Sougya : Court amud, entièrement consacré à relire la michna précédente détail par détail. La guemara demande d'abord ce que signifie le nom de la chambre du Beit haParva : Rav Yossef répond qu'il s'agit de Parva l'amgoucha, un mage perse -- Rachi en fait le constructeur de la chambre, tandis que Tossefot rapporte du Aroukh qu'il avait creusé un souterrain pour espionner le service du Cohen gadol et fut démasqué par les cohanim.
Elle demande ensuite pourquoi le drap tendu devant le Cohen gadol doit être de boutz : Rav Kahana répond qu'il sert d'aide-mémoire, l'étoffe annonçant que le service du jour se fait en vêtements de lin. Vient alors la question la plus technique : pourquoi la michna totalise-t-elle dix-huit et douze en trente maneh, alors que chacun sait additionner ?
Parce que ce total n'est pas un compte mais une norme -- le minimum à prélever sur le hekdech -- d'où il suit que la répartition entre le matin et l'après-midi reste libre. Le daf se clôt en posant la borne de cette liberté : tous s'accordent à exiger que les vêtements du matin soient supérieurs, et Rav Houna fils de Rav Ilai le tire des quatre mentions du mot bad dans Vayikra 16,4, lues comme un superlatif -- le plus choisi parmi le lin ; Tossefot préférant y voir quatre enseignements distincts.
GUEMARA. Que signifie [le nom] Parva ?
Rav Yossef a dit : Parva le mage (amgoucha).
Le daf s'ouvre par une question de vocabulaire, et non de loi. La michna vient de situer la seconde immersion du Cohen gadol dans la lichkat Beit haParva, la chambre du Beit haParva. La guemara s'arrête sur ce nom : les autres chambres du Temple portent des noms transparents (chambre du bois, chambre de l'exil, chambre des pierres taillées). Parva n'est ni une matière ni une fonction : c'est un nom propre, et un nom propre étranger.
Rav Yossef répond en un mot : amgoucha, terme araméen désignant le mage perse, le pratiquant de la magie zoroastrienne -- la même racine que dans magus. La chambre porte le nom d'un sorcier non juif. La réponse résout la philologie mais ouvre une énigme historique, que Rachi et le Aroukh vont combler de deux manières opposées : pour l'un ce mage a bâti la chambre, pour l'autre il l'a violée.
Ils étendirent un drap de boutz (lin fin). En quoi le [drap] de boutz est-il différent ?
Rav Kahana a dit : afin qu'il reconnaisse que le service du jour [se fait] en vêtements de boutz.
La michna prescrivait de tendre un sadin chel boutz, un drap de lin fin, entre le Cohen gadol et le peuple pendant qu'il se dévêt et s'immerge. La fonction première est évidente : préserver sa pudeur devant l'assemblée. Mais cette fonction-là n'exige aucune étoffe particulière -- n'importe quel tissu opaque ferait l'affaire. La guemara demande donc : mai chena chel boutz, qu'a de particulier le boutz pour qu'on l'impose ?
Rav Kahana répond que le drap a une seconde fonction, pédagogique : ke-dei che-yakir, afin qu'il reconnaisse. Le Cohen gadol quitte à cet instant les huit vêtements d'or pour les quatre vêtements blancs ; c'est le basculement du jour. L'étoffe qui l'entoure au moment même du changement est faite de la matière qu'il va revêtir. Le rideau n'est pas seulement un écran : il est un rappel adressé au Cohen gadol lui-même, pour qu'il ne se trompe ni de vêtements ni de registre de service.
Le matin il revêtait [du lin] de Pelousim de dix-huit [maneh], etc. Et le tana vient-il nous enseigner un compte ?
Voici ce qu'il nous enseigne : que l'on ne confectionne pas [l'ensemble] pour moins que ceux-là. Mais si l'on retranche à ceux-ci et que l'on ajoute à ceux-là -- cela ne nous pose pas de problème.
La michna avait chiffré les vêtements blancs : dix-huit maneh le matin, douze l'après-midi, le tout trente maneh. La guemara bute sur ce dernier membre de phrase. Une michna ne gaspille pas ses mots, et personne n'a besoin qu'on lui apprenne que dix-huit et douze font trente. Un total explicite qui ne fait que redire ses termes est donc, nécessairement, autre chose qu'un total.
La réponse retourne la lecture du chiffre : ce n'est pas un constat mais une norme. Trente maneh est le montant minimal à prélever sur le hekdech (le trésor consacré) pour l'ensemble des vêtements du jour -- de-batsir me-hanei la na'avid, on ne fera pas pour moins. Le vrai sujet de la michna est budgétaire : ce que la collectivité doit au service de Kippour.
Rachi tire aussitôt la conséquence, et la guemara la formule elle-même : si le total est la seule contrainte, la répartition interne ne l'est pas. Retrancher au matin et ajouter à l'après-midi -- lit lan bah, cela ne nous dérange pas. Les deux lignes du barème sont indicatives ; seul leur sous-total est obligatoire.
En tout état de cause, tout le monde [accorde] que ceux du matin sont supérieurs : d'où le tenons-nous ? Rav Houna fils de Rav Ilai a dit : le verset dit bad, bad, bad, bad -- le plus choisi parmi le bad (lin).
La souplesse accordée au segment précédent avait besoin d'une borne. Si l'on peut librement déplacer de la valeur d'un service à l'autre, rien n'empêche en principe d'habiller le Cohen gadol de dix maneh le matin et de vingt l'après-midi. La guemara écarte cette possibilité en constatant un accord général : de-kouley alma de-chahar adifey, tout le monde -- Rabbi Meir comme les Sages -- tient que les vêtements du matin doivent être supérieurs. Reste à en trouver la source.
Rav Houna fils de Rav Ilai la lit dans Vayikra 16,4, le verset qui énumère les quatre vêtements blancs du jour. Le mot bad (lin) y revient quatre fois -- une fois pour la tunique, une pour les caleçons, une pour la ceinture, une pour le turban. La répétition est en soi justifiable : chaque vêtement reçoit sa matière. Mais la derasha lit les quatre mentions ensemble, comme un superlatif construit par accumulation : muvhar ba-bad, le plus choisi parmi le lin. Et puisque ce verset porte sur les vêtements du matin, c'est à eux que s'applique l'exigence de qualité supérieure.
Tossefot n'accepte pas ce traitement en bloc et redistribue les quatre mentions en quatre enseignements : la matière elle-même ; bad au sens de levad, seul, c'est-à-dire sans les vêtements d'or qui l'accompagnent le reste de l'année ; puis meilleur que le lin des autres jours ; puis meilleur que celui de l'après-midi. Sa variante finale (i nami) rejoint Rachi pour les deux derniers.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).