Yoma 37b -- l'or de Monbaz sur les manches, le lustre d'Hélène comme horloge du chema, et la tablette de la sota

Yoma 37b

Sougya : Le folio poursuit la galerie des bienfaiteurs du Temple ouverte par la michna et en tire trois sougyot distinctes. La première achève la question restée ouverte en 37a sur le roi Monbaz : puisque l'or ne tient pas un tranchant, Abaye lit sa donation comme portant sur les manches des couteaux -- puis, une beraita distinguant explicitement les couteaux des kelim, il la reporte sur les manches des haches et des serpes.

La deuxième part de la nevrechet d'or de la reine Hélène : suspendue face à l'entrée du Heikhal, elle renvoyait au premier rayon du soleil des étincelles qui signalaient à toute la ville l'heure du kriat chema. La guemara objecte que ni les kohanim du michmar, qui lisent avant le jour, ni les hommes du maamad, qui tardent jusqu'à la fin du tamid, ne sont quittes à ce moment-là ; Abaye répond que le signal visait le reste du peuple de Jérusalem -- ce qui déclenche chez Tossefot une longue discussion sur l'usage des vatikin et le début réel du temps du chema, où s'opposent le Ri, Rabbenou Tam et Rabbenou Hananel.

La troisième sougya porte sur la tablette d'or d'Hélène, où était écrite la parachat sota : en tirerait-on qu'on écrit un extrait de Tora pour l'instruction d'un enfant ? Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai répond qu'elle ne portait que les initiales des mots.

Une première beraita est écartée en corrigeant ma che-katouv en ke-ma che-katouv ; une seconde, qui cite les formules entières, résiste -- et le folio s'arrête sur le seul mot hatam, la réponse étant renvoyée à 38a.

L'or de Monbaz : où peut-on mettre de l'or sur un outil ? L'or est un métal tendre. Il fait un beau manche et une lame inutilisable. Toute la sougya sort de cette contrainte physique. Un couteau, deux parties manche lame Or possible rien ne coupe, rien ne force -- l'or ne sert qu'à la beauté Or impossible Rachi : on ne peut pas faire les couteaux eux-mêmes en or D'où la lecture d'Abaye : les yadot -- les prises -- et jamais le tranchant. La michna (37a) Monbaz fit en or les yedot kol ha-kelim de Yom Kippour -- les prises de tous les ustensiles du jour. Réponse 1 -- Abaye Il s'agit des manches des couteaux : be-yedot sakinin. Objection -- une beraita Il fit aussi : kanei kelim (socles), ognei kelim (rebords), yedot kelim (prises d'ustensiles) ET yedot sakinin. Les couteaux sont comptés à part des kelim. Donc yedot kelim de la michna ne peut pas vouloir dire couteaux. Réponse 2 -- Abaye à nouveau bakatata de-nargei ve-hatsinei : les manches des haches et des serpes (Rachi : kardoumot et magalot). Même logique, autre objet : la tête de fer reste du fer, seul le manche reçoit l'or.
La contrainte est physique avant d'être halakhique : l'or ne tient pas un tranchant. Abaye déplace donc deux fois la donation de Monbaz vers ce qui, dans l'outil, ne coupe pas.
La nevrechet d'Hélène : une horloge publique pour le chema Le lustre d'or est suspendu au-dessus de l'entrée du Heikhal, côté ouest. Le premier rayon venu de l'est le frappe et il jette des étincelles. Heikhal ouest nevrechet soleil levant (est) Rachi : zeharourit -- le rayon traverse toute la azara d'est en ouest Tout le monde voit briller : c'est le hanets ha-hama, l'heure du chema. temps alot ha-chahar aube hanets ha-hama lever du soleil -- les étincelles fin du tamid le service du matin s'achève Anshei michmar Les kohanim de service. Ils lisent avant le jour, de peur que le service ne les retienne ensuite. Trop tôt -- lo yatsa Le reste du peuple Ceux de Jérusalem qui entrent dans la azara. La nevrechet leur donne le signal exact. À l'heure -- réponse d'Abaye Anshei maamad Les Israélites délégués par le public, debout sur le korban. Ils prient longuement et ne lisent qu'une fois le tamid terminé. Trop tard -- lo yatsa La difficulté que la guemara résout ainsi Si michmar et maamad n'acquittent pas leur obligation, pour qui ces étincelles servaient-elles de signal ? Réponse d'Abaye : le-chear ama de-vi-Yerouchalem -- pour tous les autres, ceux qui n'ont ni service à assurer ni liturgie à rallonger. Tossefot ouvre ici un long débat : la nevrechet marque-t-elle le début du temps du chema, ou seulement un repère approché pour qui ne sait pas viser comme les vatikin ?
Le lustre d'Hélène fonctionne comme une horloge visible de toute la azara. Reste à savoir pour qui : ni les kohanim de service ni les hommes du maamad ne lisent le chema à cette heure-là.
Que portait la tablette d'or d'Hélène -- et pourquoi cela engage une halakha Enjeu : à-t-on le droit d'écrire un extrait de la Tora, hors d'un sefer complet, pour qu'un enfant apprenne dessus ? Machloket dans Guittin 60a. La michna : Hélène fit une tablette d'or où était écrite la parachat sota (Bamidbar 5). Si le texte y figurait en entier -- preuve qu'on écrit un extrait. Rech Lakich au nom de R. Yannai be-alef beit : seules les lettres initiales de chaque mot étaient gravées. a. l. c. a. o. -- a. l. c. Aucun verset écrit : donc aucune preuve tirée de la tablette d'Hélène. Objection -- une beraita Quand le kohen écrit le rouleau de la sota, il regarde et écrit MA che-katouv ba-tavla -- CE QUI est écrit sur la tablette. On ne recopie que ce qu'on lit : le texte complet devait donc y être. Réponse -- une seule lettre Corrige la lecture de la beraita : KE-MA che-katouv ba-tavla -- COMME ce qui est écrit dessus. Rachi : lefi simanei ha-otiot. La tablette est un aide-mémoire, pas un modèle à recopier lettre à lettre. Seconde objection -- celle qui ne se corrige pas par une lettre Une autre beraita ne se contente pas de dire ma che-katouv : elle cite le contenu de la tablette. im chakhav ich otakh -- ve-im lo chakhav -- im satit -- im lo satit Ce sont des mots entiers, pas des initiales : la réponse be-alef beit ne tient plus, et l'émendation ke-ma non plus. La guemara commence sa réponse par HATAM -- là-bas -- et le folio s'arrête net. La suite est en 38a. Tossefot : cet ordre n'est pas celui des versets.
Toute la fin du folio se joue sur un mot : la tablette portait-elle le texte de la sota, ou seulement ses initiales ? Une première objection tombe pour une lettre ; la seconde reste ouverte.
1
אָמַר אַבַּיֵּי: בִּידוֹת סַכִּינִין. מֵיתִיבִי: אַף הוּא עָשָׂה כַּנֵּי כֵלִים, וְאָוגְנֵי כֵּלִים, וִידוֹת כֵּלִים, וִידוֹת סַכִּינִין שֶׁל יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁל זָהָב. תַּרְגְּמָהּ אַבַּיֵּי: בְּקַתָּתָא דְּנַרְגֵי וַחֲצִינֵי.

Abaye a dit : [il s'agit] des manches des couteaux. On objecte : lui aussi (Monbaz) fit les socles des ustensiles, les rebords des ustensiles, les prises des ustensiles et les manches des couteaux de Yom Kippour, en or.

Abaye l'a traduit [autrement] : [il s'agit] des manches des haches et des serpes.

📜 Rachi (4)
בִּידוֹת סַכִּינִין שֶׁאִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹת סַכִּינִין עַצְמָן שֶׁל זָהָב:
Les manches des couteaux -- car il est impossible de faire les couteaux eux-mêmes en or.
כַּנֵּי כֵּלִים בְּסִיסֵי מוֹשָׁבָן:
Les socles des ustensiles -- les bases sur lesquelles ils reposent.
וְאָוגְנֵי כֵּלִים בֵּית אֲחִיזָתָן:
Et les rebords des ustensiles -- l'endroit par lequel on les saisit.
בְּקַתָּתָא דְּנַרְגֵי וַחֲצִינֵי יְדוֹת הַקַּרְדֻּומּוֹת וּמַגָּלוֹת:
Les manches des haches et des serpes -- les manches des cognées (kardoumot) et des faucilles (magalot).
💡 Explication

La michna de 37a louait le roi Monbaz d'avoir fait faire en or les yedot kol ha-kelim, les prises de tous les ustensiles du service de Yom Kippour. La guemara avait buté sur une évidence matérielle : l'or est un métal tendre, il ne tient pas un tranchant. Abaye répond en déplaçant le mot yad : ce que Monbaz a doré, ce sont les manches des couteaux, jamais les lames.

Une beraita renverse la réponse, non par un argument mais par une énumération. Elle liste séparément kanei kelim (les socles), ognei kelim (les rebords), yedot kelim (les prises d'ustensiles) et, en fin de liste, yedot sakinin (les manches des couteaux). Si les couteaux avaient été inclus dans la catégorie kelim, la beraita n'aurait pas eu à les nommer à part. Donc yedot kelim de la michna désigne autre chose que des couteaux.

Abaye maintient sa logique mais change d'objet : bakatata de-nargei ve-hatsinei, les manches des haches et des serpes. Même contrainte, même solution : la tête de fer reste du fer, seul ce que la main tient reçoit l'or. Le principe est constant tout au long de la sougya -- la somptuosité s'arrête là où commence la fonction.

🖼️ Schéma
L'or de Monbaz : où peut-on mettre de l'or sur un outil ? L'or est un métal tendre. Il fait un beau manche et une lame inutilisable. Toute la sougya sort de cette contrainte physique. Un couteau, deux parties manche lame Or possible rien ne coupe, rien ne force -- l'or ne sert qu'à la beauté Or impossible Rachi : on ne peut pas faire les couteaux eux-mêmes en or D'où la lecture d'Abaye : les yadot -- les prises -- et jamais le tranchant. La michna (37a) Monbaz fit en or les yedot kol ha-kelim de Yom Kippour -- les prises de tous les ustensiles du jour. Réponse 1 -- Abaye Il s'agit des manches des couteaux : be-yedot sakinin. Objection -- une beraita Il fit aussi : kanei kelim (socles), ognei kelim (rebords), yedot kelim (prises d'ustensiles) ET yedot sakinin. Les couteaux sont comptés à part des kelim. Donc yedot kelim de la michna ne peut pas vouloir dire couteaux. Réponse 2 -- Abaye à nouveau bakatata de-nargei ve-hatsinei : les manches des haches et des serpes (Rachi : kardoumot et magalot). Même logique, autre objet : la tête de fer reste du fer, seul le manche reçoit l'or.
De la michna à la seconde réponse d'Abaye : deux déplacements successifs du mot yad, sous une même contrainte physique.
2
הֵילֶנִי אִמּוֹ עָשְׂתָה נִבְרֶשֶׁת שֶׁל זָהָב וְכוּ׳. תְּנָא: בְּשָׁעָה שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת נִיצוֹצוֹת יוֹצְאִין מִמֶּנָּה, וְהַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁהִגִּיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע.

[La michna disait :] Hélène, sa mère, fit un lustre (nevrechet) d'or, etc. On a enseigné : au moment où le soleil se levait, des étincelles en jaillissaient, et tout le monde savait que l'heure du kriat chema était arrivée.

📜 Rachi (2)
נִיצוֹצוֹת זַהֲרוּרִית שֶׁהַחַמָּה זוֹרַחַת מִן הַמִּזְרָח וְנָטָה עַל פֶּתַח הַהֵיכָל שֶׁהוּא לְצַד מַעֲרָבִי:
Des étincelles -- un rayonnement, car le soleil se lève depuis l'est et son rayon se portait sur l'entrée du Heikhal, qui est du côté ouest.
שֶׁהִגִּיעַ זְמַן ק"ש כִּדְתַנְיָא (בְּרָכוֹת דַּף כו.) מִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה:
Que l'heure du kriat chema était arrivée -- comme il est enseigné (Berakhot 26a) : sa mitsva est avec le lever du soleil (hanets ha-hama).
💡 Explication

La michna passait de Monbaz à sa mère, la reine Hélène, qui fit suspendre au-dessus de l'entrée du Heikhal une nevrechet d'or -- un lustre, ou une lampe ornementale. La beraita explique que ce n'était pas seulement une parure : c'était un instrument de mesure du temps.

Rachi donne la géométrie exacte. Le soleil se lève à l'est ; l'entrée du Heikhal, elle, est tournée vers l'est mais le bâtiment se tient à l'ouest de la azara. Le premier rayon traverse donc toute la cour et vient frapper l'or poli : la lumière se disperse en zeharourit, un éclat visible de partout. Autrement dit, le lustre convertit un événement astronomique difficile à observer -- l'instant précis où le disque solaire apparaît -- en un signal optique que personne ne peut manquer.

L'enjeu est halakhique : le moment idéal du kriat chema du matin est im hanets ha-hama, avec le lever du soleil (Berakhot 26a). Le Temple offrait ainsi à la ville une horloge liturgique publique.

3
מֵיתִיבִי: הַקּוֹרֵא אֶת שְׁמַע שַׁחֲרִית עִם אַנְשֵׁי מִשְׁמָר, וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד — לֹא יָצָא, מִפְּנֵי שֶׁאַנְשֵׁי מִשְׁמָר מַשְׁכִּימִין וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד מֵאֲחֵרִים! אָמַר אַבַּיֵּי: לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשְׁלֶם.

On objecte : celui qui lit le chema du matin avec les hommes du michmar (la garde sacerdotale) ou avec les hommes du maamad (la délégation d'Israël) n'est pas quitte de son obligation, parce que les hommes du michmar se lèvent tôt et que les hommes du maamad tardent ! Abaye a dit : [le signal était] pour le reste du peuple de Jérusalem.

📜 Rachi (4)
שֶׁאַנְשֵׁי מִשְׁמָר שֶׁהַכֹּהֲנִים שֶׁהָעֲבוֹדָה מֻוטֶּלֶת עֲלֵיהֶם מַקְדִּימִין לִקְרוֹתָהּ קֹודֶם הַיּוֹם שֶׁמָּא תִּמָּשֵׁךְ עֲלֵיהֶן הָעֲבוֹדָה וְיִמָּנְעוּ לִקְרוֹת:
Que les hommes du michmar -- car les kohanim sur qui repose le service avancent leur lecture avant le jour, de peur que le service ne se prolonge sur eux et ne les empêche de lire.
וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד יִשְׂרָאֵל הָעוֹמְדִים בִּשְׁלִיחוּת הַצִּבּוּר עַל הַקָּרְבָּן שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר כח) תִּשְׁמְרוּ לְהַקְרִיב לִי מִצְוָה שֶׁיִּהְיוּ מְשַׁמְּרִים וְעוֹמְדִים עַל קָרְבָּנָם הָכִי דְּרֵישׁ לֵיהּ בְּסִפְרֵי וּבְמַסֶּכֶת תַּעֲנִית (דַּף כו.):
Et les hommes du maamad -- des Israélites qui se tiennent, en délégation du public, auprès du korban, car il est dit (Bamidbar 28) : vous veillerez à M'offrir -- une mitsva qu'ils veillent et se tiennent auprès de leur korban. C'est ainsi qu'on l'expose dans le Sifri et dans le traité Taanit (26a).
מְאַחֲרִין לִקְרוֹת עַד כְּלוֹת עֲבוֹדַת הַתָּמִיד:
Tardent -- à lire, jusqu'à l'achèvement du service du tamid.
לִשְׁאָר עַמָּא הַבָּאִים בָּעֲזָרָה הוּא סִימָן לְהוֹדִיעַ זְמַן קְרִיאַת שְׁמַע:
Pour le reste du peuple -- ceux qui viennent dans la azara : c'est pour eux un signe qui fait connaître l'heure du kriat chema.
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר אַבָּיֵי לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשָׁלַיִם תֵּימַהּ דְּאַבַּיֵּי גּוּפֵיהּ אָמַר בְּפֶרֶק קַמָּא דִּבְרָכוֹת (דַּף ט:) לִקְרִיאַת שְׁמַע כְּוָותִיקִין דְּא"ר יוֹחָנָן ווָתִיקִין גּוֹמְרִין אוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה וְהַיְינוּ קֹודֶם הַנֵּץ כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כב:) דִּתְנַן גַּבֵּי בַּעַל קֶרִי יָרַד לִטְבֹּול אִם יָכוֹל לַעֲלוֹת וּלְהִתְכַּסּוֹת עַד שֶׁלֹּא תְּהֵא הָנֵץ הַחַמָּה יַעֲלֶה וְיִקְרָא וְקָאָמַר בַּגְּמָרָא (דַּף כֹּה:) לֵימָא תְּנַן סְתָמָא כר"א דְּאָמַר עַד הָנֵץ הַחַמָּה אֲפִילּוּ תֵּימָא ר' יְהוֹשֻׁעַ דִּילְמָא כְּווָתִיקִין דְּא"ר יוֹחָנָן כו' אַלְמָא דְּגוֹמְרִין אוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה הַיְינוּ קֹודֶם הַנֵּץ דְּמוּקֵי מַתְנִיתִין דְּהָתָם דְּמוֹכְחָא דְּצָרִיךְ לִקְרוֹתָהּ קֹודֶם הַנֵּץ כְּווָתִיקִין וְעוֹד קָשֶׁה עַל מֶה אָנוּ סוֹמְכִין שֶׁאָנוּ קוֹרִין אוֹתָהּ אַחַר הָנֵץ הַרְבֵּה דאע"ג דא"ר יְהוֹשֻׁעַ עַד ג' שָׁעוֹת וְאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל הָתָם הֲלָכָה כְּר' יְהוֹשֻׁעַ נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּאַבַּיֵּי דְּאָמַר לק"ש כְּוָותִיקִין דְּהוּא בָּתְרָאָה וְאוֹמֵר ר"י דְּווָתִיקִין נָמֵי מוֹדוֹ דִּזְמַנָּהּ עַד ג' שָׁעוֹת אע"פ שֶׁהָיוּ מְמַהֲרִין לִקְרוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה וְכֵן מַשְׁמַע בְּפֶ' מִי שֶׁמֵּתוּ (בְּרָכוֹת דַּף כֹּה:) דְּקָאָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא ר' יְהוֹשֻׁעַ דִּילְמָא כְּווָתִיקִין כו' מַשְׁמַע בְּהֶדְיָא שֶׁהֵם סוֹבְרִים כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְאַבַּיֵּי נָמֵי לָא נְקַט לק"ש כְּווָתִיקִין אֶלָּא לוֹמַר דאע"ג דַּהֲלָכָה כַּאֲחֵרִים לק"ש צָרִיךְ לְאַחֲרוֹ מְעַט עַד סָמוּךְ לְהָנֵץ כְּוָותִיקִין כְּדֵי לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וּמִן הַדִּין זְמַן ק"ש מַתְחִיל כַּאֲחֵרִים וְנִמְשַׁךְ זְמַנָּהּ עַד ג' שָׁעוֹת כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אֶלָּא שֶׁוָּותִיקִין מַקְדִּימִין לְמִצְוַת וּמַשְׁכִּימִין לִקְרוֹתָהּ קֹודֶם הַנֵּץ כְּדֵי שֶׁתְּהֵא תְּפִלָּה בַּיּוֹם אַחַר הָנֵץ כְּדִכְתִיב (תְּהִילִּים ע״ב:ה׳) יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ שֶׁהוּא אַחַר זְרִיחַת הַשֶּׁמֶשׁ וּמִן הַדִּין הָיָה לְהַקְדִּימָהּ כַּאֲחֵרִים שֶׁאָז הוּא זְמַן קִימָה וְכֵן לִתְפִילִּין כִּדְקָאָמַר הָתָם לִתְפִלָּה כַּאֲחֵרִים פֵּירוּשׁ לִתְפִילִּין שֶׁאָז הוּא זְמַן קִימָה וְתוּ לָא חָייְשִׁינַן שֶׁמָּא יָפִיחַ בָּהֶן אֶלָּא שֶׁמְּאַחֲרִין ק"ש מְעַט עַד סָמוּךְ לְהָנֵץ כְּדֵי לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה וְנִמְצָא מִתְפַּלֵּל בַּיּוֹם וְכֵן מַשְׁמַע בַּיְּרוּשַׁלְמִי דְּקָאָמַר מַאן דְּאָמַר כְּדֵי שֶׁיְּהֵא רוֹאֶה אֶת חֲבֵירוֹ בְּרִחוּק ד' אַמּוֹת וְיַכִּירֶנּוּ כו' עַד אֲבָל אָמְרוּ מִצְוָתָהּ עַד הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ וְכוּ' וּבְפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כט:) מַשְׁמַע דְּקָאֵי יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ אַתְּפִלָּה גַּבֵּי מִתְפַּלֵּל עִם דִּמְדּוּמֵי חַמָּה דִּכְתִיב יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ וְגוֹ' וְאַל תִּתְמַהּ דְּעִם הָנֵץ הַחַמָּה מְפָרְשִׁינַן קֹודֶם. וְעִם שֶׁמֶשׁ מְפָרְשִׁינַן אַחַר זְרִיחָה דְּעַם מַשְׁמַע בְּסָמוּךְ לוֹ אוֹ מִלְּפָנָיו אוֹ מִלְּאַחֲרָיו וְהַשְׁתָּא לְמַאי דְּפָרֵישִׁית נִיחָא דְּקָאָמַר הָכָא לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשָׁלַיִם דְּמִצְוָה הִיא לְהַקְדִּים עִם הָנֵץ כְּוָותִיקִין וּלְפִי שֶׁאֵין הַכֹּל בְּקִיאִין לַעֲשׂוֹת כְּווָתִיקִין נִקְבַּע אוֹתוֹ זְמַן מִיָּד אַחַר זְרִיחָה לִשְׁאָר עַמָּא דְּבִירוּשָׁלַיִם שֶׁאֵין יוֹדְעִין לְכַוֵּין כְּווָתִיקִין וא"ת וְהָא אָמְרִינַן בְּפ"ק דִּבְרָכוֹת (דַּף ח:) א"ר שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי מִשּׁוּם ר"ע פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש ב' פְּעָמִים בַּיּוֹם אַחַת קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה וְאַחַת לְאַחַר הַנֵּץ הַחַמָּה וְיוֹצֵא בָּהּ אַחַת מִשּׁוּם לַיְלָה וְאַחַת מִשּׁוּם יוֹם וּפְסִיק רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי כְּוָותֵיהּ אַלְמָא קֹודֶם הָנֵץ לֵילְיָא הוּא וּתְחִלַּת זְמַנָּהּ דְּיוֹם הָוֵי אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה כְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא וי"ל אֲפִילּוּ אִי פְּלִיג רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אַאַבַּיֵּי קָייְמִי לָן כְּאַבַּיֵּי דְּהוּא בָּתְרָאָה וְעוֹד י"ל דְּלָא פְּסִיק רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי כְּר' שִׁמְעוֹן אֶלָּא בְּהָא דְּסָבַר קֹודֶם הַנֵּץ יוֹצֵא בְּשֶׁל לַיְלָה כִּדְמוֹכַח בָּתַר הָכִי דְּקָאָמַר מִכְּלָלָא אִתְּמַר דְּהָהוּא זוּגָא דְּרַבָּנַן דְּאִשְׁתַּכּוּר כו' אֲבָל בְּמַה שֶׁמַּתְחִיל זְמַנּוֹ דְּיוֹם אַחַר הָנֵץ בְּהָא לָא פְּסִיק כְּלָל אִי נָמֵי י"ל דַּאֲפִילּוּ רַבִּי שִׁמְעוֹן מוֹדֶה שֶׁזְּמַן ק"ש שֶׁל יוֹם קֹודֶם הַנֵּץ וְהָא דְּלָא קָאָמַר פְּעָמִים שֶׁאָדָם קוֹרֵא ק"ש שְׁתֵּי פְּעָמִים קֹודֶם הַנֵּץ וְיוֹצֵא בְּשֶׁל יוֹם וּבְשֶׁל לַיְלָה דַּהֲוָה רְבוּתָא טְפֵי יֵשׁ לוֹמַר דְּבָעֵי לְאַשְׁמוֹעִינַן שֶׁאֵין יוֹצֵא בְּשֶׁל לַיְלָה אַחַר הָנֵץ וַאֲפִילּוּ נֹאמַר דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סָבַר דִּזְמַן ק"ש אַחַר הָנֵץ אֵין לְהַעֲמִיד מַתְנִיתִין דְּהָכָא כְּוָותֵיהּ וּדְלֹא כְּכָל הָנֵי תַּנָּאֵי דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לַגְּמָרָא לְדַקְדֵּק וּלְאוֹקְמֵי כְּוָותֵיהּ בְּהֶדְיָא וְרַבֵּינוּ תָּם פֵּירֵשׁ דִּזְמַן ק"ש הָוֵי אַחַר הָנֵץ הַחַמָּה כְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא וּכְרַבִּי שִׁמְעוֹן וְהַוָּותִיקִין הָיוּ מְמַהֲרִין שֶׁלֹּא כְּדִין קֹודֶם הָנֵץ הַחַמָּה בִּשְׁבִיל חוֹבַת הַתְּפִלָּה כְּדֵי לִסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה שֶׁתְּהֵא עִם שֶׁמֶשׁ אע"ג דִּתְפִלּוֹת כְּנֶגֶד תְּמִידִין תִּקְּנוּם וְהַתָּמִיד הָיָה קֹודֶם הַנֵּץ בְּעַמּוּד הַשַּׁחַר מ"מ זְמַן תְּפִלָּה בִּשְׁעַת הַנֵּץ וְהַייְנוּ דְּפָרִיךְ בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כו.) וּרְמִינְהוּ מִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה כְּדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ כו' פֵּירוּשׁ וְלֹא עַד חֲצוֹת אַלְמָא דְּעִיקַּר חֲבִיבוּת הַתְּפִלָּה בִּשְׁעַת הַנֵּץ וּלְהָכִי קוֹרִין ק"ש שֶׁלֹּא כְּדִין בִּשְׁבִיל חֲבִיבוּת הַתְּפִלָּה וּלְהָכֵי לָא פָּרֵיךְ לֵיהּ גַּבֵּי ק"ש שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ שֶׁהָיוּ קוֹרִין אוֹתוֹ שֶׁלֹּא כַּדִּין בִּשְׁבִיל חֲבִיבוּת וּמְמַהֲרִין אוֹתוֹ קֹודֶם זְמַנּוֹ שֶׁהוּא אַחַר הָנֵץ כְּמַתְנִיתִין דְּהָכָא וכר"ש שֶׁאָמַר מִשּׁוּם ר"ע וְקָשֶׁה דְּמִצְוָתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה מַשְׁמַע דְּזֶה עִיקַּר מִצְוַת ק"ש עוֹד קָשֶׁה לוֹמַר שֶׁלֹּא יְהֵא הֲלָכָה כְּאַבַּיֵּי דְּהוּא בָּתְרָאָה מִיהוּ רַבֵּינוּ תָּם פִּי' דְּאַבַּיֵּי נָמֵי הָכֵי ס"ל וְהָא דְּקָאָמַר לק"ש כְּוָותִיקִין סִימָנָא בְּעָלְמָא כְּלוֹמַר סָמוּךְ לְהָנֵץ כְּוָותִיקִין וְלֹא כְּווָתִיקִין לְגַמְרֵי דְּאִילּוּ ווָתִיקִין מַקְדִּימִין וְאָנוּ מְאַחֲרִין אַחַר הָנֵץ וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה מִפֶּרֶק שֵׁנִי דִּמְגִילָּה (דַּף כ.) וְכֵן שׁוֹמֶרֶת יוֹם כְּנֶגֶד יוֹם לֹא תִּטְבֹּול עַד הָנֵץ הַחַמָּה וְכֻולָּן שֶׁעָשׂוּ מִשֶּׁעָלָה עַמּוּד הַשַּׁחַר כָּשֵׁר אַלְמָא דָּבָר שֶׁזְּמַנּוֹ בַּיּוֹם מִצְוָתוֹ אַחַר הָנֵץ וְהָרַב פור"ת פֵּירֵשׁ כפר"י וה"ר חֲנַנְאֵל פֵּירֵשׁ דְּווָתִיקִין גּוֹמְרִין אוֹתָהּ עִם הָנֵץ הַחַמָּה מִיָּד וּמְפָרֵשׁ גּוֹמְרִין קוֹרִין וּמְפָרֵשׁ יִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ הַיְינוּ קַבָּלַת מַלְכוּת שָׁמַיִם דְּהַיְינוּ ק"ש וְקָשֶׁה דְּלִישָּׁנָא דִּכְדֵי שֶׁיִּסְמֹוךְ גְּאֻולָּה לִתְפִלָּה מַשְׁמַע דְּאַיְירֵי בְּעִיקַּר תְּפִלָּה וְעוֹד דִּקְרָא דְּיִירָאוּךָ עִם שֶׁמֶשׁ מוֹקְמִי לֵיהּ גַּבֵּי תְּפִלָּה בְּפֶרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר וְעוֹד דִּלְשׁוֹן גּוֹמְרִין מַשְׁמַע שֶׁמַּתְחִילִין לִקְרוֹת קֹודֶם הַנֵּץ וּמְכַווְּנִין כָּךְ שֶׁגּוֹמְרִין אוֹתָהּ בִּתְחִלַּת הַנֵּץ כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלְּלוּ בִּתְחִלַּת הַנֵּץ:
Abaye a dit : pour le reste du peuple de Jérusalem -- c'est étonnant, car Abaye lui-même a dit au premier chapitre de Berakhot (9b) : pour le kriat chema, [la halakha est] comme les vatikin (les hommes scrupuleux), puisque Rabbi Yo'hanan a dit : les vatikin l'achevaient avec le lever du soleil (hanets ha-hama) -- ce qui veut dire qu'ils commençaient avant le lever, comme cela ressort du chapitre Mi che-meto (Berakhot 22b), où nous avons appris à propos du baal keri : s'il descendit se tremper, s'il peut remonter et se couvrir avant le lever du soleil, qu'il remonte et lise ; et la guemara dit (25b) : dirons-nous que cette michna anonyme suit Rabbi Eliezer, qui dit [que le temps va] jusqu'au lever du soleil ? Tu peux même dire Rabbi Yehochoua : peut-être [s'agit-il de faire] comme les vatikin, puisque Rabbi Yo'hanan a dit, etc. Il en ressort qu'achever la lecture avec le lever du soleil signifie [commencer] avant le lever, puisqu'on établit la michna de là-bas -- laquelle prouve qu'il faut lire avant le lever -- selon l'usage des vatikin. Autre difficulté : sur quoi nous appuyons-nous, nous qui lisons le chema bien après le lever ? Car même si Rabbi Yehochoua a dit [qu'on peut lire] jusqu'à la troisième heure et que Rav Yehouda a dit au nom de Chemouel, là-bas, que la halakha suit Rabbi Yehochoua, il semble bien que la halakha suive Abaye, qui a dit : pour le kriat chema, comme les vatikin -- car il est le plus tardif (batra). Et le Ri dit : les vatikin eux-mêmes admettent que le temps du chema va jusqu'à la troisième heure, même s'ils se hâtaient de le lire au lever du soleil. C'est bien ce qui ressort du chapitre Mi che-meto (Berakhot 25b), où il est dit : tu peux même dire Rabbi Yehochoua, peut-être comme les vatikin, etc. -- ce qui implique explicitement qu'ils tiennent comme Rabbi Yehochoua. Et Abaye non plus n'a dit pour le kriat chema comme les vatikin que pour enseigner ceci : bien que la halakha suive Aherim pour le kriat chema, il faut le retarder un peu, jusqu'à tout près du lever, comme les vatikin, afin d'enchaîner la délivrance (guessement geoula) à la tefila. Selon la stricte loi, le temps du kriat chema commence comme le dit Aherim et se prolonge jusqu'à la troisième heure comme le dit Rabbi Yehochoua ; simplement, les vatikin devancent les mitsvot et se lèvent tôt pour le lire avant le lever, afin que la tefila tombe de jour, après le lever, comme il est écrit (Tehilim 72,5) : ils Te craindront avec le soleil (im chemech) -- ce qui désigne l'après-lever. Or, en stricte loi, il aurait fallu l'avancer comme le dit Aherim, car c'est alors l'heure du lever [du lit] ; et de même pour les tefilin, comme il est dit là-bas : pour la tefila, comme Aherim -- comprends : pour les tefilin, car c'est alors l'heure du lever et l'on ne craint plus qu'il ne se relâche en les portant. Simplement, on retarde un peu le chema jusqu'à tout près du lever, afin d'enchaîner geoula et tefila, et il se trouve alors prier de jour. C'est aussi ce qui ressort du Yerouchalmi, où il est dit : celui qui dit [que le temps commence] quand on peut voir son compagnon à quatre coudées et le reconnaître, etc., jusqu'à : mais ils ont dit que sa mitsva est jusqu'au lever du soleil, afin qu'il enchaîne, etc. Et au chapitre Tefilat ha-chahar (Berakhot 29b), il ressort que le verset ils Te craindront avec le soleil porte sur la tefila, à propos de celui qui prie aux lueurs du soleil, puisqu'il est écrit : ils Te craindront avec le soleil, etc. Et ne t'étonne pas que im hanets ha-hama, nous l'expliquions comme avant, tandis que im chemech, nous l'expliquions comme après le lever : car im signifie tout près de, que ce soit avant ou après. Et désormais, selon ce que j'ai expliqué, tout va bien : s'il est dit ici pour le reste du peuple de Jérusalem, c'est que la mitsva est de devancer, avec le lever, comme les vatikin ; et parce que tous ne sont pas assez experts pour faire comme les vatikin, on a fixé ce moment-là, immédiatement après le lever, pour le reste du peuple de Jérusalem, qui ne sait pas viser comme les vatikin. Et si tu objectes : n'avons-nous pas dit au premier chapitre de Berakhot (8b) que Rabbi Chimon bar Yohai a dit au nom de Rabbi Akiva : il arrive qu'un homme lise le chema deux fois dans la journée, une fois avant le lever du soleil et une fois après, et qu'il s'acquitte par l'une de [l'obligation de] la nuit et par l'autre de celle du jour -- et Rabbi Yehochoua ben Levi a tranché comme lui ? Il en ressortirait qu'avant le lever c'est encore la nuit, et que le début du temps [du chema] du jour est après le lever du soleil, conformément à notre michna ici. On peut répondre : même si Rabbi Yehochoua ben Levi est en désaccord avec Abaye, nous tranchons comme Abaye, qui est le plus tardif. On peut encore répondre que Rabbi Yehochoua ben Levi n'a tranché comme Rabbi Chimon que sur ce point -- qu'il tient qu'avant le lever on s'acquitte de [l'obligation de] la nuit -- comme le prouve la suite, où il est dit : cela fut énoncé par déduction, à propos de ce couple de sages qui s'étaient enivrés, etc. ; mais quant au fait que le temps du jour ne commence qu'après le lever, il n'a rien tranché du tout. Ou bien encore on peut dire que même Rabbi Chimon admet que le temps du chema du jour est avant le lever ; et s'il n'a pas dit il arrive qu'un homme lise le chema deux fois avant le lever et s'acquitte [une fois] de celui du jour et [une fois] de celui de la nuit -- ce qui aurait été un enseignement plus fort -- c'est qu'il voulait nous apprendre qu'on ne s'acquitte pas de celui de la nuit après le lever. Et même si l'on disait que Rabbi Chimon tient que le temps du chema est après le lever, il ne faudrait pas établir notre michna d'ici selon lui, contre tous ces tannaim ; car s'il en était ainsi, la guemara aurait dû le relever et l'établir explicitement selon lui. Et Rabbenou Tam a expliqué que le temps du kriat chema est bien après le lever du soleil, conformément à notre michna ici et à Rabbi Chimon, et que les vatikin se hâtaient contrairement à la loi (chelo ka-din), avant le lever, à cause de l'obligation de la tefila, afin d'enchaîner geoula et tefila et que celle-ci tombe avec le soleil. Et bien que les prières aient été instituées en correspondance des tamidim, et que le tamid fût offert avant le lever, dès l'aube, le temps de la tefila est néanmoins à l'heure du lever. C'est bien ce qu'objecte le chapitre Tefilat ha-chahar (Berakhot 26a) : mais contraste -- sa mitsva est avec le lever du soleil, afin qu'il enchaîne, etc. -- comprends : et non jusqu'à midi ; il en ressort que le prix principal de la tefila est à l'heure du lever. C'est pourquoi l'on lisait le chema contrairement à la loi, à cause de ce prix attaché à la tefila ; et c'est pourquoi la guemara ne l'objecte pas à propos du chema, car elle savait bien qu'on le lisait contrairement à la loi, à cause de ce prix, et qu'on l'avançait avant son temps -- lequel est après le lever, conformément à notre michna ici et à Rabbi Chimon au nom de Rabbi Akiva. Mais cela est difficile : sa mitsva est avec le lever du soleil implique que c'est là l'accomplissement principal du kriat chema. Il est difficile aussi de dire que la halakha ne suivrait pas Abaye, qui est le plus tardif. Toutefois, Rabbenou Tam a expliqué qu'Abaye aussi tenait ainsi, et que lorsqu'il dit pour le kriat chema comme les vatikin, ce n'est qu'un repère -- c'est-à-dire : tout près du lever, comme les vatikin, mais non pas exactement comme eux, puisque les vatikin devancent tandis que nous, nous retardons après le lever. Il a encore apporté une preuve du deuxième chapitre de Meguila (20a) : et de même, la chomeret yom keneged yom ne se trempera pas avant le lever du soleil ; et toutes celles qui l'ont fait des le lever de l'aube, [leur immersion] est valide -- il en ressort que ce dont le temps est le jour, son accomplissement est après le lever. Et le Rav Porat a expliqué comme le Ri. Et Rabbenou Hananel a expliqué que les vatikin l'achevaient avec le lever du soleil, immédiatement, et il explique gomrin au sens de lisent, et explique ils Te craindront avec le soleil comme désignant l'acceptation du joug du Royaume des cieux, c'est-à-dire le kriat chema. Mais cela est difficile : la formule afin qu'il enchaîne geoula et tefila implique qu'il s'agit de la tefila proprement dite ; en outre, le verset ils Te craindront avec le soleil est applique à la tefila au chapitre Tefilat ha-chahar ; en outre, le terme gomrin (ils achèvent) implique qu'ils commencent à lire avant le lever et visent de manière à l'achever au tout début du lever, afin de prier dès le début du lever.
💡 Explication

L'objection est un raisonnement par élimination. Si les étincelles marquaient l'heure du chema, encore faut-il que quelqu'un, au Temple, lise le chema à cette heure-là. Or la beraita disqualifie précisément les deux corps présents.

Les anshei michmar sont les kohanim de la semaine, ceux sur qui repose la avoda. Ils lisent le chema avant le jour, explique Rachi, de peur que le service ne se prolonge et ne les empêche de le lire ensuite. Trop tôt : ils ne sont pas quittes. Les anshei maamad sont les Israélites délégués par le public, qui se tiennent debout auprès du korban -- Rachi renvoie à la deracha du Sifri sur tichmerou lehakriv li (Bamidbar 28) et à Taanit 26a. Eux prient longuement et ne lisent qu'une fois le tamid achevé. Trop tard : pas quittes non plus.

Abaye répond : le-chear ama de-vi-Yerouchalem. Le signal ne visait ni les uns ni les autres, mais tous ceux qui montaient à la azara sans charge de service ni liturgie à rallonger. Le lustre est une horloge civile, pas sacerdotale. Tossefot ouvre ici l'une de ses plus longues discussions : si l'heure du chema est celle du hanets, que devient l'usage des vatikin, qui achevaient leur lecture au lever du soleil et l'avaient donc commencée avant ?

🖼️ Schéma
Tossefot : la nevrechet donne-t-elle le DÉBUT du temps du chema ? Abaye dit ailleurs (Berakhot 9b) qu'il faut lire comme les vatikin. Or les vatikin ACHÈVENT au hanets -- donc ils commencent avant. hanets ha-hama avant le lever après le lever lecture des vatikin ils visent à finir pile au hanets, pour prier au soleil signal de la nevrechet -- le reste du peuple un repère simple pour qui ne sait pas viser aussi juste Le Ri (et le Rav Porat) Le temps du chema commence dès l'aube, comme Aherim, et dure jusqu'à la 3e heure, comme R. Yehochoua. Les vatikin l'admettent aussi. Pourquoi lisent-ils si tôt, alors ? Par zèle -- makdimin le-mitsvot -- et surtout pour enchaîner geoula et tefila : la amida doit tomber après le lever, im chemech (Tehilim 72,5). Et notre daf ? La nevrechet ne fixe pas le début du temps : c'est le repère donné à ceux qui ne savent pas calculer le moment des vatikin. Rabbenou Tam Le temps du chema commence APRÈS le hanets, comme notre michna et comme R. Chimon au nom de R. Akiva. Alors les vatikin lisaient trop tôt ? Oui -- chelo ka-din, sciemment, pour sauver la tefila : la prière vaut surtout à l'heure du lever. Preuve tirée de Meguila 20a : ce dont le temps est le jour ne se fait qu'après le lever du soleil. Objection du Ri : mitsvata im hanets ha-hama dit bien que c'est là l'accomplissement principal du chema -- et Abaye, plus tardif, devrait faire halakha.
Les deux lectures de Tossefot sur le rapport entre l'heure de la nevrechet et l'usage des vatikin : le Ri déplace la question vers la tefila, Rabbenou Tam assume que les vatikin lisaient hors du temps légal.
4
וְאַף הִיא עָשְׂתָה טַבְלָא. שָׁמְעַתְּ מִינַּהּ כּוֹתְבִין מְגִילָּה לְתִינוֹק לְהִתְלַמֵּד בָּהּ. אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ מִשּׁוּם רַבִּי יַנַּאי: בְּאֶלֶף בֵּית.

[La michna disait :] et elle fit aussi une tablette [d'or sur laquelle était écrite la parachat sota]. Tu apprends de là qu'on écrit un rouleau [partiel] pour qu'un enfant y apprenne !

Rech Lakich a dit au nom de Rabbi Yannai : [elle était] en alef-beit.

📜 Rachi (2)
שְׁמַע מִינָּה כו' וּפְלוּגְתָּא הִיא בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין בְּפֶרֶק הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף ס.):
Tu apprends de là, etc. -- et c'est une controverse dans le traité Guittin, au chapitre Ha-nizakin (60a).
בְּאֶלֶף בֵּית אוֹתִיּוֹת שֶׁל רָאשֵׁי הַתֵּיבוֹת:
En alef-beit -- les lettres initiales des mots.
💡 Explication

La michna signalait une troisième donation d'Hélène : une tablette d'or portant la parachat sota (Bamidbar 5). La guemara en tire aussitôt une conséquence halakhique. Il est interdit d'écrire des portions isolées de la Tora hors d'un sefer complet ; la seule dérogation discutée est pédagogique -- écrire un extrait pour qu'un enfant apprenne dessus. Rachi précise que c'est une machloket, exposée dans Guittin, chapitre Ha-nizakin (60a). Si la tablette d'Hélène portait vraiment le texte de la paracha, elle trancherait la question par la pratique.

Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai coupe la preuve à la racine : be-alef beit. La tablette ne portait pas les versets, mais seulement les lettres initiales de chaque mot, explique Rachi -- une sorte d'abrégé mnémotechnique. Aucun verset n'y étant écrit, aucune conclusion n'en peut sortir. La suite du folio testera cette réponse contre deux beraitot.

🖼️ Schéma
Que portait la tablette d'or d'Hélène -- et pourquoi cela engage une halakha Enjeu : a-t-on le droit d'écrire un extrait de la Tora, hors d'un sefer complet, pour qu'un enfant apprenne dessus ? Machloket dans Guittin 60a. La michna : Hélène fit une tablette d'or où était écrite la parachat sota (Bamidbar 5). Si le texte y figurait en entier -- preuve qu'on écrit un extrait. Rech Lakich au nom de R. Yannai be-alef beit : seules les lettres initiales de chaque mot étaient gravées. a. l. c. a. o. -- a. l. c. Aucun verset écrit : donc aucune preuve tirée de la tablette d'Hélène. Objection -- une beraita Quand le kohen écrit le rouleau de la sota, il regarde et écrit MA che-katouv ba-tavla -- CE QUI est écrit sur la tablette. On ne recopie que ce qu'on lit : le texte complet devait donc y être. Réponse -- une seule lettre Corrige la lecture de la beraita : KE-MA che-katouv ba-tavla -- COMME ce qui est écrit dessus. Rachi : lefi simanei ha-otiot. La tablette est un aide-mémoire, pas un modèle à recopier lettre à lettre. Seconde objection -- celle qui ne se corrige pas par une lettre Une autre beraita ne se contente pas de dire ma che-katouv : elle cite le contenu de la tablette. im chakhav ich otakh -- ve-im lo chakhav -- im satit -- im lo satit Ce sont des mots entiers, pas des initiales : la réponse be-alef beit ne tient plus, et l'émendation ke-ma non plus. La guemara commence sa réponse par HATAM -- là-bas -- et le folio s'arrête net. La suite est en 38a. Tossefot : cet ordre n'est pas celui des versets.
La tablette d'Hélène mise à l'épreuve : ce qu'elle portait décide si la michna prouve, ou non, qu'on écrit un extrait de Tora pour un enfant.
5
מֵיתִיבִי: כְּשֶׁהוּא כּוֹתֵב רוֹאֶה וְכוֹתֵב מַה שֶׁכָּתוּב בְּטַבְלָא! אֵימָא: רוֹאֶה וְכוֹתֵב כַּמָּה שֶׁכָּתוּב בַּטַּבְלָא.

On objecte : quand il écrit, il regarde et écrit ce qui est écrit sur la tablette ! Dis [plutôt] : il regarde et écrit comme ce qui est écrit sur la tablette.

📜 Rachi (2)
כְּשֶׁהוּא כּוֹתֵב כֹּהֵן הַכּוֹתֵב אֶת הַמְּגִילָּה לְהַשְׁקוֹתָהּ:
Quand il écrit -- le kohen qui écrit le rouleau [de la sota] pour la faire boire.
כַּמָּה שֶׁכָּתוּב בַּטַּבְלָא לְפִי סִימָנֵי הָאוֹתִיּוֹת:
Comme ce qui est écrit sur la tablette -- d'après les indices que donnent les lettres [initiales].
💡 Explication

La beraita décrit le kohen qui rédige le rouleau de la sota -- celui qu'on effacera dans l'eau amère pour la faire boire, précise Rachi. Elle dit qu'il regarde et écrit ma che-katouv ba-tavla : ce qui est écrit sur la tablette. Or on ne recopie que ce qu'on lit : le texte complet devait donc y figurer, contre Rech Lakich.

La réponse tient en une seule lettre. Il faut lire ke-ma che-katouv -- comme ce qui est écrit -- et non ma che-katouv. La différence est décisive : la tablette n'est plus un modèle à copier caractère par caractère, mais un aide-mémoire. Rachi résume : lefi simanei ha-otiot, d'après les indices que donnent les lettres initiales. Le kohen connaît le texte ; les initiales lui garantissent qu'il n'omet ni n'intervertit rien.

6
מֵיתִיבִי: כְּשֶׁהוּא כּוֹתֵב — רוֹאֶה וְכוֹתֵב מַה שֶׁכָּתוּב בְּטַבְלָא, וּמַה כָּתוּב בַּטַּבְלָא — ״אִם שָׁכַב אִישׁ אֹותָךְ״ [״וְאִם לֹא שָׁכַב״], ״אִם שָׂטִית״ ״אִם לֹא שָׂטִית״! הָתָם

On objecte : quand il écrit, il regarde et écrit ce qui est écrit sur la tablette -- et qu'y avait-il d'écrit sur la tablette ? Si un homme a couché avec toi [et s'il n'a pas couché], si tu as dévié, si tu n'as pas dévié !

[Réponse :] là-bas...

🗂️ Tossefot (1)
אִם שָׁכַב אִם לֹא שָׁכַב בְּפֶרֶק הַנִּיזָּקִין (גִּיטִּין דַּף ס.) מַייְתֵי לָהּ וְגָרְסִינַן הָתָם בְּכָל הַסְּפָרִים אִם שָׁכַב אִם לֹא שָׁכַב וְאִם שָׂטִית וְאִם לֹא שָׂטִית אע"ג דִּקְרָאֵי לָאו הָכִי [כְּתִיבִי] דִּבְרֵישָׁא כְּתִיב [אִם לֹא שָׁכַב] וְאִם לֹא שָׂטִית וְאִם שָׁכַב לָא כְּתִיב כְּלָל:
S'il a couché, s'il n'a pas couché -- au chapitre Ha-nizakin (Guittin 60a) on rapporte cette beraita, et nous y lisons, dans tous les livres : s'il a couché, s'il n'a pas couché, et si tu as dévié, et si tu n'as pas dévié -- bien que les versets ne soient pas écrits ainsi : car dans la première partie il est écrit s'il n'a pas couché, et si tu n'as pas dévié, tandis que s'il a couché n'est pas écrit du tout.
💡 Explication

Seconde objection, et cette fois l'émendation d'une lettre ne suffira pas. Une autre beraita ne se contente pas de la formule ma che-katouv ba-tavla : elle énonce le contenu de la tablette. Et ce contenu, ce sont des mots entiers -- im chakhav ich otakh, im satit, avec leurs négations. Ce ne sont plus des initiales : la réponse be-alef beit tombe, et la lecture ke-ma aussi, puisque le texte est ici cité.

La guemara amorce sa réponse par un seul mot -- hatam, là-bas -- et le folio s'interrompt. La résolution appartient à 38a : là-bas, il s'agissait d'autre chose que d'un rouleau destiné à l'effacement.

Tossefot ajoute une remarque textuelle qui ne résout rien mais éclaire le statut de la citation : l'ordre des formules dans la beraita ne suit pas celui des versets. La Tora (Bamidbar 5,19) commence par le négatif -- im lo chakhav, ve-im lo satit -- et la formule affirmative im chakhav n'y figure même pas. La beraita restitue donc la logique de l'adjuration plutôt qu'elle ne cite la lettre du verset.

🖼️ Schéma
Tossefot : la beraita ne cite pas les versets dans l'ordre de la Tora Même leture dans Guittin 60a, dans tous les manuscrits. Tossefot le signale sans le corriger. Ce que dit la beraita (notre daf) 1. im chakhav ich otakh -- s'il a couché avec toi 2. ve-im lo chakhav -- et s'il n'a pas couché 3. im satit -- si tu as dévié 4. im lo satit -- si tu n'as pas dévié L'affirmatif vient en premier, le négatif ensuite. Des mots entiers : ce n'est plus de l'alef beit. Ce qu'écrit la Tora (Bamidbar 5,19-20) 1. im lo chakhav ich otakh -- le négatif d'abord 2. ve-im lo satit -- le négatif encore im chakhav : absent du texte la formule affirmative n'y figure pas du tout Le verset 20 dit ve-at ki satit -- une autre tournure. La beraita résume donc le contenu de la tablette plus qu'elle ne cite la Tora mot pour mot.
La remarque de Tossefot : la beraita inverse l'ordre de la Tora et cite une formule affirmative absente du texte.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).