Yoma 30b -- chercher la nafka mina entre Ben Zoma et Rabbi Yehouda : ihoul avoda, ase, et la longue parenthèse du metsora qui trempe deux fois.

Yoma 30b

Sougya : Le feuillet poursuit la question laissée ouverte en 30a : Ben Zoma tient l-immersion de celui qui entre dans la azara pour de-oraita, déduite par kal va-homer du kohen gadol, Rabbi Yehouda n-y voit qu-un serakh tevila destiné à réveiller le souvenir d-une touma ancienne - mais qu-est-ce qui les sépare en pratique ? Une première réponse, la profanation du service, tombe aussitôt : une baraita enseigne que le kohen gadol lui-même, source du kal va-homer, garde un service kacher s-il omet une immersion intermédiaire, et le dérivé ne peut dépasser sa source.

Reste la seconde : celui qui entre sans s-immerger tombe-t-il sous un commandement positif ? Ben Zoma dit oui, Rabbi Yehouda dit non.

La Guemara ouvre alors une longue parenthèse pour vérifier que Rabbi Yehouda tient bien la règle générale, car deux baraitot le montrent en apparente contradiction : l-une dispense le metsora du huitième jour de toute nouvelle tevila, l-autre suppose au contraire qu-il trempe dans la lichkat ha-metsoraim. Trois distinctions sont essayées et mesurées à l-échelle des purifications - a-t-il trempé ou non, y a-t-il eu hesah ha-daat -, deux échouent, et la solution retenue déplace le partage vers l-intention : s-est-il immergé al daat biat mikdach ou non ?

Une variante corrige simplement le texte, et Ravina propose de lire la phrase de Rabbi Yehouda comme un argument ad hominem adressé aux Sages. Le daf se ferme sur la question d-Abaye à Rav Yossef, tranchée par la formule chani metsora de-dayich be-touma : le metsora, rompu à l-impureté, reste suspect quand les autres ne le sont pas.

Yoma 30b : chercher la nafka mina entre Ben Zoma et Rabbi Yehouda Deux hommes font le même geste - s-immerger avant d-entrer - pour deux raisons. Où passe la ligne de partage ? BEN ZOMA - de-oraita Kal va-homer du kohen gadol : de kodech à kodech il s-immerge - de hol à kodech, à plus forte raison. RABBI YEHOUDA - de-rabbanan Serakh tevila : un simple rappel, pour qu-il se souvienne d-une touma ancienne et s-en écarte. Be-mai ka miplegui ? Quelle conséquence pratique les sépare ? TENTATIVE 1 - le service est-il profane ? (ba-ahoulei avoda) Ben Zoma : oui, l-avoda est mehoulal. Rabbi Yehouda : non, ce n-est que de-rabbanan. REJETÉE : une baraita dit que le kohen gadol qui saute une tevila intermédiaire garde un service kacher. TENTATIVE 2 - tombe-t-il sous un commandement positif ? (le-meikam be-ase) Ben Zoma : oui, un ase tire du verset ve-rahats et bessaro ba-mayim ve-lveicham. Rabbi Yehouda : non. RETENUE - mais elle déclenche aussitôt l-objection du metsora. Tout le reste du daf est une longue parenthèse : Rabbi Yehouda est-il cohérent avec lui-même ?
Le fil du daf : deux tentatives pour trouver ce qui sépare réellement Ben Zoma de Rabbi Yehouda.
Qui pense quoi : trois positions et deux questions de Rabbi Yehouda Le daf se joue sur deux baraitot où Rabbi Yehouda semble se contredire lui-même. BEN ZOMA Tevila de-oraita pour tout entrant dans la azara. Source : kal va-homer du kohen gadol à Yom Kippour. Conséquence retenue : celui qui n-a pas trempé transgresse un ase. RABBI YEHOUDA Serakh tevila - de-rabbanan. Un rappel, non une obligation. Donc : celui qui a déjà trempé hier soir n-a rien à rappeler. Conséquence retenue : le metsora du 8e jour est dispensé de tevila. LES RABBANAN Le metsora, lui, doit tremper de nouveau le 8e jour. Raison donnée : dayich be-touma - il est rompu à l-impureté, donc suspect. Rav Yossef tranche : c-est cela, pas Ben Zoma. BARAITA A - le metsora au 8e jour Tana kama : il s-immerge et se tient à chaar Nikanor. Rabbi Yehouda : PAS BESOIN, il a trempé hier soir. => Rabbi Yehouda dispense le metsora. BARAITA B - la lichkat ha-metsoraim Tana kama : on l-appelle ainsi car les metsoraim y trempent. Rabbi Yehouda : pas les metsoraim SEULS - tout homme. => le mot SEULS suppose que le metsora, lui, trempe. Toute la seconde moitié du daf cherche à faire tenir A et B ensemble.
Les trois positions en présence, et les deux baraitot où Rabbi Yehouda paraît se contredire.
Les degrés de purification, et pourquoi chaque réponse s-effondre La Guemara essaie trois distinctions ; chacune est mesurée à l-échelle des purifications requises. Niveau 1 - TEVILA seule Immersion au mikve. Suffit pour une touma légère déjà traitée la veille. Distinction proposée : il a trempé / il n-a pas trempé Niveau 2 - + HEEREV CHEMECH Immersion PUIS coucher du soleil. Tant qu-il est tevoul yom il n-entre pas en ezrat nachim. Distinction proposée : hesah ha-daat / pas de hesah Niveau 3 - + HAZAA 3 et 7 Aspersion des cendres de la para adouma au 3e et au 7e jour. Réservé à la touma de met. Rabbi Dostai bar Matoun au nom de Rabbi Yo'hanan. ÉCHEC S-il n-a pas trempé, une simple tevila du matin ne suffit pas. ÉCHEC S-il y a eu hesah ha-daat, il faut bien plus qu-une tevila. SEUIL DE REFERENCE C-est ce niveau qui sert de mesuré aux deux échecs. RÉPONSE TENUE - la distinction n-est plus dans le corps mais dans l-intention Les deux ont trempé, aucun n-a détourné son attention : mais l-un s-est immergé al daat biat mikdach (dans l-intention d-entrer au Temple), l-autre non. C-est la ma'hchava qui fait la différence. Variante finale : ne pas résoudre, mais corriger le texte - lire lo metsoraim amrou (et non lo metsoraim bilvad). Alors Rabbi Yehouda ne concède rien du tout : le metsora n-a jamais besoin de tevila.
L-échelle des purifications : c-est elle qui fait tomber les deux premières réponses.
1
בְּאַחוֹלֵי עֲבוֹדָה קָא מִיפַּלְגִי. לְבֶן זוֹמָא, מֵחֵיל עֲבוֹדָה. לְרַבִּי יְהוּדָה לָא מַחֵיל עֲבוֹדָה.

C-est sur la profanation du service (ba-ahoulei avoda) qu-ils divergent. Pour Ben Zoma, il profane le service ; pour Rabbi Yehouda, il ne profane pas le service.

📜 Rachi (3)
בְּאִחוּלֵי עֲבוֹדָה אִם לֹא טָבַל שַׁחֲרִית וְעָבַד:
S-il ne s-est pas immergé le matin et qu-il a officié.
לְבֶן זוֹמָא דְּאָמַר דְּאוֹרָייְתָא הִיא שֶׁהֲרֵי נִיתַּן ק"ו לִידָּרֵשׁ הָוְיָא עֲבוֹדָתוֹ מְחֻולֶּלֶת:
Qui dit qu-elle est de-oraita - puisqu-un kal va-homer a été donné pour être exposé - son service est mehoulal (profane).
לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר דְּרַבָּנָן הִיא לָא מֵחֵיל:
Qui dit qu-elle est de-rabbanan : il ne profane pas.
💡 Explication

Le feuillet précédent s-est arrêté sur une question : Ben Zoma et Rabbi Yehouda imposent tous deux l-immersion à celui qui entre dans la azara, mais pour des raisons opposées. Ben Zoma la tient pour de-oraita, déduite par un kal va-homer du kohen gadol ; Rabbi Yehouda n-y voit qu-un serakh tevila, un rappel institué par les Sages pour réveiller le souvenir d-une impureté ancienne. Deux hommes, un même geste, deux fondements. La Guemara veut la nafka mina : la conséquence pratique qui les sépare.

Première proposition : l-enjeu serait la validité du service. Celui qui est entré sans s-immerger et a officié a-t-il profane son avoda ? Pour Ben Zoma, une obligation de la Torah violée invalide l-acte : le service est mehoulal. Pour Rabbi Yehouda, une règle rabbinique ne casse pas un service accompli par ailleurs correctement.

2
וּלְבֶן זוֹמָא מִי מַחֵיל? וְהַתַּנְיָא: כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁלֹּא טָבַל וְלֹא קִידֵּשׁ בֵּין בֶּגֶד לְבֶגֶד וּבֵין עֲבוֹדָה לַעֲבוֹדָה — עֲבוֹדָתוֹ כְּשֵׁרָה. אֶחָד כֹּהֵן גָּדוֹל וְאֶחָד כֹּהֵן הֶדְיוֹט שֶׁלֹּא קִידֵּשׁ יָדָיו וְרַגְלָיו שַׁחֲרִית וְעָבַד עֲבוֹדָה — עֲבוֹדָתוֹ פְּסוּלָה.

Et pour Ben Zoma, profane-t-il vraiment ? Mais n-a-t-on pas enseigné : un kohen gadol qui ne s-est pas immergé et ne s-est pas sanctifié [les mains et les pieds] ni entre un vêtement et l-autre, ni entre un service et l-autre - son service est kacher.

[En revanche,] tant un kohen gadol qu-un kohen ordinaire qui n-a pas sanctifié ses mains et ses pieds le matin et a officié - son service est passoul (invalide).

📜 Rachi (2)
וּלְבֶן זוֹמָא מִי מַחֵיל וְהָא מִכֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים יָלֵיף לָהּ וְהוּא עַצְמוֹ שֶׁלֹּא טָבַל וְלֹא קִדֵּשׁ ביוה"כ בֵּין בִּגְדֵי זָהָב לְבִגְדֵי לָבָן שֶׁהוּא מְשַׁנֶּה בָּהּ עֲבוֹדָתוֹ כְּשֵׁירָה:
Or c-est du kohen gadol à Yom Kippour qu-il la déduit ; et lui-même, s-il ne s-est ni immergé ni sanctifié à Yom Kippour entre les vêtements d-or et les vêtements blancs - alors même qu-il y change de service - son service est kacher.
אֶחָד כ"ג כו' עֲבוֹדָתוֹ פְּסוּלָה בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּזְבָחִים (דַּף יט:) יָלְפִינַן דִּכְשֶׁלֹּא רְחוּץ יָדַיִם וְרַגְלַיִם מְחַלֵּל עֲבוֹדָה:
Au deuxième chapitre de Zevahim (19b) nous apprenons que celui dont les mains et les pieds ne sont pas lavés profane le service.
💡 Explication

La réfutation est élégante parce qu-elle attaque Ben Zoma par sa propre source. Ben Zoma déduit l-immersion de l-homme ordinaire du kohen gadol de Yom Kippour. Or une baraita enseigne que ce même kohen gadol, s-il omet une des immersions intermédiaires - entre les vêtements d-or et les vêtements blancs, ou entre deux services -, garde un service kacher.

Le principe est celui du dayo : ce qui dérive d-un kal va-homer ne peut être plus sévère que sa source. Si l-omission ne profane pas chez le modèle, elle ne peut pas profaner chez le dérivé. L-hypothèse du ihoul avoda tombe donc pour Ben Zoma lui-même.

La baraita ajoute un contraste utile : le kidouch yadayim ve-raglayim du matin, lui, est bel et bien invalidant - pour le kohen gadol comme pour le kohen hediot. Rachi renvoie à Zevahim 19b. La Guemara mesure ainsi ce qui casse un service et ce qui ne le casse pas.

🖼️ Schéma
Le kal va-homer de Ben Zoma casse sur sa propre source Si le modèle lui-même ne profane pas le service, ce qui en dérive ne peut pas profaner davantage. LA SOURCE - le kohen gadol à Yom Kippour Il passe des bigdei zahav aux bigdei lavan : une tevila entre les deux, dix kidouchin. Déjà dans le kodech, il passe du kodech au kodech. k.v.h. LA DÉRIVATION - tout entrant dans la azara Il vient du hol vers le kodech : l-écart est plus grand encore. Donc à plus forte raison une tevila. LA BARAITA QUI CASSE - kohen gadol qui n-a ni trempé ni sanctifié entre un vêtement et l-autre, ou entre un service et l-autre : son service est KACHER - donc pas d-ihoul avoda à la source. Dayo : le dérivé ne dépasse pas la source. Ce qui, lui, profane vraiment Kohen (gadol ou hediot) qui n-a pas fait le kidouch yadayim ve-raglayim du matin : avoda PASSOUL. Source de cette règle Zevahim 19b : celui dont les mains et les pieds ne sont pas lavés profane le service (Rachi).
Le kal va-homer de Ben Zoma bute sur sa propre source : pas de ihoul avoda chez le kohen gadol.
3
אֶלָּא: לְמֵיקַם בַּעֲשֵׂה קָא מִיפַּלְגִי. לְבֶן זוֹמָא קָאֵי בַּעֲשֵׂה, לְרַבִּי יְהוּדָה לָא קָאֵי בַּעֲשֵׂה.

Plutôt : c-est sur le fait de tomber sous un commandement positif (le-meikam be-ase) qu-ils divergent. Pour Ben Zoma il tombe sous un ase ; pour Rabbi Yehouda il n-y tombe pas.

📜 Rachi (1)
לְבֶן זוֹמָא קָאֵי עָלֶיהָ בַּעֲשֵׂה מק"ו דכ"ג שֶׁעוֹבֵר בַּעֲשֵׂה כְּדִכְתִיב (וַיִּקְרָא ט״ז:כ״ד) וְרָחַץ אֶת בְּשָׂרוֹ בַּמַּיִם וּלְבֵשָׁם:
Par le kal va-homer tiré du kohen gadol, lequel transgresse un ase, comme il est écrit : il baignera sa chair dans l-eau et les revêtira (Lévitique 16, 24).
💡 Explication

Seconde proposition, plus modeste et qui tiendra : la différence n-est pas dans la validité du service accompli, mais dans le statut de celui qui a fauté. Pour Ben Zoma, entrer sans s-immerger revient à transgresser un ase - un commandement positif de la Torah. Pour Rabbi Yehouda, il n-y a aucune transgression de la Torah, seulement une règle des Sages négligée.

Rachi précise d-où vient cet ase : le kal va-homer part du verset qui commande au kohen gadol ve-rahats et bessaro ba-mayim ou-lvecham (Lévitique 16, 24) - il baignera sa chair dans l-eau et les revêtira. C-est un ordre positif ; ce qui en dérive par kal va-homer garde la même nature.

4
וּמִי אִית לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה הַאי סְבָרָא? וְהַתַּנְיָא: מְצֹורָע — טוֹבֵל וְעוֹמֵד בְּשַׁעַר נִיקָנוֹר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ טְבִילָה, שֶׁכְּבָר טָבַל מִבְּעֶרֶב.

Et Rabbi Yehouda tient-il seulement ce raisonnement ? Mais n-a-t-on pas enseigné : le metsora s-immerge et se tient à la porte de Nikanor.

Rabbi Yehouda dit : il n-a pas besoin d-immersion, puisqu-il s-est déjà immergé la veille au soir.

📜 Rachi (3)
וּמִי אִית לֵיהּ לְר' יְהוּדָה הַךְ סְבָרָא דְּמַתְנִי' שֶׁיִּהְיוּ כָּל הַנִּכְנָסִין לָעֲזָרָה צְרִיכִין טְבִילָה:
Celui de notre michna : que tous ceux qui entrent dans la azara ont besoin d-une immersion.
מְצֹורָע בַּשְּׁמִינִי שֶׁלּוֹ אע"פ שֶׁטָּבַל בַּשְּׁבִיעִי כְּדִכְתִיב (שָׂם יָד) וְהָיָה בַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יְגַלַּח וְגוֹ' חוֹזֵר וְטוֹבֵל בַּשְּׁמִינִי כְּשֶׁמֵּבִיא קָרְבְּנוֹתָיו:
En son huitième jour. Bien qu-il se soit immergé le septième, comme il est écrit : et il arrivera au septième jour qu-il se rasera... (Lévitique 14), il s-immerge de nouveau le huitième, lorsqu-il apporte ses offrandes.
וְעוֹמֵד בְּשַׁעַר נִיקָנוֹר לְהַכְנִיס יָדָיו וְרַגְלָיו בִּפְנִים לְמַתַּן בְּהוֹנוֹת מִדַּם הָאָשָׁם וְשֶׁמֶן הַלֹּוג:
Pour introduire ses mains et ses pieds à l-intérieur, en vue du don sur les behonot du sang de l-acham et de l-huile du log.
💡 Explication

Ici s-ouvre une longue parenthèse qui occupera tout le reste du daf. Avant de mesurer l-écart entre Ben Zoma et Rabbi Yehouda, la Guemara veut s-assurer que Rabbi Yehouda tient bien le principe de la michna : tout entrant dans la azara doit s-immerger, même pur.

Or une baraita semble l-en dispenser dans un cas précis. Le metsora, au huitième jour de sa purification, vient apporter ses offrandes : il se tient à chaar Nikanor, la porte qui sépare l-ezrat nachim de la azara, et y introduit ses mains et ses pieds pour recevoir sur les behonot - pouce et gros orteil - le sang du acham et l-huile du log. Le tana kama lui impose une immersion supplémentaire. Rabbi Yehouda répond : inutile, il a trempé hier soir.

Si Rabbi Yehouda tenait vraiment l-obligation générale d-immersion pour tout entrant, cette dispense serait incompréhensible.

🖼️ Schéma
Où se tient le metsora : la lichka, la porte, et la ligne qu-il ne franchit pas Il introduit ses behonot - pouce et gros orteil - sans entrer lui-même. HAR HA-BAYIT Zone la moins sanctifiée EZRAT NACHIM Aucun tevoul yom n-y entre (Kelim 1,8) lichka d-angle lichka d-angle lichka d-angle LICHKAT HA- METSORAIM on y trempe CHAAR NIKANOR AZARA Mahane Chekhina Nul n-y entre pour le service, même pur, sans s-être immergé. behonot Rabbi Yehouda : lo metsoraim bilvad - pas les metsoraim seuls, TOUT homme trempait dans cette chambre.
Chaar Nikanor, la lichkat ha-metsoraim dans l-ezrat nachim, et l-entrée des behonot sans le corps.
5
הַהוּא, כִּדְתָנֵי טַעְמָא: שֶׁכְּבָר טָבַל מִבְּעֶרֶב.

Ce cas-là [se comprend] comme la raison même qui y est enseignée : puisqu-il s-est déjà immergé la veille au soir.

📜 Rachi (1)
כִּדְתָנֵי טַעְמָא שֶׁכְּבָר טָבַל בָּעֶרֶב רַבִּי יְהוּדָה לְטַעְמֵיהּ דְּאָמַר אֵין טְבִילַת שַׁחֲרִית הַבָּאִים לָעֲזָרָה אֶלָּא לִזְכֹּור טֻומְאָה יְשָׁנָה וְזֶה אֵין צָרִיךְ לְכָךְ שֶׁהֲרֵי טָבַל אֶמֶשׁ לְכָל טֻומְאָה שֶׁעָלָיו:
Rabbi Yehouda suit sa propre logique : l-immersion du matin de ceux qui entrent dans la azara n-a d-autre but que de faire se souvenir d-une impureté ancienne ; or celui-ci n-en a pas besoin, puisqu-il s-est immergé hier soir pour toute impureté qui était sur lui.
💡 Explication

La réponse est immédiate et presque triviale : la baraita donne elle-même sa raison. Rabbi Yehouda ne dispense pas le metsora de l-obligation générale ; il constate que dans ce cas précis l-obligation est déjà satisfaite.

Rachi montre la cohérence interne : pour Rabbi Yehouda, l-immersion du matin n-a d-autre fonction que de faire se souvenir d-une touma ancienne. Or le metsora du huitième jour s-est immergé la veille au soir, précisément pour toute impureté pesant sur lui. Il n-a rien à se rappeler que le bain d-hier n-ait déjà traité.

6
וּדְקָאָרֵי לַהּ מַאי קָאָרֵי לַהּ? מִשּׁוּם דְּקָא בָּעֵי לְמִרְמֵא אַחֲרִיתִי עֲלַיהּ: לִשְׁכַּת הַמְצֹורָעִין שֶׁשָּׁם מְצֹורָעִין טוֹבְלִין. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: לֹא מְצֹורָעִין בִּלְבַד אָמְרוּ, אֶלָּא כָּל אָדָם.

Et celui qui posait la question, pourquoi la posait-il ? Parce qu-il voulait lui opposer une autre [baraita] : la chambre des metsoraim - ainsi nommée parce que c-est là que les metsoraim s-immergent.

Rabbi Yehouda dit : ce n-est pas des metsoraim seuls qu-ils ont parlé, mais de tout homme.

📜 Rachi (4)
וּדְקָאָרֵי לַהּ מַאי קָאָרֵי לַהּ מִי שֶׁעוֹסֵק בְּמִשְׁנָה זוֹ לְהָשִׁיב מִמֶּנָּה בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לָמָּה נִתְעַסֵּק הֲלֹא טַעַם מְפֹורָשׁ בָּהּ:
Celui qui s-occupe de cette michna pour en tirer une objection à la maison d-étude, pourquoi s-en est-il occupé ? La raison y est pourtant explicite.
לִשְׁכַּת מְצֹורָעִין לָמָּה נִקְרֵאת לִשְׁכַּת מְצֹורָעִים:
Pourquoi est-elle appelée chambre des metsoraim ?
שֶׁשָּׁם מְצֹורָעִים טוֹבְלִין בִּשְׁבִיל שֶׁמַּכְנִיסִין בְּהוֹנוֹתֵיהֶן לָעֲזָרָה:
Parce qu-ils introduisent leurs behonot dans la azara.
אֶלָּא כָּל אָדָם הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה מִדְּקָאָמַר בִּלְבַד מִכְּלָל דְּאִית לֵיהּ טְבִילָה בִּמְצוֹרָע:
Tout homme qui entre dans la azara. Du fait qu-il dit seuls, on déduit qu-il admet bien une immersion pour le metsora.
🗂️ Tossefot (1)
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר לֹא מְצֹורָע בִּלְבַד אָמְרוּ אֶלָּא כָל אָדָם לפרש"י דְּפֵירֵשׁ לְעֵיל בְּפ"ק (יוֹמָא דַּף טז:) רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה אָמַר הָא מַנִּי ר' יְהוּדָה הַהִיא דְּתָמִיד מִשּׁוּם דְּאַשְׁכְּחַן דִּפְלִיג אַסְּתָמֵי דְּמִדּוֹת וּמַיְיתִי בָּרַייְתָא דְּשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר מִזְבֵּחַ מְמֻוצָּע וּסְתָמָא דְּמִדּוֹת לֵית לֵיהּ מִזְבֵּחַ מְמֻוצָּע מֵהָא דְּהָכָא הֲוָה מָצֵי לְאֵיתוּיֵי דִּפְלִיג אַסְּתָמָא דְּרֵישָׁא י"ל מֵהָא דְּהָכָא לָא מָצֵי לְאֵיתוּיֵי רְאָיָה דְּאִיכָּא לְמֵימַר שָׁאנֵי הָכָא דִּפְלִיג בְּהֶדְיָא בַּמִּשְׁנָה אֲבָל הֵיכָא דְּלָא הֻוזְכְּרָה בַּמִּשְׁנָה דִּפְלִיג דִּילְמָא לָא פְּלִיג לְהָכִי מַיְיתֵי מֵהַהִיא דְּמִזְבֵּחַ מְמֻוצָּע ועי"ל דְּמֵהָכָא לָא הֲוָה שָׁמְעִינַן דִּפְלִיג דְּאִיכָּא לְמֵימַר כֻּולָּהּ ר"י הִיא וּמִשּׁוּם דְּקָתָנֵי בְּרֵישָׁא שֶׁהַלִּשְׁכָּה קְרוּיָה לִשְׁכַּת מְצֹורָעִין וּפֵירֵשׁ לָמָּה נִקְרֵאת כָּךְ לְפִי שֶׁשָּׁם מְצֹורָעִים טוֹבְלִים וּמֵעִיקָּרָא נִיתַּקְּנָה בִּשְׁבִיל זֶה קָאָמַר ר"י דִּלְאַחַר שֶׁנִּתְקְנָה הִרְגִּילוּ לִטְבֹּול בָּהּ כָּל אָדָם טָהוֹר הָרוֹצֶה לִיכָּנֵס לָעֲזָרָה:
Selon l-explication de Rachi plus haut, au premier chapitre (Yoma 16b) : Rav Ada bar Ahava a dit - de qui est cette [michna de Tamid] ? De Rabbi Yehouda, parce que nous le trouvons en désaccord avec les michnayot anonymes de Middot ; et il apporte une baraita où nous entendons Rabbi Yehouda dire que le mizbeah était centre (memoutsa), alors que l-anonyme de Middot ne l-admet pas. Or il aurait pu apporter la preuve de notre passage, où Rabbi Yehouda contredit l-anonyme de la première partie. On peut répondre : de notre passage il ne pouvait pas tirer de preuve, car on pourrait dire qu-ici c-est différent, puisqu-il conteste explicitement dans la michna ; mais là où la michna ne mentionne pas son désaccord, peut-être ne conteste-t-il pas - c-est pourquoi il apporte plutôt le cas du mizbeah memoutsa. On peut encore répondre : de notre passage nous n-aurions pas su qu-il conteste, car on pourrait dire que toute la baraita est de Rabbi Yehouda. Puisqu-il est enseigné d-abord que la chambre s-appelle chambre des metsoraim, et qu-on explique pourquoi - parce que les metsoraim y trempent et qu-elle fut instituée à l-origine pour cela -, Rabbi Yehouda vient dire qu-après son institution on prit l-habitude d-y faire tremper aussi tout homme pur désirant entrer dans la azara.
💡 Explication

La Guemara s-arrête sur un point de méthode : si la raison était écrite dans la baraita, pourquoi l-avoir posée comme une objection ? Rachi explique la formule ve-dekari la mai kari la : celui qui manie ce texte au beit ha-midrach devait bien voir que la réponse y figurait.

Réponse : l-objection n-était qu-un tremplin. Le vrai problème est ailleurs, dans une seconde baraita sur la lichkat ha-metsoraim, l-une des quatre chambres d-angle de l-ezrat nachim. Elle porte ce nom parce que les metsoraim y trempent - Rachi précise : parce qu-ils doivent introduire leurs behonot dans la azara. Rabbi Yehouda corrige : pas les metsoraim seuls (bilvad), tout homme y trempait.

Le mot seuls est décisif. En disant que la chambre n-était pas réservée aux metsoraim, Rabbi Yehouda admet implicitement que le metsora, lui aussi, s-y immerge. C-est l-exact contraire de la première baraita. La contradiction est posée.

7
לָא קַשְׁיָא: הָא דִּטְבֵיל, הָא דְּלָא טְבִיל. אִי דְּלָא טְבִיל — הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ בָּעֵי! אֶלָּא: אִידִי וְאִידִי דִּטְבֵיל. הָא דְּאַסַּח דַּעְתֵּיהּ, הָא דְּלָא אַסַּח דַּעְתֵּיהּ.

Ce n-est pas une difficulté : ici il s-agit de celui qui s-est immergé, là de celui qui ne s-est pas immergé. Si c-est de celui qui ne s-est pas immergé - il lui faudrait aussi le coucher du soleil (heerev chemech) !

Plutôt : dans les deux cas il s-est immergé ; mais ici il a détourné son attention (hésah ha-daat), la il ne l-a pas détournée.

📜 Rachi (2)
דְּלָא טְבִיל מִבְּעֶרֶב לְצָרַעְתּוֹ:
La veille au soir, pour sa tsaraat.
אַסַּח דַּעְתֵּיהּ מִשְּׁמִירַת גּוּפוֹ צָרִיךְ הַזָּאָה שֶׁמָּא נִכְנַס לְאֹהֶל הַמֵּת וְלֹא שָׂם אֶל לִבּוֹ:
De la garde de son corps : il a besoin d-une aspersion, de crainte qu-il soit entré sous le toit d-un mort sans y avoir pris garde.
🗂️ Tossefot (1)
אִי דְּלָא טְבֵיל הֶעֱרֵב שֶׁמֶשׁ בָּעֵי תֵּימַהּ לִי מַאי קֻפְרִיךְ הָא בִּימֵי סִפְרוֹ אֵינוֹ אָסוּר לִיכָּנֵס אֶלָּא בְּמַחֲנֵה שְׁכִינָה וְלִשְׁכַּת מְצֹורָעִים לֹא הָיְתָה בַּקֹּודֶשׁ מִדְּנִכְנְסוּ לָהּ מְחֻוסְּרֵי כִּפּוּרִים י"ל דְּהָכִי פָּרִיךְ כֵּיוָן דְּלָא מָצֵי לְהַכְנִיס יָדָיו לַבְּהוֹנוֹת הַיּוֹם עַד שֶׁיַּעֲרִיב שִׁמְשׁוֹ ל"ל דְּעָיֵיל בְּהַר הַבַּיִת לִטְבֹּול שָׁם בִּשְׁלָמָא אִי בַּשְּׁמִינִי אַייְּרִי וּכְבָר טָבַל מבע"י טְבִיל הָתָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יַסִּיחַ דַּעַת שֶׁיִּזְכֹּור לוֹ לְהַכְנִיס יָדָיו מִיָּד אִי נָמֵי י"ל נְהִי דְּמִדְּאוֹרַיְיתָּא מֻותָּר לִיכָּנֵס בְּהַר הַבַּיִת כָּל יְמֵי סִפְרוֹ מ"מ מִדְּרַבָּנָן גָּזְרוּ שֶׁלֹּא יִכָּנֵס דִּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּנְגָעִים [מ"ב] קָאָמַר דִּלְאַחַר תִּגְלַחַת יְמֵי [גְּמָרוֹ] הֲרֵי הוּא כְּשֶׁרֶץ ובפ"ק דְּכֵלִים [מ"ח] תְּנַן עֶזְרַת נָשִׁים מְקֻודֶּשֶׁת הֵימֶנּוּ שֶׁאֵין שׁוּם טְבוּל יוֹם נִכְנָס לְשָׁם וְלִשְׁכַּת מְצֹורָעִים הָיְתָה עוֹמֶדֶת בְּעֶזְרַת נָשִׁים וְהִיא אַחַת מֵאַרְבַּע לְשָׁכוֹת שֶׁבְּאַרְבַּע מַקְצֵעוֹתֶיהָ:
Cela m-étonne : en quoi consiste l-objection ? Durant ses jours de décompte (yemei sifro) il ne lui est interdit d-entrer que dans le mahane Chekhina, et la chambre des metsoraim n-était pas dans le kodech, puisque des mehousrei kippourim y entraient. On peut répondre que l-objection est celle-ci : puisqu-il ne peut pas présenter ses mains pour les behonot aujourd-hui avant que son soleil ne se couche, à quoi bon entrer dans le har ha-bayit pour y tremper ? En revanche, s-il s-agit du huitième jour et qu-il a déjà trempé alors qu-il faisait encore jour, il trempe là pour ne pas détourner son attention, afin de se souvenir de présenter ses mains aussitôt. On peut aussi répondre : même si la Torah lui permet d-entrer dans le har ha-bayit pendant tous ses jours de décompte, les Sages ont néanmoins décrété qu-il n-y entre pas ; car au dernier chapitre de Negaim (michna 2) il est dit qu-après le rasage des jours de son achèvement il est comme un sheretz, et au premier chapitre de Kelim (michna 8) nous avons appris que l-ezrat nachim est plus sanctifiée que lui, car aucun tevoul yom n-y entre - or la chambre des metsoraim se tenait dans l-ezrat nachim, étant l-une des quatre chambres de ses quatre angles.
💡 Explication

Première tentative de conciliation : les deux baraitot ne parlent pas du même homme. Celle qui dispense vise le metsora qui a trempé la veille ; celle de la lichka vise celui qui ne l-a pas fait.

La distinction s-effondre aussitôt, et pour une raison technique. S-il n-a pas trempé la veille au soir, une immersion du matin ne suffit pas : il lui faut encore le heerev chemech, le coucher du soleil qui achève la purification. Tant que le soleil n-est pas couché il reste tevoul yom, et son offrande de ce jour serait de toute façon impossible. Le détour par la lichka n-aurait aucun sens.

Seconde tentative : les deux ont trempé, mais l-un a laissé son attention se relâcher - hésah ha-daat. Rachi explique le risque : n-ayant plus gardé son corps, il pourrait être entré sous le toit d-un mort sans y prendre garde.

8
אִי אַסַּח דַּעְתֵּיהּ, הַזָּאַת שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי בָּעֵי. דְּאָמַר רַבִּי דּוֹסְתַּאי בַּר מָתוּן אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֶסַּח הַדַּעַת צָרִיךְ הַזָּאָה שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי!

S-il a détourné son attention, il lui faut l-aspersion du troisième et du septième jour ! Car Rabbi Dostai bar Matoun a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le détournement d-attention exige l-aspersion du troisième et du septième jour.

🗂️ Tossefot (1)
הֶיסַּח הַדַּעַת שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי בָּעֵי טְמֵא שֶׁרֶץ וּנְבֵילָה וְכָל הָנָךְ דְּלָא מַצְרְכִינַן לְהוּ הַזָּאַת שְׁלִישִׁי וּשְׁבִיעִי צ"ל כְּגוֹן דְּלָא אַסְּחוּ דַּעְתַּיְיהוּ:
L-impur par un sheretz, par une nevela, et tous ceux à qui nous n-imposons pas l-aspersion du troisième et du septième jour : il faut dire qu-il s-agit de cas où ils n-ont pas détourné leur attention.
💡 Explication

Même mécanique de réfutation que précédemment, un cran plus haut sur l-échelle. Si l-on suppose un hésah ha-daat, alors le soupçon porte sur une touma de met - le contact avec un mort -, et celle-ci ne se lave pas par une immersion. Elle exige la hazaa, l-aspersion des cendres de la para adouma, au troisième et au septième jour.

Autrement dit : la solution proposée est soit trop faible, soit trop forte, mais jamais juste. La tevila de la lichka ne peut pas être la réponse à un hésah ha-daat.

Tossefot tire de ce passage une règle générale : chaque fois que la Guemara se contente d-une immersion pour un impur de sheretz ou de nevela, il faut comprendre qu-il n-y a pas eu de hésah ha-daat.

9
אֶלָּא אִידֵּי וְאִידֵּי דְּלָא אַסַּח דַּעְתֵּיהּ, וְלָא קַשְׁיָא: הָא דִּטְבֵיל עַל דַּעַת בִּיאַת מִקְדָּשׁ, הָא דְּלָא טְבֵיל עַל דַּעַת בִּיאַת מִקְדָּשׁ. וְאִי בָּעֵית אֵימָא תָּנֵי: לֹא מְצֹורָעִין אָמְרוּ, אֶלָּא כָּל אָדָם.

Plutôt : dans les deux cas il n-a pas détourné son attention, et ce n-est pas une difficulté - ici il s-est immergé dans l-intention d-entrer au Temple, là il ne s-est pas immergé dans cette intention. Et si tu veux, dis plutôt : enseigne [ainsi la baraita] : ce n-est pas des metsoraim qu-ils ont parlé, mais de tout homme.

💡 Explication

La réponse qui tient déplace la distinction du corps vers l-intention. Les deux hommes ont trempé, aucun n-a relâché son attention ; mais l-un s-est immergé al daat biat mikdach - en visant l-entrée au Temple - et l-autre non. Une même immersion, selon la ma'hchava qui l-accompagne, vaut ou ne vaut pas pour l-entrée dans le lieu saint.

Ce mouvement est caractéristique : lorsque toutes les distinctions objectives ont échoué, la Guemara qualifie l-acte par la pensée de celui qui l-accomplit.

Vient enfin une seconde issue, plus radicale : ivaït eima tani - corrige la lecture. Retire le mot bilvad (seuls) : Rabbi Yehouda ne dit plus pas les metsoraim seuls, mais pas les metsoraim du tout, seulement tout homme. Il ne concède alors rien : le metsora n-a jamais besoin de cette immersion, et les deux baraitot se rejoignent.

🖼️ Schéma
Quatre façons de réconcilier les deux Rabbi Yehouda Baraita A le dispense de tevila ; baraita B suppose qu-il en fait une. Comment tenir les deux ? 1. A trempé / n-a pas trempé la veille Baraita A : il a trempé hier soir, donc rien à faire. Baraita B : il n-a pas trempé, d-où la lichka. REJETÉ : sans trempage il faudrait aussi le heerev chemech. 2. Hésah ha-daat / pas de hésah Les deux ont trempé, mais l-un a laissé son attention se relâcher sur la garde de son corps. REJETÉ : le hésah exige la hazaa du 3e et du 7e jour. 3. Al daat biat mikdach ou non Ni l-un ni l-autre n-a eu de hésah ha-daat. Mais A s-est immergé en visant l-entrée au Temple ; TENU : c-est la ma'hchava qui qualifie la tevila. 4. Corriger le texte (ivaït eima tani) Lire : lo metsoraim amrou ela kol adam, sans le mot bilvad (seuls). TENU : alors Rabbi Yehouda ne concède rien. 5. La voie de Ravina - ne pas corriger, mais lire un argument ad hominem Rabbi Yehouda parle le-divrehem de-rabbanan : selon MOI le metsora n-a pas besoin de tevila ; mais selon VOUS, accordez-moi au moins que ce n-est pas des metsoraim seuls qu-on a parlé. Réponse des Rabbanan : le metsora est dayich be-touma - lui seul reste suspect.
Les tirouts successifs et leur sort : deux rejetés, deux tenus, plus la lecture de Ravina.
10
רָבִינָא אָמַר: רַבִּי יְהוּדָה לְדִבְרֵיהֶם דְּרַבָּנַן קָאָמַר לְהוּ: לְדִידִי — מְצֹורָע אֵין צָרִיךְ טְבִילָה, לְדִידְכוּ — אוֹדוֹ לִי אִיזִי מִיהַת דְּלֹא מְצֹורָעִין בִּלְבַד אָמְרוּ, אֶלָּא כָּל אָדָם. וְרַבָּנָן: מְצֹורָע דָּיֵישׁ בְּטֻומְאָה, כָּל אָדָם לָא דָּיְישִׁי בְּטֻומְאָה.

Ravina dit : Rabbi Yehouda leur parle selon leur propre position, celle des Sages. Selon moi, le metsora n-a pas besoin d-immersion ; mais selon vous - accordez-moi au moins ceci, s-il vous plaît (izi) : ce n-est pas des metsoraim seuls qu-ils ont parlé, mais de tout homme.

Et les Sages ? Le metsora est rompu à l-impureté (dayich be-touma), alors que tout homme n-y est pas rompu.

📜 Rachi (2)
לְדִידִי מְצֹורָע אֵין צָרִיךְ טְבִילָה שֶׁכְּבָר טָבַל:
Puisqu-il s-est déjà immergé.
דָּייֵשׁ בְּטֻומְאָה אוֹתָהּ טֻומְאָה וְהֻורְגַּל עַד עַכְשָׁיו לִיגַע בְּטֻומְאָה לְפִיכָךְ הוּא בַּחֲשַׁשׁ טֻומְאוֹת שֶׁמָּא אַחַר טְבִילָה נָגַע:
À cette impureté-là : il a pris l-habitude, jusqu-à maintenant, de toucher de l-impur ; c-est pourquoi il reste sous soupçon d-impuretés - peut-être a-t-il touche après son immersion.
💡 Explication

Ravina propose une troisième voie : ne pas corriger le texte, mais changer le registre de la phrase. Rabbi Yehouda ne parle pas ici en son nom - il argumente le-divrehem de-rabbanan, c-est-à-dire de l-intérieur de la position adverse. Sa phrase se lit : moi je vous dispenserais même le metsora ; mais vous, qui l-obligez, accordez-moi au moins que la chambre n-était pas réservée aux seuls metsoraim.

Le mot araméen izi marque ce ton d-insistance presque familier - accordez-le-moi donc.

Restait à comprendre la position des Sages eux-mêmes : pourquoi imposer au metsora une immersion dont ils dispensent le commun ? Réponse : dayich be-touma. Rachi l-explique : habitué depuis des semaines à vivre dans l-impureté, le metsora a perdu le réflexe de s-en garder - il est donc suspect d-avoir touché quelque chose après son bain de la veille.

11
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: נֵימָא רַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה — כְּבֶן זוֹמָא סְבִירָא לְהוּ, וְהַאי דְּקָתָנֵי מְצֹורָע, לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דְּרַבִּי יְהוּדָה. אוֹ דִּילְמָא, שָׁאנֵי מְצֹורָע דְּדָיֵישׁ בְּטֻומְאָה. אֲמַר לֵיהּ: שָׁאנֵי מְצֹורָע דְּדָיֵישׁ בְּטֻומְאָה.

Abaye dit à Rav Yossef : dirons-nous que les Sages qui contredisent Rabbi Yehouda tiennent comme Ben Zoma, et que si [la baraita] enseigne le cas du metsora, c-est pour te faire connaître la force de Rabbi Yehouda ? Ou bien peut-être le metsora est-il différent, parce qu-il est rompu à l-impureté ?

Il lui répondit : le metsora est différent, parce qu-il est rompu à l-impureté.

📜 Rachi (1)
נֵימָא רַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דר"י בְּמָתְנֵי' קַמַּייְתָא דְּקָתָנֵי מְצֹורָע טוֹבֵל וְעוֹמֵד וְכוּ' כְּבֶן זוֹמָא סְבִירָא לְהוּ דְּאָמַר דְּאוֹרָיְיתָא הִיא לְכָל אָדָם הִילְכָּךְ לָא שְׁנָא טָבַל מִבְּעֶרֶב ול"ש לֹא טָבַל וְלָאו הַייְנוּ רַבָּנָן דְּמַתְנִי' דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ בַּמִּשְׁנָה דְּמִדּוֹת אוֹ דִּילְמָא חֲדָא תַּנָּא הִיא וְשָׁאנֵי מְצֹורָע דְּדָיֵישׁ בְּטֻומְאָה:
Dans la première baraita, où il est enseigné que le metsora s-immerge et se tient, etc. : tiennent-ils comme Ben Zoma, qui dit que [l-immersion] est de-oraita pour tout homme - auquel cas peu importe qu-il ait trempé la veille ou non, et ce ne seraient pas les mêmes Rabbanan que ceux de la michna qui le contredisent dans la michna de Middot ? Ou bien s-agit-il d-un seul et même tana, et le metsora est différent parce qu-il est rompu à l-impureté ?
🗂️ Tossefot (2)
נֵימָא רַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דר"י כְּבֶן זוֹמָא ס"ל פרש"י וְנֵימָא דְּהָנֵי רַבָּנָן לָאו הַייְנוּ רַבָּנָן דִּפְלִיגִי עָלֶיהָ בְּמִדּוֹת וְתֵימַהּ לִי א"כ מַאי מְסַפְּקָא לֵיהּ לְאַבַּיֵּי דִּפְשִׁיטָא דְּלֵית לָן לְמֵימַר דִּפְלִיגִי אַרַבָּנָן דְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת דְּאִם כֵּן קָשֶׁה דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן דִּבְכַמָּה דֻּוכְתֵי פָּרֵיךְ הָכִי דר"י אדר"י קַשְׁיָא דְּרַבָּנָן אַדְּרַבָּנָן ל"ק וּמְשַׁנֵּי וְכוּ' וְלָא מִשְׁתְּמִיט לְשַׁנּוֹיֵי בְּשׁוּם דֻּוכְתָּא תְּרֵי רַבָּנָן נִינְהוּ אֶלָּא צ"ל דַּאֲפִילּוּ אִי ס"ל כְּבֶן זוֹמָא לָא פְלִיגִי אַרַבָּנָן דר"י דְּמַסֶּכֶת מִדּוֹת דְּאִיכָּא לְמֵימַר נָמֵי הָתָם הוּא הַדִּין שְׁאָר כָּל אָדָם וְהָא דִּנְקַט מְצֹורָעִין מִשּׁוּם דְּעִיקַּר הַלִּשְׁכָּה נִתְקְנָה בִּשְׁבִיל כָּךְ שֶׁיֵּשׁ בָּהֶן צֹורֶךְ לִטְבֹּול וּלְהַכְנִיס יְדֵיהֶם לְאַלְתַּר לַבְּהוֹנוֹת א"נ נְקַט מְצֹורָע לְהוֹדִיעֲךָ כֹּחוֹ דר"י דִּפְלִיג וְאָמַר לֹא מְצֹורָע אָמְרוּ אֶלָּא שְׁאָר כָּל אָדָם דַּוְקָא א"נ דַּוְקָא נֵימָא דִּבְהָא פְּלִיגִי דְּת"ק סָבַר דְּלִשְׁאָר כָּל אָדָם הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה הָיָה בְּמָקוֹם אַחֵר ור"י סָבַר דְּלָא מְצֹורָעִים בִּלְבַד טוֹבְלִין שָׁם בַּלִּשְׁכָּה אֶלָּא אַף כָּל אָדָם הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה א"נ אִיכָּא לְמֵימַר כֻּולָּהּ ר"י הִיא וּמִשּׁוּם דְּקָאָמַר מֵעִיקָּרָא שֶׁהַלִּשְׁכָּה נִקְרֵאת לִשְׁכַּת מְצֹורָעִים לְפִי שֶׁנִּיתְקְנָה תְּחִילָּה לִטְבִילַת מְצֹורָעִים הֻוצְרַךְ לַחֲזֹור וּלְפָרֵשׁ לֹא מְצֹורָע בִּלְבַד טָעוּן טְבִילָה אֶלָּא אַף שְׁאָר כָּל אָדָם:
Rachi a expliqué : disons que ces Rabbanan ne sont pas ceux qui le contredisent dans Middot. Cela m-étonne : s-il en est ainsi, sur quoi porte le doute d-Abaye ? Il est évident qu-il ne faut pas dire qu-ils contredisent les Rabbanan du traité Middot, car il en résulterait une difficulté de Rabbanan contre Rabbanan ; or en bien des endroits la Guemara objecte ainsi - Rabbi Yehouda contre Rabbi Yehouda fait difficulté, Rabbanan contre Rabbanan ne fait pas difficulté, et elle répond etc. -, et jamais elle ne s-esquive en répondant qu-il y aurait deux groupes de Rabbanan. Il faut donc dire que même s-ils tenaient comme Ben Zoma, ils ne contrediraient pas les Rabbanan opposés à Rabbi Yehouda dans Middot ; car on peut dire aussi là-bas qu-il en va de même pour tout autre homme, et que si l-on a mentionné les metsoraim c-est parce que la chambre fut instituée principalement pour eux, ayant besoin de tremper puis de présenter aussitôt leurs mains pour les behonot. Autre réponse : on a mentionné le metsora pour te faire connaître la force de Rabbi Yehouda, qui conteste et dit : ce n-est pas des metsoraim qu-ils ont parlé, mais précisément de tout autre homme. Autre réponse : disons que c-est précisément là-dessus qu-ils divergent - le tana kama tient que pour les autres hommes entrant dans la azara [l-immersion] se faisait ailleurs, et Rabbi Yehouda tient que non seulement les metsoraim y trempent dans cette chambre, mais aussi tout homme entrant dans la azara. Autre réponse encore : on peut dire que toute la baraita est de Rabbi Yehouda, et puisqu-il a dit d-abord que la chambre s-appelle chambre des metsoraim parce qu-elle fut instituée au départ pour l-immersion des metsoraim, il lui a fallu revenir préciser : ce n-est pas le metsora seul qui requiert l-immersion, mais tout autre homme également.
כְּבֶן זוֹמָא סְבִירָא לְהוּ הוּא הַדִּין דכר"י נָמֵי סְבִירָא לְהוּ דְּעַד כָּאן לָא פְלִיגִי בֶּן זוֹמָא ור"י אֶלָּא אִי דְּאוֹרָיְיתָא אִי דְּרַבָּנַן אֲבָל תַּרְוַייְהוּ מוֹדוּ דְּטָהוֹר הַנִּכְנָס לָעֲזָרָה בָּעֵי טְבִילָה אֶלָּא נְקַט בֶּן זוֹמָא מִשּׁוּם דְּעִיקַּר הַשְּׁאֵלָה נִשְׁאֲלָה מִמֶּנּוּ וּמֵשִׁיב דְּבָעֵי טְבִילָה:
Il en irait de même s-ils tenaient comme Rabbi Yehouda, car Ben Zoma et Rabbi Yehouda ne divergent que sur ceci : est-ce de-oraita ou de-rabbanan ? Mais tous deux s-accordent qu-un homme pur entrant dans la azara requiert une immersion. Si l-on a cité Ben Zoma, c-est parce que la question lui fut posée en premier et qu-il répond qu-une immersion est requise.
💡 Explication

Abaye pousse la question un cran plus loin. Les Sages de la baraita du metsora - ceux qui lui imposent une seconde immersion - de quel bord sont-ils ? Deux lectures.

Première : ils suivent Ben Zoma. La tevila étant alors de-oraita pour tout entrant, avoir trempé la veille ne dispense de rien. Et si la baraita choisit l-exemple du metsora, ce n-est pas par nécessité mais par rhétorique - le-hodiakha koho de-Rabbi Yehouda, pour montrer jusqu-où va l-audace de Rabbi Yehouda, qui dispense même celui-là.

Seconde : rien de doctrinal ; le metsora est simplement un cas spécial, dayich be-touma. Rav Yossef tranche pour celle-ci. Tossefot explique l-enjeu de fond : on répugne à postuler deux groupes distincts de Rabbanan, car la Guemara ne se tire jamais d-affaire en disant que des Sages anonymes sont deux écoles différentes.

🖼️ Schéma
La question d-Abaye : combien de groupes de Rabbanan ? Les Sages de la baraita du metsora sont-ils ceux de la michna de Middot, ou un autre groupe ? Abaye à Rav Yossef Pourquoi les Rabbanan imposent-ils la tevila au metsora ? HYPOTHÈSE A - ils tiennent comme Ben Zoma La tevila est de-oraita pour tout entrant : avoir trempé hier soir ne change rien. Si la baraita parle du metsora, c-est seulement pour montrer la force de Rabbi Yehouda (le-hodiakha koho de-Rabbi Yehouda). HYPOTHÈSE B - le metsora est un cas à part Sur le fond, les Rabbanan pourraient même suivre Rabbi Yehouda. Mais le metsora est dayich be-touma : rompu à l-impureté, il reste suspect d-avoir touché après son immersion. RAV YOSSEF TRANCHE : hypothèse B Chani metsora de-dayich be-touma. Enjeu de fond (Tossefot) On évite de multiplier les groupes de Rabbanan.
Les deux lectures possibles des Rabbanan, et la tranche de Rav Yossef.
12
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף (לְרַבִּי יְהוּדָה דְּאָמַר: סֶרֶךְ) טְבִילָה (הִיא) זוֹ,

Abaye dit à Rav Yossef : (selon Rabbi Yehouda qui a dit que) cette immersion (est) un serakh [une simple traîne, un rappel],

💡 Explication

Le daf s-interrompt au milieu d-une phrase. Abaye engage une nouvelle question, cette fois sur la position de Rabbi Yehouda prise pour elle-même : puisque cette immersion n-est qu-un serakh tevila - un simple rappel accroché à l-usage, non une obligation propre -, quelles en sont les conséquences ?

Les mots entre parenthèses signalent une variante de manuscrit. La suite - notamment la question de savoir si un tel bain peut se faire en dehors du lieu saint, ou de nuit - ouvre le feuillet 31a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).