Yoma 31a - Le périmètre de la tevila : hatsitsa, entrée partielle, couteau long ; et les cinq immersions du kohen gadol

Yoma 31a

Sougya : Le feuillet achève la série de questions ouvertes sur la tevila de celui qui entre dans la azara. Première question : cette immersion, si elle n-est qu-un serakh tevila, connaît-elle la règle de la hatsitsa ?

Rav Yossef tranche par un principe général - kol de-tikoun rabbanan ke-ein de-oraita tikoun : tout ce que les Sages instituent, ils le calquent sur le modèle de la Torah. Deuxième question, posée par Abaye : une biah be-miktsat, une entrée partielle, compte-t-elle comme entrée ?

Rav Yossef répond par les pouces du metsora, qui franchissent seuls le seuil à chaar Nicanor alors qu-il a dû s-immerger. Troisième question, non tranchée : celui qui fabrique un couteau long et abat en restant tout entier dehors échappe-t-il à la tevila ?

Elle se dédouble selon Ben Zoma - craint-on qu-il ne se laisse entraîner à l-intérieur ? - et selon les rabbanan - le fait d-officier suffit-il ? Teikou.

Le feuillet passe ensuite à la michna des cinq immersions et dix sanctifications du kohen gadol, dont la première seule a lieu en lieu profane, sur chaar ha-mayim ; Abaye en tire une donnée de topographie : Ein Eitam surplombe le sol de la azara de vingt-trois coudées, puisque l-eau ne saurait monter plus haut que sa source.

Yoma 31a : jusqu-où va l-obligation de tevila avant d-entrer dans la azara ? Trois questions de plus en plus serrées, puis la michna des cinq immersions du kohen gadol. Q1 - La hatsitsa (interposition) invalide-t-elle cette tevila ? Si elle n-est qu-un rappel (serakh tevila), peut-être n-a-t-elle pas les règles d-une vraie tevila. TRANCHÉE - Rav Yossef : kol de-tikoun rabbanan ke-ein de-oraita tikoun. Elle chotséts. Q2 - Une entrée partielle (biah be-miktsat) est-elle une entrée ? Abaye à Rav Yossef : un seul membre passe la ligne - faut-il s-immerger ? TRANCHÉE - les behonot du metsora le prouvent : il trempe pour se tenir à chaar Nicanor. Q3 - Et un couteau long, en restant tout entier dehors ? Il ne pose même pas un doigt dans la azara : la tevila tombe-t-elle ? Double question : selon Ben Zoma (sévère) - craint-on qu-il se laisse entraîner dedans (atei le-imchoukheï) ? selon les rabbanan (indulgents) - le fait d-officier change-t-il quelque chose ? TEIKOU Nouvelle michna - cinq tevilot, dix kidouchin Toutes en lieu saint (Beit ha-Parva) sauf la première, en hol, au-dessus de chaar ha-mayim. Abaye en déduit une donnée de géographie : Ein Eitam surplombe la azara de 23 amot. 20 amot de hauteur de porte + 3 amot de bassin = 23. L-eau ne monte pas plus haut que sa source.
Le plan du feuillet : trois questions sur le périmètre de la tevila, un teikou, puis la michna des cinq immersions.
Où passe exactement la ligne qui déclenche la tevila ? Trois situations, du corps entier dedans au corps entier dehors. AZARA (kodech) HORS DE LA AZARA (hol) la ligne du seuil 1. Corps entier dedans Cas de base du daf précédent. Tevila requise (de-oraita pour Ben Zoma, de-rabbanan pour R. Yehouda). 2. Biah be-miktsat - une main passe Preuve : le metsora tend ses pouces à chaar Nicanor - et il trempe d-abord. = ביאה : tevila requise 3. Sakin arukha - couteau long Rien de son corps ne franchit le seuil ; seule la lame entre. TEIKOU Rachi : la chehita reste kachère de toute façon (Zevahim 32b) ; seul le devoir de tevila est en jeu.
Corps entier dedans, un membre dedans, rien dedans : où la tevila devient-elle obligatoire ?
Le calcul d-Abaye : Ein Eitam est 23 amot au-dessus du sol de la azara L-eau ne monte jamais plus haut que sa source - donc la source domine le bassin le plus élevé. sol de la azara (niveau 0) chaar ha-mayim porte du Temple 20 amot hauteur de toute porte mikve du KG 3 amot (rom) 1 x 1 x 3 = 40 sea amat ha-mayim - le canal amène l-eau par simple gravité EIN EITAM au moins 23 amot Le raisonnement en trois pas 1. La 1re tevila est sur le toit de chaar ha-mayim. 2. Toute porte du Temple fait 20 amot de haut (Midot). 3. Un mikve valide fait 1 x 1 x 3 amot = 40 sea. 20 + 3 = 23 amot ; la source doit dominer ce niveau.
20 amot de porte + 3 amot de bassin : comment Abaye mesure l-altitude de Ein Eitam.
1
חוֹצֵץ, אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ? אֲמַר לֵיהּ: כָּל דְּתַקּוּן רַבָּנָן — כְּעֵין דְּאוֹרָיְיתָא תַּקּוּן.

[Une interposition] fait-elle hatsitsa (barrage), ou ne fait-elle pas hatsitsa ? Il lui dit : tout ce que les Sages ont institué, ils l-ont institué à l-image de ce qui est de-oraita.

📜 Rachi (1)
חוֹצֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ לְר' יְהוּדָה דְּאָמַר מִפְּנֵי סֶרֶךְ טְבִילָה בְּעָלְמָא הִיא פָּסְלָה בָּהּ חֲצִיצָה כִּשְׁאָר טְבִילוֹת אוֹ דִּילְמָא כֵּיוָן דְּאֵינָהּ בָּאָה אֶלָּא לְהַזְכִּירוֹ עַל הַטֻּומְאָה יְשָׁנָה וְלֹא לְטַהֵר בָּהּ הִיא בָּאָה לָא פָּסְלָה בָּהּ חֲצִיצָה:
Selon Rabbi Yehouda, qui dit qu-elle n-est qu-un simple serakh tevila : la hatsitsa l-invalide-t-elle comme les autres immersions ? Ou bien, puisqu-elle ne vient que pour lui rappeler une impureté ancienne, et non pour le purifier, la hatsitsa ne l-invalide-t-elle pas ?
🗂️ Tossefot (1)
חוֹצֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ פרש"י דלר"י קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ וְקָשֶׁה לִי דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּהֶדְיָא לר"י אֶלָּא נִרְאֶה דְּבֵין לָבָן זוֹמָא בֵּין לר"י וּבִטְבִילָה שֶׁהוּא טוֹבֵל כְּשֶׁאֵינוֹ בָּא לַעֲבֹוד אֶלָּא לִיכָּנֵס בִּיאָה רֵיקָנִית דִּבְהָא מוֹדֶה בֶּן זוֹמָא דְּלָא הָוְיָא אֶלָּא דְּרַבָּנָן שֶׁמָּא יַעֲבֹוד כִּדְפֵי' לְעֵיל וְהָא דְּקָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ הָכָא חוֹצֵץ אוֹ אֵינוֹ חוֹצֵץ טְפֵי מִבְּכָל טְבִילוֹת דְּרַבָּנָן כְּגוֹן י"ח דָּבָר וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן יֵשׁ לוֹמַר מִשּׁוּם דְּהָא טְבִילָה מַעֲלָה יַתִּירָא הִיא שֶׁהֲרֵי טָהוֹר גָּמוּר הוּא וְאֵין כָּאן צַד חֲשַׁשׁ טֻומְאָה אֶלָּא מַעֲלָה בְּעָלְמָא וְחֻומְרָא יַתִּירָא הִיא וּלְהָכִי מִיבַּעְיָא לֵיהּ דִּילְמָא אֵינוֹ חוֹצֵץ:
Rachi a expliqué que la question se pose selon Rabbi Yehouda. Cela me fait difficulté : s-il en était ainsi, la Guemara aurait dû dire explicitement 'selon Rabbi Yehouda'. Il semble plutôt que la question vaut aussi bien pour Ben Zoma que pour Rabbi Yehouda, et qu-elle porte sur l-immersion de celui qui ne vient pas officier mais seulement entrer d-une entrée à vide (biah rekanit) - car en ce cas Ben Zoma lui-même reconnaît que l-obligation n-est que de-rabbanan, de peur qu-il n-en vienne à officier, comme nous l-avons expliqué plus haut. Et si l-on demande pourquoi la question de la hatsitsa se pose ici plus que pour toutes les autres immersions de-rabbanan - celles des dix-huit décrets et leurs semblables -, on peut répondre que cette immersion-ci est une maala yetera (une exigence supplémentaire) : l-homme est parfaitement pur, il n-y a ici aucun soupçon d-impureté, seulement une maala et une sévérité additionnelle ; c-est pourquoi on pouvait supposer que la hatsitsa ne l-invalide pas.
💡 Explication

La question vient de loin. Celui qui entre dans la azara doit s-immerger - mais pourquoi ? Si, comme le tient Rabbi Yehouda, ce n-est qu-un serakh tevila, une immersion pour la forme, destinée à lui rappeler une impureté ancienne qu-il aurait oubliée, alors cette tevila ne purifie rien : elle avertit. D-où la question : les règles techniques d-une vraie immersion s-y appliquent-elles ? Notamment la hatsitsa - une interposition entre l-eau et le corps (un pansement, de la boue sous un ongle) qui invalide l-immersion.

Rav Yossef répond par un principe qui dépasse largement notre cas : kol de-tikoun rabbanan ke-ein de-oraita tikoun. Quand les Sages instituent une mesure, ils la moulent sur le modèle de la Torah, avec ses détails. Une immersion rabbinique reste une immersion : la hatsitsa l-invalide.

Tossefot corrige la lecture de Rachi : la question ne vise pas seulement Rabbi Yehouda. Même Ben Zoma reconnaît que l-immersion de celui qui entre sans officier - une biah rekanit, une entrée à vide - n-est que de-rabbanan. Et si l-on s-interroge sur la hatsitsa ici plus qu-ailleurs, c-est que cette immersion est une maala yetera : l-homme est déjà parfaitement pur, il n-y a pas l-ombre d-une impureté - rien qu-une exigence de dignité.

2
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַב יוֹסֵף: בִּיאָה בְּמִקְצָת, שְׁמָהּ בִּיאָה אוֹ לָא? אֲמַר לֵיהּ: בְּהוֹנוֹת יוֹכִיחוּ, שֶׁהֵן בִּיאָה בְּמִקְצָת, וְתַנְיָא: מְצֹורָע טוֹבֵל וְעוֹמֵד בְּשַׁעַר נִיקָנוֹר. אִיבַּעְיָא לְהוּ: מַהוּ שֶׁיַּעֲשֶׂה סַכִּין אֲרֻוכָּה וְיִשְׁחֹוט?

Abaye dit à Rav Yossef : une entrée partielle (biah be-miktsat) est-elle appelée entrée, ou non ? Il lui dit : les pouces le prouvent, car ils constituent une entrée partielle, et on a enseigné : le metsora s-immerge et se tient à la porte de Nicanor.

On leur a demandé : peut-on fabriquer un couteau long et abattre [en restant dehors] ?

📜 Rachi (2)
שְׁמָהּ בִּיאָה לְעִנְיַן טְבִילָה זוֹ וְצָרִיךְ לִטְבֹּול אִם בָּא לְהַכְנִיס אֶחָד מֵאֵיבָרָיו לָעֲזָרָה:
Au regard de cette immersion : doit-il s-immerger s-il vient à introduire un seul de ses membres dans la azara ?
מַהוּ שֶׁיַּעֲשֶׂה סַכִּין אֲרֻוכָּה לִפְטוֹר עַצְמוֹ מִן הַטְּבִילָה וְיַעֲמוֹד חוּץ לָעֲזָרָה וְיוֹשִׁיט יָדוֹ לִפְנִים וְיִשְׁחֹוט מִי מִיפְטָר בְּהָכִי מִן הַטְּבִילָה אוֹ דִּילְמָא בָּעֵי טְבִילָה וּלְעִנְיַן הֶכְשֵׁירָהּ דְּקָרְבָּן לָא קָא מִיבַּעְיָא לֵיהּ דְּאַף עַל גַּב דְּעָמַד מִבַּחוּץ וְשָׁחַט כְּשֵׁירָה דְּתַנְיָא בִּזְבָחִים (דַּף לב:) בֶּן הַבָּקָר לִפְנֵי ה' וְלֹא שׁוֹחֵט לִפְנֵי ה':
Pour se dispenser lui-même de l-immersion : il se tiendrait hors de la azara, tendrait la main à l-intérieur et abattrait. Est-il ainsi dispensé de la tevila, ou bien lui faut-il malgré tout s-immerger ? Quant à la validité du korban, la question ne se pose pas : même s-il s-est tenu dehors et a abattu, [le sacrifice] est kacher, car on a enseigné dans Zevahim (32b) : 'le jeune taureau devant Hachem' - et non 'celui qui abat devant Hachem'.
🗂️ Tossefot (1)
וְתַנְיָא מְצֹורָע טוֹבֵל וְעוֹמֵד בְּשַׁעַר נִיקָנוֹר לפרש"י שֶׁפֵּירֵשׁ דִּלְרַבִּי יְהוּדָה מִיבַּעְיָא לֵיהּ מַאי קָא פְּשִׁיט מֵהָכָא הָא הַהִיא לָאו ר"י דְּר' יְהוּדָה פְּלִיג עֲלָהּ לְעֵיל י"ל אעפ"כ פְּשִׁיט שַׁפִּיר דְּמִדְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי דַּעֲבִיד מַעֲלָה אֲפִילּוּ בִּשְׁבִיל בִּיאַת מִקְצָת ה"נ לר"י בִּטְבִילַת כָּל אָדָם דְּהָוְיָא דְּרַבָּנָן צָרִיךְ לִטְבֹּול אֲפִילּוּ לְבִיאַת מִקְצָת:
Selon l-explication de Rachi, pour qui la question se pose selon Rabbi Yehouda, que résout-on a partir d-ici ? Cette baraita n-est pas de Rabbi Yehouda, puisque Rabbi Yehouda la contredit plus haut ! On peut répondre que la résolution vaut malgré tout : puisque les Sages, qui disent qu-on institué une maala même pour une entrée partielle, [raisonnent ainsi,] de même selon Rabbi Yehouda, pour l-immersion de tout homme, qui est de-rabbanan, il faut s-immerger même pour une entrée partielle.
💡 Explication

Abaye déplace la question du pourquoi vers le où. L-obligation de s-immerger naît de l-entrée dans la azara - mais qu-est-ce qu-entrer ? Faut-il y être tout entier, ou suffit-il qu-un membre franchisse la ligne ? C-est la notion de biah be-miktsat.

Rav Yossef tranche par un cas connu. Le metsora, au huitième jour de sa purification, doit recevoir le sang et l-huile sur le pouce de la main et le pouce du pied (les behonot). Étant encore mehousar kipourim, il ne peut entrer dans la azara : il se tient donc à la porte de Nicanor et y tend seulement ses pouces. Or la baraita précise qu-il s-immerge avant. Preuve qu-une entrée partielle appelle déjà la tevila.

La Guemara pousse alors le raisonnement à sa limite : et si le corps ne franchit rien du tout ? Un homme fabrique un couteau démesuré, se tient hors de la azara et abat la bête à l-intérieur. Rachi prévient d-emblée un contresens : la validité du sacrifice n-est pas en cause - Zevahim 32b enseigne que le verset exige que l-animal soit devant Hachem, non le chohet. Seule la dispense de tevila est en question.

🖼️ Schéma
La preuve par les pouces du metsora à chaar Nicanor AZARA EZRAT NACHIM - il reste dehors chaar Nicanor bohen yad - le pouce entre le kohen y met le sang et l-huile Il a dû s-immerger AVANT de venir ici alors que son corps ne franchit jamais le seuil. Donc : biah be-miktsat chema biah - une entrée partielle est une entrée
Le metsora ne passe que ses pouces - et il trempe malgré tout : la preuve de Rav Yossef.
3
תִּיבְּעֵי לְבֶן זוֹמָא, תִּיבְּעֵי לְרַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה. תָּבְעִי לְבֶן זוֹמָא: עַד כָּאן לָא מְחַיֵּיב בֶּן זוֹמָא אֶלָּא לְגַוַּאי, אֲבָל לְבָרַאי — לֹא. אוֹ דִּילְמָא, אָתֵי לְאִימְּשׁוֹכֵי.

Que la question se pose selon Ben Zoma, et qu-elle se pose selon les Sages qui divergent de Rabbi Yehouda. Qu-elle se pose selon Ben Zoma : jusqu-ici Ben Zoma n-oblige que pour l-intérieur, mais pour l-extérieur, non ?

Ou bien peut-être [oblige-t-il aussi], de crainte qu-il ne vienne à se laisser entraîner [à l-intérieur].

📜 Rachi (3)
תִּיבְּעֵי לְבֶן זוֹמָא דְּמַחְמִיר בָּהּ:
Qui est sévère en cette matière.
תִּיבְּעֵי לְרַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דר"י וְאָמְרוּ כָּל אָדָם לָא בָּעוּ טְבִילָה:
Et qui disent que tout homme n-a pas besoin de s-immerger.
לְגַוַּאי הַנִּכְנָס לָהּ:
Celui qui entre à l-intérieur [de la azara].
🗂️ Tossefot (1)
אוֹ דִילְמָא אָתֵי לְאִימְּשׁוֹכֵי הָא דְּאָמַר ר"פ הַכֹּל שׁוֹחֲטִין (חֻולִּין דַּף ב: וְשָׁם) ור"פ כָּל הַפְּסוּלִים (זְבָחִים דַּף לב.) דִּטְמֵאִין בְּמֻוקְדָּשִׁין לְכַתְּחִילָּה לֹא יִשְׁחֲטוּ בְּסַכִּין אֲרֻוכָּה שֶׁמָּא יִגְּעוּ בַּבָּשָׂר וְלָא קָאָמַר טַעְמָא דִּילְמָא אָתֵי לְאִימְּשׁוֹכֵי ואע"ג דְּהָכָא מְסַפְּקִי' לֵיהּ אִי גָּזְרִינַן דִּילְמָא אָתֵי לְאִימְּשׁוֹכֵי אוֹ לָא הָנֵי מִילֵּי בְּטָהוֹר אֲבָל בְּטָמֵא דְּאִיכָּא כָּרֵת אִיכָּא לְמֵיחַשׁ טְפֵי וי"ל אַדְּרַבָּה הִיא הַנּוֹתֶנֶת הָתָם כֵּיוָן דְּטָמֵא הוּא זָהִיר טְפֵי וְלָא עָיֵיל אֲבָל טָהוֹר אִיכָּא לְמֵיחַשׁ טְפֵי דִּילְמָא אָתֵי לְאִימְּשׁוֹכֵי:
Ce qui est dit au premier chapitre de Houlin (2b) et au chapitre Kol ha-pessoulim (Zevahim 32a) - que les impurs, pour les bêtes consacrées, ne doivent pas abattre a priori avec un couteau long, de peur qu-ils ne touchent la chair - et l-on n-y donne pas pour raison qu-il pourrait se laisser entraîner à l-intérieur. Et bien qu-ici la Guemara doute si l-on décrète par crainte qu-il ne se laisse entraîner ou non, cela ne vaudrait que pour un homme pur ; mais pour un impur, où il y a karet, il y aurait lieu de craindre davantage ! On peut répondre : au contraire, c-est précisément ce qui fait la différence - là-bas, puisqu-il est impur, il est plus vigilant et n-entrera pas ; mais pour un homme pur il y a davantage lieu de craindre qu-il ne se laisse entraîner.
💡 Explication

La Guemara annonce que la question du couteau long est double : elle se pose du côté sévère comme du côté indulgent, et pour des raisons opposées.

Du côté de Ben Zoma, qui tient l-immersion pour de-oraita : son obligation est-elle attachée au fait d-être le-gavai, à l-intérieur ? Alors celui qui reste le-barai, dehors, en est quitte. Ou bien Ben Zoma craindra-t-il le glissement - atei le-imchoukhei : l-homme, absorbé par son geste, finira par avancer d-un pas et se retrouver dedans sans s-être immergé.

Tossefot repère une tension : ailleurs (Houlin 2b, Zevahim 32a), quand la Guemara interdit aux impurs d-abattre avec un couteau long, elle invoque la crainte qu-ils touchent la chair - jamais celle du glissement. Réponse : c-est justement l-inverse de ce qu-on attendrait. L-impur, qui risque le karet, est plus vigilant et n-entrera pas ; c-est le pur, sans rien à craindre, dont on redoute qu-il se laisse entraîner.

4
תִּיבְּעֵי לְרַבָּנַן דִּפְלִיגִי עֲלֵיהּ דְּרַבִּי יְהוּדָה. עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָתָם, דְּלָא קָא עָבֵיד עֲבוֹדָה, אֲבָל הָכָא דְּקָא עָבֵיד עֲבוֹדָה — לֹא. אוֹ דִּילְמָא לָא שְׁנָא. תֵּיקוּ.

Que la question se pose selon les Sages qui divergent de Rabbi Yehouda : jusqu-ici les Sages n-ont dit [qu-il n-y a pas d-obligation] que là-bas, où il n-accomplit aucun service ; mais ici, où il accomplit un service, non [ils obligeraient] ? Ou bien peut-être n-y a-t-il pas de différence.

Teikou.

💡 Explication

Le second versant de la question. Les rabbanan, contre Rabbi Yehouda, dispensent tout homme de s-immerger avant d-entrer. Mais leur dispense visait un homme qui entre simplement, sans rien faire. Notre cas est différent : il officie - il accomplit la chehita d-un korban. Peut-être l-avoda, même accomplie à distance, réclame-t-elle à leurs yeux une tevila.

Ou peut-être non : la dispense des rabbanan serait absolue, indifférente au service. Aucune source ne permet de trancher - teikou. La question reste debout, ce qui suffit à fermer le premier chapitre de discussion et à ouvrir la michna suivante.

🖼️ Schéma
Le couteau long : une question qui se dédouble Doit-il s-immerger ? Selon BEN ZOMA (sévère) Il oblige pour l-intérieur. Et pour dehors ? - soit son obligation tient au fait d-entrer : dehors, il en est quitte ; - soit on craint atei le-imchoukhei : il glissera vers l-intérieur. Selon les RABBANAN (indulgents) Ils dispensent celui qui entre sans officier. - soit leur dispense supposait justement qu-il n-officie pas : ici il officie ; - soit lo chena : rien ne change, il reste dispensé. TEIKOU
Deux versants opposés, deux hésitations, et aucune source pour trancher : teikou.
5
חָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין טוֹבֵל. תָּנוּ רַבָּנַן: חָמֵשׁ טְבִילוֹת וַעֲשָׂרָה קִידּוּשִׁין טוֹבֵל כֹּהֵן גָּדוֹל וּמְקַדֵּשׁ בּוֹ בַּיּוֹם, וְכֻולָּן בַּקֹּודֶשׁ בְּבֵית הַפַּרְוָה, חוּץ מֵרִאשׁוֹנָה שֶׁהָיְתָה בַּחֹול עַל גַּבֵּי שַׁעַר הַמַּיִם, וּבְצַד לִשְׁכָּתוֹ הָיְתָה. אָמַר אַבַּיֵּי: שְׁמַע מִינַּיהּ עֵין עֵיטָם גָּבוֹהַּ מִקַּרְקַע עֲזָרָה עֶשְׂרִים וְשָׁלֹשׁ אַמּוֹת.

'Cinq immersions et dix sanctifications il s-immerge...' Nos maîtres ont enseigné : cinq immersions et dix sanctifications le kohen gadol s-immerge et se sanctifie en ce jour, et toutes en lieu saint, dans la Beit ha-Parva, sauf la première qui avait lieu en lieu profane, au-dessus de la porte des Eaux (chaar ha-mayim), et elle se trouvait à côté de sa lichka. Abaye dit : apprends-en que Ein Eitam est plus haut que le sol de la azara de vingt-trois coudées.

📜 Rachi (2)
עֵין עֵיטָם מִמֶּנּוּ בָּאָה אַמַּת הַמַּיִם לְבֵית טְבִילַת שַׁעַר הַמַּיִם שֶׁעַל הַחוֹמָה וּלְפִי עִנְיַן הַמִּקְרָאוֹת נִרְאֶה לִי שֶׁהוּא מַעְייָן מֵי נֶפְתּוֹחַ הָאָמוּר בְּסֵפֶר יְהוֹשֻׁעַ (טו) שֶׁמִּשָּׁם הַגְּבוּל מְשַׁפֵּעַ וְיוֹרֵד לַמִּזְרָח וְלַמַּעֲרָב וְהוּא הַגְּבוּל בְּכָל אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וְהַךְ מִילְּתָא דְּאַבַּיֵּי מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן בִּזְבָחִים (דַּף נד:) סָבוּר לְמִיבַּנְייָה לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ בְּעֵין עֵיטָם אָמְרִי נִיחַתִּי בֵּיהּ פֻּורְתָּא דִּכְתִיב (דְּבָרִים ל״ג:י״ב) וּבֵין כְּתֵפָיו שֶׁכֵּן דְּשָׁמְעִינַן מִינֵּיהּ שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מִן הַכֹּל וְלָא פָּרֵישׁ מְנָא לֵיהּ וּפָרֵישׁ לֵיהּ אַבַּיֵּי הָכָא:
C-est de là que venait le canal d-eau (amat ha-mayim) jusqu-au bain d-immersion de la porte des Eaux, qui se trouvait sur la muraille. Et d-après le sens des versets il me semble que c-est la source des 'eaux de Neftoah' mentionnée dans le livre de Yehochoua (15), d-où la frontière descend en pente vers l-est et vers l-ouest, et c-est la frontière de toute la terre d-Israël. Et cette remarque d-Abaye vient de ce qu-on dit dans Zevahim (54b) : ils pensaient bâtir le Temple à Ein Eitam ; ils dirent : descendons-y un peu, car il est écrit 'et il demeure entre ses épaules' (Devarim 33,12) - d-où l-on apprend que [Ein Eitam] est plus haut que tout ; mais on n-y explique pas d-où on le sait, et Abaye l-explique ici.
גָּבוֹהַּ מִקַּרְקַע עֲזָרָה עֶשְׂרִים וְשָׁלֹשׁ אַמּוֹת כְּמִדַּת גֹּובַהּ שַׁעַר הַמַּיִם וּבִנְיַן כְּלִי שֶׁל שָׁלֹשׁ אַמּוֹת מִלְמַעְלָה לְהַחְזִיק אַרְבָּעִים סְאָה שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַמַּיִם לַעֲלוֹת לְהַר שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מִמָּקוֹם שֶׁנּוֹבְעִין שָׁם:
Selon la mesure de la hauteur de la porte des Eaux, plus la construction du bassin de trois coudées au-dessus, destiné à contenir quarante sea - car il est impossible que l-eau monte vers une hauteur supérieure à l-endroit où elle jaillit.
🗂️ Tossefot (2)
וְכֻולָּן בַּקֹּודֶשׁ בְּגַג בֵּית הַפַּרְוָה תֵּימַהּ לִי וְהָא גַּגִּין וַעֲלִיּוֹת לֹא נִתְקַדְּשׁוּ וי"ל גַּג בֵּית הַפַּרְוָה הָיָה שָׁוֶה לְקַרְקַע עֲזָרָה דְּכִי הַאי גַּוְונָא מְשַׁנֵּי בְּסוֹף פ' כֵּיצַד צוֹלִין (פְּסָחִים דַּף פּוֹ.) אַהָא דְּפָרִיךְ מֵהַלְּשָׁכוֹת הַבְּנוּיוֹת בַּקֹּודֶשׁ וּפְתוּחוֹת לַחֹול תּוֹכָן חֹול וְגַגּוֹתֵיהֶן קֹודֶשׁ בְּשֶׁגַּגּוֹתֵיהֶן שָׁוִין לְקַרְקַע עֲזָרָה אֲבָל תֵּימַהּ לִי אִי גַּג בֵּית הַפַּרְוָה שָׁוֶה לְקַרְקַע עֲזָרָה מְסִיבָּה לָמָּה לִי דְּאָמַר בפ"ק (דַּף יט.) לִשְׁכַּת הַמַּדִּיחִין כו' עַד מִשָּׁם מְסִיבָּה עוֹלֶה לְגַג בֵּית הַפַּרְוָה וי"ל דְּגַג בֵּית הַפַּרְוָה אע"ג דְּשָׁוֶה לְקַרְקַע עֲזָרָה לֹא הָיָה לוֹ פֶּתַח לָעֲזָרָה מִשּׁוּם צְנִיעוּת לְפִי שֶׁכֹּהֵן גָּדוֹל טוֹבֵל שָׁם אֶלָּא הָיוּ נִכְנָסִין לוֹ דֶּרֶךְ לִשְׁכַּת הַמַּדִּיחִין שֶׁהָיְתָה תַּחַת הַקַּרְקַע וּמִשָּׁם מְסִיבָּה עוֹלֶה לְגַג בֵּית הַפַּרְוָה וצ"ל דְּלִשְׁכַּת הַמְּדִיחִין תּוֹכָהּ קוֹדֶשׁ דְּאִי לָא תֵּימָא הָכִי הֲוָה לֵיהּ גַּג בֵּית הַפַּרְוָה כְּמוֹ לִשְׁכוֹת הַבְּנוּיוֹת בַּקֹּודֶשׁ וּפְתוּחוֹת לַחֹול דְּאָמַר לְעֵיל דְּתוֹכָן חוֹל אֶלָּא עַל כָּרְחָךְ לִשְׁכַּת הַמַּדִּיחִין שֶׁגַּג בֵּית הַפַּרְוָה פָּתוּחַ לָהּ תּוֹכָהּ קוֹדֶשׁ ואע"ג דְּפָרֵישְׁנָא דְּלִשְׁכַּת הַמַּדִּיחִין מְחִילָה הִיא וא"ר יוֹחָנָן בְּפֶרֶק כֵּיצַד צוֹלִין (פְּסָחִים דַּף פּוֹ.) מְחִילּוֹת לֹא נִתְקַדְּשׁוּ הָא אוֹקִימְנָא הָתָם לְהָא דְּרַבִּי יוֹחָנָן בִּפְתוּחוֹת לְהַר הַבַּיִת אֲבָל פְּתוּחוֹת לָעֲזָרָה נִתְקַדְּשׁוּ וְאֵין לְהַקְשׁוֹת כִּי פָּרֵיךְ הָתָם מֵהַלְּשָׁכוֹת וְכוּ' וְאוֹקְמִינַן בְּשֶׁגַּגּוֹתֵיהֶן שָׁוִין לְקַרְקַע עֲזָרָה וַהֲדַר פָּרִיךְ מִסֵּיפָא א"כ הֲוָה לֵיהּ מְחִילּוֹת וא"ר יוֹחָנָן מְחִילּוֹת לֹא נִתְקַדְּשׁוּ אַמַּאי לָא פָּרֵיךְ מִמַּתְנִי' דְּפִרְקִין וּמִמַּתְנִי' דְּמִדּוֹת כִּדְפֵי' די"ל מַאי נָפְקָא מִינָּה הַהִיא דְּהַלְּשָׁכוֹת נָמֵי מַתְנִי' הִיא בפ"ג דְּמַסֶּכֶת מַעֲשֵׂר שֵׁנִי (מ"ח) וְאַדְּרַבָּה נִיחָא לֵיהּ לְמִיפְרַךְ מִינָּהּ טְפֵי מִמַּתְנִי' דְּהָכָא וּדְמִדּוֹת לְפִי שֶׁהִיא שְׁנוּיָה בְּסֵדֶר זְרָעִים שֶׁהוּא קֹודֶם לְסֵדֶר מוֹעֵד וְסֵדֶר קָדָשִׁים וְעוֹד מִשּׁוּם דְּפָרִיךְ שְׁתֵּי קֻושְׁיוֹת מִינָּהּ מֵרֵישָׁא וּמִסֵּיפָא:
Cela me fait difficulté : les toits et les étages n-ont pas été sanctifiés ! On peut répondre que le toit de la Beit ha-Parva était au niveau du sol de la azara ; c-est de cette manière qu-on répond à la fin du chapitre Keitsad tsolin (Pessahim 86a) à l-objection tirée des lichkot bâties en lieu saint et ouvrant sur le profane, dont l-intérieur est profane et les toits saints - à savoir que leurs toits étaient au niveau du sol de la azara. Mais cela me fait une autre difficulté : si le toit de la Beit ha-Parva était au niveau du sol de la azara, pourquoi fallait-il un escalier tournant (messiba) ? Car il est dit au premier chapitre (19a) : la lichka des rinceurs... et de là un escalier tournant monte au toit de la Beit ha-Parva. On peut répondre que le toit de la Beit ha-Parva, bien qu-il fut au niveau du sol de la azara, n-avait pas d-ouverture sur la azara par pudeur, puisque le kohen gadol s-y immergeait ; on y accédait donc par la lichka des rinceurs, qui était sous le sol, et de là l-escalier tournant montait au toit de la Beit ha-Parva. Et il faut dire que l-intérieur de la lichka des rinceurs était saint : car si l-on ne disait pas ainsi, le toit de la Beit ha-Parva serait comme les lichkot bâties en lieu saint et ouvrant sur le profane, dont on a dit plus haut que l-intérieur est profane ; force est donc de dire que la lichka des rinceurs, sur laquelle ouvre le toit de la Beit ha-Parva, a un intérieur saint. Et bien que nous ayons expliqué que la lichka des rinceurs est un souterrain (mehila), et que Rabbi Yo'hanan dit au chapitre Keitsad tsolin (Pessahim 86a) que les souterrains n-ont pas été sanctifiés - nous avons établi là-bas que la règle de Rabbi Yo'hanan vise ceux qui ouvrent sur le Har ha-Bayit, mais ceux qui ouvrent sur la azara ont bien été sanctifiés. Et il ne faut pas objecter : lorsqu-on questionne là-bas à partir des lichkot et qu-on établit que leurs toits étaient au niveau du sol de la azara, puis qu-on questionne depuis la fin [de la michna] - s-il en est ainsi, ce sont des souterrains, et Rabbi Yo'hanan dit que les souterrains n-ont pas été sanctifiés ! - pourquoi ne questionne-t-on pas depuis notre michna et depuis la michna de Midot ? On peut répondre : quelle différence cela fait-il ? Ce texte des lichkot est lui aussi une michna, au troisième chapitre du traité Maasser Cheni (3,8) ; et il est même préférable de questionner à partir de là plutôt que de notre michna ou de celle de Midot, parce qu-elle est enseignée dans l-ordre Zeraim, qui précède l-ordre Moed et l-ordre Kodachim ; et de plus, parce qu-on en tire deux objections, du début et de la fin.
עֵין עֵיטָם גָּבוֹהַּ מִקַּרְקַע עֲזָרָה כ"ג אַמּוֹת תֵּימַהּ לִי וּמִנָּלַן דְּבֵית הַטְּבִילָה הָיְתָה גְּבוֹהָה שָׁלֹשׁ אַמּוֹת דִּילְמָא לֹא הָיְתָה גְּבוֹהָה אֶלָּא אַמָּה וְאָורְכָּהּ שָׁלֹשׁ אַמּוֹת וְהַכֹּהֵן הָיָה מַשְׁכִּיב עַצְמוֹ בְּתוֹכוֹ אִי נָמֵי לֹא הָיְתָה גְּבוֹהָה אֶלָּא שְׁתֵּי אַמּוֹת וְהַכֹּהֵן גָּדוֹל יוֹשֵׁב וְטוֹבֵל וְיֵשׁ לוֹמַר מִסְּתָמָא כָּל מַה שֶּׁהָיוּ יְכוֹלִין לְהָקֵל עָלָיו מִשּׁוּם חֻולְשָׁא דְּכֹהֵן גָּדוֹל הָיוּ עוֹשִׂין וְדֶרֶךְ עֲמִידָה הָיָה טוֹבֵל כִּי זֶה נָקֵל לוֹ יוֹתֵר לַעֲשׂוֹת:
Cela me fait difficulté : d-où savons-nous que le bassin d-immersion avait trois coudées de haut ? Peut-être n-avait-il qu-une coudée de haut et trois coudées de long, et le kohen s-y allongeait ; ou bien peut-être n-avait-il que deux coudées de haut, et le kohen gadol s-immergeait assis. On peut répondre : selon toute vraisemblance, tout ce qu-on pouvait faire pour lui alléger la tâche, à cause de la faiblesse du kohen gadol, on le faisait - et il s-immergeait debout, car cela lui était plus facile.
💡 Explication

Nouvelle michna, nouveau sujet. Le service de Yom Kippour alterne vêtements d-or et vêtements blancs ; chaque changement impose une tevila et deux kidouchin (sanctification des mains et des pieds, avant et après) - d-où cinq immersions et dix sanctifications.

La baraita ajoute une précision de lieu. Quatre immersions ont lieu be-kodech, dans l-enceinte sainte, à la Beit ha-Parva. Seule la première, celle du matin, se fait en lieu profane - car à ce stade il n-a encore rien fait qui exige la sainteté du lieu : elle est sur le toit de chaar ha-mayim, la porte des Eaux, juste à côté de la chambre du kohen gadol.

Abaye tire de ce détail architectural une conclusion inattendue, de pure hydraulique : l-eau de ce bassin arrive par un canal depuis Ein Eitam, et l-eau ne monte jamais au-dessus de sa source. Le bassin est perché sur une porte de 20 coudées, et fait lui-même 3 coudées de haut. Donc Ein Eitam domine le sol de la azara d-au moins 23 coudées. Rachi signale l-enjeu réel : Zevahim 54b affirme que Ein Eitam était le point le plus élevé, sans dire d-où on le sait - Abaye fournit ici la mesure manquante.

6
דִּתְנַן: כָּל הַפְּתָחִים שֶׁהָיוּ שָׁם גָּובְהָן עֶשְׂרִים אַמָּה וְרָחְבָּן עֶשֶׂר אַמּוֹת, חוּץ מִשֶּׁל אוּלָם. וְתַנְיָא: ״וְרָחַץ בְּשָׂרוֹ בַּמָּיִם״ — בְּמֵי מִקְוֶה, ״כָּל בְּשָׂרוֹ״ — מַיִם שֶׁכָּל גּוּפוֹ עוֹלֶה בָּהֶן. וְכַמָּה הֵן? אַמָּה עַל אַמָּה בְּרוּם שָׁלֹשׁ אַמּוֹת. וְשִׁיעֲרוּ חֲכָמִים מֵי מִקְוֶה אַרְבָּעִים סְאָה.

Car nous avons appris : toutes les portes qui s-y trouvaient avaient vingt coudées de haut et dix coudées de large, sauf celle du Oulam. Et on a enseigné : 'et il lavera sa chair dans de l-eau' - dans les eaux d-un mikve ; 'toute sa chair' - une eau dans laquelle tout son corps entre.

Et combien y en a-t-il ? Une coudée sur une coudée, sur une hauteur de trois coudées.

Et les Sages ont évalué les eaux du mikve à quarante sea.

📜 Rachi (1)
חוּץ מִשֶּׁל אוּלָם שֶׁגָּבְהוֹ אַרְבָּעִים וְרָחְבּוֹ עֶשְׂרִים:
Dont la hauteur est de quarante et la largeur de vingt.
🗂️ Tossefot (1)
אַמָּה עַל אַמָּה בְּרוּם שָׁלֹשׁ אַמּוֹת אֵין לוֹמַר דְּגָובְהוֹ שֶׁל אָדָם מֵרֹאשׁוֹ עַד רַגְלָיו אֵינוֹ אֶלָּא שָׁלֹשׁ אַמּוֹת דא"כ גַּבֵּי הֶיזֵּק רְאִייָּה דְּבָעֵי אַרְבַּע אַמּוֹת בפ"ק דְּבָבָא בָּתְרָא (דַּף ב:) לָמָּה לִי כֻּולֵּי הַאי אֶלָּא י"ל דְּעַד כְּתֵיפָיו הוּא שָׁלֹשׁ אַמּוֹת וְאַף עַל פִּי שֶׁאֵין צַוָּארוֹ וְרֹאשׁוֹ מַחֲזִיק אַמָּה כֵּיוָן דְּאַפִּיקְתֵּיהּ מִשָּׁלֹשׁ אַמּוֹת אוֹקְמָא אַאַרְבַּע אַמּוֹת וְעוֹד דְּאִי אֶפְשָׁר לַקַּרְקַע שֶׁתִּלָּקֵט בְּמַלְקֵט וּרְהִיטָנִי וּפְעָמִים שֶׁיֵּשׁ גַּבְשׁוּשִׁית פָּחוֹת מִג' טְפָחִים סָמוּךְ לַכֹּותֶל וְזִימְנִין נָמֵי שֶׁעוֹמֵד עַל אֶצְבְּעוֹת רַגְלָיו וְרוֹאֶה מֵעֵבֶר לַכֹּותֶל וְגַבֵּי כּוּכִין בְּפֶרֶק הַמּוֹכֵר פֵּירוֹת (בָּבָא בָּתְרָא דַּף ק: וְשָׁם) דְּאָרְכוּ אַרְבַּע אַמּוֹת הַייְנוּ בֵּין רֹאשׁוֹ וּבֵין דְּפִי הָאָרוֹן שֶׁלְּמַעְלָה וּלְמַטָּה וְעוֹד צָרִיךְ שֶׁיְּהֵא בְּרִיוַּח וְהָא דְּסַגִּי הָכָא גַּבֵּי מִקְוֶה בְּשָׁלֹשׁ אַמּוֹת הַיְינוּ מִשּׁוּם דִּכְשֶׁעֹומֶק הַמַּיִם שָׁלֹשׁ אַמּוֹת כְּשֶׁנִּכְנַס בָּהֶן צָפוּ מַיִם עַל רֹאשׁוֹ וְעוֹלִין לְמַעְלָה גַּם יָכוֹל לָכוֹף רֹאשׁוֹ קְצָת עַד שֶׁיִּתְכַּסֶּה כָּל גּוּפוֹ בְּמַיִם וּמַה שֶׁיֵּשׁ בַּתַּרְגּוּם שֶׁל מְגִילַּת אֶסְתֵּר פַּרְשַׁנְדָּתָא אִיצְטְלִב עַל צְלִיבָא דִּתְלָת אַמִּין דַּלְפוֹן אִיצְטְלִב עַל צְלִיבָא דִּתְלָת אַמִּין וְכוּ' יֵשׁ לוֹמַר כֻּולָּם קְטוּעֵי רֹאשׁ הָיוּ שֶׁנֶּהֶרְגוּ וְאַחַ"כּ נִתְלוּ וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶרֶק הַמַּצְנִיעַ (שַׁבָּת דַּף צב. וְשָׁם) דְּהָא דְּאָמַר גּוּפוֹ שֶׁל אָדָם ג' אַמּוֹת דְּלָאו הַיְינוּ עִם הָרֹאשׁ דְּקָאָמַר הָתָם הַמּוֹצִיא מַשּׂוֹי לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה חַיָּיב שֶׁכֵּן מַשָּׂא בְּנֵי קְהָת דְּאָמַר מַר אָרוֹן ט' וְכַפֹּורֶת טֶפַח וּגְמִירִי דְּכֹל טוּנָא דְּמִידְּלֵי בְּמוֹטוֹת תִּילְתָּא מִלְּעֵיל וּתְרֵי תִּילְתֵי מִלְּתַתָּא וְהַשְׁתָּא אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא דְּעַד הַכָּתֵף הוּא שָׁלֹשׁ אַמּוֹת דְּהַייְנוּ י"ח טְפָחִים אָז מוּכָח שַׁפִּיר כִּי בַּכָּתֵף יִשְׂאוּ נִמְצָא שֶׁהָיָה מִן הָאָרוֹן לְמַטָּה מִן הַכָּתֵף ו' טְפָחִים וּב' שְׁלִישִׁים נִמְצָא דְּאַכַּתִּי הָיָה גָּבוֹהַּ מִן הַקַּרְקַע י"ד טְפָחִים וּשְׁלִישׁ אֲבָל אִי הָוֵי עִם הָרֹאשׁ י"ח טְפָחִים וַהֲלֹא הַצַּוָּאר הוּא יוֹתֵר מִטֶּפַח וּשְׁלִישׁ אִישְׁתְּכַח דְּאָרוֹן לְמַטָּה מִי' וּבְפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין ד' מח.) נָמֵי אָמְרִינַן דִּמְקוֹמוֹ שֶׁל אָדָם ד' אַמּוֹת וּמְפָרֵשׁ דְּגוּפוֹ ג' אַמּוֹת וְאַמָּה כְּדֵי שֶׁיִּטֹּול חֵפֶץ תַּחַת מְרַאֲשׁוֹתָיו כו' הַיְינוּ נָמֵי גּוּפוֹ ג' אַמּוֹת שְׁלֵימוֹת וְאַמָּה הָעוֹדֶפֶת בִּשְׁבִיל רֹאשׁוֹ וּכְדֵי שֶׁיִּפְשֹׁוט יָדָיו לְמַעְלָה מֵרֹאשׁוֹ וא"ת א"כ הָיָה עֵין עֵיטָם גָּבוֹהַּ יוֹתֵר מכ"ג שֶׁאִם לֹא הָיָה אֶלָּא כ"ג א"כ הָיוּ הַמַּיִם יוֹצְאִין לַחוּץ הָא לָא קַשְׁיָא דְּוַדַּאי עֵין עֵיטָם לָא הֲוָה . אֶלָּא כ"ג אֲבָל הַחֲקָק שֶׁל בֵּית הַטְּבִילָה הָיָה גָּבוֹהַּ יוֹתֵר מג' אַמּוֹת אַף עַל פִּי שֶׁהַמַּיִם עוֹלִים לְמַעְלָה כְּשֶׁנִּכְנַס לְתוֹכוֹ לֹא הָיוּ יוֹצְאִין לַחוּץ אִי נָמֵי אֲפִילּוּ אִם הָיוּ יוֹצְאִים הָיוּ מִיָּד בָּאִים אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶן מֵעֵין עֵיטָם וְאֵין לְהַקְשׁוֹת דְּכֵיוָן דְּאָמַר בְּכָל דֻּוכְתָּא דִּמְקוֹם הָאָדָם הָוֵי רֹוחַב אַמָּה הֵיכִי טְבִיל בִּכְלִי שֶׁאֵינוֹ אֶלָּא אַמָּה עַל אַמָּה דְּאַמְּתָא בְּאַמְּתָא הֵיכִי יָתֵיב וְי"ל הָא דְּאָמַר מְקוֹם הָאָדָם הוּא דְּהָוֵי רָחָב אַמָּה הַיְינוּ כְּשֶׁהוּא לָבוּשׁ תֵּדַע דְּגַבֵּי כּוּכִין אָמְרִינַן רָחְבּוֹ ו' טְפָחִים וּבָהֶם מַכְנִיסִין הָאָרוֹן וְהַמֵּת בָּאָרוֹן:
On ne peut pas dire que la taille d-un homme, de la tête aux pieds, ne soit que de trois coudées : car alors, s-agissant du dommage du regard (hezek reiya), pour lequel on exige quatre coudées au premier chapitre de Bava Batra (2b), pourquoi tant ? Il faut donc dire que c-est jusqu-à ses épaules qu-il mesure trois coudées ; et bien que son cou et sa tête ne fassent pas une coudée entière, dès lors que tu l-as fait sortir de la mesure de trois coudées, tu l-établis à quatre. De plus, il est impossible que le sol soit raboté à la lime et au rabot : il arrive qu-il y ait une bosse de moins de trois tefahim contre le mur, et il arrive aussi qu-un homme se dresse sur la pointe des pieds et voie par-dessus le mur. Quant aux niches funéraires (kokhin) au chapitre Ha-mokher perot (Bava Batra 100b), dont la longueur est de quatre coudées, cela comprend la tête et les parois du cercueil au-dessus et au-dessous, et il faut encore de l-aisance. Et si trois coudées suffisent ici pour le mikve, c-est que, l-eau ayant trois coudées de profondeur, elle déborde au-dessus de sa tête et monte lorsqu-il y entre ; il peut aussi fléchir un peu la tête jusqu-à ce que tout son corps soit couvert par l-eau. Quant à ce qu-on lit dans le Targoum de la meguila d-Esther - 'Parchandata fut pendu à une potence de trois coudées, Dalfon fut pendu à une potence de trois coudées', etc. -, on peut dire qu-ils avaient tous la tête tranchée, ayant été tués puis pendus ensuite. Et cela ressort aussi du chapitre Ha-matsnia (Chabbat 92a) : quand on y dit que le corps de l-homme fait trois coudées, ce n-est pas avec la tête. Car on y dit : celui qui transporte une charge au-dessus de dix [tefahim] est passible, car telle était la charge des fils de Kehat ; et le maître a dit : l-arche faisait neuf [tefahim] et le kaporet un tefah, et nous avons une tradition que toute charge portée sur des barres se répartit pour un tiers au-dessus et deux tiers au-dessous. Or si tu dis que c-est jusqu-à l-épaule qu-il y a trois coudées, soit dix-huit tefahim, la preuve est bonne : 'ils porteront sur l-épaule' - il se trouve alors que de l-arche jusqu-au-dessous de l-épaule il y avait six tefahim et deux tiers, et donc que [le bas de l-arche] était encore à quatorze tefahim et un tiers du sol. Mais si les dix-huit tefahim comprenaient la tête - or le cou fait plus d-un tefah et un tiers - il se trouverait que l-arche était au-dessous de dix. Et au chapitre Mi che-hotsiouhou (Erouvin 48a) aussi nous disons que la place d-un homme est de quatre coudées, et l-on explique que son corps fait trois coudées et une coudée pour qu-il puisse prendre un objet sous sa tête, etc. - là aussi son corps fait trois coudées pleines, et la coudée supplémentaire vaut pour sa tête et pour qu-il puisse étendre les mains au-dessus de sa tête. Et si tu demandes : alors Ein Eitam devait être plus haut que vingt-trois coudées, car s-il n-y avait que vingt-trois, l-eau se serait déversée dehors ! - ce n-est pas une difficulté : assurément Ein Eitam n-avait que vingt-trois coudées, mais la cavité du bain d-immersion était plus haute que trois coudées, de sorte que même si l-eau monte lorsqu-il y entre, elle ne se déversait pas dehors ; ou bien, même si elle se déversait, d-autres eaux venaient aussitôt à leur place depuis Ein Eitam. Et il ne faut pas objecter : puisqu-on dit partout que la place d-un homme est large d-une coudée, comment s-immerge-t-il dans un bassin qui n-a qu-une coudée sur une coudée - comment tient-il dans une coudée sur une coudée ? On peut répondre : quand on dit que la place d-un homme est large d-une coudée, c-est lorsqu-il est habillé ; la preuve, s-agissant des niches funéraires on dit que leur largeur est de six tefahim, et l-on y fait entrer le cercueil avec le mort dedans.
💡 Explication

Voici les deux chiffres qui composent le 23 d-Abaye.

Le premier vient de la michna de Midot : toutes les portes du Temple font vingt coudées de haut sur dix de large - seule celle du Oulam fait le double. Le toit de chaar ha-mayim est donc à vingt coudées du sol.

Le second vient d-une baraita exégétique. Deux versets sur l-ablution : 've-rahats bessaro ba-mayim' enseigne qu-il s-agit des eaux d-un mikve ; 'kol bessaro' - toute sa chair - enseigne qu-il faut une eau où le corps entier entre d-un seul coup. On en déduit le volume minimal : 1 x 1 x 3 coudées, que les Sages ont évalué à quarante sea. Le bassin ajoute donc trois coudées à la hauteur de la porte.

Tossefot consacre à ce chiffre une longue discussion : les trois coudées ne mesurent pas l-homme de la tête aux pieds - sinon le hezek reiya n-exigerait pas quatre coudées de mur - mais jusqu-aux épaules ; et l-eau, en débordant lorsqu-il entre, couvre le reste.

🖼️ Schéma
Le mikve minimal : 1 x 1 x 3 amot = 40 sea Deux versets, un volume, et le débat de Tossefot sur la taille de l-homme. 3 amot 1 ama épaules - à 3 amot du fond l-eau déborde et couvre la tête quand il entre ve-rahats bessaro BA-MAYIM = dans les eaux d-un mikve (pas dans un récipient puisé). KOL bessaro = une eau où tout le corps entre d-un seul coup. Objection de Tossefot Si l-homme faisait 3 amot en tout, pourquoi le hezek reiya exige-t-il un mur de 4 amot (Bava Batra 2b) ? Réponse : 3 amot = jusqu-aux épaules seulement.
Les 3 amot du mikve : le corps jusqu-aux épaules, l-eau qui déborde faisant le reste.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).