Yoma 38b -- le nom qui bénit et le nom qui pourrit, le juste qui porte le monde

Yoma 38b

Sougya : Le folio commence par les deux corollaires de la maxime de ben Azzai : nul ne touche à ce qui est préparé pour son prochain, et aucune royauté n'empiète sur l'autre, fût-ce de l'épaisseur d'un cheveu. Il achève ensuite la liste des artisans blâmés par la michna -- Hougras ben Levi et son art du chant, ben Kamtsar et ses quatre calames -- pour poser le critère du partage : tous ont trouvé une réponse à leurs propos, ben Kamtsar n'en a pas trouvé.

Le verset de Michlei 10,7 est alors coupé en deux, une moitié pour chaque camp, et la guemara bascule dans une longue sougya aggadique sur le nom : la pourriture qui monte sur le nom des méchants, l'objection de Ravina par le terrible récit de Doeg ben Yossef que sa mère mesurait en tefahim puis dévora pendant le siège, et la réponse -- regarde ce qu'il advint de lui. Suivent les énoncés de Rabbi Elazar : le juste par lui-même et le méchant par son compagnon, la double question de Ravina au récitant d'aggada qui remonte de Michlei jusqu'à Avraham et Sedom, Ovadya et Essav qui n'ont rien appris de leur entourage, et la réciprocité de la bénédiction et de la malédiction.

La seconde moitié appartient à Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan : aucun juste ne part sans que son remplaçant soit déjà là, le soleil de Chemouel se lève avant que celui d'Eli ne s'éteigne, les justes sont plantés génération par génération, et le monde tient par un seul -- hassido, au singulier, selon le ketiv. Le folio se clôt sur la garantie accordée au juste éprouvé, deux fois mesurée -- par les années ou par les épreuves refusées --, et sur la maxime de Rech Lakich : celui qui vient se rendre impur, on lui ouvre seulement ; celui qui vient se purifier, on l'aide.

Michlei 10,7 : un seul verset, deux destins posthumes Le même verset partage les artisans du Temple. Le partage ne porte pas sur le secret gardé, mais sur le motif du silence. Zekher tsadik li-vrakha ve-chem rechaim yirkav Le souvenir du juste est en bénédiction, mais le nom des méchants pourrira Les premiers -- zekher tsadik Ils ont trouvé une réponse à leurs propos Beit Garmou -- le pain de proposition Motif : que nul indigne n'emporte l'art vers l'idolâtrie Beit Avtinas -- l'encens et le maalé achan Même motif, mot pour mot -- Rabbi Akiva les réhabilite Hougras ben Levi -- l'art du chant Le pouce dans la bouche, le doigt entre les nimin Le savoir est retenu pour le Temple On peut nommer un enfant de leur nom : le nom vit Ben Kamtsar -- ve-chem rechaim yirkav Il n'a pas trouvé de réponse à ses propos Son art : quatre calames entre les doigts Un mot de quatre lettres écrit d'un seul coup. Prouesse réelle -- mais aucun enjeu de sainteté hors de lui. La question : mah raita chelo lelamed ? Qu'as-tu vu pour ne pas enseigner ? -- silence. Le seul motif restant : son propre honneur. Rakvivout taalé bi-chmotan La pourriture monte sur le nom : on ne le donne plus. Rachi : la rouille d'un outil de fer inutilisé.
Michlei 10,7 partage les artisans du Temple : le critère n'est pas le secret gardé mais le motif du silence.
De Michlei à la Tora : la double question de Ravina Une maxime des Sages ne se contente pas d'un verset des Ketouvim : il lui faut une racine dans le Houmach. 1. Le souvenir du juste Question de Ravina Mena ha milta de-amour rabanan ? Réponse 1 : Michlei 10,7 Mais c'est écrit noir sur blanc ! Réponse 2 : mi-deoraita Berechit 18,17 puis 18,18 Le nom d'Avraham est prononcé -- vais-je cacher à Avraham ? -- et aussitôt le verset suivant le bénit : et Avraham sera assurément une nation grande et puissante. Nommer le juste, c'est déjà le bénir. 2. Le nom des méchants Même question, versant méchant Mena ha milta de-amour rabanan ? Réponse 1 : Michlei 10,7 Le même aller-retour, terme pour terme Réponse 2 : mi-deoraita Berechit 13,12 puis 13,13 Sedom est nommée -- il dressa sa tente jusqu'à Sedom -- et aussitôt le verset suivant la flétrit : et les gens de Sedom étaient mauvais et pécheurs. Nommer le méchant, c'est déjà le condamner. Symétrie : la structure du drach est exactement la même des deux côtés -- nom, puis verdict au verset suivant. Le Ben Ich Haï explique le doublon comme un malentendu : Ravina croyait qu'on lui indiquait la source, on lui reprochait d'attribuer aux Sages.
La double question de Ravina : une maxime des Sages doit avoir sa racine dans le Houmach, et la structure du drach est symétrique.
Le juste porte le monde : la série de Rabbi Hiya bar Abba au nom de Rabbi Yo'hanan Quatre énoncés qui vont du relais des générations jusqu'à l'immunité personnelle du juste. 1. Aucun juste ne part sans relais Ve-zarah ha-chemech ou-va ha-chemech Le soleil se lève avant que l'autre ne se couche. Le soleil de Chemouel se lève avant que celui d'Eli ne s'éteigne. 2. Ils sont plantés dans chaque génération Il vit que les justes étaient peu nombreux, il se leva et les planta génération par génération. Ki la-Hachem metsoukei erets -- et il a posé sur eux le monde. 3. Un seul suffit à faire tenir le monde R. Yo'hanan : ve-tsadik yessod olam. R. Hiya, de son propre chef : raglei hassidav. Objection : hassidav est un pluriel ! Rav Nahman bar Yitshak : hassido est écrit -- le ketiv est au singulier. 4. Le juste finit par être gardé de la faute R. Yo'hanan : la plupart de ses années passées sans faute -- il ne fautera plus. École de R. Chila : deux occasions refusées -- il ne fautera plus. Même verset, deux compteurs : le temps où les épreuves. Rech Lakich : im la-letsim hou yalits ve-la-anavim yiten hen La clé de toute la sougya : le Ciel n'est pas neutre, mais il n'est pas non plus symétrique. Ba letame -- potehin lo On lui ouvre seulement. Rachi : on ne le retient pas, mais on ne l'aide pas non plus. Ba letaher -- mesayin oto On l'aide activement. Le verbe change : ouvrir n'est pas accompagner.
La série de Rabbi Hiya bar Abba, du relais des générations à l'immunité du juste, et la conclusion asymétrique de Rech Lakich.
1
וּמִשֶּׁלְּךָ יִתְּנוּ לָךְ. אֵין אָדָם נוֹגֵעַ בַּמּוּכָן לַחֲבֵירוֹ. וְאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ אֲפִילּוּ כִּמְלֹא נִימָא.

...et de ce qui est à toi on te donnera. Nul homme ne touche à ce qui est préparé pour son prochain, et aucune royauté n'empiète sur sa compagne, fût-ce de l'épaisseur d'un cheveu.

📜 Rachi (2)
וּמִשֶּׁלְּךָ יִתְּנוּ לְךָ כְּלוֹמַר לֹא מִשֶּׁלָּהֶם הוּא מַתָּנָה אֶלָּא מְזוֹנוֹת קְצוּבִים לְךָ מִן הַשָּׁמַיִם:
<i>Et de ce qui est à toi on te donnera</i> -- c'est-à-dire : ce n'est pas de leur bien à eux que vient le don, mais ce sont des subsistances qui te sont allouées depuis le Ciel.
וְאֵין מַלְכוּת נוֹגַעַת בַּחֲבֶרְתָּהּ מִשֶּׁהִגִּיעַ זְמַן הַמַּלְכוּת לִיפֹּול וְתַעֲמוֹד אַחֶרֶת לֹא יְאַחֵר זְמַן כִּמְלֹא נִימָא אֶלָּא מִי שֶׁזְּמַנָּהּ לִיפֹּול בַּלַּיְלָה נוֹפֶלֶת בַּלַּיְלָה שֶׁנֶּאֱמַר (דָּנִיֵּאל ה׳:ל׳) בֵּיהּ בְּלֵילְיָא אִיתְקְטֵל בֵּלְשַׁצַּר וְשֶׁזְּמַנָּהּ בַּיּוֹם נוֹפֶלֶת בַּיּוֹם שֶׁנֶּאֱמַר (יְחֶזְקֵאל ל׳:י״ח) וּבִתְחַפְנְחֵס חֹשֶׁךְ הַיּוֹם:
<i>Et aucune royauté n'empiète sur sa compagne</i> -- dès lors qu'est venu le temps pour une royauté de tomber et pour une autre de se dresser, le terme n'est pas retardé de l'épaisseur d'un cheveu : celle dont le temps est de tomber la nuit tombe la nuit, ainsi qu'il est dit <i>cette nuit-là même Belchatsar fut tué</i> (Daniel 5,30) ; et celle dont le temps est de tomber le jour tombe le jour, ainsi qu'il est dit <i>et à Tahpanhes le jour s'obscurcit</i> (Ye'hezkel 30,18).
💡 Explication

Le folio s'ouvre sur la fin de la maxime de ben Azzai commencée en 38a : par ton nom on t'appellera, à ta place on te fera asseoir, et de ce qui est à toi on te donnera. La guemara en tire deux corollaires de même forme, à deux échelles différentes.

Le premier est individuel : ce que Beit Garmou et Beit Avtinas avaient perdu en refusant de servir leur a été rendu au double, car ein adam nogea be-moukhan le-havero -- la part assignée d'en haut ne peut être captée par un autre. Le second est politique : ein malkhout nogaat ba-haverta, une royauté ne mord pas sur le temps de l'autre, même pas de l'épaisseur d'un cheveu (ke-mélo nima). Rachi durcit encore la formule : ce n'est pas seulement le jour qui est fixé, c'est l'heure, et il le prouve par deux versets où l'un des empires tombe de nuit et l'autre en plein jour.

🖼️ Schéma
Un seul principe, deux échelles Ce qui est assigné d'en haut est intouchable -- pour un homme comme pour un empire. Échelle de l'individu Ein adam nogea be-moukhan le-havero Nul ne touche à ce qui est préparé pour autrui. Rachi : ce n'est pas de leur bien que vient le don -- ce sont des subsistances allouées depuis le Ciel. Illustration : Beit Avtinas revient au double salaire. Échelle des royaumes Ein malkhout nogaat ba-haverta Pas même de l'épaisseur d'un cheveu. Tombée de nuit : Belchatsar, cette nuit-là même il fut tué (Daniel 5,30) Tombée de jour : Tahpanhes, et à Tahpanhes le jour s'obscurcit (Ye'hezkel 30,18)
Une seule loi de la mesure assignée, appliquée à l'homme et à l'empire.
2
הֻוגְרַס בֶּן לֵוִי וְכוּ׳. תַּנְיָא: כְּשֶׁהוּא נוֹתֵן קוֹלוֹ בִּנְעִימָה, מַכְנִיס גּוּדָלוֹ לְתוֹךְ פִּיו, וּמַנִּיחַ אֶצְבָּעוֹ בֵּין הַנִּימִין, עַד שֶׁהָיוּ אֶחָיו הַכֹּהֲנִים נִזְקָרִים בְּבַת רֹאשׁ לַאֲחוֹרֵיהֶם.

<i>Hougras ben Levi, etc.</i> Il a été enseigné : lorsqu'il donnait de la voix en une mélodie, il introduisait son pouce dans sa bouche et plaçait son doigt entre les nimin, au point que ses frères les kohanim étaient rejetés d'un coup, tête la première, en arrière.

📜 Rachi (2)
לְבֵין הַנִּימִין בֵּין חֲלִיקַת נִימַת הַשָּׂפָה נֶגֶד מְחִיצַּת הַחֹוטֶם:
<i>Entre les nimin</i> -- entre le lisse du fil de la lèvre, face à la cloison du nez.
נִזְקָרִים בְּבַת רֹאשׁ נִרְתָּעִין מֵהַכְרָעַת הַקּוֹל:
<i>Rejetés d'un coup, tête la première</i> -- ils reculaient d'effroi devant l'inflexion de la voix.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַנִּיחַ גָּודְלוֹ לְתוֹךְ פִּיו, וּמַנִּיחַ אֶצְבָּעוֹ בֵּין הַנִּימִין. נִרְאֶה לִי בס"ד רֶמֶז בָּזֶה כִּי יָדוּעַ שֶׁהַגּוּדָל רוֹמֵז לְיִשְׂרָאֵל וּשְׁאָר אֶצְבָּעוֹת לִשְׁאָר אֻומּוֹת, וְלָכֵן הַגּוּדָל נִבְדָּל דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר כג, ט) 'הֶן עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשֵּׁב' וְלָזֶה הַגּוּדָל הָרוֹמֵז לְיִשְׂרָאֵל מַנִּיחַ לְתוֹךְ פִּיו לִרְמֹוז שֶׁיִּשְׂרָאֵל הֵם בַּעֲלֵי הַבַּיִת וּשְׁאָר אֻומּוֹת מִבַּחוּץ הֵם עוֹמְדִין, וּמַנִּיחַ אֶצְבַּע הַסְּמוּכָה לְגֹודֶל שֶׁהִיא גְּבוּרָה בֵּין הַנִּימִין רוֹצֶה לוֹמַר בְּאֶמְצַע הַשָּׂפָה כִּי אוֹתִיּוֹת שֶׁל הַשָּׂפָה הֵם בומ"ף וְאֶמְצַע בומ"ף מ"ו שֶׁהוּא מִלּוּי ע"ב שֶׁבּוֹ תִּתְמַתֵּק הַגְּבוּרָה עַל יְדֵי אֲמִירַת הַשִּׁיר.
<i>Il place son pouce dans sa bouche et place son doigt entre les nimin.</i> Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, qu'il y a là une allusion (<b>remez</b>) : on sait que le pouce fait allusion à Israël et les autres doigts aux autres nations, et c'est pourquoi le pouce se tient à part, selon ce qui est écrit <i>voici un peuple qui demeure à part et ne se compte pas parmi les nations</i> (Bamidbar 23,9). Aussi le pouce, qui fait allusion à Israël, il le place à l'intérieur de sa bouche, pour faire allusion au fait qu'Israël sont les maîtres de maison tandis que les autres nations se tiennent au dehors. Et il place le doigt voisin du pouce -- qui est <b>guevoura</b> (la rigueur) -- entre les nimin, c'est-à-dire au milieu de la lèvre : car les lettres de la lèvre (les labiales) sont beit-vav-mem-pe (<i>boumaf</i>), et le milieu de <i>boumaf</i> est mem-vav, qui est le <b>miluï</b> (le remplissage) du Nom de 72, par lequel la guevoura est adoucie au moyen du chant.
💡 Explication

La michna avait rangé Hougras ben Levi parmi ceux que l'on blâme : il connaissait un secret dans l'art du chant (perek be-chir) et ne voulut pas l'enseigner. La baraita décrit enfin le procédé : le pouce dans la bouche et le doigt bein ha-nimin. Le mot nimin désigne ordinairement des cordes d'instrument, mais Rachi l'entend ici du corps même du chanteur -- le fil de la lèvre, face à la cloison nasale : une technique de résonance, non d'instrument.

L'effet est décrit par une expression rare : nizkarim be-vat roch, littéralement projetés d'un coup, tête la première, en arrière. Rachi glose nirtaim, ils reculaient d'effroi : le son était si puissant que les kohanim eux-mêmes en étaient rejetés.

3
תָּנוּ רַבָּנַן: בֶּן קַמְצָר לֹא רָצָה לְלַמֵּד עַל מַעֲשֵׂה הַכְּתָב. אָמְרוּ עָלָיו שֶׁהָיָה נוֹטֵל אַרְבָּעָה קוּלְמוֹסִין בֵּין אֶצְבְּעוֹתָיו, וְאִם הָיְתָה תֵּיבָה שֶׁל אַרְבַּע אוֹתִיּוֹת הָיָה כּוֹתְבָהּ בְּבַת אַחַת. אָמְרוּ לוֹ: מֶה רָאִיתָ שֶׁלֹּא לְלַמֵּד? כֻּולָּן מָצְאוּ תְּשׁוּבָה לְדִבְרֵיהֶם, בֶּן קַמְצָר לֹא מָצָא תְּשׁוּבָה לִדְבָרָיו. עַל הָרִאשׁוֹנִים נֶאֱמַר: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, וְעַל בֶּן קַמְצָר וַחֲבֵירָיו נֶאֱמַר: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״.

Nos maîtres ont enseigné : ben Kamtsar ne voulut pas enseigner l'art de l'écriture. On disait de lui qu'il prenait quatre calames entre ses doigts, et si le mot comptait quatre lettres, il l'écrivait d'un seul coup.

On lui dit : qu'as-tu vu, pour ne pas enseigner ? Tous trouvèrent une réponse à leurs propos ; ben Kamtsar ne trouva pas de réponse à ses propos.

Sur les premiers il est dit : <i>le souvenir du juste est en bénédiction</i>, et sur ben Kamtsar et ses pareils il est dit : <i>mais le nom des méchants pourrira</i> (Michlei 10,7).

🪔 Ben Yehoyada (1)
שֶׁהָיָה נוֹטֵל אַרְבָּעָה קוּלְמוֹסִין. הִנֵּה הָרַב מְקוֹם שְׁמוּאֵל זַ"ל בְּשַׁעַר הַתֵּירוּצִים דַּף מ"ב כָּתַב, נִרְאֶה שֶׁהוּא דָּבָר שֶׁאִי אֶפְשָׁר שֶׁהֲרֵי הָיָה צָרִיךְ לְהַפְסִיק בִּנְקֻודָּה שֶׁבְּתוֹךְ שְׁנֵי ההי"ן שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְכוֹתְבָם כְּאֶחָד וְהוּא עָשָׂה מְצִיאוּת דְּחוּקָה! וְנִרְאֶה לִי דְּאֶפְשָׁר שֶׁיַּעֲשֶׂה הַקֻּולְמוֹס מְחֻובָּר מִן ג' חֲתִיכוֹת כְּמִידַּת גַּג הַהֵ"א וּשְׁתֵּי רַגְלַיִם הָאֲרֻוכָּה וְהַקְּצָרָה וִיחַבְּרֵם בְּיַחַד בְּחָכְמָה שֶׁיִּהְיוּ מְסֻודָּרִים אַחַת לְמַעְלָה וְאַחַת יוֹרֶדֶת תַּחְתֶּיהָ מִן הַצַּד כְּנֶגֶד רֶגֶל הַגְּדוֹלָה וְאַחַת כְּנֶגְדָּהּ נֶגֶד רֶגֶל הַקְּצָרָה שֶׁיּוֹרֶדֶת מְעַט יוֹתֵר וְכָל קֻולְמוֹסִים אֵלּוּ עוֹשֶׂה אוֹתָם מִבַּרְזֶל (וְעַיֵּין גו"ר אֹורַח חַיִּים כְּלָל ב' סִימָן יוֹ"ד וי"א שֶׁהֵבִיא דִּבְרֵי הָרַב מַצַּת שִׁמּוּרִים זַ"ל וּמַה שֶׁכָּתַב הוּא עַל דְּבָרָיו יְעֻויַּן שָׁם . וְעַייֵּן לְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר מַאַמְרֵי רַשְׁבִּ"י פָּרָשַׁת וַיִּקְרָא יְעֻויַּן שָׁם) .
<i>Qu'il prenait quatre calames.</i> Voici : le Rav <i>Mekom Chemouel</i>, de mémoire bénie, dans le <i>Chaar ha-terutsim</i> page 42, a écrit qu'il semble que ce soit chose impossible, car il faudrait bien interrompre au blanc qui se trouve à l'intérieur des deux <i>hé</i>, qu'il est impossible d'écrire d'un seul trait -- et il a proposé là une solution forcée. Or il m'apparaît qu'il est possible de fabriquer le calame en l'assemblant à partir de trois pièces, à la mesure du toit du <i>hé</i> et de ses deux jambes, la longue et la courte, et de les réunir avec art de façon qu'elles soient disposées l'une au-dessus, une autre descendant sous elle sur le côté face à la grande jambe, et une troisième en face d'elle face à la jambe courte, qui descend un peu plus bas ; et tous ces calames, on les fait en fer. (Vois le <i>Guinat veradim</i>, Orah 'Hayim, règle 2, simanim 10 et 11, qui rapporte les propos du Rav <i>Matsat chemourim</i>, de mémoire bénie, et ce qu'il écrit à leur sujet, vois-y. Et vois notre maître le Ari, de mémoire bénie, dans le <i>Chaar maamarei Rachbi</i>, parachat Vayikra, vois-y.)
💡 Explication

Le folio précédent avait accordé aux familles Garmou et Avtinas une excuse recevable : le Temple était promis à la ruine, et un homme indigne aurait emporté leur savoir vers l'idolâtrie. Ici la guemara pose le contraste décisif : koulan matsou techouva le-divreihem -- tous trouvèrent une réponse à leurs propos -- ben Kamtsar lo matsa techouva le-divrav.

Le blâme ne porte donc pas sur le fait d'avoir gardé un secret, mais sur l'absence de motif avouable. Une fois l'excuse religieuse écartée, il ne reste que l'honneur personnel. Le verdict prend la forme d'un partage du même verset de Michlei 10,7 : sa première moitié pour les premiers, sa seconde pour ben Kamtsar.

4
מַאי ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: רַקְבִּיבוּת תַּעֲלֶה בִּשְׁמוֹתָן, דְּלָא מַסְּקִינַן בִּשְׁמַייְהוּ. מֵתִיב רָבִינָא. מַעֲשֶׂה בְּדוֹאֵג בֶּן יוֹסֵף, שֶׁהִנִּיחוֹ [אָבִיו] בֶּן קָטָן לְאִמּוֹ. בְּכָל יוֹם הָיְתָה אִמּוֹ מוֹדַדְתּוֹ בִּטְפָחִים וְנוֹתֶנֶת מִשְׁקָלוֹ שֶׁל זָהָב לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ, וּכְשֶׁגָּבַר אוֹיֵב טְבָחַתּוּ וַאֲכָלַתּוּ.

Que signifie <i>et le nom des méchants pourrira</i> ? Rabbi Elazar dit : la pourriture montera sur leurs noms -- car on ne monte pas leurs noms (on n'en nomme pas les enfants).

Ravina objecte : il arriva que Doeg ben Yossef, que [son père] laissa jeune enfant à sa mère -- chaque jour sa mère le mesurait en tefahim (palmes) et donnait le poids correspondant en or au Temple ; et lorsque l'ennemi l'emporta, elle l'égorgea et le mangea.

📜 Rachi (3)
רַקְבִּיבוּת רדולי"א חֲלוּדָה כִּכְלִי בַּרְזֶל שֶׁאֵין מִשְׁתַּמְּשִׁין בּוֹ:
<i>Pourriture</i> -- <i>rodolia</i> (en langue vulgaire) : la rouille, comme un ustensile de fer dont on ne se sert pas.
דְּלָא מַסְּקִי בִּשְׁמַיְיהוּ לֹא יִקְרָא אָדָם לִבְנוֹ שֵׁם אָדָם רָשָׁע:
<i>Qu'on ne monte pas leurs noms</i> -- qu'un homme n'appelle pas son fils du nom d'un homme méchant.
מוֹדַדְתּוֹ בִּטְפָחִים לֵידַע כַּמָּה נוֹסַף בּוֹ מִיּוֹם לְיוֹם וְנוֹתֶנֶת הַמִּשְׁקָל אֹומֶד הַתּוֹסֶפֶת:
<i>Elle le mesurait en tefahim</i> -- pour savoir de combien il avait grandi d'un jour à l'autre, et elle donnait le poids selon l'estimation de ce surcroît.
🗂️ Tossefot (1)
דְּלָא מַסְּקִי בִּשְׁמַיְיהוּ בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּכְתֻובּוֹת (דַּף קד:) גַּבֵּי שְׁנֵי דַּיָּינֵי גְּזֵירוֹת אַדְמוֹן וְחָנָן בֶּן אֲבִישָׁלוֹם גָּרֵיס ר"ת אֲבִישָׁלוֹם מִשּׁוּם דְּאָמַר ר"מ בְּחֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף קג:) אַבְשָׁלוֹם אֵין לוֹ חֵלֶק לעוה"ב וְאַשְׁכְּחַן שֵׁם אָדָם אֲבִישָׁלוֹם כְּדִכְתִיב (אָבִיהָ) בַּת אֲבִישָׁלוֹם וְכֵן בפ"ק דְּשַׁבָּת (דַּף יב:) גָּרְסִי' הִלֵּל וְשֶׁכַּנָּא דְּשֶׁבְנָא רָשָׁע הָיָה וי"מ דִּתְרֵי שֶׁבְנָא הָווּ כְּדִכְתִיב בִּישַׁעְיָה (כב) לֶךְ בֹּוא אֶל הַסֹּוכֵן הַזֶּה אֶל שֶׁבְנָא אֲשֶׁר עַל הַבָּיִת וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ מַה לְךָ פֹּה וְגוֹ' מַשְׁמַע שֶׁהָיָה רָשָׁע וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ וַיְהִי כִּשְׁמֹועַ הַמֶּלֶךְ חִזְקִיָּהוּ וַיִּקְרַע וְגוֹ' עַד וְאֵת שֶׁבְנָא הַסּוֹפֵר וְאֵת הַזְּקֵנִים מִתְכַּסִּים בְּשַׂקִּים אַלְמָא אַחֵר הוּא וְכֵיוָן דְּאֶחָד הָיָה צַדִּיק מַסְּקִינַן בִּשְׁמֵיהּ מִיהוּ נִרְאֶה דְּהַכֹּל אֶחָד דְּעַל כָּרְחֲךָ הַהוּא שֶׁבְנָא בָּתְרָא שֶׁנִּתְכַּסָּה בְּשַׂק כְּשֶׁחֵירֵף רַבְשָׁקֶה בְּמַעֲשֶׂה דְּסַנְחֵרִיב רָשָׁע הֲוָה כִּדְמַשְׁמַע בְּפֶרֶק זֶה בּוֹרֵר (סַנְהֶדְרִין כו) אֲבָל אֵין מֻוקְדָּם וּמְאֻוחָר בַּתּוֹרָה וְאַף ע"ג דְּהָכָא קָרֵי לֵיהּ סוֹפֵר וְהָכָא עַל הַבַּיִת עַל כָּרְחָךְ הַכֹּל אֶחָד כִּדְפָרֵישִׁית:
<i>Qu'on ne monte pas leurs noms</i> -- Au dernier chapitre de Ketoubot (104b), à propos des deux juges de décrets, Admon et Hanan ben Avichalom, Rabbenou Tam lit <i>Avichalom</i>, parce que Rabbi Meir a dit dans <i>Helek</i> (Sanhédrin 103b) qu'Avchalom n'a pas de part au monde à venir -- et nous trouvons pourtant Avichalom comme nom d'homme, ainsi qu'il est écrit <i>(Avia) fille d'Avichalom</i>. De même, au premier chapitre de Chabbat (12b), nous lisons <i>Hillel et Chakhna</i>, car Chevna était un méchant. Certains expliquent qu'il y eut deux Chevna, ainsi qu'il est écrit dans Yechayahou (22) : <i>va, viens vers cet intendant, vers Chevna qui est préposé à la maison</i>, et il est écrit ensuite <i>que possèdes-tu ici, etc.</i>, ce qui indique qu'il était méchant ; puis il est écrit <i>et il advint, lorsque le roi Hizkiyahou entendit, qu'il déchira, etc.</i>, jusqu'à <i>et Chevna le scribe et les anciens, couverts de sacs</i> -- il s'agirait donc d'un autre, et puisque l'un était juste, on monte bien son nom. Toutefois il semble que ce soit un seul et même homme : car par force ce dernier Chevna, qui se couvrit d'un sac lorsque Ravchake blasphéma lors de l'affaire de Sanheriv, était un méchant, comme il ressort du chapitre <i>Zé borer</i> (Sanhédrin 26) ; mais il n'y a pas d'antériorité ni de postériorité dans la Tora. Et bien qu'ici il soit appelé <i>scribe</i> et là <i>préposé à la maison</i>, il faut par force que ce soit un seul et même homme, comme je l'ai expliqué.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַקְבּוּבִית תַּעֲלֶה בִּשְׁמוֹתֵיהֶם. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב עַרְבֵי נַחַל דְּשֶׁפַע הַצִּמְצוּם יָבֹא מִן אוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט שֶׁל שֵׁם הָאָדָם, וְהַבְּרָכָה תָּבֹא מִן הַמִּלּוּי וְכָל מַה שֶּׁיִּהְיֶה מִלּוּי יוֹתֵר דְּהַיְינוּ מִילּוּי הַמִּלּוּי וְעוֹד וְעוֹד תִּתְרַבֶּה הַבְּרָכָה, עַייֵּן שָׁם. וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ 'רַקְבּוּבִית תַּעֲלֶה בִּשְׁמוֹתֵיהֶם' שֶׁלֹּא יִהְיֶה מִילּוּי לָאוֹתִיּוֹת הַפָּשׁוּט שֶׁבִּשְׁמוֹתָם.
<i>La pourriture montera sur leurs noms.</i> Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit le Rav <i>Arvei nahal</i> : le flux du <b>tsimtsoum</b> (la contraction) vient des lettres simples du nom de l'homme, tandis que la bénédiction vient du <b>miluï</b> (le remplissage des lettres) ; et plus il y a de miluï -- c'est-à-dire le miluï du miluï, et encore, et encore -- plus la bénédiction se multiplie ; vois-y. C'est ce qu'ils ont dit : <i>la pourriture montera sur leurs noms</i> -- qu'il n'y ait pas de miluï aux lettres simples de leurs noms.
💡 Explication

Comment un nom peut-il pourrir ? Rabbi Elazar donne un sens opératoire : la pourriture est l'oubli social du nom, parce que de-lo maskinan bi-chmayhou -- on cesse d'en nommer les nouveaux-nés. Rachi rend le mot rakvivout par la rouille d'un outil de fer qu'on n'utilise plus : ce qui ne circule plus se corrode.

Ravina attaque la règle par un fait : un enfant du Second Temple portait bel et bien le nom de Doeg, celui de Doeg l'Edomite, un méchant notoire (Chemouel I 22). Le récit qui suit -- la mère qui pèse son fils en or pour le Temple, puis le dévore pendant la famine du siège -- est l'un des plus terribles du Talmud, et il sert ici de pièce à conviction dans les deux sens.

5
וְעָלֶיהָ קוֹנֵן יִרְמְיָה: ״אִם תֹּאכַלְנָה נָשִׁים פִּרְיָם עֹולֲלֵי טִפֻּוחִים״, מְשִׁיבָה רוּחַ הַקֹּדֶשׁ וְאוֹמֶרֶת: ״אִם יֵהָרֵג בְּמִקְדַּשׁ ה׳ כֹּהֵן וְנָבִיא״, חֲזִי מַאי סְלֵיק בֵּיהּ.

Et c'est sur elle que Yirmeyahou fit cette lamentation : <i>des femmes mangeront-elles leur fruit, les enfants qu'elles ont choyés (tipouhim)</i> ? L'Esprit saint répond et dit : <i>sera-t-il tué dans le sanctuaire de Hachem, kohen et prophète</i> ?

(Eikha 2,20). -- Regarde ce qu'il advint de lui !

📜 Rachi (2)
כֹּהֵן וְנָבִיא זְכַרְיָה בֶּן יְהוֹיָדָע הַכֹּהֵן אַלְמָא מַסְּקִינַן בִּשְׁמַייְהוּ דְּהָא דּוֹאֵג הָאֲדוֹמִי רָשָׁע הָיָה וְזֶה קָרְאוּ לְתִינוֹק בִּשְׁמוֹ:
<i>Kohen et prophète</i> -- Zekharia ben Yehoyada le kohen. Il en ressortirait donc que l'on monte bien leurs noms, puisque Doeg l'Edomite était un méchant et que celui-ci a appelé son enfant de son nom.
חָזֵי מַאי דְּסָלֵיק בֵּיהּ רָאָה מֶה עָלְתָה בֵּיהּ שֶׁנִּשְׁחַט:
<i>Regarde ce qu'il advint de lui</i> -- vois ce qui lui est arrivé : il fut égorgé.
💡 Explication

Le verset d'Eikha est lu comme un dialogue. Yirmeyahou proteste au nom des mères : tipouhim, les enfants choyés -- lu ici comme tefahim, les palmes, l'enfant que sa mère mesurait chaque jour. L'Esprit saint répond par la seconde moitié du même verset : si cela est arrivé, c'est en réponse au meurtre de Zekharia ben Yehoyada, kohen et prophète tué dans le Temple même (Divrei ha-yamim II 24).

Puis vient la réponse à l'objection de Ravina. Le fait n'est pas nié : on a bien nommé cet enfant Doeg. Mais hazi mai salik beih -- regarde comment il a fini. Le nom du méchant n'a pas été réhabilité par cet usage : il a fonctionne comme un mauvais présage, ce qui confirme la règle au lieu de l'infirmer. Rachi souligne le détail cruel : il fut égorgé, comme Doeg avait égorgé les kohanim de Nov.

🖼️ Schéma
L'objection de Ravina et sa réfutation La règle de R. Elazar De-lo maskinan bi-chmayhou : on ne donne pas à un enfant le nom d'un méchant. Kouchia : Doeg ben Yossef Un enfant du Second Temple porte le nom de Doeg l'Edomite, un méchant avéré. Terouts Hazi mai salik beih : regarde ce qu'il advint de cet enfant-là. Le nom n'est pas réfuté -- il est confirmé comme mauvais présage La mère mesurait l'enfant en tefahim et donnait son poids en or au Temple ; quand l'ennemi l'emporta, elle l'égorgea et le mangea. Yirmeyahou : des femmes mangeront-elles leur fruit, les enfants qu'elles ont choyés (tipouhim) ? -- l'enfant mesuré en tefahim. Réponse de l'Esprit saint : sera-t-il tué dans le sanctuaire de Hachem, kohen et prophète ? -- le meurtre de Zekharia ben Yehoyada.
Kouchia et terouts : le cas de Doeg ben Yossef ne réfute pas la règle, il l'illustre à rebours.
6
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: צַדִּיק מֵעַצְמוֹ, וְרָשָׁע מֵחֲבֵירוֹ. צַדִּיק מֵעַצְמוֹ, דִּכְתִיב: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״, וְרָשָׁע מֵחֲבֵירוֹ, דִּכְתִיב: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״.

Rabbi Elazar dit : le juste, par lui-même ; le méchant, par son compagnon. Le juste par lui-même, car il est écrit <i>le souvenir du juste est en bénédiction</i> ; et le méchant par son compagnon, car il est écrit <i>et le nom des méchants pourrira</i>.

📜 Rachi (2)
צַדִּיק מֵעַצְמוֹ ע"י מַעֲשָׂיו נִזְכַּר לְטוֹבָה:
<i>Le juste par lui-même</i> -- c'est par ses actes qu'il est mentionné en bien.
רָשָׁע אַף ע"י חֲבֵירוֹ נִזְכַּר לְרָעָה:
<i>Le méchant, même par son compagnon</i> -- il est mentionné en mal.
🪔 Ben Yehoyada (1)
צַדִּיק מֵעַצְמוֹ וְרָשָׁע מֵחֲבֵרוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַצַּדִּיק אַף עַל פִּי שֶׁנּוֹטֵל חֵלֶק חֲבֵירוֹ בְּגַן עֵדֶן עִם כָּל זֶה אֵין דַּרְכּוֹ לֵהָנוֹת מִשֶּׁל אֲחֵרִים אֶלָּא אַחַר שֶׁיָּשׁוּב חֲבֵירוֹ בִּתְשׁוּבָה מַחֲזִיר לוֹ חֶלְקוֹ, אֲבָל רָשָׁע שֶׁלּוֹקֵחַ חֵלֶק חֲבֵירוֹ בְּגֵיהִנָּם זֶה וַדַּאי יִהְיֶה נִכְוֶה וְלוֹקֶה מֵחֵלֶק חֲבֵירוֹ שֶׁבַּגֵּיהִנָּם. אוֹ יוּבַן הַזְּכוּת יֵשׁ לָהּ קֶרֶן וְיֵשׁ לָהּ פֵּירוֹת, אֲבָל עֲבֵירָה יֵשׁ לָהּ קֶרֶן וְאֵין לָהּ פֵּירוֹת, אַךְ עִם כָּל זֶה הָרָשָׁע יִהְיֶה נוֹסָף לוֹ עַל קֶרֶן שֶׁלּוֹ מִכֹּחַ עוֹנוֹת אֲחֵרִים שֶׁהָיָה הוּא נִדְמֶה לָהֶם שֶׁיֶּחֶטְאוּ. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר צַדִּיק נוֹסָף וּמִתְבָּרֵךְ מֵעַצְמוֹ, כִּי הַמִּצְוָה יֵשׁ לָהּ קֶרֶן וְיֵשׁ לָהּ פֵּירוֹת, אַךְ הָרָשָׁע מִן עוֹנוֹת עַצְמוֹ מַמָּשׁ אֵין לוֹ תּוֹסֶפֶת דַּעֲבֵירָה אֵין לָהּ פֵּירוֹת, אַךְ יִהְיֶה לוֹ תּוֹסֶפֶת עֹונֶשׁ מֵחֲבֵירוֹ שֶׁהוּא הָיָה לוֹ גְּרָמָא לַחֲטוֹא. אוֹ יוּבַן בס"ד הַצַּדִּיק תְּחִילָּה לוֹקֵחַ נֶפֶשׁ שֶׁיֵּשׁ לָהּ ד' חֲלָקִים שֶׁל טוֹב, דְּהַיְינוּ טוֹב בְּמַעֲשֶׂה טוֹב בְּדִיבּוּר טוֹב בְּכַוָּנָה טוֹב בְּמַחְשָׁבָה, הֲרֵי ד' פְּעָמִים 'טוֹב' כְּמִנְיַן 'חַיִּים' וּכְמִנְיַן 'חָכָם' [טוֹב 17 ×4= חַיִּים, חָכָם =68] שֶׁהוּא נִקְרָא חָכָם וְנִקְרָא חַי וְאַחַר כָּךְ זוֹכֶה לִיקַּח רוּחַ וְגַם בּוֹ עוֹשֶׂה ד' פְּעָמִים טוֹב כָּאָמוּר, הֲרֵי נַעֲשָׂה אֶצְלוֹ ח' פְּעָמִים טוֹב, וְאַחַר כָּךְ לוֹקֵחַ חֵלֶק הַנְּשָׁמָה, וְגַם בָּהּ יִהְיֶה לוֹ ד' פְּעָמִים טוֹב הֲרֵי נַעֲשָׂה אֶצְלוֹ י"ב פְּעָמִים טוֹב שֶׁהֵם מִסְפַּר 'צַדִּיק' [17×12=צַדִּיק 204] וְאָז לָקַח תֹּואַר צַדִּיק בִּשְׁלֵימוּת שֶׁנַּעֲשָׂה צַדִּיק אֲמִיתִּי. וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ צַדִּיק מֵעַצְמוֹ שֶׁעַל יְדֵי שְׁלֵימוֹת מַעֲשָׂיו בנר"ן [נֶפֶשׁ, רוּחַ, נְשָׁמָה] זָכָה לְשֵׁם צַדִּיק בֶּאֱמֶת, אַךְ הָרָשָׁע לָקַח תֹּואַר רָשָׁע מֵחֲבֵרוֹ כִּי עַל יְדֵי שֶׁנַּעֲשָׂה 'חָבֵר לְאִישׁ מַשְׁחִית' (מִשְׁלֵי כח, כד) הוּא יֵצֶר רַע לְכָךְ נִקְרָא 'רָשָׁע' [570] שֶׁהוּא מְסַפֵּר 'יֵצֶר רָע' [570] , וְלָכֵן אוֹתִיּוֹת הַמְחֻובָּרִים לְאוֹתִיּוֹת רָשָׁע בְּאַלְפָא בֵּיתָא הֵם אוֹתִיּוֹת 'שֻׁתָּף' רֶמֶז שֶׁתֹּואַר רָשָׁע יָבֹא לְאָדָם מִן שֻׁתָּף שֶׁלּוֹ שֶׁהוּא יִהְיֶה 'חָבֵר לְאִישׁ מַשְׁחִית' וּבֶאֱמֶת 'אוֹי לָרָשָׁע אוֹי לִשְׁכֵינוֹ' (סֻוכָּה נו:) כִּי גַּם הַשֻּׁתָּף שֶׁלּוֹ יָבֹא לְחֶשְׁבּוֹן לִפְנֵי הקב"ה לֶעָתִיד.
<i>Le juste par lui-même, et le méchant par son compagnon.</i> Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel : le juste, bien qu'il reçoive la part de son compagnon au Gan Éden, n'a pourtant pas coutume de jouir du bien d'autrui -- dès que son compagnon fait techouva, il lui rend sa part. Le méchant en revanche, qui prend la part de son compagnon dans le Guehinam, sera assurément brûlé et frappé par cette part-là. On peut aussi comprendre ainsi : le mérite a un capital (<b>keren</b>) et des fruits (<b>perot</b>), tandis que la faute a un capital et n'a pas de fruits ; malgré cela le méchant verra s'ajouter à son capital la force des fautes des autres, qui ont fauté parce qu'il leur servait de modèle. C'est ce qu'il dit : le juste s'ajoute et est béni par lui-même, car la mitsva a un capital et des fruits ; le méchant, de ses propres fautes, n'a pas d'accroissement, car la faute n'a pas de fruits -- mais il aura un surcroît de châtiment par son compagnon, à qui il a été cause de faute. On peut encore comprendre, avec l'aide du Ciel : le juste prend d'abord une <b>nefech</b> qui a quatre parts de bien -- bon dans l'acte, bon dans la parole, bon dans l'intention, bon dans la pensée : voilà quatre fois <i>tov</i>, ce qui fait le compte de <i>'hayim</i> et de <i>'hakham</i> [tov 17 x 4 = 'hayim = 'hakham = 68], et c'est pourquoi il est appelé 'hakham et appelé haï. Puis il mérite de recevoir le <b>roua'h</b>, et là aussi il fait quatre fois <i>tov</i> comme il a été dit : voilà huit fois <i>tov</i> chez lui. Puis il prend la part de la <b>nechama</b>, et là aussi il aura quatre fois <i>tov</i> : voilà douze fois <i>tov</i>, qui est le nombre de <i>tsadik</i> [17 x 12 = tsadik = 204], et alors il reçoit le titre de tsadik dans sa plénitude, devenu un juste véritable. C'est ce qu'ils ont dit : <i>le juste par lui-même</i> -- c'est par la plénitude de ses actes dans les <b>nara'n</b> [nefech, roua'h, nechama] qu'il a mérité en vérité le nom de juste. Mais le méchant reçoit le titre de racha par son compagnon : en devenant <i>compagnon d'un homme destructeur</i> (Michlei 28,24) -- c'est-à-dire du yetser hara -- il est appelé <i>racha</i> [570], qui est le nombre de <i>yetser ra</i> [570]. C'est pourquoi les lettres qui suivent celles de <i>racha</i> dans l'alphabet forment les lettres <i>chataf</i>, allusion au fait que le titre de racha vient à l'homme par son associé (<b>choutaf</b>), qui est <i>compagnon d'un homme destructeur</i>. Et en vérité, <i>malheur au méchant, malheur à son voisin</i> (Soucca 56b), car son associé aussi entrera en compte devant le Saint béni soit-Il dans l'avenir.
💡 Explication

Rabbi Elazar lit le nombre grammatical du verset. Tsadik y est au singulier, rechaim au pluriel : la bénédiction du juste tient à ses seuls actes, tandis que la flétrissure du méchant l'atteint aussi par ceux de ses pareils. Rachi résume : le juste est mentionné en bien par ses actes ; le méchant est mentionné en mal même par le fait de son compagnon.

L'idée prolonge exactement la sougya précédente : ben Kamtsar est condamné, mais le verset ajoute ve-haverav, et ses pareils -- la mauvaise réputation est contagieuse d'une façon que la bonne n'est pas.

7
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְהָהוּא מֵרַבָּנַן דַּהֲוָה מְסַדַּר אַגָּדָתָא קַמֵּיהּ: מְנַָא הָא מִילְּתָא דַאֲמוּר רַבָּנַן ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״? אֲמַר לֵיהּ, דְּהָא כְּתִיב: ״זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה״! מִדְּאוֹרַייְתָּא מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וַה׳ אָמָר הַמְכַסֶּה אֲנִי מֵאַבְרָהָם אֲשֶׁר אֲנִי עֹושֶׂה״, וּכְתִיב: ״וְאַבְרָהָם הָיוֹ יִהְיֶה לְגוֹי גָּדוֹל וְעָצוּם״.

Ravina dit à l'un des maîtres qui ordonnait l'aggada devant lui : d'où vient cette chose que les Sages ont dite, <i>le souvenir du juste est en bénédiction</i> ? Il lui dit : mais c'est écrit -- <i>le souvenir du juste est en bénédiction</i> ! -- De la Tora, d'où le tenons-nous ? -- Car il est écrit : <i>et Hachem dit : vais-je cacher à Avraham ce que je fais ?</i>, et il est écrit : <i>et Avraham sera assurément une nation grande et puissante</i> (Berechit 18,17-18).

📜 Rachi (1)
הַמְכַסֶּה אֲנִי מֵאַבְרָהָם וְכֵיוָן שֶׁהִזְכִּיר שְׁמוֹ בָּרְכוּ וּסְמִיךְ לֵיהּ וְאַבְרָהָם הָיוּ יִהְיֶה וְגוֹ':
<i>Vais-je cacher à Avraham</i> -- et puisqu'il a mentionné son nom, il l'a béni ; à quoi est joint <i>et Avraham sera assurément, etc.</i>
💡 Explication

Le personnage interrogé est un messader aggadeta : un récitant qui déroulait par cœur les passages aggadiques devant le maître. Ravina lui demande la source d'une formule devenue proverbiale. Sa première réponse est le verset explicite de Michlei ; Ravina la refuse et exige mi-deoraita, une racine dans le Houmach.

La preuve est structurelle plutôt que lexicale : dès que le nom d'Avraham est prononcé, le verset suivant enchaîne sur sa bénédiction, sans transition logique apparente. C'est cette contiguïté (semikhout) qui montre que mentionner un juste entraîne sa bénédiction.

8
מְנַָא הָא מִילְּתָא דַאֲמוּר רַבָּנַן ״שֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״? אֲמַר לֵיהּ, דְּהָא כְּתִיב: ״וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב״. מִדְּאוֹרַייְתָּא מְנָא לַן? דִּכְתִיב: ״וַיֶּאֱהַל עַד סְדוֹם״, וּכְתִיב: ״וְאַנְשֵׁי סְדֹום רָעִים וְחַטָּאִים לַה׳ מְאֹד״.

D'où vient cette chose que les Sages ont dite, <i>et le nom des méchants pourrira</i> ? Il lui dit : mais c'est écrit -- <i>et le nom des méchants pourrira</i> ! -- De la Tora, d'où le tenons-nous ? -- Car il est écrit <i>et il dressa sa tente jusqu'à Sedom</i>, et il est écrit <i>et les gens de Sedom étaient mauvais et pécheurs envers Hachem, à l'extrême</i> (Berechit 13,12-13).

📜 Rachi (1)
שָׁם רְשָׁעִים וְלָא כְּתִיב שֵׁם רָשָׁע:
<i>Le nom des méchants</i> -- et il n'est pas écrit <i>le nom du méchant</i>.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: הָא כְתִיב "וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב". הַדָּבָר יִפָּלֵא וַהֲלֹא בָּזֶה הָרֶגַע הִקְשָׁה לוֹ בַּחֲלֻוקָּה שֶׁל הַצַּדִּיק קֻושְׁיָא כָּזֹאת, וְהֵשִׁיב לוֹ כָּךְ אֲנִי שׁוֹאֵל: מִדְּאוֹרַיְתָּא מְנָא לַן? וְאֵיךְ חָזַר וְהִקְשָׁה לוֹ קֻושְׁיָא זוֹ בַּחֲלֻוקָּה שֶׁל רְשָׁעִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּחֲלֻוקָּה הָרִאשׁוֹנָה כְּשֶׁאָמַר לוֹ הַהוּא מֵרַבָּנָן וְהָא כְּתִיב 'זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה' כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר לוֹ לָמָּה אַתָּה מְייַחֵס דָּבָר זֶה לְרַבָּנָן וַהֲלֹא הוּא כָּתוּב בְּמִשְׁלֵי (מִשְׁלֵי י, ז) תִּשְׁאַל עַל הַכָּתוּב הַזֶּה שֶׁאָמַר שְׁלֹמֹה מִנַּיִן לוֹ רֶמֶז בַּתּוֹרָה וּכְשֶׁאָמַר לוֹ רַב הִמְנוּנָא 'מִדְּאוֹרַיְתָּא מְנָא לָן' הֵבִין הַהוּא מֵרַבָּנָן דְּהָכִי קָאָמַר לוֹ אִין הָכִי נָמֵי יָפֶה הִקְשֵׁיתָ עָלַי שֶׁאֵין רָאוּי לִתְלוֹת דָּבָר זֶה בְּרַבָּנָן אֶלָּא צָרִיךְ לִשְׁאֹל עַל פָּסוּק מִשֶּׁלִּי בְּעַצְמוֹ, וְעַתָּה תָּשִׁיב לִי עַל שְׁאֵלָה מִדְּאוֹרַיְתָּא מְנָא לַן? כָּךְ הֵבִין הַהוּא מֵרַבָּנָן בְּדִבְרֵי רַב הַמְנוּנָא. אַךְ רַב הַמְנוּנָא לֹא נִרְגָּשׁ עֲדַיִין בַּהֶעָרָה זוֹ שֶׁל הַהוּא מֵרַבָּנָן שֶׁבָּא לְהַקְשׁוֹת עָלָיו לָמָּה אַתָּה תּוֹלֶה דָּבָר זֶה בְּרַבָּנָן אֶלָּא חָשַׁב שֶׁבָּא לְהַרְאוֹת לוֹ מָקוֹם לְדָבָר זֶה בְּמִשְׁלֵי, וּלְכָךְ אָמַר לוֹ כָּךְ אֲנִי שׁוֹאֵל 'מִדְּאוֹרַיְתָּא מְנָא לַן?' וּכְשֶׁחָזַר רַב הַמְנוּנָא לִשְׁאוֹל עוֹד בַּחֲלֻוקָּה שֶׁל רְשָׁעִים, מְנַָא הָא מִלְּתָא דַאֲמוּר רַבָּנַן אָז הִרְגִּישׁ הַהוּא מֵרַבָּנָן שֶׁבְּאוֹתָהּ חֲלֻוקָּה לֹא הֵבִין רַב הַמְנוּנָא כַּוָּנָה שֶׁלּוֹ בְּמַה שֶׁאָמַר לוֹ, הָא כְתִיב 'זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה' אֶלָּא חָשַׁב שֶׁבָּא לְהַרְאוֹת לוֹ מָקוֹם בְּמִשְׁלֵי, וּלְכָךְ חָזַר עַתָּה וְאָמַר לוֹ פַּעַם אַחֶרֶת וְהָא כְּתִיב 'וְשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב' וְלָמָּה אַתָּה אוֹמֵר עוֹד הַפַּעַם מְנַָא הָא מִלְּתָא דַאֲמוּר רַבָּנַן? וְעַתָּה הִרְגִּישׁ רַב הַמְנוּנָא בְּכַוָּנַת הַהוּא מֵרַבָּנָן וְאָמַר לוֹ אִין הָכִי נָמֵי יָפֶה אָמַרְתָּ שֶׁאֵין רָאוּי לִתְלוֹת דְּבָרִים אֵלּוּ בְּרַבָּנָן אֶלָּא בְּמִשְׁלֵי וְהַשְׁתָּא תּוֹדִיעֵנִי מִדְּאוֹרַיְיתָּא מְנָא לֵיהּ?
<i>Il lui dit : mais il est écrit</i> ve-chem rechaim yirkav<i>.</i> La chose étonne : à l'instant même il lui avait opposé une objection semblable dans le volet du juste, et il lui avait répondu <i>c'est ainsi que je demande : de la Tora, d'où le tenons-nous ?</i> -- comment lui repose-t-il la même objection dans le volet des méchants ? Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que dans le premier volet, lorsque ce maître lui a dit <i>mais il est écrit : zekher tsadik li-vrakha</i>, son intention était de lui dire : pourquoi attribues-tu cette parole aux Sages, alors qu'elle est écrite dans Michlei (10,7) ? Demande plutôt, sur ce verset même que Chelomo a dit, d'où il tient son allusion dans la Tora. Et lorsque Rav Hamnouna lui a dit <i>mi-deoraita mena lan</i>, ce maître a compris qu'il lui disait : oui, en effet, tu as bien objecté, il ne convient pas d'attribuer cette parole aux Sages, mais il faut interroger le verset de Michlei lui-même -- et maintenant réponds-moi à la question <i>mi-deoraita mena lan</i>. Voilà comment ce maître a compris les propos de Rav Hamnouna. Mais Rav Hamnouna, lui, n'avait pas encore perçu cette remarque de son interlocuteur, qui venait lui reprocher d'attribuer cette parole aux Sages ; il avait cru qu'on venait simplement lui indiquer l'endroit de la chose dans Michlei, et c'est pourquoi il lui a dit <i>c'est ainsi que je demande : mi-deoraita mena lan</i>. Puis, lorsque Rav Hamnouna a reposé la même question dans le volet des méchants -- <i>mena ha milta de-amour rabanan</i> --, ce maître a compris que, dans le premier volet, Rav Hamnouna n'avait pas saisi son intention lorsqu'il lui avait dit <i>mais il est écrit : zekher tsadik li-vrakha</i>, et qu'il avait cru qu'on lui indiquait un endroit dans Michlei. C'est pourquoi il a répété une seconde fois <i>mais il est écrit : ve-chem rechaim yirkav</i> -- et pourquoi dis-tu encore <i>mena ha milta de-amour rabanan</i> ? Cette fois Rav Hamnouna a perçu son intention et lui a dit : oui, en effet, tu as bien parlé, il ne convient pas d'attribuer ces paroles aux Sages mais à Michlei -- et maintenant, fais-moi savoir d'où cela vient dans la Tora.
💡 Explication

Le second volet reproduit exactement le premier : question, verset de Michlei écarté, exigence de mi-deoraita, et preuve par contiguïté. Ici le nom de Sedom est à peine prononcé que le verset suivant la flétrit.

Rachi rattache à ce passage une remarque de lecture qui vaut pour toute la sougya : le verset écrit chem rechaim et non chem racha -- le pluriel est délibéré, c'est lui qui fonde la règle de Rabbi Elazar sur la contagion du blâme. Le Ben Ich Haï, lui, s'attache à une bizarrerie : pourquoi le récitant répète-t-il un échange dont il vient d'essuyer le refus ? Sa réponse fait du doublon un malentendu entre deux hommes qui ne parlaient pas de la même chose.

9
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: צַדִּיק דָּר בֵּין שְׁנֵי רְשָׁעִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם, רָשָׁע דָּר בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם. צַדִּיק דָּר בֵּין שְׁנֵי רְשָׁעִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם — עוֹבַדְיָה. רָשָׁע דָּר בֵּין שְׁנֵי צַדִּיקִים וְלֹא לָמַד מִמַּעֲשֵׂיהֶם — זֶה עָשׂוּ.

Rabbi Elazar dit : il y eut un juste qui habita entre deux méchants et n'apprit pas de leurs actes, et un méchant qui habita entre deux justes et n'apprit pas de leurs actes. Un juste qui habita entre deux méchants et n'apprit pas de leurs actes -- c'est Ovadya.

Un méchant qui habita entre deux justes et n'apprit pas de leurs actes -- c'est Essav.

📜 Rachi (1)
עוֹבַדְיָה הָיָה דָּר בֵּין אַחְאָב וְאִיזֶבֶל:
<i>Ovadya</i> -- il habitait entre Ahav et Izevel.
💡 Explication

Deux contre-exemples parfaitement symétriques, qui neutralisent le déterminisme de l'entourage. Ovadya était intendant du palais d'Ahav et d'Izevel, et il cacha pourtant cent prophètes dans une grotte (Melakhim I 18). Essav naquit et grandit chez Yitshak et Rivka, et resta méchant.

Le point n'est pas psychologique mais moral : le milieu explique beaucoup, il ne décide rien. C'est le pendant exact de la formule de Rabbi Elazar au segment précédent -- le compagnon peut ternir un nom, il ne peut pas fabriquer une conduite.

🖼️ Schéma
L'entourage ne décide pas : deux contre-exemples symétriques Ovadya un juste entre deux méchants Ahav Izevel Intendant du palais, et pourtant craignant Dieu Il n'a pas appris de leurs actes. Essav un méchant entre deux justes Yitshak Rivka Né et élevé dans la maison des Patriarches Il n'a pas appris de leurs actes.
Ovadya et Essav : la même phrase, retournée terme pour terme.
10
(אָמַר) רַבִּי אֶלְעָזָר: מִבִּרְכָתָן שֶׁל צַדִּיקִים אַתָּה לָמֵד קְלָלָה לָרְשָׁעִים, וּמִקִּלְלָתָן שֶׁל רְשָׁעִים אַתָּה לָמֵד בְּרָכָה לַצַּדִּיקִים. מִבִּרְכָתָן שֶׁל צַדִּיקִים אַתָּה לָמֵד קְלָלָה לָרְשָׁעִים, דִּכְתִיב: ״כִּי יְדַעְתִּיו לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה וְגוֹ׳״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וַיֹּאמֶר ה׳ זַעֲקַת סְדֹום וַעֲמֹורָה כִּי רָבָּה״.

Rabbi Elazar dit : de la bénédiction des justes tu apprends la malédiction des méchants, et de la malédiction des méchants tu apprends la bénédiction des justes. De la bénédiction des justes tu apprends la malédiction des méchants, car il est écrit <i>car je l'ai connu afin qu'il ordonne, etc.</i>, et il est écrit ensuite <i>et Hachem dit : le cri de Sedom et Amora, qu'il est grand</i> (Berechit 18,19-20).

📜 Rachi (1)
מִבִּרְכָתָן שֶׁל צַדִּיקִים כו' בְּמָקוֹם שהקב"ה מְבָרֵךְ אֶת הַצַּדִּיקִים שָׁם מְקַלֵּל אֶת הָרְשָׁעִים:
<i>De la bénédiction des justes, etc.</i> -- à l'endroit où le Saint béni soit-Il bénit les justes, là même il maudit les méchants.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִבִּרְכָתָן שֶׁל צַדִּיקִים אַתָּה לָמֵד קְלָלָה שֶׁל רְשָׁעִים. פֵּירוּשׁ מָצִינוּ כְּשֶׁבֵּירַךְ הקב"ה אֶת הַצַּדִּיק הוּא אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה בָּרְכוּ בִּשְׁבִיל שֶׁזָּכַר גַּם הַטּוֹב הַמַּגִּיעַ מִצַּד צִדְקָתוֹ לְבָנָיו דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית יח, יט) לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת בָּנָיו וְאֶת בֵּיתוֹ אַחֲרָיו וְכוּ' וְאִם כֵּן אַתָּה לָמֵד קִלְלַת הָרְשָׁעִים גַּם כֵּן תִּהְיֶה עַל דֶּרֶךְ זֶה שהקב"ה יִזְכֹּור מַה שֶׁגּוֹרְמִים בְּרִשְׁעָתָם רְשָׁעָה לִבְנֵיהֶם מִפְּנֵי שֶׁמַּעֲשֵׂה אָבוֹת יַעֲשׂוּ בָּנִים דְּעַל הָרֹוב מֵחֲמַת שֶׁהֵם רְשָׁעִים גַּם בְּנֵיהֶם יִהְיוּ רְשָׁעִים וְעַל יְדֵי כָּךְ יִתְחַייְּבוּ קְלָלָה יוֹתֵר בִּשְׁבִיל רִשְׁעַת בְּנֵיהֶם גַּם כֵּן. וְאָמַר עוֹד מִקִּלְלָתָן שֶׁל רְשָׁעִים אַתָּה לָמֵד בְּרָכָה שֶׁל צַדִּיקִים , הַכַּוָּנָה כִּי אָמַר (בְּרֵאשִׁית יג, יג) 'וְאַנְשֵׁי סְדֹם רָעִים וְחַטָּאִים' וְקָשֶׁה הֲלֹא רָעִים קָשִׁים מֵחֲטָאִים וְכֵיוָן דִּקְרָאָם רָעִים לְמַאי הֻוצְרַךְ לְקָרְאָם חֲטָאִים? אַךְ הַכַּוָּנָה שֶׁיֵּשׁ בִּסְדוֹם אֲנָשִׁים שֶׁהֵם רָעִים שֶׁיּוֹדְעִים וְכוֹפְרִים וְיֵשׁ שֶׁהֵם חֲטָאִים שֶׁעוֹשִׂים רִשְׁעָה מֵחֲמַת פְּתֵיאוֹת, אַךְ נֶעֶנְשׁוּ אֵלּוּ כְּמוֹ אֵלּוּ מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ מְחֻובָּרִים יַחַד. נִמְצָא הַהִתְחַבְּרוּת גָּרְמָה קְלָלָה רַבָּה לַחֲטָאִים כְּמוֹ הָרָעִים, וְאַתָּה לָמֵד שֶׁהַצַּדִּיק אֲשֶׁר יִפָּרֵד מִן הָרָשָׁע וְאֵינוֹ מִתְחַבֵּר עִמּוֹ רָאוּי לִבְרָכָה יוֹתֵר מִצַּד דָּבָר זֶה שֶׁל הִתְחַבְּרוּת שֶׁלֹּא נִתְחַבֵּר לָרָשָׁע, וְלָכֵן אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה זָכָה לִבְרָכָה חֲדָשָׁה אַחַר שֶׁנִּפְרַד מִן לוֹט. גַּם לָמַדְנוּ מִזֶּה כְּשֶׁמְּבָרֵךְ הַצַּדִּיקִים מְקַלֵּל הָרְשָׁעִים, כְּדֵי שֶׁעַל יְדֵי הַזְכָּרַת הָרְשָׁעִים יִגְדַּל עֵרֶךְ הַצַּדִּיקִים וְלֹא יְקַטְרְגוּ הַמְקַטְרְגִים עַל בִּרְכָתָם, וּבְעֵת שֶׁמְּקַלֵּל הָרְשָׁעִים יְבָרֵךְ הַצַּדִּיקִים כְּדֵי שֶׁתִּגְדַּל רִשְׁעַת הָרְשָׁעִים לְפִי עֵרֶךְ הַצַּדִּיקִים וְאָז לֹא יִמָּצֵא לָהֶם זְכוּת מִשּׁוּם מֵלִיץ טוֹב, וְלָזֶה אָמַר (תְּהִלִּים עה, יא) 'קַרְנֵי רְשָׁעִים אֲגַדֵּעַ תְּרוֹמַמְנָה קַרְנוֹת צַדִּיק' שֶׁיִּתְרוֹמֵם וְיִתְעַלֶּה קֶרֶן הַמִּצְוֹת שֶׁלָּהֶם. וְהִנֵּה ה ר שָׁעֵי ם רֹאשָׁם וְסוֹפָם רָם אַךְ כֵּיוָן שֶׁהוֹלְכִים לְאָחוֹר גַּם אוֹתִיּוֹת שְׁמָם הַנִּזְכָּר נִקְרָאִים לְאָחוֹר וְאָז נִקְרָא מַר וְאִם יַחְזֹור הָרָשָׁע בִּתְשׁוּבָה אָז נִקְרָאִים רָם בְּיֹושֶׁר! וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי (וַיִּקְרָא כז, לג) 'וְאִם הָמֵר יְמִירֶנּוּ וְהָיָה הוּא וּתְמוּרָתוֹ יִהְיֶה קֹדֶשׁ לֹא יִגְאַל' פֵּירוּשׁ אִם צֵירוּף אוֹתִיּוֹת מַר הַנִּזְכָּר יְמִירֶנּוּ בִּתְשׁוּבָה לַעֲשׂוֹת הַצֵּירוּף רָם, אָז וְהָיָה הוּא בַּעַל תְּשׁוּבָה עַצְמוֹ וּתְמוּרָתוֹ הֵם אוֹתִיּוֹת הַנִּזְכָּר קֹדֶשׁ וְלֹא יִגָּאֵל , רוֹצֶה לוֹמַר לֹא יִתְלַכְלֵךְ עוֹד כִּי יִגָּאֵל הוּא לְשׁוֹן לִכְלוּךְ גַּם כֵּן.
<i>De la bénédiction des justes tu apprends la malédiction des méchants.</i> Explication : nous trouvons que lorsque le Saint béni soit-Il a béni le juste -- c'est Avraham notre père, que la paix soit sur lui --, il l'a béni parce qu'il a fait mémoire aussi du bien qui atteint ses enfants du fait de sa justice, ainsi qu'il est écrit <i>afin qu'il ordonne à ses enfants et à sa maison après lui, etc.</i> (Berechit 18,19). Dès lors tu apprends que la malédiction des méchants sera également de cet ordre : le Saint béni soit-Il fera mémoire du mal que leur méchanceté cause à leurs enfants, car <i>les actes des pères sont refaits par les fils</i> -- le plus souvent, parce qu'ils sont méchants, leurs enfants aussi seront méchants, et de ce fait ils encourent une malédiction plus lourde, à cause de la méchanceté de leurs enfants aussi. Et il dit encore : <i>de la malédiction des méchants tu apprends la bénédiction des justes</i>. L'idée est celle-ci : il est dit <i>et les gens de Sedom étaient mauvais et pécheurs</i> (Berechit 13,13) -- or cela fait difficulté, puisque <i>mauvais</i> est plus grave que <i>pécheurs</i> : dès lors qu'il les a appelés mauvais, pourquoi fallait-il encore les appeler pécheurs ? Mais l'idée est qu'il y avait à Sedom des hommes <i>mauvais</i>, qui savaient et niaient, et d'autres <i>pécheurs</i>, qui commettaient le mal par sottise ; les uns pourtant furent punis comme les autres, parce qu'ils étaient joints ensemble. Il se trouve donc que l'association a valu aux pécheurs une malédiction aussi grande qu'aux mauvais -- et tu apprends de là que le juste qui se sépare du méchant et ne s'associe pas à lui mérite une bénédiction d'autant plus grande, précisément du fait de cette non-association. C'est pourquoi Avraham notre père, que la paix soit sur lui, a mérité une bénédiction nouvelle après s'être séparé de Lot. Nous apprenons encore de là que lorsqu'il bénit les justes, il maudit les méchants, afin que la mention des méchants fasse ressortir la valeur des justes et que les accusateurs n'accusent pas leur bénédiction ; et lorsqu'il maudit les méchants, il bénit les justes, afin que la méchanceté des méchants soit grandie à proportion des justes et qu'ils ne trouvent alors aucun mérite par un avocat favorable. C'est ce qu'il dit : <i>je retrancherai les cornes des méchants, les cornes du juste seront élevées</i> (Tehilim 75,11) -- que soit élevée et exaltée la corne de leurs mitsvot. Et vois : <i>ha-rechaim</i>, leur début et leur fin donnent <i>ram</i> (élevé) ; mais puisqu'ils vont à reculons, les lettres de ce nom se lisent aussi à l'envers, et l'on obtient alors <i>mar</i> (amer) ; et si le méchant revient par la techouva, on les lit <i>ram</i> dans l'ordre droit. C'est ainsi que j'ai expliqué le verset <i>et s'il l'échange, lui et son échange seront saints, il ne sera pas racheté</i> (Vayikra 27,33) : explication -- si l'assemblage de lettres <i>mar</i> mentionne, il l'échange par la techouva pour faire l'assemblage <i>ram</i>, alors <i>lui</i>, c'est-à-dire le baal techouva lui-même, <i>et son échange</i>, ce sont les lettres mentionnées, seront <i>kodech</i>, et <i>lo yigael</i> -- c'est-à-dire qu'il ne se souillera plus, car <i>yigael</i> est aussi un terme de souillure.
💡 Explication

Rabbi Elazar généralise le procédé de lecture des deux segments précédents : les deux versets ne sont pas seulement voisins, ils sont solidaires. Là où le Saint béni soit-Il bénit un juste, il maudit dans la foulée les méchants -- et inversement. Rachi le formule d'un mot : à l'endroit même où il bénit les justes, là il maudit les méchants.

La preuve tient à la séquence de Berechit 18 : l'éloge d'Avraham (car je l'ai connu, afin qu'il ordonne à ses enfants après lui) est immédiatement suivi du cri de Sedom. Le contraste n'est pas décoratif : il aggrave la condamnation, parce qu'il montre qu'un autre choix était possible au même moment et au même endroit.

11
וּמִקִּלְלָתָן שֶׁל רְשָׁעִים אַתָּה לָמֵד בְּרָכָה לַצַּדִּיקִים, דִּכְתִיב: ״וְאַנְשֵׁי סְדֹום רָעִים וְחַטָּאִים לַה׳. וַה׳ אָמַר אֶל אַבְרָם אַחֲרֵי הִפָּרֶד לוֹט מֵעִמּוֹ״. (אָמַר) רַבִּי אֶלְעָזָר: אֲפִילּוּ בִּשְׁבִיל צַדִּיק אֶחָד עוֹלָם נִבְרָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיַּרְא אֱ-לֹהִים אֶת הָאוֹר כִּי טוֹב״, וְאֵין טוֹב אֶלָּא צַדִּיק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִמְרוּ צַדִּיק כִּי טוֹב״.

Et de la malédiction des méchants tu apprends la bénédiction des justes, car il est écrit <i>et les gens de Sedom étaient mauvais et pécheurs envers Hachem</i>, <i>et Hachem dit à Avram, après que Lot se fut séparé de lui</i> (Berechit 13,13-14). Rabbi Elazar dit : même pour un seul juste le monde à été créé, ainsi qu'il est dit <i>et Dieu vit la lumière, qu'elle était bonne</i> (Berechit 1,4) -- et <i>bon</i> ne désigne rien d'autre que le juste, ainsi qu'il est dit <i>dites du juste qu'il est bon</i> (Yechayahou 3,10).

📜 Rachi (1)
וַיַּרְא אֶת הָאוֹר רָאָה בְּדַעְתּוֹ לְהִתְקַייֵּם הָאוֹר שֶׁל עוֹלָם בִּשְׁבִיל הַצַּדִּיק שֶׁהוּא טוֹב:
<i>Et il vit la lumière</i> -- il vit dans sa pensée que la lumière du monde subsisterait grâce au juste, qui est <i>bon</i>.
💡 Explication

Le versant réciproque : la flétrissure de Sedom est immédiatement suivie de la bénédiction d'Avram, une fois Lot séparé de lui. La proximité fonctionne dans les deux sens.

Puis un énoncé nouveau, qui va ouvrir toute la seconde moitié du folio : le monde à été créé bi-chvil tsadik ehad, pour un seul juste. La preuve est une chaîne de mots : tov dans le récit de la création, tov chez Yechayahou pour désigner le juste. Rachi précise le mécanisme : Dieu a vu dans sa pensée que la lumière du monde subsisterait grâce au juste.

12
(אָמַר) רַבִּי אֶלְעָזָר: כָּל הַמְשַׁכֵּחַ דָּבָר מִתַּלְמוּדוֹ — גּוֹרֵם גָּלוּת לְבָנָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתִּשְׁכַּח תּוֹרַת אֱ-לֹהֶיךָ אֶשְׁכַּח בָּנֶיךָ גַּם אָנִי״. רַבִּי אָבָהוּ אָמַר: מוֹרִידִין אוֹתוֹ מִגְּדֻולָּתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי אַתָּה הַדַּעַת מָאַסְתָּ וְאֶמְאָסְךָ מִכַּהֵן לִי״.

Rabbi Elazar dit : quiconque oublie une chose de son étude cause l'exil à ses enfants, ainsi qu'il est dit <i>et tu as oublié la Tora de ton Dieu, moi aussi j'oublierai tes enfants</i> (Hochea 4,6). Rabbi Abahou dit : on le fait descendre de sa grandeur, ainsi qu'il est dit <i>car toi tu as méprisé la connaissance, moi aussi je te méprise, tu ne seras plus kohen pour moi</i> (ibid.).

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמְשַׁכֵּחַ דָּבָר אֶחָד מִתַּלְמוּדוֹ, גּוֹרֵם גָּלוּת לְבָנָיו. הִקְשָׁה הָרִי"ף מְנָא לֵיהּ דָּבָר אֶחָד וְדִילְמָא הַשּׁוֹכֵחַ כָּל תַּלְמוּדוֹ מַייְרֵי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן דְּקָאָמַר (הוֹשֵׁעַ ד, ו) 'וְתִשְׁכַּח תּוֹרַת אַלַּקֶיךָ' וְלֹא אָמַר תּוֹרָה בִּסְתָם מַשְׁמַע דְּקָאֵי עַל דִּבּוּר אֶחָד שֶׁשָּׁמַעְנוּ מִפִּיו יִתְבָּרֵךְ, כִּי 'אָנֹכִי וְלֹא יִהְיֶה לְךָ מִפִּי הַגְּבוּרָה שְׁמַעְנוּם' (מַכּוֹת כד.) וְהֵם נֶחְשָׁבִים דִּבּוּר אֶחָד. וּמַה שֶׁאָמַר גּוֹרֵם גָּלוּת לְבָנָיו כִּי דִבְרֵי תוֹרָה שֶׁלּוֹמֵד הָאָדָם נֶחְשָׁבִים תּוֹלָדוֹת שֶׁלּוֹ, וְלָכֵן הַשּׁוֹכֵחַ דָּבָר מִתַּלְמוּדוֹ דַּיְיקָא שֶׁהוּא חִידּוּשֵׁי תּוֹרָה שֶׁלּוֹ שֶׁהֵם בָּנִים הָרוּחָנִיִּים שֶׁגָּלוּ וְנֶעֶקְרוּ מִן הַלֵּב שֶׁלּוֹ, לְכָךְ גּוֹרֵם גָּלוּת לְבָנָיו הַגַּשְׁמִיִּים. אוֹ יוּבַן בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר בְּבֵיאוּר הַפָּסוּק (וַיִּקְרָא כֹּה, כד) 'וּבְכֹל אֶרֶץ אֲחֻזַּתְכֶם גְּאֻלָּה תִּתְּנוּ לָאָרֶץ' וְהַייְנוּ הַתּוֹרָה נִקְרֵאת אֶרֶץ דִּכְתִיב (אִיּוֹב יא, ט) 'אָרְכָּהּ מֵאֶרֶץ מִדָּה' אֲחֻזַּתְכֶם שֶׁאַתֶּם נֶאֱחָזִים בָּהּ שֶׁכָּל יִשְׂרָאֵל מֻושְׁרָשִׁים בְּאוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה כַּנּוֹדָע, 'גְּאֻלָּה תִּתְּנוּ לָאָרֶץ' כִּי עַל יְדֵי לִימּוּד הַתּוֹרָה שֶׁהוּא רָמוּז בְּאוֹת אָלֶף שֶׁהוּא לְשׁוֹן אַלּוּף כְּמוֹ (תְּהִלִּים נה, יד) 'אַלּוּפִי וּמְיֻדָּעִי' תַּנִּיחוּ אוֹת א' בְּאוֹתִיּוֹת 'גּוֹלֶה' שֶׁתִּתְבַּטֵּל הַגּוֹלָה וְתִהְיֶה 'גְּאֻולָּה' וְלָכֵן זֶה הַמְשַׁכֵּחַ בְּמֵזִיד דָּבָר אֶחָד מִתַּלְמוּדוֹ שֶׁהוּא אַלּוּף שֶׁלּוֹ גּוֹרֵם לְסַלֵּק אוֹת א' מִן גְּאֻולָּה וְיִשָּׁאֵר גּוֹלֶה וּלְכָךְ גּוֹרֵם גָּלוּת לְבָנָיו . וּמַה שֶׁאָמַר רַבִּי אָבָהוּ מוֹרִידִין אוֹתוֹ מִגְּדֻלָּתוֹ כִּי 'גְּדוֹלָה' אִם תָּסִיר מִמֶּנָּה אוֹת ד' יִשָּׁאֵר 'גּוֹלָה'. וְיָדוּעַ שֶׁהַתּוֹרָה יֵשׁ בָּהּ ד' חֲלָקִים שֶׁהֵם פַּרְדֵּ"ס [פָּשַׁט, רֶמֶז, דְּרָשׁ, סוֹד] , וְלָכֵן זֶה הַמְשַׁכֵּחַ דְּבַר תּוֹרָה שֶׁהִיא ד' חֲלָקִים בְּמֵזִיד מִסְתַּלֵּק אוֹת ד' מִן 'גְּדוֹלָה' וְיִשָּׁאֵר לוֹ 'גּוֹלֶה'.
<i>Quiconque oublie une seule chose de son étude cause l'exil à ses enfants.</i> Le Rif a objecté : d'où tient-il qu'il s'agit d'<i>une seule chose</i> ? Peut-être le verset parle-t-il de celui qui oublie toute son étude ! Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que puisqu'il est dit <i>et tu as oublié la Tora de ton Dieu</i> (Hochea 4,6) et qu'il n'est pas dit simplement <i>la Tora</i>, cela indique qu'il s'agit d'une seule parole entendue de sa bouche, béni soit-Il -- car <i>anokhi</i> et <i>lo yihye lekha</i>, c'est de la bouche de la Puissance que nous les avons entendus (Makot 24a), et ils comptent pour une seule parole. Et s'il a dit <i>cause l'exil à ses enfants</i>, c'est parce que les paroles de Tora qu'un homme étudie sont comptées comme ses descendants ; aussi celui qui oublie une chose de son étude -- précisément, ses propres nouveautés de Tora, qui sont ses enfants spirituels et qui ont été exilés et arrachés de son cœur -- cause par là l'exil à ses enfants charnels. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui a été dit dans l'explication du verset <i>et dans tout le pays de votre possession vous donnerez un rachat à la terre</i> (Vayikra 25,24) : la Tora est appelée <i>erets</i>, ainsi qu'il est écrit <i>sa mesure est plus longue que la terre</i> (Iyov 11,9) ; <i>votre possession</i> -- car vous y êtes attachés, tout Israël étant enraciné dans les lettres de la Tora, comme on sait ; <i>vous donnerez un rachat à la terre</i> -- car par l'étude de la Tora, qui est signifiée par la lettre <i>alef</i>, laquelle est un terme d'<i>alouf</i> (compagnon), comme dans <i>mon alouf et mon familier</i> (Tehilim 55,14), vous placerez la lettre <i>alef</i> dans les lettres de <i>gola</i> (exil), de sorte que l'exil s'annule et qu'il devienne <i>gueoula</i> (délivrance). C'est pourquoi celui qui oublie volontairement une chose de son étude -- qui est son <i>alouf</i> -- fait retirer la lettre <i>alef</i> de <i>gueoula</i>, et il reste <i>gola</i> : voilà pourquoi il cause l'exil à ses enfants. Et ce que dit Rabbi Abahou, <i>on le fait descendre de sa grandeur</i> : car de <i>guedoula</i>, si tu retires la lettre <i>dalet</i>, il reste <i>gola</i>. Or on sait que la Tora comporte quatre parties, qui sont le <b>pardes</b> [pchat, remez, drach, sod] ; aussi celui qui oublie volontairement une parole de Tora, laquelle a quatre parties, fait retirer la lettre <i>dalet</i> de <i>guedoula</i>, et il lui reste <i>gola</i>.
💡 Explication

Deux lectures du même verset de Hochea 4,6, chacune prenant appui sur une moitié différente. Rabbi Elazar retient la fin -- j'oublierai tes enfants -- et y lit une sanction sur la descendance. Rabbi Abahou retient le début -- tu ne seras plus kohen pour moi -- et y lit une destitution.

La formule ha-mechakeah davar mi-talmoudo vise l'oubli fautif, celui qui vient de la négligence, non l'oubli involontaire. Le Ben Ich Haï y ajoute deux jeux de lettres : ôte le alef de gueoula (la délivrance) et il reste gola (l'exil) ; ôte le dalet de guedoula (la grandeur) et il reste, là aussi, gola.

13
אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין צַדִּיק נִפְטָר מִן הָעוֹלָם עַד שֶׁנִּבְרָא צַדִּיק כְּמוֹתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְזָרַח הַשֶּׁמֶשׁ וּבָא הַשָּׁמֶשׁ״. עַד שֶׁלֹּא כָּבְתָה שִׁמְשׁוֹ שֶׁל עֵלִי, זָרְחָה שִׁמְשׁוֹ שֶׁל שְׁמוּאֵל הָרָמָתִי. (אָמַר) רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רָאָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁצַּדִּיקִים מוּעָטִין, עָמַד וּשְׁתָלָן בְּכָל דּוֹר וָדוֹר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי לַה׳ מְצֻוקֵי אֶרֶץ וַיָּשֶׁת עֲלֵיהֶם תֵּבֵל״.

Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : aucun juste ne quitte le monde avant qu'un juste comme lui n'ait été créé, ainsi qu'il est dit <i>et le soleil se lève et le soleil se couche</i> (Kohelet 1,5) : avant que ne s'éteigne le soleil d'Eli, s'était levé le soleil de Chemouel de Rama. Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le Saint béni soit-Il vit que les justes étaient peu nombreux ; il se leva et les planta dans chaque génération, ainsi qu'il est dit <i>car à Hachem sont les colonnes de la terre, et il a posé sur elles le monde</i> (Chemouel I 2,8).

📜 Rachi (1)
וַיָּשֶׁת עֲלֵיהֶם תֵּבֵל פִּיזְּרָן בְּכָל הַדּוֹרוֹת לִהְיוֹת שְׁתוּת וְקִיּוּם וִיסוֹד לְקַיֵּים תֵּבֵל:
<i>Et il a posé sur elles le monde</i> -- il les a dispersés dans toutes les générations, pour qu'ils soient support, maintien et fondement afin de faire subsister le monde.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רָאָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁצַּדִּיקִים מוּעָטִים, עָמַד וּשְׁתָלָן בְּכָל דּוֹר וָדוֹר. נִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ צַדִּיק שֶׁהוּא בְּחִינַת חֶסֶד וְיֵשׁ בְּחִינַת גְּבוּרָה וְיֵשׁ בְּחִינַת תִּפְאֶרֶת וְיֵשׁ בְּחִינַת יְסוֹד וְאוֹתָם צַדִּיקִים שֶׁהֵם בְּחִינַת יְסוֹד יִהְיֶה מֵהֶם תּוֹעֶלֶת לִכְלָלוּת יִשְׂרָאֵל יוֹתֵר כַּנּוֹדָע. וְלָזֶה אָמַר רָאָה שֶׁצַּדִּיקִים שֶׁהֵם מִבְּחִינַת יְסוֹד הַנִּקְרָא צַדִּיק מוּעָטִים שְׁתָלָן בְּכָל דּוֹר כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה מֵהֶם תּוֹעֶלֶת לְכָל אַנְשֵׁי הַדּוֹר. וְאָמַר (שְׁמוּאֵל א' ב, ח) 'כִּי לָה' מְצֻקֵי אָרֶץ' כִּי הַיְּסוֹד מֵצִיק שֶׁפַע בַּמַּלְכוּת הַנִּקְרֵאת אֶרֶץ, וְלָכֵן הַצַּדִּיקִים שֶׁהֵם בְּחִינַת הַיְּסוֹד גַּם כֵּן נִקְרָאִים 'מְצֻקֵי אֶרֶץ'.
<i>Le Saint béni soit-Il vit que les justes étaient peu nombreux ; il se leva et les planta dans chaque génération.</i> Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel : il y a un juste qui relève de l'aspect (<b>behina</b>) de <b>'hessed</b>, un autre de <b>guevoura</b>, un autre de <b>tiferet</b>, un autre de <b>yessod</b> ; et les justes qui relèvent de l'aspect de yessod sont ceux dont l'utilité s'étend davantage à l'ensemble d'Israël, comme on sait. C'est ce qu'il dit : il vit que les justes relevant de l'aspect de yessod -- lequel est précisément appelé <i>tsadik</i> -- étaient peu nombreux, et il les a plantés dans chaque génération, afin que leur utilité s'étende à tous les hommes de la génération. Et il est dit <i>car à Hachem sont les metsoukei erets</i> (Chemouel I 2,8) : car le yessod verse (<i>matsik</i>) le flux dans la <b>malkhout</b>, laquelle est appelée <i>erets</i> ; aussi les justes qui relèvent de l'aspect du yessod sont eux aussi appelés <i>metsoukei erets</i>.
💡 Explication

Le verset de Kohelet est lu à rebours du sens courant : ce n'est pas la vanité du cycle mais la garantie du recouvrement -- le nouveau soleil se lève avant que l'ancien ne se couche. L'exemple est pris à la charnière de Chemouel I : la maison d'Eli s'éteint alors que Chemouel est déjà en fonction.

Le second énoncé ajoute une économie de la rareté : les justes sont peu nombreux, donc ils sont répartis plutôt que concentrés, un par génération au minimum. Rachi lit metsoukei erets comme les piliers-supports, et vayachet aleihem tevel comme la dispersion voulue de ces supports à travers l'histoire.

14
(אָמַר) רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֲפִילּוּ בִּשְׁבִיל צַדִּיק אֶחָד הָעוֹלָם מִתְקַיֵּים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְצַדִּיק יְסוֹד עוֹלָם״. רַבִּי חִיָּיא דִּידֵיהּ אָמַר, מֵהָכָא: ״רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשְׁמֹור״ — חֲסִידָיו טוּבָא מַשְׁמַע! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: חֲסִידוֹ כְּתִיב.

Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : même pour un seul juste le monde subsiste, ainsi qu'il est dit <i>et le juste est le fondement du monde</i> (Michlei 10,25). Rabbi Hiya, de son propre chef, dit : d'ici -- <i>il gardera les pieds de ses hassidim</i> (Chemouel I 2,9).

Mais <i>ses hassidim</i> indique un grand nombre ! Rav Nahman bar Yitshak dit : il est écrit <i>hassido</i>, au singulier.

📜 Rachi (1)
רַגְלֵי חֲסִידָיו בִּשְׁבִיל חֲסִידָיו כְּמוֹ וַיְבָרֶךְ ה' אֹותְךָ לְרַגְלִי (בְּרֵאשִׁית ל׳:ל׳):
<i>Les pieds de ses hassidim</i> -- à cause de ses hassidim, comme <i>et Hachem t'a béni sur mes pas (le-ragli)</i> (Berechit 30,30).
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי חִיָּא בַּר אַבָּא דִּידֵיהּ אָמַר: מֵהָכָא: (שְׁמוּאֵל א' ב, ט) "רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשָּׁמֵר". מַקְשִׁים אַמַּאי לָא נִיחָא לֵיהּ בַּפָּסוּק שֶׁהֱבִיאוֹ הוּא עַצְמוֹ מִשֵּׁם רַבִּי יוֹחָנָן דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי י, כה) 'וְצַדִּיק יְסוֹד עוֹלָם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָתָם יֵשׁ לְפָרֵשׁ עַל הַשָּׂגַת הַטּוֹב שֶׁבָּא לָעוֹלָם טוֹב וְשֶׁפַע בִּזְכוּתוֹ וְלֹא מַשְׁמַע עַל הָעֵדֶר הָרָעָה לְכָךְ הֵבִיא מִפָּסוּק 'יִשָּׁמֵר' דִּלְשׁוֹן שְׁמִירָה שַׁיָּיךְ מִצַּד הָעֵדֶר הָרַע.
<i>Rabbi Hiya bar Abba, de son propre chef, dit : d'ici --</i> raglei hassidav yichmor <i>(Chemouel I 2,9).</i> On demande : pourquoi ne se satisfait-il pas du verset qu'il a lui-même rapporté au nom de Rabbi Yo'hanan, à savoir <i>et le juste est le fondement du monde</i> (Michlei 10,25) ? Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que là-bas on peut expliquer le verset comme portant sur l'obtention du bien -- qu'il vient au monde du bien et du flux par son mérite -- mais il n'indique pas l'écartement du mal ; c'est pourquoi il a apporté le verset <i>yichmor</i>, car un terme de garde se rapporte précisément à l'écartement du mal.
💡 Explication

Deux versets pour un même énoncé, et une différence de méthode entre le maître et le disciple. Rabbi Yo'hanan prouve par ve-tsadik yessod olam. Rabbi Hiya, didei -- de son propre chef, sans invoquer son maître --, préfère raglei hassidav yichmor.

La guemara objecte que ce second verset est au pluriel, donc mal choisi pour prouver qu'un seul suffit. Rav Nahman bar Yitshak répond par la différence entre ketiv et keri : le texte écrit porte hassido au singulier, même si la lecture reçue vocalise un pluriel.

15
(אָמַר) רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כֵּיוָן שֶׁיָּצְאוּ רֹוב שְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם וְלֹא חָטָא — שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשְׁמֹור״, דְּבֵי רַבִּי שֵׁילָא אָמְרִי: כֵּיוָן שֶׁבָּאָה לְיָדוֹ דְּבַר עֲבֵירָה פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וְאֵינוֹ חוֹטֵא — שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשְׁמֹור״.

Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : dès lors que la plus grande part des années d'un homme s'est écoulée sans qu'il ait fauté, il ne fautera plus, ainsi qu'il est dit <i>il gardera les pieds de ses hassidim</i>. À l'école de Rabbi Chila on disait : dès lors qu'une chose de transgression s'est présentée à sa main une première et une deuxième fois et qu'il n'a pas fauté, il ne fautera plus, ainsi qu'il est dit <i>il gardera les pieds de ses hassidim</i>.

📜 Rachi (3)
שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא שְׁנָא' רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשְׁמֹור סוֹפֵי חֲסִידָיו יִשְׁמֹור:
<i>Il ne fautera plus, ainsi qu'il est dit : il gardera les pieds (raglei) de ses hassidim</i> -- il gardera la fin (sofei) de ses hassidim.
כֵּיוָן שֶׁבָּא אָדָם לְטַמֵּא לִהְיוֹת רָשָׁע:
<i>Dès lors qu'un homme vient pour se rendre impur</i> -- pour être méchant.
פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּיה כו' רַגְלֵי חֲסִידָיו מִשֶּׁהִנְהִיג בְּחֶסֶד שְׁנֵי רְגָלִים כְּמוֹ זֶה שָׁלֹשׁ רְגָלִים (בַּמִּדְבָּר כ״ב:כ״ח) פְּעָמִים יִשְׁמֹור אוֹתוֹ מִן הַחֵטְא:
<i>Une première et une deuxième fois, etc.</i> -- <i>raglei hassidav</i> : dès lors qu'il a conduit avec bonté deux <i>reguel</i> -- comme dans <i>voici trois regalim</i> (Bamidbar 22,28), c'est-à-dire des fois -- il le gardera de la faute.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ רֹב שְׁנוֹתָיו שֶׁל אָדָם וְלֹא חָטָא, שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ אָמְרוּ בַּגְּמָרָא (חֲגִיגָה ה.) בְּהַךְ עֻובְדָּא דְּמִרְיָם מְגַדְּלָא שַׁעַר נְשַׁייָּא דְּאָמַר לָהּ מַלְאַךְ הַמָּוֶת דְּנוֹתְנִין הַשְּׁנַיִם לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים דְּמַעֲבִיר בְּמִילֵּיהּ וְהַייְנוּ שֶׁאִם מוֹסִיפִין לְתַלְמִידֵי חֲכָמִים שָׁנִים עַל חַיָּיו אֶפְשָׁר שֶׁיַּפְסִיד בַּעֲבוּר זֶה כִּי אוּלַי עָבְרוּ רֹוב יָמָיו וְלֹא חָטָא דְּשׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא וְהַשְׁתָּא דְּמוֹסִיפִין לוֹ שְׁנַיִם נִמְצָא עֲדַיִין לֹא עָבְרוּ רֹוב יָמָיו וְאַפְסִיד הַבְטָחָה זוֹ דְּשׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא! לְכָךְ נוֹתְנִין הַהוֹסָפָה לְמַעֲבִיר בְּמִילֵּיהּ שֶׁזֶּה שָׁמוּר וְעוֹמֵד מִן הַחֵטְא מֵחֲמַת מִידָּה זוֹ שֶׁיֵּשׁ בּוֹ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ חַכְמֵי הַמּוּסָר דְּמִדָּה זוֹ הִיא רְפוּאָה גְּדוֹלָה לְהַצִּילוֹ מִן הַחֵטְא. וְהִנֵּה בְּמַאֲמָר זֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד הַכָּתוּב (שְׁמוּאֵל ב' כב, כד) 'אֶהְיֶה תָּמִים לוֹ וְאֶשְׁתַּמְּרָה מֵעֹו‍נִי' כִּי שָׁנִים הַקְּצוּבִים בִּסְתָם שִׁבְעִים וְרֹוב הַשִּׁבְעִים הֵם ל"ו וְכֵיוָן שֶׁהוּא תָּמִים בל"ו שָׁנִים אָז נִשְׁמָר מִן הַחֵטְא שֶׁלֹּא יֶחֱטָא עוֹד, וְזֶה יִצְדַּק יוֹתֵר עַל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁיָּדַע שֶׁכָּל יָמָיו הֵם שִׁבְעִים שָׁנָה וְהוּא אוֹמֵר כֵּן עַל עַצְמוֹ.
<i>Dès lors que la plus grande part des années d'un homme s'est écoulée sans qu'il ait fauté, il ne fautera plus.</i> Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que c'est pourquoi ils ont dit dans la guemara (Haguiga 5a), dans l'histoire de Miriam la coiffeuse de femmes, que l'ange de la mort lui dit que l'on donne les années aux talmidei hakhamim qui passent sur leurs mesures (<i>maavir be-milei</i>). C'est-à-dire : si l'on ajoutait des années à la vie d'un talmid 'hakham, il pourrait y perdre -- car peut-être la plus grande part de ses jours est-elle déjà passée sans qu'il ait fauté, et alors il ne fautera plus ; or si on lui ajoute des années, il se trouve que la plus grande part de ses jours n'est plus passée, et il perd cette garantie de ne plus fauter ! C'est pourquoi on donne le supplément à celui qui passe sur ses mesures, car celui-là est déjà gardé de la faute par cette qualité qui est en lui -- ainsi que l'ont dit les sages de la morale, que cette qualité est un grand remède pour le préserver de la faute. Et par cet enseignement j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, le verset <i>je serai intègre avec lui et je me garderai de ma faute</i> (Chemouel II 22,24) : car les années allouées en général sont soixante-dix, et la plus grande part de soixante-dix, c'est trente-six ; dès lors qu'il est intègre à trente-six ans, il est gardé de la faute et ne fautera plus. Et cela convient particulièrement au roi David, que la paix soit sur lui, qui savait que tous ses jours seraient soixante-dix ans, et qui parle ainsi de lui-même.
כֵּיוָן שֶׁבָּא לְאָדָם דְּבַר עֲבֵרָה לְיָדוֹ פַּעַם רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה וְלֹא חָטָא שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל הַגִּלְגּוּל שֶׁבָּאָה הַנְּשָׁמָה בָּעוֹלָם הַזֶּה פַּעַם רִאשׁוֹנָה וְלֹא קִלְקְלָה בְּחֵטְא וְחָזְרָה פַּעַם שְׁנִיָּה לְהַשְׁלִים עֲשֵׂה טוֹב וְגַם כֵּן לֹא קִלְקְלָה בְּחֵטְא אָז אִם תָּבֹא פַּעַם שְׁלִישִׁית בִּשְׁבִיל לְהַשְׁלִים וַעֲשֵׂה טוֹב הִיא שְׁמוּרָה מִן הַחֵטְא וּבְוַדַּאי לֹא תֶּחֱטָא. אוֹ יֵשׁ לוֹמַר שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא בְּאוֹתָהּ עֲבֵירָה שֶׁבָּאָה לְיָדוֹ שְׁנֵי פְּעָמִים וְלֹא חָטָא בְּהוּ וְלֹא עַל כָּל עֲבֵירוֹת קָאָמַר. וְנִרְאֶה הַטַּעַם שֶׁיֵּשׁ בָּאָדָם חִיצוֹנִיּוֹת וּפְנִימִיּוֹת וְכֵיוָן שֶׁבָּאָה לְיָדוֹ פַּעַם רִאשׁוֹנָה וְלֹא חָטָא הֲרֵי גֵּירֵשׁ כֹּחַ הָעֲבֵירָה מִן פְּנִימִיּוּת שֶׁלּוֹ וּפַעַם שֵׁנִית וְלֹא חָטָא הֲרֵי גֵּירְשׁוֹ גַּם מִן חִיצוֹנִיּוֹת שֶׁלּוֹ וְאָז נוֹעֵל הַדֶּלֶת בְּפָנָיו כֵּיוָן שֶׁהוּא בַּחוּץ. וְדוֹמֶה לָזֶה הַךְ עֻובְדָּא דְּאִיתָא בְּמִדְרַשׁ אֵיכָה בְּאֶחָד יְרוּשַׁלְמִי שֶׁהָלַךְ לָעִיר וְנִתְאַכְסֵן בַּחֲנוּת וְאַחַר שֶׁאָכַל וְשָׁתָה רָצָה בַּעַל הַחֲנוּת לְהוֹצִיאוֹ בְּחָכְמָה וְלִנְעֹול הַדֶּלֶת בְּפָנָיו וְאָמַר לוֹ שֶׁדַּרְכָּם לִקְפֹּוץ ג' קְפִיצוֹת, וְהַיְּרוּשַׁלְמִי הָיָה חָכָם וְהֵבִין מַה שֶׁבַּלֵּב בַּעַל הַחֲנוּת וְהִנִּיחוֹ לְהַרְאוֹת לוֹ סֵדֶר הַקְּפִיצוֹת תְּחִילָּה וְנָעַל הַדֶּלֶת בְּפָנָיו, וְכֵן הָעִנְיָן הַזֶּה. וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (רֹאשׁ הַשָּׁנָה טז:) חַייָּב אָדָם לְטַהֵר עַצְמוֹ 'בָּרֶגֶל' רוֹצֶה לוֹמַר בְּ ' רֶגֶל כִּי לְשׁוֹן פַּעַם מִכַּנָּהּ הַכָּתוּב בְּשֵׁם רֶגֶל כְּמוֹ שֶׁכָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל.
<i>Dès lors qu'une chose de transgression s'est présentée à la main d'un homme une première et une deuxième fois et qu'il n'a pas fauté, il ne fautera plus.</i> Il m'apparaît, avec l'aide du Ciel, que cela porte sur le <b>guilgoul</b> (la transmigration) : la nechama est venue dans ce monde une première fois et ne s'est pas abîmée dans la faute, puis elle est revenue une seconde fois pour parachever le bien à faire et ne s'est pas non plus abîmée dans la faute ; alors, si elle vient une troisième fois pour parachever et faire le bien, elle est gardée de la faute et ne fautera assurément pas. On peut aussi dire : il ne fautera plus <i>dans cette transgression-là</i> qui s'est présentée à lui deux fois sans qu'il faute -- et non pour toutes les transgressions. Et la raison en paraît être qu'il y a dans l'homme un extérieur et un intérieur : dès lors qu'elle s'est présentée une première fois et qu'il n'a pas fauté, il a chassé la force de la transgression de son intérieur ; une seconde fois sans faute, il l'a chassée aussi de son extérieur, et alors il verrouille la porte devant elle, puisqu'elle est dehors. Cela ressemble à ce qui est rapporté dans le Midrach Eikha au sujet d'un homme de Jérusalem qui alla dans une ville et logea dans une auberge ; après qu'il eut mangé et bu, le tenancier voulut le faire sortir par ruse et verrouiller la porte devant lui, et lui dit que la coutume du lieu était de faire trois sauts. Mais l'homme de Jérusalem était sage : il comprit ce qu'avait le tenancier au cœur, le laissa lui montrer d'abord l'ordre des sauts, puis verrouilla la porte devant lui -- et c'est de cela qu'il s'agit ici. C'est pourquoi nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit (Roch Hachana 16b) que l'homme est tenu de se purifier <i>ba-reguel</i>, ce qui veut dire aussi : par deux <i>reguel</i>, car l'Écriture désigne la fois par le terme de <i>reguel</i>, comme l'a écrit Rachi, de mémoire bénie.
💡 Explication

Le même verset sert deux fois, mais le seuil de l'immunité n'est pas mesuré de la même façon. Pour Rabbi Yo'hanan, le compteur est le temps : passé la moitié de ses années sans faute, l'homme est gardé. Pour l'école de Rabbi Chila, le compteur est le nombre d'épreuves refusées : deux occasions déclinées suffisent.

Rachi soutient chaque lecture par un sens différent de raglei. Pour la première, il lit raglei comme sofei, les fins : Dieu garde la fin de la vie de ses hassidim. Pour la seconde, il rapproche reguel de peam, la fois, comme dans chaloch regalim (Bamidbar 22,28) : deux regalim de conduite pieuse et la protection s'installe.

🖼️ Schéma
Raglei hassidav yichmor : deux façons de compter l'épreuve Même verset, même conclusion -- mais le seuil n'est pas mesuré de la même façon. R. Yo'hanan -- le compteur du temps Critère : la plus grande part de ses années s'est écoulée sans faute. Rachi lit raglei comme sofei : il gardera la fin de ses hassidim. Ben Ich Haï : d'où l'on comprend Haguiga 5a -- ajouter des années à un talmid 'hakham pourrait lui faire perdre cette garantie. École de R. Chila -- le compteur des épreuves Critère : deux occasions de faute se sont présentées et il n'a pas fauté. Rachi lit reguel comme peam (fois), comme chaloch regalim (Bamidbar 22,28). Ben Ich Haï : première fois -- il chasse la force de la faute de son intérieur ; deuxième fois -- de son extérieur ; puis il verrouille la porte.
Un verset, deux compteurs : les années écoulées ou les épreuves refusées.
16
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ, מַאי דִכְתִיב: ״אִם לַלֵּצִים הוּא יָלִיץ וְלַעֲנָוִים יִתֶּן חֵן״, בָּא לְטַמֵּא — פּוֹתְחִין לוֹ. בָּא לִטָּהֵר — מְסַייְּעִין אוֹתוֹ. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: מָשָׁל לְאָדָם שֶׁהָיָה מוֹכֵר נֵפְטְ וַאֲפַרְסְמוֹן,

Rech Lakich dit : qu'est-ce qui est écrit -- <i>s'il s'agit des railleurs, il raille ; mais aux humbles il donne grâce</i> (Michlei 3,34) ? Celui qui vient pour se rendre impur -- on lui ouvre.

Celui qui vient pour se purifier -- on l'aide. Il a été enseigné à l'école de Rabbi Yichmael : parabole d'un homme qui vendait du naphte et du baume,

📜 Rachi (3)
אִם לַלֵּצִים הוּא יָלִיץ אִם לַלֵּצִים הוּא בָּא לְהִתְחַבֵּר הוּא יָלִיץ לֹא יִמְנָעוּהוּ וְלֹא יַעַזְרוּהוּ:
<i>S'il s'agit des railleurs, il raille</i> -- s'il vient s'associer aux railleurs, il raille : on ne l'en empêche pas et on ne l'y aide pas.
אִם לַעֲנָוִים הוּא בָּא לְהִתְחַבֵּר יִתֵּן לוֹ חֵן מִי שֶׁבְּיָדוֹ לִיתֵּן:
<i>Si c'est aux humbles</i> -- qu'il vient s'associer, Celui qui a en main de donner lui donne grâce.
פּוֹתְחִין לוֹ פֶּתַח הַטֻּומְאָה לִיכָּנֵס בּוֹ מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ וְאֵין מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ מִן הַשָּׁמַיִם לְעַכְּבוֹ:
<i>On lui ouvre</i> -- l'ouverture de l'impureté, pour qu'elle entre en lui : on lui en fournit les moyens et on ne l'en empêche pas depuis le Ciel pour le retenir.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּא לִטַּמֵּא פּוֹתְחִין לוֹ. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י פּוֹתְחִין לוֹ פֶּתַח הַטֻּומְאָה לִיכָּנֵס. וְקָשֶׁה אִם כֵּן נִמְצָא סִייְּעוֹ בְּדָבָר זֶה דְּאִם אָדָם פּוֹתֵחַ הֶחָצֵר לַגַּנָּב שֶׁיִּכָּנֵס הֲרֵי זֶה מְסַיֵּיעַ בִּגְנֵיבָה? וְנִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה יֵשׁ אָדָם שֶׁבָּאִים לוֹ נְפָשׁוֹת בְּעִיבּוּר וְאֵלּוּ אִם עָשָׂה מִצְוֹת נִשְׁאָרִים אֶצְלוֹ וְגַם הֵם זוֹכִים לְעַצְמָם בְּאוֹתָם מִצְוֹת, וְעַל זֶה קָאָמַר הַבָּא לְטַהֵר מַסִּיעִין אוֹתוֹ אוֹתוֹ בְּאֵלּוּ הַנְּשָׁמוֹת אֲשֶׁר מִתְעַבְּרִים בּוֹ אֲבָל אִם בָּא לִטַּמֵּא פּוֹתְחִין לוֹ פְּתָחִים בְּגוּפוֹ כְּדֵי שֶׁיֵּצְאוּ מִמֶּנּוּ אוֹתָם הַנְּשָׁמוֹת שֶׁהֵם אֶצְלוֹ בְּסוֹד הָעִיבּוּר כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְלַכְלְכוּ בָּעֲוֹנוֹת שֶׁעוֹשֶׂה! וּבָזֶה נִיחָא הַמָּשָׁל שֶׁל הָאֲפַרְסְמוֹן שֶׁאָמַר לוֹ הַמְתֵּן עַד שֶׁאֲמַדֵּד עִמְּךָ כִּי כֵן אוֹמֶרֶת הַנְּשָׁמָה שֶׁל עִיבּוּר כְּשֶׁרוֹאֶה אוֹתוֹ עוֹשֶׂה מִצְוֹת שֶׁתִּתְבַּשֵּׂם גַּם הִיא אַךְ כְּשֶׁחוֹטֵא אוֹמֶרֶת לוֹ מְדֹד אַתָּה לְעַצְמְךָ שֶׁאֲנִי מְסֻולֶּקֶת מִמְּךָ. אוֹ יוּבַן הָעִנְיָן כְּהַךְ מַעֲשֶׂה שֶׁל לוֹט שֶׁאִם לֹא הָיְתָה אִשְׁתּוֹ נַעֲשֵׂית נְצִיב מֶלַח לֹא הָיָה חוֹטֵא עִם בְּנוֹתָיו אַף עַל פִּי שֶׁהוּא חָטָא בְּלֹא דַּעַת כְּלָל אַךְ כֵּיוָן שֶׁמִּקֹּודֶם הָיָה לוֹ הִרְהוּר תַּאֲוָה רָעָה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּהוֹרָיוֹת (הוֹרָיוֹת י:) עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית יג, י) 'וַיִּשָּׂא לוֹט אֶת עֵינָיו' לְכָךְ לֹא סִייְּעוּ מִן הַשָּׁמַיִם שֶׁלֹּא תִּהְיֶה אִשְׁתּוֹ נְצִיב מֶלַח כְּדֵי דְּמִמֵּילָא לֹא הָיָה נוֹפֵל בְּחֵטְא זֶה שֶׁל בְּנוֹתָיו וְהַבָּא לְהִטָּהֵר כְּגוֹן יִשַׁי שֶׁכַּוָּנָתוֹ לְשֵׁם שָׁמַיִם כַּאֲשֶׁר תָּבַע אֶת שִׁפְחָתוֹ סִיְּיעוּ אוֹתוֹ שֶׁיִּהְיֶה נִזְקָק לְאִשְׁתּוֹ וְלֹא לְשִׁפְחָתוֹ.
<i>Celui qui vient pour se rendre impur, on lui ouvre.</i> Rachi a expliqué : <i>on lui ouvre</i> l'ouverture de l'impureté pour qu'elle entre. Or cela fait difficulté : il se trouverait donc qu'on l'aide en cela -- car si un homme ouvre la cour au voleur pour qu'il entre, n'est-il pas complice du vol ? Il m'apparaît que l'idée est celle-ci : il est des hommes à qui viennent des âmes en <b>ibour</b> (imprégnation), et si cet homme accomplit des mitsvot, ces âmes demeurent auprès de lui et méritent elles aussi par ces mitsvot. C'est sur cela qu'il dit : celui qui vient pour se purifier, on l'aide -- par ces âmes qui s'imprègnent en lui ; mais celui qui vient pour se rendre impur, on lui ouvre des ouvertures dans son corps afin que sortent de lui ces âmes qui sont auprès de lui par le secret de l'ibour, pour qu'elles ne se souillent pas des fautes qu'il commet ! Et par là s'éclaire la parabole du baume, où le marchand lui dit <i>attends que je mesure avec toi</i> : car ainsi parle l'âme de l'ibour lorsqu'elle le voit accomplir des mitsvot -- qu'elle en soit embaumée elle aussi ; mais lorsqu'il faute, elle lui dit : mesure pour toi-même, car je me retire de toi. On peut encore comprendre la chose à la manière de l'affaire de Lot : si sa femme n'était pas devenue une colonne de sel, il n'aurait pas fauté avec ses filles -- bien qu'il ait fauté sans le savoir du tout ; mais puisqu'il avait eu auparavant une pensée de mauvais désir, comme ils l'ont dit dans Horayot (10b) sur le verset <i>et Lot leva les yeux</i> (Berechit 13,10), c'est pourquoi on ne l'a pas aidé depuis le Ciel en faisant que sa femme ne devienne pas colonne de sel, ce qui lui aurait épargné de tomber d'office dans cette faute avec ses filles. Et celui qui vient pour se purifier -- tel Yichai, dont l'intention était pour le Ciel lorsqu'il réclama sa servante -- on l'a aidé, de sorte qu'il s'unit à sa femme et non à sa servante.
💡 Explication

La maxime la plus citée du traité, et elle est délibérément asymétrique. Les deux verbes ne sont pas équivalents : potéhin lo -- on lui ouvre -- n'est pas mesayin oto -- on l'aide. Rachi explicite le premier terme par la négative : on ne l'empêche pas depuis le Ciel, on ne le retient pas, mais on ne l'accompagne pas non plus. La liberté de nuire est laissée entière ; seul le mouvement vers la pureté reçoit un renfort actif.

Le folio s'interrompt sur le début d'une parabole de l'école de Rabbi Yichmael : un marchand qui vend à la fois du neft (naphte), à l'odeur infecte, et de l'afarsemon (baume), au parfum précieux. La suite -- il mesure lui-même pour l'acheteur de baume et laisse l'autre se servir -- se trouve au début de 39a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).