas passé leurs sept jours en place : ils sont mehoussar zeman, il leur manque du temps.

Rachi ouvre ici une longue parenthèse critique sur sa propre version du texte. Selon lui il ne faut pas lire passoul : la conclusion de la sougya dira que la disposition du dimanche ne compte pas comme une disposition - c'est comme si le pain était resté dans une boîte. Or ce que la table n'a jamais saisi, elle ne peut pas l'invalider. Rachi invoque à l'appui la suite même de la michna, keitsad yaassé (comment doit-il faire), qui suppose un remède, ainsi que la leçon de Rabbenou Hananel.

4
כֵּיצַד יַעֲשֶׂה? יַנִּיחֶנּוּ לְשַׁבָּת הַבָּאָה. שֶׁאֲפִילּוּ עָמְדָה עַל הַשֻּׁלְחָן יָמִים רַבִּים — אֵין בְּכָךְ כְּלוּם. וְאַמַּאי? תִּקְדּוֹשׁ וְתִיפָּסֵל!

Comment doit-il faire ? Il le laissera jusqu'au chabbat suivant - car même s'il est demeuré sur la table de nombreux jours, cela ne fait rien.

Mais pourquoi donc ? Qu'il soit sanctifié et devienne passoul !

📜 Rachi (2)
כֵּיצַד יַעֲשֶׂה יַנִּיחֶנּוּ עַל הַשֻּׁלְחָן עַד שַׁבָּת הַבָּאָה:
Sur la table, jusqu'au chabbat suivant.
תִּיקְדַּשׁ וְתִיפָּסֵל כֵּיוָן דִּכְלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ לִיפָּסֵל וִיקַדֵּשׁ הַשֻּׁלְחָן אֶת הַלֶּחֶם מֵאֶחָד בְּשַׁבָּת לִיפְסֹול בְּסִידּוּר שֶׁלֹּא בִּזְמַנּוֹ:
Puisque les ustensiles du service sanctifient hors de leur temps au point de rendre passoul, la table devrait sanctifier le pain dès le dimanche, de sorte qu'il devienne invalide du fait d'une disposition faite hors de son temps.
💡 Explication

La michna donne le remède : ne rien toucher. On laisse le pain sur la table jusqu'au chabbat, puis on le retire et on le redispose selon les règles. La formule ein bekhakh keloum - cela ne fait rien - est le nerf de l'objection : un séjour prolongé sur la table n'a strictement aucun effet juridique.

Or c'est exactement ce que le principe du père de Rabbi Avin interdit de dire. Si les ustensiles saisissent hors de leur temps, la table - qui est un keli charet - aurait dû saisir le pain dès le dimanche et l'invalider aussitôt, comme le précise Rachi. Le remède de la michna serait alors sans objet : on ne répare pas ce qui est déjà perdu.

5
אָמַר רָבָא: מַאן דְּקָא מוֹתֵיב — שַׁפִּיר קָא מוֹתִיב, וַאֲבוּהּ דְּרַבִּי אָבִין נָמֵי מַתְנִיתָא קָאָמַר, וְקָסָבַר: לַיְלָה אֵין מְחֻוסַּר זְמַן, יוֹם מְחֻוסַּר זְמַן.

Rava dit : celui qui objecte, objecte bien ; mais le père de Rabbi Avin, lui aussi, énonce une baraita. Et il tient que la nuit n'est pas un manque de temps, tandis qu'un jour est un manque de temps.

📜 Rachi (2)
אָמַר רָבָא הַאי דְּקָא מוֹתֵיב שַׁפִּיר קָא מוֹתֵיב וַאֲבוּהּ דְּרַבִּי אָבִין דְּמוֹתְבִי לֵיהּ מִינֵּיהּ לָאו שְׁמַעְתָּתָא דְּאָמוֹרָאֵי אָמַר דְּנֵימָא דְּאִיתּוֹתַב אֶלָּא מַתְנִיתָא תְנָא וּצְרִיכִין אָנוּ לְיַישֵּׁב דְּלָא לִיקְּשׁוּ מַתְנִיתָא אַהֲדָדֵי וְתָרְצִינְהוּ הָכִי קָסָבַר תַּנָּא דְּאָבוּהָ דָּר' אָבִין לַיְלָה לָא הָוֵי חֶסְרוֹן זְמַן הוֹאִיל וְהָיְתָה רְאוּיָה לִיקָּדֵשׁ בִּכְלִי שָׁרֵת שַׁחֲרִית הִלְכָּךְ כְּלֵי שָׁרֵת מְקַדְּשִׁין הַקֹּומֶץ בַּלַּיְלָה:
Ce dont on lui objecte n'est pas une parole d'Amora, dont on pourrait dire qu'elle se trouve réfutée, mais une baraita qu'il enseigne ; nous devons donc concilier les deux, pour que les baraitot ne se contredisent pas. Et voici comment il les concilie : le tana rapporte par le père de Rabbi Avin tient que la nuit n'est pas un manque de temps, puisque [la minha] était apte à être sanctifiée dans un ustensile du service dès le matin ; c'est pourquoi les ustensiles du service sanctifient la poignée de nuit.
אֲבָל יוֹם מְחֻוסַּר זְמַן דָּבָר שֶׁאֵין זְמַנּוֹ הַיּוֹם עַד מָחָר וַהֲרֵי הוּא מְחֻוסַּר זְמַן יוֹם שָׁלֵם הָוֵי חֶסְרוֹן זְמַן וכ"ש זֶה שֶׁאֵינוֹ זְמַנּוֹ לְקַדֵּשׁ עַד יוֹם הַשַּׁבָּת:
Une chose dont le temps n'est pas aujourd'hui mais demain : il lui manque un jour entier, et c'est bien un manque de temps. À plus forte raison ici, où son heure de sanctification n'arrive qu'au jour du chabbat.
💡 Explication

Rava commence par un aveu remarquable : l'objection est bonne. Mais il refuse la conclusion habituelle - teyouvta, réfutation. Rachi en donne la règle de méthode : ce que l'on oppose au père de Rabbi Avin n'est pas une opinion d'Amora, qu'une baraita pourrait balayer ; c'est une baraita contre une baraita. Deux sources tannaitiques ne se réfutent pas l'une l'autre - il faut les concilier.

La conciliation tient dans une seule distinction : laila eino mehoussar zeman, yom mehoussar zeman. Une nuit d'avance n'est pas un manque de temps, parce que la nuit et le jour qui la suit forment une même unité - la minha était déjà destinée à être sanctifiée ce matin-là ; l'ustensile saisit donc. Mais un jour entier d'avance en est un, et à plus forte raison six jours, comme dans le cas du pain disposé le dimanche.

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כִּי מָטֵי בֵּי שִׁמְשֵׁי תִּקְדּוֹשׁ וְתִפְּסֵול! אָמַר רָבִינָא: שֶׁקָּדַם וְסִלְּקוֹ. מַר זוּטְרָא, וְאִיתֵּימָא רַב אָשֵׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּשֶׁלֹּא קָדַם וְסִלְּקוֹ, כֵּיוָן שֶׁסִּדְּרוֹ שֶׁלֹּא כְּמִצְוָתוֹ — נַעֲשָׂה כְּמוֹ שֶׁסִּדְּרוֹ הַקּוֹף.

[Mais alors,] quand arrive le crépuscule [du vendredi soir], qu'il soit sanctifié et devienne passoul ! Ravina dit : [il s'agit d'un cas] où il a pris les devants et l'a retiré.

Mar Zoutra - et certains disent Rav Achi - dit : tu peux même dire qu'il ne l'a pas retiré par avance ; puisqu'il l'a disposé autrement que selon sa mitsva, c'est devenu comme si un singe l'avait disposé.

📜 Rachi (4)
כִּי מָטֵי בֵּי שִׁמְשֵׁי דְּלֵילֵי שַׁבָּת שֶׁהִיא רְאוּיָה לְקַדֵּשׁ מָחָר תִּקְדַּשׁ עַל הַשֻּׁלְחָן דְּקָאָמְרַתְּ לַיְלָה אֵין מְחֻוסַּר זְמַן וְתִיפָּסֵל מִשּׁוּם סִידּוּר לַיְלָה וּלְשַׁחֲרִית נִפְסָל בְּלִינָה:
Le crépuscule de la nuit du chabbat : puisque [la table] est apte à sanctifier dès le lendemain, elle devrait sanctifier le pain qui est sur elle - car tu dis que la nuit n'est pas un manque de temps - et le pain deviendrait invalide du fait d'une disposition faite de nuit, puis, au matin, invalide par lina.
שֶׁקָּדַם וְסִילְּקוֹ סָמוּךְ לַחֲשֵׁיכָה עֶרֶב שַׁבָּת:
Peu avant la tombée de la nuit, la veille du chabbat.
שֶׁלֹּא כְּמִצְוָתוֹ בְּחֶסְרוֹן זְמַן:
Par un manque de temps.
נַעֲשָׂה כְּמוֹ שֶׁסִּידְּרוֹ הַקּוֹף שֶׁלֹּא מִדַּעְתּוֹ שֶׁהֲרֵי נִסְדַּר קֹודֶם לֵיל שַׁבָּת עַל הַשֻּׁלְחָן בְּשָׁעָה שֶׁהוּא מְחֻוסַּר זְמַן דְּלָא דָּמֵי לְקֹומֶץ שֶׁנִּקְמַץ בַּלַּיְלָה וְלֶחֶם שֶׁנִּסְדַּר בְּלֵיל שַׁבָּת דְּלָאו מְחֻוסַּר זְמַן הוּא וְקָדוֹשׁ לִיפָּסֵל (וְעַתָּה בְּשַׁבָּת כְּשֶׁמַּגִּיעַ זְמַן עֲרִיכַת לֶחֶם הַפָּנִים הַכֹּהֵן יִכָּנֵס שַׁחֲרִית וִיסַלֵּק וִיסַדֵּר שֵׁנִית) וּכְשֶׁמַּגִּיעַ זְמַנּוֹ אֵין הַשֻּׁלְחָן מְקַדְּשׁוֹ עַד שֶׁיְּסַלְּקֶנּוּ מִמֶּנּוּ וְיַחֲזֹור וִיסַדְּרֶנּוּ:
Sans intention valable ; car le pain a bien été disposé sur la table avant la nuit du chabbat, à une heure où il lui manquait encore du temps. Ce n'est pas comparable à la poignée prélevée de nuit ni au pain disposé la nuit du chabbat, qui ne sont pas mehoussar zeman et sont sanctifiés au point de devenir passoul. (Et maintenant, le chabbat, quand vient l'heure de disposer le le'hem hapanim, le kohen entre au matin, retire le pain et le dispose une seconde fois.) Et lorsque son heure arrive, la table ne le sanctifie pas tant qu'il ne l'a pas retiré d'elle puis redispose.
🗂️ Tossefot (1)
כְּמוֹ שֶׁסִּידְּרוּ הַקּוֹף הָא דְּלָא אָמְרִינַן נָמֵי הָכִי לְעֵיל כֵּיוָן שֶׁקִּידְּשׁוֹ שֶׁלֹּא כְּמִצְוָתוֹ נַעֲשָׂה כְּמוֹ שֶׁנְּתָנוֹ שָׁם הַקּוֹף יֵשׁ לוֹמַר דְּהָתָם נִתְכַּווֵּן לְקַדֵּשׁ שֶׁכְּסָבוּר הָיָה שֶׁהוּא יוֹם דֻּומְיָא דְּמַתְנִיתִין שֶׁעָלָה מְאוֹר הַלְּבָנָה וְכוּ' אֲבָל הָכָא כֵּיוָן דִּבְכַוָּונָה עָשָׂה וְיָדַע שֶׁסִּידְּרוֹ שֶׁלֹּא כְּמִצְוָתוֹ נַעֲשָׂה כְּמוֹ שֶׁסִּידְּרוֹ הַקּוֹף:
Pourquoi ne disons-nous pas de même plus haut, à propos de la poignée : puisqu'il l'a sanctifiée autrement que selon sa mitsva, c'est devenu comme si un singe l'avait déposée là ? On peut répondre : là-bas, il avait l'intention de sanctifier, car il croyait qu'il faisait jour - à l'image de notre michna, où c'est la clarté de la lune qui s'était levée, etc. Ici au contraire, puisqu'il a agi délibérément, sachant qu'il disposait le pain autrement que selon sa mitsva, c'est devenu comme si un singe l'avait disposé.
💡 Explication

La distinction de Rava se retourne aussitôt contre lui. Le pain est resté sur la table toute la semaine. Arrive le bein hachemachot du vendredi soir : cette nuit-là n'est plus une nuit quelconque, c'est la nuit qui précède le jour du service. Elle n'est donc pas mehoussar zeman - et la table devrait saisir le pain, qui serait alors invalide par lina dès le matin, comme l'explique Rachi.

Deux réponses. Ravina : le kohen a retiré le pain juste avant la tombée de la nuit ; au moment critique, la table est vide. Mar Zoutra, ou Rav Achi, va plus loin : nul besoin de le retirer. Une disposition faite hors du temps n'est juridiquement pas une disposition - naassé kemo chesidro hakof, c'est comme si un singe avait posé le pain là. Un acte sans validité n'engendre aucune sainteté, même différée.

Tossefot demande alors pourquoi l'on n'a pas invoqué le singe plus haut, pour la poignée prélevée de nuit, ce qui aurait tout résolu. Sa réponse porte sur la ma'hchava (l'intention) : là, le kohen croyait qu'il faisait jour - c'est le cas même de notre michna, où la clarté de la lune a trompé l'assemblée - et il voulait donc sanctifier ; ici il savait ce qu'il faisait, et un acte accompli en connaissance de son irrégularité vaut le geste d'un singe.

7
זֶה הַכְּלָל הָיָה בַּמִּקְדָּשׁ. בִּשְׁלָמָא רַגְלַיִם מִשּׁוּם נִיצוֹצוֹת, אֶלָּא יָדַיִם מַאי טַעְמָא? אָמַר רַבִּי אַבָּא: זֹאת אוֹמֶרֶת,

Telle était la règle au Temple. Soit, pour les pieds - à cause des éclaboussures ; mais les mains, quelle en est la raison ?

Rabbi Abba dit : cela veut dire que...

💡 Explication

La Guemara quitte la sougya des ustensiles et revient à la michna, qui posait la règle générale du Temple : quiconque a satisfait un besoin naturel doit s'immerger, et quiconque a urine doit sanctifier ses mains et ses pieds au kiyor (la vasque).

L'objection est de bon sens. Pour les pieds, la raison se voit : les nitsotsot, les éclaboussures. Mais les mains n'ont touché à rien de souillé - pourquoi devraient-elles être sanctifiées ? La réponse de Rabbi Abba s'ouvre sur zot omeret, cela veut dire que - formule qui annonce une règle de tenue et de pudeur développée sur le feuillet suivant. Le daf s'interrompt en pleine phrase.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).