Sougya : Le folio poursuit la galerie des bienfaiteurs du Temple ouverte par la michna et en tire trois sougyot distinctes. La première achève la question restée ouverte en 37a sur le roi Monbaz : puisque l'or ne tient pas un tranchant, Abaye lit sa donation comme portant sur les manches des couteaux -- puis, une beraita distinguant explicitement les couteaux des kelim, il la reporte sur les manches des haches et des serpes.
La deuxième part de la nevrechet d'or de la reine Hélène : suspendue face à l'entrée du Heikhal, elle renvoyait au premier rayon du soleil des étincelles qui signalaient à toute la ville l'heure du kriat chema. La guemara objecte que ni les kohanim du michmar, qui lisent avant le jour, ni les hommes du maamad, qui tardent jusqu'à la fin du tamid, ne sont quittes à ce moment-là ; Abaye répond que le signal visait le reste du peuple de Jérusalem -- ce qui déclenche chez Tossefot une longue discussion sur l'usage des vatikin et le début réel du temps du chema, où s'opposent le Ri, Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel.
La troisième sougya porte sur la tablette d'or d'Hélène, où était écrite la parachat sota : en tirerait-on qu'on écrit un extrait de Tora pour l'instruction d'un enfant ? Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai répond qu'elle ne portait que les initiales des mots.
Une première beraita est écartée en corrigeant ma che-katouv en ke-ma che-katouv ; une seconde, qui cite les formules entières, résiste -- et le folio s'arrête sur le seul mot hatam, la réponse étant renvoyée à 38a.
Abaye a dit : [il s'agit] des manches des couteaux. On objecte : lui aussi (Monbaz) fit les socles des ustensiles, les rebords des ustensiles, les prises des ustensiles et les manches des couteaux de Yom Kippour, en or.
Abaye l'a traduit [autrement] : [il s'agit] des manches des haches et des serpes.
La michna de 37a louait le roi Monbaz d'avoir fait faire en or les yedot kol ha-kelim, les prises de tous les ustensiles du service de Yom Kippour. La guemara avait buté sur une évidence matérielle : l'or est un métal tendre, il ne tient pas un tranchant. Abaye répond en déplaçant le mot yad : ce que Monbaz a doré, ce sont les manches des couteaux, jamais les lames.
Une beraita renverse la réponse, non par un argument mais par une énumération. Elle liste séparément kanei kelim (les socles), ognei kelim (les rebords), yedot kelim (les prises d'ustensiles) et, en fin de liste, yedot sakinin (les manches des couteaux). Si les couteaux avaient été inclus dans la catégorie kelim, la beraita n'aurait pas eu à les nommer à part. Donc yedot kelim de la michna désigne autre chose que des couteaux.
Abaye maintient sa logique mais change d'objet : bakatata de-nargei ve-hatsinei, les manches des haches et des serpes. Même contrainte, même solution : la tête de fer reste du fer, seul ce que la main tient reçoit l'or. Le principe est constant tout au long de la sougya -- la somptuosité s'arrête là où commence la fonction.
[La michna disait :] Hélène, sa mère, fit un lustre (nevrechet) d'or, etc. On a enseigné : au moment où le soleil se levait, des étincelles en jaillissaient, et tout le monde savait que l'heure du kriat chema était arrivée.
La michna passait de Monbaz à sa mère, la reine Hélène, qui fit suspendre au-dessus de l'entrée du Heikhal une nevrechet d'or -- un lustre, ou une lampe ornementale. La beraita explique que ce n'était pas seulement une parure : c'était un instrument de mesure du temps.
Rachi donne la géométrie exacte. Le soleil se lève à l'est ; l'entrée du Heikhal, elle, est tournée vers l'est mais le bâtiment se tient à l'ouest de la azara. Le premier rayon traverse donc toute la cour et vient frapper l'or poli : la lumière se disperse en zeharourit, un éclat visible de partout. Autrement dit, le lustre convertit un événement astronomique difficile à observer -- l'instant précis où le disque solaire apparaît -- en un signal optique que personne ne peut manquer.
L'enjeu est halakhique : le moment idéal du kriat chema du matin est im hanets ha-hama, avec le lever du soleil (Berakhot 26a). Le Temple offrait ainsi à la ville une horloge liturgique publique.
On objecte : celui qui lit le chema du matin avec les hommes du michmar (la garde sacerdotale) ou avec les hommes du maamad (la délégation d'Israël) n'est pas quitte de son obligation, parce que les hommes du michmar se lèvent tôt et que les hommes du maamad tardent ! Abaye a dit : [le signal était] pour le reste du peuple de Jérusalem.
L'objection est un raisonnement par élimination. Si les étincelles marquaient l'heure du chema, encore faut-il que quelqu'un, au Temple, lise le chema à cette heure-là. Or la beraita disqualifie précisément les deux corps présents.
Les anshei michmar sont les kohanim de la semaine, ceux sur qui repose la avoda. Ils lisent le chema avant le jour, explique Rachi, de peur que le service ne se prolonge et ne les empêche de le lire ensuite. Trop tôt : ils ne sont pas quittes. Les anshei maamad sont les Israélites délégués par le public, qui se tiennent debout auprès du korban -- Rachi renvoie à la deracha du Sifri sur tichmerou lehakriv li (Bamidbar 28) et à Taanit 26a. Eux prient longuement et ne lisent qu'une fois le tamid achevé. Trop tard : pas quittes non plus.
Abaye répond : le-chear ama de-vi-Yerouchalem. Le signal ne visait ni les uns ni les autres, mais tous ceux qui montaient à la azara sans charge de service ni liturgie à rallonger. Le lustre est une horloge civile, pas sacerdotale. Tossefot ouvre ici l'une de ses plus longues discussions : si l'heure du chema est celle du hanets, que devient l'usage des vatikin, qui achevaient leur lecture au lever du soleil et l'avaient donc commencée avant ?
[La michna disait :] et elle fit aussi une tablette [d'or sur laquelle était écrite la parachat sota]. Tu apprends de là qu'on écrit un rouleau [partiel] pour qu'un enfant y apprenne !
Rech Lakich a dit au nom de Rabbi Yannai : [elle était] en alef-beit.
La michna signalait une troisième donation d'Hélène : une tablette d'or portant la parachat sota (Bamidbar 5). La guemara en tire aussitôt une conséquence halakhique. Il est interdit d'écrire des portions isolées de la Tora hors d'un sefer complet ; la seule dérogation discutée est pédagogique -- écrire un extrait pour qu'un enfant apprenne dessus. Rachi précise que c'est une machloket, exposée dans Guittin, chapitre Ha-nizakin (60a). Si la tablette d'Hélène portait vraiment le texte de la paracha, elle trancherait la question par la pratique.
Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai coupe la preuve à la racine : be-alef beit. La tablette ne portait pas les versets, mais seulement les lettres initiales de chaque mot, explique Rachi -- une sorte d'abrégé mnémotechnique. Aucun verset n'y étant écrit, aucune conclusion n'en peut sortir. La suite du folio testera cette réponse contre deux beraitot.
On objecte : quand il écrit, il regarde et écrit ce qui est écrit sur la tablette ! Dis [plutôt] : il regarde et écrit comme ce qui est écrit sur la tablette.
La beraita décrit le kohen qui rédige le rouleau de la sota -- celui qu'on effacera dans l'eau amère pour la faire boire, précise Rachi. Elle dit qu'il regarde et écrit ma che-katouv ba-tavla : ce qui est écrit sur la tablette. Or on ne recopie que ce qu'on lit : le texte complet devait donc y figurer, contre Rech Lakich.
La réponse tient en une seule lettre. Il faut lire ke-ma che-katouv -- comme ce qui est écrit -- et non ma che-katouv. La différence est décisive : la tablette n'est plus un modèle à copier caractère par caractère, mais un aide-mémoire. Rachi résume : lefi simanei ha-otiot, d'après les indices que donnent les lettres initiales. Le kohen connaît le texte ; les initiales lui garantissent qu'il n'omet ni n'intervertit rien.
On objecte : quand il écrit, il regarde et écrit ce qui est écrit sur la tablette -- et qu'y avait-il d'écrit sur la tablette ? Si un homme a couché avec toi [et s'il n'a pas couché], si tu as dévié, si tu n'as pas dévié !
[Réponse :] là-bas...
Seconde objection, et cette fois l'émendation d'une lettre ne suffira pas. Une autre beraita ne se contente pas de la formule ma che-katouv ba-tavla : elle énonce le contenu de la tablette. Et ce contenu, ce sont des mots entiers -- im chakhav ich otakh, im satit, avec leurs négations. Ce ne sont plus des initiales : la réponse be-alef beit tombe, et la lecture ke-ma aussi, puisque le texte est ici cité.
La guemara amorce sa réponse par un seul mot -- hatam, là-bas -- et le folio s'interrompt. La résolution appartient à 38a : là-bas, il s'agissait d'autre chose que d'un rouleau destiné à l'effacement.
Tossefot ajoute une remarque textuelle qui ne résout rien mais éclaire le statut de la citation : l'ordre des formules dans la beraita ne suit pas celui des versets. La Tora (Bamidbar 5,19) commence par le négatif -- im lo chakhav, ve-im lo satit -- et la formule affirmative im chakhav n'y figure même pas. La beraita restitue donc la logique de l'adjuration plutôt qu'elle ne cite la lettre du verset.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).