Yoma 36b -- ce que la ola vient expier, l'ordre des trois mots du viddouy, et pourquoi ve-khiper désigne des paroles et non du sang

Yoma 36b

Sougya : Le folio s'ouvre en achevant la mahloket héritée de 36a entre Rabbi Akiva et Rabbi Yossi HaGuelili sur ce que la ola vient expier : la nafka mina serait le lav de la neveila, suivi d'un asseh qui ne répare rien -- lav à part entière pour l'un, lav affaibli pour l'autre. Abaye refuse ce compte rendu et déplace le désaccord sur un seul mot, ta'azov, écrit après les interdits du leket, de la chikhe'ha et de la pea : vise-t-il le grain encore sur pied, ou celui qui est déjà dans la main ?

De là dépend qu'il y ait malkot ou korban. Le daf bascule ensuite dans la liturgie avec la beraita du viddouy : Rabbi Meir ordonne aviti, pachati, hatati et l'appuie sur deux versets, les Sages inversent après avoir défini chaque terme -- avon est le volontaire, pécha la rébellion pour irriter, het l'inadvertance -- et opposent un argument non exégétique mais logique : une confession qui redescend vers le léger ne demande plus rien.

Le verset de Moche, qui descend pourtant, est requalifie : ce n'est pas un viddouy mais une requête, que les fautes volontaires soient tenues pour des inadvertances. La halakha suit les Sages, malgré un officiant qui pria devant Rabba selon Rabbi Meir.

Le folio s'achève sur une beraita qui établit que le ve-khiper du taureau du Cohen gadol désigne le viddouy : gezera chava depuis le bouc émissaire, qui n'a d'expiation que par les paroles, puis -- parce que la même analogie pouvait se tirer du bouc intérieur, dont l'expiation se fait par le sang -- une preuve tirée de l'ordre des versets, où le mot d'expiation précède l'abattage.

La ola expie-t-elle ce lav ? Deux façons de lire la même mahloket Règle de fond : un lav nitak la-asseh -- un interdit que la Tora dénoue aussitôt vers un commandement positif -- n'est pas puni de malkot. Lecture 1 -- ils divergent sur le lav de la neveila Devarim 14,21 Tu ne mangeras aucune neveila -- à l'étranger qui est dans tes portes tu la donneras, et il la mangera. L'asseh suit le lav -- mais il ne répare rien après coup. Rabbi Akiva : lav mealya Une fois mangée, on ne peut plus la donner : l'asseh vaut donc dès le départ et ne dénoue rien. Interdit entier -- donc malkot. La ola n'y vient pas : ce lav a déjà sa peine. R. Yossi HaGuelili : lav lav mealya Le seul fait qu'un asseh soit écrit après le lav suffit à l'affaiblir : il ne ressemble pas au lav de la hassima. Pas de malkot. La ola vient l'expier. Lecture 2 (Abaye) -- ils divergent sur le mot ta'azov Vayikra 19,9-10 Tu ne moissonneras pas le coin de ton champ, tu ne glaneras pas -- ta'azov otam : tu les laisseras au pauvre. Pour tous, la neveila est ici un lav mealya. Le débat s'est déplacé. R. Akiva : ta'azov mei-ikara Laisse-les vaut avant la cueillette : c'est la manière de formuler l'interdit, non de le réparer. Le lav reste entier -- donc malkot. La ola n'y vient pas. R. Yossi HaGuelili : ta'azov hachta Laisse-les vaut après coup : même le grain déjà ramassé, il doit encore l'abandonner au pauvre. Lav nitak la-asseh -- pas de malkot. La ola vient l'expier. La ligne de partage ne bouge pas : un lav qui garde sa peine n'appelle pas la ola ; un lav sans peine, oui. Ce qui change d'une lecture à l'autre, c'est le verset sur lequel on teste la règle -- et donc la nafka mina exacte entre les deux tanaim.
La fin de la sougya héritée du folio précédent. Deux comptes rendus concurrents d'une même mahloket entre Rabbi Akiva et Rabbi Yossi HaGuelili sur ce que la ola vient expier. Le critère ne change jamais -- un interdit déjà puni n'a pas besoin de korban -- mais le verset-test change, et avec lui la nafka mina.
Comment se confesse-t-on ? Trois mots, deux ordres Avon, pécha, het. Le texte du viddouy est fixé ; toute la mahloket porte sur l'ordre dans lequel on les prononce. HÈT -- hataim chegagot : la faute par inadvertance Vayikra 4,2 : une âme qui fautera bi-chgaga le plus léger AVON -- avonot zedonot : la faute commise volontairement Bamidbar 15,31 : son avon est sur elle -- karet plus grave PÉCHA -- pechaim meradim : la rébellion, l'acte pour irriter Melakhim II 3,7 : le roi de Moav pacha contre moi le plus grave Rabbi Meir -- du plus grave au plus léger aviti pachati hatati Appui : Vayikra 16,21, le viddouy sur le bouc émissaire -- avonot, puis pechaim, puis hataot. Et Chemot 34,7, les treize middot -- nosse avon va-fecha ve-hataa. Deux versets explicites dont l'un porte sur le viddouy de Yom Kippour lui-même. Les Sages -- du plus léger au plus grave hatati aviti pachati Appui : David -- hatanou, heevinou, hircha'nou (Tehilim 106,6). Chelomo -- Melakhim I 8,47. Daniel -- 9,5. Trois prières de confession, toutes trois montantes. Trois textes de prière un homme qui se confesse, et non un ordre qu'on lui donne. L'objection des Sages : ayant déjà confessé le volontaire et la rébellion, reviendrait-il en arrière sur l'inadvertance ? Rachi : si le grave est pardonné, le léger l'est à plus forte raison -- il n'y a plus rien à demander. Un viddouy ne redescend pas. Halakha : comme les Sages -- Rabba bar Chemouel au nom de Rav. Évident ? Non : le verset de Moche soutenait R. Meir. Et pourtant, un officiant descendu devant Rabba pria selon R. Meir : je tiens comme lui, dit-il, tel que c'est écrit dans la Tora de Moche.
Le coeur du daf. Trois mots hébreux, trois degrés de gravité, et deux ordres possibles. Rabbi Meir descend, les Sages montent -- et l'argument décisif n'est pas exégétique mais logique : une confession qui redescend vers le léger ne demande plus rien.
Ve-khiper : une expiation par les paroles, ou par le sang ? Vayikra 16,6 : Aaron offrira son taureau de hatat et il expiera (ve-khiper) pour lui et pour sa maison. kapparat damim par l'aspersion du sang sur l'autel kapparat devarim par les paroles du viddouy Preuve 1 -- gezera chava sur le mot kappara Ici, à propos du par : ve-khiper baado (16,6). Là-bas, à propos du bouc émissaire : yoomad haï lifnei Hachem lekhaper alav (16,10). Or le bouc émissaire n'est ni abattu ni aspergé : sa seule kappara, c'est le viddouy prononcé sur lui. Donc la kappara du par est elle aussi une kappara de paroles. Ve-im nafchekha lomar -- pourquoi une seconde preuve ? Parce que la gezera chava peut se retourner : il y a un autre bouc à Yom Kippour, le sair hapenimi, dont le sang entre au Saint des Saints. Sa kappara à lui se fait bel et bien par le sang -- Rachi note qu'elle est écrite après l'aspersion, et qu'aucun viddouy ne l'accompagne. Pourquoi apprendre du bouc envoyé plutôt que du bouc intérieur ? La preuve 1 seule ne tranche pas. Preuve 2 -- l'ordre des versets, qui ne se retourne pas Vayikra 16,11 : ve-hikriv Aharon et par ha-hatat acher lo -- VE-KHIPER baado ouvead beito -- ve-chahat et par ha-hatat. Le ve-khiper est écrit avant l'abattage. Il n'y a pas encore une goutte de sang : cette kappara ne peut donc pas être une kappara de sang. Preuve interne au sujet même -- mineh ou-beh, dit Rachi : rien à aller chercher ailleurs. Le mot ve-khiper du par du Cohen gadol désigne donc le viddouy -- et c'est ce mot qui fondera, plus loin, tout le formulaire de la confession.
La dernière sougya du folio. Une beraita établit que le ve-khiper du taureau du Cohen gadol désigne les paroles et non le sang, par deux preuves emboîtées. La guemara demande pourquoi il en faut deux -- et la réponse révèle l'objection silencieuse que la première ne couvrait pas.
1
בְּלָאו דִּנְבֵילָה קָא מִיפַּלְגִי:

C'est au sujet de l'interdit (lav) de la neveila qu'ils divergent.

📜 Rachi (1)
בְּלָאו דִּנְבֵילָה קָא מִיפַּלְגִי דִּכְתִיב עֲשֵׂה אַחֲרָיו לַגֵּר אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ תִּתְּנֶנָּה וַאֲכָלָהּ (דְּבָרִים י״ד:כ״א) וּמִיהוּ עַל כָּרְחָךְ אֵין זֶה נִיתַּק לַעֲשֵׂה דְּהָא נְתִינָתָהּ לַגֵּר אִי אֶפְשָׁר לְאַחַר שֶׁעָבַר עַל לֹא תַעֲשֶׂה שֶׁל אֲכִילָה וְעַל כָּרְחֲךָ עֲשֵׂה מֵעִיקָּרָא מַשְׁמַע לֹא תֹאכְלוּ כָל נְבֵילָה אֶלָּא לְגֵר תִּתְּנֶנָּה וְלֹא תֹּאכְלוּהָ:
C'est au sujet de l'interdit de la neveila qu'ils divergent -- car un asseh est écrit après lui : à l'étranger qui est dans tes portes tu la donneras et il la mangera (Devarim 14,21). Toutefois, force est de constater que ce n'est pas un [lav] nitak la-asseh, car la donner à l'étranger est impossible une fois qu'on a transgressé le lo taasse de la consommation. Force est donc de dire que l'asseh se rapporte au départ : vous ne mangerez aucune neveila -- donne-la plutôt à l'étranger, et ne la mangez pas.
💡 Explication

Suite directe du folio précédent. Rabbi Yossi HaGuelili et Rabbi Akiva s'y opposaient sur ce que la ola vient expier : pour l'un, les mitsvot positives et les interdits nitak la-asseh ; pour l'autre, un interdit qui n'a aucune peine attachée. La guemara cherchait la nafka mina -- et la voici : le lav de la neveila, la bête morte sans chehita.

La Tora écrit un commandement positif juste après cet interdit : à l'étranger qui est dans tes portes tu la donneras (Devarim 14,21). Rachi ferme aussitôt la porte à la lecture facile : ce ne peut pas être un vrai nitouk, puisqu'une neveila déjà mangée ne peut plus être donnée à personne. L'asseh vaut donc mei-ikara, dès le départ. Reste la vraie question : un lav suivi d'un asseh, même purement déclaratif, est-il encore un lav à part entière ?

🖼️ Schéma
Lav nitak la-asseh : où se place le commandement positif ? LE LAV tu ne mangeras pas LA TRANSGRESSION il a mangé L'ASSEH ÉCRIT JUSTE APRÈS à l'étranger tu la donneras Si l'asseh vaut APRÈS coup Il répare la faute déjà commise : l'interdit est dénoué vers un commandement positif -- lav nitak la-asseh. Pas de malkot. Le korban a une place à prendre. C'est la position de R. Yossi HaGuelili. Si l'asseh vaut DÈS LE DÉPART Il n'est qu'une autre façon d'énoncer l'interdit : donne-la à l'étranger, autrement dit ne la mange pas. Malkot. Le korban n'a rien à faire ici. C'est la position de R. Akiva. Le problème propre à la neveila, soulevé par Rachi Une fois la neveila mangée, la donner à l'étranger est matériellement impossible. L'asseh ne peut donc rien réparer. Force est de dire qu'il vaut dès le départ -- et toute la question devient : cela suffit-il à en faire un lav mealya ?
Où se place l'asseh par rapport à la faute -- et pourquoi la neveila est un cas limite : l'asseh y est écrit après, mais ne peut rien réparer.
2
רַבִּי עֲקִיבָא סָבַר: לָאו מְעַלְּיָא הוּא. וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי סָבַר: לָאו לָאו מְעַלְּיָא הוּא.

Rabbi Akiva estime : c'est un lav à part entière (lav mealya). Et Rabbi Yossi HaGuelili estime : ce n'est pas un lav à part entière.

📜 Rachi (2)
רַבִּי עֲקִיבָא סָבַר לָאו מְעַלְּיָא הוּא וְלוֹקִין עָלָיו וְלָאו דְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה נָמֵי עֲשֵׂה דְּבָתְרֵיהּ מֵעִיקָּרָא מַשְׁמַע וְהָכִי קָאָמַר קְרָא (וַיִּקְרָא יט) וְלֶקֶט קְצִירְךָ לֹא תְלַקֵּט אֶלָּא לֶעָנִי תַּעַזְבֶנּוּ וְלֹא תִּלְקְטֶנּוּ וְלָקֵי עָלֶיהָ וְאֵין עוֹלָה בָּאָה עָלָיו:
Rabbi Akiva estime que c'est un lav à part entière -- et l'on est flagellé pour lui. Et le lav du leket, de la chikhe'ha et de la pea également : l'asseh qui le suit se rapporte au départ, et voici ce que dit le verset (Vayikra 19) : et la glanure de ta moisson, tu ne la ramasseras pas -- laisse-la plutôt au pauvre, et ne la ramasse pas. Et l'on est flagellé pour cela, et la ola ne vient pas [l'expier].
וְר' יוֹסֵי הַגְּלִילִי סָבַר לָאו דִּנְבֵילָה אע"ג דְּעַל כָּרְחֲךָ עֲשֵׂה דְּבָתְרֵיהּ מֵעִיקָּרָא מַשְׁמַע הוֹאִיל וּבָתְרֵיהּ דְּלָאו כְּתִיב. אֵין לוֹקִין עָלָיו דְּלָא דָּמֵי לְלָאו דַּחֲסִימָה וּבָאָה עָלָיו עַוְלָה וְלָאו דְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה נָמֵי אֲפִילּוּ אָמְרִינַן דַּעֲשֵׂה דְּבָתְרֵיהּ מֵעִיקָּרָא הוּא מַשְׁמַע לָא לָקֵי עָלֶיהָ:
Et Rabbi Yossi HaGuelili estime -- que pour le lav de la neveila, bien que force soit de dire que l'asseh qui le suit se rapporte au départ, du seul fait qu'il est écrit après le lav, on n'est pas flagellé pour lui : il ne ressemble pas au lav de la hassima (museler le bœuf qui foule). Et la ola vient [l'expier]. Et le lav du leket, de la chikhe'ha et de la pea également : même si nous disons que l'asseh qui le suit se rapporte au départ, on n'est pas flagellé pour lui.
💡 Explication

Le désaccord se résume en une formule symétrique. Pour Rabbi Akiva, un asseh qui vaut dès le départ n'enlève rien à l'interdit : la neveila reste un lav mealya, on est flagellé, et la ola n'a rien à y faire. Rachi ajoute que Rabbi Akiva raisonne de même pour le leket, la chikhe'ha et la pea -- ta'azov y signifie également et ne ramasse pas, donc malkot.

Pour Rabbi Yossi HaGuelili, la seule présence d'un asseh après le lav suffit à le désamorcer, même sans nitouk véritable. Rachi donne le critère par contraste : ce lav ne ressemble pas au lav de la hassima -- l'interdit de museler le bœuf qui foule le grain, le lav nu par excellence, modèle de tous les interdits punis de malkot. Faute de ressembler au modèle, il perd la peine -- et gagne le korban.

3
אַבַּיֵּי אָמַר: דְּכֻולֵּי עָלְמָא לָאו דִּנְבֵילָה — לָאו מְעַלְּיָא הָוֵי, וְהָכָא ב״תַּעֲזֹוב״ קָא מִיפַּלְגִי,

Abaye dit : de l'avis de tous, le lav de la neveila est un lav à part entière ; et ici, c'est au sujet du mot ta'azov (tu laisseras) qu'ils divergent,

📜 Rachi (2)
אַבַּיֵּי אָמַר דכ"ע לָאו דִּנְבֵילָה דע"כ עֲשֵׂה דְּבָתְרֵיהּ מֵעִיקָּרָא מַשְׁמַע וְלָאו מְעַלְּיָא הָוֵי וּמַלְקִינַן עָלֶיהָ:
Abaye dit : de l'avis de tous, le lav de la neveila -- car force est de dire que l'asseh qui le suit se rapporte au départ, c'est donc un lav à part entière et l'on flagellé pour lui.
וְהָכָא בְּתַעֲזֹוב הַכָּתוּב אַחַר לָאו שֶׁל לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה קָא מִיפַּלְגִי:
Et ici, sur ta'azov -- écrit après le lav du leket, de la chikhe'ha et de la pea, c'est là qu'ils divergent.
🗂️ Tossefot (1)
לָאו דִּנְבֵילָה אִיכָּא בֵינַיְיהוּ ה"נ הָוֵי מָצֵי לְמֵימַר טְרֵיפָה דִּכְתִיב (שְׁמוֹת כ״ב:ל׳) וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵיפָה לֹא תֹאכֵלוּ לַכֶּלֶב תַּשְׁלִיכוּן אֹותוֹ וְלֵיכָּא לְמֵימַר לְכֻולֵּי עָלְמָא לָא לָקֵי אַהַהוּא לָאו דִּטְרֵיפָה דְּהָוֵי לֵיהּ לָאו שֶׁבִּכְלָלוּת דְּאִיצְטְרִיךְ לִבְשַׂר קָדָשִׁים שֶׁיָּצְאוּ חוּץ לַמְּחִיצָּה וּלְהוֹצִיא הָעֻובָּר אֶת יָדוֹ קֹודֶם שְׁחִיטָה בְּפֶרֶק בְּהֵמָה הַמְקַשָּׁה (חֻולִּין דַּף סח.) דְּהָא לִטְרֵיפָה דִּכְתִיב בְּהֶדְיָא לָא הָוֵי לָאו שֶׁבִּכְלָלוּת כִּדְמַשְׁמַע בר"פ כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף כֹּד.) גַּבֵּי נוֹתָר וְגַבֵּי נָא וּמְבֻושָּׁל וע"ש וּלְעִנְיַן קָדָשִׁים וְעוֹבֵר הוּא דְּהָוֵי לָאו שֶׁבִּכְלָלוּת וְהָא דְּאָמַר בְּפֶרֶק אֵלּוּ הֵן הַלּוֹקִין (מַכּוֹת דַּף יח.) גַּבֵּי זָר שֶׁאָכַל אֶת הָעוֹלָה חוּץ לַחוֹמָה לִפְנֵי זְרִיקָה וּפָרִיךְ וְלִילְקֵי נָמֵי מִשּׁוּם וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ הָתָם לָאו מַלְקוּת מַמָּשׁ קָאָמַר אֶלָּא אִיסּוּרָא בְּעָלְמָא כִּדְמוֹכַח סֻוגְיָא דְּהָתָם דְּאִיסּוּרָא קָאָמַר ונ"ל לְתָרֵץ דִּלְהָכֵי לֹא קָאָמַר טְרֵיפָה דַּאֲפִילּוּ רַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי לֹא חֲשִׁיב נִיתּוּק כֵּיוָן דְּלָא נִיתַּק כָּל מַה שֶׁבְּלָאו דִּבְלָאו [כּוֹלֵל] נָמֵי קָדָשִׁים שֶׁיָּצְאוּ חוּץ לִמְחִיצָתָן וְאַהָנָךְ לָא קָאֵי לַכֶּלֶב תַּשְׁלִיכוּן ואע"פ כֵּן מָצָאתִי בְּסֵפֶר אֶחָד לָאו דִּנְבֵילָה וּטְרֵיפָה אִיכָּא בֵינַייְהוּ אֲבָל תֵּימַהּ לִי אַמַּאי לָא קָאָמַר לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה אִיכָּא בֵינַייְהוּ וּפְלִיאָה גְּדוֹלָה מְאֹד דְּשָׁבַק לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵיאָה דְּאַייְּרִי בְּהוּ וּנְקַט נְבֵילָה ונ"ל דְּמֵעִיקָּרָא בָּעֵי לְמֵימַר דִּנְבֵילָה אִיכָּא בֵינַייְהוּ וְכֵיוָן דְּאַשְׁכְּחַן מִילְּתָא אַחֲרִיתִי דְּאִיכָּא בֵּינַיְיהוּ אִיכָּא לְמֵימַר דִּלְתַרְוַייְהוּ מְכַפֶּרֶת עַל לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵיאָה לְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי דְּלָא הִזְכִּיר נִיתּוּק בִּדְבָרָיו מְכַפֵּר אע"ג דְּלָאו נִיתּוּק גָּמוּר הוּא וְשַׁמְעֵיהּ ר' עֲקִיבָא דִּסְבִירָא לֵיהּ כָּל לָאו שֶׁכָּתַב עֲשֵׂה אַחֲרָיו אע"ג דְּלָאו נִיתּוּק הוּא לְתַקֵּן אַחֲרָיו הַלָּאו לְאַחַר שֶׁעָבַר עָלָיו עוֹלָה מְכַפֶּרֶת עָלָיו וּתְנָא לֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה וְהוּא הַדִּין לִנְבֵילָה וְקָאָמַר לֵיהּ רַבִּי עֲקִיבָא בְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה מוֹדֵינָא לָךְ דִּלְדִידִי סְבִירָא לִי דְּהָוֵי נִיתּוּק גָּמוּר לְתַקֵּן הַלָּאו אַחַר שֶׁעָבַר עָלָיו דִּסְבִירָא לִי כְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל דְּאָמַר פֶּרֶק הַגּוֹזֵל קַמָּא (בּ"ק דַּף צַד.) מִצְוַת פֵּאָה לְהַפְרִישׁ מִן הַקָּמָה לֹא הִפְרִישׁ מִן הַקָּמָה כו' עַד רַבִּי יִשְׁמָעֵאל אוֹמֵר אַף מַפְרִישׁ מִן הָעִיסָּה וּמְפָרֵשׁ הָתָם דַּאֲפִילּוּ את"ל דְּשִׁינּוּי קוֹנֶה הָכָא חַייָּב מִשּׁוּם דִּכְתִיב תַּעֲזֹוב יַתִּירָא אַלְמָא אֲפִילּוּ אַחַר שֶׁעָבַר הַלָּאו לְגַמְרֵי אֲמַר קְרָא תַּעֲזֹוב וְתִפָּטֵר אִם כֵּן הָוֵה לֵיהּ נִיתּוּק גָּמוּר אֲבָל נְבֵילָה לֹא אֲבָל בָּתַר הָכִי דְּקָאָמַר דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא בָּעֵי נִיתּוּק גָּמוּר אָז צָרִיךְ לוֹמַר דְּלֶקֶט שִׁכְחָה וּפֵאָה אִיכָּא בֵינַייְהוּ שאל"כ מַאי בֵינַיְיהוּ א"נ דְּמֵעִיקָּרָא ס"ד דִּלְכֻולֵּי עָלְמָא תַּעֲזֹוב לְהַבָּא מַשְׁמַע וְנִיתּוּק גָּמוּר הוּא מִיהוּ רַבִּי עֲקִיבָא שַׁמְעֵיהּ לת"ק דַּאֲפִילּוּ אִי לָא הָוֵי נִיתּוּק מְכַפֵּר מִדְּלָא הִזְכִּיר בְּהֶדְיָא נִיתּוּק לַעֲשֵׂה אִם כֵּן הוּא הַדִּין נְבֵילָה:
Le lav de la neveila est ce qui les sépare -- il aurait pu dire de même la terefa, car il est écrit (Chemot 22,30) : et de la chair déchirée dans les champs vous ne mangerez pas, au chien vous la jetterez. Et l'on ne peut pas dire que de l'avis de tous on n'est pas flagellé pour ce lav de la terefa parce qu'il serait un lav che-bikhlalot (un interdit qui englobe plusieurs objets à la fois), du fait qu'il est nécessaire aussi pour la chair des kodachim sortie hors de son enclos et pour exclure le foetus qui a sorti sa patte avant la chehita, au chapitre Behema haMakcha (Houlin 68a) -- car pour la terefa, qui y est écrite explicitement, ce n'est pas un lav che-bikhlalot, comme cela ressort du début du chapitre Kol Chaa (Pessahim 24a) à propos du notar, du na et du mevouchal, vois-y ; c'est seulement quant aux kodachim et au foetus que c'est un lav che-bikhlalot. Et quant à ce qui est dit au chapitre Elou hen haLokin (Makot 18a) à propos d'un zar qui a mangé de la ola hors des murs avant la zerika, où l'on objecte : qu'il soit flagellé aussi à cause de et de la chair déchirée dans les champs vous ne mangerez pas -- là-bas il ne s'agit pas d'une flagellation réelle mais d'un simple interdit, comme le prouve la sougya de là-bas, qui parle d'interdit. Et il me semble répondre que s'il n'a pas dit la terefa, c'est que même Rabbi Yossi HaGuelili ne la considère pas comme nitak, puisque tout ce que contient le lav n'est pas dénoué : le lav inclut aussi les kodachim sortis hors de leur enclos, et sur ceux-là le au chien vous la jetterez ne porte pas. Et pourtant, j'ai trouvé dans un livre : le lav de la neveila et de la terefa est ce qui les sépare. Mais j'ai une difficulté : pourquoi n'a-t-il pas dit que le leket, la chikhe'ha et la pea sont ce qui les sépare ? Et c'est un très grand étonnement qu'il délaisse le leket, la chikhe'ha et la pea dont il est justement question, et prenne la neveila. Et il me semble qu'au départ il voulait dire que la neveila est ce qui les sépare ; et puisque nous avons trouvé une autre chose qui les sépare, on peut dire que pour les deux [tanaim la ola] expie le leket, la chikhe'ha et la pea : pour Rabbi Yossi HaGuelili, qui n'a pas mentionné le nitouk dans ses paroles, elle expie bien que ce ne soit pas un nitouk complet ; et Rabbi Akiva l'a entendu tenir que tout lav après lequel un asseh est écrit -- même si ce n'est pas un nitouk permettant de réparer le lav après l'avoir transgressé -- la ola l'expie ; et il a enseigné leket, chikhe'ha et pea, et il en va de même de la neveila. Et Rabbi Akiva lui dit : pour le leket, la chikhe'ha et la pea je te concède, car pour moi c'est un nitouk complet qui permet de réparer le lav après l'avoir transgressé, puisque je tiens comme Rabbi Yichmael qui dit au chapitre haGozel Kama (Baba Kama 94a) : la mitsva de la pea est de la prélever sur la tige sur pied ; s'il ne l'a pas prélevée sur la tige... jusqu'à : Rabbi Yichmael dit, il prélève même sur la pâte. Et l'on explique là-bas que même si l'on dit que le changement acquiert, il est ici tenu [de donner] parce qu'il est écrit un ta'azov superflu -- il apparaît donc que même après avoir entièrement transgressé le lav, le verset dit ta'azov et il en est quitte ; c'est donc un nitouk complet. Mais la neveila, non. Toutefois, ensuite, quand il dit que de l'avis de tous il faut un nitouk complet, il faut alors dire que le leket, la chikhe'ha et la pea sont ce qui les sépare -- car sinon, quelle serait la différence entre eux ? Ou encore : au départ on pensait que de l'avis de tous ta'azov se rapporte à l'avenir et que c'est un nitouk complet ; toutefois Rabbi Akiva a entendu le tana kama tenir que même si ce n'était pas un nitouk, [la ola] expie -- puisqu'il n'a pas mentionné explicitement le nitouk la-asseh ; et s'il en est ainsi, il en va de même de la neveila.
💡 Explication

Abaye refuse ce compte rendu et en propose un autre. Sur la neveila, dit-il, il n'y a aucune divergence : puisque l'asseh y vaut nécessairement dès le départ, tout le monde admet que c'est un lav mealya et que l'on flagellé. Le point de friction est ailleurs -- dans le mot ta'azov écrit après les interdits du leket, de la chikhe'ha et de la pea (Vayikra 19,9-10).

Ce déplacement n'est pas cosmétique : il change la nafka mina de la mahloket et il rend le débat plus fin. On ne discute plus de la nature d'un asseh en général, mais du temps auquel un mot précis renvoie. C'est exactement ce que Tossefot va trouver déroutant : la sougya parlait du leket, et la guemara avait annoncé la neveila.

4
דְּרַבִּי עֲקִיבָא סָבַר: ״תַּעֲזֹוב״ מֵעִיקָּרָא מַשְׁמַע, וְרַבִּי יוֹסֵי הַגְּלִילִי סָבַר: הַשְׁתָּא מַשְׁמַע.

car Rabbi Akiva estime que ta'azov se rapporte au départ (mei-ikara), et Rabbi Yossi HaGuelili estime qu'il se rapporte à maintenant (hachta).

📜 Rachi (2)
ור"ע סָבַר מֵעִיקָּרָא קֹודֶם לְקִיטָה קָאֵי עֲשֵׂה וְלָקֵי עָלֶיהָ דְּלָא נִיתַּק לַעֲשֵׂה וְאֵין עוֹלָה בָּאָה עָלָיו:
Et Rabbi Akiva estime -- que dès le départ, avant la cueillette, l'asseh est en vigueur ; on est donc flagellé pour lui, car il n'est pas nitak la-asseh, et la ola ne vient pas [l'expier].
רַבִּי יוֹסֵי סָבַר הַשְׁתָּא מַשְׁמַע אַחַר שֶׁלָּקַט וְעָבַר עַל לֹא תַעֲשֶׂה נִתְּקוֹ הַכָּתוּב לַעֲשֵׂה וְצִוָּהוּ לְעָוזְבוֹ שָׁם לֶעָנִי וְלַגֵּר וּלְפִיכָךְ אֵין לוֹקִין עָלָיו:
Rabbi Yossi estime qu'il se rapporte à maintenant -- après qu'il a ramassé et transgressé le lo taasse, le verset l'a dénoué vers un asseh et lui a ordonné de le laisser là pour le pauvre et pour l'étranger ; c'est pourquoi on n'est pas flagellé pour lui.
💡 Explication

Voici la mahloket sous sa forme la plus nue : un seul mot, deux moments. Mei-ikara -- ta'azov parle du grain encore sur pied : laisse-le là, ne le coupe pas. Le verbe ne fait alors que redire l'interdit, qui reste entier, et le moissonneur fautif encourt les malkot ; la ola n'a rien à expier.

Hachta -- ta'azov parle du grain déjà dans la main : même après avoir moissonné, tu dois encore l'abandonner au pauvre. Le verset ouvre une réparation après la faute : c'est le nitouk, il n'y a pas de malkot, et la ola trouve exactement la place que Rabbi Yossi HaGuelili lui reconnaît. Le même mot hébreu porte donc, selon le moment où on le situe, une peine corporelle ou un korban.

🖼️ Schéma
Ta'azov -- avant ou après ? Le même mot, deux moments Leket, chikhe'ha et pea : les parts du pauvre que le moissonneur doit laisser dans le champ. le grain est sur pied il moissonne le coin, il ramasse la glanure -- transgression du lav -- le grain est dans sa main R. Akiva : ta'azov mei-ikara Le mot vise le moment où le grain est encore debout. Il reformule l'interdit, il ne le répare pas. Lav entier -- malkot, et pas de ola. R. Yossi HaGuelili : ta'azov hachta Le mot vise le moment d'après : même déjà ramassé, le grain doit encore être abandonné au pauvre. Lav nitak la-asseh -- pas de malkot, la ola expie. La grande perplexité de Tossefot Puisque la sougya porte sur le leket, la chikhe'ha et la pea, pourquoi la guemara annonce-t-elle la nafka mina sur la neveila ? Réponse : au départ, on croyait que le leket était expié par les deux -- seule la neveila les séparait. C'est la seconde lecture qui déplace tout.
Le mot ta'azov place sur la ligne du temps de la moisson -- avant ou après la faute. C'est toute la mahloket selon Abaye.
5
תָּנוּ רַבָּנַן: כֵּיצַד מִתְוַדֶּה? ״עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי וְחָטָאתִי״, וְכֵן בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ הוּא אוֹמֵר: ״וְהִתְוַדָּה עָלָיו אֶת כָּל עֲוֹנֹות בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאֶת כָּל פִּשְׁעֵיהֶם לְכָל חַטֹּאתָם״, וְכֵן בְּמֹשֶׁה הוּא אוֹמֵר: ״נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה״, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: עוֹנוֹת אֵלּוּ הַזְּדוֹנוֹת, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״הִכָּרֵת תִּכָּרֵת הַנֶּפֶשׁ הַהִיא עֲוֹנָהּ בָּהּ״.

Nos maîtres ont enseigné : comment se confesse-t-il ? J'ai commis des avonot, j'ai commis des péchaïm, et j'ai commis des hataim.

Et de même, à propos du bouc émissaire, il est dit : Il confessera sur lui toutes les fautes (avonot) des enfants d'Israël et toutes leurs rébellions (péchaïm), pour toutes leurs erreurs (hataot). Et de même, à propos de Moche, il est dit : Il supporte la faute (avon), la rébellion (pécha) et l'erreur (hataa) -- paroles de Rabbi Meir.

Et les Sages disent : les avonot, ce sont les fautes volontaires (zedonot) ; et de même il est dit : Cette âme sera assurément retranchée, son avon est sur elle.

📜 Rachi (1)
וְכֵן בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ הוּא אוֹמֵר עוֹנוֹת תְּחִילָּה וְאח"כ פְּשָׁעִים וְאַחַר כָּךְ חֲטָאִים:
Et de même, à propos du bouc émissaire, il est dit -- les avonot d'abord, puis les péchaïm, puis les hataim.
⚖️ Rosh (1)
[דַּף פז ע"ב] תָּנוּ רַבָּנַן מִצְוַת וִידּוּי עֶרֶב יוֹם הַכִּפּוּרִים עִם חֲשֵׁיכָה דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים צָרִיךְ שֶׁיִּתְוַדֶּה קֹודֶם שֶׁיֹּאכַל וְיִשְׁתֶּה שֶׁמָּא יֶאֱרַע דְּבַר קִלְקוּל בַּסְּעוּדָה. וְאַף עַל פִּי שֶׁהִתְוַדָּה קֹודֶם אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה מִתְוַדֶּה לְאַחַר אֲכִילָה. ואע"פ שֶׁהִתְוַדָּה עַרְבִית מִתְוַדֶּה שַׁחֲרִית. בְּשַׁחֲרִית יִתְוַדֶּה בְּמוּסָף. בְּמוּסָף יִתְוַדֶּה בְּמִנְחָה. בְּמִנְחָה יִתְוַדֶּה בִּנְעִילָה. וְהֵיכָן אוֹמְרָהּ. יָחִיד אַחַר תְּפִלָּתוֹ. מַאי אָמַר. אָמַר רַב אַתָּה יוֹדֵעַ רָזֵי עוֹלָם. וּשְׁמוּאֵל אָמַר אַתָּה מֵבִין תַּעֲלוּמוֹת לֵב. לֵוִי אָמַר בְּתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר כִּי בַיּוֹם הַזֶּה יְכַפֵּר עֲלֵיכֶם. רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר רִבּוֹן הָעוֹלָמִים רַבּוּ עֲוֹנֹותֵינוּ מִלִּמְנוֹת וְאַשְׁמוֹתֵינוּ עַצְמוֹ מִסְפָּר. רַב הוּנָא אָמַר אֱ-לֹהַי עַד שֶׁלֹּא נוֹצַרְתִּי אֵינִי כְּדַאי וְכוּ'. אָמַר רַב הַמְּדוּדִי לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא אָמַר אֲבָל חָטָאנוּ. אֲבָל אִם אָמַר אֲבָל חָטָאנוּ לֹא צָרִיךְ. וַאֲמַר רַב הַמְדּוּדֵי הֲוָה קָאֵימְנָא קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל וַהֲוָה יָתֵיב כַּד מָטֵי שְׁלִיחַ צִיבּוּר לְמֵימַר אֲבָל חָטָאנוּ קָם אַכְרְעֵיהּ. שְׁמַע מִינַּהּ עִיקַּר וִידּוּי מְעֻומָּד הוּא. (לְעֵיל דַּף לוֹ:) תָּנוּ רַבָּנַן כֵּיצַד מִתְוַדֶּה אוֹמֵר עָוִיתִי פָּשַׁעְתִּי חָטָאתִי. וְכֵן בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ הוּא אוֹמֵר וְהִתְוַדָּה עָלָיו אֶת כָּל עֲוֹנֹות בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאֶת כָּל פִּשְׁעֵיהֶם לְכָל חַטֹּאתָם. וְכֵן בְּמֹשֶׁה הוּא אוֹמֵר נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים עֲוֹנוֹת אֵלּוּ הַזְּדוֹנוֹת שֶׁנֶּאֱמַר הִכָּרֵת תִּכָּרֵת וְגוֹ' וּפֹשְׁעִים אֵלּוּ הַמְּרָדִים שֶׁנֶּאֱמַר מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי וְכֵן הוּא אוֹמֵר אָז תִּפְשַׁע לְבָנָה. חֲטָאִים אֵלּוּ הַשְּׁגָגוֹת שֶׁנֶּאֱמַר וְנֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא בִּשְׁגָגָה. וְכִי מֵאַחַר שֶׁהִתְוַדָּה עַל הַזְּדוֹנוֹת וְעַל הַמְּרָדִים וְכִי חוֹזֵר וּמִתְוַדֶּה עַל הַשְּׁגָגוֹת. אֶלָּא אוֹמֵר אָנָּא שָׂא נָא לַחֲטָאִים וְלָעֲוֹנוֹת וְלַפְּשָׁעִים שֶׁחָטָאתִי וְשֶׁעָוִיתִי וְשֶׁפָּשַׁעְתִּי. וְכֵן בְּדָוִד הוּא אוֹמֵר חָטָאנוּ עִם אֲבוֹתֵינוּ הֶעֱוִינוּ וְהִרְשַׁעְנוּ. וְכֵן בְּדָנִיֵּאל חָטָאנוּ וְעָוִינוּ וְהִרְשַׁעְנוּ וּמָרָדְנוּ. אֶלָּא מַה שֶׁאָמַר מֹשֶׁה נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה וְנַקֵּה. אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם בְּשָׁעָה שֶׁחוֹטְאִים יִשְׂרָאֵל וְעוֹשִׂין תְּשׁוּבָה עֲשֵׂה לָהֶם זְדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת. אָמַר רַבָּה בַּר שֵׁילָא אָמַר רַב הֲלָכָה כְּדִבְרֵי חֲכָמִים. הָהוּא דִּנְחֵת קַמֵּיהּ דְּרָבָא וַעֲבַד כְּרַבִּי מֵאִיר אֲמַר לֵיהּ שָׁבְקַתְּ רַבָּנַן וְעָבְדַתְּ כְּרַבִּי מֵאִיר. אֲמַר לֵיהּ כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לִי כְּדִכְתִיב. בְּסֵפֶר אוֹרָייְתָא. וְהָרַב אַלְפָסִי פָּסַק כְּרַבָּנָן וְכֵן בַּעַל הַהֲלָכוֹת וְרַב פַּלְטוֹיָא וְרַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל וּבְתוֹרַת כֹּהֲנִים נָמֵי תַּנְיָא כְּרַבָּנָן. וְרַב סְעַדְיָה פָּסַק כְּרָבָא. וְכֵן פָּסַק הרי"ץ גֵּיאוּת זַ"ל וּבַעַל הָעִיטּוּר. וֶהֱבִיאוֹ רְאָיָה מִדְּשָׁתַק לֵיהּ רָבָא לְהַהוּא דְּנָחַת קַמֵּיהּ שְׁמַע מִינָּה קַבָּלָה וַהֲלָכָה כְּרָבָא דְּהוּא בָּתְרָאָה וּנְהִיגִי עַמָּא כְּרַבָּנָן: תָּנוּ רַבָּנַן (לְעֵיל לז.) מִנַּיִן שֶׁוִּידּוּיוֹ שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים בַּאֲנָא. נֶאֱמַר כָּאן כַּפָּרָה וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וְנֶאֱמַר בְּחוֹרֵב כַּפָּרָה אוּלַי אֲכַפְּרָה בְּעַד חַטַּאתְכֶם מַה לְהַלָּן בְּאָנָּא אַף כָּאן בְּאָנָּא. וּמִנַּיִן שֶׁבַּשֵּׁם נֶאֱמַר כָּאן כַּפָּרָה וְנֶאֱמַר בְּעֶגְלָה עֲרוּפָה כַּפָּרָה מַה לְהַלָּן בַּשֵּׁם דִּכְתִיב כַּפֵּר לְעַמְּךָ יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר פָּדִיתָ ה' אַף כָּאן בְּשֵׁם. וְתַנְיָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי בַּתּוֹסֶפְתָּא אָנָּא ה' עָוִיתִי וְכוּ' אָנָּא ה' כַּפֵּר נָא וְכוּ' וְכֵן בְּתוֹרַת כֹּהֲנִים. וְכֵן יֵשׁ בְּמִקְצָת סְפָרִים. וּבַיְּרוּשַׁלְמִי (פ"ג ה"ז) גָּרְסִינַן אָמַר רַבִּי חַגַּי בָּרִאשׁוֹנָה הָיָה אוֹמֵר אָנָא הַשֵּׁם וּבַשְּׁנִיָּה אֲנָא בְּשֵׁם. וְכָתַב רַבֵּינוּ חֲנַנְאֵל זַ"ל לָא מַשְׁגִּיחִין לְרַבִּי חַגַּי לְגַבֵּי מַתְנִיתִין. וּבְסֵדֶר רַבֵּינוּ וְהַבַּבְלִי יָסַד שְׁנֵיהֶם אָנָּא הַשֵּׁם וּבְסֵדֶר אַתָּה כּוֹנַנְתָּ בָּרִאשׁוֹנָה אָנָּא הַשֵּׁם וּבַשְּׁנִיָּה אָנָּא בְּשֵׁם. וְכָתַב רָאַבְיָ"ה כֵּיוָן שֶׁפֵּירֵשׁ רַבִּי חַגַּי בִּירוּשַׁלְמִי דְּבָרִאשׁוֹנָה אָנָּא הַשֵּׁם וּבַשְּׁנִיָּה אֲנָא בְּשֵׁם הָכִי עָבְדִינַן דְּאָמוֹרָאֵי בְּקִיאִים בַּגִּירְסָא טְפֵי מִינָן. וְסָבוּר אֲנִי דַּאֲנָא הַשֵּׁם דְּהָיָה אוֹמֵר וּבַשְּׁנִיָּה אֲנָא בְּשֵׁם אֶלָּא שֶׁהַמִּשְׁנָה נִישְׁנֵית בִּלְשׁוֹן הָעוֹלָם. וְרַב הַאי אָמַר לֹא בַּלָּשׁוֹן הַזֶּה הָיָה אוֹמֵר כ"ג אָנָּא הַשֵּׁם אֶלָּא שֵׁם בֶּן שְׁנַיִם וְאַרְבָּעִים אוֹתִיּוֹת וַעֲדַייִן מָצוּי בִּישִׁיבָה בְּקַבָּלָה וְיָדוּעַ לַחֲכָמִים. וְאֵין נִרְאֶה לִי דִּבְרֵי רַב הַאי בָּזֶה דְּכֵיוָן דְּיָלְפִינַן בִּגְזֵרָה שָׁוָה מֵעֶגְלָה עֲרוּפָה הַזְכָּרַת הַשֵּׁם שֶׁל אַרְבַּע אוֹתִיּוֹת אֵין לְשַׁנּוֹת אֶלָּא כְּמוֹ שֶׁנִּכְתַּב בַּפָּסוּק הוּא מַזְכִּירוֹ אֶלָּא שֶׁמַּזְכִּירוֹ כִּכְתָבוֹ וְהוּא נִקְרָא שֵׁם הַמְפֹורָשׁ. וְהוּא מָקוֹר לְכָל הַשֵּׁמוֹת כִּי כֻּולָּן נֶאֱצָלִין מִמֶּנּוּ וְעָלָיו נֶאֱמַר (סַנְהֶדְרִין צ.) הַהוֹגֶה אֶת הַשֵּׁם בְּאוֹתִיּוֹתָיו נֶעֱקַר מִן הָעוֹלָם דְּאֵין לְהַזְכִּירוֹ בְּגִבּוּלִין. נִמְצָא בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים מִנְהָג שֶׁל יְשִׁיבָה. בְּשַׁחֲרִית שִׁבְעָה פְּעָמִים וְיַעֲבֹור. בְּמוּסָף שִׁבְעָה בְּמִנְחָה שִׁשָּׁה בִּנְעִילָה שְׁלֹשָׁה:
[folio 87b] Nos maîtres ont enseigné : la mitsva du viddouy se fait la veille de Yom Kippour, à la tombée de la nuit -- paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : il faut se confesser avant de manger et de boire, de peur qu'un incident ne survienne au cours du repas. Et bien qu'il se soit confessé avant de manger et de boire, il se confesse [de nouveau] après avoir mangé. Et bien qu'il se soit confessé le soir, il se confesse le matin ; le matin, il se confessera à Moussaf ; à Moussaf, il se confessera à Minha ; à Minha, il se confessera à Neila. Et où le dit-on ? L'individu, après sa prière. Que dit-il ? Rav a dit : Tu connais les secrets du monde. Et Chemouel a dit : Tu comprends les mystères du cœur. Levi a dit : dans Ta Tora il est écrit -- car en ce jour Il expiera pour vous. Rabbi Yo'hanan a dit : Maître des mondes, nos fautes sont trop nombreuses pour être comptées et nos manquements trop grands pour être dénombrés. Rav Houna a dit : Mon Dieu, avant que je fusse formé je n'étais pas digne, etc. Rav haMedoudi a dit : on n'a enseigné cela que lorsqu'il n'a pas dit aval hatanou (mais nous avons fauté) ; mais s'il a dit aval hatanou, ce n'est plus nécessaire. Et Rav haMedoudi a dit : je me tenais devant Chemouel, et il était assis ; lorsque le chalia'h tsibbour arriva à dire aval hatanou, il se leva sur ses pieds. On en déduit que le viddouy proprement dit se dit debout. (Ci-dessus 36b) Nos maîtres ont enseigné : comment se confesse-t-il ? Il dit aviti, pachati, hatati. Et de même, à propos du bouc émissaire, il est dit : il confessera sur lui toutes les avonot des enfants d'Israël et toutes leurs péchaïm, pour toutes leurs hataot. Et de même, à propos de Moche, il est dit : il supporte l'avon, le pécha et la hataa -- paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : les avonot, ce sont les zedonot, ainsi qu'il est dit : il sera assurément retranché, etc. ; les péchaïm, ce sont les rébellions, ainsi qu'il est dit : le roi de Moav s'est rebelle contre moi, et de même il est dit : alors Livna se rebella. Les hataim, ce sont les fautes par inadvertance, ainsi qu'il est dit : et une âme qui fautera par inadvertance. Or, puisqu'il s'est déjà confessé sur les fautes volontaires et sur les rébellions, reviendrait-il se confesser sur les inadvertances ? Il dit plutôt : de grâce, pardonne les hataim, les avonot et les péchaïm que j'ai commis par inadvertance, par faute et par rébellion. Et de même, à propos de David, il est dit : nous avons fauté avec nos pères, nous avons commis des avonot et nous avons agi avec méchanceté. Et de même chez Daniel : nous avons fauté, nous avons commis des avonot, nous avons agi avec méchanceté et nous nous sommes rebelles. Mais alors, que signifie ce qu'a dit Moche -- il supporte l'avon, le pécha et la hataa, et Il absout ? Moche a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, lorsque Israël faute et fait techouva, rends-leur les fautes volontaires comme des inadvertances. Rabba bar Chila a dit au nom de Rav : la halakha est comme les Sages. Un certain [officiant] qui descendit devant Rava fit selon Rabbi Meir. Il lui dit : tu délaisses les Sages et tu fais selon Rabbi Meir ? Il lui répondit : je tiens comme Rabbi Meir, ainsi qu'il est écrit dans le rouleau de la Tora. Et le Rav Alfassi a tranché comme les Sages, ainsi que l'auteur des Halakhot [Guedolot], Rav Paltoy et Rabbenou Hananel, de mémoire bénie ; et dans le Torat Kohanim aussi on enseigne comme les Sages. Et Rav Saadia a tranché comme Rava, et de même ont tranché le Ri"ts Guiat, de mémoire bénie, et l'auteur du Itour ; et ils ont apporté une preuve du fait que Rava garda le silence devant celui qui descendit devant lui : on en déduit qu'il a accepté, et la halakha est comme Rava, qui est le dernier. Mais l'usage du peuple suit les Sages. Nos maîtres ont enseigné (ci-dessus 37a) : d'où sait-on que le viddouy de Yom Kippour se dit avec ana (de grâce) ? Il est dit ici kappara -- ve-khiper baado -- et il est dit à Horev kappara -- peut-être expierai-je (akhappera) pour votre faute ; de même que là-bas c'est avec ana, ici aussi c'est avec ana. Et d'où sait-on que c'est avec le Nom ? Il est dit ici kappara et il est dit à propos de la eguela aroufa kappara ; de même que là-bas c'est avec le Nom, comme il est écrit -- pardonne (kaper) à Ton peuple Israël que Tu as racheté, Hachem -- ici aussi c'est avec le Nom. Et l'on enseigne au deuxième chapitre de la Tossefta : Ana Hachem, aviti, etc. ; Ana Hachem, kaper na, etc. Et de même dans le Torat Kohanim, et de même dans certains livres. Et dans le Yerouchalmi (chap. 3, hal. 7) nous lisons : Rabbi Haggai a dit, la première fois il disait Ana haChem et la seconde Ana be-Chem. Et Rabbenou Hananel, de mémoire bénie, a écrit : on ne tient pas compte de Rabbi Haggai face à la michna. Et dans le seder de Rabbenou et dans le [seder] babylonien, on a établi les deux fois Ana haChem ; et dans le seder Ata Konanta, la première fois Ana haChem et la seconde Ana be-Chem. Et le Raavia a écrit : puisque Rabbi Haggai a expliqué dans le Yerouchalmi que la première fois c'est Ana haChem et la seconde Ana be-Chem, c'est ainsi que nous faisons, car les Amoraim sont plus experts que nous dans la version. Et je pense que c'est bien Ana haChem qu'il disait, et la seconde fois Ana be-Chem, sauf que la michna a été enseignée dans la langue courante. Et Rav Haï a dit : ce n'est pas dans cette formulation que le Cohen gadol disait Ana haChem, mais [avec] le Nom de quarante-deux lettres, qui se trouve encore dans la yechiva par tradition et qui est connu des sages. Et les paroles de Rav Haï ne me paraissent pas justes sur ce point : puisque nous apprenons par gezera chava de la eguela aroufa la mention du Nom de quatre lettres, il n'y a pas lieu d'en changer -- c'est tel qu'il est écrit dans le verset qu'il le mentionne, sauf qu'il le mentionne selon son orthographe, et c'est cela qu'on appelle le Chem haMeforach. Et il est la source de tous les Noms, car tous en découlent ; et c'est à son sujet qu'il est dit (Sanhédrin 90a) : celui qui prononce le Nom selon ses lettres est retranché du monde -- car on ne doit pas le mentionner hors [du Temple]. On trouve dans les responsa des Gueonim l'usage de la yechiva : le matin, sept fois vaYaavor ; à Moussaf sept, à Minha six, à Neila trois.
💡 Explication

Nouvelle sougya, et changement complet de registre. On quitte le droit pénal pour la liturgie : quelle est la formule du viddouy que le Cohen gadol prononce sur son taureau ? Trois verbes hébreux, tirés de trois racines, et toute la question sera leur ordre.

Rabbi Meir ordonne aviti, pachati, hatati et l'appuie sur deux versets où les trois termes apparaissent dans cet ordre : le viddouy sur le bouc émissaire (Vayikra 16,21) -- Rachi souligne la séquence exacte -- et les treize middot révélées à Moche (Chemot 34,7). Deux versets, dont l'un porte précisément sur un viddouy de Yom Kippour : l'appui paraît solide.

Les Sages ne répondent pas d'abord par un autre verset, mais par un lexique. Ils définissent chaque mot pour en établir la gravité : avon = zadon, la faute voulue, puisque le verset qui l'emploie parle de karet (Bamidbar 15,31). La suite du raisonnement découlera de ces définitions.

6
פְּשָׁעִים אֵלּוּ הַמְּרָדִים, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי״, וְאוֹמֵר: ״אָז תִּפְשַׁע לִבְנָה בָּעֵת הַהִיא״. ״לְכָל חַטָּאתָם״ אֵלּוּ הַשְּׁגָגוֹת, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״נֶפֶשׁ כִּי תֶחֱטָא בִשְׁגָגָה״. וּמֵאַחַר שֶׁהִתְוַדָּה עַל הַזְּדוֹנוֹת וְעַל הַמְּרָדִים חוֹזֵר וּמִתְוַדֶּה עַל הַשְּׁגָגוֹת?!

Les péchaïm, ce sont les rébellions (meradim) ; et de même il est dit : Le roi de Moav s'est rebelle (pacha) contre moi, et il est dit : Alors Livna se rebella en ce temps-là. Pour toutes leurs hataot -- ce sont les fautes par inadvertance (chegagot) ; et de même il est dit : Une âme qui fautera par inadvertance.

Or, puisqu'il s'est confessé sur les fautes volontaires et sur les rébellions, reviendrait-il se confesser sur les inadvertances ?!

📜 Rachi (4)
הַמְּרָדִים הָעוֹשֶׂה לְהַכְעִיס:
Les rébellions -- celui qui agit pour irriter.
מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי מָרַד בֵּי:
Le roi de Moav pacha contre moi -- il s'est rebelle contre moi.
אָז תִּפְשַׁע לְבָנָה מָרְדוּ יוֹשְׁבֵי לְבָנָה עַל מֶלֶךְ יְהוּדָה:
Alors Livna tifcha -- les habitants de Livna se sont rebelles contre le roi de Yehouda.
חוֹזֵר וּמִתְוַדֶּה כּוּ' בִּתְמִיָּה אִם עַל זְדוֹנוֹת יִמְחֲלוּ לוֹ אֵין צָרִיךְ לְבַקֵּשׁ שׁוּב עַל הַשְּׁגָגוֹת:
Reviendrait-il se confesser, etc. -- sur un ton d'étonnement : si on lui pardonne les fautes volontaires, il n'a pas besoin de demander encore pour les inadvertances.
🪔 Ben Yehoyada (3)
וּמֵאַחַר שֶׁהִתְוַדָּה עַל הַזְּדוֹנוֹת וְעַל הַמְּרָדִים , חוֹזֵר וּמִתְוַדֶּה עַל הַשְּׁגָגוֹת?. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אֵיךְ יְתָרֵץ רַבִּי מֵאִיר קֻושְׁיָא זוֹ דַּחֲכָמִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל הַטַּעַם דְּחִיְּיבָה תּוֹרָה קָרְבָּן עַל הַשּׁוֹגֵג מֵאַחַר דְּנַעֲשָׂה בְּלִי דַּעַת הַיְינוּ טַעְמָא דְּאָמְרִינַן בְּסִיבַּת עֲשׂוֹתוֹ תְּחִילָּה (וַיִּקְרָא ד, כז) 'אַחַת מִמִּצְוֹ‍ת ה' אֲשֶׁר לֹא תֵּעָשֶׂינָה' בְּמֵזִיד לְכָךְ נִמְשַׁךְ לוֹ אַחַר כָּךְ הַשּׁוֹגֵג ד'שְׂכַר עֲבֵרָה, עֲבֵרָה' (מִשְׁנָה אָבוֹת ד, ב) דְּאִם לֹא כֵן אֵין הַקב"ה מֵבִיא תַּקָּלָה עַל יְדֵי צַדִּיקִים (חֻולִּין ה:) עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הַשּׁוֹגֵג נוֹלַד מִן הַמֵּזִיד, וְלָכֵן לְרַבִּי מֵאִיר יִתְוַודֶּה עַל הַשּׁוֹגֵג אַחַר הַמֵּזִיד שֶׁיַּזְכִּיר תְּחִילָּה אֶת הַמּוֹלִיד וְאַחַר כָּךְ אֶת הַנּוֹלָד. בְּרַם קָשֶׁה לְרַבִּי מֵאִיר אַמַּאי הֻוצְרַךְ לְהָבִיא שְׁנֵי פְּסוּקִים פָּסוּק (וַיִּקְרָא טז, כא) 'וְהִתְוַדָּה' וּפָסוּק נוֹשֵׂא עָוֹן, וְעוֹד פָּסוּק (שְׁמוֹת לד, ז) 'נִשָּׂא עָוֹ‍ן' קָדִים וַהֲוָה לֵיהּ לְהַזְכִּירוֹ תְּחִילָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהֵבִיא תְּחִילָּה פָּסוּק 'וְהִתְוַדָּה' מִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּאוֹתוֹ עִנְיָן עַצְמוֹ שֶׁל וִדּוּי כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים אַךְ מִפָּסוּק זֶה לְבַדּוֹ לֵיכָּא הוֹכָחָה גְּמוּרָה דְּבָזֶה הַכָּתוּב בָּא לְצַוּוֹת אוֹתוֹ שֶׁיִּתְוַדֶּה וְכֵיוָן דְּהוּא מְצַוֵּוהוּ עַל חַטָּאתָם נָקֵיט סֵדֶר זֶה כְּדֶרֶךְ לֹא זוֹ אַף זוֹ דְּלָא מִבַּעְיָא שֶׁיִּתְוַדֶּה עַל פְּשָׁעִים שֶׁלָּהֶם אֶלָּא גַּם עַל חַטָּאתָם יִתְוַדֶּה, וּמְנָא לֵיהּ דְּאִם הָאָדָם מְבַקֵּשׁ דֶּרֶךְ תְּפִלָּה לִפְנֵי הקב"ה שֶׁיַּזְכִּיר עָוֹן בְּרֵישָׁא לְכָךְ הֵבִיא פָּסוּק 'נִשָּׂא עָוֹ‍ן' שֶׁהוּא דֶּרֶךְ תְּפִלָּה וְנָקֵיט עָוֹן בְּרֵישָׁא.
Or, puisqu'il s'est confessé sur les zedonot et sur les meradim, reviendrait-il se confesser sur les chegagot ? -- Il y a lieu de demander comment Rabbi Meir répondra à cette objection des Sages. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, [de répondre] d'après ce qu'a dit notre maître le Maharam Alchikh, de mémoire bénie : la raison pour laquelle la Tora a imposé un korban sur la faute commise par inadvertance, alors même qu'elle a été faite sans intention, est celle-ci -- nous disons que la cause en est qu'il a d'abord accompli volontairement une des mitsvot de Hachem qui ne doivent pas être faites (Vayikra 4,27), et que l'inadvertance s'en est ensuivie, car le salaire d'une faute est une faute (Avot 4,2) ; sinon, le Saint béni soit-Il ne fait pas trébucher les justes (Houlin 5b), vois-y. Il en ressort que la faute par inadvertance naît de la faute volontaire ; c'est pourquoi, selon Rabbi Meir, il se confesse sur l'inadvertance après le volontaire -- afin de mentionner d'abord ce qui engendre, ensuite ce qui est engendré. Toutefois, une difficulté demeure pour Rabbi Meir : pourquoi a-t-il eu besoin d'apporter deux versets, le verset vehitvada (Vayikra 16,21) et le verset nosse avon ? Et de plus, le verset nosse avon (Chemot 34,7) est antérieur -- il aurait donc dû le mentionner en premier ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a apporté d'abord le verset vehitvada parce qu'il est écrit à propos du sujet même du viddouy du Cohen gadol à Yom Kippour ; mais de ce verset seul il n'y a pas de preuve décisive, car ce verset vient lui ordonner de se confesser, et puisqu'il le lui commande à propos de leurs fautes, il adopte cet ordre à la manière du lo zou af zou (non seulement ceci, mais même cela) : non seulement qu'il se confesse sur leurs péchaïm, mais qu'il se confesse aussi sur leurs hataot. Et d'où saurait-on que lorsqu'un homme demande par la prière devant le Saint béni soit-Il, il doit mentionner l'avon en premier ? C'est pourquoi il a apporté le verset nosse avon, qui est de l'ordre de la prière et qui place l'avon en tête.
וְאוֹמֵר : " אָז תִּפְשַׁע לִבְנָה בָּעֵת הַהִיא ". יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וַהֲלֹא כְּבָר הֵבִיא קְרָא (מְלָכִים ב' ג, ז) דְּ'מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי' וְלָמָּה הֻוצְרַךְ לְהָבִיא פָּסוּק (מְלָכִים ב' ח, כב) 'אָז תִּפְשַׁע לִבְנָהּ'? וְנִרְאֶה לִי ד'מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי' אֵלּוּ דִּבְרֵי יְהוֹרָם בֶּן אַחְאָב וְאִיכָּא לְמֵימַר יְהוֹרָם לֹא דִּיֵּיק לִישָּׁנָא וְקָרֵי לְמֶרֶד בְּשֵׁם פֶּשַׁע, אַךְ פָּסוּק 'אָז תִּפְשַׁע לְבָנָה' הוּא מִדִּבְרֵי הַנָּבִיא וְדִיֵּיק לִישָּׁנָא, וְאַף עַל גַּב דִּקְרָא כְּתִיב הָכִי 'וַיִּפְשַׁע אֱדוֹם מִתַּחַת יַד יְהוּדָה עַד הַיּוֹם הַזֶּה אָז תִּפְשַׁע לְבָנָה' הֵבִיא סוֹפוֹ וְלֹא הֵבִיא תְּחִילָּתוֹ, דְּיֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דְּאָמַר 'מִתַּחַת יַד יְהוּדָה' לְכָךְ הַאי פְּשִׁיעָה רוֹצֶה לוֹמַר מֶרֶד אֲבָל לְשׁוֹן פְּשִׁיעָה בִּלְבַד מְנָא לֵיהּ? לְכָךְ הֵבִיא סוֹף הַפָּסוּק 'אָז תִּפְשַׁע לִבְנָהּ'. מִיהוּ קַשְׁיָא לִי דִּלְעֵיל מִזֶּה (מְלָכִים ב' ג, ה) כְּתִיב 'וַיְהִי כְּמוֹת אַחְאָב וַיִּפְשַׁע מֶלֶךְ מוֹאָב בְּמֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל' וּפָסוּק זֶה קֹודֶם 'מֶלֶךְ מוֹאָב פָּשַׁע בִּי' וְהוּא מִדִּבְרֵי הַנָּבִיא וְאַמַּאי לֹא הֵבִיא פָּסוּק זֶה? וְצָרִיךְ יִשּׁוּב.
Et il dit : Alors Livna se rebella en ce temps-là. -- Il y a lieu de demander : n'a-t-il pas déjà apporté le verset (Melakhim II 3,7) le roi de Moav pacha contre moi ? Pourquoi a-t-il eu besoin d'apporter le verset (Melakhim II 8,22) alors Livna tifcha ? Et il me semble que le roi de Moav pacha contre moi est une parole de Yehoram fils d'Ahav, et l'on peut dire que Yehoram n'était pas précis dans son langage et qu'il a appelé la rébellion du nom de pécha ; tandis que le verset alors Livna tifcha est une parole du prophète, qui est précis dans son langage. Et bien que le verset soit écrit ainsi -- et Edom se rebella sous la main de Yehouda jusqu'à ce jour, alors Livna tifcha -- il en a apporté la fin et non le début, car on peut dire que puisqu'il y est dit sous la main de Yehouda, cette pechia signifie bien rébellion ; mais le terme pechia seul, d'où le saurait-on ? C'est pourquoi il a apporté la fin du verset, alors Livna tifcha. Toutefois j'ai une difficulté : plus haut (Melakhim II 3,5) il est écrit -- et il advint, à la mort d'Ahav, que le roi de Moav se rebella (vayifcha) contre le roi d'Israël ; ce verset précède le roi de Moav pacha contre moi, et il est parole du prophète : pourquoi n'a-t-il pas apporté celui-là ? Cela demande résolution.
" פְּשָׁעִים " אֵלּוּ הַמְּרָדִים. קָשֶׁה לְרַבִּי מֵאִיר דִּסְבִירָא לֵיהּ לוֹמַר הֶחָמוּר תְּחִילָּה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר פָּשַׁעְתִּי עָוִיתִי חָטָאתִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי מֵאִיר לָא סְבִירָא לֵיהּ 'פְּשָׁעִים' אֵלּוּ הַמְּרָדִים שֶׁהוּא לְהַכְעִיס כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֶלָּא סְבִירָא לֵיהּ פֶּשַׁע וְעָוֹן עִנְיָן אֶחָד שֶׁהוּא מֵזִיד שֶׁלֹּא לְהַכְעִיס וְנָקֵיט בְּוִדּוּי תַּרְתֵּי עָוֹן וָפֶשַׁע חַד עַל מֵזִיד שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם וְחַד עַל מֵזִיד שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ וְתַרְוַוייְהוּ לַהֲנָאָתוֹ הוּא עוֹשֶׂה וְלֹא לְהַכְעִיס דִּסְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר לָא חֲשִׁידִי יִשְׂרָאֵל שֶׁיַּעֲשׂוּ מֶרֶד שֶׁהוּא לְהַכְעִיס כְּדֵי שֶׁיִּתְוַודֶּה כֹּהֵן גָּדוֹל בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים עֲלֵיהֶם שֶׁאִם יִמְצָא אֶחָד בָּעִיר שֶׁיַּעֲשֶׂה מֶרֶד לְהַכְעִיס יִבָּטֵל בְּמִיעוּטוֹ וַהֲרֵי זֶה יָצָא מִכְּלָלוּת יִשְׂרָאֵל וְאֵין צָרִיךְ כֹּהֵן גָּדוֹל לְהִתְוַודּוֹת עַל זֶה, וְכֵן תִּמְצָא בְּוִדּוּי רַבֵּינוּ נִסִּים בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים אֶת אֲשֶׁר קִרְבֵת הִרְחַקְתִּי וְכוּ' אַךְ לֹא לְהַכְעִיסְךָ נִתְכַּוַּנְתִּי. וְדַע כִּי בְּעַל כָּרְחוֹ צָרִיךְ לוֹמַר דְּרַבִּי מֵאִיר לָא סְבִירָא לֵיהּ 'פְּשָׁעִים' אֵלּוּ הַמְּרָדִים כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים דְּהָא חֲכָמִים נָקְטִי בִּתְחִילַּת דִּבְרֵיהֶם 'עוֹנוֹת' אֵלּוּ זְדוֹנוֹת וְכוּ' 'פְּשָׁעִים' אֵלּוּ הַמְּרָדִים וְכוּ' וְאִם אִיתָא דְּגַם לְרַבִּי מֵאִיר הוּא כָּךְ לָמָּה הֻוצְרְכוּ חֲכָמִים לְפָרֵשׁ זֶה בְּדִבְרֵיהֶם וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר כָּךְ וַחֲכָמִים אוֹמְרִים מֵאַחַר שֶׁהִתְוַדָּה עַל הַזְּדוֹנוֹת וְכוּ' אֶלָּא וַדַּאי דְּרַבִּי מֵאִיר שֶׁהוּא תַּנָּא קַמָּא לֹא מְפָרֵשׁ 'פְּשָׁעִים' אֵלּוּ הַמְּרָדִים וּבָאוּ חֲכָמִים לְהוֹדִיעַ סְבָרָתָם בְּבֵיאוּר הַפְּשָׁעִים שֶׁהֵם מְרָדִים.
Les péchaïm, ce sont les meradim. -- Difficulté pour Rabbi Meir : lui qui tient qu'on dit d'abord le plus grave, il aurait dû dire pachati, aviti, hatati ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir ne tient pas que péchaïm désigne les meradim, c'est-à-dire ce qui est fait pour irriter, comme l'ont dit les Sages ; il tient plutôt que pécha et avon sont une seule et même chose -- le volontaire qui n'est pas fait pour irriter -- et il prend dans le viddouy les deux termes, avon et pécha : l'un pour le volontaire entre l'homme et Dieu, l'autre pour le volontaire entre l'homme et son prochain, et dans les deux cas il agit pour son plaisir et non pour irriter. Car Rabbi Meir tient qu'on ne soupçonne pas Israël de commettre une rébellion faite pour irriter, au point que le Cohen gadol doive s'en confesser à Yom Kippour ; car si l'on trouvait dans la ville un homme qui commette une rébellion pour irriter, il serait annulé dans sa minorité, et celui-là est sorti de la collectivité d'Israël : le Cohen gadol n'a pas besoin de se confesser sur lui. Et tu trouveras de même dans le viddouy de Rabbenou Nissim à Yom Kippour : ce dont Tu m'as rapproché, je l'ai éloigné, etc. -- mais ce n'est pas pour T'irriter que je l'ai voulu. Et sache qu'il faut nécessairement dire que Rabbi Meir ne tient pas que péchaïm désigne les meradim comme l'ont dit les Sages : car les Sages commencent leurs paroles par les avonot, ce sont les zedonot, etc., les péchaïm, ce sont les meradim, etc. ; or, s'il en allait de même pour Rabbi Meir, pourquoi les Sages auraient-ils eu besoin de l'expliciter dans leurs paroles ? Ils auraient dû dire simplement : et les Sages disent, puisqu'il s'est confessé sur les zedonot, etc. Il faut donc nécessairement que Rabbi Meir, qui est le tana kama, n'explique pas péchaïm comme étant les meradim, et que les Sages soient venus faire connaître leur avis en expliquant que les péchaïm sont des meradim.
💡 Explication

Les Sages achèvent leur lexique. Pécha n'est pas simplement une faute grave : c'est la rébellion, et Rachi la définit d'un mot -- celui qui agit pour irriter, le-hakhis. Les deux preuves sont politiques et non cultuelles : le roi de Moav et la ville de Livna se rebellent, et le verbe employé est pacha. Le Ben Yehoyada demandera pourquoi il en faut deux. Het, enfin, c'est la chegaga, l'inadvertance -- le verset des korbanot l'établit sans discussion.

Une fois les trois mots rangés par gravité croissante, l'objection tombe d'elle-même, et elle est logique et non exégétique. L'ordre de Rabbi Meir descend : rébellion, faute volontaire, inadvertance. Or, note Rachi, si les fautes graves sont pardonnées, il n'y a plus rien à demander pour les légères -- à plus forte raison. Le dernier terme du viddouy serait vide.

🖼️ Schéma
Un viddouy ne redescend pas : l'objection des Sages en image L'ordre de Rabbi Meir -- on descend pécha -- mered avon -- zadon het -- chegaga Le pardon du grave emporte celui du léger. La dernière demande ne demande plus rien. Rachi : ein tsarikh levakech chouv al ha-chegagot. L'ordre des Sages -- on monte het -- chegaga avon -- zadon pécha -- mered Chaque terme ajoute quelque chose au précédent. Rien n'est superflu, la demande s'élargit à mesure. hatati ve-aviti ou-fachati lefanekha, ani ou-veiti. Et le verset de Moche, qui descend ? Il ne décrit pas un viddouy mais une requête : rends-leur les zedonot comme des chegagot.
Deux escaliers. Celui de Rabbi Meir descend et sa dernière marche ne porte plus rien ; celui des Sages monte et chaque marche ajoute.
7
אֶלָּא כָּךְ הָיָה מִתְוַדֶּה: חָטָאתִי וְעָוִיתִי וּפָשַׁעְתִּי לְפָנֶיךָ אֲנִי וּבֵיתִי וְכוּ׳. וְכֵן בְּדָוִד הוּא אוֹמֵר: ״חָטָאנוּ עִם אֲבוֹתֵינוּ הֶעֱוִינוּ הִרְשָׁעְנוּ״, וְכֵן בִּשְׁלֹמֹה הוּא אוֹמֵר: ״חָטָאנוּ (וְהִרְשַׁעְנוּ וּמָרַדְנוּ)״, וְכֵן בְּדָנִיֵּאל הוּא אוֹמֵר: ״חָטָאנוּ (וְהֶעֱוִינוּ) וְהִרְשַׁעְנוּ וּמָרַדְנוּ״. אֶלָּא מַהוּ שֶׁאָמַר מֹשֶׁה ״נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה״? אָמַר מֹשֶׁה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, בְּשָׁעָה שֶׁיִּשְׂרָאֵל חוֹטְאִין לְפָנֶיךָ וְעוֹשִׂין תְּשׁוּבָה עֲשֵׂה לָהֶם זְדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת.

Mais voici plutôt comment il se confessait : J'ai fauté (hatati), j'ai commis des avonot (aviti) et je me suis rebelle (pachati) devant Toi, moi et ma maison, etc. Et de même, à propos de David, il est dit : Nous avons fauté avec nos pères, nous avons commis des avonot, nous avons agi avec méchanceté.

Et de même, à propos de Chelomo, il est dit : Nous avons fauté (et nous avons agi avec méchanceté et nous nous sommes rebelles). Et de même, à propos de Daniel, il est dit : Nous avons fauté (et nous avons commis des avonot), nous avons agi avec méchanceté et nous nous sommes rebelles.

Mais alors, que signifie ce qu'a dit Moche : Il supporte l'avon, le pécha et la hataa ? Moche a dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, lorsque Israël faute devant Toi et fait techouva, rends-leur les fautes volontaires comme des inadvertances.

📜 Rachi (1)
עֲשֵׂה לָהֶן זְדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת וְהָכִי קָאָמַר נֹושֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע כְּחַטַּאת שׁוֹגֵג:
Rends-leur les zedonot comme des chegagot -- et voici ce qu'il dit : Il supporte l'avon et le pécha comme une hatat commise par inadvertance.
🪔 Ben Yehoyada (3)
אֶלָּא מַהוּ שֶׁאָמַר מֹשֶׁה : (שְׁמוֹת לד, ז) " נֹשֵׂא עָוֹן וָפֶשַׁע וְחַטָּאָה " ?. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַה יִתְרַצּוּ חֲכָמִים לִקְרָא קַמָּא דְּרַבִּי מֵאִיר שֶׁהוּא פָּסוּק (וַיִּקְרָא טז, כא) 'וְהִתְוַדָּה'? וְנִרְאֶה לִי דְּלָא חָיְישִׁי לְהַאי קְרָא מִפְּנֵי שֶׁהוּא צִוּוּי שֶׁמְּצַוֵּהוּ לְהִתְוַודּוֹת עַל חַטָּאתָם וְלָכֵן נָקֵיט הֶחָמוּר תְּחִילָּה וְאַחַר כָּךְ הַקַּל בְּדֶרֶךְ לֹא זוֹ אַף זוֹ. אִי נָמֵי עַל פִּי הַקְדָּמָה הַנִּזְכָּר לְעֵיל דְּהַשּׁוֹגֵג נוֹלַד מִן הַמֵּזִיד וְאִם כֵּן הָכִי קָאָמַר 'וְהִתְוַדָּה עָלָיו אֶת כָּל עֲוֹ‍נֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאֶת כָּל פִּשְׁעֵיהֶם' אֲשֶׁר הֵם גָּרְמוּ לַהֲבִיאָם לִידֵי חַטָּאתָם.
Mais alors, que signifie ce qu'a dit Moche : (Chemot 34,7) Il supporte l'avon, le pécha et la hataa ? -- Il y a lieu de demander : que répondront les Sages au premier verset de Rabbi Meir, celui de vehitvada (Vayikra 16,21) ? Et il me semble qu'ils ne s'en soucient pas, parce qu'il s'agit d'un ordre qui lui commande de se confesser sur leurs fautes ; c'est pourquoi il prend le plus grave d'abord et le plus léger ensuite, à la manière du lo zou af zou. Ou encore, selon la prémisse mentionnée plus haut, selon laquelle l'inadvertance naît du volontaire : voici alors ce qu'il dit -- il confessera sur lui toutes les avonot des enfants d'Israël et tous leurs péchaïm, qui ont été cause de les amener à leurs hataot.
וְעוֹשִׂין תְּשׁוּבָה , עֲשֵׂה לָהֶם זְדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת. מַקְשִׁים וַהֲלֹא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה חָפֵץ הַרְבֵּה בְּטוֹבַת יִשְׂרָאֵל וְלָמָּה לֹא הִתְפַּלֵּל שֶׁיַּעֲשֶׂה זְדוֹנוֹת כִּזְכוּיוֹת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁרָצָה לַחֲלֹוק כָּבוֹד לְיוֹם הַכִּיפּוּרִים שֶׁבּוֹ נֶאֱמַר (יְשַׁעְיָהוּ א, יח) 'אִם יִהְיוּ חֲטָאֵיכֶם כַּשָּׁנִים כַּשֶּׁלֶג יַלְבִּינוּ' שֶׁכּוֹחוֹ לַעֲשׂוֹת שְׁגָגוֹת כִּזְכוּיוֹת לְכָךְ הִתְפַּלֵּל שֶׁיִּהְיוּ זְדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת וְאָז יָבֹא יוֹם הַכִּיפּוּרִים אַחַר כָּךְ וְיַעֲשֶׂה אֶת הַשְּׁגָגוֹת אֵלּוּ כִּזְכִיּוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה יָדַע שֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין תְּשׁוּבָה חֲמוּרָה הַצְּרִיכָה לִהְיוֹת בַּעֲבוּר הַזְּדוֹנוֹת אֶלָּא תְּשׁוּבָה קַלָּה לְכָךְ הִתְפַּלֵּל בְּשָׁעָה שֶׁחוֹטְאִין יִשְׂרָאֵל וְעוֹשִׂין תְּשׁוּבָה הִנֵּה קֹודֶם שֶׁיַּעֲשׂוּ הַתְּשׁוּבָה תַּעֲשֶׂה לָהֶם כְּמִידַּת טוּבְךָ הַזְּדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת עַל דֶּרֶךְ שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה נח, א) 'וְהַגֵּד לְעַמִּי פִּשְׁעָם וּלְבֵית יַעֲקֹב חַטָּאתָם' שֶׁזְּדוֹן עַם הָאָרֶץ נֶחְשָׁב בַּדִּין לְשׁוֹגֵג כֵּן אַתָּה כְּמִידַּת טוּבְךָ תַּחְשֹׁוב לָהֶם בַּדִּין אֶת הַזְּדוֹנוֹת כִּשְׁגָגוֹת וְנִמְצָא אֵין בְּיָדָם זְדוֹנוֹת אֶלָּא רַק שְׁגָגוֹת וְאָז תַּסְפִּיק תְּשׁוּבָתָם לְהַעֲבִיר הַשּׁוֹגֵג אַף עַל פִּי שֶׁהִיא תְּשׁוּבָה קַלָּה וְכֵן הקב"ה הִבְטִיחַ לְיִשְׂרָאֵל עַל יְדֵי הַנָּבִיא (הוֹשֵׁעַ יא, א) 'כִּי נַעַר יִשְׂרָאֵל וְאַהַבֹּהוּ' כְּלוֹמַר אָדוֹן אֶת מַעֲשֵׂיהֶם כְּמַעֲשֵׂה נַעַר שֶׁזְּדוֹנוֹ חָשׁוּב שׁוֹגֵג.
Et fait techouva -- rends-leur les zedonot comme des chegagot. -- On objecte : Moche notre maître, la paix sur lui, désirait tant le bien d'Israël, pourquoi n'a-t-il pas prié que les zedonot leur soient rendues comme des mérites (zekhouyot) ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a voulu faire honneur à Yom Kippour, au sujet duquel il est dit (Yechayahou 1,18) : si vos fautes sont comme l'écarlate, elles blanchiront comme la neige -- car la force de ce jour est de rendre les chegagot comme des zekhouyot. Il a donc prié pour que les zedonot deviennent des chegagot, et alors Yom Kippour viendra ensuite et rendra ces chegagot comme des zekhouyot. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que Moche notre maître, la paix sur lui, savait qu'Israël ne fait pas la techouva sévère qu'exigent les zedonot, mais seulement une techouva légère ; c'est pourquoi il a prié : au moment où Israël faute et fait techouva -- voici qu'avant même qu'ils fassent techouva, rends-leur, selon Ta mesure de bonté, les zedonot comme des chegagot, à la manière de ce qui est dit (Yechayahou 58,1) : annonce à Mon peuple leur pécha et à la maison de Yaakov leur hataa -- car la faute volontaire d'un am haarets est comptée en droit comme une inadvertance ; ainsi Toi, selon Ta mesure de bonté, compte-leur en droit les zedonot comme des chegagot. Il se trouvera alors qu'ils n'ont en main que des chegagot et non des zedonot, et leur techouva suffira à faire passer l'inadvertance, bien qu'elle soit une techouva légère. Et de même le Saint béni soit-Il a promis à Israël par le prophète (Hochea 11,1) : car Israël est un jeune garçon et Je l'aime -- c'est-à-dire : Je juge leurs actes comme les actes d'un jeune garçon, dont le volontaire est compté comme inadvertance.
וְכֵן בְּדָוִד הוּא אוֹמֵר : (תְּהִלִּים קו, ו) " חָטָאנוּ עִם אֲבוֹתֵינוּ , הֶעֱוִינוּ וְהִרְשַׁעְנוּ ". קָשֶׁה רַבִּי מֵאִיר אֵיךְ יְתָרֵץ לְהָנֵי קְרָאֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי מֵאִיר יְפָרֵשׁ מַה שֶׁאָמַר דָּוִד וּשְׁלֹמֹה וְדָנִיֵּאל 'חָטָאנוּ' קָאֵי עַל חַטֹּאות נְעוּרִים דִּבְאוֹתוֹ זְמַן לִהְיוֹתָם נְעָרִים גַּם הַמְּזִידִין נִקְרָאִים חֲטָאִים עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל זְדוֹן עַם הָאָרֶץ נֶחְשָׁב שְׁגָגָה וְשֶׁשִּׁגְגַת תַּלְמוּד עוֹלָה זָדוֹן' (מִשְׁנָה אָבוֹת ד, יג) , וְהָכִי קָאָמַר חָטָאנוּ בִּנְעוּרֵינוּ וְגַם עַתָּה בִּגְדָלֵינוּ עָוִינוּ וּפָשַׁעְנוּ, וְלֹא הִזְכִּירוּ שְׁגָגוֹת שֶׁל יְמֵי הַגַּדְלוּת כֵּיוָן דְּהִזְכִּירוּ הַזְּדוֹנוֹת נִכְלְלוּ הַשְּׁגָגוֹת מִכָּל שֶׁכֵּן, רַק שֶׁל יְמֵי נְעוּרִים הִזְכִּירוּ תְּחִילָּה לוֹמַר מִנְּעוּרֵינוּ וְעַד עַתָּה חָטָאנוּ וְעָוִינוּ וּפָשַׁעְנוּ לְפָנֶיךָ. מִיהוּ קַשְׁיָא לִי לְרַבָּנָן דִּסְבִירָא לָהֶן מִסְתַּבֵּר טַעְמָא לְהַזְכִּיר הַקַּל הַקַּל תְּחִילָּה אִם כֵּן לָמָּה אָמַר יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לְלָבָן (בְּרֵאשִׁית לא, לו) 'מַה פִּשְׁעִי מַה חַטָּאתִי כִּי דָלַקְתָּ אַחֲרֵי'? וְאִם נֹאמַר דְּכָאן שַׁייָּךְ לִמְנַקַּט כֵּן בְּדֶרֶךְ לֹא זוֹ אַף זוֹ מִשּׁוּם שֶׁהוּא דְּבַר תּוֹכָחָה שֶׁמּוֹכִיחוֹ עַל כָּךְ הִנֵּה עוֹד קַשְׁיָא לִי מִן פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית נ, יז) 'שָׂא נָא פֶּשַׁע אַחֶיךָ וְחַטָּאתָם' בְּפָרָשַׁת וַיְחִי דְּאֵין זֶה תּוֹכָחָה אֶלָּא בַּקָּשָׁה? וְיֵשׁ לְיַשֵּׁב.
Et de même, à propos de David, il est dit : (Tehilim 106,6) Nous avons fauté avec nos pères, nous avons commis des avonot et nous avons agi avec méchanceté. -- Difficulté : comment Rabbi Meir répondra-t-il à ces versets ? Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Meir expliquera que le hatanou dit par David, Chelomo et Daniel se rapporte aux fautes de la jeunesse : à cet âge-là, étant jeunes, même les fautes volontaires sont appelées hataim, à la manière de ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie -- la faute volontaire d'un am haarets est comptée comme inadvertance, et l'inadvertance dans l'étude monte au compte du volontaire (Avot 4,13). Et voici ce qu'il dit : nous avons fauté dans notre jeunesse, et maintenant encore, dans notre âge adulte, nous avons commis des avonot et nous nous sommes rebelles. Et ils n'ont pas mentionné les chegagot des années de maturité, puisque ayant mentionné les zedonot, les chegagot y sont incluses à plus forte raison ; seules celles des jours de jeunesse ont été mentionnées en premier, pour dire : depuis notre jeunesse et jusqu'à maintenant, nous avons fauté, commis des avonot et nous nous sommes rebelles devant Toi. Toutefois j'ai une difficulté quant aux Sages, qui tiennent qu'il est logique de mentionner d'abord le plus léger : pourquoi alors Yaakov notre père, la paix sur lui, a-t-il dit à Lavan (Berechit 31,36) -- quel est mon pécha, quelle est ma hataa, pour que tu m'aies poursuivi ? Et si l'on répond qu'il convient ici de procéder ainsi à la manière du lo zou af zou, parce qu'il s'agit d'une parole de reproche par laquelle il le réprimande -- voici que j'ai encore une difficulté à partir du verset (Berechit 50,17) pardonne de grâce le pécha de tes frères et leur hataa, dans la paracha Vayehi, qui n'est pas un reproche mais une demande. Cela demande résolution.
💡 Explication

La formule est rétablie dans l'ordre montant -- hatati, aviti, pachati -- et c'est celle que la liturgie de Yom Kippour a conservée. Trois textes de prière l'appuient : David, Chelomo et Daniel se confessent tous trois du plus léger au plus grave. Argument de genre autant que de forme : ce sont des hommes qui se confessent, pas un ordre donné au Cohen gadol.

Restait le verset de Moche, qui descend. La guemara ne le retourne pas -- elle change sa nature. Nosse avon va-fecha ve-hataa n'est pas un viddouy mais une requête : Moche demande que les fautes volontaires soient traitées comme des inadvertances. Rachi rend la lecture littérale : Il supporte l'avon et le pécha comme une hatat d'inadvertance. Le mot hataa n'y est pas le troisième terme d'une liste -- c'est le rang auquel Moche demande que les deux premiers soient abaissés.

8
אָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּדִבְרֵי חֲכָמִים. פְּשִׁיטָא: יָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים! מַהוּ דְתֵימָא, מִסְתַּבֵּר טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר דְּקָמְסַיַּיע לֵיהּ קְרָא דְּמֹשֶׁה, קָא מַשְׁמָע לַן.

Rabba bar Chemouel a dit au nom de Rav : la halakha est selon les paroles des Sages. Cela va de soi -- entre un individu et une majorité, la halakha suit la majorité !

Tu aurais pu dire que le raisonnement de Rabbi Meir est plus convaincant, puisqu'un verset vient à son appui ; c'est pourquoi il nous l'enseigne.

📜 Rachi (1)
דְּקָא מְסַיַּיע לֵיהּ קְרָא דְּוִידּוּי יוה"כ גּוּפֵיהּ:
Car un verset vient à son appui -- [le verset] du viddouy de Yom Kippour lui-même.
💡 Explication

La halakha est fixée : on prie selon les Sages -- hatati, aviti, pachati. Puis la guemara objecte à la décision elle-même : pourquoi la formuler ? La règle yahid ve-rabim, halakha ke-rabim réglait déjà le cas.

La réponse dit exactement où était le risque. Rabbi Meir n'est pas seulement un individu : il a pour lui un verset -- et Rachi précise lequel, non pas les treize middot mais le viddouy de Yom Kippour lui-même (Vayikra 16,21), c'est-à-dire le verset le plus proche du sujet qui soit. On aurait pu croire que la force du texte l'emporte sur le nombre. Rav enseigne que non.

9
הַהוּא דִּנְחֵית קַמֵּיהּ דְּרַבָּה וַעֲבַד כְּרַבִּי מֵאִיר, אֲמַר לֵיהּ: שְׁבַקְתְּ רַבָּנַן וְעָבְדַתְּ כְּרַבִּי מֵאִיר?! אֲמַר לֵיהּ: כְּרַבִּי מֵאִיר סְבִירָא לִי, כְּדִכְתִיב בְּסֵפֶר אוֹרָיְיתָא דְּמֹשֶׁה.

Un certain [officiant] qui descendit [devant l'arche] en présence de Rabba fit selon Rabbi Meir. [Rabba] lui dit : tu as délaissé les Sages et tu as fait selon Rabbi Meir ?!

Il lui répondit : je tiens comme Rabbi Meir, ainsi qu'il est écrit dans le rouleau de la Tora de Moche.

📜 Rachi (1)
הַהוּא דְּנָחִית שְׁלִיחַ צִבּוּר שֶׁמְּסַדֵּר בִּתְפִלָּתוֹ שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים סֵדֶר עֲבוֹדוֹתָיו שֶׁל כֹּהֵן גָּדוֹל עַל שֵׁם וּנְשַׁלְּמָה פָּרִים שְׂפָתֵינוּ (הוֹשֵׁעַ י״ד:ג׳):
Un certain qui descendit -- un chalia'h tsibbour, qui ordonne dans la prière de Yom Kippour le déroulé des services du Cohen gadol, selon ce qui est dit : et nous remplacerons les taureaux par nos lèvres (Hochea 14,3).
💡 Explication

Une scène, pour finir la sougya. Rachi explique de quoi il s'agit : le chalia'h tsibbour qui récite dans la prière de Yom Kippour le seder ha-avoda, le déroulé du service du Cohen gadol, en vertu du verset et nous remplacerons les taureaux par nos lèvres (Hochea 14,3). Autrement dit : la mahloket sur le formulaire du viddouy n'est pas théorique, elle se joue chaque année dans la bouche de l'officiant.

L'homme répond à Rabba sans céder : ke-Rabbi Meir sevira li -- je tiens comme lui, tel que c'est écrit dans la Tora de Moche. Le Roch relève que Rava (ou Rabba selon les versions) ne répliqua pas, et certains Gueonim y virent une acceptation ; mais l'usage, note-t-il, a suivi les Sages.

10
תָּנוּ רַבָּנַן: ״וְכִפֶּר״, בְּכַפָּרַת דְּבָרִים הַכָּתוּב מְדַבֵּר. אַתָּה אוֹמֵר בְּכַפָּרַת דְּבָרִים, אוֹ אֵינוֹ אֶלָּא כַּפָּרַת דָּמִים.

Nos maîtres ont enseigné : ve-khiper (et il expiera) -- le verset parle d'une expiation par les paroles. Dis-tu qu'il s'agit d'une expiation par les paroles, ou bien n'est-ce pas plutôt une expiation par le sang ?

📜 Rachi (1)
וְכִפֶּר מַה שֶׁאָמוּר בְּפָרוֹ וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ (וַיִּקְרָא ט״ז:ו׳) דִּבְרֵי וִידּוּי:
Ve-khiper -- ce qui est dit à propos de son taureau : et il expiera pour lui et pour sa maison (Vayikra 16,6) -- ce sont des paroles de viddouy.
💡 Explication

Dernière sougya du folio, et retour en amont : d'où sait-on seulement qu'il y a un viddouy sur le taureau ? Le verset dit ve-hikriv Aharon et par ha-hatat acher lo, ve-khiper baado ouvead beito (Vayikra 16,6). Rachi identifie le mot visé : c'est ce ve-khiper-là.

La beraita adopte la forme classique du midrach halakha : elle affirme, puis se met elle-même en difficulté -- ata omer... o eino ela. Et l'objection est sérieuse : partout ailleurs dans le service, kappara signifie l'aspersion du sang sur l'autel. Rien n'oblige à lire ici des paroles.

11
הֲרֵי אֲנִי דָּן: נֶאֶמְרָה כָּאן ״כַּפָּרָה״, וְנֶאֶמְרָה לְהַלָּן ״כַּפָּרָה״. מַה ״כַּפָּרָה״ הָאֲמוּרָה בְּשָׂעִיר — דְּבָרִים, אַף ״כַּפָּרָה״ הָאֲמוּרָה בַּפָּר — דְּבָרִים.

Voici que je vais raisonner : il est dit ici kappara, et il est dit là-bas kappara. De même que la kappara dite à propos du bouc [émissaire] désigne des paroles, de même la kappara dite à propos du taureau désigne des paroles.

📜 Rachi (1)
נֶאֱמַר לְהַלָּן בְּשָׂעִיר הַמִּשְׁתַּלֵּחַ יָעֳמַד חַי לִפְנֵי ה' לְכַפֵּר עָלָיו (שָׁם):
Il est dit là-bas, à propos du bouc émissaire : il sera placé vivant devant Hachem pour expier par lui (ibid.).
💡 Explication

Première preuve, par gezera chava : un mot identique dans deux versets autorise à transporter de l'un à l'autre ce qu'on sait du premier. Ici le mot est kappara, et le second verset est celui du bouc émissaire -- Rachi le cite : il sera placé vivant devant Hachem pour expier par lui (Vayikra 16,10).

La force de l'argument tient à un fait matériel. Le bouc émissaire n'est ni abattu ni aspergé : il est envoyé vivant au désert. Si le verset parle malgré tout d'expiation à son sujet, cette expiation ne peut être que celle des paroles prononcées sur lui. Le mot y a donc un sens attesté et unique -- que la gezera chava reporte sur le taureau.

12
וְאִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר: הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״וְהִקְרִיב אַהֲרֹן אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ״, וַעֲדַייִן לֹא נִשְׁחַט הַפָּר.

Et si tu veux [objecter] : voici qu'il est dit -- Aaron offrira son taureau de hatat et il expiera pour lui et pour sa maison -- et le taureau n'a pas encore été abattu.

📜 Rachi (1)
וְאִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר לְהָשִׁיב תְּשׁוּבָה עַל גְּזֵירָה שָׁוָה זוֹ לוֹמַר שֶׁאֵין וְכִפֶּר אֶלָּא בְּמַתַּן דָּמִים עַל כָּרְחָךְ מִינֵּיהּ וּבֵיהּ תִּיפּוֹק לָךְ דְּלָא אֶפְשָׁר לְמֵימַר הָכִי שֶׁהֲרֵי הוּא אוֹמֵר וְהִקְרִיב אַהֲרֹן אֶת פַּר הַחַטָּאת אֲשֶׁר לוֹ וְכִפֶּר בַּעֲדוֹ וּבְעַד בֵּיתוֹ וְאַחַר כָּךְ וְשָׁחַט אֶת פַּר הַחַטָּאת וְגוֹ' עַל כָּרְחָךְ וְכִפֵּר בַּעֲדוֹ וַעֲדַיִין לֹא נִשְׁחַט אַלְמָא כַּפָּרָה זוֹ בִּדְבָרִים הִיא:
Et si tu veux dire -- répondre une objection à cette gezera chava, en disant que ve-khiper ne désigne que le versement du sang : force est de constater, de l'intérieur même [du passage], qu'il est impossible de dire ainsi. Car il est dit : Aaron offrira son taureau de hatat et il expiera pour lui et pour sa maison -- et ensuite : et il abattra le taureau de hatat, etc. Force est de dire que il expiera pour lui [se dit] alors que [le taureau] n'a pas encore été abattu -- d'où il ressort que cette kappara se fait par des paroles.
💡 Explication

Seconde preuve, d'une autre nature : non plus une comparaison entre deux versets, mais l'ordre interne d'un seul passage. Vayikra 16,11 enchaîne ve-hikriv... ve-khiper baado ouvead beito -- puis ve-chahat et par ha-hatat. Le mot d'expiation précède l'abattage.

Rachi dégage la logique : celui qui voudrait maintenir que ve-khiper ne désigne jamais que l'aspersion se heurte au texte lui-même. À ce point du récit il n'existe pas encore une goutte de sang. C'est une preuve mineh ou-beh, tirée du sujet même, et elle ne dépend d'aucune analogie extérieure.

13
מַאי ״וְאִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר״? וְכִי תֵּימָא נֵילַף מִשָּׂעִיר הַנַּעֲשֶׂה בִּפְנִים, שֶׁכַּפָּרָתוֹ בְּדָמִים, הֲרֵי הוּא אוֹמֵר ״וְכִפֶּר״, וַעֲדַייִן לֹא נִשְׁחַט הַפָּר.

Que signifie ve-im nafchekha lomar (et si tu veux dire) ? Et si tu disais : apprenons-le plutôt du bouc accompli à l'intérieur, dont l'expiation se fait par le sang -- [c'est pourquoi] il est dit ve-khiper, alors que le taureau n'a pas encore été abattu.

📜 Rachi (2)
מַאי אִם נַפְשְׁךָ לוֹמַר מֶה הָיָה לְהָשִׁיב לוֹ דְּאִיצְטְרִיךְ לֵיהּ טַעְמָא אַחַרְיַנָא:
Que signifie im nafchekha lomar -- que pouvait-on lui répondre, pour qu'il ait besoin d'une autre raison ?
וְכִי תֵּימָא נֵילַף הַאי וְכִפֶּר מִכַּפָּרָה דִּכְתִיבָא בְּשָׂעִיר הַפְּנִימִי דִּכְתִיב וְכִפֶּר עַל הַקֹּדֶשׁ מִטֻּומְאֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְהַהִיא בְּמַתַּן הִיא דְּבָתַר מַתַּן דָּמִים כְּתוּבָה וְעוֹד שֶׁאֵין בּוֹ וִידּוּי:
Et si tu disais, apprenons -- ce ve-khiper de la kappara écrite à propos du bouc intérieur, dont il est écrit : et il expiera sur le sanctuaire, des impuretés des enfants d'Israël -- et celle-là se fait par le versement [du sang], puisqu'elle est écrite après l'aspersion du sang ; et de plus, il n'y a pas de viddouy avec lui.
💡 Explication

La guemara ne conteste aucune des deux preuves : elle demande pourquoi il en faut deux. La formule ve-im nafchekha lomar signale toujours qu'une objection non écrite pèse sur la première preuve. Rachi pose la question dans ces termes exacts : que pouvait-on lui répondre, pour qu'il ait besoin d'une autre raison ?

La réponse est que la gezera chava sur kappara ne désigne pas son partenaire. Il y a deux boucs à Yom Kippour, et le mot est écrit sur les deux. Le second -- le saïr hapenimi, dont le sang entre au Saint des Saints -- a une kappara qui est bel et bien une kappara de sang ; Rachi ajoute deux marques : le verset y suit l'aspersion, et aucun viddouy ne l'accompagne. Rien n'interdisait donc d'apprendre le taureau de celui-là plutôt que du bouc envoyé. Seule la preuve chronologique ferme la porte -- et c'est pour cela qu'elle est nécessaire.

🖼️ Schéma
De quel bouc apprend-on ? Les deux boucs de Yom Kippour Le mot kappara est écrit sur les deux -- mais il n'y désigne pas la même chose. Saïr haMichtaleah -- le bouc envoyé Vayikra 16,10 : yoomad haï lifnei Hachem lekhaper alav. Il n'est pas abattu. Il n'y a pas de sang. On pose les mains sur lui et l'on confesse. Sa kappara ne peut être que des paroles. C'est de lui que la beraita apprend le ve-khiper du par. Saïr haPenimi -- le bouc intérieur Vayikra 16,16 : ve-khiper al ha-kodech mi-toumot bnei Israël. Il est abattu, son sang entre au Saint des Saints. Rachi : aucun viddouy n'est prononcé sur lui. Sa kappara, c'est le sang -- le verset suit l'aspersion. Rien n'empêchait d'apprendre le par de celui-là. Voilà ce que couvre le ve-im nafchekha lomar La gezera chava seule laisse le choix entre les deux boucs -- donc elle ne prouve rien de décisif. Seul l'ordre des versets tranche : le ve-khiper du par est écrit avant l'abattage, quand il n'existe pas encore de sang.
Les deux boucs de Yom Kippour portent le même mot kappara mais deux réalités opposées : c'est cette ambiguïté que la seconde preuve vient lever.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).