Yoma 38a -- les portes de Nikanor, et les deux familles qui refusèrent de livrer leur secret

Yoma 38a

Sougya : Le folio s'ouvre sur le mot qui clôture la sougya de la tablette d'Hélène : bessiroughin, en alternance -- les débuts de versets en clair, la suite en initiales, si bien que la tablette ne prouve rien sur l'écriture d'un extrait de Tora. Vient ensuite le récit des portes de Nikanor : une tempête en mer, une porte jetée sans effet, la seconde sauvée parce que Nikanor s'y enlace en demandant d'être jeté avec elle, puis la porte perdue qui réapparaît au port d'Akko -- d'où le al tikri berotim / berit yam, et l'explication que seules ces portes ne furent jamais dorées.

La michna bascule alors du côté du blâme : Beit Garmou, Beit Avtinas, Hougras ben Levi et ben Kamtsar, qui refusèrent d'enseigner leur art. La guemara raconte deux fois la même histoire, terme pour terme -- on fait venir des artisans d'Alexandrie, qui savent tout faire sauf l'essentiel (retirer le pain sans le briser, faire monter la fumée droite), les Sages s'inclinent au nom du verset que tout fut créé pour la gloire de Dieu, et les familles reviennent au salaire double.

À la question de leur motif, elles répondent identiquement : le Temple était promis à la ruine, et un homme indigne aurait emporté ce savoir vers l'idolâtrie -- pendant que la guemara verse à leur crédit le refus du pain fin et du parfum, au nom du vi-heyitem nekiyim. Trois rencontres avec les descendants d'Avtinas -- l'accusation de Rabbi Yichmael, le descendant qui rit et pleure et tait l'herbe du maalé achan, le vieillard qui remet enfin la meguilat samanim -- conduisent au verdict de Rabbi Akiva : désormais il est interdit de parler en mal de ces gens-là.

Le folio s'arrête sur la maxime de ben Azzai : par ton nom on t'appellera, et à ta place on te fera asseoir.

Les portes de Nikanor : deux portes, une tempête, une seule qui revient Deux portes de cuivre commandées à Alexandrie pour la porte orientale du parvis. Le récit explique pourquoi, seules de tout le Temple, elles ne furent jamais dorées. 1. Le voyage de retour Le navire quitte Alexandrie deux portes à bord Nahchol : la tempête se dresse contre lui pour le noyer Porte 1 jetée à l'eau pour alléger le navire la mer ne se calme pas Porte 2 : il l'enlace jetez-moi avec elle la mer se calme 2. Au port d'Akko : la porte perdue réapparaît Version 1 Elle émergeait et sortait de dessous les flancs du navire -- elle avait suivi tout le trajet. Version 2 -- yech omrim Une créature marine l'avait avalée puis l'a rejetée sur la terre ferme. 3. Pourquoi ces portes seules restèrent en cuivre quand tout le Temple fut doré Raison 1 -- le miracle Des nissim y ont été accomplis : on ne remplace pas le support d'un miracle par du métal précieux. motif de mérite Raison 2 -- yech omrim Leur cuivre était déjà doré (nehouchtan moutshevet) : dorer n'aurait rien ajouté. motif esthétique Raison 3 -- R. Eliezer b. Yaakov C'était du cuivre kelonita, raffiné, qui éclairait comme de l'or. motif matériel
Le récit des portes de Nikanor et les trois explications de leur cuivre laisse nu.
Beit Garmou et Beit Avtinas : deux récits construits à l'identique La guemara raconte deux fois la même histoire, mot pour mot, avec un objet et un verset différents. Ce parallélisme est lui-même l'argument. Étape du récit Beit Garmou -- le'hem ha-panim Beit Avtinas -- la ketoret Le savoir gardé refus d'enseigner Fabriquer les douze pains de proposition et les sortir du four sans les briser. Composer l'encens et connaître l'herbe maalé achan qui redresse la fumée. Le remplacement artisans d'Alexandrie Ils savent cuire, ils ne savent pas retirer. Leur pain moisit dans la semaine. Ils savent composer, la fumée ne monte pas. Elle se disperse de-ci de-là. Le verset invoqué tout est créé pour Sa gloire Yechayahou 43,7 -- tout ce qui est appelé de Mon nom, pour Ma gloire Je l'ai créé. Michlei 16,4 -- Hachem a tout fait pour Son dessein. Le retour salaire double 12 mane par jour, ce jour-là 24. R. Yehouda : 24 par jour, ce jour-là 48. 12 mane par jour, ce jour-là 24. R. Yehouda : 24 par jour, ce jour-là 48. La raison du silence réponse identique Nos pères savaient que cette maison est destinée à être détruite -- de peur qu'un homme indigne n'apprenne le savoir et n'aille servir l'idolâtrie avec lui. Le point à leur crédit se garder du soupçon Jamais de pain de fleur de farine entre les mains de leurs enfants. Jamais de mariée parfumée sortie de chez eux -- clause au mariage. Même conclusion pour les deux : vous serez quittes envers Hachem et envers Israël (Bamidbar 32,22) Il ne suffit pas d'être irréprochable : il faut aussi être hors de soupçon. Ces deux familles blâmées par la michna sont précisément celles que la guemara cite en exemple sur ce point.
Beit Garmou et Beit Avtinas : la guemara raconte deux fois la même structure, ce qui en fait un principe et non une anecdote.
Du blâme à la réhabilitation : la trajectoire du folio La michna les range parmi ceux dont le nom pourrit. La guemara, en quatre étapes, retourne le verdict. La michna -- lignai Garmou, Avtinas, Hougras, ben Kamtsar : ils n'ont pas voulu enseigner. le nom des méchants pourrira La guemara -- le motif Ce n'était pas l'avarice : ils redoutaient qu'un indigne n'emporte le savoir vers l'idolâtrie après la destruction. Le contre-poids R. Yichmael accuse encore : vos pères ont voulu grandir leur honneur -- et leur honneur fut rabaissé. Trois rencontres avec les descendants Le descendant qui rit et pleure -- l'herbe maalé achan tenue par serment -- le vieillard qui remet enfin la meguilat samanim à R. Yo'hanan ben Nouri. Verdict de R. Akiva : désormais il est interdit de parler en mal de ces gens-là Dès l'instant où ils transmettent, la rétention passée se relit comme une garde -- non comme une avarice. Ben Azzai à ta place on te fera asseoir
La trajectoire du folio : de la flétrissure de la michna au non-lieu prononcé par R. Akiva.
1
בְּסֵירוּגִין.

En alternance (bessiroughin).

📜 Rachi (1)
בְּסֵירוּגִין אִם לֹא שָׁכַב אַחֲרָיו רָאשֵׁי תֵּיבוֹת עַד סוֹף הַמִּקְרָא וְאַתְּ כִּי שָׂטִית וְאַחֲרָיו רָאשֵׁי תֵּיבוֹת עַד סוֹף הַמִּקְרָא יִתֵּן ה' אוֹתְךָ וְאַחֲרָיו רָאשֵׁי תֵּיבוֹת עַד סוֹף הַמִּקְרָא וּבָאוּ הַמַּיִם וְאַחֲרָיו רָאשֵׁי תֵּיבוֹת (אִם שָׁכַב וְאַתְּ כִּי שָׂטִית):
En alternance -- <i>im lo chakhav</i> (s'il n'a pas couché), puis après cela les initiales jusqu'à la fin du verset ; <i>ve-at ki satit</i> (et toi, si tu as dévié), puis après cela les initiales jusqu'à la fin du verset ; <i>yiten Hachem otakh</i> (que Hachem te livre), puis après cela les initiales jusqu'à la fin du verset ; <i>ou-vaou ha-mayim</i> (et les eaux viendront), puis après cela les initiales. (<i>im chakhav</i>, <i>ve-at ki satit</i>.)
🗂️ Tossefot (1)
בְּסֵירוּגִין הָא דְאָמַר בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִּמְגִילָּה (דַּף יח:) אָסוּר לִכְתֹּוב אֲפִילּוּ אוֹת אַחַת שֶׁלֹּא מִן הַכְּתָב כֵּיוָן דִּכְתִיבִי רָאשֵׁי תֵּיבוֹת וְרָאשֵׁי פְּסוּקִים וְעוֹד שֶׁהִיא פָּרָשָׁה קְטַנָּה שָׁרִי כִּדְשָׁרֵינַן הָתָם תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת מִשּׁוּם דְּמִיגְרָס גְּרִיסָן:
En alternance -- quant à ce qui est dit au deuxième chapitre de Meguila (18b), qu'il est interdit d'écrire ne serait-ce qu'une seule lettre sans copier sur un texte écrit : puisque l'on n'écrivait ici que des initiales et des débuts de versets, et de plus qu'il s'agit d'une parachah courte, c'est permis -- comme on l'a permis là-bas pour les tefilin et les mezouzot, du fait qu'elles sont couramment sues par cœur.
💡 Explication

Un seul mot, qui clôture la sougya ouverte à la fin de 37b. On y demandait si la tablette d'or d'Hélène, où était gravée la parachat sota, prouvait qu'il est permis d'écrire un extrait de Tora pour l'instruction. Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai avait répondu qu'elle ne portait que des initiales ; une beraita citant des formules entières avait résisté, et la guemara s'était arrêtée sur le mot hatam -- là-bas.

La réponse tient donc dans ce mot : bessiroughin, en alternance. Le début de chaque verset était bien écrit en clair -- ce que la beraita citait -- mais la suite du verset n'était donnée qu'en rachei tevot (initiales). Il n'y avait jamais de texte suivi : la tablette ne prouve donc rien sur l'écriture d'un extrait de Tora.

🖼️ Schéma
Bessiroughin : ce qui était gravé sur la tablette d'Hélène Réponse à la question laissée ouverte en 37b : écrit-on un extrait de Tora pour instruire ? Non -- il n'y avait pas de texte suivi. Chaque verset : les premiers mots en clair, puis rien que des initiales im lo chakhav initiales seules, jusqu'à la fin du verset ve-at ki satit initiales seules, jusqu'à la fin du verset yiten Hachem otakh initiales seules, jusqu'à la fin du verset ou-vaou ha-mayim initiales seules Tossefot : pourquoi cela ne viole pas l'interdit d'écrire de mémoire (Meguila 18b) Des initiales ne sont pas un texte -- et de plus la parachah est courte, donc sue par cœur, comme tefilin et mezouzot.
Le dispositif bessiroughin : amorce en clair, corps du verset en initiales.
2
נִיקָנוֹר נַעֲשׂוּ נִסִּים לְדַלְתוֹתָיו. תָּנוּ רַבָּנַן: מַה נִסִּים נַעֲשׂוּ לְדַלְתוֹתָיו? אָמְרוּ: כְּשֶׁהָלַךְ נִיקָנוֹר לְהָבִיא דְּלָתוֹת מֵאֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם, בַּחֲזִירָתוֹ עָמַד עָלָיו נַחְשׁוֹל שֶׁבַּיָּם לְטָבְעוֹ, נָטְלוּ אַחַת מֵהֶן וֶהֱטִילוּהָ לַיָּם, וַעֲדַיִין לָא נָח הַיָּם מִזַּעְפּוֹ.

<i>Nikanor : des miracles furent accomplis pour ses portes.</i> Nos maîtres ont enseigné : quels miracles furent accomplis pour ses portes ? Ils dirent : lorsque Nikanor alla chercher des portes à Alexandrie d'Égypte, à son retour une lame de fond (nahchol) se dressa contre lui en mer pour le noyer.

Ils prirent l'une d'elles et la jetèrent à la mer -- et la mer ne se calma pas encore de sa fureur.

📜 Rachi (3)
לְהָבִיא דְּלָתוֹת לְשַׁעַר הַמִּזְרָח שֶׁל הָעֲזָרָה וְשֶׁל נְחֹושֶׁת הָיוּ:
Pour rapporter des portes -- pour la porte orientale de la azara (le parvis) ; et elles étaient de cuivre.
נַחְשׁוֹל סְעָרָה:
Nahchol -- une tempête.
וֶהֱטִילוּהָ לַיָּם לְהָקֵל לַסְּפִינָה:
Et ils la jetèrent à la mer -- pour alléger le navire.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בַּחֲזָרָתוֹ עָמַד עָלָיו נַחְשׁוֹל שֶׁבַּיָּם לְטָבְעוֹ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'סְעָרָה' וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה אָמַר עָלָיו וְגַם לְטָבְעוֹ דְּמַשְׁמַע רַק בַּעֲבוּרוֹ הָיָה הַדָּבָר הַזֶּה וַהֲלֹא אַדְּרַבָּא כֵּיוָן שֶׁהוּא שְׁלִיחַ מִצְוָה אֵין רָאוּי לִהְיוֹת עָלָיו גְּזֵרָה זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרִיטְבָ"א זַ"ל שֶׁהֱבִיאוֹ בַּעַל עֵין יַעֲקֹב אֵיךְ הָלַךְ נִקָּנוֹר לַאֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם וְהָא אִיכָּא אִיסּוּר לָאו דְּ'לֹא תֹסִפוּן לָשׁוּב בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה עוֹד' (דְּבָרִים יז, טז) , וְהֵבִיא דְּרָשַׁת רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּסִפְרֵי לָגוּר שָׁם אִי אַתָּה חוֹזֵר, אֲבָל אַתָּה חוֹזֵר לִסְחוֹרָה וְלִכְבֹּושׁ אֶת הָאָרֶץ, עַייֵּן שָׁם. וְהָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל הֵבִיא טַעַם אַחֵר מִדִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דַּאֲפִילּוּ 'לָגוּר שָׁם' שָׁרִי אַחַר שֶׁכְּבָר עָבְרוּ יִשְׂרָאֵל וְגָרוּ שָׁם אַחַר חֻורְבַּן בַּיִת רִאשׁוֹן וְנַעֲשָׂה בָּהּ תַּעֲרֹובֶת נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה בִּשְׁאָר אֲרָצוֹת וְאָז הֻותַּר לָדוּר בָּהּ, עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן כָּאן הַשָּׂטָן שֶׁהוּא נָחָשׁ הַקַּדְמוֹנִי נִתְקַנֵּא בַּנִּקְנוֹר שֶׁהֵבִיא דְּלָתוֹת חֲשׁוּבִים לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ וְהִצְלִיחַ בָּהֶם כִּי כֵן דֶּרֶךְ הַסִּטְרָא אַחֲרָא לְהִתְקַנְּאוּת בִּדְבָרִים שֶׁל קְדֻושָּׁה, לְכָךְ כַּאֲשֶׁר רָאָהוּ מְהַלֵּךְ בַּיָּם שֶׁהוּא מְקוֹם סַכָּנָה מָצָא לוֹ טַעֲנָה לְקַטְרֵג עָלָיו מִצַּד הִלּוּכוֹ לְמִצְרַיִם דְּעָבַר עַל אִיסּוּר לָאו וְהוּא לֹא נָתַן לֵב עַל דְּרָשַׁת הַסִּפְרִי וְלֹא עַל טַעַם רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל לְפָוטְרוֹ אֶלָּא הִכְרִיעַ הַדִּין לְחוֹבָה לְחַייְּבוֹ בָּזֶה, לְכָךְ עָשָׂה עַצְמוֹ מִתְקַנֵּא לִכְבוֹד הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁאָסַר הַהֲלִיכָה לְמִצְרַיִם וְנִתְלַבֵּשׁ בַּסְּעָרָה שֶׁל הַיָּם לְהַטְבִּיעוֹ, וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ עָמַד עָלָיו לְהַטְבִּיעוֹ דַּייְקָא כִּי בַּעֲבוּרוֹ עָשָׂה הַדָּבָר הַזֶּה, וְלָכֵן קָרָא לִסְעָרָה בְּשֵׁם נַחְשׁוֹל שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת ' לוֹ נָחָשׁ ' גַּם מָצָא סִימָן יָפֶה לְעַצְמוֹ שֶׁחָשַׁב שֶׁיַּצְלִיחַ בְּכָךְ בִּשְׁבִיל שֶׁהַדְּלָתוֹת הָיוּ נְחֹשֶׁת שֶׁהוּא עַל שְׁמוֹ וְעַל ת' כּוֹחוֹת שֶׁלּוֹ שֶׁזֶּהוּ נְחֹשֶׁת אוֹתִיּוֹת נָחָשׁ ת '. אַךְ בֶּאֱמֶת נִקָּנוֹר לָא עֲבִיד אִיסּוּרָא הֵן מֵחֲמַת טְעָמִים הַנִּזְכָּר הֵן מִצַּד שְׁאָר טַעֲמֵי תְּרִיצִי שֶׁכָּתְבוּ בַּדָּבָר הַזֶּה, לָכֵן מִן הַשָּׁמַיִם זִיכּוּהוּ וְנַעֲשָׂה לוֹ נֵס פֶּלִאי וְנִתְקַייֵּם בְּנָחָשׁ אֲשֶׁר שָׁלַט הָאָדָם הַבְּלִיַּעַל בָּאָדָם הַתַּחְתּוֹן לְרַע לוֹ לָאָדָם הַבְּלִיַּעַל כִּי בְּמַעֲשֵׂה נִסִּים תֵּחָלֵשׁ הַסִּטְרָא אַחֲרָא וְתִתְמוֹגֵג.
<i>À son retour, une lame de fond se dressa contre lui en mer pour le noyer.</i> Rachi explique nahchol par tempête. Il y a lieu de demander : pourquoi dire <i>contre lui</i>, et aussi <i>pour le noyer</i>, ce qui laisse entendre que la chose n'arrivait qu'à cause de lui -- alors qu'au contraire, puisqu'il était envoyé pour une mitsva, un tel décret ne devrait pas s'abattre sur lui ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, [de répondre] d'après ce qu'a écrit le Ritva, rapporté par l'auteur du Ein Yaakov : comment Nikanor a-t-il pu aller à Alexandrie d'Égypte, alors qu'il y a l'interdit du lav <i>lo tossifoun lachouv ba-derekh ha-ze od</i> -- vous n'y retournerez plus jamais par ce chemin (Devarim 17,16) ? Il apporte l'enseignement de nos maîtres dans le Sifri : pour y demeurer, tu n'y retournes pas ; mais tu peux y retourner pour le commerce et pour conquérir le pays -- voir là-bas. Et le Rav Petah Einayim apporte une autre raison, tirée des paroles de notre maître le Ari : même <i>y demeurer</i> est permis, dès lors qu'Israël y est déjà passé et y a demeuré après la destruction du premier Temple, si bien qu'un mélange d'étincelles de sainteté s'est produit dans les autres terres -- il devint alors permis d'y habiter ; voir là-bas. C'est pourquoi ici le Satan, qui est le serpent primordial, s'est pris de jalousie contre Nikanor, qui apportait au Temple des portes de valeur et y réussissait -- car telle est la voie de la <i>sitra a'hra</i> (le côté adverse) : jalouser les choses de sainteté. Aussi, lorsqu'il le vit cheminer sur la mer, qui est un lieu de danger, il trouva un grief pour l'accuser du côté de son voyage en Égypte, où il aurait transgressé un interdit ; il ne prit garde ni à l'enseignement du Sifri ni à la raison de notre maître le Ari qui l'exemptent, mais trancha le jugement à charge pour le condamner sur ce point. Il se fit donc jaloux pour l'honneur du Nom béni, qui a interdit d'aller en Égypte, se revêtit d'une tempête de mer pour le noyer -- et c'est bien pourquoi il est dit <i>se dressa contre lui pour le noyer</i>, précisément : car c'est à cause de lui qu'il fit cette chose. Voilà aussi pourquoi la tempête est appelée <i>nahchol</i>, dont les lettres forment <i>lo nahach</i> -- à lui le serpent. Il y trouva encore pour lui-même un bon présage, pensant réussir par là, du fait que les portes étaient de <i>nehochet</i> (cuivre), qui porte son nom et celui de ses quatre cents forces : <i>nehochet</i>, lettres de <i>nahach</i> plus <i>tav</i> (400). Mais en vérité Nikanor n'avait commis aucun interdit, tant pour les raisons mentionnées que pour les autres réponses justes qu'on a écrites sur ce sujet. C'est pourquoi on lui accorda du Ciel du mérite : un miracle prodigieux fut accompli pour lui, et s'accomplit dans le serpent [ce qui est dit] : <i>un homme domine un homme pour son malheur</i> -- l'homme de perdition domina l'homme d'en bas, pour son propre malheur à lui, l'homme de perdition ; car par les actes miraculeux la sitra a'hra s'affaiblit et se dissout.
💡 Explication

La michna (37a) avait mentionné Nikanor parmi ceux dont on se souvient en bien. La guemara ouvre ici la beraita qui raconte l'affaire. Les portes en question sont celles de la porte orientale de la azara (le parvis) -- la porte dite depuis lors chaar Nikanor, qui ouvre le passage vers la cour d'Israël.

Noter le détail technique que relève Rachi : elles étaient de cuivre, non d'or -- ce qui prépare la chute du récit en segment 3. Elles étaient aussi extraordinairement lourdes : d'où l'idée des marins d'en jeter une par-dessus bord pour alléger le navire. Le fait que la mer ne se calme pas après ce sacrifice est le pivot narratif : le sacrifice était le mauvais.

3
בִּקְּשׁוּ לְהָטִיל אֶת חֲבֶרְתָּהּ, עָמַד הוּא וּכְרָכָהּ, אָמַר לָהֶם: הַטִּילוּנִי עִמָּהּ. מִיָּד נָח הַיָּם מִזַּעְפּוֹ, וְהָיָה מִצְטַעֵר עַל חֲבֶרְתָּהּ. כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעַ לִנְמֵלָהּ שֶׁל עַכּוֹ, הָיְתָה מְבַצְבֶּצֶת וְיוֹצְאָה מִתַּחַת דָּופְנֵי הַסְּפִינָה. וְיֵשׁ אוֹמְרִים בְּרִיָּה שֶׁבַּיָּם בְּלָעַתָּה, וֶהֱקִיאַתָּה לַיַּבָּשָׁה.

Ils voulurent jeter sa compagne. Il se leva, l'enlaça, et leur dit : jetez-moi avec elle !

Aussitôt la mer se calma de sa fureur -- et il était dans la peine au sujet de sa compagne. Lorsqu'il arriva au port d'Akko, elle émergeait et sortait de dessous les flancs du navire.

Et certains disent : une créature marine l'avait avalée, puis l'a rejetée sur la terre ferme.

📜 Rachi (2)
וּכְרָכָהּ חִבְּקָהּ:
Ve-kherakha -- il l'enlaça.
לִנְמָלָה פורט"ו מָקוֹם שֶׁהַסְּפִינוֹת נִמְשָׁכוֹת שָׁם לַיַּבָּשָׁה:
Au port (namal) -- <i>porto</i> : l'endroit où l'on tire les navires vers la terre ferme.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הָיָה מִצְטַעֵר עַל חֲבֶרְתָּהּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי נִצְטַעֵר עַתָּה וְלֹא נִצְטַעֵר עָלֶיהָ מִשְּׁעַת נְפִילָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי נִצְטַעֵר מִשְּׁעַת נְפִילָה אַךְ הָיָה מִתְנַחֵם קְצָת כִּי מַה בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת וַהֲלֹא בְּעַל כָּרְחוֹ נְטָלוּהָ וְהִשְׁלִיכוֹ אוֹתָהּ בִּשְׁבִיל הַמִּקְרֶה שֶׁקָּרָה מִן הַשָּׁמַיִם בְּסַעֲרַת הַיָּם אָמְנָם עַתָּה שֶׁרָאָה בַּשְּׁנִיָּה אַחַר שֶׁכְּרַכָּה וְאָמַר 'הֲטִילוּנִי עִמָּהּ' נָח הַיָּם וְנִיצּוֹלָה אָז נִתְחַדֵּשׁ לוֹ צַעַר גָּדוֹל וְנִכְוָה בְּחַמֵּי חַמִּין שֶׁאָמַר מַדּוּעַ לֹא עָשִׂיתִי כֵּן בָּרִאשׁוֹנָה וְהָיְתָה נִצֹּולֶת גַּם הָרִאשׁוֹנָה! וּכְשֶׁרָאָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ צַעֲרוֹ עַל זֶה עָשָׂה נֵס דְּכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ לַנָּמֵל הָיְתָה מְבַצְבֶּצֶת וְיוֹצֵאת. אָמְנָם עֲדַיִין תִּקְשֵׁי בֶּאֱמֶת, לָמָּה לֹא עֲבַד הָכִי בָּרִאשׁוֹנָה אִם כָּל כָּךְ הָיוּ חֲבִיבִין עָלָיו הַדְּלָתוֹת שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁקִּיבֵּל עַל עַצְמוֹ לִיפֹּול לַיָּם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּתְּחִילָּה שֶׁהֵם הָיוּ מְבַקְּשִׁים לְהַשְׁלִיךְ אַחַת דַּוְקָא אָמַר אִם יַעֲשֶׂה כָּךְ וְיַשְׁלִיכוֹ אוֹתוֹ עִמָּהּ מִי יַשְׁגִּיחַ עַל הַשְּׁנִיָּה לַהֲבִיאָהּ לִירוּשָׁלַיִם? וְאֶפְשָׁר שֶׁיִּגְזְלוּ אוֹתָהּ אוֹ גַּם אוֹתָהּ יַשְׁלִיכוּ מֵאַחַר שֶׁהִיא מָמוֹן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹבְעִים לְכָךְ בִּשְׁבִיל דְּחָס עָלֶיהָ לֹא אָמַר שֶׁיַּשְׁלִיכוּ אוֹתוֹ עִם הָרִאשׁוֹנָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן עַתָּה שֶׁרָאָה שֶׁלֹּא נָח הַיָּם וְרוֹצִים לְהַשְׁלִיךְ הַשְּׁנִיָּה לֹא נִשְׁאַר לוֹ עוֹד לִשְׁמוֹר וְאִם יִשָּׁאֵר וְיָבֹא לִירוּשָׁלִַם בְּיָדַיִם רִקְנִיּוֹת לְגַמְרֵי יָמוּת בְּצַעַר שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לִסְבֹּול בּוּשָׁה זוֹ לְכָךְ אָמַר שֶׁיַּטִּילוּהוּ עִמָּהּ. וְדַע דְּמַה שֶׁאָמַר שֶׁיַּשְׁלִיכוּ אוֹתוֹ עִמָּהּ אֵין זֶה בִּכְלַל מְאַבֵּד עַצְמוֹ לְדַעַת כִּי לֹא הָיָה הוּא מַשְׁלִיךְ עַצְמוֹ לַיָּם בְּיָדַיִם וּמָצִינוּ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל צִדְקִיָּהוּ 'גָּלָה עִמִּי מִבְּלִי דַּעַת' (יְשַׁעְיָה ה, יג) שֶׁהָיָה לוֹ לְהַקִּישׁ עַצְמוֹ בַּכֹּותֶל וְיָמוּת וְלֹא יִרְאֶה בִּשְׁחִיטַת בָּנָיו לְעֵינָיו וְעַייֵּן בִּתְשׁוּבוֹת הָרֹא"שׁ זַ"ל בְּסֵפֶר בְּשָׂמִים רֹאשׁ סִימָן שע"ה מַה שֶׁאָמַר בָּזֶה [הַמִּדְרָשׁ הוּבָא בְּשׁוּ"ת בְּשָׂמִים רֹאשׁ סִימָן שָׁמָּה כְּדֵי לְהַתִּיר אִיבּוּד נֶפֶשׁ מֵחֲמַת ייִסּוֹרִים, וְשָׁם מְחַדֵּשׁ שֶׁאִיסּוּר אִבּוּד נֶפֶשׁ הוּא רַק כְּשֶׁעוֹשֶׂה זֹאת מֵחֲמַת מֵיאוּסוֹ בְּטוֹבַת הַבּוֹרֵא כְּעִנְייָן הַפִּילוֹסוֹפִים] וְכֵן כָּאן אִם הָיוּ מַשְׁלִיכִים גַּם הַשְּׁנִיָּה הָיָה עוֹלָם חֹושֶׁךְ בַּעֲדוֹ וְהָיָה מִצְטַעֵר צַעַר גָּדוֹל שֶׁהָיָה מֻוכְרָח שֶׁיָּמוּת מֵרֹוב צַעֲרוֹ, לְכָךְ אִם אָמַר לוֹ לַעֲשׂוֹת לוֹ כָּךְ אֵין זֶה בִּכְלַל מְאַבֵּד עַצְמוֹ לְדַעַת ח"ו.
<i>Il était dans la peine au sujet de sa compagne.</i> Il y a lieu de demander : pourquoi s'affligeait-il maintenant, et ne s'en était-il pas affligé dès l'instant où elle tomba ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que certes il s'en affligea dès sa chute, mais qu'il se consolait quelque peu : que pouvait-il faire ? On la lui avait prise contre son gré, on l'avait jetée à cause de l'accident venu du Ciel, la tempête en mer. Mais maintenant, voyant qu'avec la seconde -- après l'avoir enlacée et avoir dit <i>jetez-moi avec elle</i> -- la mer s'était calmée et qu'elle était sauvée, alors une grande douleur nouvelle le saisit ; il fut brûlé d'eau bouillante en se disant : pourquoi n'ai-je pas fait de même la première fois ? La première aussi aurait été sauvée ! Et quand le Nom béni vit sa peine à ce sujet, Il fit un miracle : dès l'arrivée au port, elle émergeait et sortait. Mais on peut objecter, en vérité : pourquoi donc n'avait-il pas agi ainsi la première fois, si les portes du Temple lui étaient à ce point chères qu'il acceptait pour elles de tomber à la mer ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au début, puisqu'ils ne demandaient à en jeter qu'une seule, il se dit : si je fais cela et qu'ils me jettent avec elle, qui veillera sur la seconde pour la porter à Jérusalem ? Peut-être la voleront-ils, ou la jetteront-ils elle aussi, puisque c'est un bien sans réclamant. C'est donc par égard pour elle qu'il ne demanda pas à être jeté avec la première. Tandis que maintenant, voyant que la mer ne se calmait pas et qu'ils voulaient jeter la seconde, il ne lui restait plus rien à garder ; et s'il survivait pour arriver à Jérusalem les mains entièrement vides, il mourrait de chagrin, ne pouvant supporter une telle honte -- c'est pourquoi il dit qu'on le jette avec elle. Et sache que dire qu'on le jette avec elle ne relève pas du suicide, car il ne se jetait pas lui-même à la mer de ses propres mains. Nous trouvons que nos maîtres ont dit au sujet de Tsidkiyahou, sur <i>mon peuple est parti en exil faute de connaissance</i> (Yechayahou 5,13), qu'il aurait dû se fracasser contre le mur et mourir plutôt que de voir l'égorgement de ses fils sous ses yeux ; et voir dans les responsa du Roch, dans le livre Bessamim Roch siman 375, ce qui est dit à ce propos [le midrach est rapporté dans les responsa Bessamim Roch siman 345 pour permettre de perdre la vie à cause de souffrances, et il y est innové que l'interdit de se détruire soi-même ne vaut que lorsqu'on le fait par dégoût du bien du Créateur, à la manière des philosophes]. De même ici : si l'on avait jeté la seconde aussi, le monde se serait obscurci pour lui, il aurait souffert une douleur telle qu'il en serait nécessairement mort de chagrin. Aussi, s'il demanda qu'on lui fasse cela, ce n'est point du suicide, à Dieu ne plaise.
💡 Explication

Le renversement du récit. Jeter la première porte n'avait rien apaisé ; c'est le refus de jeter la seconde qui calme la mer. Nikanor ne négocie pas : il s'attache physiquement à la porte et transforme le choix des marins en choix impossible. L'apaisement est immédiat -- miyad nah ha-yam.

Le détail que la guemara insiste à donner est psychologique : il était dans la peine tout le reste du voyage, pour la porte perdue. C'est ce chagrin, et non seulement son geste, que le miracle du port d'Akko vient consoler. Deux versions de ce second miracle : la porte avait suivi le navire sous sa coque, ou bien un animal marin l'avait avalée et la recracha à terre.

4
וְעָלֶיהָ אָמַר שְׁלֹמֹה: ״קֹורוֹת בָּתֵּינוּ אֲרָזִים רַהִיטֵנוּ בְּרוֹתִים״, אַל תִּיקְרֵי ״בְּרוֹתִים״, אֶלָּא ״בְּרִית יָם״. לְפִיכָךְ, כָּל הַשְּׁעָרִים שֶׁהָיוּ בַּמִּקְדָּשׁ נִשְׁתַּנּוּ לִהְיוֹת שֶׁל זָהָב, חוּץ מִשַּׁעֲרֵי נִיקָנוֹר מִפְּנֵי שֶׁנַּעֲשׂוּ בּוֹ נִסִּים. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: מִפְּנֵי שֶׁנְּחָושְׁתָּן מֻוצְהֶבֶת הָיְתָה. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: נְחֹשֶׁת קַלּוֹנִיתָא הָיְתָה, וְהָיְתָה מְאִירָה כְּשֶׁל זָהָב.

Et c'est à son sujet que Chelomo a dit : <i>les poutres de nos maisons sont des cèdres, nos lambris (rehitenou) sont des cyprès (berotim)</i> (Chir ha-chirim 1,17) -- ne lis pas <i>berotim</i> mais <i>berit yam</i>, alliance de la mer. C'est pourquoi toutes les portes qui étaient dans le Temple furent changées pour être en or, hormis les portes de Nikanor -- parce que des miracles y avaient été accomplis.

Et certains disent : parce que leur cuivre était doré. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : c'était du cuivre <i>kelonita</i>, et il éclairait comme de l'or.

📜 Rachi (4)
רָהִיטֵנוּ לְשׁוֹן דֶּלֶת שֶׁהוּא רָץ וְנוֹעֵל רָץ וּפוֹתֵחַ:
Rehitenou -- un terme désignant la porte, car elle court et ferme, court et ouvre.
אֶלָּא בְּרִית יָם כְּאִילּוּ כָּרְתוּ בְּרִית זוֹ עִם זוֹ וְיֵשׁ אוֹמְרִים בְּרִיַּית יָם:
Mais berit yam -- comme s'ils avaient conclu une alliance l'un avec l'autre [la porte et la mer]. Et certains disent : <i>beriyat yam</i> -- la créature de la mer.
נִשְׁתַּנּוּ כְּשֶׁהֶעֱשִׁירוּ:
Furent changées -- lorsqu'ils s'enrichirent.
קַלָּנִיתָא מְזֻוקֶּקֶת וְכֵן שֵׁם מִין נְחֹושֶׁת וְהוּא נְחֹושֶׁת קָלָל:
Kelonita -- raffiné ; c'est aussi le nom d'une espèce de cuivre, à savoir le <i>nehochet kalal</i> (cuivre poli).
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְעָלֶיהָ אָמַר שְׁלֹמֹה: (שִׁיר הַשִּׁירִים א, יז) "קְרוֹת בָּתֵּינוּ אֲרָזִים, רָהִיטֵנוּ בְּרוֹתִים". נִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּקָרֵי לַדֶּלֶת הַהִיא בְּשֵׁם רָהִיטֵנוּ שֶׁהוּא לְשׁוֹן רִיצָה כִּי הִיא הָיְתָה נְחֹשֶׁת שֶׁהוּא מִין הַדּוֹמֵם שֶׁשּׁוֹקֵעַ וְנָח בַּמַּיִם וְאֵין לוֹ כֹּחַ הַמֵּרוֹץ מַה שֶׁאֵין כֵּן הַסְּפִינָה שֶׁהִיא עֵץ מְהַלֶּכֶת עַל פִּי הַמַּיִם מֵאֵילֶיהָ, אַךְ לְזוֹ הַדֶּלֶת שֶׁהִיא נְחֹשֶׁת בָּא לָהּ מִן הַשָּׁמַיִם כֹּחַ רִיצָה שֶׁנִּתְלַבֵּשׁ בָּהּ זֶה הַכֹּחַ שֶׁל הָרְהִיטָה וְהָיְתָה רוֹהֶטֶת עַל הַמַּיִם כְּמוֹ עֵץ הַסְּפִינָה וְלָכֵן קָרֵי לָהּ רָהִיטֵנוּ עַל שֵׁם כֹּחַ הַמֵּרוֹץ שֶׁנִּתְחַדֵּשׁ בָּהּ.
<i>Et c'est à son sujet que Chelomo a dit : les poutres de nos maisons sont des cèdres, nos lambris sont des cyprès</i> (Chir ha-chirim 1,17). Il me semble, avec l'aide du Ciel, [expliquer] pourquoi cette porte est appelée <i>rehitenou</i>, terme qui évoque la course : parce qu'elle était de cuivre, qui est du règne minéral -- il coule et repose dans l'eau, il n'a pas de force de course ; à la différence du navire, qui est de bois et avance de lui-même sur les eaux. Mais à cette porte qui était de cuivre vint du Ciel une force de course : cette force de <i>rehita</i> se revêtit en elle, et elle courut sur les eaux comme le bois du navire. C'est pourquoi elle est appelée <i>rehitenou</i>, du nom de la force de course qui fut innovée en elle.
💡 Explication

Le al tikri (ne lis pas ainsi mais ainsi) recompose berotim en berit yam : les mêmes consonnes, une autre coupe. La porte et la mer ont conclu un pacte -- la mer la remet à sa place. Rachi signale une seconde lecture, beriyat yam, la créature de la mer, qui va avec la deuxième version du récit précédent.

Le verset justifie aussi le nom rehitenou : la racine routs, courir -- la porte court pour fermer, court pour ouvrir. La chute du récit est architecturale : quand la nation s'enrichit, toutes les portes du Temple furent dorées ; celles-là seules restèrent nues. Trois raisons sont avancées, et elles ne disent pas la même chose : le mérite du miracle (on ne recouvre pas le support d'un nés), l'apparence déjà dorée du métal, ou la qualité matérielle du cuivre raffiné.

5
מַתְנֵי׳ וְאֵלּוּ לִגְנַאי: שֶׁל בֵּית גַּרְמוּ לֹא רָצוּ לְלַמֵּד עַל מַעֲשֵׂה לֶחֶם הַפָּנִים, שֶׁל בֵּית אַבְטִינָס לֹא רָצוּ לְלַמֵּד עַל מַעֲשֵׂה הַקְּטֹורֶת.

MICHNA. Et voici ceux [que l'on mentionne] en mal : ceux de la maison de Garmou ne voulurent pas enseigner la fabrication du le'hem ha-panim (pain de proposition) ; ceux de la maison d'Avtinas ne voulurent pas enseigner la fabrication de la ketoret (l'encens).

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בֶּן לֵוִי כְּלוֹמַר מִן הַלְּוִיִּם:
C'est-à-dire : d'entre les Levi'im.
💡 Explication

Bascule de la michna. Après la galerie des bienfaiteurs -- Monbaz, Hélène, Nikanor -- vient la liste inverse : ve-elou li-gnai, et voici ceux [qu'on mentionne] pour leur honte. Le critère n'est plus ce qu'on a donné au Temple, mais ce qu'on lui a refusé.

Les deux premiers cas sont des familles d'artisans du Temple, détentrices d'un savoir-faire exclusif : les Beit Garmou pour les douze pains de proposition, les Beit Avtinas pour l'encens. Le grief n'est pas d'avoir mal servi -- ils servaient très bien -- mais d'avoir gardé le procédé.

6
הֻוגְרַס בֶּן לֵוִי הָיָה יוֹדֵעַ פֶּרֶק בַּשִּׁיר וְלֹא רָצָה לְלַמֵּד, בֶּן קַמְצָר לֹא רָצָה לְלַמֵּד עַל מַעֲשֵׂה הַכְּתָב. עַל הָרִאשׁוֹנִים נֶאֱמַר: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, וְעַל אֵלּוּ נֶאֱמַר: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״.

Hougras ben Levi savait un chapitre de chant et ne voulut pas l'enseigner. Ben Kamtsar ne voulut pas enseigner la technique de l'écriture.

Des premiers il est dit : <i>le souvenir du juste est en bénédiction</i> ; et de ceux-là il est dit : <i>mais le nom des méchants pourrira</i> (Michlei 10,7).

📜 Rachi (2)
פֶּרֶק הַכְרָעַת קוֹל נְעִימָה:
Perek -- la modulation d'une voix agréable.
עַל מַעֲשֵׂה הַכְּתָב קוֹשֵׁר ד' קוּלְמוֹסִין בַּד' אֶצְבְּעוֹתָיו וְכוֹתֵב שֵׁם בֶּן אַרְבַּע אוֹתִיּוֹת כְּאֶחָד:
La technique de l'écriture -- il attachait quatre calames à ses quatre doigts, et écrivait d'un seul coup le Nom de quatre lettres.
🪔 Ben Yehoyada (1)
עַל הָרִאשׁוֹנִים נֶאֱמַר: (מִשְׁלֵי י, ז) "זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה", וְעַל אֵלּוּ נֶאֱמַר: (שָׁם) "וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב". הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל דִּלְעֵיל אַחַר שֶׁהִזְכִּיר מַעֲשֵׂיהֶם שֶׁל רִאשׁוֹנִים יְסַיֵּים עֲלֵיהֶם נֶאֱמַר זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה וְאַחַר שֶׁיַּזְכִּיר מַעֲשֵׂיהֶם שֶׁל אֵלּוּ יֹאמַר עֲלֵיהֶם נֶאֱמַר וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְלָאו הָכִי קָשֶׁה אֵיךְ יִקְרָאֵם רְשָׁעִים דְּאַף עַל גַּב דְּאֵין רוּחַ חֲכָמִים נוֹחָה מֵהֶן מִכָּל מָקוֹם מָה אִיסּוּר תּוֹרָה אוֹ אִיסּוּר דְּרַבָּנָן עָשׂוּ בָּזֶה שֶׁיִּקְרָאֵם רְשָׁעִים? אַךְ יָדוּעַ דְּלִפְעָמִים קוֹרִין לָאָדָם בְּשֵׁם רָשָׁע לְפִי עֵרֶךְ הַצַּדִּיק שֶׁכְּנֶגְדּוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא, וּבָזֶה נִיחָא דְּלָא אָמַר עֲלֵיהֶם נֶאֱמַר שֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב דְּאֵין רָאוּי שֶׁיִּקְרָאֵם רְשָׁעִים בִּסְתָם אֶלָּא אָמַר עַל הָרִאשׁוֹנִים נֶאֱמַר זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה, וְלָכֵן לְגַבֵּי הָרִאשׁוֹנִים שֶׁהֵם צַדִּיקִים בְּיוֹתֵר אָז עַל אֵלּוּ נֶאֱמַר וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב שֶׁרָאוּי לִקְרוֹתָם רְשָׁעִים לְגַבֵּי אוֹתָם הַצַּדִּיקִים אַךְ הֵם אֵין רְשָׁעִים בְּעֶצֶם ח"ו.
<i>Des premiers il est dit : le souvenir du juste est en bénédiction ; et de ceux-là il est dit : mais le nom des méchants pourrira</i> (Michlei 10,7). Le Rav Petah Einayim a soulevé la difficulté suivante : plus haut, après avoir mentionné les actes des premiers, [la michna] aurait dû conclure sur eux <i>d'eux il est dit : le souvenir du juste est en bénédiction</i> ; et après avoir mentionné les actes de ceux-ci, dire d'eux <i>il est dit : le nom des méchants pourrira</i> -- voir là-bas. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'indépendamment de cela, il y a une difficulté : comment peut-on les appeler <i>méchants</i> ? Bien que l'esprit des Sages ne soit pas satisfait d'eux, quel interdit de la Tora ou quel interdit rabbinique ont-ils commis là, pour qu'on les appelle méchants ? Mais on sait que parfois on appelle un homme méchant relativement au juste qui lui fait face -- comme il est dit dans la guemara. Avec cela tout s'éclaire : [la michna] n'a pas dit d'eux <i>il est dit : le nom des méchants pourrira</i> -- car il ne convient pas de les appeler méchants sans plus -- mais elle a dit <i>des premiers il est dit : le souvenir du juste est en bénédiction</i> ; et dès lors, relativement aux premiers, qui sont justes à un plus haut degré, alors <i>de ceux-là il est dit : le nom des méchants pourrira</i> : il convient de les appeler méchants relativement à ces justes-là, mais ils ne sont pas méchants en eux-mêmes, à Dieu ne plaise.
💡 Explication

Deux autres cas, plus techniques. Le perek de Hougras est, selon Rachi, une modulation vocale -- un ornement musical du chant lévitique. La maasse ha-ketav de ben Kamtsar est une virtuosité de scribe : quatre calames fixés aux quatre doigts, pour tracer d'un seul geste le Nom de quatre lettres.

La michna scelle les deux listes par les deux moitiés d'un même verset de Michlei. Le contraste est volontairement dur : les uns sont dits tsadik, les autres rechaim. Le Ben Yehoyada s'arrête précisément sur cette dureté -- quelle faute formelle ont-ils commise pour mériter le mot ?

7
גְּמ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: בֵּית גַּרְמוּ הָיוּ בְּקִיאִין בְּמַעֲשֵׂה לֶחֶם הַפָּנִים וְלֹא רָצוּ לְלַמֵּד. שָׁלְחוּ חֲכָמִים וְהֵבִיאוּ אֻומָּנִין מֵאֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם. וְהָיוּ יוֹדְעִין לֶאֱפוֹת כְּמוֹתָן, וְלֹא הָיוּ יוֹדְעִין לִרְדּוֹת כְּמוֹתָן. שֶׁהַלָּלוּ מַסִּיקִין מִבַּחוּץ וְאוֹפִין מִבַּחוּץ, וְהַלָּלוּ מַסִּיקִין מִבִּפְנִים וְאוֹפִין מִבִּפְנִים. הַלָּלוּ פִּיתָּן מִתְעַפֶּשֶׁת, וְהַלָּלוּ אֵין פִּיתָּן מִתְעַפֶּשֶׁת.

GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : ceux de la maison de Garmou étaient experts dans la fabrication du le'hem ha-panim et ne voulurent pas l'enseigner.

Les Sages envoyèrent chercher et firent venir des artisans d'Alexandrie d'Égypte. Ceux-là savaient cuire comme eux, mais ils ne savaient pas retirer [le pain du four] comme eux.

Car ceux-là chauffent au-dehors et cuisent au-dehors, tandis que ceux-ci chauffent au-dedans et cuisent au-dedans. Le pain de ceux-là moisissait ; le pain de ceux-ci ne moisissait pas.

📜 Rachi (2)
גְּמ' לִרְדּוֹת מִן הַתַּנּוּר:
Retirer (<i>lirdot</i>) -- du four.
שֶׁהַלָּלוּ שֶׁבָּאוּ מִן אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא לְפִי שֶׁלֹּא יוֹדְעִים לִרְדּוֹת מִן הַתַּנּוּר שֶׁלֹּא יְהֵא נִשְׁבָּר לְפִי שֶׁהוּא עָשׂוּי כְּמִין תֵּיבָה פְּרוּצָה כְּמִין סְפִינָה הָיוּ יְרֵאִים לְדַבְּקָם מִבִּפְנִים לַתַּנּוּר וְאוֹפִין אוֹתָן מִבַּחוּץ:
Car ceux-là -- ceux qui étaient venus d'Alexandrie : parce qu'ils ne savaient pas le retirer du four sans qu'il se brise -- car il est fait comme une sorte de caisse ouverte, en forme de navire -- ils craignaient de les coller au-dedans du four, et les cuisaient au-dehors.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הַלָּלוּ פִּתָּן מִתְעַפֶּשֶׁת, וְהַלָּלוּ אֵין פִּתָּן מִתְעַפֶּשֶׁת. נִרְאֶה פָּשׁוּט דְּעִפּוּשׁ הַנַּעֲשֶׂה מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ מַסִּיקִין מִבַּחוּץ וְאוֹפִין מִבַּחוּץ וְלָכֵן לֹא הָיָה הַחֹום נִכְנָס בְּקֶרֶב הַלֶּחֶם שֶׁהָיָה עָובְיוֹ ז' אֶצְבָּעוֹת וּלְכָךְ הָיָה מִתְעַפֵּשׁ מַה שֶׁאֵין כֵּן בֵּית גָּרְמוּ כְּשֶׁהָיוּ מַסִּיקִין וְאוֹפִין מִבִּפְנִים הָיָה הַחֹום חָזָק וְנִכְנַס בְּקֶרֶב הַלֶּחֶם הֵיטֵב וְנֶאֱפָה יָפֶה. וְהִנֵּה צָרִיךְ לָדַעַת מֵאַחַר שֶׁהָיוּ מְסַדְּרִים קָנִים בֵּינֵיהֶם אֵיךְ נִתְעַפֵּשׁ הַלֶּחֶם? וְנִרְאֶה דְּאִיתָא בַּמִּשְׁנָה (מִשְׁנָה מְנָחוֹת יא, ו) סִידּוּר קָנִים אֵינוֹ דּוֹחֶה שַׁבָּת אֶלָּא נִכְנַס מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְשֹׁומְטָן מִבֵּין לֶחֶם הַיָּשָׁן וּמְסַדְּרָן בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת בֵּין לֶחֶם הֶחָדָשׁ וְנִמְצָא לֶחֶם הַיָּשָׁן נִשְׁאַר כָּל לֵיל שַׁבָּת בְּלִי קָנִים וְלֶחֶם הֶחָדָשׁ נִשְׁאַר כָּל הַשַּׁבָּת בְּלִי קָנִים וְאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא דִּמְנָחוֹת (מְנָחוֹת צז.) בְּהַאי שִׁיעוּרָא לָא מְעֻפָּשׁ וְזֶה הַשִּׁיעוּר הוּא רַק לַלֶּחֶם שֶׁאוֹפִין בֵּית גָּרְמוּ אֲבָל שֶׁל אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא הָיָה מִתְעַפֵּשׁ בְּזֶה הַזְּמַן שֶׁנִּשְׁאַר בְּלֹא קָנִים.
<i>Le pain de ceux-là moisissait, le pain de ceux-ci ne moisissait pas.</i> Il paraît évident que la moisissure venait de ce qu'ils chauffaient au-dehors et cuisaient au-dehors : la chaleur n'entrait donc pas au cœur du pain, dont l'épaisseur était de sept doigts, et il moisissait ; à la différence de Beit Garmou, qui chauffaient et cuisaient au-dedans -- la chaleur était forte, pénétrait bien au cœur du pain, et il cuisait comme il faut. Or il faut savoir : puisqu'on disposait des roseaux entre [les pains], comment le pain pouvait-il moisir ? Il semble [de répondre] d'après ce qui est dans la michna (Menahot 11,6) : la disposition des roseaux ne repousse pas le chabbat ; on entre la veille de chabbat, on les retire d'entre les pains anciens, et on les dispose à l'issue du chabbat entre les pains nouveaux. Il se trouve donc que le pain ancien reste toute la nuit du chabbat sans roseaux, et que le pain nouveau reste tout le chabbat sans roseaux ; et l'on dit dans la guemara de Menahot (97a) que dans ce laps de temps il ne moisit pas. Mais cette mesure ne vaut que pour le pain que cuisaient les Beit Garmou : celui d'Alexandrie, lui, moisissait dans ce laps de temps où il restait sans roseaux.
וְלֹא הָיוּ יוֹדְעִין לִרְדּוֹת כְּמוֹתָן. הַטַּעַם מִפְּנֵי דְּלֶחֶם הַפָּנִים הָיָה תֵּיבָה פְּרוּצָה שֶׁנִּיטַּל כִּסּוּיָהּ וְגַם שְׁנֵי דָּפְנוֹתֶיהָ זוֹ כְּנֶגֶד זוֹ, כָּךְ הַלֶּחֶם הָיוּ לוֹ ב' דְּפָנוֹת דַּוְקָא וְשׁוּלַיִים רְחָבִים כָּזֶה וְכִדְאִיתָא בַּגְּמָרָא דִּמְנָחוֹת (מְנָחוֹת צַד) וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל שָׁם עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן צָרִיךְ חָכְמָה לִרְדּוֹתוֹ מִן הַתַּנּוּר בְּאֹופֶן שֶׁלֹּא יִשְׁתַּבֵּר וּשְׁאָר אֻומָּנִין הָיוּ מֻוכְרָחִים לְהַסִּיק מִבַּחוּץ וְלֶאֱפוֹת מִבַּחוּץ בִּשְׁבִיל הָרְדִיָּה שֶׁיִּהְיוּ יְכוֹלִים לִרְדּוֹתוֹ וְסִיבַּת הָעִיפּוּשׁ הוּא תָּלוּי בָּזֶה כַּאֲשֶׁר בֵּאַרְנוּ לְעֵיל מַה שֶׁאֵין כֵּן בֵּית גָּרְמוּ שֶׁהָיוּ עוֹשִׂים הַכֹּל מִבִּפְנִים הָיָה נִתְקַן כָּרָאוּי כִּי הֵם הָיוּ חֲכָמִים בְּמַעֲשֵׂה הָרְדִיָּה וְאֵין צְרִיכִים לַעֲשׂוֹת מִבַּחוּץ בִּשְׁבִיל הָרְדִיָּה.
<i>Et ils ne savaient pas retirer comme eux.</i> La raison en est que le le'hem ha-panim avait la forme d'une caisse ouverte dont on aurait retiré le couvercle ainsi que deux de ses parois opposées : le pain avait donc exactement deux parois et un fond large, comme cela est dit dans la guemara de Menahot (94) et comme l'a écrit Rachi là-bas ; voir là-bas. Il faut donc de l'habileté pour le retirer du four sans qu'il se brise. Les autres artisans étaient contraints de chauffer au-dehors et de cuire au-dehors à cause de la rediya, pour pouvoir le retirer -- et la cause de la moisissure tient à cela, comme nous l'avons expliqué plus haut. À la différence de Beit Garmou qui faisaient tout au-dedans : le pain était fait comme il convient, car ils étaient habiles dans l'acte de la rediya et n'avaient pas besoin de faire au dehors à cause d'elle.
💡 Explication

La guemara teste l'accusation en la mettant à l'épreuve des faits : on remplace les Beit Garmou. Le résultat est nuance -- les Alexandrins savent cuire (afiya), ils ne savent pas retirer (rediya). Rachi explique pourquoi : le pain a la forme d'une caisse ouverte, comme une coque de navire, très fragile ; il faut le décoller de la paroi du four sans le briser.

De cette incompétence découle une chaîne causale que le texte énonce en deux temps. N'osant pas coller la pâte à l'intérieur, ils chauffent et cuisent à l'extérieur ; la chaleur ne pénètre plus le cœur d'un pain épais ; le pain moisit avant la fin de la semaine, alors qu'il doit tenir sur la table du chowbread d'un chabbat à l'autre. Le savoir-faire gardé n'était donc pas un caprice de corporation : il conditionnait la validité du service.

🖼️ Schéma
Le four de Beit Garmou : pourquoi cuire dedans ou dehors change tout Le le'hem ha-panim a la forme d'une caisse ouverte -- deux parois dressées sur un fond large. Le sortir sans le briser est le vrai tour de main. La contrainte de forme profil du pain : fond large, deux parois -- fragile Artisans d'Alexandrie Chauffent dehors, cuisent dehors Ils osent le manipuler : la rediya est facile La chaleur n'atteint pas le cœur du pain Résultat : leur pain moisit dans la semaine Beit Garmou Chauffent dedans, cuisent dedans Ils collent la pâte à la paroi du four -- et savent la détacher Chaleur forte, pénétrant l'épaisseur entière Résultat : leur pain ne moisit pas de la semaine
La chaîne causale : la difficulté de la rediya impose la cuisson extérieure, qui produit la moisissure.
8
כְּשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר, אָמְרוּ: כָּל מַה שֶּׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִכְבוֹדוֹ בְּרָאוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּל הַנִּקְרָא בִשְׁמִי וְלִכְבוֹדִי בְּרָאתִיו״. וְחָזְרוּ בֵּית גַּרְמוּ לִמְקוֹמָן. שָׁלְחוּ לָהֶם חֲכָמִים — וְלֹא בָּאוּ, כָּפְלוּ לָהֶם שְׂכָרָן וּבָאוּ. בְּכָל יוֹם הָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה, וְהַיּוֹם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּכָל יוֹם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה, וְהַיּוֹם אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה.

Lorsque les Sages entendirent la chose, ils dirent : tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé pour Son honneur, ainsi qu'il est dit : <i>tout ce qui est appelé de Mon nom, c'est pour Ma gloire que Je l'ai créé</i> (Yechayahou 43,7). Et ceux de la maison de Garmou revinrent à leur place.

Les Sages envoyèrent les chercher -- ils ne vinrent pas ; ils leur doublèrent leur salaire, et ils vinrent. Chaque jour ils prenaient douze mane, et ce jour-là vingt-quatre.

Rabbi Yehouda dit : chaque jour vingt-quatre, et ce jour-là quarante-huit.

📜 Rachi (1)
כָּפְלוּ לָהֶם שְׂכָרָם מִתְּרוּמַת הַלִּשְׁכָּה: וְעַל דָּבָר זֶה מַזְכִּירִים אוֹתָם לְשֶׁבַח שֶׁמֵּעוֹלָם כו':
Sur le prélèvement de la chambre (<i>teroumat ha-lichka</i>). Et pour cette chose on les mentionne en bien : jamais, etc.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כָּפְלוּ לָהֶם שְׂכָרָם, וּבָאוּ. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת וְכִי אָדָם עוֹשֶׂה נְקִימָה וּנְטִירָה עִם הַהֶקְדֵּשׁ, וְלָמָּה סֵירְבוּ עַד שֶׁכָּפְלוּ לָהֶם שְׂכָרָן? וְעוֹד לָמָּה הִפְרִיזוּ הַחֲכָמִים לִכְפֹּול בְּבַת אַחַת וְשֶׁמָּא הָיוּ מְתָרְצִים בְּפָחוֹת מִכֶּפֶל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבֵית גָּרְמוּ לָאו מִשּׁוּם חִימּוּד מָמוֹן אוֹ בְּדֶרֶךְ נְקִימָה עָבְדִי הָכִי אֶלָּא רָאוּ שֶׁבְּדָבָר זֶה נִתְקַדֵּשׁ שֵׁם שָׁמַיִם שֶׁהַכֹּל אָמְרוּ (מִשְׁלֵי טז, ד) 'כֹּל פֹּעַל ה' לְמַעֲנֵהוּ' לָכֵן אָמְרוּ מִצְוָה שֶׁיִּתְפַּרְסֵם דָּבָר זֶה לְכָל וְיִהְיֶה נִזְכָּר לְדוֹרוֹת עוֹלָם וְאִם הָיוּ חוֹזְרִין בְּלֹא תּוֹסֶפֶת לֹא הָיָה מִתְפַּשֵּׁט דָּבָר זֶה בֵּין בְּנֵי אָדָם וְלֹא הָיָה דָּבָר זֶה שִׂיחָה בְּפִי הַבְּרִיּוֹת אַךְ עַל יְדֵי שֶׁסֵּירְבוּ וְלֹא חָזְרוּ אֶלָּא בְּכוֹפֵל שְׂכָרָן נִתְפַּרְסֵם דָּבָר זֶה וְהָיוּ שִׂיחָה בְּפִי הַבְּרִיּוֹת וּמִמֵּילָא נוֹדַע לְכָל עִנְיָן זֶה דְּ'כֹל פָּעַל ה' לְמַעֲנֵהוּ' וְנִמְצָא כַּוָּנָתָם לְטוֹבָה לְהַגְדִּיל קִדּוּשׁ שֵׁם שָׁמַיִם בְּעֵינֵי הָעוֹלָם, וְגַם הַחֲכָמִים שֶׁכָּפְלוּ שְׂכָרָן בְּבַת אַחַת הָיְתָה כָּךְ כַּוָּנָתָם לְטוֹבָה עַל דֶּרֶךְ הָאָמוּר.
<i>Ils leur doublèrent leur salaire, et ils vinrent.</i> Il y a lieu de demander : un homme exerce-t-il vengeance et rancune envers le hekdech (le bien consacré) ? Et pourquoi ont-ils refusé jusqu'à ce qu'on leur double leur salaire ? De plus, pourquoi les Sages sont-ils allés jusqu'à doubler d'un seul coup -- peut-être auraient-ils accepté pour moins que le double ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les Beit Garmou n'ont pas agi ainsi par convoitise d'argent ni par vengeance, mais parce qu'ils virent que par cette affaire le Nom du Ciel était sanctifié -- tous disaient : <i>Hachem a tout fait pour Son dessein</i> (Michlei 16,4). Ils se dirent donc : c'est une mitsva que la chose se publie auprès de tous et reste en mémoire pour les générations. Or s'ils étaient revenus sans supplément, la chose ne se serait pas répandue parmi les hommes et n'aurait pas été sur toutes les lèvres ; mais du fait qu'ils refusèrent et ne revinrent qu'au salaire double, la chose se publia, fut sur toutes les lèvres, et ainsi tous apprirent ce principe : <i>Hachem a tout fait pour Son dessein</i>. Il se trouve que leur intention était bonne : grandir la sanctification du Nom du Ciel aux yeux du monde. Et les Sages eux aussi, en doublant le salaire d'un seul coup, avaient cette même intention bonne, dans le sens qu'on vient de dire.
בְּכָל יוֹם הָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה, וְהַיּוֹם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה. נִרְאֶה לִי בס"ד קָבְעוּ לָהֶם י"ב מָנֶה כְּנֶגֶד י"ב לְחָמִים שֶׁהָיוּ אוֹפִין, וְאִם מָנֶה זֶה שֶׁל כֶּסֶף נִרְאֶה שֶׁהוּא שָׂכָר מְרֻובֶּה בַּעֲבוּר כָּל אֲפִיָּה, אָמְנָם יִתָּכֵן שֶׁהוּא מָנֶה שֶׁל נְחֹשֶׁת אוֹ אֶפְשָׁר שֶׁהוּא שֶׁל כֶּסֶף אַךְ יֵשׁ עֲלֵיהֶם גַּם כֵּן מְלָאכָה שֶׁל שִׁיפָה וּבְעִיטָה שֶׁהוּא עֵסֶק גָּדוֹל וְגַם עֵסֶק שֶׁל הַנָּפָה שֶׁהָיוּ מְנִיפִין בי"ג מַפּוֹת וּמוֹצִיאִין אוֹתוֹ מִן כ"ד סְאִין וּבְכָל אֵלּוּ יֵשׁ יְגִיעָה רַבָּה. וּמַה שֶׁכָּפְלוּ שְׂכָרָן אֶפְשָׁר בַּתְּחִילָּה הָיוּ נוֹתְנִים לָהֶם י"ב מָנֶה בְּמָנֶה שֶׁאֵינָהּ שֶׁל קוֹדֶשׁ וְאַחַר כָּךְ נָתְנוּ לָהֶם י"ב מָנֶה בְּמָנֶה שֶׁל קוֹדֶשׁ כִּי יָדוּעַ מָנֶה שֶׁל קֹודֶשׁ כָּפוּל הָיָה.
<i>Chaque jour ils prenaient douze mane, et ce jour-là vingt-quatre.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on leur fixa douze mane en correspondance des douze pains qu'ils cuisaient. Et si ce mane est d'argent, cela paraît un salaire considérable pour chaque fournée ; il se peut donc qu'il s'agisse d'un mane de cuivre. Ou bien il est possible qu'il soit d'argent, mais qu'il y ait aussi à leur charge le travail du frottage et du foulage, qui est une grosse besogne, ainsi que le travail du blutage -- on tamisait avec treize tamis et l'on en tirait [la fleur de farine] de vingt-quatre seah : en tout cela il y a beaucoup de peine. Quant au doublement du salaire, il est possible qu'au début on leur donnait douze mane en mane profane, et qu'ensuite on leur donna douze mane en mane du sanctuaire -- car on sait que le mane du sanctuaire était le double.
💡 Explication

Le raisonnement des Sages est un renversement d'orgueil. Le verset kol ha-nikra bi-chmi ve-li-khvodi berativ signifie ici : puisque ces artisans sont eux aussi une créature faite pour la gloire de Dieu, leur compétence appartient au service divin -- il faut donc rabattre l'honneur du tribunal et les rappeler, plutôt que de laisser le service se dégrader.

Suivent deux détails économiques précis. Ils refusent d'abord de revenir ; c'est le doublement du salaire, prélevé sur la teroumat ha-lichka (la caisse publique du Temple), qui les fait revenir. Deux versions du chiffre : douze mane devenus vingt-quatre, ou -- selon Rabbi Yehouda -- vingt-quatre devenus quarante-huit. Le passage est délibérément embarrassant : il ressemble à de la cupidité, et le Ben Yehoyada s'emploie à montrer que ce n'en était pas.

9
אָמְרוּ לָהֶם חֲכָמִים: מָה רְאִיתֶם שֶׁלֹּא לְלַמֵּד? אָמְרוּ לָהֶם: יוֹדְעִין הָיוּ שֶׁל בֵּית אַבָּא שֶׁבַּיִת זֶה עָתִיד לֵיחָרֵב, שֶׁמָּא יִלְמֹוד אָדָם שֶׁאֵינוֹ מְהֻוגָּן וְיֵלֵךְ וְיַעֲבֹוד עֲבוֹדָה זָרָה בְּכָךְ. וְעַל דָּבָר זֶה מַזְכִּירִין אוֹתָן לְשֶׁבַח: מֵעוֹלָם לֹא נִמְצֵאת פַּת נְקִיָּה בְּיַד בְּנֵיהֶם, שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ מִמַּעֲשֵׂה לֶחֶם הַפָּנִים זֶה נִיזּוֹנִין, לְקַייֵּם מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״וִהְיִיתֶם נְקִיִּים מֵה׳ וּמִיִּשְׂרָאֵל״.

Les Sages leur dirent : qu'avez-vous vu, pour ne pas enseigner ? Ils leur dirent : ceux de la maison de notre père savaient que cette maison est destinée à être détruite -- de peur qu'un homme indigne n'apprenne [le procédé], n'aille servir l'idolâtrie avec cela.

Et pour cette chose on les mentionne en bien : jamais on ne trouva de pain de fleur de farine entre les mains de leurs enfants, afin qu'on ne dise pas : c'est de la fabrication du le'hem ha-panim qu'ils se nourrissent -- pour accomplir ce qui est dit : <i>vous serez quittes envers Hachem et envers Israël</i> (Bamidbar 32,22).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ לָהֶם חֲכָמִים: מָה רְאִיתֶם שֶׁלֹּא לְלַמֵּד. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא שָׁאֲלוּ מֵהֶם שְׁאֵלָה זוֹ מִקֹּודֶם בְּעֵת שֶׁסֵּירְבוּ וְלֹא רָצוּ לְלַמֵּד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּתְּחִילָּה אֵין מָקוֹם לִשְׁאֵלָה זוֹ כִּי יָדוּעַ מִנְהַג הָעוֹלָם כָּל אָדָם אֻומָּן מְיַיקֵּר אֻומָּנוּתוֹ שֶׁלֹּא לְלָמְדָהּ לַאֲחֵרִים וְאֵין צֹורֶךְ לְשָׁאֲלָם עַל כָּךְ, אָמְנָם כְּשֶׁרָאוּ חֲכָמִים שֶׁלֹּא יָכְלוּ אֲחֵרִים לַעֲשׂוֹת אֻומָּנוּת זוֹ חָשְׁבוּ כִּי הֵם סֵירְבוּ מִקֹּודֶם כְּדֵי שֶׁיַּקְפִּידוּ עֲלֵיהֶם וְיָבִיאוּ אֲחֵרִים בִּמְקוֹמָן וּמֵאַחַר שֶׁהֵבִיאוּ אֲחֵרִים נִתְבַּטְּלָה פָּסְקָה שֶׁל עֵרֶךְ הָרִאשׁוֹן שֶׁפָּסְקוּ עִמָּהֶם וְיָדְעוּ הֵם שֶׁלֹּא יְכָלוּן אֲחֵרִים לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתָם וְיִהְיוּ מֻוכְרָחִים לַחֲזֹור לַהֲבִיאָם וְאָז יְסָרְבוּ וְלֹא יִרְצוּ בְּאוֹתוֹ הָעֵרֶךְ וְיַעֲשׂוּ עֵרֶךְ חָדָשׁ וְעַל זֹאת שֶׁאַלּוּם 'מָה רְאִיתֶם שֶׁלֹּא לְלַמֵּד?' כְּלוֹמַר אִם צִיַּירְתֶּם דָּבָר זֶה בְּדַעְתְּכֶם שֶׁלֹּא יֵשׁ אָדָם אֻומָּן שֶׁיּוּכַל לַעֲשׂוֹת כְּמוֹתְכֶם וּלְכָךְ סֵרַבְתֶּם שֶׁלֹּא לְלַמֵּד כְּדֵי שֶׁנַּקְפִּיד לְהָבִיא אֲחֵרִים וְאָז תִּתְבַּטֵּל פָּסְקָה הָרִאשׁוֹנָה אוֹ אִם לֹא רְאִיתֶם אֶת הַנּוֹלָד הַזֶּה אֶלָּא סֵרַבְתֶּם כְּדֶרֶךְ הָעוֹלָם שֶׁאֵין הָאֻומָּן יִרְצֶה לְלַמֵּד מְלַאכְתּוֹ לַאֲחֵרִים? וְהֵשִׁיבוּ לֹא חָשַׁבְנוּ כָּזֹאת וְרַק סֵרַבְנוּ בִּשְׁבִיל שֶׁכָּךְ יֵשׁ לָנוּ צַוָּואָה מֵאֲבוֹתֵינוּ!
<i>Les Sages leur dirent : qu'avez-vous vu, pour ne pas enseigner ?</i> Il y a lieu de demander : pourquoi ne leur ont-ils pas posé cette question plus tôt, au moment où ils refusèrent et ne voulurent pas enseigner ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au début cette question n'avait pas lieu d'être : on connaît l'usage du monde, tout homme de métier tient son art pour précieux et ne l'enseigne pas à d'autres, et il n'y a pas lieu de l'interroger là-dessus. Mais lorsque les Sages virent que d'autres ne pouvaient pas exécuter cet art, ils pensèrent que les premiers avaient refusé afin qu'on s'irrite contre eux et qu'on amène d'autres à leur place : une fois d'autres amenés, l'accord conclu au premier tarif serait caduc ; ils savaient bien que les autres ne sauraient pas faire comme eux et qu'on serait contraint de revenir les chercher, et alors ils refuseraient et n'accepteraient plus ce tarif-là mais en fixeraient un nouveau. C'est là-dessus qu'ils les interrogent : <i>qu'avez-vous vu pour ne pas enseigner ?</i> -- c'est-à-dire : aviez-vous cette chose en tête, qu'aucun artisan ne pourrait faire comme vous, et avez-vous refusé d'enseigner pour que nous nous irritions, amenions d'autres, et que l'accord premier tombe ? Ou bien n'avez-vous pas prévu ce qui allait naître, et avez-vous refusé comme fait le monde, aucun artisan ne voulant enseigner son métier à d'autres ? Et ils répondirent : nous n'avons pas pensé cela ; nous n'avons refusé que parce que nous avons cette recommandation de nos pères.
💡 Explication

La justification est eschatologique, non corporatiste : ils savaient le Temple destiné à la ruine et anticipaient qu'un savoir liturgique devenu sans emploi finirait recyclé dans un culte étranger. Garder le procédé dans la famille, c'était le faire mourir avec elle.

La guemara ajoute alors, de sa propre voix, un témoignage à décharge sur un tout autre plan : ces familles s'imposaient de ne jamais manger de pain de fleur de farine, pour qu'on ne les soupçonne pas de détourner la farine du Temple. C'est l'application du principe vi-heyitem nekiyim : il ne suffit pas d'être innocent devant Dieu, il faut aussi être hors de soupçon devant les hommes.

10
שֶׁל בֵּית אַבְטִינָס לֹא רָצוּ לְלַמֵּד עַל מַעֲשֵׂה הַקְּטֹורֶת. תָּנוּ רַבָּנַן: בֵּית אַבְטִינָס הָיוּ בְּקִיאִין בְּמַעֲשֵׂה הַקְּטֹורֶת וְלֹא רָצוּ לְלַמֵּד, שָׁלְחוּ חֲכָמִים וְהֵבִיאוּ אֻומָּנִין מֵאֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם. וְהָיוּ יוֹדְעִין לְפַטֵּם כְּמוֹתָם וְלֹא הָיוּ יוֹדְעִין לְהַעֲלוֹת עָשָׁן כְּמוֹתָן. שֶׁל הַלָּלוּ — מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, שֶׁל הַלָּלוּ — מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן.

<i>Ceux de la maison d'Avtinas ne voulurent pas enseigner la fabrication de la ketoret.</i> Nos maîtres ont enseigné : ceux de la maison d'Avtinas étaient experts dans la fabrication de la ketoret et ne voulurent pas l'enseigner. Les Sages envoyèrent chercher et firent venir des artisans d'Alexandrie d'Égypte.

Ceux-là savaient composer (<i>lefatem</i>) comme eux, mais ils ne savaient pas faire monter la fumée comme eux. Celle de ceux-ci s'élevait droite comme un bâton ; celle de ceux-là se dispersait de-ci de-là.

📜 Rachi (2)
לְפַטֵּם לִכְתֹּושׁ הַסַּמָּנִין וּלְעָרְבָם יָפֶה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוֹת ל) מְמֻולָּח:
Lefatem -- piler les aromates et bien les mélanger, comme il est dit (Chemot 30) <i>memoulah</i>.
לְהַעֲלוֹת עָשָׁן שֶׁלֹּא הָיוּ מַכִּירִין בָּעֵשֶׂב שֶׁהוּא מַעֲלֶה אֶת הֶעָשָׁן זוֹקֵף וּמִתַּמֵּר כְּמַקֵּל:
Faire monter la fumée -- car ils ne connaissaient pas l'herbe qui fait monter la fumée droite, dressée et s'élevant en colonne comme un bâton.
🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁל הַלָּלוּ מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל, וְשֶׁל הַלָּלוּ מַפְצִיעַ לְכָאן וּלְכָאן. פֵּירוּשׁ גַּם הַחֲדָשִׁים הֵבִיאוּ אֶת עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן דְּאִם חִיסֵּר עֵשֶׂב מַעֲלֶה עָשָׁן חַייָּב מִיתָה כִּדְאִיתָא בְּפֶרֶק הוֹצִיאוּ לוֹ (יוֹמָא נג.) אַךְ הָיָה בָּזֶה הָעֵשֶׂב שְׁנֵי מִינִים וְאוֹתוֹ הַמִּין שֶׁפֹּועַל כָּזֹאת לִהְיוֹת מִתַּמֵּר וְעוֹלֶה כְּמַקֵּל לֹא הָיוּ יוֹדְעִין אוֹתוֹ אֶלָּא רַק בֵּית אַבְטִינָס. וּמַה שֶׁהָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה נִרְאֶה לִי הַייְנוּ כְּנֶגֶד י"א סַמָּנִים וּמַעֲלָה עָשָׁן. וּמַה שֶׁאָמַר לֹא יָצָאת כַּלָּה מְבֻשֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶן אַף עַל גַּב דְּאִיתָא לְקַמָּן (יוֹמָא לט:) דְּכָל כַּלָּה אֵינָהּ צְרִיכָה לְהִתְבַּסֵּם בִּירוּשָׁלַיִם מִפְּנֵי תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת שֶׁמִּתְפַּשֵּׁט בְּכָל הָעִיר הִנֵּה זֶה דַּוְקָא בְּתוֹךְ הָעִיר אֲבָל כַּלָּה שֶׁהִיא מִירוּשָׁלַיִם וְהוֹלֶכֶת חוּץ לִירוּשָׁלַיִם הָיְתָה מִתְבַּשֶּׂמֶת שֶׁלֹּא יַגִּיעַ תֹּוקֶף רֵיחַ הַקְּטֹורֶת לַחוּץ, אֲבָל בֵּית אַבְטִינָס לֹא הָיְתָה כַּלָּה יוֹצְאָהּ מְבֻושֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶם לֵילֵךְ חוּץ לָעִיר וּכְשֶׁלּוֹקְחִים אִשָּׁה מֵעִיר אַחֶרֶת מַתְנִים עִמָּהּ שֶׁלֹּא תִּתְבַּשֵּׂם בְּבֵית אָבִיהָ כְּשֶׁתֵּלֵךְ אַחַר נִשּׂוּאִין שֶׁלֹּא יַחְשְׁדוּם שֶׁהֵבִיאָה מִן הַקְּטֹורֶת מִבֵּית חָמִיהָ וּמִתְבַּשֶּׂמֶת בּוֹ עַל יְדֵי תַּעֲרֹובֶת שֶׁאֵינוֹ נִיכָּר.
<i>Celle de ceux-ci s'élevait droite comme un bâton, et celle de ceux-là se dispersait de-ci de-là.</i> Explication : les nouveaux aussi apportaient l'herbe du maalé achan -- car s'il manque l'herbe du maalé achan on est passible de mort, comme il est dit au chapitre Hotsiou Lo (Yoma 53a). Mais il y avait deux espèces de cette herbe, et l'espèce qui produit cet effet -- s'élever droit comme un bâton -- seuls les Beit Avtinas la connaissaient. Quant au fait qu'ils prenaient douze mane, il me semble que c'est en correspondance des onze aromates plus le maalé achan. Et quant à ce qui est dit, qu'aucune mariée parfumée ne sortit de leurs maisons : bien qu'il soit dit plus loin (Yoma 39b) qu'aucune mariée n'avait besoin de se parfumer à Jérusalem, tant l'odeur puissante de la ketoret se répandait dans toute la ville -- cela ne vaut qu'à l'intérieur de la ville ; mais une mariée de Jérusalem qui sortait hors de Jérusalem se parfumait, l'odeur puissante de la ketoret n'atteignant pas le dehors. Or de chez Beit Avtinas, aucune mariée ne sortait parfumée pour aller hors de la ville ; et lorsqu'ils prenaient femme d'une autre ville, ils stipulaient avec elle qu'elle ne se parfumerait pas dans la maison de son père lorsqu'elle s'y rendrait après les noces -- afin qu'on ne les soupçonne pas d'avoir emporté de la ketoret de la maison de son beau-père et de s'en parfumer par un mélange indécelable.
💡 Explication

Même scénario, même découpe. Les Alexandrins maîtrisent le pitoum -- piler et mélanger les onze aromates, ce que le verset appelle memoulah -- mais pas le maalé achan, l'herbe qui fait tenir la colonne de fumée verticale.

L'enjeu n'est pas esthétique. La colonne droite est le signe visible que l'encens est agréé ; et omettre le maalé achan est une faute passible de mort (Yoma 53a). Le Ben Yehoyada précise donc : les nouveaux artisans avaient bien l'herbe -- sans quoi ils auraient été passibles de mort -- mais il en existait deux espèces, et seule Beit Avtinas savait laquelle produit l'effet.

🖼️ Schéma
Le secret de Beit Avtinas : la colonne de fumée Les Alexandrins savaient composer les onze aromates. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est faire tenir la fumée droite. Beit Avtinas le brasier de la ketoret metamer ve-olé ke-makel elle monte droite comme un bâton Artisans d'Alexandrie le même brasier, les mêmes aromates mafcia le-khan ou-le-khan elle se disperse de-ci de-là
Même composition, même brasier : ce qui distingue les deux ateliers est la tenue verticale de la fumée.
11
וּכְשֶׁשָּׁמְעוּ חֲכָמִים בַּדָּבָר, אָמְרוּ: כָּל מַה שֶּׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — לִכְבוֹדוֹ בְּרָאוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּל פָּעַל ה׳ לַמַּעֲנֵהוּ״, וְחָזְרוּ בֵּית אַבְטִינָס לִמְקוֹמָן. שָׁלְחוּ לָהֶם חֲכָמִים וְלֹא בָּאוּ, כָּפְלוּ לָהֶם שְׂכָרָן וּבָאוּ. בְּכָל יוֹם הָיוּ נוֹטְלִין שְׁנֵים עָשָׂר מָנֶה, וְהַיּוֹם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּכָל יוֹם עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה, וְהַיּוֹם אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה.

Et lorsque les Sages entendirent la chose, ils dirent : tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé pour Son honneur, ainsi qu'il est dit : <i>Hachem a tout fait pour Son dessein</i> (Michlei 16,4) ; et ceux de la maison d'Avtinas revinrent à leur place. Les Sages envoyèrent les chercher -- ils ne vinrent pas ; ils leur doublèrent leur salaire, et ils vinrent.

Chaque jour ils prenaient douze mane, et ce jour-là vingt-quatre. Rabbi Yehouda dit : chaque jour vingt-quatre, et ce jour-là quarante-huit.

💡 Explication

Répétition rigoureusement parallèle au segment 7, à une variation près : le verset invoqué n'est plus Yechayahou 43,7 mais Michlei 16,4, kol paal Hachem le-maanéhou. Même principe -- rien n'a été créé en dehors du dessein divin -- formulé sous un autre angle : non plus ce qui porte Son nom, mais ce qu'Il a fait agir.

Tout le reste est mot pour mot identique : refus, doublement du salaire, même chiffres, même controverse de Rabbi Yehouda. Ce parallélisme littéral est l'argument de la guemara : ce n'est pas un accident de personnes, c'est une règle de fonctionnement du Temple.

12
אָמְרוּ לָהֶם חֲכָמִים: מָה רְאִיתֶם שֶׁלֹּא לְלַמֵּד? אָמְרוּ: יוֹדְעִין הָיוּ שֶׁל בֵּית אַבָּא שֶׁבַּיִת זֶה עָתִיד לֵיחָרֵב, אָמְרוּ: שֶׁמָּא יִלְמֹוד אָדָם שֶׁאֵינוֹ מְהֻוגָּן וְיֵלֵךְ וְיַעֲבֹוד עֲבוֹדָה זָרָה בְּכָךְ. וְעַל דָּבָר זֶה מַזְכִּירִין אוֹתָן לְשֶׁבַח: מֵעוֹלָם לֹא יָצָאת כַּלָּה מְבֻושֶּׂמֶת מִבָּתֵּיהֶן, וּכְשֶׁנּוֹשְׂאִין אִשָּׁה מִמָּקוֹם אַחֵר, מַתְנִין עִמָּהּ שֶׁלֹּא תִּתְבַּסֵּם, שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ: מִמַּעֲשֵׂה הַקְּטֹורֶת מִתְבַּסְּמִין, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״וִהְיִיתֶם נְקִיִּים מֵה׳ וּמִיִּשְׂרָאֵל״.

Les Sages leur dirent : qu'avez-vous vu, pour ne pas enseigner ? Ils dirent : ceux de la maison de notre père savaient que cette maison est destinée à être détruite ; ils dirent : de peur qu'un homme indigne n'apprenne [le procédé], n'aille servir l'idolâtrie avec cela.

Et pour cette chose on les mentionne en bien : jamais une mariée parfumée ne sortit de leurs maisons ; et lorsqu'ils prennent femme d'un autre lieu, ils stipulent avec elle qu'elle ne se parfumera pas -- afin qu'on ne dise pas : c'est de la fabrication de la ketoret qu'ils se parfument -- pour accomplir ce qui est dit : <i>vous serez quittes envers Hachem et envers Israël</i> (Bamidbar 32,22).

💡 Explication

Même réponse que Beit Garmou, mot pour mot -- et même contre-témoignage à décharge, transposé à l'objet du métier. Là où les Garmou renonçaient au pain fin, les Avtinas renoncent au parfum, jusque dans le contrat de mariage.

Le détail est frappant : la clause s'impose même aux femmes venues du dehors, qui n'ont rien à se reprocher. La règle vi-heyitem nekiyim ne porte pas sur la faute, elle porte sur l'apparence de la faute -- et elle engage toute la maisonnée. La michna les blâme, la guemara en fait le cas d'école de la conduite irréprochable.

13
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: פַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ וּמָצָאתִי אֶחָד מִבְּנֵי בְנֵיהֶם, אָמַרְתִּי לוֹ: אֲבֹותֶיךָ בִּקְּשׁוּ לְהַרְבּוֹת כְּבוֹדָן וְרָצוּ לְמַעֵט כְּבוֹד הַמָּקוֹם, עַכְשָׁיו כְּבוֹד מָקוֹם בִּמְקוֹמוֹ, וּמִיעֵט כְּבוֹדָם.

Il a été enseigné : Rabbi Yichmael a dit : une fois, je cheminais sur la route et je rencontrai l'un de leurs descendants. Je lui dis : tes pères ont cherché à accroître leur honneur et ont voulu diminuer l'honneur du Lieu (Hachem) ; à présent, l'honneur du Lieu demeure à sa place -- et Il a diminué le leur.

📜 Rachi (1)
מִיעֵט כְּבוֹדָם בְּחֻורְבַּן בֵּיתוֹ:
Il a diminué leur honneur -- par la destruction de Sa maison.
💡 Explication

La guemara vient de plaider à décharge ; elle rouvre maintenant le dossier à charge, mais par une voix personnelle, hors du beit midrach : une rencontre de route.

L'argument de Rabbi Yichmael est une mesure pour mesure lue dans l'histoire : ils ont voulu grandir leur kavod aux dépens du kavod ha-Makom ; le résultat s'est inversé. Rachi précise le mécanisme -- c'est par la destruction de Sa maison que leur honneur fut rabaissé : leur importance tenait au service, et le service a cessé. Ce n'est pas une punition ajoutée, c'est la même ruine qui les emporte.

14
אָמַר רַבִּי עֲקִיבָא: (פַּעַם אַחַת) סָח לִי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן לוֹגָא: פַּעַם אַחַת יָצָאתִי אֲנִי וְאֶחָד מִבְּנֵי בְּנֵיהֶם לַשָּׂדֶה לְלַקֵּט עֲשָׂבִים, וְרָאִיתִי (שֶׁשָּׂחַק וּבָכָה). אָמַרְתִּי לוֹ: מִפְּנֵי מַה בָּכֵית? אָמַר לִי: כְּבוֹד אֲבוֹתַי נִזְכַּרְתִּי. וּמִפְּנֵי מַה שֻׁחַקְתָּ? אָמַר לִי: שֶׁעָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְהַחְזִירָהּ לָנוּ. וּמִפְּנֵי מַה נִזְכֶּרֶת? אָמַר לִי: מַעֲלֶה עָשָׁן כְּנֶגְדִּי. הֶרְאָהוּ לִי! אָמַר לִי: שְׁבוּעָה הִיא בְּיָדֵינוּ שֶׁאֵין מַרְאִין אוֹתוֹ לְכָל אָדָם.

Rabbi Akiva a dit : (une fois) Rabbi Yichmael ben Louga me raconta : une fois je sortis, moi et l'un de leurs descendants, au champ, pour cueillir des herbes -- et je vis (qu'il riait et pleurait). Je lui dis : pourquoi as-tu pleuré ?

Il me dit : je me suis souvenu de l'honneur de mes pères. -- Et pourquoi as-tu ri ? Il me dit : parce que le Saint béni soit-Il doit nous le rendre à l'avenir. -- Et pourquoi t'en es-tu souvenu [maintenant] ?

Il me dit : le maalé achan est là, devant moi. -- Montre-le-moi ! Il me dit : nous sommes tenus par un serment de ne le montrer à aucun homme.

📜 Rachi (1)
מַעֲלֶה עָשָׁן עֵשֶׂב שֶׁהוּא מַעֲלֶה עָשָׁן רָאִיתִי כְּנֶגְדִּי:
Maalé achan -- l'herbe qui fait monter la fumée, je l'ai vue devant moi.
💡 Explication

Deuxième rencontre, et renversement de ton. Le rire et les larmes simultanés disent les deux temps de la même conscience : la perte de l'honneur passé, et la certitude de sa restitution future.

Le point décisif est le dernier : l'herbe du maalé achan pousse la, dans un champ ordinaire, sous les yeux d'un Sage -- et le descendant refuse de la désigner. Le secret n'est donc pas un monopole commercial que la ruine du Temple aurait rendu sans objet : c'est un chevoua, un serment familial, tenu alors même qu'il n'y a plus rien à gagner. C'est cet élément que la suite viendra compléter.

15
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן בֶּן נוּרִי: פַּעַם אַחַת מָצָאתִי זָקֵן אֶחָד וּמְגִילַת סַמְמָנִין בְּיָדוֹ. אָמַרְתִּי לוֹ: מֵאַיִן אַתָּה? אָמַר לִי: מִבֵּית אַבְטִינָס אֲנִי. וּמַה בְּיָדְךָ? אָמַר לִי: מְגִילַּת סַמְמָנִין. הֶרְאָהוּ לִי! אָמַר לִי: כָּל זְמַן שֶׁבֵּית אַבָּא הָיוּ קַיָּימִין, לֹא הָיוּ מוֹסְרִין אוֹתוֹ לְכָל אָדָם, וְעַכְשָׁיו הֲרֵי הוּא לְךָ, וְהִזָּהֵר בָּהּ. וּכְשֶׁבָּאתִי וְסַחְתִּי דְּבָרַי לִפְנֵי רַבִּי עֲקִיבָא, אָמַר לִי: מֵעַתָּה אָסוּר לְסַפֵּר בִּגְנוּתָן שֶׁל אֵלּוּ.

Rabbi Yo'hanan ben Nouri a dit : une fois je rencontrai un vieillard, un rouleau des aromates (meguilat samanim) à la main. Je lui dis : d'où es-tu ?

Il me dit : je suis de la maison d'Avtinas. -- Et qu'as-tu en main ? Il me dit : un rouleau des aromates. -- Montre-le-moi !

Il me dit : tant que la maison de mon père subsistait, ils ne le transmettaient à personne ; mais maintenant, le voici à toi -- et prends-y garde. Et lorsque je vins rapporter mes paroles devant Rabbi Akiva, il me dit : désormais, il est interdit de parler en mal de ces gens-là.

📜 Rachi (1)
מְגִילַּת סַמָּנִין שֶׁכְּתוּבִין בָּהּ שְׁמוֹת סַמָּנֵי הַקְּטֹורֶת:
Rouleau des aromates -- dans lequel sont écrits les noms des aromates de la ketoret.
💡 Explication

Troisième rencontre, et résolution. Le vieillard donne ce que le précédent refusait -- et sa phrase porte tout le raisonnement : tant que la maison de mon père subsistait, on ne le transmettait à personne. La rétention était liée à l'existence de la famille comme gardienne ; la famille s'éteignant, la garde passe à un autre digne de la recevoir.

Rabbi Akiva en tire une conséquence de droit, pas seulement de sentiment : me-atta assour lessaper bi-gnoutan -- il est désormais interdit d'en parler en mal. Le geste final prouve rétroactivement que le motif allégué en segment 11 était sincère. La michna gardera sa formulation ; l'usage, lui, est renversé.

🖼️ Schéma
Trois rencontres avec les descendants d'Avtinas -- et le renversement du jugement 1. R. Yichmael, sur la route Vos pères ont cherché à grandir leur honneur et à diminuer celui du Lieu. L'honneur du Lieu demeure ; le leur fut rabaissé. accusation maintenue 2. R. Yichmael ben Louga Au champ, le descendant rit et pleure : l'honneur perdu, et la certitude du retour. Montre-moi l'herbe ! -- Non : nous sommes liés par serment. le secret tient encore 3. R. Yo'hanan ben Nouri Un vieillard, la meguilat samanim à la main. Tant que la maison de mon père subsistait, on ne le donnait pas. Maintenant, le voici à toi. le secret est transmis R. Akiva : me-atta assour lessaper bi-gnoutan chel elou Désormais il est interdit de parler en mal de ces gens-là. La transmission finale, faite au moment où la garde n'est plus tenable, prouve rétroactivement que le silence n'était pas de l'avarice mais une précaution. le blâme de la michna est officiellement suspendu
Les trois rencontres et la sentence finale de R. Akiva qui suspend le blâme de la michna.
16
מִכָּאן אָמַר בֶּן עַזַּאי: בְּשִׁמְךָ יִקְרָאוּךָ, וּבִמְקוֹמְךָ יוֹשִׁיבוּךְ,

De là, ben Azzai a dit : par ton nom on t'appellera, et à ta place on te fera asseoir,

📜 Rachi (2)
מִכָּאן אָמַר בֶּן עַזַּאי מִמַּעֲשֵׂה בֵּית גָּרְמוּ וּבֵית אַבְטִינָס שֶׁבִּקְּשׁוּ חֲכָמִים לִדְחוֹתָם מִמְּקוֹמָם וְלֹא יָכְלוּ:
De là ben Azzai a dit -- de l'affaire de la maison de Garmou et de la maison d'Avtinas, que les Sages voulurent écarter de leur place et ne le purent pas.
בְּשִׁמְךָ יִקְרָאוּךָ לֹא יִדְאַג אָדָם לוֹמַר פְּלוֹנִי יְקַפַּח פַּרְנָסָתִי כִּי עַל כָּרְחָךְ בְּשֵׁם יִקְרָאוּךָ לָבֹא וְלָשׁוּב בִּמְקוֹמְךָ:
Par ton nom on t'appellera -- que l'homme ne s'inquiète pas en se disant : untel va me priver de ma subsistance ; car nécessairement on t'appellera par ton nom pour venir et revenir à ta place.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בְּשִׁמְךָ יִקְרָאוּךָ , וּבִמְקוֹמְךָ יוֹשִׁיבוּךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל (בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דַּף כג) כַּאֲשֶׁר נוֹלַד הָאָדָם וְקוֹרְאִים לוֹ אָבִיו וְאִמּוֹ שֵׁם אֶחָד הָעוֹלֶה בְּדַעְתָּם אֵינוֹ בְּאַקְרַאי וּבְהִזְדַּמֵּן אֶלָּא הקב"ה מֵשִׂים בְּפִיהֶם הַשֵּׁם הַהוּא הַמֻּוכְרָח אֶל הַנְּשָׁמָה הַהִיא כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים מו, ט) 'אֲשֶׁר שָׂם שֵׁמוֹת בָּאָרֶץ' כְּפִי מְקוֹם הָאֵבֶר הָעֶלְיוֹן אֲשֶׁר מִמֶּנּוּ חֻוצַּב וְהַשֵּׁם הַזֶּה נִרְשַׁם לְמַעְלָה בְּכִסֵּא הַכָּבוֹד כַּנּוֹדָע וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל 'שֶׁמָּא גֵּרִים' (בְּרָכוֹת ז:) וְזֶהוּ טַעַם אֶל רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה וְרַבִּי מֵאִיר דְּהָווּ בָּדְקִי בִּשְׁמָא (יוֹמָא פג:) עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ יְעֻויַּן שָׁם. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר בְּשִׁמְךָ הָרָאוּי וְהַמֻּוכְרָח אֶל נִשְׁמָתְךָ יִקְרָאוּךָ אָבִיךָ וְאִמְּךָ וְאֵין קְרִיאַת הַשֵּׁם בְּאַקְרַאי וּבְהִזְדַּמֵּן וּבִמְקוֹמְךָ בְּאוֹר הַקְּדוֹשָׁה לְמַעְלָה יוֹשִׁיבוּךְ שֶׁהַשֵּׁם שֶׁלְּךָ הוּא נִרְשָׁם לְמַעְלָה בְּכִסֵּא הַכָּבוֹד וְכַנִּזְכָּר לְעֵיל. אוֹ יוּבַן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הָרַמְבַּ"ן זַ"ל שֶׁאֵין לְךָ אָדָם שֶׁאֵין לִשְׁמוֹ רֶמֶז בַּתּוֹרָה וּכְפִי הַמָּקוֹם שֶׁבּוֹ רָמוּז שְׁמוֹ נִיכָּר מִן הַדְּבָרִים מַעֲשָׂיו וּמְלַאכְתּוֹ וְטִבְעוֹ וּמִדּוֹתָיו, וְעַל זֶה אוֹמְרוֹ רַבִּי מֵאִיר בְּדִיק בִּשְׁמָא שֶׁהָיָה יוֹדֵעַ לְכַוֵּון בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ מְקוֹם שֵׁם הָאָדָם בַּתּוֹרָה וְאָז יֵדַע מָה הוּא וּמָה עִנְייָנוֹ, וְכַאֲשֶׁר נִמְצָא כִּי נִזְדַּמֵּן לְיָדוֹ עִנְיַן תַּלְמִידוֹ שֶׁהָיָה שְׁמוֹ אַבְנֵר וְכֵיוָן עַל יְדֵי תְּפִלָּה אַיֵּה מְקוֹמוֹ בַּתּוֹרָה וּבָזֶה נוֹדַע מֶה הָיְתָה לוֹ לְבַסּוֹף, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר בְּשִׁמְךָ הָרָאוּי לְךָ לְפִי מִדּוֹתֶיךָ וְטִבְעֲךָ וְעִנְיָינְךָ יִקְרָאוּךָ וּבִמְקוֹמְךָ בַּתּוֹרָה יוֹשִׁיבוּךְ וּמִשָּׁם תִּהְיֶה נוֹדָע וְנִיכָּר מָה אַתָּה וּמָה עִנְייָנְךָ. אוֹ יוּבַן בס"ד בְּשִׁמְךָ יִקְרָאוּךָ אַחַר תְּחִייַּת הַמֵּתִים שֶׁכָּל אֶחָד יִהְיֶה נִקְרָא בְּשֵׁם שֶׁהָיָה נִקְרָא בּוֹ קֹודֶם שֶׁמֵּת וּבִמְקוֹמְךָ הַמּוּכָן לְךָ בְּגַן עֵדֶן יוֹשִׁיבוּךְ שֶׁכָּל אָדָם מְקוֹמוֹ מוּכָן לוֹ קֹודֶם שֶׁבָּא לָעוֹלָם הַזֶּה וְאֵין אָדָם נוֹגֵעַ בַּמּוּכָן לַחֲבֵרוֹ פֵּירוּשׁ אָדָם דְּהַייְנוּ צַדִּיק חָשׁוּב אַף עַל פִּי שֶׁלּוֹקֵחַ שָׂכָר וְחֵלֶק גַּן עֵדֶן שֶׁל הָרָשָׁע אֵינוֹ נוֹגֵעַ בּוֹ אֶלָּא מַחֲזִירוֹ לִבְעָלָיו אַחַר תְּשׁוּבָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּמַאֲמָר 'וְשִׂים חֶלְקֵנוּ עִמָּהֶם' בִּתְפִלַּת הָעֲמִידָה. וּמַה שֶׁאָמַר ' אֵין אָדָם נוֹגֵעַ ' וְלֹא אָמְרוּ אֵין אָדָם נוֹטֵל אוֹ לוֹקֵחַ הַכַּוָּנָה עַל פִּי הַמַּעֲשֶׂה שֶׁהָיָה טָמוּן בַּקַּרְקַע צְלוֹחִית מְלֵאָה אֲבָנִים טוֹבוֹת וּבְאוֹתוֹ קַרְקַע הָיוּ תּוֹקְעִים שָׁם אֹהָלִים חוֹרֵי הָאָרֶץ בְּכָל שָׁנָה בִּימוֹת הַקַּיִץ לִשְׁאֹוב רוּחַ טוֹב שָׁם וְהָיוּ תּוֹקְעִים יְתֵידוֹת הָאֹהֶל סָמוּךְ לְאוֹתָהּ הַצְּלוֹחִית שֶׁאֵין בֵּינֵיהֶם לְבֵינָה אֶלָּא טֶפַח וּבִמְקוֹם הַצְּלוֹחִית לֹא הָיוּ תּוֹקְעִים וְכָךְ הָיָה מִנְהָגָם בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה כַּמָּה שָׁנִים, וּפַעַם אַחַת בָּא אָדָם אֶחָד לִתְקֹועַ אֹהֶל שֵׁם וְתָקַע הַיָּתֵד בִּמְקוֹם הַצְּלוֹחִית וְאָז הִרְגִּישׁ בָּהּ וּלְקָחָהּ וְלָזֶה אָמַר 'אֵין אָדָם נוֹגֵעַ בַּמּוּכָן לַחֲבֵרוֹ' שֶׁכָּל אוֹתָם שֶׁקָּדְמוּ לָזֶה לֹא הָיוּ נוֹגְעִים בִּמְקוֹם הַצְּלוֹחִית שֶׁהִיא מוּכֶנֶת לָזֶה הָאַחֲרוֹן.
<i>Par ton nom on t'appellera, et à ta place on te fera asseoir.</i> Il me semble, avec l'aide du Ciel, [expliquer] d'après ce qu'a dit notre maître le Ari (Chaar ha-Guilgoulim p. 23) : lorsqu'un homme naît et que son père et sa mère lui donnent un nom qui leur monte à l'esprit, ce n'est pas par hasard ni par occasion ; c'est le Saint béni soit-Il qui met dans leur bouche ce nom-là, celui qui s'impose à cette nechama -- comme dit le verset : <i>Celui qui a mis des noms sur la terre</i> (Tehilim 46,9) -- selon le lieu du membre supérieur dont elle est taillée. Et ce nom est inscrit en haut sur le Trône de gloire, comme on sait. C'est pourquoi nos maîtres ont dit : <i>le nom cause</i> (Berakhot 7b) ; et c'est la raison pour laquelle Rabbi Yehochoua ben Korha et Rabbi Meir scrutaient les noms (Yoma 83b) -- fin de citation ; voir là-bas. Et c'est ce qui est dit : <i>par ton nom</i> -- celui qui convient et s'impose à ta nechama -- <i>t'appelleront</i> ton père et ta mère, et l'appellation du nom n'est ni fortuite ni occasionnelle ; <i>et à ta place</i>, dans la lumière de la sainteté en haut, <i>on te fera asseoir</i> -- car ton nom est inscrit en haut sur le Trône de gloire, comme il a été dit. Ou bien on peut le comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a dit le Ramban : il n'est pas d'homme dont le nom ne soit pas fait allusion dans la Tora ; et selon le lieu où son nom est fait allusion, on reconnaît d'après les termes ses actes, son métier, sa nature et ses traits. C'est pour cela qu'on dit que Rabbi Meir scrutait les noms : il savait viser par roua'h ha-kodech le lieu du nom de l'homme dans la Tora, et savait alors ce qu'il était et de quoi il retournait pour lui. Ainsi, lorsqu'il se trouva devant le cas de son élève nommé Avner, il visa par la prière où était son lieu dans la Tora, et par la fut connu ce qu'il adviendrait de lui à la fin. Et c'est ce qui est dit : <i>par ton nom</i> -- celui qui te convient selon tes traits, ta nature et ce que tu es -- <i>on t'appellera</i> ; <i>et à ta place</i> dans la Tora <i>on te fera asseoir</i>, et de là on saura et l'on reconnaîtra ce que tu es et de quoi il retourne pour toi. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel : <i>par ton nom on t'appellera</i> après la résurrection des morts, chacun étant appelé du nom dont il était appelé avant de mourir ; <i>et à ta place</i> préparée pour toi au Gan Éden <i>on te fera asseoir</i> -- car tout homme a son lieu préparé pour lui avant même qu'il ne vienne en ce monde, et nul homme ne touche à ce qui est préparé pour son prochain. Explication : <i>homme</i>, c'est-à-dire un juste de valeur -- bien qu'il prenne le salaire et la part de Gan Éden du méchant, il n'y touche pas [définitivement] mais la lui restitue après sa techouva, comme l'a dit notre maître le Ari sur la formule <i>et place notre part avec eux</i> dans la prière de la Amida. Et si l'on a dit <i>nul homme ne touche</i>, et non pas <i>ne prend</i> ni <i>n'emporte</i>, l'intention s'éclaire par le fait suivant : une fiole pleine de pierres précieuses était enfouie dans un terrain, et sur ce terrain les gens du lieu plantaient leurs tentes chaque année en été pour y respirer le bon air ; ils enfonçaient les piquets de la tente tout près de cette fiole, à un tefah d'elle à peine, mais jamais à l'endroit même de la fiole -- et telle fut leur habitude année après année, des années durant. Une fois, un homme vint y planter une tente et enfonça le piquet à l'endroit même de la fiole : il la sentit alors, et la prit. C'est ce que veut dire <i>nul homme ne touche à ce qui est préparé pour son prochain</i> : tous ceux qui avaient précédé celui-là n'avaient jamais touché à l'endroit de la fiole, qui était préparée pour ce dernier.
💡 Explication

La maxime que le folio tire de tout ce qui précède -- et le daf s'arrête au milieu de la phrase, la suite (et de ce qui est à toi on te donnera) passant en 38b.

Rachi donne la lecture immédiate : elle sort de l'histoire des Beit Garmou et des Beit Avtinas, que les Sages ont voulu écarter et n'ont pas pu. Nul ne peut prendre la place d'un autre : la parnassa (subsistance) assignée revient à qui elle revient. Le Ben Yehoyada superpose à cette lecture sociale trois lectures de sod -- le nom que les parents donnent est celui qui convient à la nechama et qui est inscrit sur le Trône de gloire ; le nom a son lieu dans la Tora, où se lit la nature de l'homme ; et le nom sera réappelé après la tehiyat ha-metim, chacun à la place préparée pour lui au Gan Éden.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).