Sougya : Le folio s'ouvre sur le mot qui clôture la sougya de la tablette d'Hélène : bessiroughin, en alternance -- les débuts de versets en clair, la suite en initiales, si bien que la tablette ne prouve rien sur l'écriture d'un extrait de Tora. Vient ensuite le récit des portes de Nikanor : une tempête en mer, une porte jetée sans effet, la seconde sauvée parce que Nikanor s'y enlace en demandant d'être jeté avec elle, puis la porte perdue qui réapparaît au port d'Akko -- d'où le al tikri berotim / berit yam, et l'explication que seules ces portes ne furent jamais dorées.
La michna bascule alors du côté du blâme : Beit Garmou, Beit Avtinas, Hougras ben Levi et ben Kamtsar, qui refusèrent d'enseigner leur art. La guemara raconte deux fois la même histoire, terme pour terme -- on fait venir des artisans d'Alexandrie, qui savent tout faire sauf l'essentiel (retirer le pain sans le briser, faire monter la fumée droite), les Sages s'inclinent au nom du verset que tout fut créé pour la gloire de Dieu, et les familles reviennent au salaire double.
À la question de leur motif, elles répondent identiquement : le Temple était promis à la ruine, et un homme indigne aurait emporté ce savoir vers l'idolâtrie -- pendant que la guemara verse à leur crédit le refus du pain fin et du parfum, au nom du vi-heyitem nekiyim. Trois rencontres avec les descendants d'Avtinas -- l'accusation de Rabbi Yichmael, le descendant qui rit et pleure et tait l'herbe du maalé achan, le vieillard qui remet enfin la meguilat samanim -- conduisent au verdict de Rabbi Akiva : désormais il est interdit de parler en mal de ces gens-là.
Le folio s'arrête sur la maxime de ben Azzai : par ton nom on t'appellera, et à ta place on te fera asseoir.
En alternance (bessiroughin).
Un seul mot, qui clôture la sougya ouverte à la fin de 37b. On y demandait si la tablette d'or d'Hélène, où était gravée la parachat sota, prouvait qu'il est permis d'écrire un extrait de Tora pour l'instruction. Rech Lakich au nom de Rabbi Yannai avait répondu qu'elle ne portait que des initiales ; une beraita citant des formules entières avait résisté, et la guemara s'était arrêtée sur le mot hatam -- là-bas.
La réponse tient donc dans ce mot : bessiroughin, en alternance. Le début de chaque verset était bien écrit en clair -- ce que la beraita citait -- mais la suite du verset n'était donnée qu'en rachei tevot (initiales). Il n'y avait jamais de texte suivi : la tablette ne prouve donc rien sur l'écriture d'un extrait de Tora.
<i>Nikanor : des miracles furent accomplis pour ses portes.</i> Nos maîtres ont enseigné : quels miracles furent accomplis pour ses portes ? Ils dirent : lorsque Nikanor alla chercher des portes à Alexandrie d'Égypte, à son retour une lame de fond (nahchol) se dressa contre lui en mer pour le noyer.
Ils prirent l'une d'elles et la jetèrent à la mer -- et la mer ne se calma pas encore de sa fureur.
La michna (37a) avait mentionné Nikanor parmi ceux dont on se souvient en bien. La guemara ouvre ici la beraita qui raconte l'affaire. Les portes en question sont celles de la porte orientale de la azara (le parvis) -- la porte dite depuis lors chaar Nikanor, qui ouvre le passage vers la cour d'Israël.
Noter le détail technique que relève Rachi : elles étaient de cuivre, non d'or -- ce qui prépare la chute du récit en segment 3. Elles étaient aussi extraordinairement lourdes : d'où l'idée des marins d'en jeter une par-dessus bord pour alléger le navire. Le fait que la mer ne se calme pas après ce sacrifice est le pivot narratif : le sacrifice était le mauvais.
Ils voulurent jeter sa compagne. Il se leva, l'enlaça, et leur dit : jetez-moi avec elle !
Aussitôt la mer se calma de sa fureur -- et il était dans la peine au sujet de sa compagne. Lorsqu'il arriva au port d'Akko, elle émergeait et sortait de dessous les flancs du navire.
Et certains disent : une créature marine l'avait avalée, puis l'a rejetée sur la terre ferme.
Le renversement du récit. Jeter la première porte n'avait rien apaisé ; c'est le refus de jeter la seconde qui calme la mer. Nikanor ne négocie pas : il s'attache physiquement à la porte et transforme le choix des marins en choix impossible. L'apaisement est immédiat -- miyad nah ha-yam.
Le détail que la guemara insiste à donner est psychologique : il était dans la peine tout le reste du voyage, pour la porte perdue. C'est ce chagrin, et non seulement son geste, que le miracle du port d'Akko vient consoler. Deux versions de ce second miracle : la porte avait suivi le navire sous sa coque, ou bien un animal marin l'avait avalée et la recracha à terre.
Et c'est à son sujet que Chelomo a dit : <i>les poutres de nos maisons sont des cèdres, nos lambris (rehitenou) sont des cyprès (berotim)</i> (Chir ha-chirim 1,17) -- ne lis pas <i>berotim</i> mais <i>berit yam</i>, alliance de la mer. C'est pourquoi toutes les portes qui étaient dans le Temple furent changées pour être en or, hormis les portes de Nikanor -- parce que des miracles y avaient été accomplis.
Et certains disent : parce que leur cuivre était doré. Rabbi Eliezer ben Yaakov dit : c'était du cuivre <i>kelonita</i>, et il éclairait comme de l'or.
Le al tikri (ne lis pas ainsi mais ainsi) recompose berotim en berit yam : les mêmes consonnes, une autre coupe. La porte et la mer ont conclu un pacte -- la mer la remet à sa place. Rachi signale une seconde lecture, beriyat yam, la créature de la mer, qui va avec la deuxième version du récit précédent.
Le verset justifie aussi le nom rehitenou : la racine routs, courir -- la porte court pour fermer, court pour ouvrir. La chute du récit est architecturale : quand la nation s'enrichit, toutes les portes du Temple furent dorées ; celles-là seules restèrent nues. Trois raisons sont avancées, et elles ne disent pas la même chose : le mérite du miracle (on ne recouvre pas le support d'un nés), l'apparence déjà dorée du métal, ou la qualité matérielle du cuivre raffiné.
MICHNA. Et voici ceux [que l'on mentionne] en mal : ceux de la maison de Garmou ne voulurent pas enseigner la fabrication du le'hem ha-panim (pain de proposition) ; ceux de la maison d'Avtinas ne voulurent pas enseigner la fabrication de la ketoret (l'encens).
Bascule de la michna. Après la galerie des bienfaiteurs -- Monbaz, Hélène, Nikanor -- vient la liste inverse : ve-elou li-gnai, et voici ceux [qu'on mentionne] pour leur honte. Le critère n'est plus ce qu'on a donné au Temple, mais ce qu'on lui a refusé.
Les deux premiers cas sont des familles d'artisans du Temple, détentrices d'un savoir-faire exclusif : les Beit Garmou pour les douze pains de proposition, les Beit Avtinas pour l'encens. Le grief n'est pas d'avoir mal servi -- ils servaient très bien -- mais d'avoir gardé le procédé.
Hougras ben Levi savait un chapitre de chant et ne voulut pas l'enseigner. Ben Kamtsar ne voulut pas enseigner la technique de l'écriture.
Des premiers il est dit : <i>le souvenir du juste est en bénédiction</i> ; et de ceux-là il est dit : <i>mais le nom des méchants pourrira</i> (Michlei 10,7).
Deux autres cas, plus techniques. Le perek de Hougras est, selon Rachi, une modulation vocale -- un ornement musical du chant lévitique. La maasse ha-ketav de ben Kamtsar est une virtuosité de scribe : quatre calames fixés aux quatre doigts, pour tracer d'un seul geste le Nom de quatre lettres.
La michna scelle les deux listes par les deux moitiés d'un même verset de Michlei. Le contraste est volontairement dur : les uns sont dits tsadik, les autres rechaim. Le Ben Yehoyada s'arrête précisément sur cette dureté -- quelle faute formelle ont-ils commise pour mériter le mot ?
GUEMARA. Nos maîtres ont enseigné : ceux de la maison de Garmou étaient experts dans la fabrication du le'hem ha-panim et ne voulurent pas l'enseigner.
Les Sages envoyèrent chercher et firent venir des artisans d'Alexandrie d'Égypte. Ceux-là savaient cuire comme eux, mais ils ne savaient pas retirer [le pain du four] comme eux.
Car ceux-là chauffent au-dehors et cuisent au-dehors, tandis que ceux-ci chauffent au-dedans et cuisent au-dedans. Le pain de ceux-là moisissait ; le pain de ceux-ci ne moisissait pas.
La guemara teste l'accusation en la mettant à l'épreuve des faits : on remplace les Beit Garmou. Le résultat est nuance -- les Alexandrins savent cuire (afiya), ils ne savent pas retirer (rediya). Rachi explique pourquoi : le pain a la forme d'une caisse ouverte, comme une coque de navire, très fragile ; il faut le décoller de la paroi du four sans le briser.
De cette incompétence découle une chaîne causale que le texte énonce en deux temps. N'osant pas coller la pâte à l'intérieur, ils chauffent et cuisent à l'extérieur ; la chaleur ne pénètre plus le cœur d'un pain épais ; le pain moisit avant la fin de la semaine, alors qu'il doit tenir sur la table du chowbread d'un chabbat à l'autre. Le savoir-faire gardé n'était donc pas un caprice de corporation : il conditionnait la validité du service.
Lorsque les Sages entendirent la chose, ils dirent : tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé pour Son honneur, ainsi qu'il est dit : <i>tout ce qui est appelé de Mon nom, c'est pour Ma gloire que Je l'ai créé</i> (Yechayahou 43,7). Et ceux de la maison de Garmou revinrent à leur place.
Les Sages envoyèrent les chercher -- ils ne vinrent pas ; ils leur doublèrent leur salaire, et ils vinrent. Chaque jour ils prenaient douze mane, et ce jour-là vingt-quatre.
Rabbi Yehouda dit : chaque jour vingt-quatre, et ce jour-là quarante-huit.
Le raisonnement des Sages est un renversement d'orgueil. Le verset kol ha-nikra bi-chmi ve-li-khvodi berativ signifie ici : puisque ces artisans sont eux aussi une créature faite pour la gloire de Dieu, leur compétence appartient au service divin -- il faut donc rabattre l'honneur du tribunal et les rappeler, plutôt que de laisser le service se dégrader.
Suivent deux détails économiques précis. Ils refusent d'abord de revenir ; c'est le doublement du salaire, prélevé sur la teroumat ha-lichka (la caisse publique du Temple), qui les fait revenir. Deux versions du chiffre : douze mane devenus vingt-quatre, ou -- selon Rabbi Yehouda -- vingt-quatre devenus quarante-huit. Le passage est délibérément embarrassant : il ressemble à de la cupidité, et le Ben Yehoyada s'emploie à montrer que ce n'en était pas.
Les Sages leur dirent : qu'avez-vous vu, pour ne pas enseigner ? Ils leur dirent : ceux de la maison de notre père savaient que cette maison est destinée à être détruite -- de peur qu'un homme indigne n'apprenne [le procédé], n'aille servir l'idolâtrie avec cela.
Et pour cette chose on les mentionne en bien : jamais on ne trouva de pain de fleur de farine entre les mains de leurs enfants, afin qu'on ne dise pas : c'est de la fabrication du le'hem ha-panim qu'ils se nourrissent -- pour accomplir ce qui est dit : <i>vous serez quittes envers Hachem et envers Israël</i> (Bamidbar 32,22).
La justification est eschatologique, non corporatiste : ils savaient le Temple destiné à la ruine et anticipaient qu'un savoir liturgique devenu sans emploi finirait recyclé dans un culte étranger. Garder le procédé dans la famille, c'était le faire mourir avec elle.
La guemara ajoute alors, de sa propre voix, un témoignage à décharge sur un tout autre plan : ces familles s'imposaient de ne jamais manger de pain de fleur de farine, pour qu'on ne les soupçonne pas de détourner la farine du Temple. C'est l'application du principe vi-heyitem nekiyim : il ne suffit pas d'être innocent devant Dieu, il faut aussi être hors de soupçon devant les hommes.
<i>Ceux de la maison d'Avtinas ne voulurent pas enseigner la fabrication de la ketoret.</i> Nos maîtres ont enseigné : ceux de la maison d'Avtinas étaient experts dans la fabrication de la ketoret et ne voulurent pas l'enseigner. Les Sages envoyèrent chercher et firent venir des artisans d'Alexandrie d'Égypte.
Ceux-là savaient composer (<i>lefatem</i>) comme eux, mais ils ne savaient pas faire monter la fumée comme eux. Celle de ceux-ci s'élevait droite comme un bâton ; celle de ceux-là se dispersait de-ci de-là.
Même scénario, même découpe. Les Alexandrins maîtrisent le pitoum -- piler et mélanger les onze aromates, ce que le verset appelle memoulah -- mais pas le maalé achan, l'herbe qui fait tenir la colonne de fumée verticale.
L'enjeu n'est pas esthétique. La colonne droite est le signe visible que l'encens est agréé ; et omettre le maalé achan est une faute passible de mort (Yoma 53a). Le Ben Yehoyada précise donc : les nouveaux artisans avaient bien l'herbe -- sans quoi ils auraient été passibles de mort -- mais il en existait deux espèces, et seule Beit Avtinas savait laquelle produit l'effet.
Et lorsque les Sages entendirent la chose, ils dirent : tout ce que le Saint béni soit-Il a créé, Il l'a créé pour Son honneur, ainsi qu'il est dit : <i>Hachem a tout fait pour Son dessein</i> (Michlei 16,4) ; et ceux de la maison d'Avtinas revinrent à leur place. Les Sages envoyèrent les chercher -- ils ne vinrent pas ; ils leur doublèrent leur salaire, et ils vinrent.
Chaque jour ils prenaient douze mane, et ce jour-là vingt-quatre. Rabbi Yehouda dit : chaque jour vingt-quatre, et ce jour-là quarante-huit.
Répétition rigoureusement parallèle au segment 7, à une variation près : le verset invoqué n'est plus Yechayahou 43,7 mais Michlei 16,4, kol paal Hachem le-maanéhou. Même principe -- rien n'a été créé en dehors du dessein divin -- formulé sous un autre angle : non plus ce qui porte Son nom, mais ce qu'Il a fait agir.
Tout le reste est mot pour mot identique : refus, doublement du salaire, même chiffres, même controverse de Rabbi Yehouda. Ce parallélisme littéral est l'argument de la guemara : ce n'est pas un accident de personnes, c'est une règle de fonctionnement du Temple.
Les Sages leur dirent : qu'avez-vous vu, pour ne pas enseigner ? Ils dirent : ceux de la maison de notre père savaient que cette maison est destinée à être détruite ; ils dirent : de peur qu'un homme indigne n'apprenne [le procédé], n'aille servir l'idolâtrie avec cela.
Et pour cette chose on les mentionne en bien : jamais une mariée parfumée ne sortit de leurs maisons ; et lorsqu'ils prennent femme d'un autre lieu, ils stipulent avec elle qu'elle ne se parfumera pas -- afin qu'on ne dise pas : c'est de la fabrication de la ketoret qu'ils se parfument -- pour accomplir ce qui est dit : <i>vous serez quittes envers Hachem et envers Israël</i> (Bamidbar 32,22).
Même réponse que Beit Garmou, mot pour mot -- et même contre-témoignage à décharge, transposé à l'objet du métier. Là où les Garmou renonçaient au pain fin, les Avtinas renoncent au parfum, jusque dans le contrat de mariage.
Le détail est frappant : la clause s'impose même aux femmes venues du dehors, qui n'ont rien à se reprocher. La règle vi-heyitem nekiyim ne porte pas sur la faute, elle porte sur l'apparence de la faute -- et elle engage toute la maisonnée. La michna les blâme, la guemara en fait le cas d'école de la conduite irréprochable.
Il a été enseigné : Rabbi Yichmael a dit : une fois, je cheminais sur la route et je rencontrai l'un de leurs descendants. Je lui dis : tes pères ont cherché à accroître leur honneur et ont voulu diminuer l'honneur du Lieu (Hachem) ; à présent, l'honneur du Lieu demeure à sa place -- et Il a diminué le leur.
La guemara vient de plaider à décharge ; elle rouvre maintenant le dossier à charge, mais par une voix personnelle, hors du beit midrach : une rencontre de route.
L'argument de Rabbi Yichmael est une mesure pour mesure lue dans l'histoire : ils ont voulu grandir leur kavod aux dépens du kavod ha-Makom ; le résultat s'est inversé. Rachi précise le mécanisme -- c'est par la destruction de Sa maison que leur honneur fut rabaissé : leur importance tenait au service, et le service a cessé. Ce n'est pas une punition ajoutée, c'est la même ruine qui les emporte.
Rabbi Akiva a dit : (une fois) Rabbi Yichmael ben Louga me raconta : une fois je sortis, moi et l'un de leurs descendants, au champ, pour cueillir des herbes -- et je vis (qu'il riait et pleurait). Je lui dis : pourquoi as-tu pleuré ?
Il me dit : je me suis souvenu de l'honneur de mes pères. -- Et pourquoi as-tu ri ? Il me dit : parce que le Saint béni soit-Il doit nous le rendre à l'avenir. -- Et pourquoi t'en es-tu souvenu [maintenant] ?
Il me dit : le maalé achan est là, devant moi. -- Montre-le-moi ! Il me dit : nous sommes tenus par un serment de ne le montrer à aucun homme.
Deuxième rencontre, et renversement de ton. Le rire et les larmes simultanés disent les deux temps de la même conscience : la perte de l'honneur passé, et la certitude de sa restitution future.
Le point décisif est le dernier : l'herbe du maalé achan pousse la, dans un champ ordinaire, sous les yeux d'un Sage -- et le descendant refuse de la désigner. Le secret n'est donc pas un monopole commercial que la ruine du Temple aurait rendu sans objet : c'est un chevoua, un serment familial, tenu alors même qu'il n'y a plus rien à gagner. C'est cet élément que la suite viendra compléter.
Rabbi Yo'hanan ben Nouri a dit : une fois je rencontrai un vieillard, un rouleau des aromates (meguilat samanim) à la main. Je lui dis : d'où es-tu ?
Il me dit : je suis de la maison d'Avtinas. -- Et qu'as-tu en main ? Il me dit : un rouleau des aromates. -- Montre-le-moi !
Il me dit : tant que la maison de mon père subsistait, ils ne le transmettaient à personne ; mais maintenant, le voici à toi -- et prends-y garde. Et lorsque je vins rapporter mes paroles devant Rabbi Akiva, il me dit : désormais, il est interdit de parler en mal de ces gens-là.
Troisième rencontre, et résolution. Le vieillard donne ce que le précédent refusait -- et sa phrase porte tout le raisonnement : tant que la maison de mon père subsistait, on ne le transmettait à personne. La rétention était liée à l'existence de la famille comme gardienne ; la famille s'éteignant, la garde passe à un autre digne de la recevoir.
Rabbi Akiva en tire une conséquence de droit, pas seulement de sentiment : me-atta assour lessaper bi-gnoutan -- il est désormais interdit d'en parler en mal. Le geste final prouve rétroactivement que le motif allégué en segment 11 était sincère. La michna gardera sa formulation ; l'usage, lui, est renversé.
De là, ben Azzai a dit : par ton nom on t'appellera, et à ta place on te fera asseoir,
La maxime que le folio tire de tout ce qui précède -- et le daf s'arrête au milieu de la phrase, la suite (et de ce qui est à toi on te donnera) passant en 38b.
Rachi donne la lecture immédiate : elle sort de l'histoire des Beit Garmou et des Beit Avtinas, que les Sages ont voulu écarter et n'ont pas pu. Nul ne peut prendre la place d'un autre : la parnassa (subsistance) assignée revient à qui elle revient. Le Ben Yehoyada superpose à cette lecture sociale trois lectures de sod -- le nom que les parents donnent est celui qui convient à la nechama et qui est inscrit sur le Trône de gloire ; le nom a son lieu dans la Tora, où se lit la nature de l'homme ; et le nom sera réappelé après la tehiyat ha-metim, chacun à la place préparée pour lui au Gan Éden.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).